19/08/2017
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Les vieux-croyants unis à l’Église orthodoxe russe (« edinovertsy ») : hier, aujourd’hui et demain

Au XVIIème siècle, des fidèles se sont séparés de l’Église orthodoxe russe en raison de la réforme liturgique introduite par le patriarche Nikon (+1681) et ont fondé le mouvement des « vieux-croyants » qui s’est séparé de l’Église officielle et existe encore de nos jours, dirigé par le métropolite Corneille. Toutefois, certains d’entre eux se sont réunis au XVIIIème siècle à l’Église orthodoxe russe, tout en gardant leurs rites anciens. Ce mouvement, qui subsiste encore de nos jours, est désigné en russe par le terme « edinovérié », littéralement « partageant la même foi ». Les membres de ce mouvement sont appelés « edinovertsy » Nous publions ci-dessous un article de Vladimir Basenkov, paru sur le site Pravoslavie.ru sur l’histoire de cette communauté, sa vie présente et les perspectives d’avenir que lui prête l’auteur de l’article.

Les vieux-croyants edinovertsy constituent un phénomène intéressant et profond dans l’Église russe, dont on n’a pas encore entièrement saisi le sens jusqu’à nos jours. C’est une sorte de pont entre la Russie et l’État russe, depuis Pierre le Grand jusqu’à maintenant. Prêtons attention à la définition de l’edinovérié donnée par le hiéromartyr Simon (Chleïev), le premier évêque de ces vieux-croyants unis à l’Église russe : « Opposé au au schisme, l’edinovérié est l’ensemble des paroisses de l’Église russe, unies avec celle-ci dans la foi, mais différentes par rapport à elle quant au rite. L’edinovérié est une section du vieux-ritualisme, acceptée dans la communion de l’Église de Russie sur la base de l’unité de la foi … L’edinovérié est le vieux-ritualisme réconcilié avec l’Église russe et universelle ». Le « vieux-ritualisme », il est important de prêter attention à ce terme. Ce ne serait pas un péché de qualifier les membres de l’edinovérié de « vieux-croyants » si l’on s’adresse à un large public. Oui, ce sont des paroisses dans lesquelles est maintenu l’ordo liturgique en vigueur jusqu’aux réformes du patriarche Nikon. Les membres de l’edinovérié sont des vieux-croyants qui sont dans l’Église, dans sa plénitude.

On considère habituellement que ce mouvement remonte à 1800. Le 27 octobre de cette année-là, les conditions auxquelles les vieux-croyants pouvaient être reçus dans la communion de l’Église orthodoxe russe, avec les remarques du métropolite de Moscou Platon (Levchine), ont été confirmées par l’empereur Paul Ier. Toutefois, ces règles contenaient une série de restrictions, dans le but d’éviter que les orthodoxes passent à l’edinovérié. Par exemple, le paroissien d’une église orthodoxe habituelle ne pouvait communier chez le prêtre appartenant à l’edinovérié qu’en cas de danger de mort. Il convient de mentionner que du côté du Saint-Synode, l’edinovérié était conçue comme un projet missionnaire et que le métropolite Platon considérait les vieux-croyants comme « se trouvant dans l’erreur par ignorance ». Et naturellement, il escomptait que dans un certain temps, les paroisses d’ancien rite fusionneraient complètement avec l’Église, passant même au rite nouveau. Toutefois, les choses ne se produisirent pas ainsi. Les vieux-croyants qui s’étaient prononcés volontairement pour l’unité, comprenaient le préjudice que comportait le fait de se trouver en dehors de la communion eucharistique avec l’Église-mère. Les offices selon les livres vieux-ritualistes et l’observance indéfectible de l’ancien mode de vie paroissial russe, à l’église, dans la famille et la vie personnelle, constituaient pour « les zélateurs de l’ancienne piété » un monolithe avec les dogmes. Sous le règne de l’empereur Nicolas Ier, les positions de l’edinovérié se renforcèrent de façon significative. Hélas, non sans immixtion administrative et pression sur les représentants des factions des vieux-croyants. Il est erroné d’accuser les membres habituels de l’edinovérié des méthodes violentes de « libération » des églises et des monastères appartenant aux vieux-croyants (schismatiques). L’approche administrative, bureaucratique et militaire du gouvernement pour « la guérison du schisme » en est responsable. Les monastères vieux-croyants dans les régions d’Irgiz, de Tchernigov, Nijni-Novgorod et d’autres endroits de l’empire sont passés à l’edinovérié. Des paroisses de ce dernier mouvement sont apparues à Moscou, aux cimetières Rogojsky et Preobrajensky, dans les centres vieux-croyants. À la fin du règne de Nicolas Ier, il y avait 179 paroisses de l’edinovérié, 200.000 personnes déclaraient y appartenir.

Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, les membres de l’edinovérié s’adressèrent au Saint-Synode avec une série de demandes concernant non seulement des modifications de points individuels des règles de 1800, mais proposant la révision radicale des relations du gouvernement envers les vieux-croyants et les membres de l’edinovérié. Il y avait là aussi des propositions de création d’une Église commune de vieux rite, et des demandes de révision des règles de 1800, ainsi que la demande d’obtenir un évêque de rite ancien. La majeure partie de toutes les questions fondamentales sont restées sans suite, à l’exception de quelques corrections portant sur des points secondaires. Toutefois, en 100 ans, l’edinovérié s’était déjà transformée en une force certaine, avec ses principes et ses traditions, ses positions actives et son souhait de voir ses membres devenir des membres à part entière de l’Église, ce qui, si l’on veut être honnête, ne se ressentait pas encore complètement. Indubitablement, le premier quart du XXème siècle est une période florissante pour l’edinovérié et cette époque est liée indissociablement au nom du hiéromartyr Simon (Chleïev), le premier évêque de rite ancien qui fut une personnalité infatigable au service du vieux-ritualisme orthodoxe. En ces années fut activement discutée la question de l’épiscopat pour les membres de l’edinovérié, lesquels eurent une série de congrès diocésains, puis trois congrès pan-russes. À la même époque ont été nommés d’abord un seul, puis plusieurs évêques pour le rite ancien. Les membres de l’edinovérié n’étaient plus alors « un projet missionnaire », mais ils appartenaient au plérôme de l’Église.

Les troubles révolutionnaires contraignirent le patriarche Tikhon à nommer des évêques de l’ancien rite dans les diocèses ordinaires de l’Église russe, et il fut par la suite convaincu de leur zèle, de leur courage, de leur pratique pastorale et de leur disposition à donner leur vie pour le Christ. En 1927 a eu lieu le congrès des membres de l’edinovérié, au cours duquel, entre autres questions, a été discutée la nécessité de constituer de nouveaux diocèses pour les tenants de l’ancien rite. En outre, le congrès s’est prononcé négativement au sujet du schisme de « l’Église vivante ». Et bientôt, en 1929, le Saint-Synode leva les malédictions sur les anciens rites. Malheureusement, les circonstances dans le pays ont amené à ce que les paroisses de rite ancien fusionnent avec les autres orthodoxes.

Extrêmement peu de choses nous sont connues sur la vie des communautés de rite ancien pendant la période soviétique. Au début des années 1990 et jusqu’à nos jours, à partir des trois paroisses qui avaient survécu sur l’espace post-soviétique, leur nombre a atteint maintenant une quarantaine. Les paroisses se développent principalement au détriment d’une migration des paroissiens conservateurs de l’Église orthodoxe russe, attirés par l’histoire et la culture russes. Il y a également des passages à l’edinovérié de familles de vieux-croyants, voire même de communautés entières. Chaque année, lors des « Conférences internationales de Noël » à Moscou, une section est consacrée au rite ancien dans l’Église orthodoxe russe, au sein de laquelle, en règle générale, se réunissent des représentants de la majorité des communautés de l’espace post-soviétique (et parfois de l’étranger lointain, par exemple des États-Unis). Les prêtres et les fidèles orthodoxes qui suivent les offices selon le nouveau rite ne restent pas indifférents à de tels événements. En outre, des représentants des vieux-croyants sont souvent les hôtes, voire les conférenciers lors de ces manifestations. La section des « Conférences de Noël » consacrée au vieux-ritualisme, tenue en janvier 2017, a rassemblé un assez grand nombre de représentants des paroisses suivant l’ancien rite au sein du Patriarcat de Moscou, dont de nouvelles paroisses, ce qui témoigne de l’intérêt croissant pour les « préceptes des saints temps anciens ». La question a été soulevée de la nomination d’un évêque pour l’edinovérié, ce qui n’existe pas actuellement…

Et maintenant que résultera-t-il de tout cela ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui l’edinovérié, le rite ancien de l’Église orthodoxe russe, et pourquoi nous faut-il tout cela ? Il convient de répondre ouvertement à ces questions, dans le but de montrer aux gens qui l’ignorent toute la valeur d’un tel mouvement au sein de l’Église. De nos jours, l’edinovérié, de même qu’il y a 200 ans, se présente comme l’ensemble des paroisses de l’Église orthodoxe russe où est maintenu l’office antérieur au schisme des vieux-croyants et l’ancienne piété russe. Il s’agit naturellement du même christianisme, mais qui élève la barre des exigences spirituelles et morales pour chacun. Les offices, dans ces paroisses, sont célébrés sans raccourcissement ; les chants, les icônes et toute l’atmosphère de prière dénotent une certaine concentration, stricte, ascétique, qui donnent à l’office un caractère quasi-monastique. Les paroisses de l’edinovérié sont des communautés réelles et non pas seulement juridiques, étant donné que tous les paroissiens se connaissent, ont des contacts et s’aident mutuellement. Il y a une aspiration consciente à un certain idéal de vie chrétienne. Cela fonctionne, bien sûr, comme pour toutes les personnes, peut-être de différentes façons, mais la présence d’une aspiration se manifeste. L’edinovérié permet à l’homme de se détacher réellement de la vanité mondaine, de se plonger dans une ambiance forte de prière, d’avoir un regard sur la foi orthodoxe à travers le prisme d’une grande sévérité envers lui-même, d’aspirer à s’élever spirituellement. Dans une paroisse de l’edinovérié, l’homme ressent une définition vivante de la communauté, ce qui n’est pas sans importance de nos jours. Dans les communautés sont intégrées des familles entières, les enfants grandissent dans une tradition chrétienne intégrale. Indubitablement, cette expérience spirituelle, conservée par les membres de l’edinovérié, est utile de nos jours à tous les enfants de l’Église orthodoxe russe. Cela ne signifie aucunement qu’il soit nécessaire que les paroisses doivent passer du jour au lendemain à l’ancien ordo de l’office. Les rites, cela va de soi, sont salvifiques de façon égale, du fait qu’un développement et certains changements sont inévitables dans l’Église. Mais ce trésor d’énergie spirituelle qui a été conservé soigneusement au cours de nombreux siècles, doit devenir l’héritage de tous les chrétiens et tous peuvent utiliser cette expérience. Certains sont attirés par le chant, d’autres y voient mieux la structure pratique de la communauté, pour d’autres encore deviennent compréhensibles les éléments essentiels de la vie du chrétien, éprouvés par l’expérience d’un grand nombre de générations. L’edinovérié, née dans des circonstances complexes, après un siècle et demi de persécutions contre les partisans de « l’Église du temps jadis » est parvenu un siècle après à obtenir son égalité en droit dans l’Église orthodoxe. Il a mérité le respect au XXème siècle, où avec tous les chrétiens, il a éprouvé la violence des persécutions. Il semblait avoir péri, mais, renaissant comme un phénix de ses cendres, il accomplit son ministère silencieusement, se relevant graduellement, se préparant à décoller, et montrer à la Russie le triomphe de l’esprit russe.

On peut visionner ici  un film documentaire (en russe) sur les vieux-croyants et l’edinovérié, notamment des extraits de la célébration du métropolite Hilarion (Alfeyev) selon l’ancien rite.

Source (dont photographie) : Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com

La vénération de saint Séraphin de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine

Le site orthodoxe russe Pravoslavie.ru a publié récemment un article de Ionuț-Daniel Barbu sur la vénération de saint Séraphin de Sarov en Roumanie, que nous reproduisons ci-après.

Saint Séraphin est connu et vénéré en Roumanie. Quatorze livres sur le saint ont été publiés en langue roumaine. Treize d’entre eux ont été traduits du russe, de l’anglais, du français et du grec. La traduction la plus connue est celle de l’archimandrite anglais Lazare (Moore) : « Saint Séraphin de Sarov, une biographie spirituelle ». Il existe un site internet roumain dédié à saint Séraphin où l’on peut lire des articles récemment écrits à son sujet. Ces derniers temps, en Roumanie, sont créés des monastères, des skites, des paroisses et des institutions caritatives portant le nom de saint Séraphin, par exemple le couvent féminin d’Eșanca, près de Iași. Dans le célèbre monastère de Sihăstria Putnei, il y a des fragments de reliques de ce saint russe, tout comme dans d’autres skites et paroisses roumaines. Saint Séraphin a été représenté sur des fresques, pour la première fois, au monastère bucarestois de la Sainte-Trinité de Radu Vodă, à l’époque du patriarche de Roumanie Justinien (Marina, 1948-1977), qui entretenait des relations étroites avec le Patriarcat de Moscou et qui a rendu visite à l’Église orthodoxe russe à plusieurs reprises. Actuellement, les fidèles roumains connaissent la vie et l’enseignement du saint, et certains d’entre eux témoignent des miracles dont ils ont eux-mêmes été l’objet. La vie et les enseignements du saint sont entrés dans la tradition orthodoxe roumaine non pas par des monographies publiées, mais par des copies diffusées parmi les fidèles (à l’époque communiste) qui les lisaient avec grande admiration. Ces copies dactylographiées étaient des traductions à partir du russe ou du français et étaient entrées secrètement en Roumanie à partir des années cinquante du XXème siècle.

Mais c’est en Bessarabie que les fidèles roumains ont commencé à connaître le saint. Entre 1908 et 1914, le diocèse de Chişinău et Khotinsk [faisant alors partie de l’Empire russe] avait à sa tête le hiéromartyr Séraphin (Tchitchagov, 1856-1937). Peu avant, il avait constitué le recueil le plus complet de documents concernant saint Séraphin, publié alors sous le titre de « Chronique du monastère de Séraphino-Diveyevo » (disponible en français). Le hiéromartyr Séraphin œuvra activement à la canonisation du saint. Il avait donc une grande vénération pour le saint et utilisait souvent, dans son travail pastoral parmi les Roumains vivant en Bessarabie, des enseignements et des exemples de sa vie. Les émigrés politiques qui avaient fui la Russie et s’étaient réfugiés en Roumanie ont également participé à la diffusion de la vénération du saint. Ainsi, en 1930, quelques émigrés russes qui avaient trouvé refuge à Piatra Neamț avaient apporté avec eux une icône de saint Séraphin. Elle avait été peinte en Russie au XIXème siècle. On peut voir sur celle-ci des traces de balles du temps des persécutions athées en Russie. Plus tard, pendant la seconde guerre mondiale, les soldats roumains cantonnés en Bessarabie et en Ukraine ont découvert saint Séraphin et en ont parlé de retour dans leur patrie. Ainsi, l’archimandrite Dositej (Morariu, 1913-1990) a amené d’Ukraine en Roumanie le livre « La vie de saint Séraphin de Sarov » et l’a traduit en 1944. Par la suite, sur la base de ce livre, il a écrit sa thèse de premier cycle « Saint Séraphin de Sarov : vie, ascèse, et enseignements », qu’il a défendue en 1947 à la faculté orthodoxe de Sibiu. Mais en raison de la situation politique difficile, il ne put alors la publier. Ce travail n’a été publié qu’en 2004, après la mort de l’archimandrite Dosithée († 1990), par l’archimandrite et prédicateur roumain Joannice Bălan aux éditions du monastère roumain de Sihăstria. En 1943, le métropolite de Rostov Nicolas a été déporté en Roumanie et, avec lui, son père spirituel, un ancien moine d’Optino, le hiéromoine Jean (Kouliguine). Le fondateur de la revue « Floarea de Foc » (« Le Buisson ardent ») et du mouvement religieux du même nom, Sandu (Tudor), et son groupe a rencontré le père Jean au monastère de Cernica. Ce monastère est glorifié par les labeurs du saint hiérarque Callinique de Râmnicu (1767-1868) et du saint archimandrite Georges (Ardeleanu, 1730-1806), des acètes et des rénovateurs de la tradition hésychaste en Roumanie aux XVIIIème-XIXème siècles, et des contemporains de saint Séraphin. Le père Jean est devenu le père spirituel de Sandu (Tudor) et du cercles d’intellectuels, de prêtres, de moines et de laïcs, qui s’étaient formés autour de lui, pour lesquels la vie spirituelle, la théologie, le lien de l’homme avec Dieu et le but de la déification sont devenus ce qu’il y a de plus important dans la vie. Le moine russe a traduit leurs recherches intellectuelles en actes, leur enseignant la prière continuelle de Jésus, la prière du cœur. Par son propre exemple, il témoignait de la prière de Jésus, dont il avait appris la pratique chez les startsy d’Optino. Le staretz roumain Sofian (Bogiu, 1912-2002), qui a connu de près ce prêtre russe, a écrit dans ses mémoires qu’il avait beaucoup appris auprès du hiéromoine Jean (Kouligiuine) sur l’hésychasme en Russie, qui était présent non seulement dans les monastères, mais aussi chez les laïcs dans ce pays.

Lors des réunions du mouvement « Le Buisson ardent », il était normal d’évoquer la vie et des labeurs spirituels du saint au nom « brûlant » (étymologie de Séraphin), qui avait commencé ses instructions spirituelles par les mots : « Dieu est un feu qui réchauffe et enflamme les cœurs et les entrailles ». Plus tard, également sous le régime communiste, des témoignages sur la vie et l’enseignement de saint Séraphin ont pu venir depuis l’occident, notamment par des étudiants roumains qui étudiaient la théologie dans les universités européennes, principalement en France. C’est précisément là que l’émigration russe a laissé des traces importantes, influençant la vie et la théologie orthodoxes en occident. L’un de ces étudiants fut l’actuel patriarche de Roumanie lui-même. Dans le cadre de la thèse qu’il défendit en 1979 à l’Université de Strasbourg, il mentionne à plusieurs reprises l’enseignement de saint Séraphin. La vénération du saint de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine est également exprimée sous une forme poétique. C’est ainsi que saint Jean (Jacques) le Nouveau Chozébite (1913-1960) a dédié, en 1957, de profonds vers spirituels intitulés « Larmes devant l’icône de saint Séraphin » : « Saint Séraphin, ange terrestre, abaisse son regard depuis les hauteurs sur ceux qui souffrent ! Regarde comme gémit ton peuple, oppressé par les tyrans, et comment errent beaucoup de tes enfants devenus orphelins. Il n’y a pas aujourd’hui de route vers Sarov et Diveevo, et l’obscurité règne dans ta clairière. Et des pauvres orphelins, comme des abeilles de « l’ours » [jeu de mots avec URSS], se sont dispersés dans des pays étrangers et la source s’est tarie. Des « bêtes » qui parlent ont ravagé ton jardin, et les malades ne peuvent plus boire de ton eau. Réapprivoise « l’ours », en lui versant ta grâce ; libère ton peuple de l’esclavage du mal. De la Sarov céleste, verse de ta source l’eau de la foi sainte sur ceux qui languissent en prison. Illumine vers le bien les pauvres abeilles dispersées de leur communauté, afin qu’elles reconnaissent leur reine. Donne-nous Petit Père, de ta joie céleste et fais revenir avec amour enflammé ceux qui ont dévié. Et à ceux qui sont dans les tourments, donne de voir la gloire de Jérusalem, ô vénérable Séraphin. Affermis le pasteur [l’évêque] pour œuvrer ensemble avec sa sainte assemblée [des prêtres] au salut du peuple tourmenté. Et comme tu étais la source de la paix ici, sur terre, ainsi intercède aujourd’hui sans cesse pour la paix du monde ! » [le texte original roumain est disponible ici].

Cette tradition de la vénération de saint Séraphin de Sarov, instaurée en Roumanie dès le début du siècle passé, a donné ses fruits à la fin du XXème et début du XXIème siècle. Après 1990, les fidèles roumains ont commencé à faire des pèlerinages à Diveevo, des nouvelles traductions de la vie du saint sont parues, des églises ont été érigées en son honneur. Le saint staretz de Sarov demeure en Roumanie, et les prêtres, moines et fidèles l’aiment beaucoup. Les commentaires des pèlerins roumains qui ont visité le monastère de Diveevo et vénéré ses saintes reliques sont élogieux. On ressent à Diveevo le zèle apostolique tel qu’il était aux débuts du christianisme. Dans ce monastère et ses skites vivent des centaines de sœurs, ce qui est rare aujourd’hui lorsque s’est affaiblie l’aspiration au monachisme. « Si tu souhaites devenir moine, deviens comme le feu » a dit le grand staretz roumain Arsène (Boca, 1910-1989), que l’on compare à saint Séraphin. Le monastère de Diveevo est vivant, comme le Buisson ardent, héritant cette flamme de la foi de son père spirituel, dont le nom monastique, Séraphin, signifie « enflammé ». Les prêtres qui officient au monastère, les moniales lors des offices et es obédiences, les églises resplendissant de pureté, les fleurs qui poussent partout, les jardins luxuriants et ombragés et particulièrement les merveilleuses tombes des moniales qui sont parties vers le Seigneur, témoignent continuellement de la joie de servir le Créateur. Et bien sûr, marcher dans le canal [autour du monastère, dans lequel la Mère de Dieu était apparu], est quelque chose d’extraordinaire. Parcourant dans le silence cette voie de la Mère de Dieu, tandis que personne ne se hâte. Au canal, il semble que le temps n’existe plus et qu’il n’y est plus nécessaire de dire quoi que ce soit. Ici, on peut comprendre à quel point est précieux le silence, une vertu qui est si absente du monde contemporain bruyant.

Source (dont icône de saint Séraphin) : Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com.

Reprise de l’ “Histoire de la littérature grecque chrétienne, des origines à 451” (Les Belles Lettres)

Le tome III de l’Histoire de la littérature grecque chrétienne, des origines à 451, aux éditions Les Belles Lettres, est en librairie depuis le mois dernier.

“Ce tome couvre toute la production littéraire du IIIe siècle. L’exégèse, l’historiographie, la pastorale, mais également les spéculations théologiques et la polémique religieuse, y occupent une place essentielle. Parmi les auteurs les plus importants ici présentés figurent Clément d’Alexandrie, Origène, Hippolyte de Rome (ainsi que le corpus attaché à son nom), Méthode d’Olympe et Eusèbe de Césarée, qui, dans la diversité de leurs écrits, ont donné non seulement à la pensée, mais aussi à la littérature chrétienne ses premières lettres de noblesse.”

Source (dont photographie) et présentation de la série : Les Belles Lettres – le blog

 

Vient de paraître: “Les 12 grandes fêtes de Notre Seigneur et de la Mère de Dieu”

Les 12 grandes fêtes de Notre Seigneur et de la Mère de Dieu, monastère du Buisson Ardent, éditions Parole et Silence, 2017.

Les moniales de la Résurrection, au monastère du Buisson Ardent, ont une vive conscience de l’immense richesse du patrimoine liturgique de l’Église byzantine, et particulièrement des douze grandes fêtes de l’année liturgique. Elles ont voulu mettre à la disposition de tous, en un recueil très accessible, la traduction de ces textes qu’elles utilisent pour leurs célébrations. Cette traduction a été améliorée par leurs soins au cours des 50 dernières années, depuis qu’elles célèbrent en français tous ces offices. Il ne s’agit donc pas d’une traduction savante, mais de textes qui ont été polis par l’usage et la prière d’une communauté monastique. Cela est perceptible dans la simplicité de la langue qui reste cependant fidèle au grec et à la richesse théologique de ces textes fondamentaux pour notre foi.
Cette traduction peut être très utile pour les paroisses orthodoxes lors de la célébration des grandes fêtes et pour tous les fidèles orthodoxes qui trouveront dans la méditation de ces textes si riches une véritable nourriture spirituelle. Ce livre peut être aussi l’occasion pour des chrétiens non orthodoxes de se familiariser aisément avec un patrimoine patristique élaboré avant le Xe siècle et que la liturgie nous rend vivant sous forme poétique.
Le livre est complété par un encart comportant des reproductions des icônes de ces fêtes. On peut regretter que les explications de ces icônes soient regroupées en fin de volume et non en vis-à-vis des reproductions. Un lexique permet aussi de mieux comprendre les termes liturgiques.

P. Nicolas Cernokrak

Vient de paraître : “Renouveau patristique et œcuménisme”

Présentation : “Les éditions Beauchesne viennent de faire paraître un livre intitulé Renouveau patristique et œcuménisme, sous la direction de Marie-Anne Vannier.

Les Pères de l’Église sont le trésor de l’Église indivise et ils ont toujours permis d’opérer un discernement dans les dialogues œcuméniques. Aujourd’hui, alors que le renouveau des études patristiques est réel, tant sur le plan de l’édition critique, des traductions que des commentaires, sans oublier la redécouverte de textes d’Origène, d’Augustin, de Chromace d’Aquilée…, les Pères peuvent avoir un rôle accru dans le dialogue œcuménique, comme le montre, par exemple, le document de la Commission mixte orthodoxe-catholique sur Le mystère de l’Église et de l’eucharistie à la lumière de la sainte Trinité. Ils permettent de reprendre ensemble le commentaire de l’Écriture, les grandes questions théologiques…, d’où leur actualité.

Œuvre de patrologues engagés dans le dialogue œcuménique, cet ouvrage aborde un certain nombre de questions actuelles, comme l’ecclésiologie de communion et ouvre les voies de l’unité.”

Source (et table des matières) : Séminaire orthodoxe russe

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

Le livret 2017-2018 de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Le livret 2017-2018, qui comprend 77 pages, de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris, est en ligne ici. Il présente l’établissement, son calendrier académique annuel, les enseignements proposés et différentes informations.

Message de la synaxe double du Mont Athos au sujet des troubles provoqués par le Concile de Crète (2016)

Des moines athonites ayant interrompu la commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée en raison de leur opposition aux décisions du Concile de Crète (2016), la synaxe double de la Sainte Montagne a publié le communiqué suivant :
« La sainte synaxe double de la Sainte Montagne, convoquée pour la 206ème fois le 17/30 juin 2017 à Karyès, constituée des vingt représentants extraordinaires et vingt représentants ordinaires auprès de la Sainte Communauté, pour faire suite aux textes officiels de la Sainte Montagne déjà publiés récemment – tant au sujet de ses positions avant le Saint et Grand Concile que de l’évaluation des textes finaux du Concile – communique ce qui suit, mue par le sentiment de sa responsabilité et de respect envers notre sainte Église et son plérôme. On observe continuellement un trouble sous-jacent, provoqué par des oppositions aux décisions du Saint et Grand Concile (Crète 2016). Des suppressions et des interruptions de la commémoration de nos évêques sont proposées. Puisque nous sommes destinataires de ces manifestations d’inquiétude et que nous nous trouvons dans l’Église, nous adressons à tous la salutation du Christ ressuscité : La paix soit avec vous ! Le trouble est sans raison, puisque le Seigneur ressuscité se trouve à nos côtés. Le Concile a eu lieu après une préparation de nombreuses années. Avant le Concile, les documents préparés ont été portés à la connaissance des fidèles avec la possibilité pour eux d’exprimer quelque point de vue. La Sainte Montagne, pendant de nombreuses années a formulé clairement ses points de vue au sujet des dialogues qui ont eu lieu avec les chrétiens hétérodoxes. Lors des travaux du Concile, les hiérarques ont exprimé leurs opinions personnelles. Certains d’entre eux ont formulé leurs objections de façon correcte, sans interrompre leurs relations avec l’Église. Tout a été consigné. L’Église reste toujours « la colonne et l’affermissement de la vérité ». L’Église, selon saint Jean Chrysostome « est agitée par la tempête, mais elle ne fait jamais naufrage, elle fait face aux tourbillons, mais elle n’est pas engloutie, elle reçoit les flèches, mais elle n’est pas blessée », elle est le Dieu-homme Lui-même. Tous les saints, vivant en Christ, nous dirigent vers l’Église et nous offrent le repos. L’Esprit Saint « soude toute l’institution ecclésiale ». C’est Lui qui « soigne les faiblesses et comble les manquements ». Demeurant dans l’Église et ressentant les manquements et les faiblesses, nous recevons la guérison et la santé. Si, en tant qu’homme, nous avons dévié, la grâce de l’Esprit nous ramène sur la voie droite. C’est pourquoi toute peur est superflue, en tant que manifestation d’un manque de foi, puisque nous nous trouvons à l’intérieur de l’Église du Christ. Au demeurant, les quatre Patriarches d’Orient, par l’encyclique historique de 1848, nous tranquillisent en confessant que « ni les patriarches, ni les Conciles n’ont jamais pu introduire quelque innovation que ce soit car, chez nous, le gardien de la foi est le corps de l’Église, c’est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères ». Par conséquence les troubles et le désespoir ne se justifient pas, lesquels mènent aux schismes. Nous appartenons à l’Église, Corps du Christ. Ce Corps a une telle santé, qu’il accepte toujours et assimile les éléments qu’il reçoit. De même qu’il rejette ceux qu’il considère étrangers. Nous avons confiance dans l’amour du Christ, non dans les opinions personnelles et rances qui mènent en dehors de l’Église et créent les enfers des hérésies. Par tout cela, nous ne voulons pas proposer le quiétisme de l’indifférence, mais souligner la signification de la vigilance et de la foi. Nous considérons comme une ingratitude envers Dieu et un manque d’amour envers tous les frères – ceux qui sont proches et ceux qui sont éloignés – de ne pas mettre l’accent, avec zèle et clarté, sur la richesse de la Grâce que nous recevons en vivant dans l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Et cela n’est pas notre exploit propre mais le don de notre seul Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ qui, d’une façon unique et absolue dit à Son propre sujet : Je suis la voie, la vérité et la vie. Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Je suis le bon pasteur qui sacrifie sa vie pour les brebis. Ceux qui sont venus avant Moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. Elles ne les suivront pas car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. Ceux qui écoutaient étaient dans l’étonnement et dirent : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jn 7, 46). Il n’est pas simplement un homme, mais Il est le Dieu-homme. Il est le seul Saint, Jésus-Christ. « Il n’y a de salut en aucun autre » (Actes 4, 12). Il ne vient pas juger, mais sauver le monde. Il est crucifié pour le salut de ceux qui Le crucifient. Il porte nos péchés et souffre pour nous. Il accepte tout pour sauver l’homme. Il supporte tout pour sauver tous les hommes. Il est venu, nous L’avons vu, nous L’avons entendu et nos mains L’ont touché. Il a souffert, est ressuscité et monté aux cieux. Il a envoyé l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte et tous ont commencé à annoncer « les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité ». L’Église est réunie avec toute la bienséance étonnante et divine. La prison du temps est détruite et nous entrons dans la liberté des choses dernières. Dans chaque sainte Liturgie brille la grâce de la Pentecôte et le Seigneur Dieu-homme est Celui qui « offre et est offert, qui reçoit et qui est distribué » pour le salut du monde entier. L’Église orthodoxe est la manifestation de l’amour ineffable de Dieu envers l’homme. Il nous sauve et nous endette inéluctablement pour ce témoignage d’amour. Au contraire, ceux qui semblent commander les peuples (comme dirigeants religieux ou séculiers) tyrannisent et asservissent les hommes. Les faux pasteurs ne sacrifient pas leurs âmes pour les brebis, mais les brebis pour leur théorie. Ils condamnent et anéantissent les autres comme causes du mal, pour redresser le monde. D’autres dévorent ceux qui sont considérés comme hérétiques et impies. D’autres, les hommes d’origine et de race inférieures, les troisièmes dévorent les ennemis du peuple… Ils règnent tous, mais ne sont pas éternels. Ils tourmentent les hommes et passent, mais retombent dans la même maladie. Par l’incarnation du Verbe de Dieu et la venue du Saint-Esprit est créée l’Église. Et « la demeure de Dieu avec les hommes! » (Apoc. 21,3) est renouvelée, le petit troupeau avec la mission divine. La Divinité Trine et l’unité ecclésiale n’existent pas de façons différentes. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous » (Jean 17,21).Tout est accompli par l’Esprit Saint. « Réunissant tout leur savoir spirituel par le Saint Esprit, les vénérables Père ont divinement défini le dogme de la divinité du Seigneur Jésus et du Saint-Esprit, de même que celui de la Toujours-vierge Marie comme Mère de Dieu ». Tout l’édifice vivant de l’Église est érigé sur le fondement de la foi. Toute altération dans la vérité du dogme provoque des fissures dans le domaine de la vie. Avec l’éloignement de Rome de l’Église une et sainte s’en sont suivies les altérations connues dans le monde occidental : l’Église est comprise et organisée comme un État. La théologie est cultivée comme une philosophie scolastique et la vie spirituelle comme une ascèse morale dans le monde éphémère au moyen de la grâce créée. Il se produit la séparation entre la théologie et la vie, le sacerdoce et le mariage. S’ensuit toute la série des retombées connues… L’Église orthodoxe demeure toujours dans le plérôme de la grâce liturgique. Ici, la théologie n’est pas considérée comme occupation philosophique. Pas plus que l’on n’approche intellectuellement le mystère de la vie, mais on s’immerge entièrement dans les flots de la grâce. Lorsque l’on insiste, dans la prière, à l’instar de saint Grégoire Palamas qui s’exclamait « illumine mes ténèbres !», on reçoit l’illumination divine en tant que repos spirituel et on comprend la scolie du même saint : Autre est la lumière pour les sens, autre pour l’intellect de l’homme. Mais lorsque les hommes deviennent participants à la grâce divine, ils voient par les sens et l’intellect les mystères dépassant tout sens et l’intellect. Comme Dieu le sait et ceux qui vivent cela. Vivant à la Sainte Montagne, nous nous conduisons « selon les théologies inspirées de Dieu des saints et le pieux esprit de l’Église », non pas les théologies académiques des intellectuels et les conceptions de chaque époque. La communion des saints entoure les fidèles, et le pieux esprit de l’Église les dirige. Nous obtenons miséricorde en tant qu’enfants de la Grande Église du Christ, laquelle est crucifiée et de ce fait glorifiée. Nous avons reçu d’elle tous les biens. Nous la voyons constamment ensanglantée avec la multitude de ses martyrs et de ses saints moines. Nous restons reconnaissants et vigilants, gardant les traditions. Nous recevons la grâce de la liberté de l’Esprit et la fraternité en Christ dans l’Église orthodoxe. Si l’empire chrétien est passé en tant qu’événement historique, l’empire de l’amour reste pour toujours, il ne passe jamais. Nous nous trouvons dans ce paradis. Nous confessons la grâce, nous prêchons la miséricorde, nous ne dissimulons pas le bienfait. De même que le Seigneur est unique, Ses disciples ont la mission unique d’annoncer le message joyeux que « la mort est mise à mort ». Tout le reste n’est que relatif et insignifiant pour l’homme. Ceux qui sont dans l’Église chantent, car ils le vivent : « De la mort fêtons la mise à mort, de l’enfer la destruction, le début d’une vie autre et éternelle et, bondissant de joie, chantons Celui qui en est l’auteur ». Ils ne représentent pas une conception religieuse, pas plus qu’il n’est possible qu’on les exhorte à éviter les conversions, car ils sacrifient leur vie pour annoncer au monde que « la mort est tombée aux mains de la mort ». Ce que l’Église orthodoxe a de précieux et ce qui la nourrit est la vérité de la foi. Et elle n’a pas d’autre moyen pour offrir Son amour hors de l’invitation pascale : « Venez tous jouir du banquet de la foi ». « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine ». Il nous faudrait alors que nous sortions sur les routes et les ruelles, en collaborant avec les autres condamnés du pays de l’ombre de la mort, en demandant l’amélioration des conditions du malheur. Mais, loin de nous cette pensée blasphématoire ! « Maintenant, tout est rempli de lumière ! ». Et tous attendent l’aide de ceux qui ont reçu l’expérience de la Résurrection. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur ressuscité, a promis assurément d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles. C’est cette joie de la présence avec nous de Celui qui a anéanti la mort, qu’offre l’Église par ses innombrables saints, martyrs et moines. Et la Sainte Montagne, avec sa vie liturgique et sa présence reste toujours un témoignage de la foi orthodoxe et de l’espérance pour le monde entier. Au Christ notre Dieu ressuscité des morts, soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen. [signé par] Tous les représentants et supérieurs des vingt saints monastères du Mont Athos  réunis en synaxe double »

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Vient de paraître: “Le chapelet orthodoxe”

Le monastère Notre-Dame de Toute Protection à Bussy en Othe vient de faire paraître un livret de poche de 25 pages Le chapelet orthodoxe qui fournit des explications sur la composition et les origines du chapelet. Il apporte des conseils sur la prière, ainsi sur la manière de se servir d’un chapelet, de pratiquer la prière de Jésus, la prière à la Mère de Dieu, la prière aux saint(e)s, ou encore la prière pour les autres. Orné de très belles illustrations iconographiques provenant du monastère orthodoxe grec Saint-Nectaire à Roscoe dans l’État de New-York, cet ouvrage nous fait découvrir, ou nous rappelle, des éléments essentiels sur la prière établis sur l’expérience spirituelle séculière. Il renferme de profondes citations des Pères pour nous aider sur cette voie et nous en montre les fruits.

On peut se procurer l’ouvrage sur commande au monastère Notre-Dame de Toute Protection, 11, rue de la Forêt, 89400 Bussy en Othe, France.
Courriel: monastere.bussy@wanadoo.fr
Le prix du livret est de 5€ (frais de port 1,46€ pour 1 à 2 livrets, jusqu’à 5 livrets 2,92€, jusqu’à 10 livrets 4,38€ à ajouter sur l’ensemble du prix.)

Traduction française et édition : monastère orthodoxe Notre-Dame de Toute Protection, Bussy en Othe, France. Livret original réalisé par le monastère orthodoxe grec Saint-Nectaire – Roscoe, État de New-York – États-Unis.

Plus de 14 500 manuscrits rares sont accessibles sur le site de la Laure de la Trinité-Saint-Serge

14.568 manuscrits rares sont désormais accessibles sur le site internet officiel de la Laure de la Trinité-Saint-Serge. La numérisation de ces documents a été effectuée dans le cadre d’un projet commun de la Laure et de la Bibliothèque nationale russe. Tous les manuscrits sont divisés par archives et collections. Il y a une section « Livres uniques » qui comprend six publications : plusieurs volumes de la Bible russe et de la Vie de saint Serge de Radonège. La publication de la Bible russe illustrée en dix volumes a été le travail de toute la vie d’un historien ecclésiastique, archéographe et philologue, l’archimandrite Innocent (Prosvirine, 1940-1994). Le noyau de cette publication est la première Bible complète en russe (1499, dite « Gennadievsky »), avec un texte parallèle de la traduction synodale en russe (1876) et des illustrations tirées des livres de la Bible, depuis la tradition manuscrite du Xème s. jusqu’au XIXème siècle. Tous les manuscrits numérisés par la Laure de la Trinité-Saint-Serge sont disponibles ICI . Entre autres, on peut y trouver les manuscrits musicaux de la Laure.

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Communiqué de la skite roumaine du Saint-Précurseur (Prodromou) sur le Mont Athos, démentant l’interruption de la commémoration du patriarche Bartholomée

La skite roumaine du Saint-Précurseur (Prodromou) sur le Mont Athos a publié un communiqué daté du 26 juin, dans lequel elle dément l’information selon laquelle la commémoration du patriarche Bartholomée y aurait été interrompue en raison du Concile de Crète. Nous publions ci-après le communiqué in extenso :

« Étant donné que par différents moyens d’information, dont principalement internet, continuent d’apparaître des informations qui ne reflètent pas la réalité à la skite roumaine du Saint-Précurseur de la Sainte-Montagne, lesquelles provoquent trouble et perplexité dans les rangs des fidèles, nous avons le devoir de procéder aux précisions suivantes : lors de tous les offices célébrés dans la skite y est commémoré le nom du hiérarque sous la juridiction canonique duquel nous nous trouvons, à l’instar de toute la Sainte-Montagne de l’Athos, à savoir Sa Sainteté Bartholomée, patriarche œcuménique. La commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée n’a jamais été interrompue à la skite. Jamais, dans le cadre de la communauté n’a été posée la question de l’interruption de la commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée, pas plus qu’il n’a été question d’un vote de la communauté par lequel les 50 moines de la skite auraient approuvé l’interruption de cette commémoration. Cette commémoration ne provient pas de l’imposition de la volonté d’une autorité extérieure à la skite, mais du désir même de la communauté de rester en communion avec le hiérarque sous la protection elle se trouve et avec l’Église orthodoxe entière. La skite roumaine du Saint-Précurseur n’a jamais envoyé ni n’envoie des représentants à des réunions publiques organisées sans la bénédiction du hiérarque du lieu et dans le cadre desquelles sont lancés des appels à la rupture avec l’Église. Ceux qui dans de telles circonstances se présentent comme des moines athonites ou de la skite du Saint-Précurseur et utilisent des images, des sigles et des icônes de la skite ou encore font des déclarations au nom de celle-ci comme s’ils en étaient les représentants, n’ont pas notre bénédiction et ne se trouvent pas en accord avec la communauté de la skite. Nous constatons avec grande préoccupation que le nom de la skite roumaine du Saint-Précurseur est utilisé pour créer des scissions dans l’Église, en utilisant des méthodes de grossière manipulation par la diffusion d’informations à contenu mensonger, faisant référence à des événements qui se sont produits à la skite, avec le but évident de créer une impression trompeuse sur la situation réelle. Ceci se trouve en totale contradiction avec l’esprit évangélique, à la fois par le langage utilisé et par le contenu du matériel publié. En outre, par des méthodes étrangères à la vie chrétienne et à la suite d’une désinformation persistante sur les événements ecclésiastiques, le père Julien de la skite du Saint-Précurseur s’est vu extorquer des déclarations par lesquelles les fidèles sont exhortés à interrompre la commémoration des hiérarques de l’Église, les dites déclarations étant en totale contradiction avec la pratique et l’enseignement du père Julien durant toute sa vie. Les informations selon lesquelles cinq moines qui se sont séparés de la vie liturgique et communautaire, ont été séquestrés, astreints à une pénitence, persécutés ou soumis à différentes pressions, sont inexactes. Au contraire, avec amour paternel, beaucoup de patience et d’indulgence, nos frères ont été dirigés sur la voie du salut selon les enseignements des saints Pères, conformément aux saints canons de l’Église orthodoxes et aux règles de la vie monastique, l’économie appliquée dans leur cas dépassant de beaucoup les limites posées par celles-ci. Or, les moines concernés continuent de vivre à leur façon, sont sortis de la Sainte Montagne et sont revenus à la skite sans aucune bénédiction, ils ne participent ni aux offices de la skite ni autres activités communautaires, et dénigrent ceux qui ne partagent pas leur point de vue. En même temps, nous exprimons notre profonde tristesse pour les discordes apparues récemment dans la vie de l’Église, lesquelles, avec plus de sagesse et de prière, auraient pu être évitées. Pour l’avenir, afin d’être protégés contre les perplexités et les confusions qui pourraient être provoquées par certains communiqués concernant les actualités ecclésiastiques qui ont trait à la skite roumaine du Saint-Précurseur, nous prions les chrétiens orthodoxes de considérer comme authentiques les seuls documents venant par la voie officielle, portant le sceau de la skite, la signature de l’higoumène et le numéro d’enregistrement. Avec amour en Christ, archimandrite Athanase, higoumène de la skite roumaine du Saint-Précurseur, et sa fraternité en Christ ».

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Vient de paraître: “En marche vers l’unité” d’Élisabeth Behr-Sigel, aux éditions du Cerf

Les éditions du Cerf viennent de publier En marche vers l’unité, un ouvrage d’Élisabeth Behr-Sigel préfacé par Olga Lossky (352 pages, collection Orthodoxie, 24 euros).

Présentation de l’éditeur : “Ce recueil rassemble des textes inédits de la théologienne Élisabeth Behr-Sigel qui, née et formée dans le protestantisme, découvre l’orthodoxie sur les, bancs de la faculté de Strasbourg. À travers une diversité de formes et de thèmes – méditations bibliques, cours sur les théologiens de l’émigration russe, conférences sur l’anthropologie ou la place des laïcs dans l’Église – se dessine la question, primordiale, de l’unité dans l’Église. Élisabeth Behr-Sigel est à même de suggérer des voies de convergences qui ne contreviennent pas à la rigueur doctrinale. Elle le fait en revenant au socle de la Bible et de la Tradition, ce qui lui permet d’aborder des sujets sensibles sur le plan théologique : christianisme et droits de l’homme, avortement, fêtes religieuses vécues dans une société laïque… Son expérience unique, à la croisée de l’Orient et de l’Occident chrétien, interpelle tous les croyants concernés par le dialogue entre les chrétiens.”
Olga Lossky indique dès le début de sa préface l’orientation des textes ici rassemblés, à commencer par les premiers (des homélies prononcées par Élisabeth Behr-Sigel alors que, devenue orthodoxe, elle continuait à exercer son ministère de pasteure protestante en Alsace) : “‘Je n’ai jamais quitté mes frères protestants’ affirme Élisabeth Behr-Sigel à 97 ans, alors qu’on l’interroge sur ses positions confessionnelles”.

André Scrima : “L’évangile de Jean – un commentaire”

« Certains livres essaient de faire revivre le passé, d’autres interrogent le présent, d’autres encore s’efforcent d’ouvrir l’avenir. Très peu en vérité surgissent comme venant d’ailleurs, d’un au-delà des temps, pour demeurer avec nous, telle une présence toujours fidèle… Si nous savons entrer dans leur intimité, ces livres nous mènent jusqu’au lieu où les yeux et les cœurs s’ouvrent sur un autre espace dont nous portons tous la nostalgie, tout près de Dieu. »
A. S.
Voici la traduction inédite et intégrale du commentaire de l’évangile de Jean donné aux moines du monastère de Deir-el-Harf (Liban) par l’une des personnalités marquantes de l’Orthodoxie au xxe siècle.
Introductions de Marcel Pirard et Anca Vasiliu, qui ont tous les deux connu l’auteur. Traduit de l’arabe par Marcel Pirard (chapitres 1-17) et du roumain par Anca Vasiliu (chapitres 18-21).
Archimandrite de l’Église orthodoxe, André Scrima (1925-2000) est philosophe et théologien de formation. Après avoir quitté sa Roumanie natale,  il fut chargé de mission du Patriarcat oecuménique de Constantinople auprès du concile Vatican II, professeur à l’université de Saint-Joseph de Beyrouth et membre fondateur de l’Académie internationale des sciences religieuses de Bruxelles.
Éditions du Cerf, 2017, 427 p.

Un volume de la revue de théologie orthodoxe Contacts sur le témoignage de l’orthodoxie

Le numéro 258 de Contacts, la revue française de l’orthodoxie, vient de paraître. Il est consacré à quelques aspects du témoignage de l’orthodoxie en Occident. On y trouvera notamment un article inédit d’Olivier Clément : “Témoigner de la joie pascale”, un article de Sophie Clément-Stavrou : “L’étude du grec, un réveil de la conscience théologique”, un article d’Olga Lossky-Laham : “Nouveauté de la liturgie, beauté du monde : le témoignage d’une quête”. Pour lire le sommaire et le liminaire du volume 258. Ce volume de 126 pages peut être commandé en envoyant un chèque de 11 € (frais de port à ajouter :4 € pour la France – 5 € pour l’Europe., reste du monde : 5 €) à Revue Contacts, 61 allée du Bois du Vincin, F-56000 Vannes, ou par message adressé à postmaster@revue-contacts.com après un virement de la somme totale au compte bancaire de la revue.

Communiqué de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge suite à l’assemblée générale qui s’est tenue le 22 juin

“L’assemblée générale de l’Institut Saint-Serge s’est tenue ce jeudi 22 juin 2017 au 93 rue de Crimée 75019 Paris.
Suite aux divers rapports, pédagogique du Doyen P. Nicolas Cernokrak, moral du Président M. Jean-François Colosimo, financier de la Trésorière Mme Catherine Desplanque et consécutivement aux rapports de certification du Commissaire aux comptes M. Guy de la Tour d’Artaise agissant au nom de la société IREC, l’assemblée a approuvé à l’unanimité les comptes pour l’exercice 2016-2017 ainsi que l’ensemble des résolutions prises au cours de cette période.
Il en ressort :
1. Qu’en dépit de sa suspension partielle d’activité en 2015-2016, l’Institut a su renouer avec une activité prometteuse.
2. Que les économies drastiques qui ont été consenties par l’ensemble des personnels ont permis de retrouver un équilibre financier minimal, en fait de survie, qui reste de fait insuffisant en l’absence de reconstitution de ressources propres.
3. Que, consécutivement à la résiliation de son bail de location en raison de la détérioration des sols du site qui rend impossible à terme la poursuite de son activité, l’Institut est menacé de faillite par les demandes réitérées à ce jour par le bailleur, la Société immobilière SISP, agissant au nom de l’Archevêché des églises russes orthodoxes d’Europe occidentale. Ces demandes de la SISP postulent la nécessité d’analyser les « conditions juridiques, économiques et financières » de la rupture du bail, notamment « la remise en état des locaux loués » et « le financement des travaux entrepris cette année, mais également ceux qui auraient dû l’être ». Ces exigences de la SISP, quoique contestables juridiquement partiellement ou totalement, sont de nature à mettre en péril la continuité de l’exploitation de l’Institut, c’est-à-dire à le forcer à déposer son bilan et à fermer définitivement. Ce dont convient le Commissaire aux Comptes dans son rapport annexe où il alerte l’assemblée sur la réalité de ce risque.
4. Que le protocole d’accord conclu le 1er mai 2017 entre l’Institut et l’Archevêché visant à l’établissement d’un Comité conjoint apte à régler tout possible différend passé et à rechercher des solutions communes à l’avenir du site du 93 rue de Crimée reste à ce jour en attente d’une mise en effet de la part du Conseil diocésain de l’Archevêché.
5. Que l’Institut regrette la situation d’impasse qui résulte des deux points précédents, qu’il réaffirme être prêt à entreprendre un dialogue réel sur des bases raisonnables, concertées et participatives, qu’il réaffirme être désireux d’apporter une contribution dans la mesure de ses moyens à la solution des problèmes les plus urgents, mais qu’à défaut il assumera les responsabilités qui lui incombent.
L’assemblée a félicité le Doyen P. Nicolas Cernokrak pour sa réélection à ce poste pour un mandat de trois ans. Elle a réélu au Conseil d’administration les membres sortants et candidats M. Vladimir Gantchenko, P. Jivko Panev, M. Michel Stavrou. Le Conseil d’administration a recueilli la démission, pour des raisons de convenance personnelle, de Mme Catherine Desplanque de son poste de Trésorière et l’a remercié d’en demeurer membre. Il a reconduit comme Président M. Jean-François Colosimo, comme Vice-Président M. François Guès qui assurera jusqu’en janvier 2017 l’intérim au poste de Trésorier, ainsi que P. Renaud Presty comme Secrétaire.
Le Conseil a acté que les comptes certifiés de l’exercice 2016-2017 seront rendus publics sur le site de l’Institut dès après le 26 juin 2017 afin de les rendre accessibles à tous. Il a également confirmé les dispositions pratiques de déménagement et de relocalisation de l’Institut pour les deux futurs exercices 2017-2018, 2018- 2019 qui seront effectives au 15 septembre 2017.”

Parution du livre “Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe” par Boris Zaïtsev

Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe (traduit du russe par Anne Davidenkoff). Paru le 11 mai 2017

Les Zaïtsev et leur fille quittent la Russie en 1922, espérant y revenir bien vite. Mais après un arrêt à Berlin, puis en Italie, ils s’installent définitivement à Paris en janvier 1924. Zaïtsev s’efforcera de transcender ce déracinement comme en témoignent ses souvenirs de Russie, ses romans sur la vie des émigrés russes en France mais également grâce au pèlerinage dans des hauts lieux de la tradition monastique russo-byzantine. Les deux récits présentés ici, le Mont Athos (1927) et Valaam (1936), sont une projection de cette quête de l’auteur exilé, qui s’exprime de manière symbolique à travers l’errance de nombreux moines itinérants, ermites et ascètes, croisés en chemin sur la « Sainte Montagne » et dans l’archipel de Valaam, sur le lac de Ladoga. Deux joyaux littéraires d’une rare richesse poétique écrits à la suite d’un voyage en Grèce et en Finlande. Ces petites paraboles, finement rédigées et sans prétention théologique, restent accessibles à tout lecteur : Zaïtsev met à notre portée l’histoire de la spiritualité fondée sur le silence qui conduit à la paix du cœur (l’hésychasme). Plus qu’un livre de souvenirs sur des lieux visités, ses récits du Mont Athos et de Valaam sont des récits d’états d’âmes emprunts de spiritualité. « Dans mon récit il n’y a rien de savant, de philosophique ou théologique. C’est comme simple pèlerin orthodoxe et écrivain russe que j’ai vécu ces quelques journées au Mont Athos. Et seulement à ce titre ! » Boris Zaïtsev (1881, Russie – 1972, Paris) est un écrivain, romancier, nouvelliste, traducteur et dramaturge russe. Figure emblématique de l’émigration russe, et ami proche d’Ivan Bounine, il publie pendant les cinquante années de sa vie en France plus de 30 livres et 800 articles. 236 pages – 15 € code EAN: 978-2-940523-55-

Parution du n°111 (juin 2017) de la revue “Apostolia”

Le n°111  (juin 2017, couverture ci-contre) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître. Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine, courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu. Sommaire ci-dessous.

Parution du n°110 (mai 2017) de la revue “Apostolia”

Le n°110  (mai 2017, couverture ci-dessous) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître. Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine, courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu.

“Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ?”

Le P. Christophe Levalois a publié une tribune sur le site Aleteia intitulée “Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ?“.

” Il est un sujet qu’abordent très rarement les hommes politiques, sinon jamais, qui est absent des débats électoraux, et qui pourtant affecte en profondeur et négativement la société : la grossièreté et la vulgarité, sous toutes leurs formes possibles, ainsi que les conséquences de celles-ci, dont la violence et la pornographie. C’est pourtant aujourd’hui une réalité massive, omniprésente et profondément destructrice.

« Sa bouche est pleine de malédiction,
De tromperie et de violence ;
Il a sous la langue forfait et méfait. »
(Psaume 10 (9) ,7)

La grossièreté gangrène les relations humaines

La grossièreté gangrène les relations humaines. Elle fait partie du paysage sonore quotidien que chacun subit. Elle s’est installée dans le langage à tel point qu’elle n’est guère remarquée, sauf s’il s’agit d’un excès, et semble aller de soi pour le plus grand nombre. Mieux, ou plutôt pire, elle devient posture, voire snobisme, un passage obligé pour faire montre d’un parler supposé vrai et authentique ! (…)”

La suite de ce texte.

Recension: Grégoire Palamas, « Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit »

Grégoire Palamas, Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit. Traduction du grec et annotation par Yvan Koenig, introduction de Jean-Claude Larchet, collection « Patrimoines », Éditions du Cerf, Paris, 2017, 200 p.
Les deux Traités démonstratifs (encore connus sous le nom de Traités apodictiques) sur la procession du Saint-Esprit, figurent parmi les toutes premières œuvres de saint Grégoire Palamas (1296-1359), et sont en tout cas ses pre­miers écrits théologiques. Grégoire était alors âgé de trente-huit ans et résidait à l’ermitage de Saint-Sabbas au Mont-Athos.
Rédigés au cours du premier semestre de 1334, ils sont dirigés contre la doctrine latine du Filioque. En même temps qu’ils réfutent cette dernière, ils consti­tuent une apologie de la foi orthodoxe. Le titre complet du pre­mier est : Premier traité apodictique, démontrant que l’Esprit Saint ne procède pas du Fils, mais seulement du Père ; celui du second : Second traité sur la procession du Saint-Esprit, prouvant qu’Il ne provient pas du Fils, et contre les citations de la divine Écriture proposées aujourd’hui par les Latins pour se défendre.
Les circonstances de leur rédaction sont les suivantes. En 1333, deux théologiens domini­cains – l’italien François de Camerino, évêque de Chersonèse et l’anglais Richard, évêque du Bosphore – avaient été envoyés par le pape à Constantinople pour relancer les discussions théologiques sur la question de la procession du Saint-Esprit, dans le cadre d’une nou­velle tentative d’union des Églises dont le pape et l’empereur Andronic III avaient pris conjointement l’initiative. Le théologien Barlaam avait été missionné par le Grand Domestique Jean Cantacuzène et l’empereur Andronic III pour être le représentant des Orientaux dans les débats qui se tinrent à Constantinople de la fin de l’année de l’année 1333 jusqu’en juin 1335.
Grégoire Palamas fut informé par ses amis de Thessalonique du développement des discussions et aussi du contenu des traités antilatins que Barlaam avait rédigés au cours de celles-ci. Deux points lui parurent problématiques: premièrement l’interprétation donnée par Barlaam de l’expression de Grégoire de Nazianze « Principe issu du Principe » appliquée au Fils, qui lui paraissait favorable au Filioque ; deuxièmement, l’affirmation par Barlaam, sur la base d’une mauvaise compréhension de l’apophatisme de Denys l’Aréopagite, de l’impossibilité de recourir en théologie au raisonnement apodictique (démonstratif et probant), ce qui ramenait les discussions sur la procession du Saint-Esprit à la relativité du raisonnement dialectique et les rendait finalement vaines.
Ces deux conceptions erronées de Barlaam comportaient aux yeux de Palamas le risque de déboucher sur un compromis d’union avec les Latins qui se ferait en faveur de leurs positions sur le Filioque.
Ce n’est qu’indirectement (en faisant lui-même usage de la démonstration) que Grégoire Palamas s’oppose dans ses deux traité aux positions méthodologiques de Barlaam, et c’est sur la question dogmatique qu’il se concentre essentiellement. L’idée du P. Jean Meyendorff – qui détermine une grande partie de son interprétation de l’œuvre de saint Grégoire Palamas – selon laquelle ce dernier se serait déjà ici opposé à l’humanisme byzantin ne concerne en réalité qu’un point secondaire.
Grégoire Palamas réexamine en fait de manière critique la plupart des arguments en faveur du Filioque qui ont été présentés au XIIIe et au XIVe siècle par les Latins et leurs partisans, lors de discussions qui visaient en particulier à faire reconnaître par les orthodoxes l’expression « par le Fils », utilisée par certains Pères, comme un équivalent de l’expression « et du Fils » (Filioque), ou du moins comme compatible avec celle-ci.
Ses critiques, s’adressent aux Latins mais aussi aux « latinophrones », c’est-à-dire aux théologiens byzantins « pensant à la manière latine » et disposés à faire un compromis avec les Latins. Beaucoup d’arguments latinophrones (c’est-à-dire conforme à la pensée des Latins) visés par Palamas sont des arguments qui ont été développés dans les siècles précédents, notamment dans les deux traités sur la procession du Saint-Esprit – Lettre pneumatologique à Théodore II et Lettre à Jacques de Bulgarie – de Nicéphore Blemmydès (1198-1269), et surtout dans les Titres de Jean Bekkos, patriarche de Constantinople de 1275 à 1282, dont Grégoire Palamas a élaboré une réfutation à la même époque qu’il a rédigé les Traités démonstratifs: Contre Jean Bekkos).
Après la triste expérience du concile d’union de Lyon en 1274, les or­thodoxes se montraient sans aucun doute extrêmement méfiants à l’égard des tenta­tives unionistes dont l’initiative était périodique­ment prise par le pouvoir pour des raisons essentiellement poli­tiques et où celui-ci semblait, pour aboutir, prêt à favoriser tous les compromis dogmatiques quitte à brader la foi orthodoxe. Une dé­marche (qui n’avait pu aboutir en raison de la guerre civile) venait d’être faite récemment (1323-1327) auprès du Pape Jean XXII par Andronic II qui s’inquiétait de l’avancée des Turcs en Asie Mi­neure et souhaitait s’assurer l’appui de l’Occident. Dans le même temps, les Latins exerçaient à Constantinople une influence de plus en plus marquée. C’est à l’initiative d’Andronic III qui venait, en 1332, de for­mer une ligue avec Venise et les Hospitaliers de Rhodes, qu’avaient été entreprises les dernières négociations de 1333-1335 destinées à établir l’union des Églises. La vigoureuse condamnation du patriarche Jean Bekkos et des latinophrones par le concile des Blachernes réuni en 1285 (soit seulement cinquante ans auparavant) par le patriarche Grégoire de Chypre, avait sans aucun doute rendu les orthodoxes vigilants et par­ticulièrement exigeants en ce qui concerne question de la procession du Saint-Esprit qui apparaissait comme le principal point de divergence entre les deux Églises.
Les Traités démonstratifs semblent donc avoir été écrits pour dé­fendre la foi orthodoxe et réfuter la doctrine latine du Filioque à un moment où l’on avait tout lieu de craindre que, pour mener à bien des visées poli­tiques, l’empereur et le théologien Barlaam qu’il avait missionné pour mener les discussions fassent des concessions aux positions latines et réalisent à la hâte une union où la foi orthodoxe se trouverait sacrifiée. Cette idée est partagée par un spécialiste catholique de Palamas, R. E. Sinkewicz : « il apparaît que Palamas a réagi aux nouvelles de discussions renouvelées avec les Latins et a écrit aussi­tôt un ex­posé de la foi orthodoxe sur le sujet, afin de repousser par avance toute possibilité de compromis doctrinal. »
Les Traités ont une forme polémique très mar­quée ; ils attaquent les Latins d’emblée, de front, et en permanence, et ils se présentent moins comme une proposition de dialogue que comme une vigoureuse réfutation de la doctrine la­tine du Filioque – aussi bien dans sa forme classique que dans ses développements récents – corrélative d’une ferme apologie de la foi ortho­doxe. Pour saint Grégoire Palamas comme pour tous les Pères qui ont défendu la doctrine orthodoxe de la procession du Saint-Esprit, la doctrine latine du Filioque ne peut faire l’objet d’aucun com­promis et même d’aucune négociation : le Filioque est une ajout illicite au Credo, qui contredit la foi de l’Église et paraît définiti­vement incompatible avec les enseignements du Christ, des Apôtres, des Pères et des Conciles.
L’ardeur mise par saint Grégoire Palamas dans les deux Traités démonstratifs à réfuter la doctrine latine du Filioque jusque dans ses développements les plus subtils et à défendre corrélativement la foi orthodoxe sur la procession du Saint-Esprit tient à la particulière importance qu’il reconnaît à cette question.
Sa position ferme s’oppose à la position conciliante que mon­traient les représentants de la tendance latinophrone qui, voyant dans l’union des Églises une tâche urgente qui devait aboutir coûte que coûte, minimisait l’importance de cette divergence et allait même jusqu’au relativisme dogmatique. Barlaam témoigne d’une telle attitude dans le discours qu’il a tenu à Avignon en 1339, en tant qu’ambassadeur de l’empereur, devant le pape Benoît XII pour lui présenter un nouveau plan d’union : l’union des Églises, affirmait-il, pouvait être réalisée sur la base d’une foi commune en la Trinité, chacune des deux Églises pouvant, en ce qui concerne la procession du Saint-Esprit, conserver sa propre doctrine, les théo­logiens des deux bords pouvant, s’ils le souhaitaient, poursuivre leurs discussions. Mais l’importance du Filioque était minimisée par les Latins eux-mêmes qui traditionnel­lement attribuaient la sé­paration des Églises plus à des raisons ecclésiologiques (en parti­culier le re­fus de reconnaître l’autorité suprême du pape de Rome) qu’à des raisons dogmatiques et considéraient les Orientaux comme schis­matiques, mais point comme hérétiques. Saint Grégoire Palamas lui-même note dans son Prologue que les Latins affirment que leur pensée est la même quant au fond et ne diffère qu’en ce qui con­cerne l’expression.
Face à ces points de vue des Latins et des latinophrones, saint Grégoire Palamas fait remarquer que l’ajout du Filioque au Credo paraît produire un changement minime, mais « apporte en réalité les bases de grands maux et beaucoup de dan­gereuses absurdités et de choses étrangères à la piété », montrant que, « en ce qui concerne Dieu, même la moindre chose ne saurait être petite »: une nouveauté qui concerne le Principe de toutes choses ne peut en effet qu’entraîner de nombreuses erreurs au su­jet de tout ce qui en dépend.
Pour saint Grégoire Palamas, la différence des deux conceptions est loin de ne correspondre qu’à une différence d’expression et, comme on dirait aujourd’hui, de « sensibilité » : les deux doctrines sont bel et bien fondamentalement contradictoires et donc, selon le principe logique élémentaire de non-contradiction, ne peuvent être toutes les deux vraies; elles ne sont donc ni complémentaires ni compatibles, mais exclusives l’une de l’autre: si l’une est vraie, l’autre est nécessairement fausse. Le Filioque est une hérésie comparable et semblable à toutes les hérésies du passé, comme celles des ariens, des apollinaristes, des eunoméens ou des macédoniens… Sa gravité se manifeste non seulement sur le plan dog­ma­tique, mais encore sur les plans ecclésiologique et spirituel (les trois plans étant indissolublement liés): il implique une rupture de communion et empêche le rétablissement de celle-ci. Confesser que le Saint-Esprit ne procède pas du Père seul, c’est, selon Grégoire, carrément s’exclure de Dieu et de la Sainte Trinité. On voit très clairement ici que Grégoire, loin de considérer la question du Filioque comme secondaire, y voit, plutôt que dans des raisons politiques ou autres, la principale source de la rupture de communion et de la séparation des Églises orthodoxes d’Orient et de l’Église de Rome et le princi­pal obstacle au rétablissement de cette communion et à la ré-union des Églises. « Jamais, dit-il aux Latins, nous ne vous accepterons en communion aussi longtemps que vous direz que l’Esprit est aussi du Fils (Filioque) ».
Selon Grégoire, la première étape de la démarche à suivre pour rétablir la communion et l’unité entre les Églises est que les Latins retirent le Filioque du Credo puisque celle formule y a manifeste­ment été ajoutée. Mais cela ne suffira pas: encore faut-il que la théologie latine s’accorde avec la foi orthodoxe dont témoigne « l’accord éclatant des Pères théophores ». Il propose donc que s’engagent des discussions théologiques en vue de retrouver un tel accord, et même de traiter de cette question au sein d’un concile, en prenant pour exemple les Pères qui, à propos d’autres questions controversées comme celle des deux natures, opérations et volontés du Christ, sont finalement retournés « à la paix com­mune dans la piété ». Grégoire rappelle avec émotion et nostalgie qu’il y avait autrefois un accord entre l’Église d’Orient et l’Église de Rome, et il considère que cet accord devrait pouvoir être retrouvé si cette dernière acceptait seulement de faire retour à l’ancienne foi commune définie par les grands conciles œcuméniques et par les Pères.

Les deux Traités démonstratifs de saint Grégoire Palamas avaient déjà été traduits en français par Emmanuel Ponsoye sous le titre Traités apodictiques sur la procession du Saint-Esprit (Éditions de l’Ancre, Paris-Suresnes, 1995). Yvan Koenig en propose ici une traduction nouvelle, nettement améliorée, et annotée par ses soins. L’introduction, qui occupe près de la moitié du volume, présente les circonstances et le contexte de la rédaction des traités et analyse ceux-ci dans le détail, étape par étape, pour en rendre la lecture plus aisée. Elle actualise et corrige sur certains points (en particulier la position de Palamas par rapport à Barlaam et à Grégoire de Chypre) l’introduction de la première édition.

Jean-Claude Larchet

Dans un entretien, l’évêque de Irénée de Bačka (Eglise orthodoxe serbe) aborde la question du Concile de Crète, du nationalisme dans l’Église, de l’Église orthodoxe en Ukraine et de l’archiprêtre Gabriel Kostelnik (+1948)

Au cours de son récent séjour en Serbie, le métropolite de Zaporojié et Mélitopol Luc (Église orthodoxe d’Ukraine) a rencontré l’évêque de Bačka Irénée (à gauche sur la photographie, ndlr) et lui a posé un certain nombre de questions. Nous reproduisons ci-dessous, in extenso, l’entretien :

– Métropolite Luc : « Comme on le sait, alors que vous participiez au Concile panorthodoxe, vous n’avez pas signé certains de ses documents. À ce sujet, je voudrais entendre votre point de vue personnel, et ce d’autant plus qu’en Ukraine, les disputes ne cessent pas entre ceux qui rejettent en bloc le Concile et ceux qui soutiennent l’idée de sa tenue et les décisions prises.

– Évêque Irénée : Beaucoup de choses dites par moi à ce sujet en serbe n’ont pas encore été publiées. Comme on le sait, nous sommes ici [en Serbie] voisins des Grecs. Nous avons de profonds liens historiques et autres avec les Grecs, un grand nombre de nos évêques parlent ou comprennent le grec. Depuis mon enfance, j’ai appris la langue grecque [ancienne] et j’ai enseigné le Nouveau Testament et la langue grecque à la Faculté de théologie de l’Université de Belgrade. Nous avons notre milieu distinct, particulier. Je connais beaucoup d’évêques grecs et je suis ami avec un grand nombre d’entre eux, aussi j’ai été très triste lorsque que l’on a commencé à dire que « les Serbes nous ont trahis, sont passés chez les Russes ». Je suis contre de telles affirmations, parce que dans l’Église, il n’y a pas de Russes, de Serbes ou de Grecs. Il y a ceux qui sont orthodoxes et ceux qui ne le sont pas, ou bien tu es dans l’Église, ou tu es contre l’Église, tertium non datur. Si je connais beaucoup de Grecs, si j’ai des relations fraternelles avec eux, cela signifie seulement qu’ils doivent avoir la même attitude envers les Russes, les Ukrainiens, les Géorgiens. L’apôtre Paul dit encore que pour l’Église, il n’y a ni Grec ni Juif. Sinon, cela est pour moi le démembrement, la division artificielle de l’orthodoxie entre Grecs et Slaves, Russes. Cela non seulement ne me plait pas, mais dans l’essence, c’est quelque part hérétique. C’est une approche hérétique.

– Qui fait cela ?

– Ce sont différents journalistes. Pour ce qui me concerne, je n’ai reçu aucun ordre, aucun souhait d’où que ce soit. J’ai seulement ma responsabilité, comme théologien, comme un homme qui s’est occupé de cela toute sa vie, dans la mesure de ses possibilités et capacités, et j’analyse tout ce qui s’est produit : tous les courants, toute la préparation du Concile et j’en tire des conclusions pour ma conscience. C’est la question de ma foi, de ma conscience, et non la question des Serbes, des Russes ou des Grecs, de qui que ce soit. À Genève, j’ai participé à toutes les rencontres liées à la préparation du Concile, j’ai étudié tous les textes avec les autres. Je n’ai jamais été contre le Concile. Lorsque ont commencé tous ces commérages, cela m’était répugnant à un point indicible. Et c’est en grec, et non en serbe, que je me suis alors empressé de publier, afin que cela soit clair à tous, pourquoi je n’ai pas signé. J’en suis venu à cette conclusion, selon ma conscience.

– Votre point de vue au sujet de ce qui suit est très important : certains émissaires des autorités de notre pays rencontrent les représentants [du Patriarcat] de Constantinople afin que ces derniers fassent des pas dans la direction du rapprochement avec les schismatiques [ukrainiens].

– Une fois, alors que je parlais avec le patriarche œcuménique, je lui ai dit : « Soutenir Denissenko [le « patriarche » schismatique de Kiev, ndt], ce sera un nouveau schisme, cette fois non entre l’Orient et l’Occident, mais en Orient. Personne n’a besoin de cela. Ceux qui ont intérêt à cela, ce sont des forces qui n’ont rien de commun avec le christianisme ». Je l’ai fait honnêtement, je l’ai dit en face. Je regrette le fait que les représentants des séparatistes ecclésiastiques ukrainiens aient été reçus au Phanar, et aussi que des représentants du pouvoir politique y soient venus pour des discussions semblables, certains d’entre eux n’étant pas même orthodoxes. Bien sûr, dans cela, ils voient les intérêts de l’État. Nous faisons face à la même chose au Monténégro. On s’efforce de faire de l’Église l’instrument de la politique, afin qu’elle serve les intérêts de l’État et non ses buts véritables. Je ne pense pas que le patriarche Bartholomée s’engagera dans quelques concessions.

– Nous, en Ukraine, ressentons cela très douloureusement, particulièrement notre troupeau. Il nous est indispensable de parler plus du Christ aux gens, d’autant plus au moment où, dans les médias officiels, on répand des mensonges sur nous. Nos fidèles s’intéressent à la position de Constantinople, à laquelle se réfèrent constamment les schismatiques, d’autant plus que le patriarche Bartholomée aurait soi-disant occupé la position du pape au Concile.

– Ce n’est pas vrai. Il s’est conduit dans le cadre de ses pouvoirs et, plus que tout autre, au Patriarcat œcuménique, il a voulu faire un Concile selon tous les critères et normes. La question de l’unité de l’orthodoxie est plus importante que les plans du pouvoir que ce soit l’ukrainien ou tout autre pouvoir éphémère. Tout est éphémère, seule l’Église est éternelle. Qui aurait pu penser que nous vivrions jusqu’au monde post-soviétique ? Nul parmi eux [les communistes, ndt] n’aurait pu y penser, ils pensaient qu’il seraient là encore trois ou quatre siècles. C’est Dieu qui dirige l’histoire, l’Esprit Saint. En ce sens, tout cela est éphémère et on ne sait jamais ce qui arrivera. Les miracles se produisent de notre vie également, et après il y en aura encore. En ce sens, il faut simplement résister, confesser la foi. Nous devons rester conséquents dans nos positions ecclésiales, ecclésiales seulement et aucunes autres, non celles des partis, non des positions politiques. L’Église n’a jamais été contre l’État. Certains dirigeants ne pourront jamais le comprendre, parce qu’en fait, ils sont tous des athées, ce sont les mêmes qui étaient là à l’époque soviétique.

– On commence à parler chez nous, activement, qu’il faut passer de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin. Changer la forme de la langue.

– La même chose se produit chez nous au Monténégro. L’alphabet cyrillique y a été interdit, on ne peut écrire qu’en caractères latins. Je perçois tout cela comme une conséquence de la position suicidaire du pouvoir. Que recevront-ils si, en se coupant de leurs racines orthodoxes, ils deviennent partie du monde occidental ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui le monde occidental ? C’est un athéisme qui est pire que l’athéisme soviétique, malheureusement. À l’époque soviétique le pouvoir avait fait de l’idée athée une idéologie, ils luttaient contre la religion. Or aujourd’hui, en Occident, toute religion est une imbécillité, elle n’intéresse personne, il n’y a que le plaisir. Particulièrement dans les cercles dirigeants du monde, raison pour laquelle le monde musulman est plus fort qu’eux. Pensez seulement au fait qu’en France il y a plus de gens dans les mosquées que dans les églises !

– Il y a un refroidissement dans la jeunesse envers le savoir, la vie. On leur dit quelque chose, ils le croient, il y a une certaine absence du souhait d’analyser, de comprendre quelque chose. Comment enseigner à penser ? Que faut-il faire pour cela ?

– Nous avons le même problème. Mais nous devons défendre l’orthodoxie, bien sûr avec patience et amour, avec respect envers la liberté de conscience de chaque homme. Mais nous ne devons jamais céder. Il faut suivre les traditions de l’Église. De nombreux efforts sont nécessaires au salut. Que Dieu nous donne de la patience. Comme on le disait à l’époque byzantine, les nuages les plus menaçants passent. Aussi difficiles et lourdes que puissent être les difficultés pour nous, ces nuages passeront. Il faut attendre, peut-être ne vivrons-nous pas jusque-là, d’autres y parviendront, mais le mot définitif sera celui du Christ, et non de l’Antichrist. Si certains n’y croient pas, c’est leur problème.

– On entend maintenant de la bouche des politiciens [ukrainiens] : « Vous êtes un ennemi, vous êtes la cinquième colonne, vous êtes un curé moscovite ». Certains l’endurent très difficilement.

– Le plus important est de comprendre que ces gens ne s’intéressent à l’Église que comme un instrument, celui de leurs plans. Il en est ainsi dans le monde entier. Il faut, avec sagesse, ne s’identifier avec aucun d’entre eux. Même avec ceux qui disent qu’ils sont orthodoxes. Il est vrai qu’il y en a de tels, mais quoi qu’il en soit, il faut avoir sa position, sa liberté. Nul ne doit dire qu’un orthodoxe appartient à l’une ou l’autre orientation politique, à un parti. À aucun ! Nous n’appartenons qu’à une seule orientation, celle du Christ !

– Monseigneur, excusez-nous, nous prenons beaucoup de votre temps.

– Non, j’en suis très content. Et je dirai encore quelque chose pour ce qui concerne le Concile [de Crète]. J’ai participé à sa préparation, j’ai suivi chacun de ses pas, j’ai parfois tenté d’aider certaines formulations de compromis, de décisions communes, etc. Mes frères évêques, qui ont eu la même préoccupation que moi dans cette œuvre, savaient que je comprends le grecs, que je bénéficiais d’une certaine confiance des Slaves et pouvais leur expliquer quelque chose. Il y a eu des discussions sur l’octroi de l’autocéphalie et de l’autonomie. En fin de compte, nous sommes arrivés à la décision que l’octroi de l’autocéphalie n’est pas le problème d’une Église locale, ni de Constantinople, mais une question panorthodoxe, et nous sommes parvenus à une conclusion, à un résumé sur la base de l’expérience commune de l’orthodoxie durant des siècles. Et la formule finale était que l’octroi de l’autocéphalie ne peut se produire sans la volonté de l’une des Églises locales, personne ne peut dire qu’il veut devenir autocéphale. S’il y a la bénédiction que l’Église-Mère – l’une ou l’autre des Églises locales – déclare pour des considérations spirituelles, non étatiques, non politiques, non idéologiques ou d’autres encore, être d’accord, alors un diocèse ou un autre devient Église autocéphale. Ce n’est pas une décision finale, c’est une proposition à la conscience panorthodoxe. Cela est communiqué à toutes les Églises autocéphales. Si toutes sont d’accord sur le fait que cela est utile dans le sens de la croissance de tout l’organisme divino-humain de l’Église, alors commence l’examen panorthodoxe de cette question. En bref : la première condition est l’accord de l’Église-mère, la seconde démarche, l’accord panorthodoxe, et la troisième la proclamation. Pour ce qui concerne celle-ci, les idées diffèrent. Au début, Constantinople disait que le seul accord du patriarche œcuménique était suffisant, avec la publication d’un tomos, la proclamation etc. Oui, c’était le cas avant, dans les temps anciens. Mais les choses sont autres maintenant. Il y a de nouvelles Églises autocéphales, plus tardives, en plus des patriarcats anciens. Cela reste une question non résolue, qui nécessite un examen. En général, il est nécessaire lors d’un concile de discuter des problèmes importants, non pas théoriques, mais de ceux qui concernent l’unité de l’Église. Toutes les questions du schisme, du nationalisme, de l’obscurantisme, doivent absolument être résolus au niveau conciliaire. Le principe du consensus, de l’unanimité, est important. Et le fait même que le concile actuel ait eu lieu sans la participation de certaines Églises constitue un problème sérieux. Celles-ci disent qu’elles n’ont pas participé en raison de leurs considérations stratégiques, et cela est juste, cela signifie qu’elles avaient des considérations de principe.

– Pour nous, la guerre au Sud-Est de notre partie constitue une grande douleur. Ma maison a été détruite, nous vivions non loin de l’aéroport. Mes anciens paroissiens sont morts sous les bombardements, tandis que d’autres refusent de me parler, m’accusant de trahison, parce que je suis resté sur le territoire de l’Ukraine.

– Oui, cela est horrible quand se produit une guerre civile, lorsque les frères sont en guerre. Nous avons vécu sera à la charnière du siècle présent. Cela arrange les forces anti-orthodoxes – et c’est pour cela qu’elles l’organisent et l’attisent –, elles veulent une seule chose : démembrer et piller le pays, et faire de l’Église orthodoxe une organisation politique obéissante, du type d’une organisation séparatiste avec à sa tête Denissenko. Ce sont des gens sans morale.
– Monseigneur, il est tellement intéressant de parler avec vous…
– Merci. Je veux également vous demander quelque chose. Avez-vous quelque document au sujet de Gabriel Kostelnik [ancien prêtre uniate revenu à l’orthodoxie après la Seconde Guerre mondiale, il présida le Concile de Lvov en 1946 et fut assassiné en 1948, ndt]. Il a fait beaucoup au Concile de Lvov, il a abandonné l’uniatisme, est devenu prêtre de l’Église orthodoxe. Je suis allé sur sa tombe, nous avons prié pour son âme, alors que Mgr Augustin était encore évêque du lieu. Je considère moi-même qu’il est digne de la canonisation. Mgr Augustin m’a dit également qu’il fallait tout analyser, à savoir quelles étaient les immixtions du KGB. Parfois, il y avait des intérêts parallèles. Ils [les communistes, ndt] ne voulaient pas d’uniates, nous non plus. Mais cela ne signifie pas que le père Gabriel Kostelnik était leur laquais. Mon idée est qu’il faut procéder à la canonisation simultanément en Ukraine et en Serbie. Il a vécu là-bas et ici [le père Gabriel Kostelnik est né en Voïvodine, ndt]. Le lien vivant se conservera s’il y a canonisation en même temps dans les deux pays.
– Je vous remercie chaleureusement, Monseigneur, pour cette discussion si substantielle et intéressante. J’espère et demanderai à Dieu et à Votre Éminence de nous rencontrer à nous. Nous demandons vos prières pour notre Église avec, à sa tête, son primat le béatissime métropolite Onuphre.
– Nous, Serbes, plus que qui que ce soit, partageons votre douleur, c’est la raison pour laquelle, en priant pour notre peuple très éprouvé, nous prions aussi pour nos frères ukrainiens. À la tête de votre Église se trouve un hiérarque très sage, un exemple à imiter dans sa fidélité à l’Église-mère et ses canons. Que Dieu lui donne force et santé !
– Le Christ est ressuscité !
– En vérité, Il est ressuscité !

Source (dont photographie): Hram.zp.ua

Recension: Métropolite Hilarion Alfeyev, « Image de l’Invisible. L’art dans l’Église orthodoxe »

Métropolite Hilarion Alfeyev, Image de l’Invisible. L’art dans l’Église orthodoxe, Éditions Sainte-Geneviève, Épinay-sous-Sénard, 2017, 371 p.
Ce livre de Mgr Hilarion Alfeyev (métropolite de Volokolamsk, président du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou) est le troisième volume d’une série présentant divers aspects de l’Église orthodoxe. Les deux premiers volumes (L’Orthodoxie, vol. I, Histoire et structures canoniques de l’Église orthodoxe et L’Orthodoxie, vol. II, La doctrine de l’Église orthodoxe), ont été publiés respectivement en 2009 et 2012 aux Éditions du Cerf. Il était prévu que les volumes suivants y paraissent aussi, mais la nouvelle direction ayant drastiquement réduit la publication de livres orthodoxes, l’auteur a dû migrer chez un autre éditeur, lequel en l’occurrence a fait un beau travail de présentation, proche de l’édition originale publiée à Moscou par le monastère de Sretenski.
Comme l’indique son sous-titre, l’ouvrage traite de « l’art dans l’Église orthodoxe » et comporte trois parties: 1) L’architecture des églises orthodoxes; 2) L’iconographie orthodoxe; 3) La musique liturgique.
Ces études se présentent moins comme des réflexions ou des commentaires spirituels que comme des articles d’encyclopédie, qui présentent à chaque fois un historique et un descriptif de la question, illustré par une abondante iconographie marginale en noir et blanc, et pour une part en couleur dans un cahier central.
L’ouvrage est bien documenté, Mgr Hilarion s’appuyant sur sa vaste culture personnelle, mais aussi sur les travaux préparatoires d’une équipe de documentalistes qui œuvre pour certains de ses ouvrages. On apprécie aussi le caractère pédagogique de l’exposé. Tout cela fait de cet ouvrage un excellent manuel d’initiation à ce que l’on peut appeler « l’art liturgique » orthodoxe (car en fait les trois formes d’art abordées trouvent leur expression et leur finalité dans la liturgie). Ce travail s’intègre à l’œuvre pastorale considérable que Mgr Hilarion, animé par des capacités et une force de travail hors pair, développe depuis de nombreuses années parallèlement à ses activités « diplomatiques » officielles, et qui se traduit aussi par une multitude de traductions patristiques, de publications de livres et d’articles, de conférences, et de documentaires filmés pour la télévision.
Les parties consacrées à l’architecture et à l’art abordent des thèmes déjà abondamment étudiés ailleurs, mais l’auteur en propose une synthèse historique et doctrinale qui les situent dans la perspective ecclésiale orthodoxe et qui est particulièrement utile dans le cadre d’une initiation ou d’une révision de notions déjà acquises.
L’exposé de Mgr Hilarion se révèle particulièrement précieux dans la troisième partie, consacrée à la musique, sur laquelle on trouve dans la littérature moins de documents que sur l’architecture et l’iconographie. L’auteur fait bénéficier le lecteur de sa grande compétence en la matière puisque, avant de devenir moine et de s’élever dans la hiérarchie ecclésiastique, il mena pendant une quinzaine d’années des études musicales au plus haut niveau.
Dans la liste des grands compositeurs de musique liturgique et religieuse qu’il présente (et qui comporte entre autres les noms de Lvov, Lomakine, Glinka, Bortnianski, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, Katalsi, Arkhangelski, Tchesnokov, Rachmaninov, Gretchaninov, Troubatchev et Sviridov) il faudrait – ce que sa modestie l’empêchait de faire – ajouter son nom, car il est, dans le domaine de la musique liturgique et religieuse polyphonique, l’auteur d’une œuvre déjà considérable et d’une qualité qui égale celle des plus grands compositeurs. Parmi ses œuvres liturgiques les plus connues (dont existent des enregistrements sur CD diffusés en Russie, et divers enregistrement vidéo), on peut citer: « La Divine Liturgie » et « Les Vigiles », à quoi l’on peut ajouter, parmi les œuvres non liturgiques mais d’inspiration religieuse: « La Passion selon saint Matthieu », un « Oratorio de Noël », un « Stabat Mater », et diverses compostions réunies dans un CD intitulé « Lumière passée et future ».
L’intérêt du Métropolite Hilarion pour le chant polyphonique russe moderne ne le conduit pas à dévaloriser le chant traditionnel znammeny (dont il a fortement soutenu la renaissance en Russie), ni a ignorer les formes musicales des autres Églises locales qui sont également présentées dans ce volume. À noter qu’il garde même une certaine distance critique par rapport au chant polyphonique sophistiqué qui reste très présent dans les grandes églises (qui emploient de manière aberrante des chœurs professionnels dont certains membres sont non croyants), puisque de même que le P. Georges Florovsky parlait d’une « captivité de Babylone » à propos de la théologie russe du XIXe et du début du XXe siècle, Mgr Hilarion déplore avec raison que « les normes esthétiques de la “captivité italienne” (c’est-à-dire des XVIIIe-XIXe siècles) continuent à dominer le répertoire des chorales ».
La partie du livre consacrée à la musique se termine par un chapitre original et intéressant sur les cloches qui, comme le note l’auteur dans son introduction, produisent « la seule forme de musique instrumentale non seulement universellement admise par l’Église orthodoxe, mais faisant partie intégrante de sa liturgie ».

Jean-Claude Larchet

Les chrétiens orthodoxes en Europe centrale et orientale sont en faveur d’un rôle fort de la Russie dans la géopolitique et la religion

Environ un quart de siècle après la fin de l’ère soviétique, la Russie conserve une influence substantielle dans un grand nombre de parties de l’Europe centrale et orientale. La Russie est largement considérée par les chrétiens orthodoxes de cette région comme un important contrepoids aux influences occidentales et comme une protectrice globale des populations orthodoxes et des Russes ethniques, selon un nouveau rapport du Pew Research Center concernant 18 pays en Europe centrale et orientale. Dans pratiquement tous les pays majoritairement orthodoxes, objets du rapport, la majorité ou un grand nombre sont d’accord pour affirmer qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident et qu’elle a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes et les Russes ethniques hors de leurs frontières. Ce sentiment domine même dans trois pays majoritairement orthodoxes faisant l’objet du rapport et qui sont membres de l’Union Européenne : la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Mais le sentiment pro-russe a tendance à être le plus fort dans les Républiques ex-soviétiques qui sont majoritairement orthodoxes et ne font pas partie de l’Union Européenne, y compris l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie. Le soutien en faveur du rôle géopolitique et religieux de la Russie est nettement plus faible en Ukraine, un pays à majorité orthodoxe qui est toujours engagé dans un conflit avec les séparatistes pro-russes dans la partie Est du pays, après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. En outre, dans les pays à majorité catholique ou avec une diversité de religions en Europe centrale ou orientale, tels que la Pologne et la Hongrie, on est beaucoup moins enclin à soutenir le rôle fort de la Russie. À l’exception de l’Ukraine, le soutien pour le rôle de la Russie est répandu à travers tous les autres pays à majorité orthodoxe dans lesquels le Pew Research Center a enquêté. Par exemple, sept personnes sur dix, voire plus, en Grèce (70%), Biélorussie (76%), Serbie (80%), l’Arménie (83%) et la Russie elle-même (85%) sont d’accord, complètement ou en grande partie, avec cette affirmation : « Une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident ». D’autres analystes montrent que les gens qui sont d’accord sur le fait qu’il existe un conflit entre les valeurs occidentales et les valeurs traditionnelles de leur propre pays sont plus enclins que les autres à dire qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident. Il y a également un point de vue qui domine parmi les chrétiens orthodoxes selon lequel la Russie a une obligation de protéger au niveau international les populations orthodoxes. Dans chaque pays à majorité orthodoxe objet de l’enquête, à l’exception de l’Ukraine, la plupart disent qu’ils sont en accord avec la déclaration selon laquelle la « Russie a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes hors de ses frontières ». La majorité de chaque population orthodoxe concernée par l’enquête dans les pays autres que l’Ukraine dit aussi que la Russie a une obligation de protéger les Russes ethniques dans le monde entier. La Russie est également perçue comme le siège de l’autorité religieuse orthodoxe. Parmi les chrétiens orthodoxes, le patriarche de Moscou, qui est le chef de l’Église orthodoxe russe, est plus largement perçu comme une plus haute autorité de l’orthodoxie que le patriarche de Constantinople, malgré le statut de celui-ci de « premier parmi les égaux », les leaders orthodoxes. En fait, dans chaque pays avec une population orthodoxe significative mais qui ne dispose pas d’une Église nationale auto-administrée, les gens sont bien plus enclins à dire qu’ils considèrent le patriarche de Moscou comme la plus grande autorité dans l’orthodoxie. Ce n’est pas une surprise si la majorité en Russie (qui a sa propre Église nationale) considère également le patriarche de Moscou comme l’autorité orthodoxe la plus haute. Dans quatre des six pays étudiés qui disposent de leur Église autocéphale, à savoir la Géorgie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie, la plus grande partie des gens disent qu’ils perçoivent le chef de leur Église nationale comme la plus haute autorité orthodoxe. Il n’y a qu’en Grèce où la majorité voit dans le patriarche de Constantinople la plus haute autorité dans l’Église orthodoxe. Nonobstant le sentiment pro-russe, les chrétiens orthodoxes sont largement d’accord avec les autres Européens du Centre et de l’Est de l’Europe sur le fait que leurs pays devraient avoir des relations étroites avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. La majorité ou la plupart des gens le disent dans chaque pays étudié. Cela est même vrai dans les pays qui sont en faveur d’une Russie forte. Par exemple, une majorité d’adultes en Arménie (66%), Grèce (62%) et Serbie (61%) disent qu’il est de l’intérêt de leur pays de travailler étroitement avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. Cela dit, les sentiments étaient partagés lorsque le Pew Research Center a demandé aux gens dans les ex-républiques soviétiques s’il était plus important pour leur pays d’avoir des « liens forts » avec l’Union Européenne ou avec la Russie. La question n’a pas été posée aux Russes, mais dans trois des cinq pays à majorité orthodoxe où cela a été demandé, l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie, la majorité ou la plupart ont dit qu’il était plus important d’être allié avec la Russie, tandis que la Géorgie est très divisée à ce sujet. Dans les anciennes républiques soviétiques étudiées qui n’ont pas une majorité orthodoxe, les adultes sont plus enclins à dire qu’il est plus important d’avoir des liens forts avec l’Union européenne plutôt qu’avec la Russie.

Source (avec tableaux détaillés)

Vient de paraître: Claude Lopez-Ginisty, «Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr»

Vient de paraître: Claude Lopez-Ginisty, «Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr», Éditions du Désert, 2017, 185 p. Format Kindle, disponible sur Amazon.
José Muñoz (1948-1997), devenu moine orthodoxe Ambroise du Mont-Athos, fut l’humble gardien d’une copie devenue myroblite de l’icône de la Portaïtissa (vénérée au monastère d’Iviron au Mont-Athos). Ce petit livre est un hommage qui lui est rendu par Claude-Lopez-Ginisty qui fut un témoin direct et ami de José.
«Nous allons parler d’un martyr de notre temps, écrit l’auteur dans son Avant-propos. Il vivait en esprit avec les martyrs de tous les temps et de tous les lieux (…). Il fut sur notre terre des vivants un homme simple marchant pieusement vers le Ciel où il demeure à présent. Il obtint du Christ par sa prière fervente le don précieux d’une icône miraculeuse qu’il accompagna dans le monde et donna sa vie pour que ses frères l’aient en abondance de guérisons et de grâces.»
«En rassemblant tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, on s’aperçoit qu’il n’est pas réellement possible d’écrire autre chose que l’histoire de l’Icône et de frère Joseph. Cela est voulu. C’est que sa vie réelle fut celle de gardien fidèle de l’Icône et que son autre vie, il y renonça totalement en choisissant de devenir moine. Il disparut quand disparut l’Icône, c’était là sa seule vie véritable, elle était cheminement lent, sûr et douloureux vers le Ciel. Y ayant atteint enfin, il nous laisse le soin de méditer sur ce que fut son errance mystique sur la terre des vivants.»
L’ouvrage comporte aussi l’Acathiste à l’icône de la Mère de Dieu d’Iviron (version slavonne, traduite par B. Le Caro), ainsi qu’un acathiste “au saint néomartyr Joseph” et des services liturgiques à la mémoire de José Munoz composés par Claude Lopez-Ginisty. À noter cependant que José Muñoz n’a pas été canonisé mais est vénéré dans l’Église Russe Hors-Frontières à laquelle il appartenait. Il est mort dans un hôtel d’Athènes après avoir subi les tortures de marginaux voulant lui faire avouer où était l’icône qui était (entourée par une riza de grande valeur), car il ne l’avait pas avec lui à ce moment-là. L’icône n’a jamais été retrouvée, mais de nombreuses reproductions en ont été réalisées qui sont vénérées dans le monde entier, y compris dans certains milieux catholiques.

Communiqué conjoint de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale et de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

« Qu’il est bon, qu’il est doux de demeurer en  frères tous ensemble » Psaume 133, 1. 

À l’initiative et en présence de Son Éminence Mgr Jean de Charioupolis, les délégués du Conseil diocésain de l’Archevêché et du Conseil d’administration de l’Institut se sont réunis ce lundi 1er mai 2017 en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris.

Le P. Jean Gueit, Vice-Président, ainsi que M.M. Nicolas Lopoukhine, Secrétaire, et Alexandre Victoroff, Trésorier, pour l’Archevêché, M.M. Jean-François Colosimo, Président, et  François Guès, Vice-Président, accompagnés du P. Nicolas Cernokrak, Doyen, pour l’Institut ont ainsi pu mener le dialogue fraternel auquel les avait invités Mgr Jean.      

Ils ont réaffirmé le lien spirituel des deux institutions fortes de bientôt un siècle de communion ecclésiale et d’histoire commune au service de l’orthodoxie en France et en Europe au sein du patriarcat œcuménique de Constantinople.     

L’Institut a redit son attachement fidèle à l’Archevêché comme le premier lieu,  naturel et organique, de sa vocation, de sa mission et de son activité.

L’Archevêché a redit son attachement fidèle à l’Institut dans le respect de son indépendance en tant qu’établissement universitaire privé.

Les délégués sont convenus que leur devoir est de faire face ensemble aux défis présents et à venir, à commencer par la restauration du site de la Colline Saint-Serge, 93 rue de Crimée Paris XIXe, rendue urgente au regard de la détérioration accélérée des sols qui pourrait en compromettre le maintien.

Ils sont également convenus qu’au regard de cette situation objective, d’ordre strictement matériel, et des risques d’interruption dans la continuité de l’enseignement qu’elle présente, l’Institut a pour devoir de se relocaliser de manière transitoire le temps nécessaire à la résolution de ce problème tout en gardant le vif souhait de pouvoir réintégrer dans des conditions propices et dans les meilleurs délais son lieu historique.   

Ils sont convenus, enfin, que l’Archevêché est en droit d’attendre une pleine mobilisation de toutes les compétences utiles à la réhabilitation indispensable et à la permanence vivante,  pour les orthodoxes et par-delà, de ce haut-lieu symbolique.

Les délégués ont ainsi décidé, au nom de leurs institutions respectives, de former un comité conjoint afin d’unir leurs forces et de partager leurs moyens propres afin de rechercher à assurer, en parfaite synergie, la sauvegarde de la Colline Saint-Serge.

Son Éminence Mgr Jean de Charioupolis, Exarque de l’Archevêché, Chancelier de l’Institut, a loué cette concorde, béni cette concertation et encouragé les délégués à mener à bien l’œuvre commune de ce comité conjoint dont il  présidera les travaux.

Paris, le 2 mai 2017

« Allez, faites de toutes les nations des disciples : évangélisation et mission externe dans les paroisses orthodoxes aux États-Unis », un rapport publié par l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis 

La première étude jamais réalisée aux États-Unis sur l’évangélisation et la mission externe dans les paroisses orthodoxes de ce pays a été publiée par l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis. Un résumé et le rapport complet sont disponibles en anglais. Le rapport « « Allez, faites de toutes les nations des disciples : évangélisation et mission externe dans les paroisses orthodoxes aux États-Unis » examine les pratiques et les stratégies développées par certaines paroisses orthodoxes qui peuvent être considérées comme « exemplaires » dans leurs efforts missionnaires et de mission externe. Le lecteur trouvera, par exemple, ce qui suit dans le rapport :
– « Les secrets » pour être une paroisse qui attire et accueille les nouveaux membres
– Huit bonnes pratiques d’accueil de ceux qui visitent la paroisse pour la première fois et de ceux qui posent des questions sur la foi
– Comment les paroisses « exemplaires » atteignent un degré élevé d’engagement de leurs membres dans la vie paroissiale
– Quatre traits distinctifs de l’instruction religieuse dans les paroisses « exemplaires »
– Six « leçons » que la direction de l’Église (les évêques) peut apprendre des paroisses « exemplaires ».
Les paroisses de sept juridictions orthodoxes des États-Unis ont participé à cette étude. Le rapport a été préparé par Alexei Krindatch, coordinateur des recherches de l’Assemblée, en coopération avec le père Eric Tosi (OCA), le père John Parker (OCA) et Adam Roberts (Archevêché d’Antioche). L’étude a été lancée et financée par le Comité pour les Agences et les Organisations agréées (comité de l’Assemblée de l’Assemblée des évêques canoniques des États-Unis, présidé par l’évêque de Nysse Grégoire).

Source

Recension: Saint Nicolas Vélimirovitch, « Le Prologue d’Ohrid », tome 2 (Mai à Août)

Saint Nicolas Vélimirovitch, Le Prologue d’Ohrid, tome 2 (Mai à Août), collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Age d’Homme, Lausanne, 2017, 512 p.
Le Prologue d’Ohrid est l’une des œuvres majeures et les plus connues de l’évêque serbe Nicolas Vélimirovitch (1880-1956), canonisé en 2003 sous le nom de Saint Nicolas de Jitcha et d’Ohrid et surnommé « le Chrysostome serbe » en raison de l’excellence de son talent littéraire.
C’est une œuvre à la fois classique et originale. Divisée en autant de chapitres que de jours de l’année, elle comporte pour chacun: 1) une courte Vie des principaux saints du jour  (c’est donc un Synaxaire abrégé); 2) un poème spirituel consacré à l’un de ces saints; 3) une brève réflexion ; 4) un thème de contemplation; 5) une courte homélie.
Cet ensemble riche et varié en fait un manuel de vie spirituelle au quotidien, que la brièveté des chapitres rend utilisable même par des personnes disposant de peu de temps, et qui peut aussi rendre de grands services dans le cadre de la catéchèse et de la formation spirituelle.
La qualité stylistique des poèmes, des méditations et des homélies place également cet ouvrage dans la catégorie des grands livres de littérature religieuse qui nourrissent l’intelligence et réjouissent le cœur.
Saint Justin (Popovitch) écrivait à son sujet: « C’est le manuel le plus nécessaire – un saint manuel, un saint Euchologe… Dans chaque malheur, ouvre ce saint manuel, et tu trouveras ce qui t’est nécessaire. Il n’y a pas de tourment qui te visite et pour lequel ce saint Euchologe ne te donne la force de le maîtriser par le Christ Dieu. Il n’y a pas de passion qui puisse dominer ton âme et pour laquelle tu n’y trouves de remède qui ait fait ses preuves et qui soit sûr. Il n’y a pas de péché qui puisse te trouver et faire pénétrer la mort dans ton âme, et pour lequel tu ne trouves pas dans le saint Prologue d’Ohrid comment t’en sauver. »
Faisant suite au 1er tome, publié en 2009 et comportant les mois de janvier à avril, ce 2e tome contient les mois de mai, juin, juillet et août.
L’ouvrage ne sera disponible en librairie que dans les prochaines semaines, mais peut être obtenu dès maintenant en étant commandé en ligne sur le site de L’Age d’Homme. Les frais de port sont offerts pour une commande supérieure à 50 euros.

Jean-Claude Larchet

Entretien avec Jean-Claude Polet : « Le père Sophrony m’a donné la force »

Ci-dessous entretien de Raluca Prelipceanu avec Jean-Claude Polet, secrétaire de l’association Saint-Silouane, paru dans la revue roumaine Lumea Credintei, (n°4 – 165 – avril 2017). Entretien réalisé en novembre dernier à l’occasion du colloque “La rencontre avec le père spirituel. Le père Sophrony” organisé à Iassy (Roumanie). Dans cet entretien Jean-Claude Polet évoque sa conversion à l’orthodoxie, sa rencontre avec le père Sophrony (Sakharov), les différences entre les liturgies orthodoxe et catholique.

Photographie du P. Iulian Nistea (source) : Jean-Claude Polet

Raluca Prelipceanu : Comment avez-vous connu le monastère de Maldon ?
Jean-Claude Polet : C’est une longue histoire, mais je vais être court. En fait, pendant plusieurs années j’étais en recherche spirituelle et je naviguais dans tous les domaines religieux : de l’hindouisme jusqu’au christianisme en passant par l’islam. Je n’avais pas de détermination particulière, même si, au départ, j’étais catholique de naissance et de formation, mais j’éprouvais quand même la nécessité de trouver autre chose de meilleur. Un de mes amis m’avait dit : « la solution n’est pas dans une institution religieuse, quelle qu’elle soit, mais dans un maître spirituel, et il faut que tu le cherches ». Et c’est ainsi que je suis allé, avec lui, voir un maître spirituel musulman, soufi en l’occurrence, mais un Occidental converti, qui, après m’avoir écouté, m’a dit : « Si vous ne voulez pas plus que d’être chrétien, et que vous cherchez un maître spirituel, vous ne pouvez rien faire de mieux que d’aller voir le père Sophrony. »

RP : Donc, c’est un musulman qui vous a dit ça ?
J-CL Polet : C’était un chrétien d’origine, converti à l’islam, devenu maître soufi, qui m’a dit ça, mais ce maître soufi avait connu le père Syméon, celui qui était devenu disciple du père Sophrony et qui, depuis l’installation du père Sophrony en Angleterre, était devenu le moine de référence pour les francophones qui se rendaient dans son monastère. Et c’est ainsi que, d’une certaine manière, il m’a dirigé dans une direction qu’il avait déjà indiquée auparavant.

RP : Et comment s’est passée votre première rencontre avec le père Sophrony ?
J-CL Polet : Très simple. Je suis d’abord allé voir Monseigneur Antoine Bloom à Londres parce que je pensais que lui pourrait devenir mon père spirituel. J’y suis allé deux fois, et Monseigneur Antoine, après le deuxième entretien, m’a dit : « Ecoutez, moi je ne vous conviens pas, allez voir le père Sophrony ! ». Ça faisait une deuxième indication : première indication par un maître soufi, deuxième indication par un évêque orthodoxe. Et je suis allé voir le père Sophrony. Enfin, je suis allé au monastère. Je n’ai rien fait comme démarche particulière que d’être là. Il a bien vu que j’étais là, car c’était une époque où il n’y avait pas beaucoup de monde : c’était en 1974. Il m’a vu. Il s’est bien rendu compte que j’étais là pour la première fois. Je suis resté trois jours, et rien ne s’est passé. Je suis reparti. Il ne m’a rien dit : ni bonjour, ni au revoir. Il m’a simplement regardé, quand nous étions à table pour les repas. Je suis retourné une deuxième fois et, à la deuxième fois, il est venu vers moi et il m’a dit : « Vous souhaiteriez me rencontrer ? ». J’ai dit oui, et il m’a convoqué alors. Nous avons eu un premier entretien et, à ce moment-là, je me suis dit : « C’est quelqu’un d’important ». Mais ce n’est qu’à la troisième, ou peut-être à la quatrième fois, je ne sais plus, parce que je suis revenu régulièrement, je venais pratiquement tous les deux mois. Ce n’est donc qu’à la troisième ou à la quatrième entrevue que j’ai senti, précisément, profondément, définitivement, que le père Sophrony assurait en moi la présence de l’Esprit Saint et que, par conséquent, il n’y avait plus à chercher ailleurs, ni mieux.

RP : Et comment en êtes-vous arrivé à être baptisé, en fait, parce que je pense, d’après ce que vous avez raconté à une conférence, que ce n’était pas une décision facile ?
J-CL Polet : Non, je n’ai pas été rebaptisé. Le père Sophrony ne rebaptisait pas, il chrismait. J’ai attendu pratiquement huit ans, je pense, sept ou huit ans, avant de franchir le pas, pour la raison très simple que ma femme, mes enfants, mes parents, mes frères et sœurs, les frères et sœurs de ma femme, tout le monde est catholique et très pratiquant dans ma famille. Il y a des prêtres et des religieuses parmi mes oncles et tantes, etc., et donc c’était très difficile pour moi de créer un élément de rupture, et le père Sophrony m’a toujours dit : « Ne devenez pas orthodoxe tant que vous ne sentez pas le besoin impérieux de le devenir. Restez catholique. Il ne faut pas créer des problèmes, il ne faut pas créer des tragédies. » Mais, au bout d’un certain temps, je n’ai plus pu m’empêcher de le devenir et je me suis enfui, si j’ose dire, du catholicisme pour me réfugier chez le père Sophrony en lui demandant de devenir orthodoxe. Et il me l’a accordé, et il est devenu mon parrain, et c’est le père Syméon qui a célébré la cérémonie de la chrismation.

RP : Je pense que le père Syméon a eu une grande influence sur le monde francophone, n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Tout à fait. Le père Sophrony a eu une très grande influence sur le monde francophone, car il faut savoir qu’en 1974, quand le livre du père Sophrony sur saint Silouane est paru, ce livre a surtout été lu dans le monde francophone par les catholiques. Le monde orthodoxe n’était pas très, très enthousiaste ; le monde protestant, un peu, mais le monde catholique beaucoup. Et ça a fait que le père Syméon, qui est le traducteur en français du père Sophrony, a joué un rôle décisif dans la diffusion de saint Silouane et de la pensée du père Sophrony dans le monde francophone. Et, très vite après que j’avais rencontré le père Sophrony, il m’a désigné le père Syméon comme interlocuteur courant.

RP : D’accord. Et est-ce que vous avez rencontré le père Raphaël, là-bas, au monastère ?
J-CL Polet : Oui, dès le début. Il y était déjà, et donc nous nous sommes rencontrés de multiples fois. Nous avons toujours entretenu des relations très amicales, très sympathiques, mais il n’a jamais été mon père spirituel. Ce n’était pas possible : moi j’avais envie d’avoir le père Sophrony et j’avais aussi le père Syméon, que le père Sophrony m’avait délégué en quelque sorte.

RP : Comment votre famille a reçu votre décision ?
J-CL Polet : Ça a été et ça reste un peu difficile, mais j’assume et tout le monde assume. Si tous ne m’ont pas suivi, je me dis, au fond, que c’est parce que je suis un mauvais mari, un mauvais père, que ça n’a pas fonctionné. Il y a un de mes fils qui est devenu orthodoxe à l’âge de 35 ans, parce qu’il avait fait, lui-même, un cheminement dans ce sens. J’ai une de mes filles qui pourrait le devenir aussi, mais elle hésite et, globalement, il y a quand même une certaine difficulté de dialogue. Cette difficulté de dialogue tient probablement à l’insuffisance de mon témoignage ou, carrément, à la défectuosité de mon témoignage. Mais je pense que ce sont des choses qui vont se régler, un jour ou l’autre, providentiellement, comme beaucoup de choses se sont faites providentiellement à mon point de vue.

RP : Oui, en fait on ne peut pas forcer la liberté des autres n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Non, et le père Sophrony m’a toujours dit :« Ne jamais, jamais forcer ! ». Mais, d’une certaine manière je l’ai fait quand même en mettant les gens devant le fait accompli, n’est-ce pas ? Et donc c’est, là, peut-être, l’erreur que j’ai commise, mais je ne voyais pas de moyen de faire autrement.

RP : Si vous pensez à l’héritage que le père Sophrony vous a laissé, en quoi cela pourrait-il consister ?
J-CL Polet : L’héritage du père Sophrony est majeur et massif, en ce sens que je crois, peut-être d’ailleurs d’une façon un peu vaniteuse, avoir bien saisi sa pensée et sa spiritualité. Mais saisir sa pensée est sans doute moins important. Il me semble surtout qu’il y a en moi quelque chose de sa présence, car c’est le Saint-Esprit qu’il m’a révélé et le Saint-Esprit continue à me donner connaissance de lui. Il y a donc, si vous voulez, comme une espèce de convention établie entre le père Sophrony, les énergies du Saint-Esprit et moi-même : donc, nous sommes en lien permanent. C’est surtout ça. C’est pour ça que je vous dis que c’est majeur et massif. C’est massif parce que je suis tout entier pris par ça, c’est majeur parce qu’il n’y a rien de supérieur, rien de plus important, et en même temps c’est mystérieux parce que je pourrais difficilement exprimer les choses autrement.

RP : Vous pensez que votre relation s’est déroulée sous le feu du Saint-Esprit ?
J-CL Polet : Ça ne fait aucun doute ! Parce qu’avec le père Sophrony, à travers évidemment sa sainteté et la sainteté de saint Silouane, j’ai pris conscience de la présence de l’Esprit Saint. Et chaque fois, quand je voyais le père Sophrony, j’étais situé dans ce que j’appelle la poésie de la présence du Saint-Esprit, une poésie qui, comme l’étymologie du mot le signifie, est un agir, un faire, une fabrique. Il y avait en moi quelque chose qui était fabriqué par le Saint-Esprit. Il s’établissait donc, par cette relation, une espèce de production spirituelle suscitée par son intermédiaire, qui permettait au Saint-Esprit d’agir sur moi. Et j’ai pris conscience du Saint-Esprit et donc, autant qu’une prise de conscience est une prise de connaissance, j’ai pris connaissance de l’existence de l’Esprit Saint, un peu comme saint Silouane lui-même qui dit à peu près dans ses écrits : « je ne savais même pas que le Saint-Esprit existait et maintenant j’ai pris conscience et maintenant je le ressens ». Ça, c’est l’élément décisif. Quand j’ai parlé de l’héritage majeur et massif, l’élément décisif se trouve là.

RP : J’ai une autre petite question. Comment voyez-vous les différences entre les célébrations, disons la liturgie orthodoxe et celle catholique, parce que moi j’ai participé aussi à plusieurs liturgies catholiques. Comment est-ce que vous ressentez cette différence ?
J-CL Polet : Il y a une différence dogmatique qui est claire, notamment dans le Credo. Le père Sophrony disait qu’il préférait mourir plutôt que d’admettre le Filioque dans la constitution théologique orthodoxe. Il y a donc une différence dogmatique. Mais je dirais qu’il y a, au-delà ou en deçà, une différence qui est celle de la plénitude symbolique et de la plénitude de l’intégration de la personne humaine dans sa totalité. Et pour prendre une image un peu triviale, je dirais que la liturgie orthodoxe c’est un poisson complet, et que la liturgie catholique, ce n’est plus que l’arête du poisson.

RP : Et comment voyez-vous le rapprochement entre les catholiques et les orthodoxes ? Est-ce qu’il y a un futur ? Il y a beaucoup de discussions aujourd’hui. Enfin, il a toujours eu des discussions, je crois, et il y en a encore.
J-CL Polet : Il faut espérer et, pour espérer, il faut prier et travailler. Alors il faut prier d’abord, c’est le plus important. Il faut espérer encore et travailler donc. Il faut que le travail se fasse sur la conscience intérieure, la conscience spirituelle. Plus on approfondit, par la prière de Jésus et par d’autres prières, mais la prière de Jésus est privilégiée évidemment, plus on approfondit par la prière de Jésus la réalité profonde qui gît dans le cœur, plus on rencontre les énergies de l’Esprit Saint et plus l’Esprit Saint nous conduit vers la vérité tout entière, qui est le Christ. Et si dans le monde orthodoxe et dans le monde catholique, il y a suffisamment de gens qui font ce travail intérieur, ils vont arriver jusqu’au fond de leurs profondeurs et faire émerger là les énergies de l’Esprit Saint, et alors l’unité ne va pas se faire, elle va simplement se constater. Et elle se constatera de l’intérieur, par l’intérieur, pour l’intérieur. Et une fois que l’intérieur est accompli, l’extérieur peut suivre. Le problème, c’est les résistances de l’extérieur. Aujourd’hui, il y a dans l’Église catholique, comme dans l’Église orthodoxe et comme partout dans l’humanité, des résistances qui se font par l’extérieur pour interdire l’entrée dans l’intériorité, pour interdire à l’intériorité d’exprimer ce qu’elle peut comprendre et ce qu’elle peut vouloir.

RP : En fait, c’est le travail du Saint-Esprit…
J-CL Polet : Ce n’est pas nous, n’est-ce pas ? Ce n’est pas nous qui pouvons nous retrouver. C’est le Saint-Esprit qui nous fera nous retrouver, et pour nous retrouver il faut se retrouver dans le Saint-Esprit. L’œcuménisme diplomatique, si vous voulez, a autant des chances que l’O.N.U. en a d’éviter la guerre.

RP : Est-ce que vous avez des regrets par rapport à votre vie ?
J-CL Polet : À ma vie personnelle ?
RP : Oui.
J-CL Polet : Mon principal regret, c’est de ne pas avoir pu persuader mon entourage immédiat de suivre cette voie que j’ai moi-même suivie. Ça, c’est plus qu’un regret, c’est un échec.

RP : Et une dernière question. Je pense que c’est quand même difficile pour quelqu’un de faire ce chemin de la conversion, comme ça l’a été par exemple pour David Balfour. Est-ce que vous avez eu des doutes, ou est-ce que vous avez eu peur que vous pourriez perdre la vraie voie ?
J-CL Polet : Non, non. C’est la grâce du père Sophrony qui m’a donné cette certitude. Quand je l’ai rencontré, je me suis dit : c’est ça !c’est ça !c’est ça ! et ça ne sera plus jamais autre chose que ça ! Et donc, autant que je ne serai tenté au-delà de mes forces, je resterai fidèle. Je dirais que je ne vois pas la possibilité de ne pas rester fidèle.
RP : C’est aussi la grâce de Dieu qui nous tient sur cette voie.
J-CL Polet : Je n’y peux rien. Le père Sophrony m’a donné la force, et c’est sa force.
RP : Merci beaucoup.

Vidéo: un nouvel entretien sur “La royauté et le sacré”

Le P. Christophe Levalois a donné un nouvel entretien sur son livre La royauté et le sacré (Cerf, 2016) que l’on peut trouver en ligne ici (vidéo).

Présentation: “Traversant les âges et les civilisations, il y expose les principes intemporels sur lesquelles la royauté s’est élaborée et développée dans plupart des cultures.
Un livre important qui démontre comment les questions de la tradition, de l’autorité et de la légitimité demeurent d’une surprenante actualité. Un livre qui permet de se hisser au niveau de compréhension de la politique telle qu’elle était vécue dans les civilisations traditionnelles.

Recension: Cyrille d’Alexandrie, « Contre Julien », tome Il, livres III-V

Cyrille d’Alexandrie, Contre Julien, tome Il, livres III-V. Introduction et annotation par Marie-Odile Boulnois, texte grec établi par C. Riedweg (GCS NF 20), traduction par J. Bouffartigue (†), M.-O. Boulnois et P. Castan, « Sources chrétiennes » n° 582, Paris, Cerf, 2016, 663 p.
Ce volume présente la suite (livres III à V) du traité de saint Cyrille d’Alexandrie († 444) « Contre Julien », dont les deux premiers livres avaient été publiés dans la même collection en 1985 par P. Burguière et P. Évieux.
Dans cet ouvrage qui date d’environ 440, le patriarche d’Alexandrie réfute les critiques adressées aux chrétiens par l’empereur Julien dit « l’Apostat » intitulé Contre les Galiléens. Celui-ci avait été publié en 362-363, soit 80 ans plus tôt, mais à l’époque de Cyrille il était toujours perçu comme dangereux, bien que, considéré comme « démoniaque » par les chrétiens, il ait été massivement détruit au point que les citations contenus dans l’ouvrage de Cyrille en constituent aujourd’hui presque l’unique trace. Ce traité de Julien fait partie d’une lignée d’ouvrages anti-chrétiens rédigés par des philosophes païens, à laquelle appartiennent aussi le Discours véritable de Celse (178), qu’a longuement réfuté Origène dans son Contre Celse (248), ou le Contre les chrétiens (après 271) de Porphyre de Tyr, qui fut réfuté par Apollinaire de Laodicée en 370.
Julien adhère à la philosophie néo-platonicienne, mais possède néanmoins une bonne connaissance de la Bible. Il cherche a discréditer le contenu de celle-ci en tant que l’une des bases de la foi chrétienne, en montrant qu’elle est, soit assimilable à la mythologie (dans sa référence à un arbre de la connaissance du bien et du mal, dans son évocation d’un serpent qui parle, dans sa description de l’épisode de la tour de Babel…), soit réductrice (en concevant Dieu comme le dieu des Hébreux et donc comme un dieu national), soit blasphématoire (en faisant apparaître Dieu comme méchant, jaloux ou impuissant).
Pour le réfuter, saint Cyrille d’Alexandrie recourt non seulement à l’exégèse et à la théologie, mais aussi à la philosophie et à la littérature grecques qu’il cite abondamment.
La réfutation de Cyrille garde un caractère actuel, car les objections de Julien ont régulièrement été reprises sous diverses formes jusqu’à nos jours. L’assimilation de certains éléments bibliques à une mythologie a été fortement mise en avant dans les années 60 du siècle dernier dans la théologie protestante (R. Bultmann) et dans une partie de la théologie catholique qui préconisaient une « démythologisation » du christianisme. Le caractère fortement politique et nationaliste de certains épisodes de la Bible (bien qu’il soit plus valorisé par l’exégèse juive que par l’exégèse chrétienne), ou l’image d’un Dieu jaloux, vengeur, ou injuste donnée par d’autres épisodes posent problème à première lecture et appellent, pour être correctement compris, une exégèse adéquate dont cet ouvrage de saint Cyrille d’Alexandrie nous donne un bon exemple.
Un autre aspect intéressant de ce traité est qu’il oppose en de nombreux passages la Trinité chrétienne à la triade néo-platonicienne à laquelle adhère Julien, en montrant les déficiences de cette dernière conception de la divinité, dont le caractère hiérarchique s’inspire de l’hérésie arienne.

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître: « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres » par Nathalie Beaux

Les éditions Médiaspaul vient de publier un nouveau livre de Nathalie Beaux « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres ». L’histoire de Moïse est aussi étonnante que fondatrice, puisque juifs, chrétiens et musulmans en font un personnage central de leur Livre, et que chaque tradition a repris, développé et interprété le moindre passage de sa vie. Mais au-delà de ce destin, déjà si extraordinaire, d’un prince égyptien devenu berger d’hommes au désert, se dessine petit-à-petit le visage d’un voyant de Dieu. Pour tous, il fut un modèle de perfection, un point d’ancrage dans la tourmente de la vie humaine. Pourtant bien peu de pages du livre sont consacrées à la vie de Moïse avant l’Exode : quelques lignes sur son enfance et son adolescence, quelques pages sur l’épisode essentiel du Buisson Ardent, sa rencontre avec Dieu, et encore quelques pages sur les plaies d’Égypte qui permirent au peuple hébreu de partir, enfin, sous sa conduite…
Cette fiction romanesque de la vie de Moïse fait revivre sa jeunesse égyptienne et laisse entrevoir comment il s’est forgé, dans le creuset de deux cultures. On marche ensuite sur ses pas au désert jusqu’à ce lieu de lumière, posé dans les larges plis de la roche, où il vit longtemps dans le dépouillement, auprès de sa femme et de ses fils, auprès de Jéthro, guide du silence. Et là Moïse, dans le creux de son être, ouvre un regard éperdu vers Dieu… qui lui parle. Moïse retourne alors dans la vallée du Nil pour rassembler son peuple selon le dessein du Seigneur.
Largement inspiré des trois traditions monothéistes, ce récit fait œuvre d’unité ; une bibliographie et des notes pour chaque chapitre permettent en fin de volume au lecteur qui le désire de remonter à la source et de comparer l’approche des juifs, des chrétiens et des musulmans (tradition soufie).

Nathalie Beaux est égyptologue (chercheur associée au Collège de France et à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire). Son travail en Égypte et au Sinaï lui a permis de puiser dans ces terres autant que dans l’histoire égyptienne les évocations de l’Égypte antique et du Sinaï qui animent ce volet de la vie de Moïse avant l’Exode. Elle a publié Moïse et le Christ – Rencontre au Sinaï (Cerf).

Message de Pâques du patriarche oecuménique Bartholomée Ier – avril 2017

† Bartholomée par la grâce de dieu archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique que la grâce, la paix et la miséricorde du Christ glorieusement ressuscité soient avec tout le plérôme de l’Église

No de protocole 315

Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur ressuscité,

« En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33) : c’est l’assurance que donne aux générations le Seigneur, le seul à avoir anéanti la mort par la mort. Christ est ressuscité ! Nous nous écrions, à notre tour, devant tous ceux qui sont proches et tous ceux qui se trouvent loin, depuis cette cour sacrée de la croix et de la détresse vécues dans le monde ; depuis cette cour qui est aussi celle de la Résurrection ; depuis ce coin de la terre, la ville de Constantin, d’où nous proclamons que « la vie règne », toute corruption, voire la mort elle-même étant dissipée.

Au cours de Sa présence corporelle, le Seigneur a souvent averti Ses disciples qu’ils seraient dans la détresse à cause de Son sacrifice sur la croix, sur le redoutable Golgotha ; à cause aussi de leur action sur terre – la leur, mais aussi celle de tous ceux qui allaient croire au Christ – moyennant cependant un détail significatif : « vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie (…) C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira » (Jn 16, 20-22).

Les premières à avoir vécu cette joie surnaturelle sont les femmes porteuses de parfums venues de grand matin au sépulcre du Dispensateur de vie, en entendant le Seigneur leur dire : « Je vous salue » (Mt 28, 9). Éprouvant cette même joie pascale, l’Église Mère de Constantinople déclare aujourd’hui d’une voix de stentor : « Voici le jour que le Seigneur a fait : qu’il soit notre bonheur et notre joie ! » (Ps 118 [117], 24). L’ultime ennemi, la mort, le chagrin, les problèmes, la corruption, la détresse, l’épreuve, sont dépouillés et anéantis par le Seigneur, le Dieu-homme vainqueur.

Nous vivons cependant dans un monde où les médias transmettent sans cesse des nouvelles pénibles faisant état d’attentats terroristes, de guerres locales, de phénomènes naturels désastreux, de problèmes dus au fanatisme religieux, à la famine, à la tragédie des réfugiés, à des maladies incurables, à l’indigence, à des désarrois psychologiques, au sentiment d’insécurité, avec leur cohorte de situations affligeantes.

Alors que nous sommes confrontés à ces « croix » quotidiennes que nous portons en nous répandant en « récriminations », notre Mère la sainte Église orthodoxe vient nous rappeler que nous pouvons être joyeux, car Christ notre chef a vaincu celles-ci, qu’il est le porteur de joie, celui qui « a illuminé l’univers ».

Notre joie est fondée sur notre certitude concernant la victoire du Christ. Nous avons la certitude absolue que le bien l’emportera, car le Christ est venu dans le monde « et il partit en vainqueur et pour vaincre » (Ap 6, 2). Le monde dans lequel nous vivrons éternellement c’est le Christ : la lumière, la vérité, la vie, la paix.

Malgré les croix et les détresses quotidiennes, l’Église Mère, la sainte Grande Église du Christ, ne vit que l’événement de la joie. Elle vit d’ores et déjà, dès la vie présente, le Royaume de Dieu. Depuis ce centre sacré de l’Orthodoxie, du tréfonds du Phanar supplicié, nous déclarons qu’« en cette nuit radieuse messagère du jour » la croix et la détresse prendront fin ; que l’humanité sera consolée de toute souffrance, grâce à la promesse dominicale : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18). « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). C’est ce message que tous nous devons écouter, que notre contemporain doit écouter et s’abandonner pour voir le Christ marcher à ses côtés. Oui, Le voir à ses côtés. Et il ne Le verra que s’il écoute, s’il expérimente Sa parole.

La vie l’a emporté sur la mort, la lumière rayonnante de la bougie pascale, la Lumière sans déclin de la Résurrection, a vaincu les ténèbres du désordre et de la dissolution, des afflictions et des problèmes : c’est ce message que le Patriarcat œcuménique livre au monde entier, en invitant les êtres humains à en faire l’expérience. Il les appelle à se tenir avec foi et espérance devant le Christ ressuscité, devant le mystère de la vie ; il les appelle à se confier au Seigneur ressuscité qui tient les rênes de la création tout entière, le Seigneur de la joie et de l’allégresse.

Écrions-nous donc, frères et enfants : Christ est ressuscité ! Que la grâce et l’infinie miséricorde de notre Seigneur, maître de la vie et vainqueur de la mort, soient avec vous tous.

Phanar, saintes Pâques 2017 † Bartholomée de Constantinople votre fervent intercesseur dans le Christ Ressuscité

Communiqué des évêques orthodoxes de France – Attentats en Egypte !

Les drames terribles qui viennent d’ensanglanter l’Égypte à la veille de la Semaine Sainte, plongent toute l’humanité dans la stupeur et l’indignation. Les mêmes causes produisent malheureusement les mêmes effets. Les communiqués d’indignation ne suffisent plus à arrêter cette terreur qui met en cause les fondements mêmes de toute humanité et fraternité. Il est temps pour la communauté internationale et pour les consciences humaines d’agir pour mettre fin aux causes de ces drames qui touchent aussi bien l’Orient que l’Occident. Les évêques orthodoxes de France qui expriment leur compassion et solidarité avec les frères coptes d’Égypte, présentent leurs condoléances au pape TAWADROS, primat de l’Eglise copte, à son Église et à tout le peuple égyptien. Ils invitent les orthodoxes de France à prier pour les victimes et leurs familles et pour le rétablissement des blessés.

Source

Recension: Michel Quenot, “L’Évangile selon saint Marc, illustré par des icônes et des fresques”

Recension: L’Évangile selon saint Marc, illustré par des icônes et des fresques choisies par Michel Quenot. Éditions Orthdruk. Diffusion La Procure.
Le protopresbytre Michel Quenot, iconologue qui a publié de nombreux ouvrages thématiques illustrés d’une abondante et belle iconographie, et qui a déjà proposé dans cette série l’Évangile selon saint Luc, l’Évangile selon saint Jean et les Actes des Apôtres, redonne à lire ici l’Évangile selon saint Marc, dans la traduction de Second 1910 qui, en raison de sa qualité, reste en usage dans la plupart des églises orthodoxes francophones.
Plus de quatre-vingts reproductions d’icônes ou fresques, souvent peu connues et photographiées par l’auteur in situ, mais toutes d’une facture parfaitement traditionnelle, apportent à la lecture un support visuel qui se révèle particulièrement précieux dans le cadre de la catéchèse, mais aussi pour donner à la lecture une dimension supplémentaire, soulignant notamment, par les moyens propres à l’icône, le caractère divino-humain des actions du Christ, que l’art occidental, marqué par le naturalisme et l’humanisme, et livré à l’imagination de l’artiste, a malheureusement presque toujours réduit à sa seule dimension humaine.
L’auteur présente ainsi son ouvrage:
« Le premier en date et le plus court, cet Évangile frappe par sa spontanéité, son réalisme et son authenticité. Le recours au style oral et familier, puis la description minutieuse des évènements comme s’ils se déroulaient sous nos yeux, font qu’il bouillonne de vie.
En résonance avec le texte, les images forgées au fil des siècles et gorgées de sens donnent à voir la Face visible du Dieu invisible pétrie d’humanité. Le Dieu-homme enseigne, guérit, chasse les esprits impurs, ordonne aux éléments, reprend les bien-pensants, multiplie les pains et donne sa vie pour les autres avant de ressusciter des morts.
Tout ici donne à comprendre l’identité véritable de Celui qui est Parole et engage à nouer une relation profonde avec Lui.
Les 84 illustrations (fresques, icônes, miniature, dessin) manifestent ce que les mots peinent souvent à exprimer.
Bien plus qu’un livre: des paroles de vie et une rencontre avec Celui qui est la Vie. »

Jean-Claude Larchet

Parution de la nouvelle édition de l’ “Annuaire de l’Église orthodoxe”

La nouvelle édition de l’Annuaire de l’Église orthodoxe en France vient de paraître (format 15 x 21 cm – 100 pages).
S’y trouvent:
Une carte avec les 280 lieux de culte orthodoxe en France.
La présentation de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
Une liste de tous les lieux de culte par département avec vos références.
La liste des évêques, des prêtres et des diacres au nombre de 340.
Les monastères et les écoles de théologie.
Les mouvements, institutions et médias.
Les revues, maisons d’éditions, librairies et ciergeries.
Les ateliers de chant liturgique et d’iconographie.
La liste des membres du clergé décédé depuis 2014.

Commande et règlement à adresser au père Samuel,
Monastère de Cantauque – 11250 Villebazy
Tél : 04 68 31 69 61 – Courriel : aofrance@nordnet.fr
Chèque libellé à l’ordre de : ”Association monastère de Cantauque”
Page dédié

Tarifs port compris :
1 exemplaire : 15€
3 exemplaires : 30€
5 exemplaires : 40€
Pour la vente en paroisse ou en magasin
(à partir de 10 ex.), demandez les tarifs.

Parution du n°109 (avril 2017) de la revue “Apostolia”

Le n°109  (avril 2017, couverture ci-dessous) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître. Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine, courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu. Sommaire de ce numéro.

Édition de printemps du site Musique-orthodoxe.com

Dans son édition de printemps, le site Musique-orthodoxe, créé et animé par le père Michel Fortounatto, s’adresse particulièrement aux chefs de chœur pour présenter des aspects assez techniques du chant d’Eglise. Il doit être évident que celui-ci ou celle-là portent une charge plus lourde que le reste des chanteurs en présence aux offices. ‘Donner le ton’ et assurer le déroulement de l’ordo sont leurs premières tâches. Or il n’y a pas de limites dans le panorama des compétences. Ici le chef de chœur œuvre à être, lui-même, elle-même, un chanteur accompli. La clarté intelligente et la beauté, la profondeur de la liturgie offrent un large champ pour l’expérience. Pour retrouvez donc les quatre nouveaux ‘billets’, cliquez ICI !

Recension: Vladimir Dimitrijevic, « Béni soit l’exil ! »

Vladimir Dimitrijević, Béni soit  l’exil ! Entretiens avec Gérard Conio. Coédition Éditions des Syrtes et L’Age d’Homme, Genève et Lausanne, 2017, 360 p.
Arrivé en Suisse en 1954 à l’âge de vingt ans, fuyant le régime communiste alors établi en Yougoslavie, Vladimir Dimitrijevic (1934-2011), passionné de littérature, devint libraire puis fonda en 1966 les éditions L’Age d’Homme à Lausanne, et créa aussi à Lausanne, Genève et Paris des librairies avant tout dédiées à la diffusion de ses publications, mais qui furent aussi des lieux de débat et d’échange. Il publia de grands auteurs russes et serbes alors inconnus du public francophone, mais aussi des auteurs oubliés, ou marginaux et parfois maudits, rejetés par les autres éditeurs mais en lesquels son goût et son intuition littéraires lui faisaient croire. Il publiait alors toutes leurs œuvres, même quand la vente de certains titres ne suivait pas, faisant preuve à leur égard d’une fidélité sans faille quitte à sacrifier la prospérité économique de sa maison d’édition. Son idéalisme littéraire le conduisait aussi à se sacrifier lui-même, notamment en prenant en charge personnellement les travaux de secrétariat, de manutention et de transport. Gérard Conio note dans sa préface: « On a souvent reproché à Vladimir Dimitrijević un refus des pratiques commerciales courantes. Vladimir Dimitrijevié était un mystique de l’édition. Il avait envers l’art littéraire un véritable culte qui l’empêchait de l’associer aux trois idoles dénoncées par Charles Péguy: l’argent, le pouvoir et l’orgueil. On a aussi reproché à Vladimir Dimitrijevié de restreindre excessivement ses dépenses aussi bien envers lui-même qu’envers ses collaborateurs. Il menait une vie ascétique, mangeant des sandwiches et dormant dans son camion, afin de pouvoir éditer un livre de plus. Et il exigeait des autres ce qui lui paraissait naturel à lui-même pour la gloire de la littérature. Et il a résisté jusqu’au bout à la marchandisation qui est devenue aujourd’hui la principale règle de l’édition. »
Béni soit l’exil ! est le titre choisi par Vladimir Dimitrijević lui-même à une série d’échanges qu’il eut entre 1996 et 2011 avec Gérard Conio – l’un des auteurs de la maison devenu ami de l’éditeur – et dont il corrigea lui-même la rédaction finale. Ces dialogues laissent voir l’éditeur inspiré, avant tout lecteur passionné, découvreur intrépide et passeur prenant tous les risques, habité par une frénésie de publication hors norme, mais également l’homme engagé, résolument insoumis à la dictature de la pensée unique.
On y retrouve son parcours personnel, la Serbie, ses positions pas toujours comprises mais toujours assumées, ses choix éditoriaux, son regard sans concession sur ses contemporains, la Russie, les médias, le communisme, l’Occident, la religion, l’art …
Ces entretiens laissent régulièrement apparaître la foi vibrante de ce chrétien orthodoxe qui fut aussi l’un des principaux éditeurs de livres orthodoxes dans le monde francophone, faisant place 1) d’abord à la collection « Sophia », fondée et dirigée et par Constantin Andronikof, qui en fut aussi le principal traducteur; 2) puis à la collection « La Lumière du Thabor » qui publia notamment les premières œuvres du Père (aujourd’hui saint) Justin Popović, les première œuvre de l’évêque (aujourd’hui saint) Nicolas Vélimirović, un précieux recueil d’études sur saint Augustin et quelques beaux ouvrages hagiographiques; 3) et enfin à la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », qu’il accepta avec enthousiasme lorsque je lui en présentai le projet, qu’il me permit de diriger avec une complète autonomie et une totale liberté, qui comportera bientôt près de 30 volumes, qui est devenue la principale collection de livres de spiritualité dans le monde orthodoxe, et dont le rayonnement touche tous les milieux.
Comme ultime hommage à ce grand éditeur, je voudrais citer les dernières pages de ce livre, qui témoignent à la fois de son bel enthousiasme, de son activité brûlante, foisonnante et inlassable, de sa distance critique vis-à-vis du monde moderne, et de sa foi orthodoxe:

« À la fin de sa vie, mon père m’a dit quelque chose qui m’a bouleversé. Je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de parler avec lui, pendant ses années d’emprisonnement, puis avec mon exil. Mais il m’a dit cette phrase. Je la dirai d’abord en serbe, puis je tâcherai de la traduire en français. Il m’a dit: “Ne umri neistrosen”, ce qui veut dire: “Ne meurs pas sans avoir tout accompli, tout donné, meurs sans reste.” Ça m’a bouleversé et je l’ai aussitôt rattaché à un souvenir d’enfance qui m’avait beaucoup marqué. Oh! C’était une petite fable de mon livre de lecture, à l’école, quand j’étais tout petit, une histoire assez anodine, mais dont le sens m’avait frappé et m’était resté. On y racontait que deux charrues étaient à vendre. Un paysan en a acheté une. Le vendeur, dans le magasin, se moquait de l’acheteur et lui disait: “Maintenant, tu vas travailler, tu vas peiner, et moi, je vais me reposer dans le magasin.” Puis, quelque temps après, le paysan est revenu avec sa charrue pour faire une réparation. Et la charrue qui était restée dans le magasin était rouillée, tandis que l’autre avait acquis par le travail cet éclat qu’a l’outil usagé. Hier, on regardait un livre de photos sur les outils, ces outils qui ont été le prolongement de l’homme, qui ont une histoire. Quand mon père m’a dit cela, cette petite histoire m’est tout de suite revenue en tête. Je me suis dit: “Effectivement, je vais me dépenser, mais je vais me dépenser pour quelque chose. Je ne resterai pas rouillé. Je ne resterai pas là à pourrir.” Parce que je suis absolument certain que quelque chose doit sortir de nous tout le temps. Je ne veux pas parler forcément d’un travail physique. Autrement, c’est la catastrophe. Le grand danger pour la vie d’aujourd’hui est qu’on ne donne pas assez de travail aux gens, je ne parle pas du travail stupide, mécanique, mais du travail créateur, même le plus simple qui soit. Le travail artisanal est un travail créateur, tandis que le travail industriel, le travail administratif n’est pas un travail créateur, c’est une occupation dans laquelle on tue simplement le temps.
Aujourd’hui, nous avons les machines. Nous disposons de beaucoup de facilités qui soulagent le travail physique de l’homme. Mais il faut au plus vite trouver une activité qui aide l’homme à se développer. Et je ne parle pas du sport, parce qu’il ne faut pas remplacer une forme de travail par une forme de loisir, mais stimuler tout ce qui doit faire fonctionner nos cellules, car, étant donné toutes les découvertes réduisant les hommes à l’inactivité, elles pourraient un jour ne plus fonctionner. Il faut le faire, car pour moi la régression guette l’homme, la société. C’est comme quelque chose qui nous pousse vers la mort, vers la mort dans la vie. C’est un sentiment terrifiant, c’est pire que la mort. Il faut réagir.
Curieusement, ce monde-là ne veut pas dépenser de l’énergie, il ne veut pas se dépenser, il est, comme disait mon père, neistrosen. Il n’est pas utilisé. “Dépense-toi, disait-il, c’est la seule chose qui compte.” Ce n’est pas un appel au saccage ni à une quelconque manière de gaspillage. C’est les Actes des Apôtres. Les apôtres marchent tout le temps. Ils ne sont pas là comme des bouddhas. Je n’ai rien contre Bouddha. Bouddha est là et enseigne. C’est très bien.
Je ne peux pas entrer en contradiction avec Bouddha ou avec les gens qui se prosternent devant lui. Mais, pour moi, ce que j’ai senti dans l’appel de ma religion et de mon Dieu, c’est la nécessité de me dépenser. La passion est quelque chose qui brûle, une dépense. Pour moi, la charrue est une image d’enfant qui dit bien ce qu’elle veut dire: “Dépense-toi!” Les apôtres se sont dépensés. Ils ont témoigné, ils ont écrit des livres, des épîtres. C’est cela notre vision du monde et c’est cela notre vision de la fin du monde. Parce qu’il y aura une fin, il y aura un jugement. »

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître : « Offices de Pâques et de la Semaine radieuse »

Le livre Offices de Pâques et de la Semaine radieuse (couverture ci-contre), qui vient d’être publié par Apostolia, comprend l’ensemble des offices célébrés à Pâques et toute la semaine de Pâques, en langue française, selon l’usage en vigueur dans l’Église roumaine, et selon les traductions adoptées par les paroisses francophones de celle-ci. En plus des textes liturgiques, il contient toutes les indications nécessaires à la célébration, ainsi que différents rituels propres à la Semaine radieuse (bénédiction des aliments pascals, célébration de la Paraclisis au cours de la semaine pascale, litie avec petite bénédiction des eaux qui a lieu les lundi et vendredi radieux, préparation de la communion des malades pour toute l’année, etc.). De plus, il comporte un appendice avec l’Évangile des vêpres du dimanche de Pâques en 14 langues, le tropaire de Pâques en 15 langues et la salutation pascale « Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité ! » en 104 langues. Ce livre s’adresse bien sûr à tous les célébrants, aux chœurs des différentes paroisses, mais également à tout fidèle qui souhaiterait lire au cours de la semaine pascale tous ces textes éclatants de lumière et porteurs de la joie la plus pure. Il est imprimé sur papier ivoire avec une couverture dure et deux marque-pages.
Le livre est disponible à la Métropole orthodoxe roumaine (librairie@mitropolia.eu), à la librairie Saint Serge, et sur Amazon.

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Jovan Nikoloski