25/09/2017
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Résultats de la recherche : conciliarité

Un colloque en décembre à Paris sur le thème: « La réception du Concile de Moscou (1917-2017) : comment vivre et partager la conciliarité ecclésiale ? »

Les 8, 9 et 10 décembre prochains, un colloque aura lieu à Paris, organisé par l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge avec l’Institut d’études œcuméniques de l’Université de Fribourg (Suisse), l’Acer-Mjo et la revue Contacts, sur le thème: « La réception du Concile de Moscou (1917-2017) : comment vivre et partager la conciliarité ecclésiale ? ». Pour d’autres informations, voir l’affiche ci-dessous.

Le congrès annuel de l’Acer-Mjo (10-11 octobre) aura pour thème « Les laïcs et la conciliarité »

8e8edf0f26c9b0cea347021303526d23_fullLe congrès annuel de l’Acer-Mjo, qui se déroulera les 10 et 11 octobre non loin de Paris, aura pour thème « Les laïcs et la conciliarité ». Pour toutes les informations: programme, conférenciers, inscription, voir ce document.

Source de la photographie: Acer-Mjo

« Pentecôte et conciliarité dans l’Eglise »

Dimanche 7 juin, une table ronde est organisée par la paroisse Saint Séraphin de Sarov à Paris et Saint Jean le Théologien à Meudon dans les locaux de la première (91, rue Lecourbe Paris 15e) sur le thème : "Pentecôte et conciliarité dans l'Eglise". Elle débutera à 14 heures après la liturgie et un pique-nique. Interviendront notamment les pères Nicolas Cernokrak ("Pentecôte et conciliarité dans le Nouveau Testament"), Serge Sollogoub ("Le processus préconciliaire"), le diacre Christophe Levalois ("Les conciles dans la vie de l’Eglise"), Mme Kyveli Vernier ("Conciliarité et vie spirituelle").

«Sobornost, conciliarité et communion : de Khomiakov à Zizioulas» une conférence à Bose

Le monastère de Bose (Italie) et l’Institut théologique et
biblique Saint-André
(Moscou) organisent une conférence internationale « Sobornost,
conciliarité et communion : de Khomiakov (1, 2) à Zizioulas (1, 2) ». La conférence
se déroulera du 23 au 26 octobre dans le monastère de Bose. Pour consulter le
programme complet de la conférence cliquez ICI !

Document de Ravenne : « Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramental de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité »

Nous vous proposons ci-après la traduction française du « Document de Ravenne » discuté et approuvé par les membres de la « Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe » lors de la dixième session plénière de la Commission à Ravenne (8–15 octobre 2007). La délégation de l’Eglise orthodoxe russe, ayant quitté la rencontre à cause de la présence des représentants de l’Eglise apostolique d’Estonie, n’a pas assisté la discussion et à l’approbation de ce document. Côté catholique, la traduction française du document, publié sur le site du Vatican, a été vérifié par le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Vous pouvez également télécharger le document sous format PDF.

"Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramental de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité"
Ravenne, 13 octobre 2007

Introduction

1. « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). Nous rendons grâce au Dieu Trinité qui nous a réunis – nous, membres de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe – afin de pouvoir répondre ensemble en obéissance à cette prière de Jésus. Nous sommes conscients du fait que notre dialogue reprend dans un monde qui a profondément changé ces derniers temps. Les processus de sécularisation et de globalisation, et le défi posé par les nouvelles rencontres entre chrétiens et croyants d’autres religions, exigent que les disciples du Christ témoignent de leur foi, de leur amour et de leur espérance avec une urgence nouvelle. Que l’Esprit du Seigneur ressuscité permette à nos cœurs et à nos esprits de porter des fruits d’unité dans les relations entre nos Églises, afin que nous puissions servir ensemble l’unité et la paix de toute la famille humaine. Que le même Esprit nous conduise à la pleine expression du mystère de la communion ecclésiale, que nous reconnaissons avec gratitude comme don merveilleux de Dieu au monde, un mystère dont la beauté rayonne spécialement dans la sainteté à laquelle tous sont appelés.

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«Le primat et la conciliarité de l’Eglise dans la tradition orthodoxe» par Vlassios Phidas

Le professeur
Vlassios
Phidas
a écrit récemment un texte à propos des déclarations
de Mgr Hilarion (Alfeyev) lors de la rencontre
de la commission
mixte
orthodoxe-catholique pour le dialogue théologique à Belgrade en septembre 2006.
En complément, l’auteur aborde la question des « nouveaux territoires »
dans le nord de la Grèce. Pour lire cette étude, cliquez sur ce lien.

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«Le concile local de Moscou et la conciliarité – la question de la participation des laïcs au concile local dans les débats préconciliaires» par le père Hyacinthe Destivelle

Nous
publions, avec l’aimable autorisation de l’éditeur, ce texte, publié en 2003,
du père dominicain Hyacinthe Destivelle sur un des aspects du concile de Moscou
(1917-1918), à savoir la participation des laïcs dans les débats
préconciliaires dudit concile, question toujours d’actualité. Son auteur est directeur
du centre et de la revue Istina. Il a
publié récemment un ouvrage sur le concile de
Moscou
. Il évoquera, dimanche 19 novembre, à partir de 13h30, à Paris, dans
le cadre des conférences catéchétiques des Rencontres orthodoxes,
dans la paroisse Saint Séraphin de
Sarov (91, rue Lecourbe, Paris 15e), ce même concile. Pour lire ce
texte, intitulé «Le concile local de Moscou et la conciliarité – la question
de la participation des laïcs au concile local dans les débats préconciliaires»,
cliquez sur ce
lien
.

Podcast : « Le principe de sobornost (conciliarité) d’après les décisions du Concile de Moscou 1917-18, source d’inspiration pour les ecclésiologies orthodoxe et catholique » par le père Hyacinthe Destivelle

Dans
le cadre du cycle des conférences de la paroisse Notre Dame
Souveraine à Chaville
, le dimanche 12 novembre, le père Hyacinthe
Destivelle, prêtre dominicain, directeur du centre
et de la revue Istina
a donné une conférence intitulée « Le principe
de sobornost (conciliarité) d’après les décisions du Concile de
Moscou 1917-18
, source d’inspiration pour les ecclésiologies orthodoxe et
catholique »

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Paroisse orthodoxe à Chaville : « Le principe de sobornost (conciliarité) d’après les décisions du Concile de Moscou 1917-18, source d’inspiration pour l’ecclésiologie orthodoxe et catholique »

Dans
le cadre du cycle des conférences de la paroisse Notre Dame
Souveraine à Chaville
, le dimanche 12 novembre à partir de 13h, le père Hyacinthe
Destivelle, prêtre dominicain, directeur du centre
et de la revue Istina
donnera une conférence intitulée « Le principe
de sobornost (conciliarité) d’après les décisions du Concile de
Moscou 1917-18
, source d’inspiration pour l’ecclésiologie orthodoxe et
catholique ». La conférence sera précédée par les agapes à partir de 12h00.


L’adresse de la paroisse :
22 rue Alexis Maneyrol ; 92370 Chaville
RER C : Chaville/Vélizy. SNCF : Depuis la gare Montparnasse : Chaville Rive
Gauche

Le comité de coordination de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique-romaine a formulé de nouveaux thèmes pour la poursuite de ses travaux

Le comité de coordination de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique-romaine a terminé ses travaux le 8 septembre sur l’île de Leros (Grèce). Le métropolite de Volokolamsk Hilarion, président du département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou a participé à ses sessions. À la suite des discussions, les représentants des Églises locales orthodoxes et de l’Église catholique-romaine ont pris la décision aux termes de laquelle il est nécessaire de préparer un document intitulé « Sur la voie de l’unité dans la foi : questions théologiques et canoniques ». Il est présumé que le document, qui sera préparé par un groupe de rédaction ad hoc, constitué des membres de la commission, fera le bilan des 37 années du dialogue orthodoxe-catholique romain et désignera les problèmes fondamentaux devant être discutés lors de ses prochaines étapes. Le comité de coordination a également reconnu approprié d’aborder l’examen du thème « La primauté et la conciliarité durant le deuxième millénaire et à notre époque ». Ce thème constitue la suite logique du thème « La conciliarité et la primauté durant le premier millénaire », examiné lors de l’étape précédente du dialogue. Dans le nouveau document doit être examiné le développement des événements qui ont amené à la rupture de la communion entre les Églises orthodoxe et catholique au XIème siècle, ainsi que les conséquences de cette rupture pour les chrétiens d’Orient et d’Occident. Une attention particulière sera accordée dans le document à la question de l’uniatisme, qui avait été discutée dans le cadre du dialogue lors des années 1991-2000, mais qui continue de conserver son acuité. Les représentants de l’Église russe et de plusieurs autres Églises orthodoxes ont insisté sur la nécessité de la poursuite de la discussion de ce thème lors des sessions du Comité de coordination. Le matin du 8 septembre, en la fête de la Nativité de la très sainte Mère de Dieu selon le nouveau calendrier, les membres orthodoxes du Comité de coordination ont prié et communié pendant la divine liturgie célébrée dans l’église de la résidence des métropolites de Leros. Le même jour, les membres du Comité de coordination ont visité la cathédrale du diocèse métropolitain, l’église dédiée à l’icône de la Mère de Dieu dite « Toute sainte » qui se trouve dans une forteresse du Moyen Âge, le musée d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le camp des réfugiés des pays du Moyen Orient et d’Afrique séjournant temporairement sur le territoire hellénique. La prochaine séance du Comité de coordination de la commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique-romaine aura lieu à la fin de 2018.

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Réunion du comité de coordination de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine

Le 5 septembre, à l’île de Leros, (Grèce), le comité de coordination de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine a débuté ses travaux. La séance a débuté par une réception solennelle donnée à la métropole de Leros, lors de laquelle le métropolite Païssios de Leros (Patriarcat de Constantinople) a salué ses hôtes, ainsi que les représentants des autorités civiles et des forces militaires et navales grecques installées sur l’île. Le co-président de la Commission mixte, l’archevêque Job de Telmessos (Patriarcat de Constantinople) et le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens ont prononcé un discours d’accueil. Le matin du 6 septembre, les membres orthodoxes et catholiques du Comité ont siégé à part, définissant le nouveau thème à aborder dans le cadre du dialogue théologique poursuivi par la Commission mixte après l’adoption, en septembre 2016, à Chieti, en Italie, d’un document sur la conciliarité et le primat dans l’Église du Ier millénaire. Prenaient part à la réunion des membres orthodoxes du Comité : l’archevêque Job de Telmessos, le métropolite Gennade de Sassimes et le métropolite Maxime de Sardes (Patriarcat de Constantinople), le métropolite Hilarion de Volokolamsk, le métropolite Joseph d’Europe occidentale (Patriarcat de Roumanie), le métropolite Basile de Constantia-Ammokhostos (Église de Chypre), le métropolite Chrysostome de Messine (Église orthodoxe de Grèce), le professeur Ph. Iangou (Patriarcat de Jérusalem), le docteur N. Khopp (Église d’Albanie). Pendant la discussion sur le choix du thème pour la nouvelle étape du dialogue orthodoxe-catholique, le métropolite Hilarion a souligné que la question de l’uniatisme restait très actuelle pour l’Église orthodoxe russe, comme pour plusieurs autres Églises orthodoxes locales et devait donc être abordée dans un nouveau document de la Commission mixte. Mgr Hilarion a attiré l’attention sur le fait que le problème des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme n’a plus été examiné depuis la session plénière de Baltimore (États-Unis), en 2000. Les travaux des réunions mixtes du Comité de coordination, avec la participation de ses membres orthodoxes et catholiques, se poursuivront jusqu’au 8 septembre. Le prêtre Alexis Dikarev, collaborateur du DREE, accompagne le métropolite Hilarion dans son voyage.

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Message du patriarche de Moscou Cyrille aux archipasteurs, pasteurs, diacres, moines et moniales et à tous les enfants fidèles de l’Église orthodoxe russe à l’occasion du centenaire du Concile de 1917-1918

Message du patriarche de Moscou Cyrille aux archipasteurs, pasteurs, diacres, moines et moniales et à tous les enfants fidèles de l’Église orthodoxe russe à l’occasion du centenaire du Concile de 1917-1918

« Vos Éminences les archipasteurs, Révérends pères et diacres, Révérends moines et moniales, Chers frères et sœurs,

Cent ans se seront écoulés cette année depuis le début des travaux du Concile local de 1917-1918, qui est devenu une étape éminemment importante dans l’histoire de l’Orthodoxie russe. Malgré le siècle qui est passé et qui nous sépare des événements de cette époque, le sens du Concile de 1917-1918 n’est pas encore pleinement saisi et estimé par le peuple ecclésial. Je suis profondément convaincu que son héritage nécessite une étude sérieuse et réfléchie, et qu’un grand nombre d’idées qui ont alors été exprimées seraient utiles et sollicitées aujourd’hui. Actuellement, de gros efforts sont entrepris pour diffuser des éléments sur l’activité du Concile ; en particulier, la première édition fondamentale et scientifique des documents du Concile a été réalisée, laquelle est fort importante pour préserver la mémoire de cet événement réellement grand, à la charnière des siècles. Le Concile a connu une période prolongée de préparation, au cours de laquelle a été accomplie une collecte d’informations, tandis qu’étaient demandées leurs opinions aux archipasteurs, théologiens, canonistes et historiens au sujet des questions les plus essentielles de la vie ecclésiale. Dans la presse – tant ecclésiastique que séculière – des débats avaient lieu sur les thèmes les plus actuels et sujets à controverses. De nombreux articles ont été publiés, donnant le ton et déterminant les vecteurs des discussions qui devaient suivre.  Quelques années avant le Concile a été créé un organe spécial, appelé « Commission préconciliaire », dont le but était de rassembler les données nécessaires à l’organisation correcte des discussions sur les thèmes actuels. L’héritière spirituelle de cet organe de nature conciliaire est la « Commission inter-conciliaire »  qui fonctionne actuellement, et aux travaux de laquelle participent activement non seulement les archipasteurs, mais les prêtres et aussi les laïcs. Les documents préparés par les efforts conjoints des membres de cette Commission, et  à la discussion desquels est convié un large public, sont proposés pour un examen complémentaire par le Saint-Synode ou l’Assemblée des évêques. Cela marque ainsi le triomphe indéniable de l’esprit de conciliarité dans la vie de l’Orthodoxie russe contemporaine. Ce ne sont pas toutes les décisions prises il y a un siècle, loin s’en faut, qui ont été incarnées dans la vie. Et les causes en sont diverses. L’obstacle le plus évident fut l’éclatement de la guerre civile qui suivit les événements révolutionnaires et les persécutions sans précédent contre l’Église et les fidèles qui s’en sont suivies. Nous accomplissons notre ministère dans des conditions historiques absolument différentes. La majorité de nos concitoyens, par la miséricorde divine, n’ont pas eu à faire l’expérience des persécutions pour confesser la foi. Aujourd’hui, nous pouvons réfléchir, dans la prière, au bilan des actes conciliaires, répondre à la question pourquoi certaines décisions conciliaires, malgré une multitude d’obstacles, ont été appliquées et ont trouvé leur place dans la vie de l’Église, tandis que d’autres, au contraire ne se sont pas avérées viables et n’ont pas été adoptées par la conscience ecclésiale. De nombreux participants au Concile ont témoigné de leur fidélité à l’Évangile par leur martyre ou l’exploit de la confession de la foi, manifestant pour nous, leurs descendants, un exemple de fermeté et de courage dans les épreuves. Il nous faut agir selon la parole de l’Écriture, qui nous appelle à considérer la fin de leur vie et à vénérer ceux qui ont œuvré sur le champ du Seigneur avant nous, imitant leur espoir immuable dans le Christ (Hébr. 13,7), afin de ne pas être ébranlé par l’incrédulité dans les promesses Divines, mais rester forts dans la foi, en donnant gloire à Dieu (Rom. 4,20). Amen ».

Source

Message de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe russe hors-frontières

En ces jours d’après-fête de la Pentecôte, nous, évêques de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, nous sommes réunis en Assemblée épiscopale à Buchendorf, près de Munich, sous la protection de l’icône de la Mère de Dieu de Koursk. Cette année, nous commémorons avec tristesse le centenaire des événements sanglants de 1917, mais nous sommes simultanément emplis de joie par l’anniversaire du centenaire de la restauration du Patriarcat en Russie et le dixième anniversaire du rétablissement de l’unité au sein de l’Église russe. Nous nous rappelons de ceux qui ont œuvré au rétablissement de cette unité ainsi que ceux qui continuent à travailler au renforcement de nos liens spirituels. En la fête de l’Ascension du Seigneur, nous avons prié avec le primat de l’Église orthodoxe russe et le président de la Fédération de Russie lors des offices de la dédicace de l’église de la Résurrection du Christ et des saints néomartyrs et confesseurs de Russie située à la Lioubianka à Moscou, et nous terminons la session de notre Assemblée par la grande consécration de la cathédrale des saints néomartyrs et confesseurs de Russie à Munich, qui est la seule église relevant de l’Église russe hors-frontières dans laquelle a célébré Sa Sainteté le patriarche de Moscou et de toute la Russie Alexis, qui signa avec le métropolite Laur, tous deux d’éternelle mémoire, l’acte d’unité de l’Église orthodoxe russe. Nous avons toujours eu conscience du fait que cette unité extérieurement ébranlée a toujours été conservée dans sa dimension spirituelle. Nous commémorons également, avec gratitude envers Dieu, le centenaire de la naissance, en 1917, du néomartyr de l’Église russe, qui a justifié l’affirmation selon laquelle « le sang des martyrs chrétiens est la semence de la foi ». Il s’agit de St Alexandre de Munich (Schmorell), qui a versé son sang en Allemagne. À l’occasion de ce centenaire, non loin de sa tombe, a été achevée la construction de notre cathédrale. Celle-ci a été consacrée par Sa Béatitude le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre, avec lequel concélébraient le métropolite Hilarion, primat de l’Église russe hors-frontières, l’ensemble de l’épiscopat de celle-ci, des hiérarques venus de Russie et d’Ukraine, des hiérarques des autres Églises orthodoxes locales. À la lumière de l’exploit des Néomartyrs russes, au nombre desquels figure aussi St Alexandre, il y a ici un pont unissant Orient et Occident. Le rétablissement du Patriarcat au cours du Concile local de l’Église russe, que nous fêtons aussi, fut un pas positif vers le retour à nos sources chrétiennes, à l’expérience du millénaire de l’existence de l’organisme ecclésial. Le rôle principal dans le rétablissement du Patriarcat a été joué par le hiérarque qui, par la suite, devint le premier primat de l’Église russe hors-frontières, Sa Béatitude le métropolite de Kiev et de Galicie Antoine (Khrapovitzky). S’appuyant sur les actes du Concile local de 1917-1918, il préserva dans les pays lointains de la Russie, avec ses frères dans l’épiscopat, la conciliarité de l’administration ecclésiale, et ce faisant, la fidélité à l’héritage de l’Église-Mère en Russie. La théologie du métropolite Antoine a ramené la conscience ecclésiale aux sources des saints Pères, elle a purifié la théologie russe d’influences étrangères et extérieures, a défini en grande partie la théologie de l’Église hors-frontières, et s’est manifestée dans la pratique du ministère pastoral dont elle a hérité. Le triomphe de la conciliarité de l’Église russe ainsi que de ses néomartyrs réside dans le fait que, malgré l’effondrement de l’Empire orthodoxe et l’instauration d’un pouvoir ayant pour but idéologique la lutte contre Dieu et tous ceux qui croyaient en Lui et le glorifiaient, la foi et l’Église n’ont pu être anéanties. En raison de l’athéisme qui commençait au XIXème siècle, le haut fait du témoignage de la foi « jusqu’à la mort » revêt une signification particulière, de même que l’exemple de pureté de la vie familiale du dernier empereur russe. Nous sommes tous appelés à prendre conscience de l’importance de la vie spirituelle, tant parmi les peuples de Russie, que dans le monde entier. La catastrophe spirituelle du peuple russe a amené l’effondrement du système d’organisation étatique d’un grand pays, avec de terribles souffrances. Comment a-t-il pu se produire qu’une partie importante du peuple qui, pendant presque mille ans portait le nom du Christ, se soit retournée contre l’Église ? Saint Jean de Cronstadt a pointé du doigt prophétiquement, à plusieurs reprises, les conséquences du reniement de l’Église. « Vous serez comme des dieux… » (Gen. 3,5) est devenu le slogan du nouvel ordre, et les gens ont aspiré à construire le monde sans Dieu. « La foi en la parole de Vérité, la Parole Divine, a disparu et a été remplacée par la foi dans la raison humaine », écrivait saint Jean, « l’obéissance des enfants aux parents, celle des enseignés aux enseignants, ont disparu… Les mariages sont profanés, la vie familiale se décompose ». Aujourd’hui, les peuples, tant dans la Patrie qu’à l’étranger, se trouvent devant le choix suivant : où bien développer l’édification spirituelle des âmes ou se donner exclusivement à la recherche de la prospérité matérielle. Que Dieu ne permette pas que nous assistions aux conséquences violentes d’un choix spirituel et moral erronés, à savoir livrer volontairement son âme aux succédanés venant du malin. Aussi, encore et à nouveau, nous appelons avec espoir, à la purification de la conscience, non dans le sens politique, mais spirituel, en fixant du regard la voie des saints Néomartyrs, et à se séparer des symboles de l’athéisme, à mettre fin à l’ancienne glorification des assassins qui consistait à attribuer leurs noms aux villes et aux villages, aux rues et aux places, aux stations de métro et aux parcs ; nous appelons à retirer de la place centrale du pays le corps de celui auquel est lié l’établissement du pouvoir ennemi de Dieu, de celui qui a sacrifié à son idéologie des millions de gens. Le retour aux sources chrétiennes est la base du choix moral. Il se bâtit sur la recherche de Dieu, la vie dans l’Église, l’étude de sa foi, la croissance et le renforcement dans l’exploit moral. C’est de ses parents que l’on doit recevoir la première expérience de la connaissance de Dieu, de la prière, de la participation aux Sacrements. Nous appelons les parents à œuvrer à leur perfection spirituelle, à enseigner leurs enfants non pas autant par les paroles que par les actes. C’est précisément dans la famille, cette « petite Église » qu’est créée et préservée une vie ecclésiale sensée et complète. L’exil d’une multitude de personnes de Russie a amené la rencontre du monde occidental et de l’Orthodoxie. C’est ainsi que la Providence Divine a fait que l’éloignement du bien provoque de bonnes conséquences. Et aujourd’hui, les chrétiens orthodoxes séjournant dans les pays occidentaux, où la crise de la vie familiale est aiguë, sont appelés à servir d’exemple de pureté morale dans leur milieu ambiant, tant dans la vie chrétienne familiale que monastique. Rappelant tout cela, écrions-nous courageusement, dans la joie lumineuse de l’Église, avec le saint apôtre Paul, avec saint Jean de Cronstadt, avec la famille du Tsar-martyr et les innombrables néomartyrs et confesseurs de Russie : « Je puis tout par celui qui me fortifie » (Phil. 4,13). Avec amour en Christ, +

HILARION, métropolite d’Amérique orientale et de New York, Primat de l’Église russe hors-frontières (suivent les signatures des membres du Concile des Evêques) ».

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Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Ukraine a décidé de créer sa représentation auprès des Institutions européennes et a pris un certain nombre d’autres décisions

Au cours de sa dernière session, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Ukraine a examiné les projets de loi du gouvernement ukrainien dirigés contre l’Église, les problèmes de refus d’enregistrement des statuts locaux de l’Église d’Ukraine, la création d’une représentation auprès des Institutions européennes, ainsi que de l’élection d’un nouvel évêque et recteur du séminaire de Volhynie. La séance solennelle du Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Ukraine, sous la présidence du métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre a eu lieu le 27 mai 2017, au monastère de la Protection de la Mère de Dieu dans la ville de Kharkov. La séance a eu lieu dans le bâtiment historique, où s’est déroulé, les 27 et 28 mai 1992 le Concile de Kharkov [аu cours duquel, le métropolite Philarète Denissenko avait été destitué et remplacé par le métropolite Vladimir Sabodan, et la fidélité au Patriarcat de Moscou, réaffirmée ndt]. La présente séance du Saint-Synode coïncidait avec l’anniversaire de cet événement capital de l’histoire de l’Église orthodoxe d’Ukraine. Avant le début des travaux, les membres du Saint-Synode ont récité une prière pour le repos de l’âme des hiérarques du Concile de Kharkov décédés depuis. Les hiérarques ont souligné la signification du Concile de Kharkov de l’Église orthodoxe d’Ukraine, ainsi que l’actualité et l’importance des décisions qui y avaient été prises. Les membres du Synode ont mentionné le courage et la fermeté des membres de ce Concile pour préserver la conciliarité et la canonicité de l’Église orthodoxe d’Ukraine, et se sont également adressés, par un message, à l’épiscopat, au clergé, aux moines et moniales ainsi qu’aux fidèles. Procédant à l’examen des initiatives législatives orientées contre l’Église et soumises au parlement en février et avril 2016, les membres du Saint-Synode ont constaté que l’adoption des projets législatifs №4128 et №4511 peuvent amener à l’animosité religieuse, la discrimination, la violation de la liberté de conscience et de religion. Les participants à la séance ont exprimé leur inquiétude au sujet de possibles conséquences négatives dans la société ukrainienne si les projets législatifs en question étaient adoptés, et ont appelé les députés à ne pas adopter les lois dirigées contre l’Église et l’État. Les membres du Synode ont remercié l’épiscopat, le clergé, les moines et moniales ainsi que les fidèles de l’Église orthodoxe d’Ukraine pour leur position chrétienne active, exprimée le 18 mai 2017, lorsqu’ils ont prié ensemble devant le parlement et dans de nombreuses villes et églises dans tout le pays. Après avoir écouté l’information donnée par S.B. le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre sur la situation qui s’est créée après le refus d’enregistrement des statuts des communautés de l’Église orthodoxe d’Ukraine, les participants à la séance ont constaté l’immixtion du Ministère de la culture de l’Ukraine dans le fonctionnement des administrations d’État régionales, dans le but de bloquer l’enregistrement des statuts des dites communautés. Les hiérarques ont souligné l’inadmissibilité d’une telle immixtion, et ont exprimé leur préoccupation à cette occasion, et ont appelé les représentants des organes de l’État à cesser leurs actes illégaux à l’égard de l’Église orthodoxe d’Ukraine. En raison de la nécessité de faire connaître les positions de l’Église orthodoxe d’Ukraine sur leurs conceptions religieuses, sociales et politiques, le Saint-Synode a décidé de créer une Représentation de l’Église orthodoxe d’Ukraine auprès des Institutions européennes. Le président de la Représentation est nommé en la personne de l’archimandrite Victor (Kotsaba), clerc du diocèse de Kiev. Celui-ci est également élu évêque de Barychevka, vicaire du diocèse métropolitain de Kiev. Les membres du Saint-Synode ont également pris la décision de libérer l’archiprêtre Rustik Kapauz des fonctions de recteur du séminaire de Volhynie, et de nommer à sa place l’archimandrite Eumène (Mikhaïlevsky), de la Laure de la Dormition de Potchaïev. Le Synode a en outre nommé le hiéromoine Théodose (Mintenko) supérieur du monastère de la Nativité de la Mère de Dieu dans le diocèse de Chepetovo. Les protocoles de la séance ont été signés par S.B. le métropolite Onuphre, par les membres permanents du Synode : Agathange, métropolite d’Odessa et Izmaïlsk, Lazare, métropolite de Simféropol et de Crimée, Marc, métropolite de Hust et Vinogradov, Hilarion, métropolite de Donetsk et Marioupol, Théodore, métropolite de Kamenetsk-Podolsk et Gorodok, Théodore, Paul, métropolite de Vychgorod et Tchernobyl et supérieur de la Laure des Grottes de Kiev, Métrophane, métropolite de Lougansk et d’Altchevsk, Antoine, métropolite de Borispol et Brovary, secrétaire du Saint-Synode et chancelier de l’Église orthodoxe d’Ukraine ; et les membres temporaires du Saint-Synode : Pitirim, métropolite de Nikolaïevsk et Otchakov, Pantéléimon, archevêque de Rovenky et Sverdlovsk, Nicolas, évêque de Kremetschug et Lubny.

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L’Église orthodoxe russe instaure une fête de commémoration des Pères du Concile local de 1917-1918

Le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe a instauré une nouvelle fête : « La commémoration des Pères du Concile local de 1917-1918 ». C’est concile qui a décidé de rétablir le patriarcat en Russie. Le jour de la fête est le 18 novembre, date de l’élection de saint Tikhon au trône patriarcal.
Selon Alexandre Mazyrine, docteur en histoire de l’Église : « Le Concile de 1917-1918 est l’évènement le plus marquant dans l’histoire moderne de l’Église. Grâce à lui l’union s’est faite au sein de l’Église face à la vague de la répression». « Il a autorisé la participation active du clergé et des laïcs au gouvernement de l’ Église, leur donnant ainsi un sens de responsabilité pour le destin de l’Église. La restauration de l’institution de Patriarcat dans la personne du nouvellement élu patriarche Tikhon a donné à l’Église un guide spirituel de l’Église, symbole de son unité, de la sainteté et de la conciliarité, et pas un « papa moscovite », écrasant toutes les autres parties du corps de l’Église, dont beaucoup redoutaient,» – at – il dit. Selon l’opinion de l’historien, si le Concile ne s’était pas réuni, l’Église aurait moins résisté aux persécutions. Il a également rappelé que 50 participants du Concile ont été proclamé plus tard martyrs et confesseurs.

« Ce n’est qu’en nous souvenant de nos martyrs que nous pouvons construire l’avenir de l’Église » – interview de l’archevêque Marc (Arndt) de l’Église orthodoxe russe hors-frontières au site du monastère Sretensky de Moscou

De passage à Moscou, l’archevêque Marc (Arndt) de l’Église orthodoxe russe hors-frontières a donné l’interview suivante, que nous reproduisons en intégralité, précédé par l’introduction du monastère Sretensky :

« Cette année, notre Église commémore le dixième anniversaire d’un événement très important : la réunion de ses deux branches : le Patriarcat de Moscou et l’Église russe hors-frontières. L’acte de communion canonique a été signé en mai 2007, le jour de la fête de l’Ascension du Seigneur. Et la fête de l’Ascension de cette année sera particulière au monastère Sretensky : en ce jour sera consacrée la nouvelle église du monastère, dédiée aux nouveaux martyrs et confesseurs de l’Église russe. L’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc (Arndt), qui a fait beaucoup pour que la division de l’Église russe soit surmontée, évoque dans une interview l’expérience résultant de l’unité de l’Église pendant ces dix années, ce que signifie pour nous tous la vénération des néomartyrs, les événements et les processus ayant rendu possible la réunification ».

– Monseigneur, en tant que participant direct au processus de réunification des deux branches de l’Église russe – le Patriarcat de Moscou et l’Église orthodoxe russe à l’étranger – comment évaluez-vous ces événements après que dix années se soient passées ?

Signature de l’Acte de communion canonique entre le Patriarcat de Moscou et l’Eglise russe hors-frontières en 2007

– Cela était nécessaire et juste. Nous avons toujours su que cela était nécessaire et maintenant, nous n’avons pas changé d’opinion. L’Église russe hors-frontières ne s’est jamais considérée comme un organisme séparé, indépendant, elle s’est toujours perçue comme une partie de l’Église russe une. C’est ce qui figurait sur la première page de nos statuts. C’est précisément pourquoi nous n’avons canonisé les néomartyrs qu’en 1981. Des appels en se sens avaient été formulés bien avant, mais nos pères avaient des doutes. Même le métropolite Anastase avait refusé la canonisation du saint et juste Jean de Cronstadt. Tous comprenaient qu’il fallait canoniser le père Jean, mais Mgr Anastase disait : « Nous ne voulons pas faire ce qui peut constituer une sorte de rupture entre les deux branches de l’Église russe ». Ce n’est que lorsqu’il nous a semblé que le pouvoir soviétique serait éternel, que rien ne changerait, tandis que l’Église en URSS n’était pas libre d’exprimer sa volonté, c’est alors que nous avons commencé à canoniser, graduellement : d’abord St Jean de Cronstadt, puis St Germain d’Alaska, Ste Xénia de Saint-Pétersbourg… et enfin les néomartyrs.

– Les martyrs impériaux ?

– Tous, toute l’assemblée des néomartyrs, dont les martyrs impériaux, non pas séparément, non pas en premier lieu. Cette retenue montre que nous n’avons jamais voulu nous séparer. On nous a demandé alors : pourquoi donc ne vous choisissez-vous pas un patriarche ? Ou : pourquoi célébrez-vous en slavon, en allemand et en français, et non en russe ? En fait, nous ne voulions rien créer de nouveau. Peut-être était-ce là une sorte de psychologie d’autoprotection, mais il était important de garder la tradition. Nous nous sommes efforcés de ne rien faire qui pouvait nous diviser. Et Dieu soit loué, il n’y eu pas chez nous de phénomènes comme les « rénovés » [schisme moderniste surgi après la révolution, ndt], les prêtres non canoniques mariés deux fois etc. Pour nous, cela était impensable. L’aspiration à l’unité de l’Église russe a toujours été présente chez nous. La réunification aurait pu se produire avant, en fait dès le début des années 1990, on aurait pu la commencer. Mais si nous y avions été prêts dans les années 1991-1992, nous aurions dû mener les négociations avec Denissenko [actuellement « primat » du « Patriarcat de Kiev », ndt], personne d’autre. Il était alors chargé de toutes les questions liées à l’étranger. Le Seigneur ne l’a pas permis. Tous savaient qui il était et que l’on ne pouvait s’asseoir à la table des négociations avec un tel individu. Un certain processus purificateur était nécessaire, qui permettait d’agir d’une nouvelle façon. Lorsque les néomartyrs ont été canonisés lors de l’Assemblée des évêques à Moscou en l’an 2000, cela a ouvert les portes. Naturellement, cela était alors difficile, et il reste maintenant encore certains problèmes. Par exemple, il y a jusqu’à présent deux archevêques de Berlin et d’Allemagne. Mais, globalement, nos deux diocèses qui couvrent le même territoire, croissent ensemble. Lentement, mais sûrement. Il y a une différence dans l’approche de la vie, les gens le ressentent, mais cela ne sort pas du cadre des différences habituelles. Un diocèse se distingue de l’autre, cela a toujours été ainsi. Les différences qui existent entre nous concernent en partie la célébration liturgique, en partie les usages, que nous avons hérités de nos pères. Nous, à l’étranger, sommes plus conservateurs qu’en Russie. Une communauté qui existe dans un environnement étranger, conserve avec plus de zèle ses particularités et ses traditions, tandis que chez eux [en Russie, ndt] les gens se développent et changent de façon naturelle. Nous sommes plus vulnérables, nous nous trouvons à la limite des civilisations, nous aspirons fortement à garder intact ce que nous avons hérité. Bien avant la réunification, nous avons eu des rencontres et des contacts constructifs. Des clercs de Russie ont participé à certaines de nos manifestations, nos clercs se rencontraient et discutaient avec des clercs de Russie, et ils ont commencé à mieux se comprendre mutuellement, à voir que tout n’est pas comme on se le représente au loin. J’ai toujours été étonné par le fait que les Russes à l’étranger ont gardé leur amour envers la Russie : malgré toutes les séparations et les frontières, cela s’est toujours trouvé à la première place pour eux. Aussi, nous séparer de l’Église russe, de la tradition des pères, cela était inimaginable. Ensuite sont apparus des « zélotes », le plus souvent des convertis récents, particulièrement en Amérique : « Non, non, nous seuls avons raison, et là-bas, en Russie, il n’y a aucune vérité ». Ils repoussaient tout ce qu’il y avait au Patriarcat de Moscou. Ils ne remarquaient que ce qu’il y avait de négatif, ils ne parlaient que de l’œcuménisme. Et là, je pense, nombreux sont parmi nous ceux qui se sont repris et ont compris qu’il fallait agir. Dieu nous a épargné d’en venir au rjet complet [du Patriarcat de Moscou, ndt], cette blessure serait restée incurable ensuite. Il est rare, dans l’histoire de l’Église, qu’un schisme soit guéri. Nous étions séparés administrativement, il n’y avait pas de schisme, il n’y en avait pas même les symptômes, mais il y avait un risque que ceux-ci se manifestent, il venait de gens qui n’étaient pas liés à la Russie, qui ne ressentaient pas envers elle l’amour que lui portaient les anciens émigrés.

– Si l’on considère le processus même de la réunification, non du point de vue canonique, historique, mais spirituel – qu’est-ce qui de votre point de vue était plus difficile à surmonter chez des gens qui ont participé à tout cela, qui en portaient la responsabilité ? Et quelle expérience avez-vous acquise ? Avez-vous peut-être fait quelque découverte ?

– Nous ressentons qu’il y a une différence sérieuse entre les clercs et laïcs qui se trouvent des deux côtés de la frontière – c’est normal vu que nous sommes passés par une voie différente et avons acquis une expérience différente également. Une expérience qui, malheureusement, n’est pas toujours transmise. Je rencontre parfois des jeunes gens qui ne savent déjà plus ce qu’est « le délégué » du gouvernement [qui surveillait et dirigeait de facto toute communauté religieuse du temps de l’URSS, ndt]. Et autres choses semblables. Et naturellement, on ne peut attendre que quelqu’un ici, en Russie, profite de notre expérience, ou que quelqu’un, chez nous, partage la vôtre : nous vivons dans des conditions, des circonstances différentes. Au début, lorsque nous vivions dans la vie locale, cela était très difficile. Le Patriarcat de Moscou participait alors activement aux rencontres œcuméniques, et c’était pour nous tout simplement inacceptable. Ensuite, beaucoup de choses sont devenues plus compréhensibles et faciles, mais il y a encore beaucoup de choses que nous ne comprenons pas maintenant. Il n’y a dans ma famille aucun orthodoxe, si ce n’est moi-même. Vous vivez entourés par des orthodoxes, même s’ils sont fictifs ou potentiels, mais ce n’est pas notre cas. Cela crée une toute autre configuration dans laquelle se développe la vie de l’homme. Notre attitude envers l’œcuménisme est fortement négative parce que nous vivons aux côtés des hétérodoxes, des hérétiques. Il y a encore la question de la sainte Communion : en Occident, dans l’émigration russe, la tradition de communier plus souvent est apparue plus tôt qu’ici, en Russie. L’Église de Moscou a conservé pendant des années, et peut-être le fait-elle en partie encore aujourd’hui les traditions du XIXème siècle. Nous qui vivons hors de Russie, avons plus ressenti ce qui s’est produit en Occident, nous avons vu comme le catholicisme et le protestantisme se décomposent. Nous comprenons que nous n’avons pas besoin de cela. Beaucoup de choses chez nous se passent autrement. Cela, pour nous, par exemple, est absolument inhabituel : il y a en Russie une très forte centralisation. Les Russes, en général, y sont plus enclins que les autres peuples. Nous avons tous un esprit de liberté. Chez nous, chaque diocèse a vraiment sa personnalité, son caractère, son autonomie, nous ressentons très fortement que nous n’avons aucun pouvoir central. Il est impensable que dans mon diocèse vienne quelque métropolite sans mon autorisation. Cette liberté donne une impulsion à la créativité, à la pensée créatrice. Nous n’attendons pas que quelqu’un nous dicte depuis Moscou ce que nous devons faire. Nous décidons nous-mêmes.

– Mais malgré tout, l’expérience de la vie ecclésiale dans la Russie contemporaine post-soviétique a-t-elle été utile pour vous – je veux dire l’Église hors-frontières ?

– Absolument. En premier lieu, la raison pour laquelle je suis ici [à Moscou ndt] aujourd’hui – la conférence inter-conciliaire – était la proposition des clercs de l’Église hors-frontières, et cela a été adopté. C’est important ! C’est précisément le signe de notre conciliarité. C’est l’exemple éclatant que l’Église peut se développer dans des conditions d’une liberté relative. Mais je pense que toute liberté est toujours relative. Bien sûr, nous sommes aussi liés par nos habitudes et nos traditions, mais l’Église devient plus forte lorsque les questions brûlantes de la vie ecclésiale sont largement discutées, et ce non seulement dans le cadre de l’Assemblée des évêques ou du Synode, mais aussi dans un cercle plus large. Cela pour nous, au moins dans cette forme, était impensable à l’étranger : nous vivons trop loin les uns des autres. Mais il y a toujours eu chez nous un contact plus étroit entre l’évêque et le peuple. Ici [en Russie, ndt] , je rencontre souvent l’isolement des évêques. Chez nous, normalement, lorsque l’évêque vient à la fête patronale dans une paroisse éloignée, il déjeune avec les paroissiens et non pas séparément, il leur parle de la vie ecclésiale, de ce dont il s’occupe au moment présent, il répond aux questions – c’est un contact réellement vivant. Et cela se produit dans toutes les paroisses qui ont leurs propres églises, et un local auprès de celle-ci où les paroissiens se rencontrent chaque dimanche après la Liturgie et communiquent entre eux. Nous avions une idée absolument trouble du mode de fonctionnement de la vie paroissiale en Russie, et généralement, de son peuple. Nous sommes éduqués par ce peuple russe qui est parti de Russie, les descendants des émigrés qui étaient des gens absolument différents, ils parlaient même différemment. Il est très important d’observer comment ont surgi et surgissent de nouvelles paroisses durant les vingt dernières années, non pas seulement la construction des édifices, mais la construction des paroisses, c’est-à-dire un organisme vivant où est possible un contact direct. Ce n’est pas toujours et partout réussi, mais il y a des exemples intéressants, et c’est un phénomène sain qui influe sur notre vie commune.

– L’Église à l’étranger a canonisé plus tôt que nous les néomartyrs, elle a commencé à peindre leurs icônes. Monseigneur, comment évaluez-vous la vénération des néomartyrs dans la Russie contemporaine ? Cette vénération était-elle attendue par vous ?

– Je l’attendais. J’ai compris dès le début des années 1990 que cette vénération existait déjà dans le peuple. Nous avons longuement hésité à procéder à la canonisation, mais nous recevions constamment des nouvelles dans ce sens, voire même des appels de Russie – et sur cette base, nous les avons canonisés. Aussi, la vénération des néomartyrs en Russie ne m’étonne pas. Elle progresse, peut-être plus lentement que chez nous. En son temps, nous nous sommes appuyés sur les documents que l’on pouvait trouver. Or, la source la plus fondamentale pour la canonisation était les journaux soviétiques où l’on communiquait sur les jugements et les exécutions du clergé. En ce qui concerne deux personnes qui ont servi la Famille impériale, on ignorait s’ils étaient orthodoxes (pour l’une d’entre elles, il est exact qu’elle ne l’était pas, pour ce qui concerne l’autre, les doutent subsistent). Et là, vérifier le cas de chacun scrupuleusement… Cela mène parfois à l’absurdité. Nous considérons qu’il est suffisant que la personne ait été exécutée, qu’elle ait prouvé par son sang qu’elle était chrétienne. L’approche peut être différente, mais je me réjouis du fait que lors des Assemblées épiscopales, on insiste sur la nécessité d’approfondir la vénération des néomartyrs, qu’on écrit beaucoup en Russie à leur sujet, que l’on édite des livres et des périodiques qui leurs sont dédiés. C’est juste, c’est seulement sur ce fondement que nous pouvons construire l’avenir de l’Église – en se souvenant de ses martyrs.

– Nous nous rencontrons avec vous sur un lieu où ont souffert de nombreux chrétiens. Que signifie pour vous la naissance de ce lieu saint, à savoir l’église dédiée aux nouveaux martyrs et confesseurs, dans le centre de Moscou [auprès du monastère Sretensky, ndt]. Cela est-il important pour toute notre Église réunie ?

– Je pense que cela nous unit. Et sur un lieu terrible comme le « polygone » de Boutovo, où ont péri des dizaines de milliers de chrétiens, une église est indispensable. En Russie, le Seigneur a fait que le passage soit plus doux de la dictature à démocratie que chez nous en Allemagne. Cela s’y est produit après la seconde guerre mondiale de façon tragique, brutale et très douloureuse (et Dieu soit loué que cela se soit produit), tandis qu’ici tout se passe très, très lentement. En fait, vous vivez jusqu’à maintenant au milieu de gens qui ont participé à toutes ces exécutions, qui ont persécuté l’Église. Et cela n’est pas dépassé, même pas au niveau symbolique : sur la Place Rouge se trouve encore dans le mausolée le cadavre du bourreau. C’est pourquoi un signe est très nécessaire. Afin de vaincre cette saleté, l’expulser du peuple. Nous soulevons souvent cette question aussi lors des Assemblées épiscopales et nous entendons les arguments suivants en guise de réponse : « Oui, mais il faut être ici très prudent, il faut se rappeler que nombreux sont ceux qui sont encore vivants… » Faut-il le faire ou non ? C’est une grande question. Je suis reconnaissant à Dieu qu’en Allemagne on s’est orienté de façon aussi décisive. Peut-être, il m’est plus facile d’être reconnaissant parce que ma famille n’était pas liée à ce mal. Mais j’ai vu comment peuvent se développer tragiquement les événements, si cette opération chirurgicale n’est pas faite au bon moment, par exemple en Yougoslavie. Je connaissais très bien la Yougoslavie, elle m’était toujours proche, je m’y rendais suivant, c’était l’unique pays socialiste où je pouvais aller. Et tout ce qui s’y est produit : les guerres, l’écroulement du pays est le résultat de ce que, au temps de Tito, on ne pouvait dire la vérité sur la seconde guerre mondiale, on la passait sous silence, et tous les conflits étaient enterrés, mais après malgré tout, tout a resurgi à la surface et a amené à des conséquences tragiques. Il faut tout faire en son temps. Pour nos paroissiens, il est particulièrement important que nous puissions venir ici, vénérer les saintes reliques, les saints lieux. Nous en rêvions depuis tant d’années… On ne pouvait même pas en rêver. J’ai été élevé sur le fondement du patericon de la Laure des Grottes de Kiev, mais je ne pouvais même pas penser que je viendrai un jour à Kiev. Lorsque je me suis trouvé à Novgorod pour la première fois et que j’ai pu entrer à Sainte-Sophie pour vénérer les reliques de saint Nicétas de Novgorod, j’en suis venu aux larmes. C’est sur le Mont Athos que j’ai fait connaissance des moines de Russie : c’est là qu’étaient venus, dans les années 1960, les tout premiers moines, et ces rencontres étaient les premières semences pour un futur rapprochement. C’était important. En effet, beaucoup d’émigrés ne comprenaient simplement pas ce qui se produisait ici. Cela, malheureusement, a particulièrement affecté l’Amérique du Sud qui, après la réunification est allée tout entière dans le schisme. Il y a là-bas peu de paroisses, de nombreux clercs se représentent les choses telles qu’elles étaient il y a quarante ans, ils connaissent mal ce qui s’est produit ici et ce qui se produit maintenant, et ils ont mené les gens au schisme. Lorsque le prêtre s’engage dans le schisme, où va le peuple ? Surtout si à cinquante kilomètres dans les alentours, il n’y a plus une seule église… C’est terrible. C’est le plus difficile pour nous, les gens qui sont partis dans le schisme.

– Mais s’est-il produit que certains d’entre eux qui au début n’ont pas accepté la réunification, ont compris ensuite qu’ils faisaient erreur ?

– Il y en a, Dieu soit loué.

– Qu’est-ce qui influe dans ce cas sur l’attitude des gens ?

– Ils changent d’attitude, probablement, parce qu’ils voient que « le pouvoir soviétique », et le Patriarcat de Moscou ne nous ont pas engloutis. Or, ils disaient : ils vont venir chez nous, tout prendre entre leurs mains, ils changeront tout, ils établiront leurs propres règles. Non, Dieu soit loué, nous vivons tranquillement.

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Visite du patriarche oecuménique Bartholomée à Taizé

Le  le 25 avril  dernier, le patriarche oecuménique Bartholomée s’est rendu pour la première fois à Taizé. Par ce pèlerinage à Taizé, le patriarche Bartholomée a conclu sa visite pastorale en Suisse à l’occasion des 50 ans du centre orthodoxe de Chambésy. À cette visite ont assisté les frères, plusieurs évêques dont Mgr Emmanuel (Adamakis), prêtres orthodoxes, les représentants des Eglises locales, et les jeunes présents cette semaine-là à Taizé. Vous trouverez sur le site Internet de Taizé la parole d’accueil de frère Alois, les deux extraits vidéo de la prière commune, et ci-dessous l’allocution prononcée par le patriarche Bartholomée au cours de la prière commune.

« Éminences,
Excellences,
Cher Frère Alois,
Chers frères de la Communauté,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Le Christ est ressuscité !

Depuis de nombreuses années, nous avons éprouvé le désir de nous rendre à Taizé, ce siège d’un œcuménisme spirituel, ce creuset de la réconciliation, ce lieu de rencontre qui inspire, à la suite de l’extraordinaire vision du Frère Roger, son fondateur, le rapprochement des chrétiens.

Si c’est la première fois qu’un patriarche œcuménique de Constantinople visite votre communauté – nous sommes particulièrement heureux que cette opportunité nous ait été offerte – les liens de Taizé avec le Patriarcat œcuménique remontent loin dans le passé. En effet, dès 1962, Frère Roger avait une première fois visité feu le patriarche œcuménique Athénagoras, à Constantinople. Frère Roger est rapidement devenu un frère de cœur de l’orthodoxie, tant la mission œcuménique qu’il entendait porter embrassait largement toutes les familles du christianisme, chacune selon son identité propre. Nous croyons savoir que vous avez conservé jusqu’à aujourd’hui l’icône que le patriarche œcuménique Athénagoras lui avait confiée. Cette icône de la Mère de Dieu ne représente pas seulement l’esprit de fraternité que nous tentons de faire grandir à l’ombre de la protection de notre Mère commune, la Vierge Marie, mais plus généralement la perspective dans laquelle s’inscrit notre prière en faveur de l’unité des chrétiens. Comme pour marquer le lien indéfectible entre Taizé et l’orthodoxie, le 15 avril 1963, la première pierre d’une chapelle orthodoxe est posée à Taizé, confirmant par ce geste la présence immuable du christianisme d’Orient en ces murs.

Vous-même, cher Frère Alois, avez repris avec fidélité cette belle tradition nous unissant. Nous nous souvenons avec émotion de vous avoir reçu au Phanar au cours de la fête de la Nativité de notre Seigneur, voilà déjà douze années. À cette occasion nous avions pu vous témoigner notre vif attachement pour les réunions de jeunes que vous organisez régulièrement au tournant des années, comme pour attester que le passage du temps rapproche inexorablement les chrétiens divisés en les faisant progresser ensemble sur le chemin de l’unité. Chaque année, vous nous faites l’honneur de transmettre notre message aux participants des Rencontres européennes. Nous sommes tout particulièrement heureux de pouvoir nous adresser à cette jeunesse européenne et chrétienne qui, en l’espace de quelques jours, fait l’expérience, même imparfaite, de la communion à laquelle nous aspirons. Frère Roger n’aimait-il pas à dire : « Le Christ n’est pas venu sur la terre pour créer une nouvelle religion, mais pour offrir à tout être humain une communion en Dieu. » Mentionnons aussi les pèlerinages de confiance sur terre qui forment une importante part de votre chantier œcuménique.

Cher Frère Alois,

Aujourd’hui vous nous recevez dans cette belle église de la réconciliation. Le thème de la réconciliation est central dans le christianisme et il faut distinguer, à notre avis, trois niveaux de lecture. Le premier niveau est le rapport de la réconciliation de l’humain avec le divin. L’œuvre du Christ dans le monde est une œuvre de réconciliation qui va au-delà de la religion en tant que liant verticalement et horizontalement Créateur et créatures. La réconciliation en Christ place ce dernier au centre de ce qui fait l’humanité, en tant qu’image de Dieu et dans un rapport dynamique de ressemblance. Le Christ est réconciliation. Rappelez-vous les mots du saint apôtre Paul : « Car de toute façon, c’était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. » (2 Co. 5, 19) Il est d’ailleurs intéressant de noter que saint Paul, dans le verset précédent, parle même d’un « ministère de la réconciliation. » (2 Co 5, 18) La réconciliation est l’aune à partir de laquelle nous devons penser notre communion avec Dieu et notre unité en Église.

Le deuxième niveau découle directement du « ministère de communion » que nous venons de mentionner. De fait, il est plus œcuménique. Il répond à l’engagement pour l’unité des chrétiens dans laquelle s’inscrit l’action réconciliatrice que nous devons entreprendre. Si nous ne nous devions employer qu’une seule image, nous utiliserions celle de la guérison. Réconcilier en revient avant tout à guérir les maux de l’histoire, les cicatrices du temps, les incompréhensions mutuelles, les conflits de mémoire, les haines fratricides. En ce sens, la division entre chrétiens à laquelle nous entendons répondre en priant pour l’unité des Églises est une blessure spirituelle, aux responsabilités partagées – acceptées ou non. De fait, à l’ère œcuménique et à l’heure de la recherche de l’unité, il ne peut y avoir de réconciliation sans pardon. D’ailleurs, pour saint Jean Chrysostome, la réconciliation ne souffre pas l’attente. Si nous voulons être de véritables acteurs de réconciliation, nous devons prendre nos responsabilités, et être prêts à faire le premier pas.

Le troisième niveau est, quant à lui, plus global. L’amour du Christ, celui-là même qui nous presse vers cette réconciliation, englobe l’humanité tout entière. La réconciliation devient un agent de paix, un levier permettant de dépasser les antagonismes historiques, un moyen de neutraliser les polarisations du paysage social mondial et de désamorcer les conflits. La réconciliation est donc un enjeu global pour nos Églises et pour le monde en général. Permettez-nous de citer ce très beau texte luthéro-catholique, « Du conflit à la communion », qui en ce temps de commémoration du 500e anniversaire de la Réformation, rend parfaitement compte du cheminement spirituel et œcuménique que recouvre le principe de « réconciliation ». On y lit notamment : « L’engagement œcuménique pour l’unité de l’Église ne profite pas seulement à l’Église, mais aussi au monde, afin que le monde croie. Plus nos sociétés deviendront pluralistes en terme de religions, plus grande sera la tâche missionnaire de l’œcuménisme. Là aussi il convient de repenser les choses et de se repentir. » (par.243)

L’enjeu de la réconciliation nous dépasse, de même que nous dépasse l’événement historique qu’a vécu l’Église orthodoxe au cours du Saint et Grand Concile, réuni en Crète, en juin 2016. En effet, il ne s’agissait pas seulement d’étudier les thèmes à l’ordre du jour, aussi importants fussent-ils, mais il en allait de la réalité et de la place de l’orthodoxie tout entière dans le monde contemporain. À l’heure de la mondialisation, l’Église orthodoxe doit être capable de se doter d’outils lui permettant de répondre aux défis que lui pose la modernité. Le Saint et Grand Concile constitue un événement charnière, car il est à la fois un phénomène ecclésial de communion, qui manifeste l’unité de l’orthodoxie tout entière – cette unité n’est d’ailleurs pas remise en question par les Églises orthodoxes autocéphales qui n’y ont pas participé en raison du principe théologique de catholicité – et l’absolue nécessité d’une expérience conciliaire à l’échelle de la planète. La conciliarité, bien que traditionnelle dans l’orthodoxie au niveau local et régional, reste à (re)découvrir aujourd’hui à l’échelle mondiale. Aussi, nous rendons grâce à Dieu pour la tenue du Saint et Grand Concile et espérons que ce dernier n’est que le point de départ de l’exercice renouvelé de la conciliarité, comme le synonyme de la vie de l’Église. Comme nous pouvons le lire dans le Message du Saint et Grand Concile : « L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. »

Chers amis,

Pour comprendre ce que représente Taizé pour l’Église orthodoxe, laissons un instant la place à Olivier Clément. Dans son bel ouvrage Taizé : un sens à la vie, le théologien orthodoxe ne considère pas Taizé comme une communauté au sens institutionnel, c’est aussi, pour ne pas dire avant tout, un événement. « L’événement Taizé » cristallise selon lui les aspirations d’une jeunesse en mal d’être, en mal de croire, en mal de vivre. « L’événement Taizé » agit comme une puissante parabole de conversion et de réconciliation, en mettant l’accent sur la vie intérieure qui permet d’entrer dans le mystère de l’unité, tout en s’inscrivant pleinement dans la vie du monde. Olivier Clément d’écrire en particulier : « La prière ne libère pas des tâches de ce monde : elle rend encore plus responsable. Rien n’est plus responsable que de prier. »

Ces paroles résonnent avec puissance dans la tradition orthodoxe et nous conduisent à approfondir le sens de la réconciliation au travers du mystère de la résurrection. Le temps liturgique dans lequel nous nous trouvons nous y invite d’autant plus fortement que nous touchons ici à la racine du mystère de la foi chrétienne. Saint Irénée de Lyon d’écrire : « Mais en fait, par la communion que nous avons avec lui, le Seigneur a réconcilié l’homme avec le Père, nous réconciliant avec lui-même par son corps de chair et nous rachetant par son sang… » (Adv. Haer. V, 14, 3)

Dans sa mort et sa résurrection, le Christ nous a réconciliés à Dieu. À l’heure où nous chantons les hymnes de Pâques, Orient et Occident chrétiens ensemble, continuons à prier pour que la lumière de la résurrection nous conduise sur le chemin de l’unité et de la communion.

Merci de nous accueillir aujourd’hui.

Le Christ est ressuscité ! »

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Message du Saint-Synode de l’Église de Grèce à tous ses fidèles au sujet du Concile de Crète

En date du 27 janvier 2016, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a adressé le message suivant à tous les fidèles au sujet du Concile de Crète :
« Le Saint-Synode de l’Église de Grèce s’adresse à tous les fidèles afin de les informer sur le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes, qui s’est réuni en juin 2016 en Crète. Le but principal du Saint et Grand Concile était le renforcement et la manifestation de l’unité de toutes les Églises orthodoxes, mais aussi la façon de faire face à différents problèmes pastoraux.
• Sur la base des conclusions du Saint et Grand Concile :
• L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité par les Saints Mystères. La conciliarité sert l’unité et anime l’organisation de l’Église, la façon dont sont prises ses décisions et détermine son cheminement. Il convient de mentionner également que le Saint Concile ne s’est pas référé seulement à l’autorité des Conciles œcuméniques mais, pour la première fois, lors de celui-ci, ont été reconnus comme Conciles « d’une validité universelle », c’est-à-dire comme œcuméniques, le Grand Concile qui siégea sous le Photius le Grand, patriarche de Constantinople (879-880), les Grands Conciles (de 1341, 1351, 1368) sous saint Grégoire Palamas, et les Grands et Saints Conciles de Constantinople qui ont rejeté le Concile unioniste de Florence (1438-1439), les croyances protestantes (1638, 1642, 1672, 1691) et l’ethnophylétisme, en tant qu’hérésie ecclésiologique (1872).
• Les Églises orthodoxes autocéphales ne constituent pas une fédération d’Églises, mais l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour ce qui concerne la diaspora orthodoxe dans différents pays du monde, il a été décidé que continue le fonctionnement des Assemblées épiscopales avec des représentants des Églises autocéphales, afin que soit sauvegardé le principe de conciliarité, jusqu’à ce que soit appliquée l’acribie canonique.
• Pour l’Église orthodoxe, la famille constitue le fruit de l’union sacramentelle « dans le Christ et dans l’Église » d’un homme et d’une femme et elle la seule garantie de la naissance et de l’éducation des enfants.
• L’Église souligne continuellement la valeur de la tempérance, de l’ascèse chrétienne. L’ascèse chrétienne n’interrompt pas la relation de l’homme avec la vie et le prochain, mais elle le relie à la vie sacramentelle de l’Église. Elle ne concerne pas seulement les moines. L’ethos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne.
• L’Église orthodoxe condamne les persécutions, l’expulsion et le meurtre de membres des communautés religieuses, la contrainte dans le vue de changer de foi religieuse, le commerce des réfugiés, les enlèvements, les tortures, les exécutions inhumaines, les catastrophes matérielles. Elle exprime particulièrement son inquiétude pour la situation des chrétiens et de toutes les minorités persécutés au Moyen Orient et dans d’autres endroits du monde.
• L’œuvre fondamentale de l’Église est la mission, c’est-à-dire la lutte pour donner constamment le témoignage de la foi et la prédication de l’Évangile soit aux fidèles qui vivent dans les sociétés contemporaines sécularisées, soit à ceux qui n’ont pas encore connu le Christ.
Le dialogue, principalement avec les chrétiens hétérodoxes (les autres confessions chrétiennes – les hérésies) a lieu sur la base du devoir de l’Église de témoigner dans toutes les directions la vérité et la foi apostolique. C’est ainsi que devient connue à ceux-ci l’authenticité de la Tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des Orthodoxes. Les dialogues ne signifient ni ne signifieront jamais quel compromis que ce soit dans les questions de foi. L’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Foi. La sainteté est inconcevable en dehors du Corps du Christ, c’est-à-dire en dehors de l’Église (Eph. I, 23). La sainteté est participation dans le mystère de l’Église et dans ses saints sacrements avec pour épicentre la sainte Eucharistie. Les saints représentent le Royaume de Dieu. L’Église est une, c’est l’Église orthodoxe. Selon saint Basile le Grand « tous ceux qui espèrent dans le Christ ne forment qu’un seul peuple, et les fidèles du Christ ne forment maintenant qu’une seule Église, bien qu’on l’appelle par des noms de lieu différents ». L’Église attend toujours le retour de tous les hommes en son sein, des hétérodoxes et des membres des autres religions. Les textes du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont l’objet d’un approfondissement et d’une étude ultérieure. Cela est valable pour tous les Synodes de l’Église. Le dialogue théologique n’est pas interrompu. La précondition nécessaire est naturellement que soit maintenue intacte la vérité théologique et que ce dialogue soit réalisé sans fanatismes et divisions, sans parasynagogues et schismes, qui blessent l’unité de l’Église. Les schismes sont des maladies spirituelles difficiles à guérir. Selon saint Jean Chrysostome : « diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même de l’assemblée [еcclésiale] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (PG 48, 872). Pour cette raison, les fidèles sont exhortés à ne pas donner de donner de poids au paroles de ceux qui les incitent à s’éloigner de l’Église dans le but de constituer un groupe séparé hors du plérôme de celle-ci, invoquant des causes imaginaires d’acribie dogmatique. En terminant ce message, nous souhaitons vous assurer que tous les évêques de l’Église de Grèce veillent, restent inébranlables dans la foi orthodoxe et sont dévoués envers l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. « Au reste, frères, soyez dans la joie, perfectionnez-vous, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous » (II Cor. XIII,11) ».

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Jean-Claude Larchet: Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

jean-claude-larchetLa conférence de Jean-Claude Larchet « Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain », donnée à Moscou le 21 septembre 2016 dans le cadre des célébrations des « Mille ans de la présence russe au Mont-Athos », vient d’être publiée en russe sur le site du Département synodal des monastères et du monachisme de l’Église orthodoxe russe et sur le site du Monastère de Sretenski Pravoslavie.ru, et en anglais sur ce dernier site et sur le site Orthodox Ethos. Nous en donnons ici la version française.


Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

Le monachisme n’est au fond qu’une façon de mener la vie chrétienne avec un engagement total dans le renoncement à ce monde et la consécration de soi à Dieu. Pour cela, le monachisme est partout le même, et chaque monastère, chaque skite ou chaque ermitage constitue un lieu privilégié, un centre de référence pour la vie monastique et pour la vie chrétienne. Pour une grande part, ce qui peut être dit du monachisme peut être dit du Mont-Athos, et ce qui peut être dit du Mont-Athos peut être dit du monachisme.
Pourtant le Mont-Athos est depuis longtemps un lieu fascinant, qui attire l’attention non seulement des Orthodoxes, mais de personnes appartenant à d’autres religions et même de non-croyants. En témoignent le nombre important de livres, d’articles consacrés au Mont-Athos, mais aussi le flux incessant de pélerins et de visiteurs venus du monde entier. Cette fascination n’est pas nouvelle, mais elle est sans aucun doute plus grande à notre époque que par le passé. Il y a à cela plusieurs raisons.

1) La première raison est que le Mont-Athos est une république autonome – et pour cela comme un pays – habité seulement par des moines et entièrement consacré à la vie monastique. Bien que chaque pays orthodoxe ait au moins une région qui regroupe plusieurs monastères, il n’y aucune autre région qui regroupe un nombre aussi important de monastères, de skites et d’ermitages, et qui constitue un pays gouverné par des moines, avec une vraie frontière qui le délimite par rapport aux pays ou régions environnants. C’est une zone protégée non seulement politiquement, administrativement et géographiquement (en étant une péninsule), mais aussi spirituellement, puisque le Mont-Athos est couramment appelé « Le jardin de la Mère de Dieu » et considéré comme un lieu qui lui appartient et où elle est particulièrement présente. Par le fait qu’il est un pays entièrement peuplé de moines, qu’il ne permet pas « la libre circulation des personnes » exigées par les lois européennes, n’accepte pas l’afflux des touristes et n’accepte pas non plus l’entrée des femmes, mais étend la clôture monastique à l’échelon d’un pays, le Mont-Athos est un pays pas comme les autres.

2) Deuxièmement, le Mont-Athos est un témoignage du Royaume déjà présent parmi nous.
C’est le lieu qui abrite les plus nombreuses et importantes reliques du monde orthodoxe. Ces reliques y rendent présents et actifs par leurs miracles presque tous les grands saints chrétiens.
Le Mont-Athos en tant que concentration monastique et lieu particulièrement propice à la sanctification a lui-même produit des milliers de saints, connus ou inconnus. Certains à notre époque ont un rayonnement mondial, comme saint Silouane, Joseph l’Hésychaste et ses disciples, ou saint Païssios. À travers ses nombreux saints du passé et du présent, le Mont-Athos apparaît, selon les paroles du Psalmiste, comme « la montagne fertile », « la montagne féconde », « la montagne où il a plu au Seigneur d’habiter » et où Il « habitera à jamais » (Ps 67, 16-17).

3) Le Mont-Athos est un rappel du paradis perdu et une annonce du Paradis retrouvé.
Ce n’est pas seulement à travers ses saints, mais en tant que lieu béni, institution sacrée que le Mont-Athos témoigne prophétiquement d’un autre monde qui donne son sens au monde actuel. Le Mont-Athos, encore appelé « Montagne Sainte », ou « Jardin de la Vierge », est une image du Paradis, un rappel du Paradis perdu par nos premiers parents, et une préfiguration symbolique du Paradis promis aux justes.

  1. a) Le Mont-Athos offre l’image d’une nature paradisiaque parce que, dans la variété des paysages qui s’échelonnent depuis le niveau de la mer jusqu’aux deux mille mètres où culmine la montagne Athos, ce sont de très nombreuses espèces végétales et animales qui vivent et constituent un microcosme résumant le monde entier. Une autre raison est que cette nature reste inviolée, préservée de l’exploitation économique et de la pollution technique. Sa seule existence dans notre monde moderne a une valeur exemplaire. Elle est un modèle d’écologie spirituelle ; elle témoigne de la sauvegarde de la création qui a été confiée à l’origine par Dieu à l’homme pour qu’il en use pour ses besoins, tout en en faisant un instrument de contemplation et d’action de grâce.
  2. b) L’espace du Mont-Athos témoigne de l’espace paradisiaque, et annonce l’espace du Royaume des cieux. À la différence de l’espace de tous les autres pays (réparti entre sacré et profane, voire même parfois entièrement profane), l’espace du Mont-Athos apparaît totalement sacré, non seulement par la présence d’une multiplicité de monastères, de skites, d’ermitages, d’églises et de chapelles, mais aussi parce qu’il est tout entier sanctifié par les saints qui le parcourent ou l’ont parcouru, l’ont rempli de la voix de leur prière, et l’ont baigné des énergies divines dont ils rayonnaient. Chaque fois que l’on marche sur un sentier du Mont-Athos, on a la certitude de mettre ses pieds sur les traces de saints qui nous y ont précédés. Beaucoup de lieux dans la nature gardent la mémoire d’apparitions du Christ, de la Mère de Dieu ou de saints. Il n’y a pas ici de monastère, de skite, d’ermitage, de chapelle, ni de source ou de fontaine dont la présence ne s’explique par une vision céleste ou par un miracle.
  3. c) Il faut dire quelques mots aussi sur la signification prophétique du temps athonite. L’une des choses qui matériellement frappent le plus le visiteur du Mont-Athos, et dans une certaine mesure le désoriente, c’est le changement d’heure. La plupart des monastères gardent l’heure byzantine, qui ne sert plus de référence que dans cet endroit du monde. Notre heure à nous, les moines l’appellent kosmiki ora : l’heure du monde. L’heure byzantine n’est pas une simple survivance des temps anciens ; elle témoigne d’une autre modalité du temps, d’un temps spirituel, sanctifié parce que entièrement consacré à Dieu, subdivisé et organisé pour répondre à Sa volonté. Symboliquement cela rappelle le temps paradisiaque et annonce le temps du Royaume.

4) Un quatrième point important est que la vie collective telle qu’elle est organisée dans l’ensemble du Mont-Athos et dans chaque monastère, constitue un appel à l’unité de tous les hommes, et un témoignage qu’une telle unité est possible dans le Christ. Dans un monde déchiré par les guerres, les nationalismes, les conflits ethniques, le racisme, ce témoignage et cet appel sont véritablement prophétiques.
Le Mont-Athos dans son ensemble témoigne depuis de nombreux siècles de la bonne entente de communautés d’origines ethniques différentes qui non seulement coexistent pacifiquement, mais vivent harmonieusement dans le lien de la charité.
C’est dans ce lien de la charité que la Sainte Communauté, constituée de représentants des principaux monastères, gouverne le Mont-Athos non selon les principes démocratiques du monde, mais dans l’esprit de la conciliarité (sobornost) chrétienne. Chaque monastère athonite en témoigne pareillement, étant dirigé par un Conseil des Anciens avec à sa tête un higoumène élu par les moines.

5) Comme cinquième point, on peut mentionner le rôle fondamental qu’a joué le Mont-Athos dans l’histoire de l’Orthodoxie et qui se révèle aujourd’hui peut-être plus que jamais d’une importance capitale : celui du maintien de la Tradition et de la défense de la foi orthodoxe. Il s’agit là encore d’un rôle prophétique, car le prophète est traditionnellement quelqu’un qui rappelle les hommes à la fidélité à Dieu et qui est un défenseur de la foi face à tout ce qui peut l’altérer ou la pervertir.
Dans un monde soumis à des changements de plus de plus nombreux et de plus en plus rapides, le Mont-Athos donne l’exemple d’un monde stable, immuable, à l’image du monde divin. Préservé de la soif de changement et du vertige du mouvement qui habitent les hommes vivant dans le monde, à l’abri de la pression sociologique qui porte à se conformer en tout point au mode de vie des sociétés modernes, les moines athonites conservent scrupuleusement les prescriptions canoniques, le typikon liturgique et le mode de vie ascétique que nos Pères se sont transmis de génération en génération.
Le maintien scrupuleux même des plus infimes traditions a été la condition pendant plus d’un millénaire d’une parfaite préservation la Tradition orthodoxe. Les moines athonites ont aussi grandement contribué à préserver la foi orthodoxe dans tous les moments difficiles de l’Histoire où elle était menacée, et le font aujourd’hui encore. Et ils jouissent toujours pour cela d’un prestige particulier et d’une grande autorité.
Le rôle prophétique de vigie et de phare que joue traditionnellement le Mont-Athos dans le monde orthodoxe pour rappeler aux gens quelle est la vraie foi est particulièrement important à notre époque où l’on peut observer un affaiblissement considérable de la conscience dogmatique.

6) Un sixième et dernier point est que le Mont-Athos contribue également, d’une manière fondamentale, à maintenir à la fois inchangée et vivante la spiritualité orthodoxe. Constituée par les moines de Palestine, de Syrie, du Sinaï et du Stoudion de Constantinople, les Pères athonites en sont devenus, à partir du XIIIe siècle, les principaux héritiers et dépositaires. Le Mont-Athos est devenu une référence absolue en matière d’ascétisme et de spiritualité, et a attiré de nombreux moines de tous les pays. Lors de leurs visites ou de leur retour dans leurs pays d’origine, ces moines ont contribué fortement à la diffusion de cette spiritualité. En particulier, le Mont-Athos a toujours été un centre de la pratique de la prière de Jésus et de la spiritualité hésychaste. Et c’est toujours à la Sainte Montagne que cette pratique a, si l’on peut dire, son centre.
Les Pères athonites ont comme tâche de le communiquer aux hommes d’aujourd’hui cet héritage séculaire et comme responsabilité de le transmettre aux générations futures. En cela aussi réside le rôle prophétique et eschatologique du monachisme athonite.

Jean-Claude Larchet

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris position sur le Concile de Crète et le texte « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

En date du 29 novembre, l’Église orthodoxe de Bulgarie a arrêté sa position sur le Concile de Crète et en particulier le texte de ce Concile intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste [et non pas « l’ensemble » comme il est dit dans la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien ». Nous publions ci-dessous le texte intégral du document du Saint-Synode :

« Prise de position du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe bulgare] concernant le Concile de Crète (2016) et le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, lors de sa session du 15 novembre (protocole n° 22), siégeant au complet, a examiné le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’ adopté par le Concile ayant eu lieu en juin de cette année en Crète, a pris la position suivante :

Lors de la session du 1er juin 2016, protocole n° 12, le Saint-Synode, siégeant au complet, décida de proposer le report du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe, afin que la préparation à sa réalisation fût continuée. Dans le cas contraire, le Saint-Synode avait décidé que l’Église orthodoxe bulgare n’y participerait point.

Par la suite, les Saints-Synodes d’autres Églises orthodoxes locales participant à l’organisation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont intervenus avec des propositions semblables. Puis quatre Églises locales autocéphales ont déclaré leur non-participation (dans l’ordre chronologique) : l’Église orthodoxe bulgare (décision du 1er juin de cette année), le Patriarcat d’Antioche (décision du 6 juin de cette année), l’Église orthodoxe de Géorgie (décision du 10 juin de cette année), l’Église orthodoxe russe (décision du 13 juin de cette année). Du 16 au 27 juin de cette année, en l’Académie orthodoxe de Crète, République de Grèce, a été réalisé le Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe planifié, mais sans la participation de quatre Églises locales, et en l’absence de l’Église autocéphale orthodoxe en Amérique (OCA) reconnue comme telle par l’Église orthodoxe de Bulgarie et dont la participation, dès le début, n’a pas été prévue, pas même en tant qu’hôte. Au Concile étaient présents les représentants des médias et les invités de communautés religieuses hétérodoxes (catholique-romaine, anglicanes et d’autres).

Le Concile réalisé en Crète, a voté et adopté avec certaines modifications six documents préconciliaires, et également son « Encyclique » ainsi que son « Message ». 33 évêques participant au Concile n’on pas signé le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », et certains des hiérarques non signataires (parmi eux des théologiens orthodoxes faisant autorité) ont publié des explications de leur position. Par sa lettre, protocole n° 798 du 14.07.2016 (Référence de la réception à la chancellerie du Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie :  n° 498 du 20.09.2016), S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a expédié au Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie les documents votés et adoptés par le Concile. Après une traduction spécialisée, effectuée par un traducteur autorisé dans le but donné, les métropolites diocésains [de l’Église orthodoxe bulgare] ont reçu lesdits documents.

La première conclusion importante est que, par rapport à leur rédaction préconciliaire, les documents votés et adoptés par le Concile de Crète ont subi certaines modifications, mais celles-ci ne sont pas essentielles et elles sont insuffisantes pour que lesdits documents soient adoptés de façon panorthodoxe.

I. Sur le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

1. En ce qui concerne le texte du point 4, on peut dire que l’Église orthodoxe sous « l’union de tous » a toujours compris la réunion à elle ou le retour dans son sein, par le saint Baptême, la sainte Chrismation et la Pénitence, conformément aux règles canoniques de l’Église, de tous ceux qui errent selon les éléments de ce monde, et qui se sont séparés d’elle par l’hérésie et le schisme. L’Église une, sainte, catholique et apostolique n’a jamais perdu l’union dans la foi et la communion dans le Saint-Esprit, et ne peut accepter l’expression « rétablissement de l’unité » avec « les autres chrétiens », étant donné que ladite unité existe immuablement dans le Corps du Christ et que seuls l’unité et l’unicité constituent les propriétés essentielles de l’Église. De même que l’Église orthodoxe ne peut pas non plus adopter les différents enseignements et conceptions sur lesquels les hétérodoxes fondent ladite unité. Telles sont les théories sur l’existence d’une quelconque « unité » apparente de toutes les confessions chrétiennes comme, par exemple, l’enseignement sur « l’église invisible », la « théorie des branches », « la théologie baptismale » ou « l’égalité des dénominations ». Toutes ces théories peuvent êtres reliées à l’enseignement scolastique sur la grâce créée du Saint-Esprit, qui a été conciliairement condamné par la Sainte Église. Si au contraire on accepte une telle doctrine, l’existence de la grâce Divine dans les différentes confessions chrétiennes, se différenciant dans différentes dénominations qualitativement et quantitativement, peut alors être fondée. Conformément à cette théorie hétérodoxe, il est admis que pour autant que des actes liturgiques soient accomplis dans une communauté chrétienne, ils peuvent de différentes façons produire la vie dans la grâce, qui varie en fonction de l’état de chaque confession. Cette théorie théologique affirme que soi-disant les actes liturgiques peuvent donner l’accès au salut des chrétiens des communautés correspondantes, auxquelles ils appartiennent. En raison de cette existence supposée de la grâce dans chaque dénomination chrétienne, il conviendrait d’entreprendre des efforts communs afin que soit atteinte la plénitude de l’unité en Christ (cf. décret du l’œcuménisme du Concile Vatican II).

2. En ce qui concerne la recherche « l’unité perdue de tous les Chrétiens », exprimée et confirmée par le point 5, nous considérons que cela est inacceptable et inadmissible, étant donné que l’Église orthodoxe n’a jamais perdu son unité interne, malgré les hérésies et les schismes qui constituent un détachement du Corps de l’Église, par lequel le Corps mentionné ne perd pas son intégrité ontologique initiale, qui est renfermée dans l’indivisibilité ontologique de l’Hypostase du Christ.
3. Dans les points 6, 16 et 20 est reconnue « l’appellation historique » «des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », malgré le fait que dans le point 1 du document est affirmé autre chose, à savoir qu’aucune communauté hérétique ou schismatique ne peut être appelée « Église ». L’existence d’une pluralité d’Églises est inadmissible, conformément aux dogmes et aux canons de l’Église orthodoxe. En outre, on part initialement du principe, dans le point 2, que « L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et elle a été vécue jusqu’à ce jour en son sein ».
L’addition de l’expression « appellation historique », ainsi que l’explication selon laquelle les confessions hétérodoxes ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, n’ôte pas le caractère problématique et erroné du texte donné. Dans le passage mentionné au point 6 du document, sont juxtaposées des réalités contradictoires. Est-ce que l’appellation « orthodoxe » rapportée à l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique et qui constitue une appellation historiquement confirmée, diminue sa réalité et sa signification ? Toute appellation juste, surgissant dans l’histoire, reflète une essence définie, une réalité existante. Dans le cas contraire, elle est un concept sans ampleur réelle, simplement quelque nom sans objet réel, qui l’exprimerait ou la refléterait. Un tel nom sans objet réel constitue une fiction.
Dans une telle configuration, il fallait alors mentionner dans le document conciliaire que « l’appellation historique » des « églises », appliqué aux communautés s’étant détachées de l’Église orthodoxe, est une appellation fictive, sans référence réelle à la réalité. Si nous n’émettons pas la réserve en question, l’appellation historique « Églises hétérodoxes » aura une référence historique réelle, à laquelle elle se rapporte. C’est-à-dire que nous reconnaissons l’existence réelle d’autres Églises, distinctes de l’orthodoxe, ce qui entre en contradiction évidente avec le point 1 et les paroles initiales du point 6 du document (L’Église Une et Unique).
4. L’affirmation contenue dans le paragraphe 12 selon laquelle « au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour », est trop simpliste et non exhaustive des dimensions du processus. L’unité suppose l’identité de la foi, l’unanimité et l’unité d’action dans toutes les définitions dogmatiques et les règles ecclésiales, confirmées par les Conciles œcuméniques, de même que dans la tradition liturgique et la vie sacramentelle dans le Saint-Esprit. La façon de réaliser cette unité repose sur la pénitence, la confession de la foi orthodoxe et le Baptême.
5. Dans le point 20, il est indiqué que « les perspectives des dialogues théologiques engagés par l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens sont toujours déterminées sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée », mais il serait plus exact de remplacer l’expression « de la tradition ecclésiastique déjà constituée », par « la tradition de l’Église orthodoxe ».
6. L’impression générale du document donné est la suivante : il contient de nombreuses expressions ambiguës et de termes ecclésiologiques impropres. C’est également un fait important que le but fondamental des dialogues théologiques menés avec les confessions hétérodoxes ne soit pas mis en évidence dans le document de façon fondée et exhaustive, à savoir le retour des hétérodoxes selon l’ordre canonique dans le sein de l’Église orthodoxe. De même, les fondements et principes essentiels des dialogues donnés ne sont pas manifestement pas formulés. Au lieu de cela, dans le point 16 et suivants, l’organisation non gouvernementale « Conseil œcuménique des Églises » à laquelle, Dieu soit loué, l’Église orthodoxe bulgare ne participe plus depuis longtemps, est légitimée.
7. Contrairement à l’objectif principal que nous avons mentionné plus haut dans le point 6 du document (points 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15), la méthodologie de conduite des différents dialogues est réglementée de façon cohérente et exhaustive.
8. Le texte du point 22 présuppose l’infaillibilité du Concile qui s’est réuni en Crète et l’attitude non critique envers celui-ci, étant donné que dans le point concerné, il est affirmé que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue l’autorité suprême en matière de foi et des règles canoniques ». Mais on pourrait mentionner des périodes entières de l’histoire ecclésiastique qui montrent que le critère définitif de confirmation des Conciles œcuméniques est la conscience dogmatique vigilante de tout le plérôme orthodoxe. Le système des Conciles œcuménique et panorthodoxes ne peut assurer automatiquement et mécaniquement la justesse de la foi confessée par les chrétiens orthodoxes.
II. Conclusion principale
Le Concile qui s’est déroulé en Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe.
1. Et ce, tant en raison de la non participation d’un certain nombre d’Églises locales autocéphales, que des fautes organisationnelles et théologiques qui y ont été permises. Malgré cela, nous respectons et estimons les efforts de tous les organisateurs et participants à sa réalisation.
2. L’examen attentif des documents adoptés au Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d’entre eux contiennent des affirmations non conformes à l’enseignement ecclésial orthodoxe, à la tradition dogmatique et canonique de l’Église, à l’esprit et à la lettre des Conciles œcuméniques et locaux.
3. Les documents adoptés en Crète sont sujets à une nouvelle discussion théologique dans le but de les rectifier, rédiger à nouveau et corriger, ou de les remplacer par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la tradition de l’Église.
L’Église orthodoxe bulgare constitue une partie indissociable, un membre vivant de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. En tant que partie du Corps du Christ, sur le territoire local de la Bulgarie et des diocèses bulgares à l’étranger, l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues. L’Église n’est pas une organisation séculière, mais un organisme divino-humain. Elle ne doit pas être sujette dans sa vie conciliaire à l’influence des intérêts politiques et séculiers et aux divisions en résultant. Son chef est le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité, et la vie ».
Les principes d’autocéphalie et de conciliarité de la vie ecclésiale non seulement ne se contredisent pas, mais se complètent mutuellement, découlant l’un de l’autre et se trouvant entre eux en pleine unité ».

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Le patriarche de Constantinople Bartholomée à l’archevêque d’Athènes Jérôme : « Sauvegardez les décisions de Crète ! »

Le patriarche œcuménique Bartholomée a appelé l’archevêque d’Athènes Jérôme à garder intactes les décisions du saint et grand Concile de Crète. Selon les informations du site grec Romfea.gr, le patriarche Bartholomée a envoyé à l’archevêque Jérôme une lettre à l’occasion de la convocation de l’assemblée extraordinaire des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce qui, entre autres, examinera la question du saint et grand Concile de Crète. Dans sa lettre, le patriarche œcuménique Bartholomée appelle l’archevêque Jérôme et l’Église de Grèce à sauvegarder les décisions qui ont été prises au saint et grand Concile. Le patriarche souligne que les décisions du Saint-Synode manifestent l’unité de l’Église orthodoxe qui résulte de sa conciliarité. Parallèlement, le patriarche appelle l’archevêque à ne pas se laisser influencer par des personnes qui, au sein de la hiérarchie de l’Église de Grèce, sont en désaccord avec les décisions en question, mentionnant nommément les métropolites Ambroise de Kalavryta et Séraphim. du Pirée. Toujours selon les informations de Romfea.gr, le patriarche œcuménique, dans sa lettre, informe l’archevêque que le Patriarcat interrompra tout contact avec de telles personnes. Dans sa lettre à l’archevêque d’Athènes, le métropolite du Pirée Séraphim avait exprimé son mécontentement au sujet de la délégation de l’Église de Grèce au Concile, soulignant que, de son « point de vue, la délégation de notre Église au soi-disant « saint et grand Concile » à Koymbari, en Crète, à dépassé toutes les limites de son pouvoir discrétionnaire et a déçu les attentes formulées dans le mandat qu’elle avait reçu de notre organisme sacré ».

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Un volume de « Contacts » sur le saint et grand Concile orthodoxe de Crète (Pentecôte 2016)

Le numéro 255 de « Contacts, la revue française de l’orthodoxie », vient de paraître. Il est consacré à l’événement, aux textes officiels et à la réception en cours du saint et grand Concile orthodoxe de Crète (juin 2016). On retrouvera tous les textes du Concile adoptés officiellement, les avis de 12 experts de différents horizons ecclésiaux (orthodoxes, catholiques, protestants) et un article important d’Antoine Kartachev sur les conciles œcuméniques et la conciliarité. Pour lire le sommaire et le liminaire du volume 252 cliquez ICI !

Ce volume de 184 pages peut être commandé en envoyant un chèque de 11 € (frais de port à ajouter : France : 2 €, Europe : 3 €, reste du monde : 5 €) à Revue Contacts, 61 allée du Bois du Vincin, F-56000 Vannes, ou par email après un virement de la somme totale au compte bancaire de la revue.

Évaluation du saint et grand Concile de Crète par le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie

Au cours de sa session du 16 novembre, le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie a publié le communiqué suivant au sujet de son évaluation du saint et grand Concile de Crète :

« Le Saint-Synode du Patriarcat d’Alexandrie sous la présidence de S.S. le pape et patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique Théodore II, après une discussion exhaustive communique ce qui suit :

1. Nous exprimons gloire et louange au Dieu Trinitaire, qui nous a rendus dignes de participer au saint et grand Concile de l’Église orthodoxe au mois de juin passé. Le Concile constituait le sceau d’un long cheminement de nombreuses décennies, avec des pourparlers, des accords et des désaccords théologiques intensifs. Ce fut la vision de nos prédécesseurs éclairés et charismatiques, qui ont prié pour voir sa convocation, mais n’en ont pas eu le bonheur. Nous exprimons notre profonde reconnaissance envers eux et nous prions pour le repos de leur âme.

2. Le Concile de Crète a constitué un événement éminemment important pour le cheminement de l’Église orthodoxe, donnant un témoignage d’unité, un témoignage de responsabilité et d’anxiété pour le monde contemporain. Ce fut, c’est, et cela restera un grand miracle « de la rencontre et de la coexistence ensemble » des Églises orthodoxes et nous croyons que cette nouvelle expérience, qui sera décryptée peu à peu, et produira de nouveaux fruits dans l’espace orthodoxe. Bienheureux ceux qui goûteront ces fruits !

3. [Notre Synode] a confirmé que la conciliarité constitue l’expression par excellence de la conscience qu’a d’elle-même l’Église orthodoxe et, en même temps, elle est une réponse dynamique aux prédicateurs enflammés du repli sur soi-même, de l’exclusion, de l’ethno-phylétisme et du fondamentalisme. Nous croyons que dans le proche avenir, au cours des conciles qui, Dieu voulant, seront convoqués, les imperfections et les faiblesses de ce concile seront surpassées.

4. Nous remercions de tout notre cœur Sa Toute Sainteté le président du saint et grand Concile, le patriarche œcuménique Bartholomée, Leurs Béatitudes les primats et tous ceux qui ont travaillé assidument pour la réalisation du Concile au milieu de nombreuses adversités et provocations.

5. Nous considérons comme particulièrement importante la consolidation conciliaire de l’économie ecclésiastique au milieu de positions extrêmes et conservatrices, puisqu’il est donné la possibilité aux Églises locales d’exercer leur pastorale à une époque réelle et dans des lieux et des usages concrets. Nous avons constaté cependant avec tristesse que, malgré les voix prophétiques qui ont été entendues dans le cadre du Concile et des conférences préconciliaires, les « dérogations » aux règles plus anciennes de la vie de l’Église et des fidèles, aient été comprises avec timidité et réticence, dans le sens de l’acribie et non pas de l’économie, alors que cela serait la véritable affirmation du mystère de l’Incarnation du Christ dans l’aujourd’hui, c’est-à-dire la Révélation vivante et salvifique de Dieu. Les différentes approches des questions de la vie de l’Église pour nous ne constituent pas des déviations de la vérité orthodoxe, mais l’adaptation à la réalité africaine.

6. L’Église d’Afrique continuera à participer activement à tous les dialogues officiels interchrétiens et interreligieux, malgré les difficultés et les problèmes qui apparaissent de temps à autre. Hormis la participation au COE, nous revalorisons le témoignage de la foi orthodoxe, la plénitude de la Révélation divine que notre Église préserve. Cheminant sur les traces de Jésus, nous devons devenir les organes de la réconciliation et cultiver la coexistence pacifique des hommes, respectant et défendant leur différence ethnique, raciale et religieuse. En commun avec les autres Églises et religions, nous sommes appelés à travailler à combattre toute injustice systémique, toute chose démoniaque, qui anéantit la vie de notre troupeau profondément meurtri et blessé.

7. Nous pressentons que, en tant qu’Église vivante et dynamique, émergente des entrailles d’un monde développé et souffrant, nous avons le devoir avec hardiesse et vision prophétique de former en notre sein les conditions pour la transformation de notre monde, de déposer une proposition d’espoir, de vie dans sa plénitude pour tous les hommes et de joie de la Résurrection. Nous demandons les prières ardentes du Corps de notre Église, clercs et laïcs, afin que par la collaboration de tous nous mettions en valeur la dynamique du grand Concile et que nous libérions les forces qui montreront l’Église d’Afrique comme une présence prophétique, craignant son Seigneur et ouvertes à l’action du très Saint Esprit ».

Source

Extrait du discours de l’archevêque Dimitri d’Amérique (Patriarcat œcuménique) au sujet du Concile panorthodoxe, prononcé lors de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis

Une partie du discours de l’archevêque d’Amérique Dimitri (Patriarcat œcuménique) à l’occasion de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis était consacrée au Concile de Crète, auquel il participait. L’archevêque retrace l’histoire de ce Concile et donne son point de vue sur l’attitude que doivent adopter les évêques orthodoxes en Amérique malgré leur différend au sujet de la reconnaissance de celui-ci par leurs Églises locales respectives. Nous publions ci-dessous l’extrait en question : « Permettez-moi de commencer avec le Saint et Grand Concile qui s’est réuni sur l’île de Crète en juin dernier (18-26 juin 2016). Comme vous le savez, la décision de réunir un Concile panorthodoxe a été prise par les représentants des Églises orthodoxes autocéphales en 1961, il y a 55 ans, et pendant une réunion spéciale tenue sur l’île de Rhodes, en Grèce (20 septembre – 5 octobre 1961). Plusieurs réunions relatives à la décision mentionnée ont suivi. Il y a eu des réunions panorthodoxes intitulées « Commissions préparatoires inter-orthodoxes) ou « Consultations préparatoires préconciliaires ». Les dates de ces réunions sont 1963 (Rhodes, Grèce), 1964 (Rhodes), 1966 (Belgrade), 1968, 1976, 1982, 1986, 1990 et 1993 (toutes à Genève). La tâche des Commissions ou Consultations était la création d’une liste de sujets devant être discutés par le Concile panorthodoxe lorsqu’il se réunirait et la préparation de textes correspondant aux sujets sélectionnés. Des événements importants en Europe et au Moyen Orient ont provoqué une pause temporaire du processus mentionné. En 2008 (10-12 octobre 2008), au cours d’une Synaxe à Constantinople des Chefs et représentants de toutes les Églises orthodoxes autocéphales, les travaux de préparation du Concile panorthodoxe ont redémarré. Ainsi, six ans plus tard (6-9 mars 2014), la décision historique a été prise de convoquer le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes au printemps 2016 en l’église Sainte-Irène (lieu du Second Concile Œcuménique) à Constantinople. La Sainte Synaxe préconciliaire des Primats et représentants de toutes les Églises orthodoxes autocéphales a eu lieu à Genève cette année (21-26 janvier 2016). Au cours de cette Synaxe, trois choses importantes se sont produites : 1) Le lieu du Saint et Grand Concile a été transféré de Constantinople, en Turquie, à l’île de Crète, pour des raisons bien connues, 2) Le règlement des travaux au Concile a été discuté et approuvé et 3) Les textes des six sujets finaux ont été discutés en détails et approuvés avec quelques modifications. Le Saint et Grand Concile, après 55 années de préparation a été convoqué comme prévu du dimanche de la Pentecôte (Juin 2016) au dimanche de Tous les Saints (Juin 26, 2016). Dix des quatorze Églises orthodoxes autocéphales ont participé, à savoir : le Patriarche œcuménique de Constantinople, le Patriarcat d’Alexandrie, le Patriarcat de Jérusalem, le Patriarcat de Serbie, le Patriarcat de Roumanie, l’Église de Chypre, l’Église de Grèce, l’Église de Pologne, l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie, et l’Église d’Albanie. Quatre des quatorze Églises orthodoxes autocéphales n’ont pas participé au Saint et Grand Concile, à savoir le Patriarcat d’Antioche, le Patriarcat de Moscou, le Patriarcat de Bulgarie et le Patriarcat de Géorgie. Douze évêques de notre Assemblée ont eu le grand honneur de participer au Saint et Grand Concile et de faire l’expérience d’une semaine de discussions pleines de dignité, honnêtes, libres et productives, dans un esprit d’amour, d’unité et de respect mutuel. Je ne connais pas d’autre événement de l’histoire ecclésiastique récente qui ait attiré l’attention d’autant de personnes et qui ait exposé l’Église à tant d’éloges et de critiques. En effet, à défaut d’autre chose, nous pouvons certainement dire que le Concile nous a aidés à acquérir une meilleure perception de ce que nous sommes, et nous sommes devenus plus conscients de la nécessité de lutter constamment pour l’unité. Pour certains, le Concile n’était pas l’expression de l’unité orthodoxe qu’ils envisageaient et qu’ils espéraient. C’est compréhensible. Le programme, la mission, les travaux et les documents du Saint Concile révèlent cependant l’engagement de l’Église orthodoxe dans la conciliarité. Bien sûr, l’absence de quatre Églises orthodoxes au Concile a été et reste un événement douloureux à bien des égards. Cela, néanmoins, n’est pas un signe de notre désunion, mais nous encourage à rester patients l’un avec l’autre et à cultiver l’unité par tous les moyens. En dépit de nos propres faiblesses et de nos imperfections, nous devons tous insister pour rester et croître dans l’unité du Christ. Notre tâche première, en tant que hiérarques aux États-Unis n’est pas de débattre sur le Concile de Crète. Nous ne pouvons nous payer le luxe de tels débats. En tant que pasteurs du troupeau du Seigneur, nous devons rester liés les uns aux autres, fermes dans notre mission et engagés à dépasser tout défi et à utiliser toutes les occasions de façon fraternelle, fructueuse, véridique et conciliaire. Nous sommes une Assemblée d’évêques orthodoxes ; nul ne peut redire à cela ou le changer. Nous sommes un dans le Christ. Si nous ne vivons pas notre responsabilité de travailler comme un seul corps, chers Frères, nous laissons les fidèles à la merci d’un monde froid et impitoyable. Et nous pouvons rester assurés que la société ne demandera pas si quelqu’un est grec ou bulgare, russe ou ukrainien, serbe ou roumain, géorgien ou antiochien, converti ou orthodoxe de naissance. Notre peuple finira par devenir la proie des attaques et des railleries. Ma prière est que nous, dans les conditions et les défis présents, puissions tous renouveler notre engagement les uns envers les autres en tant qu’Assemblée d’évêques ».

Sources

Exclusivité : message du saint et grand Concile du 26 juin 2016 avec les signatures des participants

A partir d’aujourd’hu,i nous publions en exclusivité les documents adoptés lors du Concile panorthodoxe qui s’est tenu du 16 au 27 juin 2016 à l’Académie orthodoxe de Crète

Message 
du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

Au peuple orthodoxe 
et à toute personne de bonne volonté

Nous louons et glorifions le Dieu « de compassion et de toute supplication », car il nous a rendus dignes de nous réunir durant cette semaine de Pentecôte (18-26 juin 2016) en Crète, où l’Apôtre Paul et son disciple Tite ont annoncé l’Évangile au cours des premières années de la vie de l’Église. Nous rendons grâce au Dieu trinitaire, car il a permis avec bienveillance que nous cheminions dans un même esprit pour achever les travaux du saint et grand concile de l’orthodoxie, convoqué par Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, en accord avec les Primats des Églises orthodoxes autocéphales locales.
Fidèles à l’exemple des Apôtres et des Pères théophores, nous avons étudié de nouveau l’Evangile de la liberté par lequel « Christ nous a affranchis » (Ga 5, 1). La fondation de nos discussions théologiques constitue l’assurance que l’Église ne vit pas pour elle-même. Elle transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité.
La principale priorité du saint et grand Concile fut de proclamer l’unité de l’Église orthodoxie. Fondée sur l’Eucharistie et la succession apostolique des évêques, l’unité existante a besoin d’être renforcée et de porter de nouveaux fruits. L’Église une, sainte, catholique et apostolique est une communion divino-humaine, un avant-goût et une expérience des eschata dans la sainte Eucharistie. En tant que Pentecôte, elle est une voix prophétique qui ne peut être mise sous silence, une présence et un témoignage du Royaume du Dieu d’amour.
Fidèle à la tradition apostolique unanime et à l’expérience sacramentelle, l’Église orthodoxe constitue la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, comme elle est confessée dans le symbole de foi et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. L’Eglise nous fait connaître le mystère de la sainte Économie par sa vie sacramentelle centrée autour de la divine Eucharistie.
L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. Les Églises orthodoxes autocéphales ne sont pas une fédération d’Église, mais l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Chaque Église locale célébrant la divine Eucharistie est la présence et la manifestation locale de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. De même pour la diaspora orthodoxe, dans différents pays, il a été décidé de continuer le fonctionnement des Assemblées épiscopales jusqu’à l’application de l’acribie canonique. Elles se composent des évêques canoniques qui relèvent et continuent à dépendre d’une Église autocéphale. Le fonctionnement régulier de ses Assemblées épiscopales garantit le respect du principe orthodoxe de conciliarité.
Au cours des travaux du saint et grand Concile a été soulignée l’importance des Synaxes des Primats qui ont eu lieu et décidé de la convocation régulière du saint et grand Concile tous les sept ou dix ans.
En participant à la divine Liturgie et priant pour le monde entier, nous devons continuer la liturgie après la divine liturgie et à rendre témoignage de la foi à ceux qui sont proches ou éloignés, en accord avec le clair commandement du Seigneur avant son Ascension : « et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés modernes et l’évangélisation de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ continuent à être une obligation pour l’Église.
Notre Église réfléchissant à la nécessité de témoigner de la vérité et de la foi apostolique, accorde une grande importance au dialogue, en particulier avec les chrétiens non-orthodoxes. De cette manière, le reste du monde chrétien connaît plus précisément l’authenticité de la tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des orthodoxes. Les dialogues que conduit l’Église orthodoxe ne signifient en rien un compromis en matière de foi.
L’explosion du fondamentalisme observée dans différentes traditions religieuses est l’expression d’une religiosité mortifère. Un dialogue interreligieux sobre contribue de manière significative à favoriser la confiance mutuelle, la paix et la réconciliation. Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine. L’Église orthodoxe condamne sans équivoque l’expansion de la violence militaire, les persécutions, les expulsions et le meurtre des minorités religieuses, les conversions forcées, le trafic des réfugiés, les enlèvements, la torture et les terribles exécutions sommaires. Elle dénonce la destruction des lieux de culte, des symboles religieux et des monuments culturels. Plus particulièrement, elle exprime sa préoccupation pour la situation les chrétiens et des minorités persécutées au Moyen-Orient et ailleurs. Elle appelle la communauté internationale de la région pour la protection des orthodoxes indigènes et des autres chrétiens, ainsi que de toutes les populations de la région qui ont un droit inviolable à demeurer dans leur pays d’origine comme des citoyens jouissant de droits égaux. Notre Concile exhorte toutes les parties à œuvrer sans attente aux efforts systématiques à la résolution des conflits armés au Moyen-Orient, les terminer et permettre le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers.
Elle appelle tout particulièrement tous les puissants de la terre pour que prévalent la paix et la justice dans les pays d’où sont issus les réfugiés. Nous appelons les autorités civiles, les citoyens et les chrétiens orthodoxes dans les pays vers lesquels les réfugiés persécutés cherchent refuge, à continuer à offrir leur aide dans les limites et au-delà de leurs capacités.
Le sécularisme moderne cherche l’autonomie de l’homme par rapport au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église qu’il identifie arbitrairement à du conservatisme. Cependant, la culture occidentale porte l’empreinte indélébile de la contribution dans le temps du christianisme. L’Eglise souligne, en outre, l’importance salvifique du Dieu-homme et de son corps en tant que lieu et mode de vie en liberté.
Dans l’approche contemporaine du mariage, l’Église orthodoxe considère le lien indissoluble d’amour entre un homme et une femme comme « un grand mystère… celui du Christ et de l’Église ». Elle appelle même la famille une « petite église », laquelle résulte du mariage, le seul garant pour élever les enfants.
L’Église insiste constamment sur la valeur de l’abstinence. L’ascèse chrétienne diffère profondément d’une ascèse purement dualiste qui couperait la personne humaine de son prochain. Au contraire, il convient de s’attacher à la vie sacramentelle de l’Église. L’abstinence ne se rattache pas uniquement à la vie monastique. L’éthos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne dans toutes ses expressions.
***
Le saint et grand Concile, mis à part les thèmes au sujet desquels des décisions ont été prises, a étudié les importantes questions contemporaines suivantes :
Sur la question des relations de la foi chrétienne avec la science, l’Église orthodoxe évite de placer la recherche scientifique sous sa tutelle et ne prend pas position sur toutes les questions scientifiques. Elle remercie Dieu qui donne aux scientifiques le charisme d’explorer les secrets de la création divine. Le développement moderne de la science et de la technologie apporte des changements radicaux dans nos vies. Elle est porteuse de bienfaits importants dans notre vie quotidienne : une maladie grave, les gens communiquent plus facilement, la recherche spatiale, etc. Cependant, il existe aussi une variété d’effets négatifs comme : la manipulation de la liberté, la perte progressive de traditions précieuses, la destruction de l’environnement naturel, la contestation des valeurs morales. Bien que la connaissance scientifique évolue très rapidement, elle ne mobilise pas la volonté de la personne humaine, ni ne fournit des réponses aux problèmes éthiques existentiels centraux, à la quête du sens de la vie et du monde. Tout ceci requiert une approche spirituelle que l’Eglise orthodoxe entreprend de promouvoir au travers d’une bioéthique fondée sur l’éthique chrétienne et l’enseignement patristique. Ainsi, dans le respect de la liberté de la recherche scientifique, l’Église orthodoxe insiste sur les dangers que recèlent certains progrès scientifiques et met l’accent sur la dignité de l’homme et sur son destin divin.
La crise écologique actuelle est évidemment due à des causes spirituelles et éthiques. Ses racines sont liées à la cupidité, l’avidité et l’égoïsme, conduisant à une utilisation irrationnelle des ressources naturelles, à la pollution de l’atmosphère par des polluants nuisibles, et au réchauffement climatique. La réponse chrétienne contre ces problèmes exige le repentir (metanoia) par rapport à ces abus, l’abstinence, et l’éthique ascétique comme l’antidote à la surconsommation, tout en prenant conscience de plus en plus que la personne humaine est l’« économe » de la création et non son propriétaire. Elle souligne aussi que les générations futures possèdent elles aussi des droits sur ces biens naturels que nous a remis avec confiance le Créateur. C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe participe activement aux différents efforts internationaux en faveur de l’environnement. Elle a fait du 1er septembre le jour de prière pour la protection de l’environnement naturel.
Face au mouvement d’homogénéisation impersonnelle, qui est favorisé de diverses manières, l’orthodoxie proclame le respect du particularisme des personnes humaines et des peuples. Elle s’oppose à l’autonomie de l’économie face aux besoins fondamentaux des êtres humains et la transformant comme une fin en soi. Le progrès de l’humanité n’est pas seulement lié à l’accroissement du niveau de vie ou au développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
L’Église orthodoxe n’interfère pas dans le politique. Sa parole reste discrète et prophétique et favorise une intervention humaine appropriée. Les droits de l’Homme sont maintenant au centre de la politique en réponse aux crises politiques et sociales et visent à protéger les citoyens contre l’arbitraire de l’État. Notre Église ajoute également les obligations et les responsabilités des citoyens et la nécessité pour ces derniers d’user de leur autocritique afin d’améliorer sensiblement la société. Elle souligne en particulier que l’idéal orthodoxe en faveur de l’être humain dépasse l’horizon des droits de l’Homme établis établis que « plus grand que tout » est l’amour, comme l’a révélé le Christ et le vivent ceux qui le suivent fidèlement. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
L’Église orthodoxe s’adresse aux jeunes, qui sont à la recherche d’une vie complète en toute liberté, justice, création et amour. Elle les exhorte à se joindre consciemment à l’Église qui est la vérité et la vie. Pour venir en offrant au corps ecclésial leur vitalité, leurs soucis, leurs préoccupations et leurs attentes. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, mais aussi une force et une présence créative au niveau local et mondial.
Le saint et grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples. Elle évangélise : « De jour en jour, proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95)
Prions : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (I P 5, 10-11).

Pour voir le document avec les signatures, allez à la page suivante !

 

Fin de la XIV session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine

La XIV session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine s’est terminée le 21 septembre 2016, à Chieti (Italie).

Après adoption des amendements et addenda nécessaires, la session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine a approuvé le document commun « Synodalité et primauté pendant le Premier millénaire : Vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église ».

La délégation de l’Église orthodoxe géorgienne a publié une déclaration, exprimant son désaccord avec certains paragraphes du document. Cette déclaration a été incluse au communiqué publié par la séance plénière et figurera au document commun en tant que note. Le document devrait être prochainement publié au nom de la commission.

Pendant les séances, les participants ont discuté du thème de la poursuite du dialogue. Le chef de la délégation de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a proposé de consacrer le prochain stade du dialogue au thème de la synodalité et du primat dans les Églises d’Orient et d’Occident durant le second millénaire. En parallèle, a-t-il souligné, il serait nécessaire de poursuivre la discussion sur l’uniatisme en tant que phénomène apparu après le schisme de 1054 et demeurant jusqu’à aujourd’hui une pierre d’achoppement dans les relations orthodoxes-catholiques.

Le Président du Département des relations ecclésiastiques extérieures a rappelé qu’en 2000, pendant la session de Baltimore (États-Unis), la Commission mixte aurait dû discuter le thème des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme. Cette discussion devait s’inscrire dans la poursuite du travail commencé dans les années 1990 avec l’adoption, en 1993, du document de Balamand (Liban), condamnant l’uniatisme. Un autre projet de document sur le même thème avait été élaboré à Aricca (Italie) en 1998. Cependant, la session de Baltimore n’avait pu terminer ses travaux à cause de divergences d’opinion entre les participants catholiques et orthodoxes, de même qu’à l’intérieur des deux parties.

Selon le métropolite Hilarion, « lorsque les travaux de la Commission mixte ont repris après une interruption de six ans, il a été proposé de reprendre la discussion de la question du primat et de la synodalité dans l’Église. L’Église orthodoxe russe a approuvé cette proposition, à condition que les conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’union seraient aussi abordées avec les thèmes de la primauté et de la conciliarité. Cependant, en 10 ans, de 2006 à 2016, la commission n’est pas revenue une fois à ce thème. La logique de notre dialogue exige qu’afin d’achever le travail sur le document consacré à la primauté et à la synodalité dans l’Église pendant le premier millénaire, nous passions à l’examen de la question de la synodalité et de la primauté dans les Églises d’Orient et d’Occident au second millénaire. Nous devrons nous pencher sur le schisme de 1054, ainsi que sur le problème de l’uniatisme, qui est central pour le second millénaire. Je suppose que les problèmes qui nous séparent seront discutés, et que nous n’arriverons pas à un accord sur chacun de ces points. Cependant, l’objectif de notre dialogue n’est pas de parvenir à un accord sur les questions sur lesquelles nous nous entendons déjà, mais de discuter des problèmes qui nous séparent. Le thème de l’uniatisme est l’un de ces problèmes, et d’une brûlante actualité. »

Le métropolite Hilarion a attiré l’attention des membres de la Commission mixte sur les actions de la direction de l’l’Église gréco-catholique ukrainienne, inadmissibles d’un point de vue chrétien. « Nous entendons les déclarations de l’archevêque suprême de l’EGCU, Sviatoslav Chevtchouk, qui sont en contradiction avec notre dialogue, qui suscitent des obstacles à ce dialogue, et sèment la méfiance entre orthodoxes et catholiques. En février de cette année, à La Havane, le Pape François a rencontré le Patriarche Cyrille. Pour notre Église, c’était un évènement historique, puisque le Pape et le Patriarche ne s’étaient jamais rencontrés. Nous en sommes convaincus, ce fut une bonne rencontre, ouvrant une nouvelle page dans nos relations bilatérales. Cependant, cette rencontre a immédiatement suscité les critiques des gréco-catholiques ukrainiens, et pas seulement d’un groupe de fidèles quelconques, mais de la direction même de l’l’Église gréco-catholique ukrainienne. Et il ne s’agit pas seulement de critique, mais d’offenses et d’attaques injustes. Nous devons nous rendre compte qu’à l’intérieur de nos Églises il y a des gens qui mettent des obstacles sur notre route, et nous devons garder cela à l’esprit lorsque nous pensons à l’avenir de notre dialogue. »

De son côté, l’archimandrite Irénée (Steenberg), membre de la délégation de l’Église orthodoxe russe, a montré que la discussion du thème de la primauté et de la synodalité dans les Églises d’Orient et d’Occident au second millénaire soulèveraient forcément des questions sur lesquelles les deux parties de la commission divergent sérieusement. Néanmoins, il est nécessaire d’aborder ces thèmes de même qu’il est nécessaire de discuter de l’uniatisme. L’archimandrite Irénée a souligné qu’il serait difficile à l’Église orthodoxe russe de poursuivre le dialogue orthodoxe-catholique si la question des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme restait sans solution.

Il a néanmoins été décidé de laisser le choix du thème des prochaines séances à l’examen du Comité de coordination de la Commission mixte, qui se réunira en 2017.

Dans le communiqué de clôture, les participants ont remercié Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti, de son hospitalité.

Les membres de la commission ont aussi exprimé leur solidarité avec la population du Proche Orient, de plusieurs pays d’Europe et du monde. Le document mentionne aussi les métropolites d’Alep Paul (Patriarcat d’Antioche), membre de la Commission mixte, et Grégoire Jean Ibrahim (Église syro-jacobite), enlevés par les terroristes.

Source

Lettre de l’évêque Irénée de Batchka, à propos du Concile de Crête: « Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête »

Evêque Irénée de Batchka  (Patriarcat de Serbie)

Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête à propos des relations de l’Eglise orthodoxe
avec le reste du monde chrétien

A propos du « Saint et Grand Concile » achevé dernièrement à Kolymbari en Crête, avec des accents de triomphe mais de façon peu convaincante selon notre Eglise, et déjà non reconnu comme tel par les Eglises absentes, Concile mieux caractérisé par elles comme « Réunion de Crête », [et ce] à cause de la contestation soulevée par de très nombreux évêques orthodoxes participants, – ont été publiés et continuent d’être publiés une grande quantité de commentaires, bienveillants ou très peu bienveillants, autant que possible objectifs ou subjectifs, véridiques ou qui altèrent plus ou moins franchement la vérité, spontanés ou commandés, intéressés ou désintéressés, apologétiques ou polémiques, théologiquement corrects ou théologiquement incohérents…
Dans la surproduction d’informations et de commentaires sur ce sujet, se trouve un thème parmi d’autres restés flous [jusqu’à présent], celui du refus de certains évêques de signer le texte litigieux proposé au Concile, même s’il fut quelque peu amélioré [au cours des séances]: « Les relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

(p. 2) Puisqu’un défaut de clarté et une incertitude ont été évoqués sur la question [de savoir] si certains évêques déterminés auraient ou n’auraient pas signé et pourquoi, ceux-ci ont publié des déclarations dans lesquelles ils répondent à cette question et expliquent pourquoi – et justifient – leur refus de co-signer le texte en question. En ce qui concerne l’auteur de la présente, a circulé la nouvelle correcte selon laquelle j’étais l’un de ceux qui n’avaient pas signé; cependant restait inexpliqué pour beaucoup de frères comment et pourquoi – étant donné qu’il avait en effet lui-même, avec énergie et sans interruption depuis plusieurs décennies, pris part à la préparation du Synode et à l’effort d’élaboration et de correction des textes ratifiés pour la discussion conciliaire.
Avant de continuer à donner la réponse à laquelle je suis tenu, j’en profite pour faire remarquer en passant que, contrairement à ce qu’ont laissé entendre certaines publications « bien intentionnées », je n’ai pas été le seul, sur les vingt cinq évêques Serbes présents au Concile, à ne pas signer mais que [c’est] la plus grande partie d’entre eux [qui] n’a pas signé. En dehors de ceux-ci, il y eut encore de nombreux autres évêques pour ne pas signer non plus.
Ce texte, par conséquent, est sans effet légal, pour autant que, conformément au principe d’unanimité en vigueur depuis 1961, il suffit qu’un seul évêque ne signe pas (alors que sa signature est exigée!) pour que le document soit sans validité ecclésiale.

L’une des raisons pour les quelles je n’ai pas signé le texte concernant « Les relations de l’Eglise Orthodoxe avec le reste du monde chrétien », mais ce n’est cependant pas encore la plus grave, est le fait qui s’est avéré que les évêques membres du (3) Concile, avaient le droit à la parole mais pas le droit de vote. Dans le Concile, au lieu du principe apostolique et patristique, conservé depuis toujours, « un homme – une voix (vote) », était en vigueur ce principe-ci : « une Eglise autocéphale – une voix (vote) », ce qui signifie que seuls les Primats des Eglises votaient. Les conséquences évidentes pour tous de ce principe sont les suivantes:
-1 Le Concile n’apparait plus comme l’institution de l’Un et Unique Corps de l’Eglise, mais comme une sorte d’organe parlementaire d’Eglises qui sont indépendantes les unes des autres, chacune formant pour elle-même un tout complet;
-2 Le collège des Primats fonctionne dans la pratique comme une sorte de pape collectif, soit que nous acceptions de le reconnaitre honnêtement soit que nous ayons pris l’habitude de nous aveugler nous-mêmes [sur ce sujet], et
-3 le Concile, qu’il le veuille ou non, est abaissé [au niveau] d’une réunion de Présidents, ayant simplement [autour d’eux] une cour élargie, comme il a été très justement remarqué.

En conséquence, la seule différence entre un évêque orthodoxe et un observateur hétérodoxe au Concile consiste dans le fait que l’un a la possibilité de s’exprimer selon sa volonté et que l’autre au contraire est assis en silence: ni l’un ni l’autre ne décide rien. Dans cette situation, cependant, à quoi sert la signature de ceux qui [par ailleurs] n’ont pas le droit de voter les textes? Cherche-t-on à donner l’impression que le système conciliaire fonctionne alors qu’il est inactif – puisqu’il est annulé? Ou bien pour quelle autre raison? Je l’ignore, évidement, mais j’ai au moins la possibilité de ne pas signer ce qui n’exprime pas mes convictions.

(4) La raison la plus grave, cependant, pour laquelle je n’ai pas signé, c’est, selon moi, le contenu du texte pour le moins ecclésiologiquement ambigu et suspect, sur certains points s’approchant des frontières de l’hétérodoxie. Son caractère problématique ne se focalise pas seulement dans sa proposition plus discutable et qui a provoqué les plus nombreuses objections et réfutations des Pères conciliaires, selon laquelle l’Eglise Orthodoxe reconnait ( dans une variante ultérieure connait) « l’existence historique des autres Eglises et confessions chrétiennes » et laquelle a été remplacée, à l’instigation de l’Eglise de Grèce, par cette phrase que l’Eglise Orthodoxe accepte  » l’appellation historique des autres Eglises chrétiennes et confessions ». D’un côté, oui, la formulation hellénique se trouve [en effet] plus prudente et moins dangereuse en tant qu’elle évite judicieusement l’éventualité d’une équation entre « l’appellation historique » et le contenu ontologique de la définition Eglise; d’un autre côté, elle ne diffère pas de la première formulation en cela que [déjà] « l’existence historique » n’équivalait pas automatiquement à la reconnaissance de la nature ecclésiale et de l’hypostase des réalités ecclésiastiques visées sous ces dénominations ou, si vous préférez, de ces organismes ecclésio-morphes. Est simplement levée et exclue par une telle formulation la possibilité qu’une double interprétation [puisse être donnée à la formule] à savoir [aussi bien] la définition dogmatique orthodoxe selon l’akribie que l’autre expression, obscure et dans une certaine mesure amphibologique.

(5) Je déclare sincèrement et sans détour que j’ai eu l’intention de signer le texte tel qu’il était, dans ses deux versions, par conséquent malgré l’ambigüité sémantique de la version antérieure, pour autant seulement que le point présent devait constituer le « talon d’Achille » de son contenu dans son entier. Malheureusement, cependant, le texte est, depuis le début jusqu’à la fin – toujours selon mon opinion – difficile à amender et inacceptable, parce que c’est un mélange de choses qui ne peuvent pas se mélanger, des thèses purement orthodoxes avec des postures œcuméniques et de belle phrases élevées. Mais « le temps de raconter me manquerait  » si je tentais de justifier mon allégation par des citations.

Je pense personnellement que, dans ce cas précis, nous devions réserver le terme Eglise seulement au catholicisme romain (qui, étrangement, n’est pas mentionné dans le texte isolément, alors qu’il est jusqu’à satiété la référence du Conseil Œcuménique des Eglises) parce que la querelle dogmatique de plus d’un millénaire entre eux et nous n’a pas été tranchée jusqu’à présent au niveau d’un Concile Œcuménique, sinon uniquement dans les Conciles pseudo-œcuméniques de Lyon et de Ferrare-Florence. En principe, cependant, – au moins théoriquement – il est permis de nourrir l’espoir que l’un ou l’autre des futurs Conciles Œcuméniques s’occupera du thème de cette division de position et que se produira la levée des « pierres de scandale » que sont le Filioque et la primauté postérieure et hypertrophiée en même temps que la fameuse « infaillibilité » de l’évêque de Rome. Dans cette perspective (6) seule, il serait possible qu’il y ait une raison [de parler] d’Eglise de l’ancienne Rome, dont les différences dogmatiques, à savoir les déviations triadologiques et les innovations ecclésiologiques, ne sont nullement [encore] relativisées ni abandonnées ni, tant s’en faut, ignorées ou amnistiées. Il faut remarquer d’autre part que les communautés ecclésiastiques qui, avec la Réforme, sont issues de Rome par apostasie, se sont éloignées encore plus – et s’éloignent encore continuellement, hélas, jusqu’aujourd’hui de plus en plus – autant de l’Eglise de Rome que de notre Eglise.

Nous avions la possibilité, bien plus, nous avions le devoir, de faire ce qu’à fait le Deuxième Concile du Vatican (c’est à dessein que je ne remonte pas au type et au modèle des conciles orthodoxes du passé le plus ancien). Le concile en question a commencé par proclamer se foi que l’Eglise est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Dans la continuité de cette affirmation, il a donc montré que, chez ceux qui ne sont pas catholiques romains, on trouve, à la fois, plus ou moins d’éléments authentiques appartenant au christianisme primitif et, à la fois, des dérives et des manques. Il met l’accent particulièrement sur le fait que l’Eglise Orthodoxe, bien que ses membres soient des « frères séparés » (fratres separati, disiuncti), possède d’un côté les caractéristiques essentielles de l’Eglise (Eucharistie, mystères, prêtrise, succession apostolique…), et ensuite, principalement, qu’elle ne reconnait pas pleinement et suffisamment la primauté du Pape. Notre concile aussi aurait du s’exprimer d’une façon analogue: après le postulat de la confession fondamentale de la foi que l’Eglise Orthodoxe est l’Eglise Une, Sainte, (7) Catholique et Apostolique, confession inscrite expressément et sans périphrase au commencement du présent texte, il fallait que soit ajouté immédiatement et catégoriquement que les chrétiens qui ne sont pas orthodoxes possèdent, à la fois, des éléments sains, appartenant à la Tradition ancienne commune et, à la fois, des glissements extrêmement graves sur le plan de la foi et de la discipline et que, pour cette raison, ils n’ont pas de communion avec l’Eglise Orthodoxe.

Particulièrement à l’intention des catholiques romains, il fallait que soit clairement mis en relief que non seulement le dogme de la primauté papale hydrocéphale et infaillible, mais aussi l’adjonction du Filioque dans le Symbole de foi, constituent des empêchements indépassables à l’unité de l’Orient et de l’Occident, au même titre que les thèmes principaux du dialogue théologique inter-ecclésiastique. Si nous nous étions exprimés de cette manière, la nécessité de la phraséologie maigre et pas-exprimée-jusqu’au-bout (hemilektou) de « l’existence historique » des Eglises et des confessions non orthodoxes aurait été superflue ainsi que la nécessité de la dialectique sur les « dénominations historiques ».

Si, dans ces conditions également, certaines Eglises avaient été absentes du Concile, la recherche d’autres motifs de leur absence, aussi bien ecclésiastiques qu’extra-ecclésiastiques, aurait été légitime. Selon moi, les actes d’accusation publiés aujourd’hui contre les Eglises absentes du Concile, comme ayant soit disant refusé de participer sans raison ou bien intentionnellement, dans des buts étrangers et de manière préméditée, constituent un faux-fuyant sinon aussi une grande injustice. Afin de ne pas être mal compris et accusé pour la énième fois, « d’être passé à l’ennemi » (!) (8) ou de jouer à « l’avocat » qui s’invite lui-même des Pères et des frères qui, pour des causes raisonnables ou déraisonnables, étaient absents, je déclare que leur présence et leur contribution puissante et énergique aurait, au plus haut point, été utile pour l’Eglise.

J’ai, de cela, compréhension et perception, lorsque j’entends [sonner] la cloche du danger de nouveaux schismes, d’assemblées illégales qui manquent par conséquent de « fortifications », de textes essentiellement indigents, inférieurs aux textes du Deuxième Concile de Vatican eux-mêmes, ou [même] en conséquence de tentatives inconsidérées et imprécises d’intervention dans les thèmes du mariage, du jeûne, du calendrier et d’autres institutions similaires.

Mais en même temps, je n’ai ni compréhension ni sympathie pour ceux qui disent « les fanatiques, les obscurantistes, les…, les… ne nous intéressent pas ». Au contraire, tous nous intéressent: et « les nôtres » et les « étrangers », ceux qui sont proches et ceux qui sont loin.  » [Le plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité:] c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses » (Saint Matthieu, 23, 23), selon la Parole du Seigneur. Et s’il n’y avait que cela, la faiblesse de la conscience de notre frère, justement ou injustement scandalisé, ne remplirait-elle pas le sentiment pastoral de notre âme, la responsabilité humaine, la solidarité, la sympathie… « Notre piété n’est pas dans les mots mais dans les choses ». Si elle est aussi cherchée dans des mots, alors elle doit être recherchée exclusivement dans « les mots étrangers, les enseignements étrangers, c’est-à-dire dans les dogmes étrangers de la Sainte Trinité ».

(9) Les Pères de l’Eglise discernent deux sortes de langue théologique, la « parole dogmatique » et la « parole agonistique » (ou « parole de réfutation »), ils utilisent aussi souvent également une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), une langue de-pensée-et-de-sentiment-subtils (avrophrosynis), de noblesse, d’affabilité, de délicatesse. Un exemple classique en est la manière dont s’exprime saint Marc d’Ephèse: dans le prologue du « Dialogue entre Latins et Grecs », il parle une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), touchant indirectement et avec discernement les différences dogmatiques, comme il est manifeste dans le Préambule introductif au Pape Eugène IV; dans la suite du dialogue, il poursuit dans un langage d’acribie et de clarté dogmatique, sans abandonner l’élévation de bienveillance et de douceur; [puis,] à la fin, après l’issue affligeante du concile d’unité, il fait appel [en dernier recours], pour des besoins de responsabilité pastorale, au jugement d’une langue polémique et réfutative.
Sous ce prisme, notre Concile, d’une manière correcte d’un côté, selon mon humble point de vue, s’est adressé aux observateurs hétérodoxes, par l’intermédiaire de son tout saint Président, avec des paroles fraternelles et cordiales en évitant en même temps, au nom du dialogue, la dure hauteur de la confrontation. Il aurait fallu cependant, – bien plus, c’était un devoir – rendre témoignage à son identité et à sa conscience ecclésiologique propres par le moyen du texte dont nous parlons, de la manière la plus nette, la plus fidèle et la plus exacte.
Cela, malheureusement, il n’a pas été possible de le faire, parce que la plupart des réunions préparatoires de Genève, malgré la désapprobation de beaucoup en ce qui concerne (10) ce texte et la critique la plus pertinente qui en fut faite, – pour des raisons qui furent honorée par le silence – n’a pas été ré-examiné en profondeur et dans toute son extension, malgré le désir [exprimé] et l’incitation des Premiers-délégués des Eglises autocéphales, mais il a été renvoyé, sans être essentiellement retouché, au Concile où, par manque de temps et d’accord, il a subi des changement qui relèvent seulement de l’ornementation, si l’on excepte la reformulation de l’Eglise de Grèce sur le point le plus contesté et porteur de malentendus.

Ne nous trompons pas et ne nous cachons pas ceci à nous-mêmes: ce texte problématique est la première et la principale cause du refus des quatre Patriarcats Orthodoxes de participer au Concile. Alors que l’Eglise de Serbie à éprouvé de l’embarras et a hésité jusqu’aux derniers instants en ce qui regarde sa participation, elle est venue finalement pour deux raisons: par amour pour son Eglise Mère martyre, l’Eglise de Constantinople, d’abord, et ensuite, dans l’espoir que les manques et les faiblesses de la période préparatoire seraient guéris et compensés par les travaux du Concile, c’est-à-dire dans l’espoir que, ce texte mis à part, le Concile se pencherait aussi sur les graves problèmes contemporains de notre Orient, comme les schismes, qu’ils soient d’inspiration nationaliste ou « zélote », le manque de communication entre certaines Eglises et le comportement anti-canonique d’autres Eglises, l’autocéphalie qui est devenu le mal de tête de l’Eglise, et certains autres.
Cependant, rien de tel n’a eu lieu: et cela parce que la proposition de l’Eglise de Serbie, [à savoir que] les travaux conciliaires en Crête (11) soient considérés [seulement ] comme la première phase du processus conciliaire d’ensemble et que le parcours accompli par le Concile ne soit annoncé qu’ultérieurement, au moment opportun, après des discussions « sur toute la matière » et avec la participation de toutes les autres Eglises, [parce que cette proposition donc] a été rejetée, et que le Concile a limité lui-même son activité à quelques jours, en dissipant la plus grande part du peu de temps imparti dans l’analyse et quelques corrections des choses évoquées dans ce même texte, sans qu'[ait eu lieu] un échange d’opinions vivant, spontané et libre au sujet des questions brûlantes de l’Orthodoxie contemporaine.

L’occasion historique bénie, très malheureusement, s’est évanouie de la possibilité d’affronter la multitude de provocations et de tentations dans la vie de notre sainte Eglise et le commencement de leur solution; [s’est évanouie également] l’occasion d’un témoignage sur sa Tradition vivante et génératrice de vie, sur son unité, sa catholicité et sa conciliarité. Un miracle de Dieu, aurait été que Concile puisse recevoir en partage son héritage désirable pan-ecclésial en tant que Saint et Grand Concile! Nous craignons, au contraire, que ce Concile ne soit retenu dans l’histoire future de l’Eglise que comme le Concile de Crête, un concile régional des Eglises qui y participèrent, sans rayonnement et sans influence plus significatifs. Peut-être cela est-il malgré tout préférable au mutisme et à l’absence complets, [comme le serait de tomber] hors de l’histoire.

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Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche du 27 juin

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche

Balamand, 27 juin 2016
« En clôture de sa septième session extraordinaire qui a débuté le 25 mai 2016, le Saint Synode d’Antioche s’est réuni le 27 juin 2016 à Balamand sous la présidence de Sa Béatitude le patriarche Jean X et avec la participation des hiérarques du saint siège antiochien. Les Pères ont adressé leurs souhaits à leurs enfants spirituels à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, chefs des Apôtres et fondateurs du saint siège d’Antioche. C’est dans ce siège que les disciples furent pour la première fois appelés chrétiens et où ses enfants continuent de porter le témoignage du Christ ressuscité, particulièrement dans notre bien-aimée Antioche, dans la Syrie martyre, au Liban tourmenté, dans l’Irak blessé, et dans tous les pays du Golfe arabe et les archevêchés dans la « diaspora », aux Amériques, en Australie et en Europe. Les Pères ont évoqué leur frère le métropolite Paul (Yazigi), archevêque d’Alep, qui a été enlevé depuis plus de trois ans dans l’indifférence volontaire généralisée. Lui-même ainsi que son frère le métropolite Youhanna (Ibrahim) et tous ceux qui ont été enlevés demeurent constamment présents dans les prières et les supplications des fidèles et dans le témoignage quotidien de l’Eglise. Les Pères ont élevé leurs prières pour le repos de ceux qui ont subi le martyre pour avoir eux aussi été appelés chrétiens, et ils ont demandé leurs prières devant le Trône divin, afin que Dieu affermisse Son Eglise et donne à Ses enfants la force et la sagesse de témoigner fidèlement, ici et maintenant, du Christ ressuscité d’entre les morts.

Les pères ont passé en revue la question du grand concile orthodoxe, dont l’Eglise orthodoxe a préparé la tenue depuis plus de cinquante années. L’Eglise d’Antioche avait demandé le report de la tenue de ce Concile, afin que soit consolidée l’unité panorthodoxe, en attendant que soit assurée l’unanimité sur les questions controversées de son agenda, et en attendant aussi que soient remplies les conditions ecclésiologiques permettant la participation de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales à ses travaux.

Etant donné qu’il n’a pas été traité positivement avec la requête antiochienne de report du concile ainsi que les requêtes des Eglises russe, bulgare et géorgienne dans le même sens, et vu que le concile, que l’on voulait originairement « panorthodoxe », s’est réuni en l’absence de quatre Eglises autocéphales représentant environ la moitié des fidèles orthodoxes de par le monde,
Etant donné que l’appel à la tenue de cette réunion a ignoré la nécessité de fonder la conciliarité orthodoxe sur la pleine communion eucharistique entre les Eglises, communion qui constitue l’élément constitutif et le fondement de cette conciliarité, et ce en négligeant la recherche d’une solution avant le concile à l’agression perpétrée par le Patriarcat de Jérusalem sur les frontières canoniques du Siège d’Antioche, le patriarcat œcuménique ayant décidé de reporter la négociation après le Concile,
Etant donné que les communiqués et déclarations publiés par les participants en Crète ont injustement blâmé les Eglises absentes et se sont abstenus de tout blâme envers la partie qui a géré la période préparatoire de Crète 2016,

Et après avoir examiné l’ambiance, les déclarations et positions de la réunion qui s’est tenue sur l’île de Crète, et tous les sophismes qui ont récemment circulé, les pères ont formulé les observations suivantes :
Premièrement : les pères affirment que l’action orthodoxe commune est fondée sur la base de la participation et l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales. Ils rappellent que ce principe n’est pas une position antiochienne novatrice ou récente, mais bien une règle orthodoxe stable établie par le patriarche œcuménique Athénagoras de bienheureuse mémoire, lorsqu’il lança le travail préparatoire en vue du concile. Après lui, cette règle a été suivie par le patriarche Dimitrios, à l’époque duquel le règlement des conférences préparatoires au grand concile a été approuvé et dont les clauses prévoyaient clairement que la convocation à tout travail conciliaire, fût-ce au niveau préparatoire, est faite par le patriarche œcuménique après l’approbation des primats de toutes les Eglises (autocéphales), et que toutes les décisions sont prises à l’unanimité par les Eglises autocéphales pour être transmises au grand concile.
Deuxièmement : Les pères ont rappelé également que sa Sainteté Bartholomée le patriarche œcuménique actuel avait également confirmé cette règle durant les réunions préconciliaires préparatoires, et particulièrement lorsqu’il décida de suspendre les travaux du comité préparatoire en 1999, en raison du retrait d’une seule Eglise de la réunion susmentionnée, ce qui a conduit à l’arrêt du travail préparatoire en vue du grand concile durant dix ans. Dès lors les Pères se demandent alors comment l’absence d’une seule Eglise a pu conduire à la suspension du travail préparatoire au concile, tandis que pour certains le « grand concile » peut se réunir avec ceux qui sont présents et en l’absence de quatre Eglises orthodoxes autocéphales !
Troisièmement : Les pères ont constaté que la règle de l’unanimité a été également réaffirmée lors de la reprise du travail préparatoire au concile en 2009, et que durant la quatrième conférence préparatoire de 2009, la délégation antiochienne, par le biais de son conseiller, Albert Laham de bienheureuse mémoire, avait insisté sur la nécessité de respecter cette règle dans le processus décisionnel, en rappelant qu’en l’absence d’unanimité sur un thème spécifique, ce thème est alors renvoyé au comité préparatoire pour être plus amplement étudié, ainsi que le prescrivent les règles de procédure des conférences panorthodoxes préparatoires au Concile. A cette époque, cette proposition a été accueillie favorablement par toutes les Eglises participantes, y compris par le président de la conférence. C’est sur la base de cette proposition que la décision relative au problème de la diaspora orthodoxe et des assemblées épiscopales, a pu être prise.
Quatrièmement : Les pères ont réaffirmé que la position antiochienne appelant à élaborer un consensus en assurant l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales sur les thèmes de l’agenda, avait pour objectif depuis le début de renforcer l’unité orthodoxe durant la phase préparatoire, conformément à la tradition orthodoxe constante. L’Eglise d’Antioche ne s’attendait pas à ce que ce postulat acquis, qu’elle avait uniquement mentionné à titre de rappel, allait devenir un objet de controverse, ou bien que ce principe bien ancré allait être outrepassé par ceux qui l’avaient initialement établi et qu’ils avaient défendu depuis le début en tant que garant de l’unité orthodoxe ; cette unité ne peut en effet être réalisée si n’importe laquelle des Eglises a été exclue de la participation à la prise de décision ou si ses positions ont été ignorées. Il convient ici d’indiquer que le sommet (synaxe) des primats des Eglises, qui s’est réuni en janvier 2014, a confirmé cette règle en décidant que « durant le concile et durant la phase préparatoire toutes les décisions sont prises par consensus ». Et les Pères de se demander comment ce consensus peut-il être atteint alors que l’Eglise antiochienne a refusé les décisions du sommet précité (2014) et du sommet de Chambésy (2016) ; de se demander aussi comment l’unanimité peut-il être réalisée en Crète en l’absence de quatre Eglises orthodoxes.
Cinquièmement : Les pères insistent de nouveau que la position antiochienne demandant le report de la tenue du grand concile au cas où l’unanimité sur ses thèmes n’a pas été assurée, n’est ni nouvelle ni passagère et conjoncturelle. L’Eglise antiochienne a clairement exprimé cette position durant toutes les phases préparatoires au concile ces deux dernières années, et ce conformément au rôle qu’Antioche a toujours joué, refusant de manière constante qu’une quelconque Eglise puisse être ignorée au sein du travail orthodoxe commun. Par conséquent, tout ce qui a été publié dans les médias sur l’acceptation implicite, par l’Eglise antiochienne, de participer au concile n’est point vrai ; de même, toutes les analyses qui ont circulé sur les dimensions politiques fondant l’absence d’Antioche de la réunion en Crète, restent des analyses politiques qui sont sans fondement aucun. L’acceptation antiochienne de participer « par économie » aux travaux préparatoires ne signifie aucunement une quelconque renonciation de la part d’Antioche à ses positions susmentionnées, mais plutôt une réaffirmation de sa part de la poursuite des efforts afin que soient levés tous les obstacles qui empêchaient, et continuent de l’être, la tenue du concile.
Sixièmement : Les pères ont été surpris par les positions de certaines Eglises qui ont commencé à appeler dernièrement au dépassement du principe de l’unanimité et qui ont commencé à s’étendre dans l’interprétation d’un tel principe contrairement avec ce que prescrit le règlement des conférences orthodoxes préparatoires, qui a été adopté en 1986 et signé par leurs représentants, et que tous ont appliqués y compris lors de la cinquième conférence préparatoire qui s’est tenue en octobre 2015. Les Pères ont également été surpris par toutes les positions qui ont été récemment formulées suggérant que la convocation du concile à la date fixée était plus importante que la conciliarité et l’unité de l’Eglise. A cet égard, il importe à l’Eglise d’Antioche de remercier toutes les Eglises qui ont soutenu sa position juste en l’occurrence, et particulièrement les Eglises de Russie, de Géorgie, de Bulgarie et de Serbie.
Septièmement : Les Pères rappellent à leurs frères réunis en Crète le contenu de l’article 17 du règlement des conférences orthodoxes préparatoires, selon lequel « dans le cas où un thème spécifique qui a été discuté lors de la conférence n’a pas fait l’objet du consensus des délégations, la décision à son propos est alors abandonnée. Il est alors transmis par le secrétariat préparatoire du Saint et grand afin qu’il soit davantage étudié, approfondi et davantage élaboré, conformément au processus en usage au niveau panorthodoxe » ; ils rappellent également le contenu de l’article 4 du même règlement, qui stipule qu’ «il est interdit de retirer ou d’ajouter tout thème sur la liste des thèmes qui ont été préparés et acceptés au niveau panorthodoxe, au moins jusqu’à ce que son étude soit terminée. A la suite de quoi le grand et saint concile se réunit ». Les Pères antiochiens se demandent alors comment le grand concile peut-il être convoqué avant l’achèvement du travail préparatoire sur les thèmes figurant sur l’agenda, et alors que deux Eglises ont émis des réserves relativement au document « Le mariage et ses empêchements », et en présence du refus exprès de l’Eglise antiochienne de retirer trois thèmes fondamentaux de l’agenda du concile (Le calendrier ecclésiastique, les diptyques et l’autocéphalie et la manière de la proclamer).
Huitièmement : Les Pères affirment que face à la réalité connue que vit le monde orthodoxe suite à la réunion en Crète, l’unanimité des Eglises orthodoxes autocéphales demeure la règle d’or pour garantir l’unité du monde orthodoxe. Ils considèrent que ce fondement était et restera la base solide sur laquelle il faudra s’appuyer dans l’avenir, spécialement pour surmonter les répercussions de la réunion en Crète.
Neuvièmement : Quant aux voix qui estiment que la réunion en Crète est un concile œcuménique qui est régi par les règles de tenue des conciles œcuméniques, les Pères du synode antiochien rappellent à ces frères que depuis le début du vingtième siècle les Eglises orthodoxes se sont mises d’accord pour remplacer la convocation d’un concile œcuménique par la convocation d’un concile panorthodoxe dont l’agenda et les procédures de travail ont été clairement établis lors de la conférence de Rhodes en 1961. Le travail préparatoire s’est alors poursuivi durant cinq décennies et demie. Les Eglises se sont mises d’accord aussi, étant donné le caractère extraordinaire de ce concile, que tous les évêques du monde orthodoxe n’y soient pas présents, comme l’exige la tradition orthodoxe, et que toutes ses décisions seraient prise par le consensus de toutes les Eglises autocéphales sur la base d’une seule voix par Eglise autocéphale. Dès lors, ce processus réfute toute prétention qui cherche à considérer la réunion en Crète comme un concile œcuménique auquel s’appliqueraient les procédures suivies par les conciles œcuméniques. Ce processus oblige par conséquent les participants à la réunion de Crète à respecter les règles établies au cas où ils veulent le considérer comme un concile panorthodoxe. Ce qui n’a pas été le cas pour les raisons susmentionnées.

Dès lors, après avoir constaté que la réunion de Crète ne remplissait même pas les conditions requises pour tenir une conférence préparatoire au grand concile, et ce, sur la base du règlement des conférences orthodoxes préparatoires entériné en 1986 et qui demeure en vigueur et applicable jusqu’à ce jour, règlement qui stipule que la tenue de pareille conférence exige l’accord de tous les primats des Eglises orthodoxes locales sur la convocation de la conférence (article 2), et que la prise de décisions lors d’une telle conférence se fait à l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales (article 16), conditions qui n’ont pas été remplies lors de la réunion en Crète,
les Pères du Saint Synode d’Antioche ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préparatoire en vue du grand concile orthodoxe, et donc de considérer ses documents comme non définitifs, et toujours soumis à la discussion et à la modification lors de la tenue du grand concile orthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales ;
2. De refuser l’attribution du caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe à laquelle ne participent pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et d’affirmer que le principe de l’unanimité reste la base fondamentale qui gouverne les relations orthodoxes communes. Par conséquent, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « grand concile orthodoxe » ou « grand et saint concile » ;
3. D’affirmer que tout ce qui est issu de la réunion de Crète, qu’il s’agisse de décisions et autrement, ne lie ni engage d’aucune manière que ce soit le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient ;
4. De la « commission synodale de suivi » (qui dépend du Saint Synode du Patriarcat d’Antioche) d’observer et de suivre les résultats, les conséquences et les répercussions de la réunion de Crète et de faire le nécessaire à leur endroit, et de présenter un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche lors de sa prochaine session synodale ;
5. D’adresser une lettre relative aux présentes décisions du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses des pays de la diaspora.
6. D’appeler les fidèles à accompagner les Pères du Saint Synode antiochien dans la prière pour la préservation et la pleine manifestation de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Le seul texte qui fait foi est le texte arabe ».

Ce communiqué a été traduit du texte original arabe pour Orthodoxie.com.

« L’unité de l’Église ne peut être rendue dépendante du nombre des délégations venues au Concile », a déclaré l’archidiacre Jean Chryssavghis au journaliste russe Serge Tchapnine

L’archidiacre Jean Chryssavghis, conseiller du patriarche de Constantinople Bartholomée pour les questions théologiques, a dirigé le travail du service de presse du Concile. Dans une interview à Serge Tchapnine, il présente le point de vue de ceux qui ont participé au Concile. C’est la première interview d’un représentant officiel du Patriarcat œcuménique aux médias russes après le refus de l’Église orthodoxe russe de participer audit Concile.

– Père Jean, parmi les orthodoxes, dont ceux de Russie, il y avait de grandes attentes liées au fait que le Concile panorthodoxe témoignerait de l’unité de l’Église orthodoxe, ce qui ne s’est pas produit. Quatre Églises locales n’ont pas envoyé leurs délégués, et cela a déçu beaucoup de monde. Comment estimez-vous la situation ainsi créée ? Quelle est la position du Patriarcat œcuménique concernant les Églises ayant refusé de se rendre au Concile ?

– Les délégués au saint et grand Concile regrettent profondément que certaines des Églises sœurs, dont l’Église orthodoxe russe, aient refusé d’y participer. Reporter le Concile était impossible – cela aurait contrevenu à l’accord auquel on était parvenu en janvier 2016 en Suisse. Aucun des primats, y compris le patriarche œcuménique, 

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Encyclique du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit
Nous adressons une hymne d’action de grâce au Dieu adoré dans la Trinité qui nous a permis de nous réunir en ces jours de Pentecôte sur l’île de Crète, sanctifiée par l’apôtre Paul des nations et son disciple Tite, « véritable enfant dans la foi qui nous est commune » (Tt 1, 4), et d’achever, sous l’inspiration du Saint-Esprit, les travaux du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe – convoqué par Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomaios, avec l’accord de Leurs Béatitudes les Primats des très-saintes Églises orthodoxes autocéphales – à la gloire de son Nom béni, et au profit du peuple de Dieu et du monde entier, confessant avec le divin Paul : « Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu » (I Co 4, 1).
Le saint et grand Concile de l’Église une, sainte, catholique et apostolique constitue un témoignage authentique de la foi dans le Christ Dieu-homme, Fils unique-engendré et Verbe de Dieu qui, par son Ιncarnation, toute son œuvre sur terre, Son Sacrifice sur la Croix et Sa Résurrection, a révélé le Dieu trinitaire en tant qu’Αmour infini. Dès lors, d’une seule voix et d’un seul cœur, nous adressons, en concile, la parole de « notre espérance » (cf. I P 3, 15) non seulement aux fidèles de notre très-sainte Église, mais aussi à tous ceux « qui étaient autrefois éloignés et qui ont été rapprochés » (Ep 2, 13). « Notre espérance » (I Tm 1, 2) le Sauveur du monde fut révélé comme « Dieu avec nous » (Mt 1, 23) et comme « Dieu pour nous » (Rm 8, 32) « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tm 2, 4). Nous proclamons l’amour sans cacher les bienfaits, conscients des paroles du Seigneur : « le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35). Dans la joie nous annonçons la parole de la foi, de l’espérance et de l’amour, attendant « ce jour qui n’a pas de soir, de lendemain ni de fin » (Basile le Grand, Homélies sur l’Hexaéméron II, PG 29, 52, SC 26bis, p. 185). Le fait que notre cité soit « dans les cieux » (Ph 3, 20), n’infirme pas, mais renforce notre témoignage dans le monde.
En cela, nous nous conformons à la tradition des Apôtres et de nos Pères qui annonçaient le Christ et l’expérience salvatrice de la foi de l’Église, faisant de la théologie en vue de « prendre dans les filets » – c’est-à-dire conformément à l’apostolat – les humains de tout temps, pour leur transmettre l’Évangile de la liberté en Christ (cf. Ga 5, 1). L’Église ne vit pas pour soi. Elle s’offre pour l’humanité tout entière, l’élévation et le renouveau du monde dans des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cf. Ap 1, 21). Dès lors, elle donne le témoignage évangélique et elle partage les dons que Dieu dispensa à l’humanité : son amour, la paix, la justice, la réconciliation, la force de la Résurrection et l’espérance de l’éternité.
* * *
I. L’Église en tant que corps du Christ, icône de la Sainte Trinité.
L’Église une, sainte, catholique et apostolique est la communion divino-humaine à l’image de la sainte Trinité ; l’avant-goût et l’expérience des fins dernières vécue dans la divine Eucharistie ; la révélation de la gloire des choses à venir ; en tant que Pentecôte permanente, la voix prophétique qui ne se tait jamais dans le monde ; la présence et le témoignage du Royaume de Dieu « venu avec puissance » (Mc 9, 1). En tant que corps du Christ, l’Église « rassemble » (cf. Mt 23, 37), transfigure et alimente le monde en « eau qui devient en lui une source jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14).
La tradition apostolique et patristique – obéissant aux paroles du Seigneur et fondateur de l’Église lors de la sainte Cène avec ses disciples, instituant le sacrement de la divine Eucharistie – a mis en relief l’attribut de l’Église en tant que « corps du Christ » (Mt 25, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19 ; I Co 10, 16-17 ; 11, 23-29). Elle l’associa toujours au mystère de l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu, du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Dans cet esprit, elle a toujours mis l’accent sur le rapport indéfectible, tant entre le mystère de la divine économie en Christ et celui de l’Église, qu’entre le mystère de l’Église et le sacrement de la divine Eucharistie assuré sans cesse dans la vie sacramentelle de l’Église par l’opération du Saint-Esprit.
L’Église orthodoxe, fidèle à cette tradition apostolique et expérience sacramentelle unanime, est la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Crédo et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. De la sorte, elle ressent la responsabilité majeure qui lui incombe, consistant non seulement à faire vivre au plérôme cette expérience authentique, mais aussi à donner à l’humanité le témoignage crédible de la foi.
Dans son unité et sa catholicité, l’Église orthodoxe est l’Église des Conciles depuis l’Assemblée des Apôtres à Jérusalem (Ac 15, 5-29). L’Église est en soi un Concile établi par le Christ et guidé par le Saint-Esprit, selon la parole apostolique « L’Esprit saint et nous-mêmes, nous avons décidé » (Ac 15, 28). Par les Conciles œcuméniques et locaux, l’Église annonça et annonce le mystère de la sainte Trinité, révélé par l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu. Le travail conciliaire se poursuit sans interruption dans l’histoire par les conciles plus récents possédant une autorité universelle, notamment : le Grand concile (879-880) convoqué par Photius, patriarche de Constantinople ; ceux convoqués au temps de saint Grégoire Palamas (1341, 1351, 1368), où fut confirmée la vérité de la foi, portant surtout sur la participation de l’homme aux énergies divines incréées et sur la procession du Saint-Esprit ; en outre, les saints et grands Conciles réunis à Constantinople : celui de 1484 pour réfuter le concile d’union de Florence (1438-1439) ; ceux des années 1638, 1642, 1672 et 1691 pour réfuter les thèses protestantes, ainsi que celui de 1872 pour condamner l’ethno-phylétisme comme hérésie ecclésiologique.
4. En dehors du corps du Christ « qu’est l’Église » (cf. Ep 1, 23 ; Col 2, 17) la sainteté est inconcevable. La sainteté émane de l’unique Saint ; pour l’humain il s’agit de participer à la sainteté de Dieu dans la « communion des saints », selon l’affirmation du prêtre au cours de la Divine Liturgie. Les saints Dons aux saints » – et selon la réponse des fidèles : « Un seul Saint, un seul Seigneur, Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. Amen. » Dans cet esprit, Cyrille d’Alexandrie souligne aussi à propos du Christ : « Étant aussi lui-même Dieu par nature (…) Il est sanctifié à cause de nous en l’Esprit saint (…) Et il a fait cela à cause de nous, non pas pour Lui, afin que de Lui et par Lui, ayant le premier reçu le principe de la sanctification, la grâce de la sanctification puisse désormais passer à l’humanité…  » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 74, 548).
Par conséquent, selon saint Cyrille, le Christ est notre « personne commune » par la récapitulation dans sa propre humanité de la nature humaine tout entière : « nous étions tous en Christ et la personne commune de l’humanité est régénérée en Lui » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 73, 161). C’est pourquoi il est aussi l’unique source de sanctification de l’humanité. Dans cet esprit, la sainteté est la participation de l’humanité au mystère de l’Église et aussi à ses sacrements sacrés, avec pour centre la divine Eucharistie, en tant que « sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (cf. Rm 12, 1). « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? Selon ce qu’il est écrit : À cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rm 8, 35-37). Les Saints incarnent l’identité eschatologique de l’Église, en tant qu’action de grâce permanente devant le Trône terrestre et céleste du Roi de gloire figurant le Royaume de Dieu.
5. L’Église orthodoxe universelle est composée de quatorze Églises autocéphales locales, reconnues au niveau panorthodoxe. Le principe d’autocéphalie ne saurait opérer au détriment du principe de catholicité et d’unité de l’Église. Nous considérons donc que la création des Assemblées épiscopales dans la Diaspora orthodoxe – composées chacune des évêques canoniques reconnus qui continuent de dépendre des juridictions canoniques dont ils relevaient jusqu’à présent – constitue un pas en avant important vers leur organisation canonique et que leur fonctionnement régulier garantit le respect du principe ecclésiologique de conciliarité.
II. La mission de l’Église dans le monde
6. L’apostolat et l’annonce de l’Évangile – ou l’action missionnaire – appartiennent au noyau de l’identité de l’Église : c’est sauvegarder le commandement du Seigneur et s’y conformer : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). C’est le « souffle de vie » que l’Église dispense à la société humaine et qui ecclésialise le monde au travers de l’établissement de nouvelles Églises locales. Dans cet esprit, les croyants orthodoxes sont et doivent être des apôtres du Christ dans le monde. Cet apostolat doit s’accomplir non pas de façon agressive, mais librement, dans l’amour et le respect envers l’identité culturelle des individus et des peuples. Toutes les Églises orthodoxes doivent participer à cet effort en respectant dûment la discipline canonique.
La participation à la divine Eucharistie est une source d’ardeur apostolique pour évangéliser le monde. Participant à la divine Eucharistie et priant en la sainte assemblée pour toute la terre habitée, nous sommes appelés à prolonger la « liturgie après la Divine Liturgie » ; à témoigner de la vérité de notre foi devant Dieu et les hommes ; à partager les dons de Dieu avec l’humanité tout entière ; tout cela, en obéissant au commandement clair du Seigneur avant son Ascension : « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Les paroles prononcées avant la divine Communion – « L’Agneau de Dieu est fractionné et partagé, Il est fractionné mais non divisé, Il est toujours nourriture et ne s’épuise jamais, mais il sanctifie ceux qui y communient » – suggère que le Christ, en tant qu’ « l’agneau de Dieu » (Jn 1, 29), et en tant que « nourriture de vie » (Jn 6, 48), nous est offert comme l’amour éternel, nous unissant à Dieu et les uns aux autres. Elle nous enseigne à partager les dons de Dieu et à nous offrir nous-mêmes pour tous à la façon du Christ.
La vie des chrétiens est un témoignage irréfutable du renouveau de tout en Christ : « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là » (II Co 5, 17). C’est un appel lancé à l’humanité de participer personnellement, en toute liberté, à la vie éternelle, à la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et à l’amour de Dieu le Père, pour vivre dans l’Église la communion du Saint-Esprit : « Voulant le mystère du salut de plein gré et non pas de force » (Maxime le Confesseur, PG 90, 880). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés contemporaines sécularisées, ainsi que l’évangélisation de ceux qui n’ont pas encore connu le Christ, est pour l’Église un devoir ininterrompu.
III. La Famille – icône de l’amour du Christ pour Son Église
7. L’Église orthodoxe considère l’union indéfectible liant l’homme à la femme dans l’amour comme un « grand mystère … du Christ et de l’Église » (Ep 5, 32) et elle s’intéresse à la famille qui en résulte. C’est la seule garantie pour la naissance et l’éducation d’enfants selon le plan de la divine économie en tant que « petite Église » (Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’épître aux Éphésiens, 20, PG 62, 143), lui apportant le soutien pastoral nécessaire.
La crise contemporaine du mariage et de la famille est issue de la crise de la liberté qui est réduite à une réalisation du soi vouée à la poursuite du bonheur ; qui est assimilée à une fatuité, autarcie et autonomie individuelle ; qui entraîne la perte du caractère sacramentel de l’union de l’homme et de la femme ; et qui oublie l’éthos sacrificiel de l’amour. La société sécularisée de nos jours aborde le mariage sur des critères purement sociologiques et pragmatiques, considérant celui-ci comme une simple forme de relation, parmi tant d’autres, revendiquant un droit égal à bénéficier d’une garantie institutionnelle.
Le mariage est un atelier de vie dans l’amour nourri par l’Église et un don incomparable de la grâce de Dieu. La « main puissante » du Dieu « unificateur » « invisiblement présent unit les conjoints » au Christ et l’un à l’autre. Les couronnes posées sur la tête des époux lors de la célébration du sacrement font référence au sacrifice et au dévouement à Dieu et à celui des époux entre eux. Elles suggèrent aussi la vie du Royaume de Dieu, révélant la référence eschatologique du mystère de l’amour.
8. Le saint et grand Concile s’adresse avec un amour et tendresse particulier aux enfants et à tous les jeunes. Parmi les multiples définitions contradictoires à propos de l’enfance, notre très-sainte Église souligne les paroles de notre Seigneur « si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18, 3) et « qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point » (Lc 18, 17), de même que notre Sauveur le dit à propos de ceux qui « empêchent » (cf. Lc 18, 16) les enfants de venir à Sa suite et de ceux qui les « scandalisent » (Mt 18, 6).
L’Église n’offre pas à la jeunesse seulement de « l’aide », mais la « vérité », celle de la vie nouvelle divino-humaine en Christ. La jeunesse orthodoxe doit prendre conscience qu’elle est porteuse d’une tradition de l’Église orthodoxe multiséculaire et bénie et en même temps la continuatrice de cette tradition qu’il faut préserver avec courage et cultiver avec force les valeurs éternelles de l’Orthodoxie, pour rendre un témoignage chrétien vivifiant. De cette jeunesse sortiront les futurs serviteurs de l’Église du Christ. Ainsi, les jeunes ne sont pas uniquement le « futur » de l’Église, mais aussi l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent.
IV. L’éducation selon le Christ
9. De nos jours, le domaine de la formation et de l’éducation est secoué par d’âpres controverses concernant, non seulement le contenu et les buts de l’éducation, mais aussi la nouvelle perception de l’enfance, du rôle de l’enseignant et de l’élève, ainsi que celui de l’école moderne. Étant donné que l’éducation concerne non pas simplement ce qu’est l’homme, mais ce qu’il doit être, ainsi que la mesure de sa responsabilité, il est évident que l’image que nous nous faisons de l’homme et du sens de son existence détermine aussi notre point de vue concernant son éducation. Individualiste, sécularisé et à la seule recherche du bonheur, le système éducatif dominant aujourd’hui, dont la nouvelle génération fait les frais, préoccupe aussi l’Église orthodoxe
L’éducation occupe le centre de la sollicitude pastorale de l’Église en vue non seulement de la culture intellectuelle, mais aussi de l’édification et du développement de l’être humain dans son ensemble en tant qu’entité psychosomatique et spirituelle, selon la question à trois volets : Dieu, homme, monde. Dans son discours catéchétique, l’Église orthodoxe appelle affectueusement le peuple de Dieu, la jeunesse notamment, à la participation consciente et active à la vie de l’Église, en cultivant chez elle « l’aspiration parfaite » à la vie en Christ. Ainsi, le plérôme chrétien trouve dans la communion divino-humaine de l’Église un soutien existentiel, pour y vivre la perspective pascale de la déification par grâce.
V. L’Église face aux défis contemporains
10. L’Église du Christ est aujourd’hui confrontée à des manifestations extrêmes, voire provocantes du sécularisme, inhérentes aux évolutions politiques, culturelles et sociales du monde moderne. Un élément fondamental du sécularisme fut et demeure l’idée de soustraire totalement l’humain au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église, de surcroît, en assimilant arbitrairement celle-ci au conservatisme et faisant fi de l’histoire, alléguant qu’elle serait un obstacle au progrès et à l’évolution. Dans nos sociétés sécularisées, coupé de ses racines spirituelles, l’homme confond sa liberté et le sens de sa vie avec une autonomie absolue, avec un affranchissement par rapport à sa destination éternelle ; cela produit toute une série de malentendus et d’interprétations fallacieuses de la tradition chrétienne. Ainsi, la liberté en Christ dispensée d’en-haut et le progrès menant « à l’état d’adulte, à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13) sont considérés comme entravant les dispositions auto-salvatrices de l’être humain. L’amour disposé au sacrifice est jugé comme étant incompatible avec l’individualisme, alors que le caractère ascétique de l’éthos chrétien, comme un défi intolérable lancé à la poursuite du bonheur individuel.
Assimiler l’Église à un conservatisme inconciliable avec le progrès de la civilisation est une allégation arbitraire et abusive, puisque la conscience nationale des peuples chrétiens porte la marque indélébile de la contribution séculaire de l’Église non seulement à leur patrimoine culturel, mais aussi au sain développement de la civilisation séculière en général, puisque Dieu a placé l’homme en tant que gérant de la création divine, associé à Son œuvre. À la place de l’« homme-dieu » contemporain, l’Église orthodoxe affirme le « Dieu-homme » comme mesure ultime de tout : « Nous ne parlons pas d’homme déifié, mais de Dieu fait homme » (Jean Damascène, Exposé de la foi orthodoxe, 3, 2, PG 94, 988). Elle expose la vérité de la foi salvatrice du Dieu-homme et Son Corps, l’Église, en tant que lieu et mode de vie en liberté. Elle permet de « confesser la vérité dans l’amour » (cf. Ep 4, 15) ; de participer aussi, déjà sur terre, à la vie du Christ ressuscité. Le caractère divino-humain de l’Église – « qui n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36), qui alimente et dirige sa présence et son témoignage « dans le monde » – lui interdit de se conformer au monde (cf. Rm 12, 2).
11. Le développement actuel des sciences et de la technologie est en train de changer notre vie. Or, tout ce qui engendre un changement dans la vie humaine exige que nous fassions preuve de discernement. Car, hormis les importants bienfaits – par exemple ceux qui facilitent la vie quotidienne, qui permettent de traiter des maladies autrefois incurables et d’aller plus loin dans la recherche spatiale –, nous sommes aussi confrontés aux retombées négatives du progrès scientifique : les risques tels que la manipulation de la liberté humaine, l’instrumentalisation de l’être humain, la perte graduelle de précieuses traditions, la dégradation, voire la destruction de l’environnement naturel.
De par sa nature, la science elle-même ne dispose pas malheureusement de moyens nécessaires pour prévenir ou guérir bon nombre de problèmes qu’elle génère directement ou indirectement. La connaissance scientifique ne mobilise pas la volonté morale de l’humain qui, tout en connaissant les risques, continue d’agir comme s’il n’en avait pas été averti. Sans une approche spirituelle, il est impossible de donner des réponses aux graves problèmes existentiels et éthiques de l’être humain, ni au sens éternel de sa vie et du monde.
12. De nos jours, les progrès impressionnants effectués dans le domaine de la biologie, de la génétique et de la neurophysiologie du cerveau suscitent un enthousiasme généralisé. Il s’agit de conquêtes scientifiques dont l’éventail d’applications est susceptible de générer des dilemmes anthropologiques et éthiques graves. L’usage incontrôlé de la biotechnologie intervenant sur le début, la durée et la fin de la vie, compromet la véritable plénitude de celle-ci. Pour la première fois de son histoire, l’homme se livre à des expérimentations extrêmes et dangereuses sur sa propre nature. Il risque d’être transformé en rouage biologique, en unité sociale ou en appareil de pensée contrôlée.
L’Église orthodoxe ne saurait rester en marge du débat portant sur des questions anthropologiques, éthiques et existentielles d’une telle importance. Elle s’appuie sur les critères dictés par Dieu pour démontrer l’actualité de l’anthropologie orthodoxe face au renversement contemporain des valeurs. Notre Église peut et doit manifester dans le monde sa conscience prophétique en Jésus Christ qui, dans l’Incarnation, assuma toute la condition humaine et qui est le modèle absolu de la restauration du genre humain. Elle affirme que la vie de l’être humain est sacrée et qu’il possède l’attribut de personne dès sa conception. Naître est le premier des droits de l’homme. L’Église – en tant que communion divino-humaine au sein de laquelle chaque homme est une entité unique destinée à communier personnellement avec Dieu – résiste à toute tentative de réduire l’être humain à l’état d’objet, à le transformer en donnée mesurable. Aucune réussite scientifique n’est autorisée à porter atteinte à la dignité et à la destination divine de l’homme. L’être humain n’est pas uniquement déterminé par ses gênes.
C’est sur cette base que la Bioéthique est fondée du point de vue orthodoxe. À une époque d’images contradictoires de l’homme, face à des conceptions séculières, autonomes et réductrices, la Bioéthique orthodoxe affirme la création à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la destination éternelle de l’être humain. Elle contribue de la sorte à enrichir le débat philosophique et scientifique portant sur des questions bioéthiques en y apportant l’anthropologie biblique et l’expérience spirituelle de l’Orthodoxie.
13. Dans une société mondiale axée sur l’ « avoir » et l’individualisme, l’Église orthodoxe universelle propose la vérité de la vie en Christ et selon Christ, librement incarnée dans la vie quotidienne de chaque être humain par son travail accompli « jusqu’au soir » (Ps 103, 23) moyennant lequel celui-ci devient collaborateur du Père éternel – « car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu » (I Co 3, 9) – et de Son Fils [« Mon Père, jusqu’à présent, est à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17)]. La grâce de Dieu sanctifie tous les ouvrages de l’homme coopérant avec Dieu, relevant en eux l’affirmation de la vie et communion humaine. Dans ce contexte est aussi placée l’ascèse chrétienne, radicalement différente de tout ascétisme dual qui isole l’humain de la société et de son prochain. L’ascèse chrétienne et la tempérance, qui relient l’homme à la vie sacramentelle de l’Église, ne concernent pas uniquement la vie monastique, mais ce sont des attributs de la vie ecclésiale dans toutes ses manifestations, un témoignage tangible de la présence de l’esprit eschatologique dans l’existence bénie des fidèles orthodoxes.
14. Les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales. Elles sont inscrites dans le cœur de chaque être humain. Au cours des derniers siècles, cette crise s’aggrave à cause de nombreux clivages générés par les passions humaines, telles que la convoitise, l’avidité, la cupidité, l’égoïsme, l’esprit de prédation et leurs retombées sur la planète comme le changement climatique qui d’ores et déjà menace sérieusement l’environnement naturel, notre « maison » commune. La rupture du rapport liant l’homme à la nature est une aberration par rapport au véritable usage de la création de Dieu. Pour résoudre le problème écologique sur la base des principes de la tradition chrétienne, il faut non seulement faire pénitence pour le péché d’exploiter à outrance les ressources naturelles de la planète, c’est-à-dire changer radicalement de mentalité, mais aussi pratiquer l’ascèse comme antidote au consumérisme, au culte des besoins et au sentiment de possession. Cela présuppose aussi l’immense responsabilité qui nous incombe de léguer aux générations futures un environnement naturel viable et son usage conforme à la volonté et à la bénédiction de Dieu. Dans les sacrements la création est affirmée et l’homme est encouragé à agir en économe, gardien et « officiant » de celle-ci, la présentant au Créateur comme une action de grâce – « Ce qui est à toi, le tenant de toi, nous te l’offrons en tout et pour tout » – et cultivant un rapport eucharistique à la création. Cette approche orthodoxe évangélique et patristique attire aussi notre attention sur les aspects sociaux et les retombées tragiques que représente la destruction de l’environnement naturel.
VI. L’Église face à la globalisation, la violence en tant que phénomène extrême et l’immigration.
15. La théorie contemporaine de globalisation – imposée silencieusement et propagée rapidement – provoque de forts remous dans l’économie et la société à l’échelle mondiale. La globalisation imposée a généré de nouvelles formes d’exploitation systématique et d’injustice sociale. Elle a planifié l’élimination graduelle des obstacles que représentent les traditions nationales, religieuses, idéologiques ou autres qui s’y opposent. Elle a mené à l’affaiblissement en vue de la déstructuration des acquis sociaux au nom de la reconstruction de l’économie mondiale, censée être nécessaire, creusant davantage le fossé séparant riches et pauvres, dynamitant la cohésion sociale des peuples et ravivant de nouveaux foyers de tensions internationales.
Face au processus d’homogénéisation réductrice et impersonnelle promu par la globalisation, face aussi aux aberrations de l’ethno phylétisme, l’Église orthodoxe propose de protéger l’identité des peuples et de renforcer le caractère local. Comme modèle alternatif pour l’unité de l’humanité, elle expose son organisation structurée, basée sur l’égalité de valeur des Églises locales. L’Église s’oppose à la menace provocatrice pesant aujourd’hui sur l’individu et les traditions culturelles des peuples que renferme la globalisation ; elle s’oppose aussi au principe selon lequel l’économie possède sa propre loi ou « économisme », c’est-à-dire l’économie émancipée par rapport aux besoins vitaux de l’humain et transformée en but en soi. Elle propose donc une économie durable, fondée sur les principes de l’Évangile. Axée sur la parole du Seigneur : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » (Lc 4, 4), elle n’associe pas le progrès du genre humain à l’amélioration du seul niveau de vie ou du développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
16. L’Église ne se mêle pas de politique au sens strict du terme. Cependant, son témoignage est essentiellement politique en tant que souci pour l’humain et pour sa liberté spirituelle. Sa parole est bien distincte et restera à jamais un devoir d’intervention en faveur de l’humain. Les Églises orthodoxes locales sont aujourd’hui appelées à établir une nouvelle relation harmonieuse avec l’État de droit dans le nouveau contexte des relations internationales, conformément à l’affirmation biblique : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). Cette coopération doit sauvegarder la singularité de l’Église et celle de l’État, et assurer leur franche coopération au profit de l’unique dignité humaine dont émanent les droits de l’homme, garantir aussi la justice sociale.
Les droits de l’homme sont aujourd’hui au centre de la politique, en tant que réponse aux actuelles crises et bouleversements sociaux et politiques, et destinés à protéger la liberté de l’individu. L’Église orthodoxe fait une approche critique des droits de l’homme craignant que le droit individuel ne dégénère en individualisme et en mouvement revendicatif de droits. Une telle aberration est préjudiciable au contenu communautaire de la liberté ; elle transforme arbitrairement les droits en revendications individuelles de poursuite du bonheur ; elle confond liberté et laxisme de l’individu, érigeant cette licence en « valeur universelle » qui mine les fondements des valeurs sociales, de la famille, de la religion, de la nation et qui menace des valeurs éthiques fondamentales.
La perception orthodoxe de l’homme s’oppose donc tant à l’apothéose arrogante de l’individu et de ses droits, qu’à l’humiliation de la personne humaine écrasée dans les actuelles gigantesques structures économiques, sociales, politiques et communicationnelles. La tradition de l’Orthodoxie est pour l’homme une source intarissable de vérités vitales. Nul autre que le Christ et Son Église n’a autant honoré l’être humain, et pris soin de lui. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
17. Aujourd’hui, nous vivons une recrudescence de la violence au nom de Dieu. Les exacerbations fondamentalistes au sein des religions risquent de faire valoir l’idée que le fondamentalisme appartient à l’essence du phénomène religieux. La vérité est que, en tant que « zèle que la connaissance n’éclaire pas » (Rm 10, 2), le fondamentalisme constitue une manifestation mortifère de religiosité. La véritable foi chrétienne, calquée sur la Croix du Seigneur, se sacrifie sans sacrifier ; c’est pourquoi elle est le juge le plus inexorable du fondamentalisme, quelle qu’en soit l’origine. Le dialogue interreligieux franc contribue au développement d’une confiance mutuelle dans la promotion de la paix et de la réconciliation. L’Église lutte pour rendre plus tangible sur terre la « paix d’en-haut ». La véritable paix n’est pas obtenue par la force des armes, mais uniquement par l’amour qui « ne cherche pas son intérêt » (I Co 13, 5). Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine.
18. L’Église orthodoxe suit, avec douleur et dans la prière, constatant la terrible crise humanitaire qui sévit de nos jours, la propagation de la violence et des conflits armés, la persécution, les déportations et les meurtres commis contre des membres de minorités religieuses, l’expulsion forcée de familles hors de leurs foyers, la tragédie du trafic d’êtres humains, la violation des droits fondamentaux d’individus et de peuples, ainsi que la conversion religieuse forcée. Elle condamne catégoriquement les enlèvements, les tortures, les atroces exécutions. Elle dénonce la destruction d’églises, de symboles religieux et de monuments culturels.
L’Église orthodoxe est particulièrement préoccupée de la situation des chrétiens, ainsi que des autres minorités nationales et religieuses persécutées du Moyen-Orient. Elle lance tout particulièrement un appel aux gouvernements des pays de la région pour protéger les populations chrétiennes, les orthodoxes, les anciens orientaux et les autres chrétiens, ayant survécu dans le berceau du christianisme. Les populations chrétiennes et les autres populations indigènes possèdent le droit imprescriptible de demeurer dans leurs pays en tant que citoyens jouissant de l’égalité de droits.
Nous exhortons donc toutes les parties impliquées, indépendamment de leurs convictions religieuses, à travailler à la réconciliation et au respect des droits de l’homme, et à protéger avant tout le don divin de la vie. Il faut que cessent la guerre et l’effusion de sang, et que prévale la justice, pour faire revenir la paix et rendre possible le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers ancestraux. Nous prions pour la paix et la justice dans les pays éprouvés d’Afrique et l’Ukraine. Réunis en Concile, nous réitérons avec force notre appel aux responsables pour libérer les deux évêques enlevés en Syrie Paul Yazigi et Yohanna Ibrahim. Nous prions en outre pour la libération de tous nos semblables retenus en otages et en captivité.
19. L’imprévisible crise contemporaine des réfugiés et des immigrés pour des raisons économiques, politiques et climatiques s’aggrave continuellement et occupe le centre de l’intérêt mondial. L’Église orthodoxe n’a cessé de considérer ceux qui sont chassés, qui sont en danger et dans le besoin, conformément aux paroles du Seigneur : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Mt 25, 35-36) et « en vérité, je vous le déclare chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 40). Au cours de son histoire, l’Église s’est toujours trouvée aux côtés de « tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau » (cf. Mt 11, 28). De tout temps, la philanthropie de l’Église ne se limite pas simplement à un acte de charité occasionnel envers l’indigent et le souffrant, mais elle cherche à éliminer les causes génératrices des problèmes sociaux. Le « ministère accompli » par l’Église (Ep 4, 12) est reconnu de tous.
Nous lançons donc un appel – avant tout à tous ceux qui sont en mesure d’éradiquer les causes générant la crise des réfugiés – à prendre des décisions adéquates dans ce sens. Nous appelons les autorités politiques, les fidèles orthodoxes et les citoyens des pays d’accueil, vers lesquels les réfugiés ont afflué et continuent d’affluer, de leur procurer toute aide possible dans la mesure de leurs moyens.
VII. L’Église : témoigner dans le dialogue
20. L’Église est sensible à ceux qui l’ont quittée et souffre pour tous ceux qui ne comprennent plus sa voix. Dans sa conscience d’être la présence vivante du Christ dans le monde, elle transpose dans des actions concrètes l’économie divine en utilisant tous les moyens à sa disposition afin de témoigner de la vérité de façon crédible dans la rigueur de la foi apostolique. Partant de cette compréhension du devoir de témoignage et de disponibilité, de tout temps, l’Église orthodoxe accorde une grande importance au dialogue, notamment avec les chrétiens hétérodoxes. Moyennant ce dialogue, les autres chrétiens connaissent désormais mieux l’Orthodoxie et la pureté de sa tradition. Ils savent aussi que l’Église orthodoxe n’a jamais accepté le minimalisme théologique ou la mise en doute de sa tradition dogmatique et de son éthos évangélique. Les dialogues interchrétiens furent une occasion pour l’Orthodoxie de souligner le respect dû à l’enseignement des Pères et de témoigner valablement de la tradition authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Les dialogues engagés par l’Église orthodoxe n’ont jamais signifié et ne signifieront jamais faire des compromis d’aucune sorte en matière de foi. Ces dialogues sont un témoignage de l’orthodoxie étayé sur le message évangélique : « Viens et vois » (Jn 1, 46) et « Dieu est amour » (I Jn 4, 8).
* * *
Dans cet esprit, étant la manifestation en Christ du Royaume de Dieu, l’Église orthodoxe dans le monde entier vit le mystère de la divine économie dans sa vie sacramentelle centrée sur la divine Eucharistie qui nous donne non pas une nourriture périssable et corruptible, mais le Corps du Seigneur Lui-même, source de vie, « le Pain céleste » « qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus Christ pour toujours » (Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens XX, 1, PG 5, 756A). La divine Eucharistie est le noyau central de la fonction conciliaire du corps ecclésial, ainsi que la véritable assurance de l’orthodoxie de la foi de l’Église, comme l’affirme saint Irénée de Lyon : « Pour nous, notre façon de penser (= enseignement) s’accorde avec l’eucharistie, et l’eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (Contre les hérésies, IV, 18, PG 7, 1028).
Évangélisant donc le monde entier, conformément au commandement du Seigneur, et « prêchant la repentance et la rémission des péchés à toutes les nations » (cf. Lc 44, 47), nous devons nous confier les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu ; nous devons nous aimer les uns les autres, confessant dans la concorde « le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible ». Réunis en Concile, adressant ceci aux fidèles de notre très-sainte Église orthodoxe et au monde entier, marchant sur les traces des saints Pères et obéissant aux décisions conciliaires qui prescrivent de sauvegarder la foi apostolique léguée et de nous « conformer au Christ » dans notre vie quotidienne, dans l’espérance de la « résurrection commune », nous rendons gloire à la Divinité en Trois Personnes en chantant :
« Père Tout-Puissant, Verbe et Esprit de Dieu, Nature Unique en Trois Personnes, Essence et Divinité Suprême, en Toi nous avons été baptisés et nous Te bénissons dans tous les siècles » (Canon pascal, ode 8.)

Message du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Message 
du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe
Au peuple orthodoxe 
et à toute personne de bonne volonté

Nous louons et glorifions le Dieu « de compassion et de toute supplication », car il nous a rendus dignes de nous réunir durant cette semaine de Pentecôte (18-26 juin 2016) en Crète, où l’Apôtre Paul et son disciple Tite ont annoncé l’Évangile au cours des premières années de la vie de l’Église. Nous rendons grâce au Dieu trinitaire, car il a permis avec bienveillance que nous cheminions dans un même esprit pour achever les travaux du saint et grand concile de l’orthodoxie, convoqué par Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, en accord avec les Primats des Églises orthodoxes autocéphales locales.
Fidèles à l’exemple des Apôtres et des Pères théophores, nous avons étudié de nouveau l’Evangile de la liberté par lequel « Christ nous a affranchis » (Ga 5, 1). La fondation de nos discussions théologiques constitue l’assurance que l’Église ne vit pas pour elle-même. Elle transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité.
La principale priorité du saint et grand Concile fut de proclamer l’unité de l’Église orthodoxie. Fondée sur l’Eucharistie et la succession apostolique des évêques, l’unité existante a besoin d’être renforcée et de porter de nouveaux fruits. L’Église une, sainte, catholique et apostolique est une communion divino-humaine, un avant-goût et une expérience des eschata dans la sainte Eucharistie. En tant que Pentecôte, elle est une voix prophétique qui ne peut être mise sous silence, une présence et un témoignage du Royaume du Dieu d’amour.
Fidèle à la tradition apostolique unanime et à l’expérience sacramentelle, l’Église orthodoxe constitue la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, comme elle est confessée dans le symbole de foi et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. L’Eglise nous fait connaître le mystère de la sainte Économie par sa vie sacramentelle centrée autour de la divine Eucharistie.
L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. Les Églises orthodoxes autocéphales ne sont pas une fédération d’Église, mais l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Chaque Église locale célébrant la divine Eucharistie est la présence et la manifestation locale de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. De même pour la diaspora orthodoxe, dans différents pays, il a été décidé de continuer le fonctionnement des Assemblées épiscopales jusqu’à l’application de l’acribie canonique. Elles se composent des évêques canoniques qui relèvent et continuent à dépendre d’une Église autocéphale. Le fonctionnement régulier de ses Assemblées épiscopales garantit le respect du principe orthodoxe de conciliarité.
Au cours des travaux du saint et grand Concile a été soulignée l’importance des Synaxes des Primats qui ont eu lieu et décidé de la convocation régulière du saint et grand Concile tous les sept ou dix ans.
En participant à la divine Liturgie et priant pour le monde entier, nous devons continuer la liturgie après la divine liturgie et à rendre témoignage de la foi à ceux qui sont proches ou éloignés, en accord avec le clair commandement du Seigneur avant son Ascension : « et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés modernes et l’évangélisation de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ continuent à être une obligation pour l’Église.
Notre Église réfléchissant à la nécessité de témoigner de la vérité et de la foi apostolique, accorde une grande importance au dialogue, en particulier avec les chrétiens non-orthodoxes. De cette manière, le reste du monde chrétien connaît plus précisément l’authenticité de la tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des orthodoxes. Les dialogues que conduit l’Église orthodoxe ne signifient en rien un compromis en matière de foi.
L’explosion du fondamentalisme observée dans différentes traditions religieuses est l’expression d’une religiosité mortifère. Un dialogue interreligieux sobre contribue de manière significative à favoriser la confiance mutuelle, la paix et la réconciliation. Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine. L’Église orthodoxe condamne sans équivoque l’expansion de la violence militaire, les persécutions, les expulsions et le meurtre des minorités religieuses, les conversions forcées, le trafic des réfugiés, les enlèvements, la torture et les terribles exécutions sommaires. Elle dénonce la destruction des lieux de culte, des symboles religieux et des monuments culturels. Plus particulièrement, elle exprime sa préoccupation pour la situation les chrétiens et des minorités persécutées au Moyen-Orient et ailleurs. Elle appelle la communauté internationale de la région pour la protection des orthodoxes indigènes et des autres chrétiens, ainsi que de toutes les populations de la région qui ont un droit inviolable à demeurer dans leur pays d’origine comme des citoyens jouissant de droits égaux. Notre Concile exhorte toutes les parties à œuvrer sans attente aux efforts systématiques à la résolution des conflits armés au Moyen-Orient, les terminer et permettre le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers.
Elle appelle tout particulièrement tous les puissants de la terre pour que prévalent la paix et la justice dans les pays d’où sont issus les réfugiés. Nous appelons les autorités civiles, les citoyens et les chrétiens orthodoxes dans les pays vers lesquels les réfugiés persécutés cherchent refuge, à continuer à offrir leur aide dans les limites et au-delà de leurs capacités.
Le sécularisme moderne cherche l’autonomie de l’homme par rapport au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église qu’il identifie arbitrairement à du conservatisme. Cependant, la culture occidentale porte l’empreinte indélébile de la contribution dans le temps du christianisme. L’Eglise souligne, en outre, l’importance salvifique du Dieu-homme et de son corps en tant que lieu et mode de vie en liberté.
Dans l’approche contemporaine du mariage, l’Église orthodoxe considère le lien indissoluble d’amour entre un homme et une femme comme « un grand mystère… celui du Christ et de l’Église ». Elle appelle même la famille une « petite église », laquelle résulte du mariage, le seul garant pour élever les enfants.
L’Église insiste constamment sur la valeur de l’abstinence. L’ascèse chrétienne diffère profondément d’une ascèse purement dualiste qui couperait la personne humaine de son prochain. Au contraire, il convient de s’attacher à la vie sacramentelle de l’Église. L’abstinence ne se rattache pas uniquement à la vie monastique. L’éthos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne dans toutes ses expressions.
***
Le saint et grand Concile, mis à part les thèmes au sujet desquels des décisions ont été prises, a étudié les importantes questions contemporaines suivantes :
Sur la question des relations de la foi chrétienne avec la science, l’Église orthodoxe évite de placer la recherche scientifique sous sa tutelle et ne prend pas position sur toutes les questions scientifiques. Elle remercie Dieu qui donne aux scientifiques le charisme d’explorer les secrets de la création divine. Le développement moderne de la science et de la technologie apporte des changements radicaux dans nos vies. Elle est porteuse de bienfaits importants dans notre vie quotidienne : une maladie grave, les gens communiquent plus facilement, la recherche spatiale, etc. Cependant, il existe aussi une variété d’effets négatifs comme : la manipulation de la liberté, la perte progressive de traditions précieuses, la destruction de l’environnement naturel, la contestation des valeurs morales. Bien que la connaissance scientifique évolue très rapidement, elle ne mobilise pas la volonté de la personne humaine, ni ne fournit des réponses aux problèmes éthiques existentiels centraux, à la quête du sens de la vie et du monde. Tout ceci requiert une approche spirituelle que l’Eglise orthodoxe entreprend de promouvoir au travers d’une bioéthique fondée sur l’éthique chrétienne et l’enseignement patristique. Ainsi, dans le respect de la liberté de la recherche scientifique, l’Église orthodoxe insiste sur les dangers que recèlent certains progrès scientifiques et met l’accent sur la dignité de l’homme et sur son destin divin.
La crise écologique actuelle est évidemment due à des causes spirituelles et éthiques. Ses racines sont liées à la cupidité, l’avidité et l’égoïsme, conduisant à une utilisation irrationnelle des ressources naturelles, à la pollution de l’atmosphère par des polluants nuisibles, et au réchauffement climatique. La réponse chrétienne contre ces problèmes exige le repentir (metanoia) par rapport à ces abus, l’abstinence, et l’éthique ascétique comme l’antidote à la surconsommation, tout en prenant conscience de plus en plus que la personne humaine est l’« économe » de la création et non son propriétaire. Elle souligne aussi que les générations futures possèdent elles aussi des droits sur ces biens naturels que nous a remis avec confiance le Créateur. C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe participe activement aux différents efforts internationaux en faveur de l’environnement. Elle a fait du 1er septembre le jour de prière pour la protection de l’environnement naturel.
Face au mouvement d’homogénéisation impersonnelle, qui est favorisé de diverses manières, l’orthodoxie proclame le respect du particularisme des personnes humaines et des peuples. Elle s’oppose à l’autonomie de l’économie face aux besoins fondamentaux des êtres humains et la transformant comme une fin en soi. Le progrès de l’humanité n’est pas seulement lié à l’accroissement du niveau de vie ou au développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
L’Église orthodoxe n’interfère pas dans le politique. Sa parole reste discrète et prophétique et favorise une intervention humaine appropriée. Les droits de l’Homme sont maintenant au centre de la politique en réponse aux crises politiques et sociales et visent à protéger les citoyens contre l’arbitraire de l’État. Notre Église ajoute également les obligations et les responsabilités des citoyens et la nécessité pour ces derniers d’user de leur autocritique afin d’améliorer sensiblement la société. Elle souligne en particulier que l’idéal orthodoxe en faveur de l’être humain dépasse l’horizon des droits de l’Homme établis établis que « plus grand que tout » est l’amour, comme l’a révélé le Christ et le vivent ceux qui le suivent fidèlement. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
L’Église orthodoxe s’adresse aux jeunes, qui sont à la recherche d’une vie complète en toute liberté, justice, création et amour. Elle les exhorte à se joindre consciemment à l’Église qui est la vérité et la vie. Pour venir en offrant au corps ecclésial leur vitalité, leurs soucis, leurs préoccupations et leurs attentes. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, mais aussi une force et une présence créative au niveau local et mondial.
Le saint et grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples. Elle évangélise : « De jour en jour, proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95)
Prions : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (I P 5, 10-11).

Interview de l’archidiacre Jean Chrysavghis, directeur du bureau de presse du Patriarcat œcuménique pour le saint et grand Concile, au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe et de ses conséquences

Le père Jean Chysavghis, archidiacre du Trône œcuménique et clerc de l’archevêché grec d’Amérique, a donné l’interview suivante à l’agence grecque Romfea.gr au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe au grand et saint Concile.

– Père Jean, comment commentez-vous la récente décision de l’Église russe de ne pas participer au saint Concile ?

– Je respecte la décision de l’Église de Russie de ne pas venir. Mais je sais aussi, cependant, que beaucoup d’Églises qui participent ont exprimé le sentiment de douleur, non pas seulement pour l’absence de l’Église de Russie, mais aussi pour les autres Églises qui ont changé d’avis. Ce n’est pas moins regrettable lorsqu’une petite Église, comme celle de Bulgarie ou de Géorgie ne participe pas au Concile, que lorsqu’il s’agit d’une Église plus grande comme celles d’Antioche ou de Russie. La différence en nombre, grandeur et puissance n’a jamais eu d’importance pour l’Église orthodoxe. En même temps, cependant, les Églises qui ont déjà envoyé leurs représentants en Crète (qui travaillent durement pour le Concile imminent), et se préparent pour envoyer demain leurs délégations officielles, se sentent confuses au sujet de toute cette situation. Je ne suis pas en mesure de juger les questions internes et les problèmes des Églises individuelles, ni la raison pour laquelle certaines Églises ont choisi de changer d’opinion – alors qu’elles avaient donné leur parole – qu’elles participeraient au Concile. Je suis certain que les Églises de Russie, de Bulgarie et de Géorgie ont probablement eu du mal à prendre cette décision. Cela aurait été bien sûr une bonne chose qu’elles aient respecté le travail difficile, les ressources et les dépenses des autres Églises qui ont majoritairement tenu parole et se trouvent déjà en Crète. Malgré cela, nous ne devons pas perdre le contact avec le but lointain du Concile, c’est-à-dire l’unité, qui est un processus lent et difficile. Et il faut nous rappeler que l’unité est toujours un but et non un point de départ. L’unité est la fin et non le commencement. L’unité est toujours emplie et complétée par le Saint Esprit qui « supplie aux déficiences ». Aucun Concile ne siège jamais pour fêter l’unité. Au contraire, chaque Concile qui s’est réuni dans le passé, a été précisément convoqué pour aboutir à une plus grande unité, alors qu’il existait quelque problème (soit théologique, soit canonico-administratif). C’est un fait, la plupart des conciles, à travers les temps, ont réellement été convoqués pour résoudre des problèmes administratifs, et non des problèmes dogmatiques.
– Maintenant, alors que toutes les Églises ne participent pas, les décisions seront-elles valides ? Puisque, conformément à la logique du règlement (du présent Concile), l’absence d’accord d’une seule Église seulement constitue un empêchement absolu à la convocation du Concile.
– Il n’est dit nulle part dans le règlement que l’absence d’une Église empêche la convocation du Concile. Il est très important de mentionner avec précision les documents officiels. Le règlement dit que le saint et grand Concile peut être convoqué par Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] avec le consentement de toutes les Églises orthodoxes, ce qui est exactement ce qui s’est passé à Genève au mois de janvier de cette année, lorsque toutes les Églises orthodoxes étaient présentes à la synaxe des primats et ont répété, réaffirmé et décidé conjointement la convocation du Concile lors de prochaine fête de la Pentecôte. Je me pose également des questions au sujet de la façon dont les gens se réfèrent à la notion d’unanimité. Dans les règlements conciliaires, Il n’y a aucune référence à l’invalidité d’un Concile et de ses décisions, dans le cas où une Église quelconque ne peut y assister. En réalité, lorsqu’une Église quelconque s’est efforcée au cours de la même synaxe d’inclure ce genre de langage dans les règlements, elle a fait face au rejet massif de toutes les Églises, y compris celle de Russie. Le saint et grand Concile peut encore ne pas avoir de quorum, mais je considère qu’il est très difficile de ne pas l’appeler « panorthodoxe », car dans ce cas concret, il a été précédé par une décision panorthodoxe de convocation du Concile et le consentement des Églises pour y participer. Malheureusement, pour certaines raisons, certaines Églises ont décidé au dernier moment qu’elles ne pouvaient pas être présentes. Quoi qu’il en soit, cela ne change pas la validité du Concile et de ses décisions. En outre, le Concile est assurément un « grand Concile », car il est indubitablement plus officiel que n’importe quel concile local individuel. Sincèrement, je ne puis comprendre que certains se paniquent lorsqu’ils entendent que ce Concile est contraignant ainsi que ses décisions. Où est la confiance dans les dirigeants de notre Église ? En même temps, il nous faut comprendre qu’il existe toujours dans l’Église un processus de réception des décisions d’un Concile, comme c’était exactement le cas pour chaque Concile dans l’histoire, y compris les Conciles œcuméniques. Toutefois, le point de vue selon lequel les décisions d’un Concile sont invalides parce que certaines Églises n’étaient pas présentes, est privé de toutes bases ecclésiologiques, théologiques et encore logiques. Il y a eu beaucoup de Conciles au cours des derniers siècles, auxquels ont participé très peu d’Églises, sans que toutefois quelqu’un ait mis en doute leur validité. Par exemple, l’Église de Russie n’a pas assisté au célèbre Concile de 1872, qui a condamné l’ethnophylétisme, mais je voudrais espérer que ses décisions sont considérées contraignantes pour Moscou aujourd’hui, au même titre que pour les Églises qui participaient.

– Nombreux sont ceux se demandent quel est le sens de discuter l’unité entre tous les chrétiens (catholiques etc), alors même que l’unité des orthodoxes est brisée.

– Il est facile de jouer avec les mots. Mais comment pourrait être brisée l’unité dans le cadre de la tentative concrète d’une plus grande unité entre les Églises ? L’unité peut être brisée uniquement en l’absence d’une telle tentative. La conciliarité et l’unanimité sont des réalités instables. L’autoritarisme est probablement plus simple. Cependant, ce n’est pas la voie ou la méthode orthodoxe. Si le patriarche œcuménique avait en réalité – ou ambitionnait comme on l’en accuse – l’autorité que certaines Églises lui attribuent, on ne se trouverait pas dans cette situation. Ce n’est pas étonnant que l’Église catholique-romaine paraît plus unie que nous. Au-delà du concept occidental de la loi et de l’ordre, qui est souvent absent dans nos cercles, il y a aussi une perception verticale de l’autorité et de la prise des décisions dans l’Église catholique-romaine. Cela n’a jamais constitué une partie de la tradition et de la pratique orthodoxes. Malgré tout cela, nous avons assurément un ordre et une hiérarchie dans l’Église orthodoxe, même si certains refusent à l’accepter pour une raison ou pour une autre. Et cela est la beauté de l’Orthodoxie : même dans les moments de dispersion et de faiblesse, nous sommes unis. Nous pourrions peut-être voir cela de cette façon. C’est-à-dire que [ce concile] est le premier pas de nos Églises vers la conciliarité après plus de mille ans ! Par conséquent, il est très naturel que tout le processus semble maladroit. Mais pour moi, cela est également la grandeur, la beauté de l’événement ! C’est comme si nous observions quelqu’un en train de faire ses premiers pas : nous pouvons sourire d’embarras, mais nous pouvons aussi admirer le courage et la détermination de l’effort.

– Pensez-vous qu’il existait quelque plan des Églises visant à faire échouer le Concile ?

– Ce serait assurément un grand scandale pour tous si cela était la vérité. Je ne voudrais jamais croire à cela. D’autres, peut-être savent mieux les choses. Mais je suis réellement stupéfait de la façon avec laquelle certains parlent des événements concernant le processus de cheminement vers le saint et grand Concile. Par exemple, dans une récente interview avec vous et dans d’autres encore, je me demande si le métropolite Hilarion se réfère aux mêmes séances préconciliaires que celles auxquelles j’ai assisté. Ce qu’il décrit semble être très éloigné de la réalité que j’ai observée. Par exemple, il dénonce que de nombreuses positions de l’Église de Russie n’ont pas été acceptées, ou ont encore été rejetées catégoriquement, et n’ont pas été inclues dans les documents ou les décisions (des séances préconciliaires). Je voudrais déclarer sincèrement que les positions d’aucune autre Église n’ont été acceptées aussi généreusement par les autres Églises (souvent sous une grande pression) que celles de l’Église de Russie. Aucune position d’une autre Église, voire même les mots exacts, ne se reflètent tant dans les décisions que dans les documents, que celles de l’Église de Russie. En particulier, je me rappelle que chaque fois qu’une Église était en désaccord, la réponse de la délégation russe était de menacer de ne pas signer le texte. Une telle conduite ne peut être qualifiée ni d’unanimité ni de logique commune. S’il existe une Église dans le monde qui peut affirmer qu’elle a souvent de façon persistante et certaines fois de façon fastidieuse élaboré les décisions et les textes, c’est bien l’Église de Russie. Aussi, vraiment, c’est une surprise, voire même un choc d’entendre ces protestations. Il est probable qu’aucune autre Église dans le monde ne devrait protester contre les documents. Vous voyez, c’est la vérité – comme l’affirme à nouveau le métropolite Hilarion – que l’unité ne peut être imposée. Néanmoins, l’unité n’est pas le monopole de ceux qui ont changé – soudain et littéralement à l’ultime moment – leur opinion et ne veulent pas maintenant participer au Concile. L’unité, assurément, ne peut jamais être imposée par l’absence et l’isolement. Naturellement, les Églises sont libres et indépendantes dans leurs décisions. Mais l’indépendance ne peut jamais se manifester aux dépens de l’unité. Et la divergence cruciale est ici que chaque Église, sans exception, avait donné son accord à la convocation du saint et grand Concile et à sa participation. Aussi, les affirmations selon lesquelles « une Église s’en va après l’autre » sont injustes et erronées, voire même trompeuses et presque fallacieuses. En réalité, une Église après l’autre a confirmé qu’elle participera, malgré les problèmes et les provocations. Et ce ne seront pas seulement « les Églises grecques » comme cela est avancé dans certains cercles, d’une façon provocante et sensationnelle. Pourquoi les gens ne se souviennent pas et ne soulignent pas la présence, l’engagement et le dévouement des Églises de Pologne, Serbie, Albanie, Roumanie ainsi que de Tchéquie-Slovaquie ? Je ne pense pas qu’il existe une « cabale », comme vous le dites. Mais ma question est la suivante : comment pouvez-vous vous-mêmes ou quelqu’un d’autre expliquer le fait que certaines Églises ont décidé au dernier instant de ne pas participer ? Pour ce qui concerne le cas de l’Église de Russie, cela s’est produit littéralement 48 heures avant la Synaxe des Primats ? Pour dire les choses simplement, comment nos fidèles peuvent comprendre, et qui aurait pu attendre cela de leurs dirigeants ? Comment les gens peuvent ne pas respecter leur parole, exprimée il y a juste quelques mois, leur promesse et leur signature ? Si les gens savaient seulement combien de signatures ont apposées toutes les Églises, sans exception, sous une décision après l’autre, sous un document après l’autre, mais aussi sous une traduction après l’autre, je me réfère littéralement à des centaines de signatures de chaque Église sur des textes concernant les documents et les décisions du Saint et Grand Concile, ils seraient scandalisés, et je trouve très difficile de comprendre comment une quelconque Église peut changer d’avis au dernier moment ! En tout cas, le Saint et Grand Concile sera le rassemblement le plus grand et le plus représentatif de l’Église orthodoxe après plus de mille ans, qui est convoqué après une décision et un consentement panorthodoxes. Je suis heureux de voir que l’Église de Russie en a appelé à la générosité et au discernement du patriarche œcuménique. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus patient que Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] pendant tout ce processus. Je vois avec un sentiment d’humilité tant d’Églises orthodoxes qui se trouvent déjà en Crète, répondant avec amour de l’homme et générosité à l’appel du Saint-Esprit pour l’unité.

Source

Le métropolite Niphon (Patriarcat de Roumanie) : « Le saint et grand Concile est important pour toute l’orthodoxie et au-delà »

Le métropolite Niphon, archevêque de Târgovişte (Patriarcat de Roumanie) a accordé l’interview suivante au site grec Amen.gr :

– Votre Éminence, à quel point le saint et grand Concile est-il important pour la vie de l’Église orthodoxe ?

– Le saint et grand Concile est très important pour toute l’orthodoxie et au-delà, parce que c’est un événement qui a été préparé pendant presque cinq décennies. Il provient du besoin de manifester l’unité et la joie de se trouver ensemble dans une fraternité conciliaire. C’est pourquoi la synaxe des primats orthodoxes, en 2014 et au mois de juin 2016, a décidé de tenir le Concile et de le réunir en juin 2016. Il est important également en fonction de l’importance des thèmes choisis durant le processus de préparation, et la majorité d’entre eux ont été approuvés par la dernière synaxe des primats orthodoxes. Nous sommes conscients qu’il y a de nombreuses autres questions encore concernant l’Église au XXIème siècle, qui nécessiteraient une future attention de la part de toute l’orthodoxie, au moyen de conciles panorthodoxes qui auraient lieu à l’avenir. Je suppose que chaque orthodoxe souhaiterait voir dans l’événement présent une expression de la conciliarité globale et de l’unité, même s’il y a différentes nuances d’opinion ayant pour but d’améliorer les documents qui pourraient être adoptés.

– Peu de jours avant la tenue du Concile, dont l’un des objectifs est de souligner l’unité de l’Église orthodoxe une, il semble que cette unité doit être testée, l’orthodoxie semble faire face à une crise. Êtes-vous préoccupé par le fait que certaines Églises autocéphales se mettent à l’écart, voire même ne viennent pas finalement au Concile ?

– Oui, nous sommes à la fois préoccupés et optimistes au sujet de certains problèmes soulevés par certaines Églises autocéphales orthodoxes sœurs. Nous sommes également tristes que bien des nuances de ces problèmes ne soient pas résolus jusqu’à maintenant, comme c’est le cas, par exemple, du conflit entre les patriarches d’Antioche et de Jérusalem. Le fait qu’il y a certains malentendus dans notre monde orthodoxe sur différents sujets signifie que nous avons réellement besoin de la réunion d’un Concile panorthodoxe, nous avons besoin de cheminer ensemble et d’essayer de les clarifier dans un esprit d’unité et de responsabilité pour l’amour de notre orthodoxie. En espérant toutefois que toutes les Églises orthodoxes participeront comme cela fut décidé par les primats en janvier de cette année.

– Pensez-vous que le saint Concile aidera au dialogue avec les autres Églises et confessions chrétiennes ?

– Le monde d’aujourd’hui qui est le nôtre a besoin du dialogue dans de nombreux domaines, parce que le dialogue représente une occasion pour la mission et le témoignage de l’orthodoxie. Les dialogues pourraient être utiles si nous procédons périodiquement « à des évaluations sérieuses des rencontres théologiques afin de s’assurer qu’elles sont sur la bonne voie constructive », comme l’a dit S.B. le patriarche de Roumanie Daniel. Nous espérions que le saint Concile pourrait aider à diriger correctement le dialogue avec nos amis chrétiens non-orthodoxes. Ce dialogue devrait être un témoignage de la vérité de l’Église orthodoxe en direction des communautés non orthodoxes.

– Quel message voudriez-vous adresser au pieux peuple de Roumanie et quel est le message que vous souhaiteriez envoyer par cette interview à nos lecteurs ?

– Tout d’abord, nous demandons au peuple de Dieu, laïcs et membres du clergé en Roumanie et ailleurs de prier Dieu pour le succès de notre Concile panorthodoxe. Le peuple devrait savoir que lorsque nous nous réunissons en Concile, que ce soit au niveau local ou panorthodoxe, nous exprimons notre sainte foi dans l’unité de l’Église qui est une, sainte, catholique et apostolique. Nous avons besoin d’exprimer notre unité sacramentelle, mais, en même temps, nous devrions montrer notre co-responsabilité pour la mission de l’Église dans le monde d’aujourd’hui.

Source : http://www.amen.gr/article/metropolitan-nifon-to-amengr

 

Déclaration du Saint-Synode de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) au sujet du saint et grand Concile qui doit être convoqué sur l’île de Crète du 20 au 26 juin 2016

« Nous vous saluons au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est le chemin, la vérité et la vie (Jean XIV, 6). Pendant plusieurs décennies, l’Église orthodoxe a produit des efforts afin de rassembler un saint et grand Concile comme un témoignage contemporain de la sainte foi orthodoxe. L’initiative de cette tentative moderne appartenait au patriarche œcuménique Athénagoras. Le lent pèlerinage vers le saint et grand Concile a commencé dans les années 1960. Il y eut de longues pauses dans ce pèlerinage, suivies par une période renouvelée de préparation intense à l’initiative Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée. Au cours de ces décennies, des conférences panorthodoxes, des consultations et des rencontres de patriarches et de primats ont révisé la liste des thèmes. Au cours des derniers mois, tandis que les Églises avaient revu les projets de documents et fait connaître leurs observations, de nouvelles propositions ont été avancées et des désaccords nouveaux ont surgi. Même lors de cette dernière étape, la participation au saint et grand Concile est incertaine, tout comme son issue. Au milieu de ces incertitudes, il y a une certitude : l’Église orthodoxe en Amérique, qui n’est pas reconnue universellement comme une Église autocéphale, n’est pas invitée à participer. Notre réaction est la tristesse, mais non le détachement. Avec gratitude envers Dieu, nous affirmons notre identité comme l’Église orthodoxe en Amérique. Nous affirmons également avec gratitude envers Dieu pour notre autocéphalie, telle qu’elle nous a été accordée par l’Église orthodoxe russe et qui est reconnue par les Églises de Géorgie, Bulgarie, Pologne, des Terres tchèques et Slovaquie. Nous affirmons avec une gratitude profonde envers Dieu notre communion eucharistique avec toutes les Églises orthodoxes, à commencer avec le Patriarcat œcuménique. Aussi, nous acceptons et nous affirmons nos droits et devoirs à accompagner le saint et grand Concile avec amour, réflexion et prière. Les discussions et débats autour des projets de documents expriment les inquiétudes et les objections qui surgissent dans les Églises orthodoxes. On soutient que l’intensité des objections démontre que le Saint et Grand Concile devrait être ajourné afin d’éviter de possibles schismes. Une telle conclusion s’avère être le rejet de la vision et de la pratique conciliaires de l’Église orthodoxe. Les défis de notre temps demandent plus de réflexion et de débats théologiques, non pas moins. L’urgence de telles réflexions et débats théologiques appellent pour plus de conciliarité, mais pas pour moins. Au cœur des préoccupations et objections au Concile et ses projets de documents se trouve la crainte d’une érosion de l’identité et de la conscience de soi orthodoxes, la dilution de la théologie orthodoxe (la vérité sur Dieu) et de l’ecclésiologie (la vérité sur l’Église). Le défi d’aujourd’hui pour l’Église orthodoxe est le même que celui qui a toujours été : amener tous les hommes aux Christ, qui est la voie, la vérité et la vie, apporter l’Évangile du Christ à tous les hommes avec amour et compassion, de rendre un culte à Dieu de façon eucharistique dans l’Esprit et la vérité. La libération de la crainte et la croissance dans la vie, la foi et la compréhension spirituelle (liturgie de saint Jean Chrysostome) se trouvent dans la fidélité à cette voie orthodoxe. L’engagement de Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée pour construire un consensus, comme cela est montré par la convocation périodique de la synaxe des patriarches et primats, a ouvert la voie au saint et grand Concile. Même à ces derniers moments de préparation, les obstacles sur ce chemin apparaissent avec une force plus grande que précédemment. Les signes très récents de la crise ressortent de la réunion du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe le 3 juin 2016. Le procès-verbal de cette réunion énumère les défis procéduraux et substantiels rencontrés par les Églises orthodoxes à la veille du Concile, dont la dispute non résolue entre les patriarches d’Antioche et Jérusalem, les exigences quant aux modifications de certains des projets de documents venant des Églises de Géorgie, Serbie et Grèce, ainsi que des monastères du Mont Athos, et finalement la décision de l’Église de Bulgarie, insistant pour l’ajournement du Concile et déclarant catégoriquement qu’elle ne participera pas au Concile prévu pour la fin du moins de juin 2016. Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a conclu que cette situation exceptionnelle pourrait être résolue par la convocation d’une consultation préconciliaire panorthodoxe extraordinaire qui devrait se réunir le 10 juin au plus tard. Cette consultation aurait pour but une revue de la situation existante et l’examen des modifications proposées aux documents conciliaires. Sur la base de la conclusion de la consultation, les Églises pourraient déterminer si la convocation du Concile aux dates annoncées est possible. La convocation du saint et grand Concile comme signe d’unité et de témoignage de l’unité est une vision digne pour l’orthodoxie, poursuivie avec patience et détermination par Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée. Les difficultés douloureuses dans la réalisation de cette vision ont toujours été évidentes. Les dangers sur la voie vers cette vision sont particulièrement visibles aujourd’hui, mais pourtant la beauté de cette vision est claire comme jamais elle ne l’a été. Aujourd’hui, les Églises orthodoxes se trouvent face au monde, dans l’incapacité de dissimuler les blessures de nos relations fracturées. Or, la vision de l‘unité ne sera pas reniée, parce qu’elle vient du cœur de la foi orthodoxe et est intrinsèque à la Bonne nouvelle du Christ. Malgré les difficultés et les blessures que nous portons, nous suivons le Christ ressuscité et nous détenons le pouvoir qui nous est donné par la Pentecôte de témoigner partout l’Évangile du Christ et en tout temps. C’est notre espoir sincère et notre prière fervente que le pèlerinage vers la convocation du saint et grand Concile porte ses fruits pour l’unité de l’Église orthodoxe et sa mission, ainsi que son témoignage dans le monde. Tout comme nous prions lors de la divine liturgie pour la descente du Saint-Esprit sur nous et sur les dons offerts, prions que le Saint-Esprit descende sur nous tous et sur les dons de la conciliarité qui sont offerts à Dieu ».

Source

Communiqué du Saint-Synode permanent de l’Église orthodoxe de Grèce à ses clercs, moines et fidèles, au sujet du Concile panorthodoxe

« Chers Pères et frères,
Le Christ est ressuscité !
Vous savez sûrement que ce mois, à savoir du 17 au 26 juin, le saint et grand Concile des Églises locales orthodoxes, après une préparation qui a duré de nombreuses années, se réunira en Crète pour délibérer dans le Saint Esprit et manifester l’unité de l’Église orthodoxe, à une époque où la société locale et mondiale est pleine de contradictions et d’antagonismes. Le Saint-Synode permanent de l’Église, qui a reçu les pleins pouvoirs de la hiérarchie de l’Église de Grèce, souhaite vous informer de façon responsable au sujet de cet événement significatif. Par principe, l’organisation ecclésiale est conciliaire et hiérarchique. L’élément conciliaire exprime l’existence de nombreuses personnes rassemblées au nom du Christ, et l’élément hiérarchique manifeste qu’il y a une hiérarchisation parmi eux, en fonction des charismes dont disposent celles-ci. À tous les niveaux (Saint-Synode, diocèses métropolitains, paroisses, monastères) fonctionnent les organisations conciliaire et hiérarchique et c’est ainsi qu’est exprimée la vérité de la foi. Cela apparaît de façon prononcée dans la divine eucharistie, qui exprime le mode de fonctionnement de la structure conciliaire, dans laquelle existent l’évêque, comme président de la synaxe eucharistique et docteur de la vérité, les clercs, les moines et les laïcs avec leurs charismes particuliers. C’est ainsi que fonctionnent aussi les conciles des Églises locales et les conciles panorthodoxes. De cette façon est glorifié le Dieu trinitaire. Durant de nombreuses années les Églises orthodoxes locales ont constaté qu’il était nécessaire que fût convoqué le saint et grand Concile pour régler différents problèmes ecclésiastiques persistants qui préoccupent les Églises locales. L’Église orthodoxe délibère toujours conciliairement pour régler les différents problèmes dogmatiques, ecclésiastiques, canoniques et pastoraux. Durant le premier millénaire du christianisme, des conciles œcuméniques et locaux ont été convoqués. Durant le deuxième millénaire également, des grands conciles ont été convoqués, revêtant un caractère universel et panorthodoxe, les plus importants étant ceux qui furent tenus sous saint Grégoire Palamas ainsi que les conciles des patriarches orientaux qui eurent lieu par la suite. En réalité, « l’Église est considérée comme un concile continu », c’est au demeurant ce que signifie le mot Église. C’est dans ce cheminement pérenne de la conciliarité sans interruption que se situe le le saint et grand Concile des Églises orthodoxes. Les quatorze Églises orthodoxes locales, après les sessions de nombreuses commissions conciliaires préparatoires, ont choisi à l’unanimité d’aborder, au saint et grand Concile, six thèmes, à savoir : 1) « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », 2) « La diaspora orthodoxe », 3) « L’autonomie et la méthode de sa proclamation », 4) « Le sacrement du mariage et ses empêchements », 5) « L’importance du jeûne et son observation aujourd’hui », 6) « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Les commissions de toutes les Églises ont préparé les textes, lesquels ont été signés par les primats des Églises orthodoxes et, sous leur forme finale, ont été soumis aux hiérarchies des Églises orthodoxes locales avec la possibilité de proposer des corrections et des ajouts, comme l’impose la structure conciliaire de l’Église. C’est dans ce but qu’a été convoquée récemment la hiérarchie de l’Église de Grèce, les 24 et 25 mai, afin de débattre au sujet de la décision et de la proposition du Saint-Synode permanent, qui faisaient suite aux suggestions envoyées par les hiérarques, sur l’initiative de S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme. La hiérarchie de l’Église de Grèce, dans sa fidélité absolue à l’enseignement des prophètes, des apôtres et des Pères, et avec respect pour le fonctionnement conciliaire de l’Église orthodoxe, a étudié de façon exhaustive les propositions du Synode permanent, l’une après l’autre, et dans un esprit de consensus, de responsabilité et de sérieux, dans l’unanimité sur la plupart des points et avec une majorité absolue sur d’autres. Elle a procédé aux corrections des textes présentés et, où il le fallait, a fait également des ajouts, afin que ceux-ci constituent les décisions finales de notre Église relativement à ces textes. Ces corrections et ces ajouts, qui sont essentiels et sont conformes à l’expérience et la tradition pérennes de l’Église, seront soumis au secrétariat panorthodoxe du saint et grand Concile en Crète et seront soutenus par S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, afin que soient améliorés les textes déjà élaborés par les primats des Églises orthodoxes. Ainsi sera donné au monde contemporain un bon témoignage ecclésial de la foi et de l’unité, conforme à toute la tradition de l’Église. Assurément, il est connu que la hiérarchie de l’Église de Grèce a discuté ces sujets avec responsabilité, calme et en connaissance de cause. Ce qui importe, cependant, est que celle-ci ait gardé son unité. Les points de vue de nombreux hiérarques ont été entendus et les décisions étaient presque unanimes. Étant donné que de l’inquiétude s’était manifestée au préalable, en grande partie justifiée, chez beaucoup de membres du clergé, chez les moines et les laïcs, au sujet des textes que discutera le saint et grand Concile, nous recommandons à tous de s’apaiser, car nous les premiers, hiérarques, avons prononcé la confession de foi lors de notre sacre épiscopal, qui nous enjoint de préserver l’héritage apostolique et patristique que nous avons reçu, et nous veillons sur notre troupeau, pour la gloire de Dieu et de l’Église. Comme on le sait, le saint et grand Concile accomplira ses travaux à partir du jour de la Pentecôte et jusqu’au dimanche de Tous les saints. Cela signifie que les hiérarques et les autres clercs et laïcs qui représenteront l’Église de Grèce à ce concile, comme le feront aussi les autres Églises, s’efforceront d’exprimer l’expérience et la foi du mystère de la Pentecôte et la confession de nos saints, lesquels sont la continuation de la Pentecôte dans l’histoire. Aussi, nous prions le plérôme de notre sainte Église, qui porte le nom du Christ, à prier pour tous, particulièrement pour les évêques, clercs, moines et laïcs qui seront présents au saint et grand Concile, afin qu’ils donnent le bon témoignage de notre foi orthodoxe, et que ce concile avec ses décisions s’avère être un jalon spirituel dans notre vie ecclésiale ».
(Suivent les signatures de l’archevêque d’Athènes Jérôme et de tous les membres du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Grèce).

Source

Lettre de la Sainte-Communauté du Mont Athos au sujet du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

Karyès, le 12/25 mai 2016

À sa divine Sainteté,
Notre très respecté Père et Maître le Seigneur Bartholomée,
au Phanar

Très saint Père et Maître,

Nous saluons joyeusement, filialement et avec un profond respect, votre divine Sainteté, dans le Christ ressuscité, par la célèbre acclamation « Le Christ est ressuscité ! »

Selon les institutions de notre lieu sacré, nous nous sommes réunis en synaxe double extraordinaire et nous avons pris pieusement en considération :
1) Votre vénérable lettre patriarcale du 11 mars 2016, par laquelle notre Sainte Communauté a été informée au sujet de la convocation du saint et grand Concile, et ont été communiqués à celle-ci, à titre informatif, les six textes préconciliaires qui seront renvoyés devant le saint et grand Concile ;
2) Votre encyclique patriarcale et synodale du 20 mars de cette année, dans laquelle est mentionné que le Concile panorthodoxe a pour but primordial et de première importance de « manifester que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et particulièrement dans la divine eucharistie ainsi que dans la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité », et est porté à notre connaissance que « les textes mis au point au niveau panorthodoxe et soumis au saint et grand Concile sont publiés et mis à disposition de tout fidèle bien disposé dans le but de son information et de sa mise au courant, mais aussi afin qu’il exprime son point de vue sur le saint et grand Concile et ses attentes quant à celui-ci».

Répondant à cette incitation paternelle de votre divine Toute-Sainteté, nous prions instamment, avec tous les pères vivant dans l’ascèse et de façon agréable à Dieu sur la Sainte Montagne, afin que le Seigneur bénisse et couronne de succès l’œuvre élevée du saint et grand Concile, pour le bien de Son Église et manifeste réellement l’unité de notre sainte Église orthodoxe, laquelle est l’Église une, sainte, catholique et apostolique.

Ayant étudié dans ce but et avec l’attention et le soin voulus les textes préconciliaires, nous nous permettons de soumettre respectueusement à votre attention ce qui suit.

Nous respectons et nous vénérons comme il se doit notre Mère la Grande Église du Christ [l’Église de Constantinople, dont dépend le Mont Athos, ndt] et Vous-même, le patriarche oecuménique et notre Père. Nous prions sans cesse pour l’Église primatiale martyre et l’allègement du poids de la croix qu’elle porte depuis des années. Chaque fois que surgissent des questions qui posent problème à la conscience de la sainte Église orthodoxe, nous exprimons nos points de vue et suggestions avec respect et amour, comme le faisaient les pères qui vécurent avant nous.

Nous constatons l’effort efficace et diligent des représentants des très saintes Églises orthodoxes lors des conférences panorthodoxes préconciliaires, en vue de la rédaction des textes préconciliaires concernés, qui ont été publiés sur décision de la synaxe des primats (du 21 au 29 janvier 2016).

Néanmoins, nous pensons que certains points des textes préconciliaires nécessitent une clarification, afin que soient exprimés plus clairement la tradition pérenne des saints Pères et le viatique conciliaire de l’Église. Nous soumettons humblement notre point de vue et nos suggestions concernant ces points, pour leur évaluation et leur mise en valeur par l’Église.

Le premier point concerne l’ecclésiologie. La formulation « l’Église orthodoxe, étant l’Église une, sainte, catholique et apostolique » a été posée à juste titre comme exergue au début du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », dans le sens et dans l’idée qu’elle exprime l’unicité de Celle-ci. Cependant, le saint et grand Concile, en tant qu’organe conciliaire supérieur aux Conférences pré-concilaires, devrait compléter la formulation du texte concerné et éviter le terme « Église » au sujet des hétérodoxes, utilisant au lieu de celui-ci les termes « religions (dogmata) et confessions chrétiennes ». Ainsi, les hétérodoxes connaîtront très clairement ce que nous pensons à leur sujet en tant que leurs sincères interlocuteurs. Dans cette perspective, il serait plus juste d’introduire la formulation suivante dans l’alinéa 2 du paragraphe 6 : « L’Église orthodoxe connaît (au lieu de reconnaît) l’existence historique des autres confessions chrétiennes… » Dans la suite du texte, le concept d’unité de l’Église nécessite également une clarification. Nous croyons qu’appartiennent à son unité uniquement les membres de l’Église orthodoxe, en tant que Corps du Christ, participant à la « gloire » (la grâce déifiante du Saint-Esprit), pour laquelle a prié le Grand-Prêtre – notre Seigneur Jésus-Christ. C’est à leur sujet seulement qu’il est dit « qu’ils soient un, comme nous sommes un », selon le commentaire des Pères théophores (S. Athanase le Grand, S. Jean Chrysostome, S. Cyrille d’Alexandrie). Il est utile pour tous, pour la conscience qu’a de lui même le troupeau orthodoxe, mais aussi pour les hétérodoxes, que nous parlions du retour de ceux qui se sont séparés à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, à savoir notre sainte Église orthodoxe, laquelle maintient imperturbablement « le lien indivisible existant entre la véritable foi et la communion sacramentelle », comme cela fut exprimé par les saints Conciles œcuméniques. C’est dans ce sens de son unité que l’Église « a toujours cultivé le dialogue avec ceux qui sont partis, lointains et proches », et qu’elle peut dans ce cadre exprimer sa nature apostolique « dans des conditions historiques nouvelles » avec pour but objectif de préparer le terrain à leur retour dans Son unité dans l’Esprit Saint. Concrètement, nous suggérons que la phrase finale de l’article 5 sur « l’unité perdue des chrétiens », soit formulée comme suit : « le retour dans la vérité des chrétiens qui se sont éloignés d’elle ».

Le deuxième point des textes préconciliaires qui devrait subir des modifications, de telle façon que soit fixée la conscience qu’a d’elle-même l’Église à travers les temps, est ce qui se rapporte aux dialogues interchrétiens bi- ou multilatéraux. Le mode de conduite et de cheminement des dialogues théologiques ne satisfait pas l’ensemble du plérôme de l’Église. Quant à notre Sainte Communauté, elle s’est exprimée, de temps à autre et dans différentes circonstances, par des textes officiels s’opposant aux accords théologiques avec les hétérodoxes, et elle a protesté contre les prières communes et autres pratiques liturgiques (baisers liturgiques, etc.), par lesquels est donnée l’image d’une fausse union avec eux, comme cela a été mentionné dans le texte de notre synaxe double du 9/22 avril 1980. Concrètement, dans l’article 18 du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il doit être dit clairement que l’Église orthodoxe ne peut en aucun cas accepter l’unité de l’Église comme un accommodement interconfessionnel ou comme participation à des prières communes et d’autres pratiques liturgiques qui créent la confusion dans la conscience du plérôme orthodoxe. Aussi, nous ne pouvons pas ne pas exprimer notre vive préoccupation et nos objections fondées quant à la poursuite de la participation des orthodoxes au Conseil oecuménique des Églises.

Troisièmement, en ce qui concerne « le règlement d’organisation et de fonctionnement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe », nous comprenons les difficultés pratiques, aussi nous évitons d’aborder les questions qui se posent au sujet du mode d’organisation et de la participation à titre égal des évêques. En même temps, cependant, dans l’article 22 du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », où se pose la question de savoir qui est « le juge désigné et ultime en matière de foi », le texte pourrait être plus clair avec la précision que la tradition ecclésiale reconnaît comme juge ultime dans les questions de foi la conscience du plérôme de l’Église, qu’expriment parfois des personnes individuelles ou des conciles de hiérarques ou le peuple fidèle, et qui est validée par des décisions conciliaires. Nous considérons également qu’il doit être fait référence aussi aux grands conciles de l’Église orthodoxe qui ont eu lieu après le VIIème Concile oecuménique (ceux qui ont été tenus sous le patriarche Photius le Grand en 879, sous saint Grégoire Palamas en 1341-1351, et ceux qui ont invalidé les pseudo-conciles unionistes de Lyon et de Florence). En effet, par la référence à ces conciles, les différences dogmatiques et ecclésiologiques avec les hétérodoxes (sur le Filioque, la grâce créée, la primauté papale, etc.) seraient complètement tirées au clair.

Le quatrième et, selon nous, dernier point, concerne l’esprit du texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Le texte se distingue par une sensibilité spirituelle ; cependant, nous pensons, en tant qu’athonites et héritiers de la tradition ascétique hésychaste, qu’il serait complété de la façon la plus approprié (de préférence dans le paragraphe 6,13) par une référence pleinement développée à l’anthropologie et à la cosmologie orthodoxes correspondantes, telle qu’elle ont été formulées principalement par saint Grégoire Palamas. Concrètement, le texte peut être complété de la façon suivante : « Dieu peut se révéler à l’homme par la communion immédiate avec Lui, lorsque ce dernier met en pratique l’ascèse selon le Christ et aspire à Lui continuellement par la prière noétique. Le but de cette spiritualité rigoureuse et mystagogique est la déification, c’est-à-dire l’expérience personnelle de la lumière divine de la Transfiguration par celui qui prie. La condition indispensable pour cela est que la perfection personnelle, la communion avec Dieu et Sa révélation ne peuvent être atteintes que dans le cadre de l’Église. Tout le combat spirituel est réalisé seulement par la grâce de Dieu et non indépendamment d’elle (comme c’est le cas par l’application de diverses techniques rencontrées dans différents courants mystiques anciens et contemporains, ou par le développement autonome de l’intellection et de la connaissance humaines). Dans ce cadre, la place principale est occupée par la distinction entre l’essence et les énergies incréées de Dieu. Dieu ne reste pas inaccessible à l’homme, mais entre en relation directe et personnelle avec lui par Ses énergies incréées. Ainsi, l’homme participe à la vie divine et devient dieu selon la grâce. L’énergie de Dieu n’est pas une quelconque puissance ou surpuissance ; elle est le Dieu vivant personnel et trinitaire, qui devient accessible et participable pour l’homme, et qui entre dans l’histoire et sa vie afin que celui-ci « devienne participant à la nature divine », portant « l’image » et cheminant vers « la ressemblance » par l’ascèse, la vie vertueuse et l’impassibilité (apatheia). Par cette voie susmentionnée de la déification, la paix selon le Christ entre dans l’homme – la « paix qui vient d’en-haut », laquelle doit être distinguée de la notion de paix de ce monde, qui est recherchée par des initiatives et des manifestations inter-religieuses.

Très saint Père et Maître, estimant profondément les labeurs de ceux qui ont travaillé lors des conférences préconciliaires, nous pouvons dire en conclusion que les textes préconciliaires nécessitent certaines améliorations, afin d’exprimer la conviction universelle de notre sainte Église orthodoxe. Nous soumettons cette demande filiale afin, qu’entre autres, vous preniez en compte nos suggestions, que nous exposons avec circonspection, attention et prière, et pour que le Saint et Grand Concile « constitue une expression authentique de la tradition canonique et de la praxis ecclésiastique pérenne pour le fonctionnement du système conciliaire » de l’Église. Alors se produira une grande joie dans les cieux et sur terre, et seront évités les séparations et les schismes éventuels, tandis que le plérôme de l’Église « d’une seule bouche et d’un seul cœur » glorifiera le Dieu très-saint dans la Trinité, l’espoir et le salut du monde entier.

Cela dit, élevant de tout cœur des prières ardentes au Seigneur ressuscité pour votre divine Toute-Sainteté et pour le succès du saint et grand Concile maintenant convoqué, nous vous adressons notre plus profond respect et notre dévouement filial.

Tous les représentants et supérieurs des 20 monastères sacrés et vénérables monastères de la Sainte Montagne de l’Athos, réunis en synaxe double extraordinaire

Copie : aux Églises orthodoxes autocéphales et aux 20 monastères du Mont Athos

Source

Réflexions de l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion de la sortie d’un volume sur le Concile panorthodoxe, contenant la traduction en serbe des projets de textes préconciliaires, ainsi que des articles de différents théologiens de l’Église orthodoxe serbe, l’évêque de Bačka Irénée a publié le communiqué suivant.
« Le Christ est ressuscité !
J’adresse mes salutations à tous dans la joie de la Résurrection, tout en réfléchissant sur le saint et grand Concile durant les jours de la plus joyeuse des fêtes chrétiennes, qui emplit tout de sens universel. Il s’agit du message évangélique du salut de tous et de tout en Christ, qui contient en lui de façon concise l’annonce de l’unité conciliaire de l’Église. En même temps, au moment de la session en Assemblée de la hiérarchie de notre Église locale, je pense qu’il faut, par principe, que nous nous réjouissions tous du futur Concile panorthodoxe. On peut parfois lire et entendre dans les média – et aussi de la bouche des pasteurs et des théologiens de l’Église – que la tradition et la pratique de la convocation des Conciles dans l’Église orthodoxe, ou bien encore en Orient, est interrompue déjà depuis longtemps et que douze siècles se sont passés sans que nous ayons de conciles généraux (!). Historiquement, cela est inexact ! Notre Église est par nature conciliaire (catholique, universelle, englobant tout). Sa conciliarité (catholicité) ontologique, se manifeste historiquement en tant que synodalité, elle s’exprime précisément par les conciles. Avant tout, chacune de nos assemblées lors de la Liturgie est une Assemblée de toute l’Église « en un seul lieu », et sa réunion en un seul corps, en un Esprit divin (ἐπὶ τὸ αὐτό). Chaque Église locale (évêché, diocèse) est une Église dans sa plénitude, qui est en communion avec toutes les autres Églises de Dieu dans le monde. Il en résulte que sans communion conciliaire, l’unité de l’Église, en général, n’existe pas, pas même un instant. Les conciles locaux ou régionaux sont convoqués lorsqu’il en existe le besoin. Notre Église locale, en règle générale, tient un concile au moins une fois par an, et si nécessaire plus souvent. D’autres Églises locales tiennent aussi des conciles – les unes plus souvent, et les autres plus rarement. Qui plus est, lorsque des circonstances historiques importantes l’exigent, c’est-à-dire non à des intervalles réguliers, des grands conciles, exceptionnels, dans la Grâce, de toutes les Églises de Dieu dans le monde, sont convoqués. Ce sont les conciles généraux de l’Église qui s’appellent habituellement Conciles œcuméniques. Par conséquent, il n’est pas exact d’affirmer que dans l’Église orthodoxe, durant de longs siècles, il n’y a pas eu de conciles. Il est seulement exact qu’à l’époque plus récente, durant les siècles plus récents, nous n’avons pas eu de conciles panorthodoxes ou généraux. Cela peut se comprendre dans le contexte des événements historiques. Dans les temps plus anciens, seule la Russie était un pays orthodoxe libre, tandis que dans tous les autres, nous nous trouvions sous un asservissement qui a duré pendant des siècles. Sans les conditions de liberté et de paix, et sans bons moyens de communication entre les chrétiens orthodoxes dispersés dans « l’univers », dans le monde, il n’était pas possible de convoquer des grands conciles. À l’époque plus récente, alors qu’avaient déjà commencé les préparatifs pour un tel concile, au début du XXème siècle, la réunion au monastère athonite de Vatopédi [en 1930 ndt], a été particulièrement importante. À celle-ci, outre les représentants des autres Églises orthodoxes, les évêques de l’Église orthodoxe serbe ont prit une participation active, et le rôle du saint évêque Nicolas y a été immense. Plus tard, les plans pour que le nouveau concile général se tienne à Niš, à l’occasion du 1600ème anniversaire du premier concile œcuménique, ou à Jérusalem ou encore ailleurs, sont « tombés à l’eau », et la convocation du concile a été reportée sine die, principalement en raison des conditions prévalant dans l’Église russe à l’époque soviétique et, plus tard, en raison de conditions similaires dans la majorité des Églises locales, au temps des communistes et de leur pouvoir. Maintenant est venu le moment auquel l’Église peut organiser son concile, bien que les conditions, aujourd’hui aussi, ne soient pas idéales. Il n’y a pas, à vrai dire, de terreur politique et de persécutions grossières dans la majorité des pays orthodoxes, mais dans certains de ceux-ci il existe néanmoins des difficultés dans la vie de l’Église en raison des affrontements armés et, au Moyen Orient, des persécutions par des musulmans fanatiques. C’est la raison pour laquelle le Concile n’a pu être tenu à Constantinople, comme cela avait été prévu au départ. Nous sommes témoins que, sur la base des nouvelles médiatiques, il y a encore des actes terroristes à Ankara et à Constantinople. Les difficultés et les souffrances sont énormes en Syrie, en Irak, dans tout le Moyen Orient, où il y a aujourd’hui également beaucoup de chrétiens orthodoxes, mais aussi des chrétiens séparés de l’Église orthodoxe, qui lui sont toutefois proches et apparentés spirituellement. Les circonstances idéales, au demeurant, n’existent pas et nous ne pouvons les attendre. Mais les besoins et les défis existent et, pour cette raison, il a été décidé d’accélérer les préparatifs. Personnellement, s’il n’est pas immodeste de ma part que je le dise, je considère ce qui suit : si les préparatifs avaient duré deux ou trois ans de plus, le futur Concile serait plus réussi. Je le dis avec une certaine dose de hardiesse, peut-être non justifiée, car je participe depuis longtemps déjà au préparatifs conciliaires au nom de notre Église, avec le métropolite du Monténégro et du Littéral Mgr Amphiloque, et ce non pas comme un observateur qui suit tout ce qui se passe, mais de façon active, de l’intérieur. C’est ainsi que je considère que nous aurions pu avoir alors quelques thèmes importants à l’ordre du jour encore, tout d’abord la question de l’autocéphalie. Il en est de même pour la préparation des textes qui seront traités et soumis à la discussion au Concile et au sujet desquels des décisions seront prises. Cette préparation aurait pu être plus réussie parce certains des textes sont anciens de plusieurs décennies et la période préparatoire n’était pas suffisante pour qu’ils soient revus plus sérieusement et approfondis en fonction des défis spirituels actuels. Nous devons croire que notre manque tout humain de préparation, ou notre préparation insuffisante, ou encore nos désaccords sur certaines questions (il y en a), voire même les relations perturbées entre certaines Églises autocéphales, ne seront pas déterminants, mais que l’Esprit Saint élèvera tout cela depuis les espaces terrestres jusqu’à la cime des espaces célestes. Il édifie le Corps de l’Église et peut, par Son amour étendu et qui englobe tout, l’amour qui est du Père, et qui nous est accordé par le Fils et que nous vivons justement dans l’Esprit Saint, tout vivifier, transfigurer, manifester comme une fidèle icône du royaume de Dieu, malgré tout ce qui est humain et imparfait. Car le Concile est avant tout la Pentecôte, l’Esprit Saint avec nous. Sa force triomphera malgré toutes nos faiblesses et nos défauts. C’est la condition sine qua non préconciliaire, conciliaire et postconciliaire. Au demeurant, les Conciles sont convoqués dans ce but à travers toute l’histoire de l’Église. Ce ne sont pas des conférences ou des symposiums, mais des conciles qui résolvent les questions vitales de la vie de l’Église, en premier lieu, celles qui concernent l’unité de l’Église, à savoir une communion pleine et sans obstacle entre les Églises. C’est pourquoi je crois que la future réunion de toutes les Églises orthodoxes « ensemble et dans l’unanimité » témoignera l’unité entre nous. J’espère qu’elle présentera en outre un témoignage qui peut, à mon sens, être utile également aux chrétiens qui appartiennent à l’Église catholique-romaine, de même qu’aux chrétiens qui appartiennent aux communautés de la Réforme, aux Églises protestantes. En quoi vois-je cela ? De premier abord, il s’avérera que l’unité de l’Église est possible et réelle sans les excès et l’unilatéralité de la doctrine de la primauté de l’évêque de Rome sous la forme qu’elle a développée durant le deuxième millénaire de l’histoire chrétienne, c’est-à-dire sans l’absolutisation du primat romain, sans interprétation de la primauté d’honneur comme une primauté de pouvoir. Donc, que l’on ne peut justifier la nécessité de l’unité par une hypertrophie malsaine de la primauté. Car celle-ci a existé également durant les premiers siècles, mais elle était alors fondée sur l’amour, le service et le sacrifice. De même, les communautés issues de la Réforme, en rejetant le modèle d’unité romain, ont perdu l’unité entre elles, et, en même temps, l’unité avec l’Orient orthodoxe et l’Occident catholique. Il se peut que notre saint et grand Concile soit un témoignage utile, à eux, à tous, voire à nous-mêmes – un témoignage de l’unité de l’Église, et l’indicateur d’un équilibre indispensable entre primauté et conciliarité, primauté conçue comme sacrifice et comme service à l’unité de l’Église, et acceptation conciliaire et dans la Grâce de cette unité par les autres Églises. Peut-être serons-nous en mesure de montrer ce qu’est l’équilibre divino-humain, selon le Saint-Esprit et selon la sainte Trinité, dans l’existence et la vie de l’Église, un bon modèle de l’unité, qui est recherché parmi les Églises, bien qu’il ait été donné en fait à l’Église dès les temps apostoliques et a existé jusqu’au grand schisme entre Orient et Occident à la fin du premier millénaire. Or, l’Église orthodoxe le garde fidèlement aujourd’hui également. Tous les textes dans le présent volume, malgré leurs imperfections, sont précisément une tentative de présenter de tels efforts, et le recueil même est le fruit du souhait et du travail communs de tous les contributeurs qui ont participé à sa publication afin de témoigner ce qui nous a été donné dès le début et à jamais, la véritable catholicité et l’unité établie par Dieu de l’Église du Christ. Nous offrons les fruits de cette œuvre modeste à l’amour de toute la plénitude chrétienne de notre Église locale, ainsi qu’à tous les gens de bonne volonté. À Novi Sad, le 3/16 mai 2016 ».

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Plusieurs monastères du Mont-Athos répondent aux documents préparatoires du prochain Concile panorthodoxe

AthosPlusieurs monastères du Mont Athos ont répondu aux documents préparatoires du prochain Concile panorthodoxe dans des lettres adressées à la Sainte-Communauté du Mont Athos qui ont été communiquées au public.
Les documents préparatoires du prochain Concile panorthodoxe ont été envoyés aux monastères du Mont Athos par le Patriarcat de Constantinople, et après examen des documents, il a été décidé de tenir une réunion extraordinaire des représentants et higoumènes des vingt monastère pour élaborer une réaction commune de la Sainte-Communauté. Cette réunion aura lieu après la Semaine Radieuse (semaine qui suit Pâques).
Comme un certain nombre de hiérarques, prêtres et théologiens – en particulier des Églises de Grèce, de Bulgarie, de Géorgie et de l’Église orthodoxe russe à l’étranger –, les pères athonites ont répondu avec gravité, en attirant l’attention sur plusieurs problèmes posés par les documents préparatoires, en particulier:
— La sous-estimation du principe de conciliarité et une théologie qui promeut fortement la primauté (en raison de la limitation de la participation des évêques et de l’autorité excessive conférée aux primats des Églises locales).
— Une ambiguïté inacceptable dans les textes préconciliaires, se prêtant à des interprétations qui s’écartent du dogme orthodoxe.
— L’établissement, comme base des dialogues, de « la foi et de la tradition de l’Église ancienne et des sept conciles œcuméniques », de sorte que l’histoire ultérieure de l’Église orthodoxe semble être en quelque sorte manquante ou susceptible de compromis.
— Une tentative faite par certains pour obtenir une confirmation panorthodoxe de textes inacceptables établis par le Conseil oecuménique des Églises.
— L’application inacceptable du terme « Église » à des communautés schismatiques ou hérétiques.
Plusieurs des lettres adressées à la Sainte-Communauté peuvent être lues en grec ici.

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Visite au Patriarcat œcuménique de Constantinople du métropolite Tikhon, primat de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA)

Le métropolite Tikhon a accepté l’invitation de Sa Toute-Sainteté, le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée, à concélébrer la divine liturgie en l’église patriarcale Saint-Georges au Phanar, le Dimanche de l’orthodoxie, les 19 et 20 mars. Le métropolite Tikhon avait accepté précédemment des invitations similaires du patriarche Bartholomée. En décembre 2014, il avait visité la Faculté de théologie de Halki ainsi que le patriarcat avec l’archiprêtre John Jillions, chancelier de l’OCA, les archiprêtres John Behr et Alexander Rentel, du Séminaire Saint-Vladimir de New York. En juin 2015, le métropolite Tikhon et le père Alexandre s’étaient rendus au patriarcat à l’occasion de la réunion du comité exécutif de l’Assemblée des évêques canoniques des États-Unis d’Amérique. Accompagné par le père John Jillions, le métropolite Tikhon est arrivé à Istanbul le samedi 19 mars, peu après qu’un attentat terroriste ait fait plus de 30 victimes dans le quartier touristique de la ville. La délégation a été accueillie par le diacre Niphon, un moine né aux États-Unis, qui dirige le secrétariat en langue anglaise du Patriarcat depuis 2008. Le samedi soir, le métropolite Tikhon et l’archiprêtre John Jillions ont assisté aux Vêpres en l’église patriarcale Saint-Georges, présidées par le patriarche Bartholomée, qui les a invités dans son bureau après l’office. « Le métropolite Tikhon a transmis les salutations de la part du Saint-Synode de l’Église orthodoxe en Amérique », a déclaré le père John. « Il a discuté avec Sa Toute-Sainteté la question du saint et grand Concile qui approche, la récente visite de Sa Béatitude [le métropolite Tikhon] à Son Éminence l’archevêque Léon et à l’Église de Finlande – une Église autonome sous la juridiction du Patriarcat œcuménique -, le travail de l’Assemblée des évêques canoniques aux États-Unis d’Amérique, les perspectives d’un dialogue formel renouvelé avec le Patriarcat concernant l’unité orthodoxe et la régularisation canonique de l’Église en Amérique du Nord. Sa Toute-Sainteté, à son tour, a fait bon accueil à la discussion, rappelant son engagement dans ces questions avec le défunt protopresbytre Jean Meyendorff et avec Son Éminence le défunt archevêque Pierre (L’Huillier) » a ajouté le père Jean. « Il était entendu que, tandis que des différences subsistent en ce qui concerne la nature de l’autocéphalie [de l’OCA], cela ne constituait pas un obstacle à la communion et à la concélébration ». Après un échange de cadeaux, le patriarche Bartholomée a encouragé le métropolite Tikhon à lui rendre à nouveau visite à l’avenir. Après la rencontre, le métropolite Tikhon et le père John on dîné avec le patriarche Bartholomée et certains des membres du Saint-Synode patriarcal, dont S.E. le métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame, avant de réciter l’office de préparation à la sainte communion. Le Dimanche de l’orthodoxie, le 20 mars, le métropolite Tikhon a concélébré la divine liturgie avec le patriarche Bartholomée et les membres du Saint-Synode patriarcal, dont un certain nombre exercent leur ministère aux États-Unis et sont bien connus au métropolite grâce à l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques de ce pays. Après la liturgie patriarcale, un service de requiem a été célébré pour eux qui ont souffert et sont morts pour la foi orthodoxe, avec une procession, au cours de laquelle était portée l’icône des Pères du VIIème concile œcuménique. Le dimanche après-midi, le patriarche Bartholomée et le métropolite Tikhon se sont rendus dans une paroisse locale pour la célébration des vêpres du Dimanche de l’orthodoxie. Un bref concert exécuté par un groupe de chanteurs et de musiciens de Grèce du Nord, s’ensuivit dans la salle paroissiale. Le patriarche Bartholomée fit ensuite de chaleureux adieux au métropolite Tikhon et au père John avant leur départ, le lundi matin 21 mars. Des photographies de l’événement sont disponibles ici. Le métropolite Tikhon a fait la déclaration suivante sur son voyage à Constantinople : « Au clergé, aux membres de l’ordre monastique, et aux fidèles de l’Église orthodoxe en Amérique. Je viens de revenir d’une visite à Constantinople, où j’ai été invité à concélébrer par Sa Toute-Sainteté, le patriarche œcuménique Bartholomée, pour la fête du Dimanche de l’orthodoxie, au Patriarcat œcuménique. L’une de mes responsabilités principales en tant que primat est de représenter l’Église orthodoxe en Amérique dans ses relations avec les autres Églises orthodoxes. Ce voyage tout récent est le dernier d’une série de visites officielles que j’ai entreprises depuis mon élection au rang de métropolite, y compris des visites aux Églises de Russie, Géorgie et Finlande. Une concélébration du métropolite de l’Église orthodoxe en Amérique avec le patriarche œcuménique n’a jamais eu lieu historiquement et était rendue difficile, en premier lieu, en raison de compréhensions différentes qu’ont nos Églises respectives au sujet de l’autocéphalie et de son octroi. Ces compréhensions différentes demeurent, mais, depuis 2009, le nouveau contexte des Assemblées épiscopales a ouvert des opportunités pour un dialogue renouvelé sur l’unité orthodoxe en Amérique du Nord, qui est un engagement essentiel de l’Église orthodoxe en Amérique et qui se trouve au centre de notre vision de l’orthodoxie nord-américaine. La communion eucharistique et la concélébration le jour du Dimanche de l’orthodoxie ont montré de façon visible et publique la conviction, souvent exprimée par Sa Toute-Sainteté, le patriarche œcuménique, à savoir que l’Église orthodoxe en Amérique, ses évêques, son clergé et son peuple sont inclus dans la famille des Églises orthodoxes canoniques, tout en maintenant simultanément la position selon laquelle l’autocéphalie de l’Église orthodoxe en Amérique n’est pas reconnue. Toutefois, l’Église orthodoxe russe, avec les Églises de Géorgie, Bulgarie, Pologne et l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie, confirment et reconnaissent l’autocéphalie de notre Église. Du fait que l’autocéphalie de l’Église orthodoxe n’est pas reconnue universellement, notre Église n’a pas été invitée aux conférences inter-orthodoxes préparatoires au saint et grand Concile. Nous ne sommes pas non plus invités à celui-ci. C’est notre espoir et notre attente que les Églises orthodoxes trouveront un mode approprié pour inclure notre Église dans les processus inter-orthodoxes à l’avenir. L’Église orthodoxe en Amérique a maintenu sa position constante sur la question de l’unité canonique en Amérique du Nord depuis l’époque du Tomos (le décret officiel) d’autocéphalie octroyé en 1970 par l’Église orthodoxe russe, dont le désir était de travailler dans la direction « de la normalisation des relations entre les différentes juridictions ecclésiastiques en Amérique », dans l’espoir que l’octroi de l’autocéphalie « servirait au bien de l’Église orthodoxe en Amérique et à la gloire de Dieu ». En même temps, nous étions appelés à « demeurer dans des relations fraternelles avec toutes les Églises orthodoxes et leurs primats, ainsi que leurs évêques, clercs et pieux troupeaux, qui sont en Amérique et qui, à l’heure actuelle, maintiennent de facto leur dépendance canonique et juridictionnelle existantes de leurs Églises nationales et leurs primats ». Cette visite toute récente, à l’invitation de Sa Toute-Sainteté était une occasion d’exprimer notre amour fraternel et nos bonnes relations avec le Patriarcat œcuménique, tout en restant néanmoins fermes quant à notre vision de l’orthodoxie en Amérique du Nord. Ce faisant, nous maintenons l’équilibre ecclésial qui est exprimé par la structure de l’Église orthodoxe qui, selon les paroles de Sa Toute-Sainteté, « ne reconnaît qu’une autorité : le concile de ses hiérarques canoniques. Hors d’une décision conciliaire, la distinction entre orthodoxie et hérésie n’est pas possible. Les dogmes et les saints canons portent le sceau de la conciliarité. L’orthodoxie est l’Église conciliaire ». Je demande les prières de tout le clergé, des membres de l’ordre monastique et des fidèles de l’Église orthodoxe en Amérique, pour tous les primats orthodoxes et leurs Églises, avec leurs évêques et leurs fidèles en Amérique du Nord, afin que nous puissions réaliser les paroles de la prière du Seigneur : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). Avec amour en Christ, + Tikhon, archevêque de Washington, métropolite de toute l’Amérique et du Canada ».

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Encyclique patriarcale et synodale au sujet de la convocation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

+ Bartholomée,
Par la Grâce de Dieu archevêque de Constantinople,
la Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique
À tout le plérôme de l’Église
La grâce et la paix de Dieu soient avec vous !

Notre sainte Église orthodoxe, qui est ornée « comme de velours et de lin fin» par le sang de ses martyrs, les larmes de ses vénérables pères et les combats et sacrifices de ses confesseurs de sa foi, célèbre aujourd’hui sa fête onomastique. Après une période d’un siècle d’âpres combats, c’est à juste titre et avec raison que ce jour a été appelé et désigné comme « dimanche de l’orthodoxie », puisque la vérité a brillé et a triomphé du mensonge, par la vénération des icônes sacrées, comme portant la présence personnelle et la grâce divine du Fils et Verbe de Dieu incarné et de Ses saints. De cette manière a été reconnu et prêché encore une fois que « Le Verbe est devenu chair et a habité parmi nous» (Jean I, 14), honorant ainsi et sanctifiant la création matérielle et notre corps, pour que nous devenions « participants à la nature divine » (cf. II Pierre 1,4), participants à la grâce et la vie divines. Dans cette grande et salvatrice vérité, qui a été attaquée par ceux qui refusaient la vénération des saintes icônes, la voie de la victoire de la vérité sur le mensonge a été, dans ce cas également, celle suivie par l’Église depuis son début et pendant tout le cheminement de son histoire. Celle-ci n’était autre que celle de la conciliarité. La distinction entre la vérité et le mensonge, l’orthodoxie et l’hérésie, n’est pas toujours discernable. Les hérétiques croyaient et croient qu’ils possèdent la vérité, et il y aura toujours ceux qui caractériseront « d’hérétiques » ceux qui ne sont pas d’accord avec leurs vues. L’Église orthodoxe, dans ce cas, ne reconnaît qu’une seule et unique autorité : le concile de ses évêques canoniques. Sans décision conciliaire, la distinction entre orthodoxie et hérésie n’est pas possible. Tous les dogmes de l’Église et les saints canons portent le sceau de la conciliarité. L’Église orthodoxe est l’Église de la conciliarité. L’Église orthodoxe a souligné dès son début ce principe ecclésiologique, et elle l’applique fidèlement au niveau local. Cela a été en vigueur durant de nombreux siècles, au niveau universel et panorthodoxe également, mais a été interrompu en raison des circonstances historiques pendant longtemps. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’agréable position d’annoncer officiellement depuis ce trône sacré et œcuménique que, par la grâce de Dieu, avec l’accord de tous les primats des très saintes Églises orthodoxes, sera réalisé l’événement décidé depuis plus de cinquante ans, le saint et grand Concile et toute l’Église orthodoxe, et ce sur l’île de Crète, du 18 au 27 juin de cette année. Ses travaux commenceront par une divine liturgie panorthodoxe en la sainte église Saint-Ménas d’Héraklion, le jour grand et insigne de la Pentecôte, et se poursuivront à l’Académie orthodoxe de Crète à Kolymvari, près de La Canée. Ce saint et grand Concile sera présidé par Notre Humilité entouré des autres primats des Églises orthodoxes ; les autres hiérarques participeront comme membres du concile par les délégations de toutes ces Églises. Le but premier de ce concile panorthodoxe est d’enseigner que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et en particulier dans la divine eucharistie et la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité. C’est pourquoi le concile a été préparé depuis un longue période de temps, par une série de commissions préparatoires et de consultations préconcilaires, de telle façon que les textes de ses décisions soient inspirés d’unanimité et que leur message soit transmis « d’une seule bouche et d’un seul cœur ». Les thèmes dont s’occupera le saint et grand Concile, définis déjà de façon panorthodoxe lors de la décision de sa convocation, concernent principalement les problèmes de structure intérieure et de vie de l’Église orthodoxe, qui nécessitent une résolution immédiate. En outre, il y a les questions concernant les relations de l’orthodoxie avec le reste du monde chrétien et la mission de l’Église à notre époque. Nous savons, bien entendu, que le monde attend d’entendre la voix de l’Église orthodoxe au sujet de nombreux problèmes urgents qui préoccupent l’homme contemporain. Mais il a été jugé nécessaire que l’Église orthodoxe règle en premier lieu ses problèmes internes avant de parler ou de s’adresser au monde, ce qu’elle n’a pas cessé de considérer comme son devoir. Le fait que, après tant de siècles, l’orthodoxie exprime sa conciliarité sur un niveau mondial, constitue le premier pas, décisif, dont on attend, par la grâce de Dieu, qu’il mène à la convocation, Dieu voulant, d’autres conciles panorthodoxes.

Chers frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Les grands événements historiques sont dirigés par la grâce de Dieu. C’est Lui qui, en définitive, est le Maître de l’histoire. Nous semons et peinons, mais Celui qui fait croître est Dieu (cf. I Cor. 3,8). Le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe constitue réellement un événement historique et c’est en Dieu uniquement que nous plaçons sa réussite. Aussi, nous appelons les  fidèles orthodoxes, clercs et laïcs, à la prière au Dieu trinitaire pour qu’Il couronne par Ses bénédictions cet événement, afin que par celui-ci Son Église soit édifiée et que soit glorifié Son très saint Nom. Les temps sont critiques et l’unité de l’Église a pour devoir de constituer un exemple d’unité pour l’humanité déchirée par des divisions et les conflits. Le succès du saint et grand Concile est l’affaire de tous les membres de l’Église qui sont appelés à montrer leur intérêt envers lui. Déjà, les textes qui ont reçu un accord panorthodoxe et qui ont été soumis au saint et grand Concile sont publiés et sont mis à la disposition de chaque fidèle bien intentionné pour qu’il en soit informé et tenu au courant, mais aussi pour exprimer son opinion et ses attentes quant au saint et grand Concile. Annonçant cela à tout le plérôme de l’Église orthodoxe dans tout l’univers en cette fête insigne, nous souhaitons que le Seigneur accorde à Son Église et à nous tous Sa grâce en abondance et Sa bénédiction, et qu’Il donne au monde entier «  la paix en tout temps, de toute manière! » (2 Thess. 3,16).

Le 20 mars de l’année du Seigneur 2016

† Bartholomée, archevêque de Constantinople
Votre fervent suppliant devant le Seigneur

† Métropolite Jean de Pergame

† Métropolite Isaïe de Denver

† Métropolite Alexis d’Atlanta

† Métropolite Jacques des Îles des Princes

† Métropolite Joseph de Prikonisos

† Métropolite Méliton de Philadelphie

† Métropolite Emmanuel de France

† Métropolite Nicétas des Dardanelles

† Métropolite Nicolas de Detroit

† Métropolite Germain de San Francisco

† Métropolite Maxime de Selymbria

† Métropolite Amphiloque d’Adrianopolis

Source: Patriarcat oecuménique

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Jovan Nikoloski