30/04/2017
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Entretien avec Jean-Claude Polet : « Le père Sophrony m’a donné la force »

Ci-dessous entretien de Raluca Prelipceanu avec Jean-Claude Polet, secrétaire de l’association Saint-Silouane, paru dans la revue roumaine Lumea Credintei, (n°4 – 165 – avril 2017). Entretien réalisé en novembre dernier à l’occasion du colloque « La rencontre avec le père spirituel. Le père Sophrony » organisé à Iassy (Roumanie). Dans cet entretien Jean-Claude Polet évoque sa conversion à l’orthodoxie, sa rencontre avec le père Sophrony (Sakharov), les différences entre les liturgies orthodoxe et catholique.

Photographie du P. Iulian Nistea (source) : Jean-Claude Polet

Raluca Prelipceanu : Comment avez-vous connu le monastère de Maldon ?
Jean-Claude Polet : C’est une longue histoire, mais je vais être court. En fait, pendant plusieurs années j’étais en recherche spirituelle et je naviguais dans tous les domaines religieux : de l’hindouisme jusqu’au christianisme en passant par l’islam. Je n’avais pas de détermination particulière, même si, au départ, j’étais catholique de naissance et de formation, mais j’éprouvais quand même la nécessité de trouver autre chose de meilleur. Un de mes amis m’avait dit : « la solution n’est pas dans une institution religieuse, quelle qu’elle soit, mais dans un maître spirituel, et il faut que tu le cherches ». Et c’est ainsi que je suis allé, avec lui, voir un maître spirituel musulman, soufi en l’occurrence, mais un Occidental converti, qui, après m’avoir écouté, m’a dit : « Si vous ne voulez pas plus que d’être chrétien, et que vous cherchez un maître spirituel, vous ne pouvez rien faire de mieux que d’aller voir le père Sophrony. »

RP : Donc, c’est un musulman qui vous a dit ça ?
J-CL Polet : C’était un chrétien d’origine, converti à l’islam, devenu maître soufi, qui m’a dit ça, mais ce maître soufi avait connu le père Syméon, celui qui était devenu disciple du père Sophrony et qui, depuis l’installation du père Sophrony en Angleterre, était devenu le moine de référence pour les francophones qui se rendaient dans son monastère. Et c’est ainsi que, d’une certaine manière, il m’a dirigé dans une direction qu’il avait déjà indiquée auparavant.

RP : Et comment s’est passée votre première rencontre avec le père Sophrony ?
J-CL Polet : Très simple. Je suis d’abord allé voir Monseigneur Antoine Bloom à Londres parce que je pensais que lui pourrait devenir mon père spirituel. J’y suis allé deux fois, et Monseigneur Antoine, après le deuxième entretien, m’a dit : « Ecoutez, moi je ne vous conviens pas, allez voir le père Sophrony ! ». Ça faisait une deuxième indication : première indication par un maître soufi, deuxième indication par un évêque orthodoxe. Et je suis allé voir le père Sophrony. Enfin, je suis allé au monastère. Je n’ai rien fait comme démarche particulière que d’être là. Il a bien vu que j’étais là, car c’était une époque où il n’y avait pas beaucoup de monde : c’était en 1974. Il m’a vu. Il s’est bien rendu compte que j’étais là pour la première fois. Je suis resté trois jours, et rien ne s’est passé. Je suis reparti. Il ne m’a rien dit : ni bonjour, ni au revoir. Il m’a simplement regardé, quand nous étions à table pour les repas. Je suis retourné une deuxième fois et, à la deuxième fois, il est venu vers moi et il m’a dit : « Vous souhaiteriez me rencontrer ? ». J’ai dit oui, et il m’a convoqué alors. Nous avons eu un premier entretien et, à ce moment-là, je me suis dit : « C’est quelqu’un d’important ». Mais ce n’est qu’à la troisième, ou peut-être à la quatrième fois, je ne sais plus, parce que je suis revenu régulièrement, je venais pratiquement tous les deux mois. Ce n’est donc qu’à la troisième ou à la quatrième entrevue que j’ai senti, précisément, profondément, définitivement, que le père Sophrony assurait en moi la présence de l’Esprit Saint et que, par conséquent, il n’y avait plus à chercher ailleurs, ni mieux.

RP : Et comment en êtes-vous arrivé à être baptisé, en fait, parce que je pense, d’après ce que vous avez raconté à une conférence, que ce n’était pas une décision facile ?
J-CL Polet : Non, je n’ai pas été rebaptisé. Le père Sophrony ne rebaptisait pas, il chrismait. J’ai attendu pratiquement huit ans, je pense, sept ou huit ans, avant de franchir le pas, pour la raison très simple que ma femme, mes enfants, mes parents, mes frères et sœurs, les frères et sœurs de ma femme, tout le monde est catholique et très pratiquant dans ma famille. Il y a des prêtres et des religieuses parmi mes oncles et tantes, etc., et donc c’était très difficile pour moi de créer un élément de rupture, et le père Sophrony m’a toujours dit : « Ne devenez pas orthodoxe tant que vous ne sentez pas le besoin impérieux de le devenir. Restez catholique. Il ne faut pas créer des problèmes, il ne faut pas créer des tragédies. » Mais, au bout d’un certain temps, je n’ai plus pu m’empêcher de le devenir et je me suis enfui, si j’ose dire, du catholicisme pour me réfugier chez le père Sophrony en lui demandant de devenir orthodoxe. Et il me l’a accordé, et il est devenu mon parrain, et c’est le père Syméon qui a célébré la cérémonie de la chrismation.

RP : Je pense que le père Syméon a eu une grande influence sur le monde francophone, n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Tout à fait. Le père Sophrony a eu une très grande influence sur le monde francophone, car il faut savoir qu’en 1974, quand le livre du père Sophrony sur saint Silouane est paru, ce livre a surtout été lu dans le monde francophone par les catholiques. Le monde orthodoxe n’était pas très, très enthousiaste ; le monde protestant, un peu, mais le monde catholique beaucoup. Et ça a fait que le père Syméon, qui est le traducteur en français du père Sophrony, a joué un rôle décisif dans la diffusion de saint Silouane et de la pensée du père Sophrony dans le monde francophone. Et, très vite après que j’avais rencontré le père Sophrony, il m’a désigné le père Syméon comme interlocuteur courant.

RP : D’accord. Et est-ce que vous avez rencontré le père Raphaël, là-bas, au monastère ?
J-CL Polet : Oui, dès le début. Il y était déjà, et donc nous nous sommes rencontrés de multiples fois. Nous avons toujours entretenu des relations très amicales, très sympathiques, mais il n’a jamais été mon père spirituel. Ce n’était pas possible : moi j’avais envie d’avoir le père Sophrony et j’avais aussi le père Syméon, que le père Sophrony m’avait délégué en quelque sorte.

RP : Comment votre famille a reçu votre décision ?
J-CL Polet : Ça a été et ça reste un peu difficile, mais j’assume et tout le monde assume. Si tous ne m’ont pas suivi, je me dis, au fond, que c’est parce que je suis un mauvais mari, un mauvais père, que ça n’a pas fonctionné. Il y a un de mes fils qui est devenu orthodoxe à l’âge de 35 ans, parce qu’il avait fait, lui-même, un cheminement dans ce sens. J’ai une de mes filles qui pourrait le devenir aussi, mais elle hésite et, globalement, il y a quand même une certaine difficulté de dialogue. Cette difficulté de dialogue tient probablement à l’insuffisance de mon témoignage ou, carrément, à la défectuosité de mon témoignage. Mais je pense que ce sont des choses qui vont se régler, un jour ou l’autre, providentiellement, comme beaucoup de choses se sont faites providentiellement à mon point de vue.

RP : Oui, en fait on ne peut pas forcer la liberté des autres n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Non, et le père Sophrony m’a toujours dit :« Ne jamais, jamais forcer ! ». Mais, d’une certaine manière je l’ai fait quand même en mettant les gens devant le fait accompli, n’est-ce pas ? Et donc c’est, là, peut-être, l’erreur que j’ai commise, mais je ne voyais pas de moyen de faire autrement.

RP : Si vous pensez à l’héritage que le père Sophrony vous a laissé, en quoi cela pourrait-il consister ?
J-CL Polet : L’héritage du père Sophrony est majeur et massif, en ce sens que je crois, peut-être d’ailleurs d’une façon un peu vaniteuse, avoir bien saisi sa pensée et sa spiritualité. Mais saisir sa pensée est sans doute moins important. Il me semble surtout qu’il y a en moi quelque chose de sa présence, car c’est le Saint-Esprit qu’il m’a révélé et le Saint-Esprit continue à me donner connaissance de lui. Il y a donc, si vous voulez, comme une espèce de convention établie entre le père Sophrony, les énergies du Saint-Esprit et moi-même : donc, nous sommes en lien permanent. C’est surtout ça. C’est pour ça que je vous dis que c’est majeur et massif. C’est massif parce que je suis tout entier pris par ça, c’est majeur parce qu’il n’y a rien de supérieur, rien de plus important, et en même temps c’est mystérieux parce que je pourrais difficilement exprimer les choses autrement.

RP : Vous pensez que votre relation s’est déroulée sous le feu du Saint-Esprit ?
J-CL Polet : Ça ne fait aucun doute ! Parce qu’avec le père Sophrony, à travers évidemment sa sainteté et la sainteté de saint Silouane, j’ai pris conscience de la présence de l’Esprit Saint. Et chaque fois, quand je voyais le père Sophrony, j’étais situé dans ce que j’appelle la poésie de la présence du Saint-Esprit, une poésie qui, comme l’étymologie du mot le signifie, est un agir, un faire, une fabrique. Il y avait en moi quelque chose qui était fabriqué par le Saint-Esprit. Il s’établissait donc, par cette relation, une espèce de production spirituelle suscitée par son intermédiaire, qui permettait au Saint-Esprit d’agir sur moi. Et j’ai pris conscience du Saint-Esprit et donc, autant qu’une prise de conscience est une prise de connaissance, j’ai pris connaissance de l’existence de l’Esprit Saint, un peu comme saint Silouane lui-même qui dit à peu près dans ses écrits : « je ne savais même pas que le Saint-Esprit existait et maintenant j’ai pris conscience et maintenant je le ressens ». Ça, c’est l’élément décisif. Quand j’ai parlé de l’héritage majeur et massif, l’élément décisif se trouve là.

RP : J’ai une autre petite question. Comment voyez-vous les différences entre les célébrations, disons la liturgie orthodoxe et celle catholique, parce que moi j’ai participé aussi à plusieurs liturgies catholiques. Comment est-ce que vous ressentez cette différence ?
J-CL Polet : Il y a une différence dogmatique qui est claire, notamment dans le Credo. Le père Sophrony disait qu’il préférait mourir plutôt que d’admettre le Filioque dans la constitution théologique orthodoxe. Il y a donc une différence dogmatique. Mais je dirais qu’il y a, au-delà ou en deçà, une différence qui est celle de la plénitude symbolique et de la plénitude de l’intégration de la personne humaine dans sa totalité. Et pour prendre une image un peu triviale, je dirais que la liturgie orthodoxe c’est un poisson complet, et que la liturgie catholique, ce n’est plus que l’arête du poisson.

RP : Et comment voyez-vous le rapprochement entre les catholiques et les orthodoxes ? Est-ce qu’il y a un futur ? Il y a beaucoup de discussions aujourd’hui. Enfin, il a toujours eu des discussions, je crois, et il y en a encore.
J-CL Polet : Il faut espérer et, pour espérer, il faut prier et travailler. Alors il faut prier d’abord, c’est le plus important. Il faut espérer encore et travailler donc. Il faut que le travail se fasse sur la conscience intérieure, la conscience spirituelle. Plus on approfondit, par la prière de Jésus et par d’autres prières, mais la prière de Jésus est privilégiée évidemment, plus on approfondit par la prière de Jésus la réalité profonde qui gît dans le cœur, plus on rencontre les énergies de l’Esprit Saint et plus l’Esprit Saint nous conduit vers la vérité tout entière, qui est le Christ. Et si dans le monde orthodoxe et dans le monde catholique, il y a suffisamment de gens qui font ce travail intérieur, ils vont arriver jusqu’au fond de leurs profondeurs et faire émerger là les énergies de l’Esprit Saint, et alors l’unité ne va pas se faire, elle va simplement se constater. Et elle se constatera de l’intérieur, par l’intérieur, pour l’intérieur. Et une fois que l’intérieur est accompli, l’extérieur peut suivre. Le problème, c’est les résistances de l’extérieur. Aujourd’hui, il y a dans l’Église catholique, comme dans l’Église orthodoxe et comme partout dans l’humanité, des résistances qui se font par l’extérieur pour interdire l’entrée dans l’intériorité, pour interdire à l’intériorité d’exprimer ce qu’elle peut comprendre et ce qu’elle peut vouloir.

RP : En fait, c’est le travail du Saint-Esprit…
J-CL Polet : Ce n’est pas nous, n’est-ce pas ? Ce n’est pas nous qui pouvons nous retrouver. C’est le Saint-Esprit qui nous fera nous retrouver, et pour nous retrouver il faut se retrouver dans le Saint-Esprit. L’œcuménisme diplomatique, si vous voulez, a autant des chances que l’O.N.U. en a d’éviter la guerre.

RP : Est-ce que vous avez des regrets par rapport à votre vie ?
J-CL Polet : À ma vie personnelle ?
RP : Oui.
J-CL Polet : Mon principal regret, c’est de ne pas avoir pu persuader mon entourage immédiat de suivre cette voie que j’ai moi-même suivie. Ça, c’est plus qu’un regret, c’est un échec.

RP : Et une dernière question. Je pense que c’est quand même difficile pour quelqu’un de faire ce chemin de la conversion, comme ça l’a été par exemple pour David Balfour. Est-ce que vous avez eu des doutes, ou est-ce que vous avez eu peur que vous pourriez perdre la vraie voie ?
J-CL Polet : Non, non. C’est la grâce du père Sophrony qui m’a donné cette certitude. Quand je l’ai rencontré, je me suis dit : c’est ça !c’est ça !c’est ça ! et ça ne sera plus jamais autre chose que ça ! Et donc, autant que je ne serai tenté au-delà de mes forces, je resterai fidèle. Je dirais que je ne vois pas la possibilité de ne pas rester fidèle.
RP : C’est aussi la grâce de Dieu qui nous tient sur cette voie.
J-CL Polet : Je n’y peux rien. Le père Sophrony m’a donné la force, et c’est sa force.
RP : Merci beaucoup.

Vidéo: un nouvel entretien sur « La royauté et le sacré »

Le P. Christophe Levalois a donné un nouvel entretien sur son livre La royauté et le sacré (Cerf, 2016) que l’on peut trouver en ligne ici (vidéo).

Présentation: « Traversant les âges et les civilisations, il y expose les principes intemporels sur lesquelles la royauté s’est élaborée et développée dans plupart des cultures.
Un livre important qui démontre comment les questions de la tradition, de l’autorité et de la légitimité demeurent d’une surprenante actualité. Un livre qui permet de se hisser au niveau de compréhension de la politique telle qu’elle était vécue dans les civilisations traditionnelles.« 

Recension: Cyrille d’Alexandrie, « Contre Julien », tome Il, livres III-V

Cyrille d’Alexandrie, Contre Julien, tome Il, livres III-V. Introduction et annotation par Marie-Odile Boulnois, texte grec établi par C. Riedweg (GCS NF 20), traduction par J. Bouffartigue (†), M.-O. Boulnois et P. Castan, « Sources chrétiennes » n° 582, Paris, Cerf, 2016, 663 p.
Ce volume présente la suite (livres III à V) du traité de saint Cyrille d’Alexandrie († 444) « Contre Julien », dont les deux premiers livres avaient été publiés dans la même collection en 1985 par P. Burguière et P. Évieux.
Dans cet ouvrage qui date d’environ 440, le patriarche d’Alexandrie réfute les critiques adressées aux chrétiens par l’empereur Julien dit « l’Apostat » intitulé Contre les Galiléens. Celui-ci avait été publié en 362-363, soit 80 ans plus tôt, mais à l’époque de Cyrille il était toujours perçu comme dangereux, bien que, considéré comme « démoniaque » par les chrétiens, il ait été massivement détruit au point que les citations contenus dans l’ouvrage de Cyrille en constituent aujourd’hui presque l’unique trace. Ce traité de Julien fait partie d’une lignée d’ouvrages anti-chrétiens rédigés par des philosophes païens, à laquelle appartiennent aussi le Discours véritable de Celse (178), qu’a longuement réfuté Origène dans son Contre Celse (248), ou le Contre les chrétiens (après 271) de Porphyre de Tyr, qui fut réfuté par Apollinaire de Laodicée en 370.
Julien adhère à la philosophie néo-platonicienne, mais possède néanmoins une bonne connaissance de la Bible. Il cherche a discréditer le contenu de celle-ci en tant que l’une des bases de la foi chrétienne, en montrant qu’elle est, soit assimilable à la mythologie (dans sa référence à un arbre de la connaissance du bien et du mal, dans son évocation d’un serpent qui parle, dans sa description de l’épisode de la tour de Babel…), soit réductrice (en concevant Dieu comme le dieu des Hébreux et donc comme un dieu national), soit blasphématoire (en faisant apparaître Dieu comme méchant, jaloux ou impuissant).
Pour le réfuter, saint Cyrille d’Alexandrie recourt non seulement à l’exégèse et à la théologie, mais aussi à la philosophie et à la littérature grecques qu’il cite abondamment.
La réfutation de Cyrille garde un caractère actuel, car les objections de Julien ont régulièrement été reprises sous diverses formes jusqu’à nos jours. L’assimilation de certains éléments bibliques à une mythologie a été fortement mise en avant dans les années 60 du siècle dernier dans la théologie protestante (R. Bultmann) et dans une partie de la théologie catholique qui préconisaient une « démythologisation » du christianisme. Le caractère fortement politique et nationaliste de certains épisodes de la Bible (bien qu’il soit plus valorisé par l’exégèse juive que par l’exégèse chrétienne), ou l’image d’un Dieu jaloux, vengeur, ou injuste donnée par d’autres épisodes posent problème à première lecture et appellent, pour être correctement compris, une exégèse adéquate dont cet ouvrage de saint Cyrille d’Alexandrie nous donne un bon exemple.
Un autre aspect intéressant de ce traité est qu’il oppose en de nombreux passages la Trinité chrétienne à la triade néo-platonicienne à laquelle adhère Julien, en montrant les déficiences de cette dernière conception de la divinité, dont le caractère hiérarchique s’inspire de l’hérésie arienne.

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître: « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres » par Nathalie Beaux

Les éditions Médiaspaul vient de publier un nouveau livre de Nathalie Beaux « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres ». L’histoire de Moïse est aussi étonnante que fondatrice, puisque juifs, chrétiens et musulmans en font un personnage central de leur Livre, et que chaque tradition a repris, développé et interprété le moindre passage de sa vie. Mais au-delà de ce destin, déjà si extraordinaire, d’un prince égyptien devenu berger d’hommes au désert, se dessine petit-à-petit le visage d’un voyant de Dieu. Pour tous, il fut un modèle de perfection, un point d’ancrage dans la tourmente de la vie humaine. Pourtant bien peu de pages du livre sont consacrées à la vie de Moïse avant l’Exode : quelques lignes sur son enfance et son adolescence, quelques pages sur l’épisode essentiel du Buisson Ardent, sa rencontre avec Dieu, et encore quelques pages sur les plaies d’Égypte qui permirent au peuple hébreu de partir, enfin, sous sa conduite…
Cette fiction romanesque de la vie de Moïse fait revivre sa jeunesse égyptienne et laisse entrevoir comment il s’est forgé, dans le creuset de deux cultures. On marche ensuite sur ses pas au désert jusqu’à ce lieu de lumière, posé dans les larges plis de la roche, où il vit longtemps dans le dépouillement, auprès de sa femme et de ses fils, auprès de Jéthro, guide du silence. Et là Moïse, dans le creux de son être, ouvre un regard éperdu vers Dieu… qui lui parle. Moïse retourne alors dans la vallée du Nil pour rassembler son peuple selon le dessein du Seigneur.
Largement inspiré des trois traditions monothéistes, ce récit fait œuvre d’unité ; une bibliographie et des notes pour chaque chapitre permettent en fin de volume au lecteur qui le désire de remonter à la source et de comparer l’approche des juifs, des chrétiens et des musulmans (tradition soufie).

Nathalie Beaux est égyptologue (chercheur associée au Collège de France et à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire). Son travail en Égypte et au Sinaï lui a permis de puiser dans ces terres autant que dans l’histoire égyptienne les évocations de l’Égypte antique et du Sinaï qui animent ce volet de la vie de Moïse avant l’Exode. Elle a publié Moïse et le Christ – Rencontre au Sinaï (Cerf).

Message de Pâques du patriarche oecuménique Bartholomée Ier – avril 2017

† Bartholomée par la grâce de dieu archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique que la grâce, la paix et la miséricorde du Christ glorieusement ressuscité soient avec tout le plérôme de l’Église

No de protocole 315

Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur ressuscité,

« En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33) : c’est l’assurance que donne aux générations le Seigneur, le seul à avoir anéanti la mort par la mort. Christ est ressuscité ! Nous nous écrions, à notre tour, devant tous ceux qui sont proches et tous ceux qui se trouvent loin, depuis cette cour sacrée de la croix et de la détresse vécues dans le monde ; depuis cette cour qui est aussi celle de la Résurrection ; depuis ce coin de la terre, la ville de Constantin, d’où nous proclamons que « la vie règne », toute corruption, voire la mort elle-même étant dissipée.

Au cours de Sa présence corporelle, le Seigneur a souvent averti Ses disciples qu’ils seraient dans la détresse à cause de Son sacrifice sur la croix, sur le redoutable Golgotha ; à cause aussi de leur action sur terre – la leur, mais aussi celle de tous ceux qui allaient croire au Christ – moyennant cependant un détail significatif : « vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie (…) C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira » (Jn 16, 20-22).

Les premières à avoir vécu cette joie surnaturelle sont les femmes porteuses de parfums venues de grand matin au sépulcre du Dispensateur de vie, en entendant le Seigneur leur dire : « Je vous salue » (Mt 28, 9). Éprouvant cette même joie pascale, l’Église Mère de Constantinople déclare aujourd’hui d’une voix de stentor : « Voici le jour que le Seigneur a fait : qu’il soit notre bonheur et notre joie ! » (Ps 118 [117], 24). L’ultime ennemi, la mort, le chagrin, les problèmes, la corruption, la détresse, l’épreuve, sont dépouillés et anéantis par le Seigneur, le Dieu-homme vainqueur.

Nous vivons cependant dans un monde où les médias transmettent sans cesse des nouvelles pénibles faisant état d’attentats terroristes, de guerres locales, de phénomènes naturels désastreux, de problèmes dus au fanatisme religieux, à la famine, à la tragédie des réfugiés, à des maladies incurables, à l’indigence, à des désarrois psychologiques, au sentiment d’insécurité, avec leur cohorte de situations affligeantes.

Alors que nous sommes confrontés à ces « croix » quotidiennes que nous portons en nous répandant en « récriminations », notre Mère la sainte Église orthodoxe vient nous rappeler que nous pouvons être joyeux, car Christ notre chef a vaincu celles-ci, qu’il est le porteur de joie, celui qui « a illuminé l’univers ».

Notre joie est fondée sur notre certitude concernant la victoire du Christ. Nous avons la certitude absolue que le bien l’emportera, car le Christ est venu dans le monde « et il partit en vainqueur et pour vaincre » (Ap 6, 2). Le monde dans lequel nous vivrons éternellement c’est le Christ : la lumière, la vérité, la vie, la paix.

Malgré les croix et les détresses quotidiennes, l’Église Mère, la sainte Grande Église du Christ, ne vit que l’événement de la joie. Elle vit d’ores et déjà, dès la vie présente, le Royaume de Dieu. Depuis ce centre sacré de l’Orthodoxie, du tréfonds du Phanar supplicié, nous déclarons qu’« en cette nuit radieuse messagère du jour » la croix et la détresse prendront fin ; que l’humanité sera consolée de toute souffrance, grâce à la promesse dominicale : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18). « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). C’est ce message que tous nous devons écouter, que notre contemporain doit écouter et s’abandonner pour voir le Christ marcher à ses côtés. Oui, Le voir à ses côtés. Et il ne Le verra que s’il écoute, s’il expérimente Sa parole.

La vie l’a emporté sur la mort, la lumière rayonnante de la bougie pascale, la Lumière sans déclin de la Résurrection, a vaincu les ténèbres du désordre et de la dissolution, des afflictions et des problèmes : c’est ce message que le Patriarcat œcuménique livre au monde entier, en invitant les êtres humains à en faire l’expérience. Il les appelle à se tenir avec foi et espérance devant le Christ ressuscité, devant le mystère de la vie ; il les appelle à se confier au Seigneur ressuscité qui tient les rênes de la création tout entière, le Seigneur de la joie et de l’allégresse.

Écrions-nous donc, frères et enfants : Christ est ressuscité ! Que la grâce et l’infinie miséricorde de notre Seigneur, maître de la vie et vainqueur de la mort, soient avec vous tous.

Phanar, saintes Pâques 2017 † Bartholomée de Constantinople votre fervent intercesseur dans le Christ Ressuscité

Communiqué des évêques orthodoxes de France – Attentats en Egypte !

Les drames terribles qui viennent d’ensanglanter l’Égypte à la veille de la Semaine Sainte, plongent toute l’humanité dans la stupeur et l’indignation. Les mêmes causes produisent malheureusement les mêmes effets. Les communiqués d’indignation ne suffisent plus à arrêter cette terreur qui met en cause les fondements mêmes de toute humanité et fraternité. Il est temps pour la communauté internationale et pour les consciences humaines d’agir pour mettre fin aux causes de ces drames qui touchent aussi bien l’Orient que l’Occident. Les évêques orthodoxes de France qui expriment leur compassion et solidarité avec les frères coptes d’Égypte, présentent leurs condoléances au pape TAWADROS, primat de l’Eglise copte, à son Église et à tout le peuple égyptien. Ils invitent les orthodoxes de France à prier pour les victimes et leurs familles et pour le rétablissement des blessés.

Source

Recension: Michel Quenot, « L’Évangile selon saint Marc, illustré par des icônes et des fresques »

Recension: L’Évangile selon saint Marc, illustré par des icônes et des fresques choisies par Michel Quenot. Éditions Orthdruk. Diffusion La Procure.
Le protopresbytre Michel Quenot, iconologue qui a publié de nombreux ouvrages thématiques illustrés d’une abondante et belle iconographie, et qui a déjà proposé dans cette série l’Évangile selon saint Luc, l’Évangile selon saint Jean et les Actes des Apôtres, redonne à lire ici l’Évangile selon saint Marc, dans la traduction de Second 1910 qui, en raison de sa qualité, reste en usage dans la plupart des églises orthodoxes francophones.
Plus de quatre-vingts reproductions d’icônes ou fresques, souvent peu connues et photographiées par l’auteur in situ, mais toutes d’une facture parfaitement traditionnelle, apportent à la lecture un support visuel qui se révèle particulièrement précieux dans le cadre de la catéchèse, mais aussi pour donner à la lecture une dimension supplémentaire, soulignant notamment, par les moyens propres à l’icône, le caractère divino-humain des actions du Christ, que l’art occidental, marqué par le naturalisme et l’humanisme, et livré à l’imagination de l’artiste, a malheureusement presque toujours réduit à sa seule dimension humaine.
L’auteur présente ainsi son ouvrage:
« Le premier en date et le plus court, cet Évangile frappe par sa spontanéité, son réalisme et son authenticité. Le recours au style oral et familier, puis la description minutieuse des évènements comme s’ils se déroulaient sous nos yeux, font qu’il bouillonne de vie.
En résonance avec le texte, les images forgées au fil des siècles et gorgées de sens donnent à voir la Face visible du Dieu invisible pétrie d’humanité. Le Dieu-homme enseigne, guérit, chasse les esprits impurs, ordonne aux éléments, reprend les bien-pensants, multiplie les pains et donne sa vie pour les autres avant de ressusciter des morts.
Tout ici donne à comprendre l’identité véritable de Celui qui est Parole et engage à nouer une relation profonde avec Lui.
Les 84 illustrations (fresques, icônes, miniature, dessin) manifestent ce que les mots peinent souvent à exprimer.
Bien plus qu’un livre: des paroles de vie et une rencontre avec Celui qui est la Vie. »

Jean-Claude Larchet

Parution de la nouvelle édition de l’ « Annuaire de l’Église orthodoxe »

La nouvelle édition de l’Annuaire de l’Église orthodoxe en France vient de paraître (format 15 x 21 cm – 100 pages).
S’y trouvent:
Une carte avec les 280 lieux de culte orthodoxe en France.
La présentation de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
Une liste de tous les lieux de culte par département avec vos références.
La liste des évêques, des prêtres et des diacres au nombre de 340.
Les monastères et les écoles de théologie.
Les mouvements, institutions et médias.
Les revues, maisons d’éditions, librairies et ciergeries.
Les ateliers de chant liturgique et d’iconographie.
La liste des membres du clergé décédé depuis 2014.

Commande et règlement à adresser au père Samuel,
Monastère de Cantauque – 11250 Villebazy
Tél : 04 68 31 69 61 – Courriel : aofrance@nordnet.fr
Chèque libellé à l’ordre de : ”Association monastère de Cantauque”
Page dédié

Tarifs port compris :
1 exemplaire : 15€
3 exemplaires : 30€
5 exemplaires : 40€
Pour la vente en paroisse ou en magasin
(à partir de 10 ex.), demandez les tarifs.

Édition de printemps du site Musique-orthodoxe.com

Dans son édition de printemps, le site Musique-orthodoxe, créé et animé par le père Michel Fortounatto, s’adresse particulièrement aux chefs de chœur pour présenter des aspects assez techniques du chant d’Eglise. Il doit être évident que celui-ci ou celle-là portent une charge plus lourde que le reste des chanteurs en présence aux offices. ‘Donner le ton’ et assurer le déroulement de l’ordo sont leurs premières tâches. Or il n’y a pas de limites dans le panorama des compétences. Ici le chef de chœur œuvre à être, lui-même, elle-même, un chanteur accompli. La clarté intelligente et la beauté, la profondeur de la liturgie offrent un large champ pour l’expérience. Pour retrouvez donc les quatre nouveaux ‘billets’, cliquez ICI !

Recension: Vladimir Dimitrijevic, « Béni soit l’exil ! »

Vladimir Dimitrijević, Béni soit  l’exil ! Entretiens avec Gérard Conio. Coédition Éditions des Syrtes et L’Age d’Homme, Genève et Lausanne, 2017, 360 p.
Arrivé en Suisse en 1954 à l’âge de vingt ans, fuyant le régime communiste alors établi en Yougoslavie, Vladimir Dimitrijevic (1934-2011), passionné de littérature, devint libraire puis fonda en 1966 les éditions L’Age d’Homme à Lausanne, et créa aussi à Lausanne, Genève et Paris des librairies avant tout dédiées à la diffusion de ses publications, mais qui furent aussi des lieux de débat et d’échange. Il publia de grands auteurs russes et serbes alors inconnus du public francophone, mais aussi des auteurs oubliés, ou marginaux et parfois maudits, rejetés par les autres éditeurs mais en lesquels son goût et son intuition littéraires lui faisaient croire. Il publiait alors toutes leurs œuvres, même quand la vente de certains titres ne suivait pas, faisant preuve à leur égard d’une fidélité sans faille quitte à sacrifier la prospérité économique de sa maison d’édition. Son idéalisme littéraire le conduisait aussi à se sacrifier lui-même, notamment en prenant en charge personnellement les travaux de secrétariat, de manutention et de transport. Gérard Conio note dans sa préface: « On a souvent reproché à Vladimir Dimitrijević un refus des pratiques commerciales courantes. Vladimir Dimitrijevié était un mystique de l’édition. Il avait envers l’art littéraire un véritable culte qui l’empêchait de l’associer aux trois idoles dénoncées par Charles Péguy: l’argent, le pouvoir et l’orgueil. On a aussi reproché à Vladimir Dimitrijevié de restreindre excessivement ses dépenses aussi bien envers lui-même qu’envers ses collaborateurs. Il menait une vie ascétique, mangeant des sandwiches et dormant dans son camion, afin de pouvoir éditer un livre de plus. Et il exigeait des autres ce qui lui paraissait naturel à lui-même pour la gloire de la littérature. Et il a résisté jusqu’au bout à la marchandisation qui est devenue aujourd’hui la principale règle de l’édition. »
Béni soit l’exil ! est le titre choisi par Vladimir Dimitrijević lui-même à une série d’échanges qu’il eut entre 1996 et 2011 avec Gérard Conio – l’un des auteurs de la maison devenu ami de l’éditeur – et dont il corrigea lui-même la rédaction finale. Ces dialogues laissent voir l’éditeur inspiré, avant tout lecteur passionné, découvreur intrépide et passeur prenant tous les risques, habité par une frénésie de publication hors norme, mais également l’homme engagé, résolument insoumis à la dictature de la pensée unique.
On y retrouve son parcours personnel, la Serbie, ses positions pas toujours comprises mais toujours assumées, ses choix éditoriaux, son regard sans concession sur ses contemporains, la Russie, les médias, le communisme, l’Occident, la religion, l’art …
Ces entretiens laissent régulièrement apparaître la foi vibrante de ce chrétien orthodoxe qui fut aussi l’un des principaux éditeurs de livres orthodoxes dans le monde francophone, faisant place 1) d’abord à la collection « Sophia », fondée et dirigée et par Constantin Andronikof, qui en fut aussi le principal traducteur; 2) puis à la collection « La Lumière du Thabor » qui publia notamment les premières œuvres du Père (aujourd’hui saint) Justin Popović, les première œuvre de l’évêque (aujourd’hui saint) Nicolas Vélimirović, un précieux recueil d’études sur saint Augustin et quelques beaux ouvrages hagiographiques; 3) et enfin à la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », qu’il accepta avec enthousiasme lorsque je lui en présentai le projet, qu’il me permit de diriger avec une complète autonomie et une totale liberté, qui comportera bientôt près de 30 volumes, qui est devenue la principale collection de livres de spiritualité dans le monde orthodoxe, et dont le rayonnement touche tous les milieux.
Comme ultime hommage à ce grand éditeur, je voudrais citer les dernières pages de ce livre, qui témoignent à la fois de son bel enthousiasme, de son activité brûlante, foisonnante et inlassable, de sa distance critique vis-à-vis du monde moderne, et de sa foi orthodoxe:

« À la fin de sa vie, mon père m’a dit quelque chose qui m’a bouleversé. Je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de parler avec lui, pendant ses années d’emprisonnement, puis avec mon exil. Mais il m’a dit cette phrase. Je la dirai d’abord en serbe, puis je tâcherai de la traduire en français. Il m’a dit: “Ne umri neistrosen”, ce qui veut dire: “Ne meurs pas sans avoir tout accompli, tout donné, meurs sans reste.” Ça m’a bouleversé et je l’ai aussitôt rattaché à un souvenir d’enfance qui m’avait beaucoup marqué. Oh! C’était une petite fable de mon livre de lecture, à l’école, quand j’étais tout petit, une histoire assez anodine, mais dont le sens m’avait frappé et m’était resté. On y racontait que deux charrues étaient à vendre. Un paysan en a acheté une. Le vendeur, dans le magasin, se moquait de l’acheteur et lui disait: “Maintenant, tu vas travailler, tu vas peiner, et moi, je vais me reposer dans le magasin.” Puis, quelque temps après, le paysan est revenu avec sa charrue pour faire une réparation. Et la charrue qui était restée dans le magasin était rouillée, tandis que l’autre avait acquis par le travail cet éclat qu’a l’outil usagé. Hier, on regardait un livre de photos sur les outils, ces outils qui ont été le prolongement de l’homme, qui ont une histoire. Quand mon père m’a dit cela, cette petite histoire m’est tout de suite revenue en tête. Je me suis dit: “Effectivement, je vais me dépenser, mais je vais me dépenser pour quelque chose. Je ne resterai pas rouillé. Je ne resterai pas là à pourrir.” Parce que je suis absolument certain que quelque chose doit sortir de nous tout le temps. Je ne veux pas parler forcément d’un travail physique. Autrement, c’est la catastrophe. Le grand danger pour la vie d’aujourd’hui est qu’on ne donne pas assez de travail aux gens, je ne parle pas du travail stupide, mécanique, mais du travail créateur, même le plus simple qui soit. Le travail artisanal est un travail créateur, tandis que le travail industriel, le travail administratif n’est pas un travail créateur, c’est une occupation dans laquelle on tue simplement le temps.
Aujourd’hui, nous avons les machines. Nous disposons de beaucoup de facilités qui soulagent le travail physique de l’homme. Mais il faut au plus vite trouver une activité qui aide l’homme à se développer. Et je ne parle pas du sport, parce qu’il ne faut pas remplacer une forme de travail par une forme de loisir, mais stimuler tout ce qui doit faire fonctionner nos cellules, car, étant donné toutes les découvertes réduisant les hommes à l’inactivité, elles pourraient un jour ne plus fonctionner. Il faut le faire, car pour moi la régression guette l’homme, la société. C’est comme quelque chose qui nous pousse vers la mort, vers la mort dans la vie. C’est un sentiment terrifiant, c’est pire que la mort. Il faut réagir.
Curieusement, ce monde-là ne veut pas dépenser de l’énergie, il ne veut pas se dépenser, il est, comme disait mon père, neistrosen. Il n’est pas utilisé. “Dépense-toi, disait-il, c’est la seule chose qui compte.” Ce n’est pas un appel au saccage ni à une quelconque manière de gaspillage. C’est les Actes des Apôtres. Les apôtres marchent tout le temps. Ils ne sont pas là comme des bouddhas. Je n’ai rien contre Bouddha. Bouddha est là et enseigne. C’est très bien.
Je ne peux pas entrer en contradiction avec Bouddha ou avec les gens qui se prosternent devant lui. Mais, pour moi, ce que j’ai senti dans l’appel de ma religion et de mon Dieu, c’est la nécessité de me dépenser. La passion est quelque chose qui brûle, une dépense. Pour moi, la charrue est une image d’enfant qui dit bien ce qu’elle veut dire: “Dépense-toi!” Les apôtres se sont dépensés. Ils ont témoigné, ils ont écrit des livres, des épîtres. C’est cela notre vision du monde et c’est cela notre vision de la fin du monde. Parce qu’il y aura une fin, il y aura un jugement. »

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître : « Offices de Pâques et de la Semaine radieuse »

Le livre Offices de Pâques et de la Semaine radieuse (couverture ci-contre), qui vient d’être publié par Apostolia, comprend l’ensemble des offices célébrés à Pâques et toute la semaine de Pâques, en langue française, selon l’usage en vigueur dans l’Église roumaine, et selon les traductions adoptées par les paroisses francophones de celle-ci. En plus des textes liturgiques, il contient toutes les indications nécessaires à la célébration, ainsi que différents rituels propres à la Semaine radieuse (bénédiction des aliments pascals, célébration de la Paraclisis au cours de la semaine pascale, litie avec petite bénédiction des eaux qui a lieu les lundi et vendredi radieux, préparation de la communion des malades pour toute l’année, etc.). De plus, il comporte un appendice avec l’Évangile des vêpres du dimanche de Pâques en 14 langues, le tropaire de Pâques en 15 langues et la salutation pascale « Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité ! » en 104 langues. Ce livre s’adresse bien sûr à tous les célébrants, aux chœurs des différentes paroisses, mais également à tout fidèle qui souhaiterait lire au cours de la semaine pascale tous ces textes éclatants de lumière et porteurs de la joie la plus pure. Il est imprimé sur papier ivoire avec une couverture dure et deux marque-pages.
Le livre est disponible à la Métropole orthodoxe roumaine (librairie@mitropolia.eu), à la librairie Saint Serge, et sur Amazon.

Les ouvrages publiés par Apostolia (Métropole roumaine) peuvent être commandés en ligne

Les ouvrages en français publiés par Apostolia (Métropole orthodoxe roumaine) peuvent être désormais commandés en ligne chez Amazon : La vie de notre Seigneur Jésus-Christ de Marina Paliaki, pour la formation religieuse des enfants à partir de 3 ans; Un signe sur le sable (adaptation du monastère d’Ormylia), un roman pour les enfants; Timothée le voleur d’icônes de Willy Fährmann, roman; Un martyr après les persécutions – Saint Jean Chrysostome (adaptation du monastère d’Ormylia), récit de toute la vie, riche et pleine de rebondissements, de saint Jean Chrysostome, pour les jeunes; À l’école de l’amour sacrificiel du métropolite Joseph, trois méditations sur la vie intérieure pour les temps de trouble et d’épreuve; La confession dans l’Église orthodoxe, actes de l’université d’été 2015; L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église, actes de l’université d’été 2014; Prie comme tu respires, la vie comme liberté du père Marc-Antoine Costa de Beauregard, « L’acquisition du Royaume consiste, dans un premier temps du moins, à conquérir un lieu qui est en moi et que je ne connais pas parce que je n’y suis pas »; Ma première rencontre avec le Christ… au cœur de mon enfer de mère Siluana Vlad; Le saint mariage du père Vasile Gavrilă, une parole pastorale.

Parution : « Saint Jean Chrysostome » d’Alain Durel

Dans les kiosques à partir d’aujourd’hui : Saint Jean Chrysostome, un livre de 140 pages d’Alain Durel avec un CD de textes lus par Michael Lonsdale, une coédition du Figaro et des Presses de la Renaissance. Le livre comprend aussi le texte de la liturgie de saint Jean Chrysostome.  Prix: 9,95 euros. Présentation. En ligne: un des textes lus par Michael Lonsdale.

Vient de paraître: « Image de l’invisible. L’art dans l’Église orthodoxe » par Mgr Hilarion Alfeyev

mgr_hilarionLes Éditions Sainte-Geneviève viennent de publier un nouvel ouvrage de Mgr le métropolite Hilarion (Alfeyev) intitulé Image de l’invisible. L’art dans l’Église orthodoxe. L’ouvrage est présenté sur cette page avec quelques illustrations et il est possible, sur cette même page, de le commander.

Témoignage : « De la Terre Sainte à Liège en passant par la Bretagne : notre chemin vers l’Église »

Nous vous invitons à lire le témoignage d’Anne et Nicolas Van Cranenbroeck sur leur cheminement spirituel. Cet article a été publié dans Nadejda/Espérance (bulletin de la paroisse Saints Alexandre Nevsky et Séraphin de Sarov de Liège (N° 28, janvier-février-mars 2017).

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Ntre chrismation en l’église orthodoxe de Quimper (Bretagne) par le Père Yannick Provost.

« C’est le dimanche 28 août 2016 que nous avons été chrismés, Anne et moi, par le Père Yannick (Provost), recteur de la paroisse orthodoxe de Quimper (Bretagne) faisant partie de l’Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, Exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Ce fut l’aboutissement, pour moi, Nicolas, d’un long chemin remontant à mon enfance et qui m’a fait découvrir, étape par étape et avec la grâce de l’Esprit Saint, l’église orthodoxe.

C’est enfant que j’ai été pour la première fois en vacances avec mes parents et mon jeune frère dans le village voisin du monastère (catholique) bénédictin de Chevetogne. C’est là que j’ai visité avec admiration l’église byzantine avec ses merveilleuses fresques et ses icônes. C’est aussi à Chevetogne que mes parents m’ont offert ma première icône (que je conserve précieusement).

Nos familles respectives, à Anne et à moi, nous ont offert comme cadeau de naissance une Foi catholique vivante. Depuis notre mariage, le 29 mai 1982, nous avons essayé de continuer à la vivre de notre mieux, entourés des vivants et des défunts. Lors de la Révolution française, mes ancêtres paternels ont caché un prêtre. Ma famille maternelle a quitté Reims au début du XXème siècle pour revenir en Belgique afin de pouvoir continuer à élever les enfants dans la Foi. L’un de ces sept enfants est devenu Père Jésuite. Anne a eu la grâce d’avoir un oncle moine à l’abbaye trappiste Notre-Dame d’Orval.

Adolescent, j’ai pris conscience de la situation dramatique des chrétiens d’URSS et des pays communistes d’Europe de l’Est grâce la lecture des Cahiers du Samizdat, du mensuel Catacombes (dont le rédacteur en chef était Sergiu Grossu), du bulletin d’informations de l’Aide à l’église en Détresse (AED), association catholique internationale animée par le Père Werenfried van Straaten, et par les publications du Foyer Oriental Chrétien de Bruxelles. De la lecture à l’action, il n’y avait qu’un pas. C’est ainsi que j’ai signé des pétitions, envoyé des lettres et même manifesté devant l’ambassade d’URSS à Bruxelles avec Maman (je me souviens même des agents qui nous photographiaient avec des téléobjectifs depuis l’ambassade).

En même temps, j’ai écouté, parfois durant des soirées entières, les premiers 33 tours des chants liturgiques russes du monastère de Chevetogne.

Puis ce fut la rencontre avec l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne. À la fin de mes études secondaires, j’avais écrit un article élogieux dans la revue étudiante sur le livre Soljenitsyne, le croyant – lettres, discours, témoignages d’André Martin (1973) que j’avais lu sur les conseils de mes parents et fort apprécié. Dans l’édition suivante de la revue étudiante, un professeur, fortement influencé par l’idéologie marxiste, écrivait un article en réponse critiquant mes propos. Il y affirmait qu’Alexandre Soljenitsyne était un authentique communiste qui cherchait avant tout par ses écrits à réformer le socialisme. Piqué au vif par cette attaque à laquelle je ne m’attendais pas, j’ai alors décidé de lire les ouvrages du Prix Nobel de Littérature de l’année 1970. J’y ai découvert non seulement un grand homme mais aussi un grand chrétien orthodoxe. Alexandre Soljenitsyne m’a aussi fait palper ce que l’on appelle « l’âme russe ». C’est Alexandre Soljenitsyne, lors d’une émission de télévision Apostrophes avec Bernard Pivot, qui m’a appris ce qu’était le repentir orthodoxe : celui-ci repose sur la prise de conscience dans tout son être de son état de pécheur et sur la nécessité du retournement (metanoia) qui en découle pour revenir sans cesse dans la plus grande humilité à Dieu.

Le film d’Andreï Tarkovski consacré à Andreï Roublev (1966) m’a fasciné (je ne compte plus le nombre de fois que je l’ai ensuite revu, au cinéma ou en vidéo) et m’a ouvert un grand nombre d’autres portes grâce aux autres films de ce grand réalisateur russe. C’est lui également qui m’a confirmé l’importance du repentir pour un chrétien orthodoxe. C’est aussi le premier film que nous avons été voir ensemble, Anne et moi, lorsque nous étions fiancés.

Mes parents, catholiques pratiquants, m’ont toujours encouragé dans cette découverte de l’Orthodoxie. C’est grâce à eux que j’ai pu lire (et relire) les Récits d’un pèlerin russe. Et de là, je suis parti à la recherche de la Philocalie (l’Amour de la Beauté). La Prière de Jésus m’est alors devenue familière.

À la fin de l’année 2011, Maman (veuve depuis 1995) entend une présentation sur RCF (radio catholique française diffusée notamment en Belgique francophone) d’un nouveau livre consacré au monastère des sœurs orthodoxes de Solan dans le Gard (sud de la France) : Le Monastère de Solan – Une aventure agroécologique. Connaissant mon grand intérêt et mon engagement pour la protection de la nature et la sauvegarde de la création depuis 1973 mais aussi ma grande sensibilité pour l’Orthodoxie, Maman s’empresse de me signaler la sortie de presse de ce livre. Je l’achète immédiatement et je le lis et le relis.

Peu de temps après, je parle avec enthousiasme de ce livre à un collègue orthodoxe qui me dit avoir déjà été à Solan. En mars 2012, il me propose de nous rendre à deux à Solan en passant par le monastère (orthodoxe) de Saint-Antoine-le-Grand dans le Vercors, fondé par le Père Placide (Deseille), moine du monastère de Simonos Petra (Sainte Montagne de l’Athos). C’est alors que ma découverte de l’Orthodoxie s’est amplifiée et que ma vision du monachisme catholique actuel s’est ouverte sur une tradition infiniment plus ancienne et plus authentique (celle des Pères de l’église et des Pères du Désert). À Solan, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Père Placide et de me procurer ses nombreux petits fascicules que j’ai lus et relus.

Le soleil que je voyais alors comme catholique était certes le soleil mais il était voilé et sa chaleur était amoindrie. Je commençais à percevoir que le soleil était en réalité plus lumineux et plus chaud que ce que je ressentais alors.

Puis, ce fut le grand cadeau de la Mère de Dieu et d’Anne : ce sont elles qui m’ont permis d’aller huit jours en pèlerinage à la Saint Montagne de l’Athos avec mon collègue orthodoxe et un autre collège catholique. Ce pèlerinage m’a profondément bouleversé (retourné au sens de la metanoia). L’église orthodoxe devenait de plus en plus tangible. N’ayant pas emporté de rasoir, j’ai laissé pousser ma barbe (je la porte toujours aujourd’hui). Je n’avais pas non plus emmené mon appareil photographique, préférant tout conserver en mon cœur, comme la Mère de Dieu.

Depuis ma première visite à Solan, Anne et moi avons pu correspondre par la voie postale (les sœurs n’utilisent en effet pas internet) avec la révérende Mère Hypandia, l’higoumène de cette belle communauté, et la spiritualité orthodoxe est encore devenue plus enthousiasmante, notamment grâce aux livres qu’elle m’avait conseillé de lire. Grand lecteur, d’autres nombreux beaux et bons livres m’ont permis de progresser dans la connaissance de l’Orthodoxie. Et internet m’a ouvert de nombreuses portes et fenêtres (et plus spécifiquement le site internet www.orthodoxie.com que je consulte chaque jour).

En août 2015, Anne et moi sommes partis passer quelques jours à Uzès dans le Gard, à proximité du saint monastère de Solan. Nous avons participé à la Journée de prières pour la Sauvegarde de la Création organisée depuis plus de deux décennies par les sœurs de Solan et l’association des Amis de Solan (dont nous faisons partie, Anne et moi). Cette association a pour objectif d’aider les sœurs dans leur démarche agroécologique et son président n’est autre que Pierre Rabhi, agriculteur bio, essayiste et poète français d’origine algérienne. La démarche de Solan m’a alors permis de découvrir, sur le terrain, l’engagement pris en 1989 par sa sainteté Dimitrios Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, en faveur de la Sauvegarde de la Création. C’est lui en effet, mû par l’Esprit Saint, qui a institué la Journée de prières pour la Sauvegarde de la Création le 1er septembre de chaque année, premier jour du nouvel an ecclésial (tout un programme). Et c’est seulement en 2015 que le Pape François a proposé aux catholiques de s’associer à l’église orthodoxe pour prier ensemble durant cette journée. Pour moi qui était et reste engagé en matière de protection de la nature et de sauvegarde de la création, la position précoce de l’église orthodoxe dans ce domaine m’a ouvert les yeux et le cœur sur sa solidité théologique, basée sur les saintes écritures tout autant que sur les Pères de l’église et sur les nombreux saints qui ont montré, durant leur vie, qu’il était possible de retrouver, sur terre, la création d’origine, celle qui existait avant la chute.

En décembre 2015, nous nous rendons, Anne et moi, dans une grande librairie catholique de Bruxelles pour y admirer l’exposition des sœurs orthodoxes du monastère Sainte-élisabeth de Minsk en Biélorussie. Nous les avions écoutées à plusieurs reprises lors de concerts en Belgique et connaissions leur remarquable engagement, à la fois spirituel et social. En échangeant avec une sœur parlant français sur mes lectures orthodoxes, celle-ci m’a demandé de manière très directe : « Mais pourquoi n’êtes-vous pas orthodoxe ? » Je lui ai répondu que l’Esprit Saint saurait bien m’indiquer le moment de ce choix car je ne voulais en aucun cas forcer mon épouse à me suivre.

Mont des Oliviers (Jérusalem) – Avril 2016

Mont des Oliviers (Jérusalem) – Avril 2016

Durant l’année 2015, grâce au site internet www.orthodoxie.com, j’apprends l’organisation par l’Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale d’un pèlerinage orthodoxe en Terre Sainte en octobre de la même année. En prenant connaissance du programme, j’en ai aussitôt parlé à Anne en ces termes : « Regarde ce beau programme : nous sommes à présent pensionnés et si nous devons faire un jour ce pèlerinage, je pense que ce sera celui-ci. Mais serons-nous acceptés en tant que catholiques ? » La réponse du Père Yannick (Provost), organisateur et guide, ne s’est pas fait attendre : nous étions non seulement acceptés mais aussi fraternellement accueillis. Par suite des tensions sévissant à Jérusalem, le pèlerinage a été reporté de l’automne 2015 au printemps 2016, en plein Carême orthodoxe. C’est ce pèlerinage qui nous a ouvert les yeux du cœur et de l’âme : c’est en Terre Sainte, là où le Christ a vécu, que nous avons compris que l’église orthodoxe était réellement l’église indivise, celle qui a été fondée par le Christ sur ses apôtres, sur leurs successeurs et sur le peuple de Dieu. Les prières et la fraternité des pèlerins tout autant que celles des nombreux chrétiens orthodoxes rencontrés (dont des évêques, des prêtres, des moines, des moniales et de pieux fidèles) nous ont assurément menés sur ce chemin de vérité.

Au retour du vol Tel Aviv-Paris, au moment de nous séparer, plusieurs pèlerins ont été surpris d’apprendre que nous étions catholiques. Nous nous étions en effet faits tout petits, dans un profond respect mutuel.

Rencontre des pèlerins avec le 9atriarche Théophile III de Jérusalem

Rencontre des pèlerins avec le 9atriarche Théophile III de Jérusalem

Ce pèlerinage en Terre Sainte [1] restera l’un des moments les plus forts de notre vie. La présence du Père Yannick et de son épouse Anastasia, du Père Stephen (Headley), recteur de la paroisse de Vézelay, et de Monseigneur Jean de Charioupolis a contribué à ce retournement vécu en couple.

De retour en Belgique, nous avons été invités par une amie orthodoxe à participer à la Divine Liturgie du jour de Pâques célébrée par Monseigneur Jean de Charioupolis en l’église des Saints-Côme-et-Damien à Ixelles (Bruxelles) : nous avons vécu la fête des fêtes comme l’aboutissement de notre pèlerinage (lequel, rappelons-le, a eu lieu en partie en Carême).

Anne et moi n’avons ensuite pas dû nous parler beaucoup : l’illumination reçue en Terre Sainte était totalement partagée. Cependant, jamais je n’aurais voulu forcer Anne à me suivre dans la demande d’entrée en communion de l’église. Après avoir accepté il y a 34 ans de m’épouser et après avoir mis au monde nos deux enfants, Marie et François, Anne m’a fait un nouveau et magnifique cadeau en me proposant de demander notre entrée à deux dans la communion de l’église.

Lors de notre chrismation par le Père Yannick, nous étions entourés des paroissiens de Quimper, de notre fils François (notre fille Marie et son mari Jean-Michel n’avaient pu nous rejoindre) mais aussi de tous les pèlerins bretons de Terre Sainte. La « bonne odeur de l’Esprit Saint » s’est alors emparée de tout notre être et le soleil est enfin devenu brillant et chaud.

Nous avons choisi pour commencer notre vie de « bébés orthodoxes » (nous avons en effet beaucoup à découvrir et c’est une grande grâce) de nous insérer dans la paroisse russe de Liège. Et, cadeau du ciel, c’est Monseigneur Jean de Charioupolis qui est devenu de ce fait notre Archevêque. Merci au Père Guy (Fontaine) et au Père Alexandre (Galaka) mais aussi à tous les paroissiens de nous accueillir et de nous aider à poursuivre notre chemin qui mène à Dieu.

Merci aussi  à toutes celles et tous ceux qui nous ont conduits vers Dieu depuis notre Baptême : c’est dans le face à face qui suivra notre naissance au ciel que nous saurons tout ce que nous leur devons.

Nicolas Van Cranenbroeck

En la fête de saint Nicolas, le 6 décembre 2016″

[1] Monique De Vaere-Descamps en a parlé dans son article intitulé « Quelques jours en terre sainte – Pèlerinage organisé par notre archevêché » publié dans Nadejda/Espérance N° 26, juillet-août-septembre 2016, pp. 21 à 23.

Recension: Bertrand Pinçon, « Le livre de Job »

pincon_jobBertrand Pinçon, Le livre de Job, collection « Mon ABC de la Bible », Cerf, Paris, 2016, 146 p.
Le livre de Job est sans doute le plus fascinant des livres de la Bible, premièrement par sa force intrinsèque et le destin extrême de son héros (un homme au plus haut point prospère devenu au plus haut point miséreux), deuxièmement parce qu’il renvoie à l’expérience de la souffrance et du sentiment d’abandon que chaque personne peut éprouver, troisièmement parce qu’il représente le paradoxe, a priori incompréhensible, voire révoltant, du juste souffrant. Sa rédaction comportant plusieurs couches, la difficulté de sa forme s’ajoute à celle de son contenu, raison pour laquelle il a suscité à diverses époques de nombreux commentaires proposant à chaque fois une approche exégétique renouvelée.
Ce petit livre, dû à Bertrand Pinçon, docteur en théologie biblique de l’Université de Strasbourg, professeur d’exégèse de l’Ancien Testament et doyen de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, est le bienvenu malgré l’abondante littérature déjà existante. Écrit dans un style simple, il aborde les aspects relatifs à la composition du livre: l’identité de son héros, la date et le lieu de la rédaction, le contexte historique et le message général du livre, son style en forme de drame et de tragédie, le détail de sa structure et le résumé de son contenu, avant d’en proposer une analyse répartie en ses différents thèmes : 1) La foi à l’épreuve du mal ; 2) Sens et non-sens de la souffrance ; 3) La survivance de l’espérance ; 4) Le lieu de la vraie sagesse ; 5) Dieu plus grand que notre mal ; 6) La création et son Créateur. Les deux derniers chapitres concernent la réception du livre de Job dans différents contextes religieux et non religieux, et les œuvres qu’il a inspirées dans l’art, la littérature et la musique.
Citons l’introduction de l’auteur, qui fait bien apparaître les enjeux, toujours actuels, de ce grand texte biblique:

« Ne dit-on pas “pauvre comme Job”? La formule est connue pour désigner une personne en situation de précarité extrême et à qui la vie n’a pas réussi. Cette expression trouve son origine dans un des livres de la Bible qui met en scène le personnage de Job, un homme soudainement affecté par une souffrance inexpliquée et qui, pourtant, tient bon dans l’épreuve. Par la gravité du sujet qu’il aborde, le livre de Job ne laisse personne indifférent. En le lisant, on ne manque pas d’être tout à la fois séduit et dubitatif par l’intrigue qui se déploie au long des quarante-deux chapitres du livre. On est séduit par les réactions humaines de cet homme affronté au désarroi le plus total et par les questions existentielles qu’il pose au fil de l’œuvre: à quoi bon vivre si c’est pour vivre ainsi? Face à un tel drame, à quoi peut servir le réconfort des proches? Et Dieu dans tout cela? Où est-il? Et que fait-il? Cependant, à y regarder de près, on ne manque pas de s’interroger aussi sur la manière dont ce livre traite de l’expérience du mal: en dépit du malheur qui le ronge jusque dans son corps, et malgré les révoltes qu’il exprime, Job tient bon dans la foi. À aucun moment il ne rejette Dieu. Au contraire, il s’adresse à lui et l’interpelle, parfois vigoureusement. Il en vient même à le mettre en demeure de s’expliquer ouvertement. Si bien que malgré le désespoir qui le gagne, Job persiste à afficher une apparente sérénité enracinée en son Dieu qui ne peut pas l’abandonner, malgré son silence.
Le livre aborde un sujet universel sans référence explicite à un quelconque fait historique, ni même à l’histoire biblique de l’alliance de Dieu avec son peuple Israël. Le thème de l’œuvre est, principalement, le problème du mal et, avec lui, celui de l’énigme de la souffrance des êtres innocents. À partir de ce thème central, le livre traite de quelques-uns des grands sujets de l’existence humaine: le caractère aléatoire de notre existence, les inégalités constatées entre les situations personnelles, le silence persistant de Dieu et sa souveraine liberté, le sens de la vie en ce monde quand elle doit intégrer son lot de souffrances et la mort… À travers ces sujets qui nous concernent tous, c’est essentiellement la relation tumultueuse que l’homme blessé entretient avec son Dieu qui est envisagée comme fil rouge de cette œuvre de la Bible. Dans le livre de Job, il ne s’agit donc pas seulement d’une méditation sur la souffrance imméritée d’un innocent mais, bien davantage, d’une réflexion de fond sur le drame de la foi en Dieu vécue par un juste qui souffre.
Jusque-là, la justice et la droiture étaient considérées par les sages de la Bible comme des vertus à promouvoir parce qu’assurant le bonheur sur terre des êtres humains. Le juste et le sage sont récompensés par Dieu pour leur conduite tandis que le méchant et l’impie sont réprouvés. C’est ainsi qu’était présentée jusque-là la sagesse traditionnelle d’Israël dans le livre des Proverbes: “L’homme de bien attire la faveur du Seigneur mais l’homme malintentionné, celui-ci le condamne” (Pr 12, 2). Mais qu’en est-il du juste terrassé par le mal? Telle est la question posée au fil du livre de Job. Cette problématique n’est pas nouvelle dans la Bible. D’autres livres de l’Ancien Testament avaient déjà eu à traiter de cette question en reconnaissant un rôle positif joué par la souffrance comme valeur de purification chez le prophète Isaïe: “Je tournerai la main contre toi, j’épurerai comme à la potasse tes scories, j’ôterai tous tes déchets” (Is 1,25) ou bien comme appel à la conversion, telle celle de l’épouse infidèle selon les belles paroles du Seigneur par l’entremise du prophète Osée: “C’est pourquoi je vais obstruer son chemin avec des ronces, je l’entourerai d’une barrière pour qu’elle ne trouve plus ses sentiers; elle poursuivra ses amants et ne les atteindra pas, elle les cherchera et ne les trouvera pas. Alors elle dira: je veux retourner vers mon premier mari, car j’étais plus heureuse que maintenant” (Os 2,8-9). Il est toutefois des cas où, dans l’Ancien Testament, la souffrance humaine est prise en compte pour elle-même. Ainsi sont reconnus quelques renversements de situations: les puissants qui chutent et les pauvres qui sont relevés; le Seigneur qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au Shéol et en ramène, qui appauvrit et qui enrichit (cantique d’Anne, mère Samuel en 1 S 2, 4-7) sans oublier le thème du prophète incompris et du serviteur souffrant (ls 52, 13 – 53, 12).
C’est sur cet arrière-fond de remise en cause d’une justice automatiquement récompensée que le livre de Job apporte l’originalité d’une pensée critique renouvelée. C’est la raison pour laquelle cette œuvre de sagesse, qui ne répond à aucune catégorie connue de la littérature biblique, mérite d’être parcourue. »

Il est regrettable que l’auteur n’ait pas vu en Job, comme l’ont vu les Pères de l’Église, une préfiguration (typos) du Christ, qui fut par excellence le Juste et l’Innocent souffrants, et qu’il n’ait pas montré non plus comment le message du livre de Job préfigure aussi la rupture que le Nouveau Testament introduit par rapport à l’Ancien en ce qui concerne le lien entre la vertu et la prospérité matérielle, ou entre le péché et la souffrance ou d’autres misères liées à l’existence terrestre (voir notamment Jn 9, 1-3). Selon la logique de l’Ancien Testament, il y a un lien de cause à effet : l’homme juste, vertueux, est récompensé par Dieu par une prospérité qui s’étend à tous les domaines (de la santé, de la réussite sociale, de la richesse, de la fécondité et de la prospérité familiales), tandis que l’homme injuste reçoit dans les malheurs qu’il subit le juste salaire de son injustice. Le Nouveau Testament rompt avec cette logique, soulignant que les fruits de la justice et de la vertu ne se mesurent pas en biens de ce monde, mais sont de nature purement spirituelle et peuvent s’acquérir en Christ, qui nous en a acquis la grâce, à travers l’expérience même de la maladie, de la souffrance, de la pauvreté, du mépris par les autres, et même de l’apparent abandon de Dieu (déréliction) dont la plupart des saints ont fait l’expérience. J’ai développé tous ces points, en m’appuyant aussi sur une analyse du livre de Job, dans mon livre Dieu ne veut pas la souffrance des hommes.

Jean-Claude Larchet

« L’après Crète » par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster)

L’institution « Eglise orthodoxe » va demeurer dans l’état d’inertie qui était le sien avant le concile de Crète qui s’est tenu récemment, si les responsables ecclésiastiques ne s’activent pas à tirer les leçons des fautes qu’ils ont commises dans le passé, et ce en forgeant une vision d’avenir « commune » destinée à surmonter les cassures qui frappent les Orthodoxes et à prendre des mesures audacieuses pour aviver leur vie ecclésiale. Certains diront peut-être que nous exagérons. Pourtant, les événements de ces derniers mois ont montré, d’une manière incontestable, que les Orthodoxes sont encore toujours en-deçà, plus de quinze ans après leur entrée dans le troisième millénaire, de l’esprit conciliaire dont ils ne cessent de s’enorgueillir. Ils sont, sans doute aucun, en-deçà de l’esprit conciliaire que l’Eglise catholique a manifesté pendant le concile de Vatican II, ce concile qui a changé le visage du catholicisme et l’a poussé en avant sur la voie de sa transformation en une Eglise qui est sérieusement en intelligence avec la situation de l’homme contemporain, ses préoccupations et ses aspirations.
A peine le concile de Crète venait-il de s’achever, que les milieux de l’Eglise constantinopolitaine se mirent à l’afficher comme un « succès » éclatant. Ce faisant, ils passent sous silence le fait qu’au moins la moitié du monde orthodoxe n’était pas représentée en Crète, et que les délégations participantes, exception faite des Eglises de Roumanie et de Serbie, ont un caractère essentiellement grec, et adhèrent à la tradition hellénophone, non seulement comme un universalisme culturel – c’est le cas de tous les Orthodoxes –, mais comme le fondement d’un nationalisme hypertrophié et maladif. Certes, le traitement du chancre nationaliste qui aujourd’hui déchire le monde orthodoxe ne se fera pas en le remplaçant par un autre, russe, roumain, serbe ou arabe, non moins maladif et pléthorique, mais bien en critiquant et en brisant le penchant nationaliste et en retournant à l’esprit de l’Evangile. C’est ce que de grands théologiens ne cessent de répéter depuis soixante-cinq ans. Mais l’autre malheur qui ravage notre Eglise, c’est l’énorme cassure, absolument sans précédent, entre l’autorité ecclésiastique et la pensée théologique, au point qu’il semble à l’observateur que l’Eglise orthodoxe se compose d’agrégats fragmentés, à savoir une autorité ecclésiastique qui se considère comme « l’Eglise », d’un peuple en grande partie indifférent, et d’une troupe de théologiens qui le plus souvent se trouve en plein désarroi entre l’autoritarisme des chefs et le désintérêt du peuple.
Certes, l’Eglise de Constantinople s’emploie à présenter le concile de Crète comme une grande réalisation qui contribue à renforcer l’image que les milieux de cette Eglise s’efforce de forger ces derniers temps, en particulier en ce qui concerne le rôle du patriarche de Constantinople : pour notre part, notre propos n’est pas ici de discuter de ce rôle, de son étendue et de son cadre. C’est là une question que les Orthodoxes se doivent d’examiner « ensemble » et de lui trouver une formule acceptable, loin de toute concurrence, prise de bec et vocifération. Tel n’est donc pas ici le problème. Le problème réside dans le mépris de l’intelligence humaine lorsque le concile de Crète est présenté comme une « réalisation » et « un succès », alors que tout un chacun connaît l’inconsistance des documents qu’il a publiés et le style hautain qui a dominé le message qu’il a adressé au « monde ». Tout le monde se rend compte que ce qui a été présenté comme une « ouverture » aux autres Eglises et aux autres religions n’était rien d’autre qu’une tentative pour arrondir les angles, et cela alors que les pères conciliaires se heurtèrent, premièrement, à leur division sur les grandes questions qui touchent à la modernité, à la mondialisation et à la relation à l’autre, et, deuxièmement, au manque du temps nécessaire pour lancer le chantier d’un authentique dialogue sur ces questions. L’évêque Calliste (Ware), qui était présent en Crète, a reconnu que la tâche des pères conciliaires se limitait, la plupart du temps, à entériner des documents qui laissaient à désirer, préparés à l’avance, à l’exception de légères modifications, dont quelques-unes sont peut-être à propos, mais qui ne désaltèrent pas des millions d’Orthodoxes assoiffés d’une parole de vie.
Mais qu’en est-il de l’après Crète ? L’importance de tout concile, quelles que soient les fautes et les failles qui accompagnèrent sa tenue, réside dans la capacité des Eglises orthodoxes à l’ « assimiler » de manière positive. Cette assimilation ne signifie pas l’acceptation des documents du concile dans leur forme actuelle. En effet, l’expérience historique nous enseigne que la réception des grands conciles était un processus fécond comportant souvent la critique, l’interrogation et le remaniement, voire même l’accord sur une nouvelle formulation. Il se peut que certains s’attendent à ce que l’Eglise de Constantinople, qui est le parrain du concile et son propagateur, s’empresse à transmettre ses travaux et ses documents à toutes les Eglises orthodoxes, en leur demandant de les étudier et de les entériner. Il convient de rappeler ici que ceci ne s’applique pas seulement aux Eglises qui ont boycotté le concile, mais encore celles qui y étaient également représentées, étant donné que l’entreprise de réception n’est pas limitée à une délégation, mais concerne l’ensemble du corps ecclésial, et surtout le peuple croyant. Mais qui a dit que ce rôle devait être limité à l’Eglise de Constantinople ? Et qu’en serait-il si cette Eglise ne s’empressait pas ou tardait à le remplir ? Et qui a dit que le traitement du malaise existant dans le monde orthodoxe se limite à « assimiler » les travaux et les documents du concile de Crète ? La blessure qui fissure le corps de l’Eglise orthodoxe n’est-elle pas bien plus profonde que ce qui fut dit en Crète ? Ce qui n’y a pas été dit, ou ce que les pères conciliaires se contentèrent de survoler rapidement, n’est-il pas bien ô combien plus important que ce qu’ils ont déclaré et consigné par écrit ? Eh bien oui ! L’avenir de l’Eglise orthodoxe est plus important que le concile de Crète. Et les défis qu’elle affronte dépassent les textes qui y ont été entérinés. Et les grandes questions qui mettent toute notre identité orthodoxe à l’épreuve, elles n’ont aucunement été abordées sur l’île grecque. Où a-t-il été question de ce qu’il y a d’immuable et de mouvant dans la tradition ? Où a-t-il été question du rôle des charismes dans l’Eglise, y compris le monachisme, et le rôle des femmes ? Où a-t-il été question de la liturgie et de sa réforme ? Où a-t-il été question de l’éducation théologique ? Où a-t-il été question de la réhabilitation du diaconat ? Où a-t-il été question des relations entre l’autorité ecclésiastique et la politique après la chute de Constantinople et l’effacement du monde byzantin ? Où a-t-il été question de la position face à la modernité et ses défis, et en particulier la liberté de l’individu et de la pensée, ainsi que des réalisations dans le domaine des sciences humaines ? L’importance du concile de Crète ne réside ni dans sa tenue ni dans ses documents, mais en ce qu’elle nous indique la profondeur de la crise qui aujourd’hui meurtrit notre Eglise. La responsabilité de la sortie de cette crise n’incombe pas uniquement à l’Eglise de Constantinople ; ce n’est pas non plus la responsabilité de la seule Eglise russe, ni d’ailleurs celle de la seule Eglise roumaine et qu’on voudrait la voir porter, à savoir jouer un rôle « conciliateur » entre Istanbul et Moscou, selon le vœu de l’évêque Calliste (Ware). C’est véritablement la responsabilité commune de tous les Orthodoxes et la responsabilité de tous ceux que l’Esprit du Seigneur a appelés à jouer un rôle positif en aidant notre belle Eglise à sortir de son inhibition et de sa régression.
Sur cette base, notre Eglise antiochienne est appelée elle aussi à dépasser le retrait « inéluctable » qui a découlé de son boycott du concile de Crète, et cela malgré la légitimité de sa position et la sincérité de son interrogation critique à l’endroit de ce concile. Et ce dépassement ne sera effectif qu’en élaborant un plan d’avenir, dont nous devons dès à présent dessiner les grandes lignes. Inutile de dire que ce plan exige, de prime abord, que nous rassemblions les ressources intellectuelles dans cette Eglise, y compris théologiques et juridiques, et celles spécialisées dans les sciences humaines, et qu’en bénéficie tout un chacun selon le charisme qui lui a été prodigué, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent malgré les promesses qui ont été faites à plus d’une reprise sur l’importance d’aviver les charismes dans l’aire antiochienne. Il va de soi que ce plan doit comporter une vision claire sur la manière de surmonter le complexe du concile de Crète et d’œuvrer à sa diffusion en établissant des canaux de communication avec toutes les Eglises orthodoxes. Mais ce qui est plus important que le concile de Crète en soi, c’est de préparer un futur concile qui incitera les Eglises orthodoxes à affronter les grandes questions en apportant un témoignage vivant et unique de l’Evangile de Jésus crucifié et ressuscité d’entre les morts, ce qui n’est quasiment pas le cas aujourd’hui. Ne méritons-nous pas, nous Antiochiens, d’être les pionniers de cette vision, nous qui fûmes les premiers à critiquer le concile de Crète à juste titre et à en indiquer les défauts ? Ne convient-il pas que nous nous inspirions de notre glorieux héritage sans invoquer notre petit nombre et des guerres et des malheurs qui nous ont fait souffrir ces dernières années ? L’Evangile de Jésus, qui a jailli en notre sein, ne nous incite-t-il point à tirer notre force de notre faiblesse et de nous transformer en une ruche bourdonnante afin que nous disions aux Orthodoxes ce qui doit être dit, et d’indiquer ce qui doit être fait ?
Que celui qui a des oreilles entende, et que celui qui en est dépourvu ne s’en prenne qu’à lui-même…

(Al-Nour, Beyrouth, vol. 6, 2016 Traduction de l’arabe par Marcel Pirard)

Déclaration du patriarche de Moscou Cyrille au sujet de la restitution à l’Église orthodoxe russe de la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg

Des contestations ont eu lieu dans l’opinion publique à Saint-Pétersbourg au sujet du retour à l’Église orthodoxe russe de la cathédrale Saint-Isaac. Aussi, le 17 février 2017, en la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, au début de la séance ordinaire du Conseil ecclésial suprême de l’Église orthodoxe russe, le patriarche de Moscou Cyrille a fait la déclaration suivante à ce sujet :

« Une partie énorme des églises de l’Église orthodoxe russe est constituée par des monuments qui, pendant les années d’athéisme militant, a été enlevée par la force aux croyants et a été utilisée comme le considéraient opportun les autorités. Certaines de ces églises (c’était bien sûr la minorité) ont été transformées en musées ; les autres ont été utilisées dans des buts purement utilitaires, comme des ateliers, des granges, des entrepôts, des greniers… C’est un fait historique indéniable que ce sont précisément les croyants qui ont en grande partie créé le patrimoine culturel de notre pays – des milliers d’œuvres d’art, des églises, des monastères. Restituer le droit de conserver de façon indépendante nos lieux saints ne peut constituer quelque menace, alors qu’il est seulement question d’insuffler une vie authentique aux monuments, les faisant encore dans une plus grande mesure des moyens de culture populaire. Ce sera la poursuite des labeurs des dignes employés des musées, avec la contribution personnelle d’un grand nombre d’entre eux. Le transfert de la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg l’année du centenaire des événements révolutionnaires est appelé à être le symbole de la réconciliation de notre peuple. À une certaine époque, la destruction des églises et les assassinats massifs de fidèles ont été la page la plus horrible de l’histoire de notre division nationale. Maintenant, la paix autour des églises restituées doit devenir le symbole de la concorde et du pardon mutuel – des blancs et des rouges, des croyants et incroyants, des riches et des pauvres. En effet, la beauté de la cathédrale Saint-Isaac qui est ouverte à tous, pénètre de la même façon jusqu’au cœur de chaque homme, indépendamment de sa nationalité, de ses convictions, de la langue qu’il parle. L’Église prie pour que la restitution de la cathédrale Saint-Isaac mette un terme aux mauvais desseins des gens qui font de la maison de prière une occasion de discorde. Nous croyons que le Seigneur très miséricordieux apportera la paix et dissipera les doutes qui ont surgi en raison de la méconnaissance ou de l’ignorance des faits. Je voudrais m’adresser en premier lieu aux gens bien disposés qui se prononcent aujourd’hui contre la restitution de la cathédrale de l’Église orthodoxe russe. J’énumérerai les raisons pour lesquelles ils expriment leur attitude négative au sujet d’une telle restitution. La première est la crainte que la cathédrale cesse d’offrir le libre accès aux gens étrangers à l’Orthodoxie. Je garantis que la cathédrale sera ouverte à tous ceux qui le souhaitent, à ceux qui veulent y prier comme à ceux qui veulent simplement voir la beauté de ce magnifique édifice et faire connaissance de l’histoire de ce remarquable monument. Qui plus est, contrairement à la pratique en vigueur aujourd’hui, l’entrée de la cathédrale sera gratuite. La deuxième préoccupation est liée à la poursuite de l’activité propre au musée. Naturellement, la cathédrale constitue une œuvre remarquable de notre culture nationale, et pour se familiariser avec ce monument, il est nécessaire d’être accompagné par des guides professionnels. Cet accompagnement sera réalisé pleinement, au même niveau qu’aujourd’hui. Bien plus, nous espérons que ce niveau ne fera que s’élever, de même que le niveau de l’activité de musée, sous ses aspects scientifique et éducatif. Enfin, on se préoccupe du fait que l’Église ne puisse faire face aux tâches de restauration comme le faisait le musée. Je vous assure que l’Église disposera des moyens nécessaires. Tandis que l’entrée sera absolument gratuite, les visites guidées seront payantes, ainsi que l’accès à la colonnade de la cathédrale Saint-Isaac, donnant la vue sur la ville. Selon nos comptes, ces moyens seront entièrement suffisants pour les travaux de restauration en cours tels qu’ils ont été réalisés durant les dernières dix années. Ce que je dis maintenant, en m’adressant à tous – je veux encore le souligner aux critiques bienveillants de la transmission à l’Église de la cathédrale Saint-Isaac – sera accompli. Toutes les garanties que nous donnons, seront réalisées. Aussi, nul ne doit s’inquiéter de la réduction du budget municipal en raison de certains crédits accordés à l’Église pour les travaux de restauration, ni de la réduction de l’activité touristique, ni la limitation de l’accès à la cathédrale. Cependant, on a l’impression qu’aujourd’hui la question de restitution de la cathédrale Saint-Isaac ne trouble pas autant les critiques bienveillants que ceux qui s’efforcent de l’exploiter à des fins politiques. Je demande à tous, tant aux autorités, qu’à la société, à notre peuple, percevoir précisément ainsi ces actions de protestations. Nous vivons dans des conditions de pluralisme politique, et les gens expriment leur point de vue à ce sujet ou un autre de la vie de l’État et de la société. Très souvent, leur position s’avère être orientée politiquement, telle est la réalité. Mais la restitution de la cathédrale Saint-Isaac à la l’Église ne doit pas dans son principe devenir la cause de protestations politiques. J’espère beaucoup que, après les clarifications données par le patriarche, ces actions de protestation cesseront. Et que Dieu fasse que la question de l’Église et de son rôle dans la vie de la société, pas plus que celles de l’art et de la culture, ne nous divise, et que nous puissions construire ensemble un meilleur avenir pour notre pays et notre peuple ».

Source

« Traité de résistance pour le monde qui vient » de Bertrand Vergely

teaserbox_60488641A l’occasion de la sortie de son ouvrage, Traité de résistance pour le monde qui vient, aux éditions Le Passeur, Bertrand Vergely a donné une tribune au Huffington Post, intitulée « Quand les hommes politiques disent la vérité, quelle vérité disent-ils ?« , et deux entretiens à Radio Notre-Dame, que l’on peut écouter en ligne, l’un dans l’émission « Le grand témoin« , l’autre dans l’émission »Vox libri« .

« Nous jeûnons afin qu’ils ne jeûnent pas » par le père Georges Massouh

Certains ne jeûnent pas. D’autres jeûnent en période de carême. La majorité jeûne sans cesse.
La plupart de ceux qui jeûnent sans cesse y sont forcés, ce n’est pas leur choix. Ils jeûnent pour la simple raison qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter des aliments pour eux-mêmes et pour leurs enfants, ou pour se chauffer par temps glacial, ou pour revêtir leurs enfants de vêtements neufs. Ils jeûnent parce qu’ils sont sans patrie, sans toit, déplacés, réfugiés, prisonniers, exclus, rejetés … Ils jeûnent sans cesse et ils n’ont point besoin de rites et d’offices religieux pour jeûner. Ils pratiquent leur jeûne quotidiennement du matin au matin suivant, et point seulement du matin au coucher de soleil.
Si les jeûneurs qui observent le commandement du jeûne sont inspirés par les enseignements du Christ, alors ils jeûnent afin que cessent de jeûner ceux qui jeûnent contre leur volonté. Si notre jeûne ne tend pas à mettre fin au leur, alors notre jeûne est inutile et notre culte est vain. D’où avons-nous tiré cette conclusion ? De la parole de Jésus à ses disciples : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison et vous êtes venu à moi » (Mt 25, 35-40).
Dans ce passage de l’Evangile, que dans l’Eglise orthodoxe nous lisons dimanche prochain au seuil du grand carême, Jésus appelle ceux qui L’écoutent à faire miséricorde car, de la sorte, c’est à Lui-même qu’ils la font. Et en même temps, nous pouvons dire que toute personne qui fait miséricorde suit Jésus Lui-même, elle devient à l’image et à la ressemblance du Christ. A ce propos, saint Epiphane de Chypre (+ 403) affirme dans son commentaire : « Notre Seigneur a-t-il faim et soif ? Est-il nu, Lui dont la nature est immuable, qui a créé tout ce qu’il y a dans le ciel et sur la terre, qui nourrit les anges dans les cieux, ainsi que tout peuple et toute espèce sur terre ? Il est inconcevable que nous pensions ainsi. Le Seigneur ne jeûne pas dans son essence, mais dans Ses saints ; Il n’a pas soif dans Sa nature, mais dans Ses pauvres ».
Jésus a voulu s’identifier avec ceux qui sont dans l’affliction, afin que les croyants ne Le cherchent pas uniquement dans les livres, les icônes ou les cérémonies liturgiques. Si les croyants lèvent les yeux au ciel ils ne trouveront pas la face de Jésus ; ils la trouvent seulement sur les visages de ceux qu’Il aime, les indigents et les nécessiteux. Il est donc sans valeur le jeûne si Jésus, autrement dit chacun de « ces plus petits qui sont mes frères », continue à avoir faim, à être nu ou emprisonné …
Nous sommes par conséquent appelés, dans notre quête de communion avec Jésus par la prière, le jeûne et les services religieux, à ne point détourner notre regard des visages de ceux qu’Il aimait et qu’Il appelait « mes frères ». Dans notre patrie, le nombre des pauvres, des déplacés, des réfugiés et des « étrangers » dépasse et notre entendement et nos capacités à tous, mais cela n’enlève rien à l’importance qu’il y a de les aider, de les soutenir et de leur assurer le minimum de leurs besoins. Personne ne peut se priver de leur tendre une main secourable en prétextant qu’il y a plus riche que lui … En effet, tandis que la pauvre veuve mettait dans le Trésor tout ce qu’elle possédait, « les riches mettaient beaucoup de pièces », le Christ dit à ses disciples : « Cette veuve pauvre a mis plus que tous dans le Trésor. Car tous ont mis en prenant de leur superflu ; mais elle, elle a pris sur son indigence pour mettre tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre » (Marc 12, 41-44).
Le Christ dit : « C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice » (Matthieu 9,13). C’est comme s’Il disait : ‘C’est la miséricorde que je désire, et non le jeûne’. Ceci n’est pas un appel à ne pas jeûner, mais bien à pratiquer le jeûne avec ses exigences. La miséricorde ou l’amour, peu importe, est l’objectif des prescriptions légales, des rites et des offices liturgiques. Alors, que le jeûne soit béni et mène à une conduite juste.

Source  (traduit pour Orthodoxie.com)

Message du Saint-Synode de l’Église de Grèce à tous ses fidèles au sujet du Concile de Crète

En date du 27 janvier 2016, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a adressé le message suivant à tous les fidèles au sujet du Concile de Crète :
« Le Saint-Synode de l’Église de Grèce s’adresse à tous les fidèles afin de les informer sur le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes, qui s’est réuni en juin 2016 en Crète. Le but principal du Saint et Grand Concile était le renforcement et la manifestation de l’unité de toutes les Églises orthodoxes, mais aussi la façon de faire face à différents problèmes pastoraux.
• Sur la base des conclusions du Saint et Grand Concile :
• L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité par les Saints Mystères. La conciliarité sert l’unité et anime l’organisation de l’Église, la façon dont sont prises ses décisions et détermine son cheminement. Il convient de mentionner également que le Saint Concile ne s’est pas référé seulement à l’autorité des Conciles œcuméniques mais, pour la première fois, lors de celui-ci, ont été reconnus comme Conciles « d’une validité universelle », c’est-à-dire comme œcuméniques, le Grand Concile qui siégea sous le Photius le Grand, patriarche de Constantinople (879-880), les Grands Conciles (de 1341, 1351, 1368) sous saint Grégoire Palamas, et les Grands et Saints Conciles de Constantinople qui ont rejeté le Concile unioniste de Florence (1438-1439), les croyances protestantes (1638, 1642, 1672, 1691) et l’ethnophylétisme, en tant qu’hérésie ecclésiologique (1872).
• Les Églises orthodoxes autocéphales ne constituent pas une fédération d’Églises, mais l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour ce qui concerne la diaspora orthodoxe dans différents pays du monde, il a été décidé que continue le fonctionnement des Assemblées épiscopales avec des représentants des Églises autocéphales, afin que soit sauvegardé le principe de conciliarité, jusqu’à ce que soit appliquée l’acribie canonique.
• Pour l’Église orthodoxe, la famille constitue le fruit de l’union sacramentelle « dans le Christ et dans l’Église » d’un homme et d’une femme et elle la seule garantie de la naissance et de l’éducation des enfants.
• L’Église souligne continuellement la valeur de la tempérance, de l’ascèse chrétienne. L’ascèse chrétienne n’interrompt pas la relation de l’homme avec la vie et le prochain, mais elle le relie à la vie sacramentelle de l’Église. Elle ne concerne pas seulement les moines. L’ethos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne.
• L’Église orthodoxe condamne les persécutions, l’expulsion et le meurtre de membres des communautés religieuses, la contrainte dans le vue de changer de foi religieuse, le commerce des réfugiés, les enlèvements, les tortures, les exécutions inhumaines, les catastrophes matérielles. Elle exprime particulièrement son inquiétude pour la situation des chrétiens et de toutes les minorités persécutés au Moyen Orient et dans d’autres endroits du monde.
• L’œuvre fondamentale de l’Église est la mission, c’est-à-dire la lutte pour donner constamment le témoignage de la foi et la prédication de l’Évangile soit aux fidèles qui vivent dans les sociétés contemporaines sécularisées, soit à ceux qui n’ont pas encore connu le Christ.
Le dialogue, principalement avec les chrétiens hétérodoxes (les autres confessions chrétiennes – les hérésies) a lieu sur la base du devoir de l’Église de témoigner dans toutes les directions la vérité et la foi apostolique. C’est ainsi que devient connue à ceux-ci l’authenticité de la Tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des Orthodoxes. Les dialogues ne signifient ni ne signifieront jamais quel compromis que ce soit dans les questions de foi. L’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Foi. La sainteté est inconcevable en dehors du Corps du Christ, c’est-à-dire en dehors de l’Église (Eph. I, 23). La sainteté est participation dans le mystère de l’Église et dans ses saints sacrements avec pour épicentre la sainte Eucharistie. Les saints représentent le Royaume de Dieu. L’Église est une, c’est l’Église orthodoxe. Selon saint Basile le Grand « tous ceux qui espèrent dans le Christ ne forment qu’un seul peuple, et les fidèles du Christ ne forment maintenant qu’une seule Église, bien qu’on l’appelle par des noms de lieu différents ». L’Église attend toujours le retour de tous les hommes en son sein, des hétérodoxes et des membres des autres religions. Les textes du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont l’objet d’un approfondissement et d’une étude ultérieure. Cela est valable pour tous les Synodes de l’Église. Le dialogue théologique n’est pas interrompu. La précondition nécessaire est naturellement que soit maintenue intacte la vérité théologique et que ce dialogue soit réalisé sans fanatismes et divisions, sans parasynagogues et schismes, qui blessent l’unité de l’Église. Les schismes sont des maladies spirituelles difficiles à guérir. Selon saint Jean Chrysostome : « diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même de l’assemblée [еcclésiale] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (PG 48, 872). Pour cette raison, les fidèles sont exhortés à ne pas donner de donner de poids au paroles de ceux qui les incitent à s’éloigner de l’Église dans le but de constituer un groupe séparé hors du plérôme de celle-ci, invoquant des causes imaginaires d’acribie dogmatique. En terminant ce message, nous souhaitons vous assurer que tous les évêques de l’Église de Grèce veillent, restent inébranlables dans la foi orthodoxe et sont dévoués envers l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. « Au reste, frères, soyez dans la joie, perfectionnez-vous, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous » (II Cor. XIII,11) ».

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Recension: Saint Païssios l’Athonite, « Paroles 3 – Le combat spirituel »

paissiosSaint Païssios l’Athonite, Paroles 3 – Le combat spirituel, Éditions du Monastère Saint-Jean-le-Théologien, Souroti de Thessalonique, Grèce, 2016, 318 p.
Les sœurs du monastère de Souroti près de Thessalonique, dont saint Païssios l’Athonite (1924-1994) fut le fondateur et le père spirituel, ont pendant plusieurs années rassemblé ses enseignements spirituels – la plupart dispensés dans le cadre du monastère, qu’il visitait régulièrement et dans lequel il passa la fin de sa vie terrestre – et en ont composé cinq forts volumes de « Paroles ». Le premier, intitulé Avec amour et douleur pour le monde contemporain – qui répondait aux inquiétudes des fidèles dans une société qui s’éloigne de plus en plus des valeurs chrétiennes – a paru en 2011. Voici le volume 3, intitulé Le combat spirituel, qui est sans doute l’un des plus beaux et utiles livres de spiritualité parus ces dernières années. Les questions posées par différentes personnes et les réponses de l’Ancien ont été regroupées par thèmes, eux-mêmes regroupés en cinq parties: 1) Le combat contre les pensées (Les bonnes et les mauvaises pensées, Les pensées de blasphème, La confiance en son propre jugement, La lutte contre les pensées); 2) Justice et injustice (Accepter l’injustice, L’autojustification chasse la grâce, Justice divine et justice humaine); 3) Péché et repentir (Comment le péché tourmente l’homme, L’examen de conscience, L’observation et la conscience de soi, Prendre conscience de son état de pécheur touche le cœur de Dieu, La puissance du repentir); 4) Les forces des ténèbres (Sur la magie noire, Au sujet des possédés, L’illusion spirituelle, Égareurs et égarés); 5) La force de la confession (Le besoin d’un guide spirituel, Ce qu’est une bonne confession, Le médecin spirituel de l’âme, Le travail du père spirituel sur les âmes).
On trouve ici toute la spiritualité philocalique, mais avec des références seulement implicites aux Pères qui l’ont développée. Saint Païssios, dans sa vie d’ascèse, a en effet assimilé cette grande et ancienne tradition spirituelle de l’Église orthodoxe, en a fait son propre bien, qu’il partage généreusement avec ses auditeurs et lecteurs. Toutes ses paroles sont fondées sur une expérience personnelle, ce qui les rend à la fois vivantes, profondes et convaincantes. Au cours de sa vie et de ses rencontres avec des milliers de pèlerins venus se confier à lui et lui demander conseil, ce grand starets contemporain a acquis une riche expérience des différentes situations vécues par les hommes et de leurs besoins ; il émaille ainsi son discours d’une multitude d’anecdotes, semblables à celles des Apophtegmes, qui concrétisent son propos. Il recourt aussi à de multiples comparaisons et analogies liées à la nature ou à la vie professionnelle qui prennent forme de paraboles.
Sans jamais être une technique, la maîtrise des pensées – en vue de cultiver et à d’accroître progressivement les bonnes tout en écartant progressivement les mauvaises, jusqu’à acquérir la pureté de l’esprit et du cœur indispensable à la réception de la grâce et de sa fructification – est néanmoins méthodique, et l’Ancien développe dans l’ensemble de ses propos une véritable pédagogie dont le but est de donner à la vie spirituelle un caractère constamment dynamique et en progrès ascendant. Si des cas extrêmes pouvant faire difficulté pour certains fidèles sont abordés (les pensées de blasphème, la magie noire, la possession, le rôle néfaste des gourous…), la priorité est néanmoins donnée à la vie spirituelle dans sa quotidienneté, qui doit être un processus de combat intérieur destiné à nécroser progressivement le vieil homme pour faire émerger l’homme nouveau en Christ. Dans ce combat intérieur, où l’effort généreux du fidèle entre en synergie avec la grâce divine, il est indispensable, rappelle l’Ancien, de recourir à l’aide du père spirituel, véritable médecin de l’âme, et à la confession, véritable cure d’âme si elle est bien et régulièrement menée.
Les conseils de l’Ancien, comme ceux de tous les grands startsi, sont exempts de tout formalisme et ont en vue une seule chose: le progrès spirituel de l’homme qui doit le rapprocher de plus en plus de Dieu. Cette absence de formalisme apparaît dès les premières pages, où l’Ancien n’hésite pas à affirmer: « Une seule bonne pensée a autant de force spirituelle qu’une vigile nocturne de plusieurs heures », ou encore: « Une bonne pensée, une pensée pure, a plus de puissance que toute ascèse ». « Oui, ajoute l’Ancien, à la base de tout est la bonne pensée. C’est elle qui élève l’homme, le transforme positivement ». L’Ancien Païssios rejoint ici l’enseignement du starets Thaddée, selon lequel l’homme se façonne lui-même et façonne son environnement selon la nature de ses pensées.
Comme exemple du style imagé et parabolique de l’Ancien, sur les pensées encore, citons encore ce long extrait du début du livre, qui montre comment la vision du monde de l’homme et son état se trouvent modifiés selon qu’il a de bonnes ou de mauvaises pensées:

« Celui qui a de bonnes pensées est en bonne santé au plan spirituel, et il transforme le mal en bien. Je me rappelle que durant l’Occupation, les enfants de robuste constitution mangeaient avec appétit du pain au maïs et ils étaient en excellente santé. En revanche, des enfants de riches ayant une faible constitution mangeaient du pain beurré et étaient maladifs. Il en est ainsi dans la vie spirituelle. Même si tu frappes injustement quelqu’un qui a de bonnes pensées, il se dira : “Dieu a permis celte épreuve, afin que je rachète quelques-unes de mes fautes passées. Grâces soient rendues à Dieu!” En revanche, si tu t’apprêtes à caresser celui qui n’a pas de bonnes pensées, il pensera que tu vas le frapper. Prends l’exemple de l’homme ivre. S’il est méchant par nature, l’ivresse lui fait tout casser. Mais s’il est bon par nature, l’ivresse le fait pleurer ou pardonner à tous. Un ivrogne disait: “Je vais donner un seau de pièces d’or à tout homme qui me déteste!”
Certains m’avouèrent se scandaliser en voyant maintes choses incorrectes dans l’Église, et je leur ai répliqué: Si tu interroges une mouche et lui demandes: “Y a-t-il des fleurs dans les environs?”, elle répondra: “Je ne sais pas. Plus bas, il y a des boîtes de conserve, du fumier, des saletés”, et elle t’énumérera toutes les ordures dont elle s’est approchée. En revanche, si tu demandes à une abeille: “As-tu vu quelque saleté dans les environs?”, elle te répondra: “Des saletés? Non, je n’en ai vu nulle part. Le lieu est rempli de fleurs odorantes”, et elle t’énumérera une montagne de fleurs du jardin, de f1eurs des champs, etc. La mouche, vois-tu, sait seulement qu’il y a des ordures, alors que l’abeille sait qu’il ya plus loin un lys, plus loin encore, une jacinthe ….
Comme je l’ai constaté, certains ressemblent à la mouche, d’autres à l’abeille. Les premiers cherchent en toute occasion à dénicher le mal pouvant exister et s’y intéressent. Ils ne voient jamais de bien nulle part. Les seconds trouvent en toute circonstance le bien qui existe. Le sot pense sur tout sottement, il prend tout de travers, voit tout à l’envers. Au contraire, celui qui a de bonnes pensées, pense toujours positivement, quoi que l’on fasse et quoi qu’on lui dise. »

La suite rappelle un Apophtegme célèbre et montre l’humilité de l’Ancien tout en prolongeant son enseignement sur le fait qu’un homme bon et pur voit tout en positif :

« Un élève de collège est venu un jour à mon ermitage et sonna la simandre à la porte pour signaler sa présence. J’avais un tas de lettres à lire, mais je décidai de sortir pour voir ce que voulait ce gamin. “Que veux-tu, mon gaillard? — C’est l’ermitage du Père Païssios? me demanda-t-il. Je veux lui parler. — Oui, c’est son ermitage, mais il est absent. Il est parti acheter des cigarettes. — C’est sûrement pour rendre service à quelqu’un qu’il est parti acheter des cigarettes, remarqua-t-il avec une bonne pensée. — Non, c’est pour lui-même! Il avait fini son paquet, et il était comme enragé. Il m’a laissé ici tout seul, et je ne sais à quelle heure il va rentrer, répliquai-je. S’il tarde, je vais m’en aller!» Ses yeux se remplirent de larmes et, plein de bonnes pensées, il reprit: “Nous fatiguons le Géronda. — Que lui veux-tu? — Je veux recevoir sa bénédiction! — Quelle bénédiction, fou que tu es! Ce moine est dans l’illusion, il n’a pas la grâce. Moi, je le connais bien. N’attends pas en vain! Car quand il rentrera, il sera énervé et peut-être même ivre, vu qu’il s’adonne à la boisson”. Mais ce gosse n’avait que de bonnes pensées. “Finalement, je vais attendre encore un peu, que désires-lu que je lui dise? —- J’ai une lettre à lui remettre, mais je veux attendre pour recevoir sa bénédiction”. Voyez-vous, à tout ce que je lui disais, lui réagissait avec de bonnes pensées. J’affirmais: “Il était comme enragé à cause du manque de cigarettes”, et le malheureux, les yeux pleins de larmes, me répondait en soupirant: “Qui sait, il est parti acheter des cigarettes pour rendre service à quelqu’un”. Certains lisent tant et plus, mais ne savent pas cultiver les bonnes pensées. Et cet élève de collège, avoir tant de bonnes pensées! On s’efforce de combattre sa pensée positive, et lui exprime alors une pensée encore plus positive et en tire une meilleure conclusion!

Ce livre à lire absolument est disponible dans les librairies des monastères de la Transfiguration, de Saint-Antoine-le-Grand, et de Solan.

Jean-Claude Larchet

Message du métropolite de toute l’Amérique et du Canada Tikhon, primat de l’Église orthodoxe en Amérique, à l’occasion du « Dimanche de la sainteté de la vie »

Le 22 janvier 2017 sera observé comme le « Dimanche de la sainteté de la vie » dans les paroisses des États-Unis. La commémoration marquera le 44ème anniversaire de l’arrêt « Roe c/Wade » de la Cour suprême des États-Unis qui a reconnu l’avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant. À cette occasion, le métropolite Tikhon a adressé le message suivant, en date du 22 janvier, aux clercs et laïcs de l’Église orthodoxe en Amérique.

« Mes bien-aimés frères et sœurs en Christ. Lorsque le Christ s’est approché du fleuve du Jourdain pour descendre dans ses eaux, Jean le Baptiste trembla. Dans une vision spirituelle, il reconnut le Seigneur en ce jour, car ils s’étaient rencontrés bien des années auparavant, alors qu’ils n’étaient pas encore sortis du sein de leur mère. Élisabeth ressentit que Jean bondissait dans son sein alors qu’il entendait la voix de la Sainte Vierge. Le petit cœur de Jean brûlait déjà de joie en percevant la présence de Celui qui allait prendre les péchés du monde. Jean était prêt à passer sa vie entière à se préparer à une future rencontre avec ce même Agneau de Dieu, mais ce qui se produisit ce jour au fleuve était différent de tout ce qu’il aurait pu prévoir. Le Christ, qui n’avait aucun péché a pris le poids de nos péchés sur Lui-même. Au Jourdain, Il s’est soumis à la purification rituelle des péchés, afin de nous purifier de la saleté des passions. Il est descendu dans les eaux comme dans une tombe, afin que la vie nouvelle et éternelle puisse nous être accordée. Ces thèmes lumineux trouvent un écho dans nos ouïes au début du mois de janvier de chaque année par la célébration ecclésiale de la fête de la Théophanie. La joie des péchés pardonnés, de nos cœurs qui ont été purifiés, des yeux spirituels qui ont été lavés et illuminés par le visage resplendissant du Christ : ce sont des joies que « nul ne nous ravira » (cf. Jean XVI, 22). Ce n’est qu’avec une telle vision corrigée, avec de telles pensées et des cœurs purifiés que, plus tard dans le mois de janvier de chaque année, nous pouvons tourner notre attention, avec sobriété et vraiment avec tristesse, sur l’anniversaire de l’arrêt de la Cour suprême « Roe c/Wade) et tout ce qu’il comporte. Et où a mené, en fait, l’avortement légalisé ? Nous avons besoin de poser cette question et d’y donner une réponse franche, ne serait-ce que partielle, car presque cinq décennies depuis l’arrêt en question, un profond cynisme culturel et moral s’est installé, et je crains que nos oreilles, nos pensées et nos cœurs puissent être devenus insensibles à toute l’horreur que représente l’avortement. Pour beaucoup de gens, c’est une « question » politique parmi d’autres, dépassée, à laquelle on donne trop d’importance, qui divise, tandis que pour d’autres, elle peut faire resurgir à la surface une peine longtemps cachée et douloureuse. Dans les deux cas, il est parfois suggéré qu’il serait préférable que l’Église ne se prononce pas. Or le Seigneur a doté Son Église d’une voix de miséricorde et de vérité, une voix de justice et de paix (cf. Ps. 84,10). Et tant que Rachel continue à pleurer ses enfants car ils ne sont plus, la voix de l’Église ne peut rester silencieuse (cf. Matth. 2,18). Aussi, l’Église ne peut cesser de consoler les femmes qui, pour quelle raison que ce soit, qu’elles se trouvent sous pression ou abandonnées par d’autres, voire accablées par un sens de l’impuissance ou du désespoir, ont eu recours à l’avortement. Où il y a le malheur, l’Église doit offrir l’espoir ; où il y a la blessure, elle doit offrir la guérison, et où il y a le repentir, elle doit offrir le pardon et la réconciliation. L’Église a aussi le devoir perpétuel d’éduquer ses membres les plus jeunes au sujet de la sanctification du mariage et de la sexualité, lesquels sont inextricablement liés au don sacré d’une nouvelle vie. Là où le monde enseigne avidement à notre jeunesse de s’identifier à leurs passions et les servir, les chrétiens adultes, par leurs paroles et leur exemple, doivent les former à une vie de retenue ascétique, sans laquelle les passions provoquent la tourmente et la destruction. Mais peut-être ce qui est plus controversé mais non moins vrai, est que l’Église doit fournir un témoignage prophétique et une réprimande ouverte aux puissants de ce monde, à l’industrie de l’avortement et ceux qui lui donnent un soutien financier et légal. En introduisant des instruments mortels dans l’intimité sacrée du sein d’une mère, l’industrie de l’avortement a réussi à marchandiser la vulnérabilité et la fragilité humaines. Tout en se considérant comme un fournisseur de «santé reproductive», elle laisse dans son sillage l’épave d’un traumatisme psychologique et physique, une ruine spirituelle et un nombre de morts dans des proportions stupéfiantes, tout en accumulant son propre profit et prestige. Aucun chrétien ne peut accepter un tel mal. Aucune Église ne peut manquer à le dénoncer. Nos paroles, naturellement, doivent être confirmées par nos actes. Dans les nombreux efforts du mouvement pro-vie, tels que les centres de crise destinés aux femmes enceintes, les lignes d’assistance bénévole et les groupes d’étudiants du campus, nous voyons la réalisation du commandement « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ ». L’humilité et le désintéressement manifestés dans de telles bonnes actions montrent le mensonge de ceux qui présentent le mouvement pro-vie comme alimenté par une rancœur pharisaïque. En fait, les Pharisiens ont mis sur les épaules des hommes des fardeaux pesants (Matth. 23,4), mais notre Sauveur est venu enlever le lourd joug du péché. Il se tint parmi les pécheurs sur les rives du Jourdain, non pour soutenir ou fermer les yeux sur le péché, mais pour que les péchés du monde soient posés sur Ses épaules. En tant que Ses disciples, nous avons l’ordre d’amener toutes les nations au Christ le Vivificateur, en les baptisant et les enseignant à observer tout ce qu’Il a commandé (Matth. 28,20). Dans notre société, cela nous amènera souvent à exprimer des opinions impopulaires qui, tout en étant exprimées aimablement et avec douceur, peuvent bien amener les autres à nous marginaliser ou nous rejeter. Le Seigneur a averti à maintes reprises Ses disciples de cette probabilité. Mais si nous voulons prendre part à l’œuvre salvatrice du Christ, alléger la lourde charge du péché de Son peuple, nous ne pouvons alors négliger un tel témoignage de fidélité. Humblement, mais aussi avec hardiesse, nous devons être avec le Christ. Et, bien que le malin nous dise autre chose, les commandements du Christ ne sont pas pénibles. Son joug est léger. Son joug n’est pas pénible. Son fardeau est léger (I Jn 5,3 ; Matth. 11,30). Avec amour en Christ, + Tikhon, archevêque de Washington, métropolite de toute l’Amérique et du Canada ».

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Un livre sur le « Stalinisme « orthodoxe » » paraît en Russie

Un livre intitulé « Stalinisme « orthodoxe » – questions et réponses » est paru en Russie. Nous publions ci-dessous l’introduction à cet ouvrage, rédigée par Natalia Irtenina, de l’Union des érivains de Russie.

stalanisme_orthodoxe« L’archimandrite Élie (Nozdrine), un staretz connu qui vécut au monastère de Pskov-Petchersky, puis sur le Mont Athos, pour devenir maintenant père spirituel des moines d’Optino et confesseur du patriarche de Moscou Cyrille, a donné sa bénédiction à l’édition de ce livre. Selon le staretz, la Russie se trouve devant une ligne qui, si elle est dépassée, précipitera à nouveau le pays dans l’abîme. À nouveau, le parti communiste redresse sa « corne »rouge et son idéologie, à nouveau on chante les louanges de Lénine, Staline et des autres dirigeants bolcheviques. Il se trouve des prêtres qui célèbrent des offices d’intercession devant les « icônes » de Staline. Des « bobards » sont répandus sur la profonde foi chrétienne du « père des peuples » et son rôle inestimable dans le salut de l’Église pendant la Grande Guerre patriotique. Au niveau de la conscience des masses renaissent des mythes sur la vie magnifique, heureuse, au pays des Soviets. L’orthodoxie et le communisme sont mis sur le même pied, ils sont précédés d’un signe « égal », tandis que le PCUS se proclame porteur des valeurs chrétiennes, et notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est considéré comme le premier communiste de l’histoire. Comme le dit le père Élie, « La Russie se tient maintenant à côté de Dieu. Or il faut qu’elle se tienne face à Lui. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de repentir pour tout ce que les communistes ont fait à leurs frères, ce qu’ils ont fait contre la foi, contre la paysannerie, contre le pays, contre Dieu ! Le Seigneur attend de nous de prendre conscience de tout ce qui s’est passé ! » Mais les communistes contemporains, les stalino-léninistes, les partisans de Prokhanov et son « Club d’Izborsk » [connu pour son « icône » de la Mère de Dieu « Derjavnaïa » entourée de Staline et des autres dirigeants soviétiques, ce qui avait appelé une protestation du diocèse métropolitain de Biegorod, ndt] et d’autres « loups déguisés en brebis » qui confessent l’idéologie « rouge », s’efforcent à nouveau de nous imposer les croyances satanistes, portant des portraits de Staline, lui érigeant des monuments, déposant des fleurs sur sa tombe et sur les statues du « guide du prolétariat mondial ». Sont-ils nombreux, parmi les gens qui glorifient ou à tout le moins justifient la politique violente de Staline, ceux qui comprennent sa personne réelle, se rendent compte de ses véritables motifs ? Que prédominait chez cet homme, le bien ou le mal ? Qu’est-ce qui le motivait ? L’amour envers son pays, le souhait de le redresser, de l’amener à la prospérité et à la grandeur ou bien un orgueil exorbitant, une passion dévorante du pouvoir, des calculs froids dans la lutte concurrentielle avec ses collègues de parti, la haine envers les valeurs traditionnelles de la Russie, le mépris du peuple, le souhait de le briser spirituellement et moralement, le priver de volonté, d’en faire une foule de marionnettes soumises ? Selon les données des sondages sociologiques, le nombre des Russes sympathisants de J. Staline et approuvant totalement sa politique, a connu une croissance notable en pourcentage. Une enquête de décembre 2015, effectuée par le Centre Levada a montré que 34% des sondés considèrent que « quelles que soient les fautes et les vices que l’on attribue à Staline, le plus important est que, sous sa direction, notre peuple est sorti vainqueur de la Grande Guerre patriotique ». En 2007, ils étaient 28%. Au cours de la même période, le nombre des Russes considérant que « Staline est un sage dirigeant qui a amené l’URSS à la puissance et à la prospérité » est passé de 14 à 20%. On peut supposer avec un certain degré de certitude que parmi ces 34%, il y a une quantité notable de gens qui se considèrent chrétiens orthodoxes. Alors, sommes-nous effectivement prêts à apprécier les « mérites » de Staline devant la Patrie, les véritables et les fictifs, d’élever sur un piédestal le mal impitoyable, spirituel et physique qui a détruit le peuple russe et les autres peuples vivant sur le territoire de l’URSS au cours de plusieurs décennies ? Et qu’est-ce qui attend dans un tel cas la Russie, à l’avenir ? Est-ce que le Seigneur aura pitié de nous, si nous ne voulons pas nous rappeler et comprendre les leçons évidentes, violentes, de l’histoire, si nous érigeons l’idole de Staline au-dessus d’un pays où la terre est parsemée de tombes de centaines de milliers de gens réprimés à sa demande, de millions de gens qui ont péri dans les camps et les exils, les milliers de néo-martyrs fusillés ? Oui, même si ce ne sont pas des millions qui ont été tués suite à la sentence des organes de répression, comme on nous l’a dit avant, mais « en tout seulement » des centaines de milliers, un peu moins d’un million, que cela change-t-il ? Leur sang cesse-t-il de crier vers le ciel vengeance contre les assassins qui ne se sont pas repentis et leurs avocats actuels encore moins repentis ? Pourquoi, parmi nous, nombreux sont ceux qui ne veulent pas prendre conscience de la tragédie qui s’est produite avec notre peuple au XXème siècle ? À notre grand regret, on propose jusqu’à maintenant à la Russie, en matière de développement, les mêmes modèles politiques et socio-culturels. On nous impose un choix artificiel entre le libéralisme (qui est passé à notre époque à un stade radical, déshumanisant l’homme totalement ainsi que la société par ses « valeurs » contre-nature) et son concurrent idéologique, le communisme. On nous dit : ou bien ceci, ou bien cela. Et il n’y a pas de troisième voie, parce que celle-ci, c’est le fascisme, un autre participant de la lutte idéologique concurrentielle des temps nouveaux. Nous ne voulons pas du fascisme ? Alors, il faut construire l’ultra-libéralisme à la façon occidentale. Nous avons une indigestion du libéralisme et nous n’en voulons plus ? Alors, vite, gaiement, on retrousse les manches et on revient au bon vieux passé avec les idéaux communistes. Mais c’est une fausse alternative, un faux choix ! Pour le chrétien orthodoxe, un tel « choix » ne doit pas exister. Tous ces formats idéologico-politiques que l’on impose avec tant de zèle, sont mensonge et abomination devant Dieu. Ce sont les rejetons d’une vision du monde matérialiste, rejetant l’esprit, niant l’existence d’une réalité supérieure, ignorant les lois spirituelles de la création, mettant Dieu à l’écart de ce monde. La majorité de nos politiciens, économistes, philosophes, publicistes, culturologues contemporains rejettent l’idée de la Russie en tant qu’organisme civilisationnel différent. La voie de la civilisation de la Russie est déterminé par son expérience millénaire de l’Orthodoxie : une expérience de construction étatique, de la vie de l’homme publique et privée sur la base de la vision du monde orthodoxe, des commandements chrétiens. Cette voie de la Russie a été formulée et décrite scientifiquement et philosophiquement par les œuvres des penseurs, écrivains, savants, hommes d’État : Fiodor Tioutchev, Dimitri Mendeleev, Constantin Léontiev, Nicolas Danilevsky, Fiodor Dostoïevsky, Léon Tikhomirov, Ivan Iline, Ivan Solonevitch et de nombreux, de nombreux autres. L’héritage de ces grands hommes russes ne peut être revendiqué que dans le cas où nous comprenons les processus se déroulant dans le monde du point de vue chrétien, si se produit un retour ferme, peu importe qu’il ne soit pas très rapide, de notre peuple à la foi des pères ».

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Recension: Grégoire de Nysse « Réfutation de la profession de foi d’Eunome »

refutationGrégoire de Nysse, Réfutation de la profession de foi d’Eunome. Texte grec de W. Jaeger (GNO II), introduction et notes de Raymond Winling, traduction de Michel van Parys. Précédée de la Profession de foi d’Eunome. Texte grec de R. P. Vaggione, introduction, traduction et notes de Raymond Winling, « Sources chrétiennes » n° 584, 2016, 334 p.
La Réfutation de la Profession d’Eunome de saint Grégoire de Nysse, écrite en 381, fait suite à ses trois livres Contre Eunome, et vise comme eux à réfuter les erreurs dogmatiques d’Eunome, promoteur avec Aèce de l’anoméisme, un avatar de l’arianisme.
Dans le Contre Eunome, saint Grégoire avait réfuté dans le détail trois traités volumineux d’Eunome intitulés Apologie de l’Apologie. Sa Réfutation de la Profession d’Eunome réfute un livre intitulé Profession de foi, qui est un résumé, en environ 6 pages, de la doctrine d’Eunome rédigé par celui-ci à la demande de l’empereur Théodose, et qui est également publié dans ce nouveau volume de la collection « Sources chrétiennes ». Saint Grégoire y formule ses objections de manière concise, renvoyant pour plus de plus amples développements à ses traités anti-eunomiens précédents.
Eunome est subordinationiste, et à ce titre nie la divinité du Fils et du Saint-Esprit. Il croit que le Père est « le seul et unique vrai Dieu » que désigne saint Matthieu, et que l’essence divine s’identifie avec « l’inengendré » ; il n’y aucune autre personne donc qui partage sa nature et puisse lui être associé (si bien qu’Eunome, comme les Ariens, récuse la formule « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » et ne baptise qu’ « au nom du Père »). Eunome rassemble toutes les expressions de l’Écriture où le Père paraît être « à part » et supérieur à tout autre semblable (« Dieu des dieux », « Roi des rois », « Seigneur des seigneurs ». Le Fils, « Unique engendré », est inférieur à lui du fait de sa qualité d’engendré, et Dieu (le Père) ne partage pas dans l’engendrement son essence avec lui. Le Fils certes le « Seigneur de gloire » mais comme ayant reçu sa gloire du Père et non comme la partageant avec lui du fait qu’il aurait une même nature que lui. Il est « premier-né de toutes les créatures » et donc se situe au même niveau qu’elles. Il est semblable à Dieu, mais seulement en tant qu’image et sceau de l’activité et de la toute-puissance du Tout-Puissant. Il est le créateur des êtres, mais en tant que tenant de Dieu (le Père) le pouvoir de créer et sans avoir ce pouvoir par essence. Le Saint-Esprit, qu’Eunome appelle généralement « le Paraclet » en voulant le réduire à cette qualité, est venu à l’existence du fait du « Dieu unique », à savoir le Père, par l’entremise du Monogène, auquel il est soumis une fois pour toutes. Il n’est pas compté après le Père ni avec lui, et n’est pas non plus égal au Fils. Il est la première œuvre de celui-ci, et c’est en cela seulement qu’il dépasse toutes ses autres œuvres. Il a toutes les fonctions et les pouvoirs que lui attribuent les Écritures, mais agit sous la direction du Fils qui lui octroie la grâce, ne possédant donc pas cette grâce du fait de sa nature.
Grégoire de Nysse, dans sa réfutation d’Eunome commence par faire valoir que la doctrine chrétienne trouve son fondement dans la Tradition qui remonte jusqu’à l’enseignement du Christ, et ne peut être correctement comprise qu’à l’intérieur de cette Tradition. La méthode d’Eunome qui s’appuie sur des expressions isolées de l’Écriture est insuffisante car non seulement l’Écriture ne peut être correctement comprise que dans le cadre de cette tradition, mais ses expressions ne peuvent être interprétées de manière séparée mais exigent d’être comprises à la lumière de toutes les autres. Cette précision de la conception chrétienne reste utile aujourd’hui pour s’opposer tant au principe protestant de la « sola scriptura » qu’aux diverses sectes qui ne cessent de se référer aux Écritures, mais se montrent incapables de les interpréter correctement, faute de les comprendre dans leur contexte global d’une part, et à la lumière de la tradition, de l’enseignement et de la vie de l’Église d’autre part.
Grégoire note ensuite que le Fils et l’Esprit sont toujours avec le Père et ne peuvent en être dissociés. Cependant, il ne s’agit pas d’une simple association, mais d’une véritable union, reposant sur une unité fondamentale.
Dans la formule « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », « le nom unique posé devant la profession de foi nous signifie clairement l’unité d’essence des personnes que la foi confesse, et les trois appellations ne nous apprennent pas une différence de nature, mais nous font seulement connaître la différence des hypostases. »
« Le seul et unique vrai Dieu » dont parle saint Matthieu ne désigne pas le Père seul, mais aussi le Fils, car le Fils a dit « le Père et moi nous sommes un », le « un » ne signifiant pas seulement une union intime, mais l’unité de la divinité (l’essence ou la nature divine) qu’ils ont en commun.
Grégoire remarque ensuite qu’Eunome comprend mal la notion de consubstantialité. Puis il montre qu’il a tort de nier la pleine divinité du Fils, aucune expression de l’Écriture mise en avant par lui ne permettant une telle réduction. Dans les expressions « Roi des rois », « Seigneur des seigneurs », le premier terme ne désigne pas le Père et le second le Fils, mais ces expressions qui s’appliquent au Père s’appliquent pareillement au Fils. De même l’expression « Très-Haut dans les cieux » s’applique-t-elle également au Père, au Fils et au Saint-Esprit.
Eunome se trompe en attribuant au Père seul certaines propriétés divines, comme la toute-puissance. En effet, « celui qui a tout ce qui appartient au Père, est un autre lui-même du Père, sauf le fait d’être père, et celui qui a tout ce qui appartient au Fils, manifeste en lui-même le Fils tout entier, sauf le fait d’être Fils. »
Grégoire montre que l’un des arguments de d’Eunome selon lequel  « dans l’acte d’engendrer, [le Père] ne partage pas sa propre substance, et le même n’est pas engendrant et engendré et le même ne devient pas non plus Père et Fils » est confus – comme dans la plupart des hérésies il y a là une confusion de l’essence et des propriétés hypostatiques – et témoigne d’une mauvaise compréhension de l’engendrement, lequel – même au semple niveau humain – n’exclut pas une transmission de la nature.
Grégoire montre ensuite que ce qu’Eunome dit de la puissance créatrice du Père en la lui réservant, vaut en fait aussi pour le Fils, à qui elle appartient pareillement. Il en va de même de la puissance en général, de la royauté ou de la gloire, qui ne sont pas des propriétés hypostatiques du Père mais des attributs communs attachés à l’essence divine.
Quant aux expressions, appliquées au Fils, de « Fils de Dieu », « Monogène » (unique engendré), ou « Premier-né », elles ne signifient pas qu’il se situerait, du fait d’être engendré, en dehors de la nature du Père. Grégoire s’étend longuement à monter le sens du mot « génération », sur lequel Eunome se méprend jusqu’à identifier « l’inengendré » (propriété hypostatique du Père) avec l’essence divine, et à assimiler en conséquence « l’engendré » (propriété hypostatique du Fils) avec quelque chose d’extérieur à cette essence. Il est d’ailleurs dangereux, comme le fait Eunome, de substituer au nom de « Père » le nom d’ « Inengendré », car d’une part cela masque la relation intime (de nature) qui existe entre le Père et le Fils, et d’autre part cela induit de manière perverse chez les lecteurs une assimilation du Fils avec tous les autres êtres engendrés dans le sens de créés.
L’expression « le Seigneur m’a créé principe de ses voies en vue de ses œuvres » (Prov 8, 22) se réfère à la nature humaine du Christ et non à sa personne. Et quand saint Jean dit que le Verbe était dans le principe (Jn 1, 1), on comprend que « le Verbe qui est dans le principe ne peut pas être séparé du principe dans lequel il est, et qu’il ne peut jamais commencer ni cesser d’être dans le principe […] Car il est vraiment unique le principe dans lequel nous contemplons, sans les séparer, le Verbe uni en tout au Père ».
Grégoire dénonce ensuite le caractère pernicieux des formulations équivoque d’Eunome, dont « le discours ressemble à un pain contenant beaucoup de sable » car « il mélange aux saines doctrines des opinions hérétiques, rendant immangeable même ce qui est nourrissant à cause du sable qui y est mêlé ». Par exemple Eunome affirme que la parole qu’il attribue du Père « je ne donnerai pas ma gloire à une autre » (Is 42, 8) a en vue le Fils, alors qu’elle a en vue l’Adversaire, le diable ; par ailleurs Eunome ne vois pas que l’auteur de cette parole est le Fils, car c’est lui « qui a parlé par les prophètes » (He 1, 1).
Alors qu’Eunome voit dans l’obéissance du Christ mentionnée dans l’Écriture un signe de sa sujétion au Père et de son infériorité par rapport à lui, Grégoire montre qu’elle se rapporte seulement à sa kénose volontaire, dans le cadre de son économie salvatrice, mais non à sa nature : « En effet, lorsqu’il est venu pour accomplir le mystère de la croix, celui qui s’est abaissé jusqu’à la condition d’un esclave et qui s’est humilié en prenant la ressemblance et la figure d’un homme, reconnu comme homme dans l’humilité de la nature humaine, c’est alors qu’il devint obéissant, lui qui a pris sur lui nos faiblesses et qui a porté nos maladies, qui a guéri la désobéissance des hommes par sa propre obéissance, afin de guérir par ses plaies notre blessure et afin d’anéantir par sa propre mort la mort commune des hommes ; c’est alors qu’il devint obéissant à cause de nous, comme il est devenu péché et malédiction à cause de son bienveillant dessein en notre faveur. Il n’était pas cela par nature, mais il l’est devenu par amour des hommes. »
Tandis qu’Eunome met en avant le rôle de médiateur du Christ pour le faire apparaître comme un être intermédiaire entre Dieu et l’homme, inférieur à Dieu donc, Grégoire monte que cette notion loin d’exclure la divinité du Christ l’inclut, et que dans cette fonction de médiateur le Christ, Dieu par nature, vise, en la nature humaine qu’il a assumée, à rendre les hommes participants de la nature divine ; loin donc d’inférioriser la nature du Christ, elle élève au contraire la nature humaine : «  La nature humaine s’était révoltée jadis à cause de la malice de l’Adversaire et elle était asservie au péché et elle était devenue étrangère à la vie véritable. Après cela, le Seigneur de la créature rappelle sa créature et il devient homme tout en étant Dieu. Il était tout entier Dieu et il devint tout entier homme. Et ainsi, la nature humaine fut intimement unie à Dieu, l’homme qui est dans le Christ opérant la médiation ; et grâce à nos prémices qui ont été assumées, toute la pâte a été intimement unie à Dieu par sa puissance. »
Eunome n’admet entre le Fils le Père qu’une simple ressemblance, ce qui n’autorise pas à considérer le Fils comme Dieu. Grégoire montre alors qu’il existe différents types de ressemblance, et que selon l’une d’entre elle – qui s’applique au Fils – « il n’y a pas de différence de nature entre ceux qui se ressemblent, et le caractère général et la forme impliquent communion ».
Grégoire continue à redresser les interprétations d’Eunome concernant d’autres formules de l’Écriture, comme « image » ou « sceau de l’énergie du Tout-Puissant ».
Puis il s’en prend à d’autre aberrations dogmatiques des ariens, comme l’affirmation que « ce n’est pas l’homme entier qui a été sauvé par le Christ, mais la moitié de l’homme, à savoir le corps ».
Après avoir démontré contre Eunome la divinité du Fils, Grégoire complète son traité en démontrant la divinité de l’Esprit Saint qu’Eunome conteste également.
Eunome cherche à identifier l’Esprit à la qualité de « Paraclet » pour mieux le séparer du Fils et du Père, mais Grégoire montre qu’elle appartient également à ceux-ci, car là encore ce n’est pas une propriété hypostatique, mais une qualité qui se rattache à la nature divine commune. Il en va de même de la Vérité lorsque l’Esprit Saint est appelé « Esprit de vérité ».
Contre Eunome qui affirme que l’esprit est l’un des êtres venus à l’existence par le Fils et est condamné à une soumission éternelle, Grégoire démontre par plusieurs arguments qu’il est par nature égal au Père et au Fils, et supérieur par essence à tous les êtres créés.
Le dernier chapitre est un bel exposé sur les opérations de l’Esprit, qui montre que la théologie des énergies divines, était déjà bien présente et élaborée chez saint Grégoire de Nysse. L’argument de base de Grégoire est que, l’énergie se rapportant à la nature (l’énergie est une opération d’une puissance de la nature), si l’Esprit a la même énergie que le Père et le Fils, il a aussi la même nature qu’eux : « Eunome dit que le Saint-Esprit “accomplit toute énergie et tout enseignement”. Quelle énergie ? S’agit-il de cette énergie qui, selon la parole du Seigneur, est celle du Père et du Fils, lui qui opère jusqu’à ce jour a le salut humain, ou s’agit-il d’une autre énergie que celle-là ? Car si telle est l’énergie de l’Esprit, il aura évidemment la même puissance et la même nature que le Père, et il n’y aura pas lieu d’affirmer à son sujet qu’il est d’une autre nature que Dieu. Car de même que si quelque chose opère les effets du feu, c’est-à-dire illumine et chauffe de la même manière, cela est évidemment du feu, de même aussi, si l’Esprit fait les œuvres du Père, on doit évidemment attester qu’il possède la même nature que lui. Mais si l’Esprit opère quelque chose d’autre que notre salut et s’il s’avère qu’il déploie son activité dans un but contraire, il sera démontré par là qu’il possède une autre nature et une autre essence. Mais le Verbe lui-même confirme par son témoignage que l’Esprit vivifie, tout comme le Père et le Fils. Il résulte donc de l’identité de leurs énergies que l’Esprit n’est pas du tout étranger à la nature du Père et du Fils. »
Ces quelques aperçus montrent l’intérêt théologique de ce traité de saint Grégoire de Nysse dont les démonstrations sont précisées et complétées dans les trois gros volumes de son Contre Eunome.
Cette réfutation de l’arianisme garde un intérêt actuel, car un nombre non négligeable de chrétiens en Occident (catholiques, et surtout protestants) ne croient plus en la divinité du Christ. Dans sa catéchèse du 20 juin 2007, le pape Benoît VI visait le néo-arianisme de certains théologiens catholiques. et Laurent Gagnebin, doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris, présente ainsi la foi du protestantisme libéral : « À propos de la divinité du Christ, le protestantisme libéral dit qu’elle se trouve dans la perfection de l’humanité de Jésus. Parce que Jésus a été l’homme parfait, on salue en lui quelque chose qui nous vient de Dieu.» Une formule qu’Eunome n’aurait pas désavouée.

Jean-Claude Larchet

Le rapport de Mgr Athénagoras de Belgique sur «La cohésion sociale et le phénomène de la peur. La mission des dirigeants et la contribution de l’Eglise. L’Etat de droit»

Pour lire le rapport  de Mgr Athénagoras de Belgique (Patriarcat de Constantinople) lors du Ve Forum européen catholique-orthodoxe, qui s’est tenu à Paris du 9 au 12 janvier, cliquez ICI !

Podcast audio: “Orthodoxie” (France-Culture), « Livres »

510_pc140450L’émission Orthodoxie sur France-Culture (podcast audio ci-dessous) du 8 janvier avait pour thème: « Livres ». Elle présentait deux ouvrages récemment parus: La royauté et le sacré du P. Christophe Levalois, aux éditions du Cerf, et Ils sont pleins de vin doux de François Orfeuil aux éditions Saint-Léger. Présentation: “La royauté et le sacré : le rapport entre ces deux notions ; le sacré comme contenu du pouvoir royal ; le sens pour notre époque d’un livre sur la royauté. Ils sont pleins de vin doux : le vin et la vigne, deux notions très présentes dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; le vin, sang de l’eucharistie ; un poème de Venance Fortunat (6e siècle). La royauté, le sacré, le vin et la vigne comme symboles.”

Le rapport de Mgr Hilarion de Volokolamsk sur «Violation des droits et des libertés religieuses : intolérance, discrimination et pressions»

img_7584Le rapport, en français, de métropolite Hilarion de Volokolamsk (Patriarcat de Moscou) lors du Ve Forum européen catholique-orthodoxe, qui s’est tenu à Paris du 9 au 12 janvier, sur le thème: « Violation des droits et des libertés religieuses: intolérance, discrimination et pression », est en ligne sur cette page dans son intégralité.

Photographie: Mgr Hilarion (à droite) lors de la lecture de son rapport (source)

Message final du Ve Forum européen catholique-orthodoxe

Le Ve Forum s’est déroulé à Paris, la capitale française, sur invitation de l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois. Les travaux ont ensuite été guidés par les deux co-présidents du Forum, le métropolite Gennade de Sassime du Patriarcat œcuménique, et, au nom de la présidence du CCEE, par le cardinal Péter Erdő, archevêque d’Esztergom-Budapest.
message_final_5eforum cathedrale-grecqueOutre les riches sessions de travail, les participants ont eu la possibilité de rencontrer et de prier avec les communautés locales respectives : le 10 janvier à la cathédrale Saint-Stéphane de la métropole grecque de France pour une prière œcuménique (une doxologie) accueillie par le métropolite Emmanuel de France (Patriarcat œcuménique), président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, et le 11 janvier à la cathédral de Notre-Dame pour une prière à l’occasion de l’exposition de la Couronne d’épines, guidée par Mgr Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris. Au cours de la rencontre, les participants ont pu apprécier le chaleureux accueil du nonce apostolique en France, Mgr Luigi Ventura. Le patriarche œcuménique Bartholoméé a envoyé un message de salutations et de bénédictions patriarcales, souhaitant le succès, des résultats constructifs et la continuation du Forum. Le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes, Italie, était également présent comme nouveau président élu du CCEE. Le 1er Forum Européen orthodoxe-catholique-a eu lieu en 2008 (11-14 décembre) à Trente, en Italie, sur le sujet La famille: un bien pour l’humanité; le 2ème Forum a eu lieu en 2010 (18-22 octobre) sur l’Ile de Rhodes, en Grèce, sur le sujet : Rapports Église-État ; le 3ème Forum s’est déroulé à Lisbonne, au Portugal en 2012 (5-8 juin) sur le thème : La crise économique et la pauvreté. Défis pour l’Europe d’aujourd’hui ; et le 4ème Forum a eu lieu à Minsk, en Biélorussie en 2014 (2-6 juin) sur le sujet : Religion et diversité culturelle : les défis pour les églises chrétiennes en Europe. Les rapports de ces forums ont été publiés en quatre volumes par la maison d’édition Editrice Dehoniane dans la collection Oggi e Domani.

Le Forum catholique-orthodoxe est né de la volonté d’aborder des questions anthropologiques et pastorales dont l’importance est cruciale pour le présent et le futur de l’humanité en Europe et dans le monde entier, dans le but de contribuer à définir des positions communes sur les questions sociales, politiques, morales et économiques. Le Forum ne vise donc pas à aborder des questions doctrinales, qui font l’objet d’autres rencontres qui se tiennent à des niveaux différents. En effet, le Forum ne remplace aucunement le travail de la Commission mixte internationale de dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe qui est en cours depuis 1980. A la fin de travaux, les participant ont écrit un message commun.

Le message, en quatorze points, développe certaines questions traités durant la rencontre : la dignité humaine et la liberté religieuse; l’intolérance religieuse, la discrimination et la persécution; le fondamentalisme et le terrorisme aujourd’hui; la cohésion sociale et le phénomène de la peur dans l’État de droit en regardant à la mission des dirigeants et à la contribution de l’Église ; l’engagement des Églises dans la gestion des conflits et dans la promotion du bien commun et de la solidarité ; et enfin la proclamation de Jésus-Christ comme réponse à la menace tant du fondamentalisme que du terrorisme. Pour lire le message sous format PDF, cliquez ICI :

Les photographies sont disponibles sur cette page !

La Commission spéciale de la Sainte Communauté du Mont Athos demande que soient apportées des modifications au texte du Concile de Crète intitulé « les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

Faisant suite à la décision de la Synaxe double du Mont Athos réunie le 23 septembre 2016 qui a créé une Commission de la Sainte Communauté chargée d’examiner les documents officiels finaux du Concile de Crète, celle-ci a remis ses conclusions, qui ont fait l’objet d’une circulaire destinée à chacun des higoumènes des vingt monastères du Mont Athos. La Commission était constituée du hiéromoine Chrysostome du monastère de Koutloumousiou, de l’archimandrite Joseph, higoumène du monastère de Xiropotamou, de l’archimandrite Élisée, higoumène du monastère de Simonos Petras, de l’archimandrite Tykhon, higoumène du monastère de Stavronikita, et du hiéromoine Luc, du monastère de Grigoriou. Nous publions sous format PDF in extenso le texte de la circulaire, qui vient d’être rendue publique dans les médias grecs.

Jean-Claude Larchet: Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

jean-claude-larchetLa conférence de Jean-Claude Larchet « Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain », donnée à Moscou le 21 septembre 2016 dans le cadre des célébrations des « Mille ans de la présence russe au Mont-Athos », vient d’être publiée en russe sur le site du Département synodal des monastères et du monachisme de l’Église orthodoxe russe et sur le site du Monastère de Sretenski Pravoslavie.ru, et en anglais sur ce dernier site et sur le site Orthodox Ethos. Nous en donnons ici la version française.


Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

Le monachisme n’est au fond qu’une façon de mener la vie chrétienne avec un engagement total dans le renoncement à ce monde et la consécration de soi à Dieu. Pour cela, le monachisme est partout le même, et chaque monastère, chaque skite ou chaque ermitage constitue un lieu privilégié, un centre de référence pour la vie monastique et pour la vie chrétienne. Pour une grande part, ce qui peut être dit du monachisme peut être dit du Mont-Athos, et ce qui peut être dit du Mont-Athos peut être dit du monachisme.
Pourtant le Mont-Athos est depuis longtemps un lieu fascinant, qui attire l’attention non seulement des Orthodoxes, mais de personnes appartenant à d’autres religions et même de non-croyants. En témoignent le nombre important de livres, d’articles consacrés au Mont-Athos, mais aussi le flux incessant de pélerins et de visiteurs venus du monde entier. Cette fascination n’est pas nouvelle, mais elle est sans aucun doute plus grande à notre époque que par le passé. Il y a à cela plusieurs raisons.

1) La première raison est que le Mont-Athos est une république autonome – et pour cela comme un pays – habité seulement par des moines et entièrement consacré à la vie monastique. Bien que chaque pays orthodoxe ait au moins une région qui regroupe plusieurs monastères, il n’y aucune autre région qui regroupe un nombre aussi important de monastères, de skites et d’ermitages, et qui constitue un pays gouverné par des moines, avec une vraie frontière qui le délimite par rapport aux pays ou régions environnants. C’est une zone protégée non seulement politiquement, administrativement et géographiquement (en étant une péninsule), mais aussi spirituellement, puisque le Mont-Athos est couramment appelé « Le jardin de la Mère de Dieu » et considéré comme un lieu qui lui appartient et où elle est particulièrement présente. Par le fait qu’il est un pays entièrement peuplé de moines, qu’il ne permet pas « la libre circulation des personnes » exigées par les lois européennes, n’accepte pas l’afflux des touristes et n’accepte pas non plus l’entrée des femmes, mais étend la clôture monastique à l’échelon d’un pays, le Mont-Athos est un pays pas comme les autres.

2) Deuxièmement, le Mont-Athos est un témoignage du Royaume déjà présent parmi nous.
C’est le lieu qui abrite les plus nombreuses et importantes reliques du monde orthodoxe. Ces reliques y rendent présents et actifs par leurs miracles presque tous les grands saints chrétiens.
Le Mont-Athos en tant que concentration monastique et lieu particulièrement propice à la sanctification a lui-même produit des milliers de saints, connus ou inconnus. Certains à notre époque ont un rayonnement mondial, comme saint Silouane, Joseph l’Hésychaste et ses disciples, ou saint Païssios. À travers ses nombreux saints du passé et du présent, le Mont-Athos apparaît, selon les paroles du Psalmiste, comme « la montagne fertile », « la montagne féconde », « la montagne où il a plu au Seigneur d’habiter » et où Il « habitera à jamais » (Ps 67, 16-17).

3) Le Mont-Athos est un rappel du paradis perdu et une annonce du Paradis retrouvé.
Ce n’est pas seulement à travers ses saints, mais en tant que lieu béni, institution sacrée que le Mont-Athos témoigne prophétiquement d’un autre monde qui donne son sens au monde actuel. Le Mont-Athos, encore appelé « Montagne Sainte », ou « Jardin de la Vierge », est une image du Paradis, un rappel du Paradis perdu par nos premiers parents, et une préfiguration symbolique du Paradis promis aux justes.

  1. a) Le Mont-Athos offre l’image d’une nature paradisiaque parce que, dans la variété des paysages qui s’échelonnent depuis le niveau de la mer jusqu’aux deux mille mètres où culmine la montagne Athos, ce sont de très nombreuses espèces végétales et animales qui vivent et constituent un microcosme résumant le monde entier. Une autre raison est que cette nature reste inviolée, préservée de l’exploitation économique et de la pollution technique. Sa seule existence dans notre monde moderne a une valeur exemplaire. Elle est un modèle d’écologie spirituelle ; elle témoigne de la sauvegarde de la création qui a été confiée à l’origine par Dieu à l’homme pour qu’il en use pour ses besoins, tout en en faisant un instrument de contemplation et d’action de grâce.
  2. b) L’espace du Mont-Athos témoigne de l’espace paradisiaque, et annonce l’espace du Royaume des cieux. À la différence de l’espace de tous les autres pays (réparti entre sacré et profane, voire même parfois entièrement profane), l’espace du Mont-Athos apparaît totalement sacré, non seulement par la présence d’une multiplicité de monastères, de skites, d’ermitages, d’églises et de chapelles, mais aussi parce qu’il est tout entier sanctifié par les saints qui le parcourent ou l’ont parcouru, l’ont rempli de la voix de leur prière, et l’ont baigné des énergies divines dont ils rayonnaient. Chaque fois que l’on marche sur un sentier du Mont-Athos, on a la certitude de mettre ses pieds sur les traces de saints qui nous y ont précédés. Beaucoup de lieux dans la nature gardent la mémoire d’apparitions du Christ, de la Mère de Dieu ou de saints. Il n’y a pas ici de monastère, de skite, d’ermitage, de chapelle, ni de source ou de fontaine dont la présence ne s’explique par une vision céleste ou par un miracle.
  3. c) Il faut dire quelques mots aussi sur la signification prophétique du temps athonite. L’une des choses qui matériellement frappent le plus le visiteur du Mont-Athos, et dans une certaine mesure le désoriente, c’est le changement d’heure. La plupart des monastères gardent l’heure byzantine, qui ne sert plus de référence que dans cet endroit du monde. Notre heure à nous, les moines l’appellent kosmiki ora : l’heure du monde. L’heure byzantine n’est pas une simple survivance des temps anciens ; elle témoigne d’une autre modalité du temps, d’un temps spirituel, sanctifié parce que entièrement consacré à Dieu, subdivisé et organisé pour répondre à Sa volonté. Symboliquement cela rappelle le temps paradisiaque et annonce le temps du Royaume.

4) Un quatrième point important est que la vie collective telle qu’elle est organisée dans l’ensemble du Mont-Athos et dans chaque monastère, constitue un appel à l’unité de tous les hommes, et un témoignage qu’une telle unité est possible dans le Christ. Dans un monde déchiré par les guerres, les nationalismes, les conflits ethniques, le racisme, ce témoignage et cet appel sont véritablement prophétiques.
Le Mont-Athos dans son ensemble témoigne depuis de nombreux siècles de la bonne entente de communautés d’origines ethniques différentes qui non seulement coexistent pacifiquement, mais vivent harmonieusement dans le lien de la charité.
C’est dans ce lien de la charité que la Sainte Communauté, constituée de représentants des principaux monastères, gouverne le Mont-Athos non selon les principes démocratiques du monde, mais dans l’esprit de la conciliarité (sobornost) chrétienne. Chaque monastère athonite en témoigne pareillement, étant dirigé par un Conseil des Anciens avec à sa tête un higoumène élu par les moines.

5) Comme cinquième point, on peut mentionner le rôle fondamental qu’a joué le Mont-Athos dans l’histoire de l’Orthodoxie et qui se révèle aujourd’hui peut-être plus que jamais d’une importance capitale : celui du maintien de la Tradition et de la défense de la foi orthodoxe. Il s’agit là encore d’un rôle prophétique, car le prophète est traditionnellement quelqu’un qui rappelle les hommes à la fidélité à Dieu et qui est un défenseur de la foi face à tout ce qui peut l’altérer ou la pervertir.
Dans un monde soumis à des changements de plus de plus nombreux et de plus en plus rapides, le Mont-Athos donne l’exemple d’un monde stable, immuable, à l’image du monde divin. Préservé de la soif de changement et du vertige du mouvement qui habitent les hommes vivant dans le monde, à l’abri de la pression sociologique qui porte à se conformer en tout point au mode de vie des sociétés modernes, les moines athonites conservent scrupuleusement les prescriptions canoniques, le typikon liturgique et le mode de vie ascétique que nos Pères se sont transmis de génération en génération.
Le maintien scrupuleux même des plus infimes traditions a été la condition pendant plus d’un millénaire d’une parfaite préservation la Tradition orthodoxe. Les moines athonites ont aussi grandement contribué à préserver la foi orthodoxe dans tous les moments difficiles de l’Histoire où elle était menacée, et le font aujourd’hui encore. Et ils jouissent toujours pour cela d’un prestige particulier et d’une grande autorité.
Le rôle prophétique de vigie et de phare que joue traditionnellement le Mont-Athos dans le monde orthodoxe pour rappeler aux gens quelle est la vraie foi est particulièrement important à notre époque où l’on peut observer un affaiblissement considérable de la conscience dogmatique.

6) Un sixième et dernier point est que le Mont-Athos contribue également, d’une manière fondamentale, à maintenir à la fois inchangée et vivante la spiritualité orthodoxe. Constituée par les moines de Palestine, de Syrie, du Sinaï et du Stoudion de Constantinople, les Pères athonites en sont devenus, à partir du XIIIe siècle, les principaux héritiers et dépositaires. Le Mont-Athos est devenu une référence absolue en matière d’ascétisme et de spiritualité, et a attiré de nombreux moines de tous les pays. Lors de leurs visites ou de leur retour dans leurs pays d’origine, ces moines ont contribué fortement à la diffusion de cette spiritualité. En particulier, le Mont-Athos a toujours été un centre de la pratique de la prière de Jésus et de la spiritualité hésychaste. Et c’est toujours à la Sainte Montagne que cette pratique a, si l’on peut dire, son centre.
Les Pères athonites ont comme tâche de le communiquer aux hommes d’aujourd’hui cet héritage séculaire et comme responsabilité de le transmettre aux générations futures. En cela aussi réside le rôle prophétique et eschatologique du monachisme athonite.

Jean-Claude Larchet

L’Église orthodoxe de Géorgie se prononce définitivement sur le Concile de Crète

Le 22 décembre 2016 s’est tenue la session ordinaire du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie, sous la présidence du Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Élie II. Le métropolite de Zugididi et de Tsaïshi (Sharashenidzé) a été nommé secrétaire. Lors de la session a été examiné, entre autres, la question du Concile de Crète. Le Saint-Synode a pris la décision suivante : « En ce qui concerne les documents adoptés en Crète, le métropolite de Gori et d’Ateni André (Gvazava) a lu un rapport mentionnant ce qui suit : ‘Comme on le sait, du 17 au 26 juin, en Crète, a eu lieu le Concile, aux travaux duquel ont pris part les représentants de dix Églises locales orthodoxes. Un tel concile était prévu depuis plusieurs décennies, et sa tenue constitue un fait de la plus grande importance dans la vie de l’Église orthodoxe. Dès le début, la préparation du concile a été présidée par le Patriarcat de Constantinople, et toutes les Églises officielles ont été impliquées dans ce processus. Depuis 1961, les délégués du Patriarcat de Géorgie ont également participé aux rencontres de travail préconciliaires. Cela va sans dire que la contribution apportée par le clergé de l’ancienne génération au cours de plusieurs décennies est inestimable. Comme cela a été mentionné précédemment, de sérieux obstacles lors de la dernière étape de préparation au concile ont empêché plusieurs Églises locales de participer aux travaux du Concile de Crète. C’est pourquoi nous exprimons à nouveau notre regret, considérant toujours que l’étude et l’examen des questions soulevées par toutes les Églises était de rigueur, ce qui n’a pas été mis en œuvre’. Le Saint-Synode a décrété au sujet du thème concerné que : ‘Étant donné que les représentants de quatre Églises locales orthodoxes n’ont pas participé aux travaux du Concile de Crète, celui-ci ne peut être appelé Concile général, panorthodoxe ; lors de la préparation et du déroulement du Concile de Crète, le principe de consensus, établi et reconnu par les Églises orthodoxes, a été transgressé. Pour cette raison, les résolutions du Concile de Crète ne peuvent être contraignantes pour l’Église orthodoxe de Géorgie. Dans les documents confirmés par le Concile de Crète ne sont pas exprimées, en substance, les remarques fondamentales présentées par les Églises. C’est la raison pour laquelle la poursuite de leur remaniement et de leur correction sont indispensables. Il n’est pas exclu, dans certains cas, qu’il y ait lieu à la création de nouveaux documents. Aussi, il est indispensable que les textes traduits et envoyés par le secrétariat du Concile de Crète soient accessibles au clergé de l’Église de Géorgie, aux théologiens et aux fidèles laïcs et, en prenant en compte de leurs remarques fondées, qu’il soit conféré aux documents le caractère conforme, dogmatique et canonique, de l’Église orthodoxe. La réunion qui a eu lieu du 17 au 26 juin en Crète, peut être considérée comme une étape de la plus haute importance pour la tenue du Saint et Grand Concile qui doit permettre la prise de décisions sur le fondement de l’enseignement commun orthodoxe, un, catholique et apostolique. Le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a décidé de mettre en place une commission théologique constituée comme suit par : 1) Le métropolite de Gori et d’Ateni André (Gvazava), président, 2) le métropolite de Poti et Khobi Grigol (Berbitchachvili), 3) le métropolite de Senaki et Tchkhorotskhu Chio (Mudjiri), 4) le métropolite de Rustavi Jean (Gamrekeli), 5) l’évêque de Markveti et Ubisa Melchisédek (Khatchidzé) 6) le protopresbytre Georges (Zviadadzé) ».

Source

Vient de paraitre : « Prie comme tu respires – La vie comme liberté » du P. Marc-Antoine Costa de Beauregard

apostoliaLes éditions Apostolia (de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale) viennent de publier un nouvel ouvrage du P. Marc-Antoine Costa de Beauregard intitulé Prie comme tu respires – La vie comme liberté (couverture ci-contre).

Présentation de l’ouvrage: « L’acquisition du Royaume consiste, dans un premier temps du moins, à conquérir un lieu qui est en moi et que je ne connais pas parce que je n’y suis pas. En entrant en moi-même, en rejoignant le Christ qui m’y attend, je vais arriver dans ce centre de moi-même, qu’on appelle le cœur, et là je trouverai le Royaume en germe par l’Incarnation. Et l’ayant trouvé, le cultivant, je le verrai se développer et devenir ce grand arbre dont parle le saint Évangile, « dans lequel nichent tous les oiseaux du ciel ». Quand nous avons compris que l’essentiel est la conquête de ce Royaume, seul remède à nos souffrances, aux souffrances des autres hommes, et à celles de l’ensemble de la Création, alors nous pouvons commencer à faire quelque chose d’utile sur terre. Tant que nous ne nous occupons pas de cela, nous perdons notre temps. »

Voir aussi sur cette page une autre présentation. L’ouvrage peut être commandé ici.

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Jovan Nikoloski