25/04/2017
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Résultats de la recherche : écologie

« Ecologie intérieure : la crise est spirituelle » – des textes de Michel Maxime Egger

Michel-Maxime-Egger-800x450Sur le « blog-notes » du site Trilogies, Michel Maxime Egger (dernier ouvrage paru) a publié dernièrement plusieurs textes sur l’écologie intérieure. Les textes sont en ligne ici. Il est à noter que les positions de Michel Maxime Egger, qui sont fortement influencées par l’hindouisme et s’apparentent souvent à une forme de monisme panthéiste et de néo-paganisme, ont été sévèrement critiquées par Jean-Claude Polet dans la revue orthodoxe « Contacts », vol. LXIV, n° 240, octobre-décembre 2012, p. 506-514.

Source de la photographie: Cath.ch

« L’écologie et la spiritualité orthodoxe, une vision biblique et patristique du sens de la Création »

Pere_Andre_JacquemotSur le site de la paroisse des Trois-Saints-Hiérarques à Metz: le texte de l’intervention le 24 novembre dernier du père André Jacquemot (photographie ci-contre), recteur de la paroisse, sur « L’écologie et la spiritualité orthodoxe, une vision biblique et patristique de la Création » (au format PDF).

Télévision (KTO): “L’orthodoxie, ici et maintenant” – « Quelle théologie orthodoxe de l’écologie ? »

R2 - P2Ce soir, à 19h40 sur KTO, l’émission de télévision “L’orthodoxie, ici et maintenant” aura pour thème « Quelle théologie orthodoxe de l’écologie ? ». L’invité de l’émission sera le théologien Jean-Claude Larchet (présentation).

Le patriarche oecuménique Bartholomée donnera une conférence à Paris le 1er décembre qui aura pour thème « Une spiritualité de l’écologie »

9782204106559Le mardi 1er décembre, de 20 heures à 21h45, le patriarche oecuménique Bartholomée donnera une conférence au Collège des Bernardins à Paris sur le thème « Une spiritualité de l’écologie ». La rencontre sera animée par le journaliste et écrivain Patrice de Plunkett, auteur de plusieurs ouvrages sur le christianisme et l’écologie. Elle sera retransmise en direct sur KTO.

Radio: « Orthodoxie et écologie », une série de l’émission « Les chemins de l’orthodoxie » sur RCF

Le-reseau-RCF-se-renouvelle-en-profondeur_article_popinL’émission de radio « Les chemins de l’orthodoxie », présentée par le père Jean-Claude Gurnade, a proposé cinq émissions sur le thème « Orthodoxie et écologie ». Celle d’hier poursuivait la présentation du monastère de Solan, dans les autres émissions le dernier livre du patriarche Bartholomée a été évoqué. Pour les écouter, cliquez sur les liens suivants (la première émission est réservée aux inscrits) : émission 1, émission 2, émission 3, émission 4, émission 5.

Radio (France-Culture): Eglise et écologie

FCL’émission de radio Orthodoxie, sur France-Culture, du dimanche 25 janvier, à partir de 8h07, aura pour thème: « Église et écologie ». Les invités seront: le père Dominique Lang, prêtre assomptionniste et journaliste à la revue Pèlerin, Martin Kopp, chargé de plaidoyer pour la justice climatique pour la Fédération luthérienne mondiale, le père Nicolas Kazarian, prêtre orthodoxe, enseignant à l’Institut supérieur d’études œcuméniques. Présentation: « À l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens » (18-25 janvier), entretien sur le thème de l’écologie comme lieu de dialogue entre les chrétiens. L’historique de cette démarche; écologie et théologie; quelques exemples concrets d’action écologique dans l’Église; théologie chrétienne et changement climatique; l’intérêt des autorités ecclésiastiques et des fidèles pour l’écologie. » L’émission pourra être écoutée en direct par l’Internet sur le site de France-Culture, puis, ensuite, sur cette page où se trouvent également les précédentes émissions en podcasts.

Les « Assises chrétiennes de l’écologie »

La revue Prier organise, du 11 au 13 novembre à Saint-Etienne, les "Assises chrétiennes de l'écologie". Plusieurs intervenants orthodoxes y participeront: le père Philippe Dautais, du Centre Sainte-Croix, Michel Maxime Egger (association Trilogies), Bertrand Vergely (par une conférence avec Pierre Rabhi, président de l'association "Les amis de Solan") (programme, inscription).

Radio (RFI et RCF): religions et écologie

A la veille de l'ouverture du sommet de Copenhague sur le climat, l'émission "Religions du monde" animée par Geneviève Delrue sur Radio France internationale sera consacrée ce dimanche 6 décembre à la question des relations entre les religions et l'écologie. Geneviève Delrue interroge à cette occasion le journaliste Patrice de Plunkett, auteur du livre  L’écologie, de la Bible à nos jours. Pour en finir avec les idées reçues paru aux éditions de L’oeuvre, et Carol Saba, responsable de la communication de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France pour un point de vue catholique et orthodoxe sur l'écologie. L'émission sera diffusée ce dimanche 6 décembre de 10h00 à 11h00 sur les ondes de RFI (pour écouter en direct par l'Internet, pour capter la radio , les grilles de programmes). Carol Saba interviendra également sur ces questions, comme invité du journal monde du réseau RCF, lundi 7 décembre vers 7h45.

Des savants américains ont reproduit l’acoustique exacte des anciennes églises byzantines

Des savants américains ont réalisé une reproduction exacte de l’acoustique des anciennes églises byzantines, et un auditoire de Los Angeles a écouté l’hymne acathiste dans un environnement acoustique authentique, comme si l’on était présent à l’église Sainte-Sophie de Thessalonique. Des centaines de personnes se sont rendues à la grande salle située sur la Normandy Avenue dans le centre de Los Angeles et ont écouté avec grande attention et recueillement l’Acathiste exécuté par quatre chantres. L’effet spectaculaire de l’exécution n’était pas dû cette fois au talent des chantres seulement, mais aussi à la magnifique acoustique de l’ancienne basilique Sainte-Sophie de Thessalonique, que l’on a réussi à reproduire à l’aide des technologies audio contemporaines. Cette réalisation étonnante a été obtenue grâce au travail de deux professeurs qui travaillent à recréer les espaces et les moyens acoustiques des anciens édifices. « Nous créons ce que j’aime appeler une « photocopie acoustique », a déclaré Chris Kyriakakis, professeur d’ingénierie électrique et directeur du Laboratoire immersif audio de l’Université de Californie du Sud. « Lorsque vous avez cela, vous avez capturé l’âme d’un bâtiment ». Le récital de Los Angeles, qui a eu lieu dans la salle de l’église orthodoxe Sainte-Sophie a été le premier cas de mise en pratique par les savants de la copie acoustique destinée à la reconstitution de l’atmosphère sonore d’un ancien édifice devant un auditoire. Malgré la publicité modeste et la très courte durée de la prestation, 700 personnes étaient réunies pour cet événement. La musique et le chant liturgiques constituent une partie très significative de l’office divin dans l’Église orthodoxe et c’est pour cette raison qu’il est si important lors de leur exécution dans des salles ordinaires de reproduire impeccablement le milieu sonore, « l’écologie acoustique » des volumes des églises, afin de faire parvenir jusqu’aux auditeurs toute la profondeur et la haute spiritualité de ces œuvres. « Ces édifices ont été ici pendant des milliers d’années et, espérons-le, ils le seront pendant des milliers d’années encore. Mais il n’est pas exclu qu’ils disparaissent ». L’objet du projet est précisément de conserver le trésor principal des églises que les historiens ne remarquent pas habituellement, à savoir leur expérience sonore. Chris Kyriakakis et Sharon Gerstel, professeur de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), espèrent que les résultats de leurs recherches aideront le public mondial à prendre conscience de l’importance de l’atmosphère sonore des anciennes églises en tant que part éminente du patrimoine historique. L’initiative du projet revient à Sharon Gerstel, professeur d’histoire de l’art, qui a étudié l’architecture byzantine et qui a eu cette idée, lorsqu’elle a lu dans le New York Times un article sur les recherches du professeur Kyriakakis dans le domaine de l’audio immersif. Elle lui a alors immédiatement proposé l’idée d’un projet et d’un voyage communs en Grèce. Kyriakakis a accepté volontiers la proposition, d’autant plus qu’il avait été baptisé précisément en l’église Sainte-Sophie de Thessalonique, raison pour laquelle il considéra le projet comme son devoir spirituel. « Je considère que notre projet est une expédition historique. Je crois en l’utilisation de la science contemporaine pour dévoiler le passé », a-t-il déclaré. Les deux savants de « l’expédition » ont pu enregistrer les sons dans neuf églises grecques-orthodoxes, utilisant sept appareils d’enregistrement hauts de gamme pour capturer les voix des chantres. L’information acoustique peut ensuite être stockée numériquement et être relayée par des haut-parleurs afin de recréer les sons enregistrés. Sharon Gerstel dit que la combinaison de l’impression visuelle émanant de la représentation des saints sur les icônes et le chant avec les effets acoustiques changent les réactions neurologiques chez l’auditeur, et c’est précisément cette impression que l’on obtenait dans les anciennes églises orthodoxes grecques. « Lorsque vous entendez et voyez simultanément, votre corps ressent une expérience très forte », dit encore Gerstel. « C’est essentiel dans la réponse émotionnelle à l’office liturgique, et je pense que les Byzantins étaient très forts dans ce domaine », a-t-elle ajouté. Le père Jean Bakas, prêtre de la cathédrale Sainte-Sophie à Los Angeles confirme la grande importance des chants, également pour les prières actuelles. « Cette musique donne la possibilité de sortir des limites de ce monde, de desserer le carcan de la vanité terrestre, d’écouter sa propre âme, de méditer et de prier », dit-il. « Le but principal de cette musique ne consiste pas à susciter l’enthousiasme ou attirer l’attention envers soi-même, mais à élever l’âme et créer une disposition de prière chez les paroissiens », dit Dimos Papatsalakis, l’un des exécutants de l’Acathiste. « Ce faisant, le prêtre, la paroisse et le chantre « fusionnent » pour ainsi dire en un seul corps, en un seul élan, vers Dieu » a-t-il précisé. De son côté, Sharon Gerstel dit qu’elle a traité avec un soin particulier la question de l’importance liturgique des chants sans accompagnement instrumental. Les experts ont appuyé les voix des chanteurs grâce à des données acoustiques qui ont permis au son projeté d’imiter ce qu’on entendrait à Sainte-Sophie de Thessalonique. Le projet actuel est de reproduire l’acoustique de différents espaces religieux, montrant « à quel point le son est important et calculé délibérément pour la perception du sacré et pour la transformation spirituelle. L’équipe a déjà été invitée pour collecter des données d’édifices historiques en Turquie et de cathédrales gothiques en France. Le but final est de créer un « musée de l’acoustique » où les visiteurs peuvent faire virtuellement l’expérience des sons de ces espaces. Vous pouvez écouter ci-dessous deux chants :

Source

Jean-Claude Larchet: Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

jean-claude-larchetLa conférence de Jean-Claude Larchet « Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain », donnée à Moscou le 21 septembre 2016 dans le cadre des célébrations des « Mille ans de la présence russe au Mont-Athos », vient d’être publiée en russe sur le site du Département synodal des monastères et du monachisme de l’Église orthodoxe russe et sur le site du Monastère de Sretenski Pravoslavie.ru, et en anglais sur ce dernier site et sur le site Orthodox Ethos. Nous en donnons ici la version française.


Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

Le monachisme n’est au fond qu’une façon de mener la vie chrétienne avec un engagement total dans le renoncement à ce monde et la consécration de soi à Dieu. Pour cela, le monachisme est partout le même, et chaque monastère, chaque skite ou chaque ermitage constitue un lieu privilégié, un centre de référence pour la vie monastique et pour la vie chrétienne. Pour une grande part, ce qui peut être dit du monachisme peut être dit du Mont-Athos, et ce qui peut être dit du Mont-Athos peut être dit du monachisme.
Pourtant le Mont-Athos est depuis longtemps un lieu fascinant, qui attire l’attention non seulement des Orthodoxes, mais de personnes appartenant à d’autres religions et même de non-croyants. En témoignent le nombre important de livres, d’articles consacrés au Mont-Athos, mais aussi le flux incessant de pélerins et de visiteurs venus du monde entier. Cette fascination n’est pas nouvelle, mais elle est sans aucun doute plus grande à notre époque que par le passé. Il y a à cela plusieurs raisons.

1) La première raison est que le Mont-Athos est une république autonome – et pour cela comme un pays – habité seulement par des moines et entièrement consacré à la vie monastique. Bien que chaque pays orthodoxe ait au moins une région qui regroupe plusieurs monastères, il n’y aucune autre région qui regroupe un nombre aussi important de monastères, de skites et d’ermitages, et qui constitue un pays gouverné par des moines, avec une vraie frontière qui le délimite par rapport aux pays ou régions environnants. C’est une zone protégée non seulement politiquement, administrativement et géographiquement (en étant une péninsule), mais aussi spirituellement, puisque le Mont-Athos est couramment appelé « Le jardin de la Mère de Dieu » et considéré comme un lieu qui lui appartient et où elle est particulièrement présente. Par le fait qu’il est un pays entièrement peuplé de moines, qu’il ne permet pas « la libre circulation des personnes » exigées par les lois européennes, n’accepte pas l’afflux des touristes et n’accepte pas non plus l’entrée des femmes, mais étend la clôture monastique à l’échelon d’un pays, le Mont-Athos est un pays pas comme les autres.

2) Deuxièmement, le Mont-Athos est un témoignage du Royaume déjà présent parmi nous.
C’est le lieu qui abrite les plus nombreuses et importantes reliques du monde orthodoxe. Ces reliques y rendent présents et actifs par leurs miracles presque tous les grands saints chrétiens.
Le Mont-Athos en tant que concentration monastique et lieu particulièrement propice à la sanctification a lui-même produit des milliers de saints, connus ou inconnus. Certains à notre époque ont un rayonnement mondial, comme saint Silouane, Joseph l’Hésychaste et ses disciples, ou saint Païssios. À travers ses nombreux saints du passé et du présent, le Mont-Athos apparaît, selon les paroles du Psalmiste, comme « la montagne fertile », « la montagne féconde », « la montagne où il a plu au Seigneur d’habiter » et où Il « habitera à jamais » (Ps 67, 16-17).

3) Le Mont-Athos est un rappel du paradis perdu et une annonce du Paradis retrouvé.
Ce n’est pas seulement à travers ses saints, mais en tant que lieu béni, institution sacrée que le Mont-Athos témoigne prophétiquement d’un autre monde qui donne son sens au monde actuel. Le Mont-Athos, encore appelé « Montagne Sainte », ou « Jardin de la Vierge », est une image du Paradis, un rappel du Paradis perdu par nos premiers parents, et une préfiguration symbolique du Paradis promis aux justes.

  1. a) Le Mont-Athos offre l’image d’une nature paradisiaque parce que, dans la variété des paysages qui s’échelonnent depuis le niveau de la mer jusqu’aux deux mille mètres où culmine la montagne Athos, ce sont de très nombreuses espèces végétales et animales qui vivent et constituent un microcosme résumant le monde entier. Une autre raison est que cette nature reste inviolée, préservée de l’exploitation économique et de la pollution technique. Sa seule existence dans notre monde moderne a une valeur exemplaire. Elle est un modèle d’écologie spirituelle ; elle témoigne de la sauvegarde de la création qui a été confiée à l’origine par Dieu à l’homme pour qu’il en use pour ses besoins, tout en en faisant un instrument de contemplation et d’action de grâce.
  2. b) L’espace du Mont-Athos témoigne de l’espace paradisiaque, et annonce l’espace du Royaume des cieux. À la différence de l’espace de tous les autres pays (réparti entre sacré et profane, voire même parfois entièrement profane), l’espace du Mont-Athos apparaît totalement sacré, non seulement par la présence d’une multiplicité de monastères, de skites, d’ermitages, d’églises et de chapelles, mais aussi parce qu’il est tout entier sanctifié par les saints qui le parcourent ou l’ont parcouru, l’ont rempli de la voix de leur prière, et l’ont baigné des énergies divines dont ils rayonnaient. Chaque fois que l’on marche sur un sentier du Mont-Athos, on a la certitude de mettre ses pieds sur les traces de saints qui nous y ont précédés. Beaucoup de lieux dans la nature gardent la mémoire d’apparitions du Christ, de la Mère de Dieu ou de saints. Il n’y a pas ici de monastère, de skite, d’ermitage, de chapelle, ni de source ou de fontaine dont la présence ne s’explique par une vision céleste ou par un miracle.
  3. c) Il faut dire quelques mots aussi sur la signification prophétique du temps athonite. L’une des choses qui matériellement frappent le plus le visiteur du Mont-Athos, et dans une certaine mesure le désoriente, c’est le changement d’heure. La plupart des monastères gardent l’heure byzantine, qui ne sert plus de référence que dans cet endroit du monde. Notre heure à nous, les moines l’appellent kosmiki ora : l’heure du monde. L’heure byzantine n’est pas une simple survivance des temps anciens ; elle témoigne d’une autre modalité du temps, d’un temps spirituel, sanctifié parce que entièrement consacré à Dieu, subdivisé et organisé pour répondre à Sa volonté. Symboliquement cela rappelle le temps paradisiaque et annonce le temps du Royaume.

4) Un quatrième point important est que la vie collective telle qu’elle est organisée dans l’ensemble du Mont-Athos et dans chaque monastère, constitue un appel à l’unité de tous les hommes, et un témoignage qu’une telle unité est possible dans le Christ. Dans un monde déchiré par les guerres, les nationalismes, les conflits ethniques, le racisme, ce témoignage et cet appel sont véritablement prophétiques.
Le Mont-Athos dans son ensemble témoigne depuis de nombreux siècles de la bonne entente de communautés d’origines ethniques différentes qui non seulement coexistent pacifiquement, mais vivent harmonieusement dans le lien de la charité.
C’est dans ce lien de la charité que la Sainte Communauté, constituée de représentants des principaux monastères, gouverne le Mont-Athos non selon les principes démocratiques du monde, mais dans l’esprit de la conciliarité (sobornost) chrétienne. Chaque monastère athonite en témoigne pareillement, étant dirigé par un Conseil des Anciens avec à sa tête un higoumène élu par les moines.

5) Comme cinquième point, on peut mentionner le rôle fondamental qu’a joué le Mont-Athos dans l’histoire de l’Orthodoxie et qui se révèle aujourd’hui peut-être plus que jamais d’une importance capitale : celui du maintien de la Tradition et de la défense de la foi orthodoxe. Il s’agit là encore d’un rôle prophétique, car le prophète est traditionnellement quelqu’un qui rappelle les hommes à la fidélité à Dieu et qui est un défenseur de la foi face à tout ce qui peut l’altérer ou la pervertir.
Dans un monde soumis à des changements de plus de plus nombreux et de plus en plus rapides, le Mont-Athos donne l’exemple d’un monde stable, immuable, à l’image du monde divin. Préservé de la soif de changement et du vertige du mouvement qui habitent les hommes vivant dans le monde, à l’abri de la pression sociologique qui porte à se conformer en tout point au mode de vie des sociétés modernes, les moines athonites conservent scrupuleusement les prescriptions canoniques, le typikon liturgique et le mode de vie ascétique que nos Pères se sont transmis de génération en génération.
Le maintien scrupuleux même des plus infimes traditions a été la condition pendant plus d’un millénaire d’une parfaite préservation la Tradition orthodoxe. Les moines athonites ont aussi grandement contribué à préserver la foi orthodoxe dans tous les moments difficiles de l’Histoire où elle était menacée, et le font aujourd’hui encore. Et ils jouissent toujours pour cela d’un prestige particulier et d’une grande autorité.
Le rôle prophétique de vigie et de phare que joue traditionnellement le Mont-Athos dans le monde orthodoxe pour rappeler aux gens quelle est la vraie foi est particulièrement important à notre époque où l’on peut observer un affaiblissement considérable de la conscience dogmatique.

6) Un sixième et dernier point est que le Mont-Athos contribue également, d’une manière fondamentale, à maintenir à la fois inchangée et vivante la spiritualité orthodoxe. Constituée par les moines de Palestine, de Syrie, du Sinaï et du Stoudion de Constantinople, les Pères athonites en sont devenus, à partir du XIIIe siècle, les principaux héritiers et dépositaires. Le Mont-Athos est devenu une référence absolue en matière d’ascétisme et de spiritualité, et a attiré de nombreux moines de tous les pays. Lors de leurs visites ou de leur retour dans leurs pays d’origine, ces moines ont contribué fortement à la diffusion de cette spiritualité. En particulier, le Mont-Athos a toujours été un centre de la pratique de la prière de Jésus et de la spiritualité hésychaste. Et c’est toujours à la Sainte Montagne que cette pratique a, si l’on peut dire, son centre.
Les Pères athonites ont comme tâche de le communiquer aux hommes d’aujourd’hui cet héritage séculaire et comme responsabilité de le transmettre aux générations futures. En cela aussi réside le rôle prophétique et eschatologique du monachisme athonite.

Jean-Claude Larchet

Sa Toute-Sainteté Bartholomée Ier, patriarche œcuménique: le patriarche de la solidarité

Marianne Ejdersten,directrice de la Communication du Conseil œcuménique des Églises, s’est entretenue avec le patriarche Bartolomée. Vous trouverez ci-dessous l’interview complète.

Il a été surnommé le «patriarche vert», car cela fait au moins 20 ans qu’il aborde les questions environnementales préoccupantes depuis au moins vingt ans dans son rôle de responsable religieux. En 2008, le magazine Time a classé Sa Toute-Sainteté Bartholomée Ier, patriarche œcuménique, parmi les 100 personnes les plus influentes du monde pour «avoir défini l’écologie comme une responsabilité spirituelle».

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, chef spirituel suprême du monde chrétien orthodoxe et personnalité transnationale d’importance mondiale, joue un rôle de plus en plus essentiel. Il a déployé des efforts considérables pour organiser le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe en Crète cette année. De plus, il continue à promouvoir la liberté religieuse et les droits humains, à œuvrer pour la tolérance entre les différentes religions du monde, et à travailler en faveur de la paix internationale et de la protection de l’environnement. Il est cité, à juste titre, parmi les plus grands visionnaires, artisans de la paix et tisseur de liens au monde, et comme apôtre de l’amour, de la paix et de la réconciliation.

Archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique depuis 25 ans

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, archevêque de Constantinople, a accordé un entretien spécial au centre de presse du Conseil œcuménique des Églises (COE). La discussion s’est déroulée en partie au Patriarcat œcuménique d’Istanbul, début décembre, lorsque le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, s’est entretenu avec le patriarche Bartholomée. La rencontre coïncidait avec la célébration de ses 25 ans en tant qu’archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique.

Nous nous retrouvons chez lui, dans son bureau, une pièce accueillante aux couleurs vives, remplie de livres et d’icônes. Cette pièce raconte la vie de Sa Toute-Sainteté. Il nous accueille chaleureusement, nous propose du café et des gâteaux, nous mettant tout de suite à l’aise.

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier est né en 1940 sous le nom de Dimítrios Arkhontónis, sur l’île d’Imbros (aujourd’hui Gökçeada, en Turquie). En octobre 1991, il a été élu 270earchevêque de l’Église fondée il y a 2000 ans par Saint André, et a reçu le titre d’archevêque de Constantinople, nouvelle Rome et patriarche œcuménique.

Q: Votre Toute-Sainteté participe aux activités du Conseil œcuménique des Églises depuis de nombreuses années, en tant que membre de la Commission de Foi et constitution, mais aussi en tant qu’ancien élève de l’Institut de Bossey. Quels sont les événements du mouvement œcuménique qui vous ont le plus marqué, personnellement?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Il est vrai que je participe aux activités du Conseil œcuménique des Églises depuis le tout début de mon ministère. J’ai ensuite été membre de son Comité central et de son Comité exécutif, membre de la Commission de Foi et constitution pendant 15 ans, et vice-président de cette même Commission pendant huit ans (1975-1983). J’occupais d’ailleurs ce dernier poste au moment de l’élaboration du document Baptême, Eucharistie, Ministère sur lequel l’influence orthodoxe a été importante. En tant que représentant ou chef de la délégation du Patriarcat œcuménique, j’ai également participé à trois assemblées générales du COE: à Uppsala (1968), à Vancouver (1983) et à Canberra (1991).»

«Lors de mes études de premier cycle, j’avais déjà rencontré l’Église catholique romaine à Rome et à Munich, mais également les Églises protestantes et plus généralement, le mouvement œcuménique à Bossey, avec de très grands théologiens comme Nikos Nissiotis. Je dois d’ailleurs cette formation à mon vénérable prédécesseur, le patriarche œcuménique Athénagoras Ier qui a ouvert les esprits et les cœurs des jeunes séminaristes et ecclésiastiques du Phanar aux relations et au dialogue inter-chrétiens.»

«Transformer les ténèbres en lumière»

Q: Notre monde évolue rapidement. Nous traversons des moments difficiles, mais le croyant sait que le Seigneur est présent et actif dans le monde. Aujourd’hui, quel est le plus grand défi pour une vie de foi et pour la proclamation de l’Évangile?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Nous traversons en effet une période difficile, et même sombre, où il est complexe de déceler la présence du Christ au milieu des troubles qui agitent notre monde. Nous sommes témoins de douleurs et de souffrance, mais aussi souvent d’incertitude et d’hostilité, tout autour de nous. Pour un chrétien, il est tentant de juger et de condamner le mal évident qui règne dans la société et dans le monde. Pourtant, ce serait une réaction simpliste et contre-productive. Pour nous, chrétiens, le défi consiste à ne pas perdre de vue le Christ afin de transformer les ténèbres en lumière, le désespoir en espoir, et la souffrance en réconciliation.»

«Je me souviens de la prédication de feu le métropolite Méliton de Chalcédoine, le jour de mon ordination au diaconat, il y a 55 ans: « ne quittez jamais des yeux le Seigneur transfiguré, a-t-il dit, transmettez toujours cette lumière qui ne faiblit jamais pour personne. » Voilà ce que nous devons faire lorsque nous proclamons l’Évangile aujourd’hui. Sommes-nous si perturbés par les troubles et l’agitation qui nous entourent que nous prenons peur et perdons de vue notre approche spirituelle? Discernons-nous le visage du Christ chez nos frères et sœurs, lorsque nous voyons des centaines de milliers de personnes persécutées et poussées à chercher refuge parmi nous? Ou choisissons-nous de construire des murs de défense, des murs qui excluent, des murs qui font de l’autre une menace?»

«Les étrangers accueillis à notre table?»

Q: La crise des migrants semble préoccuper l’Europe et durera de nombreuses années. Mais elle a également créé un clivage au sein des Églises entre celles qui s’inquiètent des menaces pour leur identité, et celles qui sont plus accueillantes. À une époque qui met l’accent sur la diversité, comment Votre Toute-Sainteté voit-elle évoluer le projet d’unité? Quel espoir percevez-vous?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Dans l’Église orthodoxe, la conception théologique de Dieu est une image de Dieu comme rencontre et communion, comme hospitalité et inclusion. C’est pourquoi l’icône traditionnelle du Dieu-Trinité est une représentation de trois étrangers sous la forme d’anges accueillis par Abraham sous le chêne de Mamré, comme le décrit le chapitre 18 de la Genèse. Il ne les a pas vus comme un danger ou une menace pour ses habitudes ou ses biens. Au contraire, il a spontanément et ouvertement partagé avec eux son amitié et sa nourriture.»

«C’est en récompense de cette hospitalité désintéressée qu’Abraham se vit promettre ce qui semblait impossible, à savoir la multiplication de cette semence d’amour pendant des générations, malgré la stérilité (littéralement) de sa femme. Avons-nous tort d’espérer que notre volonté de dialogue et de coopération entre peuples aux convictions religieuses différentes et variées permette également la coexistence, apparemment impossible, de l’humanité entière dans un monde en paix? Combien d’étrangers seront accueillis à notre table?»

«Dans un document officiel intitulé « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe qui s’est déroulé en Crète, en juin 2016, a écrit: « l’Église orthodoxe pense qu’il est de son devoir d’encourager tout ce qui est mis réellement au service de la paix et qui ouvre la voie vers la justice, la fraternité, la véritable liberté et l’amour mutuel entre tous les enfants de l’unique Père céleste, ainsi qu’entre tous les peuples qui constituent une seule famille humaine. Elle compatit à tous ceux qui, dans différentes parties du monde, sont privés des biens de la paix et de la justice. »»

«Ouvrir l’horizon sur un monde diversifié»

Q: Votre Toute-Sainteté a organisé le Saint et Grand Concile en juin. Quel a été le plus important résultat de cet événement pour l’Église orthodoxe et pour l’ensemble du mouvement œcuménique?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «En effet, ce fut une grande bénédiction d’avoir l’honneur d’organiser le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe en Crète (juin 2016), avec l’accord de Leurs Béatitudes les primats des Églises orthodoxes autocéphales. Ce grand événement historique a démontré l’identité conciliaire de l’Église orthodoxe et a souligné l’âpre lutte menée pour préserver cette identité au-delà des intérêts nationalistes.»

«À ce sujet, j’exprime ma profonde satisfaction devant le fait que le Saint et Grand Concile ait décidé de maintenir l’ouverture œcuménique et les dialogues bilatéraux de l’Église orthodoxe, car l’inverse aurait représenté un retour en arrière et un repli sur soi en ces temps difficiles et troubles. Ce n’est pas le dialogue qui menace notre identité, mais au contraire le rejet du dialogue et l’auto-enfermement stérile. C’est précisément la raison pour laquelle nous avons toujours encouragé le dialogue interreligieux avec le judaïsme et l’islam qui permet d’obtenir des résultats tangibles pour la réconciliation mondiale et pour cette cause sacrée qu’est la paix.»

«Ce rassemblement sans précédent de nombreuses Églises en Crète « a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme [et] a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. » (Message final.) Comme le précise l’encyclique officielle du Saint et Grand Conseil, l’Église « témoigne dans le dialogue ».»

«Acquérir un cœur compatissant»

Q: Votre Toute-Sainteté pense-t-elle que la peur soit l’outil le plus dissuasif contre la pollution de l’environnement?

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a écrit: «nous ne devrions pas être obligés de modifier nos comportements envers l’environnement à cause de la peur de catastrophes imminentes dues aux changements climatiques. Nous devrions plutôt le faire car nous reconnaissons l’harmonie du cosmos et la beauté originelle qui existe dans le monde. Nous devons apprendre à sensibiliser nos communautés et à adopter des comportements plus respectueux envers la nature. Nous devons acquérir un cœur compatissant, ce que Saint Isaac le Syrien, un mystique du VIIe siècle, appelait «un cœur qui brûle d’amour pour l’ensemble de la création: pour les humains, les oiseaux et les bêtes, pour toutes les créatures de Dieu ».»

Bartholomée Ier a organisé huit symposiums internationaux et interreligieux, ainsi que de nombreux séminaires et sommets pour résoudre les problèmes écologiques des rivières et mers du monde. Ses initiatives lui ont valu le titre de «patriarche vert» ainsi que plusieurs prix environnementaux importants. À présent, l’Accord de Paris a été signé, et les Églises se sont engagées à œuvrer pour la justice climatique.

Q: Comment envisagez-vous l’avenir du travail œcuménique pour l’environnement? Quelle est la vision de Votre Toute-Sainteté concernant la voix du christianisme dans la transition nécessaire vers un avenir durable?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Je suis ravi que l’Accord de Paris ait été signé par un très grand nombre de pays. En effet, j’ai participé aux premières étapes des préparations de la COP 21, à l’invitation du gouvernement français. Dans ce cadre, j’ai accompagné le président Hollande aux Philippines et j’ai participé à un sommet interdisciplinaire à Paris avant la Conférence des Parties en décembre 2015. D’un côté, la 22e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de Marrakech mérite d’être célébrée. Mais d’un autre côté, elle nous rappelle malheureusement que 197 pays viennent seulement de ratifier une convention adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio, en 1992.»

«Vingt-deux ans, c’est une période beaucoup trop longue pour répondre à la crise environnementale, notamment lorsque l’on sait qu’elle entretient des liens étroits avec la pauvreté, les migrations et les troubles à l’échelle mondiale. Quel prix sommes-nous prêts à payer pour le profit? Combien de vies sommes-nous prêts à sacrifier pour un gain matériel ou financier? Et à quel prix renoncerions-nous à la survie de la création de Dieu? Vingt-deux ans plus tard, il est plus que temps pour nous tous de voir les visages des êtres humains qui subissent les conséquences de nos péchés écologiques.»

«De plus, comme je l’ai souvent rappelé, « nous sommes tous dans le même bateau ». Les changements climatiques ne concernent pas une nation, une race ou une religion en particulier. Nous ne pouvons répondre aux exigences et à l’ampleur des changements climatiques que lorsque nous assumons ensemble nos responsabilités de croyants et de citoyens.»

«Promouvoir l’unité chrétienne»

Q: Nous lisons également le texte d’une «lettre encyclique du patriarche œcuménique aux Églises orthodoxes autocéphales sœurs du Conseil œcuménique des Églises» de 1952. Que signifie cette lettre aujourd’hui pour l’Église orthodoxe?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Cette lettre encyclique aux Églises orthodoxes autocéphales sœurs a été écrite en 1952, c’est-à-dire lors des premières étapes, les plus fondamentales, de la création du Conseil œcuménique des Églises, avec le souhait d’encourager les Églises orthodoxes à participer aux activités du COE alors que la méfiance et l’hésitation régnaient, ce qu’elle a réussi à faire lors de la Troisième Assemblée du COE à New Delhi (1961). Elle est rédigée dans le même esprit que les récentes décisions du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. L’Église orthodoxe ne met pas en avant un aspect de sa foi aux dépens d’un autre. Elle cherche toujours à maintenir l’équilibre sacré, mais fragile, entre la foi et la constitution, la doctrine et la discipline, la croyance et les actions.»

«C’est pourquoi, dans son document concernant « les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien », le Saint et Grand Concile affirme sa conviction que l’Église orthodoxe « croit fermement, dans sa conscience ecclésiale profonde, qu’elle occupe une place prépondérante pour la promotion de l’unité chrétienne dans le monde d’aujourd’hui. » De plus, les Églises et évêques assemblés reconnaissent que cet engagement « émane du sentiment de responsabilité et de la conviction que la compréhension mutuelle et la collaboration sont essentielles pour ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du Christ ».»

«Contribution de l’Église orthodoxe au Pèlerinage de justice et de paix»

Q: D’après Votre Toute-Sainteté, quel défi majeur le Conseil œcuménique des Églises doit-il relever? Comment le COE peut-il continuer à être utile pour les Églises membres et l’ensemble du mouvement œcuménique? Et que peut nous enseigner votre Église dans le cadre du Pèlerinage de justice et de paix?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Le Conseil œcuménique des Églises a été fondé sur la proclamation de l’unité des confessions chrétiennes dans leur foi trinitaire tout en affirmant les différences de ses Églises membres. Il est donc important de maintenir et d’équilibrer ces deux pôles: reconnaître les principes essentiels de la foi chrétienne, tout en respectant les enseignements fondamentaux et les traditions particulières de chaque Église. Il est toujours tentant, mais aussi dangereux, de conserver un aspect de ces pôles tout en reprochant aux défenseurs de l’autre d’entraver le processus de réconciliation.»

«Au cours du Saint et Grand Concile, les Églises et les hiérarques ont échangé, parfois avec fougue, mais toujours de manière constructive, sur le travail important du Conseil œcuménique des Églises, et en particulier de la Commission de Foi et constitution. Le document sur « les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien » souligne l’engagement des Églises orthodoxes pour promouvoir l’unité chrétienne tout en contribuant « par tous les moyens dont elles disposent à la promotion de la coexistence pacifique et de la coopération portant sur les principaux enjeux socio­politiques ».»

«Le mouvement œcuménique n’est pas un « rajustement interconfessionnel » mais nous permet de respecter notre obligation d’unité chrétienne sans nous éloigner « de la vraie foi de l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». C’est pourquoi, ce même document du Concile conclut: « Dans cet esprit, l’Église orthodoxe considère qu’il est important que nous les chrétiens, inspirés par les principes fondamentaux communs de l’Évangile, essayions de donner une réponse empressée et solidaire, basée sur le modèle idéal par excellence du nouvel homme en Christ, aux problèmes épineux que nous pose le monde d’aujourd’hui. » Cela pourrait être la contribution unique et précieuse de l’Église orthodoxe au Pèlerinage de justice et de paix.»

«Insuffler l’Esprit de Dieu»

Q: Pouvez-vous décrire le mouvement œcuménique en utilisant des termes qui parlent à la jeune génération?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Votre question contient les prémisses et la promesse de ma réponse. Le mouvement œcuménique n’est pas une allégeance idéologique ou un engagement social. Ce n’est pas une conviction politique ou du militantisme international. C’est un mouvement, et ça doit le rester. Cela signifie qu’il doit toujours être animé et dynamisé par le souffle de l’Esprit de Dieu qui doit brûler dans nos cœurs et dans nos vies. C’est cet Esprit qui réunit tous les aspects de la vie des Églises et leur donne un sens. Ainsi, c’est ce même Esprit qui explique notre engagement envers les principes et traditions de notre religion, et qui illumine notre capacité à « discerner les esprits de notre époque » et notre responsabilité de porter le témoignage de l’Évangile de manière prophétique.»

«Paradoxalement, nous ne voulons pas conseiller la jeune génération ou lui faire la morale. Sur de nombreux aspects, les jeunes ont plus à apprendre à l’ancienne génération sur l’ouverture, la douceur, le pardon et la générosité. Je recommanderais peut-être à la jeune génération de rester fidèle à elle-même malgré les forces et les efforts importants déployés pour discriminer et diviser.»

«Le mouvement œcuménique conserve une utilité dans notre monde si nous revenons aux principes fondamentaux de l’Évangile: aimer son prochain, nourrir ceux qui ont faim et accueillir l’étranger.»

Source

Livre: « Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle » par le P. Philippe Dautais (Nouvelle Cité)

eroslibertePhilippe Dautais, Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle, Nouvelle Cité, 2016.

Après Le chemin de l’homme selon la Bible (Desclée de Brouwer, 2009), puis Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle (Nouvelle Cité, 2013), Philippe Dautais, prêtre orthodoxe qui dirige avec son épouse Elianthe le Centre Sainte-Croix en Dordogne, dans la juridiction de la Métropole roumaine, vient de publier un nouvel ouvrage passionnant et très éclairant eu égard aux défis qui se posent aujourd’hui à nos sociétés, Éros et liberté – Clefs pour une mutation spirituelle. Les trois ouvrages ont en commun ce qui est très bien résumé par l’injonction dite à Abraham : « Va vers toi » (Genèse 12,1), qui peut aussi être traduit par « Va pour toi » (André Chouraqui), qui l’est plus souvent par « Pars » ou « Sors », en sachant qu’aller vers soi permet aussi d’aller vraiment à la rencontre de l’autre et de la Création selon le projet de Dieu pour l’être humain, en conjuguant construction d’une liberté véritable avec la  responsabilité.

Dans le premier ouvrage (Le chemin de l’homme selon la Bible) différentes figures bibliques étaient saisies chacune « comme le type même d’une étape dans la croissance spirituelle » laquelle « trouve son accomplissement en Jésus Christ ». Le second (Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle), s’appuyant sur les Évangiles et la tradition philocalique, tout comme les deux autres, abordait le « processus thérapeutique » de mutation de la personne prenant conscience et dépassant ses blessures et ses souffrances pour entrer dans une « dynamique d’accomplissement » et d’ « unité intérieure » afin d’accéder à la « vraie vie » dont le pardon est la « clé d’accès ». Le dernier ouvrage paru (Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle), dans le prolongement des deux précédents et en intégrant leurs apports, aborde non seulement la question du chemin de chaque personne, mais aussi de sa relation à l’autre, et par-delà les conséquences sur la société et la Création, car tout est lié.

En effet, ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage que de montrer combien la fermeture spirituelle, sa sécheresse et son non-accomplissement entraînent des dégâts et même des catastrophes majeures pour la société. Le mal intérieur de chacun, lorsque ce phénomène se multiplie, ce qui est le cas aujourd’hui, s’étend alors non seulement à la personne et à ses relations, mais aussi à l’ensemble de la société et à ses rapports avec la Création, dont l’environnement. Finalement, les processus mortifères qui touchent les individus se répercutent à grande échelle dans toute la société. Ce qui est convoitise, avidité, cupidité, illusion, concupiscence et désir de toute-puissance chez l’individu se traduit à l’échelle de la société par l’association de l’individualisme avec la société de consommation, la prédation, l’utilisation de l’autre pour son propre profit, par la pornographie, où l’autre est une chose, un « objet de plaisir » et une « matière sans âme », par la destruction des milieux naturels, la frénésie du consumérisme qui décentre l’être et « met en péril l’avenir de l’humanité », par l’ivresse de la démesure qui n’accepte aucune limite, par la violence, la pauvreté et l’injustice pour un très grand nombre, ou encore de nouvelles formes d’esclavage, etc. L’auteur montre bien que la racine de ces questions aujourd’hui cruciales est spirituelle, « c’est donc dans le cœur de l’Homme que doit s’opérer une mutation pour l’avenir de l’humanité. Cette mutation est d’ordre spirituel, elle inclut la manière de comprendre la Parole biblique ».

A la base de toutes les possibilités se trouve l’éros « puissance et moteur de vie ». Il est au centre de l’ouvrage. Mais, prévient tout de suite l’auteur cette énergie de vie « peut fleurir dans l’amour, comme plénitude de la relation ou au contraire être facteur de destruction ». C’est la question de la déviation des énergies de vie, des passions, tant développée par les pères ascètes et la tradition philocalique, qui est au cœur du riche et très éclairant exposé du P. Philippe Dautais. Comment ce qui n’est pas révélé à soi-même, ce qui n’est pas nommé, comme Adam a nommé les animaux au Paradis (Genèse 2, 19-20), ce qui n’est pas guéri, devient non pas force de vie ascendante, positive, constructive et transfiguratrice, également fondement de relations justes et authentiques, ce qui est le projet de Dieu pour l’être humain, mais, au contraire ténèbres et destruction de toutes sortes ? L’être humain devient alors extérieur à lui-même, à sa réalité profonde, et même étranger à lui-même, c’est « l’homme de l’exil ». Aussi ne manque-t-il pas d’examiner la question du mal, à laquelle il consacre un chapitre, en soulignant le lien étroit avec les passions et en affirmant que seul l’amour sauve, y compris « de la perversion de l’amour ».

Pour éclaircir tout cela, l’auteur est aussi amené à expliquer un certain nombre de termes d’usage courant, mais au fond très mal compris aujourd’hui et, de ce fait, porteurs d’ambiguïtés souvent dévastatrices. C’est le cas de ce l’on entend avec le mot amour. L’amour est « la finalité de toute vie spirituelle », mais « la voie de l’amour est exigeante et suppose conjointement un processus de transformation intérieure et de maturité ». Aujourd’hui, on constate surtout une « perversion de l’éros », car « au lieu de s’appliquer à sa finalité naturelle : la croissance selon l’être intérieur, il s’investit dans l’horizon existentiel et extérieur ». Le sens de la profondeur est perdu. « L’univers se réduit  alors au visible, à l’audible et au palpable (…) Le vivant  est réduit à une collection d’objets. » Aussi, le désir « au lieu de s’ouvrir sur ce qui échappe, sur une transcendance, (…) se replie vers un besoin sécuritaire de prédation. Esprit de prédation jamais assouvi car le désir en l’Homme est infini. La rapacité pousse à utiliser l’autre pour son propre profit ».

C’est également le cas de la question de la liberté. « Selon la tradition spirituelle, nous ne sommes pas des êtres libres mais en capacité de nous libérer ». Or, concernant la liberté de nombreuses incompréhensions mènent sur des voies sans issues et mortifères. Ainsi, elle est souvent confondue avec la licence. Là également, sans transformation intérieure, pas de véritable libération possible. «  Par la liberté, l’Homme est appelé à devenir une personne responsable, co-acteur avec Dieu de son propre destin par un dialogue continu ».

Mais l’ouvrage ne dresse pas seulement un constat de la situation actuelle. Il décrypte les processus et les mécanismes mortifères, mais également il explicite les voies de guérison intérieure et de réorientation salvatrice de l’être. Il s’agit tout d’abord de revenir à soi-même pour emprunter le chemin de la vie, ce qui « implique de retrouver le chemin du cœur » qui ouvre à une vie spirituelle libératrice en s’appuyant sur l’attention et la vigilance. Le P. Philippe Dautais expose les enseignements des pères ascètes du premier millénaire dont les trois étapes de cette libération intérieure sont : la praxis ou purification, la contemplation de la nature ou théoria, l’union directe, personnelle à Dieu ou théologia.

Pour l’être humain comme pour la société, l’enjeu se résume à « muter ou mourir ». L’auteur y consacre des pages fortes en constatant que « ce saut qualitatif est à vivre maintenant » car, avec « une culture de mort », « nous nous précipitons vers l’impasse ». Dans cette perspective, il examine le rapport au cosmos, tout d’abord par l’alimentation et la sobriété, puis de manière plus générale par l’écologie, en rappelant la dimension écologique de la Bible, mais aussi en observant que l’être humain est « tissé de la même substance que le cosmos » et que « ce que nous faisons au cosmos rejaillit de facto sur l’humain ». Prenant l’exemple du Buisson ardent, il remarque : « Le Buisson ardent nous enseigne que le cosmos visible est la parure de l’invisible. Ce que l’on voit du cosmos n’est que l’apparaître des choses, les apparences sont le voile d’une réalité plus profonde », car Dieu œuvre en l’Homme et dans sa création. Cette réflexion le conduit au Christ, qui est « la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9) et à la transfiguration de la matière, laquelle passe par l’eucharistie, communion à la vie divine, au corps et au sang du Christ par « les substances matérielles du pain et du vin ». Il reprend une phrase du théologien grec Nikos Nissiotis : « Dieu a créé le monde (cosmos) pour s’unir à l’humanité à travers toute la chair cosmique devenant chair eucharistique ». En lui, dit-il, « le cosmos est devenu eucharistique. Non fermé sur lui-même, mais rayonnement de la Présence mystérieuse de Dieu ». Car, c’est en participant à Celui qui est la vie même, en étant illuminé par Lui, que l’être humain devient pleinement vivant et pleinement une personne ouverte à une ascension.

L’éclosion intérieure et la libération qu’elle amène rendent possible une relation avec l’autre juste, positive, s’inscrivant dans une dynamique de croissance. Cela conduit Philippe Dautais à la dernière partie de son ouvrage, sur l’amour conjugal, qui constitue, peut-on dire, son apothéose. Dans cette partie, son écriture, toujours limpide, devient quasiment poétique par endroit. Evoquant l’élan d’amour, il observe : « exaltant, stimulant, il transporte les êtres de telle manière que rien n’est plus pareil même si tout est semblable. La dilatation du cœur transforme tout et fait toucher la dimension vivante de la vie. Expérience qui ouvre sur les capacités de dépassement et de transcendance que chacun porte dans sa profondeur ». En effet, « la résonance profonde entre deux êtres est certainement ce que nous pouvons éprouver de plus essentiel en ce monde. Elle correspond à notre soif la plus intime, à notre attente la plus secrète ». Seulement, « être amoureux est une chose, aimer en est une autre », remarque-t-il aussi. Aujourd’hui, constatant le nombre impressionnant de divorces, « les couples se forment mais peinent à surmonter l’épreuve de la différence et à transfigurer l’état amoureux en art d’aimer ». Le couple est face à deux voies, dont il analyse les racines : une croissance en commun de deux personnes qui se respectent dans la vie conjugale ou un échec. Au passage, il met utilement en avant le mot « chasteté » qui n’est pas la continence, mais « le respect de l’autre dans son intégrité », « la chasteté conjugale s’inscrit dans la considération de l’autre en tant que personne créée à l’image de Dieu ».

Les dernières pages, très belles, sont consacrées au mariage, « voie royale vers l’accomplissement spirituel et la réalisation de la personne », ce « sacrement de l’amour ». L’auteur souligne que « le sens profond du mariage est le passage de la soumission aux lois de la nature vers l’avènement du sujet libre et responsable. (…) Cette expérience nous fait toucher d’une part la dimension essentielle de l’être et d’autre part la vertu transcendante de la relation. Dans l’amour, nous accédons à la profondeur de notre humanité et à la part la plus sublime de notre singularité » Il donne en illustration les étapes du mariage orthodoxe dont il explique la signification, en prolongement de ce qui précède dans l’ouvrage.

La conclusion est une ouverture à l’accomplissement de l’être humain conduit par le Christ à l’amour vrai et fécond, l’amour don que traduit le mot grec agapè, qui porte les potentialités de l’éros au plus haut : « Dans la reconnaissance que tout est don, il n’y a plus de place pour la peur de perdre. Au contraire, plus on se dépouille, plus on s’enrichit. On s’appauvrit de ce que l’on ne donne pas et on s’enrichit de ce que l’on donne. Telle est la loi de l’amour. L’amour-agapè est kénotique. Il est effacement et non affirmation du soi contre l’autre, il est retrait pour que l’autre soit. Non plus moi mais toi. Il nous fait accéder à la révélation ultime du « Je » et du « Tu », l’un n’existant pas sans l’autre. Dans l’amour chacun est révélé à lui-même par l’autre. Communion des visages, avènement de la personne dans son unicité inaliénable. L’amour devient la possibilité pour chaque être humain d’accéder à son mystère profond, à sa dimension la plus originelle fondée en Dieu de toute éternité ».

    Un livre précieux, car très utile pour tous, non seulement à connaître, mais aussi à faire connaître.

P. Christophe Levalois

 

Consécration de la nouvelle cathédrale orthodoxe de Gjirokastër (Albanie)

Le dimanche 7 août 2016 a eu lieu la consécration de la nouvelle cathédrale orthodoxe de la Résurrection du Christ à Gjirokastër. L’office était présidé par l’archevêque de Tirana Anastase, primat de l’Église orthodoxe d’Albanie, assisté par le métropolite de Gjirokastër Dimitri et du métropolite d’Amantia Nathanaël. Tôt dans la matinée, des centaines de fidèles orthodoxes de la ville et des alentours, avec leurs prêtres paroissiaux sont venus prier en ce moment important pour l’Église locale. Assistaient également à l’événement le maire de Gjirokastër, Mme Zamira Rami, les maires de Libohovë, Dropull, Himare, Finiq, des parlementaires ainsi que des membres du Corps diplomatique et des universitaires. Dans son allocution, l’archevêque Anastase a mentionné sa première visite dans la ville alors qu’il effectuait son voyage en Albanie comme exarque patriarcal, et ce le 10 août 1991. Il a décrit l’atmosphère de cette époque comme proche « de l’enfer ». Aussi, aujourd’hui le contraste, a-t-il ajouté, est plus que visible avec la renaissance de l’Église dont la croissance à un niveau unique offre le témoignage orthodoxe dans cette contrée. L’archevêque a souligné à nouveau que l’Église autocéphale orthodoxe d’Albanie, outre sa reconstruction et sa restructuration, a entrepris également des initiatives audacieuses pour contribuer au développement du pays en général. Ces initiatives ont été prises dans le domaine de l’éducation, de la culture, de l’écologie, du développement agricole, du patrimoine culturel, etc. Dans ses initiatives, l’Église orthodoxe est toujours restée fidèle à la tradition et à sa mission, délivrant son message d’espoir, d’amour et de foi. L’archevêque a exhorté les fidèles à se maintenir dans l’espérance, parce que le peuple orthodoxe ne croit pas en vain, mais place son espoir dans le Christ ressuscité. Il les aussi appelé à ce que leur foi soit approfondie et ne reste pas superficielle. Enfin, il les a appelé à plus d’amour, lequel doit s’exprimer partout, dans la famille, la société et dans le monde entier. De son côté, au nom du clergé et du peuple de la ville, le métropolite de Gjirokastër Dimitri a exprimé ses remerciements au primat pour le magnifique don de la cathédrale et pour sa consécration. L’édifice a été érigé sur un terrain qui était propriété ecclésiastique, acheté par l’archevêque dans le cadre de ses efforts pour reconstruire l’Église orthodoxe dans le pays. La nouvelle construction constituait une nécessité étant donné que les deux églises de la ville, construites également sur la demande de l’archevêque, étaient situées dans des endroits éloignés. Les travaux ont commencé en 2009. Une école moderne a été bâtie près de l’église et fonctionne depuis 2012. Depuis 2014 jusqu’à aujourd’hui, les difficultés financières ont été surmontées, ce qui a permis de terminer l’aménagement interne de l’église, à savoir l’iconostase et les fresques du dôme, de l’abside et du sanctuaire. La surface de l’édifice est de 450 m2, sa hauteur est de 18,5 m, et la Croix culmine à 21 m.

Source et photogrpahies

Moscou, ouverture du Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe – 2 février

« Le Concile épiscopal détient le pouvoir suprême, au sein de l’Eglise orthodoxe russe, sur les questions doctrinales, canoniques, liturgiques, pastorales, administratives et autres, concernant la vie de l’Eglise, tant intérieure qu’extérieure » (Statuts, chap. 3, par 1) », rappelle le site officiel de l’Eglise orthodoxe russe. Le Concile épiscopal est convoqué au moins une fois tous les quatre ans par le patriarche et le Saint-Synode. Sous le patriarcat de Sa Sainteté le patriarche Cyrille, le Concile épiscopal s’est réuni deux fois, en 2011 (2-4 février) et en 2013 (2-5 février).
Le Concile de 2011 a permis d’élaborer des textes applicables à toute l’Eglise, consacrés au service social public, à la mission auprès des minorités autochtones etc. L’un des documents essentiels incluait des mesures de conservation de la mémoire des néo-martyrs. Le Concile de 2013 a arrêté la procédure d’élection du Patriarche par le Concile local, a précisé les pleins pouvoirs des Conciles locaux et patriarcal, formulé un jugement sur les problèmes de justice des mineurs, a exprimé la position de l’Eglise orthodoxe russe sur les problèmes actuels de l’écologie, ainsi que concernant le développement des technologies d’enregistrement et de traitement des données individuelles.

Le 2 février 2016, le Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe a débuté ses travaux à la salle des conciles de l’église cathédrale du Christ Sauveur de Moscou. Des hiérarques du Patriarcat de Moscou venant de Russie, d’Ukraine, Moldavie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Kirghizie, Lituanie, Lettonie, Tadjikistan, Ouzbékistan, Estonie, ainsi que des pays étrangers où existent des diocèses de l’Eglise orthodoxe russe sont arrivés à Moscou pour y participer.

En tout, 354 prélats venant de 293 diocèses de l’Église orthodoxe russe sont invités à prendre part au Concile.

La réunion a été précédée de la divine liturgie, célébrée à l’église du Christ Sauveur par l’archiprêtre Mikhaïl Riazantsev et le clergé de Moscou. Sa Sainteté le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie et les hiérarques venus participer au concile assistaient à l’office.

Conformément aux Statuts de l’Église orthodoxe russe, le Concile est présidé par le patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Le présidium se compose des membres permanents du Saint Synode : Sa Béatitude le métropolite Onuphre de Kiev et de toute l’Ukraine, le métropolite Juvénal de Kroutitsy et de Kolomna, le métropolite Vladimir de Kichinev et de toute la Moldavie, le métropolite Alexandre d’Astana et de tout le Kazakhstan, chef de la région métropolitaine de la République de Kazakhstan, le métropolite Vincent de Tachkent et d’Ouzbékistan, chef de la région métropolitaine d’Asie centrale, le métropolite Barsanuphe de Saint-Pétersbourg et de Ladoga, chancelier du Patriarcat de Moscou, le métropolite Paul de Minsk, exarque de toute la Biélorussie, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou.

Font également partie du présidium les hiérarques invités à participer à la session d’hiver du Saint Synode : le métropolite Isidore de Smolensk et de Roslavl, l’archevêque Jean de Magadan et de Sinegorsk, l’évêque Marcel de Beltsy et de Felecht, l’évêque Barlaam de Makhatchkala et de Grozny.

Par ailleurs, conformément à une décision du Saint Synode en date du 24 décembre 2015 (minute 96), compte tenu de l’importance de la participation à la direction des travaux du Concile épiscopal des primats des sujets autonomes et auto-administrés du Patriarcat de Moscou, ont été inclus au présidium : le métropolite Hilarion d’Amérique de l’Est et de New York et le métropolite Alexandre de Riga et de toute la Lettonie.

Un office d’intercession a été célébré avant l’assemblée plénière. Sa Sainteté le patriarche Cyrille a lu une prière, demandant à Dieu de bénir les travaux du Concile.

S’adressant à l’assemblée dans un bref discours d’ouverture, le primat de l’Église russe a constaté que le présent Concile épiscopal était convoqué avec un an d’avance sur les délais prévus par les Statuts de l’Église orthodoxe russe. Ceci s’explique par la préparation intensive au Concile panorthodoxe.

« Le Concile épiscopal de 2013 a souligné que cette préparation devait supposer une large discussion des décrets à adopter. Elle implique aussi un souci particulier de la préservation de la pureté de la doctrine orthodoxe. C’est pourquoi le Saint Synode a estimé qu’il était temps d’entreprendre une discussion sérieuse sur les questions que pose le processus préconciliaire » a poursuivi le patriarche Cyrille.
Par ailleurs, nous nous pencherons aujourd’hui sur la délicate question des « restes d’Ekaterinbourg » et discuterons de l’application de différentes décisions prises par le précédent Concile » a prévenu le primat.

L’assemblée a adopté le règlement, le programme et l’ordre du jour, approuvé la composition des commissions des mandats, de rédaction et des comptes.

Le métropolite Barsanuphe de Saint-Pétersbourg et de Ladoga, chancelier du Patriarcat de Moscou, a été élu secrétaire du Concile épiscopal. Le métropolite Innocent de Vilnius et de Lituanie est nommé à la tête de la commission des mandats ; la commission de rédaction est présidée par le métropolite Paul de Minsk et de Zaslavl, exarque de toute la Biélorussie ; le métropolite Serge de Ternopol et de Kremenets est élu président de la commission des comptes.

Sa Sainteté le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie a ensuite présenté un rapport sur la vie de l’Église russe.

Source Pravoslavie.ru et Mospat.ru

Vidéo de l’émission de télévision “L’orthodoxie, ici et maintenant” (KTO) du 1er décembre

Ci-dessous: la vidéo de l’émission de télévision “L’orthodoxie, ici et maintenant“, du 1er décembre, sur KTO. Son thème est: “Quelle théologie orthodoxe de l’écologie ?”. L’invité de l’émission sera le théologien Jean-Claude Larchet (Présentation).

Recension: Patriarche œcuménique Bartholomée, « Et Dieu vit que cela était bon »

BartholomeePatriarche œcuménique Bartholomée, Et Dieu vit que cela était bon, Cerf, Paris 2015.
Dans le contexte de la COP 21 (21e Conférence internationale annuelle sur le climat) qui se tient à Paris, on ne peut manquer de mentionner ce fascicule, récemment publié aux éditions du Cerf, qui reproduit, traduite par Jean-François Colosimo, une conférence faite l’an dernier par Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée à l’université de Yale à l’occasion de la Living Universe Conference.
À la suite de son prédécesseur le patriarche Dimitrios, celui-ci s’est fortement engagé dans le combat écologique pour la sauvegarde de la nature, au point d’être surnommé « le patriarche vert ».
Dans cette conférence, il rappelle quelques principes de la conception orthodoxe de l’écologie, au long des sept parties que comporte l’exposé:
— « En lisant le livre de la nature »: le Créateur se manifeste dans sa création et peut y être découvert par l’homme (cf. Ps 19, 1: « les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce l’ouvrage de ses mains »).
— « La théologie orthodoxe de l’environnement »: elle découle de la croyance fondamentale que le monde a été créé beau et bon par un créateur aimant ; l’homme est appelé lui-aussi à l’aimer, dans une « liturgie cosmique ».
— « Des êtres eucharistiques et ascétiques »: la relation de l’homme avec la création doit être avant tout eucharistique (le monde offert par Dieu doit lui être retourné avec action de grâces); l’homme doit faire des créatures un usage respectueux, raisonnable et sobre, où il se montre soucieux, dans l’autolimitation et le contrôle, de préserver l’intégrité du don de Dieu.
— « Enseigner les jours de la création : humains, végétaux et animaux »: l’homme doit éviter toute approche de la nature orientée vers la prédation et centrée sur le profit, et aimer les créatures comme étant avec lui les membres d’une famille qui a Dieu pour Père. L’amour que l’on porte à Dieu, aux êtres humains et aux créatures ne peuvent être formellement séparés.
— « Interpréter la notion de péché »: la terre est sacrée du fait de sa relation fondamentale à Dieu; l’homme en est responsable; l’abus des êtres de la création est un péché dont l’humanité doit se repentir.
— « Conséquences sociales, politiques et économiques »: l’altération de la nature affecte les hommes dont elle est la maison, et d’abord les plus pauvres.
— « Une nouvelle vision du monde »: la crise actuelle n’est pas seulement écologique, et ne pourra pas trouver de solution à ce seul plan; elle est relative à une crise spirituelle, et pour résoudre les problèmes actuels, nous devons d’abord changer notre vision du monde. Le mot grec qui désigne le repentir, metanoia, signifie d’ailleurs littéralement un changement de mentalité.

Bien que le  patriarche de Constantinople se soit personnellement beaucoup engagé sur la question de l’écologie, les autres Églises orthodoxes locales n’ont pas manqué de s’en préoccuper et d’exprimer leurs positions. Pour l’Église russe, on peut se reporter au chapitre XIII du document de référence intitulé Les bases de la conception sociale de l’Église orthodoxe russe, également publié aux éditions du Cerf, mais disponible aussi en français sur Internet, et au document plus récent intitulé La position de l’Église orthodoxe russe sur les questions environnementales importantes dont nous reproduisons ici la traduction française. Pour l’Église russe également, la question écologique est au fond une question spirituelle, et c’est au plan spirituel seulement que tous les problème posés pourront trouver une réponse complète et définitive, les solutions politiques étant urgentes et indispensables, mais non suffisantes pour traiter les causes profondes.

Jean-Claude Larchet

Radio (France-Culture) – podcast: « Actualité bioéthique »

Ci-dessous: le podcast audio de l’émission Orthodoxie, sur France-Culture, du 20 septembre. Elle était consacrée à l’actualité bioéthique. L’invité était le P. Jean Boboc. Présentation:  » L’actualité des grandes questions de bioéthique en France et dans le monde : le débat au Conseil de l’Union Européenne sur l’égalité hommes femmes et les droits génésiques ; le débat en France sur la fin de vie et la sédation profonde et continue ; l’écologie et la climatologie. L’Église orthodoxe face à ces questions. »

Allocution du patriarche oecuménique Bartholomée lors du « Sommet des consciences » pour le climat

sommetLe patriarche œcuménique Bartholomée a prononcé, ce matin à Paris, son allocution lors du Sommet des consciences sur le climat (1). À son arrivée hier, le 20 juillet dans la journée, le patriarche a rencontré Mgr Job de Telmessos et le soir a participé avec les autres intervenants, au dîner organisé au palais d’Élysée par le président de la République François Hollande. Voici, ci-dessous, le texte de son allocution lors de ce sommet.

« Paris, le 21 juillet 2015

Monsieur François Hollande, Président de la République,
Monsieur Michael D. Higgins, Président de l’Irlande
Son Altesse Sérénissime, le Prince Albert II de Monaco
Monsieur Kofi Annan, Président de « The Elders », Président de la  « Fondation Kofi Annan », Ancien Secrétaire-Général des Nations Unies
Monsieur Jean-Paul Delevoye, Président du Conseil économique, social et environnemental
Cher Nicolas Hulot, Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète,
Éminences,
Excellences,
Mesdames et Messieurs les représentants des cultes,
Mesdames et Messieurs,

Dans un appel vibrant lancé à partir de Manille, conjointement par les autorités françaises et philippines, en février 2015, nous étions tous individuellement et collectivement appelés à agir en faveur du climat. Aujourd’hui plus que jamais nous rappelons l’urgence d’une justice globale, d’une solidarité financière et technologique mondiale. L’appel se terminait de la sorte : « Nous appelons (…) tous les acteurs, les États (…) et les citoyens à jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le changement climatique et en particulier contre ses effets, et la réduction des risques de catastrophes naturelles liées au climat, par des efforts individuels ou des initiatives en coopération. »

Comme vous vous en souvenez certainement nous avions eu l’honneur de vous accompagner, Monsieur le Président, lors de cet indispensable déplacement. Nous avons pu voir de nos yeux les effets destructeurs des bouleversements climatiques qui touchent les populations les plus vulnérables, notamment en Asie. Nous avons touché de nos doigts les plaies ouvertes, fraichement mais durablement, d’une terre en révolte contre l’égoïsme aveugle de l’humanité. Les plus sceptiques n’auraient pas été moins convaincus que saint Thomas lui-même. L’exclamation apostolique « mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28) jaillit alors de nos bouches, non seulement comme un cri d’alerte, mais aussi comme un éveil à l’espérance. L’impérieuse mission des religions en général, et du christianisme en particulier, tient à cette force transfiguratrice de la foi faisant de tout danger un appel à la conversion des cœurs.

Les décennies d’expérience du Patriarcat œcuménique en matière de protection de l’environnement ont montré que la question du salut n’est pas indépendante du traitement de la création. Dans cette attention particulière se rejoignent le séculier et le spirituel. Distinguant ce qui relève du monde, au sens du saint apôtre Paul, et ce qui relève de la création du monde, la tradition orthodoxe est attachée au déploiement du mystère de la grâce dans cette dernière, faisant de toute chose un sacrement du Royaume.

Certains pourront s’interroger sur la nécessité de convier des responsables religieux à une réflexion trop souvent dépréciée à cause de sa technicité, voire culpabilisante en raison des conséquences de nos actes. Le sens de l’implication des religions dans ce crucial combat pour la sauvegarde de notre planète est triple : éduquer, convertir et glorifier.

Par éduquer, nous entendons prolonger la dialectique entre foi et raison, c’est-à-dire articuler des éléments de connaissance rationnelle aux inspirations de l’âme. Les questions environnementales sont au carrefour de cette attention. Ainsi, les données scientifiques sur la biodiversité, le réchauffement climatique, l’accroissement de la misère et des injustices environnementales, la sécurité alimentaire, etc., viennent compléter la vision théologique, trop souvent statique, d’un monde en constant changement.  Mais sortant de ce simple constat, il est de notre mission d’offrir, à partir de cette base, une herméneutique de la création qui affirme l’interdépendance de l’humanité et de la nature. C’est la raison pour laquelle, le Patriarcat œcuménique n’a pas uniquement institué le 1er septembre de chaque année comme journée de prière pour l’environnement, mais il organise aussi des séminaires et des sommets rassemblant théologiens et scientifiques afin de débattre. Le dernier Sommet en date s’est tenu sur l’île de Halki en Turquie, du 8 au 10 juin 2015. Il était intitulé « Écologie, théologie et art ». Nous y avions notamment invité des artistes afin qu’ils puissent apporter leur expertise esthétique sur le sens de la beauté dans la création. En effet, Dostoïevski n’écrit-il pas : « La beauté sauvera le monde » ?

Par convertir, il faut comprendre la conversion de l’être intérieur comme le point de départ d’une conversion extérieure. Les scientifiques mettent inlassablement en avant la nécessité d’un changement radical de nos modes de vie afin de limiter les actions polluantes qui influent sur les changements climatiques. Il s’agit ici d’une réalité que le christianisme appelle « metanoia », un retournement tout entier de l’être. Ce dernier encourage, dans la tradition patristique des Pères du désert – ces spirituels qui ont forgé à travers des siècles d’expérience ascétique un regard vrai sur l’humanité – à constamment interroger la nécessité de nos besoins, afin de dissocier ce qui relève de la convoitise et ce qui relève du bien. L’éthique et la morale ne sont pas très loin et doivent permettre l’émergence des droits de la terre elle-même. Tel est le sens de l’effort qui est attendu de nous : sortir de l’égoïsme dans lequel l’inertie de nos habitudes nous a fait tomber, et découvrir la sobre liberté que nous apporte la conversion du cœur.

Enfin, par glorifier, nous en revenons au fondement même de notre mission spirituelle. Enfant déjà, sur notre île natale d’Imbros, aujourd’hui Gökçeada, au large d’Istanbul, nous étions subjugué par cet environnement sauvage et puissant, sans cesse renouvelé par la force vivifiante des vents qui, combinée à l’action bouleversante de la mer, nous a fait prendre conscience d’une double réalité : que la puissance de l’humanité est inversement proportionnelle à la puissance de la nature. Aussi, pour résoudre cette relation antinomique ne devons-nous pas devenir les maîtres de la création, mais bien plutôt libérer cette création d’un agir humain dominateur dans un mouvement d’action de grâce qui se révélerait à travers les gestes quotidiens que nous y posons.

Tels sont les trois engagements indispensables pour une spiritualité écologique réelle.

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

Dernièrement, Sa Sainteté le Pape François, dans son Encyclique Laudato Si abondait dans le sens d’une spiritualité écologique de conversion : « En premier lieu, la conversion implique gratitude et gratuité, c’est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît » (§ 220). Cette Encyclique apparaît tout juste une année après notre rencontre à Jérusalem, commémorant les retrouvailles historiques de Sa Sainteté Pape Paul VI et de Sa Sainteté du Patriarche œcuménique Athénagoras, en 1964, dans ce même lieu. L’an dernier, nous avions découvert dans Sa Sainteté le Pape François un frère d’âme dans sa sensibilité affichée et assumée à l’égard de la création. Aussi, avions-nous tenu l’un et l’autre à ce que les relations entre les Églises Sœurs de Rome et de Constantinople approfondissent leur engagement commun en faveur de notre maison commune par la prière et l’action. Parce que les questions environnementales sont globales, elles se déclinent parfaitement dans l’espace œcuménique et constituent un enjeu central en faveur de l’unité des chrétiens.

Alors : «  Why do we care? ». Notre époque fait face à un défi unique. Jamais dans le passé, durant la longue histoire de notre planète, les hommes et les femmes ne se sont trouvés à ce point si « développés » qu’ils ont pu rendre possible la destruction de leur propre environnement et de leur propre espèce. Jamais auparavant, dans la longue histoire de cette planète, les écosystèmes de la terre ne furent confrontés à des dégâts quasi irréversibles d’une telle ampleur. C’est pourquoi il est de notre responsabilité de répondre à ce défi de façon univoque, afin de remplir notre devoir envers les générations à venir. Voilà pourquoi nous devons nous engager.

Dans cette perspective, une alliance entre l’écologie contemporaine, en tant que recherche scientifique pour la protection et la survie de l’environnement naturel, et la théologie, en tant que réflexion métaphysique sur des sujets religieux, est nécessaire pour cerner la profondeur spirituelle des questions cruciales de notre temps. C’est pourquoi nous vous invitons toutes et tous, vous qui êtes déjà sensibilisés à ces questions, à être les porte-voix de cet appel des consciences pour le climat.

Avant de terminer cette modeste intervention, nous tenons à féliciter les autorités françaises pour les nombreuses initiatives mises à l’œuvre en vue de la réunion de la COP21 qui se tiendra à Paris à la fin de cette année. Le Patriarcat œcuménique y est tout particulièrement attaché et y apporte son indéfectible soutien. Notre responsabilité est à la hauteur de l’urgence. Telle est la raison d’être de notre engagement. »

Source: Patriarcat oecuménique

Photographie ci-dessus: Présidence de la République française

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a institué un jour de prières pour la création divine

Lors de sa session du 13 juillet, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a institué un jour particulier de prières pour la création divine. Les membres du Synode ont approuvé l’office d’intercession pour la préservation de la création divine, composé par la commission liturgique synodale, et qui devra être célébré annuellement dans toutes les paroisses et monastères de l’Église orthodoxe russe et ce le premier dimanche de septembre. En outre le Saint-Synode a décidé que les archipasteurs et pasteurs devraient consacrer leur prédication, le jour dit, à la sollicitude envers la création divine. L’Église orthodoxe russe se préoccupe particulièrement de prêcher une attitude scrupuleuse de l’homme envers la création divine, le monde qui nous entoure. À la fin du XXème siècle et au début du XXIème, cela s’est traduit par l’établissement de toute une série de documents exprimant la position de l’Église orthodoxe concernant les questions d’écologie. En partie, la question de l’écologie fut soulevée lors de l’Assemblée épiscopale de l’Église orthodoxe russe de 1997 et a été développée dans le document « Fondements de la conception sociale de l’Église orthodoxe russe », adopté par l’assemblée jubilaire des évêques en l’an 2000. En 2008, cette question a été abordée dans le document « Fondements de l’enseignement de l’Église orthodoxe russe sur la dignité, la liberté et les droits de l’homme ». La même année a eu lieu à Constantinople la rencontre des primats des Églises locales orthodoxes, dont les conclusions ont été reprises dans le document « Message des primats des Églises orthodoxes », dans lequel la question de l’ecclésiologie faisait l’objet d’une attention particulière. Ledit document mentionne entre autres : « Nous confirmons à nouveau le jour fixé précédemment [dans le Patriarcat de Constantinople] pour des prières particulières concernant la défense de la création de Dieu, à savoir le 1er septembre, au début de l’année liturgique. Nous soutenons l’introduction de la question de la défense du milieu naturel dans la catéchisation, la prédication et le travail pastoral de nos Églises, comme cela se produit déjà chez un certain nombre d’entre elles ». Maintenant son attachement aux décisions panorthodoxes, l’assemblée des évêques de 2013, a adopté le document conceptuel « Position de l’Église orthodoxe russe concernant les problèmes actuels d’écologie ». Par ledit document est stimulée l’activité du clergé et des fidèles dans le domaine écologique. Le Conseil ecclésial supérieur de l’Église orthodoxe russe a discuté, lors de ses séances du 17 février et du 25 juin 2015, des propositions de l’organisme de préservation de la nature auprès du département synodal des relations entre l’Église et la société, créé pour développer les intentions exprimées par l’assemblée des évêques de 2013 dans le document susmentionné. En partie, il était proposé d’établir un jour spécial de prières pour la création divine. La date du 1er septembre fixée lors de la rencontre des primats des Églises orthodoxes en 2008, correspond, dans les pays de la présence canonique de l’Église orthodoxe russe, au début de l’année scolaire dans les institutions de l’instruction publique et ecclésiastique, et est marquée par des offices d’intercessions pour les élèves et étudiants. Aussi, la combinaison des deux événements est inopportune. Il convient encore de mentionner que le jour du dimanche, il y a bien plus de fidèles présents à l’office et que la célébration de l’une ou l’autre fête ou d’un office d’intercession se fait sur une échelle plus large. C’est pour cette raison qu’il a été proposé de fixer le jour de la prière spéciale pour la création divine, dans l’Église russe, au 1er dimanche de septembre.

Source

Vient de paraître: « Et Dieu vit que cela était bon » par le patriarche oecuménique Bartholomée aux éditions du Cerf

9782204106559En librairie à partir d’aujourd’hui: Et Dieu vit que cela était bon par le patriarche œcuménique Bartholomée aux éditions du Cerf (64 pages, prix: 4 euros, couverture ci-contre). Présentation de l’éditeur: « Il est urgent de redonner un visage humain à notre planète. » Le patriarche œcuménique Bartholomée, primat de l’Église orthodoxe, est aussi universellement connu pour son engagement, depuis des décennies, en faveur de la défense de l’environnement qui lui a valu le surnom de « patriarche vert ». Parmi ses écrits sur l’écologie, cette adresse concerne tout particulièrement « la sauvegarde de la maison commune ». »

Dans une interview accordée au journaliste Andrea Tornielli, le patriarche Bartholomée s’est exprimé au sujet de la célébration commune de Pâques proposée par le pape François

Dans une interview accordée au journaliste Tornielli pour le site « Vatican insider », le patriarche Bartholomée a abordé l’encyclique du pape François sur l’écologie, mais aussi la célébration commune de Pâques proposée par celui-ci :

François a proposé une fois de plus un accord sur une date fixe pour la célébration de Pâques. Êtes-vous d’accord avec cette proposition ?

– Des discussions dans l’Église orthodoxe concernant la célébration fixe ou commune de Pâques, comme fête des fêtes, ont lieu depuis plus d’un demi-siècle. En fait, les consultations panorthodoxes précédentes, pour la préparation du Saint et Grand Concile prévu à Istanbul l’année prochaine, ont pris en considération différentes options scientifiques et liturgiques visant à une telle possibilité. Cependant, durant les années récentes, et particulièrement après la chute du rideau de fer, des éléments significatifs au sein de certaines Églises nationales ont malheureusement résisté à un tel développement ou changement. Il n’y a pas de doutes qu’un accord sur une date fixe pour une célébration commune de Pâques serait bénéfique, particulièrement pour les chrétiens vivant dans les pays d’Amérique, d’Europe occidentale et d’Océanie. Néanmoins, que l’on soit d’accord ou non au niveau personnel, une telle proposition devrait être discutée sur une base panorthodoxe afin de ne pas rompre l’unité au sein des Églises orthodoxes elles-mêmes.

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Métropolite Jean Zizioulas : « Loué sois-Tu » – Texte de son intervention lors de la présentation de l’encyclique du pape, « Laudato si »

Le 18 juin, pour la première fois, un représentant du patriarche oecuménique de Constantinople a participé à la présentation de l’encyclique « Laudato si » au Vatican. Le site Internet de l’agence d’informations catholique Zenit, vient de mettre en ligne la traduction française de l’intervention du métropolite Jean Zizioulas. Nous le proposons ci-dessous avec l’aimable accord de l’agence Zenit.

Introduction

Je voudrais tout d’abord exprimer ma profonde gratitude pour l’honneur d’être invité à prendre part à cet événement du lancement de la nouvelle encyclique de Sa Sainteté le pape François « Laudato Si’». Je suis également honoré par le fait que Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée m’a demandé de vous transmettre sa joie personnelle et sa satisfaction pour la publication de l’encyclique. Comme certains d’entre vous le savent déjà, le Patriarcat œcuménique a été le premier dans le monde chrétien à attirer l’attention de la communauté mondiale sur la gravité du problème écologique et sur le devoir de l’Église d’exprimer sa préoccupation et d’essayer de contribuer, par tous les moyens spirituels à sa disposition, à la protection de notre environnement naturel. Ainsi, dès l’année 1989, le patriarche œcuménique Dimitrios a publié une encyclique adressée aux fidèles chrétiens et à toutes les personnes de bonne volonté, dans laquelle il soulignait la gravité du problème écologique et ses dimensions théologiques et spirituelles. Cela a été suivi par une série d’activités, telles que des conférences internationales de responsables religieux et d’experts scientifiques, ainsi que des séminaires pour les jeunes, les ministres de l’Église, etc. sous les auspices de l’actuel patriarche œcuménique Bartholomée, visant à promouvoir une conscience écologique parmi les chrétiens en particulier, et plus largement dans la communauté des hommes et des femmes.

La publication de l’encyclique Laudato Si’ est donc une occasion de grande joie et de satisfaction pour les orthodoxes. En leur nom, je tiens à exprimer notre profonde gratitude à Sa Sainteté pour s’être exprimé avec autorité afin d’attirer l’attention du monde sur la nécessité urgente de protéger la création de Dieu des dommages que nous, les humains, infligeons par notre comportement à l’égard de la nature. Cette encyclique vient à un moment critique dans l’histoire humaine et aura sans aucun doute un retentissement dans le monde entier sur la conscience des personnes.

Ceux qui liront l’encyclique seront impressionnés par la profondeur et la rigueur avec laquelle le problème écologique est traité et sa gravité mise en évidence, ainsi que par les suggestions et propositions sur la façon d’agir pour faire face à ses conséquences. Il y a, dans ses pages, matière à réflexion pour tous : le scientifique, l’économiste, le sociologue et surtout les fidèles de l’Église. Mes commentaires se limiteront à la richesse de la pensée théologique et de la spiritualité de l’Encyclique. Le temps et l’espace ne me permettent pas de rendre pleinement justice au traitement de ces aspects. Je me bornerai aux points suivants :

a) La signification théologique de l’écologie ;

b) La dimension spirituelle du problème écologique ;

c) L’importance œcuménique de l’Encyclique.

1. Théologie et écologie

Qu’est-ce que l’écologie a à voir avec la théologie ? Dans les manuels traditionnels de théologie, il n’y a guère de place pour l’écologie et l’on peut dire la même chose des parcours d’enseignement des écoles de théologie catholiques, orthodoxes et protestantes. L’encyclique consacre un chapitre entier (ch. 2) à montrer les profondes implications écologiques de la doctrine chrétienne de la création. Il souligne que, selon la Bible, « la vie humaine est enracinée dans trois relations fondamentales et étroitement liées avec Dieu, avec notre prochain et avec la terre elle-même (par. 66). Cette troisième relation, i.e. avec la terre, a très souvent été ignorée par la théologie chrétienne au point que l’historien américain Lynn White, dans un article maintenant connu de la revue « Scientist » (1967), accusait la théologie chrétienne d’être responsable de la crise écologique moderne. Car il est vrai que, dans la théologie chrétienne, l’être humain a été élevé au-dessus de la création matérielle au point de permettre aux humains de la traiter comme de la matière pour la satisfaction de leurs besoins et de leurs désirs. L’être humain a été dé-naturalisé et, dans son abus et son mauvais usage du commandement biblique donné au premier couple humain – « multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la » (Gen 1,28) – l’humanité était encouragée à exploiter la création matérielle sans restriction et sans respecter son intégrité et même son caractère sacré.

Cette attitude à l’égard de la création a non seulement conduit à un mauvais usage de la doctrine biblique mais a, en même temps, contredit des principes fondamentaux de la foi chrétienne. L’un d’eux est la foi dans l’incarnation du Christ. En assumant la nature humaine, le Fils de Dieu a pris sur lui la création matérielle dans sa totalité. Le Christ est venu pour sauver la création tout entière par son incarnation, et pas seulement l’humanité ; car, selon saint Paul (Rm 8,23), « la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement » dans l’attente de son salut par l’humanité.

L’autre principe fondamental de la foi chrétienne qui a des implications écologiques importantes concerne le cœur même de l’Église, qui est la sainte eucharistie. Dans la célébration de l’eucharistie, l’Église offre à Dieu le monde matériel sous la forme du pain et du vin. Dans ce sacrement, l’espace, le temps et la matière sont sanctifiés ; ils sont élevés au Créateur avec reconnaissance, comme ses dons à notre égard ; la création est solennellement déclarée don de Dieu et les êtres humains, au lieu d’agir en propriétaires de la création, agissent en tant que ses prêtres, qui l’élèvent à la sainteté de la vie divine. Cela rappelle les paroles émouvantes de saint François d’Assise par lesquelles s’ouvre l’encyclique : « Loué sois tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre ». Comme l’ont expliqué saint Grégoire Palamas et d’autre Pères grecs, la création tout entière est imprégnée de la présence de Dieu par ses énergies divines ; tout annonce la gloire de Dieu, comme le dit le psalmiste, et l’être humain conduit ce chœur cosmique de glorification au Créateur, en tant que prêtre de la création. Cette façon de comprendre la place et la mission de l’humanité dans la création est commune à la tradition chrétienne de l’Orient comme de l’Occident et elle est d’une importance particulière pour la culture d’une philosophie écologique.

2. La dimension spirituelle

Comme cela ressort clairement de l’encyclique, la crise écologique est essentiellement un problèmes pirituel. La juste relation entre l’humanité et la terre ou son environnement naturel a été cassée avec la Chute à la fois extérieurement et en nous, et cette rupture est le péché. L’Église doit maintenant introduire dans son enseignement sur le péché le péché contre l’environnement, le péché écologique. La repentance doit être étendue pour couvrir aussi les dommages que nous infligeons à la nature, comme individus et comme sociétés. Cela doit être porté à la conscience de tout chrétien qui se soucie de son salut.

La rupture de la juste relation entre l’humanité et la nature est due à la montée de l’individualisme dans notre culture. On a fait de la poursuite du bonheur individuel un idéal à notre époque. Le péché écologique est dû à l’avidité humaine qui aveugle les hommes et les femmes au point d’ignorer et de mépriser la vérité de base selon laquelle le bonheur d’un individu dépend de sa relation avec le reste des êtres humains. Il y a une dimension sociale dans l’écologie, que l’encyclique fait ressortir avec clarté. La crise écologique va de pair avec la propagation de l’injustice sociale. Nous ne pouvons pas affronter avec succès la première sans traiter avec l’autre.

Le péché écologique est un péché non seulement contre Dieu mais aussi contre notre prochain. Et c’est un péché non seulement contre l’autre de notre époque mais aussi – et c’est grave – contre lesgénérations futures. En détruisant notre planète afin de satisfaire notre avidité de bonheur, nous léguons aux générations futures un monde irrémédiablement abîmé avec toutes les conséquences négatives que cela aura pour leur vie. Nous devons donc agir de façon responsable à l’égard de nos enfants et de ceux qui nous succèderons dans cette vie.

Tout ceci invite à ce que nous pourrions décrire comme un ascétisme écologique. Il est à noter que les grandes figures de la tradition ascétique chrétienne étaient toutes sensibles à la souffrance de toutes les créatures. L’équivalent d’un saint François d’Assise est abondamment présent dans la tradition monastique de l’Orient. Il existe des récits de vie des saints du désert qui présentent l’ascète pleurant sur les souffrances ou la mort de chaque créature et menant une coexistence pacifique et amicale avec les bêtes. Ce n’est pas du romanticisme. Cela jaillit d’un cœur aimant et de la conviction qu’entre le monde naturel et nous-mêmes, il y a une unité et une interdépendance organiques qui nous font partager un destin commun, simplement parce que nous avons le même Créateur.

L’ascétisme est une idée déplaisante dans notre culture actuelle, qui mesure le bonheur et le progrès à l’aune de l’augmentation du capital et de la consommation. Ce serait irréaliste de s’attendre à ce que nos sociétés adoptent l’ascétisme de la façon dont saint François et les Pères du désert de l’Orient l’ont vécu. Mais l’esprit et la philosophie de l’ascétisme peuvent et doivent être adoptés si notre planète veut survivre. La modération de la consommation de ressources naturelles est une attitude réaliste et des moyens doivent être trouvés pour mettre une limite à l’immense gaspillage de matériaux naturels. La technologie et la science doivent consacrer leurs efforts à une telle tâche. On peut trouver beaucoup d’inspiration et d’aide dans l’encyclique elle-même à cet égard.

Enfin, la spiritualité doit pénétrer notre philosophie écologique par la prière. L’encyclique offre de beaux exemples de la manière de prier pour la protection de la création de Dieu. Je trouve émouvant cet extrait des prières citées à la fin de l’encyclique :

O Dieu, donne guérison à nos vies, pour que nous puissions protéger le monde au lieu de le maltraite, que nous puissions semer la beauté, et non la pollution ou la destruction. Touche les cœurs de ceux qui ne recherchent que le gain au détriment des pauvres de la terre. Enseigne-nous à découvrir la valeur de chaque chose, à être remplis d’émerveillement et de contemplation, à reconnaître que nous sommes profondément unis à toutes les créatures, tandis que nous cheminons vers ton infinie lumière.

À ce point, j’aimerais mentionner que, déjà en 1989, le Patriarcat œcuménique avait décidé de dédier le 1er septembre de chaque année à la prière pour l’environnement. Selon le calendrier liturgique orthodoxe, si l’on remonte à l’époque byzantine, cette date est le premier jour de l’année ecclésiastique.

L’office liturgique du jour inclut des prières pour la création et le Patriarcat œcuménique a commandé à un hymnographe contemporain du Mont Athos de composer des hymnes propres pour ce jour. Le 1erseptembre de chaque année est maintenant consacré par les orthodoxes à l’environnement. Ne pourrait-il pas devenir une date réservée à cette prière pour tous les chrétiens ? Cela marquerait un pas en avant vers une plus grande proximité entre eux.

Cela me conduit à mon dernier commentaire sur l’encyclique du pape, à savoir son importance œcuménique.

3. L’importance œcuménique de l’encyclique

De mon point de vue, il y a trois dimensions à l’œcuménisme. La première, que nous pouvons appeler l’œcuménisme dans le temps, une expression fréquemment utilisée par l’un des plus grands théologiens orthodoxes du siècle dernier, le regretté père Georges Florovsky. Nous entendons par là l’effort des chrétiens divisés pour s’unir sur la base de leur Tradition commune, l’enseignement de la Bible et les Pères de l’Église. C’est l’objet des dialogues théologiques qui ont lieu dans le mouvement œcuménique de notre époque et il semble que ce soit la forme d’œcuménisme prédominante.

En même temps, un œcuménisme dans l’espace est aussi pratiqué à travers diverses institutions internationales, comme le Conseil mondial des Églises et des organisations œcuméniques similaires qui rassemblent les chrétiens divisés, de sorte que les différents contextes culturels dans lesquels ils vivent puissent être pris en considération dans le recherche de l’unité. Cela a réuni des chrétiens d’Asie, d’Amérique, d’Europe, d’Amérique latine, etc. – une expression de l’universalité de l’Église chrétienne.

À ces deux dimensions qui ont dominé la scène œcuménique ces cent dernières années, nous devons en ajouter, je pense, une troisième qui est habituellement négligée, celle que j’appellerais un œcuménisme existentiel. Je veux dire par là l’effort pour affronter ensemble les problèmes existentiels les plus profonds qui préoccupent l’humanité dans son ensemble – pas seulement dans des endroits ou des catégories de personnes en particulier. L’écologie est sans doute le candidat le plus évident dans ce cas.

Je crois que l’importance de l’encyclique du pape, Laudato Si’, ne se limite pas au sujet de l’écologie en tant que telle. J’y vois une dimension œcuménique importante en ce qu’elle conduit les chrétiens divisés devant une tâche commune qu’ils doivent affronter ensemble. Nous vivons à une époque où les problèmes existentiels fondamentaux débordent nos divisions traditionnelles en les relativisant au point de les faire pratiquement disparaître. Regardez, par exemple, ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient : ceux qui persécutent les chrétiens leur demandent-ils à quelle Église ou confession ils appartiennent ? L’unité chrétienne, dans de tels cas, est de facto réalisée par la persécution et le sang – un œcuménisme du martyre.

De même, la menace que fait peser sur nous la crise écologique dépasse ou transcende nos divisions traditionnelles. Le danger qui se présente à notre maison commune, la planète sur laquelle nous vivons, est décrit dans l’encyclique d’une manière qui ne laisse aucun doute sur le risque existentiel auquel nous sommes confrontés. Ce risque nous est commun à tous, indépendamment de nos identités ecclésiastiques ou confessionnelles. Notre effort pour empêcher les conséquences catastrophiques de la situation actuelle doit être également commun. L’encyclique du pape François est un appel à l’unité – unité dans la prière pour l’environnement, dans le même Évangile de la création, dans la conversion de nos cœurs et de nos styles de vie pour respecter et aimer chacun et chaque chose qui nous sont donnés par Dieu. Nous en sommes reconnaissants.

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Rencontre du vice-président du DREE avec Nicolas Hulot

Le 16 mars, l’archimandrite Philarète (Boulekov), vice-président du DREE (Patriarcat de Moscou) a reçu Nicolas Hulot, représentant spécial du président français pour la protection de la planète. La rencontre avait lieu à la petite salle du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. Parmi les participants, figuraient également l’ambassadeur de France en Russie, Jean-Maurice Ripert, le conseiller du représentant spécial, Stéphanie Lux, le premier conseiller du chef de la représentation diplomatique de la République française en Russie, Nicolas de Lacoste. Le DREE était encore représenté par l’archiprêtre Serge Zvonariov, secrétaire aux affaires de l’étranger lointain, et O. Kalimoulline, consultant. L’archimandrite Philarète a souhaité la bienvenue à ses hôtes au nom du métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations ecclésiastiques extérieures. Le vice-président de ce département a parlé à M. Hulot des activités du Patriarcat de Moscou dans le domaine de la protection de la nature et mentionné notamment le document « Position de l’Église orthodoxe russe sur les problèmes actuels d’écologie » adopté lors du concile épiscopal de 2013. Suivant l’ecclésiastique, l’éducation à la responsabilité de chaque personne pour l’état de l’environnement doit être à la base de la résolution des problèmes écologiques. Cette éducation doit commencer dès l’âge scolaire. D’après l’archimandrite Philarète, la volonté d’inclure les communautés religieuses, parmi lesquelles l’Église orthodoxe russe, à la discussion des problèmes écologiques, exprimée par le représentant spécial du Président français pour la protection de la planète est juste et d’actualité. Les participants de la réunion ont discuté des aspects moraux de la crise écologique mondiale qui s’aggrave de plus en plus. Dans le courant de la discussion, différentes questions pratiques concernant la participation de l’Église orthodoxe russe à des projets et des évènements écologiques ont été abordées.

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Réponses aux questions posées sur le site « Sagesse orthodoxe »

Recension: Thierry Delahaye, « Le monastère de Solan. Une aventure agroécologique »

6a00d83451c30d69e201538fc1abc1970b-250wi Thierry Delahaye, « Le monastère de Solan. Une aventure agroécologique », préface de Pierre Rabhi, édition Actes Sud, 2011, 126 p.
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages pratiques et documentaires et particulièrement intéressé par l’écologie (il a écrit un livre en collaboration avec Nicolas Hulot) et l’agroécologie, Thierry Delahaye retrace dans ce beau livre (illustré de magnifiques photos dues notamment à Ferrante Ferranti, et édité avec goût) l’aventure du monastère de Solan depuis sa fondation jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit avant tout d’une aventure monastique qui a pris sa source au Mont-Athos avec la conversion du père Placide Deseille (higoumène du monastère-frère de Saint-Antoine-le-Grand et père spirituel du monastère de Solan), et qui a pris aussi la forme d’une aventure agroécologique lorsqu’il s’est agi de réhabiliter le mas et les terres attenantes acquis par la jeune communauté à Solan et d’organiser une production qui permette d’assurer la vie matérielle d’un monastère dans un cadre et selon une perspective compatibles avec sa finalité spirituelle. L’histoire de la communauté et de son développement, sont ici retracés dans le détail, avec l’évocation de tous les problèmes rencontrés et des solutions qui leur ont été données, de tous les projets formés et de leurs aboutissements. Conseillés dans les domaines de l’agroécologie (un mode d’agriculture qui se montre respectueux des sols, de l’environnement et des plantes) et de l’agriculture biologique par des amis compétents (dont Pierre Rabhi), c’est sous la conduite de l’archimandrite Placide et de la mère higoumène Hypandia que les sœurs ont avant tout cherché à faire de leur travail de la terre un prolongement de leur vie monastique, où la nature est perçue comme un don précieux du Créateur que l’homme a pour mission de préserver et de faire fructifier, et au travers duquel il se doit de rendre grâce à Dieu dans l’amour et la contemplation. Alors que la préface de Pierre Rabhi expose l’esprit du premier objectif (p. 13-15), un beau texte de Mère Hypandia (p. 111-118) expose celui du second. Ce livre se présente ainsi, à travers surtout l’exemplarité de cette expérience unique en France (mais qui se prologne maintenant à une vaste échelle dans les monastères de Roumanie), non seulement comme un traité d’agrobiologie appliquée, mais comme un manifeste d’écologie spirituelle.

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Éric Woerth signe la vente définitive du siège de Météo France à la Fédération de Russie

C'est par un communiqué qu'Éric Woerth, ministre du Budget, a annoncé la signature devant un notaire de la vente définitive du siège de Météo France à la Russie. Côté russe, l’acquisition a été signée par Vladimir Kozhin, directeur général des affaires du président de la Fédération de Russie, venu de Moscou à cette occasion. Le 3 février dernier, l'État a cédé le bâtiment du siège de Météo France à la Fédération de Russie qui avait offert « le prix le plus élevé ». Selon le même communiqué « le produit de la vente, perçu ce jour par la France, sera affecté au désendettement de l’État, ainsi qu’au financement d’opérations immobilières concernant le ministère de l’Écologie, notamment le regroupement à Saint-Mandé (Val-de-Marne) en 2011 de Météo France et de l’Institut géographique national ». Le métropolite Hilarion (Alfeyev), président du département des
relations extérieures du Patriarcat de Moscou, qui avait accompagné le chef de l'Etat russe lors de sa visite à Paris, a estimé, lors d'un entretien avec l'agence Interfax, que  le projet de construction d'une église russe à Paris, quai Branly, débutera en 2012.

Le 13e congrès orthodoxe en Europe occidentale à Amiens (30 avril-3 mai 2009)

Congres Le 13e congrès orthodoxe en Europe occidentale qui s'est tenu à Amiens du 30 avril (soir) au 3 mai 2009, a rassemblé 6 évêques orthodoxes et plus de 700 personnes autour du thème : « La Création remise entre nos mains ». Ce thème posait la question essentielle de la place de l’homme sur la terre et de sa responsabilité envers celle-ci. Il invitait à réfléchir au témoignage que l’Église orthodoxe peut porter aujourd’hui dans notre société sur ce sujet. Ce congrès, organisé par la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, a rassemblé des orthodoxes des pays occidentaux (France, Allemagne, Belgique, Hollande, Grande-Bretagne, Suisse) et d’ailleurs (Benin, Estonie, Roumanie, Grèce, Russie), leur offrant l'occasion de prier et de réfléchir ensemble avec la bénédiction de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. La divine liturgie du dimanche 3 mai a été présidée par le métropolite de France Emmanuel. Assistaient également à ce congrès l'archevêque Gabriel (Patriarcat œcuménique), le métropolite Séraphin d'Allemagne, le métropolite Joseph (Patriarcat de Roumanie), les évêques Basile et Athénagoras (Patriarcat œcuménique). Ce congrès a été considéré comme un succès par la grande majorité des participants, en raison de la richesse des contributions et des échanges auxquels il a donné lieu.

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Colloque théologique sur les animaux dans l’économie du salut (21 mars 2009)

Sseraphim
Un colloque œcuménique sur « Les animaux dans l'économie du salut » se déroulera à l'Institut Saint-Serge le 21 mars 2009 de 9 h à 17 h dans le cadre de la chaire de théologie des dogmes (M. Stavrou), avec l’aide de l’association Notre-Dame de Toutes Pitiés. Le colloque se propose d'approfondir au plan théologique un thème trop souvent négligé et qui s'avère d'une grande actualité avec les menaces qui pèsent sur la survie du monde animal.

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Le 13e congrès orthodoxe en Europe occidentale (30 avril au 3 mai 2009) à Amiens

Le 13e congrès orthodoxe en Europe occidentale se tiendra du 30 avril (soir) au 3 mai (après-midi) 2009, à Amiens. Le thème, « La Création remise entre nos mains »,  pose la question essentielle de la place de l’homme sur la terre et de sa responsabilité envers celle-ci. Il invite à réfléchir au témoignage que l’Église orthodoxe peut porter aujourd’hui dans notre société sur ce sujet. Ce congrès bilingue français-anglais, organisé par la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, a reçu la bénédiction de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et sera présidé par le métropolite Emmanuel. Il a pour but de rassembler les orthodoxes des pays occidentaux pour leur donner l'occasion de se rencontrer, de prier et de réfléchir ensemble.

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La fête des jardins à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge

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L’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge participe pour la deuxième fois à la Fête des jardins organisée par la ville de Paris qui aura lieu cette année les samedi 27 et dimanche 28 septembre. Au programme : un parcours botanique sera proposé aux visiteurs qui pourront également emporter des graines et des plans. Frédérique Basset et Laurence Baudelet, dédicaceront leur livre coécrit avec Alice le Roy « Les jardins partagés – utopie, écologie, conseil pratique » le samedi 27 septembre 2008 de 15h00 à 17h00. Par ailleurs, le jardin de l’Institut est en cours de rénovation par un collectif des jardiniers bénévoles (dont Frédérique Basset fait partie), ouvert à tous, qui fonctionne dans l’esprit de jardin partagé.

Bloc-notes de Jean-François Colosimo

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Ingrid Betancourt est donc
libre

Libre,
Ingrid
Betancourt
est donc libre. Elle l’est aujourd’hui au sens de l’ouverture de
la prison, de l’élargissement de la
cellule, de l’émancipation des chaînes, entre autres limites concrètes qui
dessinent et déterminent l’enfermement physique. Mais elle montre l’être aussi,
et l’avoir été depuis longtemps en fait, au sens spirituel. Je n’aime
guère ce mot qui s’emploie mal ou trop, mais qui dit ici quelque invisible,
quelque impalpable, si ténu, si discret que les titres de la grande et petite
presse, les applaudissements des gouvernants et des diplomates ont  cru pouvoir l’oblitérer avant que ce soupir,
venu d’ailleurs, de plus haut, ne nous revienne, tourné en sainte rumeur puis
clameur. Ecoutons plutôt Ingrid telle qu’en elle même, en ses premiers mots
trouvés, retrouvés face au monde : « Je veux d’abord rendre grâce à Dieu ».
Dieu ? La pasionaria de l’écologie et de la démocratie, l’icône
latino d’une certaine idée de la France, la cause exemplaire des opinions émues
en désespoir de causes et des politiques en mal d’opinions positives, ce serait
elle, la même, qui invoquerait là, en une révérence aussi superstitieuse
que dépassée, aussi malvenue qu’inutile, un Principe inexistant par principe? Oui,
c’est la même, et qui y insiste : « C’est un miracle ! ». Et qui
récidive, qui se signe de la croix, qui plie le genou, et qui prie, là, sur le
tarmac
. Dévotion ? Non, piété. Attention à ne pas confondre ! Lorsque le président colombien
Alvaro Uribe s’exclame :
« Cette opération, advenue à la lumière du Saint Esprit et sous la
protection de notre Seigneur et de la Vierge est comparable aux plus grandes
aventures épiques de l’histoire de l’humanité », il mêle culte et culture
à la démesure de ce Sud baroque qu’est l’autre Amérique, catholique et
hispanique. Mais lorsque Ingrid Betancourt confie : « J’ai vu le commandant, qui pendant tant
d’années a été responsable de nous, et qui en même temps a été si cruel avec
nous. Je l’ai vu au sol, les yeux bandés. Ne croyez pas que j’étais joyeuse,
j’ai senti de la pitié pour lui, parce qu’il faut respecter la vie des autres,
même s’ils sont vos ennemis. », c’est l’Evangile qui parle. Désarmée, ou
seulement armée d’une Bible et d’un chapelet, l’ancienne candidate du Partido
Verde-Oxígeno
, le «Parti Vert-Oxygène», a appris (ou réappris, elle
qui fut élève à l’Assomption de Paris) à respirer cet autre air sans lequel il
n’est pas d’humanité et qui se nomme la prière. Condamnée à l’immobilité, l’illustre captive est devenue une Jeanne des
Tropiques connaissant à son tour la grâce d’être la grâce. A l’instar des
contemplatifs, elle a entrepris l’unique voyage qui compte, solitaire, et qui
est l’exode intérieur : « Ici, tout a deux visages, la joie vient
puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles
blessures… c’est vivre et mourir à nouveau» notait- elle alors que l’enfer
échouait à annihiler, en elle, l’espoir, alors que son tombeau amazonien s’inaugurait
odyssée de l’âme. Et c’est bien cette libération là, cette victoire qu’il
nous faudrait méditer, nous tous qui sommes otages du temps qui passe,
s’écoule, et nous noie dans l’oubli.

JeanFrançois Colosimo

Recension: Frère Jean, «Le jardin de la foi»

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Frère Jean, «Le jardin de la foi», préfaces de Jean-Marie Pelt et du P. Boris Bobrinskoy, 2e édition, Presses de la Renaissance, Paris, 2008, 192 p.
Les Presses de la Renaissance viennent de rééditer le livre de frère Jean (alias le hiéromoine Gérasime), «Le Jardin de la foi».
Arbres, herbes, fruits et fleurs, contemplés dans l’environnement du skite Sainte-Foix dans les Cévennes (qu’a fondé l’auteur et où il réside) sont autant de sujets de méditations poétiques, qui à leur tour donnent lieu à de petites conclusions en forme de sentences de sagesse.
Dans ces textes conjuguant, selon le goût de beaucoup de nos contemporains, spiritualisme vague et écologie, on ne retrouvera ni l’identité orthodoxe ni même l’identité chrétienne. L’auteur entend surtout faire œuvre d’artiste, accompagnant par le verbe les belles photos en noir et blanc qu’il a prises autour de sa demeure.

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Jovan Nikoloski