22/02/2017
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Search Results for: Feu sacré

Le feu sacré de Jérusalem a été apporté en Crimée par la flotte de la mer Noire

Le jour de Pâques, le chef du département en charge des militaires croyants de la flotte de la mer Noire, le capitaine Michel Mamaïev, a amené en avion le feu sacré en Crimée, selon les informations du « Messager du clergé de l’armée et de la marine ». À Sébastopol, des veilleuses ont été allumées au feu sacré en l’église Saint-Nicolas, sise au cimetière des militaires russes qui périrent lors de la guerre de Crimée. Ensuite, le feu a été amené à l’état-major de la flotte de la mer Noire, où la veilleuse placée devant l’icône de saint Théodore Ouchakov (vice-amiral, décédé en 1817 et saint protecteur de la marine russe) a été allumée en présence des commandants de la flotte. Dans la deuxième partie du jour, le contre-amiral Alexandre Fedotenkov a transmis solennellement le feu sacré au métropolite Lazare de Simféropol et de Crimée. La cérémonie a eu lieu devant le monument au saint apôtre André, près de la cathédrale Saint-Vladimir à Chersonèse. De là, le feu a été apporté à toutes les églises de Sébastopol et des autres villes de Crimée. On a également allumé à ce feu les veilleuses placées devant les icônes dans les filiales des écoles supérieures russes à Sébastopol.

Source: Pravoslavie

Une parcelle du Feu sacré a été amenée de Jérusalem en Kamtchatka

KamthatkaUne parcelle du Feu sacré, qui brûle le Grand Samedi en l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, a été amenée le mercredi de la semaine pascale en Kamtchatka sur le vol régulier de la compagnie Aeroflot, depuis Moscou. Le feu sacré, dans une veilleuse spéciale, a parcouru ainsi un long chemin en Russie, jusqu’à sa partie la plus orientale, la Kamtchatka. Il a été accompagné en procession jusqu’à la ville de Petropavlovsk, où un office d’intercession a été célébré en la cathédrale de la Sainte-Trinité. « Chacun peut allumer son cierge au Feu sacré et amener à sa maison une parcelle de la grâce pascale », a déclaré le représentant du diocèse. Le clergé espère que, transmis ainsi, le Feu atteindra les villages les plus éloignés de la région. Pour la première fois, le Feu sacré a été amené en Kamtchatka en 2004.

Source et photographie : Pravoslavie.ru

Un physicien russe a pour la première fois établi la preuve de décharges électriques pendant la descente du feu sacré au Saint Sépulcre à Jérusalem

A
Moscou, dans le cadre des entretiens pédagogiques de Noël, dans la section
« christianisme et science » ont été présentés pour la première fois
les résultats d’une expérience scientifique réalisée par des chercheurs russes
en 2008 le jour du samedi saint à l’église du Saint Sépulcre
(église de la Résurrection, ndr) à Jérusalem .     

André
Volkov, physicien et mathématicien de l’institut d’énergie atomique Kourchatov,
a raconté comment il a lui-même entrepris de mesurer les vibrations à ondes
longues de basse fréquence à l’église pendant la descente du feu sacré.

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L’acteur d’Hollywood Jonathan Jackson a enregistré un album musical consacré à l’orthodoxie

L’acteur d’Hollywood Jonathan Jackson, vedette du feuilleton américain « L’hôpital général » a fait paraître un album musical avec son groupe « Enation », intitulé « Vasileia ton Ouranon » (« Le royaume des Cieux ») qui a pour sujet l’orthodoxie. L’album a été sponsorisé par le monastère athonite de Vatopedi et son higoumène, le père Ephrem. La station radio sur internet « Pemptousia FM » du monastère de Vatopedi a aidé la production de l’album. « Bob Dylan disait que la forme la plus élevée du chant est la prière. Et je le crois. Bob Dylan et Bono et certains autres artistes disaient aussi que les meilleurs chants ne sont pas écrits par nous. Ils sont découverts. Ils sont déjà écrits et nous ne faisons que de les découvrir. Et la prière, pour moi, aide à créer dans la musique et les textes une atmosphère de guérison, d’éveil, d’aspiration pour quelque chose. Elle n’est pas écrite seulement pour les chrétiens, mais pour tous. Et je veux que la musique et les paroles soient adressés aux gens, indépendamment de qui ils sont », a raconté l’acteur à la radio monastique. La famille Jackson a été reçue dans l’orthodoxie en 2012 ce qui, selon l’acteur populaire, a constitué « une décision consciente ». Mis à part sa carrière sur le petit et le grand écran, Jackson participe à l’industrie de la musique depuis 2002 avec son groupe. L’artiste est le compositeur et l’auteur des textes du groupe. Comme il l’a dit, les 16 chansons inclues dans l’album « Le Royaume du Ciel » ont été choisies à l’aide des moines du monastère de Vatopedi.

Vous pouvez écouter une chanson du groupe sur Youtube :

Source

Une bande dessinée consacrée à saint Séraphin de Sarov

51enAr6YltL._SS500_Après une vie de saint Silouane et un volume copnsacré au Pélerin russe, les éditions belge Coccinelle viennent de publier une bande dessinée sur saint Séraphin de Sarov. Présentation: " Dès l'âge de sept ans, le petit Prochore nous plonge dans une aventure extraordinaire : la découverte de la beauté, de la joie et de la force de la prière. Accompagné par l'attention bienveillante de la sainte Mère de Dieu, il chemine, prononce ses voeux monastiques et sera désormais appelé Séraphim, ce qui veut dire "flamboyant". Quel est ce feu qui illuminera toute sa vie et celles des autres ? Où se trouve le Royaume de Dieu ? Quel est le but de la vie ? Pas de grands discours mais de petites phrases toutes simples. Aujourd'hui encore, Séraphim parle au coeur de chacun !"

Voeux aux orthodoxes pour la fête de Pâques

_59670478_014510058-1Le président des États-Unis, Barack Obama, et sa femme, Michelle, ont adressé leurs vœux aux orthodoxes à l’occasion de la fête de Pâques. C’est également le cas du président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre du Canada, Justin Trudeau et de son épouse, Sophie.

Photographie: au Saint-Sépulcre à Jérusalem, la cérémonie du “Feu sacré” (source: BBC)

P. Alexandre Winogradsky en direct aujourd’hui

Regardez en direct sur notre page Facebook, le père Alexandre Winogradsky à partir de 13h30 heure de Paris. Il nous parlera du Feu sacré, miracle qui s’est produit tous les ans le Samedi Saint à l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Nuit de Pâques en la cathédrale de Bucarest

Pagtriarche_danielDes milliers de fidèles se sont assemblés devant la résidence patriarcale et la cathédrale de Bucarest, afin de recevoir du patriarche de Roumanie, la sainte lumière du Feu sacré, amené de Jérusalem. L’office de la Résurrection était célébré par le patriarche Daniel assisté par de nombreux prêtres et diacre. Après avoir reçu la sainte lumière, les fidèles ont écouté l’homélie du patriarche: « la sainte Pâque est le cœur du culte orthodoxe et le fondement de la vie chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine » (1 Cor. 15,14). Aussi, le chrétien est celui qui confesse avant tout que le Christ est ressuscité et attend avec espoir la résurrection des morts et la vie du siècle à venir, comme nous le confessons dans le Credo ». Read More »

Message de Pâques du patriarche Paul de Serbie – avril 2009

Disons « Frères » même à ceux qui nous haïssent ; pardonnons tout à cause de la Résurrection
(Stichère de Pâques)

Chers frères et sœurs, en ces journées printanières, c'est dans une joie immuable que nous célébrons la plus grande fête de l'Église de Dieu, la résurrection du Christ sauveur. Chaque année, à cette époque, quand une force de vie mystérieuse éveille la nature engourdie, une vie plus lumineuse, plus sainte et plus joyeuse s'éveille également en nous. Aujourd'hui affluent des pensées élevées, apparaissent des sentiments sublimes et notre esprit est envahi par des réflexions spirituelles qui dépassent notre horizon quotidien. Avec le Seigneur ressuscité, nous nous élevons vers une vie plus élevée et plus substantielle. Notre cœur est illuminé par l'éclat triomphant de la vie éternelle qui nous a été offerte par notre Rédempteur et Sauveur ressuscité. De même que dans la Genèse mystérieuse, le Verbe de Dieu a fait naître le monde et insufflé la vie dans le monde, de même la puissance divine a fait ressusciter des morts le Fils de Dieu Jésus Christ. Ce grand évènement est mystérieux comme la création du monde, prodigieux et sublime comme le véritable chant de joie qui a éclaté au dessus de toute la création divine.

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4 février (ancien calendrier)/17 février (nouveau)

4 février (ancien calendrier)/17 février (nouveau)
Jour de jeûne

Après-fête de la sainte rencontre de notre Seigneur. Saint Isidore de Péluse, moine (vers 449) ; saint hiéromartyr Abraham, évêque d’Arbela (344-347), saint Hiadore, martyr (IIIème s.) ; saint Aventin, prêtre et ermite à Troyes (538), saint Aventin, évêque de Chartres (528) ; saint Vincent, évêque de Troyes (546) ; saint Évagre, prince de Tsikhédidi et compagnon de saint Chio des Grottes (Mrvimévi) (VIème s.) ; saint Nicolas le Studite, confesseur (868) ; saint Georges, Prince de Vladimir (1238) ; saint Cyrille de Novoyezero (1532) ; saints Abraham et Coprios de Vologda (XVème s.) ; saint Joseph d’Alep, néo-martyr grec (1686) ; saints néomartyrs de Russie : saints hiéromartyrs Méthode, évêque de Petropavlovsk (1921), Eustathe (Sokolski), Jean (Artobolevski), Alexandre (Minervine), Serge (Soloviev), Jean (Alechkovski), Alexandre (Sokolov), Nicolas (Kandaourov), Alexis Kniajesksy, Nicolas (Golychev), Alexis (Charov), Alexandre (Pokrovsky), Arcade (Lobtsov), Boris (Nazarov), Michel (Rybine), Nicolas (Pospelov), Alexis (Lebedev), André (Bednov), Démètre (Kedrolivansky), Jean (Tikhomirov), Pierre (Sokolov), prêtres, Séraphim (Vavilov) et Théodose (Bobkov), moines (1938) et Raphaëla (Vichniakov), Anne (Ephremov), Marie (Vinogradov). Catherine (Dekaline), martyr Jean Chouvalov, Basile (Ivanov), Démètre (Ilinsky), Théodore (Palchkov) et Démètre (Kazamatsky) (1938).

SAINT ISIDORE DE PÉLUSE

Saint Isidore de Péluse, moine (vers 449)

Saint Isidore, né vers 360, était originaire d’une noble et illustre famille d’Alexandrie apparentée à celle du patriarche Théophile et de son neveu saint Cyrille [9 juin] . Il reçut une excellente éducation, profane et sacrée, dans les écoles de cette métropole de la sagesse antique, et il s’attacha avec zèle à suivre la doctrine des Pères qui l’avaient précédé, en particulier de saint Jean Chrysostome, dont il est considéré comme l’un des principaux disciples.

Il enseigna d’abord, pour quelque temps, la rhétorique à l’est du Delta du Nil ; mais son amour de Dieu lui fit rapidement renoncer aux vains attraits de cette vie passagère et il se retira au désert de Nitrie. Après une année de vie ascétique, son souci de l’édification de l’Église le convainquit de retourner à Péluse, où il fut ordonné prêtre par l’évêque Ammonios qui lui confia la charge de l’enseignement des fidèles et des catéchumènes. Son talent oratoire et sa connaissance approfondie de l’Écriture sainte, qu’il avait acquise dans l’hésychia, firent de lui un maître renommé dans toute l’Égypte, et de nombreux juifs et païens se convertirent après l’avoir entendu prêcher. Mais lorsqu’un certain Eusèbe fut élu comme nouvel évêque de Péluse (413), il imposa une telle pression sur l’Église qu’Isidore décida de « fuir » de nouveau vers le Désert. Il se retira alors dans un monastère, près d’Aphnaion, où il passa le reste de ses jours en reclus. Il ne portait qu’un vêtement de poil très rude et ne vivait, à l’exemple de saint Jean-Baptiste, que d’herbes et de feuilles.

Regardé comme le modèle vivant de la vertu et de la science, et placé sur la montagne comme un luminaire qui diffuse partout sa lumière, saint Isidore dispensa son enseignement avec autorité pendant de longues années, sans crainte des persécutions et de la haine des hommes à l’esprit charnel, par l’entremise d’innombrables lettres concises et profondes, dont plus de deux mille nous sont conservées. En réponse à ses correspondants de toutes origines, il résolvait avec pénétration spirituelle les difficultés de l’Écriture sainte, réfutait les interprétations erronées des juifs, exposait clairement les mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation de notre Seigneur, confondant ainsi les hérétiques ariens, nestoriens, sabelliens et autres propagateurs de divisions. Il louait en de lyriques accents la grandeur du sacerdoce et blâmait les évêques, les prêtres, les diacres et les moines qui avaient une conduite indigne de leur vocation. Sans considération pour la puissance humaine, il adressait aussi ses remontrances aux magistrats, aux gouvernants et à l’empereur Théodose II (408-450) lui-même, pour leur rappeler leurs devoirs envers le peuple de Dieu et la sainte Église. Il pourchassait partout le vice, inspirait l’amour de la justice et de la vertu, jugeait et tranchait avec autorité les affaires de ce monde, tout en restant hors du monde.

Comme saint Cyrille, devenu archevêque d’Alexandrie, s’était laissé entraîné à la suite de son oncle, le trop fougueux Théophile, et refusait de commémorer le nom de saint Jean Chrysostome dans les diptyques pendant la Divine Liturgie, saint Isidore lui écrivit en lui rappelant avec force que Dieu lui-même nous a enseigné à ne pas nous fier aux rumeurs et à nos préjugés pour porter un jugement équitable . À la suite de cette lettre et d’une révélation divine, saint Cyrille, changeant humblement d’attitude, rétablit non seulement le nom du saint archevêque de Constantinople dans les diptyques, mais devint aussi l’un des plus fervents propagateurs de son culte. Quelques années plus tard (433), constatant que saint Cyrille mettait trop d’âpreté dans sa dispute contre l’archevêque d’Antioche, Jean, après la condamnation de Nestorius par le Concile d’Éphèse, Isidore lui écrivit de nouveau pour l’exhorter à faire de raisonnables concessions au profit de la paix, en disant : « Comme votre père, puisque vous voulez bien me donner ce nom, ou plutôt comme votre fils, je vous conjure de mettre un terme à cette dissension, de peur que vous ne reportiez votre opiniâtreté au sujet de l’injure qui vous a été faite à l’Église vivante, y suscitant ainsi une éternelle division sous prétexte de piété » .
Cette autorité, semblable au zèle des anciens prophètes, admise par des hommes de Dieu tel saint Cyrille, lui suscita cependant de nombreux tourments . Mais saint Isidore restait impassible au sein des tribulations comme devant les grands problèmes qui agitaient alors l’Église, car il avait la conviction que c’est par la souffrance et la croix que nous acquérons la vie éternelle et que l’Église prépare sa gloire future. C’est dans de telles dispositions qu’il accueillit la mort, comme une libératrice et comme le couronnement de ses longs combats (entre 435 et 440).

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la sainte Rencontre, ton 1
Réjouis-toi, ô Pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, le Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres. Sois aussi dans l’allégresse, juste vieillard, qui as reçu sur tes bras Celui qui libère nos âmes et nous donne la Résurrection.

Tropaire de saint Isidore de Péluse, ton 8
En toi, vénérable Père, la divine Image se reflète exactement: * afin de lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ; * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s’occuper plutôt de l’âme qui vit jusqu’en la mort et par-delà; * c’est ainsi que ton esprit se réjouit, * saint Isidore, avec les Anges dans le ciel.

Kondakion de saint Isidore de Péluse, ton 4
En toi, l’Église a trouvé un autre astre du matin, ô très glorieux ; éclairée par l’éclat de tes paroles, elle t’acclame : réjouis-toi, très bienheureux et sage en Dieu, Isidore.

Kondakion de la fête de la Ste Rencontre, ton 1
O Toi qui as sanctifié par Ta naissance le sein virginal et qui as béni, comme il le fallait, les bras de Siméon, Tu es venu, Christ Dieu, nous sauver en ce jour. Dans ses guerres, donne la paix à Ta cité et affermis les chrétiens orthodoxes que Tu as aimés, Toi seul Ami des hommes.

Évangile du jour
(Mc XII, 28-37)

Un des scribes, qui les avait entendus discuter, sachant que Jésus avait bien répondu aux sadducéens, s’approcha, et lui demanda: Quel est le premier de tous les commandements? Jésus répondit: Voici le premier: Écoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur; et: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. Le scribe lui dit: Bien, maître; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu’il n’y en a point d’autre que lui, et que l’aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. Jésus, voyant qu’il avait répondu avec intelligence, lui dit: Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n’osa plus lui proposer des questions. Jésus, continuant à enseigner dans le temple, dit: Comment les scribes disent-ils que le Christ est fils de David? David lui-même, animé par l’Esprit Saint, a dit: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. David lui-même l’appelle Seigneur; comment donc est-il son fils? Et une grande foule l’écoutait avec plaisir.

16 février

16 février

Saints Pamphile, prêtre, Valens, diacre, Paul, Porphyre, Séleucius, Théodule, Julien, Samuel, Élie, Daniel, Jérémie et Isaïe, martyrs en Palestine (307-309) ; saint Tigride, prêtre à Clermont (vers 388) ; saint Siméon, évêque de Metz (IVème s.) ; saint Marouf, évêque de Mésopotamie (422) ; saint Armentaire, évêque d’Antibes (512) ; saint Tétrade, évêque de Bourges (VIème s.).

SAINT PAMPHILE
Le maître de ce chœur des douze glorieux martyrs qui, d’origines et de qualités différentes, étaient une image de l’Église en sa diversité, était l’illustre Pamphile. Originaire de Béryte (Beyrouth), en Syrie, il avait été l’élève de Piérios, le successeur d’Origène à la tête de l’École Catéchétique d’Alexandrie, et il devint l’un des plus fervents admirateurs et propagateurs de l’enseignement de ce grand maître. Ayant renoncé à sa fortune pour la distribuer aux pauvres et fuyant toute gloire mondaine, il s’était consacré tout entier à la pratique de la vertu et à la méditation de la parole de Dieu. D’Alexandrie, il alla s’installer à Césarée de Palestine où, après avoir été ordonné prêtre, il devint le directeur de l’École théologique fondée par Origène. Avant même le déclenchement de la persécution, il vivait comme un martyr, mortifiant tous les plaisirs de la chair par l’ascèse, et il se consacrait avec un zèle infatigable à la copie et à l’interprétation de l’Écriture sainte, en utilisant la méthode allégorique de son maître.

En 307, au moment où la grande persécution de Maximin Daïa faisait rage dans tout l’Orient, il fut arrêté et conduit devant le gouverneur de Palestine, le cruel Urbain, qui, après l’avoir éprouvé dans ses connaissances philosophiques, lui donna l’ordre de sacrifier aux idoles. Le saint prêtre supporta les tourments avec la constance d’un être incorporel et fut jeté en prison, en compagnie du diacre Valens, vieillard de noble apparence, qui pouvait citer de mémoire de longs passages de l’Écriture sainte, et du vaillant Paul qui avait enduré sans broncher l’application des fers rouges.

Ils restèrent ainsi deux années en prison, jusqu’au jour où cinq chrétiens originaires d’Égypte, qui avaient escorté des confesseurs du Christ déportés dans les mines de Cilicie, se présentèrent aux portes de la ville sur le chemin du retour vers leur patrie. Interrogés par les gardes, ils ne cachèrent rien de la vérité et se déclarèrent chrétiens. On les arrêta aussitôt comme des malfaiteurs et on les conduisit devant le gouverneur de Césarée, Firmilien. Après les avoir éprouvés par diverses tortures, le juge passa à l’interrogatoire et leur demanda de décliner leur identité. Au lieu de donner leurs noms païens, ils s’attribuèrent les noms de grands prophètes de l’Ancien Testament : Élie, Jérémie, Isaïe, Samuel et Daniel. Quand il leur demanda quelle était leur patrie, l’un d’eux répondit : « Jérusalem ! » en faisant allusion à la Jérusalem d’en haut, la Cité du Dieu vivant, qui est la patrie céleste de tous les chrétiens. Le juge, gardant l’esprit rivé aux choses de cette terre, pensa que les chrétiens s’étaient concentrés dans une ville ennemie des Romains . Il fit flageller le saint martyr pendant un long moment, puis, constatant qu’il restait inébranlable, il donna l’ordre de le décapiter avec ses quatre compagnons.

Emporté par sa colère, il fit amener aussi Pamphile et ses compagnons, qui avaient déjà fait preuve de leur inébranlable fermeté au milieu des supplices, et il leur demanda de se soumettre. Comme les saints martyrs persistaient dans leur confession de foi, il les condamna au même châtiment. Alors qu’on les emmenait pour être exécutés, Porphyre, jeune serviteur de dix-huit ans et fils spirituel de Pamphile, sortit de la foule et réclama à haute voix les corps des martyrs pour les ensevelir. Le juge, plus féroce qu’une bête sauvage, repoussa cette demande et après avoir fait saisir Porphyre, il le livra à ses bourreaux, en leur donnant l’ordre de lui déchirer la chair jusqu’aux profondeurs des entrailles. Après avoir eu le corps longuement broyé dans les tourments, sans voix et presque sans vie, Porphyre fut condamné à être brûlé à petit feu. Il marcha vers la mort tel un athlète victorieux, le visage rayonnant de la grâce divine et les yeux fixés vers le ciel, en donnant calmement à ses amis ses dernières instructions. Quand il fut placé sur le bûcher, il attira à lui les flammes avec avidité, en respirant profondément, et ne laissa échapper qu’une seule parole pour appeler Jésus, le Fils de Dieu, à son secours.
Séleucos, un des confesseurs qui avaient renoncé à servir dans l’armée pour prendre soin des chrétiens opprimés, alla annoncer à Pamphile la consommation du martyre de Porphyre. Comme il embrassait l’un des détenus, les soldats s’emparèrent de lui et le conduisirent devant le gouverneur qui, sans plus tarder, le condamna à mort. Quelques instants plus tard, Théodule, un vénérable et pieux vieillard, qui avait été honoré de la première charge dans la domesticité du gouverneur, manifesta sa foi et son attachement aux saints martyrs de la même manière que Séleucos. Il fut conduit devant son maître qui, au comble de la colère, le livra au supplice de la croix, et l’honora ainsi d’une mort semblable à celle du Sauveur.

Sur ces entrefaites, Julien, homme pieux originaire de Cappadoce et rempli du zèle de l’Esprit Saint, arrivant de voyage, se précipita vers le lieu où gisaient les dépouilles des saints martyrs et, transporté de joie, il les serra dans ses bras et les embrassa les uns après les autres. Il fut aussitôt arrêté et traduit devant Firmilien qui le condamna à mourir lui aussi, lentement, par le feu. C’est avec une joie surnaturelle, en rendant grâce à Dieu à haute voix, qu’il rejoignit le chœur des saints martyrs.
Après l’exécution de Pamphile, le chef de cette glorieuse cohorte, le gouverneur impie ordonna que son corps et ceux de ses compagnons fussent laissés sur place, en pâture pour les animaux carnassiers. Mais, par la Providence de Dieu, aucune bête n’approcha de leurs saintes dépouilles et les chrétiens purent leur ménager de dignes funérailles.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Pamphile, ton 4

Tes Martyrs, Seigneur, pour le combat qu’ils ont mené * ont reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animés de ta force, ils ont terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Kondakion de saint Pamphile , ton 2
Ayant chéri les divins préceptes du Christ, * tu es devenu le secours des croyants, * Pamphile, ami du Christ aux généreuses pensées; * aussi nous disons bienheureuse ta fête sacrée; * sans cesse auprès de Dieu intercède pour nous tous.
Évangile du jour
(Mc. XII, 18-27)

Les sadducéens, qui disent qu’il n’y a point de résurrection, vinrent auprès de Jésus, et lui firent cette question: Maître, voici ce que Moïse nous a prescrit: Si le frère de quelqu’un meurt, et laisse une femme, sans avoir d’enfants, son frère épousera sa veuve, et suscitera une postérité à son frère. Or, il y avait sept frères. Le premier se maria, et mourut sans laisser de postérité. Le second prit la veuve pour femme, et mourut sans laisser de postérité. Il en fut de même du troisième, et aucun des sept ne laissa de postérité. Après eux tous, la femme mourut aussi. À la résurrection, duquel d’entre eux sera-t-elle la femme? Car les sept l’ont eue pour femme. Jésus leur répondit: N’êtes-vous pas dans l’erreur, parce que vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu? Car, à la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux. Pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous pas lu, dans le livre de Moïse, ce que Dieu lui dit, à propos du buisson: Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob? Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes grandement dans l’erreur.

« Il est temps pour nous de comprendre le sens de notre propre histoire ». Interview de l’archevêque de Montréal et du Canada Gabriel (Église orthodoxe russe hors-frontières)

Dans une interview accordée à la fin du mois de décembre 2016, l’archevêque de Montréal et du Canada Gabriel (Chemodakov) a exprimé son opinion sur le mode de fonctionnement des Synodes du Patriarcat de Moscou et de l’Église hors-frontières, le Concile de Crète, la situation ecclésiale en Russie, la crise ukrainienne, les schismes qui se sont produits dans l’Église hors-frontières au Canada, et enfin la signification de la révolution bolchevique. Nous publions ci-après la traduction intégrale de cette interview.

– Votre Éminence, l’année présente marque pour vous le vingtième anniversaire de votre sacre épiscopal et le cinquante-cinquième anniversaire de votre naissance. Et vous êtes en outre membre du Synode des Évêques de l’Église orthodoxe russe depuis vingt ans. C’est une expérience significative du travail synodal. Or, cette année (2016), vous, qui êtes membres permanent du Synode de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, avez participé au Synode du Patriarcat de Moscou, auquel vous avez été appelé pour la session d’été. En quoi résident les similitudes et les différences de la procédure synodale à New York et à Moscou ?

– Au début de mon épiscopat, j’ai rejoint au Synode [de l’Église russe hors-frontières] ceux de nos évêques qui étaient nés encore en Russie impériale : je ne mentionnerai que l’archevêque Antoine de San Francisco et le métropolite Vital du Canada, tous deux d’éternelle mémoire. D’eux émanait un esprit russe particulier. J’ai ressenti celui-ci alors que j’étais encore enfant, en Australie, où un nombre important de Russes avaient émigré, et plus tard, lorsque j’étudiais au Séminaire de la Sainte-Trinité [à Jordanville, USA, ndt], où j’ai rencontré ces moines qui avaient commencé leur ministère ecclésial en Russie impériale et qui se rappelaient de celle-ci. Parmi ceux qui avaient cet esprit russe, il faut bien sûr mentionner aussi l’archevêque (le futur métropolite) Laure, qui était alors secrétaire du Synode, dont je fus rapidement nommé le remplaçant. Ainsi, par la miséricorde de Dieu, il y avait pour moi chez qui apprendre, j’ai eu la possibilité de puiser de l’expérience, dont celle du travail synodal. Si j’essaye de définir l’essence de cette expérience, je dirais qu’elle a pour fondement l’approche conciliaire : en d’autres termes, tout doit être décidé conciliairement. De mon expérience personnelle dans ce milieu, il ressort en premier ce qui suit : il faut absolument s’efforcer d’éviter les décisions hâtives. Il faut, avec tout le bon sens qui nous est donné, peser le « pour » et le « contre ». Il faut résoudre les questions qui surgissent, dans la prière, soigneusement, minutieusement, afin que l’on ait pas à regretter ensuite sa précipitation. Une telle approche est dictée par le fardeau de la haute responsabilité archipastorale. Ce fardeau, de toute évidence, a toujours été ressenti par nos remarquables hiérarques, que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors des sessions de notre Synode. Ce faisant, ou plutôt, grâce à cela, ils étaient des exemples de modestie et d’accessibilité. J’ai remarqué une approche semblable au cours des sessions du Synode des évêques du Patriarcat de Moscou, qui se sont déroulées sous la direction réellement sage de S.S. le patriarche Cyrille, et auxquelles j’ai eu l’honneur de prendre part cet été. Les sessions ont commencé à Saint-Pétersbourg, la vie natale de ma famille du côté maternel, ce dont j’étais particulièrement heureux. Enfin, j’ai pu trouver notre maison natale, sur le boulevard Souvorov. Les sessions de Saint-Pétersbourg ont eu lieu dans le bâtiment historique du Saint-Synode, et nous avons été logés dans l’hôtel du monastère restauré de Novodievitchi.

– Vous avez mentionné une certaine similitude dans le travail des Synodes de l’Étranger et en Russie. Mais quelles sont les différences ?

– On ne peut comparer le volume du travail. [À Moscou] il est même impossible techniquement de discuter en une seule journée de la liste des questions entrant dans l’ordre du jour, sans parler de la prise de décision au cours de la discussion. Aussi, des propositions détaillées sont préparées avant les sessions, puis elles sont soumises à la discussion. À l’étranger, nous pouvons nous permettre de discuter des questions courantes, et tout cela dure un jour et demi en tout. Le principal est – je l’ai ressenti pendant les sessions – qu’elles se sont passées dans l’esprit d’amour fraternel.

– Votre participation à la session d’été du Synode a coïncidé avec un événement de la vie ecclésiale actuelle qui, s’il n’était pas le plus important, comme cela s’est avéré, a été indubitablement le plus discuté, à savoir la rencontre des Églises locales en Crète. Celle-ci a été appelée tantôt Concile panorthodoxe, tantôt consultation panorthodoxe, voire le Huitième Concile œcuménique. Toutes ces appellations se sont avérées prématurées. Que pourriez-vous dire à ce sujet ?

– Une discussion animée a eu lieu sur la participation au « Concile de Crète ». Au mois d’avril encore, semble-t-il, tous étaient convaincus que l’Église orthodoxe russe devait prendre part à cette rencontre. Des chambres avaient déjà été réservées dans les hôtels, les billets d’avions étaient achetés. Mais, naturellement, la participation de la délégation de l’Église russe supposait des conditions définies. Or, il est apparu, dans le processus de régularisation des points restés non résolus, que Constantinople ne donnait pas de réponse aux questions posées. Ce silence du Phanar a tout décidé. Au mois d’avril, je me trouvais à Jérusalem avec un groupe de pèlerins du Canada et des États-Unis. Le chancelier du Patriarcat de Moscou, le métropolite Barsanuphe, m’a téléphoné, pour savoir si je pouvais venir à la session extraordinaire du Saint-Synode, où il sera question de la rencontre de Crète. J’ai répondu que je n’avais pas la possibilité d’être présent à la session, mais en cas de vote, j’ai demandé que mon opinion soit prise en compte : s’abstenir de participer à cette rencontre. D’après les résultats du vote, il s’est avéré que le Saint-Synode était précisément parvenu à cette décision. En définitive, la discussion de la « question de Crète » par nos hiérarques du Saint-Synode avec à leur tête S.S. le patriarche est devenue, je ne crains pas de le dire, le triomphe de la communion et de la catholicité fraternelles.

– Vous êtes membres de la Commission synodale de l’Église orthodoxe russe hors-frontières pour la canonisation des néomartyrs de Russie. Des sessions communes de l’Église hors-frontières et du Patriarcat de Moscou ont eu lieu. Pourriez-vous dire ce qui est discuté maintenant à ces sessions ?

– Des rencontres communes ont commencé en 2014. La seconde a eu lieu sous la présidence de S.S. le patriarche. Notre œuvre principale est la mise en ordre de la liste des Néomartyrs et Confesseurs de Russie. Actuellement, la liste de Russie et celle de l’étranger ne coïncident pas entièrement, et nous voudrions, naturellement, qu’elle soit unique. Il est question de l’élaboration d’un principe d’approche des documents, dont en partie, les protocoles d’interrogatoires de ceux qui ont souffert pour la foi en Christ. Les persécuteurs s’efforçaient de justifier les persécutions auxquelles étaient exposés les croyants. Ensuite, il faut prendre en compte que dans les protocoles des interrogatoires et les autres documents semblables ont pu être altérées, non seulement les causes, pour lesquelles les martyrs de la foi étaient arrêtés, mais aussi la figure morale et spirituelle des condamnés. Ce sont des circonstances qui, comme je le présume, doivent absolument être prises en compte.

– Vous avez effectué un pèlerinage en Russie avant les événements de 1991 déjà. Et vous avez accompagné dans ce pèlerinage le métropolite Laure d’éternelle mémoire. Il en a résulté que vous avez pu observer la renaissance de l’Église russe. Pourriez-vous faire en quelque sorte une comparaison : que s’est-il produit à cette époque dans la Russie ecclésiale, et comment la situation se présente-t-elle aujourd’hui ?

– Je suis allé pour la première fois en pèlerinage aux saints lieux de la Patrie en 1988, l’année du millénaire du baptême de la Russie, avec un petit groupe de nos pèlerins de New York. Nous sommes allés à Moscou, à Kiev et à Saint-Pétersbourg. Quant à mon second pèlerinage dans la Patrie, il a eu lieu au mois d’août 1993. Et j’ai accompagné l’archevêque de Syracuse et du monastère de la Sainte-Trinité Laure, d’éternelle mémoire, avec mon camarade d’études au séminaire, maintenant archiprêtre, le père Paul Ivanov. Nous avons visité Moscou, parcouru « l’Anneau d’or », nous sommes allés à Novgorod, Pskov, Gous-Khroustalny, Belgorod. Nous avons vu la Russie ecclésiale, telle qu’elle était alors. J’ajoute que S.E. Mgr Laure est parti en pèlerinage, pour ainsi dire, « incognito » : il ne portait qu’une croix pectorale, sans encolpion. L’arrière-plan des événements de cette époque, pour moi, descendant d’émigrés de la « première vague », n’était pas toujours clair, mais j’avais vu que, au cours des cinq dernières années passées, beaucoup de choses avaient changé dans l’Église russe : elle renaissait, elle se remettait sur pied, et les événements tragiques qui avaient eu lieu sur notre terre avaient ramené l’homme russe dans l’enceinte de l’Église. Telle est la volonté de Dieu nous concernant, et la renaissance de l’Église n’était pas fonction de la croissance du nombre des paroissiens. Cette croissance est le résultat du fait que le peuple russe revient à ses racines orthodoxes, sur lesquelles a crû notre civilisation russe. Si l’on considère les données statistiques, le pourcentage n’a pas encore atteint le niveau que nous espérons, mais c’est seulement le début du chemin. Aujourd’hui, la tâche principale de l’Église est l’ecclésialisation de notre peuple. En même temps, en Occident, les églises vides en raison de l’absence des paroissiens sont transformées en « condominiums », en clubs et en restaurant, tandis qu’en Russie, grâce à Dieu, dans la seule ville de Moscou il est prévu de construire 200 nouvelles églises. Mais le diable ne dort pas. Ce n’est pas en vain que les forces démoniaques s’attaquent avec une telle violence obstinée sur la Russie d’aujourd’hui. Notre Patrie est accusée de tous les crimes possibles et imaginables, on fait tout pour que soit semée dans les cœurs des hommes en Occident la haine de la Russie. Mais cela n’est pas nouveau : la floraison de la Russie orthodoxe était haïe par les forces du mal il y a des centaines d’années déjà. C’est précisément ce que nous observons aujourd’hui également. C’est pourquoi il est si important pour le peuple russe de réfléchir sur le sens du sort de la Russie au XXème s. Or, hélas, peu de gens en Russie savent quelque chose sur l’état des esprits avant les troubles de 1917, sur l’essence des persécutions de l’Église dans les années vingt. Si les gens en savaient plus sur les hauts faits des néomartyrs de Russie, ils seraient abasourdis. Et ils aspireraient à recréer la Russie historique. Les résultats des événements de 1991 ont provoqué une illusion assez répandue, selon laquelle quelque variante du rétablissement de l’URSS serait un bien. Alors que pour nous, comme idéal, nous devons aspirer précisément à la renaissance de l’État orthodoxe russe. Mais notre peuple est-il prêt à cela ?… Et le fait que ce qui s’est produit en 1917 s’est prolongé ensuite durant plus de sept décennies, a été vraiment permis par Dieu, ce dont en 1905 déjà avait parlé St Jean de Constadt : « S’il n’y a pas de repentir dans le peuple russe, la fin du monde sera proche. Dieu lui enlèvera le pieux tsar et enverra un fléau en la personne de gouvernants impies, violents, autoproclamés, qui innonderont toute la terre de sang et de larmes ». Dieu soit loué que la renaissance de la Russie ait commencé. À ce sujet, je suis allé cette année dans la maison où vécut le saint pasteur de Cronstadt, je me suis assis devant sa table… On sent une grâce particulière dans cette maison.

– Vous avez mentionné votre séjour à Jérusalem en automne. Au même moment se trouvait en Terre Sainte le métropolite de Kiev Onuphre, que l’on connaît bien et que l’on aime dans l’Église russe hors-frontières. L’Église orthodoxe, sur les anciennes terres de Kiev passe par des moments difficiles. Comme caractériseriez-vous la situation ?

– Ce n’est pas la première fois que je rencontre Mgr Onuphre en Terre Sainte. Cette fois, j’ai eu le bonheur de concélébrer avec Sa Béatitude le métropolite de Kiev à la Liturgie et ce au Saint-Sépulcre. Mgr Onuphre est un authentique archipasteur et moine, et pour cette raison, il est humble et accessible. La Terre d’Ukraine souffre, et notre Église, l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou, porte ces souffrances. Dans ces circonstances, la tâche qui a été confiée à S.B. Mgr Onuphre est, comme on l’exprime dans le langage ecclésiastique, le port de la croix. Pour ce qui concerne les événements tragiques sur ces terres, qui durent depuis l’automne-hiver 2013, je voudrais rappeler à ceux qui calomnient la Russie, en affirmant que celle-ci a été quasiment l’initiatrice de l’effusion de sang : pendant toute la crise ukrainienne, les mesures prises par la Russie n’ont été que réactives, ce qu’a dit à maintes reprises le président Poutine. Aussi, nombreux sont les citoyens russes qui considèrent que ces réactions sont insuffisantes, trop modérées. Et posons-nous la question : que se serait-il passé si, non pas à Kiev, mais à Washington, devant la Maison Blanche, s’était assemblée une foule bruyante, munie de cocktails Molotov, voire même d’armes à feu, et avait essayé de renverser le président élu à la majorité des voix ? Tout homme sensé connaît très bien la réponse à cette question ; la foule aurait été sans tarder dispersée par les forces armées. Il va de soi qu’aucun changement de pouvoir ne se serait alors produit.

– Il y a huit ans, l’Assemblée des évêques de l’Église russe hors-frontières vous a nommé au siège épiscopal de Montréal et du Canada. Actuellement, le diocèse du Canada, qui fut naguère l’un des plus féconds de l’Église russe hors frontières, n’est pas encore entièrement remis des conséquences des schismes et troubles ecclésiastiques de 2001, qui ont déposé leur empreinte sur tout le cours des affaires diocésaines. Maintenant, Dieu soit loué, la situation est autre : le nombre des paroisses augmente, un grand nombre de fidèles et de clercs qui avaient été troublés par les organisateurs du schisme, sont revenus dans l’enceinte de l’Église. Quels sont vos plans, et peut-être vos espérances, en tant qu’archevêque diocésain ?

– La chaire épiscopale de Montréal a été établie sous l’archevêque Joasaph (Skorodoumov) d’éternelle mémoire. En 1929, l’archimandrite Joasaph est venu de Serbie à Montréal, où il fut recteur de la paroisse et bénéficia du respect tant du clergé que des fidèles. Le 12 octobre 1930, à Belgrade, eut lieu son sacre épiscopal, présidé par S.B. le métropolite Antoine (Khrapovitzky), « l’abba » de l’Église russe hors-frontières. L’évêque Joasaph a été nommé évêque de Montréal. Historiquement, le diocèse canadien s’est développé d’Ouest en Est : cela était lié à l’établissement des émigrés orthodoxes qui arrivaient au Canada. Lorsque fut établi un diocèse indépendant d’Edmonton et du Canada occidental, c’est là que fut nommé l’évêque Joasaph. L’évêque voyageait constamment dans tous les confins de ce Canada immense : soit en train, soit en bateau, parfois même à pied. Au cours d’une vingtaine d’année, il construisait, baptisait, mariait, organisait des offices, dirigeait et prêchait. Il est vrai que notre diocèse a subi des dégâts importants du fait des schismes de 2001. Mais, Dieu merci, les choses se sont rétablies graduellement. Le principal est qu’il est maintenant évident que « les zélateurs irraisonnés » qui nous faisaient craindre une chute rapide et inévitable dans les abîmes de l’œcuménisme, et sous ce motif ont créé un épiscopat non canonique – ces « zélateurs » ont fait une grande erreur. Tous ont pu se convaincre durant ces dernières années que nous-même, l’Église orthodoxe russe hors-frontières, n’avons pas « chuté », et l’Église russe dans la Patrie s’est renforcée dans la fidélité aux canons des saints Pères. Mentionnons ne serait-ce qu’une fois encore la position ferme de S.S. le patriarche au sujet de la rencontre de Crète. Je m’adresse à ceux qui ont quitté alors l’enceinte de l’Église : réfléchissez, frères et sœurs ! Il est temps pour nous de comprendre, orthodoxes russes, dans la Patrie et dans la diaspora, que l’unité est particulièrement indispensable. Vous êtes tous témoins du fait que le groupe qui s’appelle « véritable Église hors-frontières » s’est déjà divisé. À sa place se sont substitués cinq, voire six groupes, qui se font la guerre, et cette fragmentation continue jusqu’à maintenant, ce que peut-être certains d’entre vous ignorent. À ceux qui sont partis de chez nous, alors qu’ils ont le rang sacerdotal, il est nécessaire de réfléchir. Nous savons que, selon les saints canons, on ne peut se séparer de son évêque qu’en raison d’une hérésie condamnée par les saints Conciles ou les Pères, lorsque l’évêque prêche publiquement une hérésie, et l’enseigne ouvertement à l’église. Mais qui oserait soutenir que le métropolite Laure d’éternelle mémoire, qui, en sa qualité de primat de l’Église orthodoxe russe à l’étranger a rétabli la communion avec l’Église patriarcale dans la Patrie, prêchait une hérésie ? Et peut-on en accuser nos présents hiérarques ? Nous nous tenons fermement à nos fondements, qui ont été définis par S.B. le métropolite Antoine, à savoir depuis le début des années vingt du siècle passé. Si quelqu’un se veut patriote russe, il ne peut en aucun cas être séparé de l’Église russe, il ne peut rester dans le schisme. De tous temps, le sort des schismes a toujours été le même : tôt ou tard, ils sombrent dans l’oubli et ceux qui y sont « piégés » risquent leur salut. Le phénomène même du schisme ne sert que ceux qui haïssent la Russie. Dans notre diocèse, par la grâce de Dieu, de nouvelles paroisses continuent à s’ouvrir. Ainsi, en 2015, lors du millénaire du bienheureux trépas du saint prince Vladimir égal-aux-apôtres, est apparue à Saskatoon (province du Saskatchewan) la première paroisse de l’Église orthodoxe russe qui, dans l’histoire du Canada, porte le nom du baptiste de la Russie. À Calgary (Alberta) a été instituée une nouvelle paroisse, dédiée à saint Jean Chrysostome. J’ajouterai que les nouvelles paroisses dans notre diocèse sont fondées par de nouvelle générations de Russes qui se sont installés pour diverses raisons au Canada.

– Parmi les « nouveautés » qui ont vu le jour dans le diocèse par vos soins, il convient de mentionner les pèlerinages réguliers aux Lieux Saints. Auriez-vous l’intention d’élargir et de compléter les circuits des pèlerinages ?

– Nous accomplissons sans faute tous les deux ans des pèlerinages et ce depuis 2008. Ce printemps, nous sommes allés en Terre Sainte, pour la quatrième fois déjà. Il est important que chaque orthodoxe, au moins une fois dans sa vie, ait la possibilité de visiter les lieux où notre Seigneur Jésus-Christ a accompli Sa mission terrestre. Nos pèlerinages, habituellement, s’achèvent le jour de l’Ascension au monastère du Mont des Oliviers, en l’église dédiée à cette fête. Ce monastère a été créé par les soins de l’archimandrite Antonin (Kapoustine) qui, par la volonté de Dieu, est devenu de facto le fondateur de la présence ecclésiale russe en Terre Sainte. En août 2017, ce sera le deuxième centenaire de sa naissance. Une partie des monastères russes, fondés par le père Antonin en Terre Sainte, a été préservée par les soins de l’Église russe hors-frontières. Si nous n’avions pas ces monastères, il serait plus difficile d’organiser les pèlerinages. Nous espérons que l’année se trouvant entre deux pèlerinages en Terre Sainte, nous partirons vénérer les saints lieux de Russie. Nous pensons que nous aurons aussi l’occasion de séjourner dans les saints lieux de Rome, Bari, auprès des reliques de saint Nicolas, et sur l’île de Corfou chez saint Spiridon de Trimythonte. Naturellement, nous l’annoncerons à nos fidèles en temps utile.

– Votre Éminence, il ne reste quelques jours jusqu’à l’année 2017. Cette année sera étroitement liée dans la conscience russe avec des dates tragiques : lе coup d’État de février 1917, l’abdication de l’Empereur Nicolas II, le saint tsar-martyr. Et suite à tout cela, la révolution d’octobre… Ces dernières années, nous observons qu’un certain nombre de Russes sont enclins à ne pas faire cas de ces événements sinistres et sanguinaires qui, d’une façon ou une autre, ont été le résultat du gouvernement des bolcheviques. En réponse à la mention de ce fait historique incontestable, on entend souvent : sous ce gouvernement, sous le pouvoir soviétique, sous Staline, en fait sous sa direction, nous sommes parvenus à la plus grande victoire sur la partie de l’Europe envahie par l’Allemagne ! Ne dénigrez pas notre victoire ! Quelle est votre attitude à une telle approche de l’histoire russe du milieu du XXème siècle ?

– Je le dis tout de suite : « sous le régime soviétique », ne veut dire en aucun cas « grâce » à lui. Ce n’était pas la volonté divine que la Russie périsse, et c’est pourquoi la victoire nous a été donnée sur les adversaires. La victoire est advenue indépendamment des gouvernants athées, on peut même dire, malgré eux. Mais voyons les choses dans l’ordre. Lors de la dernière séance de décembre du Synode des évêques de l’Église hors-frontières qui, comme le veut notre usage, a été fixée au 10 décembre, c’est-à-dire le jour de la découverte de l’icône de la Mère de Dieu de Koursk, qui est appelée chez nous « l’hodigitria » de la Russie de l’étranger, nous avons discuté la façon de commémorer cette année tragique. Mais avant, je me permettrai d’exprimer mon opinion personnelle. J’ai dit plus d’une fois qu’il fallait que notre peuple connaisse le mieux possible sa propre histoire. C’est alors, en partie, que changera son attitude envers les symboles de la révolution destructrice, qui sont précisément les symboles de la défaite, les symboles des troubles fratricides. Au nombre de ces symboles soviétiques, il faut ranger aussi les appellations « révolutionnnaires » de nombreuses villes russes, notamment de la ville natale de ma famille, Viatka, qui jusqu’à maintenant s’appelle Kirov [révolutionnaire soviétique, ndt]. Or les habitants de Viatka se sont prononcés contre le retour au nom historique de leur ville… Rappelons-le : Lénine et Staline sont coupables des massacres de millions de leurs compatriotes, parmi eux la Famille Impériale, et les saints néomartyrs de Russie, qui ont été tués sauvagement. Notre peuple doit prendre conscience de ces horreurs. Cela demande notre reconnaissance et la glorification des hauts faits des néomartyrs. En Allemagne, on a pris assez rapidement conscience des atrocités d’Hitler. Pourquoi, en Russie, n’est-on pas pleinement conscient de la tragédie de la révolution, et ne condamne-t-on pas les bourreaux qui l’ont engendrée et qui ont été engendrés par elle ? Le corps non inhumé de Lénine, qui, toujours est-il, demeure dans le centre même de la capitale russe, est peut-être le symbole principal de la défaite russe, de la ruine de la Russie historique. Pouvons-nous imaginer que se dresse un monument sur la tombe d’Hitler, celui qui amené l’Allemagne à une défaite écrasante, qui en a fait « un objet d’opprobre pour ses voisins » pour des siècles – et que les Allemands en regardant ce monument le considèrent comme un symbole de victoire ? En 2017, tout ce qui est possible doit être fait afin que le corps de Lénine soit enfin enlevé de la Place rouge. Il est temps pour nous d’apprendre à comprendre le sens de notre propre histoire. En février 2017, le Synode des évêques de l’Église hors-frontières s’adressera par un message spécial à l’occasion du centenaire des troubles russes du XXème siècle. Toutefois, nous célébrerons bientôt une date joyeuse. Au début de l’été 2017 aura lieu à Munich l’Assemblée régulière des évêques de l’Église russe hors-frontières, à l’issue de laquelle, ceux-ci se rendront à Moscou pour célébrer le dixième anniversaire du rétablissement de l’unité de l’Église orthodoxe russe. Ces solennités seront présidées par S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille. Il est possible que cette commémoration coïncide avec la fête de tous les saints de Russie, la fête de la victoire spirituelle russe.

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25 janvier (ancien calendrier)/7 février (nouveau)

25 janvier (ancien calendrier)/7 février (nouveau)

Synaxe des saints néomartyrs et confesseurs de Russie ; Saint Grégoire le Théologien, archevêque de Constantinople (389) ; sainte Félicité et ses sept fils : Janvier, Félix, Philippe, Sylvain, Alexandre, Vital et Martial (vers 164) ; saint Publius, abbé de Zeugma en Syrie (vers 380) ; saint Mar, chantre en Syrie (vers 430) ; saint Racho, évêque d’Autun (vers 660) ; saint Prix, évêque de Clermont, et saint Amarin, abbé, martyrs (676) ; saint Moïse, archevêque de Novgorod (1362) saint Auxence de Constantinople, néo-martyr grec (1720) ; saint Anatole l’Ancien, d’Optino (1894) ; saints néo-martyrs de Russie : Vladimir, métropolite de Kiev (1918) ; Pierre, archevêque de Voronège (1929) ; Basile, évêque de Priloutsk (1930) ; Étienne (Gratchev), prêtre, Boris, martyr (Zavarine) (1938).

SAINTE GRÉGOIRE LE THÉOLOGIEN
Saint Grégoire, cet homme à l’âme céleste et à la bouche sanctifiée par le feu du Saint-Esprit, a pénétré si profondément dans les mystères de Dieu qu’entre tous les Pères il a été jugé digne du titre de « Théologien », comme Jean, le Disciple Bien-aimé : c’est-à-dire non celui qui fait profession d’enseigner les dogmes, mais celui qui, après s’être purifié, a été uni à Dieu par la grâce et qui se tourne ensuite vers le peuple, tel Moïse, pour lui transmettre les oracles divins et lui communiquer la lumière. Comme saint Basile et saint Jean Chrysostome, sa vie dépasse largement les limites d’une simple biographie et se présente plutôt à nous comme un prototype de la sainteté chrétienne, et ses œuvres immortelles, insurpassables en beauté et en profondeur, constituent le plus digne ornement de l’Épouse du Verbe de Dieu.

Son père, saint Grégoire l’Ancien [1er janv.], homme sage et vertueux, s’était d’abord égaré dans la secte des hypsistariens ; puis, converti grâce à la patience et à la prière de son épouse sainte Nonne [5 août], il devint évêque de Nazianze, la petite ville de Cappadoce proche de leur propriété familiale d’Arianze. Alors qu’ils étaient restés longtemps sans progéniture, Dieu leur accorda successivement trois enfants : sainte Gorgonie [23 fév.], saint Grégoire et saint Césaire [25 fév.]. Après la naissance de Gorgonie, sainte Nonne avait instamment prié le Seigneur de lui accorder un fils, en Lui promettant de le Lui consacrer. Dieu répondit à sa prière en lui montrant dans un songe la figure de l’enfant qui allait naître et en lui imposant son nom. Dès la naissance de Grégoire (329), sa mère prit soin de cultiver en lui les semences des saintes vertus, de sorte que l’enfant montra bientôt la sagesse des vieillards, un grand attrait pour l’étude et une attirance irrésistible vers la contemplation et la prière. Une nuit, il vit en songe deux jeunes vierges pures lui apparaître, vêtues de blanc et le visage chastement couvert d’un voile. Elles le caressèrent doucement, en lui disant qu’elles étaient l’une la pureté et l’autre la chasteté, compagnes de notre Seigneur Jésus-Christ et amies de ceux qui renoncent au mariage pour mener une vie céleste. « Elles m’exhortèrent d’unir mon cœur et mon esprit au leur, afin que m’ayant rempli de l’éclat de la virginité, elles puissent me présenter devant la lumière de la Sainte-Trinité », dit-il dans un poème autobiographique . Il prit dès lors la résolution de consacrer sa vie à Dieu dans la virginité et s’éloigna de tout plaisir et divertissement de ce monde. Poussé par l’amour de la science, il partit avec son frère Césaire pour étudier la rhétorique à Césarée de Cappadoce, où il fit connaissance de saint Basile, puis il se rendit à Césarée de Palestine et à Alexandrie, où il laissa son frère pour s’embarquer vers l’illustre Athènes qui gardait encore sa renommée de capitale de l’éloquence et de la philosophie.

Mais le navire sur lequel il s’était embarqué fut pris, pendant près de vingt jours, dans une effroyable tempête. À genoux à la proue, le visage battu par le vent et les vagues, Grégoire, qui selon l’usage du temps n’avait pas encore reçu le baptême et qui redoutait d’être privé pour toujours de l’eau sainte qui nous purifie et nous rend aptes à recevoir la grâce de la divinisation, tendait les mains vers le ciel et suppliait Dieu avec larmes. Soudain, au moment même où il rappelait son engagement de servir Dieu toute sa vie, la tempête s’apaisa, les païens, qui avaient joint leurs prières aux siennes, se convertirent, et le navire parvint sans encombre à Athènes. Grégoire s’y lia avec saint Basile d’une indéfectible amitié appelée à devenir le modèle de l’amitié chrétienne [1er janv.]. Tout leur était commun : l’amour du savoir, le talent oratoire, la profondeur de la réflexion, et surtout la pureté des mœurs, la recherche de la perfection et la tension de tout leur être vers Dieu, qui leur faisaient dépasser leurs condisciples et même leurs maîtres, les rendaient aimables à tous et attiraient irrésistiblement à eux les hommes qui recherchaient sincèrement la vérité. Si bien que lorsque Basile décida de regagner sa patrie, jugeant avoir acquis là suffisamment de connaissances, leurs compagnons parvinrent à retenir Grégoire pendant quelque temps et firent de lui leur maître. Parvenant enfin à se libérer de cette affection inopportune, saint Grégoire retourna en Cappadoce, en 358, âgé de vingt-huit ans, et reçut le saint baptême. Il n’était désormais plus question pour lui de regarder vers les sciences et la beauté du langage. De tout l’élan de son cœur, il n’aspirait plus à vivre que pour Dieu seul, et contempler dès ici-bas son Royaume et sa gloire, en dégageant son intellect de tout attachement au monde. Jusqu’à la fin de ses jours, il soumit son corps à une stricte ascèse, malgré les maladies fréquentes, qui entravaient ses activités mais qu’il supportait avec joie. Il versait des larmes abondantes quand il élevait sa prière vers Dieu ou quand il se plongeait dans l’Écriture sainte pour s’y remplir de la parole de Dieu ; et il mit dès lors la brillante éloquence qu’il avait acquise au cours de ses études au service du Verbe incarné. Mais, plus que tout, il désirait pouvoir s’adonner sans trouble à la contemplation, dans le silence et loin du monde. C’est pourquoi il rejoignit en hâte saint Basile dans sa retraite de la vallée de l’Iris, afin d’y mener ensemble une vie semblable à celle des anges, conformément aux projets qu’ils avaient conçus pendant leur séjour à Athènes. Ils pénétraient ensemble, comme une seule âme, dans les mystères de Dieu, ils étaient transportés ensemble en de célestes contemplations, préfigurations de la joie et de la concorde des élus dans le Royaume de Dieu, et ils recevaient ainsi du Seigneur une connaissance incomparable sur le mystère de l’homme et de sa nature, et sur l’art de purifier l’âme de ses passions. C’est pourquoi, malgré leur jeune âge et le peu d’années passées dans la vie monastique, ils purent rédiger de concert les Règles monastiques, qui restent la charte de fondation du monachisme orthodoxe.

Cette vie toute céleste dura cependant peu de temps, car Grégoire fut bientôt rappelé par son père vieillissant pour prendre soin de lui et se charger à sa place de la direction de l’Église de Nazianze, malheureusement divisée à la suite du concile hérétique de Rimini (359). Aussitôt sur place, Grégoire tenta en vain de réconcilier ceux qui s’étaient séparés de la communion de son père, tout en s’efforçant d’accorder sa vie spirituelle et cette vie active. Malgré sa crainte mêlée de respect pour le sacerdoce et sa préférence pour la contemplation, il fut ordonné prêtre contre son gré par son père, qui espérait donner ainsi plus de force à sa prédication et désirait le préparer à la succession. Surpris par cette ordination comme par une « tyrannie », Grégoire s’enfuit alors dans le Pont, afin d’y adoucir sa douleur en compagnie de son cher Basile. Beaucoup blâmèrent alors et blâment encore le saint, l’accusant de lâcheté ou de faiblesse de caractère. Mais là n’est pas la vérité. Comment douter de l’équilibre psychologique et de la force d’âme d’un esprit si puissant, qui avait acquis dès sa jeunesse la bienheureuse impassibilité et la maîtrise sur toutes les puissances de son âme ? Il convient plutôt de voir en saint Grégoire un exemple frappant de la délicatesse extrême et de la sensibilité qu’acquièrent les saints en s’approchant de Dieu. Comme il l’expliqua lui-même dans son Discours apologétique, il n’avait pas fui alors le sacerdoce par crainte mais par une conscience aiguë de la redoutable responsabilité du pasteur d’âmes et, surtout, parce qu’il préférait s’unir à Dieu, et par là même à tous les hommes, dans la contemplation. « Rien ne me semblait préférable, dit-il, que de fermer la porte des sens, de sortir de la chair et du monde, de se rassembler en soi-même, ne gardant plus contact avec les choses humaines en dehors d’une absolue nécessité, de s’entretenir avec soi-même et avec Dieu, pour vivre au-dessus des réalités visibles, de manière à porter sur soi les reflets divins sans altérations ni mélanges avec les formes fugitives d’ici-bas ; devenir vraiment et devenant constamment vrai miroir immaculé de Dieu et des choses divines, en ajoutant lumière à la lumière et en substituant la netteté à la confusion, en jouissant dès maintenant par l’espérance des biens de la vie future, pour accompagner les anges dans leur ronde, en restant sur terre après avoir quitté la terre et avoir été élevé par l’Esprit. Si l’un de vous est possédé par ce désir, il sait ce que je veux dire et il me pardonnera ce que j’ai alors éprouvé » .

Mais, au bout de trois mois, sur les recommandations de saint Basile et craignant de désobéir à la volonté de Dieu, il retourna à Nazianze, et s’employa avec ardeur à ramener la concorde parmi les orthodoxes et à assister ses parents dans leur grande vieillesse. Pendant dix ans, il fut pour Nazianze le modèle du pasteur : humble disciple du Seigneur, ministre de sa parole et de sa grâce, règle de foi et image vivante de la perfection évangélique. Lorsque, en 361, l’empereur Julien, dont saint Grégoire avait prédit l’apostasie quand ils étaient condisciples à Athènes, commença sa tentative de restauration du paganisme, en interdisant aux enfants chrétiens l’accès à l’enseignement des Belles Lettres, saint Grégoire répliqua par la rédaction de brillants discours et de sublimes poèmes, dans lesquels il exposait les mystères de la foi avec une perfection littéraire et une richesse d’images et de vocabulaire qui dépassent les œuvres des grands auteurs de l’Antiquité. Avec saint Grégoire et les autres Pères de l’Église de cette époque, la culture hellénique n’est pas seulement convertie au christianisme, mais elle est définitivement dépassée et elle laisse la place à une culture proprement chrétienne orthodoxe, qui utilise le meilleur des productions de l’Antiquité en le transfigurant.

En 370, saint Grégoire et son père collaborèrent efficacement à l’élection de saint Basile sur le siège de Césarée et à sa reconnaissance comme chef du parti orthodoxe. Plus libre que Basile, exposé de toutes parts et obligé de maintenir une certaine réserve, Grégoire proclama alors ouvertement la divinité du Saint-Esprit contre les hérétiques macédoniens et résista audacieusement à la persécution de l’empereur Valens. Les deux amis avaient acquis un tel prestige dans le peuple que l’empereur n’osa pas s’en prendre à eux, et ils furent les seuls orthodoxes à échapper alors au bannissement.

En 372, malgré le désir de Grégoire, approuvé par Basile, de se retirer des charges pastorales dès la mort de ses parents, il fut ordonné par son ami évêque de la bourgade insignifiante de Sasimes, située aux confins de la Cappadoce et de la Cappadoce Seconde, province créée par Valens pour contrecarrer les activités de l’évêque de Césarée. En dépit de son affection pour Basile et de son souci du bien de l’Église, saint Grégoire n’accepta pas cette charge et s’enfuit dans la montagne, espérant trouver en Dieu quelque consolation à ses tribulations. Sur les instances de son père, il accepta de retourner à Nazianze et assura le gouvernement de cette Église, en tant qu’évêque remplaçant, jusqu’au décès du vieillard âgé de près de cent ans. Après la mort de son père (374), suivie de peu par celle de sainte Nonne, Grégoire céda une fois de plus aux supplications des fidèles et accepta de rester en place jusqu’à l’élection d’un nouvel évêque, malgré l’état d’extrême faiblesse dans lequel l’avaient placé la maladie, les austérités et les combats pour la foi. Mais, s’apercevant bientôt que les citoyens, désireux de le garder auprès d’eux, retardaient l’élection, il s’enfuit de nouveau, en secret, vers Séleucie, la métropole de l’Isaurie (375), où il se retira dans le monastère de Sainte-Thècle, en pensant y trouver enfin la paix. Là encore, il dut soutenir le bon combat de la foi contre les ariens, implacables à semer partout le trouble. Au début de l’année 379, à quelques jours d’intervalles, l’Église se revêtit d’un vêtement de deuil à la mort du phare de l’orthodoxie, saint Basile, mais elle le changea bientôt en tunique d’allégresse, lors de la disparition de Valens l’hérétique et de la promotion de Théodose le Grand, fidèle défenseur de la foi de Nicée. Tous les regards orthodoxes se tournaient avec espoir vers Grégoire, comme le plus digne représentant de la foi et son plus brillant prédicateur.

Les fidèles de Constantinople, la capitale impériale qui se trouvait depuis plus de quarante ans aux mains des hérétiques, demandèrent alors au saint évêque de Nazianze de venir à leur secours. De nouveau arraché aux délices de la contemplation divine par le souci de la sauvegarde de l’Église, il arriva à Constantinople, en portant avec lui la force irrésistible de sa parole et la puissance de ses miracles. Il y fut reçu dans une demeure appartenant à des parents , où le peuple orthodoxe commença bientôt à se rassembler en nombre croissant pour écouter avec enthousiasme ses prédications, de sorte que la demeure fut bientôt transformée en église, sous le nom d’Anastasie (« Résurrection ») : parce que la foi qui était morte à Constantinople y était comme ressuscitée grâce à la parole de saint Grégoire.

Seul contre la multitude des hérétiques et des sectes diverses, le saint captivait son auditoire par son éloquence et tranchait les sophismes et les arguments de la sagesse charnelle grâce à l’épée de la parole de Dieu. Dans une série de cinq discours, qui lui valurent le titre de « Théologien », après avoir montré qu’il ne convient pas d’aborder la discussion sur les mystères de Dieu comme une chose commune, mais seulement en son temps et après avoir été convenablement purifié, il expose de manière définitive l’incompréhensibilité de l’Essence divine, la divinité du Fils et celle du Saint-Esprit . Plus que tous les autres Pères, saint Grégoire excelle à exposer en des expressions brèves et antinomiques les plus grands mystères de la foi. Ces définitions sont si parfaites que, dans la suite des siècles, les théologiens les plus illustres consacrèrent des traités entiers à les commenter, et elles sont si belles qu’un grand nombre d’entre elles a été utilisé par nos mélodes dans la composition des hymnes liturgiques des grandes fêtes de l’année . Lues et apprises par cœur, comme l’Écriture sainte, les œuvres de saint Grégoire sont une icône : elles transportent au ciel et initient aux mystères ineffables. Sa langue est si parfaite qu’elle rend inutile toute autre parole et conduit naturellement l’amant du Verbe à la prière silencieuse.
D’une rigueur inflexible en ce qui concerne la foi, saint Grégoire était plein de douceur dans son comportement à l’égard des personnes, pécheurs ou égarés. Il corrigeait les mœurs en montrant l’exemple de la conduite chrétienne par sa vie retirée de toute mondanité, par son austérité et par sa patience dans les épreuves et les maladies, si bien qu’un grand nombre de ceux qui avaient écouté ses discours se convertissaient complètement en le voyant vivre. Ses succès attirèrent cependant rapidement de vives oppositions de la part des sectes, et des envieux répandirent contre lui d’infâmes calomnies, sans parvenir toutefois à vaincre sa patience et sa douceur à l’égard de ses ennemis. La nuit de Pâques 379, des hérétiques, disciples d’Apollinaire, qu’il avait brillamment réfutés, se précipitèrent dans l’église Sainte-Anastasie, semèrent la panique dans l’assistance et tentèrent de lapider le saint, mais ils ne parvinrent pas à lui porter le coup mortel que celui-ci aurait pourtant désiré pour achever sa course en recevant la palme du martyre.

À la suite de cette épreuve, il fut de surcroît traduit en justice, comme un criminel, mais il en sortit victorieux et exhorta ensuite ses amis au pardon. L’attitude si modérée, la charité, l’équité de ce parfait disciple de Jésus-Christ attirèrent finalement contre lui l’hostilité des deux partis : les hérétiques pleins de haine et les orthodoxes trop zélés.

Alors que, grâce à ses combats, l’hérésie semblait reculer, le diable le soumit à de nouvelles épreuves en la personne d’un philosophe cynique, originaire d’Alexandrie, nommé Maxime. Celui-ci, cachant d’abord son fourbe dessein, s’attira l’estime de Grégoire ; mais il se révéla bientôt en se faisant élire irrégulièrement évêque de Constantinople et en semant le trouble et le scandale dans l’Église. Saint Grégoire, doux et résigné, était prêt à abandonner son trône pour ne pas s’opposer à l’imposteur par la lutte et la haine, mais le peuple se souleva spontanément contre Maxime et supplia son pasteur de ne pas l’abandonner aux loups qui menaçaient le troupeau du Christ, en disant : « Si tu nous quittes, ô Père, sache que tu emporteras avec toi la Sainte Trinité. » Le saint se laissa convaincre et fit appel à l’empereur Théodose, alors en résidence à Thessalonique. Celui-ci rejeta l’usurpateur et entra peu de temps après triomphant à Constantinople, après sa victoire sur les barbares (24 novembre 380). Dès le lendemain, il fit expulser les ariens des églises qu’ils occupaient et imposa l’élection de saint Grégoire comme évêque de la ville impériale. Ce dernier, brûlant toujours du désir de la retraite, refusa d’abord, mais il dut finalement se rendre à l’insistance du peuple enthousiaste. Toutefois, comme il était normalement évêque d’un autre siège, son transfert à Constantinople devait être ratifié par un concile ; c’est pourquoi Théodose réunit l’année suivante (381) le Second Concile Œcuménique qui, après avoir unanimement reconnu l’élection de Grégoire, condamna l’hérésie des pneumatomaques (macédoniens), et marqua le terme de l’arianisme et la victoire définitive de l’Orthodoxie.
La joie occasionnée par ce triomphe fut cependant bientôt interrompue par la mort du président du synode, saint Mélèce, l’illustre évêque d’Antioche [12 fév.]. Grégoire fut alors chargé de diriger les sessions au cours desquelles on devait décider de la succession de ce siège divisé depuis de nombreuses années par le schisme entre les orthodoxes : les uns partisans de Mélèce et les autres de Paulin. Comme il avait été convenu que le survivant serait reconnu par tous comme le seul évêque, saint Grégoire prit le parti de Paulin, mais il se heurta aussitôt à l’opposition haineuse et aux conspirations des évêques orientaux. Ceux-ci allèrent même jusqu’à soudoyer un jeune hérétique pour l’assassiner ; mais au moment de se précipiter sur le saint, le malfaiteur s’arrêta net et se jeta en pleurs à ses pieds, confessant son mauvais dessein. Grégoire le releva, l’embrassa tendrement et lui demanda de se consacrer désormais à Dieu, après avoir renoncé à l’hérésie. D’autres évêques, partisans de Paulin, s’en prirent à Grégoire, en l’accusant d’avoir été transféré de Sasimes à Constantinople contrairement aux saints Canons . Harassé par tant de querelles sournoises et le cœur déchiré de voir l’Église du Christ ainsi divisée, lui qui n’avait jamais recherché ni honneurs ni pouvoir, il déclara à l’assemblée que son plus grand désir était de contribuer à la paix et que si le fait d’occuper le siège de Constantinople était une cause de division, il était tout prêt à être jeté à la mer, comme Jonas, pour apaiser cette tempête, à condition que la foi orthodoxe restât sauve. Et, sur ces mots, il quitta l’assemblée ; puis il se rendit au palais, où il supplia l’empereur d’accepter sa démission et lui demanda de se charger lui-même, par son autorité, de rétablir l’unité et la concorde dans l’Église. Dans un dernier et émouvant discours, il fit ses adieux à sa chère église de l’Anastasie, sa gloire et sa couronne, à Sainte-Sophie et aux autres églises de la cité impériale qu’il avait restaurée dans la vraie foi et dans la pureté des mœurs, la préparant pour une gloire millénaire. Il salua son clergé, les moines, les vierges, les pauvres et même les hérétiques, qu’il exhorta encore à la conversion ; puis il dit adieu à l’Orient et à l’Occident, unis désormais dans la paix, aux Anges Gardiens de son Église et à la Trinité Sainte, aux soins de laquelle il remit son troupeau . Il quitta alors Constantinople, laissant saint Nectaire comme successeur [11 oct.], et retourna quelque temps à Nazianze, où il s’efforça de faire nommer à sa place un évêque titulaire. Après l’élection de son cousin Eulalios, il se retira définitivement dans sa propriété d’Arianze où, épuisé par la maladie et tant d’activités qu’il n’avait pas désirées, il passa les dernières années de sa vie dans le silence et la solitude. Mais, tel un guetteur fidèle à son poste, il ne cessait pourtant de veiller de loin sur la pureté de la foi. Il adressait des lettres dogmatiques pour réfuter les hérésies naissantes, ou exhortait saint Nectaire et les autres évêques orthodoxes à plus de justice, envoyait à ses enfants spirituels de sages conseils pour atteindre la perfection et rédigeait d’admirables poèmes en grec archaïque. C’est ainsi que, le cœur brisé et humilié mais l’intelligence constamment fixée dans la contemplation des mystères insondables de la Sainte Trinité, ce fidèle serviteur, devenu malgré lui combattant, rendit en paix son âme au Seigneur (390) .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire du dimanche, 3ème ton
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande miséricorde.

Tropaire des Nouveaux Martyrs, ton 4
O fleurs du pré spirituel de la Russie, qui avez surgi admirablement au temps des amères persécutions, Nouveaux Martyrs et Confesseurs innombrables, vous qui avez souffert la passion : pontifes, souverains et pasteurs, moines et laïcs, hommes, femmes et enfants, vous qui avez apporté au Christ le bon fruit de votre patience, priez-Le comme votre divin Semeur afin qu’Il libère Son peuple des athées et des hommes mauvais, afin que s’affermisse l’Église Russe par votre sang et vos souffrances pour le salut de nos âmes.

Tropaire de saint Grégoire le Théologien, ton 1
Ta flûte pastorale de Théologien * l’emporta sur les trompettes des rhéteurs; * toi qui scrutais les profondeurs de l’Esprit, * tu as atteint la sublimité du langage par surcroît. * Intercède, saint Grégoire, auprès du Christ notre Dieu * pour le salut de nos âmes.

Kondakion de saint Grégoire le Théologien, ton 3
De ta langue de Théologien * ayant effacé les compositions des rhéteurs, * illustre Grégoire, tu revêtis l’Eglise de l’orthodoxie, * cette tunique tissée par le ciel; * la portant, elle s’écrie maintenant * avec nous, tes enfants: * Réjouis-toi, sublime esprit, sommet de la théologie.

Kondakion des martyrs et confesseurs de Russie, ton 2
O Nouveaux Martyrs qui avez parcouru le chemin terrestre en confessant le Christ, par vos souffrances vous avez acquis de la hardiesse, priez Celui qui vous a fortifiés, afin qu’à l’heure où l’épreuve viendra sur nous, nous recevions le divin don du courage. Vous êtes un exemple pour ceux qui vénèrent votre exploit, car ni l’affliction, ni le tourment, ni la mort, n’ont pu vous séparer de l’amour de Dieu.

Kondakion du dimanche, 3ème ton
Aujourd’hui, ô Miséricordieux, Tu es ressuscité du tombeau et Tu nous ramènes des portes de la mort. Aujourd’hui, Adam exulte, Ève se réjouit. Tous ensemble, prophètes et patriarches, ne cessent de chanter la force divine de Ta puissance !

Évangile du jour
(Lc XVIII, 35-43)

Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, et mendiait. Entendant la foule passer, il demanda ce que c’était. On lui dit: C’est Jésus de Nazareth qui passe. Et il cria: Jésus, Fils de David, aie pitié de moi! Ceux qui marchaient devant le reprenaient, pour le faire taire; mais il criait beaucoup plus fort: Fils de David, aie pitié de moi! Jésus, s’étant arrêté, ordonna qu’on le lui amène; et, quand il se fut approché, il lui demanda: Que veux-tu que je te fasse? Il répondit: Seigneur, que je recouvre la vue. Et Jésus lui dit: Recouvre la vue; ta foi t’a sauvé. A l’instant il recouvra la vue, et suivit Jésus, en glorifiant Dieu. Tout le peuple, voyant cela, loua Dieu.

23 janvier (ancien calendrier/5 février (nouveau)

23 janvier (ancien calendrier/5 février (nouveau)
Dimanche du Pharisien et du Publicain. Synaxe des saints néomartyrs de Russie, Saints Clément, évêque d’Ancyre et Agathange, martyrs (312) ; saint Mausime le Syrien, prêtre (IVème s.) ; saint Salaman le silencieux, ermite en Palestine (vers 400) ; saint Paulin le miséricordieux, évêque de Nole (431) ; saint Maimboeuf, martyr à Besançon (vers 480) ; mémoire du VIème Concile œcuménique (680-681) ; saint Denis de l’Olympe (1541) ; saint Gennade de Kostroma (1565) ; saints néomartyrs de Russie : Séraphim (Boulachov), moine, Eudocie (Kouzminov) et Catherine (Tcherkassov), Militsa (Kouvchinov), martyre (1938).

Saint Clément, évêque d’Ancyre, martyr (312)

SAINT CLÉMENT D’ANCYRE
L’illustre et bienheureux martyr du Christ Clément était originaire de la ville d’Ancyre en Galatie. Il était fils d’un père païen et d’une mère chrétienne, Euphrosynie, qui avant de mourir lui prophétisa qu’il devait endurer de longues et cruelles souffrances pour le Seigneur. Adopté par une sainte et pieuse femme, nommée Sophia, il grandit en toute piété, distribuant les biens de la maison aux enfants pauvres et leur enseignant les rudiments de la foi. Dès l’âge de douze ans, il jeûnait et priait comme les moines, aussi fut-il bientôt ordonné diacre, puis prêtre, avant d’être élevé à la charge d’évêque de la ville, à l’âge de seulement vingt ans. Il gouvernait néanmoins son troupeau spirituel avec la science et la sagesse d’un vieillard, consacrant son plus grand soin aux enfants pauvres et aux orphelins, dont il baptisa un grand nombre. En apprenant tout le bien accompli par le jeune prélat, le vicaire impérial de la cité le fit arrêter et, après l’avoir interrogé, il le soumit à la flagellation. Comme Clément résistait sans trembler, en disant : « Plus tu affligeras ma chair de tourments, plus mon âme en tirera profit », on lui brisa la mâchoire à coups de pierres, mais le saint en retirait encore plus de joie de souffrir ainsi à l’imitation du Christ.

Le gouverneur, resté impuissant devant la vaillance du martyr, l’envoya à Rome auprès de l’empereur Dioclétien. Quand saint Clément comparut devant le terrible souverain, celui-ci fit étaler devant lui d’un côté des objets précieux et de l’autre des instruments de tortures. Mais, contrairement à son attente, le saint lui répondit : « Tous ces vases précieux que tu me présentes me donnent à penser combien plus glorieux sont les biens éternels du Paradis, et ces instruments de supplice me font craindre davantage les châtiments éternels réservés en enfer à ceux qui auront renié le Seigneur. »
Soumis au supplice de la roue, il eut les chairs réduites en lambeaux, mais se trouva miraculeusement guéri, entraînant la conversion d’un grand nombre de païens qui s’écrièrent : « Oui, grand est le Dieu des chrétiens ! » Ils furent aussitôt jetés en prison. La nuit même, un ange leur apparut en leur apportant la sainte Eucharistie, et saint Clément eut le temps de les faire communier avant leur exécution. Quant à lui, livré à de nouvelles tortures dans tous ses membres, flagellé jusqu’à l’os et brûlé avec des torches, il résistait comme si ces souffrances étaient endurées par un autre que lui.

Le tyran l’envoya alors à Nicomédie, en espérant que le gouverneur de cette ville saurait le soumettre. Un des païens convertis, qui avait échappé au massacre, Agathange (« le bon ange »), s’échappa alors de la prison et s’embarqua en cachette sur le même navire, avec le désir de partager les souffrances de son père en Christ. Dès lors, Clément et Agathange restèrent compagnons inséparables dans toutes les tribulations. Quand ils n’étaient pas soumis à la torture, ils mataient leurs corps par le jeûne et par les veilles, et recevaient en retour une nourriture céleste. Aussitôt parvenus à Nicomédie, ils furent interrogés et torturés, puis jetés en prison, où des anges vinrent les visiter. Cette céleste apparition entraîna la conversion des autres détenus qui furent délivrés par la prière des saints. Après les avoir livrés aux fauves sans résultat, on leur enfonça des broches incandescentes du doigt jusqu’à l’aisselle. Le peuple présent, admirant leur constance dans la douleur, se révolta alors contre le cruel tyran. Celui-ci fit sortir les martyrs de la cité et les fit dévaler du haut d’une haute montagne, enfermés dans des sacs ; mais des anges de Dieu vinrent à nouveau à leur secours et ils retournèrent sains et saufs en ville, guérissant en chemin deux paralytiques aveugles. Le gouverneur de Nicomédie, craignant un soulèvement populaire en leur faveur, envoya alors les deux soldats du Christ à Ancyre, la patrie de Clément, où ils subirent de nouveaux et redoutables supplices.

Comme ils sortaient encore victorieux de ces épreuves, on décida de les transférer à Amisos en Hélénopont (auj. Samsum). Mais les enfants autrefois baptisés par saint Clément voulurent absolument le suivre. Les soldats parvinrent avec peine à les arracher à lui et les décapitèrent sans pitié. Soumis à de nouveaux supplices, les deux saints reçurent la visite du Christ dans leur geôle, qui guérit leurs blessures et les encouragea à persévérer jusqu’à la fin. Le gouverneur d’Amisos, Dométien, reconnaissant lui aussi son impuissance, les fit transférer à Tarse auprès du co-empereur Maximien. Sur la route, ils firent jaillir de l’eau pour désaltérer les soldats de leur escorte et les malades qui approchaient d’eux pour toucher leurs plaies, recouvraient aussitôt la santé. À Tarse, ils sortirent indemnes d’une fournaise ardente, comme les Jeunes Gens à Babylone ; puis, comme on les avait traînés à terre dans toute la ville, ils attirèrent l’admiration et la conversion d’un grand nombre de païens. Nouveaux emprisonnements, nouveaux interrogatoires et nouveaux supplices, mais sans faillir les athlètes de la foi restaient aussi inébranlables que le diamant mis à l’épreuve des coups et du feu. Ces tribulations durèrent jusqu’à ce que soient accomplies les vingt-huit années de témoignage pour le Christ, dont Clément avait reçu la prédiction dans une vision.
Renvoyés à Ancyre après de longues années d’incarcération et comparaissant devant un neuvième tyran, ils furent encore torturés et Agathange eut la tête tranchée, alors qu’on jetait de nouveau Clément dans un cachot obscur. Le jour de la Théophanie, sa mère adoptive, Sophia, trouva le moyen de se glisser dans la prison avec d’autres fidèles. Ils obtinrent de ses gardiens de pouvoir l’emmener jusqu’à l’église où, revêtu d’ornements tout blancs, il célébra la vigile nocturne et distribua à tous la sainte communion, avant de retourner de son plein gré dans son cachot. Quelques jours plus tard, le 23 janvier 296, comme saint Clément célébrait de nouveau le saint sacrifice dans l’église, les soldats païens surgirent soudain et le décapitèrent au moment où il inclinait la tête au-dessus de l’autel. Le saint évêque devint ainsi, à l’imitation du Christ, la victime du sacrifice. Les deux diacres qui l’assistaient furent aussi exécutés, et la pieuse Sophia alla ensevelir les trois corps non loin de là, dans un lieu nommé Krypton.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du saint martyr ton 4
Comme sarment de vénérable sainteté, * comme hampe du combat pour la foi, * comme fleur sacrée, tu as poussé, * comme fruit délicieux donné par Dieu aux croyants. * Compagnon de lutte des Martyrs * siégeant avec les saints Pontifes, prie le Christ notre Dieu * de sauver nos âmes.

Kondakion du saint martyr, ton 4
De la vigne du Christ * tu fus le vénérable sarment * et dans tes multiples combats, très illustre Clément, * avec tes compagnons de lutte tu proclamais: * C’est toi, ô Christ, l’allégresse des Martyrs.

Évangile du jour
(Mc X, 23-32)
Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples: Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Les disciples furent étonnés de ce que Jésus parlait ainsi. Et, reprenant, il leur dit: Mes enfants, qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Les disciples furent encore plus étonnés, et ils se dirent les uns aux autres; Et qui peut être sauvé? Jésus les regarda, et dit: Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu: car tout est possible à Dieu. Pierre se mit à lui dire; Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi. Jésus répondit: Je vous le dis en vérité, il n’est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres, ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers. Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte.

4 février

4 février

Après-fête de la sainte rencontre de notre Seigneur. Saint Isidore de Péluse, moine (vers 449) ; saint hiéromartyr Abraham, évêque d’Arbela (344-347), saint Hiadore, martyr (IIIème s.) ; saint Aventin, prêtre et ermite à Troyes (538), saint Aventin, évêque de Chartres (528) ; saint Vincent, évêque de Troyes (546) ; saint Évagre, prince de Tsikhédidi et compagnon de saint Chio des Grottes (Mrvimévi) (VIème s.) ; saint Nicolas le Studite, confesseur (868) ; saint Georges, Prince de Vladimir (1238) ; saint Cyrille de Novoyezero (1532) ; saints Abraham et Coprios de Vologda (XVème s.) ; saint Joseph d’Alep, néo-martyr grec (1686) ; saints néomartyrs de Russie : saints hiéromartyrs Méthode, évêque de Petropavlovsk (1921), Eustathe (Sokolski), Jean (Artobolevski), Alexandre (Minervine), Serge (Soloviev), Jean (Alechkovski), Alexandre (Sokolov), Nicolas (Kandaourov), Alexis Kniajesksy, Nicolas (Golychev), Alexis (Charov), Alexandre (Pokrovsky), Arcade (Lobtsov), Boris (Nazarov), Michel (Rybine), Nicolas (Pospelov), Alexis (Lebedev), André (Bednov), Démètre (Kedrolivansky), Jean (Tikhomirov), Pierre (Sokolov), prêtres, Séraphim (Vavilov) et Théodose (Bobkov), moines (1938) et Raphaëla (Vichniakov), Anne (Ephremov), Marie (Vinogradov). Catherine (Dekaline), martyr Jean Chouvalov, Basile (Ivanov), Démètre (Ilinsky), Théodore (Palchkov) et Démètre (Kazamatsky) (1938).

Saint Isidore de Péluse, moine (vers 449)

SAINT ISIDORE DE PÉLUSE
Saint Isidore, né vers 360, était originaire d’une noble et illustre famille d’Alexandrie apparentée à celle du patriarche Théophile et de son neveu saint Cyrille [9 juin] . Il reçut une excellente éducation, profane et sacrée, dans les écoles de cette métropole de la sagesse antique, et il s’attacha avec zèle à suivre la doctrine des Pères qui l’avaient précédé, en particulier de saint Jean Chrysostome, dont il est considéré comme l’un des principaux disciples.
Il enseigna d’abord, pour quelque temps, la rhétorique à l’est du Delta du Nil ; mais son amour de Dieu lui fit rapidement renoncer aux vains attraits de cette vie passagère et il se retira au désert de Nitrie. Après une année de vie ascétique, son souci de l’édification de l’Église le convainquit de retourner à Péluse, où il fut ordonné prêtre par l’évêque Ammonios qui lui confia la charge de l’enseignement des fidèles et des catéchumènes. Son talent oratoire et sa connaissance approfondie de l’Écriture sainte, qu’il avait acquise dans l’hésychia, firent de lui un maître renommé dans toute l’Égypte, et de nombreux juifs et païens se convertirent après l’avoir entendu prêcher. Mais lorsqu’un certain Eusèbe fut élu comme nouvel évêque de Péluse (413), il imposa une telle pression sur l’Église qu’Isidore décida de « fuir » de nouveau vers le Désert. Il se retira alors dans un monastère, près d’Aphnaion, où il passa le reste de ses jours en reclus. Il ne portait qu’un vêtement de poil très rude et ne vivait, à l’exemple de saint Jean-Baptiste, que d’herbes et de feuilles.
Regardé comme le modèle vivant de la vertu et de la science, et placé sur la montagne comme un luminaire qui diffuse partout sa lumière, saint Isidore dispensa son enseignement avec autorité pendant de longues années, sans crainte des persécutions et de la haine des hommes à l’esprit charnel, par l’entremise d’innombrables lettres concises et profondes, dont plus de deux mille nous sont conservées. En réponse à ses correspondants de toutes origines, il résolvait avec pénétration spirituelle les difficultés de l’Écriture sainte, réfutait les interprétations erronées des juifs, exposait clairement les mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation de notre Seigneur, confondant ainsi les hérétiques ariens, nestoriens, sabelliens et autres propagateurs de divisions. Il louait en de lyriques accents la grandeur du sacerdoce et blâmait les évêques, les prêtres, les diacres et les moines qui avaient une conduite indigne de leur vocation. Sans considération pour la puissance humaine, il adressait aussi ses remontrances aux magistrats, aux gouvernants et à l’empereur Théodose II (408-450) lui-même, pour leur rappeler leurs devoirs envers le peuple de Dieu et la sainte Église. Il pourchassait partout le vice, inspirait l’amour de la justice et de la vertu, jugeait et tranchait avec autorité les affaires de ce monde, tout en restant hors du monde.
Comme saint Cyrille, devenu archevêque d’Alexandrie, s’était laissé entraîné à la suite de son oncle, le trop fougueux Théophile, et refusait de commémorer le nom de saint Jean Chrysostome dans les diptyques pendant la Divine Liturgie, saint Isidore lui écrivit en lui rappelant avec force que Dieu lui-même nous a enseigné à ne pas nous fier aux rumeurs et à nos préjugés pour porter un jugement équitable . À la suite de cette lettre et d’une révélation divine, saint Cyrille, changeant humblement d’attitude, rétablit non seulement le nom du saint archevêque de Constantinople dans les diptyques, mais devint aussi l’un des plus fervents propagateurs de son culte. Quelques années plus tard (433), constatant que saint Cyrille mettait trop d’âpreté dans sa dispute contre l’archevêque d’Antioche, Jean, après la condamnation de Nestorius par le Concile d’Éphèse, Isidore lui écrivit de nouveau pour l’exhorter à faire de raisonnables concessions au profit de la paix, en disant : « Comme votre père, puisque vous voulez bien me donner ce nom, ou plutôt comme votre fils, je vous conjure de mettre un terme à cette dissension, de peur que vous ne reportiez votre opiniâtreté au sujet de l’injure qui vous a été faite à l’Église vivante, y suscitant ainsi une éternelle division sous prétexte de piété » .
Cette autorité, semblable au zèle des anciens prophètes, admise par des hommes de Dieu tel saint Cyrille, lui suscita cependant de nombreux tourments . Mais saint Isidore restait impassible au sein des tribulations comme devant les grands problèmes qui agitaient alors l’Église, car il avait la conviction que c’est par la souffrance et la croix que nous acquérons la vie éternelle et que l’Église prépare sa gloire future. C’est dans de telles dispositions qu’il accueillit la mort, comme une libératrice et comme le couronnement de ses longs combats (entre 435 et 440).
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la sainte Rencontre, ton 1
Réjouis-toi, ô Pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, le Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres. Sois aussi dans l’allégresse, juste vieillard, qui as reçu sur tes bras Celui qui libère nos âmes et nous donne la Résurrection.

Tropaire de saint Isidore de Péluse, ton 8
En toi, vénérable Père, la divine Image se reflète exactement: * afin de lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ; * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s’occuper plutôt de l’âme qui vit jusqu’en la mort et par-delà; * c’est ainsi que ton esprit se réjouit, * saint Isidore, avec les Anges dans le ciel.

Kondakion de saint Isidore de Péluse, ton 4
En toi, l’Église a trouvé un autre astre du matin, ô très glorieux ; éclairée par l’éclat de tes paroles, elle t’acclame : réjouis-toi, très bienheureux et sage en Dieu, Isidore.

Kondakion de la fête de la Ste Rencontre, ton 1
O Toi qui as sanctifié par Ta naissance le sein virginal et qui as béni, comme il le fallait, les bras de Siméon, Tu es venu, Christ Dieu, nous sauver en ce jour. Dans ses guerres, donne la paix à Ta cité et affermis les chrétiens orthodoxes que Tu as aimés, Toi seul Ami des hommes.

Évangile du jour
(Mc X, 17-27)

Comme Jésus se mettait en chemin, un homme accourut, et se jetant à genoux devant lui: Bon maître, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle? Jésus lui dit: Pourquoi m’appelles-tu bon? Il n’y a de bon que Dieu seul. Tu connais les commandements: Tu ne commettras point d’adultère; tu ne tueras point; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; tu ne feras tort à personne; honore ton père et ta mère. Il lui répondit: Maître, j’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. Jésus, l’ayant regardé, l’aima, et lui dit: Il te manque une chose; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. Mais, affligé de cette parole, cet homme s’en alla tout triste; car il avait de grands biens. Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples: Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Les disciples furent étonnés de ce que Jésus parlait ainsi. Et, reprenant, il leur dit: Mes enfants, qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Les disciples furent encore plus étonnés, et ils se dirent les uns aux autres; Et qui peut être sauvé? Jésus les regarda, et dit: Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu: car tout est possible à Dieu.

20 janvier (ancien calendrier)/2 février (nouveau)

20 janvier (ancien calendrier)/2 février (nouveau)

Saint Euthyme le Grand, abbé en Palestine (473) ; saints Innas, Pinnas et Rimmas, martyrs Goths en Scythie (I-IIème s.) ; saints Bassos, Eusèbe, Euthychès et Basilide, martyrs à Rome (303) ; saint Euthyme et saint Laurent (XIII-XIVème s.), reclus des Grottes de Kiev ; saint Euthyme de Sianjemsk (vers 1465) ; Saint Minase, abbé de Condat (496) ; saint néomartyr Zacharie de Patras (1782) ; saint hiéromartyr Paul (Dobromyslov), prêtre (1940).

SAINT EUTHYME LE GRAND

Saint Euthyme le Grand, abbé en Palestine (473)

Comme saint Antoine pour l’Égypte, notre saint Père Euthyme fut, quelques années plus tard, le fondateur et le père du grand mouvement monastique qui allait remplir le désert de Palestine. Accordé par Dieu à ses parents, longtemps restés sans enfants, comme fruit de leurs prières, il naquit en 378 à Mélitène, en Petite Arménie, en signe précurseur de la période de joie et de paix qui allait bientôt s’ouvrir pour l’Église, troublée depuis quarante ans par la persécution arienne . Ayant perdu son père à l’âge de trois ans, sa mère le confia à l’évêque Eutréios qui, discernant la faveur de Dieu sur l’enfant, le baptisa et le consacra aussitôt lecteur de son église. Élevé au sein de la maison épiscopale dans la vertu, la tempérance et l’application aux saintes Écritures, Euthyme apprit très tôt à accomplir l’office divin aux temps fixés, avec crainte de Dieu, et à prier d’un cœur non distrait. Il ne sortait guère que pour rendre visite aux moines des alentours et, à chaque Carême, de la Théophanie à Pâques, il s’enfonçait dans le désert pour y vivre dans le silence et la solitude, à l’imitation du prophète Élie et de saint Jean le Baptiste. Brillant ainsi de telles vertus, il fut ordonné prêtre dès l’âge de dix-neuf ans et nommé aussitôt supérieur de tous les monastères du diocèse. Il s’acquitta de cette charge pendant une dizaine d’années, puis voyant dans ces honneurs un obstacle à la vertu, il s’enfuit vers Jérusalem, avec le désir d’imiter la conduite de notre Seigneur Jésus-Christ au désert. Il s’établit un peu en dehors de la laure de Pharan, fondée plus d’un siècle plus tôt par saint Chariton [28 sept.], dans une cellule de solitaire où, libéré de tout autre souci que de plaire à Dieu par les prières et par les jeûnes, il s’occupait à tresser des rameaux de palmier, afin de n’être à la charge de personne. Il se lia alors d’une si étroite amitié spirituelle avec son voisin Théoctiste [3 sept.] que l’un et l’autre avaient tout en commun, pensée et manière de vivre, comme s’ils n’étaient qu’une âme en deux corps. Euthyme l’emportait cependant par la douceur et l’humilité, c’est pourquoi Dieu lui accordait plus manifestement sa faveur et lui donnait l’initiative en toute chose.

Comme les deux ascètes allaient chaque année passer tout le Carême dans le grand désert de Koutila, vers la mer Morte, ils furent un jour conduits par Dieu, jusqu’à une grotte admirable, située sur le flanc d’un précipice, qu’ils élurent aussitôt comme demeure et qu’ils transformèrent en église de Dieu par la vertu sanctifiante de leurs hymnes et de leurs prières. Après avoir passé quelque temps inconnus de tous et ne vivant que des herbes qui poussaient là, ils furent découverts par des bergers des environs. Dès lors les habitants du village le plus proche se firent un honneur de pourvoir à la subsistance de ces hommes de Dieu, et des moines de Pharan commencèrent à les visiter et à se joindre à eux en nombre croissant.

Comme Euthyme désirait rester libre de tout attachement, et le lieu étant trop exigu pour y mener la vie érémitique d’une laure, il fonda au pied de la falaise un coenobium dirigé par Théoctiste. Quant à lui, il demeurait en solitaire toute la semaine dans la grotte transformée en oratoire et assurait la direction spirituelle et l’enseignement des frères, le samedi et le dimanche, quand tous se réunissaient pour la vigile et la Divine Liturgie.

Le vénérable Euthyme progressait ainsi sans cesse dans la conversation intime avec Dieu, et il acquit en retour le pouvoir d’accomplir des miracles. Un jour de l’an 420, le chef d’une tribu de bédouins, nommé Aspebet (« le maître de la cavalerie ») qui, lors de la persécution en Perse avait aidé des chrétiens à trouver refuge dans l’Empire, vint trouver le saint à la suite d’une vision et lui présenta son fils malade. Euthyme guérit l’enfant d’un signe de croix. Les barbares, émerveillés à la vue du miracle, se jetèrent alors à ses pieds en lui demandant de leur enseigner la doctrine qui donne à l’homme la victoire sur la mort et de les illuminer par le saint Baptême. Certains d’entre eux se joignirent aux disciples d’Euthyme, et leur chef, ayant reçu le nom de Pierre, se fit ardent missionnaire auprès des groupes de bédouins essaimés en Palestine.

Cette guérison rendit le nom d’Euthyme célèbre dans tout le pays. Les malades accouraient de partout en foule, en troublant fort sa retraite, aussi décida-t-il de s’enfuir, malgré les instances de Théoctiste et des autres frères, vers le désert plus profond de Rouba, à l’emplacement de l’ancienne forteresse juive de Massada, en compagnie du seul Dométien , originaire lui aussi de Mélitène. Il passa ainsi quelques années dans divers endroits où, ses miracles ayant attiré de nouveaux disciples, il fonda des monastères. Puis il retourna à proximité de saint Théoctiste et s’installa avec Dométien dans une grotte située sur une petite colline, au milieu d’une vaste plaine désertique (le Sahel). Au bout de peu de temps, Pierre lui amena une foule de Sarrasins qui demandaient le baptême. Ces loups du désert ayant été transformés en troupeau spirituel du Christ, ils ne voulurent plus quitter le saint et installèrent leur campement permanent à proximité, campement qui devint par la suite un évêché avec Pierre pour pasteur. Euthyme continuait à envoyer à Théoctiste ceux qui voulaient vivre sous sa direction, jusqu’au moment où Dieu lui ordonna, dans une vision, de commencer à recevoir lui-même des disciples et de fonder une laure, organisée sur le modèle de Pharan. Les ermites y vivaient dans l’hésychia toute la semaine, non plus dans des grottes mais dans des cellules construites par Pierre et les Sarrasins, et se réunissaient pour la vigile dominicale autour de leur prêtre et père spirituel dans l’église consacrée, en 428, par l’archevêque saint Juvénal. Lorsque saint Euthyme célébrait la Divine Liturgie un feu venu du ciel se déployait au-dessus de l’autel et les recouvrait, lui et son diacre Dométien, comme un voile. L’œil de l’intelligence illuminé par la grâce divine, il pouvait distinguer clairement ceux qui s’approchaient dignement de la sainte Communion et ceux qui, l’âme chargée de péchés, communiaient pour leur condamnation. Il discernait aussi les secrets des cœurs et prophétisait l’avenir.
Malgré la grande pauvreté de la laure, le saint se montrait hospitalier et généreux envers tous ceux qui s’y présentaient. Un jour, il fit, par sa prière, se remplir de pains le cellier vide, en quantité suffisante pour nourrir quatre cents pèlerins venus d’Arménie rendre visite à leur compatriote, et pendant trois mois la réserve ne désemplit pas. Aux nombreux miracles qu’il accomplissait, l’homme de Dieu joignait toujours un enseignement sur l’obéissance, sur la persévérance dans la condition où Dieu nous a placée et sur le repentir, si bien que la grâce qu’il déversait sur ses disciples et sur le peuple était toujours pour leur édification et leur progrès dans la vertu.

Saint Euthyme était en tout un modèle parfait de conduite évangélique et, dans les temps troublés qui s’écoulèrent entre le concile d’Éphèse (431) et le concile de Chalcédoine (451), il fut pour les fidèles un critère sûr de vérité et une colonne d’orthodoxie. Il envoya des disciples à l’un et l’autre des conciles, et ceux-ci y jouèrent un rôle notable. À l’issue du concile de Chalcédoine, un imposteur, Théodose, réussit à s’emparer pendant vingt mois du trône de Jérusalem et à entraîner dans le parti monophysite une grande partie des moines de Palestine, pour qui la subtile terminologie théologique du concile était peu compréhensible. Euthyme et ses disciples restèrent seuls à soutenir la foi orthodoxe, malgré toutes les menaces et les accusations de nestorianisme qu’on leur lançait. Comme saint Antoine jadis, l’éclat de la sainteté d’Euthyme était la preuve de la vérité de sa doctrine ; aussi, peu à peu, les moines les plus éminents se rangèrent-ils derrière lui. L’impératrice Eudocie [13 août], veuve de Théodose II, qui était établie en Palestine, s’était elle aussi laissée attirer par les opposants au concile. Mais frappée par les malheurs advenus à sa famille lors de la prise de Rome, elle réalisa son égarement et, cherchant à rentrer dans la communion de l’Église, elle envoya des émissaires auprès de saint Syméon le Stylite, près d’Antioche [1er sept.]. Celui-ci l’exhorta à revenir en hâte à l’Orthodoxie et lui fit dire : « Pourquoi chercher au loin à puiser l’eau, alors que tu as près de toi la source. Tu as l’homme de Dieu Euthyme, suis ses enseignements et tu seras sauvée ! » Eudocie se fit alors construire une tour près de la laure et y reçut les instructions d’Euthyme, comme si elles sortaient de la bouche même de Dieu. Elle prit ensuite fermement la défense de la foi et couvrit la Palestine de généreuses donations : églises, monastères et hospices.
Le vénérable ascète, chargé de jours mais animé de toute la ferveur que donne l’Esprit Saint, guidait vers le Royaume des cieux quantité de disciples, parmi lesquels on compte les plus grandes figures monastiques de l’époque : saints Sabas [5 déc.], Cyriaque [29 sept.], Gérasime [4 mars], et nombre d’évêques. À l’âge de quatre-vingt-dix ans, il descendit visiter Théoctiste, juste à temps pour assister à ses derniers moments, célébrer ses funérailles et désigner un nouvel higoumène. Dieu lui accorda aussi de connaître à l’avance la date de sa mort, mais il n’en dit rien jusqu’au jour où, selon sa coutume et malgré son grand âge, il devait partir passer le Carême au désert. Pendant la vigile de saint Antoine, il réunit ses disciples et leur délivra son ultime enseignement : « Gardez toujours, comme principe et comme fin de toute bonne activité, la charité sincère, qui est le lien de la perfection (Col 3, 14). Toute vertu se fortifie par la charité et l’humilité, avec l’aide de l’expérience, du temps et de la grâce. Mais la charité l’emporte sur l’humilité, car c’est par charité que le Verbe de Dieu s’est humilié en se faisant pareil à nous. » Il leur recommanda aussi de rendre grâce à Dieu en tout temps pour les avoir retirés de la confusion du monde et les avoir placés dans cette condition sainte, à l’imitation des anges. Puis il leur fit élire son successeur, leur annonça la mort prochaine de Dométien et la transformation de la laure en cœnobium (482). Il leur indiqua l’endroit où devaient être construits l’église et les bâtiments, les exhorta à ne pas négliger l’hospitalité, à consoler et stimuler les frères éprouvés par les tentations et à accomplir avec dévotion tous les services divins. Après être demeuré pendant trois jours seul dans le sanctuaire, il s’endormit en paix, le 20 janvier 473, le visage serein et tout blanc, plus angélique que terrestre. Il fut suivi, sept jours plus tard, par Dométien, son fidèle disciple depuis cinquante ans, qui avait fait le vœu de quitter cette vie une semaine après son Ancien. Une foule immense de moines, de clercs et de laïcs se rassembla pour les funérailles de ce Père du Désert. Des miracles s’accomplirent alors en grand nombre et continuèrent longtemps de s’accomplir sur son tombeau, creusé à l’emplacement de sa grotte. Toute l’Église commença aussitôt à vénérer saint Euthyme comme un de ses Pères parmi les plus éminents, car, ayant mené toute sa vie dans la solitude, il n’avait néanmoins jamais cessé d’être le soutien de la foi, le missionnaire, le législateur de la vie communautaire et l’économe de la grâce de Dieu.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Euthyme, ton 4
Réjouis-toi, stérile désert, * rayonne d’allégresse, toi qui n’as pas connu les douleurs, * car l’homme des désirs spirituels * a multiplié tes enfants, * les faisant croître dans la foi, * les nourrissant de tempérance pour la perfection des vertus. * Christ notre Dieu, par ses prières pacifie notre vie.

Kondakion de saint Euthyme, ton 8
En ton auguste naissance la création trouva la joie, * en ta divine mémoire elle évoque le bonheur, * vénérable Père, de tes miracles nombreux * auxquels nous te prions de nous faire participer d’abondante façon * en purifiant nos âmes de la souillure du péché, * afin que nous puissions chanter: Alleluia.

Évangile du jour
(Mc X, 2-12)

Les pharisiens abordèrent Jésus ; et, pour l’éprouver, ils lui demandèrent s’il est permis à un homme de répudiée sa femme. Il leur répondit: Que vous a prescrit Moïse? Moïse, dirent-ils, a permis d’écrire une lettre de divorce et de répudier. Et Jésus leur dit: C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a donné ce précepte. Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme; c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. Lorsqu’ils furent dans la maison, les disciples l’interrogèrent encore là-dessus. Il leur dit: Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère.

19 janvier (ancien calendrier)/1er février (nouveau)

19 janvier (ancien calendrier)/1er février (nouveau)

Saint Macaire le Grand, d’Égypte (390-391) ; saint Marc, archevêque d’Éphèse (1444) ; sainte martyre Euphrasie, vierge (303) ; saint Macaire d’Alexandrie (395) ; saint Contest, évêque de Bayeux (513) ; saint Laumer, abbé dans le Perche (593) ; saint Rémi, évêque de Rouen (772) ; saint Arsène, archevêque de Corfou (VIIIème s.) ; saint Euthyme, confesseur en Géorgie (XXème s.) ; saint Théodore, fol en Christ de Novgorod (1392) ; saint Macaire le jeûneur, Laure des grottes de Kiev (XIII-XIVème s.) ; invention des reliques de saint Sabbas de Zvenigorod (1652) ; saints néomartyrs de Russie : Pierre (Skipetrov), prêtre (1918) ; Nicolas (Vostorgov), prêtre (1930), Théodore (Goussev) (1940).

SAINT MACAIRE LE GRAND

Saint Macaire le Grand, d’Égypte (390-391

Saint Macaire le Grand naquit en l’an 300 dans un village du Delta du Nil, Jijbêr, et exerça d’abord la profession de chamelier. Obéissant à un appel de Dieu, il se retira seul dans une cellule de son village pour y vaquer à la vie ascétique et à la prière. Comme les habitants du lieu voulaient le faire prêtre, il s’enfuit dans un autre village. Une jeune fille, qui s’était trouvée enceinte, accusa, pour se justifier, l’anachorète de lui avoir fait violence. On s’empara alors de Macaire et on le promena dans les rues, des casseroles au cou, en l’accablant de coups et d’injures. Le saint ne dit rien pour se défendre et accepta même de travailler davantage pour subvenir aux besoins de la femme et de l’enfant envoyés par la Providence. Lorsque son innocence fut finalement reconnue, tout le village, saisi d’admiration, voulut venir lui demander pardon. Mais Macaire s’enfuit, pour échapper à la vaine gloire, et se rendit au désert de Scété (auj. Waddi-Natroun), région aride et inhospitalière qu’il connaissait pour y avoir exploité le nitre. Il était alors âgé de trente ans et s’adonna avec un zèle irrésistible à tous les travaux de l’ascèse. Il ne se nourrissait qu’une fois par semaine d’un peu de pain et d’eau, dormait assis contre le mur de sa cellule quelques brefs instants et persévérait constamment dans le silence, dans la garde de l’esprit de toute pensée étrangère et dans la prière intérieure. Qu’il mangeât ou qu’il jeûnât, son corps avait toujours un aspect émacié, comme s’il échappait aux lois de la matière, car disait-il : « Le corps de celui qui est sans cesse occupé à purifier son âme est consumé par la crainte de Dieu comme le tison est brûlé par le feu. »

Il était si détaché des biens de ce monde que lorsqu’il surprit, un jour, un voleur en train de lui dérober le peu d’objets qu’il avait dans sa cellule, il l’aida à les charger sur son chameau. Jour et nuit, il restait assis dans sa cellule, les mains occupées à tresser des feuilles de palmier, l’âme contrite au souvenir de ses péchés et l’esprit transporté au ciel. Il ne se répandait pas en de longues prières, mais, tendant les mains vers le ciel, il disait en tout temps : « Seigneur, comme Tu le veux et Tu le sais, aie pitié de moi ! » Quelqu’un lui demanda un jour comment progresser dans la voie du salut. Le saint l’envoya au cimetière injurier les morts puis leur adresser des louanges, et il lui dit à son retour : « Vois-tu, les cadavres ne t’ont rien répondu. De même, toi aussi, si tu veux être sauvé, deviens comme mort, ne comptant pour rien le mépris des hommes ou leurs louanges. »

Furieux de se voir ainsi attaqués de front dans leur séjour, les démons l’assaillaient de toutes leurs forces, mais le saint les repoussait avec mépris. Un de ces esprits impurs lui confessa : « Tout ce que tu fais, je le fais aussi : tu jeûnes, moi je ne mange pas du tout ; tu veilles, moi je ne dors pas. Tu l’emportes seulement sur un point : par ton humilité. À cause d’elle, je ne puis rien contre toi. » Par ces combats, Macaire devint ainsi expert dans la connaissance des différentes sortes de démons. Il disait qu’ils se divisent en deux catégories principales : celle des esprits qui nous incitent aux passions, comme la colère ou la convoitise, et l’autre, plus redoutable, qui égare les hommes par l’illusion spirituelle, le blasphème et les hérésies.

La renommée des vertus de saint Macaire fut bientôt connue dans toute l’Égypte, et de nombreux visiteurs commencèrent à affluer vers le désert de Scété. Le saint accueillait avec joie et simplicité tous ceux qui venaient à lui, sans juger personne, et prodiguait à chacun ce qui lui convenait : parole d’édification ou prière. Pour honorer ses hôtes, il leur offrait un peu de vin et buvait avec eux ; mais, une fois seul, il restait sans boire d’eau autant de jours qu’il avait bu de coupes de vin. On disait de lui qu’il était comme un « dieu terrestre » car, de même que Dieu protège le monde par sa providence, de même abba Macaire cachait les fautes qu’il voyait comme ne les voyant pas et couvrait tous les hommes de son amour. Sa charité extrême le poussait à prier avec larmes même pour les damnés. Un jour, comme il marchait dans le désert, il trouva le crâne d’un prêtre des idoles, qui prenant la parole lui dit : « Chaque fois que tu prends en pitié ceux qui sont dans les tourments, nous qui sommes plongés dans le feu, le dos de l’un collé à celui de l’autre, nous recevons quelque soulagement en pouvant voir un peu la face de nos compagnons de malheur. »

Saint Macaire rendit visite à saint Antoine le Grand qui apprécia fort ses vertus et fit de lui un de ses disciples et héritiers spirituels . De retour à Scété, il commença à accepter des disciples en nombre croissant, c’est pourquoi il est considéré à juste titre comme le fondateur de cet illustre centre du monachisme orthodoxe. Parmi ses premiers disciples, on compte des astres brillants dans le firmament spirituel comme les abbas Moïse [28 août], Sisoès [6 juil.], Isaïe [3 juil.], Aïus, Zacharie [24 mars] et d’autres grands lutteurs. Chacun vivait dans une cellule séparée, occupé toute la semaine à un travail manuel suffisant pour lui assurer de quoi vivre et, le cas échéant, de quoi faire l’aumône ; mais surtout utile pour lutter contre l’ennui (acédie) et garder l’esprit vigilant. Les moines de Scété s’adonnaient en effet à de grandes austérités dans le seul but de garder leur intelligence constamment fixée en Dieu par la prière pure, et ils alimentaient leur contemplation en récitant par cœur les psaumes et de longs passages de l’Écriture sainte. Lorsqu’ils eurent bâti une église, ils se réunissaient tous, le samedi soir, pour célébrer la vigile nocturne et communier aux saints Mystères. Au matin, après la Divine Liturgie, ils partageaient un repas fraternel, qui était pour beaucoup d’entre eux le seul repas de la semaine, et conversaient librement, en interrogeant les plus avisés pour l’édification de leur âme. Puis chacun repartait vers sa cellule, en emportant les feuilles de palmier nécessaires au travail de la semaine.

Comme le nombre des disciples et des visiteurs croissait sans cesse, saint Macaire changea à plusieurs reprises de résidence. Il vivait loin des autres cellules, avec seulement deux compagnons à proximité, et avait aménagé une galerie souterraine qui menait de sa cellule à une grotte éloignée, de sorte qu’il pouvait s’isoler à l’insu de tous, pour garder son esprit sans distractions, lorsque les visites se faisaient trop fréquentes.

Au début, chaque fois qu’il désirait participer à la Divine Liturgie, le saint devait se rendre à pied à Nitrie, à plus de quarante milles de là, dans le désert brûlant. L’effort était trop grand pour ses disciples, aussi, sur les instances de saint Antoine, accepta-t-il de recevoir l’ordination sacerdotale, à l’âge de quarante ans. Le Saint-Esprit lui accorda alors en abondance les charismes de guérisons, de prophétie et de discernement des pensées. À deux reprises il ressuscita un mort : la première fois pour faire éclater innocence d’un malheureux injustement accusé d’assassinat, et la seconde pour démontrer à un hérétique la vérité de la foi en la résurrection des corps. Attirés par la réputation de saint Macaire et de ses disciples et par la prédication enthousiaste de saint Athanase en faveur du monachisme, des hommes venaient à Scété de toutes les parties de l’Égypte et des contrées éloignées de l’Empire pour y embrasser la vie angélique. Le désert devint une véritable ville, si bien qu’à la fin du siècle on comptait à Scété quatre églises, où les ascètes se réunissaient par centaines chaque dimanche.
En 374, l’arien Lucius s’empara du siège épiscopal d’Alexandrie et raviva la persécution contre les orthodoxes. Il s’attaqua en premier lieu aux moines les plus influents et fit déporter dans une île du Delta du Nil les deux Macaire et d’autres saints moines. Leur exil tourna cependant à l’avantage de l’Église, car ces confesseurs convertirent les païens du lieu et, bientôt rappelés grâce aux protestations indignées du peuple, ils rentrèrent dans leur désert avec une gloire accrue. Saint Macaire, sentant sa fin prochaine, rendit une dernière fois visite à ses disciples de Nitrie. En guise de testament spirituel, il leur déclara, les larmes aux yeux : « Pleurons, frères, et que nos yeux répandent sans cesse des larmes, avant que nous allions là où nos larmes brûleront nos corps. » Quelque temps plus tard, le « père spirituel du désert » remit en paix son âme au Seigneur, âgé de quatre-vingt-dix ans. Après avoir subi diverses translations lors de la conquête musulmane, ses précieuses reliques furent ramenées au monastère copte (784) qui porte son nom, édifié sur les lieux que le saint avait sanctifiés par sa présence.

On attribue traditionnellement à saint Macaire le Grand un ensemble d’admirables homélies spirituelles, dans lesquelles le saint évoque, à l’aide de splendides images empruntées au monde naturel, les effets variés de la grâce de Dieu en nous. Après avoir adhéré au Seigneur par la foi et s’être consacré à Lui par le renoncement, nous devons, dit-il, « cultiver la terre de notre cœur » , c’est-à-dire forcer notre nature rebelle dans la pratique de toutes les saintes vertus évangéliques, et principalement dans l’assiduité à la prière. Voyant alors notre bonne volonté, le Christ nous donnera la force d’accomplir tous ses commandements, ou plutôt Il les accomplira Lui-même en nous par l’énergie du Saint-Esprit. Progressant ainsi de vertu en vertu et de gloire en gloire vers la plénitude, notre esprit sera intimement mêlé au feu de l’Esprit Saint, il deviendra « tout œil, toute lumière » , et acquerra les propriétés de Dieu. Lors de la résurrection générale, le feu de l’Esprit Saint, caché dans le cœur des saints, débordera sur leur corps et les fera resplendir pour l’éternité de la lumière de Dieu. Pour saint Macaire, la vie chrétienne a pour seul but d’acquérir, dès ici-bas, l’expérience de l’Esprit Saint, de subir cette belle transformation qui nous donnera une « sensibilité spirituelle », par laquelle nous pourrons « goûter » la présence de Dieu à chaque instant de notre vie.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Macaire, ton 1
Le désert fut ta cité, dans la chair tu fus un Ange, * tes miracles te signalèrent, Père Macaire porteur de Dieu; * par le jeûne, les veilles et l’oraison * tu as reçu les charismes du ciel * pour guérir les malades et les âmes des fidèles qui accourent vers toi. * Gloire à celui qui t’a donné ce pouvoir, * gloire à celui qui t’a couronné, * gloire à celui qui opère en tous, par tes prières, le salut.

Tropaire de saint Marc d’Éphèse, ton 8
Guide de l’Orthodoxie, combattant contre les innovations, fondement de l’Orthodoxie, luminaire de l’Église, sceau inspiré des docteurs, ô Marc, qui est toute sagesse, tu as illuminés tous les hommes par tes écris, lyre spirituelle, prie le Christ Dieu de sauveur nos âmes.

Kondakion de saint Macaire, ton 4
En sa maison le Seigneur t’a placé * comme un astre de tempérance, un astre non errant, * illuminant de ta clarté * les confins de l’univers, * Père des Pères, Macaire bienheureux.

Kondakion de saint Marc d’Éphèse, ton 8
Tu as reçu dans ton cœur les écrits sages en Dieu des théologiens, comme un véritable héraut de Dieu, tu as annoncé la procession de l’Esprit Saint, comme elle doit être, et tu as scellé le Symbole très saint, aussi nous te chantons : réjouis-toi, ô Marc le héraut de Dieu !

Évangile du jour
(Mc IX, 42 – X,1)

Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d’avoir les deux mains et d’aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint point. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, que d’avoir les deux pieds et d’être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s’éteint point. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n’ayant qu’un œil, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne, où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s’éteint point. Car tout homme sera salé de feu. Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous? Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. Jésus, étant parti de là, se rendit dans le territoire de la Judée au delà du Jourdain. La foule s’assembla de nouveau près de lui, et selon sa coutume, il se mit encore à l’enseigner.

Père Georges Massouh :” M. Trump : Occupez-vous de vos affaires !”

Nous vous invitons à lire l’article du père Georges Massouh, directeur du Centre pour les études chrétiennes et musulmanes de l’Université de Balamand (Liban), paru dans le quotidien libanais Al Nahar.

Nous ne sommes concernés par la décision de M. Donald Trump, président des Etats-Unis d’Amérique, d’interdire l’accueil de citoyens de certains pays, dont la Syrie, qu’en ce qui touche la distinction opérée, dans sa décision, entre musulmans et chrétiens. Sa décision est exclusivement une affaire de souveraineté américaine. Seuls les Américains ont le droit de demander des comptes à leur président et de l’interroger sur le caractère correct ou non de sa décision. Dès lors, ce qui nous concerne, c’est l’impact de sa décision sur les relations entre chrétiens et musulmans dans notre pays.
Dès lors que Trump fait une exception pour les chrétiens dans sa décision, il les considère comme « des minorités » en danger. Il joue le rôle de protecteur des minorités opprimées, mais au même moment il veut ériger un mur de séparation avec le Mexique « chrétien ». Pourquoi donc ce zèle pour les chrétiens syriens d’une part, et l’exclusion des chrétiens mexicains ? Donc, ce qui préoccupe Trump ce n’est pas l’avenir du christianisme et des chrétiens en Orient, mais les intérêts américains, et c’est son droit puisqu’il est le président des Etats-Unis d’Amérique et point le pape de Rome ou le patriarche de Constantinople.
Dans leur grande majorité, les chrétiens syriens ne désirent pas être considérés comme des minorités. Ils appartiennent au pays, dès avant l’Islam et ils y sont restés, sans recevoir de faveurs de quiconque. Leurs relations avec les musulmans ont certes varié d’une époque à l’autre en fonction de l’humeur des dirigeants, des gouverneurs et des envahisseurs …, mais ils ont prouvé qu’ils étaient l’une des composantes fondamentales du pays. Leur présence s’étend de l’extrême nord, d’Alep, Lattakieh et Hassake jusqu’à l’extrême sud, au Hauran et dans la « province d’Arabie », en passant par Hama, Homs, Tartous, le Wadi al-Nasara et Damas. Il est par conséquent impossible d’établir une discrimination entre les chrétiens syriens et les autres Syriens.

Les chrétiens syriens ne veulent pas que M. Trump les traite comme « chrétiens syriens » mais comme « citoyens syriens ». Interdire l’accueil des Syriens dans son pays, fort bien. Mais faire une exception pour les chrétiens, ce n’est pas bien. En outre, la décision implique qu’il y a une crise entre les musulmans et les chrétiens, que les chrétiens sont persécutés par les musulmans, et que leur avenir dans la région est menacé … ce qui n’est pas vrai. La crise des chrétiens et musulmans a commencé avant l’apparition de groupes islamistes extrémistes. Elle a commencé avec la tyrannie pratiquée du régime en place. Par conséquent, la crise des chrétiens orientaux est tout autant la crise des musulmans eux-mêmes et la solution de la crise des uns n’ira pas sans celle des autres. Leurs destins sont corrélatifs et inséparables. Il est vain de sortir de ce cadre.

Il ne fait aucune doute que la décision de M. Trump contribue à jeter de l’huile sur le feu du racisme, de l’animosité et de la haine qui dévore le monde entier, mais la décision sert aussi les intérêts de ceux que les Etats-Unis et la Russie prétendent combattre, EI, al-Nosra et d’autres groupes terroristes semblables. Comment est-il possible de lutter contre l’extrémisme islamique en voyant dans tous les musulmans un danger pour la communauté internationale ? Interdire un musulman de se rendre aux Etats-Unis, cela ne revient-il pas à l’accuser d’être un terroriste pour la simple raison qu’il est musulman ? Ensuite, comment M. Trump peut-il ignorer le fait que l’EI ne fait pas de discrimination entre le Syrien musulman et le Syrien chrétien dans leurs opérations terroristes ? A cet égard – et à cet égard seulement – EI semble meilleur que Trump, puisqu’il ne pratique pas de discrimination raciale ou religieuse.

Cette hypocrisie que M. Trump pratique dans son traitement de la situation des chrétiens au Proche-Orient n’est pas nouvelle. Qu’on fait les Etats-Unis pour que les chrétiens de Palestine et d’Irak restent chez eux ? Qu’a fait l’Occident en général pour empêcher les massacres des Arméniens ou empêcher les Turcs, alors que l’empire ottoman s’effondrait, d’expulser les Grecs de Turquie occidentale, d’expulser les Syriaques de Mardin et de Diyarbakir et d’expulser les Roums d’Antioche ?

Les chrétiens n’accepteront pas d’être des pions entre les mains des racistes. Ils sont les maîtres de leur propre destin. Ils ont traversé des années et des siècles de vaches maigres, pires que ce qui se passe maintenant, et ils n’ont pas été éliminés. Ils sont là. Ils resteront là. C’est leur pays et il le restera. Quant à M. Trump, nous lui disons : « occupez-vous de vos affaires » [litt. « Trouve-toi une autre aiguille pour coudre »].

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17 janvier (ancien calendrier)/30 janvier (nouveau)

17 janvier (ancien calendrier)/30 janvier (nouveau)

Saint Antoine le Grand, moine en Égypte (356) ; saint Genou, évêque de Cahors (vers 250) ; sainte Yolaine, martyre (363) ; Saint Marcel, évêque de Die (510) ; saint Sulpice, évêque de Bourges (647) ; saint Richmir, abbé fondateur du monastère de Saint-Rigomer-des-Bois (vers 715) ; saint Antoine de Dymsk (1224) ; saint Antoine du Lac Noir (XVIème s.) ; saint néomartyr Georges de Ioannina (1838) ; saints néomartyrs de Russie : Victor (Evropeïtsev), prêtre (1931) et Paul (Ouspensky), prêtre (1938).

SAINT ANTOINE LE GRAND

Saint Antoine le Grand, moine en Égypte (356)

Saint Antoine, la première fleur du désert, naquit vers l’an 251, dans le petit village de Coma (auj. Qîmân al-Ariâs dans la région de Al-Ouasta) dans la vallée du Nil. Ses parents, nobles et riches chrétiens, l’élevèrent dans la foi et la crainte de Dieu. Ils se chargèrent eux-mêmes de l’éducation du jeune garçon, car Antoine ne souhaitait pas se mêler aux jeux turbulents des autres enfants et n’éprouvait que mépris pour les sciences profanes. Il ne sortait de la maison que pour se rendre à l’église, où il suivait avec attention la lecture des livres sacrés et le récit des exploits des saints.
Vers l’âge de vingt ans, la mort de ses parents le laissa à la tête du patrimoine familial et seul responsable de l’éducation de sa jeune sœur. Un jour, comme il se rendait à l’église en méditant sur la vie paisible et dégagée de tout souci des Apôtres et des premiers chrétiens, il entendit la lecture de ces paroles de l’Évangile : Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi (Mt 19, 21). Convaincu qu’elles n’avaient été dites que pour lui, il alla partager sans retard toutes les terres qu’il possédait entre ses voisins, vendit ses meubles et en distribua le prix aux pauvres, ne gardant que le nécessaire pour établir sa sœur. Une autre fois, après avoir entendu lire les paroles : Ne soyez pas en souci du lendemain (Mt 6, 34), il décida de renoncer définitivement au monde, distribua le reste de ses biens, confia sa sœur à des personnes vertueuses et quitta sa maison pour embrasser la vie ascétique.
En ce temps-là, il n’existait pas encore de monastères organisés. On ne trouvait que quelques hommes vivant en solitaires non loin de leur village, dans le jeûne et la prière. Un de ces anciens demeurait non loin de là. Antoine se proposa donc de l’imiter. Il s’installa lui aussi dans un lieu isolé, où, l’esprit libre de toute préoccupation et de tout souvenir de sa vie passée, il travaillait de ses mains, distribuait ses surplus aux pauvres, méditait les livres saints et s’efforçait de garder imperturbable la prière en son cœur. Semblable à une abeille industrieuse, chaque fois qu’il entendait louer la vertu de quelque solitaire, il se rendait auprès de lui, observait l’humilité des uns, la mortification, l’assiduité à la prière ou à la méditation des autres et, une fois rentré dans sa cellule, il s’efforçait de rassembler en lui-même toutes ces vertus.
Le démon, envieux de toutes les bonnes actions des hommes, ne pouvant souffrir de voir une telle ardeur en un si jeune homme, décida de partir en guerre contre lui. Il lui suggéra d’abord le souvenir des biens qu’il avait quittés, de sa sœur qu’il avait abandonnée et de tous les plaisirs de sa vie passée. Puis il lui représenta de manière épouvantable les difficultés de la vie ascétique, la faiblesse de son corps, le long combat qu’il aurait à soutenir pendant des années et tout un nuage épais de pensées diverses. Comme Antoine résistait à ces assauts par la fermeté de sa foi, la patience et la prière continuelle, le Malin passa à l’attaque sur un autre front. Il lui présenta à l’esprit des pensées d’impureté et excita ses sens juvéniles par quantité de suggestions obscènes. Et, voyant qu’il tenait bon, il prit de nuit l’apparence d’une femme qui l’invitait au péché par des gestes effrontés. Mais le vaillant soldat du Christ repoussa Satan par le souvenir des peines de l’enfer. Le démon excédé lui apparut alors sous l’aspect d’un enfant hideux et sombre et, se présentant comme l’esprit de la fornication, il reconnut avoir été vaincu par lui. Devant cette apparition aussi ridicule, Antoine le repoussa avec dédain, en chantant : Le Seigneur est mon secours, et je mépriserai tous mes ennemis (Ps 117, 7). Il était en effet convaincu que ce n’était pas lui-même qui avait remporté cette première victoire, mais la grâce de Dieu qui était en lui (1 Cor 15, 10). Sagement averti par les saintes Écritures des diverses machinations des démons, il ne se laissait pas endormir dans une trompeuse sécurité ; mais, toujours sur ses gardes, il travaillait avec encore plus de soin à réduire son corps en servitude, de peur que, victorieux dans un combat, il ne se trouvât vaincu dans un autre. Ayant désormais affermi sa résolution par une sainte habitude, il n’éprouvait plus de peine à passer souvent la nuit entière en prière, ne mangeait qu’un peu de pain et de sel, de deux jours en deux jours, et se refusait toute consolation humaine. Oubliant le temps déjà passé dans ce genre de vie et sans cesse tendu plus avant (Phil 3, 14), il considérait chaque jour comme le début de son ascèse et faisait sienne les paroles du prophète Élie : Le Seigneur est vivant, en présence duquel je me tiens aujourd’hui (3 Rg 18, 15 LXX).
C’est ainsi qu’il passa à l’offensive et se choisit pour retraite un des anciens sépulcres creusés par les païens. Ne pouvant souffrir cette provocation, Satan vint l’assaillir de nuit avec toute une troupe de démons. Ils l’accablèrent de tant de coups qu’ils le laissèrent à terre, couvert de plaies. Quand l’ami chargé de son ravitaillement le découvrit ainsi à demi-mort, il le transporta en hâte à l’église du village. Mais aussitôt qu’il eût repris ses sens, Antoine supplia son ami de le transporter de nouveau dans le sépulcre. Incapable de se tenir debout, il priait allongé et défiait audacieusement les démons. Ceux-ci pénétrèrent en foule dans le tombeau, en prenant l’apparence de toutes sortes de bêtes sauvages et de reptiles. Le preux guerrier était assailli de tous côtés, mais il les repoussait en leur criant avec force : « Si vous aviez quelque pouvoir, un de vous suffirait pour m’abattre ; mais comme le Seigneur vous a enlevé votre force, vous essayez de m’épouvanter par votre nombre. Le signe de votre faiblesse est bien que vous en êtes réduits à prendre la forme d’animaux dépourvus de raison. Si vous avez quelque pouvoir contre moi, allez, ne tardez pas davantage, attaquez ! Si vous ne pouvez rien, inutile alors de vous agiter ainsi. Le signe de la Croix et la foi me sont un rempart inexpugnable ! » Les démons, impuissants, en étaient réduits à grincer des dents de rage. Finalement, le Seigneur Jésus-Christ vint à son secours. Le toit de la demeure sembla s’ouvrir, et un rayon de lumière descendit sur Antoine, mit en fuite les esprits des ténèbres et le soulagea de ses peines. Antoine demanda alors : « Où étais-Tu, Seigneur ? Pourquoi n’as-Tu pas fait cesser plus tôt ce combat ? » Le Christ lui répondit : « J’étais là, à tes côtés. Mais je voulais être spectateur de ton combat. Puisque tu as résisté avec tant de courage, Je serai désormais toujours ton défenseur et Je rendrai ton nom célèbre par toute la terre. »
Antoine, alors âgé de trente-cinq ans (286), se trouva animé d’un surcroît de ferveur après ces combats et décida de s’enfoncer seul dans le désert. Il parvint sur la rive orientale du Nil, trouva sur la montagne un vieux fort abandonné et, après avoir chassé les reptiles qui l’habitaient, il s’y installa dans la plus complète solitude, en y interdisant l’entrée à quiconque. Il passa ainsi vingt années dans cette retraite, où, de six mois en six mois, un ami venait lui jeter du pain par-dessus la muraille. Nombreux étaient cependant ceux qui, attirés par sa réputation, venaient jusque-là. Ils restaient au-dehors, en entendant à l’intérieur un grand tumulte et les voix des démons vociférant contre celui qui était venu habiter leur demeure avec une si grande témérité. Un jour, dans l’excès de leur ferveur, ses admirateurs forcèrent la porte et virent Antoine leur apparaître, éclatant comme au sortir d’un sanctuaire mystique. Son aspect corporel était resté le même, malgré vingt ans de jeûnes et de luttes contre les démons, et son âme avait acquis un état de pureté, semblable à celui d’Adam avant la chute.
Il accepta dès lors de recevoir des disciples en nombre sans cesse grandissant, et fonda pour eux deux monastères (vers 306) : l’un à l’est du Nil, à Pispir (auj. Deir el-Mimoun), l’autre sur la rive gauche, non loin d’Arsinoé. Le cœur apaisé et l’intelligence inébranlablement fixée en Dieu, saint Antoine avait le pouvoir de réconcilier les ennemis par sa seule présence, de faire régner autour de lui la charité entre les hommes et de guérir les malades par sa prière. Inspiré par le Saint-Esprit, il instruisait ses moines dans la science spirituelle. Il leur recommandait de ne jamais se laisser décourager par les épreuves ou de se relâcher de leur première ferveur, mais au contraire de la faire croître de jour en jour, comme s’ils ne faisaient que commencer, en méditant ces paroles de l’Apôtre : Je meurs tous les jours (1 Cor 15, 31). Il disait :

Efforçons-nous de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau : à savoir la charité, la douceur, la justice, etc. La vertu, c’est-à-dire le Royaume des cieux, n’a besoin que de notre volonté, car elle se trouve en nous-mêmes. Elle ne consiste en rien d’autre, en effet, qu’à conserver la partie spirituelle de notre âme dans la pureté et la beauté dans lesquelles elle a été créée. Si nous demeurons tels que nous avons été faits, nous sommes dans la vertu.
En gardant avec vigilance notre cœur contre la souillure des mauvaises pensées, contre l’excitation des plaisirs et contre l’emportement de la colère, nous pourrons résister aux assauts des démons qui nous entourent et entreprennent tout dans le but d’empêcher les chrétiens de monter au Ciel et d’occuper les places d’où ils ont été chassés à cause de leur orgueil et de leur révolte. C’est seulement au prix d’une ascèse soutenue et de beaucoup de prière que nous pourrons recevoir du Saint-Esprit le charisme du discernement des esprits, afin de déjouer leurs ruses. Ils nous attaquent d’abord par les mauvaises pensées, puis, si nous les avons repoussés par la foi, le jeûne et la prière, ils reviennent à l’assaut par des imaginations diverses, dans l’espoir de nous effrayer. Derechef repoussés par la puissance du Christ, ils essaient alors de nous tromper en feignant de prédire les événements à venir, chose dont Dieu seul est capable, mais qu’ils parviennent à imiter grâce à l’agilité de leur nature incorporelle. S’ils nous trouvent encore inébranlables, alors leur prince lui-même, Satan, apparaît dans tout son faste, entouré d’une trompeuse lumière, image du feu qui lui est préparé pour l’éternité, et il nous suggère visions, révélations, exploits ascétiques et toutes sortes d’embûches, afin de nous faire tomber dans l’orgueil et l’illusion. Ne vous effrayez pas de toutes ces attaques. Ayant perdu leur puissance depuis l’Incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ et ne pouvant demeurer en repos, ils en sont réduits à nous menacer par des paroles, des bruits et de vaines apparitions S’ils avaient quelque pouvoir, ils n’auraient pas besoin de déployer une telle pompe et auraient depuis longtemps arrêté l’accroissement et le progrès des chrétiens. C’est Dieu seul que nous devons craindre et, loin d’avoir de l’appréhension, nous ne devons avoir à l’égard des démons que du mépris. Car ils ne redoutent rien plus que le jeûne des moines, leur humilité, leur patience, leur amour pour Dieu et pour leurs frères. S’il vous vient quelque apparition, ne vous laissez pas troubler mais demandez à celui qui se présente : Qui es-tu ? et d’où viens-tu ? Si cette vision est sainte, elle dissipera aussitôt vos doutes et changera votre crainte en joie ; si elle est du diable, celui-ci prendra immédiatement la fuite en voyant votre fermeté. Toutes ces épreuves vous sont en fait profitables : supprimez la tentation, et personne ne sera sauvé .

Sous l’influence de saint Antoine, « le désert devint comme une cité de moines qui avaient renoncé au monde pour devenir citoyens de la cité céleste » . Tous ces monastères étaient semblables à des temples, où des hommes, unis en une douce harmonie par le but unique qu’ils se proposaient, passaient leur vie à chanter des psaumes, à méditer les saintes Écritures, à jeûner, à prier dans la joie et l’espérance des biens futurs .
En ce temps-là, Maximin Daïa ayant rallumé en Égypte le feu de la persécution, faisait couler à flot le sang dans la ville d’Alexandrie (308). Antoine, brûlant du désir d’accéder lui aussi à la perfection du martyre, se rendit à Alexandrie et s’exposa hardiment au danger pour se mettre au service des confesseurs, les visiter dans leurs prisons et dans les mines, et les exhorter à soutenir jusqu’au bout le bon combat. Malgré son ardent désir de partager leur sort, Dieu le garda pour d’autres combats ; il ne fut pas arrêté et retourna dans son monastère, où il continua son martyre non-sanglant de la conscience, en redoublant ses austérités.
Quoique restant reclus, il continuait d’accomplir des miracles et les visiteurs ne cessaient d’affluer. C’est pourquoi il décida de se retirer seul dans un désert plus profond. Il se joignit à une caravane de Bédouins et parvint jusqu’à la région montagneuse de Quolzoûm , situé vers la mer Rouge dans le désert, à trois jours de marche du Nil, où il s’installa après avoir été confirmé par une révélation de Dieu. Comme les bêtes sauvages venaient troubler l’eau de la source qui coulait là, le saint les en chassa délicatement au seul son de sa voix. Il cultivait un petit jardin pour sa subsistance et, excepté quelques rares visites de ses disciples, il pouvait s’adonner sans relâche à la contemplation et au combat contre les démons furieux. L’assurance que lui donnait sa familiarité avec le Seigneur rendait son esprit inébranlable comme la montagne de Sion, de sorte que les démons s’enfuyaient et que les bêtes sauvages vivaient en paix avec lui.
Au bout de plusieurs années, Antoine, désormais âgé, consentit à retourner visiter ses disciples à Pispir. En chemin, il fit jaillir de l’eau dans le désert pour abreuver ses compagnons de route accablés par la soif. Grande fut la joie à l’arrivée de l’homme de Dieu, et tous les moines trouvèrent dans sa visite l’occasion de renouveler leur ardeur dans les combats de la vertu. Une grande foule le suivit lorsqu’il regagna sa montagne : les uns demandaient la guérison des maladies du corps, d’autres venaient pour recevoir réconfort et instruction de l’âme. Le saint donnait à tous selon leur besoin, comme Dieu Lui-même. Il ne rompait le silence qu’après avoir reçu une inspiration du Saint-Esprit, et il parlait alors en employant les paroles de la Sainte Écriture, comme s’il en était lui-même l’auteur. Il pouvait dire avec confiance : « Moi, je ne crains plus Dieu, mais je l’aime. Car l’amour parfait chasse la crainte » . C’est pourquoi, dans ses enseignements, il insistait surtout sur la charité fraternelle et la purification du cœur. Il disait encore : « C’est du prochain que dépendant la vie et la mort. En effet, si nous gagnons notre frère, c’est Dieu que nous gagnons ; mais si nous sommes pour notre frère occasion de péché, c’est contre le Christ que nous péchons » . Père plein de compassion, il savait relâcher en temps opportun l’ascèse de ses disciples par quelque divertissement, et il leur transmettait la leçon, qu’il avait lui-même reçue d’un ange, d’alterner avec science la prière pure, la psalmodie et le travail manuel afin de lutter contre l’ennui (acédie) . Il considérait comme siennes les souffrances de ceux qui venaient le trouver et priait pour chacun. Quand Dieu accomplissait par lui une guérison, il rendait grâce, et quand Il la lui refusait, il rendait grâce aussi et exhortait ces malheureux à rester dans l’espérance.
Un jour, pendant sa prière, saint Antoine fut ravi en esprit et il se sentit comme élevé corporellement dans les airs par des anges qui éloignèrent de lui la horde de démons qui voulaient examiner impudemment sa conduite depuis sa naissance. Son visage dégageait un tel éclat de pureté et tous les mouvements de son corps révélaient si bien l’état impassible de son âme, qu’il répandait autour de lui comme un orbe de paix, de joie et de douceur. Sans qu’il ait besoin de se faire connaître, tous ceux qui le voyaient étaient irrésistiblement attirés vers lui. Il pouvait lire dans leur cœur comme à livre ouvert et, tel un habile médecin, il leur donnait toujours le remède approprié. C’est ainsi que l’Égypte entière le tenait pour son père et son médecin, les personnes les plus haut placées venaient jusqu’à son lointain désert pour s’entretenir avec lui ou seulement pour recevoir sa bénédiction. L’empereur Constantin le Grand lui-même, ainsi que ses fils, lui écrivirent comme à un père, en exprimant le souhait de recevoir une réponse.
Détaché de tous ces honneurs et l’intelligence sans cesse tournée vers la présence de Dieu en lui, Antoine avait été pourtant instruit par Dieu, comme par surcroît, de toute la science nécessaire à confondre la sagesse de ce monde. Des philosophes païens, enflés d’orgueil par leur prétendue science, vinrent avec mépris rendre visite à cet illettré dont toute l’Égypte parlait. En peu de mots, l’homme de Dieu confondit leur assurance. Il leur exposa comment la sagesse de ce monde a été rendue folle par la folie de la Croix, leur démontra l’insanité de leurs mythes qui abaissent Dieu à la ressemblance d’animaux ou d’objets fabriqués, alors que la doctrine du Christ élève l’homme à la communion avec la nature divine, et leur fit reconnaître qu’ils essayaient vainement d’atteindre par les discours et les raisonnements ce que les chrétiens connaissent par la foi et la puissance de l’expérience vécue. Il scella enfin sa victoire en délivrant des possédés par la puissance du Christ et congédia ses visiteurs tout penauds.
Saint Antoine avait un grand respect pour les clercs et les responsables de l’Église. Il était certes étranger à toute affaire ecclésiastique, mais il n’en soutenait pas moins vigoureusement la foi orthodoxe, gravement en péril en ces temps de troubles. Comme les ariens d’Alexandrie avaient répandu la rumeur selon laquelle l’illustre ermite partageait leur doctrine insensée, le saint n’hésita pas à sortir de sa retraite et à se rendre dans la bruyante capitale pour proclamer clairement, devant toute la population accourue pour le voir, sa foi en la divinité du Fils et Verbe de Dieu, son adhésion inébranlable à la doctrine du Concile de Nicée et son indéfectible soutien à saint Athanase (338).
Quand il parvint à l’âge de cent cinq ans, Antoine partit, selon sa coutume, rendre visite aux moines installés dans la montagne plus avancée et leur annonça avec joie que Dieu allait bientôt le rappeler vers sa véritable patrie. Il les exhorta à persévérer tous les jours dans les travaux de l’ascèse, comme si la mort était toute proche, à imiter l’exemple des saints, et à préserver avec soin la tradition des Pères inspirés de Dieu en évitant toute relation avec les hérétiques. Puis, il se retira dans le désert profond, servi par deux disciples : Macaire [19 janv.] et Amatas. Au moment de mourir, il leur recommanda de ne pas transporter son corps en Égypte, de peur qu’il ne fût embaumé, conformément aux coutumes païennes encore en vigueur, et leur ordonna de l’enterrer dans un endroit inconnu de tous. Il légua une partie de ses vêtements aux deux grands confesseurs de l’Orthodoxie : saint Athanase et saint Sérapion de Thmuis [7 fév.], et sa tunique de poil à ses deux plus proches disciples, pour que ceux-ci, en portant ces vêtements, soient couverts de sa protection invisible. Puis il étendit les pieds et, le visage comblé de joie, comme si des amis venaient à sa rencontre, il remit paisiblement son âme à Dieu, le 17 janvier 356. La réputation du Père des moines s’étendit aux extrémités de toute la terre et, depuis des siècles, sa biographie, écrite avec amour par saint Athanase d’Alexandrie peu après la mort du saint (357), offre aux âmes éprises de Dieu un parfait modèle de la voie à suivre pour parvenir à la perfection de la vie chrétienne .
Le corps de saint Antoine fut, dit-on, découvert à la suite d’une révélation, en 561, et transféré à Alexandrie. Vers 635, sous la menace de l’invasion arabe, on le transporta à Constantinople et, vers 1070, selon le témoignage de la tradition occidentale, un seigneur du Dauphiné apporta une partie de ses reliques en France (Saint-Antoine en Dauphiné), où elles devinrent l’objet d’un célèbre pèlerinage.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Antoine, ton 4
Imitant par ta vie le zèle d’Elie * et suivant le droit chemin du Baptiste, * vénérable Père Antoine, tu peuplas le désert * et par tes prières affermis l’univers; * prie le Christ notre Dieu de sauver nos âmes.

Kondakion de saint Antoine, ton 2
Le tumulte de ce monde, tu l’as chassé loin de toi * pour mener une vie conforme à la paix, * imitant le Baptiste par tous les moyens; * c’est pourquoi, Père des Pères, avec lui, * vénérable Antoine, nous te glorifions.

Évangile du jour
(Lc VI, 17-23)

Il descendit avec eux, et s’arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule de ses disciples et une multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus pour l’entendre, et pour être guéris de leurs maladies. Ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous. Alors Jésus, levant les yeux sur ses disciples, dit: Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous! Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie! Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, lorsqu’on vous chassera, vous outragera, et qu’on rejettera votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme! Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans le ciel; car c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

15 janvier (ancien calendrier)/28 janvier (nouveau)

15 janvier (ancien calendrier)/28 janvier (nouveau)

Saint Paul de Thèbes, ermite (341) ; saint Jean le Calybite (Vème s.) ; saint Pansophos, martyr à Alexandrie (vers 240-251) ; saint Maur, abbé près d’Angers, disciple de saint Benoît (584) ; Saint Ablebert, évêque de Cambrai et d’Arras (645) ; saint Bonet, évêque de Clermont (71O) ; sainte Tarcice, vierge à Rodez (vers 600) ; saint Malard, évêque de Chartres (vers 660) ; Saint Éloi de Lérins (VIème s.) ; saints Procore de Ptchina (Xème s.) et Gabriel de Lesnovo (XIème s.) ; saint Gérasime, patriarche d’Alexandrie (1714) ; saint hiéromartyr Michel (Samsonov), prêtre (1942).

SAINT PAUL DE THÈBES

Saint Paul de Thèbes, ermite (341)

Au temps où l’empereur Dèce (vers 250) faisait répandre à flots le sang des martyrs dans toutes les régions de l’Empire romain, vivait en Basse Thébaïde un jeune homme pieux, savant et orné de toutes sortes de vertus, que la mort de ses parents avait laissé à la tête d’une grande fortune. Pour échapper à la tempête de la persécution, il se retira dans une maison de campagne ; mais, bientôt, l’époux de sa sœur, désirant accaparer pour lui seul tout l’héritage familial, conçut le projet de livrer le jeune chrétien aux persécuteurs. Pris de crainte, Paul s’enfuit alors dans le désert, abandonnant ainsi tous ses biens derrière lui.
Après une longue marche, il parvint un jour au pied d’une montagne et découvrit une caverne merveilleusement située, cachée à la vue de tous, qui avait autrefois servi de repère à des faux-monnayeurs. Un vaste palmier y offrait ses fruits et son ombrage, et une source, l’eau claire nécessaire à la vie. Il s’installa donc dans ce petit paradis offert par Dieu, et y passa toute sa vie dans le silence et la prière.
Au bout de longues années (342), il vint à la pensée de saint Antoine le Grand, alors âgé de quatre-vingt-dix ans, que nul autre que lui n’avait mené sur la terre une vie si parfaitement consacrée à Dieu. La nuit suivante, il fut averti en songe qu’un autre ermite menait cette vie céleste, plus parfaitement que lui, dans un autre désert, et avait atteint l’âge de cent treize ans. Le vénérable vieillard prit sans retard son bâton et se mit en marche droit devant lui, en s’abandonnant à la Providence pour lui montrer la route. Il rencontra sur son chemin plusieurs animaux monstrueux, suscités par le démon, qui, réduits à l’impuissance par le signe de la Croix, lui indiquèrent la direction à suivre. Une louve le conduisit finalement jusqu’à la grotte, et il parvint, à force de prières et de supplications, à convaincre Paul d’ouvrir la porte.
Les deux vieillards échangèrent alors un saint baiser, se saluant tous les deux par leurs propres noms. Ils rendirent grâce à Dieu d’avoir permis cette rencontre et, s’étant assis, Paul, qui n’avait pas parlé aux hommes depuis quatre-vingt-dix ans, demanda à Antoine comment allait le monde, si l’idolâtrie et la persécution y régnaient toujours. Au cours de l’entretien un corbeau vint soudain voleter au-dessus d’eux et posa à leurs pieds un pain frais tout entier. Paul dit à son visiteur : « Admire la bonté de Dieu. Voilà soixante-dix ans que Dieu m’envoie par ce corbeau, chaque jour, une moitié de pain pour ma nourriture, et, aujourd’hui, à ton arrivée, le Seigneur a doublé la ration. » Après avoir pris cette réfection céleste avec actions de grâces, ils passèrent la nuit entière en prière. Le jour venu, Paul confia à Antoine qu’il connaissait depuis longtemps son séjour dans le désert, et que le Seigneur l’avait envoyé maintenant vers lui pour rendre à la terre son pauvre corps de terre, car l’heure de la fin de ses combats approchait.
Antoine, fondant en larmes, le supplia de ne pas l’abandonner ainsi et de prier le Seigneur, pour qu’il le prenne avec lui. Saint Paul lui demanda alors d’aller chercher dans son monastère le manteau que saint Athanase d’Alexandrie lui avait donné, afin de l’ensevelir. Le vieillard de quatre-vingt-dix ans retrouva les forces de sa jeunesse pour faire avec diligence, en un jour, ce voyage, brûlant du désir de revoir Paul et craignant qu’il ne rendît l’âme pendant son absence. Le lendemain matin, il était encore en chemin, lorsqu’il vit l’âme de saint Paul s’élever dans le ciel au milieu des chœurs des anges, des prophètes et des apôtres. Il s’écria : « Paul, pourquoi m’abandonnes-tu ? T’ayant connu si tard, faut-il que tu me quittes si tôt ? » Il courut jusqu’à la caverne, où il trouva saint Paul immobile, comme en prière. Il l’enveloppa dans le manteau du grand confesseur de l’Orthodoxie, chanta pour lui les hymnes des funérailles et, aidé providentiellement par deux lions qui vinrent creuser une fosse avec leurs griffes, il déposa avec dévotion le corps du premier ermite dans la terre, en attente de la résurrection. Afin de ne pas être privé de la grâce qui avait rempli le saint pendant son existence terrestre, Antoine emporta avec lui la tunique que Paul avait confectionnée de ses mains avec les feuilles du palmier, et il la revêtait aux grandes solennités de Pâques et de la Pentecôte.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Paul de Thèbes, ton 4
Dieu de nos Pères, * dont la clémence agit toujours envers nous, * n’éloigne pas de nous ta miséricorde, * mais par leurs supplications * gouverne notre vie dans la paix.

Tropaire de saint Jean le Calybite, ton 4
Ardemment dès l’enfance ayant aimé le Seigneur, * tu quittas le monde et ses plaisirs et dans l’ascèse te distinguas; * tu fixas ta cabane devant le seuil de tes parents * et les pièges des démons, tu les brisas, bienheureux Jean; * c’est pourquoi le Christ t’a justement glorifié.

Kondakion de saint Paul de Thèbes, ton 4
Fidèles, célébrons le divin Paul, * ce flambeau éclairant le monde par la hauteur de ses vertus, * et chantons au Christ: Tu es l’allégresse des Moines saints.

Kondakion, de saint Jean le Calybite, ton 2
Chérissant la pauvreté pour imiter le Christ, * tu laissas les richesses de tes parents * et, prenant dans tes mains son Évangile divin, * à sa suite, saint Jean, tu marchas, * sans cesse auprès de lui intercédant pour nous tous.
Lc XX,19-26
Évangile du jour
(Mc IX, 10-16)

Les disciples retinrent cette parole, se demandant entre eux ce que c’est que ressusciter des morts. Les disciples lui firent cette question: Pourquoi les scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne premièrement? Il leur répondit: Élie viendra premièrement, et rétablira toutes choses. Et pourquoi est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit souffrir beaucoup et être méprisé? Mais je vous dis qu’Élie est venu, et qu’ils l’ont traité comme ils ont voulu, selon qu’il est écrit de lui. Lorsqu’ils furent arrivés près des disciples, ils virent autour d’eux une grande foule, et des scribes qui discutaient avec eux. Dès que la foule vit Jésus, elle fut surprise, et accourut pour le saluer.

25 janvier

25 janvier

Saint Grégoire le Théologien, archevêque de Constantinople (389) ; sainte Félicité et ses sept fils : Janvier, Félix, Philippe, Sylvain, Alexandre, Vital et Martial (vers 164) ; saint Publius, abbé de Zeugma en Syrie (vers 380) ; saint Mar, chantre en Syrie (vers 430) ; saint Racho, évêque d’Autun (vers 660) ; saint Prix, évêque de Clermont, et saint Amarin, abbé, martyrs (676) ; saint Moïse, archevêque de Novgorod (1362) saint Auxence de Constantinople, néo-martyr grec (1720) ; saint Anatole l’Ancien, d’Optino (1894) ; saints néo-martyrs de Russie : Vladimir, métropolite de Kiev (1918) ; Pierre, archevêque de Voronège (1929) ; Basile, évêque de Priloutsk (1930) ; Étienne (Gratchev), prêtre, Boris, martyr (Zavarine) (1938).

SAINTE GRÉGOIRE LE THÉOLOGIEN
Saint Grégoire, cet homme à l’âme céleste et à la bouche sanctifiée par le feu du Saint-Esprit, a pénétré si profondément dans les mystères de Dieu qu’entre tous les Pères il a été jugé digne du titre de « Théologien », comme Jean, le Disciple Bien-aimé : c’est-à-dire non celui qui fait profession d’enseigner les dogmes, mais celui qui, après s’être purifié, a été uni à Dieu par la grâce et qui se tourne ensuite vers le peuple, tel Moïse, pour lui transmettre les oracles divins et lui communiquer la lumière. Comme saint Basile et saint Jean Chrysostome, sa vie dépasse largement les limites d’une simple biographie et se présente plutôt à nous comme un prototype de la sainteté chrétienne, et ses œuvres immortelles, insurpassables en beauté et en profondeur, constituent le plus digne ornement de l’Épouse du Verbe de Dieu.
Son père, saint Grégoire l’Ancien [1er janv.], homme sage et vertueux, s’était d’abord égaré dans la secte des hypsistariens ; puis, converti grâce à la patience et à la prière de son épouse sainte Nonne [5 août], il devint évêque de Nazianze, la petite ville de Cappadoce proche de leur propriété familiale d’Arianze. Alors qu’ils étaient restés longtemps sans progéniture, Dieu leur accorda successivement trois enfants : sainte Gorgonie [23 fév.], saint Grégoire et saint Césaire [25 fév.]. Après la naissance de Gorgonie, sainte Nonne avait instamment prié le Seigneur de lui accorder un fils, en Lui promettant de le Lui consacrer. Dieu répondit à sa prière en lui montrant dans un songe la figure de l’enfant qui allait naître et en lui imposant son nom. Dès la naissance de Grégoire (329), sa mère prit soin de cultiver en lui les semences des saintes vertus, de sorte que l’enfant montra bientôt la sagesse des vieillards, un grand attrait pour l’étude et une attirance irrésistible vers la contemplation et la prière. Une nuit, il vit en songe deux jeunes vierges pures lui apparaître, vêtues de blanc et le visage chastement couvert d’un voile. Elles le caressèrent doucement, en lui disant qu’elles étaient l’une la pureté et l’autre la chasteté, compagnes de notre Seigneur Jésus-Christ et amies de ceux qui renoncent au mariage pour mener une vie céleste. « Elles m’exhortèrent d’unir mon cœur et mon esprit au leur, afin que m’ayant rempli de l’éclat de la virginité, elles puissent me présenter devant la lumière de la Sainte-Trinité », dit-il dans un poème autobiographique . Il prit dès lors la résolution de consacrer sa vie à Dieu dans la virginité et s’éloigna de tout plaisir et divertissement de ce monde. Poussé par l’amour de la science, il partit avec son frère Césaire pour étudier la rhétorique à Césarée de Cappadoce, où il fit connaissance de saint Basile, puis il se rendit à Césarée de Palestine et à Alexandrie, où il laissa son frère pour s’embarquer vers l’illustre Athènes qui gardait encore sa renommée de capitale de l’éloquence et de la philosophie.
Mais le navire sur lequel il s’était embarqué fut pris, pendant près de vingt jours, dans une effroyable tempête. À genoux à la proue, le visage battu par le vent et les vagues, Grégoire, qui selon l’usage du temps n’avait pas encore reçu le baptême et qui redoutait d’être privé pour toujours de l’eau sainte qui nous purifie et nous rend aptes à recevoir la grâce de la divinisation, tendait les mains vers le ciel et suppliait Dieu avec larmes. Soudain, au moment même où il rappelait son engagement de servir Dieu toute sa vie, la tempête s’apaisa, les païens, qui avaient joint leurs prières aux siennes, se convertirent, et le navire parvint sans encombre à Athènes. Grégoire s’y lia avec saint Basile d’une indéfectible amitié appelée à devenir le modèle de l’amitié chrétienne [1er janv.]. Tout leur était commun : l’amour du savoir, le talent oratoire, la profondeur de la réflexion, et surtout la pureté des mœurs, la recherche de la perfection et la tension de tout leur être vers Dieu, qui leur faisaient dépasser leurs condisciples et même leurs maîtres, les rendaient aimables à tous et attiraient irrésistiblement à eux les hommes qui recherchaient sincèrement la vérité. Si bien que lorsque Basile décida de regagner sa patrie, jugeant avoir acquis là suffisamment de connaissances, leurs compagnons parvinrent à retenir Grégoire pendant quelque temps et firent de lui leur maître. Parvenant enfin à se libérer de cette affection inopportune, saint Grégoire retourna en Cappadoce, en 358, âgé de vingt-huit ans, et reçut le saint baptême. Il n’était désormais plus question pour lui de regarder vers les sciences et la beauté du langage. De tout l’élan de son cœur, il n’aspirait plus à vivre que pour Dieu seul, et contempler dès ici-bas son Royaume et sa gloire, en dégageant son intellect de tout attachement au monde. Jusqu’à la fin de ses jours, il soumit son corps à une stricte ascèse, malgré les maladies fréquentes, qui entravaient ses activités mais qu’il supportait avec joie. Il versait des larmes abondantes quand il élevait sa prière vers Dieu ou quand il se plongeait dans l’Écriture sainte pour s’y remplir de la parole de Dieu ; et il mit dès lors la brillante éloquence qu’il avait acquise au cours de ses études au service du Verbe incarné. Mais, plus que tout, il désirait pouvoir s’adonner sans trouble à la contemplation, dans le silence et loin du monde. C’est pourquoi il rejoignit en hâte saint Basile dans sa retraite de la vallée de l’Iris, afin d’y mener ensemble une vie semblable à celle des anges, conformément aux projets qu’ils avaient conçus pendant leur séjour à Athènes. Ils pénétraient ensemble, comme une seule âme, dans les mystères de Dieu, ils étaient transportés ensemble en de célestes contemplations, préfigurations de la joie et de la concorde des élus dans le Royaume de Dieu, et ils recevaient ainsi du Seigneur une connaissance incomparable sur le mystère de l’homme et de sa nature, et sur l’art de purifier l’âme de ses passions. C’est pourquoi, malgré leur jeune âge et le peu d’années passées dans la vie monastique, ils purent rédiger de concert les Règles monastiques, qui restent la charte de fondation du monachisme orthodoxe.
Cette vie toute céleste dura cependant peu de temps, car Grégoire fut bientôt rappelé par son père vieillissant pour prendre soin de lui et se charger à sa place de la direction de l’Église de Nazianze, malheureusement divisée à la suite du concile hérétique de Rimini (359). Aussitôt sur place, Grégoire tenta en vain de réconcilier ceux qui s’étaient séparés de la communion de son père, tout en s’efforçant d’accorder sa vie spirituelle et cette vie active. Malgré sa crainte mêlée de respect pour le sacerdoce et sa préférence pour la contemplation, il fut ordonné prêtre contre son gré par son père, qui espérait donner ainsi plus de force à sa prédication et désirait le préparer à la succession. Surpris par cette ordination comme par une « tyrannie », Grégoire s’enfuit alors dans le Pont, afin d’y adoucir sa douleur en compagnie de son cher Basile. Beaucoup blâmèrent alors et blâment encore le saint, l’accusant de lâcheté ou de faiblesse de caractère. Mais là n’est pas la vérité. Comment douter de l’équilibre psychologique et de la force d’âme d’un esprit si puissant, qui avait acquis dès sa jeunesse la bienheureuse impassibilité et la maîtrise sur toutes les puissances de son âme ? Il convient plutôt de voir en saint Grégoire un exemple frappant de la délicatesse extrême et de la sensibilité qu’acquièrent les saints en s’approchant de Dieu. Comme il l’expliqua lui-même dans son Discours apologétique, il n’avait pas fui alors le sacerdoce par crainte mais par une conscience aiguë de la redoutable responsabilité du pasteur d’âmes et, surtout, parce qu’il préférait s’unir à Dieu, et par là même à tous les hommes, dans la contemplation. « Rien ne me semblait préférable, dit-il, que de fermer la porte des sens, de sortir de la chair et du monde, de se rassembler en soi-même, ne gardant plus contact avec les choses humaines en dehors d’une absolue nécessité, de s’entretenir avec soi-même et avec Dieu, pour vivre au-dessus des réalités visibles, de manière à porter sur soi les reflets divins sans altérations ni mélanges avec les formes fugitives d’ici-bas ; devenir vraiment et devenant constamment vrai miroir immaculé de Dieu et des choses divines, en ajoutant lumière à la lumière et en substituant la netteté à la confusion, en jouissant dès maintenant par l’espérance des biens de la vie future, pour accompagner les anges dans leur ronde, en restant sur terre après avoir quitté la terre et avoir été élevé par l’Esprit. Si l’un de vous est possédé par ce désir, il sait ce que je veux dire et il me pardonnera ce que j’ai alors éprouvé » .
Mais, au bout de trois mois, sur les recommandations de saint Basile et craignant de désobéir à la volonté de Dieu, il retourna à Nazianze, et s’employa avec ardeur à ramener la concorde parmi les orthodoxes et à assister ses parents dans leur grande vieillesse. Pendant dix ans, il fut pour Nazianze le modèle du pasteur : humble disciple du Seigneur, ministre de sa parole et de sa grâce, règle de foi et image vivante de la perfection évangélique. Lorsque, en 361, l’empereur Julien, dont saint Grégoire avait prédit l’apostasie quand ils étaient condisciples à Athènes, commença sa tentative de restauration du paganisme, en interdisant aux enfants chrétiens l’accès à l’enseignement des Belles Lettres, saint Grégoire répliqua par la rédaction de brillants discours et de sublimes poèmes, dans lesquels il exposait les mystères de la foi avec une perfection littéraire et une richesse d’images et de vocabulaire qui dépassent les œuvres des grands auteurs de l’Antiquité. Avec saint Grégoire et les autres Pères de l’Église de cette époque, la culture hellénique n’est pas seulement convertie au christianisme, mais elle est définitivement dépassée et elle laisse la place à une culture proprement chrétienne orthodoxe, qui utilise le meilleur des productions de l’Antiquité en le transfigurant.
En 370, saint Grégoire et son père collaborèrent efficacement à l’élection de saint Basile sur le siège de Césarée et à sa reconnaissance comme chef du parti orthodoxe. Plus libre que Basile, exposé de toutes parts et obligé de maintenir une certaine réserve, Grégoire proclama alors ouvertement la divinité du Saint-Esprit contre les hérétiques macédoniens et résista audacieusement à la persécution de l’empereur Valens. Les deux amis avaient acquis un tel prestige dans le peuple que l’empereur n’osa pas s’en prendre à eux, et ils furent les seuls orthodoxes à échapper alors au bannissement.
En 372, malgré le désir de Grégoire, approuvé par Basile, de se retirer des charges pastorales dès la mort de ses parents, il fut ordonné par son ami évêque de la bourgade insignifiante de Sasimes, située aux confins de la Cappadoce et de la Cappadoce Seconde, province créée par Valens pour contrecarrer les activités de l’évêque de Césarée. En dépit de son affection pour Basile et de son souci du bien de l’Église, saint Grégoire n’accepta pas cette charge et s’enfuit dans la montagne, espérant trouver en Dieu quelque consolation à ses tribulations. Sur les instances de son père, il accepta de retourner à Nazianze et assura le gouvernement de cette Église, en tant qu’évêque remplaçant, jusqu’au décès du vieillard âgé de près de cent ans. Après la mort de son père (374), suivie de peu par celle de sainte Nonne, Grégoire céda une fois de plus aux supplications des fidèles et accepta de rester en place jusqu’à l’élection d’un nouvel évêque, malgré l’état d’extrême faiblesse dans lequel l’avaient placé la maladie, les austérités et les combats pour la foi. Mais, s’apercevant bientôt que les citoyens, désireux de le garder auprès d’eux, retardaient l’élection, il s’enfuit de nouveau, en secret, vers Séleucie, la métropole de l’Isaurie (375), où il se retira dans le monastère de Sainte-Thècle, en pensant y trouver enfin la paix. Là encore, il dut soutenir le bon combat de la foi contre les ariens, implacables à semer partout le trouble. Au début de l’année 379, à quelques jours d’intervalles, l’Église se revêtit d’un vêtement de deuil à la mort du phare de l’orthodoxie, saint Basile, mais elle le changea bientôt en tunique d’allégresse, lors de la disparition de Valens l’hérétique et de la promotion de Théodose le Grand, fidèle défenseur de la foi de Nicée. Tous les regards orthodoxes se tournaient avec espoir vers Grégoire, comme le plus digne représentant de la foi et son plus brillant prédicateur.
Les fidèles de Constantinople, la capitale impériale qui se trouvait depuis plus de quarante ans aux mains des hérétiques, demandèrent alors au saint évêque de Nazianze de venir à leur secours. De nouveau arraché aux délices de la contemplation divine par le souci de la sauvegarde de l’Église, il arriva à Constantinople, en portant avec lui la force irrésistible de sa parole et la puissance de ses miracles. Il y fut reçu dans une demeure appartenant à des parents , où le peuple orthodoxe commença bientôt à se rassembler en nombre croissant pour écouter avec enthousiasme ses prédications, de sorte que la demeure fut bientôt transformée en église, sous le nom d’Anastasie (« Résurrection ») : parce que la foi qui était morte à Constantinople y était comme ressuscitée grâce à la parole de saint Grégoire.
Seul contre la multitude des hérétiques et des sectes diverses, le saint captivait son auditoire par son éloquence et tranchait les sophismes et les arguments de la sagesse charnelle grâce à l’épée de la parole de Dieu. Dans une série de cinq discours, qui lui valurent le titre de « Théologien », après avoir montré qu’il ne convient pas d’aborder la discussion sur les mystères de Dieu comme une chose commune, mais seulement en son temps et après avoir été convenablement purifié, il expose de manière définitive l’incompréhensibilité de l’Essence divine, la divinité du Fils et celle du Saint-Esprit . Plus que tous les autres Pères, saint Grégoire excelle à exposer en des expressions brèves et antinomiques les plus grands mystères de la foi. Ces définitions sont si parfaites que, dans la suite des siècles, les théologiens les plus illustres consacrèrent des traités entiers à les commenter, et elles sont si belles qu’un grand nombre d’entre elles a été utilisé par nos mélodes dans la composition des hymnes liturgiques des grandes fêtes de l’année . Lues et apprises par cœur, comme l’Écriture sainte, les œuvres de saint Grégoire sont une icône : elles transportent au ciel et initient aux mystères ineffables. Sa langue est si parfaite qu’elle rend inutile toute autre parole et conduit naturellement l’amant du Verbe à la prière silencieuse.
D’une rigueur inflexible en ce qui concerne la foi, saint Grégoire était plein de douceur dans son comportement à l’égard des personnes, pécheurs ou égarés. Il corrigeait les mœurs en montrant l’exemple de la conduite chrétienne par sa vie retirée de toute mondanité, par son austérité et par sa patience dans les épreuves et les maladies, si bien qu’un grand nombre de ceux qui avaient écouté ses discours se convertissaient complètement en le voyant vivre. Ses succès attirèrent cependant rapidement de vives oppositions de la part des sectes, et des envieux répandirent contre lui d’infâmes calomnies, sans parvenir toutefois à vaincre sa patience et sa douceur à l’égard de ses ennemis. La nuit de Pâques 379, des hérétiques, disciples d’Apollinaire, qu’il avait brillamment réfutés, se précipitèrent dans l’église Sainte-Anastasie, semèrent la panique dans l’assistance et tentèrent de lapider le saint, mais ils ne parvinrent pas à lui porter le coup mortel que celui-ci aurait pourtant désiré pour achever sa course en recevant la palme du martyre.
À la suite de cette épreuve, il fut de surcroît traduit en justice, comme un criminel, mais il en sortit victorieux et exhorta ensuite ses amis au pardon. L’attitude si modérée, la charité, l’équité de ce parfait disciple de Jésus-Christ attirèrent finalement contre lui l’hostilité des deux partis : les hérétiques pleins de haine et les orthodoxes trop zélés.
Alors que, grâce à ses combats, l’hérésie semblait reculer, le diable le soumit à de nouvelles épreuves en la personne d’un philosophe cynique, originaire d’Alexandrie, nommé Maxime. Celui-ci, cachant d’abord son fourbe dessein, s’attira l’estime de Grégoire ; mais il se révéla bientôt en se faisant élire irrégulièrement évêque de Constantinople et en semant le trouble et le scandale dans l’Église. Saint Grégoire, doux et résigné, était prêt à abandonner son trône pour ne pas s’opposer à l’imposteur par la lutte et la haine, mais le peuple se souleva spontanément contre Maxime et supplia son pasteur de ne pas l’abandonner aux loups qui menaçaient le troupeau du Christ, en disant : « Si tu nous quittes, ô Père, sache que tu emporteras avec toi la Sainte Trinité. » Le saint se laissa convaincre et fit appel à l’empereur Théodose, alors en résidence à Thessalonique. Celui-ci rejeta l’usurpateur et entra peu de temps après triomphant à Constantinople, après sa victoire sur les barbares (24 novembre 380). Dès le lendemain, il fit expulser les ariens des églises qu’ils occupaient et imposa l’élection de saint Grégoire comme évêque de la ville impériale. Ce dernier, brûlant toujours du désir de la retraite, refusa d’abord, mais il dut finalement se rendre à l’insistance du peuple enthousiaste. Toutefois, comme il était normalement évêque d’un autre siège, son transfert à Constantinople devait être ratifié par un concile ; c’est pourquoi Théodose réunit l’année suivante (381) le Second Concile Œcuménique qui, après avoir unanimement reconnu l’élection de Grégoire, condamna l’hérésie des pneumatomaques (macédoniens), et marqua le terme de l’arianisme et la victoire définitive de l’Orthodoxie.
La joie occasionnée par ce triomphe fut cependant bientôt interrompue par la mort du président du synode, saint Mélèce, l’illustre évêque d’Antioche [12 fév.]. Grégoire fut alors chargé de diriger les sessions au cours desquelles on devait décider de la succession de ce siège divisé depuis de nombreuses années par le schisme entre les orthodoxes : les uns partisans de Mélèce et les autres de Paulin. Comme il avait été convenu que le survivant serait reconnu par tous comme le seul évêque, saint Grégoire prit le parti de Paulin, mais il se heurta aussitôt à l’opposition haineuse et aux conspirations des évêques orientaux. Ceux-ci allèrent même jusqu’à soudoyer un jeune hérétique pour l’assassiner ; mais au moment de se précipiter sur le saint, le malfaiteur s’arrêta net et se jeta en pleurs à ses pieds, confessant son mauvais dessein. Grégoire le releva, l’embrassa tendrement et lui demanda de se consacrer désormais à Dieu, après avoir renoncé à l’hérésie. D’autres évêques, partisans de Paulin, s’en prirent à Grégoire, en l’accusant d’avoir été transféré de Sasimes à Constantinople contrairement aux saints Canons . Harassé par tant de querelles sournoises et le cœur déchiré de voir l’Église du Christ ainsi divisée, lui qui n’avait jamais recherché ni honneurs ni pouvoir, il déclara à l’assemblée que son plus grand désir était de contribuer à la paix et que si le fait d’occuper le siège de Constantinople était une cause de division, il était tout prêt à être jeté à la mer, comme Jonas, pour apaiser cette tempête, à condition que la foi orthodoxe restât sauve. Et, sur ces mots, il quitta l’assemblée ; puis il se rendit au palais, où il supplia l’empereur d’accepter sa démission et lui demanda de se charger lui-même, par son autorité, de rétablir l’unité et la concorde dans l’Église. Dans un dernier et émouvant discours, il fit ses adieux à sa chère église de l’Anastasie, sa gloire et sa couronne, à Sainte-Sophie et aux autres églises de la cité impériale qu’il avait restaurée dans la vraie foi et dans la pureté des mœurs, la préparant pour une gloire millénaire. Il salua son clergé, les moines, les vierges, les pauvres et même les hérétiques, qu’il exhorta encore à la conversion ; puis il dit adieu à l’Orient et à l’Occident, unis désormais dans la paix, aux Anges Gardiens de son Église et à la Trinité Sainte, aux soins de laquelle il remit son troupeau . Il quitta alors Constantinople, laissant saint Nectaire comme successeur [11 oct.], et retourna quelque temps à Nazianze, où il s’efforça de faire nommer à sa place un évêque titulaire. Après l’élection de son cousin Eulalios, il se retira définitivement dans sa propriété d’Arianze où, épuisé par la maladie et tant d’activités qu’il n’avait pas désirées, il passa les dernières années de sa vie dans le silence et la solitude. Mais, tel un guetteur fidèle à son poste, il ne cessait pourtant de veiller de loin sur la pureté de la foi. Il adressait des lettres dogmatiques pour réfuter les hérésies naissantes, ou exhortait saint Nectaire et les autres évêques orthodoxes à plus de justice, envoyait à ses enfants spirituels de sages conseils pour atteindre la perfection et rédigeait d’admirables poèmes en grec archaïque. C’est ainsi que, le cœur brisé et humilié mais l’intelligence constamment fixée dans la contemplation des mystères insondables de la Sainte Trinité, ce fidèle serviteur, devenu malgré lui combattant, rendit en paix son âme au Seigneur (390) .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Grégoire le Théologien, ton 1
Ta flûte pastorale de Théologien * l’emporta sur les trompettes des rhéteurs; * toi qui scrutais les profondeurs de l’Esprit, * tu as atteint la sublimité du langage par surcroît. * Intercède, saint Grégoire, auprès du Christ notre Dieu * pour le salut de nos âmes.

Kondakion de saint Grégoire le Théologien, ton 3
De ta langue de Théologien * ayant effacé les compositions des rhéteurs, * illustre Grégoire, tu revêtis l’Eglise de l’orthodoxie, * cette tunique tissée par le ciel; * la portant, elle s’écrie maintenant * avec nous, tes enfants: * Réjouis-toi, sublime esprit, sommet de la théologie.
Évangile du jour
(Mc VIII,11-21)

Les pharisiens survinrent, se mirent à discuter avec Jésus, et, pour l’éprouver, lui demandèrent un signe venant du ciel. Jésus, soupirant profondément en son esprit, dit: Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe? Je vous le dis en vérité, il ne sera point donné de signe à cette génération. Puis il les quitta, et remonta dans la barque, pour passer sur l’autre bord. Les disciples avaient oublié de prendre des pains; ils n’en avaient qu’un seul avec eux dans la barque. Jésus leur fit cette recommandation: Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et du levain d’Hérode. Les disciples raisonnaient entre eux, et disaient: C’est parce que nous n’avons pas de pains. Jésus, l’ayant connu, leur dit: Pourquoi raisonnez-vous sur ce que vous n’avez pas de pains? Etes-vous encore sans intelligence, et ne comprenez-vous pas? Avez-vous le cœur endurci? Ayant des yeux, ne voyez-vous pas? Ayant des oreilles, n’entendez-vous pas? Et n’avez-vous point de mémoire? Quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés? Douze, lui répondirent-ils. Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées? Sept, répondirent-ils. Et il leur dit: Ne comprenez-vous pas encore?

23 janvier

23 janvier

Saints Clément, évêque d’Ancyre et Agathange, martyrs (312) ; saint Mausime le Syrien, prêtre (IVème s.) ; saint Salaman le silencieux, ermite en Palestine (vers 400) ; saint Paulin le miséricordieux, évêque de Nole (431) ; saint Maimboeuf, martyr à Besançon (vers 480) ; mémoire du VIème Concile œcuménique (680-681) ; saint Denis de l’Olympe (1541) ; saint Gennade de Kostroma (1565) ; saints néomartyrs de Russie : Séraphim (Boulachov), moine, Eudocie (Kouzminov) et Catherine (Tcherkassov), Militsa (Kouvchinov), martyre (1938).

Saint Clément, évêque d’Ancyre, martyr (312)

SAINT CLÉMENT D’ANCYRE
L’illustre et bienheureux martyr du Christ Clément était originaire de la ville d’Ancyre en Galatie. Il était fils d’un père païen et d’une mère chrétienne, Euphrosynie, qui avant de mourir lui prophétisa qu’il devait endurer de longues et cruelles souffrances pour le Seigneur. Adopté par une sainte et pieuse femme, nommée Sophia, il grandit en toute piété, distribuant les biens de la maison aux enfants pauvres et leur enseignant les rudiments de la foi. Dès l’âge de douze ans, il jeûnait et priait comme les moines, aussi fut-il bientôt ordonné diacre, puis prêtre, avant d’être élevé à la charge d’évêque de la ville, à l’âge de seulement vingt ans. Il gouvernait néanmoins son troupeau spirituel avec la science et la sagesse d’un vieillard, consacrant son plus grand soin aux enfants pauvres et aux orphelins, dont il baptisa un grand nombre. En apprenant tout le bien accompli par le jeune prélat, le vicaire impérial de la cité le fit arrêter et, après l’avoir interrogé, il le soumit à la flagellation. Comme Clément résistait sans trembler, en disant : « Plus tu affligeras ma chair de tourments, plus mon âme en tirera profit », on lui brisa la mâchoire à coups de pierres, mais le saint en retirait encore plus de joie de souffrir ainsi à l’imitation du Christ.
Le gouverneur, resté impuissant devant la vaillance du martyr, l’envoya à Rome auprès de l’empereur Dioclétien. Quand saint Clément comparut devant le terrible souverain, celui-ci fit étaler devant lui d’un côté des objets précieux et de l’autre des instruments de tortures. Mais, contrairement à son attente, le saint lui répondit : « Tous ces vases précieux que tu me présentes me donnent à penser combien plus glorieux sont les biens éternels du Paradis, et ces instruments de supplice me font craindre davantage les châtiments éternels réservés en enfer à ceux qui auront renié le Seigneur. »
Soumis au supplice de la roue, il eut les chairs réduites en lambeaux, mais se trouva miraculeusement guéri, entraînant la conversion d’un grand nombre de païens qui s’écrièrent : « Oui, grand est le Dieu des chrétiens ! » Ils furent aussitôt jetés en prison. La nuit même, un ange leur apparut en leur apportant la sainte Eucharistie, et saint Clément eut le temps de les faire communier avant leur exécution. Quant à lui, livré à de nouvelles tortures dans tous ses membres, flagellé jusqu’à l’os et brûlé avec des torches, il résistait comme si ces souffrances étaient endurées par un autre que lui.
Le tyran l’envoya alors à Nicomédie, en espérant que le gouverneur de cette ville saurait le soumettre. Un des païens convertis, qui avait échappé au massacre, Agathange (« le bon ange »), s’échappa alors de la prison et s’embarqua en cachette sur le même navire, avec le désir de partager les souffrances de son père en Christ. Dès lors, Clément et Agathange restèrent compagnons inséparables dans toutes les tribulations. Quand ils n’étaient pas soumis à la torture, ils mataient leurs corps par le jeûne et par les veilles, et recevaient en retour une nourriture céleste. Aussitôt parvenus à Nicomédie, ils furent interrogés et torturés, puis jetés en prison, où des anges vinrent les visiter. Cette céleste apparition entraîna la conversion des autres détenus qui furent délivrés par la prière des saints. Après les avoir livrés aux fauves sans résultat, on leur enfonça des broches incandescentes du doigt jusqu’à l’aisselle. Le peuple présent, admirant leur constance dans la douleur, se révolta alors contre le cruel tyran. Celui-ci fit sortir les martyrs de la cité et les fit dévaler du haut d’une haute montagne, enfermés dans des sacs ; mais des anges de Dieu vinrent à nouveau à leur secours et ils retournèrent sains et saufs en ville, guérissant en chemin deux paralytiques aveugles. Le gouverneur de Nicomédie, craignant un soulèvement populaire en leur faveur, envoya alors les deux soldats du Christ à Ancyre, la patrie de Clément, où ils subirent de nouveaux et redoutables supplices.
Comme ils sortaient encore victorieux de ces épreuves, on décida de les transférer à Amisos en Hélénopont (auj. Samsum). Mais les enfants autrefois baptisés par saint Clément voulurent absolument le suivre. Les soldats parvinrent avec peine à les arracher à lui et les décapitèrent sans pitié. Soumis à de nouveaux supplices, les deux saints reçurent la visite du Christ dans leur geôle, qui guérit leurs blessures et les encouragea à persévérer jusqu’à la fin. Le gouverneur d’Amisos, Dométien, reconnaissant lui aussi son impuissance, les fit transférer à Tarse auprès du co-empereur Maximien. Sur la route, ils firent jaillir de l’eau pour désaltérer les soldats de leur escorte et les malades qui approchaient d’eux pour toucher leurs plaies, recouvraient aussitôt la santé. À Tarse, ils sortirent indemnes d’une fournaise ardente, comme les Jeunes Gens à Babylone ; puis, comme on les avait traînés à terre dans toute la ville, ils attirèrent l’admiration et la conversion d’un grand nombre de païens. Nouveaux emprisonnements, nouveaux interrogatoires et nouveaux supplices, mais sans faillir les athlètes de la foi restaient aussi inébranlables que le diamant mis à l’épreuve des coups et du feu. Ces tribulations durèrent jusqu’à ce que soient accomplies les vingt-huit années de témoignage pour le Christ, dont Clément avait reçu la prédiction dans une vision.
Renvoyés à Ancyre après de longues années d’incarcération et comparaissant devant un neuvième tyran, ils furent encore torturés et Agathange eut la tête tranchée, alors qu’on jetait de nouveau Clément dans un cachot obscur. Le jour de la Théophanie, sa mère adoptive, Sophia, trouva le moyen de se glisser dans la prison avec d’autres fidèles. Ils obtinrent de ses gardiens de pouvoir l’emmener jusqu’à l’église où, revêtu d’ornements tout blancs, il célébra la vigile nocturne et distribua à tous la sainte communion, avant de retourner de son plein gré dans son cachot. Quelques jours plus tard, le 23 janvier 296, comme saint Clément célébrait de nouveau le saint sacrifice dans l’église, les soldats païens surgirent soudain et le décapitèrent au moment où il inclinait la tête au-dessus de l’autel. Le saint évêque devint ainsi, à l’imitation du Christ, la victime du sacrifice. Les deux diacres qui l’assistaient furent aussi exécutés, et la pieuse Sophia alla ensevelir les trois corps non loin de là, dans un lieu nommé Krypton.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du saint martyr ton 4
Comme sarment de vénérable sainteté, * comme hampe du combat pour la foi, * comme fleur sacrée, tu as poussé, * comme fruit délicieux donné par Dieu aux croyants. * Compagnon de lutte des Martyrs * siégeant avec les saints Pontifes, prie le Christ notre Dieu * de sauver nos âmes.

Kondakion du saint martyr, ton 4
De la vigne du Christ * tu fus le vénérable sarment * et dans tes multiples combats, très illustre Clément, * avec tes compagnons de lutte tu proclamais: * C’est toi, ô Christ, l’allégresse des Martyrs.

Évangile du jour
(Lc XIII,18-29)
Il dit encore: A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin; il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches. Il dit encore: A quoi comparerai-je le royaume de Dieu? Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte. Jésus traversait les villes et les villages, enseignant, et faisant route vers Jérusalem. Quelqu’un lui dit: Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés? Il leur répondit: Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper à la porte, en disant: Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes. Alors vous vous mettrez à dire: Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues. Et il répondra: Je vous le dis, je ne sais d’où vous êtes; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité. C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Il en viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi; et ils se mettront à table dans le royaume de Dieu.

20 janvier

20 janvier
Jour de jeûne
Saint Euthyme le Grand, abbé en Palestine (473) ; saints Innas, Pinnas et Rimmas, martyrs Goths en Scythie (I-IIème s.) ; saints Bassos, Eusèbe, Euthychès et Basilide, martyrs à Rome (303) ; saint Euthyme et saint Laurent (XIII-XIVème s.), reclus des Grottes de Kiev ; saint Euthyme de Sianjemsk (vers 1465) ; Saint Minase, abbé de Condat (496) ; saint néomartyr Zacharie de Patras (1782) ; saint hiéromartyr Paul (Dobromyslov), prêtre (1940).

SAINT EUTHYME LE GRAND

Saint Euthyme le Grand, abbé en Palestine (473)

Comme saint Antoine pour l’Égypte, notre saint Père Euthyme fut, quelques années plus tard, le fondateur et le père du grand mouvement monastique qui allait remplir le désert de Palestine. Accordé par Dieu à ses parents, longtemps restés sans enfants, comme fruit de leurs prières, il naquit en 378 à Mélitène, en Petite Arménie, en signe précurseur de la période de joie et de paix qui allait bientôt s’ouvrir pour l’Église, troublée depuis quarante ans par la persécution arienne . Ayant perdu son père à l’âge de trois ans, sa mère le confia à l’évêque Eutréios qui, discernant la faveur de Dieu sur l’enfant, le baptisa et le consacra aussitôt lecteur de son église. Élevé au sein de la maison épiscopale dans la vertu, la tempérance et l’application aux saintes Écritures, Euthyme apprit très tôt à accomplir l’office divin aux temps fixés, avec crainte de Dieu, et à prier d’un cœur non distrait. Il ne sortait guère que pour rendre visite aux moines des alentours et, à chaque Carême, de la Théophanie à Pâques, il s’enfonçait dans le désert pour y vivre dans le silence et la solitude, à l’imitation du prophète Élie et de saint Jean le Baptiste. Brillant ainsi de telles vertus, il fut ordonné prêtre dès l’âge de dix-neuf ans et nommé aussitôt supérieur de tous les monastères du diocèse. Il s’acquitta de cette charge pendant une dizaine d’années, puis voyant dans ces honneurs un obstacle à la vertu, il s’enfuit vers Jérusalem, avec le désir d’imiter la conduite de notre Seigneur Jésus-Christ au désert. Il s’établit un peu en dehors de la laure de Pharan, fondée plus d’un siècle plus tôt par saint Chariton [28 sept.], dans une cellule de solitaire où, libéré de tout autre souci que de plaire à Dieu par les prières et par les jeûnes, il s’occupait à tresser des rameaux de palmier, afin de n’être à la charge de personne. Il se lia alors d’une si étroite amitié spirituelle avec son voisin Théoctiste [3 sept.] que l’un et l’autre avaient tout en commun, pensée et manière de vivre, comme s’ils n’étaient qu’une âme en deux corps. Euthyme l’emportait cependant par la douceur et l’humilité, c’est pourquoi Dieu lui accordait plus manifestement sa faveur et lui donnait l’initiative en toute chose.
Comme les deux ascètes allaient chaque année passer tout le Carême dans le grand désert de Koutila, vers la mer Morte, ils furent un jour conduits par Dieu, jusqu’à une grotte admirable, située sur le flanc d’un précipice, qu’ils élurent aussitôt comme demeure et qu’ils transformèrent en église de Dieu par la vertu sanctifiante de leurs hymnes et de leurs prières. Après avoir passé quelque temps inconnus de tous et ne vivant que des herbes qui poussaient là, ils furent découverts par des bergers des environs. Dès lors les habitants du village le plus proche se firent un honneur de pourvoir à la subsistance de ces hommes de Dieu, et des moines de Pharan commencèrent à les visiter et à se joindre à eux en nombre croissant.
Comme Euthyme désirait rester libre de tout attachement, et le lieu étant trop exigu pour y mener la vie érémitique d’une laure, il fonda au pied de la falaise un coenobium dirigé par Théoctiste. Quant à lui, il demeurait en solitaire toute la semaine dans la grotte transformée en oratoire et assurait la direction spirituelle et l’enseignement des frères, le samedi et le dimanche, quand tous se réunissaient pour la vigile et la Divine Liturgie.
Le vénérable Euthyme progressait ainsi sans cesse dans la conversation intime avec Dieu, et il acquit en retour le pouvoir d’accomplir des miracles. Un jour de l’an 420, le chef d’une tribu de bédouins, nommé Aspebet (« le maître de la cavalerie ») qui, lors de la persécution en Perse avait aidé des chrétiens à trouver refuge dans l’Empire, vint trouver le saint à la suite d’une vision et lui présenta son fils malade. Euthyme guérit l’enfant d’un signe de croix. Les barbares, émerveillés à la vue du miracle, se jetèrent alors à ses pieds en lui demandant de leur enseigner la doctrine qui donne à l’homme la victoire sur la mort et de les illuminer par le saint Baptême. Certains d’entre eux se joignirent aux disciples d’Euthyme, et leur chef, ayant reçu le nom de Pierre, se fit ardent missionnaire auprès des groupes de bédouins essaimés en Palestine.
Cette guérison rendit le nom d’Euthyme célèbre dans tout le pays. Les malades accouraient de partout en foule, en troublant fort sa retraite, aussi décida-t-il de s’enfuir, malgré les instances de Théoctiste et des autres frères, vers le désert plus profond de Rouba, à l’emplacement de l’ancienne forteresse juive de Massada, en compagnie du seul Dométien , originaire lui aussi de Mélitène. Il passa ainsi quelques années dans divers endroits où, ses miracles ayant attiré de nouveaux disciples, il fonda des monastères. Puis il retourna à proximité de saint Théoctiste et s’installa avec Dométien dans une grotte située sur une petite colline, au milieu d’une vaste plaine désertique (le Sahel). Au bout de peu de temps, Pierre lui amena une foule de Sarrasins qui demandaient le baptême. Ces loups du désert ayant été transformés en troupeau spirituel du Christ, ils ne voulurent plus quitter le saint et installèrent leur campement permanent à proximité, campement qui devint par la suite un évêché avec Pierre pour pasteur . Euthyme continuait à envoyer à Théoctiste ceux qui voulaient vivre sous sa direction, jusqu’au moment où Dieu lui ordonna, dans une vision, de commencer à recevoir lui-même des disciples et de fonder une laure, organisée sur le modèle de Pharan. Les ermites y vivaient dans l’hésychia toute la semaine, non plus dans des grottes mais dans des cellules construites par Pierre et les Sarrasins, et se réunissaient pour la vigile dominicale autour de leur prêtre et père spirituel dans l’église consacrée, en 428, par l’archevêque saint Juvénal [2 juil.]. Lorsque saint Euthyme célébrait la Divine Liturgie un feu venu du ciel se déployait au-dessus de l’autel et les recouvrait, lui et son diacre Dométien, comme un voile. L’œil de l’intelligence illuminé par la grâce divine, il pouvait distinguer clairement ceux qui s’approchaient dignement de la sainte Communion et ceux qui, l’âme chargée de péchés, communiaient pour leur condamnation. Il discernait aussi les secrets des cœurs et prophétisait l’avenir.
Malgré la grande pauvreté de la laure, le saint se montrait hospitalier et généreux envers tous ceux qui s’y présentaient. Un jour, il fit, par sa prière, se remplir de pains le cellier vide, en quantité suffisante pour nourrir quatre cents pèlerins venus d’Arménie rendre visite à leur compatriote, et pendant trois mois la réserve ne désemplit pas. Aux nombreux miracles qu’il accomplissait, l’homme de Dieu joignait toujours un enseignement sur l’obéissance, sur la persévérance dans la condition où Dieu nous a placée et sur le repentir, si bien que la grâce qu’il déversait sur ses disciples et sur le peuple était toujours pour leur édification et leur progrès dans la vertu.
Saint Euthyme était en tout un modèle parfait de conduite évangélique et, dans les temps troublés qui s’écoulèrent entre le concile d’Éphèse (431) et le concile de Chalcédoine (451), il fut pour les fidèles un critère sûr de vérité et une colonne d’orthodoxie. Il envoya des disciples à l’un et l’autre des conciles, et ceux-ci y jouèrent un rôle notable. À l’issue du concile de Chalcédoine, un imposteur, Théodose, réussit à s’emparer pendant vingt mois du trône de Jérusalem et à entraîner dans le parti monophysite une grande partie des moines de Palestine, pour qui la subtile terminologie théologique du concile était peu compréhensible. Euthyme et ses disciples restèrent seuls à soutenir la foi orthodoxe, malgré toutes les menaces et les accusations de nestorianisme qu’on leur lançait. Comme saint Antoine jadis, l’éclat de la sainteté d’Euthyme était la preuve de la vérité de sa doctrine ; aussi, peu à peu, les moines les plus éminents se rangèrent-ils derrière lui. L’impératrice Eudocie [13 août], veuve de Théodose II, qui était établie en Palestine, s’était elle aussi laissée attirer par les opposants au concile. Mais frappée par les malheurs advenus à sa famille lors de la prise de Rome, elle réalisa son égarement et, cherchant à rentrer dans la communion de l’Église, elle envoya des émissaires auprès de saint Syméon le Stylite, près d’Antioche [1er sept.]. Celui-ci l’exhorta à revenir en hâte à l’Orthodoxie et lui fit dire : « Pourquoi chercher au loin à puiser l’eau, alors que tu as près de toi la source. Tu as l’homme de Dieu Euthyme, suis ses enseignements et tu seras sauvée ! » Eudocie se fit alors construire une tour près de la laure et y reçut les instructions d’Euthyme, comme si elles sortaient de la bouche même de Dieu. Elle prit ensuite fermement la défense de la foi et couvrit la Palestine de généreuses donations : églises, monastères et hospices.
Le vénérable ascète, chargé de jours mais animé de toute la ferveur que donne l’Esprit Saint, guidait vers le Royaume des cieux quantité de disciples, parmi lesquels on compte les plus grandes figures monastiques de l’époque : saints Sabas [5 déc.], Cyriaque [29 sept.], Gérasime [4 mars], et nombre d’évêques. À l’âge de quatre-vingt-dix ans, il descendit visiter Théoctiste, juste à temps pour assister à ses derniers moments, célébrer ses funérailles et désigner un nouvel higoumène. Dieu lui accorda aussi de connaître à l’avance la date de sa mort, mais il n’en dit rien jusqu’au jour où, selon sa coutume et malgré son grand âge, il devait partir passer le Carême au désert. Pendant la vigile de saint Antoine, il réunit ses disciples et leur délivra son ultime enseignement : « Gardez toujours, comme principe et comme fin de toute bonne activité, la charité sincère, qui est le lien de la perfection (Col 3, 14). Toute vertu se fortifie par la charité et l’humilité, avec l’aide de l’expérience, du temps et de la grâce. Mais la charité l’emporte sur l’humilité, car c’est par charité que le Verbe de Dieu s’est humilié en se faisant pareil à nous. » Il leur recommanda aussi de rendre grâce à Dieu en tout temps pour les avoir retirés de la confusion du monde et les avoir placés dans cette condition sainte, à l’imitation des anges. Puis il leur fit élire son successeur, leur annonça la mort prochaine de Dométien et la transformation de la laure en cœnobium (482). Il leur indiqua l’endroit où devaient être construits l’église et les bâtiments, les exhorta à ne pas négliger l’hospitalité, à consoler et stimuler les frères éprouvés par les tentations et à accomplir avec dévotion tous les services divins. Après être demeuré pendant trois jours seul dans le sanctuaire, il s’endormit en paix, le 20 janvier 473, le visage serein et tout blanc, plus angélique que terrestre. Il fut suivi, sept jours plus tard, par Dométien, son fidèle disciple depuis cinquante ans, qui avait fait le vœu de quitter cette vie une semaine après son Ancien. Une foule immense de moines, de clercs et de laïcs se rassembla pour les funérailles de ce Père du Désert. Des miracles s’accomplirent alors en grand nombre et continuèrent longtemps de s’accomplir sur son tombeau, creusé à l’emplacement de sa grotte. Toute l’Église commença aussitôt à vénérer saint Euthyme comme un de ses Pères parmi les plus éminents, car, ayant mené toute sa vie dans la solitude, il n’avait néanmoins jamais cessé d’être le soutien de la foi, le missionnaire, le législateur de la vie communautaire et l’économe de la grâce de Dieu.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Euthyme, ton 4
Réjouis-toi, stérile désert, * rayonne d’allégresse, toi qui n’as pas connu les douleurs, * car l’homme des désirs spirituels * a multiplié tes enfants, * les faisant croître dans la foi, * les nourrissant de tempérance pour la perfection des vertus. * Christ notre Dieu, par ses prières pacifie notre vie.

Kondakion de saint Euthyme, ton 8
En ton auguste naissance la création trouva la joie, * en ta divine mémoire elle évoque le bonheur, * vénérable Père, de tes miracles nombreux * auxquels nous te prions de nous faire participer d’abondante façon * en purifiant nos âmes de la souillure du péché, * afin que nous puissions chanter: Alleluia.

Évangile du jour
(Lc XXI,5-7,10-11,20-24.)
Comme quelques-uns parlaient des belles pierres et des offrandes qui faisaient l’ornement du temple, Jésus dit: Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée. Ils lui demandèrent: Maître, quand donc cela arrivera-t-il, et à quel signe connaîtra-t-on que ces choses vont arriver? Alors il leur dit: Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume; il y aura de grands tremblements de terre, et, en divers lieux, des pestes et des famines; il y aura des phénomènes terribles, et de grands signes dans le ciel. Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche. Alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes, que ceux qui seront au milieu de Jérusalem en sortent, et que ceux qui seront dans les champs n’entrent pas dans la ville. Car ce seront des jours de vengeance, pour l’accomplissement de tout ce qui est écrit.
Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là! Car il y aura une grande détresse dans le pays, et de la colère contre ce peuple.Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplies.

6 janvier (ancien calendrier)/19 janvier (nouveau)

6 janvier (ancien calendrier)/19 janvier (nouveau)

Sainte Théophanie de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ
Trépas de saint Théophane le Reclus (1894)

LA THÉOPHANIE

Sainte Théophanie de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ

Au terme de trente années de vie cachée, pendant lesquelles, passant par tous les stades de la vie d’un homme ordinaire, Il avait montré en sa conduite le modèle de l’humilité, de l’obéissance à ses parents et de la soumission à la Loi, notre Seigneur Jésus-Christ inaugura son ministère public et la marche qui allait le mener jusqu’à sa Passion, par une révélation éclatante de sa divinité. Le Père et le Saint-Esprit rendirent alors témoignage que Jésus est vraiment le Fils Unique de Dieu, consubstantiel au Père, la Seconde Personne de la Sainte Trinité, le Verbe incarné pour notre salut, le Sauveur annoncé par les prophètes, et qu’en sa Personne la Divinité s’est unie sans mélange à notre humanité et l’a faite resplendir de sa gloire. C’est pourquoi cette fête du Baptême du Christ a été appelée Épiphanie (« manifestation ») ou Théophanie : c’est-à-dire manifestation de la divinité du Christ et première claire révélation du mystère de la Sainte Trinité. De Nazareth en Galilée, Jésus se rendit alors en Judée, sur les rives du Jourdain, là où saint Jean-Baptiste, sorti du désert après trente années de préparation dans l’ascèse, la mortification de la chair et la prière, avait coutume de prêcher le repentir et de baptiser dans les eaux du fleuve les Juifs qui venaient en foule, attirés par sa renommée de juste et de grand prophète de Dieu. Supérieur aux ablutions prescrites par la Loi pour la purification des souillures corporelles (Lv 15), le baptême de Jean n’en accordait pas pour autant la rémission des péchés — celle-ci ne devant être obtenue que par la Croix et le sacrifice du Christ — ; mais, condamnant leur conduite impie et leurs transgressions par le rappel de la proximité du Jugement divin, le plus grand parmi les enfants nés de la femme (Mt 11, 11) les amenait à la connaissance de leurs péchés, au désir du repentir et préparait les cœurs à rechercher Celui dont il avait été institué le Précurseur. Moi je vous baptise dans l’eau, disait-il, en vue du repentir ; mais Celui qui vient derrière moi est plus grand que moi et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales (c’est-à-dire d’expliquer le mystère de l’union de la divinité et de l’humanité) ; Lui va baptiser dans le Saint-Esprit et le feu » (Mt 3, 11-12 ; Lc 3, 16 ; Mc 1, 8). Perdu dans la foule de ceux qui confessaient leurs péchés et se plongeaient dans l’eau, Jésus s’avança alors vers Jean et lui demanda de recevoir le baptême. Dans son amour infini des hommes, le Fils de Dieu ne se contentait pas en effet de revêtir notre chair mortelle, mais Lui, l’Innocent, l’Agneau de Dieu sans tâche, assumait même la condition de pécheur. Celui qui, dès le ventre de sa mère, l’avait reconnu comme le Messie en sursautant de joie (Lc 1, 41), se mit à trembler d’effroi: Comment le serviteur oserait-il purifier dans l’eau le Roi de l’univers ? Comment la créature, l’argile, aurait-elle l’audace d’approcher le Verbe incarné sans crainte d’être brûlée par la divinité comme la paille par le feu ? Comment oserait-il porter la main sur la tête inclinée de son Créateur pour la plonger dans l’eau ? Jésus lui dit : Laisse faire pour l’instant, car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice (Mt 3, 15). De même qu’au seuil de sa Passion, Il intima l’ordre à Pierre de se laisser laver les pieds par Lui (Jn 13, 6-9), de même aujourd’hui le Christ repousse la crainte tout humaine du serviteur effrayé devant un tel abaissement de la Divinité, et annonce ainsi que, par son Incarnation, Il est venu non seulement pour accomplir les préceptes de la Loi, mais aussi pour introduire une justice nouvelle et plus parfaite : celle de l’humilité. Jean, le représentant de l’Ancienne Alliance, se soumit à l’ordre du Seigneur et devint ainsi le ministre de cet acte inaugural de la Nouvelle Alliance. Pur et innocent de tout péché, et par conséquent de la honte d’Adam (Gn 3, 7-11), le Christ, nouvel Adam, descendit nu dans ce « tombeau liquide » (Office de la Théophanie), en signe de sa prochaine descente dans les ténèbres de la mort et de son séjour au tombeau. Il se plonge dans les eaux et, conformément aux prédictions des prophètes, foule aux pieds la puissance de Satan qui avait établi sa retraite dans leurs profondeurs (Ps 73, 13 : il écrasa dans les eaux la tête des dragons), puis remonte en vainqueur, annonçant ainsi sa résurrection le troisième jour et le relèvement de l’humanité lavée de sa faute. Les cieux, fermés par la chute du premier homme, s’ouvrirent alors au-dessus de lui et la voix du Père venue d’en haut lui porta témoignage devant tous : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » (Mt 3, 17). Le Saint-Esprit joignit lui aussi son témoignage, en apparaissant sous forme d’une colombe blanche — symbole de paix, de douceur et de réconciliation entre Dieu et les hommes (Gn 8) — et désigna, comme un « doigt de Dieu », que cet homme nu était le Fils unique du Père incarné et que c’était bien lui, et non pas Jean, comme le pensaient bien des Juifs, le Sauveur promis par Dieu. Par son Baptême dans le Jourdain, le Christ annonçait ainsi à l’avance qu’Il allait délivrer l’humanité de la mort et l’amener à la connaissance de la Sainte Trinité par sa mort et sa résurrection. Aujourd’hui, le Père et le Saint-Esprit joignent leur témoignage pour attester que cet homme remontant des eaux est le Fils unique et Verbe de Dieu qui, par son Incarnation, nous a révélé la gloire de Dieu et nous a fait connaître que l’unique nature divine est ineffablement partagée, sans toutefois être divisée, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu et le Saint-Esprit est Dieu : non pas trois dieux, mais trois Personnes (hypostases) en une seule nature (essence). Ils sont comme trois soleils ou trois luminaires mutuellement transparents, unis sans être confondus dans leur unique lumière. Mystère des mystères, que le Seigneur Jésus-Christ, par son Baptême au Jourdain et son « baptême » dans la mort, nous a non seulement fait connaître, mais dont Il nous a aussi rendus participants. Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’Il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité (Jn 1, 14). Remontant vers Dieu, après sa résurrection des morts, pour siéger avec son corps à la droite du Père, Il a définitivement ouvert les cieux pour la nature humaine tout entière et l’a rendue capable de participer, par la grâce du Saint-Esprit, à la gloire et à la lumière commune et éternelle de la Sainte Trinité. Certains rapportent que cet éclat de la gloire de Dieu, cette lumière plus lumineuse que toute lumière de ce monde, devint sensible au moment du Baptême du Christ, comme elle apparut le jour de la Transfiguration au Thabor, car c’est en effet dans la lumière resplendissante de l’humanité divinisée du Christ que nous sommes initiés à la Lumière de la sainte Trinité. « Verbe lumineux que le Père a envoyé pour dissiper les ombres funestes de la nuit, tu viens aussi déraciner le péché des mortels et faire surgir, par ton baptême, des eaux du Jourdain des fils de lumière ». C’est pourquoi la fête de la Théophanie est aussi appelée « fête des lumières ». Cette première révélation de Dieu comme Trinité (Tri-Unité) est aussi la manifestation de la vocation ultime de l’homme, appelé à devenir fils adoptif de Dieu, oint (« christ ») du Saint-Esprit et participant de la triple Lumière par sa configuration au Christ dans le sacrement du saint baptême, inauguré aujourd’hui. Dieu avait annoncé par avance à Jean que son baptême de repentir devait prendre fin le jour du Baptême du Christ : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1, 33). Le baptême de Jean prend donc fin en ce jour pour laisser la place au baptême qui sera conféré par les apôtres au nom de Jésus-Christ (Act 2, 38), et qui a désormais le pouvoir de pardonner les péchés et de communiquer le Saint-Esprit. En se plongeant dans les eaux, devenues par la prière de l’Église identiques aux eaux du Jourdain, les néophytes entrent dans l’Église de la même manière que le Seigneur a commencé sa vie publique ; mais plus encore, imitant sa mort et sa descente au tombeau et devenant ainsi participants de sa résurrection, ils sont revêtus du Christ (Gal 3, 27) et initiés à une vie nouvelle dans la lumière de l’Esprit Saint : Baptisés dans le Christ Jésus c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi d’une vie nouvelle (Rom 6, 3-4). De même que Moïse, figure du Christ, avait fait ouvrir en deux les flots de la mer Rouge en les frappant de son bâton, comme d’une croix, et, après la traversée du peuple à pied sec, avait fait revenir les eaux à leur état naturel, en engloutissant Pharaon et son armée (Ex 14), de même, lorsque Jésus descendit dans les eaux du Jourdain, celles-ci ne purent supporter le feu de sa divinité et, conformément aux paroles des prophètes, elles retournèrent en arrière (Ps 113, 3) : c’est-à-dire renversèrent les lois de la nature corrompue à la suite du péché d’Adam. Porteuses de mort et de corruption, séjour des esprits impurs, lors de la descente en elles du Soleil de Justice, les eaux devinrent porteuses de lumière et de purification des péchés. « Tu as écrasé la tête des démons en inclinant la tête devant le Précurseur et, descendu dans les flots, tu as illuminé l’univers, pour qu’il te glorifie, Sauveur, illumination de nos âmes » (Vêpres de la fête). Devenue à nouveau eau vive (Jn 4, 10), bain de la nouvelle naissance, l’eau que nous sanctifions avant chaque baptême, le jour de la fête de la Théophanie et en de nombreuses autres circonstances, en y plongeant la croix et en invoquant le Saint-Esprit, acquiert un divin pouvoir de guérison et de purification des âmes et des corps. L’eau ainsi sanctifiée devient porteuse de la puissance de la Rédemption, de la grâce du Christ, de la bénédiction du Jourdain, elle est « source d’incorruptibilité, don de sanctification, rémission des péchés, guérison des maladies, défaite des démons… » (prière de la bénédiction des eaux). C’est pourquoi, après en avoir été aspergés dans l’église, les fidèles boivent aujourd’hui de cette eau et en emplissent des flacons qu’ils emportent chez eux pour en asperger maisons, champs, objets de la vie quotidienne… Demeurant miraculeusement incorrompues pendant des mois et même des années, les eaux de la Théophanie (et toute eau sanctifiée par l’Église) pourront donc être utilisées en toute circonstance pour parachever le renouvellement et la sanctification du monde, et faire de toute la vie des chrétiens une perpétuelle Théophanie, une révélation de la lumière de la gloire de Dieu.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la Théophanie, ton 1
Lors de Ton baptême dans le Jourdain, Seigneur, fut manifestée l’adoration due à la Trinité : car la voix du Père Te rendit témoignage en Te donnant le nom de Fils bien-aimé, et l’Esprit, sous la forme d’une colombe, confirmait l’irréfragable vérité de cette parole. Christ Dieu qui es apparu et qui as illuminé le monde, gloire à Toi !

Kondakion de la Théophanie, ton 4
Tu es apparu au monde en ce jour, Seigneur, et Ta lumière s’est manifestée à nous qui, Te connaissant, Te chantons : Tu es venu, Tu es apparu, Lumière inaccessible.

Évangile du jour
(Matth. III, 13-17)
Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s’y opposait, en disant: C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi! Jésus lui répondit: Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. Et Jean ne lui résista plus. Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau. Et voici, les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection.

19 janvier

19 janvier
Saint Macaire le Grand, d’Égypte (390-391) ; saint Marc, archevêque d’Éphèse (1444) ; sainte martyre Euphrasie, vierge (303) ; saint Macaire d’Alexandrie (395) ; saint Contest, évêque de Bayeux (513) ; saint Laumer, abbé dans le Perche (593) ; ; saint Rémi, évêque de Rouen (772)saint Arsène, archevêque de Corfou (VIIIème s.) ; saint Euthyme, confesseur en Géorgie (XXème s.), saint Théodore, fol en Christ de Novgorod (1392) ; saint Macaire le jeûneur, Laure des grottes de Kiev (XIII-XIVème s.) ; saints néomartyrs de Russie : Pierre (Skipetrov), prêtre (1918) ; Nicolas (Vostorgov), prêtre (1930), Théodore (Goussev) (1940).

SAINT MACAIRE LE GRAND

Saint Macaire le Grand, d’Égypte (390-391)

Saint Macaire le Grand naquit en l’an 300 dans un village du Delta du Nil, Jijbêr, et exerça d’abord la profession de chamelier. Obéissant à un appel de Dieu, il se retira seul dans une cellule de son village pour y vaquer à la vie ascétique et à la prière. Comme les habitants du lieu voulaient le faire prêtre, il s’enfuit dans un autre village. Une jeune fille, qui s’était trouvée enceinte, accusa, pour se justifier, l’anachorète de lui avoir fait violence. On s’empara alors de Macaire et on le promena dans les rues, des casseroles au cou, en l’accablant de coups et d’injures. Le saint ne dit rien pour se défendre et accepta même de travailler davantage pour subvenir aux besoins de la femme et de l’enfant envoyés par la Providence. Lorsque son innocence fut finalement reconnue, tout le village, saisi d’admiration, voulut venir lui demander pardon. Mais Macaire s’enfuit, pour échapper à la vaine gloire, et se rendit au désert de Scété (auj. Waddi-Natroun), région aride et inhospitalière qu’il connaissait pour y avoir exploité le nitre. Il était alors âgé de trente ans et s’adonna avec un zèle irrésistible à tous les travaux de l’ascèse. Il ne se nourrissait qu’une fois par semaine d’un peu de pain et d’eau, dormait assis contre le mur de sa cellule quelques brefs instants et persévérait constamment dans le silence, dans la garde de l’esprit de toute pensée étrangère et dans la prière intérieure. Qu’il mangeât ou qu’il jeûnât, son corps avait toujours un aspect émacié, comme s’il échappait aux lois de la matière, car disait-il : « Le corps de celui qui est sans cesse occupé à purifier son âme est consumé par la crainte de Dieu comme le tison est brûlé par le feu. »
Il était si détaché des biens de ce monde que lorsqu’il surprit, un jour, un voleur en train de lui dérober le peu d’objets qu’il avait dans sa cellule, il l’aida à les charger sur son chameau. Jour et nuit, il restait assis dans sa cellule, les mains occupées à tresser des feuilles de palmier, l’âme contrite au souvenir de ses péchés et l’esprit transporté au ciel. Il ne se répandait pas en de longues prières, mais, tendant les mains vers le ciel, il disait en tout temps : « Seigneur, comme Tu le veux et Tu le sais, aie pitié de moi ! » Quelqu’un lui demanda un jour comment progresser dans la voie du salut. Le saint l’envoya au cimetière injurier les morts puis leur adresser des louanges, et il lui dit à son retour : « Vois-tu, les cadavres ne t’ont rien répondu. De même, toi aussi, si tu veux être sauvé, deviens comme mort, ne comptant pour rien le mépris des hommes ou leurs louanges. »
Furieux de se voir ainsi attaqués de front dans leur séjour, les démons l’assaillaient de toutes leurs forces, mais le saint les repoussait avec mépris. Un de ces esprits impurs lui confessa : « Tout ce que tu fais, je le fais aussi : tu jeûnes, moi je ne mange pas du tout ; tu veilles, moi je ne dors pas. Tu l’emportes seulement sur un point : par ton humilité. À cause d’elle, je ne puis rien contre toi. » Par ces combats, Macaire devint ainsi expert dans la connaissance des différentes sortes de démons. Il disait qu’ils se divisent en deux catégories principales : celle des esprits qui nous incitent aux passions, comme la colère ou la convoitise, et l’autre, plus redoutable, qui égare les hommes par l’illusion spirituelle, le blasphème et les hérésies.
La renommée des vertus de saint Macaire fut bientôt connue dans toute l’Égypte, et de nombreux visiteurs commencèrent à affluer vers le désert de Scété. Le saint accueillait avec joie et simplicité tous ceux qui venaient à lui, sans juger personne, et prodiguait à chacun ce qui lui convenait : parole d’édification ou prière. Pour honorer ses hôtes, il leur offrait un peu de vin et buvait avec eux ; mais, une fois seul, il restait sans boire d’eau autant de jours qu’il avait bu de coupes de vin. On disait de lui qu’il était comme un « dieu terrestre » car, de même que Dieu protège le monde par sa providence, de même abba Macaire cachait les fautes qu’il voyait comme ne les voyant pas et couvrait tous les hommes de son amour. Sa charité extrême le poussait à prier avec larmes même pour les damnés. Un jour, comme il marchait dans le désert, il trouva le crâne d’un prêtre des idoles, qui prenant la parole lui dit : « Chaque fois que tu prends en pitié ceux qui sont dans les tourments, nous qui sommes plongés dans le feu, le dos de l’un collé à celui de l’autre, nous recevons quelque soulagement en pouvant voir un peu la face de nos compagnons de malheur. »
Saint Macaire rendit visite à saint Antoine le Grand qui apprécia fort ses vertus et fit de lui un de ses disciples et héritiers spirituels . De retour à Scété, il commença à accepter des disciples en nombre croissant, c’est pourquoi il est considéré à juste titre comme le fondateur de cet illustre centre du monachisme orthodoxe. Parmi ses premiers disciples, on compte des astres brillants dans le firmament spirituel comme les abbas Moïse [28 août], Sisoès [6 juil.], Isaïe [3 juil.], Aïus, Zacharie [24 mars] et d’autres grands lutteurs. Chacun vivait dans une cellule séparée, occupé toute la semaine à un travail manuel suffisant pour lui assurer de quoi vivre et, le cas échéant, de quoi faire l’aumône ; mais surtout utile pour lutter contre l’ennui (acédie) et garder l’esprit vigilant. Les moines de Scété s’adonnaient en effet à de grandes austérités dans le seul but de garder leur intelligence constamment fixée en Dieu par la prière pure, et ils alimentaient leur contemplation en récitant par cœur les psaumes et de longs passages de l’Écriture sainte. Lorsqu’ils eurent bâti une église, ils se réunissaient tous, le samedi soir, pour célébrer la vigile nocturne et communier aux saints Mystères. Au matin, après la Divine Liturgie, ils partageaient un repas fraternel, qui était pour beaucoup d’entre eux le seul repas de la semaine, et conversaient librement, en interrogeant les plus avisés pour l’édification de leur âme. Puis chacun repartait vers sa cellule, en emportant les feuilles de palmier nécessaires au travail de la semaine.
Comme le nombre des disciples et des visiteurs croissait sans cesse, saint Macaire changea à plusieurs reprises de résidence. Il vivait loin des autres cellules, avec seulement deux compagnons à proximité, et avait aménagé une galerie souterraine qui menait de sa cellule à une grotte éloignée, de sorte qu’il pouvait s’isoler à l’insu de tous, pour garder son esprit sans distractions, lorsque les visites se faisaient trop fréquentes.
Au début, chaque fois qu’il désirait participer à la Divine Liturgie, le saint devait se rendre à pied à Nitrie, à plus de quarante milles de là, dans le désert brûlant. L’effort était trop grand pour ses disciples, aussi, sur les instances de saint Antoine, accepta-t-il de recevoir l’ordination sacerdotale, à l’âge de quarante ans. Le Saint-Esprit lui accorda alors en abondance les charismes de guérisons, de prophétie et de discernement des pensées. À deux reprises il ressuscita un mort : la première fois pour faire éclater innocence d’un malheureux injustement accusé d’assassinat, et la seconde pour démontrer à un hérétique la vérité de la foi en la résurrection des corps. Attirés par la réputation de saint Macaire et de ses disciples et par la prédication enthousiaste de saint Athanase en faveur du monachisme, des hommes venaient à Scété de toutes les parties de l’Égypte et des contrées éloignées de l’Empire pour y embrasser la vie angélique. Le désert devint une véritable ville, si bien qu’à la fin du siècle on comptait à Scété quatre églises, où les ascètes se réunissaient par centaines chaque dimanche.
En 374, l’arien Lucius s’empara du siège épiscopal d’Alexandrie et raviva la persécution contre les orthodoxes. Il s’attaqua en premier lieu aux moines les plus influents et fit déporter dans une île du Delta du Nil les deux Macaire et d’autres saints moines. Leur exil tourna cependant à l’avantage de l’Église, car ces confesseurs convertirent les païens du lieu et, bientôt rappelés grâce aux protestations indignées du peuple, ils rentrèrent dans leur désert avec une gloire accrue. Saint Macaire, sentant sa fin prochaine, rendit une dernière fois visite à ses disciples de Nitrie. En guise de testament spirituel, il leur déclara, les larmes aux yeux : « Pleurons, frères, et que nos yeux répandent sans cesse des larmes, avant que nous allions là où nos larmes brûleront nos corps. » Quelque temps plus tard, le « père spirituel du désert » remit en paix son âme au Seigneur, âgé de quatre-vingt-dix ans. Après avoir subi diverses translations lors de la conquête musulmane, ses précieuses reliques furent ramenées au monastère copte (784) qui porte son nom, édifié sur les lieux que le saint avait sanctifiés par sa présence.
On attribue traditionnellement à saint Macaire le Grand un ensemble d’admirables homélies spirituelles, dans lesquelles le saint évoque, à l’aide de splendides images empruntées au monde naturel, les effets variés de la grâce de Dieu en nous. Après avoir adhéré au Seigneur par la foi et s’être consacré à Lui par le renoncement, nous devons, dit-il, « cultiver la terre de notre cœur » , c’est-à-dire forcer notre nature rebelle dans la pratique de toutes les saintes vertus évangéliques, et principalement dans l’assiduité à la prière. Voyant alors notre bonne volonté, le Christ nous donnera la force d’accomplir tous ses commandements, ou plutôt Il les accomplira Lui-même en nous par l’énergie du Saint-Esprit. Progressant ainsi de vertu en vertu et de gloire en gloire vers la plénitude, notre esprit sera intimement mêlé au feu de l’Esprit Saint, il deviendra « tout œil, toute lumière » , et acquerra les propriétés de Dieu. Lors de la résurrection générale, le feu de l’Esprit Saint, caché dans le cœur des saints, débordera sur leur corps et les fera resplendir pour l’éternité de la lumière de Dieu. Pour saint Macaire, la vie chrétienne a pour seul but d’acquérir, dès ici-bas, l’expérience de l’Esprit Saint, de subir cette belle transformation qui nous donnera une « sensibilité spirituelle », par laquelle nous pourrons « goûter » la présence de Dieu à chaque instant de notre vie.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Macaire, ton 1
Le désert fut ta cité, dans la chair tu fus un Ange, * tes miracles te signalèrent, Père Macaire porteur de Dieu; * par le jeûne, les veilles et l’oraison * tu as reçu les charismes du ciel * pour guérir les malades et les âmes des fidèles qui accourent vers toi. * Gloire à celui qui t’a donné ce pouvoir, * gloire à celui qui t’a couronné, * gloire à celui qui opère en tous, par tes prières, le salut.

Kondakion de saint Macaire, ton 4
En sa maison le Seigneur t’a placé * comme un astre de tempérance, un astre non errant, * illuminant de ta clarté * les confins de l’univers, * Père des Pères, Macaire bienheureux.
Évangile du jour
(Lc XXI,12-19)

Mais, avant tout cela, on mettra la main sur vous, et l’on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous mènera devant des rois et devant des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous arrivera pour que vous serviez de témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit de ne pas préméditer votre défense; car je vous donnerai une bouche et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront résister ou contredire. Vous serez livrés même par vos parents, par vos frères, par vos proches et par vos amis, et ils feront mourir plusieurs d’entre vous. Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom. Mais il ne se perdra pas un cheveu de votre tête; par votre persévérance vous sauverez vos âmes.

3 janvier (ancien calendrier)/16 janvier (nouveau)

3 janvier (ancien calendrier)/16 janvier (nouveau)

Samedi avant la Théophanie ; Saint Malachie, prophète (vers 450 av. J.-C.) ; saint Anthère, pape de Rome, martyr (236) ; saint Gordien, martyr à Césarée de Cappadoce (304) ; sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris (vers 500) ; saint Florent, évêque de Vienne (IVème s.) ; saint Eustrade, abbé à Dijon (VIème s.) ; saint Constant, évêque de Gap (VIème s.) ; sainte Bertille, veuve à Marolles en Flandre (660) ; saint Blimond, moine fondateur de l’abbaye de Leucone (673) ; saint hiéromartyr Basile (Kholmogorov), prêtre (1938).

SAINTE GENEVIÈVE

Sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris (vers 500)

Sainte Geneviève naquit en 422 au village de Nanterre, près de Paris. Elle avait à peine sept ans quand saint Germain d’Auxerre [31 juil.], en route vers l’Angleterre avec saint Loup de Troyes [29 juil.], discernant la faveur de Dieu sur l’enfant, annonça à ses parents qu’elle avait été choisie pour servir au salut d’un grand nombre. Il la bénit et lui remit une pièce de monnaie marquée d’une croix comme signe de sa consécration à Dieu. Dès lors l’enfant s’adonna de plus en plus aux exercices de la piété. Un jour, sa mère, agacée de la voir fréquenter trop souvent l’église, porta la main sur elle, mais elle fut aussitôt frappée par Dieu de cécité. Elle ne recouvra la vue que deux ans plus tard, en se frottant les yeux avec de l’eau que sa fille avait mêlée de ses larmes et marquée du signe de la Croix. Ne trouvant plus d’obstacle de la part des siens, Geneviève fut alors définitivement consacrée au Seigneur par l’évêque de Bourges, Vilicus ; mais elle continua sa vie ascétique dans la maison familiale, car les couvents n’existaient pas encore en Gaule. À la mort de ses parents, elle alla s’installer à Paris, chez sa marraine. Après avoir enduré avec patience une cruelle maladie, elle entreprit de très grandes austérités : priant sans cesse et ne sortant que pour servir les pauvres, elle ne se nourrissait que deux fois par semaine, d’un peu de pain et de fèves. Elle acquit ainsi la maîtrise sur les impulsions de la chair et une grande paix de l’âme, si bien qu’elle supporta avec patience les calomnies et les rumeurs répandues par des jaloux, jusqu’à ce que saint Germain d’Auxerre intervienne pour leur imposer le respect de la servante de Dieu. C’est ainsi que les Parisiens commencèrent à reconnaître sa sainteté et que des jeunes filles se groupèrent autour d’elle pour imiter son genre de vie. La réputation de sainte Geneviève se répandit même jusqu’en Orient, et l’on raconte que des marchands syriens ayant rapporté à saint Syméon le Stylite [1er sept.] les vertus de l’humble vierge de Paris, ce dernier chanta ses louanges et voulut se recommander à ses prières.
Sainte Geneviève avait une grande dévotion pour les saints qui avaient jeté les fondations de l’Église en Gaule. Elle fit construire la première basilique au-dessus de la sépulture de saint Denis de Paris [9 oct.] et inspira aux Parisiens la pieuse habitude d’y venir en pèlerinage, même par les plus mauvais temps. Un jour, elle se rendit à la basilique en pleine tempête, avec un cierge à la main, sans que la flamme ne s’éteigne. De même, elle contribua grandement au développement du culte de saint Martin à Tours, qui devait devenir un des plus grands lieux de pèlerinages d’Occident. Dans ses voyages, elle guérissait les malades et chassait les démons, servant pour tous d’instrument à la providence de Dieu.

Au début de 451, Attila et sa horde sauvage de Huns approchaient dangereusement de Paris, en pillant et ravageant tout sur leur passage. Les habitants de la cité, pris de panique, voulaient s’enfuir, seule Geneviève garda son sang-froid ; elle réunit les femmes dans les églises pour implorer l’assistance de Dieu dans le jeûne, les larmes et la prière, et s’efforça de rendre courage aux hommes. Mais certains s’opposèrent à elle et se préparaient même à la jeter à la Seine, lorsqu’un messager arriva de la part de saint Germain d’Auxerre, confirmant une fois de plus que Dieu avait élu Geneviève comme protectrice de la ville. De fait, conformément aux prédictions de la sainte, Attila se détourna bientôt de Paris, et, après avoir subi une cuisante défaite contre les Francs unis aux Gallo-romains, il s’éloigna.

Le roi des Francs, Childeric, exerça alors pendant une vingtaine d’années son hégémonie sur la région. Bien qu’encore païen, il montrait du respect pour l’Église et, sur les instances de la sainte, consentit à adoucir les peines des prisonniers. Les Francs furent cependant repoussés par les Romains et cherchèrent à regagner l’avantage en retenant le ravitaillement de Paris. La disette menaçait et le peuple perdait de nouveau confiance en Dieu. Geneviève réunit alors une flottille avec de hardis bateliers et, au prix de grands dangers de navigation, elle alla faire provision de grains à Arcis-sur-Aube, puis revint faire une distribution à tous les Parisiens, en privilégiant les plus pauvres.

En 481, Clovis devint roi des Francs et, sous l’influence de son épouse, sainte Clotilde [3 juin], il montrait un grand respect pour la sainte, écoutait ses conseils et n’hésitait pas à modifier sa politique par égard pour les malheureux. Tandis qu’il achevait de conquérir la Gaule, sainte Clotilde resta auprès de Geneviève à Paris, et saint Remi [1er oct.] venait parfois leur rendre visite pour s’entretenir des choses de Dieu. Trois saints veillaient alors sur la France naissante.

Sainte Geneviève parvint ainsi à l’âge de quatre-vingts ans. Elle remit son âme au Seigneur, dans la paix, entourée de l’amour et de la dévotion de tout le peuple. Elle ne cessa pas toutefois de montrer au cours des siècles sa protection sur la ville de Paris et ses habitants. Ses précieuses reliques, déposées dans l’église Sainte-Geneviève, sur la colline appelée depuis du même nom, accomplirent d’innombrables guérisons. Lors des grands périls : guerres, sièges, épidémies, famines, inondations ou incendies, le peuple venait en foule auprès de sa sainte. On faisait alors de grandes processions, la châsse des reliques en tête, et Dieu ne manquait pas de montrer sa bienveillance par des miracles, en réponse aux prières de sainte Geneviève et à la foi du peuple de Paris. Ces reliques furent brûlées pour leur plus grande partie et jetées à la Seine par les révolutionnaires, en 1793 ; mais la sainte ne cesse pas d’être bien vivante pour ceux qui savent l’invoquer avec foi.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de l’avant-fête de la Théophanie, ton 4
Prépare-toi, Zabulon ; dispose-toi, Nephtali. Jourdain, arrête-toi, pour accueillir avec des transports de joie le Seigneur qui vient se faire baptiser. Réjouis-toi Adam avec notre première mère ; ne vous cachez plus comme jadis au paradis ; Celui qui vous voyait nus, apparaît pour vous revêtir de votre robe première. Le Christ est apparu, voulant renouveler toute la création.

Tropaire de sainte Geneviève, ton 1.
Tes larmes abondantes ont arrosé et fécondé le désert des cœurs stériles, tes prières et tes soupirs ont produit du fruit au centuple. Prie pour ta cité, ô sainte Geneviève, et pour ceux qui vénèrent avec amour ta sainte mémoire.

Kondakion de sainte Geneviève, ton 2.
Pour l’amour du Seigneur, ô sainte Geneviève, tu as pris en haine le désir de repos, ayant éclairé ton esprit par le jeûne, car tu as vaincu les bêtes avec force. Mais par tes prières tu as écrasé l’agitation des ennemis.

Kondakion de l’avant-fête de la Théophanie, ton 4
Étant descendu en ce jour dans les flots du Jourdain, le Seigneur crie à Jean : « Ne crains point de me baptiser, car Je suis venu sauver Adam, le premier père ».

Évangile du jour
(Matth. III, 1-11)
En ce temps-là parut Jean Baptiste, prêchant dans le désert de Judée. Il disait: Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. Jean est celui qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète, lorsqu’il dit: C’est ici la voix de celui qui crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers. Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de tout le pays des environs du Jourdain, se rendaient auprès de lui; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain. Mais, voyant venir à son baptême beaucoup de pharisiens et de sadducéens, il leur dit: Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir? Produisez donc du fruit digne de la repentance, et ne prétendez pas dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise d’eau, pour vous amener à la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu.

15 janvier

15 janvier
Jour de jeûne

Saint Paul de Thèbes, ermite (341) ; saint Jean le Calybite (Vème s.) ; saint Pansophos, martyr à Alexandrie (vers 240-251) ; saint Maur, abbé près d’Angers, disciple de saint Benoît (584) ; Saint Ablebert, évêque de Cambrai et d’Arras (645) ; saint Bonet, évêque de Clermont (71O) ; sainte Tarcice, vierge à Rodez (vers 600) ; saint Malard, évêque de Chartres (vers 660) ; Saint Éloi de Lérins (VIème s.) ; saints Procore de Ptchina (Xème s.) et Gabriel de Lesnovo (XIème s.) ; saint Gérasime, patriarche d’Alexandrie (1714) ; saint hiéromartyr Michel (Samsonov), prêtre (1942).

SAINT PAUL DE THÈBES

Saint Paul de Thèbes, ermite (341)

Au temps où l’empereur Dèce (vers 250) faisait répandre à flots le sang des martyrs dans toutes les régions de l’Empire romain, vivait en Basse Thébaïde un jeune homme pieux, savant et orné de toutes sortes de vertus, que la mort de ses parents avait laissé à la tête d’une grande fortune. Pour échapper à la tempête de la persécution, il se retira dans une maison de campagne ; mais, bientôt, l’époux de sa sœur, désirant accaparer pour lui seul tout l’héritage familial, conçut le projet de livrer le jeune chrétien aux persécuteurs. Pris de crainte, Paul s’enfuit alors dans le désert, abandonnant ainsi tous ses biens derrière lui.
Après une longue marche, il parvint un jour au pied d’une montagne et découvrit une caverne merveilleusement située, cachée à la vue de tous, qui avait autrefois servi de repère à des faux-monnayeurs. Un vaste palmier y offrait ses fruits et son ombrage, et une source, l’eau claire nécessaire à la vie. Il s’installa donc dans ce petit paradis offert par Dieu, et y passa toute sa vie dans le silence et la prière.
Au bout de longues années (342), il vint à la pensée de saint Antoine le Grand, alors âgé de quatre-vingt-dix ans, que nul autre que lui n’avait mené sur la terre une vie si parfaitement consacrée à Dieu. La nuit suivante, il fut averti en songe qu’un autre ermite menait cette vie céleste, plus parfaitement que lui, dans un autre désert, et avait atteint l’âge de cent treize ans. Le vénérable vieillard prit sans retard son bâton et se mit en marche droit devant lui, en s’abandonnant à la Providence pour lui montrer la route. Il rencontra sur son chemin plusieurs animaux monstrueux, suscités par le démon, qui, réduits à l’impuissance par le signe de la Croix, lui indiquèrent la direction à suivre. Une louve le conduisit finalement jusqu’à la grotte, et il parvint, à force de prières et de supplications, à convaincre Paul d’ouvrir la porte.
Les deux vieillards échangèrent alors un saint baiser, se saluant tous les deux par leurs propres noms. Ils rendirent grâce à Dieu d’avoir permis cette rencontre et, s’étant assis, Paul, qui n’avait pas parlé aux hommes depuis quatre-vingt-dix ans, demanda à Antoine comment allait le monde, si l’idolâtrie et la persécution y régnaient toujours. Au cours de l’entretien un corbeau vint soudain voleter au-dessus d’eux et posa à leurs pieds un pain frais tout entier. Paul dit à son visiteur : « Admire la bonté de Dieu. Voilà soixante-dix ans que Dieu m’envoie par ce corbeau, chaque jour, une moitié de pain pour ma nourriture, et, aujourd’hui, à ton arrivée, le Seigneur a doublé la ration. » Après avoir pris cette réfection céleste avec actions de grâces, ils passèrent la nuit entière en prière. Le jour venu, Paul confia à Antoine qu’il connaissait depuis longtemps son séjour dans le désert, et que le Seigneur l’avait envoyé maintenant vers lui pour rendre à la terre son pauvre corps de terre, car l’heure de la fin de ses combats approchait.
Antoine, fondant en larmes, le supplia de ne pas l’abandonner ainsi et de prier le Seigneur, pour qu’il le prenne avec lui. Saint Paul lui demanda alors d’aller chercher dans son monastère le manteau que saint Athanase d’Alexandrie lui avait donné, afin de l’ensevelir. Le vieillard de quatre-vingt-dix ans retrouva les forces de sa jeunesse pour faire avec diligence, en un jour, ce voyage, brûlant du désir de revoir Paul et craignant qu’il ne rendît l’âme pendant son absence. Le lendemain matin, il était encore en chemin, lorsqu’il vit l’âme de saint Paul s’élever dans le ciel au milieu des chœurs des anges, des prophètes et des apôtres. Il s’écria : « Paul, pourquoi m’abandonnes-tu ? T’ayant connu si tard, faut-il que tu me quittes si tôt ? » Il courut jusqu’à la caverne, où il trouva saint Paul immobile, comme en prière. Il l’enveloppa dans le manteau du grand confesseur de l’Orthodoxie, chanta pour lui les hymnes des funérailles et, aidé providentiellement par deux lions qui vinrent creuser une fosse avec leurs griffes, il déposa avec dévotion le corps du premier ermite dans la terre, en attente de la résurrection. Afin de ne pas être privé de la grâce qui avait rempli le saint pendant son existence terrestre, Antoine emporta avec lui la tunique que Paul avait confectionnée de ses mains avec les feuilles du palmier, et il la revêtait aux grandes solennités de Pâques et de la Pentecôte.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Paul de Thèbes, ton 4
Dieu de nos Pères, * dont la clémence agit toujours envers nous, * n’éloigne pas de nous ta miséricorde, * mais par leurs supplications * gouverne notre vie dans la paix.

Tropaire de saint Jean le Calybite, ton 4
Ardemment dès l’enfance ayant aimé le Seigneur, * tu quittas le monde et ses plaisirs et dans l’ascèse te distinguas; * tu fixas ta cabane devant le seuil de tes parents * et les pièges des démons, tu les brisas, bienheureux Jean; * c’est pourquoi le Christ t’a justement glorifié.

Kondakion de saint Paul de Thèbes, ton 4
Fidèles, célébrons le divin Paul, * ce flambeau éclairant le monde par la hauteur de ses vertus, * et chantons au Christ: Tu es l’allégresse des Moines saints.

Kondakion, de saint Jean le Calybite, ton 2
Chérissant la pauvreté pour imiter le Christ, * tu laissas les richesses de tes parents * et, prenant dans tes mains son Évangile divin, * à sa suite, saint Jean, tu marchas, * sans cesse auprès de lui intercédant pour nous tous.
Lc XX,19-26
Évangile du jour
(Lc XX, 19-26)

Les principaux sacrificateurs et les scribes cherchèrent à mettre la main sur lui à l’heure même, mais ils craignirent le peuple. Ils avaient compris que c’était pour eux que Jésus avait dit cette parabole. Ils se mirent à observer Jésus; et ils envoyèrent des gens qui feignaient d’être justes, pour lui tendre des pièges et saisir de lui quelque parole, afin de le livrer au magistrat et à l’autorité du gouverneur. Ces gens lui posèrent cette question: Maître, nous savons que tu parles et enseignes droitement, et que tu ne regardes pas à l’apparence, mais que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. Nous est-il permis, ou non, de payer le tribut à César? Jésus, apercevant leur ruse, leur répondit: Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie et l’inscription? De César, répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Ils ne purent rien reprendre dans ses paroles devant le peuple; mais, étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.

Podcast audio: “Orthodoxie” (France-Culture), “Livres”

510_pc140450L’émission Orthodoxie sur France-Culture (podcast audio ci-dessous) du 8 janvier avait pour thème: “Livres”. Elle présentait deux ouvrages récemment parus: La royauté et le sacré du P. Christophe Levalois, aux éditions du Cerf, et Ils sont pleins de vin doux de François Orfeuil aux éditions Saint-Léger. Présentation: “La royauté et le sacré : le rapport entre ces deux notions ; le sacré comme contenu du pouvoir royal ; le sens pour notre époque d’un livre sur la royauté. Ils sont pleins de vin doux : le vin et la vigne, deux notions très présentes dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; le vin, sang de l’eucharistie ; un poème de Venance Fortunat (6e siècle). La royauté, le sacré, le vin et la vigne comme symboles.”

30 décembre (ancien calendrier)/12 janvier (nouveau)

30 décembre (ancien calendrier)/12 janvier (nouveau)

Après-Fête de la Nativité de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Saint apôtre Timon, des 70 ; Sainte Anysie, martyre à Thessalonique (305) ; saint Philétère, martyr à Nicomédie (311) ; saint Zotique le nourricier des orphelins, prêtre (IVème s.) ; saint Perpet, évêque de Tours (494) ; sainte Théodora de Césarée (VIIIème s.), sainte Théodora de Constantinople (940) ; saint Macaire, métropolite de Moscou (1563) ; saint néo-martyr Gédéon (Grèce, 1818) ; sainte Marie (Danilov), martyre (1946).

SAINTE ANYSIE DE THESSALONIQUE

Sainte Anysie, martyre à Thessalonique (305)

Sainte Anysie était la fille d’illustres et très riches notables de Thessalonique convertis à la foi chrétienne, qui lui inspirèrent dès son enfance l’amour des vertus et de la sagesse. Devenue orpheline de père et de mère lorsqu’elle parvint au seuil de l’adolescence, loin de se laisser attirer par l’attrait des plaisirs, son âme brûlant d’amour sous l’action du feu que le Christ est venu jeter sur la terre (Lc 12, 49), elle s’élança à la rencontre de son Époux céleste en se débarrassant de tout ce qui pouvait la rattacher à la terre. Elle affranchit ses nombreux esclaves en leur cédant de fortes sommes d’argent pour s’établir, et distribua propriétés, champs, troupeaux et tout son héritage, comme un négociant avisé qui vend tous ses biens pour acquérir la perle de grand prix, le Royaume des cieux (cf. Mt 13, 46). Elle se dépouilla de ses parures et de ses riches vêtements pour revêtir des effets communs et grossiers et parcourait ainsi la ville, visitant les malades, portant secours aux veuves et aux orphelins, procurant nourriture et vêtements aux pauvres. Mais sa prédilection allait aux victimes des persécutions. Au mépris du danger, elle visitait dans leurs prisons ceux qui souffraient faim, soif, blessures et mauvais traitements de toutes sortes par amour du Christ. Elle baisait leurs plaies, comme si elles étaient les marques mêmes de la Passion salutaire de notre Sauveur, et leur procurait soins et consolation.

Ayant ainsi tout abandonné, et n’ayant plus que son corps mortel qui la rattachait à la terre, Anysie n’avait dès lors pour désir que de parvenir elle aussi à la perfection en mourant pour le Christ. Une telle décision ne devant venir que de Dieu, elle ne s’exposa pas témérairement au danger, mais alla plutôt se retirer dans une étroite cellule pour consacrer ses jours et ses nuits au jeûne, aux larmes, à la prière continuelle et s’élever au-dessus de la condition mortelle, en plaçant la pratique des saintes vertus comme support de sa contemplation.

À la vue de tels combats, le diable, grinçant des dents, essaya d’effrayer la sainte par toutes sortes de stratagèmes pour la persuader d’abandonner sa cellule, mais il se heurta à sa résolution plus ferme que celle des plus valeureux guerriers. Il lança alors contre elle les flèches de l’ennui, de la torpeur, du relâchement du corps et de la maladie ; mais la jeune fille, s’armant du signe de la Croix, le mit en déroute par le fouet de la prière.

Lorsque la persécution de Dioclétien faisait rage (305), sainte Anysie, ayant atteint la plénitude des vertus et étant fermement établie dans la contemplation, trouva l’assurance d’adresser au Christ une prière instante pour devenir à son tour participante de sa mort vivifiante. Cette supplique fut entendue. Un jour, comme elle se rendait à l’église, elle fut abordée par un écuyer du tyran et interrogée avec rudesse. Sans aucune hésitation, elle se déclara alors servante de Jésus-Christ. Saisie par le rustre et traînée à terre jusqu’au temple des idoles pour sacrifier, pour toute réponse, elle lui cracha avec mépris au visage. Au comble de la fureur, l’homme dégaina son épée et transperça le flanc de la sainte qui rendit avec joie son âme au Seigneur pour trouver les délices éternelles dans la chambre nuptiale du Ciel. De pieux chrétiens purent récupérer son corps et l’ensevelirent un peu en dehors de la ville, dans un endroit où l’on construisit une église en son honneur, une fois la persécution terminée.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de la Nativité, ton 4
Ta Nativité, Christ notre Dieu, a fait luire dans le monde la lumière de la connaissance ; en elle, en effet, les adorateurs des astres ont appris d’une étoile à T’adorer, Soleil de justice, et à reconnaître en Toi l’Orient descendu du ciel, Seigneur gloire à Toi !

Kondakion de sainte Mélanie (fête anticipée) t. 4
L’âme éclairée par les rayons * de celui que la Vierge fit briller pour nous, * tu rayonnas par tes vertus, * car ayant distribué ton périssable trésor sur terre, * tu amassas les richesses des cieux * et dans l’ascèse resplendis brillamment; * c’est pourquoi, Mélanie, nous t’honorons de tout cœur.

Kondakion de la Nativité, ton 3
La Vierge, en ce jour, met au monde Celui qui surpasse toute essence créée et la terre offre une grotte à l’Inaccessible ; les anges chantent Sa gloire avec les pasteurs, et les mages cheminent avec l’étoile ; car pour nous est né petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.

Évangile du jour
(Mc X, 11-23)

Il leur dit: Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard ; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère. On lui amena des petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient. Jésus, voyant cela, fut indigné, et leur dit: Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. Puis il les prit dans ses bras, et les bénit, en leur imposant les mains. Comme Jésus se mettait en chemin, un homme accourut, et se jetant à genoux devant lui: Bon maître, lui demanda-t-il, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle? Jésus lui dit: Pourquoi m’appelles-tu bon? Il n’y a de bon que Dieu seul. Tu connais les commandements: Tu ne commettras point d’adultère; tu ne tueras point; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; tu ne feras tort à personne; honore ton père et ta mère. Il lui répondit: Maître, j’ai observé toutes ces choses dès ma jeunesse. Jésus, l’ayant regardé, l’aima, et lui dit: Il te manque une chose; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi. Mais, affligé de cette parole, cet homme s’en alla tout triste; car il avait de grands biens. Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples: Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu!

29 décembre (ancien calendrier)/11 janvier (nouveau)

29 décembre (ancien calendrier)/11 janvier (nouveau)
Après-Fête de la Nativité de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Les saints Innocents : (Ier s.) 14000 enfants massacrés par Hérode à Bethléem (Ier s.) ; saint Trophime, premier évêque d’Arles (vers 250) ; saint Marcel, abbé du monastère des Acémètes (485) ; saint Evroult, abbé à Bayeux (vers 596) ; saint Florent, évêque de Bourges (664) ; saint Albert, abbé de Gambron (VIIème s.) ; saint Thaddée, confesseur (818) ; saints Marc le fossoyeur, Théophile et Jean des Grottes de Kiev (XIème-XIIème s.) ; saint Théophile d’Omoutch (XVème s.) ; saint Basilisque de Sibérie (1824) ; saint Laurent de Tchernigov (1950) ; saints néo-martyrs de Russie : Théodose (Belensky) (1938) ; Nathalie (Vasiliev), Nathanlie (Silouanov), Eudocie (Goussev), Anne (Borovsky), Matrone (Navolokine), Barbara (Dereviaguine), Anne (Popov), Eudocie (Nazine), Euphrosynie (Denisov), Agrippine (Kiselev) et Nathalie (Soundoukov) (1942).

LES SAINTS INNOCENTS

14000 enfants massacrés par Hérode à Bethléem (Ier s.)

Constatant qu’il avait été joué par les Mages, auxquels il avait recommandé de venir lui révéler le lieu où se trouvait l’Enfant-Roi qu’ils étaient venus adorer conduits par l’étoile, pour soi-disant aller lui aussi l’adorer, le roi Hérode (37-4 av. J.-C.), en fureur, ordonna à ses soldats de massacrer tous les enfants mâles de la bourgade de Bethléem et de la région environnante âgés de moins de deux ans. Il craignait tant ce rival, annoncé par des signes si extraordinaires et adoré par de hauts personnages venus de loin, qu’il préférait faire injustement mettre à mort d’innocentes victimes plutôt que de le laisser échapper ; c’est pourquoi il ordonna d’exécuter les enfants nés depuis la première apparition de l’étoile, selon le récit des Mages, jusqu’à ce jour. C’est ainsi qu’en ce jour, si sombre pour les mères de la tribu de Benjamin, fut réalisée la prophétie de Jérémie : Une voix a été entendue à Rama (c’est-à-dire sur le territoire de la tribu de Benjamin) des pleurs et des grandes lamentations ; c’est Rachel pleurant ses enfants, et elle n’a pas voulu être consolée, car ils ne sont plus (Mt 2, 18). En effet, c’est à Bethléem que se trouve le tombeau de Rachel, qui semblait alors se relever pour joindre sa lamentation à celle des mères de ces victimes du tyran, morts pour le Christ et à la place du Christ, prémices et fleurs des martyrs.

Le cruel roi s’était élevé en vain contre la volonté de Dieu en répandant tant de sang innocent, car Joseph, prévenu en songe par un ange, prit avec lui l’Enfant et sa mère et s’enfuit en Égypte avant le début du massacre. Ce fut là l’un des derniers crimes d’Hérode. Alors qu’il machinait l’assassinat de son fils Antipater, qui avait comploté contre lui, le vieux roi fut atteint d’un mal si étrange que tout le monde y vit un châtiment de Dieu. Un feu intérieur le dévorait lentement, ses entrailles et ses chairs entraient en putréfaction, comme s’il s’agissait d’un cadavre vivant, et faisaient naître des vers répugnants. C’est ainsi qu’il partit pour la damnation éternelle, non sans avoir répandu la terreur jusqu’à son dernier souffle, en faisant torturer tous ses opposants et en obtenant l’exécution de son fils Antipater.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de la Nativité, ton 4
Ta Nativité, Christ notre Dieu, a fait luire dans le monde la lumière de la connaissance ; en elle, en effet, les adorateurs des astres ont appris d’une étoile à T’adorer, Soleil de justice, et à reconnaître en Toi l’Orient descendu du ciel, Seigneur gloire à Toi !

Tropaire des saints Innocents, ton 1
Par les souffrances que les Saints endurèrent pour toi * laisse-toi fléchir, ô notre Dieu; * guéris toutes nos douleurs, * Seigneur ami des hommes, nous t’en prions.

Tropaire de saint Marcel, ton 8
En toi, vénérable Père, la divine Image se reflète exactement: * afin de lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ; * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s’occuper plutôt de l’âme qui vit jusqu’en la mort et par-delà; * c’est ainsi que ton esprit se réjouit, * bienheureux Marcel, avec les Anges dans le ciel.

Kondakion des saints Innocents, ton 4
L’étoile envoie les Mages vers l’Enfant, * Hérode mande en vain une expédition injuste, * pensant tuer celui qui repose dans la crèche en nouveau-né.

Kondakion de la Nativité, ton 3
La Vierge, en ce jour, met au monde Celui qui surpasse toute essence créée et la terre offre une grotte à l’Inaccessible ; les anges chantent Sa gloire avec les pasteurs, et les mages cheminent avec l’étoile ; car pour nous est né petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.

Évangile du jour
(Mt II, 13-23)

Lorsqu’ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J’ai appelé mon fils hors d’Égypte. Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète: On a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations: Rachel pleure ses enfants, Et n’a pas voulu être consolée, Parce qu’ils ne sont plus. Quand Hérode fut mort, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va dans le pays d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts. Joseph se leva, prit le petit enfant et sa mère, et alla dans le pays d’Israël. Mais, ayant appris qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode, son père, il craignit de s’y rendre; et, divinement averti en songe, il se retira dans le territoire de la Galilée, et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par les prophètes: Il sera appelé Nazaréen.

27 décembre (ancien calendrier)/9 janvier (nouveau)

27 décembre (ancien calendrier)/9 janvier (nouveau)

Samedi après la Nativité ; saint Étienne (ou Stéphane), premier diacre et premier martyr (vers 34) ; saint Théodore “le marqué”, confesseur, frère de saint Théophane l’hymnographe (vers 840) ; saint Théodore, archevêque de Constantinople (vers 686) ; saints néo-martyrs de Russie : Tikhon, archevêque de Voronège (1919), Antonina (Brianskikh) (1937).

SAINT ÉTIENNE, PREMIER DIACRE ET PREMIER MARTYR

Saint Étienne (ou Stéphane), premier diacre et premier martyr (vers 34)

Après la Pentecôte et l’effusion du Saint-Esprit sur les Apôtres, nombreux furent ceux qui se convertirent, saisis par les paroles de feu des Apôtres et par leurs prodiges. Une fois devenus membres du Corps du Christ par le saint Baptême, les croyants abandonnaient tous leurs biens pour en déposer le prix aux pieds des Apôtres et, se détachant ainsi de tout lien et de toute affection du monde, ils menaient vie commune, n’ayant qu’un cœur et qu’une âme. Après s’être acquittés assidûment de leurs devoirs religieux au Temple, ils se réunissaient en particulier pour suivre l’enseignement des Apôtres, louer le Seigneur Jésus-Christ et participer avec allégresse au festin de la vie éternelle, la sainte Eucharistie, sceau de leur communion avec Dieu et de leur mutuelle charité (Act 2, 42-47 ; 4, 32-34).
Comme le nombre des disciples augmentait sans cesse, les Douze décidèrent de désigner sept frères, appréciés de tous pour leur sagesse et remplis de l’Esprit Saint, pour les soulager dans le soin matériel de la communauté, notamment dans le service des frères pendant les repas communs et dans l’assistance des veuves et des déshérités, de sorte que les Apôtres pussent se consacrer sans autre souci à la prière et à l’enseignement. Ces sept diacres, auxquels les Apôtres imposèrent les mains, étaient : Étienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas (Act 6, 1-6). L’activité d’Étienne, qui était à leur tête, s’étendait bien au-delà de la seule subsistance matérielle de la communauté. Rempli de la grâce de l’Esprit Saint pour accomplir des miracles et parler avec l’autorité des envoyés de Dieu, il faisait l’admiration de tous, à tel point qu’un jour des Juifs, furieux de ne pouvoir répondre à ses arguments, l’accusèrent faussement de blasphème et de complot contre les institutions de la Loi, et le traduisirent devant le Sanhédrin, le tribunal du grand prêtre
Le jeune homme s’avança sans crainte devant les juges et l’Esprit, que le Christ a promis de donner à ses disciples en de telles circonstances (Mt 10, 19), lui inspira un discours enflammé, dans lequel il rappelait aux Juifs durs de cœur quelle bienveillance et quelle patience Dieu n’a cessé de témoigner à son peuple, promettant son alliance aux Patriarches et venant sans cesse au secours de ses élus. Merveilles, prodiges, actions d’éclat, promesses, révélations terrifiantes par l’entremise de Moïse, au Sinaï, dans le désert et tout au long de l’histoire d’Israël, sans se lasser Dieu fit tout pour élever son peuple élu au-dessus de l’attachement aux créatures et pour le délivrer de l’idolâtrie ; mais toujours ils résistèrent, et lorsque vint sur la terre le Sauveur et Rédempteur, la promesse des Patriarches et l’accomplissement des prophéties, ils montrèrent le même cœur incirconcis, la même résistance obstinée aux voies de l’Esprit Saint : Tels furent vos pères, tels vous êtes ! Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécutés ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d’assassiner (Act 7, 51-52).
La grâce de Dieu, qui remplissait le cœur d’Étienne et le rendait semblable au ciel, faisait jaillir de sa bouche ces paroles inspirées et se répandait aussi sur son corps faisant resplendir son visage d’une lumière divine, comme le Seigneur le jour de sa Transfiguration (Mt 17, 6 ; Lc 9, 29). En le voyant ainsi revêtu de gloire étincelante, tel un ange de Dieu (Act 6, 15), les Juifs siégeant au tribunal grinçaient les dents de haine, et leur rage éclata quand, levant les yeux au ciel et contemplant la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite du Père aussi clairement que lorsqu’Il reviendra à la fin des temps, le saint s’écria : « Je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Act 7, 56). Incapables de supporter cette révélation de l’exaltation au ciel de Jésus-Christ et de son séjour corporel dans le sein de la bienheureuse Trinité, les Juifs se bouchèrent les oreilles et, se ruant sur Étienne, ils le menèrent hors de la ville où ils le lapidèrent.
Tandis qu’on le mettait à mort, Étienne, calme et radieux, exultait de joie de suivre ainsi l’exemple de son Maître, et les pierres qu’on lui jetait devenaient pour lui autant de degrés qui l’élevaient jusqu’à la vision glorieuse du Christ qu’il avait entrevu. En invoquant le Nom du Seigneur, il laissa échapper dans son dernier souffle, comme Jésus sur la Croix, ce cri de suprême amour pour ses ennemis : « Seigneur ne leur impute pas ce péché ! » (Act 7, 60. cf. Lc 23, 34).
Ornant l’Église des perles précieuses de son sang, Étienne fut le premier à emprunter la voie que le Christ a ouverte vers le ciel par sa Passion. Sa mort volontaire pour la vérité lui a ouvert les cieux et lui a fait voir la gloire de Dieu. Sa parfaite charité envers Dieu et pour son prochain, allant jusqu’au pardon de ses bourreaux, l’a fait siéger au premier rang des amis de Dieu ; c’est pourquoi les fervents émules des martyrs, qui contemplent en ce jour la lumière resplendissante de son visage mêlée à celle de l’astre de Bethléem, se fient avec confiance en son intercession.
Le corps de saint Étienne, enseveli par des hommes pieux, fut retrouvé en 415 à Caphargamala par le prêtre Lucien, à la suite d’une apparition, et transféré à Jérusalem dans l’église bâtie en son honneur par l’impératrice Eudocie, épouse de Théodose le Jeune [13 août]. Par la suite, ses précieuses reliques furent transférées à Constantinople et des fragments en furent rapidement diffusés dans tout le monde chrétien .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la Nativité, ton 4
Ta Nativité, Christ notre Dieu, a fait luire dans le monde la lumière de la connaissance ; en elle, en effet, les adorateurs des astres ont appris d’une étoile à T’adorer, Soleil de justice, et à reconnaître en Toi l’Orient descendu du ciel, Seigneur gloire à Toi !

Tropaire de saint Étienne, ton 4
Sur ton front tu reçus le diadème royal * à cause des souffrances supportées * pour le Christ notre Dieu, * premier à combattre parmi les Martyrs; * tu confondis l’assemblée des impies, * à la droite du Père tu vis le Sauveur. * Sans cesse prie-le pour que nos âmes soient sauvées.

Tropaire de saint Théodore, ton 8
Guide de l’orthodoxie, maître de piété et de sainteté, * luminaire de l’univers, ornement des moines inspiré de Dieu, * sage Père Théodore, tu nous as tous illuminés par tes enseignements, * toi qui fus comme une lyre vibrant au souffle de l’Esprit. * Intercède auprès du Christ notre Dieu pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion saint Étienne, ton 3
Hier, le Maître est descendu chez nous à travers la chair, * aujourd’hui c’est de la chair que prend congé le serviteur; * hier en effet le Roi est né selon la chair; * mais aujourd’hui son familier * pour lui est lapidé jusqu’à la mort, * Etienne, l’archidiacre et le premier des Martyrs.

Kondakion de la Nativité, ton 3
La Vierge, en ce jour, met au monde Celui qui surpasse toute essence créée et la terre offre une grotte à l’Inaccessible ; les anges chantent Sa gloire avec les pasteurs, et les mages cheminent avec l’étoile ; car pour nous est né petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.

Évangile du jour
(Matth. XII, 15-21)
Une grande foule le suivit. Il guérit tous les malades, et il leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître, afin que s’accomplît ce qui avait été annoncé par Ésaïe, le prophète: Voici mon serviteur que j’ai choisi, Mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui, Et il annoncera la justice aux nations. Il ne contestera point, il ne criera point, Et personne n’entendra sa voix dans les rues. Il ne brisera point le roseau cassé, Et il n’éteindra point le lumignon qui fume, Jusqu’à ce qu’il ait fait triompher la justice. Et les nations espéreront en son nom.

Radio (“Orthodoxie”, France Culture): “Livres”

510_pc140450L’émission de radio “Orthodoxie” sur France-Culture, du dimanche 8 janvier à partir de 8h07 heures sera consacrée à deux livres récemment parus: La royauté et le sacré du P. Christophe Levalois, aux éditions du Cerf, et Ils sont pleins de vin doux de François Orfeuil aux éditions Saint-Léger. Présentation: “La royauté et le sacré : le rapport entre ces deux notions ; le sacré comme contenu du pouvoir royal ; le sens pour notre époque d’un livre sur la royauté. Ils sont pleins de vin doux : le vin et la vigne, deux notions très présentes dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; le vin, sang de l’eucharistie ; un poème de Venance Fortunat (6e siècle). La royauté, le sacré, le vin et la vigne comme symboles.”

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Jovan Nikoloski