28/03/2017
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Message du Saint-Synode de l’Église de Grèce à tous ses fidèles au sujet du Concile de Crète

En date du 27 janvier 2016, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a adressé le message suivant à tous les fidèles au sujet du Concile de Crète :
« Le Saint-Synode de l’Église de Grèce s’adresse à tous les fidèles afin de les informer sur le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes, qui s’est réuni en juin 2016 en Crète. Le but principal du Saint et Grand Concile était le renforcement et la manifestation de l’unité de toutes les Églises orthodoxes, mais aussi la façon de faire face à différents problèmes pastoraux.
• Sur la base des conclusions du Saint et Grand Concile :
• L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité par les Saints Mystères. La conciliarité sert l’unité et anime l’organisation de l’Église, la façon dont sont prises ses décisions et détermine son cheminement. Il convient de mentionner également que le Saint Concile ne s’est pas référé seulement à l’autorité des Conciles œcuméniques mais, pour la première fois, lors de celui-ci, ont été reconnus comme Conciles « d’une validité universelle », c’est-à-dire comme œcuméniques, le Grand Concile qui siégea sous le Photius le Grand, patriarche de Constantinople (879-880), les Grands Conciles (de 1341, 1351, 1368) sous saint Grégoire Palamas, et les Grands et Saints Conciles de Constantinople qui ont rejeté le Concile unioniste de Florence (1438-1439), les croyances protestantes (1638, 1642, 1672, 1691) et l’ethnophylétisme, en tant qu’hérésie ecclésiologique (1872).
• Les Églises orthodoxes autocéphales ne constituent pas une fédération d’Églises, mais l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour ce qui concerne la diaspora orthodoxe dans différents pays du monde, il a été décidé que continue le fonctionnement des Assemblées épiscopales avec des représentants des Églises autocéphales, afin que soit sauvegardé le principe de conciliarité, jusqu’à ce que soit appliquée l’acribie canonique.
• Pour l’Église orthodoxe, la famille constitue le fruit de l’union sacramentelle « dans le Christ et dans l’Église » d’un homme et d’une femme et elle la seule garantie de la naissance et de l’éducation des enfants.
• L’Église souligne continuellement la valeur de la tempérance, de l’ascèse chrétienne. L’ascèse chrétienne n’interrompt pas la relation de l’homme avec la vie et le prochain, mais elle le relie à la vie sacramentelle de l’Église. Elle ne concerne pas seulement les moines. L’ethos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne.
• L’Église orthodoxe condamne les persécutions, l’expulsion et le meurtre de membres des communautés religieuses, la contrainte dans le vue de changer de foi religieuse, le commerce des réfugiés, les enlèvements, les tortures, les exécutions inhumaines, les catastrophes matérielles. Elle exprime particulièrement son inquiétude pour la situation des chrétiens et de toutes les minorités persécutés au Moyen Orient et dans d’autres endroits du monde.
• L’œuvre fondamentale de l’Église est la mission, c’est-à-dire la lutte pour donner constamment le témoignage de la foi et la prédication de l’Évangile soit aux fidèles qui vivent dans les sociétés contemporaines sécularisées, soit à ceux qui n’ont pas encore connu le Christ.
Le dialogue, principalement avec les chrétiens hétérodoxes (les autres confessions chrétiennes – les hérésies) a lieu sur la base du devoir de l’Église de témoigner dans toutes les directions la vérité et la foi apostolique. C’est ainsi que devient connue à ceux-ci l’authenticité de la Tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des Orthodoxes. Les dialogues ne signifient ni ne signifieront jamais quel compromis que ce soit dans les questions de foi. L’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Foi. La sainteté est inconcevable en dehors du Corps du Christ, c’est-à-dire en dehors de l’Église (Eph. I, 23). La sainteté est participation dans le mystère de l’Église et dans ses saints sacrements avec pour épicentre la sainte Eucharistie. Les saints représentent le Royaume de Dieu. L’Église est une, c’est l’Église orthodoxe. Selon saint Basile le Grand « tous ceux qui espèrent dans le Christ ne forment qu’un seul peuple, et les fidèles du Christ ne forment maintenant qu’une seule Église, bien qu’on l’appelle par des noms de lieu différents ». L’Église attend toujours le retour de tous les hommes en son sein, des hétérodoxes et des membres des autres religions. Les textes du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont l’objet d’un approfondissement et d’une étude ultérieure. Cela est valable pour tous les Synodes de l’Église. Le dialogue théologique n’est pas interrompu. La précondition nécessaire est naturellement que soit maintenue intacte la vérité théologique et que ce dialogue soit réalisé sans fanatismes et divisions, sans parasynagogues et schismes, qui blessent l’unité de l’Église. Les schismes sont des maladies spirituelles difficiles à guérir. Selon saint Jean Chrysostome : « diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même de l’assemblée [еcclésiale] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (PG 48, 872). Pour cette raison, les fidèles sont exhortés à ne pas donner de donner de poids au paroles de ceux qui les incitent à s’éloigner de l’Église dans le but de constituer un groupe séparé hors du plérôme de celle-ci, invoquant des causes imaginaires d’acribie dogmatique. En terminant ce message, nous souhaitons vous assurer que tous les évêques de l’Église de Grèce veillent, restent inébranlables dans la foi orthodoxe et sont dévoués envers l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. « Au reste, frères, soyez dans la joie, perfectionnez-vous, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous » (II Cor. XIII,11) ».

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La Commission spéciale de la Sainte Communauté du Mont Athos demande que soient apportées des modifications au texte du Concile de Crète intitulé « les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

Faisant suite à la décision de la Synaxe double du Mont Athos réunie le 23 septembre 2016 qui a créé une Commission de la Sainte Communauté chargée d’examiner les documents officiels finaux du Concile de Crète, celle-ci a remis ses conclusions, qui ont fait l’objet d’une circulaire destinée à chacun des higoumènes des vingt monastères du Mont Athos. La Commission était constituée du hiéromoine Chrysostome du monastère de Koutloumousiou, de l’archimandrite Joseph, higoumène du monastère de Xiropotamou, de l’archimandrite Élisée, higoumène du monastère de Simonos Petras, de l’archimandrite Tykhon, higoumène du monastère de Stavronikita, et du hiéromoine Luc, du monastère de Grigoriou. Nous publions sous format PDF in extenso le texte de la circulaire, qui vient d’être rendue publique dans les médias grecs.

Dans une interview à l’hebdomadaire belgradois « Pečat », l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) donne son point de vue sur le Concile de Crète

Dans le N°452 du 30 décembre 2016 de l’hebdomadaire belgradois « Pečat », l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) a donné son point de vue sur un certain nombre de problèmes de l’orthodoxie, dont le Concile de Crète, que nous reproduisons ci-après :
Question : Le Concile panorthodoxe en Crète, non pas seulement à cause de l’absence de représentants de certaines Églises, et parmi elles l’Église russe, a suscité de nombreux doutes, et aussi des débats théologiques. Qu’est-ce qui a décidé l’Église orthodoxe serbe, qui avait d’abord déclaré qu’elle ne participerait pas, à être présente à ce concile ? Est-ce que quelque chose a été obtenu, ou s’est avéré utile par la venue en Crète (des évêques serbes) ?
Réponse : L’assemblée de Crète, en raison de son potentiel d’une extrême importance et de sa signification pour notre époque, devait être convoqué en tant que Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Vous l’avez qualifiée de réunion panorthodoxe, ce que malheureusement, elle n’était pas. Comme cela est connu, quatre Églises étaient absentes, quatre Patriarcats : Antioche, Russie, Géorgie et Bulgarie. Même s’il l’on fait abstraction des raison intrinsèques de leur absence, nous devons conclure que sans les expériences particulières, par exemple, de l’ancienne Église d’Antioche dans laquelle est né le mot « chrétien », ou de l’Église russe qui a environ trois cents diocèses, c’est malgré tout la plus petite partie de « l’œcuméné » orthodoxe qui était représentée. Le Patriarcat de Moscou a sept universités orthodoxes, cinq académies ecclésiastiques, cinquante-deux séminaires, trente-sept écoles ecclésiastiques, plus de huit cents monastères, dont l’expérience spirituelle et les connaissances ont manqué à l’assemblée de Crète. Ne laissons pas de côté l’Église bulgare avec laquelle nous partageons une expérience historique semblable, et notamment le Patriarcat de Géorgie dont le patrimoine chrétien remonte à l’époque apostolique. Les évêques serbes, en général, se sont appliqués à ce que les positions qui expriment l’Orthodoxie universelle soient présentées lors des discussions. Je suis certain, sans prétention aucune, qu’ils avaient en vue également les Églises absentes. Ma contribution personnelle, dans la mesure où elle avait lieu, était définie dans le cadre des décisions précédentes de l’Assemblée des évêques et du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe serbe, ndt], essentiellement dans l’obéissance à l’Église et à notre patriarche. Il convient de mentionner que, malgré tout, dans la majorité des documents adoptés en été en Crète, l’ethos orthodoxe est confirmé fortement. Dans les documents qui concernent le mariage et les problèmes bioéthiques, sont confirmés les vérités anthropologiques et les enseignements fondamentaux de l’Église, par lesquels l’existence humaine est gardée et préservée. Ces vérités seront gardées par l’Église à l’avenir également comme les valeurs les plus sacrées. En ce qui concerne les autres questions, un consensus n’a pas été atteint, pas même dans une assemblée si réduite. Si nous regardons les choses de façon réaliste, la réunion de Crète était néanmoins beaucoup plus qu’une habituelle conférence inter-orthodoxe, comme certains critiques l’affirment, mais elle était aussi, malheureusement, bien moins qu’un Saint et Grand Concile panorthodoxe.

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L’Église orthodoxe de Géorgie se prononce définitivement sur le Concile de Crète

Le 22 décembre 2016 s’est tenue la session ordinaire du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie, sous la présidence du Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Élie II. Le métropolite de Zugididi et de Tsaïshi (Sharashenidzé) a été nommé secrétaire. Lors de la session a été examiné, entre autres, la question du Concile de Crète. Le Saint-Synode a pris la décision suivante : « En ce qui concerne les documents adoptés en Crète, le métropolite de Gori et d’Ateni André (Gvazava) a lu un rapport mentionnant ce qui suit : ‘Comme on le sait, du 17 au 26 juin, en Crète, a eu lieu le Concile, aux travaux duquel ont pris part les représentants de dix Églises locales orthodoxes. Un tel concile était prévu depuis plusieurs décennies, et sa tenue constitue un fait de la plus grande importance dans la vie de l’Église orthodoxe. Dès le début, la préparation du concile a été présidée par le Patriarcat de Constantinople, et toutes les Églises officielles ont été impliquées dans ce processus. Depuis 1961, les délégués du Patriarcat de Géorgie ont également participé aux rencontres de travail préconciliaires. Cela va sans dire que la contribution apportée par le clergé de l’ancienne génération au cours de plusieurs décennies est inestimable. Comme cela a été mentionné précédemment, de sérieux obstacles lors de la dernière étape de préparation au concile ont empêché plusieurs Églises locales de participer aux travaux du Concile de Crète. C’est pourquoi nous exprimons à nouveau notre regret, considérant toujours que l’étude et l’examen des questions soulevées par toutes les Églises était de rigueur, ce qui n’a pas été mis en œuvre’. Le Saint-Synode a décrété au sujet du thème concerné que : ‘Étant donné que les représentants de quatre Églises locales orthodoxes n’ont pas participé aux travaux du Concile de Crète, celui-ci ne peut être appelé Concile général, panorthodoxe ; lors de la préparation et du déroulement du Concile de Crète, le principe de consensus, établi et reconnu par les Églises orthodoxes, a été transgressé. Pour cette raison, les résolutions du Concile de Crète ne peuvent être contraignantes pour l’Église orthodoxe de Géorgie. Dans les documents confirmés par le Concile de Crète ne sont pas exprimées, en substance, les remarques fondamentales présentées par les Églises. C’est la raison pour laquelle la poursuite de leur remaniement et de leur correction sont indispensables. Il n’est pas exclu, dans certains cas, qu’il y ait lieu à la création de nouveaux documents. Aussi, il est indispensable que les textes traduits et envoyés par le secrétariat du Concile de Crète soient accessibles au clergé de l’Église de Géorgie, aux théologiens et aux fidèles laïcs et, en prenant en compte de leurs remarques fondées, qu’il soit conféré aux documents le caractère conforme, dogmatique et canonique, de l’Église orthodoxe. La réunion qui a eu lieu du 17 au 26 juin en Crète, peut être considérée comme une étape de la plus haute importance pour la tenue du Saint et Grand Concile qui doit permettre la prise de décisions sur le fondement de l’enseignement commun orthodoxe, un, catholique et apostolique. Le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a décidé de mettre en place une commission théologique constituée comme suit par : 1) Le métropolite de Gori et d’Ateni André (Gvazava), président, 2) le métropolite de Poti et Khobi Grigol (Berbitchachvili), 3) le métropolite de Senaki et Tchkhorotskhu Chio (Mudjiri), 4) le métropolite de Rustavi Jean (Gamrekeli), 5) l’évêque de Markveti et Ubisa Melchisédek (Khatchidzé) 6) le protopresbytre Georges (Zviadadzé) ».

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Au cours de la réunion annuelle du clergé de Moscou, le patriarche Cyrille a abordé la question du Concile de Crète

Au cours de la réunion du clergé de Moscou, le 22 décembre 2016, le patriarche Cyrille a déclaré ce qui suit au sujet du Concile de Crète : «Deux fois, le Saint-Synode s’est réuni en session extraordinaire pour examiner la situation liée à la tenue du Concile en Crète (…) Durant l’année qui va s’achever, le thème de la préparation du Concile panorthodoxe a été particulièrement important dans le domaine des relations inter-orthodoxes. En juin de cette année, j’ai pris part à la Réunion des Primats des Églises orthodoxes à Chambésy. En février, les questions liées au processus préconciliaire ont été discutées à l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe russe, ndt]. La position de l’Église russe était simple et ouverte : nous sommes prêts à travailler à la préparation du Concile en tant que témoignage visible de l’unité de l’Église orthodoxe. Nous sommes prêts, de toutes nos forces, à collaborer à la résolution des problèmes qui restaient non résolus et pouvaient gêner la tenue du Concile. Il s’agissait du problème de l’absence de communion entre deux Patriarcats anciens [Patriarcats d’Antioche et de Jérusalem, ndt], des lacunes dans le contenu des projets de documents conciliaires, des déficiences du côté organisationnel. Ce n’est pas notre faute si ces problèmes, malheureusement, n’ont pu être résolus à temps. Nous avons attiré, à plusieurs reprises, l’attention sur l’inefficacité du mécanisme du processus préconciliaire. Comme on le sait, les Églises bulgare, géorgienne et antiochienne ont refusé de participer au Concile dans les délais précédemment projetés et ont appelé à remettre ultérieurement sa tenue (initialement, l’Église serbe avait appelé également à la même chose). Étant donné que toutes les décisions devaient être prises au Concile par le consensus de toutes les Églises locales, il est devenu évident qu’atteindre cela dans les circonstances actuelles s’avérait inopportun. Néanmoins, le Concile a eu lieu en Crète du 18 au 26 juin, auquel ont participé les représentants de dix Églises locales. Du fait que ce Concile n’exprimait pas le point de vue unanime de toutes les saintes Églises de Dieu, il ne peut être reconnu comme étant panorthodoxe, de même que ses décisions ne peuvent être absolument obligatoires pour toutes les Églises orthodoxes. Le Saint-Synode a confié à la Commission synodale biblique et théologique la tâche d’étudier attentivement les documents du Concile de Crète. Sur la base des résultats de cette étude, le Synode, l’année prochaine, et ensuite, je pense, l’Assemblée des évêques, examineront la question de notre attitude envers les documents adoptés en Crète.

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« Toute clarification concernant la foi doit être faite dans la communion ecclésiale, non dans la désunion » a déclaré le Saint-Synode du Patriarcat de Roumanie au sujet du Concile de Crète

Nous publions ci-dessous le communiqué du Patriarcat de Roumanie au sujet des troubles qui se sont produits en son sein suite au Concile de Crète :

« Nous exposons ci-dessous la position du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine au sujet des évolutions récentes en Roumanie concernant la réception du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe (Crète 2016).

Dans le cadre de la séance de travail du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine, réunie sous la présidence de S.B. le patriarche Daniel le vendredi 16 décembre 2016, en la Salle synodale de la Résidence patriarcale, a été constatée avec tristesse la récente évolution en Roumanie vers des réactions négatives concernant la réception du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe (Crète 2016).

Le Patriarcat de Roumanie a souligné un grand nombre de fois le fait que « le Concile de Crète n’a pas formulé de nouveaux dogmes, mais a professé que l’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ » et a constamment exhorté à la préservation de la paix et de l’unité de l’Église en toute responsabilité, rappelant les paroles de saint Jean Chrysostome selon lesquelles « Rien n’irrite Dieu comme la division de l’Église. Aurions-nous pratiqué les œuvres les plus parfaites, si nous déchirons l’unité, nous serons punis comme si nous avions déchiré le corps du Seigneur.» (Sur l’épître aux Éphésiens XI, PG 62,85).

Cela dit, nous constatons avec douleur dans l’âme que, de façon passionnelle et nuisible, certains individus frondeurs ont induit en erreur des clercs et des fidèles en affirmant, de façon erronée et dénigrante, que le Concile de Crète avait proclamé l’œcuménisme comme dogme de foi. En outre, certains clercs, croyant ces mensonges, ont interrompu de façon non canonique la commémoration liturgique de leur évêque, troublant la paix et l’unité de l’Église par leur attitude de division. Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine a souligné que ni le Concile de Crète, ni aucun autre Concile, n’a jamais déclaré l’œcuménisme comme étant un dogme de foi, pas plus qu’aucun Concile canonique n’a déclaré l’œcuménisme comme étant une « pan-hérésie ». En conséquence, les accusations portées par ceux qui contestent le Concile de Crète sont injustes, irresponsables et nuisibles à l’unité de l’Église. Du point de vue de l’Église, l’œcuménisme lucide n’est pas un nouveau dogme de foi, mais une attitude spirituelle de dialogue et de coopération entre les chrétiens, au lieu des polémiques pleines de haine confessionnelle et de confrontations violentes, qui se sont manifestées durant des siècles d’histoire du christianisme. Le mouvement œcuménique est né au début du XXème siècle, alors que les missionnaires chrétiens occidentaux prêchaient l’Évangile de l’amour aux non-chrétiens d’Afrique et d’Asie, au temps où les chrétiens étaient divisés en de nombreuses confessions chrétiennes antagonistes qui se haïssaient et se contestaient mutuellement, leur attitude n’étant pas celle d’un témoignage positif, autant à l’égard des autres religions que de la société civile. Tout en participant à ce dialogue parmi les chrétiens de différentes confessions, l’Église orthodoxe a considéré que la restauration de l’unité des chrétiens non-orthodoxes divisés entre eux au cours du temps ne pouvait se produire que sur la base de la foi de l’Église du Christ indivise, qui est l’Église orthodoxe, l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, que nous confessons dans le Credo orthodoxe (de Nicée-Constantinople). En ce sens, l’Église orthodoxe considère qu’en menant le dialogue avec les autres chrétiens, elle ne fait que témoigner de l’Église Une du Christ, de laquelle ceux-ci se sont séparés au cours du temps, en déviant de la foi orthodoxe. En tout état de cause, aucun chrétien orthodoxe n’est obligé de dialoguer ou de coopérer avec d’autres chrétiens s’il craint perdre la foi orthodoxe. En même temps, il est incorrect de considérer que tous les chrétiens orthodoxes qui participent aux dialogues théologiques ou bien coopèrent avec d’autres chrétiens d’autres confessions dans des questions pratiques relevant de la société, sont des traitres à l’Orthodoxie. Un chrétien orthodoxe pacificateur peut rester fidèle à l’Orthodoxie sans devenir fanatique s’il confesse la foi orthodoxe dans le dialogue avec les autres chrétiens sans compromis. En outre, le Saint-Synode a pris acte avec étonnement de l’attitude non-canonique et agressive de certains théologiens et clercs (prêtres et hiérarques) de deux Églises orthodoxes sœurs qui sont venus dans les diocèses du Patriarcat de Roumanie afin de critiquer la hiérarchie de celui-ci et d’inciter des clercs et des fidèles à désobéir aux hiérarques de notre Église. Pour cette raison, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine a décidé de porter à la connaissance des Primats des Églises orthodoxes sœurs (le Patriarcat de Moscou et l’Église orthodoxe de Grèce) les situations dans lesquelles certains de leurs prêtres et hiérarques accomplissent de façon non canonique des activités agressives et perturbatrices dans les diocèses du Patriarcat de Roumanie, incitant à la désobéissance, la rébellion et à la séparation. Les clercs, moines et laïcs qui sont impliqués dans des actes de rébellion et de dénigrement du Concile de Crète, ignorant le fait qu’un Concile ne peut être jugé que par un autre Concile, seront rappelés à l’ordre par un dialogue pacificateur et des clarifications canoniques au sujet de la gravité du fait de diviser et de perturber la paix et l’unité de l’Église. De la même façon, des sanctions disciplinaires administratives et canoniques seront appliquées afin de ramener à l’ordre les clercs, moines et laïcs qui persistent dans leur état de rébellion et de division, troublant la paix et l’unité de l’Église. Il est aussi rappelé que, si les Pères qui ont participé au Second Concile œcuménique (381) ont procédé à trois omissions et dix additions ou amendements au texte du Credo formulé par les Saints Pères du Premier Concile œcuménique (325), afin de clarifier et de compléter le texte conciliaire initial, un futur Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe peut d’autant plus expliquer, nuancer et développer les documents formulés et approuvés par le Concile de Crète, afin d’éviter des interprétations erronées qui nuisent à la paix et à l’unité de l’Église du Christ. À cette occasion, il convient de remarquer la décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie qui, même si elle a fait des observations critiques et proposé de futurs amendements à certains documents du Concile de Crète, n’en a pas moins décidé ce qui suit : «l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues». En conclusion, toute clarification concernant l’exposition de la foi orthodoxe doit être donnée à l’intérieur de la communion ecclésiale et non dans un état de rébellion et de désunion, parce que l’Esprit Saint est aussi l’Esprit de Vérité (cf. Jn XVI,13) et l’Esprit de communion (cf. II Cor. 13,13) ».

Bureau de presse du Patriarcat de Roumanie

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Lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie au sujet du Concile de Crète

Nous publions ci-dessous in extenso la lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie (Église orthodoxe de Grèce), laquelle a été envoyée aux prêtres de son diocèse le 12 décembre 2016.

« Chers Frères prêtres et concélébrants,
Du 19 au 26 juin a eu lieu à Kolymbari, en Crète, le Saint et Grand Concile panorthodoxe, ainsi qu’il a été appelé. Je connais votre intérêt pour ce qui s’est passé lors de ce Concile, puisque vous me l’avez demandé au cours d’entretiens privés. Or, je vous avais dit que je vous répondrai à tous par une réponse générale. C’est ce que je fais maintenant, ce qui est mon devoir et mon obligation en tant que votre évêque.
1. En premier lieu, je dois dire ce que vous savez, c’est-à-dire que notre Église s’exprime conciliairement (synodika). Et vous-mêmes, avec votre troupeau, les chrétiens laïcs, vous constituez une Assemblée (synodos), et laquelle ! C’est la divine Liturgie qui est appelée « assemblée » (synodos) puisqu’elle est l’œuvre du peuple (leitos). Vous savez que sans l’élément laïc, vous ne pouvez célébrer la divine Liturgie. Cette Assemblée, la divine Liturgie est réellement « grande et sainte ». « Sainte », car en elle, par votre propre prière – celle du prêtre – qu’accompagnent les chrétiens fidèles pendant l’hymne « Nous Te chantons… », vient le Saint-Esprit, non seulement sur les Dons qui se trouvent sur le saint Autel, pour les transformer en le Corps et le Sang du Christ, mais aussi sur toute l’Assemblée des fidèles. C’est ainsi qu’il est dit dans la prière de la Consécration : « Envoie Ton Esprit Saint sur nous et sur les Dons ici offerts ». Et la divine Liturgie est une « Grande » Assemblée parce que malgré le fait que dans nos villages, il peut se produire que celle-ci ne soit constituée que de cinq femmes âgées, « des milliers d’archanges et des myriades d’anges… » sont présents à l’office, comme nous le disons dans la prière correspondante. Ainsi, l’Église convoque toujours des assemblées et elle a beaucoup tardé, ces dernières années, à se rassembler en Concile. Aussi, nous nous sommes fortement réjouis lorsque nous avons entendu que notre patriarche œcuménique Bartholomée convoquait un Concile panorthodoxe. Un Concile a eu lieu, auquel notre Église de Grèce a été représentée par notre Archevêque avec environ 25 évêques, une sainte délégation de toute la hiérarchie de l’Église de Grèce, que nous avons accompagnée par notre prière et notre anxiété. Beaucoup a été dit, positivement et négativement, et je vais exposer ici mon propre point de vue sur ce qui a été dit et écrit à ce Concile, et ce librement et en bonne conscience, en tant qu’évêque de l’Église de Grèce.
2. Frères dans le sacerdoce, comme nous le savons par l’histoire des Conciles de notre Église, un Concile se rassemble pour condamner une hérésie et naturellement pour régler différentes questions d’ordre et de cheminement de notre Église. Mais, principalement, notre Église se préoccupe particulièrement de la foi de ses enfants, qu’elle formule clairement dans ses Conciles, dissociant celle-ci de l’erreur et de l’hérésie. On entend parler déjà depuis de nombreuses années de l’hérésie de l’œcuménisme, une construction religieuse qui veut l’unité de tous, en dépit des différences dogmatiques. Les racines de cette hérésie se trouve dans le syncrétisme de l’Ancien Testament, qui a été combattu passionnément par ses prophètes. Oui ! Les combats des prophètes de l’Ancien Testament sont des combats contre l’œcuménisme. Par cette hérésie, que ses connaisseurs appellent à juste titre « pan-hérésie », ont été influencés nombre de nos orthodoxes. Ils disent en effet qu’il existe des clercs de haut degré qui sont enthousiastes des mouvements oecuménistes et qui les soutiennent dans leurs paroles. Un immense nombre de nos chrétiens sont scandalisés par les slogans oecuménistes qu’ils entendent. Le papisme constitue aussi une hérésie. Puisque, en raison de nos clercs et laïcs philo-oecuménistes et philopapistes, il y a une confusion dans le monde orthodoxe, il aurait fallu – c’est que nous attendions – que le Concile de Kolymbari en Crète, avec son autorité, éclaircisse les choses et parle clairement de ces deux hérésies de notre époque et en préserve les fidèles. Il ne l’a pas fait, malgré le fait que de nombreux clercs et laïcs l’avaient demandé avant le Concile, et ce avec beaucoup d’insistance et de supplications. Naturellement, les fidèles orthodoxes savent que le papisme est une hérésie, parce que nous avons à son sujet les témoignages des saints Pères et surtout celui de l’illustre Père, saint Grégoire Palamas. Les fidèles savent également que l’œcuménisme est une pan-hérésie. Aussi, en raison du danger menaçant et afin que le peuple fidèle en fût préservé, nous aurions attendu la condamnation du papisme et de l’œcuménisme par le Concile. Or nous ne l’avons pas vu.
3. Mais, paradoxalement, il semble que le Concile de Crète n’a condamné aucune hérésie, ni qu’il ait parlé d’hérésies, qu’il qualifie « d’Églises ». Ici, mes très pieux prêtres, je m’arrêterai pour procéder à une clarification du terme « Église ». Il s’agit d’un mot qui signifie en général le rassemblement, la réunion, l’assemblée des personnes. Ce mot a été utilisé dans l’antiquité. C’est ainsi que les anciens parlaient de « l’ecclesia du peuple ». Dès le début, le christianisme pour manifester sa foi et exprimer ce qu’il faisait, a accepté sans crainte et librement des expressions séculières et politiques, tels que les mots « « royauté », « force » que nous entendons dans l’office divin (« Car à Toi appartient la force, à Toi conviennent la royauté, la puissance et la gloire… »). Pour ce qui concerne notre relation avec Dieu, nous l’exprimons par le mot « foi », et encore mieux par le mot « Église ». Non pas par le mot « religion ». Lorsque nous disons « foi », nous comprenons toute notre vie, toute notre relation avec Dieu. Nous comprenons toute notre famille sacrée que nous appelons « Église ». Lorsque Jacques, le frère de Dieu, dit que « la prière de la foi sauvera le malade » (Jc 5,15), il n’a pas en vue la prière qui est faite avec foi, mais la prière que fait l’Église (c’est elle qui est appelée « foi »), raison pour laquelle elle a la force de sauver. Lorsque l’Église prie lors d’un sacrement, elle est entendue dans tous les cas, bien que le prêtre qui le célèbre soit pécheur. C’est la même chose qu’expriment les mots « Que tous se délectent du banquet de la foi » [discours pascal de St Jean Chrysostome, ndt], c’est-à-dire le « banquet » de l’Église, qui est la divine Eucharistie. Mais l’expression « Église » est encore plus profonde et plus sacrée pour manifester la Famille de Dieu. Pères et Frères, le Fils de Dieu, s’est engendré et est venu dans le monde pour créer Sa famille, laquelle est l’Église. Celle-ci est un Mystère et ne peut être limitée par des définitions. Nous concevons cependant et goûtons ce mystère de l’Église (chacun en fonction de sa pureté) dans la divine Liturgie. C’est la raison pour laquelle St Ignace le Théophore dit que l’Église est « l’Autel », c’est-à-dire la sainte Table sur laquelle est célébrée la divine Liturgie. Puisque la divine Liturgie est l’Église, ceux qui ne participent pas à la Divine Eucharistie ne peuvent y participer. Et puisque nous ne pouvons pas communier avec les catholiques, les protestants et les autres chrétiens hétérodoxes, ceux-ci ne sont pas attitrés à être qualifiés du terme sacré « d’Église ». Ils ne constituent simplement que des communautés religieuses. Cependant, le Concile de Crète les a appelé « Églises ». Naturellement, comme nous l’on dit lors de l’Assemblée [des évêques de l’Église de Grèce, ndt] qui a siégé en novembre, les Pères hiérarques de notre Église de Grèce ayant participé au Concile, le terme « Église » qui a été appliqué aux hétérodoxes, n’a pas été utilisé dans son sens principal, dogmatique mais, abusivement, dans le sens de communauté religieuse. Oui, mais dans nos textes et expressions théologiques, nous avons une autre conception de « l’Église », celle que nous avons présentée ci-dessus. Et puisqu’il s’agit donc de textes du Saint et Grand Concile, il convient que nous soyons très précis dans nos expressions. Après nous, d’autres et d’autres viendront et trouveront « prête » l’utilisation de l’expression « Église » pour les hérétiques et ceux qui sont le plus libéraux à leur égard, avec la justification au demeurant correcte que l’expression a été utilisée précédemment par un Concile. C’est pourquoi des théologiens solides se sont dressés contre cette expression, selon laquelle les hétérodoxes sont appelées « Églises », et l’ont considérée comme très erronée, surtout pour un texte conciliaire.
4. Mais nous, les évêques [de l’Église de Grèce], lors de notre Assemblée de mai de cette année, n’avions pas formulé cette expression erronée. Pourquoi notre texte a-t-il donc été modifié ? Notre texte, suivant la décision de l’Assemblée de mai, disposait : « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cette proposition était on ne peut plus orthodoxe. Elle a été acceptée par toute notre hiérarchie et c’est cette proposition que devait soutenir notre délégation, sans modification, devant le Concile. Or, la proposition a été modifiée comme suit : « l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Cette phrase est erronée pour la raison que nous avons indiquée, à savoir que les hétérodoxes y sont appelés « Églises ». L’expression « Églises hétérodoxes » signifie « hérétiques ». Et puisque ces « églises » sont hérétiques, comment les appelons-nous « sœurs » ? Mais l’esprit théologique aguerri du bon Pasteur de notre bien-aimée Patrie, S.E. le métropolite de Naupacte Mgr Hiérothée, qualifie clairement cette expression «d’anti-orthodoxe » ! Je m’efforcerai, Pères, de vous expliquer simplement le contenu anti-orthodoxe de l’expression « Églises hétérodoxes » sur la base de l’interprétation du métropolite de Naupacte : il s’agit d’une expression contradictoire. L’Église dispose de toute la vérité et ne peut faire erreur. Si elle est dans l’erreur, elle ne peut être l’Église. L’hérésie est une erreur. Dire « Églises hétérodoxes », c’est mettre ensemble ces deux opposés, cela signifie que nous acceptons l’erreur dans l’Église et la vérité dans l’hérésie ! C’est grotesque ! Oui, c’est ce que signifie l’expression « Églises hétérodoxes ». Je reconnais cependant que la délégation de notre hiérarchie, en utilisant l’expression « Églises hétérodoxes », de même que le Concile de Crète adoptant celle-ci, ne voulait pas exprimer l’enseignement erroné susmentionné, mais nous savons tous que, dans les textes conciliaires doit exister l’exactitude et la clarté. Il n’est pas permis dans des textes conciliaires d’utiliser de telles expressions erronées. Ceci, selon le rapport du métropolite de Naupacte connaît un précédent historique. Dans la « Confession de Loukaris », qui a été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris, il est dit que l’Église dans son cheminement peut tomber dans l’erreur et, au lieu de la vérité, dire le mensonge. Le patriarche formule littéralement la proposition suivante : « Il est vrai et certain que, dans son cheminement, l’Église peut errer et, au lieu de la vérité, choisir le mensonge ». Le sens de l’erreur de cette proposition de Cyrille Loukaris est formulée exactement par l’expression « Églises hétérodoxes » du texte du Concile de Crète, après l’altération de la première expression très orthodoxe de notre hiérarchie. Or, le Concile de Constantinople de 1638 a anathématisé le patriarche Cyrille Loukaris pour son expression anti-orthodoxe susmentionnée, selon laquelle l’Église peut être dans l’erreur. Toujours est-il que l’expression erronée « Églises hétérodoxes » restera maintenant, si le Concile de Crète est reconnu, en tant qu’écrite officiellement dans son texte et sera utilisée bel et bien et très librement comme permise et valide. Comme cela nous est connu, le mot « Église » a été attribué au XXème siècle pour la première fois à des chrétiens qui se trouvent hors d’elle, et ce par la proclamation du Patriarcat œcuménique de 1920. S.E. le métropolite de Naupacte, dans sont texte à la hiérarchie de novembre de cette année se plaint à juste titre que la nouvelle proposition avec l’expression erronée n’a pas été étudiée par la délégation de notre hiérarchie, mais a été faite « pendant la nuit du vendredi au samedi », mentionnant que le rédacteur de la proposition « ne connaît pas la dogmatique de l’Église orthodoxe catholique », et qualifiant la phrase controversée de « diplomatique et non théologique ». C’est une phrase qui facilite l’hérésie et la pan-hérésie de l’œcuménisme, disons-nous.
5. Dans le texte final de la délégation de notre hiérarchie, comme cela a été de nouveau relevé par S.E. le métropolite de Naupacte, il y a une autre faute sérieuse, dogmatique et ecclésiologique. Il est écrit dans le texte : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. Cependant, l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Le métropolite de Naupacte considère à nouveau la première phrase du texte « impie et anti-orthodoxe ». Effectivement ! Cette phrase est telle parce qu’elle exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et visible. Lorsque Luther et, avec lui, Calvin et Zwingli, se sont détachés de Rome, ils ont développé la théorie sur l’Église invisible et visible, afin que l’on ne pense pas qu’ils étaient en dehors de l’Église. L’Église invisible, à laquelle ils pensaient appartenir, était selon eux unie, tandis que les Églises visibles sur terre (ils avaient d’abord appartenu à l’une d’entre elles – celle de Rome –) étaient divisées et s’efforçaient de trouver leur unité. Notre théologien Lossky, dénonçant cette ecclésiologie protestante, qui divise l’Église en visible et invisible, la met en parallèle avec l’hérésie de Nestorius, qui a divisé la nature divine et humaine dans la Personne du Christ. De cette théorie des Protestants sur l’Église visible et invisible, qui est sous-jacente dans l’expression du texte conciliaire que nous jugeons, « partent – dit le métropolite de Naupacte – d’autres théories, comme celle des branches, la théologie baptismale et le principe d’inclusivité ». Aussi, nous devons faire très attention. L’expression du Concile «D’après la nature ontologique de l’Église… » est bizarre. Je vais maintenant examiner le sujet d’un autre angle, Pères, pour que vous compreniez l’erreur de l’expression. Je vous le demande, mes frères concélébrants : Pourquoi appelons-nous le miracle de la Divine Eucharistie « changement » des saints Dons et non « transsubstantiation » ? Parce que l’expression « transsubstantiation » rappelle la théorie de Platon et d’Aristote sur les idées, les archétypes, qui selon eux sont la substance des choses terrestres. Ainsi, le terme «transsubstantiation » pour exprimer la Divine Eucharistie manifeste que sont changés non pas le pain et le vin lui-mêmes, mais leurs archétypes dans le monde d’en-haut, les idées. C’est pourquoi, je le répète, le miracle de la Divine Liturgie, est appelé par nous « changement » et non « transsubstantiation ». De même maintenant, l’expression « unité ontologique de l’Église » nous renvoie en quelque sorte à cette théorie de Platon et d’Aristote. Pour cette raison, il ne faut pas l’appliquer à l’Église, afin que l’on ne nous critique pas, par cette expression, de « protestantiser », que l’on ne nous accuse pas de vouloir soi-disant déclarer ainsi la véritable unité de l’Église invisible en opposition à celle qui est visible sur terre. C’est à cela que se réfère le mot « cependant » qui suit.
6. Je ne vous ai pas parlé, mes Pères, de tous les sujets du Concile de Crète, mais d’un seul seulement, le plus sérieux peut-être, parce qu’il est ecclésiologique. Au sujet de ce texte du Concile qui concerne le thème que j’ai exposé, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste [et non « l’ensemble » selon la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien, l’érudit métropolite de Naupacte dit précisément dans son exposé à l’Assemblée de la hiérarchie de l’Église de Grèce au mois de novembre de cette année : « Ce que je puis dire est que ce texte n’est non seulement pas théologique, mais aussi qu’il n’est pas clair, n’a pas de perspectives et de bases claires, qu’il est diplomatique. Comme cela a été écrit, il se distingue par une ambiguïté diplomatique créatrice. Et comme texte diplomatique, il ne satisfait ni les Orthodoxes, ni les hétérodoxes (…) Le texte soulève de nombreux problèmes, malgré certaines bonnes formulations générales. C’est ainsi que lorsque seront publiés les Actes du Concile, où sont reflétés les points de vue réels de ceux qui ont décidé les textes et les ont signés, il apparaîtra clairement que la théorie des branches a dominé au Concile, la théologie baptismale, et principalement le principe d’inclusivité, c’est-à-dire le glissement depuis le principe d’exclusion au principe d’inclusion (…) Beaucoup ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et n’est pas finalisé, puisqu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, et encore pendant la sainte Liturgie ! » Ces passages émanant de S.E. Mgr Hiérothée sont très significatifs et il faut les prendre sérieusement en compte et ne pas les négliger.
7. Nombreux sont ceux qui demandent : Reconnaîtrons-nous ce Concile ? Cela sera décidé par tous les les hiérarques de notre Église de Grèce. Notre archevêque Jérôme, accorde toujours la liberté de parole pour chaque point de vue qui s’exprime et il accepte toutes les positions. Nous l’en remercions. Mais nous savons, par l’histoire des Conciles, que beaucoup de sessions avaient lieu lors des Conciles œcuméniques lesquelles duraient des années. L’Église de Roumanie a décidé que les textes du Concile de Kolymbari en Crète peuvent être modifiés sur certains points, être développés par un futur saint et grand Concile de notre Église, être parachevés, et permettre ainsi un accord panorthodoxe. Parce que maintenant, au Concile de Crète, quatre Patriarcats n’ont pas participé, à savoir Antioche, Russie, Bulgarie et Géorgie. Ceci se produisait dans l’histoire des Conciles, nous le répétons. Il y avait beaucoup de sessions qui duraient des années. Et ces sessions étaient par la suite considérées comme un seul Concile.
8. Peut-être, Pères, ce que je vous ai dit peut paraître pour vous des points de détails, cela peut vous sembler quelque peu étrange, et vous pouvez peut-être m’accuser d’attribuer de l’importance aux mots et aux expressions. Cependant, mes Pères, notre foi orthodoxe s’exprime avec la précision des mots, qui sont chargés d’un profond sens théologique. Et comme nous le savons, notre Église a livré de grandes luttes pour la formulation correcte des dogmes de notre foi. Nous avons besoin de beaucoup de prière et de réflexion. Non d’actes précipités. J’attendrai, chers concélébrants et frères, vos questions, objections et désaccords sur ce qui a été dit, et nous parlerons à nouveau du Concile de Kolymbari en Crète. Priez pour moi.
Avec mes meilleurs souhaits et l’amour en Christ,
+ Le métropolite de Gortyne et de Megalopolis Jérémie »

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Le patriarche œcuménique Bartholomée menace de cesser la communion avec deux hiérarques de l’Église de Grèce qui critiquent le Concile de Crète

S’adressant à l’archevêque d’Athènes Jérôme par une lettre datée du 18 novembre 2016 publiée ces derniers jours dans les médias grecs, le patriarche œcuménique menace de cesser la communion avec deux hiérarques de l’Église de Grèce qui critiquent le Concile de Crète, à savoir les métropolites Ambroise de Kalavryta et Aigialea et Séraphim du Pirée. Nous publions ci-dessous la traduction intégrale de cette lettre :

« Votre Béatitude l’Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, Frère très aimé et affectionné dans le Christ Dieu et concélébrant de Notre Humilité, seigneur Jérôme, Président du Saint-Synode de l’Église de Grèce, embrassant fraternellement Votre vénérable Béatitude, nous vous saluons avec une joie extrême.

Il est confessé par tous que notre Sainte Église orthodoxe, l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, se prononce et décide, pour se qui concerne son dogme et son administration, lors des saints Conciles, locaux, élargis, Majeurs ou Grands et Saints, et des Conciles œcuméniques. Quant aux décisions conciliaires prises par l’invocation du Saint-Esprit et en Lui, elles constituent une seule voix, comme saint Chrysostome le déclare en écrivant qu’ « il convient qu’il y ait toujours une seule voix dans l’Église » (Homélies sur la Ière épître aux Corinthiens 36, PG 61, 3315).

Ce principe ecclésiologique et canonique de la consultation et de la décision conciliaires étant la pierre d’angle dans la vie, la mission salvatrice, et le témoignage de notre Église orthodoxe dans le monde, nous communiquons avec Votre Très aimée et Très chère Béatitude et avec la très sainte Église de Grèce et, eu égard à notre responsabilité de Patriarche œcuménique et Président du Saint et Grand Concile qui s’est réuni en Crète, ainsi que gardien du dogme et de l’ordre canonique de l’Église d’Orient, nous attirons votre attention sur notre sérieuse préoccupation personnelle et celle du Synode de l’Église-Mère réuni autour de nous.

Des informations émanant de différentes sources d’information parviennent chaque jour à notre Patriarcat œcuménique et à Notre Humilité personnellement, selon lesquelles le protopresbytre Théodore Zisis [professeur émérite de la Faculté de théologie de Thessalonique, ndt] avec les clercs et laïcs partageant ses opinions, atteignant par l’internet et les divers moyens d’information les autres Églises orthodoxes sœurs, appellent les frères Primats et pasteurs et particulièrement le pieux peuple orthodoxe, à se rebeller contre et à mettre en doute les décisions du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe qui s’est réuni avec bénédictions et succès en Crète, et durant lequel la contribution de Votre très chère Béatitude et de la délégation de la très sainte Église de Grèce a été constructive et utile.

Comme si cette corruption des consciences et la provocation de scandales par cette œuvre impie de ces nombreux clercs et de laïcs dans la juridiction de la très sainte Église de Grèce ne suffisait pas, ces informations, non démenties à ce jour, mentionnent que des délégations dirigées par le clerc susmentionné, a visité les très saintes Églises de Bulgarie et de Géorgie, ainsi que l’éparchie ecclésiastique de Moldavie [c’est-à-dire l’Église orthodoxe de Moldavie, auto-administrée au sein du Patriarcat de Moscou, ndt], où elle en a soulevé le plérôme, tout en étant malheureusement reçue par les frères Primats et hiérarques desdites Églises. En outre, selon cette information, ce groupe s’est présenté lui-même pendant sa présence en Géorgie comme y transmettant la conscience de l’Église de Grèce.

Votre Béatitude et le Saint Synode de la très sainte Église de Grèce approuvent aussi, assurément, que les choses diffusées et propagées à dessein et de façon scandaleuse par ces clercs et laïcs constituent, selon les paroles de saint Basile le Grand, « … les poisons des âmes (…) et que ces cerveaux… » des personnes mentionnées « … crient, pleins d’imagination provoquée par leur passion » (Lettre 210 aux premiers citoyens de Néocésarée P.G. 32,777Α). En outre « … diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même du concile [il s’agit ici du Concile de Nicée, ndt] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (St Jean Chrysostome, Contre les Juifs 3, PG 48,872).

Malheureusement, le groupe connu constituant le front contre l’Église canonique et les décisions du Saint et Grand Concile réuni en Crète est renforcé également par des frères hiérarques de la très sainte Église de Grèce, comme par exemple les très saints métropolites de Kalavryta et Aigialea Mgr Ambroise et du Pirée Mgr Séraphim, et ce au moyen d’écrits rédigés à temps et à contretemps, avant et après la convocation du Grand Concile, ainsi que par leur parole inconsidérée à tout sujet. Ceux qui agissent de cette façon oublient assurément que « ce qui a été pensé et décidé conciliairement est préférable et supérieur aux jugements portés individuellement » (Jean de Crète, Réponses à Constantin Cabasilas, archevêque de Dyrrachion, Ralli et Potli, Concordance des divins et saints canons », tome V, p. 403).

Aussi, nous prions Votre Béatitude et le Saint-Synode de l’Église de Grèce qui ont participé au Saint et Grand Concile de Crète et qui ont co-décidé et co-signé tous les textes conciliaires, de prendre, en application de la décision de ce Concile, selon laquelle ces textes sont contraignants pour tous les fidèles orthodoxes, clercs et laïcs (cf. Règlement de l’organisation et du fonctionnement du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, article 13, paragraphe 2), les mesures appropriées et de procéder aux recommandations nécessaires aux clercs mentionnés et aux dirigeants concrets de ce groupe, afin qu’ils cessent d’agir de façon anti-ecclésiale et anti-canonique ainsi que de scandaliser les âmes « pour lesquelles le Christ est mort » et de provoquer des problèmes dans l’Église orthodoxe unie. Sachant tous bien que « rien ne provoque la colère de Dieu comme le fait de diviser l’Église » (St Jean Chrysostome, Sur l’épître aux Éphésiens, PG 62,85), comme cela se produit malheureusement par la conduite des personnes mentionnées, nous n’avons aucun doute que Votre Béatitude et le Saint-Synode de la très sainte Église de Grèce agirez comme il le faut, selon l’acribie canonique, et que vous procéderez aux recommandations et aux exhortations ecclésiastiques aux clercs et laïcs mentionnés, afin qu’ils ne donnent plus lieu à des « scandales », et ce sous menace d’application, s’ils ne reviennent pas à la raison, des sanctions prévues par les divins et saints canons, pour la guérison des meurtrissures provoquées par leur conduite dans le corps de l’Église.

Aussi, nous supplions chaleureusement Votre Béatitude afin qu’elle attire particulièrement l’attention des frères hiérarques de la très sainte Église de Grèce qui ont provoqué l’agitation dans le peuple de Dieu par leurs actions, comme les métropolites susmentionnés de Kalavryta et Aigialea, et du Pirée, déclarant que s’ils ne reviennent pas eux, le Patriarcat œcuménique fera face au problème créé, par la cessation de la communion ecclésiastique et sacramentelle avec eux, comme portant atteinte à la responsabilité et au devoir de tous les Pasteurs orthodoxes envers la sauvegarde de l’unité, de la paix et du témoignage unique de l’Église orthodoxe.

Dénonçant ce qui précède avec peine dans l’âme et douleur dans notre cœur, avant que cette œuvre impie, outrepassant le droit de liberté d’expression et de critique constructive, prenne des dimensions plus grandes et difficiles à guérir, nous nous en remettons, pour ce qui a été dit, à la conscience de Votre Béatitude bien-aimée et celle de la vénérable Hiérarchie de l’Église de Grèce, et vous prions d’agréer l’expression de notre profond amour dans le Seigneur et de notre hommage approprié.

Le 18 novembre 2016

Le frère aimé en Christ de Votre respectée Béatitude,

Bartholomée de Constantinople »

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Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris position sur le Concile de Crète et le texte « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

En date du 29 novembre, l’Église orthodoxe de Bulgarie a arrêté sa position sur le Concile de Crète et en particulier le texte de ce Concile intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste [et non pas « l’ensemble » comme il est dit dans la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien ». Nous publions ci-dessous le texte intégral du document du Saint-Synode :

« Prise de position du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe bulgare] concernant le Concile de Crète (2016) et le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, lors de sa session du 15 novembre (protocole n° 22), siégeant au complet, a examiné le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’ adopté par le Concile ayant eu lieu en juin de cette année en Crète, a pris la position suivante :

Lors de la session du 1er juin 2016, protocole n° 12, le Saint-Synode, siégeant au complet, décida de proposer le report du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe, afin que la préparation à sa réalisation fût continuée. Dans le cas contraire, le Saint-Synode avait décidé que l’Église orthodoxe bulgare n’y participerait point.

Par la suite, les Saints-Synodes d’autres Églises orthodoxes locales participant à l’organisation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont intervenus avec des propositions semblables. Puis quatre Églises locales autocéphales ont déclaré leur non-participation (dans l’ordre chronologique) : l’Église orthodoxe bulgare (décision du 1er juin de cette année), le Patriarcat d’Antioche (décision du 6 juin de cette année), l’Église orthodoxe de Géorgie (décision du 10 juin de cette année), l’Église orthodoxe russe (décision du 13 juin de cette année). Du 16 au 27 juin de cette année, en l’Académie orthodoxe de Crète, République de Grèce, a été réalisé le Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe planifié, mais sans la participation de quatre Églises locales, et en l’absence de l’Église autocéphale orthodoxe en Amérique (OCA) reconnue comme telle par l’Église orthodoxe de Bulgarie et dont la participation, dès le début, n’a pas été prévue, pas même en tant qu’hôte. Au Concile étaient présents les représentants des médias et les invités de communautés religieuses hétérodoxes (catholique-romaine, anglicanes et d’autres).

Le Concile réalisé en Crète, a voté et adopté avec certaines modifications six documents préconciliaires, et également son « Encyclique » ainsi que son « Message ». 33 évêques participant au Concile n’on pas signé le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », et certains des hiérarques non signataires (parmi eux des théologiens orthodoxes faisant autorité) ont publié des explications de leur position. Par sa lettre, protocole n° 798 du 14.07.2016 (Référence de la réception à la chancellerie du Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie :  n° 498 du 20.09.2016), S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a expédié au Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie les documents votés et adoptés par le Concile. Après une traduction spécialisée, effectuée par un traducteur autorisé dans le but donné, les métropolites diocésains [de l’Église orthodoxe bulgare] ont reçu lesdits documents.

La première conclusion importante est que, par rapport à leur rédaction préconciliaire, les documents votés et adoptés par le Concile de Crète ont subi certaines modifications, mais celles-ci ne sont pas essentielles et elles sont insuffisantes pour que lesdits documents soient adoptés de façon panorthodoxe.

I. Sur le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

1. En ce qui concerne le texte du point 4, on peut dire que l’Église orthodoxe sous « l’union de tous » a toujours compris la réunion à elle ou le retour dans son sein, par le saint Baptême, la sainte Chrismation et la Pénitence, conformément aux règles canoniques de l’Église, de tous ceux qui errent selon les éléments de ce monde, et qui se sont séparés d’elle par l’hérésie et le schisme. L’Église une, sainte, catholique et apostolique n’a jamais perdu l’union dans la foi et la communion dans le Saint-Esprit, et ne peut accepter l’expression « rétablissement de l’unité » avec « les autres chrétiens », étant donné que ladite unité existe immuablement dans le Corps du Christ et que seuls l’unité et l’unicité constituent les propriétés essentielles de l’Église. De même que l’Église orthodoxe ne peut pas non plus adopter les différents enseignements et conceptions sur lesquels les hétérodoxes fondent ladite unité. Telles sont les théories sur l’existence d’une quelconque « unité » apparente de toutes les confessions chrétiennes comme, par exemple, l’enseignement sur « l’église invisible », la « théorie des branches », « la théologie baptismale » ou « l’égalité des dénominations ». Toutes ces théories peuvent êtres reliées à l’enseignement scolastique sur la grâce créée du Saint-Esprit, qui a été conciliairement condamné par la Sainte Église. Si au contraire on accepte une telle doctrine, l’existence de la grâce Divine dans les différentes confessions chrétiennes, se différenciant dans différentes dénominations qualitativement et quantitativement, peut alors être fondée. Conformément à cette théorie hétérodoxe, il est admis que pour autant que des actes liturgiques soient accomplis dans une communauté chrétienne, ils peuvent de différentes façons produire la vie dans la grâce, qui varie en fonction de l’état de chaque confession. Cette théorie théologique affirme que soi-disant les actes liturgiques peuvent donner l’accès au salut des chrétiens des communautés correspondantes, auxquelles ils appartiennent. En raison de cette existence supposée de la grâce dans chaque dénomination chrétienne, il conviendrait d’entreprendre des efforts communs afin que soit atteinte la plénitude de l’unité en Christ (cf. décret du l’œcuménisme du Concile Vatican II).

2. En ce qui concerne la recherche « l’unité perdue de tous les Chrétiens », exprimée et confirmée par le point 5, nous considérons que cela est inacceptable et inadmissible, étant donné que l’Église orthodoxe n’a jamais perdu son unité interne, malgré les hérésies et les schismes qui constituent un détachement du Corps de l’Église, par lequel le Corps mentionné ne perd pas son intégrité ontologique initiale, qui est renfermée dans l’indivisibilité ontologique de l’Hypostase du Christ.
3. Dans les points 6, 16 et 20 est reconnue « l’appellation historique » «des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », malgré le fait que dans le point 1 du document est affirmé autre chose, à savoir qu’aucune communauté hérétique ou schismatique ne peut être appelée « Église ». L’existence d’une pluralité d’Églises est inadmissible, conformément aux dogmes et aux canons de l’Église orthodoxe. En outre, on part initialement du principe, dans le point 2, que « L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et elle a été vécue jusqu’à ce jour en son sein ».
L’addition de l’expression « appellation historique », ainsi que l’explication selon laquelle les confessions hétérodoxes ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, n’ôte pas le caractère problématique et erroné du texte donné. Dans le passage mentionné au point 6 du document, sont juxtaposées des réalités contradictoires. Est-ce que l’appellation « orthodoxe » rapportée à l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique et qui constitue une appellation historiquement confirmée, diminue sa réalité et sa signification ? Toute appellation juste, surgissant dans l’histoire, reflète une essence définie, une réalité existante. Dans le cas contraire, elle est un concept sans ampleur réelle, simplement quelque nom sans objet réel, qui l’exprimerait ou la refléterait. Un tel nom sans objet réel constitue une fiction.
Dans une telle configuration, il fallait alors mentionner dans le document conciliaire que « l’appellation historique » des « églises », appliqué aux communautés s’étant détachées de l’Église orthodoxe, est une appellation fictive, sans référence réelle à la réalité. Si nous n’émettons pas la réserve en question, l’appellation historique « Églises hétérodoxes » aura une référence historique réelle, à laquelle elle se rapporte. C’est-à-dire que nous reconnaissons l’existence réelle d’autres Églises, distinctes de l’orthodoxe, ce qui entre en contradiction évidente avec le point 1 et les paroles initiales du point 6 du document (L’Église Une et Unique).
4. L’affirmation contenue dans le paragraphe 12 selon laquelle « au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour », est trop simpliste et non exhaustive des dimensions du processus. L’unité suppose l’identité de la foi, l’unanimité et l’unité d’action dans toutes les définitions dogmatiques et les règles ecclésiales, confirmées par les Conciles œcuméniques, de même que dans la tradition liturgique et la vie sacramentelle dans le Saint-Esprit. La façon de réaliser cette unité repose sur la pénitence, la confession de la foi orthodoxe et le Baptême.
5. Dans le point 20, il est indiqué que « les perspectives des dialogues théologiques engagés par l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens sont toujours déterminées sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée », mais il serait plus exact de remplacer l’expression « de la tradition ecclésiastique déjà constituée », par « la tradition de l’Église orthodoxe ».
6. L’impression générale du document donné est la suivante : il contient de nombreuses expressions ambiguës et de termes ecclésiologiques impropres. C’est également un fait important que le but fondamental des dialogues théologiques menés avec les confessions hétérodoxes ne soit pas mis en évidence dans le document de façon fondée et exhaustive, à savoir le retour des hétérodoxes selon l’ordre canonique dans le sein de l’Église orthodoxe. De même, les fondements et principes essentiels des dialogues donnés ne sont pas manifestement pas formulés. Au lieu de cela, dans le point 16 et suivants, l’organisation non gouvernementale « Conseil œcuménique des Églises » à laquelle, Dieu soit loué, l’Église orthodoxe bulgare ne participe plus depuis longtemps, est légitimée.
7. Contrairement à l’objectif principal que nous avons mentionné plus haut dans le point 6 du document (points 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15), la méthodologie de conduite des différents dialogues est réglementée de façon cohérente et exhaustive.
8. Le texte du point 22 présuppose l’infaillibilité du Concile qui s’est réuni en Crète et l’attitude non critique envers celui-ci, étant donné que dans le point concerné, il est affirmé que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue l’autorité suprême en matière de foi et des règles canoniques ». Mais on pourrait mentionner des périodes entières de l’histoire ecclésiastique qui montrent que le critère définitif de confirmation des Conciles œcuméniques est la conscience dogmatique vigilante de tout le plérôme orthodoxe. Le système des Conciles œcuménique et panorthodoxes ne peut assurer automatiquement et mécaniquement la justesse de la foi confessée par les chrétiens orthodoxes.
II. Conclusion principale
Le Concile qui s’est déroulé en Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe.
1. Et ce, tant en raison de la non participation d’un certain nombre d’Églises locales autocéphales, que des fautes organisationnelles et théologiques qui y ont été permises. Malgré cela, nous respectons et estimons les efforts de tous les organisateurs et participants à sa réalisation.
2. L’examen attentif des documents adoptés au Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d’entre eux contiennent des affirmations non conformes à l’enseignement ecclésial orthodoxe, à la tradition dogmatique et canonique de l’Église, à l’esprit et à la lettre des Conciles œcuméniques et locaux.
3. Les documents adoptés en Crète sont sujets à une nouvelle discussion théologique dans le but de les rectifier, rédiger à nouveau et corriger, ou de les remplacer par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la tradition de l’Église.
L’Église orthodoxe bulgare constitue une partie indissociable, un membre vivant de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. En tant que partie du Corps du Christ, sur le territoire local de la Bulgarie et des diocèses bulgares à l’étranger, l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues. L’Église n’est pas une organisation séculière, mais un organisme divino-humain. Elle ne doit pas être sujette dans sa vie conciliaire à l’influence des intérêts politiques et séculiers et aux divisions en résultant. Son chef est le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité, et la vie ».
Les principes d’autocéphalie et de conciliarité de la vie ecclésiale non seulement ne se contredisent pas, mais se complètent mutuellement, découlant l’un de l’autre et se trouvant entre eux en pleine unité ».

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Déclaration du métropolite de Naupacte Hiérothée au sujet du Concile de Crète

Lors de la dernière Assemblée des évêques de l’Église de Grèce (23-24 novembre 2016), Mgr Théologue, métropolite de Serrès, a lu son rapport intitulé « Information sur les travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe », et une très large discussion s’en est suivie sur son contenu ; puis des décisions ont été prises. Le rapport consistait de trois points principaux, premièrement, le système conciliaire de l’Église et la préparation du Saint et Grand Concile, deuxièmement, la contribution continuelle de notre Église dans la préparation et la formation de ses textes et, troisièmement, les propositions à leur sujet. En fait, le rapport était axé sur l’information des membres de l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe grecque] au sujet du Concile de Crète et des décisions que devrait prendre celle-ci. Lors des sessions [de l’Assemblée des évêques], je suis intervenu oralement à deux reprises, et j’ai soumis un texte pour le procès-verbal, dans lequel j’ai analysé plus en détails mes opinions. Je publierai ci-après ma principale intervention qui a eu lieu le premier jour de l’Assemblée.

J’ai écouté attentivement le rapport de S.E. le métropolite de Serrès et de Nigriti Théologue et je le remercie pour la peine qu’il s’est donnée, la confession qu’il a donnée au début et pour ses propositions. Pour ce qui concerne ce que je vais soutenir par la suite, je procèderai à certains développements. J’ai écrit un texte que je déposerai pour le procès-verbal, tandis que j’ai été contraint à souligner certains points essentiels pour le sixième texte, décisif, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ».

1. La préparation de ce Concile n’était pas suffisante. Le texte qui a été élaboré par la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire n’était pas connu de la hiérarchie. Nous l’avons reçu avec les signatures des Primats en janvier 2016. Il convenait qu’il y ait un débat à l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe de Grèce] préalablement à leur signature par les Primats. De même, nos délégués à la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire ont informé le Synode permanent [de l’Église orthodoxe de Grèce] que le texte final intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », « exprime absolument la position panorthodoxe sur les thèmes concrets, de façon équilibrée et dans le cadre de l’ecclésiologie orthodoxe, telle qu’elle a été formulée et préservée par la Tradition patristique et conciliaire de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Or, ces constatations ne sont pas correctes, parce que le texte, tel que cela a été exprimé par de nombreuses personnes, était problématique, raison pour laquelle il a été corrigé.

2. Le Concile qui s’est réuni en Crète, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises, était un Concile des Primats et de leur suite. Après avoir suivi tout le travail du Concile de Crète, j’observe qu’il existe aussi des points positifs, qui ont été mentionnés dans le rapport [de Mgr Théologue] et je les ai notés dans mon texte qui a été publié. Il est de notre devoir de le souligner. Les cinq premiers textes sont généralement bons, il existe quelques carences, raison pour laquelle il était nécessaire que j’exprime par écrit mes réserves dans deux cas. Les deux des cinq textes, je les ai signés avec des réserves explicites, concernent le sens de la personne et les conséquences ecclésiologiques des mariages mixtes.

3. Le texte qui constituait la base du Concile était le sixième, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ». Le texte final présente beaucoup de problèmes, malgré quelques bonnes formulations à caractère général. Or, lorsque les procès-verbaux du Concile, où sont reflétés les points de vue authentiques de ceux qui ont décidé et signé les textes, il apparaîtra alors clairement qu’ont dominé au Concile la théorie des branches, la théologie baptismale et principalement le principe de l’inclusion, c’est-à-dire le glissement du principe de l’exclusion [des communautés hétérodoxes du concept d’Église Une, ndt] vers le principe de l’inclusion. Ce sixième texte n’était pas mûr pour la décision et la signature, raison pour laquelle nous avons proposé différentes corrections, lesquelles cependant n’ont pas été adoptées, et que j’ai notées dans le texte que j’ai envoyé à tous les membres de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]. Il est caractéristique que le texte [du Concile] a été corrigé dans les quatre langues après l’achèvement des travaux du Concile. Quoi qu’il en soit, on peut observer des passages contradictoires. À mon avis, ce texte n’est pas théologique, mais diplomatique. Or, l’unité de l’Église ne s’appuie pas sur des textes diplomatiques, comme cela a été manifesté dans l’histoire, par exemple « l’Ecthèse » de l’empereur Héraclius et le « Typos » de l’empereur Constant II. Ensuite, au cours des travaux du Concile en Crète ont été exprimées certaines falsifications de la vérité pour ce qui concerne saint Marc d’Ephèse, le Concile de 1484 et le texte conciliaire des Patriarches d’Orient, en 1848, concernant le mot « Église » utilisé pour les chrétiens qui se sont détachés de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

4. Dans le sixième paragraphe du sixième texte, a été acceptée par les Églises présentes la nouvelle proposition soumise par notre propre Église. Concrètement, la décision [originelle ndt] de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] était : « L’Église orthodoxe connaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Après l’opposition d’autres Églises, notre Église a formulé une nouvelle proposition : « L’Église orthodoxie accepte l’appellation historique des autres Églises et confessions hétérodoxes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Or, nous n’étions pas dotés par la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] du pouvoir d’altérer les décisions de celle-ci, comme l’ont dit de nombreux hiérarques [de l’Église orthodoxe de Grèce] présents [au Concile]. Ensuite, il n’y a pas eu de discussion pour accepter le changement en question, il y a eu un simple vote et encore en vitesse. D’autres propositions, comme « le reste du monde chrétien », « les non orthodoxes », « ceux qui sont en dehors d’elle [de l’Église] », etc. auraient pu être adoptées. En outre, par la nouvelle proposition ont eu lieu différents changements, qui de mon point de vue sont problématiques, à savoir : la phrase « L’Église orthodoxe connaît » par la phrase « L’Église orthodoxe accepte ».

La phrase « l’existence historique » a été remplacée par la phrase « l’appellation historique ». Il n’y a pas d’appellation sans existence, car autrement est exprimé un nominalisme ecclésiologique. Sinon, acceptons l’appellation « Macédoine » pour l’État de Skoplje, pour avoir prévalu durant de nombreuses années.

La phrase « Communautés et confessions chrétiennes » a été remplacée par la phrase « Églises et confessions chrétiennes hétérodoxes ». Le mot « hétérodoxe » en relation avec l’Église orthodoxe signifie hérétique. En conséquence, attribuer l’adjectif hétérodoxe à l’Église est contradictoire. La parole de saint Marc d’Ephèse est caractéristique : « Ce n’est pas par un juste milieu, ô homme, que les affaires ecclésiastiques ont été corrigées. Il n’y a aucun milieu entre la vérité et le mensonge ». Il faut également mentionner que le terme Église n’est ni un descriptif, ni une image, mais qu’il manifeste le Corps réel du Christ, conformément à l’enseignement de l’Apôtre Paul : « Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Éph. I, 22-23). Cela signifie que l’Église est identifiée avec le Corps divino-humain du Christ et, puisque le Chef est un, le Christ, et le Corps du Christ est un, « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous » (Éph. 4, 4-6). Ainsi, la nouvelle proposition ne se conforme pas « à l’esprit de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]», comme le mentionnait le communiqué de presse [de l’Église orthodoxe de Grèce] du jour concerné (25.6.2016), mais constitue une proposition diplomatique.

5. Ce qui est cependant le plus important dans cette affaire est que la nouvelle proposition, tandis qu’elle semble à première vue sans danger, est néanmoins anti-orthodoxe. Pour soutenir ce point de vue, je mentionnerai deux commentaires théologiques. Le premier est que l’idée selon laquelle une Église peut être caractérisée comme hétérodoxe-hérétique a été condamnée par les Conciles du XVIIème siècle à l’occasion de la « Confession de Loukaris », laquelle semble avoir été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris. Il s’agit de la phrase [dudit patriarche] selon laquelle « il est vrai et certain que l’Église dans son cheminement puisse se tromper et choisir au lieu de la vérité, le mensonge ». Les décisions des Conciles du XVIIème siècle ont statué que l’Église ne peut faire erreur. Ainsi, ou bien il existe une Église sans enseignements hérétiques, ou bien il existe un groupe hérétique qui ne peut être appelé Église. Le deuxième commentaire théologique est que cette nouvelle proposition exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et l’Église visible, qui est une « ecclésiologie nestorienne ». À la fin du texte [du Concile de Crète], il est écrit : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. ». Ici est sous-entendue l’Église invisible qui est unie, c’est ce que signifie « ontologique ». La suite de la phrase, qui est introduite par « cependant», continue ainsi : «l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », cela sous-entendant l’Église visible qui est divisée. Luther, mais principalement Calvin et Zwingli, pour affirmer leur identité lorsqu’ils se détachèrent de Rome, ont développé la théorie d’Église invisible et visible. Conformément à ce point de vue, l’unité de l’Église invisible est acquise, tandis que les Églises visibles sur terre sont divisées et luttent pour trouver l’unité. Vladimir Lossky, commentant cette théorie, affirme que celle-ci est un « nestorianisme ecclésiologique », lorsqu’elle divise l’Église entre celle qui est invisible et celle qui est visible, à l’instar, des natures divine et humaine dans le Christ [selon Nestorius, ndt]. De cette théorie sont dérivées d’autres théories comme celle des branches, la théologie baptismale et autres.

6. Proposition. Après tout ce qui précède, je pense, puisque le texte contient beaucoup de contradictions, que si la hiérarchie ne le rejette pas, qu’elle soit au moins réservée sur son contenu et qu’elle décide que le texte en question soit l’objet d’un réexamen et d’une révision par un autre Concile qui aura lieu dans l’avenir, et ce pour les raisons suivantes :

a) Nombreux sont ceux qui ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et qu’il n’est pas finalisé, étant donné en outre qu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, pendant la divine Liturgie.
b) Le Concile de Crète a exprimé le vœu que de tels Conciles se répètent régulièrement pour régler différents problèmes. Au demeurant, beaucoup de questions sont restées en suspens, lesquelles nécessitent une action immédiate.
c) L’Église d’Antioche a considéré le Concile comme [Synode] préconciliaire, ce que l’Église de Serbie soutient également, et récemment, l’Église de Roumanie a décidé que les textes adoptés en Crète peuvent être retouchés partiellement, développés par un futur Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et perfectionnés, sans pression du temps, et avec le consensus panorthodoxe.
d) Cela est la pratique habituelle dans le système conciliaire orthodoxe. Les Conciles œcuméniques ont connu de nombreuses sessions qui ont duré de nombreuses années. Nous avons également le Concile Quinisexte, qui a complété en droit canon les Vème et VIème Conciles œcuméniques, et encore le Concile Prime-second (861), et les Conciles hésychastes sous St Grégoire Palamas, qui sont considérés comme un seul Concile. Une telle proposition évitera les schismes qui peuvent se produire dans l’Église.

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Poursuite de la discussion au sujet du Concile de Crète par l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce

Le 24 novembre a siégé, pour le deuxième jour, l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, sous la présidence de l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, en la salle de réunion de ladite Assemblée. Conformément à l’ordre du jour, la discussion constructive au sujet du rapport du métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a continué, lequel avait pour sujet l’information de l’Assemblée de la hiérarchie concernant les travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. À l’issue de la discussion, l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme a pris la parole et, après avoir remercié tous les intervenants pour leurs prises de position, s’est adressé particulièrement au rapporteur, déclarant entre autres : « Des remerciements et des félicitations sont dues au métropolite de Serrès pour le traitement réussi du sujet ». En conclusion, après le rapport du président, qui a été adopté à l’unanimité, a été soulignée, après l’information approfondie et détaillée de l’Assemblée de la hiérarchie de l’Église de Grèce, la réaffirmation de l’unité de celle-ci. En outre a été décidée l’approbation des propositions du rapport, ainsi que l’étude par le Saint-Synode permanent de tous les textes qui ont été soumis [au sujet du Concile de Crète, ndt] , afin de rédiger un communiqué destiné à l’information du clergé et du peuple. Le rapport complet du métropolite de Serrès et Nigriti Théologue est disponible ici (en grec).

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L’archevêque de Chypre révèle le contenu de son entretien avec le patriarche de Moscou Cyrille au sujet du Concile de Crète

Dans une interview à l’hebdomadaire grec-américain « Ethnikos Kyrix », l’archevêque de Chypre Chrysostome a abordé différents problèmes, dont le Concile de Crète. À ce sujet, il a révélé à l’hebdomadaire le contenu de ses entretiens avec le patriarche de Moscou Cyrille, auquel il a dit : « Vous pensez à tort que je suis contre vous, nous n’avons pas maille à partir entre nous. Je voulais que le Grand Concile ait lieu et il a bien eu lieu. Si cela n’avait pas été le cas, il ne serait jamais assemblé, car le ridicule de la situation aurait été si grand que, pendant des siècles, nous n’aurions pas décidé de procéder à un Concile. Je crois que les textes qui sont sortis sont d’un haut niveau spirituel. Nous avons pris courage et nous avons de bons espoirs que, dans peu d’années, nous réunirons un Concile et je souhaite qu’alors tous soient présents, car l’Église est une et il ne faut pas la diviser, et d’après moi le troisième millénaire est le millénaire de l’Orthodoxie ». Il a ajouté « que le patriarche Cyrille 

l’avait compris. Je lui ai dit, je n’ai rien contre vous, mon frère, vous pouviez vouloir un report [du Concile], moi je ne voulais pas ». À la question « que vous avait-il dit pour expliquer pourquoi il n’est pas venu au Concile », l’archevêque a répondu : « Il avait certains problèmes avec son troupeau. Je lui ai dit que moi aussi j’ai une cinquième colonne dans le Synode [de l’Église orthodoxe de Chypre, ndt]. Certains membres du Synode ne le voulaient pas, mais j’ai obtenu une décision prise à la majorité par celui-ci et j’ai dit [aux récalcitrants, ndt] que désormais vous êtes obligés de mettre en pratique la décision prise par notre Synode au sujet du Grand Concile. Et lorsque certains membres du Synode sont partis et n’ont pas signé [les textes du Grand Concile], j’ai signé pour eux. Lorsque nous sommes rentrés à Chypre, j’ai convoqué une séance du Synode, je les ai réprimandés et je leur ai dit qu’ils ne recevraient pas d’invitation à venir au Synode s’ils n’apprenaient pas à appliquer les décisions du Grand Concile qui sont obligatoires et pour moi et pour eux, chacun ne peut faire ce qu’il veut. Celui qui veut faire sa propre affaire, qu’il rentre chez lui ». À la question s’il « avait conseillé au patriarche Cyrille qu’il se rende auprès du patriarche œcuménique Bartholomée », l’archevêque a répondu : « Oui, je lui ai conseillé que nous tous, mutuellement, nous nous rapprochions, car c’est comme cela que s’unit l’Orthodoxie, nous sommes une seule Église ». L’archevêque a souligné « qu’il n’est pas nécessaire que nous nous occupions de questions secondaires, comme la place où nous nous asseyons [lors du Concile, ndt], où nous nous tenons, notre but est l’unité de l’Orthodoxie, non pas théoriquement, mais en actes », et il a ajouté « je pense qu’il [le patriarche Cyrille] l’a compris ». L’archevêque est disposé à prendre l’initiative pour la réunification de l’Église orthodoxe, car les liens de certains, par leur absence du Grand Concile, ont été interrompus. Il a souligné que « j’ai dit au patriarche Cyrille, allons voir tous les Primats et disons-leur ce qu’il faut pour que nous nous unissions, car le troisième millénaire appartient pleinement à l’Orthodoxie qui doit élever la voix. Il faut que nous parlions très clairement tant à notre peuple, qu’au monde entier ».

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L’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce examine la question du Concile de Crète

S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, en tant que président de l’Assemblée des évêques, s’est adressé aux membres de celle-ci, remerciant leurs Éminences les hiérarques pour leur venue à la Réunion, soulignant ce qui suit : « Le simple et seul souvenir de la Parole salvatrice de notre Seigneur selon laquelle « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 20), est suffisante pour que l’on comprenne la signification spirituelle énorme que revêt, seulement en lui-même en tant qu’événement, la convocation et la réalisation du Saint et Grand Concile de l’Église en Crète, un Concile de tant de Primats des Églises orthodoxes, de tant d’évêques et autres pères. Si nous prenons en considération que l’antique institution synodale est une institution avec une dynamique exceptionnelle, une institution inextricablement liée à la conscience du plérôme de notre Église, il devient alors clair qu’un Concile [c’est-à-dire l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, ndt] après celui-ci doit offrir une Parole spirituelle et ecclésiale fondée et en n’aucun cas ne peut être considérée comme ayant un caractère de constatation, de validation ou de pure procédure formelle. La place de chacun d’entre vous dans le système synodal n’est pas décorative, mais organique et, par voie de conséquence, profondément essentielle. Dans ce cadre de la présence vivante et de l’énergie du Saint-Esprit dans la vie de l’Église, je suis certain qu’en demandant tous l’illumination de Dieu, nous soumettrons de façon responsable nos pensées, nos propositions, notre témoignage personnel, c’est-à-dire ce qu’exigent notre conscience hiérarchique et notre responsabilité épiscopale au sein du Corps de notre Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». S.E. le métropolite de Karystia et de Syros Mgr Séraphim, en tant que vice-président de l’Assemblée, a répondu à l’allocution de l’Archevêque, de la part de leurs Éminences les hiérarques. Ensuite, conformément à l’ordre du jour, le métropolite de Serrès et de Nigriti Mgr Théologue a lu son rapport intitulé « Informations au sujet des travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe ». Dans son rapport, le métropolite s’est référé au fait que la conscience conciliaire, à caractère fondamental, dirige, oriente et illumine toutes les expressions institutionnelles de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour cette raison, les décisions des sept saints Conciles œcuméniques du premier millénaire chrétien, reconnus officiellement, de même que les Conciles majeurs à valeur universelle tenus ensuite, constituent le critère indubitable, non pas seulement pour l’exactitude dogmatique, la théologie, la vie liturgique et l’ethos de l’Église orthodoxe, mais aussi pour la vie en et selon le Christ du plérôme de celle-ci. Ensuite, le métropolite a procédé à une revue historique de la préparation, au cours de longues années, du Saint et Grand Concile, laquelle a commencé en 1930 et a été réalisée en juin de cette année. Poursuivant son exposé, il a fait référence à la contribution continuelle de l’Église de Grèce à la préparation du Concile au niveau organisationnel, à sa précieuse participation à la finalisation des textes votés par le Saint et Grand Concile, de même qu’à toute sa présence, qu’il a qualifiée de digne, substantielle, traditionnelle, vigoureuse, féconde par ses interventions, unificatrice, pluraliste, synthétique, souple, réaliste et fraternelle. Abordant plus concrètement la présence de la délégation de l’Église de Grèce au Saint et Grand Concile, il a souligné de façon caractéristique : « Sa Béatitude le président de notre organisme [c’est-à-dire de l’Assemblée des évêques, l’archevêque d’Athènes Jérôme, ndt], a presque quotidiennement convoqué une consultation de tous les membre de notre délégation afin d’évaluer le cheminement des travaux et de tracer une ligne unique en vue du soutien de la lettre et de l’esprit des prises de positions et des décisions de l’Assemblée des évêques [de l’Église de Grèce qui avait défini au préalable la marche à suivre de sa délégation au Concile panorthodoxe, ndt]. La parole était libre pour tous et les prises de positions de tous ont été respectées. La voie vers l’obtention de l’unanimité dans la salle de réunion de l’Assemblée conciliaire n’a été ni facile, ni toujours pavée de roses, selon le rapport de Sa Toute-Sainteté le président du Corps conciliaire [c’est-à-dire le patriarche Bartholomée, ndt] dans son adresse finale. Il y eut des moments et des heures d’anxiété accrue, de stress psychique et de perplexité intense ». Dans la suite de son exposé, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a présenté la liste complète des 162 hiérarques participant et a communiqué en détails le programme des travaux, les propositions, les amendements et modifications soumis par la hiérarchie du Saint-Synode de l’Église de Grèce au sujet des textes à discuter et à voter par le Saint et Grand Concile. Mentionnant les décisions finales du Concile, il a fait remarquer entre autres : « Le saint et grand Concile a travaillé soigneusement et a pris des décisions sur des sujets à caractère pastoral, comme ceux du jeûne agréable à Dieu et les empêchements au mariage, sur des sujets d’ordre canonique et administratif, comme ceux de la diaspora orthodoxe et statut ecclésial de l’autonomie, et finalement sur les questions des relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien et sa mission envers le monde contemporain. Il a édité pour le peuple et le monde deux textes théologiques de témoignage, de morale et d’actualité orthodoxes, à savoir une Encyclique et un Message. Il a été présenté au monde entier le témoignage dans l’Esprit Saint de notre très aimée Mère, l’Église orthodoxe, sur des sujets fort actuels et brûlants comme : 1) la proclamation de la conscience qu’à d’elle-même la sainte Église orthodoxe en tant qu’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ. 2) la nécessité pastorale de la mission, de la ré-évangélisation et de la nouvelle immersion des hommes dans les flots vivifiants de la foi et de la tradition orthodoxes. 3) La formulation des principes nécessaires de déontologie et d’éthique pour la recherche scientifique et technologique qui progresse rapidement, atteignant même aujourd’hui mystère sacré de la vie. 4) La sacralité du mystère du Mariage comme icône de l’amour du Christ envers l’Église et l’institution de la famille. 5) La préoccupation indispensable pour les questions d’instruction et d’éducation chrétienne des jeunes. 6) Le phénomène de la mondialisation. 7) L’horreur de la guerre. 8) le problème brûlant des migrants économiques et des réfugiées. 9) Les relations de l’Église et de la science et de l’Église et de la politique. 10) La crise écologique. 11) La pauvreté, la sécularisation, la solitude et de l’individualisme dans les relations entre les hommes. Le Saint et Grand Concile a également élevé une voix de protestation contre le déplacement impitoyable de leurs foyers ancestraux et les persécutions des populations chrétiennes, et a demandé la protection de la liberté religieuse, a condamné sans appel le fanatisme religieux, soulignant que chaque guerre au nom de quelle religion que ce soit, constitue une guerre contre le fait religieux lui-même. Enfin, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». Le rapporteur a exprimé les remerciements de tous les participants au Saint et Grand Concile à l’Église-hôte de Crète, et par extension, au Patriarcat œcuménique pour la présentation exemplaire et la réalisation de cette brillante organisation panorthodoxe et de portée mondiale. Il a aussi remercié S.E. le secrétaire en chef et les Services synodaux de l’Église de Grèce, pour la préparation en tout point excellente et minutieuse de tout ce qui concernait la participation de notre Église à cette grande organisation panorthodoxe. Le métropolite a ensuite recommandé les propositions suivantes en vue de la valorisation pastorale des Textes-Décisions du Saint et Grand Concile de Crète :
« 1) Le renvoi, par la décision du Saint-Synode permanent, aux Commissions synodales compétentes concernées des décisions du Saint et Grand Concile en vue d’une étude mesurée, de leur approfondissement et leur interprétation, analyse et valorisation selon les saints Pères (par exemple, les Commissions synodales des questions dogmatiques et nomocanoniques, des relations interchrétiennes, de la Pastorale, de l’Office Divin, de la presse, etc). Comme il se doit, les rapports des organes synodaux susmentionnés seront soumis ensuite au Saint-Synode permanent ou à l’Assemblée des évêques pour action.
2. La collaboration avec les Facultés de théologie nationales pour les questions d’étude théologique des textes et de la valorisation des résultats du Saint et Grand Concile.
3. L’information au niveau des diocèses métropolitains, en premier lieu du clergé paroissial, des communautés monastiques et de nos collaborateurs directs, au sujet du Saint et Grand Concile et de Ses décisions en général, et des décisions/prises de positions y relatives de l’Église de Grèce en particulier, en vue de l’édification des fidèles et pour éviter les mauvaises interprétations (Étude attentive et valorisation du matériel concerné. Textes, Encyclique, Message, études scientifiques et analyses).
4. Information, comme il se doit pastoralement, du plérôme de l’Église de Grèce par l’édition d’une Encyclique concise et rédigée dans une langue abordable, comme l’a déjà fait l’Église de Chypre, pour l’édification et l’information responsable (Édition par les soins du Saint-Synode permanent d’un feuillet informatif « pour le peuple »).
5. Développement dans les groupes d’études paroissiaux, équipe catéchétiques et dans les prédications dans le cadre des diocèses métropolitains de l’Église de Grèce, des considérations, de l’œuvre et des résultats du Grand Concile.
6. Présentation d’émissions, par la station radiophonique de l’Église, concernant l’histoire, les buts et les résultats, pour l’organisation ecclésiale, du Saint et Grand Concile. À cette fin, on pourrait faire appel aux hiérarques, professeurs des Facultés théologiques, à des voix sobres et structurées.
7. Mise en ligne sur le site internet de l’Église de Grèce des textes votés du Saint et Grand Concile, des études et des analyses sérieuses.
8. Attribution à la Commission synodale des relations inter-orthodoxes et interchrétiennes de la constitution d’archives complètes et exhaustives sur tout ce qui concerne le Saint et Grand Concile.
9. Enfin, notre très sainte Église pourrait, par les soins et avec l’assistance du Saint-Synode, charger une Commission synodale compétente et spéciale, de l’évaluation des textes fondés ecclésialement et théologiquement, qui ont déjà é

té écrits et qui contiennent des positions, soit positives soit comportant des réserves, au sujet des décisions du Saint et Grand Concile. Il est de notre devoir, en tant que pasteurs responsables et affectueux, d’entendre avec la plus grande attention et la sensibilité pastorale toutes les positions sérieuses et édifiantes. L’aboutissement de cette étude, que je considère comme exprimant fortement un ethos et une qualité conciliaires, peut aider, valoriser adéquatement, essentiellement, notre très sainte Église et le Concile panorthodoxe en général ». Concluant son rapport, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a déclaré de façon caractéristique : « Enfin, très respectés Pères, l’approche axiologique, avec toujours des définitions ecclésiologiques, patristiques et pastorales, du Saint et Grand Concile qui s’est réuni à Kolymbari en Crète, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». S’en est suivi un large dialogue sur le rapport, au cours duquel de nombreux hiérarques ont pris la parole. Les discussions doivent continuer le 24 novembre 2016.

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Le patriarche de Moscou Cyrille : « L’Église orthodoxe russe n’a pas participé au Concile de Crète afin d’éviter un schisme »

L’Église orthodoxe russe s’est abstenue au dernier moment, au mois de juillet de cette année, de participer au Concile de Crète, afin de ne pas provoquer un nouveau schisme. C’est ce qu’a communiqué aux journalistes le patriarche de Moscou Cyrille, au cours d’une interview à la veille de son soixante-dixième anniversaire. « Dans l’histoire, des divisions ont eu lieu après presque chaque Concile. Des divisions se sont même produites après les Conciles œcuméniques, aussi, à notre époque, nous ne devons pas risquer l’apparition de nouvelles scissions. C’est précisément pourquoi nous nous étions mis d’accord pour adopter toutes les décisions par consensus, mais il s’est avéré, déjà lors de la réunion des primats à Genève, que deux Églises – celles d’Antioche et de Géorgie – n’avaient pas signé des documents très importants, et qu’il n’y avait plus alors de consensus » a expliqué le patriarche. « Ensuite, l’Église serbe a déclaré qu’elle considérait nécessaire de reporter le Concile. L’Église de Géorgie a également déclaré qu’elle ne se rendrait pas au Concile, et l’Église de Bulgarie a refusé de même», a poursuivi le patriarche. « Aussi, lorsque nous avons reçu cette information, nous avons adressé une lettre à Constantinople, proposant de convoquer d’urgence une Conférence panorthodoxe, afin de définir nos actions, et décider quelle devait être notre approche du Concile, parce que sans consensus il ne fallait pas convoquer un Concile ». Un accord fondamental entre primats prévoyait que l’adoption des documents ne se ferait que par un vote unanime. Cela permettait d’exclure les différends et de ne pas provoquer les divisions. « Nous avons dit encore une fois que les documents tels qu’ils devaient être présentés au Concile, ne nous convenaient pas, que nous avions des amendements sérieux à y apporter. Nous avons reçu une réponse très impolie, où il était dit : le Concile aura lieu, c’est tout», a poursuivi le patriarche Cyrille. « Si le Concile a lieu en l’absence de consensus, cela signifie que nous renonçons aux principes que nous avons approuvés ensemble », a-t-il clarifié. « En outre, cela signifierait pour nous, tout simplement, une division programmée dans l’Orthodoxie ». Le patriarche a rappelé que les représentants de certaines Églises se sont néanmoins rendus en Crète et ont pris part au Concile, tandis que d’autres ont refusé, ce qui a privé celui-ci du statut de « panorthodoxe ». « Dans une telle situation, notre Église a pris la décision de ne pas aller au Concile », a déclaré le patriarche. « Mais nous avons une attitude respectueuse envers ce qui s’est passé en Crète. Nous avons bien sûr nos réserves et nos amendements. Notre Commission biblique et théologique a déjà étudié ces documents, et a formulé ses amendements », a ajouté le patriarche, qui a annoncé que, lors de la prochaine Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe russe, ndt], ces amendements seront examinés attentivement et que « certaines suggestions seront faites ». « Nous considérons ce Concile de Crète comme une partie du processus conciliaire. À ce jour, en l’absence de tout un nombre d’Églises, mais il ne faut pas le dramatiser. Nous sommes sur la voie de ce Concile [panorthodoxe, ndt], qui sera convoqué selon toutes les règles et qui présentera à l’Église orthodoxe et au monde entier des documents orthodoxes communément acceptés », assure le patriarche Cyrille.

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“Le concile de Crète : en espérant que nous apprenions” par Assaad Elias Kattan

Nous vous invitons à lire la traduction français d’un article, écrit par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster) paru dans le dernier numéro de la revue Al-Nour, (Beyrouth, vol. 5, 2016).

Les questions restées en suspens après la réunion du concile de Crète sont peut-être plus nombreuses que celles qui furent soulevées avant sa tenue. Comment les orthodoxes agiront ils, par exemple, pour remédier à leur cassure interne ? La perspective que les Pères du concile ont manifestée, à savoir la tenue d’un « grand » concile orthodoxe tous les sept ou dix ans, deviendra-t-elle réalité ou bien restera-t-elle uniquement un vœu pieux ? Mais ce qui est plus important que toutes ces questions, ce sont les leçons que l’on peut tirer de l’expérience de Crète. En réalité, si les orthodoxes ne se hâtent pas de s’engager dans ce processus, la division qui les affecte aujourd’hui non seulement ne régressera pas, mais il est vraisemblable qu’elle va s’implanter et se transformer en émiettement.

La première leçon du concile de Crète c’est que la synodalité orthodoxe, dont si souvent nous nous prévalons, nécessite une opération chirurgicale ; en effet, elle a besoin de structures unitaires dont nous avons échoué à poser les fondations. Le problème des orthodoxes c’est qu’ils parlent énormément de la synodalité orthodoxe et de la pluralité qu’elle reflète. Mais à ces paroles ne correspond aucune structure ecclésiale claire qui fonde et ancre l’unité. Cette constatation n’est pas nouvelle. Des penseurs orthodoxes ont perçu ce problème et l’ont signalé alors que la préparation du grand concile orthodoxe n’en était encore qu’à ses débuts. Mais l’expérience de la tenue du concile de Crète, précédée par l’abstention de quelques Eglises orthodoxes et la décision des autres Eglises de se rendre sur l’île grecque « sans les frères », tout cela indique que la synodalité orthodoxe, dans son état actuel est dysfonctionnelle, car il lui manque les structures ecclésiales indispensables pour préserver l’unité lorsque des problèmes surgissent. Quel sens a donc la synodalité si elle ne dispose pas de mécanismes structurels permettant aux orthodoxes de dépasser leurs différends ? Et ils sont légion ! Dès lors, le concile de Crète aurait dû avoir été précédé d’un dialogue orthodoxe franc sur ces mécanismes. Il est en outre possible que si ce dialogue avait eu lieu, il aurait évité aux Eglises d’être entraînées dans la discussion, qui dure depuis des décennies, relativement aux prérogatives du patriarche de Constantinople et du degré de notre capacité à les puiser dans les anciens canons. L’embourbement des orthodoxes dans leurs discussions « byzantines » quant à savoir si la primauté revient à l’Eglise de Constantinople, ou s’il convient de la transférer au patriarcat de Moscou en sa qualité d’Eglise orthodoxe la plus grande et la plus importante, aujourd’hui, quant au nombre des fidèles, a fait perdre à l’Eglise orthodoxe l’occasion d’un dialogue véritable sur la relation entre la synodalité et l’unité, étant entendu que cette discussion constitue le cœur du problème, non seulement au sein du monde orthodoxe, mais encore avec l’Eglise romaine d’Occident. Ainsi le concile de Crète fut-il indicatif de l’existence de ce problème auquel nous autres orthodoxes n’avons pas été à même de remédier durant notre période « moderne », à savoir après la chute de Constantinople en 1453. Voici donc que l’histoire se venge de nous lors de notre première tentative sérieuse en cette période de nous rassembler et de parler d’une seule voix devant Dieu et les hommes.
La seconde leçon que l’on peut tirer de l’expérience de Crète, c’est que nous avons hélas tenté de réunir un concile « contemporain » mais avec un ordre du jour révolu. Et ceci, dirait-on, est le scandale des scandales. En vérité, celui qui examine la plupart des documents issus du concile qui s’est tenu sur l’île grecque, et qui traitent de thèmes tels que le jeûne, le mariage et la famille, ne peut manquer de constater que dans le fond ils ne disent rien ou bien ne font qu’effleurer les défis véritables auxquels les orthodoxes sont confrontés. Et lorsqu’ils ont abordé ces défis et tenté d’y apporter quelque réponse, ils l’ont fait la plupart du temps avec superbe, ce qui ne traduit aucune disposition à s’ouvrir aux nouvelles expériences des hommes ou à les assimiler. En effet, le style des textes du concile de Crète, de manière générale, est un style ecclésiastique orthodoxe dense « possédant » la vérité, qui entend enseigner le monde et le ré-évangéliser, au lieu de tirer profit des expériences de ceux qui y vivent. Tout ce l’on peut dire à propos de ces textes, c’est qu’ils essaient de traiter certains défis modernes avec une mentalité des siècles passés, comme s’il y avait, dans l’entendement orthodoxe, un modèle sociétal unique qui ne peut être ni questionné ni changé, celui-là même qui était le propre des sociétés rurales qui prédominaient dans les périodes antérieures à la modernité. A ce propos, voici quelques exemples :
Ces textes insistent, par exemple, sur « la famille » en tant que structure sociale idéale (Encyclique, 7), mais sans prendre en considération les milliers de femmes orthodoxes qui élèvent seules leurs enfants en Russie et dans les Balkans. Ils s’abstiennent de nous informer si ce modèle « nouveau » de société est couvert par la définition de la famille ou s’il est « anormal ». De même, les textes du concile évitent d’aborder le problème de la cohabitation ainsi que de l’éducation des enfants hors de l’institution maritale, si ce n’est en rejetant tout cela dans la sphère du « péché » (Le sacrement du mariage et ses empêchements, 10), ignorant le fait que des milliers de jeunes orthodoxes engagés dans leur Eglise en Europe, en Russie et aux Etats-Unis vivent aujourd’hui dans des cellules collectives existant hors du cercle du mariage religieux. Ajoutons à cela que certains textes du concile reflètent une conception ambiguë de la liberté. Si, d’une part, ils disent des choses positives sur la dignité humaine et la liberté religieuse (Encyclique, 12. 16), ils font mine d’oublier, d’autre part, que cette dignité comporte aussi la liberté de pensée et la liberté sociale. Et l’ambiguïté atteint son comble lorsqu’il est question des droits de l’homme (Encyclique 16) ; en effet, dans ce qui est affirmé il y a une tendance manifeste à diluer les droits individuels et à les remplacer par un « contenu communautaire » non-défini de la liberté, à tel point que l’on rencontre un passage considérant les droits de l’homme individuels comme une menace pour la famille, la religion et la nation. Il s’agit là, me semble-t-il, de paroles dangereuses, car elles contiennent les germes de glorification des entités collectives comme la famille, la société et la nation au détriment de l’individu, mais encore contribuent-elles au renforcement du chancre nationaliste dont souffrent la plupart des peuples orthodoxes. Ce qu’il importe de souligner, c’est que ce mode d’ambiguïté ne s’applique pas seulement à ce que nous avons mentionné, mais il s’étend encore à d’autres domaines tels que la sécularisation et les sciences. La « civilisation séculière » est tantôt le fruit de « la contribution séculaire » de l’Eglise (Encylique, 10), sans que cela soit accompagné d’une quelconque explication, tantôt un grand mal auquel il convient de faire face (Encyclique, 7. 9. 10). Quant aux sciences biologiques, elles ne sont pas en mesure d’apporter une solution aux problèmes éthiques (Encyclique, 11-12), et ceci est certes bien vrai. Mais les textes du concile passent totalement sous silence la contribution apportée par les sciences humaines, comme la philosophie, la sociologie, la psychologie et l’histoire, à la connaissance de l’univers, comme si ces sciences étaient inexistantes ou comme si elles ne constituaient pour la conscience de l’Eglise un quelconque défi. Ceci est naturellement une goutte d’eau dans la mer. Car les textes du concile s’embrouillent également dans ce qu’ils disent sur les jeunes et leur rôle, malgré leur insistance sur le fait qu’ils ne sont pas seulement « le futur » de l’Eglise, mais aussi « l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent » (Encyclique, 8). Et lorsqu’ils abordent la coopération et la collaboration entre l’Eglise et l’Etat (Encyclique, 16), ils ont négligé le rôle critique que l’Eglise joue vis-à-vis de l’Etat qui commet des injustices et se conduit en tyran ou tente d’apporter une solution aux problèmes éthiques de manière inhumaine.
Il ressort de tout cela que ce qui attend les Eglises orthodoxes après le concile de Crète est de loin plus important que ce qui l’a précédé. Les orthodoxes se trouvent donc encore au début du chemin lorsqu’il s’agit des grandes questions et des grands défis dans notre monde contemporain. Dans ce sens, le concile de Crète était indispensable pour que nous apprenions. En espérant, bien sûr, que nous apprenions …

(Traduit de l’arabe pour Orthodoxie.com par Marcel Pirard)

Évaluation du saint et grand Concile de Crète par le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie

Au cours de sa session du 16 novembre, le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie a publié le communiqué suivant au sujet de son évaluation du saint et grand Concile de Crète :

« Le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie sous la présidence de S.S. le pape et patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique Théodore II, après une discussion exhaustive communique ce qui suit :

1. Nous exprimons gloire et louange au Dieu Trinitaire, qui nous a rendus dignes de participer au saint et grand Concile de l’Église orthodoxe au mois de juin passé. Le Concile constituait le sceau d’un long cheminement de nombreuses décennies, avec des pourparlers, des accords et des désaccords théologiques intensifs. Ce fut la vision de nos prédécesseurs éclairés et charismatiques, qui ont prié pour voir sa convocation, mais n’en ont pas eu le bonheur. Nous exprimons notre profonde reconnaissance envers eux et nous prions pour le repos de leur âme.

2. Le Concile de Crète a constitué un événement éminemment important pour le cheminement de l’Église orthodoxe, donnant un témoignage d’unité, un témoignage de responsabilité et d’anxiété pour le monde contemporain. Ce fut, c’est, et cela restera un grand miracle « de la rencontre et de la coexistence ensemble » des Églises orthodoxes et nous croyons que cette nouvelle expérience, qui sera décryptée peu à peu, et produira de nouveaux fruits dans l’espace orthodoxe. Bienheureux ceux qui goûteront ces fruits !

3. [Notre Synode] a confirmé que la conciliarité constitue l’expression par excellence de la conscience qu’a d’elle-même l’Église orthodoxe et, en même temps, elle est une réponse dynamique aux prédicateurs enflammés du repli sur soi-même, de l’exclusion, de l’ethno-phylétisme et du fondamentalisme. Nous croyons que dans le proche avenir, au cours des conciles qui, Dieu voulant, seront convoqués, les imperfections et les faiblesses de ce concile seront surpassées.

4. Nous remercions de tout notre cœur Sa Toute Sainteté le président du saint et grand Concile, le patriarche œcuménique Bartholomée, Leurs Béatitudes les primats et tous ceux qui ont travaillé assidument pour la réalisation du Concile au milieu de nombreuses adversités et provocations.

5. Nous considérons comme particulièrement importante la consolidation conciliaire de l’économie ecclésiastique au milieu de positions extrêmes et conservatrices, puisqu’il est donné la possibilité aux Églises locales d’exercer leur pastorale à une époque réelle et dans des lieux et des usages concrets. Nous avons constaté cependant avec tristesse que, malgré les voix prophétiques qui ont été entendues dans le cadre du Concile et des conférences préconciliaires, les « dérogations » aux règles plus anciennes de la vie de l’Église et des fidèles, aient été comprises avec timidité et réticence, dans le sens de l’acribie et non pas de l’économie, alors que cela serait la véritable affirmation du mystère de l’Incarnation du Christ dans l’aujourd’hui, c’est-à-dire la Révélation vivante et salvifique de Dieu. Les différentes approches des questions de la vie de l’Église pour nous ne constituent pas des déviations de la vérité orthodoxe, mais l’adaptation à la réalité africaine.

6. L’Église d’Afrique continuera à participer activement à tous les dialogues officiels interchrétiens et interreligieux, malgré les difficultés et les problèmes qui apparaissent de temps à autre. Hormis la participation au COE, nous revalorisons le témoignage de la foi orthodoxe, la plénitude de la Révélation divine que notre Église préserve. Cheminant sur les traces de Jésus, nous devons devenir les organes de la réconciliation et cultiver la coexistence pacifique des hommes, respectant et défendant leur différence ethnique, raciale et religieuse. En commun avec les autres Églises et religions, nous sommes appelés à travailler à combattre toute injustice systémique, toute chose démoniaque, qui anéantit la vie de notre troupeau profondément meurtri et blessé.

7. Nous pressentons que, en tant qu’Église vivante et dynamique, émergente des entrailles d’un monde développé et souffrant, nous avons le devoir avec hardiesse et vision prophétique de former en notre sein les conditions pour la transformation de notre monde, de déposer une proposition d’espoir, de vie dans sa plénitude pour tous les hommes et de joie de la Résurrection. Nous demandons les prières ardentes du Corps de notre Église, clercs et laïcs, afin que par la collaboration de tous nous mettions en valeur la dynamique du grand Concile et que nous libérions les forces qui montreront l’Église d’Afrique comme une présence prophétique, craignant son Seigneur et ouvertes à l’action du très Saint Esprit ».

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L’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce se réunira le 23 novembre pour prendre position sur le Concile de Crète

Le 3 novembre 2016, le Saint-Synode permanent de l’Église orthodoxe de Grèce s’est réuni sous la présidence de l’archevêque d’Athènes Jérôme et a décidé de convoquer l’Assemblée extraordinaire de ses évêques pour les 23 et 24 novembre de cette année. Durant celle-ci, le métropolite de Serrès et Nigriti lira son rapport consacré aux « informations sur les travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe », et un débat aura lieu ensuite à ce sujet.
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« Préservons la paix et l’unité de l’Église » (communiqué du bureau de presse de l’Église orthodoxe roumaine au sujet du Concile de Crète)

« Durant cette dernière période ont eu lieu des manifestations publiques de certaines personnes qui, dans un esprit mondain et agressif, ont accusé et calomnié les hiérarques de l’Église orthodoxe roumaine présents au Concile de Crète (2016), auquel ont participé environ 200 hiérarques de dix Églises orthodoxes sœurs. Ceux qui promeuvent des attitudes négatives sont, en général, des clercs rebelles et des moines non canoniques, désobéissants et instables qui ne vivent pas dans les monastères conformément à l’ordre monastique, et encore des laïcs influencés négativement par ceux-ci. Un tel groupe a protesté sur la colline métropolitaine (à Bucarest) le 30 août 2016. Les membres de ce groupe, qui ont été écoutés par l’évêque Barlaam de Ploieşti, ont montré qu’ils étaient inaptes au dialogue, mais étaient agressifs, répétant des idées et des accusations infondées, jugeant et calomniant les hiérarques qui ont approuvé le document du Concile de Crète concernant les relation de l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens. À une époque à laquelle l’Église orthodoxe est attaquée par les nombreuses forces extérieures visibles et invisibles du phénomène séculariste, ces individus qui n’obéissent pas à l’Église perturbent de l’intérieur, sous prétexte de défendre l’Orthodoxie, la paix et l’unité de l’Église, parce qu’ils ne sont pas guidés par l’Esprit du Christ. Or, dans leur grande majorité, le clergé, les moines et les fidèles de l’Église orthodoxe roumaine préservent la paix et l’unité de l’Église du Christ et connaissent la vérité, à savoir que le Concile de Crète n’a pas formulé de nouveaux dogmes, mais a témoigné que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique du Christ, tandis que les églises ou les confessions hétérodoxes (non-orthodoxes) se sont séparées de l’Orthodoxie, parce qu’elles se sont éloignées de la foi orthodoxe qui est la base de l’unité de l’Église. Mais, puisque le Seigneur Jésus-Christ a prié le Père céleste pour que Ses disciples et tous ceux qui croient en Lui soient un (cf. Jn XVII, 21), c’est-à-dire qu’ils préservent l’unité de l’Église sur le fondement de la vraie foi, l’Église orthodoxe ne promeut pas la haine confessionnelle ou « la guerre de religions », mais la foi qui est agissante par la charité » (Galates V, 6), témoignant de l’Orthodoxie avec humilité et paix de l’âme. Ainsi, les véritables chrétiens orthodoxes peuvent préserver la foi droite, tout en se trouvant en dialogue ou en collaboration d’ordre social et caritatif ou culturel avec les autres chrétiens, principalement dans les pays dans lesquels les chrétiens orthodoxes sont minoritaires. Par exemple, actuellement, existent en Europe occidentale environ 700 paroisses orthodoxes roumaines dont 670 ne sont pas propriétaires de leurs églises, priant dans des lieux de culte loués ou prêtés par des chrétiens catholiques, anglicans ou protestants, sans que ces Roumains n’aient pour autant perdu leur foi orthodoxe. Aussi, le chrétien orthodoxe lucide et réaliste peut rester fidèle à l’Orthodoxie même s’il se trouve en dialogue ou collabore avec d’autres chrétiens, sans être fanatique, arrogant ou agressif. Or, ceux qui troublent la paix et l’unité de l’Église n’ont aucune responsabilité pastorale pour la communauté orthodoxe roumaine de l’étranger et ne comprennent pas non plus que c’est un grand péché que de diviser et de troubler la paix et l’unité de l’Église sous le prétexte qu’eux-seuls, les protestataires, sont de vrais chrétiens, corrects et compétents dans la défense de l’Orthodoxie, déclarant hérétiques tout ceux qui ne pensent pas comme eux. Le terme Église signifie rassemblement et non division, c’est-à-dire le rassemblement des chrétiens orthodoxes dans l’amour de la Très Sainte Trinité par le témoignage et la vie selon la vraie foi en communion fraternelle en Christ et l’obéissance aux pères spirituels à qui a été confiée l’œuvre du pastorat des fidèles sur la voie du salut (cf Hébr. XIII, 17). Aussi, nous devons toujours préserver la paix et l’unité de l’Église du Christ ! »
Bureau de Presse de l’Église orthodoxe roumaine

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Lettre de l’évêque Irénée de Batchka, à propos du Concile de Crête: “Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête”

Evêque Irénée de Batchka  (Patriarcat de Serbie)

Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête à propos des relations de l’Eglise orthodoxe
avec le reste du monde chrétien

A propos du “Saint et Grand Concile” achevé dernièrement à Kolymbari en Crête, avec des accents de triomphe mais de façon peu convaincante selon notre Eglise, et déjà non reconnu comme tel par les Eglises absentes, Concile mieux caractérisé par elles comme “Réunion de Crête”, [et ce] à cause de la contestation soulevée par de très nombreux évêques orthodoxes participants, – ont été publiés et continuent d’être publiés une grande quantité de commentaires, bienveillants ou très peu bienveillants, autant que possible objectifs ou subjectifs, véridiques ou qui altèrent plus ou moins franchement la vérité, spontanés ou commandés, intéressés ou désintéressés, apologétiques ou polémiques, théologiquement corrects ou théologiquement incohérents…
Dans la surproduction d’informations et de commentaires sur ce sujet, se trouve un thème parmi d’autres restés flous [jusqu’à présent], celui du refus de certains évêques de signer le texte litigieux proposé au Concile, même s’il fut quelque peu amélioré [au cours des séances]: “Les relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien”.

(p. 2) Puisqu’un défaut de clarté et une incertitude ont été évoqués sur la question [de savoir] si certains évêques déterminés auraient ou n’auraient pas signé et pourquoi, ceux-ci ont publié des déclarations dans lesquelles ils répondent à cette question et expliquent pourquoi – et justifient – leur refus de co-signer le texte en question. En ce qui concerne l’auteur de la présente, a circulé la nouvelle correcte selon laquelle j’étais l’un de ceux qui n’avaient pas signé; cependant restait inexpliqué pour beaucoup de frères comment et pourquoi – étant donné qu’il avait en effet lui-même, avec énergie et sans interruption depuis plusieurs décennies, pris part à la préparation du Synode et à l’effort d’élaboration et de correction des textes ratifiés pour la discussion conciliaire.
Avant de continuer à donner la réponse à laquelle je suis tenu, j’en profite pour faire remarquer en passant que, contrairement à ce qu’ont laissé entendre certaines publications “bien intentionnées”, je n’ai pas été le seul, sur les vingt cinq évêques Serbes présents au Concile, à ne pas signer mais que [c’est] la plus grande partie d’entre eux [qui] n’a pas signé. En dehors de ceux-ci, il y eut encore de nombreux autres évêques pour ne pas signer non plus.
Ce texte, par conséquent, est sans effet légal, pour autant que, conformément au principe d’unanimité en vigueur depuis 1961, il suffit qu’un seul évêque ne signe pas (alors que sa signature est exigée!) pour que le document soit sans validité ecclésiale.

L’une des raisons pour les quelles je n’ai pas signé le texte concernant “Les relations de l’Eglise Orthodoxe avec le reste du monde chrétien”, mais ce n’est cependant pas encore la plus grave, est le fait qui s’est avéré que les évêques membres du (3) Concile, avaient le droit à la parole mais pas le droit de vote. Dans le Concile, au lieu du principe apostolique et patristique, conservé depuis toujours, “un homme – une voix (vote)”, était en vigueur ce principe-ci : “une Eglise autocéphale – une voix (vote)”, ce qui signifie que seuls les Primats des Eglises votaient. Les conséquences évidentes pour tous de ce principe sont les suivantes:
-1 Le Concile n’apparait plus comme l’institution de l’Un et Unique Corps de l’Eglise, mais comme une sorte d’organe parlementaire d’Eglises qui sont indépendantes les unes des autres, chacune formant pour elle-même un tout complet;
-2 Le collège des Primats fonctionne dans la pratique comme une sorte de pape collectif, soit que nous acceptions de le reconnaitre honnêtement soit que nous ayons pris l’habitude de nous aveugler nous-mêmes [sur ce sujet], et
-3 le Concile, qu’il le veuille ou non, est abaissé [au niveau] d’une réunion de Présidents, ayant simplement [autour d’eux] une cour élargie, comme il a été très justement remarqué.

En conséquence, la seule différence entre un évêque orthodoxe et un observateur hétérodoxe au Concile consiste dans le fait que l’un a la possibilité de s’exprimer selon sa volonté et que l’autre au contraire est assis en silence: ni l’un ni l’autre ne décide rien. Dans cette situation, cependant, à quoi sert la signature de ceux qui [par ailleurs] n’ont pas le droit de voter les textes? Cherche-t-on à donner l’impression que le système conciliaire fonctionne alors qu’il est inactif – puisqu’il est annulé? Ou bien pour quelle autre raison? Je l’ignore, évidement, mais j’ai au moins la possibilité de ne pas signer ce qui n’exprime pas mes convictions.

(4) La raison la plus grave, cependant, pour laquelle je n’ai pas signé, c’est, selon moi, le contenu du texte pour le moins ecclésiologiquement ambigu et suspect, sur certains points s’approchant des frontières de l’hétérodoxie. Son caractère problématique ne se focalise pas seulement dans sa proposition plus discutable et qui a provoqué les plus nombreuses objections et réfutations des Pères conciliaires, selon laquelle l’Eglise Orthodoxe reconnait ( dans une variante ultérieure connait) “l’existence historique des autres Eglises et confessions chrétiennes” et laquelle a été remplacée, à l’instigation de l’Eglise de Grèce, par cette phrase que l’Eglise Orthodoxe accepte ” l’appellation historique des autres Eglises chrétiennes et confessions”. D’un côté, oui, la formulation hellénique se trouve [en effet] plus prudente et moins dangereuse en tant qu’elle évite judicieusement l’éventualité d’une équation entre “l’appellation historique” et le contenu ontologique de la définition Eglise; d’un autre côté, elle ne diffère pas de la première formulation en cela que [déjà] “l’existence historique” n’équivalait pas automatiquement à la reconnaissance de la nature ecclésiale et de l’hypostase des réalités ecclésiastiques visées sous ces dénominations ou, si vous préférez, de ces organismes ecclésio-morphes. Est simplement levée et exclue par une telle formulation la possibilité qu’une double interprétation [puisse être donnée à la formule] à savoir [aussi bien] la définition dogmatique orthodoxe selon l’akribie que l’autre expression, obscure et dans une certaine mesure amphibologique.

(5) Je déclare sincèrement et sans détour que j’ai eu l’intention de signer le texte tel qu’il était, dans ses deux versions, par conséquent malgré l’ambigüité sémantique de la version antérieure, pour autant seulement que le point présent devait constituer le “talon d’Achille” de son contenu dans son entier. Malheureusement, cependant, le texte est, depuis le début jusqu’à la fin – toujours selon mon opinion – difficile à amender et inacceptable, parce que c’est un mélange de choses qui ne peuvent pas se mélanger, des thèses purement orthodoxes avec des postures œcuméniques et de belle phrases élevées. Mais “le temps de raconter me manquerait ” si je tentais de justifier mon allégation par des citations.

Je pense personnellement que, dans ce cas précis, nous devions réserver le terme Eglise seulement au catholicisme romain (qui, étrangement, n’est pas mentionné dans le texte isolément, alors qu’il est jusqu’à satiété la référence du Conseil Œcuménique des Eglises) parce que la querelle dogmatique de plus d’un millénaire entre eux et nous n’a pas été tranchée jusqu’à présent au niveau d’un Concile Œcuménique, sinon uniquement dans les Conciles pseudo-œcuméniques de Lyon et de Ferrare-Florence. En principe, cependant, – au moins théoriquement – il est permis de nourrir l’espoir que l’un ou l’autre des futurs Conciles Œcuméniques s’occupera du thème de cette division de position et que se produira la levée des “pierres de scandale” que sont le Filioque et la primauté postérieure et hypertrophiée en même temps que la fameuse “infaillibilité” de l’évêque de Rome. Dans cette perspective (6) seule, il serait possible qu’il y ait une raison [de parler] d’Eglise de l’ancienne Rome, dont les différences dogmatiques, à savoir les déviations triadologiques et les innovations ecclésiologiques, ne sont nullement [encore] relativisées ni abandonnées ni, tant s’en faut, ignorées ou amnistiées. Il faut remarquer d’autre part que les communautés ecclésiastiques qui, avec la Réforme, sont issues de Rome par apostasie, se sont éloignées encore plus – et s’éloignent encore continuellement, hélas, jusqu’aujourd’hui de plus en plus – autant de l’Eglise de Rome que de notre Eglise.

Nous avions la possibilité, bien plus, nous avions le devoir, de faire ce qu’à fait le Deuxième Concile du Vatican (c’est à dessein que je ne remonte pas au type et au modèle des conciles orthodoxes du passé le plus ancien). Le concile en question a commencé par proclamer se foi que l’Eglise est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Dans la continuité de cette affirmation, il a donc montré que, chez ceux qui ne sont pas catholiques romains, on trouve, à la fois, plus ou moins d’éléments authentiques appartenant au christianisme primitif et, à la fois, des dérives et des manques. Il met l’accent particulièrement sur le fait que l’Eglise Orthodoxe, bien que ses membres soient des « frères séparés » (fratres separati, disiuncti), possède d’un côté les caractéristiques essentielles de l’Eglise (Eucharistie, mystères, prêtrise, succession apostolique…), et ensuite, principalement, qu’elle ne reconnait pas pleinement et suffisamment la primauté du Pape. Notre concile aussi aurait du s’exprimer d’une façon analogue: après le postulat de la confession fondamentale de la foi que l’Eglise Orthodoxe est l’Eglise Une, Sainte, (7) Catholique et Apostolique, confession inscrite expressément et sans périphrase au commencement du présent texte, il fallait que soit ajouté immédiatement et catégoriquement que les chrétiens qui ne sont pas orthodoxes possèdent, à la fois, des éléments sains, appartenant à la Tradition ancienne commune et, à la fois, des glissements extrêmement graves sur le plan de la foi et de la discipline et que, pour cette raison, ils n’ont pas de communion avec l’Eglise Orthodoxe.

Particulièrement à l’intention des catholiques romains, il fallait que soit clairement mis en relief que non seulement le dogme de la primauté papale hydrocéphale et infaillible, mais aussi l’adjonction du Filioque dans le Symbole de foi, constituent des empêchements indépassables à l’unité de l’Orient et de l’Occident, au même titre que les thèmes principaux du dialogue théologique inter-ecclésiastique. Si nous nous étions exprimés de cette manière, la nécessité de la phraséologie maigre et pas-exprimée-jusqu’au-bout (hemilektou) de « l’existence historique » des Eglises et des confessions non orthodoxes aurait été superflue ainsi que la nécessité de la dialectique sur les « dénominations historiques ».

Si, dans ces conditions également, certaines Eglises avaient été absentes du Concile, la recherche d’autres motifs de leur absence, aussi bien ecclésiastiques qu’extra-ecclésiastiques, aurait été légitime. Selon moi, les actes d’accusation publiés aujourd’hui contre les Eglises absentes du Concile, comme ayant soit disant refusé de participer sans raison ou bien intentionnellement, dans des buts étrangers et de manière préméditée, constituent un faux-fuyant sinon aussi une grande injustice. Afin de ne pas être mal compris et accusé pour la énième fois, “d’être passé à l’ennemi” (!) (8) ou de jouer à “l’avocat” qui s’invite lui-même des Pères et des frères qui, pour des causes raisonnables ou déraisonnables, étaient absents, je déclare que leur présence et leur contribution puissante et énergique aurait, au plus haut point, été utile pour l’Eglise.

J’ai, de cela, compréhension et perception, lorsque j’entends [sonner] la cloche du danger de nouveaux schismes, d’assemblées illégales qui manquent par conséquent de “fortifications”, de textes essentiellement indigents, inférieurs aux textes du Deuxième Concile de Vatican eux-mêmes, ou [même] en conséquence de tentatives inconsidérées et imprécises d’intervention dans les thèmes du mariage, du jeûne, du calendrier et d’autres institutions similaires.

Mais en même temps, je n’ai ni compréhension ni sympathie pour ceux qui disent “les fanatiques, les obscurantistes, les…, les… ne nous intéressent pas”. Au contraire, tous nous intéressent: et “les nôtres” et les “étrangers”, ceux qui sont proches et ceux qui sont loin. ” [Le plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité:] c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses” (Saint Matthieu, 23, 23), selon la Parole du Seigneur. Et s’il n’y avait que cela, la faiblesse de la conscience de notre frère, justement ou injustement scandalisé, ne remplirait-elle pas le sentiment pastoral de notre âme, la responsabilité humaine, la solidarité, la sympathie… “Notre piété n’est pas dans les mots mais dans les choses”. Si elle est aussi cherchée dans des mots, alors elle doit être recherchée exclusivement dans “les mots étrangers, les enseignements étrangers, c’est-à-dire dans les dogmes étrangers de la Sainte Trinité”.

(9) Les Pères de l’Eglise discernent deux sortes de langue théologique, la “parole dogmatique” et la “parole agonistique” (ou “parole de réfutation”), ils utilisent aussi souvent également une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), une langue de-pensée-et-de-sentiment-subtils (avrophrosynis), de noblesse, d’affabilité, de délicatesse. Un exemple classique en est la manière dont s’exprime saint Marc d’Ephèse: dans le prologue du “Dialogue entre Latins et Grecs”, il parle une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), touchant indirectement et avec discernement les différences dogmatiques, comme il est manifeste dans le Préambule introductif au Pape Eugène IV; dans la suite du dialogue, il poursuit dans un langage d’acribie et de clarté dogmatique, sans abandonner l’élévation de bienveillance et de douceur; [puis,] à la fin, après l’issue affligeante du concile d’unité, il fait appel [en dernier recours], pour des besoins de responsabilité pastorale, au jugement d’une langue polémique et réfutative.
Sous ce prisme, notre Concile, d’une manière correcte d’un côté, selon mon humble point de vue, s’est adressé aux observateurs hétérodoxes, par l’intermédiaire de son tout saint Président, avec des paroles fraternelles et cordiales en évitant en même temps, au nom du dialogue, la dure hauteur de la confrontation. Il aurait fallu cependant, – bien plus, c’était un devoir – rendre témoignage à son identité et à sa conscience ecclésiologique propres par le moyen du texte dont nous parlons, de la manière la plus nette, la plus fidèle et la plus exacte.
Cela, malheureusement, il n’a pas été possible de le faire, parce que la plupart des réunions préparatoires de Genève, malgré la désapprobation de beaucoup en ce qui concerne (10) ce texte et la critique la plus pertinente qui en fut faite, – pour des raisons qui furent honorée par le silence – n’a pas été ré-examiné en profondeur et dans toute son extension, malgré le désir [exprimé] et l’incitation des Premiers-délégués des Eglises autocéphales, mais il a été renvoyé, sans être essentiellement retouché, au Concile où, par manque de temps et d’accord, il a subi des changement qui relèvent seulement de l’ornementation, si l’on excepte la reformulation de l’Eglise de Grèce sur le point le plus contesté et porteur de malentendus.

Ne nous trompons pas et ne nous cachons pas ceci à nous-mêmes: ce texte problématique est la première et la principale cause du refus des quatre Patriarcats Orthodoxes de participer au Concile. Alors que l’Eglise de Serbie à éprouvé de l’embarras et a hésité jusqu’aux derniers instants en ce qui regarde sa participation, elle est venue finalement pour deux raisons: par amour pour son Eglise Mère martyre, l’Eglise de Constantinople, d’abord, et ensuite, dans l’espoir que les manques et les faiblesses de la période préparatoire seraient guéris et compensés par les travaux du Concile, c’est-à-dire dans l’espoir que, ce texte mis à part, le Concile se pencherait aussi sur les graves problèmes contemporains de notre Orient, comme les schismes, qu’ils soient d’inspiration nationaliste ou “zélote”, le manque de communication entre certaines Eglises et le comportement anti-canonique d’autres Eglises, l’autocéphalie qui est devenu le mal de tête de l’Eglise, et certains autres.
Cependant, rien de tel n’a eu lieu: et cela parce que la proposition de l’Eglise de Serbie, [à savoir que] les travaux conciliaires en Crête (11) soient considérés [seulement ] comme la première phase du processus conciliaire d’ensemble et que le parcours accompli par le Concile ne soit annoncé qu’ultérieurement, au moment opportun, après des discussions “sur toute la matière” et avec la participation de toutes les autres Eglises, [parce que cette proposition donc] a été rejetée, et que le Concile a limité lui-même son activité à quelques jours, en dissipant la plus grande part du peu de temps imparti dans l’analyse et quelques corrections des choses évoquées dans ce même texte, sans qu'[ait eu lieu] un échange d’opinions vivant, spontané et libre au sujet des questions brûlantes de l’Orthodoxie contemporaine.

L’occasion historique bénie, très malheureusement, s’est évanouie de la possibilité d’affronter la multitude de provocations et de tentations dans la vie de notre sainte Eglise et le commencement de leur solution; [s’est évanouie également] l’occasion d’un témoignage sur sa Tradition vivante et génératrice de vie, sur son unité, sa catholicité et sa conciliarité. Un miracle de Dieu, aurait été que Concile puisse recevoir en partage son héritage désirable pan-ecclésial en tant que Saint et Grand Concile! Nous craignons, au contraire, que ce Concile ne soit retenu dans l’histoire future de l’Eglise que comme le Concile de Crête, un concile régional des Eglises qui y participèrent, sans rayonnement et sans influence plus significatifs. Peut-être cela est-il malgré tout préférable au mutisme et à l’absence complets, [comme le serait de tomber] hors de l’histoire.

Source

L’Église orthodoxe russe ne réagira pas au sujet des décisions du Concile de Crète sur la base de leur version Internet

met.HilarionL’Église orthodoxe russe ne réagira pas aux documents du Concile publiés sur Internet, mais attendra leur réception officielle pour les étudier, a déclaré à l’agence RIA Novosti le président du département des affaires ecclésiastiques du Patriarcat de Moscou, le métropolite Hilarion de Volokolamsk. « Nous avons seulement vu le texte (des documents du Concile) publié sur Internet. Nous ne réagirons pas officiellement sur la base de publications sur Internet », a déclaré le métropolite Hilarion

Source: Pravoslavie

Session extraordinaire du Saint-Synode de l’Église de Chypre au sujet des décisions du Concile de Crète

L’Église orthodoxe de Chypre a publié le communiqué suivant en date du 18 juillet 2016 : « Le Saint-Synode de l’Église de Chypre s’est réuni aujourd’hui, le 18 juillet 2016, en session extraordinaire, sous la présidence de S.B. l’archevêque de Chypre Chrysostome et a procédé aux travaux suivants : ont été étudiées à fond les décisions prises lors du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe qui s’est réuni en Crète le mois passé. Une encyclique a été approuvée à ce sujet, laquelle sera lue dans les églises, ainsi qu’une autre encyclique, plus longue et analytique, qui sera distribuée aux fidèles sous forme écrite ».

Source

Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe au sujet du Concile de Crète

Au titre du protocole N°48 de sa session du 15 juillet 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris la décision suivante au sujet du Concile de Crète :

« Il a été décidé de :

1. Reconnaître que le Concile qui a eu lieu en Crète et auquel ont participé les Primats et les évêques de dix des quinze Églises orthodoxes autocéphales, a constitué un événement important dans l’histoire du processus conciliaire dans l’Église orthodoxe, initié par la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961.
2. Souligner que le fondement de la coopération panorthodoxe au cours de tout le processus conciliaire était constitué par le principe du consensus.
3. Constater que l’accomplissement du Concile en l’absence d’accord de la part de plusieurs Églises orthodoxes autocéphales transgresse ledit principe, en conséquence de quoi le Concile qui a eu lieu en Crète ne peut être considéré comme panorthodoxe, et les documents qui y ont été adoptés [ne peuvent être considérés] comme exprimant le consensus panorthodoxe.
4. Prendre note à ce sujet de la position du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche.
5. Après réception des copies officiellement certifiées des documents approuvés par le Concile de Crète, confier à la Commission biblico-théologique, leur publication et leur étude, prenant également en compte de possibles réactions et remarques de Leurs Excellences les évêques, des institutions ecclésiastiques d’enseignement, des théologiens, clercs, moines et laïcs. À l’issue de leur étude sous tous les aspects, présenter les conclusions au Saint-Synode.

Source

Métropolite Jérémie de Suisse : “Le saint et grand Concile à Crète et son impact sur nos paroisses”

Nous vous invitons à regarder la vidéo de la conférence de Mgr Jérémie de Suisse : “Le saint et grand Concile et son impact sur nos paroisses”, prononcée 26 novembre à l’occasion de la fête patronale de l’église Sainte-Catherine à Chambésy (Susisse). Vous pouvoir voir les photographies de la fête sur la page Facebook de la paroisse.

Un volume de “Contacts” sur le saint et grand Concile orthodoxe de Crète (Pentecôte 2016)

Le numéro 255 de “Contacts, la revue française de l’orthodoxie”, vient de paraître. Il est consacré à l’événement, aux textes officiels et à la réception en cours du saint et grand Concile orthodoxe de Crète (juin 2016). On retrouvera tous les textes du Concile adoptés officiellement, les avis de 12 experts de différents horizons ecclésiaux (orthodoxes, catholiques, protestants) et un article important d’Antoine Kartachev sur les conciles œcuméniques et la conciliarité. Pour lire le sommaire et le liminaire du volume 252 cliquez ICI !

Ce volume de 184 pages peut être commandé en envoyant un chèque de 11 € (frais de port à ajouter : France : 2 €, Europe : 3 €, reste du monde : 5 €) à Revue Contacts, 61 allée du Bois du Vincin, F-56000 Vannes, ou par email après un virement de la somme totale au compte bancaire de la revue.

Conclusions du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Roumanie concernant les procédures et les décisions du saint et grand Concile des Églises orthodoxes en Crète (16-26 juin 2016)

Suite aux discussions qui se sont déroulées dans le cadre de la séance de travail du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine le 29.10.2016, présidée par le patriarche Daniel, les membres du Synode ont formulé et exprimé les conclusions suivantes concernant les procédures et les décisions du saint et grand Concile des Églises orthodoxes en Crète (16-26 juin 2016) :
– Est pris acte avec appréciation de la participation et de l’implication substantielles du patriarche de Roumanie et des autres membres de la délégation de l’Église orthodoxe roumaine dans les travaux du saint et grand Concile des Églises orthodoxes.
– Est pris acte du contenu des documents dans leur forme approuvée dans le cadre des travaux du saint et grand Concile des Églises orthodoxes, à savoir la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ; la diaspora orthodoxe ; l’autonomie et le mode de sa proclamation ; le saint mystère du mariage et ses empêchements ; l’importance du jeûne et son observance aujourd’hui ; les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, auxquels s’ajoutent l’encyclique et le message du Concile. Le saint et grand Concile des Églises orthodoxes n’a pas formulé de dogmes nouveaux, de canons nouveaux ou de modifications liturgiques, mais a témoigné le fait que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique du Christ. En outre, il a été pris acte du fait que les textes peuvent être expliqués, nuancés ou développés par un futur saint et grand Concile des Églises orthodoxes. Leur explication et la rédaction d’autres textes conciliaires sur différents sujets ne doivent néanmoins pas êtres réalisées sous la pression du temps, mais au cas où il n’existe pas de consensus panorthodoxe, ils doivent être reportés et améliorés jusqu’à ce que le consensus soit réalisé.
Source

Le Patriarcat d’Antioche considère le Concile orthodoxe en Crète non comme un concile, mais comme une réunion préparatoire

FB_IMG_1464452921848_1Dans une déclaration du 27 juin du secrétariat de son Saint-Synode rendant compte d’une réunion de ce dernier, le Patriarcat d’Antioche rappelle les raisons de sa non-participation au Concile en Crète. Il a décidé de considérer la rencontre en Crète non comme un concile, mais comme une réunion préparatoire. Ses documents quant à eux sont donc considérés comme non-définitifs, mais ouverts à la discussions et aux modifications. En conséquence, le Patriarcat d’Antioche refuse que la rencontre en Crète puisse être appelée “grand Concile orthodoxe” ou “grand et saint Concile”.

Extrait :

Les Pères du Saint-Synode ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

  1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préliminaire en vue du Concile pan-orthodoxe, donc de considérer ses documents comme non définitifs, mais toujours ouverts à la discussion et à la modification jusqu’à la convocation du Grand Concile panorthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales.
  1. De refuser l’attribution d’un caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe qui ne comporte pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et de souligner que le principe de l’unanimité reste la base essentielle pour les relations orthodoxes communes. Ainsi, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « Grand Concile orthodoxe » ou « Grand et Saint Concile ».
  1. D’affirmer que tout ce qui a été publié à la réunion de Crète, qu’il s’agisse des décisions et d’autres choses, ne lie d’aucune façon le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient.
  1. De constituer une commission appelée « Comité pour le suivi des questions abordées par le Concile » pour étudier les résultats et les conséquences de la réunion de Crète et offrir un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche dans sa prochaine réunion.
  1. D’envoyez une lettre à propos de la décision du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses à l’étranger.
  1. D’appeler les fidèles à accompagner les pères du Saint-Synode d’Antioche en priant pour la préservation et la manifestation totale de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Source : Patriarcat d’Antioche. Photographie d’une réunion du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche. Une traduction française de cette déclaration est en cours.

Table ronde à Moscou sur le thème « Pourquoi le Concile en Crète n’est-il pas devenu panorthodoxe ? »

La Table ronde sur le thème « Pourquoi le Concile en Crète n’est-il pas devenu panorthodoxe ? » a eu lieu le 17 juin au centre de presse international multimédia de Moscou « La Russie aujourd’hui ».

Prenaient part à la discussion : le président du Département synodal des relations de l’Église avec la société et les médias V. Legoïda : le vice-président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, l’archiprêtre Nicolas Balachov ; le dirigeant du Service de prêtre du Patriarche de Moscou et de toute la Russie, le prêtre Alexandre Volkov ; le dirigeant du Centre d’étude des problèmes religieux et de la société de l’Institut d’Europe de l’Académie russe des sciences R. Lounkine ; l’historien orientaliste, vice-président du Centre analytique « Katekhon », M. Yakouchev ; le vice-doyen de la Faculté de philosophie de l’Université d’État de Moscou ; l’historien de l’Église, professeur à l’Université Saint-Tikhon, V. Petrouchko. La Table ronde était modérée par la chef du Département « Religion et conception du monde » du Centre de presse « La Russie aujourd’hui », Mme O. Lipitch.

Lors de l’ouverture de la rencontre V. Legoïda a mentionné, entre autres, que pour comprendre la situation qui s’est créée autour de la convocation du Concile en Crète, il est important de s’immerger dans l’histoire ecclésiastique et de comprendre des particularités – qui ne sont pas évidentes pour les non-spécialistes – au sujet de la façon dont vit l’Église, sur ce qui peut changer en elle au cours du temps, et ce qui ne le peut. Rappelant le titre de la Table ronde, il a souligné : « Ou bien le Concile est panorthodoxe, et toutes les Églises orthodoxes y participent, ou bien, si ne serait-ce qu’une d’entre elle ne participe pas, il n’est plus tel. Il est important de comprendre que ce qui fait le titre de notre rencontre est un fait accompli ». Selon l’orateur, les causes de ce qui s’est produit se trouvent dans les divergences et les difficultés qui existent dans la coopération entre Églises et qui n’ont pas été surmontées au moment du commencement du Concile. « Mais il est important de le comprendre : nous ne considérons pas ces difficultés comme insurmontables », a souligné V. Legoïda. « Bien plus, l’Église orthodoxe russe a, premièrement, entrepris toutes les mesures possibles afin que l’on puisse procéder au Concile dans les délais prévus, deuxièmement, elle a proposé et propose les mécanismes de dépassement des difficultés existantes. Jusqu’à maintenant, on n’est pas parvenu à les résoudre, mais nous ne sommes pas enclins à voir dans cela une quelconque tragédie. Nous comprenons et nous constatons que la situation est complexe, mais non dramatique », a déclaré encore V. Legoïda. Celui-ci a manifesté son désaccord sur les affirmations que l’on trouve de temps à autre dans les médias, à savoir que la situation actuelle témoigne de l’impossibilité de réaliser le principe de catholicité dans la vie de l’Église contemporaine. « Non, premièrement, les relations entre les Églises locales sont entretenues continuellement, il y a des rencontres bi- et multilatérales. Or des rencontres à ce niveau n’ont pas eu lieu pendant des siècles, et lorsqu’elles se produisaient, la situation était absolument différente, le contexte était autre et les principes de relations étaient autres, de même que les modes de communication. Maintenant, on recherche comment, dans les circonstances actuelles, doit être réalisée et se manifester la catholicité. Cette recherche est complexe, elle nécessite des efforts, du temps. On dit : le Concile a été préparé déjà depuis 55 ans. Peut-être, il faut se préparer 155 ans, afin que l’on parvienne à un accord sur ces choses au sujet desquelles il est indispensable de s’accorder ».
En ce qui concerne les répliques formulées par certains représentants du Patriarcat de Constantinople selon lesquelles les décisions du Concile en Crète, malgré l’absence d’un consensus panorthodoxe, seront contraignantes pour toutes les Églises orthodoxes, le professeur Petrouchko, de l’Institut Saint-Tikhon, s’est référé à l’histoire ecclésiastique et a rappelé : « Le principe de catholicité sous-entend le concept de réception des décisions conciliaires par le peuple ecclésial, le plérôme de l’Église. Nous savons que dans l’histoire, il y a eu des conciles qui prétendaient au statut œcuménique. On peut se rappeler du concile qualifié de « brigandage » au Vème siècle, et du concile « acéphale », iconoclaste au VIIIème s. Mais la conscience ecclésiastique a rejeté leur autorité. Et s’il y a des tentatives d’interpréter les actes du Concile de Crète comme panorthodoxes, contraignantes pour le monde orthodoxe entier, il ne faut pas oublier qu’il y a encore la voix de tout le plérôme ecclésial, il peut dire sa parole de grande portée et rejeter, ne pas accepter ces décisions ».
De son côté, le vice-doyen de la faculté de philosophie de l’Université d’État de Moscou, le membre de la commission synodale biblique et théologique A. Kozyrev, a mentionné l’importance du processus préconciliaire lui-même : « Le fait même que ce Concile pourrait avoir lieu – et on peut espérer qu’il aura lieu un jour ou l’autre, dans la perspective historique, espérons durant notre vie – est très significatif. Cela signifie que nous entrons dans une autre époque. On l’appelle post-séculariste. Cela signifie que le rôle de l’Église, de la religion dans la vie de la société ne s’amoindrit pas, mais qu’au contraire, il croît ».
Selon le dirigeant du Centre d’étude des problèmes de la religion et de la société de l’Institut d’Europe, R. Loukine, « il n’y a qu’une seule raison formelle en raison de laquelle le Concile en Crète n’a pas été panorthodoxe, c’est la transgression du principe de l’accord de toutes les Églises orthodoxes ». « Le contexte de développement des liens inter-orthodoxes manifeste, probablement, que c’est ce qui devait se produire, et le Concile panorthodoxe, de facto, deviendra une conférence inter-orthodoxe, parce que les positions des Églises qui ne participeront pas à la rencontre en Crète, n’ont pas été entendues, on les a ignorées », à dit à son tour M. Yakouchev.
Dans son intervention, le dirigeant du service de presse du patriarche de Moscou et de toute la Russie, le prêtre Alexandre Volkov a abordé la question de la préparation organisationnelle du Concile, qui a été menée depuis janvier 2016, après la Synaxe des primats des Église orthodoxes à Chambésy. « L’Église russe a accompli un travail immense sur la voie du Concile. Il est impossible de dire qu’elle a saboté consciemment ou déprécié quelconques actions des autres Églises. L’Église orthodoxe russe est l’une des peu nombreuses qui a accompli un travail immense à la fois sur le contenu et sur la préparation organisationnelle et protocolaire, dès que celle-ci a commencé. En accomplissant ce travail, nous escomptions réellement que toutes les Églises locales se rassembleraient en Crète et que ce serait une œuvre commune, par laquelle nous témoignerions notre unité ». « Mais en même temps, nous avons vu (cela était apparent lors de la deuxième rencontre du Comité d’organisation panorthodoxe, qui a eu lieu il y a un mois en Crète) que l’enthousiasme commun des représentants des Églises orthodoxes locales diminuait lors de chaque heure de leur présence à cette session commune de coordination » a déclaré le père Alexandre. « Tout ceci s’est produit parce que toutes les propositions, à commencer par les questions d’organisation et pour finir par les problèmes financiers, étaient formulées par le Patriarcat de Constantinople et proposées aux Églises locales comme une sorte de fait acquis. Les Églises ont été contraintes d’accepter certaines décisions préparées à l’avance, n’y apportant que des corrections cosmétiques ». Selon lui, l’atmosphère générale au cours de la préparation a amené aux décisions de ne pas participer au Concile, qui ont été prises par certaines Églises locales, et également à la critique formulée par l’Église serbe. Ainsi, le problème lié à la réponse à la question « pourquoi le Concile en Crète n’est pas devenu un événement panorthodoxe, consiste en premier lieu, non dans les difficultés afférentes aux relations entre Églises, mais dans l’absence de souhait de résoudre ces difficultés et de les discuter », assure le prêtre Alexandre Volkov. « En général, malgré tout, nous envisageons l’avenir avec espoir – on ne peut annuler ce que toutes les Églises locales considèrent comme une chose importante pour elles et pour toute l’orthodoxie mondiale. Dans une perspective de temps prévisible, je pense que nous serons tous témoins du Concile panorthodoxe », a déclaré le dirigeant du service de presse du patriarche de Moscou.
Ensuite, à la Table ronde a été entendue l’intervention du vice-président du Département des affaires ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou, l’archiprêtre Nicolas Balachov. « Le fait que le Concile panorthodoxe en Crète n’a pas eu lieu est un fait évident et triste aujourd’hui » a constaté le père Nicolas. Cela, comme il est dit dans la lettre du patriarche Cyrille au patriarche de Constantinople Bartholomée, qui a été adressée le soir de la session du Saint-Synode qui a eu lieu le lundi, est « un problème commun dans notre famille orthodoxe ». Évoquant la préparation du Saint et Grand Concile, qui a commencé dès 1961, l’archiprêtre a remarqué que le processus préconciliaire ne s’est pas déroulé durant 55 ans de travaux constants et sans interruption – la préparation, en fait, a été saccadée avec de grands arrêts, et son déroulement appelle de nombreuses questions. « J’ai participé à toutes les manifestations de préparation du Concile depuis 2009, lorsque ces travaux ont repris, jusqu’à maintenant » a raconté le père Nicolas, et « j’ai étudié à fond l’histoire préalable de ce processus d’après les archives du Département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, qui a conservé soigneusement tous les procès-verbaux des séances, l’enregistrement des interventions, les projets intermédiaires de documents. Tous les stades de ce travail commun y sont bien reflétés ». Commentant les affirmations de R. Loukine lors de la Table ronde, selon lesquelles l’ordre du jour n’arrangeait pas l’Église orthodoxe russe, l’archiprêtre Nicolas a remarqué : « Je peux, dans une certaine mesure, être d’accord avec cette opinion. Oui, il n’arrange pas, parce que, selon le point de vue de l’Église orthodoxe russe, il est « pauvret ». Or, lorsque nous avons commencé à nous préparer pour ce concile, alors qu’en 1961, sur l’île de Rhodes, avait enfin été adopté une décision commune de le réaliser, un catalogue de thèmes du futur concile a été constitué, qui en comptait près de 120. On supposait alors que le Concile serait assez long, qu’en se réunissant, les hiérarques donneraient les réponses à toutes les questions surgissant chez l’homme contemporain, au sujet desquelles l’Église, bien sûr, s’est prononcée de façon individuelle, mais n’avait pas donné de réponse solidaire jusqu’à présent ». L’Église orthodoxe russe avait préparé des projets de documents pour tous les thèmes, a souligné le père Nicolas. Certains de ces textes présentent un intérêt aujourd’hui aussi et sont parfaitement actuels, toutefois certaines choses ont vieilli pour ce qui concerne les réalités sociales, politiques de la vie de l’humanité d’alors. « Après que quinze ans se soient écoulés depuis la Conférence de Rhodes, cette décision est prise en 1976 : « tout s’est passé en quelque sorte autrement, aussi nous changeons complètement la procédure de préparation du Concile, allons, nous allons le réaliser dans de courts délais et avec un nombre limité de thèmes », déclare le père Nicolas, qui précise : « On supposait que chaque Église préparerait sa contribution aux projets de documents, et on les comparerait pour voir quelle variante était la meilleure. La vérité de la vie est telle que seule l’Église orthodoxe russe avait fait « ses devoirs », constate l’archiprêtre. « Et on s’en est arrêté là, parce travailler sur ces projets que nous avions consciencieusement envoyés à tous nos frères, on ne le voulait pas pour quelques raisons. C’est alors qu’en 1976, la délégation de l’Église de Constantinople avec à sa tête le remarquable hiérarque, le métropolite de Chalcédoine Méliton, est arrivée à Moscou. Lors de sa rencontre avec le patriarche Pimène, il a proposé de changer le processus de préparation, et l’Église russe, naturellement, était affligée et déçue. Pourquoi tant de travail de la Commission synodale, pourquoi tant de nuits sans sommeil, de sessions du Synode, pendant lesquelles tous ces textes étaient examinés, corrigés, approuvés ? Mais nous avons donné notre accord : bien, si ce n’est pas possible ainsi, accomplissons le Concile avec un ordre du jour plus maigre. Nous avons donné notre liste de thèmes. On nous dit : « Non, c’est encore beaucoup de trop ! » Il en a résulté que le nombre de thèmes serait de dix ». Par la suite, après une nouvelle réduction, quelques thèmes ont encore été enlevés, dont ceux que le Patriarcat de Moscou considérait comme très importants. C’est ainsi que le travail a continué sur six documents. Bien que les règles de préparation ont changé dans le processus, nous avons chaque fois accepté, bien qu’à contrecœur, afin que le Concile ait lieu » a souligné l’archiprêtre Nicolas. « Personne ne peut accuser l’Église russe de manque de bonne volonté et d’aspiration à ce que le Concile panorthodoxe n’ait pas lieu ». Pourquoi, lors du stade final même, un tel coup d’arrêt s’est produit ? Répondant à cette question, l’archiprêtre Nicolas a rappelé : les affirmations selon lesquelles la décision de la réalisation du Concile panorthodoxe sur l’île de Crète aux dates indiquées avaient été prises de façon panorthodoxe et unanime, et ce afin qu’aucune Église ne puisse renoncer individuellement à son vote, sont inexactes. « La décision de la Synaxe des primats des Églises à Chambésy, en janvier 2016, n’a pas été signée par toutes les Églises » a-t-il témoigné. Sous le texte concerné, le représentant du patriarcat d’Antioche, le métropolite Isaac a écrit : « L’Église d’Antioche n’est pas d’accord avec le contenu du document. Nous refusons de le signer » [la photocopie du document original a été publiée sur le site Romfea, http://www.romfea.gr/epikairotita-xronika/8929-ntokoumento-i-antioxeia-pote-de-sumfonise-na-ginei-i-agia-sunodos ndt]. L’Église russe a signé la décision, mais partait de l’idée que pour que le Concile devienne réalité, un travail constant et très intensif de préparation, avec un caractère panorthodoxe, était nécessaire ». Tant à la synaxe des primats à Istanbul en 2014, que lors de la réunion de Chambésy, qui a eu lieu en janvier de cette année, S.S. le patriarche Cyrille a souligné : un travail quotidien est nécessaire pour réussir à résoudre les différends restant jusqu’au Concile et convoquer celui-ci comme panorthodoxe. « Cependant, cela ne s’est pas produit » a constaté avec tristesse l’archiprêtre Nicolas. « Oui, il a été institué un secrétariat panorthodoxe pour la préparation du Concile, dont j’ai eu l’honneur d’être membre au nom de l’Église russe. Il s’est réuni deux fois, a travaillé en tout quatre jours et s’est occupé uniquement de questions d’ordre technique et secondaire. Toutes les questions que l’Église russe a soulevées dans ses appels au Patriarcat de Constantinople, en tant que problèmes devant être étudiés par le secrétariat panorthodoxe, et ce tant oralement que par écrit, ont été rejetées. Il fut répondu qu’elles n’entraient pas dans la compétence du secrétariat ». Le fait que la rencontre de Crète n’ait pas lieu en tant que Concile panorthodoxe est lié à la communication insuffisante dans le travail préparatoire, selon l’archiprêtre Nicolas, estimant que la coordination de ce travail réalisée par le Patriarcat de Constantinople ne s’est pas avérée être réussie. « Les voix des Églises n’ont pas été entendues », rappelle-t-il, « l’Église d’Antioche a maintes fois répété sa position, ses représentants ont participé aux conférences préparatoires et ont souligné chaque fois que la question de leur participation au Concile restait ouverte, qu’ils s’y préparaient dans le cas où la solution de leur problème serait résolue. Ils ont demandé l’aide des Églises pour régler la situation donnée et, dans leur dialogue avec l’Église de Jérusalem, ils ont avancé plusieurs fois de nouvelles solutions de compromis qui, à mon avis, témoignent de la présence d’une bonne volonté. Mais, hélas, cela ne s’est pas produit. En outre, le caractère de la préparation a appelé, vraiment, un grand mécontentement chez les représentants de pratiquement toutes les Églises locales ». Alors quelle attitude avoir envers ce qui se produit ? « Le plus probable est que le Concile aura lieu en Crète, à moins qu’en décident autrement ceux qui sont venus en Crète et prennent part aujourd’hui à la réunion des Primats. Il leur faudra prendre la décision au sujet de ce qui se passera ensuite. De notre point de vue, l’accomplissement de ce Concile présente un certain danger pour l’unité ecclésiale », a conclu l’archiprêtre Nicolas. Il a également signalé que la décision prise le 13 juin 2016 par le Saint-Synode de soutenir les propositions de plusieurs Églises visant à reporter les dates du Concile, moyennant quoi, si ladite proposition était rejetée, de considérer impossible la participation au Concile de la délégation de l’Église orthodoxe russe, était absolument inévitable. «Le Synode ne pouvait décider autrement, parce que le Concile des évêques qui s’est tenu chez nous en février, quelques jours après que la délégation de l’ Église russe soit rentrée de Chambésy après la rencontre des Primats, avait pris la décision : considérer comme une condition indispensable à la convocation du Concile panorthodoxe la libre participation des délégations de toutes les Églises orthodoxes autocéphales reconnues par tous» a encore dit le père Nicolas. «En même temps, nous de perdons pas espoir que le saint et grand Concile aura lieu». Cet espoir, a-t-il souligné, est exprimé dans le message que le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille a adressé aux Primats des Églises rassemblés en Crète. Le patriarche a salué au nom de l’Église orthodoxe russe «tous ceux qui sont réunis et les appelle à ne pas se troubler par le fait que les opinions des Églises-soeurs quant à la convocation du saint et grand Concile se soient divisées : «Selon les paroles du saint apôtre Paul, «« il faut qu’il y ait des divergences parmi vous, pour permettre aux hommes éprouvés de se manifester parmi vous » (1 Cor. 11,19). Lors de la préparation en vue du Concile, de telles divergences se sont manifestées dans toute leur plénitude, mais nous ne saurions nous permettre d’affaiblir par celles-ci l’unité prescrite par Dieu, ni de les faire dégénérer en un conflit inter-ecclésial et d’introduire la division et le trouble dans nos rangs » est-il dit, entre autres, dans le message du Primat de l’Église orthodoxe russe. « Nous demeurons une seule famille orthodoxe et nous portons ensemble la responsabilité pour le destin de la sainte orthodoxie », y est-il en outre mentionné.
Les participants à la Table ronde ont ensuite répondu aux nombreuses questions des personnes présentes.

Vidéo complète de la table ronde :

Source

Déclaration de l’Eglise orthodoxe russe qui demande le report du Concile panorthodoxe et annonce sa non-participation au concile prévu en Crète

A propos de la situation autour du refus de plusieurs Églises orthodoxes locales de participer au Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe

Déclaration du Saint Synode de l’Église orthodoxe russe (source: Patriarcat de Moscou). Le 13 juin.

2P20160613-PAL_1919-1200” Durant des décennies, l’Église orthodoxe russe a pris et continue à prendre une part active à la préparation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Depuis la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961, d’éminents hiérarques et les meilleurs théologiens de notre Église ont apporté leur contribution à l’élaboration de multiples thèmes conciliaires, y compris de ceux qui n’ont pas été inclus à l’ordre du jour du Saint et Grand Concile. Afin d’accélérer la convocation du Concile, l’Église orthodoxe russe a souvent confirmé sa volonté d’élaborer des décisions recevables pour tous les participants du processus préconciliaire, même si ces décisions s’écartaient des règles de préparation du Concile préalablement concertées entre les Églises.

Le principe du consensus panorthodoxe reste néanmoins invariablement la base du processus préconciliaire, depuis la Conférence de Rhodes en 1961, au cours duquel, à l’initiative du Patriarcat de Constantinople, il a été défini que : « Les décisions des assemblées communes sont prises à l’unanimité des délégations des Églises » (Règlement pour le fonctionnement et les travaux de la Conférence panorthodoxe de Rhodes, art. 14). Par la suite, cette règle a été fixée par le Règlement des Conférences préconciliaires panorthodoxes adopté en 1986 : « Les textes de tous les thèmes à l’ordre du jour des Conférences préconciliaires panorthodoxes sont approuvées à l’unanimité » (art. 16). La Synaxe des Primats des Églises orthodoxes de 2014 a confirmé que : « Toutes les décisions, tant pendant le Concile, qu’aux étapes préparatoires, sont prises sur la base du consensus » (Décision de la Synaxe des Primats, art 2.a). Le même principe est fixé dans le Règlement de l’organisation et du travail du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, élaboré par la Synaxe des Primats des Églises orthodoxes, qui a eu lieu à Chambésy du 21 au 28 janvier 2016. Le susdit Règlement prévoit, entre autres, que le Concile « est convoqué par Sa Sainteté le Patriarche œcuménique avec l’accord de Leurs Béatitudes les Primats de toutes les Églises orthodoxes locales autocéphales reconnues de tous » (art 1).

Lors de cette même Synaxe, la majorité des Primats des Églises orthodoxes locales ont approuvé la convocation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe aux dates des 18-27 juin 2016 en Crète. Cependant, la délégation de l’Église orthodoxe d’Antioche n’a pas signé cette décision, non plus que le Règlement du Concile et le projet de document conciliaire « Le Sacrement du Mariage et ses empêchements ». Ce dernier document n’a pas été signé non plus par la délégation de l’Église orthodoxe géorgienne. Les deux Églises susmentionnées ont déclaré avoir de sérieuses raisons pour prendre cette décision.

L’Église orthodoxe russe, malgré tout, afin d’avancer vers la convocation du Concile, a cru possible de signer les documents susmentionnés, exprimant par ailleurs, tant durant cette même Assemblée, que dans sa correspondance ultérieure avec Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople, l’assurance qu’il était nécessaire de faire de sérieux efforts (y compris dans le cadre du Secrétariat panorthodoxe établi par la Synaxe), de parvenir à un accord entre toutes les Églises orthodoxes sur les documents n’ayant pas été signés par une ou deux Églises orthodoxes, ce qui permettrait d’assurer la convocation du Concile. Pour des raisons indépendantes de l’Église orthodoxe russe, il n’a pas été par la suite entrepris de discussion sur la situation au niveau panorthodoxe.

Le Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe, réuni les 2 et 3 février 2016, a approuvé la position de la délégation de l’Église orthodoxe russe énoncée au cours de la Synaxe des Primats des Églises orthodoxes locales à Chambésy et au sein d’autres organes préconciliaires. Il s’est dit satisfait de l’introduction des amendements et des incises nécessaires aux projets de documents du Saint et Grand Concile, et, les ayant préalablement approuvés, a confié au Saint Synode le soin de former la délégation de l’Église orthodoxe russe qui participerait au prochain Concile panorthodoxe, ce qui a été exécuté par le Saint Synode en avril 2016. Le Concile épiscopal a appelé l’ensemble de l’Église orthodoxe russe « à prier ardemment, afin que le Seigneur manifeste Sa volonté aux membres du prochain Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et pour que sa réunion affermisse l’unité de l’Orthodoxie, serve au bien de l’Église du Christ, à la gloire de Dieu, à la préservation de la foi orthodoxe intacte. »

En même temps, le Concile épiscopal a exprimé sa « certitude que la libre participation des délégations de toutes les Églises orthodoxes autocéphales reconnues de tous était une condition nécessaire à la tenue du Concile panorthodoxe », remarquant qu’« il était particulièrement important de résoudre avant le Concile les difficultés intervenues dans les relations des Patriarcats d’Antioche et de Jérusalem » (Décrets, art.6).

Espérant qu’il serait parvenu à un accord entre toutes les Églises, sans lequel la convocation du Saint et Grand Concile devenait impossible, l’Église orthodoxe russe a immédiatement nommé des représentants aux organes compétents pour la poursuite de sa préparation. Utilisant toutes les possibilités en présence, au moyen de contacts personnels et par la correspondance, elle a pris une part active au processus préconciliaire.

Un travail d’étude des remarques critiques émanant de l’épiscopat, du clergé et des laïcs sur les projets de documents conciliaires, publiés après la Synaxe des Primats de Chambésy à l’initiative de l’Église orthodoxe russe, a été mené en parallèle. Semblables remarques, s’accompagnant souvent d’une critique du processus de préparation du Concile, ont été formulées dans de nombreuses autres Églises orthodoxes locales. Démêlant les critiques constructives de la critique non fondée du prochain Concile et de ses documents, le Département des relations ecclésiastiques extérieures est intervenu pour expliquer et commenter, répondant aux troubles éprouvés par les fidèles. Le 3 juin 2016, le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe, a étudié attentivement les propositions des évêques, des clercs, des moines et des laïcs et approuvé les modifications de l’Église orthodoxe russe aux projets de documents du Concile panorthodoxe « Les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ».

Au cours de la même réunion du Saint Synode, il a été constaté que des modifications importantes aux projets de documents conciliaires, coïncidant pour beaucoup avec les propositions de l’Église orthodoxe russe, avaient été proposées par les Églises orthodoxes géorgienne, serbe, bulgare et grecque, ainsi que par le Sacré Kinote de la Sainte Montagne de l’Athos, ces modifications exigeant un examen approfondi afin de parvenir au consensus nécessaire à la prise de décisions conciliaires.

En même temps, il a été pris acte de la décision du Saint Synode de l’Église orthodoxe bulgare, en date du 1er juin 2016, de la nécessité d’ajourner le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe russe, prévu pour les 18-27 juin. L’Église orthodoxe bulgare annonçait qu’elle n’y participerait pas s’il n’était pas reporté. Le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe a constaté que la non-participation au Concile de ne serait-ce qu’une des Églises orthodoxes autocéphales reconnues de tous « constituait un obstacle insurmontable à la tenue du Saint et Grand Concile ».

Ces circonstances, ainsi que « l’incertitude sur la possibilité de la participation du Patriarcat d’Antioche au Saint et Grand Concile » au moment de la réunion, « de même que l’absence d’un consensus préalable sur le projet de Règlement du Concile et sur le document « Le Sacrement du Mariage et ses empêchements », ont incité le Saint Synode à reconnaître la nécessité d’actions urgentes au niveau panorthodoxe. Il a donc proposé à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople de convoquer au plus tard le 10 juin une Conférence préconciliaire panorthodoxe extraordinaire pour examiner la situation et chercher une sortie à la crise, afin qu’en fonction des résultats de cette conférence, les Églises orthodoxes puissent décider de la possibilité de la tenue du Concile panorthodoxe dans les délais projetés.

Sur décision du Saint Synode, cette proposition a été immédiatement adressée à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople et à tous les Primats des Églises orthodoxes locales.

La réponse de Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée (lettre N°676 du 9 juin 2016) informe que le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople « a estimé impossible de convoquer une nouvelle Conférence préconciliaire panorthodoxe extraordinaire, dans la mesure où il n’existe pas de base normative à sa convocation » et qu’avant « le début des travaux du Saint et Grand Concile il reste très peu de jours ». Quant aux « craintes de certaines Églises sœurs et à l’incertitude de leur participation au Concile », le Primat de l’Église orthodoxe de Constantinople exprime sa certitude « que les efforts employés pour écarter les obstacles seront couronnés de succès et toutes les Églises sans exception prendront part au Saint et Grand Concile. Son report ou son sabotage de dernière minute après des décennies de préparation compromettrait notre Église orthodoxe au niveau inter-ecclésial et international, portant irrémédiablement atteinte à son autorité. »

Un compte-rendu de la réunion extraordinaire du Saint Synode de l’Église de Constantinople du 6 juin, auquel participaient tous les évêques présents à Constantinople, était joint. On y lit que « le Saint Synode a reçu avec étonnement et perplexité les positions et opinions exprimées ces derniers temps par différentes Églises orthodoxes sœurs, et constaté que le réexamen du processus conciliaire déjà programmé sortait du cadre de toutes les normes institutionnelles ». Par ailleurs, la date de la convocation du Concile est dite établie par une décision panorthodoxe, bien que, comme il a été précisé ci-dessus, l’Église orthodoxe d’Antioche n’ait pas signé cette décision.

Dans le même temps, le 6 juin 2016, le Saint Synode de l’Église orthodoxe d’Antioche a décrété à l’unanimité, énumérant en détail les arguments témoignant de la nécessité de reporter la date du Concile :

« 1. Appeler Sa Sainteté le Patriarche œcuménique à déployer durant le temps qui nous sépare de la date de la convocation de ce Concile plus d’efforts pour parvenir à un consensus afin de dissiper les craintes exprimées par les Églises orthodoxes autocéphales à propos du Saint et Grand Concile. Si les efforts pour parvenir à un consensus ne mènent à rien, l’Église d’Antioche demande de reporter la convocation du Saint et Grand Concile à une date ultérieure, lorsque des relations de paix se seront établies entre toutes les Églises autocéphales et qu’un consensus orthodoxe sera atteint sur la question du Concile, de son Règlement et de son organisation.

  1. Le Patriarcat d’Antioche ne participera pas au Saint et Grand Concile tant que ne seront pas écartées les causes empêchant sa participation à la Divine Eucharistie pendant le Concile, lorsque sera trouvée une solution définitive aux problèmes de l’empiétement du Patriarcat de Jérusalem sur le territoire du Patriarcat d’Antioche, qui a causé la rupture de la communion eucharistique avec le Patriarcat de Jérusalem.
  2. Confirmer encore une fois l’importance de la participation au Saint et Grand Concile de toutes les Églises autocéphales et de la prise des décisions sur la base du consensus afin de préserver l’unité de l’Église orthodoxe catholique.
  3. S’adresser à toutes les Églises orthodoxes, les informant de la position de l’Église d’Antioche et expliquant les raisons ayant amené à l’élaboration de cette position.
  4. Appeler tous les croyants à prier avec leurs pasteurs pour que le Saint Esprit inspire l’Église sur le chemin de l’unité afin de témoigner du Christ à ce monde. »

Ce même 6 juin, Sa Sainteté le Patriarche Irénée de Serbie a adressé à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople et à tous les Primats des Églises orthodoxes locales une lettre, dans laquelle, énumérant les problèmes existant à ce jour, il constatait qu’il « serait difficile », eu égard à ces circonstances, pour l’Eglise orthodoxe serbe, « de prendre part au Saint et Grand Concile, dont elle propose d’ajourner la convocation ».

Le 10 juin 2016, le Saint Synode de l’Église orthodoxe géorgienne s’est réuni. Énumérant les difficultés existantes, il a constaté qu’elles pouvaient être résolues par un travail actif, mais a reconnu que « nous sommes tous devant le fait qu’à ce jour l’unité n’a pas été atteinte », alors que « le but de la tenue du Concile était et reste de manifester l’unanimité des orthodoxes ». Pour cette raison, l’Église géorgienne, « comme d’autres Églises, demande le report du Concile, tant que l’unité universelle ne sera pas atteinte ». En conséquence, le Saint Synode a décrété : « La délégation de l’Église orthodoxe géorgienne ne participera pas au Saint et Grand Concile projeté du 18 au 27 juin sur l’île de Crète. »

Ainsi, quatre Églises orthodoxes locales (d’Antioche, de Géorgie, de Serbie, de Bulgarie) se sont prononcées pour le report du Concile, tandis que trois d’entre elles (d’Antioche, de Géorgie et de Bulgarie) ont renoncé à participer au Concile aux dates des 18-27 juin. La proposition de l’Église orthodoxe russe de convoquer une Assemblée préconciliaire panorthodoxe extraordinaire n’a pas été approuvée par le Synode de l’Église de Constantinople. Dans ces conditions, la condition nécessaire à la convocation du Saint et Grand Concile constituant dans l’existence d’un « accord de Leurs Béatitudes les Primats de toutes les Églises orthodoxes autocéphales reconnues de tous » (Règlement de l’organisation et du travail du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, art. 1) n’est visiblement n’est pas remplie.

La seule solution possible, dans ce cas, est de poursuivre le travail de préparation du Saint et Grand Concile et de parvenir à un accord de l’ensemble des Églises orthodoxes sur sa tenue à d’autres dates.

Compte tenu de ce qui précède et en application du décret du Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe en date des 2 et 3 février 2016 (Décrets, art. 6), le Saint Synode détermine :

  • Approuver la proposition des Églises orthodoxes d’Antioche, de Géorgie, de Serbie et de Bulgarie sur le report de la tenue du Concile panorthodoxe à une date qu’il conviendra de fixer ultérieurement, suivant les résultats des discussions au niveau de l’ensemble des Églises, avec pour condition absolue l’accord des Primats de toutes les Églises orthodoxes autocéphales locales officiellement reconnues ;
  • Adresser immédiatement cette proposition à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople et à tous les Primats des Églises orthodoxes locales ;
  • Au cas où cette proposition ne serait pas agréée de la Sainte Église de Constantinople, et où le Concile en Crète, malgré l’absence de l’accord de plusieurs Églises orthodoxes locales, serait malgré tout convoqué, reconnaître avec un profond regret l’impossibilité de la participation de la délégation de l’Église orthodoxe russe ;
  • Poursuivre intensivement les efforts pour la consolidation de la coopération panorthodoxe dans la préparation du futur Saint et Grand Concile, qui est appelé à être un véritable témoignage d’unité de l’Église Sainte, Catholique et Apostolique ;
  • Déclarer une fois encore que la préparation au Concile pourrait être achevée avec succès si le Secrétariat panorthodoxe intensifiait réellement son activité : dans le cadre de cet organe l’étude des propositions sur la résolution des thèmes posant problème et des désaccords existants est en effet possible, ainsi que la finalisation des documents nécessaires, afin d’écarter tous les obstacles à la convocation et à l’achèvement du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, selon la volonté de Dieu ;
  • Reconnaître hautement souhaitable, en tenant compte des propositions énoncées par de nombreuses Églises orthodoxes locales, que tous les évêques des Saintes Églises de Dieu puissent participer sans limitation au futur Concile, ce qui augmenterait nécessairement l’autorité des décisions prises par le Concile.

« Le nom de l’Église, n’est pas un nom de division, mais d’unité et de concorde » enseigne saint Jean Chrysostome (Homélie sur la première épître aux Corinthiens, 1, 1). Au nom de la concorde et de l’unité, il nous appartient maintenant, dans un esprit d’indulgence et d’amour fraternel, nous abstenant de nous faire des reproches mutuels et de porter de nouvelles blessures au Corps divino-humain de l’Église, nous écoutant les uns les autres, et plus encore la Révélation divine, fixée dans la Sainte Écriture et la Sainte Tradition, d’entendre « ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2, 7), et de tirer les leçons qui s’imposent des erreurs commises par faiblesse humaine durant la préparation du Saint et Grand Concile, afin que, Dieu aidant, nous parvenions à lever les obstacles à ce grand évènement pour la gloire de Dieu et le bien de l’Église orthodoxe.

Le Saint Synode appelle à nouveau les évêques, les clercs, les moines et les laïcs de l’Église orthodoxe russe à prier ardemment pour que notre Seigneur Jésus Christ manifeste ici Son aide toute-puissante et Sa sainte volonté.”

Photographie de la réunion aujourd’hui du Saint-Synode: Patriarcat de Moscou

“Le grand Concile orthodoxe entre Rhodes et la Crète : l’exigence d’un report afin d’éviter davantage de divisions et l’affaiblissement du rôle du Patriarcat œcuménique”

Le quotidien libanais Al-Nahar a publié dans son édition du 11 juin 2016 une réflexion sur le grand Concile orthodoxe, rédigée par George Ghandour, auteur de l’ouvrage La voie vers le grand Concile orthodoxe (en arabe), publié par le patriarcat d’Antioche. Il est spécialiste de droit canonique antiochien.
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Le grand Concile orthodoxe entre Rhodes et la Crète : l’exigence d’un report afin d’éviter davantage de divisions et l’affaiblissement du rôle du patriarcat œcuménique
Au moment où les regards se dirigent vers la Crète durant la période du 19 au 26 juin 2016, où il a été décidé d’y réunir le grand Concile orthodoxe après environ soixante années de travaux préparatoires inaugurés par le patriarche Athénagoras I en 1961 sur l’île de Rhodes, des développements sont intervenus qui présagent soit le report du concile, son annulation ou sa tenue avec ceux qui seront présents. L’Eglise de Bulgarie a demandé au patriarche œcuménique de reporter la tenue du grand concile à une date ultérieure, sinon elle ne participera pas à la date fixée. Le patriarcat d’Antioche a décidé de ne pas participer jusqu’à ce que « prévalent des relations iréniques entre les Eglises autocéphales et que soit assurée l’unanimité orthodoxe quant à l’agenda, aux règles et procédures exécutives et pratiques » et « jusqu’à ce que soient éliminées toutes les raisons qui empêchent la participation à l’Eucharistie durant les travaux du concile », en d’autres mots jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée quant à la violation, par le patriarcat de Jérusalem, de son territoire. De même, l’Eglise de Serbie a annoncé qu’elle ne participerait pas aux travaux du concile à la date fixée en raison de différends sur les thèmes de l’agenda et en l’absence d’Eglises autocéphales. Quant à l’Eglise de Russie, si elle n’a pas encore précisé sa position finale relativement à sa participation au concile, elle a souligné « la nécessité de respecter le principe du consensus via la participation de toutes les Eglises autocéphales dans ce concile » pour qu’elle soit en mesure d’être présente en Crète.
Il est remarquable qu’aucune des Eglises précitées n’a demandé l’annulation du concile, mais toutes ont proposé son report à une date ultérieure jusqu’à ce que les obstacles soient levés. A cet égard, chacune d’elle a formulé des propositions à sa sainteté le patriarche œcuménique de sorte que soit évitée l’annulation du concile tant attendu. L’Eglise de Bulgarie a proposé que se poursuivent les travaux préparatoires au concile, sans proposer de mécanisme. Le patriarcat d’Antioche a agi de manière similaire en proposant que la période précédant la tenue du concile soit mise à profit pour atteindre un consensus, sans préciser en détail un mécanisme à ce sujet. Le patriarcat de Moscou, de son côté, a proposé qu’une invitation soit lancée pour que se tienne « une conférence préparatoire avant la date fixée pour la réunion du grand concile », tandis que l’Eglise de Serbie a proposé de convertir la future rencontre en Crète « en rencontre consultative pré-conciliaire ou en session préliminaire au processus conciliaire».
Par contre, le patriarcat œcuménique a insisté sur le fait que le grand concile se tiendrait à la date fixée et a demandé aux Eglises autocéphales d’être présentes en Crète conformément au programme convenu, afin d’examiner toutes les questions durant le concile. L’Eglise de Roumanie a affirmé qu’elle prendrait part au concile, tandis que l’Eglise d’Albanie a considéré qu’il était inconcevable que chaque Eglise appelle au report de manière individuelle, ajoutant que la décision de report ou d’annulation ne pouvait être prise que par le sommet (synaxe) des primats des Eglises orthodoxes qui avaient décidé de lancer l’invitation au concile, à l’unanimité de ses membres sauf un (à savoir l’Eglise d’Antioche). L’archevêque de Chypre a publié un communiqué dans lequel il a appelé toutes les Eglises à participer et à mettre de côté leurs divergences secondaires, précisant que le concile pouvait traiter directement des questions controversées. L’Eglise de Grèce n’a pas officiellement exprimé sa position, mais l’évêque chargé du suivi du dossier du grand concile a affirmé que tout ce qui se passait était un plan visant à affaiblir le rôle du patriarche œcuménique et à conférer à l’Eglise russe le rôle d’un arbitre qui prend part aux décisions dans le monde orthodoxe.

Il ne fait aucun doute que tout ce qui précède démontre qu’avant même sa tenue, le grand concile peut devenir un facteur de désaccord et de dispersion parmi les Orthodoxes. Si le concile était tenu par les seules Eglises présentes, cela conduirait à un éclatement du monde orthodoxe et ses décisions ne seraient pas acceptées par les Eglises absentes. Tout cela donnerait en outre l’occasion aux mouvements d’opposition à l’intérieur des Eglises participantes de rejeter eux aussi ces décisions et amènerait inévitablement à l’affaiblissement du rôle du patriarche œcuménique qui ne serait plus en mesure, durant une longue période, de présider les réunions au sommet (synaxe) des primats des Eglises orthodoxes. Tout cela inaugurerait une nouvelle étape dans l’histoire de l’Eglise orthodoxe, qui ne serait pas exempte de difficultés, querelles et divisions. Mais le plus grave c’est que la tenue de ce concile sans la participation de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales dans ses travaux mettrait un terme triste et décevant aux promesses que fit le patriarche Athénagoras I en 1961, lorsqu’il fut en mesure d’unifier le monde orthodoxe à l’occasion de la première conférence de Rhodes qui initia les travaux préparatoires au grand concile sur base de la règle d’or que lui-même et ses collaborateurs avaient appelée « sainte unanimité ». Par cette unanimité, il entendait éviter à l’Eglise orthodoxe des divisions semblables à celles que le monde orthodoxe avait connues après le sommet panorthodoxe qui se tint à Istanbul en 1923 en l’absence de certaines Eglises. Tout au long de son patriarcat, le patriarche Athénagoras est resté attaché à cette règle d’or et a œuvré avec acharnement à préserver un accord orthodoxe unanime et à assurer l’unité du monde orthodoxe dans des circonstances historiques difficiles et complexes. Cette règle reçut ensuite sa consécration dans les statuts internes des conférences orthodoxes préparatoires, statuts qui furent acceptés à l’unanimité par les Eglises orthodoxes autocéphales en 1986 et qui exprimaient « la pratique orthodoxe traditionnelle et la sanctionnaient par écrit ».

Néanmoins, avec la reprise des travaux préparatoires au grand concile en 2014, certains faits indiquaient que sa sainteté le patriarche œcuménique actuel n’appliquerait pas cette « pratique orthodoxe traditionnelle » susmentionnée et qu’il penchait pour une réunion du grand concile qui serait fondée sur le principe de « consensus » entre les Eglises participantes et point de « l’unanimité de toutes les Églises autocéphales ». L’Église d’Antioche a rejeté ce projet et proposa, durant les travaux du comité chargé d’établir le règlement interne du concile, d’y ajouter une clause stipulant ce qui suit : « L’annonce de l’ouverture des sessions du grand concile orthodoxe a lieu en présence de tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales. La participation des primats des Églises ou de leurs représentants doit être assurée tout au long des travaux du concile. Dans le cas contraire, les travaux du concile seront suspendus jusqu’à ce que la présence de tous les primats des Églises autocéphales soit à nouveau possible ». Néanmoins, la proposition antiochienne a été l’objet d’une opposition violente de la part du président de la session, le représentant du patriarche œcuménique, qui rejeta cette formulation selon laquelle « le patriarche œcuménique doit veiller à la participation de tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales universellement reconnues ou de leurs représentants dans toutes les procédures et délibérations conciliaires ». Ceci conduisit à la suspension de la réunion qui devait établir les statuts internes et transmettre la question au sommet des primats des Eglises orthodoxes qui s’est tenu à Chambézy en 2016 et qui constitua un comité chargé d’élaborer les statuts internes, sommet au cours duquel le patriarcat œcuménique refusa une fois encore d’inclure la règle de l’unanimité dans le texte des statuts. L’abandon, par le patriarcat œcuménique, de la règle d’or sur laquelle étaient fondés tous les travaux préparatoires au grand concile, contraignit le patriarcat d’Antioche à s’abstenir de signer les statuts internes et les décisions du sommet précité, qui avait perdu l’unanimité des Eglises orthodoxes.

Toutefois, contrairement à tous les usages qui gouvernent le travail orthodoxe commun, sa sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a pris l’initiative de convoquer le grand concile. Cela amena l’Église d’Antioche à prendre à l’unanimité une décision synodale réaffirmant sa position antérieure de ne point participer au grand concile « tant qu’il n’y a pas d’accord » sur tous les mécanismes et thèmes, de sorte que le concile deviendra la cause de morcellement et de dissipation de tout ce que le travail commun a construit ces dernières années, d’autant plus que le grand concile se tiendra à l’ombre de désaccords sur les documents qui lui ont été transmis, ainsi que de la rupture de communion entre deux Églises apostoliques (c’est-à-dire Antioche et Jérusalem).

L’expérience historique du siècle dernier a démontré que le sommet d’Istanbul, convoqué par le patriarche Meletios (Metaxakis) en 1923 a conduit à la dispersion des orthodoxes car d’importantes décisions conciliaires y furent prises en l’absence d’Eglises apostoliques. Le monde orthodoxe a souffert des résultats de ce sommet jusqu’à ce que Dieu envoie Athénagoras Ier qui œuvra sans hâte ni précipitation à construire l’unité en respectant les spécificités et les situations de toutes les Églises autocéphales. Il œuvra patiemment à aboutir un accord orthodoxe sur tous les thèmes du grand concile. Le processus initialisé en 1981 a eu des résultats palpables, que ce soit au niveau de l’unité du monde orthodoxe ou au niveau du dialogue avec le reste du monde chrétien.

Aujourd’hui toutefois, pour que l’Eglise orthodoxe puisse préserver son unité, il faut que le patriarche œcuménique lise clairement les signes du temps, surtout la rigidité et l’affairement avec lesquels le patriarcat œcuménique a dirigé le dernier stade de préparation, au cours duquel les positions des autres Églises étaient traitées de haut et ignorées.

Ce qui est sans doute également nécessaire afin que le grand Concile Orthodoxe de Crète ne devienne pas un autre sommet d’Istanbul qui détruise ce que la Conférence de Rhodes a construit et réduise à néant tout le travail commun qui a suivi entre les Églises orthodoxes, c’est que le patriarcat œcuménique revienne à l’expérience du patriarche Athénagoras. A savoir, ne pas entendre sa primauté comme un leadership rigide et de voir dans son patriarche comme le premier parmi les égaux, et point le primus sine paribus !
Peut-être le moment propice n’est-il pas encore venu pour que le patriarche Bartholomée lui-même soit ce sauveur.
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Traduit de l’arabe pour Orthodoxie.com

Les représentants de l’Église orthodoxe de Géorgie ont déclaré qu’ils ne participeront pas au Concile en Crète

Les représentants de l’Église orthodoxe de Géorgie ont déclaré qu’ils ne participeront pas au Concile en Crète puisque le Patriarcat de Constantinople a ignoré les questions qui pour cette Église étaient très importantes. « Pour nous, la question des diptyques était une question importante. L’Église de Géorgie, selon les diptyques grecques, n’occupe pas le rang qui lui convient. Le Concile a laissé également de côté des questions aussi importantes que le calendrier liturgique, le mariage, cette dernière question ayant été soulevée activement par l’Église de Géorgie. Nous avons considéré qu’il serait juste de nous abstenir de participer », à déclaré le métropolite de Tsilkani et Dusheti Zosime (Shioshvili) aux journalistes après la session du Saint-Synode à Tbilissi. Selon le métropolite « si les documents qui sont adoptés au Concile sont acceptables, l’Église de Géorgie les acceptera ». « Les résultats du Conciles montreront à quel point les décisions prises seront canoniques. Nous examinerons la situation, et si ces décisions sont acceptées par l’Église orthodoxe universelle, elles seront légitimes, et si ce n’est pas le cas, il ne sera pas obligatoire de les exécuter », a ajouté le métropolite. Le métropolite de Mestia et Svaneti Hilarion (Kitiashvili), à son tour, a déclaré aux journalistes que « le principe essentiel d’unanimité qui se trouve à la base du déroulement du concile, n’est pas réalisé à cette étape, parce que la décision a été prise par l’Église de Géorgie de s’abstenir de participer ». Selon lui, il y avait encore d’autres arguments qui seront mentionnés plus tard dans l’acte du Saint-Synode. « Notre Église ne participera pas au Concile… Il y a également des questions fondamentales qui doivent être prises en compte par le Patriarcat de Constantinople et qui ne le sont pas, le patriarcat de Géorgie fera une déclaration plus tard sur les questions concrètes dont il s’agit», a-t-il ajouté.

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Selon Vladimir Legoïda, président du département synodal des relations du Patriarcat de Moscou avec les médias, « L’idée de procéder au Concile en Crète, alors que des problèmes ne sont pas résolus, est irréaliste »

L’Église orthodoxe russe n’a pas reçu de réponse directe du Patriarcat de Constantinople à sa proposition de procéder à une consultation extraordinaire dans le but d’éliminer les problèmes qui ont surgi lors de la préparation du Concile panorthodoxe qui est prévu en Crète du 16 au 26 juin. C’est ce qu’a annoncé Vladimir Legoïda le 10 juin à la chaîne TV « Rossia 24 ». Vladimir Legoïda est président du département synodal de l’Église orthodoxe russe pour les relations avec la société et les médias. « Il y a un mécanisme qu’a proposé l’Église russe. Il est, je le répète, absolument réaliste et permet de prendre en compte les intérêts de tous et même de convoquer le Concile dans les délais prévus. Mais pour cela, il faut que l’on se réunisse comme nous l’avons proposé, et discuter ces problèmes. Parce que la proposition alternative de Constantinople, venir au Concile, est irréaliste. En effet, au Concile même, il n’y a pas de mécanisme pour modifier les documents, ils ne peuvent qu’être signés. Or, ils doivent être élaborés jusque là. C’est la pratique habituelle », a déclaré V. Legoïda. À la proposition que celui-ci a qualifié de « réaliste », « aucune réponse directe n’a été reçue » dans l’Église orthodoxe russe. Celle qui a été donnée [la déclaration du Saint-Synode de Constantinople, ndt], selon lui, démontre « une compréhension absolument autre de la situation par Constantinople » : « Il n’y a aucun problème, venez et nous siègerons ».

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Déclaration du Saint-Synode de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) au sujet du saint et grand Concile qui doit être convoqué sur l’île de Crète du 20 au 26 juin 2016

« Nous vous saluons au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le chemin, la vérité et la vie (Jean XIV, 6). Pendant plusieurs décennies, l’Église orthodoxe a produit des efforts afin de rassembler un saint et grand Concile comme un témoignage contemporain de la sainte foi orthodoxe. L’initiative de cette tentative moderne appartenait au patriarche œcuménique Athénagoras. Le lent pèlerinage vers le saint et grand Concile a commencé dans les années 1960. Il y eut de longues pauses dans ce pèlerinage, suivies par une période renouvelée de préparation intense à l’initiative Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée. Au cours de ces décennies, des conférences panorthodoxes, des consultations et des rencontres de patriarches et de primats ont révisé la liste des thèmes. Au cours des derniers mois, tandis que les Églises avaient revu les projets de documents et fait connaître leurs observations, de nouvelles propositions ont été avancées et des désaccords nouveaux ont surgi. Même lors de cette dernière étape, la participation au saint et grand Concile est incertaine, tout comme son issue. Au milieu de ces incertitudes, il y a une certitude : l’Église orthodoxe en Amérique, qui n’est pas reconnue universellement comme une Église autocéphale, n’est pas invitée à participer. Notre réaction est la tristesse, mais non le détachement. Avec gratitude envers Dieu, nous affirmons notre identité comme l’Église orthodoxe en Amérique. Nous affirmons également avec gratitude envers Dieu pour notre autocéphalie, telle qu’elle nous a été accordée par l’Église orthodoxe russe et qui est reconnue par les Églises de Géorgie, Bulgarie, Pologne, des Terres tchèques et Slovaquie. Nous affirmons avec une gratitude profonde envers Dieu notre communion eucharistique avec toutes les Églises orthodoxes, à commencer avec le Patriarcat œcuménique. Aussi, nous acceptons et nous affirmons nos droits et devoirs à accompagner le saint et grand Concile avec amour, réflexion et prière. Les discussions et débats autour des projets de documents expriment les inquiétudes et les objections qui surgissent dans les Églises orthodoxes. On soutient que l’intensité des objections démontre que le Saint et Grand Concile devrait être ajourné afin d’éviter de possibles schismes. Une telle conclusion s’avère être le rejet de la vision et de la pratique conciliaires de l’Église orthodoxe. Les défis de notre temps demandent plus de réflexion et de débats théologiques, non pas moins. L’urgence de telles réflexions et débats théologiques appellent pour plus de conciliarité, mais pas pour moins. Au cœur des préoccupations et objections au Concile et ses projets de documents se trouve la crainte d’une érosion de l’identité et de la conscience de soi orthodoxes, la dilution de la théologie orthodoxe (la vérité sur Dieu) et de l’ecclésiologie (la vérité sur l’Église). Le défi d’aujourd’hui pour l’Église orthodoxe est le même que celui qui a toujours été : amener tous les hommes aux Christ, qui est la voie, la vérité et la vie, apporter l’Évangile du Christ à tous les hommes avec amour et compassion, de rendre un culte à Dieu de façon eucharistique dans l’Esprit et la vérité. La libération de la crainte et la croissance dans la vie, la foi et la compréhension spirituelle (liturgie de saint Jean Chrysostome) se trouvent dans la fidélité à cette voie orthodoxe. L’engagement de Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée pour construire un consensus, comme cela est montré par la convocation périodique de la synaxe des patriarches et primats, a ouvert la voie au saint et grand Concile. Même à ces derniers moments de préparation, les obstacles sur ce chemin apparaissent avec une force plus grande que précédemment. Les signes très récents de la crise ressortent de la réunion du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe le 3 juin 2016. Le procès-verbal de cette réunion énumère les défis procéduraux et substantiels rencontrés par les Églises orthodoxes à la veille du Concile, dont la dispute non résolue entre les patriarches d’Antioche et Jérusalem, les exigences quant aux modifications de certains des projets de documents venant des Églises de Géorgie, Serbie et Grèce, ainsi que des monastères du Mont Athos, et finalement la décision de l’Église de Bulgarie, insistant pour l’ajournement du Concile et déclarant catégoriquement qu’elle ne participera pas au Concile prévu pour la fin du moins de juin 2016. Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a conclu que cette situation exceptionnelle pourrait être résolue par la convocation d’une consultation préconciliaire panorthodoxe extraordinaire qui devrait se réunir le 10 juin au plus tard. Cette consultation aurait pour but une revue de la situation existante et l’examen des modifications proposées aux documents conciliaires. Sur la base de la conclusion de la consultation, les Églises pourraient déterminer si la convocation du Concile aux dates annoncées est possible. La convocation du saint et grand Concile comme signe d’unité et de témoignage de l’unité est une vision digne pour l’orthodoxie, poursuivie avec patience et détermination par Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée. Les difficultés douloureuses dans la réalisation de cette vision ont toujours été évidentes. Les dangers sur la voie vers cette vision sont particulièrement visibles aujourd’hui, mais pourtant la beauté de cette vision est claire comme jamais elle ne l’a été. Aujourd’hui, les Églises orthodoxes se trouvent face au monde, dans l’incapacité de dissimuler les blessures de nos relations fracturées. Or, la vision de l‘unité ne sera pas reniée, parce qu’elle vient du cœur de la foi orthodoxe et est intrinsèque à la Bonne nouvelle du Christ. Malgré les difficultés et les blessures que nous portons, nous suivons le Christ ressuscité et nous détenons le pouvoir qui nous est donné par la Pentecôte de témoigner partout l’Évangile du Christ et en tout temps. C’est notre espoir sincère et notre prière fervente que le pèlerinage vers la convocation du saint et grand Concile porte ses fruits pour l’unité de l’Église orthodoxe et sa mission, ainsi que son témoignage dans le monde. Tout comme nous prions lors de la divine liturgie pour la descente du Saint-Esprit sur nous et sur les dons offerts, prions que le Saint-Esprit descende sur nous tous et sur les dons de la conciliarité qui sont offerts à Dieu ».

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La rédaction du message du Concile panorthodoxe a commencé en Crète, en l’absence du représentant de l’Église orthodoxe russe

Le métropolite de France Emmanuel (Patriarcat de Constantinople) qui préside la commission de rédaction du message du Concile panorthodoxe, ainsi que des représentants des Églises locales ont célébré jeudi la liturgie de l’Ascension en Crète et procédé aux début des travaux liés au dit message. C’est ce qu’annonce l’agence RIA Novosti, se référant aux informations du site grec Amen.gr. Comme l’a déclaré le métropolite Emmanuel après l’office, le Concile panorthodoxe « souligne le devoir et la responsabilité de l’orthodoxie envers l’homme et la société en notre temps difficile. Il est espoir et lumière ». Selon le président de la commission, les contacts avec les Églises de Bulgarie et d’Antioche, qui ont refusé de participer au Concile panorthodoxe, se poursuivent. Comme l’a dit en outre le métropolite Emmanuel dans son interview au journal « Ethnikios kyrix », on ne s’attendait pas au refus du Patriarcat bulgare, étant donné que le patriarche Néophyte lui-même avait signé les textes au cours des différentes étapes du processus de préparation et avait participé à la décision de convocation du Concile panorthodoxe. « Nous ne pouvons savoir ce qui s’est produit et le synode de Bulgarie a pris soudain la décision de ne pas se rendre au Concile », a déclaré le métropolite Emmanuel. Il a exprimé l’espoir que « le bon sens l’emporterait » et que « les Églises participeraient au Concile ». Le métropolite a dit aussi que « tout allait bien » du côté des finances et que « celles-ci étaient déjà assurées ». Il a ajouté que les dépenses liées au déroulement du Concile « ne dépasseraient pas la somme de 2,5 millions d’euros ». De son côté, le président du département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite de Volokolamsk Hilarion, ne s’est pas rendu en Crète pour participer à la rédaction du message du Concile panorthodoxe. On considère dans l’Église orthodoxe russe que cela serait inopportun, étant donné que plusieurs Églises orthodoxes s’étaient prononcées pour l’ajournement du Concile prévu du 16 au 26 juin 2016, selon les sources de l’Église orthodoxe russe contactées par l’agence RIA Novosti. « Mgr Hilarion se trouve à Moscou. Tenant compte du fait que plusieurs Églises considèrent inopportun d’envoyer leurs délégués pour participer à la rédaction du message du Concile panorthodoxe, tant que ne sont pas résolues des questions fondamentales concernant la possibilité même de tenir le Concile, l’Église orthodoxe russe considère également mal à propos que son représentant y participe », a déclaré la source contactée par RIA Novosti. Selon celle-ci, il était prévu que les représentants des Églises locales commencent la préparation du message en Crète, le jeudi 9 juin.

Sources : 1 et 2

Le Concile panorthodoxe aura lieu à l’Académie orthodoxe de Crète

C’est à l’Académie orthodoxe de Crète, à Kolymbari, près de La Canée (Chania), qu’aura lieu le grand Concile de l’orthodoxie, et ce du 16 au 27 juin. Le dimanche de la Pentecôte aura lieu la concélébration solennelle des primats et des représentants des Églises orthodoxes, présidée par le patriarche œcuménique, en la cathédrale métropolitaine Saint-Ménas à Héraklion.

Source

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Crète se prononce sur l’interruption de la commémoration de ses évêques par quatre de ses prêtres

Quatre prêtres de l’Église de Crète, l’archiprêtre Gabriel Mazanakis, le prêtre Emmanuel Sarris, le prêtre Spyridon Damanakis et le prêtre Paul Mazanakis ont informé leurs métropolites respectifs, à savoir le métropolite de Kydonia et Apokoronas Damascène, le métropolite de Rethymnon et d’Avlopotamos Eugène et le métropolite de Lampis et Sphakia Irénée, qu’ils cessaient de les commémorer à partir du dimanche de l’Orthodoxie (le 5 mars 2017). Les prêtres mentionnés justifient leur action par la « condamnation de la pan-hérésie de l’œcuménisme et le rejet du pseudo-concile de Kolymbari [i.e. le Concile de Crète de juin 2016, ndt] ». Le Saint-Synode de l’Église de Crète s’est réuni le 16 mars 2017 à Héraklion et a procédé à la déclaration suivante : « Le Saint-Synode, entre autres, a examiné la question qui a récemment surgi, à savoir l’interruption de la commémoration de leurs évêques canoniques par certains clercs de l’Église de Crète, pendant la divine Liturgie, les sacrements et les offices liturgiques. Leurs Éminences les hiérarques de notre Église, avec amour pastoral et intérêt affectionné, appellent ces clercs à mettre fin à leur conduite erronée susmentionnée. Une commission a été nommée, sur décision unanime, constituée de trois membres, S.E. le métropolite de Petra et Cherronisos Mgr Gérasime, le révérendissime archimandrite Philothée Sanoudakis, higoumène, et le révérend archiprêtre Zacharie Adamakis, président de l’Union des associations des clercs de l’Église de Crète, afin de les rencontrer et de dialoguer avec eux, durant les prochains jours. Le Saint-Synode attend, avec de bons espoirs, des résultats positifs de cette rencontre, et sursoit à l’application des dispositions prévues par les saints canons de l’Église et la législation en vigueur ».

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Les mutations en cours de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris – entretien avec Jean-François Colosimo

L’ITO a repris vie, déménage et innove… Entretien avec Jean-François Colosimo, président du conseil d’administration de l’ITO Saint-Serge

En votre qualité de président, pouvez-vous nous dire où en est l’Institut après la crise qu’il a traversée ? 

La transition a été plus aisée qu’on ne pouvait s’y attendre. Nombre d’amis de Saint-Serge, proches par l’histoire ou par l’affinité, mais aussi d’inconnus nous ont manifesté un grand  soutien. Leurs messages, venus de France, d’Europe et d’ailleurs, ont afflué, insistant sur la nécessité que l’Institut continue d’exister comme un bien commun pour les orthodoxes, pour les autres chrétiens, les croyants de fois différentes et, plus généralement, les femmes et les hommes de bonne volonté. Le Père Doyen, Nicolas Cernokrak, en a retiré qu’il nous fallait rouvrir sans tarder. Il a eu raison. Cette année 2016-2017, nous comptons 34 étudiants réguliers répartis dans les trois cycles du cursus, 76 à distance préparant un diplôme dans ce cadre et 16 auditeurs libres au programme fourni. En d’autres termes, nous n’avons pas perdu, ni en rayonnement, ni en recrutement. Mieux, nous sommes en dette par rapport aux étudiants : leur confiance est notre justification.

On reproche parfois à l’Institut une baisse de qualité dans l’enseignement…

Il est sûr que nous pouvons faire mieux, particulièrement en termes de ressources pédagogiques. Une refonte des programmes a d’ores et déjà été entreprise. Une meilleure coordination des contenus est en cours. Une procédure d’évaluation sera installée. Notre maillage avec la mise en réseaux actuelle des universités à l’échelle nationale et européenne est à parfaire. Le chantier doit être permanent, bien sûr… Je crains toutefois que, parfois, on en vienne à mythifier un prétendu âge d’or.  Aujourd’hui, sur quatorze enseignants, dont six membres du clergé, nous disposons de huit docteurs, de deux agrégés et de trois doctorants qui occupent également d’autres fonctions significatives dans des universités, des centres de recherche, des instances œcuméniques, interreligieuses ou culturelles. Pour ma part, la diversité de provenances et d’expériences, d’approches et de talents de mes collègues m’épate. Mais, oui, eux comme moi, nous devons recevoir la critique pour ce qu’elle est, non seulement comme bienvenue, mais encore comme indispensable puisque c’est la notion de service qui nous réunit.

Économiquement parlant, où en êtes-vous ?

Ah, alors là, de manière indiscutable, dans la meilleure tradition de Saint-Serge ! C’est-à-dire en dessous du seuil de pauvreté. Plus sérieusement, après l’énorme malversation dont nous avons été victimes, nous n’avons plus de réserve financière. En attendant de la reconstituer, nous vivons très chichement, d’échéance en échéance, grâce à nos fidèles donateurs, à nos faibles revenus et à de drastiques économies. Pour votre information, les personnels,  enseignant et éducatif, ont accepté de réduire de moitié leurs émoluments et le plus haut salaire atteint un demi-smic mensuel, soit 570 euros par mois. Mais, pour la plupart, ils reçoivent moins et certains travaillent pour rien. Telle est la réalité. Elle ne nous fait pas peur. Pour autant, nous devons évoluer et nous rétablir. Les membres désormais plus diversifiés du Conseil d’administration nous y aident grandement avec des compétences qui jusque-là  faisaient défaut et ils renforcent ainsi nos capacités de prévision, de contrôle et de décision. La vérité est aussi que trop longtemps nous avons beaucoup demandé et peu démontré. C’est en nous réinventant, en créant des offres nouvelles et en étant plus proches de nos soutiens que nous gagnerons en stabilité et autonomie. Encore une fois, il nous faut nous ouvrir.

Est-ce pour ces raisons que vous quittez le 93 rue de Crimée, votre berceau historique ?

Non. Vous pouvez au contraire imaginer quel poids symboliquement grave revêt une telle décision. Elle répond à une situation d’urgence qui s’impose à nous et qui n’est pas de notre choix. Pour mémoire, le site appartient à l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale et est géré par la Société immobilière Serguievski Podvorie. L’Institut et la paroisse sont locataires mais le bail leur destine la charge financière des gros travaux. Or, la  malformation géologique des sols génère désormais une situation menaçante qui entraîne la détérioration accélérée de bâtiments déjà forts vétustes, le tout provoquant des injonctions des services préfectoraux avec le risque, à terme, d’une évacuation sous contrainte. Ni conflit, ni litige, donc. Tout simplement, l’Institut ne peut faire face aux coûts de rénovation estimés qui correspondent à plusieurs années d’exercices et dont la simple inscription budgétaire devrait causer, en bonne comptabilité juridiquement fondée, une incapacité à poursuivre l’activité au cas où les instances dirigeantes ne prendraient pas les décisions idoines. De quelque manière que l’on se saisisse du problème, nous sommes forcés de déménager. C’est malheureux, mais c’est ainsi.

Pour aller où ?

Diverses pistes sont à l’étude. Dès que l’option finale sera connue, je vous promets de la réserver en exclusivité à Orthodoxie.com.

Vous n’en direz pas plus ?

À grands traits, les dispositifs universitaires à localisations diverses constituent un modèle, la question de l’internat peut être assez facilement résolue et il nous importe par-dessus tout que la vie liturgique, fondement de notre mission théologique, puisse continuer à s’épanouir.  Mais, pour l’essentiel, il serait mortifère de confondre le maintien du patrimoine matériel, les pierres, et la sauvegarde du patrimoine immatériel, l’esprit. Par ailleurs, notez qu’en toute hypothèse, et ce n’est là qu’un paradoxe apparent, le fait que nous quittions le lieu peut permettre à la Société immobilière de mieux le préserver parce que nous libérons par-là, incidemment, son pouvoir d’initiative.  Enfin, c’est bien au terme d’une séquence historique que nous arrivons, mais non pas la fin de l’histoire de Saint-Serge que nous scellons. Le défi n’est pas nouveau. Il nous éprouve depuis quelques années maintenant. Qu’il se précise dans son caractère impératif peut être l’occasion d’une revivification inattendue.

Ce déménagement signifie-t-il un changement de statut ou d’orientation ?

Absolument pas ! C’est un transport physique, en rien un transit spirituel et encore moins un transfert ecclésial. Du point de vue du droit français et européen, l’Institut est un établissement d’enseignement supérieur privé dont l’autonomie est garantie et qui est donc libre de tout assujettissement qui relèverait de surcroît  du régime distinct, spécifique et cultuel de la loi de 1905. Pour autant, l’Institut s’inscrit résolument dans la vie et la communion de l’Église. Par sa genèse, il est lié à l’Archevêché ; par sa tradition, il a Mgr Jean de Charioupolis pour chancelier ; par sa vocation, il s’honore de subsister, comme l’Archevêché et comme Mgr Jean, dans le patriarcat œcuménique, auprès de Sa Toute Sainteté Bartholomée Ier, dans la fidélité à sa personne, à sa vision et à son action.  Pour nous, rien de tout cela n’est appelé à changer, dans tous les cas pas de notre volonté. Enfin, n’oublions pas que l’Institut a toujours été au service du plérôme orthodoxe dans le monde entier, que de nombreux hiérarques comptent parmi ses anciens étudiants, ne serait-ce qu’au sein de l’Assemblée des Évêques de France, Mgr Nestor, Mgr Joseph et, en premier lieu, le Métropolite Emmanuel qui en est le président. Il serait pour le moins curieux que l’on confonde un changement d’adresse avec un changement d’identité !

L’Institut compte cependant innover ?

Oui. Tout d’abord, et sans tarder, l’Institut doit intensément contribuer à la diffusion et à la réception de l’événement décisif qu’est le Saint et Grand Concile qui s’est tenu la Pentecôte 2016 en Crète. Pour le reste, il faudrait un autre entretien afin de détailler les perspectives que nous sommes en train de débattre, jauger et vérifier, mais dont certaines seront effectives dès la rentrée 2017-2018. On peut les rassembler en quatre grandes directions : la formation continue des orthodoxes par des programmes adaptés et décentralisés, d’abord celle du clergé en liaison avec l’épiscopat pour faire face à nos réalités, à commencer par l’encouragement aux vocations, mais aussi  celle du Peuple de Dieu qui a  de vifs besoins et de vraies attentes quant à son intelligence de la foi, et sans oublier une meilleure synergie avec les milieux monastiques pris dans leur spécificité ; l’ouverture soutenue à nos sœurs et frères préchalcédoniens des Églises orientales qui sont dans la tourmente ; l’expertise sur le fait religieux et les mondes orthodoxes à destination des interlocuteurs profanes qualifiés, publics ou privés ; l’action culturelle sur des thèmes qui nous sont propres, de spiritualité ou d’actualité, ainsi que des initiations artistiques, dont le chant liturgique et l’iconographie,  destinée à des publics plus mixtes. Ce sont là des directions, non un programme arrêté ou exhaustif. La certitude est que l’école canonique de théologie, qui reste l’épine dorsale, ne peut que bénéficier d’un environnement et d’un rayonnement plus large. Il va de soi que le dialogue œcuménique, qui est vital, et les dialogues interreligieux, principalement avec le judaïsme et l’islam où nous sommes tributaires d’un certain retard, participent plus que jamais de cette ambition. Nous reparlerons de tout cela en temps donné.

Un mot pour conclure ? 

Je ne vous ai rien dit de bien édifiant. Quoique selon toute vraisemblance je n’ai pas été élu à ce poste pour prêcher, mais pour réformer. Donc, et simplement, gratitude à ceux qui nous comprennent et nous accompagnent. Et, plus largement, à tous, un carême apaisé, recueilli,  priant sur le chemin de la Résurrection.         

Le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque : « Le slogan : une Église indépendante pour un pays indépendant est anti-évangélique »

Dans une interview à l’Union des journalistes orthodoxes (Ukraine), le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque (Église orthodoxe serbe), a déclaré que lors du Grand Concile qui s’est déroulé en 2016 en Crète, la question de l’ethno-phylétisme, à savoir la préférence accordée aux intérêts nationaux sur ceux de l’Église, a fait l’objet d’une attention particulière. « Le Grand Concile en Crète a confirmé le Concile de Constantinople de 1872, au cours duquel a été condamné l’ethno-phylétisme comme un venin de serpent qui détruit l’Église. Cette confirmation a eu lieu sur proposition du patriarche Irénée et de notre délégation [i.e. de l’Église orthodoxe serbe], et le Concile de 1872 a reçu le statut de concile d’importance œcuménique ». « Que cela signifie-t-il ? Personne, dans le monde orthodoxe, n’identifie la nation et l’Église, l’État et l’Église. C’est une hérésie, un mensonge contre l’Église. Le slogan selon lequel chaque État indépendant et chaque nation doivent avoir leur propre Église, est dans son essence, anti-évangélique », a déclaré le hiérarque. « L’Église respecte tant la nation ukrainienne que la nation monténégrine. Mais l’Église a une structure unique : elle est plus ancienne que tous les États, et nul n’a le droit de se mêler de l’organisation des Églises locales autocéphales. Il s’agit de leur affaire interne », a-t-il ajouté.

Source

“L’après Crète” par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster)

L’institution « Eglise orthodoxe » va demeurer dans l’état d’inertie qui était le sien avant le concile de Crète qui s’est tenu récemment, si les responsables ecclésiastiques ne s’activent pas à tirer les leçons des fautes qu’ils ont commises dans le passé, et ce en forgeant une vision d’avenir « commune » destinée à surmonter les cassures qui frappent les Orthodoxes et à prendre des mesures audacieuses pour aviver leur vie ecclésiale. Certains diront peut-être que nous exagérons. Pourtant, les événements de ces derniers mois ont montré, d’une manière incontestable, que les Orthodoxes sont encore toujours en-deçà, plus de quinze ans après leur entrée dans le troisième millénaire, de l’esprit conciliaire dont ils ne cessent de s’enorgueillir. Ils sont, sans doute aucun, en-deçà de l’esprit conciliaire que l’Eglise catholique a manifesté pendant le concile de Vatican II, ce concile qui a changé le visage du catholicisme et l’a poussé en avant sur la voie de sa transformation en une Eglise qui est sérieusement en intelligence avec la situation de l’homme contemporain, ses préoccupations et ses aspirations.
A peine le concile de Crète venait-il de s’achever, que les milieux de l’Eglise constantinopolitaine se mirent à l’afficher comme un « succès » éclatant. Ce faisant, ils passent sous silence le fait qu’au moins la moitié du monde orthodoxe n’était pas représentée en Crète, et que les délégations participantes, exception faite des Eglises de Roumanie et de Serbie, ont un caractère essentiellement grec, et adhèrent à la tradition hellénophone, non seulement comme un universalisme culturel – c’est le cas de tous les Orthodoxes –, mais comme le fondement d’un nationalisme hypertrophié et maladif. Certes, le traitement du chancre nationaliste qui aujourd’hui déchire le monde orthodoxe ne se fera pas en le remplaçant par un autre, russe, roumain, serbe ou arabe, non moins maladif et pléthorique, mais bien en critiquant et en brisant le penchant nationaliste et en retournant à l’esprit de l’Evangile. C’est ce que de grands théologiens ne cessent de répéter depuis soixante-cinq ans. Mais l’autre malheur qui ravage notre Eglise, c’est l’énorme cassure, absolument sans précédent, entre l’autorité ecclésiastique et la pensée théologique, au point qu’il semble à l’observateur que l’Eglise orthodoxe se compose d’agrégats fragmentés, à savoir une autorité ecclésiastique qui se considère comme « l’Eglise », d’un peuple en grande partie indifférent, et d’une troupe de théologiens qui le plus souvent se trouve en plein désarroi entre l’autoritarisme des chefs et le désintérêt du peuple.
Certes, l’Eglise de Constantinople s’emploie à présenter le concile de Crète comme une grande réalisation qui contribue à renforcer l’image que les milieux de cette Eglise s’efforce de forger ces derniers temps, en particulier en ce qui concerne le rôle du patriarche de Constantinople : pour notre part, notre propos n’est pas ici de discuter de ce rôle, de son étendue et de son cadre. C’est là une question que les Orthodoxes se doivent d’examiner « ensemble » et de lui trouver une formule acceptable, loin de toute concurrence, prise de bec et vocifération. Tel n’est donc pas ici le problème. Le problème réside dans le mépris de l’intelligence humaine lorsque le concile de Crète est présenté comme une « réalisation » et « un succès », alors que tout un chacun connaît l’inconsistance des documents qu’il a publiés et le style hautain qui a dominé le message qu’il a adressé au « monde ». Tout le monde se rend compte que ce qui a été présenté comme une « ouverture » aux autres Eglises et aux autres religions n’était rien d’autre qu’une tentative pour arrondir les angles, et cela alors que les pères conciliaires se heurtèrent, premièrement, à leur division sur les grandes questions qui touchent à la modernité, à la mondialisation et à la relation à l’autre, et, deuxièmement, au manque du temps nécessaire pour lancer le chantier d’un authentique dialogue sur ces questions. L’évêque Calliste (Ware), qui était présent en Crète, a reconnu que la tâche des pères conciliaires se limitait, la plupart du temps, à entériner des documents qui laissaient à désirer, préparés à l’avance, à l’exception de légères modifications, dont quelques-unes sont peut-être à propos, mais qui ne désaltèrent pas des millions d’Orthodoxes assoiffés d’une parole de vie.
Mais qu’en est-il de l’après Crète ? L’importance de tout concile, quelles que soient les fautes et les failles qui accompagnèrent sa tenue, réside dans la capacité des Eglises orthodoxes à l’ « assimiler » de manière positive. Cette assimilation ne signifie pas l’acceptation des documents du concile dans leur forme actuelle. En effet, l’expérience historique nous enseigne que la réception des grands conciles était un processus fécond comportant souvent la critique, l’interrogation et le remaniement, voire même l’accord sur une nouvelle formulation. Il se peut que certains s’attendent à ce que l’Eglise de Constantinople, qui est le parrain du concile et son propagateur, s’empresse à transmettre ses travaux et ses documents à toutes les Eglises orthodoxes, en leur demandant de les étudier et de les entériner. Il convient de rappeler ici que ceci ne s’applique pas seulement aux Eglises qui ont boycotté le concile, mais encore celles qui y étaient également représentées, étant donné que l’entreprise de réception n’est pas limitée à une délégation, mais concerne l’ensemble du corps ecclésial, et surtout le peuple croyant. Mais qui a dit que ce rôle devait être limité à l’Eglise de Constantinople ? Et qu’en serait-il si cette Eglise ne s’empressait pas ou tardait à le remplir ? Et qui a dit que le traitement du malaise existant dans le monde orthodoxe se limite à « assimiler » les travaux et les documents du concile de Crète ? La blessure qui fissure le corps de l’Eglise orthodoxe n’est-elle pas bien plus profonde que ce qui fut dit en Crète ? Ce qui n’y a pas été dit, ou ce que les pères conciliaires se contentèrent de survoler rapidement, n’est-il pas bien ô combien plus important que ce qu’ils ont déclaré et consigné par écrit ? Eh bien oui ! L’avenir de l’Eglise orthodoxe est plus important que le concile de Crète. Et les défis qu’elle affronte dépassent les textes qui y ont été entérinés. Et les grandes questions qui mettent toute notre identité orthodoxe à l’épreuve, elles n’ont aucunement été abordées sur l’île grecque. Où a-t-il été question de ce qu’il y a d’immuable et de mouvant dans la tradition ? Où a-t-il été question du rôle des charismes dans l’Eglise, y compris le monachisme, et le rôle des femmes ? Où a-t-il été question de la liturgie et de sa réforme ? Où a-t-il été question de l’éducation théologique ? Où a-t-il été question de la réhabilitation du diaconat ? Où a-t-il été question des relations entre l’autorité ecclésiastique et la politique après la chute de Constantinople et l’effacement du monde byzantin ? Où a-t-il été question de la position face à la modernité et ses défis, et en particulier la liberté de l’individu et de la pensée, ainsi que des réalisations dans le domaine des sciences humaines ? L’importance du concile de Crète ne réside ni dans sa tenue ni dans ses documents, mais en ce qu’elle nous indique la profondeur de la crise qui aujourd’hui meurtrit notre Eglise. La responsabilité de la sortie de cette crise n’incombe pas uniquement à l’Eglise de Constantinople ; ce n’est pas non plus la responsabilité de la seule Eglise russe, ni d’ailleurs celle de la seule Eglise roumaine et qu’on voudrait la voir porter, à savoir jouer un rôle « conciliateur » entre Istanbul et Moscou, selon le vœu de l’évêque Calliste (Ware). C’est véritablement la responsabilité commune de tous les Orthodoxes et la responsabilité de tous ceux que l’Esprit du Seigneur a appelés à jouer un rôle positif en aidant notre belle Eglise à sortir de son inhibition et de sa régression.
Sur cette base, notre Eglise antiochienne est appelée elle aussi à dépasser le retrait « inéluctable » qui a découlé de son boycott du concile de Crète, et cela malgré la légitimité de sa position et la sincérité de son interrogation critique à l’endroit de ce concile. Et ce dépassement ne sera effectif qu’en élaborant un plan d’avenir, dont nous devons dès à présent dessiner les grandes lignes. Inutile de dire que ce plan exige, de prime abord, que nous rassemblions les ressources intellectuelles dans cette Eglise, y compris théologiques et juridiques, et celles spécialisées dans les sciences humaines, et qu’en bénéficie tout un chacun selon le charisme qui lui a été prodigué, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent malgré les promesses qui ont été faites à plus d’une reprise sur l’importance d’aviver les charismes dans l’aire antiochienne. Il va de soi que ce plan doit comporter une vision claire sur la manière de surmonter le complexe du concile de Crète et d’œuvrer à sa diffusion en établissant des canaux de communication avec toutes les Eglises orthodoxes. Mais ce qui est plus important que le concile de Crète en soi, c’est de préparer un futur concile qui incitera les Eglises orthodoxes à affronter les grandes questions en apportant un témoignage vivant et unique de l’Evangile de Jésus crucifié et ressuscité d’entre les morts, ce qui n’est quasiment pas le cas aujourd’hui. Ne méritons-nous pas, nous Antiochiens, d’être les pionniers de cette vision, nous qui fûmes les premiers à critiquer le concile de Crète à juste titre et à en indiquer les défauts ? Ne convient-il pas que nous nous inspirions de notre glorieux héritage sans invoquer notre petit nombre et des guerres et des malheurs qui nous ont fait souffrir ces dernières années ? L’Evangile de Jésus, qui a jailli en notre sein, ne nous incite-t-il point à tirer notre force de notre faiblesse et de nous transformer en une ruche bourdonnante afin que nous disions aux Orthodoxes ce qui doit être dit, et d’indiquer ce qui doit être fait ?
Que celui qui a des oreilles entende, et que celui qui en est dépourvu ne s’en prenne qu’à lui-même…

(Al-Nour, Beyrouth, vol. 6, 2016 Traduction de l’arabe par Marcel Pirard)

« Il est temps pour nous de comprendre le sens de notre propre histoire ». Interview de l’archevêque de Montréal et du Canada Gabriel (Église orthodoxe russe hors-frontières)

Dans une interview accordée à la fin du mois de décembre 2016, l’archevêque de Montréal et du Canada Gabriel (Chemodakov) a exprimé son opinion sur le mode de fonctionnement des Synodes du Patriarcat de Moscou et de l’Église hors-frontières, le Concile de Crète, la situation ecclésiale en Russie, la crise ukrainienne, les schismes qui se sont produits dans l’Église hors-frontières au Canada, et enfin la signification de la révolution bolchevique. Nous publions ci-après la traduction intégrale de cette interview.

– Votre Éminence, l’année présente marque pour vous le vingtième anniversaire de votre sacre épiscopal et le cinquante-cinquième anniversaire de votre naissance. Et vous êtes en outre membre du Synode des Évêques de l’Église orthodoxe russe depuis vingt ans. C’est une expérience significative du travail synodal. Or, cette année (2016), vous, qui êtes membres permanent du Synode de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, avez participé au Synode du Patriarcat de Moscou, auquel vous avez été appelé pour la session d’été. En quoi résident les similitudes et les différences de la procédure synodale à New York et à Moscou ?

– Au début de mon épiscopat, j’ai rejoint au Synode [de l’Église russe hors-frontières] ceux de nos évêques qui étaient nés encore en Russie impériale : je ne mentionnerai que l’archevêque Antoine de San Francisco et le métropolite Vital du Canada, tous deux d’éternelle mémoire. D’eux émanait un esprit russe particulier. J’ai ressenti celui-ci alors que j’étais encore enfant, en Australie, où un nombre important de Russes avaient émigré, et plus tard, lorsque j’étudiais au Séminaire de la Sainte-Trinité [à Jordanville, USA, ndt], où j’ai rencontré ces moines qui avaient commencé leur ministère ecclésial en Russie impériale et qui se rappelaient de celle-ci. Parmi ceux qui avaient cet esprit russe, il faut bien sûr mentionner aussi l’archevêque (le futur métropolite) Laure, qui était alors secrétaire du Synode, dont je fus rapidement nommé le remplaçant. Ainsi, par la miséricorde de Dieu, il y avait pour moi chez qui apprendre, j’ai eu la possibilité de puiser de l’expérience, dont celle du travail synodal. Si j’essaye de définir l’essence de cette expérience, je dirais qu’elle a pour fondement l’approche conciliaire : en d’autres termes, tout doit être décidé conciliairement. De mon expérience personnelle dans ce milieu, il ressort en premier ce qui suit : il faut absolument s’efforcer d’éviter les décisions hâtives. Il faut, avec tout le bon sens qui nous est donné, peser le « pour » et le « contre ». Il faut résoudre les questions qui surgissent, dans la prière, soigneusement, minutieusement, afin que l’on ait pas à regretter ensuite sa précipitation. Une telle approche est dictée par le fardeau de la haute responsabilité archipastorale. Ce fardeau, de toute évidence, a toujours été ressenti par nos remarquables hiérarques, que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors des sessions de notre Synode. Ce faisant, ou plutôt, grâce à cela, ils étaient des exemples de modestie et d’accessibilité. J’ai remarqué une approche semblable au cours des sessions du Synode des évêques du Patriarcat de Moscou, qui se sont déroulées sous la direction réellement sage de S.S. le patriarche Cyrille, et auxquelles j’ai eu l’honneur de prendre part cet été. Les sessions ont commencé à Saint-Pétersbourg, la vie natale de ma famille du côté maternel, ce dont j’étais particulièrement heureux. Enfin, j’ai pu trouver notre maison natale, sur le boulevard Souvorov. Les sessions de Saint-Pétersbourg ont eu lieu dans le bâtiment historique du Saint-Synode, et nous avons été logés dans l’hôtel du monastère restauré de Novodievitchi.

– Vous avez mentionné une certaine similitude dans le travail des Synodes de l’Étranger et en Russie. Mais quelles sont les différences ?

– On ne peut comparer le volume du travail. [À Moscou] il est même impossible techniquement de discuter en une seule journée de la liste des questions entrant dans l’ordre du jour, sans parler de la prise de décision au cours de la discussion. Aussi, des propositions détaillées sont préparées avant les sessions, puis elles sont soumises à la discussion. À l’étranger, nous pouvons nous permettre de discuter des questions courantes, et tout cela dure un jour et demi en tout. Le principal est – je l’ai ressenti pendant les sessions – qu’elles se sont passées dans l’esprit d’amour fraternel.

– Votre participation à la session d’été du Synode a coïncidé avec un événement de la vie ecclésiale actuelle qui, s’il n’était pas le plus important, comme cela s’est avéré, a été indubitablement le plus discuté, à savoir la rencontre des Églises locales en Crète. Celle-ci a été appelée tantôt Concile panorthodoxe, tantôt consultation panorthodoxe, voire le Huitième Concile œcuménique. Toutes ces appellations se sont avérées prématurées. Que pourriez-vous dire à ce sujet ?

– Une discussion animée a eu lieu sur la participation au « Concile de Crète ». Au mois d’avril encore, semble-t-il, tous étaient convaincus que l’Église orthodoxe russe devait prendre part à cette rencontre. Des chambres avaient déjà été réservées dans les hôtels, les billets d’avions étaient achetés. Mais, naturellement, la participation de la délégation de l’Église russe supposait des conditions définies. Or, il est apparu, dans le processus de régularisation des points restés non résolus, que Constantinople ne donnait pas de réponse aux questions posées. Ce silence du Phanar a tout décidé. Au mois d’avril, je me trouvais à Jérusalem avec un groupe de pèlerins du Canada et des États-Unis. Le chancelier du Patriarcat de Moscou, le métropolite Barsanuphe, m’a téléphoné, pour savoir si je pouvais venir à la session extraordinaire du Saint-Synode, où il sera question de la rencontre de Crète. J’ai répondu que je n’avais pas la possibilité d’être présent à la session, mais en cas de vote, j’ai demandé que mon opinion soit prise en compte : s’abstenir de participer à cette rencontre. D’après les résultats du vote, il s’est avéré que le Saint-Synode était précisément parvenu à cette décision. En définitive, la discussion de la « question de Crète » par nos hiérarques du Saint-Synode avec à leur tête S.S. le patriarche est devenue, je ne crains pas de le dire, le triomphe de la communion et de la catholicité fraternelles.

– Vous êtes membres de la Commission synodale de l’Église orthodoxe russe hors-frontières pour la canonisation des néomartyrs de Russie. Des sessions communes de l’Église hors-frontières et du Patriarcat de Moscou ont eu lieu. Pourriez-vous dire ce qui est discuté maintenant à ces sessions ?

– Des rencontres communes ont commencé en 2014. La seconde a eu lieu sous la présidence de S.S. le patriarche. Notre œuvre principale est la mise en ordre de la liste des Néomartyrs et Confesseurs de Russie. Actuellement, la liste de Russie et celle de l’étranger ne coïncident pas entièrement, et nous voudrions, naturellement, qu’elle soit unique. Il est question de l’élaboration d’un principe d’approche des documents, dont en partie, les protocoles d’interrogatoires de ceux qui ont souffert pour la foi en Christ. Les persécuteurs s’efforçaient de justifier les persécutions auxquelles étaient exposés les croyants. Ensuite, il faut prendre en compte que dans les protocoles des interrogatoires et les autres documents semblables ont pu être altérées, non seulement les causes, pour lesquelles les martyrs de la foi étaient arrêtés, mais aussi la figure morale et spirituelle des condamnés. Ce sont des circonstances qui, comme je le présume, doivent absolument être prises en compte.

– Vous avez effectué un pèlerinage en Russie avant les événements de 1991 déjà. Et vous avez accompagné dans ce pèlerinage le métropolite Laure d’éternelle mémoire. Il en a résulté que vous avez pu observer la renaissance de l’Église russe. Pourriez-vous faire en quelque sorte une comparaison : que s’est-il produit à cette époque dans la Russie ecclésiale, et comment la situation se présente-t-elle aujourd’hui ?

– Je suis allé pour la première fois en pèlerinage aux saints lieux de la Patrie en 1988, l’année du millénaire du baptême de la Russie, avec un petit groupe de nos pèlerins de New York. Nous sommes allés à Moscou, à Kiev et à Saint-Pétersbourg. Quant à mon second pèlerinage dans la Patrie, il a eu lieu au mois d’août 1993. Et j’ai accompagné l’archevêque de Syracuse et du monastère de la Sainte-Trinité Laure, d’éternelle mémoire, avec mon camarade d’études au séminaire, maintenant archiprêtre, le père Paul Ivanov. Nous avons visité Moscou, parcouru « l’Anneau d’or », nous sommes allés à Novgorod, Pskov, Gous-Khroustalny, Belgorod. Nous avons vu la Russie ecclésiale, telle qu’elle était alors. J’ajoute que S.E. Mgr Laure est parti en pèlerinage, pour ainsi dire, « incognito » : il ne portait qu’une croix pectorale, sans encolpion. L’arrière-plan des événements de cette époque, pour moi, descendant d’émigrés de la « première vague », n’était pas toujours clair, mais j’avais vu que, au cours des cinq dernières années passées, beaucoup de choses avaient changé dans l’Église russe : elle renaissait, elle se remettait sur pied, et les événements tragiques qui avaient eu lieu sur notre terre avaient ramené l’homme russe dans l’enceinte de l’Église. Telle est la volonté de Dieu nous concernant, et la renaissance de l’Église n’était pas fonction de la croissance du nombre des paroissiens. Cette croissance est le résultat du fait que le peuple russe revient à ses racines orthodoxes, sur lesquelles a crû notre civilisation russe. Si l’on considère les données statistiques, le pourcentage n’a pas encore atteint le niveau que nous espérons, mais c’est seulement le début du chemin. Aujourd’hui, la tâche principale de l’Église est l’ecclésialisation de notre peuple. En même temps, en Occident, les églises vides en raison de l’absence des paroissiens sont transformées en « condominiums », en clubs et en restaurant, tandis qu’en Russie, grâce à Dieu, dans la seule ville de Moscou il est prévu de construire 200 nouvelles églises. Mais le diable ne dort pas. Ce n’est pas en vain que les forces démoniaques s’attaquent avec une telle violence obstinée sur la Russie d’aujourd’hui. Notre Patrie est accusée de tous les crimes possibles et imaginables, on fait tout pour que soit semée dans les cœurs des hommes en Occident la haine de la Russie. Mais cela n’est pas nouveau : la floraison de la Russie orthodoxe était haïe par les forces du mal il y a des centaines d’années déjà. C’est précisément ce que nous observons aujourd’hui également. C’est pourquoi il est si important pour le peuple russe de réfléchir sur le sens du sort de la Russie au XXème s. Or, hélas, peu de gens en Russie savent quelque chose sur l’état des esprits avant les troubles de 1917, sur l’essence des persécutions de l’Église dans les années vingt. Si les gens en savaient plus sur les hauts faits des néomartyrs de Russie, ils seraient abasourdis. Et ils aspireraient à recréer la Russie historique. Les résultats des événements de 1991 ont provoqué une illusion assez répandue, selon laquelle quelque variante du rétablissement de l’URSS serait un bien. Alors que pour nous, comme idéal, nous devons aspirer précisément à la renaissance de l’État orthodoxe russe. Mais notre peuple est-il prêt à cela ?… Et le fait que ce qui s’est produit en 1917 s’est prolongé ensuite durant plus de sept décennies, a été vraiment permis par Dieu, ce dont en 1905 déjà avait parlé St Jean de Constadt : « S’il n’y a pas de repentir dans le peuple russe, la fin du monde sera proche. Dieu lui enlèvera le pieux tsar et enverra un fléau en la personne de gouvernants impies, violents, autoproclamés, qui innonderont toute la terre de sang et de larmes ». Dieu soit loué que la renaissance de la Russie ait commencé. À ce sujet, je suis allé cette année dans la maison où vécut le saint pasteur de Cronstadt, je me suis assis devant sa table… On sent une grâce particulière dans cette maison.

– Vous avez mentionné votre séjour à Jérusalem en automne. Au même moment se trouvait en Terre Sainte le métropolite de Kiev Onuphre, que l’on connaît bien et que l’on aime dans l’Église russe hors-frontières. L’Église orthodoxe, sur les anciennes terres de Kiev passe par des moments difficiles. Comme caractériseriez-vous la situation ?

– Ce n’est pas la première fois que je rencontre Mgr Onuphre en Terre Sainte. Cette fois, j’ai eu le bonheur de concélébrer avec Sa Béatitude le métropolite de Kiev à la Liturgie et ce au Saint-Sépulcre. Mgr Onuphre est un authentique archipasteur et moine, et pour cette raison, il est humble et accessible. La Terre d’Ukraine souffre, et notre Église, l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou, porte ces souffrances. Dans ces circonstances, la tâche qui a été confiée à S.B. Mgr Onuphre est, comme on l’exprime dans le langage ecclésiastique, le port de la croix. Pour ce qui concerne les événements tragiques sur ces terres, qui durent depuis l’automne-hiver 2013, je voudrais rappeler à ceux qui calomnient la Russie, en affirmant que celle-ci a été quasiment l’initiatrice de l’effusion de sang : pendant toute la crise ukrainienne, les mesures prises par la Russie n’ont été que réactives, ce qu’a dit à maintes reprises le président Poutine. Aussi, nombreux sont les citoyens russes qui considèrent que ces réactions sont insuffisantes, trop modérées. Et posons-nous la question : que se serait-il passé si, non pas à Kiev, mais à Washington, devant la Maison Blanche, s’était assemblée une foule bruyante, munie de cocktails Molotov, voire même d’armes à feu, et avait essayé de renverser le président élu à la majorité des voix ? Tout homme sensé connaît très bien la réponse à cette question ; la foule aurait été sans tarder dispersée par les forces armées. Il va de soi qu’aucun changement de pouvoir ne se serait alors produit.

– Il y a huit ans, l’Assemblée des évêques de l’Église russe hors-frontières vous a nommé au siège épiscopal de Montréal et du Canada. Actuellement, le diocèse du Canada, qui fut naguère l’un des plus féconds de l’Église russe hors frontières, n’est pas encore entièrement remis des conséquences des schismes et troubles ecclésiastiques de 2001, qui ont déposé leur empreinte sur tout le cours des affaires diocésaines. Maintenant, Dieu soit loué, la situation est autre : le nombre des paroisses augmente, un grand nombre de fidèles et de clercs qui avaient été troublés par les organisateurs du schisme, sont revenus dans l’enceinte de l’Église. Quels sont vos plans, et peut-être vos espérances, en tant qu’archevêque diocésain ?

– La chaire épiscopale de Montréal a été établie sous l’archevêque Joasaph (Skorodoumov) d’éternelle mémoire. En 1929, l’archimandrite Joasaph est venu de Serbie à Montréal, où il fut recteur de la paroisse et bénéficia du respect tant du clergé que des fidèles. Le 12 octobre 1930, à Belgrade, eut lieu son sacre épiscopal, présidé par S.B. le métropolite Antoine (Khrapovitzky), « l’abba » de l’Église russe hors-frontières. L’évêque Joasaph a été nommé évêque de Montréal. Historiquement, le diocèse canadien s’est développé d’Ouest en Est : cela était lié à l’établissement des émigrés orthodoxes qui arrivaient au Canada. Lorsque fut établi un diocèse indépendant d’Edmonton et du Canada occidental, c’est là que fut nommé l’évêque Joasaph. L’évêque voyageait constamment dans tous les confins de ce Canada immense : soit en train, soit en bateau, parfois même à pied. Au cours d’une vingtaine d’année, il construisait, baptisait, mariait, organisait des offices, dirigeait et prêchait. Il est vrai que notre diocèse a subi des dégâts importants du fait des schismes de 2001. Mais, Dieu merci, les choses se sont rétablies graduellement. Le principal est qu’il est maintenant évident que « les zélateurs irraisonnés » qui nous faisaient craindre une chute rapide et inévitable dans les abîmes de l’œcuménisme, et sous ce motif ont créé un épiscopat non canonique – ces « zélateurs » ont fait une grande erreur. Tous ont pu se convaincre durant ces dernières années que nous-même, l’Église orthodoxe russe hors-frontières, n’avons pas « chuté », et l’Église russe dans la Patrie s’est renforcée dans la fidélité aux canons des saints Pères. Mentionnons ne serait-ce qu’une fois encore la position ferme de S.S. le patriarche au sujet de la rencontre de Crète. Je m’adresse à ceux qui ont quitté alors l’enceinte de l’Église : réfléchissez, frères et sœurs ! Il est temps pour nous de comprendre, orthodoxes russes, dans la Patrie et dans la diaspora, que l’unité est particulièrement indispensable. Vous êtes tous témoins du fait que le groupe qui s’appelle « véritable Église hors-frontières » s’est déjà divisé. À sa place se sont substitués cinq, voire six groupes, qui se font la guerre, et cette fragmentation continue jusqu’à maintenant, ce que peut-être certains d’entre vous ignorent. À ceux qui sont partis de chez nous, alors qu’ils ont le rang sacerdotal, il est nécessaire de réfléchir. Nous savons que, selon les saints canons, on ne peut se séparer de son évêque qu’en raison d’une hérésie condamnée par les saints Conciles ou les Pères, lorsque l’évêque prêche publiquement une hérésie, et l’enseigne ouvertement à l’église. Mais qui oserait soutenir que le métropolite Laure d’éternelle mémoire, qui, en sa qualité de primat de l’Église orthodoxe russe à l’étranger a rétabli la communion avec l’Église patriarcale dans la Patrie, prêchait une hérésie ? Et peut-on en accuser nos présents hiérarques ? Nous nous tenons fermement à nos fondements, qui ont été définis par S.B. le métropolite Antoine, à savoir depuis le début des années vingt du siècle passé. Si quelqu’un se veut patriote russe, il ne peut en aucun cas être séparé de l’Église russe, il ne peut rester dans le schisme. De tous temps, le sort des schismes a toujours été le même : tôt ou tard, ils sombrent dans l’oubli et ceux qui y sont « piégés » risquent leur salut. Le phénomène même du schisme ne sert que ceux qui haïssent la Russie. Dans notre diocèse, par la grâce de Dieu, de nouvelles paroisses continuent à s’ouvrir. Ainsi, en 2015, lors du millénaire du bienheureux trépas du saint prince Vladimir égal-aux-apôtres, est apparue à Saskatoon (province du Saskatchewan) la première paroisse de l’Église orthodoxe russe qui, dans l’histoire du Canada, porte le nom du baptiste de la Russie. À Calgary (Alberta) a été instituée une nouvelle paroisse, dédiée à saint Jean Chrysostome. J’ajouterai que les nouvelles paroisses dans notre diocèse sont fondées par de nouvelle générations de Russes qui se sont installés pour diverses raisons au Canada.

– Parmi les « nouveautés » qui ont vu le jour dans le diocèse par vos soins, il convient de mentionner les pèlerinages réguliers aux Lieux Saints. Auriez-vous l’intention d’élargir et de compléter les circuits des pèlerinages ?

– Nous accomplissons sans faute tous les deux ans des pèlerinages et ce depuis 2008. Ce printemps, nous sommes allés en Terre Sainte, pour la quatrième fois déjà. Il est important que chaque orthodoxe, au moins une fois dans sa vie, ait la possibilité de visiter les lieux où notre Seigneur Jésus-Christ a accompli Sa mission terrestre. Nos pèlerinages, habituellement, s’achèvent le jour de l’Ascension au monastère du Mont des Oliviers, en l’église dédiée à cette fête. Ce monastère a été créé par les soins de l’archimandrite Antonin (Kapoustine) qui, par la volonté de Dieu, est devenu de facto le fondateur de la présence ecclésiale russe en Terre Sainte. En août 2017, ce sera le deuxième centenaire de sa naissance. Une partie des monastères russes, fondés par le père Antonin en Terre Sainte, a été préservée par les soins de l’Église russe hors-frontières. Si nous n’avions pas ces monastères, il serait plus difficile d’organiser les pèlerinages. Nous espérons que l’année se trouvant entre deux pèlerinages en Terre Sainte, nous partirons vénérer les saints lieux de Russie. Nous pensons que nous aurons aussi l’occasion de séjourner dans les saints lieux de Rome, Bari, auprès des reliques de saint Nicolas, et sur l’île de Corfou chez saint Spiridon de Trimythonte. Naturellement, nous l’annoncerons à nos fidèles en temps utile.

– Votre Éminence, il ne reste quelques jours jusqu’à l’année 2017. Cette année sera étroitement liée dans la conscience russe avec des dates tragiques : lе coup d’État de février 1917, l’abdication de l’Empereur Nicolas II, le saint tsar-martyr. Et suite à tout cela, la révolution d’octobre… Ces dernières années, nous observons qu’un certain nombre de Russes sont enclins à ne pas faire cas de ces événements sinistres et sanguinaires qui, d’une façon ou une autre, ont été le résultat du gouvernement des bolcheviques. En réponse à la mention de ce fait historique incontestable, on entend souvent : sous ce gouvernement, sous le pouvoir soviétique, sous Staline, en fait sous sa direction, nous sommes parvenus à la plus grande victoire sur la partie de l’Europe envahie par l’Allemagne ! Ne dénigrez pas notre victoire ! Quelle est votre attitude à une telle approche de l’histoire russe du milieu du XXème siècle ?

– Je le dis tout de suite : « sous le régime soviétique », ne veut dire en aucun cas « grâce » à lui. Ce n’était pas la volonté divine que la Russie périsse, et c’est pourquoi la victoire nous a été donnée sur les adversaires. La victoire est advenue indépendamment des gouvernants athées, on peut même dire, malgré eux. Mais voyons les choses dans l’ordre. Lors de la dernière séance de décembre du Synode des évêques de l’Église hors-frontières qui, comme le veut notre usage, a été fixée au 10 décembre, c’est-à-dire le jour de la découverte de l’icône de la Mère de Dieu de Koursk, qui est appelée chez nous « l’hodigitria » de la Russie de l’étranger, nous avons discuté la façon de commémorer cette année tragique. Mais avant, je me permettrai d’exprimer mon opinion personnelle. J’ai dit plus d’une fois qu’il fallait que notre peuple connaisse le mieux possible sa propre histoire. C’est alors, en partie, que changera son attitude envers les symboles de la révolution destructrice, qui sont précisément les symboles de la défaite, les symboles des troubles fratricides. Au nombre de ces symboles soviétiques, il faut ranger aussi les appellations « révolutionnnaires » de nombreuses villes russes, notamment de la ville natale de ma famille, Viatka, qui jusqu’à maintenant s’appelle Kirov [révolutionnaire soviétique, ndt]. Or les habitants de Viatka se sont prononcés contre le retour au nom historique de leur ville… Rappelons-le : Lénine et Staline sont coupables des massacres de millions de leurs compatriotes, parmi eux la Famille Impériale, et les saints néomartyrs de Russie, qui ont été tués sauvagement. Notre peuple doit prendre conscience de ces horreurs. Cela demande notre reconnaissance et la glorification des hauts faits des néomartyrs. En Allemagne, on a pris assez rapidement conscience des atrocités d’Hitler. Pourquoi, en Russie, n’est-on pas pleinement conscient de la tragédie de la révolution, et ne condamne-t-on pas les bourreaux qui l’ont engendrée et qui ont été engendrés par elle ? Le corps non inhumé de Lénine, qui, toujours est-il, demeure dans le centre même de la capitale russe, est peut-être le symbole principal de la défaite russe, de la ruine de la Russie historique. Pouvons-nous imaginer que se dresse un monument sur la tombe d’Hitler, celui qui amené l’Allemagne à une défaite écrasante, qui en a fait « un objet d’opprobre pour ses voisins » pour des siècles – et que les Allemands en regardant ce monument le considèrent comme un symbole de victoire ? En 2017, tout ce qui est possible doit être fait afin que le corps de Lénine soit enfin enlevé de la Place rouge. Il est temps pour nous d’apprendre à comprendre le sens de notre propre histoire. En février 2017, le Synode des évêques de l’Église hors-frontières s’adressera par un message spécial à l’occasion du centenaire des troubles russes du XXème siècle. Toutefois, nous célébrerons bientôt une date joyeuse. Au début de l’été 2017 aura lieu à Munich l’Assemblée régulière des évêques de l’Église russe hors-frontières, à l’issue de laquelle, ceux-ci se rendront à Moscou pour célébrer le dixième anniversaire du rétablissement de l’unité de l’Église orthodoxe russe. Ces solennités seront présidées par S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille. Il est possible que cette commémoration coïncide avec la fête de tous les saints de Russie, la fête de la victoire spirituelle russe.

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Jovan Nikoloski