27/06/2017
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Vient de paraître: « En marche vers l’unité » d’Élisabeth Behr-Sigel, aux éditions du Cerf

Les éditions du Cerf viennent de publier En marche vers l’unité, un ouvrage d’Élisabeth Behr-Sigel préfacé par Olga Lossky (352 pages, collection Orthodoxie, 24 euros).

Présentation de l’éditeur : « Ce recueil rassemble des textes inédits de la théologienne Élisabeth Behr-Sigel qui, née et formée dans le protestantisme, découvre l’orthodoxie sur les, bancs de la faculté de Strasbourg. À travers une diversité de formes et de thèmes – méditations bibliques, cours sur les théologiens de l’émigration russe, conférences sur l’anthropologie ou la place des laïcs dans l’Église – se dessine la question, primordiale, de l’unité dans l’Église. Élisabeth Behr-Sigel est à même de suggérer des voies de convergences qui ne contreviennent pas à la rigueur doctrinale. Elle le fait en revenant au socle de la Bible et de la Tradition, ce qui lui permet d’aborder des sujets sensibles sur le plan théologique : christianisme et droits de l’homme, avortement, fêtes religieuses vécues dans une société laïque… Son expérience unique, à la croisée de l’Orient et de l’Occident chrétien, interpelle tous les croyants concernés par le dialogue entre les chrétiens. »

André Scrima : « L’évangile de Jean – un commentaire »

« Certains livres essaient de faire revivre le passé, d’autres interrogent le présent, d’autres encore s’efforcent d’ouvrir l’avenir. Très peu en vérité surgissent comme venant d’ailleurs, d’un au-delà des temps, pour demeurer avec nous, telle une présence toujours fidèle… Si nous savons entrer dans leur intimité, ces livres nous mènent jusqu’au lieu où les yeux et les cœurs s’ouvrent sur un autre espace dont nous portons tous la nostalgie, tout près de Dieu. »
A. S.
Voici la traduction inédite et intégrale du commentaire de l’évangile de Jean donné aux moines du monastère de Deir-el-Harf (Liban) par l’une des personnalités marquantes de l’Orthodoxie au xxe siècle.
Introductions de Marcel Pirard et Anca Vasiliu, qui ont tous les deux connu l’auteur. Traduit de l’arabe par Marcel Pirard (chapitres 1-17) et du roumain par Anca Vasiliu (chapitres 18-21).
Archimandrite de l’Église orthodoxe, André Scrima (1925-2000) est philosophe et théologien de formation. Après avoir quitté sa Roumanie natale,  il fut chargé de mission du Patriarcat oecuménique de Constantinople auprès du concile Vatican II, professeur à l’université de Saint-Joseph de Beyrouth et membre fondateur de l’Académie internationale des sciences religieuses de Bruxelles.
Éditions du Cerf, 2017, 427 p.

Un volume de la revue de théologie orthodoxe Contacts sur le témoignage de l’orthodoxie

Le numéro 258 de Contacts, la revue française de l’orthodoxie, vient de paraître. Il est consacré à quelques aspects du témoignage de l’orthodoxie en Occident. On y trouvera notamment un article inédit d’Olivier Clément : « Témoigner de la joie pascale », un article de Sophie Clément-Stavrou : « L’étude du grec, un réveil de la conscience théologique », un article d’Olga Lossky-Laham : « Nouveauté de la liturgie, beauté du monde : le témoignage d’une quête ». Pour lire le sommaire et le liminaire du volume 258. Ce volume de 126 pages peut être commandé en envoyant un chèque de 11 € (frais de port à ajouter :4 € pour la France – 5 € pour l’Europe., reste du monde : 5 €) à Revue Contacts, 61 allée du Bois du Vincin, F-56000 Vannes, ou par message adressé à postmaster@revue-contacts.com après un virement de la somme totale au compte bancaire de la revue.

Communiqué de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge suite à l’assemblée générale qui s’est tenue le 22 juin

« L’assemblée générale de l’Institut Saint-Serge s’est tenue ce jeudi 22 juin 2017 au 93 rue de Crimée 75019 Paris.
Suite aux divers rapports, pédagogique du Doyen P. Nicolas Cernokrak, moral du Président M. Jean-François Colosimo, financier de la Trésorière Mme Catherine Desplanque et consécutivement aux rapports de certification du Commissaire aux comptes M. Guy de la Tour d’Artaise agissant au nom de la société IREC, l’assemblée a approuvé à l’unanimité les comptes pour l’exercice 2016-2017 ainsi que l’ensemble des résolutions prises au cours de cette période.
Il en ressort :
1. Qu’en dépit de sa suspension partielle d’activité en 2015-2016, l’Institut a su renouer avec une activité prometteuse.
2. Que les économies drastiques qui ont été consenties par l’ensemble des personnels ont permis de retrouver un équilibre financier minimal, en fait de survie, qui reste de fait insuffisant en l’absence de reconstitution de ressources propres.
3. Que, consécutivement à la résiliation de son bail de location en raison de la détérioration des sols du site qui rend impossible à terme la poursuite de son activité, l’Institut est menacé de faillite par les demandes réitérées à ce jour par le bailleur, la Société immobilière SISP, agissant au nom de l’Archevêché des églises russes orthodoxes d’Europe occidentale. Ces demandes de la SISP postulent la nécessité d’analyser les « conditions juridiques, économiques et financières » de la rupture du bail, notamment « la remise en état des locaux loués » et « le financement des travaux entrepris cette année, mais également ceux qui auraient dû l’être ». Ces exigences de la SISP, quoique contestables juridiquement partiellement ou totalement, sont de nature à mettre en péril la continuité de l’exploitation de l’Institut, c’est-à-dire à le forcer à déposer son bilan et à fermer définitivement. Ce dont convient le Commissaire aux Comptes dans son rapport annexe où il alerte l’assemblée sur la réalité de ce risque.
4. Que le protocole d’accord conclu le 1er mai 2017 entre l’Institut et l’Archevêché visant à l’établissement d’un Comité conjoint apte à régler tout possible différend passé et à rechercher des solutions communes à l’avenir du site du 93 rue de Crimée reste à ce jour en attente d’une mise en effet de la part du Conseil diocésain de l’Archevêché.
5. Que l’Institut regrette la situation d’impasse qui résulte des deux points précédents, qu’il réaffirme être prêt à entreprendre un dialogue réel sur des bases raisonnables, concertées et participatives, qu’il réaffirme être désireux d’apporter une contribution dans la mesure de ses moyens à la solution des problèmes les plus urgents, mais qu’à défaut il assumera les responsabilités qui lui incombent.
L’assemblée a félicité le Doyen P. Nicolas Cernokrak pour sa réélection à ce poste pour un mandat de trois ans. Elle a réélu au Conseil d’administration les membres sortants et candidats M. Vladimir Gantchenko, P. Jivko Panev, M. Michel Stavrou. Le Conseil d’administration a recueilli la démission, pour des raisons de convenance personnelle, de Mme Catherine Desplanque de son poste de Trésorière et l’a remercié d’en demeurer membre. Il a reconduit comme Président M. Jean-François Colosimo, comme Vice-Président M. François Guès qui assurera jusqu’en janvier 2017 l’intérim au poste de Trésorier, ainsi que P. Renaud Presty comme Secrétaire.
Le Conseil a acté que les comptes certifiés de l’exercice 2016-2017 seront rendus publics sur le site de l’Institut dès après le 26 juin 2017 afin de les rendre accessibles à tous. Il a également confirmé les dispositions pratiques de déménagement et de relocalisation de l’Institut pour les deux futurs exercices 2017-2018, 2018- 2019 qui seront effectives au 15 septembre 2017. »

Parution du livre « Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe » par Boris Zaïtsev

Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe (traduit du russe par Anne Davidenkoff). Paru le 11 mai 2017

Les Zaïtsev et leur fille quittent la Russie en 1922, espérant y revenir bien vite. Mais après un arrêt à Berlin, puis en Italie, ils s’installent définitivement à Paris en janvier 1924. Zaïtsev s’efforcera de transcender ce déracinement comme en témoignent ses souvenirs de Russie, ses romans sur la vie des émigrés russes en France mais également grâce au pèlerinage dans des hauts lieux de la tradition monastique russo-byzantine. Les deux récits présentés ici, le Mont Athos (1927) et Valaam (1936), sont une projection de cette quête de l’auteur exilé, qui s’exprime de manière symbolique à travers l’errance de nombreux moines itinérants, ermites et ascètes, croisés en chemin sur la « Sainte Montagne » et dans l’archipel de Valaam, sur le lac de Ladoga. Deux joyaux littéraires d’une rare richesse poétique écrits à la suite d’un voyage en Grèce et en Finlande. Ces petites paraboles, finement rédigées et sans prétention théologique, restent accessibles à tout lecteur : Zaïtsev met à notre portée l’histoire de la spiritualité fondée sur le silence qui conduit à la paix du cœur (l’hésychasme). Plus qu’un livre de souvenirs sur des lieux visités, ses récits du Mont Athos et de Valaam sont des récits d’états d’âmes emprunts de spiritualité. « Dans mon récit il n’y a rien de savant, de philosophique ou théologique. C’est comme simple pèlerin orthodoxe et écrivain russe que j’ai vécu ces quelques journées au Mont Athos. Et seulement à ce titre ! » Boris Zaïtsev (1881, Russie – 1972, Paris) est un écrivain, romancier, nouvelliste, traducteur et dramaturge russe. Figure emblématique de l’émigration russe, et ami proche d’Ivan Bounine, il publie pendant les cinquante années de sa vie en France plus de 30 livres et 800 articles. 236 pages – 15 € code EAN: 978-2-940523-55-

« Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ? »

Le P. Christophe Levalois a publié une tribune sur le site Aleteia intitulée « Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ?« .

 » Il est un sujet qu’abordent très rarement les hommes politiques, sinon jamais, qui est absent des débats électoraux, et qui pourtant affecte en profondeur et négativement la société : la grossièreté et la vulgarité, sous toutes leurs formes possibles, ainsi que les conséquences de celles-ci, dont la violence et la pornographie. C’est pourtant aujourd’hui une réalité massive, omniprésente et profondément destructrice.

« Sa bouche est pleine de malédiction,
De tromperie et de violence ;
Il a sous la langue forfait et méfait. »
(Psaume 10 (9) ,7)

La grossièreté gangrène les relations humaines

La grossièreté gangrène les relations humaines. Elle fait partie du paysage sonore quotidien que chacun subit. Elle s’est installée dans le langage à tel point qu’elle n’est guère remarquée, sauf s’il s’agit d’un excès, et semble aller de soi pour le plus grand nombre. Mieux, ou plutôt pire, elle devient posture, voire snobisme, un passage obligé pour faire montre d’un parler supposé vrai et authentique ! (…) »

La suite de ce texte.

Recension: Grégoire Palamas, « Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit »

Grégoire Palamas, Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit. Traduction du grec et annotation par Yvan Koenig, introduction de Jean-Claude Larchet, collection « Patrimoines », Éditions du Cerf, Paris, 2017, 200 p.
Les deux Traités démonstratifs (encore connus sous le nom de Traités apodictiques) sur la procession du Saint-Esprit, figurent parmi les toutes premières œuvres de saint Grégoire Palamas (1296-1359), et sont en tout cas ses pre­miers écrits théologiques. Grégoire était alors âgé de trente-huit ans et résidait à l’ermitage de Saint-Sabbas au Mont-Athos.
Rédigés au cours du premier semestre de 1334, ils sont dirigés contre la doctrine latine du Filioque. En même temps qu’ils réfutent cette dernière, ils consti­tuent une apologie de la foi orthodoxe. Le titre complet du pre­mier est : Premier traité apodictique, démontrant que l’Esprit Saint ne procède pas du Fils, mais seulement du Père ; celui du second : Second traité sur la procession du Saint-Esprit, prouvant qu’Il ne provient pas du Fils, et contre les citations de la divine Écriture proposées aujourd’hui par les Latins pour se défendre.
Les circonstances de leur rédaction sont les suivantes. En 1333, deux théologiens domini­cains – l’italien François de Camerino, évêque de Chersonèse et l’anglais Richard, évêque du Bosphore – avaient été envoyés par le pape à Constantinople pour relancer les discussions théologiques sur la question de la procession du Saint-Esprit, dans le cadre d’une nou­velle tentative d’union des Églises dont le pape et l’empereur Andronic III avaient pris conjointement l’initiative. Le théologien Barlaam avait été missionné par le Grand Domestique Jean Cantacuzène et l’empereur Andronic III pour être le représentant des Orientaux dans les débats qui se tinrent à Constantinople de la fin de l’année de l’année 1333 jusqu’en juin 1335.
Grégoire Palamas fut informé par ses amis de Thessalonique du développement des discussions et aussi du contenu des traités antilatins que Barlaam avait rédigés au cours de celles-ci. Deux points lui parurent problématiques: premièrement l’interprétation donnée par Barlaam de l’expression de Grégoire de Nazianze « Principe issu du Principe » appliquée au Fils, qui lui paraissait favorable au Filioque ; deuxièmement, l’affirmation par Barlaam, sur la base d’une mauvaise compréhension de l’apophatisme de Denys l’Aréopagite, de l’impossibilité de recourir en théologie au raisonnement apodictique (démonstratif et probant), ce qui ramenait les discussions sur la procession du Saint-Esprit à la relativité du raisonnement dialectique et les rendait finalement vaines.
Ces deux conceptions erronées de Barlaam comportaient aux yeux de Palamas le risque de déboucher sur un compromis d’union avec les Latins qui se ferait en faveur de leurs positions sur le Filioque.
Ce n’est qu’indirectement (en faisant lui-même usage de la démonstration) que Grégoire Palamas s’oppose dans ses deux traité aux positions méthodologiques de Barlaam, et c’est sur la question dogmatique qu’il se concentre essentiellement. L’idée du P. Jean Meyendorff – qui détermine une grande partie de son interprétation de l’œuvre de saint Grégoire Palamas – selon laquelle ce dernier se serait déjà ici opposé à l’humanisme byzantin ne concerne en réalité qu’un point secondaire.
Grégoire Palamas réexamine en fait de manière critique la plupart des arguments en faveur du Filioque qui ont été présentés au XIIIe et au XIVe siècle par les Latins et leurs partisans, lors de discussions qui visaient en particulier à faire reconnaître par les orthodoxes l’expression « par le Fils », utilisée par certains Pères, comme un équivalent de l’expression « et du Fils » (Filioque), ou du moins comme compatible avec celle-ci.
Ses critiques, s’adressent aux Latins mais aussi aux « latinophrones », c’est-à-dire aux théologiens byzantins « pensant à la manière latine » et disposés à faire un compromis avec les Latins. Beaucoup d’arguments latinophrones (c’est-à-dire conforme à la pensée des Latins) visés par Palamas sont des arguments qui ont été développés dans les siècles précédents, notamment dans les deux traités sur la procession du Saint-Esprit – Lettre pneumatologique à Théodore II et Lettre à Jacques de Bulgarie – de Nicéphore Blemmydès (1198-1269), et surtout dans les Titres de Jean Bekkos, patriarche de Constantinople de 1275 à 1282, dont Grégoire Palamas a élaboré une réfutation à la même époque qu’il a rédigé les Traités démonstratifs: Contre Jean Bekkos).
Après la triste expérience du concile d’union de Lyon en 1274, les or­thodoxes se montraient sans aucun doute extrêmement méfiants à l’égard des tenta­tives unionistes dont l’initiative était périodique­ment prise par le pouvoir pour des raisons essentiellement poli­tiques et où celui-ci semblait, pour aboutir, prêt à favoriser tous les compromis dogmatiques quitte à brader la foi orthodoxe. Une dé­marche (qui n’avait pu aboutir en raison de la guerre civile) venait d’être faite récemment (1323-1327) auprès du Pape Jean XXII par Andronic II qui s’inquiétait de l’avancée des Turcs en Asie Mi­neure et souhaitait s’assurer l’appui de l’Occident. Dans le même temps, les Latins exerçaient à Constantinople une influence de plus en plus marquée. C’est à l’initiative d’Andronic III qui venait, en 1332, de for­mer une ligue avec Venise et les Hospitaliers de Rhodes, qu’avaient été entreprises les dernières négociations de 1333-1335 destinées à établir l’union des Églises. La vigoureuse condamnation du patriarche Jean Bekkos et des latinophrones par le concile des Blachernes réuni en 1285 (soit seulement cinquante ans auparavant) par le patriarche Grégoire de Chypre, avait sans aucun doute rendu les orthodoxes vigilants et par­ticulièrement exigeants en ce qui concerne question de la procession du Saint-Esprit qui apparaissait comme le principal point de divergence entre les deux Églises.
Les Traités démonstratifs semblent donc avoir été écrits pour dé­fendre la foi orthodoxe et réfuter la doctrine latine du Filioque à un moment où l’on avait tout lieu de craindre que, pour mener à bien des visées poli­tiques, l’empereur et le théologien Barlaam qu’il avait missionné pour mener les discussions fassent des concessions aux positions latines et réalisent à la hâte une union où la foi orthodoxe se trouverait sacrifiée. Cette idée est partagée par un spécialiste catholique de Palamas, R. E. Sinkewicz : « il apparaît que Palamas a réagi aux nouvelles de discussions renouvelées avec les Latins et a écrit aussi­tôt un ex­posé de la foi orthodoxe sur le sujet, afin de repousser par avance toute possibilité de compromis doctrinal. »
Les Traités ont une forme polémique très mar­quée ; ils attaquent les Latins d’emblée, de front, et en permanence, et ils se présentent moins comme une proposition de dialogue que comme une vigoureuse réfutation de la doctrine la­tine du Filioque – aussi bien dans sa forme classique que dans ses développements récents – corrélative d’une ferme apologie de la foi ortho­doxe. Pour saint Grégoire Palamas comme pour tous les Pères qui ont défendu la doctrine orthodoxe de la procession du Saint-Esprit, la doctrine latine du Filioque ne peut faire l’objet d’aucun com­promis et même d’aucune négociation : le Filioque est une ajout illicite au Credo, qui contredit la foi de l’Église et paraît définiti­vement incompatible avec les enseignements du Christ, des Apôtres, des Pères et des Conciles.
L’ardeur mise par saint Grégoire Palamas dans les deux Traités démonstratifs à réfuter la doctrine latine du Filioque jusque dans ses développements les plus subtils et à défendre corrélativement la foi orthodoxe sur la procession du Saint-Esprit tient à la particulière importance qu’il reconnaît à cette question.
Sa position ferme s’oppose à la position conciliante que mon­traient les représentants de la tendance latinophrone qui, voyant dans l’union des Églises une tâche urgente qui devait aboutir coûte que coûte, minimisait l’importance de cette divergence et allait même jusqu’au relativisme dogmatique. Barlaam témoigne d’une telle attitude dans le discours qu’il a tenu à Avignon en 1339, en tant qu’ambassadeur de l’empereur, devant le pape Benoît XII pour lui présenter un nouveau plan d’union : l’union des Églises, affirmait-il, pouvait être réalisée sur la base d’une foi commune en la Trinité, chacune des deux Églises pouvant, en ce qui concerne la procession du Saint-Esprit, conserver sa propre doctrine, les théo­logiens des deux bords pouvant, s’ils le souhaitaient, poursuivre leurs discussions. Mais l’importance du Filioque était minimisée par les Latins eux-mêmes qui traditionnel­lement attribuaient la sé­paration des Églises plus à des raisons ecclésiologiques (en parti­culier le re­fus de reconnaître l’autorité suprême du pape de Rome) qu’à des raisons dogmatiques et considéraient les Orientaux comme schis­matiques, mais point comme hérétiques. Saint Grégoire Palamas lui-même note dans son Prologue que les Latins affirment que leur pensée est la même quant au fond et ne diffère qu’en ce qui con­cerne l’expression.
Face à ces points de vue des Latins et des latinophrones, saint Grégoire Palamas fait remarquer que l’ajout du Filioque au Credo paraît produire un changement minime, mais « apporte en réalité les bases de grands maux et beaucoup de dan­gereuses absurdités et de choses étrangères à la piété », montrant que, « en ce qui concerne Dieu, même la moindre chose ne saurait être petite »: une nouveauté qui concerne le Principe de toutes choses ne peut en effet qu’entraîner de nombreuses erreurs au su­jet de tout ce qui en dépend.
Pour saint Grégoire Palamas, la différence des deux conceptions est loin de ne correspondre qu’à une différence d’expression et, comme on dirait aujourd’hui, de « sensibilité » : les deux doctrines sont bel et bien fondamentalement contradictoires et donc, selon le principe logique élémentaire de non-contradiction, ne peuvent être toutes les deux vraies; elles ne sont donc ni complémentaires ni compatibles, mais exclusives l’une de l’autre: si l’une est vraie, l’autre est nécessairement fausse. Le Filioque est une hérésie comparable et semblable à toutes les hérésies du passé, comme celles des ariens, des apollinaristes, des eunoméens ou des macédoniens… Sa gravité se manifeste non seulement sur le plan dog­ma­tique, mais encore sur les plans ecclésiologique et spirituel (les trois plans étant indissolublement liés): il implique une rupture de communion et empêche le rétablissement de celle-ci. Confesser que le Saint-Esprit ne procède pas du Père seul, c’est, selon Grégoire, carrément s’exclure de Dieu et de la Sainte Trinité. On voit très clairement ici que Grégoire, loin de considérer la question du Filioque comme secondaire, y voit, plutôt que dans des raisons politiques ou autres, la principale source de la rupture de communion et de la séparation des Églises orthodoxes d’Orient et de l’Église de Rome et le princi­pal obstacle au rétablissement de cette communion et à la ré-union des Églises. « Jamais, dit-il aux Latins, nous ne vous accepterons en communion aussi longtemps que vous direz que l’Esprit est aussi du Fils (Filioque) ».
Selon Grégoire, la première étape de la démarche à suivre pour rétablir la communion et l’unité entre les Églises est que les Latins retirent le Filioque du Credo puisque celle formule y a manifeste­ment été ajoutée. Mais cela ne suffira pas: encore faut-il que la théologie latine s’accorde avec la foi orthodoxe dont témoigne « l’accord éclatant des Pères théophores ». Il propose donc que s’engagent des discussions théologiques en vue de retrouver un tel accord, et même de traiter de cette question au sein d’un concile, en prenant pour exemple les Pères qui, à propos d’autres questions controversées comme celle des deux natures, opérations et volontés du Christ, sont finalement retournés « à la paix com­mune dans la piété ». Grégoire rappelle avec émotion et nostalgie qu’il y avait autrefois un accord entre l’Église d’Orient et l’Église de Rome, et il considère que cet accord devrait pouvoir être retrouvé si cette dernière acceptait seulement de faire retour à l’ancienne foi commune définie par les grands conciles œcuméniques et par les Pères.

Les deux Traités démonstratifs de saint Grégoire Palamas avaient déjà été traduits en français par Emmanuel Ponsoye sous le titre Traités apodictiques sur la procession du Saint-Esprit (Éditions de l’Ancre, Paris-Suresnes, 1995). Yvan Koenig en propose ici une traduction nouvelle, nettement améliorée, et annotée par ses soins. L’introduction, qui occupe près de la moitié du volume, présente les circonstances et le contexte de la rédaction des traités et analyse ceux-ci dans le détail, étape par étape, pour en rendre la lecture plus aisée. Elle actualise et corrige sur certains points (en particulier la position de Palamas par rapport à Barlaam et à Grégoire de Chypre) l’introduction de la première édition.

Jean-Claude Larchet

Dans un entretien, l’évêque de Irénée de Bačka (Eglise orthodoxe serbe) aborde la question du Concile de Crète, du nationalisme dans l’Église, de l’Église orthodoxe en Ukraine et de l’archiprêtre Gabriel Kostelnik (+1948)

Au cours de son récent séjour en Serbie, le métropolite de Zaporojié et Mélitopol Luc (Église orthodoxe d’Ukraine) a rencontré l’évêque de Bačka Irénée (à gauche sur la photographie, ndlr) et lui a posé un certain nombre de questions. Nous reproduisons ci-dessous, in extenso, l’entretien :

– Métropolite Luc : « Comme on le sait, alors que vous participiez au Concile panorthodoxe, vous n’avez pas signé certains de ses documents. À ce sujet, je voudrais entendre votre point de vue personnel, et ce d’autant plus qu’en Ukraine, les disputes ne cessent pas entre ceux qui rejettent en bloc le Concile et ceux qui soutiennent l’idée de sa tenue et les décisions prises.

– Évêque Irénée : Beaucoup de choses dites par moi à ce sujet en serbe n’ont pas encore été publiées. Comme on le sait, nous sommes ici [en Serbie] voisins des Grecs. Nous avons de profonds liens historiques et autres avec les Grecs, un grand nombre de nos évêques parlent ou comprennent le grec. Depuis mon enfance, j’ai appris la langue grecque [ancienne] et j’ai enseigné le Nouveau Testament et la langue grecque à la Faculté de théologie de l’Université de Belgrade. Nous avons notre milieu distinct, particulier. Je connais beaucoup d’évêques grecs et je suis ami avec un grand nombre d’entre eux, aussi j’ai été très triste lorsque que l’on a commencé à dire que « les Serbes nous ont trahis, sont passés chez les Russes ». Je suis contre de telles affirmations, parce que dans l’Église, il n’y a pas de Russes, de Serbes ou de Grecs. Il y a ceux qui sont orthodoxes et ceux qui ne le sont pas, ou bien tu es dans l’Église, ou tu es contre l’Église, tertium non datur. Si je connais beaucoup de Grecs, si j’ai des relations fraternelles avec eux, cela signifie seulement qu’ils doivent avoir la même attitude envers les Russes, les Ukrainiens, les Géorgiens. L’apôtre Paul dit encore que pour l’Église, il n’y a ni Grec ni Juif. Sinon, cela est pour moi le démembrement, la division artificielle de l’orthodoxie entre Grecs et Slaves, Russes. Cela non seulement ne me plait pas, mais dans l’essence, c’est quelque part hérétique. C’est une approche hérétique.

– Qui fait cela ?

– Ce sont différents journalistes. Pour ce qui me concerne, je n’ai reçu aucun ordre, aucun souhait d’où que ce soit. J’ai seulement ma responsabilité, comme théologien, comme un homme qui s’est occupé de cela toute sa vie, dans la mesure de ses possibilités et capacités, et j’analyse tout ce qui s’est produit : tous les courants, toute la préparation du Concile et j’en tire des conclusions pour ma conscience. C’est la question de ma foi, de ma conscience, et non la question des Serbes, des Russes ou des Grecs, de qui que ce soit. À Genève, j’ai participé à toutes les rencontres liées à la préparation du Concile, j’ai étudié tous les textes avec les autres. Je n’ai jamais été contre le Concile. Lorsque ont commencé tous ces commérages, cela m’était répugnant à un point indicible. Et c’est en grec, et non en serbe, que je me suis alors empressé de publier, afin que cela soit clair à tous, pourquoi je n’ai pas signé. J’en suis venu à cette conclusion, selon ma conscience.

– Votre point de vue au sujet de ce qui suit est très important : certains émissaires des autorités de notre pays rencontrent les représentants [du Patriarcat] de Constantinople afin que ces derniers fassent des pas dans la direction du rapprochement avec les schismatiques [ukrainiens].

– Une fois, alors que je parlais avec le patriarche œcuménique, je lui ai dit : « Soutenir Denissenko [le « patriarche » schismatique de Kiev, ndt], ce sera un nouveau schisme, cette fois non entre l’Orient et l’Occident, mais en Orient. Personne n’a besoin de cela. Ceux qui ont intérêt à cela, ce sont des forces qui n’ont rien de commun avec le christianisme ». Je l’ai fait honnêtement, je l’ai dit en face. Je regrette le fait que les représentants des séparatistes ecclésiastiques ukrainiens aient été reçus au Phanar, et aussi que des représentants du pouvoir politique y soient venus pour des discussions semblables, certains d’entre eux n’étant pas même orthodoxes. Bien sûr, dans cela, ils voient les intérêts de l’État. Nous faisons face à la même chose au Monténégro. On s’efforce de faire de l’Église l’instrument de la politique, afin qu’elle serve les intérêts de l’État et non ses buts véritables. Je ne pense pas que le patriarche Bartholomée s’engagera dans quelques concessions.

– Nous, en Ukraine, ressentons cela très douloureusement, particulièrement notre troupeau. Il nous est indispensable de parler plus du Christ aux gens, d’autant plus au moment où, dans les médias officiels, on répand des mensonges sur nous. Nos fidèles s’intéressent à la position de Constantinople, à laquelle se réfèrent constamment les schismatiques, d’autant plus que le patriarche Bartholomée aurait soi-disant occupé la position du pape au Concile.

– Ce n’est pas vrai. Il s’est conduit dans le cadre de ses pouvoirs et, plus que tout autre, au Patriarcat œcuménique, il a voulu faire un Concile selon tous les critères et normes. La question de l’unité de l’orthodoxie est plus importante que les plans du pouvoir que ce soit l’ukrainien ou tout autre pouvoir éphémère. Tout est éphémère, seule l’Église est éternelle. Qui aurait pu penser que nous vivrions jusqu’au monde post-soviétique ? Nul parmi eux [les communistes, ndt] n’aurait pu y penser, ils pensaient qu’il seraient là encore trois ou quatre siècles. C’est Dieu qui dirige l’histoire, l’Esprit Saint. En ce sens, tout cela est éphémère et on ne sait jamais ce qui arrivera. Les miracles se produisent de notre vie également, et après il y en aura encore. En ce sens, il faut simplement résister, confesser la foi. Nous devons rester conséquents dans nos positions ecclésiales, ecclésiales seulement et aucunes autres, non celles des partis, non des positions politiques. L’Église n’a jamais été contre l’État. Certains dirigeants ne pourront jamais le comprendre, parce qu’en fait, ils sont tous des athées, ce sont les mêmes qui étaient là à l’époque soviétique.

– On commence à parler chez nous, activement, qu’il faut passer de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin. Changer la forme de la langue.

– La même chose se produit chez nous au Monténégro. L’alphabet cyrillique y a été interdit, on ne peut écrire qu’en caractères latins. Je perçois tout cela comme une conséquence de la position suicidaire du pouvoir. Que recevront-ils si, en se coupant de leurs racines orthodoxes, ils deviennent partie du monde occidental ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui le monde occidental ? C’est un athéisme qui est pire que l’athéisme soviétique, malheureusement. À l’époque soviétique le pouvoir avait fait de l’idée athée une idéologie, ils luttaient contre la religion. Or aujourd’hui, en Occident, toute religion est une imbécillité, elle n’intéresse personne, il n’y a que le plaisir. Particulièrement dans les cercles dirigeants du monde, raison pour laquelle le monde musulman est plus fort qu’eux. Pensez seulement au fait qu’en France il y a plus de gens dans les mosquées que dans les églises !

– Il y a un refroidissement dans la jeunesse envers le savoir, la vie. On leur dit quelque chose, ils le croient, il y a une certaine absence du souhait d’analyser, de comprendre quelque chose. Comment enseigner à penser ? Que faut-il faire pour cela ?

– Nous avons le même problème. Mais nous devons défendre l’orthodoxie, bien sûr avec patience et amour, avec respect envers la liberté de conscience de chaque homme. Mais nous ne devons jamais céder. Il faut suivre les traditions de l’Église. De nombreux efforts sont nécessaires au salut. Que Dieu nous donne de la patience. Comme on le disait à l’époque byzantine, les nuages les plus menaçants passent. Aussi difficiles et lourdes que puissent être les difficultés pour nous, ces nuages passeront. Il faut attendre, peut-être ne vivrons-nous pas jusque-là, d’autres y parviendront, mais le mot définitif sera celui du Christ, et non de l’Antichrist. Si certains n’y croient pas, c’est leur problème.

– On entend maintenant de la bouche des politiciens [ukrainiens] : « Vous êtes un ennemi, vous êtes la cinquième colonne, vous êtes un curé moscovite ». Certains l’endurent très difficilement.

– Le plus important est de comprendre que ces gens ne s’intéressent à l’Église que comme un instrument, celui de leurs plans. Il en est ainsi dans le monde entier. Il faut, avec sagesse, ne s’identifier avec aucun d’entre eux. Même avec ceux qui disent qu’ils sont orthodoxes. Il est vrai qu’il y en a de tels, mais quoi qu’il en soit, il faut avoir sa position, sa liberté. Nul ne doit dire qu’un orthodoxe appartient à l’une ou l’autre orientation politique, à un parti. À aucun ! Nous n’appartenons qu’à une seule orientation, celle du Christ !

– Monseigneur, excusez-nous, nous prenons beaucoup de votre temps.

– Non, j’en suis très content. Et je dirai encore quelque chose pour ce qui concerne le Concile [de Crète]. J’ai participé à sa préparation, j’ai suivi chacun de ses pas, j’ai parfois tenté d’aider certaines formulations de compromis, de décisions communes, etc. Mes frères évêques, qui ont eu la même préoccupation que moi dans cette œuvre, savaient que je comprends le grecs, que je bénéficiais d’une certaine confiance des Slaves et pouvais leur expliquer quelque chose. Il y a eu des discussions sur l’octroi de l’autocéphalie et de l’autonomie. En fin de compte, nous sommes arrivés à la décision que l’octroi de l’autocéphalie n’est pas le problème d’une Église locale, ni de Constantinople, mais une question panorthodoxe, et nous sommes parvenus à une conclusion, à un résumé sur la base de l’expérience commune de l’orthodoxie durant des siècles. Et la formule finale était que l’octroi de l’autocéphalie ne peut se produire sans la volonté de l’une des Églises locales, personne ne peut dire qu’il veut devenir autocéphale. S’il y a la bénédiction que l’Église-Mère – l’une ou l’autre des Églises locales – déclare pour des considérations spirituelles, non étatiques, non politiques, non idéologiques ou d’autres encore, être d’accord, alors un diocèse ou un autre devient Église autocéphale. Ce n’est pas une décision finale, c’est une proposition à la conscience panorthodoxe. Cela est communiqué à toutes les Églises autocéphales. Si toutes sont d’accord sur le fait que cela est utile dans le sens de la croissance de tout l’organisme divino-humain de l’Église, alors commence l’examen panorthodoxe de cette question. En bref : la première condition est l’accord de l’Église-mère, la seconde démarche, l’accord panorthodoxe, et la troisième la proclamation. Pour ce qui concerne celle-ci, les idées diffèrent. Au début, Constantinople disait que le seul accord du patriarche œcuménique était suffisant, avec la publication d’un tomos, la proclamation etc. Oui, c’était le cas avant, dans les temps anciens. Mais les choses sont autres maintenant. Il y a de nouvelles Églises autocéphales, plus tardives, en plus des patriarcats anciens. Cela reste une question non résolue, qui nécessite un examen. En général, il est nécessaire lors d’un concile de discuter des problèmes importants, non pas théoriques, mais de ceux qui concernent l’unité de l’Église. Toutes les questions du schisme, du nationalisme, de l’obscurantisme, doivent absolument être résolus au niveau conciliaire. Le principe du consensus, de l’unanimité, est important. Et le fait même que le concile actuel ait eu lieu sans la participation de certaines Églises constitue un problème sérieux. Celles-ci disent qu’elles n’ont pas participé en raison de leurs considérations stratégiques, et cela est juste, cela signifie qu’elles avaient des considérations de principe.

– Pour nous, la guerre au Sud-Est de notre partie constitue une grande douleur. Ma maison a été détruite, nous vivions non loin de l’aéroport. Mes anciens paroissiens sont morts sous les bombardements, tandis que d’autres refusent de me parler, m’accusant de trahison, parce que je suis resté sur le territoire de l’Ukraine.

– Oui, cela est horrible quand se produit une guerre civile, lorsque les frères sont en guerre. Nous avons vécu sera à la charnière du siècle présent. Cela arrange les forces anti-orthodoxes – et c’est pour cela qu’elles l’organisent et l’attisent –, elles veulent une seule chose : démembrer et piller le pays, et faire de l’Église orthodoxe une organisation politique obéissante, du type d’une organisation séparatiste avec à sa tête Denissenko. Ce sont des gens sans morale.
– Monseigneur, il est tellement intéressant de parler avec vous…
– Merci. Je veux également vous demander quelque chose. Avez-vous quelque document au sujet de Gabriel Kostelnik [ancien prêtre uniate revenu à l’orthodoxie après la Seconde Guerre mondiale, il présida le Concile de Lvov en 1946 et fut assassiné en 1948, ndt]. Il a fait beaucoup au Concile de Lvov, il a abandonné l’uniatisme, est devenu prêtre de l’Église orthodoxe. Je suis allé sur sa tombe, nous avons prié pour son âme, alors que Mgr Augustin était encore évêque du lieu. Je considère moi-même qu’il est digne de la canonisation. Mgr Augustin m’a dit également qu’il fallait tout analyser, à savoir quelles étaient les immixtions du KGB. Parfois, il y avait des intérêts parallèles. Ils [les communistes, ndt] ne voulaient pas d’uniates, nous non plus. Mais cela ne signifie pas que le père Gabriel Kostelnik était leur laquais. Mon idée est qu’il faut procéder à la canonisation simultanément en Ukraine et en Serbie. Il a vécu là-bas et ici [le père Gabriel Kostelnik est né en Voïvodine, ndt]. Le lien vivant se conservera s’il y a canonisation en même temps dans les deux pays.
– Je vous remercie chaleureusement, Monseigneur, pour cette discussion si substantielle et intéressante. J’espère et demanderai à Dieu et à Votre Éminence de nous rencontrer à nous. Nous demandons vos prières pour notre Église avec, à sa tête, son primat le béatissime métropolite Onuphre.
– Nous, Serbes, plus que qui que ce soit, partageons votre douleur, c’est la raison pour laquelle, en priant pour notre peuple très éprouvé, nous prions aussi pour nos frères ukrainiens. À la tête de votre Église se trouve un hiérarque très sage, un exemple à imiter dans sa fidélité à l’Église-mère et ses canons. Que Dieu lui donne force et santé !
– Le Christ est ressuscité !
– En vérité, Il est ressuscité !

Source (dont photographie): Hram.zp.ua

Recension: Métropolite Hilarion Alfeyev, « Image de l’Invisible. L’art dans l’Église orthodoxe »

Métropolite Hilarion Alfeyev, Image de l’Invisible. L’art dans l’Église orthodoxe, Éditions Sainte-Geneviève, Épinay-sous-Sénard, 2017, 371 p.
Ce livre de Mgr Hilarion Alfeyev (métropolite de Volokolamsk, président du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou) est le troisième volume d’une série présentant divers aspects de l’Église orthodoxe. Les deux premiers volumes (L’Orthodoxie, vol. I, Histoire et structures canoniques de l’Église orthodoxe et L’Orthodoxie, vol. II, La doctrine de l’Église orthodoxe), ont été publiés respectivement en 2009 et 2012 aux Éditions du Cerf. Il était prévu que les volumes suivants y paraissent aussi, mais la nouvelle direction ayant drastiquement réduit la publication de livres orthodoxes, l’auteur a dû migrer chez un autre éditeur, lequel en l’occurrence a fait un beau travail de présentation, proche de l’édition originale publiée à Moscou par le monastère de Sretenski.
Comme l’indique son sous-titre, l’ouvrage traite de « l’art dans l’Église orthodoxe » et comporte trois parties: 1) L’architecture des églises orthodoxes; 2) L’iconographie orthodoxe; 3) La musique liturgique.
Ces études se présentent moins comme des réflexions ou des commentaires spirituels que comme des articles d’encyclopédie, qui présentent à chaque fois un historique et un descriptif de la question, illustré par une abondante iconographie marginale en noir et blanc, et pour une part en couleur dans un cahier central.
L’ouvrage est bien documenté, Mgr Hilarion s’appuyant sur sa vaste culture personnelle, mais aussi sur les travaux préparatoires d’une équipe de documentalistes qui œuvre pour certains de ses ouvrages. On apprécie aussi le caractère pédagogique de l’exposé. Tout cela fait de cet ouvrage un excellent manuel d’initiation à ce que l’on peut appeler « l’art liturgique » orthodoxe (car en fait les trois formes d’art abordées trouvent leur expression et leur finalité dans la liturgie). Ce travail s’intègre à l’œuvre pastorale considérable que Mgr Hilarion, animé par des capacités et une force de travail hors pair, développe depuis de nombreuses années parallèlement à ses activités « diplomatiques » officielles, et qui se traduit aussi par une multitude de traductions patristiques, de publications de livres et d’articles, de conférences, et de documentaires filmés pour la télévision.
Les parties consacrées à l’architecture et à l’art abordent des thèmes déjà abondamment étudiés ailleurs, mais l’auteur en propose une synthèse historique et doctrinale qui les situent dans la perspective ecclésiale orthodoxe et qui est particulièrement utile dans le cadre d’une initiation ou d’une révision de notions déjà acquises.
L’exposé de Mgr Hilarion se révèle particulièrement précieux dans la troisième partie, consacrée à la musique, sur laquelle on trouve dans la littérature moins de documents que sur l’architecture et l’iconographie. L’auteur fait bénéficier le lecteur de sa grande compétence en la matière puisque, avant de devenir moine et de s’élever dans la hiérarchie ecclésiastique, il mena pendant une quinzaine d’années des études musicales au plus haut niveau.
Dans la liste des grands compositeurs de musique liturgique et religieuse qu’il présente (et qui comporte entre autres les noms de Lvov, Lomakine, Glinka, Bortnianski, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, Katalsi, Arkhangelski, Tchesnokov, Rachmaninov, Gretchaninov, Troubatchev et Sviridov) il faudrait – ce que sa modestie l’empêchait de faire – ajouter son nom, car il est, dans le domaine de la musique liturgique et religieuse polyphonique, l’auteur d’une œuvre déjà considérable et d’une qualité qui égale celle des plus grands compositeurs. Parmi ses œuvres liturgiques les plus connues (dont existent des enregistrements sur CD diffusés en Russie, et divers enregistrement vidéo), on peut citer: « La Divine Liturgie » et « Les Vigiles », à quoi l’on peut ajouter, parmi les œuvres non liturgiques mais d’inspiration religieuse: « La Passion selon saint Matthieu », un « Oratorio de Noël », un « Stabat Mater », et diverses compostions réunies dans un CD intitulé « Lumière passée et future ».
L’intérêt du Métropolite Hilarion pour le chant polyphonique russe moderne ne le conduit pas à dévaloriser le chant traditionnel znammeny (dont il a fortement soutenu la renaissance en Russie), ni a ignorer les formes musicales des autres Églises locales qui sont également présentées dans ce volume. À noter qu’il garde même une certaine distance critique par rapport au chant polyphonique sophistiqué qui reste très présent dans les grandes églises (qui emploient de manière aberrante des chœurs professionnels dont certains membres sont non croyants), puisque de même que le P. Georges Florovsky parlait d’une « captivité de Babylone » à propos de la théologie russe du XIXe et du début du XXe siècle, Mgr Hilarion déplore avec raison que « les normes esthétiques de la “captivité italienne” (c’est-à-dire des XVIIIe-XIXe siècles) continuent à dominer le répertoire des chorales ».
La partie du livre consacrée à la musique se termine par un chapitre original et intéressant sur les cloches qui, comme le note l’auteur dans son introduction, produisent « la seule forme de musique instrumentale non seulement universellement admise par l’Église orthodoxe, mais faisant partie intégrante de sa liturgie ».

Jean-Claude Larchet

Les chrétiens orthodoxes en Europe centrale et orientale sont en faveur d’un rôle fort de la Russie dans la géopolitique et la religion

Environ un quart de siècle après la fin de l’ère soviétique, la Russie conserve une influence substantielle dans un grand nombre de parties de l’Europe centrale et orientale. La Russie est largement considérée par les chrétiens orthodoxes de cette région comme un important contrepoids aux influences occidentales et comme une protectrice globale des populations orthodoxes et des Russes ethniques, selon un nouveau rapport du Pew Research Center concernant 18 pays en Europe centrale et orientale. Dans pratiquement tous les pays majoritairement orthodoxes, objets du rapport, la majorité ou un grand nombre sont d’accord pour affirmer qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident et qu’elle a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes et les Russes ethniques hors de leurs frontières. Ce sentiment domine même dans trois pays majoritairement orthodoxes faisant l’objet du rapport et qui sont membres de l’Union Européenne : la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Mais le sentiment pro-russe a tendance à être le plus fort dans les Républiques ex-soviétiques qui sont majoritairement orthodoxes et ne font pas partie de l’Union Européenne, y compris l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie. Le soutien en faveur du rôle géopolitique et religieux de la Russie est nettement plus faible en Ukraine, un pays à majorité orthodoxe qui est toujours engagé dans un conflit avec les séparatistes pro-russes dans la partie Est du pays, après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. En outre, dans les pays à majorité catholique ou avec une diversité de religions en Europe centrale ou orientale, tels que la Pologne et la Hongrie, on est beaucoup moins enclin à soutenir le rôle fort de la Russie. À l’exception de l’Ukraine, le soutien pour le rôle de la Russie est répandu à travers tous les autres pays à majorité orthodoxe dans lesquels le Pew Research Center a enquêté. Par exemple, sept personnes sur dix, voire plus, en Grèce (70%), Biélorussie (76%), Serbie (80%), l’Arménie (83%) et la Russie elle-même (85%) sont d’accord, complètement ou en grande partie, avec cette affirmation : « Une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident ». D’autres analystes montrent que les gens qui sont d’accord sur le fait qu’il existe un conflit entre les valeurs occidentales et les valeurs traditionnelles de leur propre pays sont plus enclins que les autres à dire qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident. Il y a également un point de vue qui domine parmi les chrétiens orthodoxes selon lequel la Russie a une obligation de protéger au niveau international les populations orthodoxes. Dans chaque pays à majorité orthodoxe objet de l’enquête, à l’exception de l’Ukraine, la plupart disent qu’ils sont en accord avec la déclaration selon laquelle la « Russie a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes hors de ses frontières ». La majorité de chaque population orthodoxe concernée par l’enquête dans les pays autres que l’Ukraine dit aussi que la Russie a une obligation de protéger les Russes ethniques dans le monde entier. La Russie est également perçue comme le siège de l’autorité religieuse orthodoxe. Parmi les chrétiens orthodoxes, le patriarche de Moscou, qui est le chef de l’Église orthodoxe russe, est plus largement perçu comme une plus haute autorité de l’orthodoxie que le patriarche de Constantinople, malgré le statut de celui-ci de « premier parmi les égaux », les leaders orthodoxes. En fait, dans chaque pays avec une population orthodoxe significative mais qui ne dispose pas d’une Église nationale auto-administrée, les gens sont bien plus enclins à dire qu’ils considèrent le patriarche de Moscou comme la plus grande autorité dans l’orthodoxie. Ce n’est pas une surprise si la majorité en Russie (qui a sa propre Église nationale) considère également le patriarche de Moscou comme l’autorité orthodoxe la plus haute. Dans quatre des six pays étudiés qui disposent de leur Église autocéphale, à savoir la Géorgie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie, la plus grande partie des gens disent qu’ils perçoivent le chef de leur Église nationale comme la plus haute autorité orthodoxe. Il n’y a qu’en Grèce où la majorité voit dans le patriarche de Constantinople la plus haute autorité dans l’Église orthodoxe. Nonobstant le sentiment pro-russe, les chrétiens orthodoxes sont largement d’accord avec les autres Européens du Centre et de l’Est de l’Europe sur le fait que leurs pays devraient avoir des relations étroites avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. La majorité ou la plupart des gens le disent dans chaque pays étudié. Cela est même vrai dans les pays qui sont en faveur d’une Russie forte. Par exemple, une majorité d’adultes en Arménie (66%), Grèce (62%) et Serbie (61%) disent qu’il est de l’intérêt de leur pays de travailler étroitement avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. Cela dit, les sentiments étaient partagés lorsque le Pew Research Center a demandé aux gens dans les ex-républiques soviétiques s’il était plus important pour leur pays d’avoir des « liens forts » avec l’Union Européenne ou avec la Russie. La question n’a pas été posée aux Russes, mais dans trois des cinq pays à majorité orthodoxe où cela a été demandé, l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie, la majorité ou la plupart ont dit qu’il était plus important d’être allié avec la Russie, tandis que la Géorgie est très divisée à ce sujet. Dans les anciennes républiques soviétiques étudiées qui n’ont pas une majorité orthodoxe, les adultes sont plus enclins à dire qu’il est plus important d’avoir des liens forts avec l’Union européenne plutôt qu’avec la Russie.

Source (avec tableaux détaillés)

Vient de paraître: Claude Lopez-Ginisty, «Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr»

Vient de paraître: Claude Lopez-Ginisty, «Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr», Éditions du Désert, 2017, 185 p. Format Kindle, disponible sur Amazon.
José Muñoz (1948-1997), devenu moine orthodoxe Ambroise du Mont-Athos, fut l’humble gardien d’une copie devenue myroblite de l’icône de la Portaïtissa (vénérée au monastère d’Iviron au Mont-Athos). Ce petit livre est un hommage qui lui est rendu par Claude-Lopez-Ginisty qui fut un témoin direct et ami de José.
«Nous allons parler d’un martyr de notre temps, écrit l’auteur dans son Avant-propos. Il vivait en esprit avec les martyrs de tous les temps et de tous les lieux (…). Il fut sur notre terre des vivants un homme simple marchant pieusement vers le Ciel où il demeure à présent. Il obtint du Christ par sa prière fervente le don précieux d’une icône miraculeuse qu’il accompagna dans le monde et donna sa vie pour que ses frères l’aient en abondance de guérisons et de grâces.»
«En rassemblant tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, on s’aperçoit qu’il n’est pas réellement possible d’écrire autre chose que l’histoire de l’Icône et de frère Joseph. Cela est voulu. C’est que sa vie réelle fut celle de gardien fidèle de l’Icône et que son autre vie, il y renonça totalement en choisissant de devenir moine. Il disparut quand disparut l’Icône, c’était là sa seule vie véritable, elle était cheminement lent, sûr et douloureux vers le Ciel. Y ayant atteint enfin, il nous laisse le soin de méditer sur ce que fut son errance mystique sur la terre des vivants.»
L’ouvrage comporte aussi l’Acathiste à l’icône de la Mère de Dieu d’Iviron (version slavonne, traduite par B. Le Caro), ainsi qu’un acathiste « au saint néomartyr Joseph » et des services liturgiques à la mémoire de José Munoz composés par Claude Lopez-Ginisty. À noter cependant que José Muñoz n’a pas été canonisé mais est vénéré dans l’Église Russe Hors-Frontières à laquelle il appartenait. Il est mort dans un hôtel d’Athènes après avoir subi les tortures de marginaux voulant lui faire avouer où était l’icône qui était (entourée par une riza de grande valeur), car il ne l’avait pas avec lui à ce moment-là. L’icône n’a jamais été retrouvée, mais de nombreuses reproductions en ont été réalisées qui sont vénérées dans le monde entier, y compris dans certains milieux catholiques.

Communiqué conjoint de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale et de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

« Qu’il est bon, qu’il est doux de demeurer en  frères tous ensemble » Psaume 133, 1. 

À l’initiative et en présence de Son Éminence Mgr Jean de Charioupolis, les délégués du Conseil diocésain de l’Archevêché et du Conseil d’administration de l’Institut se sont réunis ce lundi 1er mai 2017 en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris.

Le P. Jean Gueit, Vice-Président, ainsi que M.M. Nicolas Lopoukhine, Secrétaire, et Alexandre Victoroff, Trésorier, pour l’Archevêché, M.M. Jean-François Colosimo, Président, et  François Guès, Vice-Président, accompagnés du P. Nicolas Cernokrak, Doyen, pour l’Institut ont ainsi pu mener le dialogue fraternel auquel les avait invités Mgr Jean.      

Ils ont réaffirmé le lien spirituel des deux institutions fortes de bientôt un siècle de communion ecclésiale et d’histoire commune au service de l’orthodoxie en France et en Europe au sein du patriarcat œcuménique de Constantinople.     

L’Institut a redit son attachement fidèle à l’Archevêché comme le premier lieu,  naturel et organique, de sa vocation, de sa mission et de son activité.

L’Archevêché a redit son attachement fidèle à l’Institut dans le respect de son indépendance en tant qu’établissement universitaire privé.

Les délégués sont convenus que leur devoir est de faire face ensemble aux défis présents et à venir, à commencer par la restauration du site de la Colline Saint-Serge, 93 rue de Crimée Paris XIXe, rendue urgente au regard de la détérioration accélérée des sols qui pourrait en compromettre le maintien.

Ils sont également convenus qu’au regard de cette situation objective, d’ordre strictement matériel, et des risques d’interruption dans la continuité de l’enseignement qu’elle présente, l’Institut a pour devoir de se relocaliser de manière transitoire le temps nécessaire à la résolution de ce problème tout en gardant le vif souhait de pouvoir réintégrer dans des conditions propices et dans les meilleurs délais son lieu historique.   

Ils sont convenus, enfin, que l’Archevêché est en droit d’attendre une pleine mobilisation de toutes les compétences utiles à la réhabilitation indispensable et à la permanence vivante,  pour les orthodoxes et par-delà, de ce haut-lieu symbolique.

Les délégués ont ainsi décidé, au nom de leurs institutions respectives, de former un comité conjoint afin d’unir leurs forces et de partager leurs moyens propres afin de rechercher à assurer, en parfaite synergie, la sauvegarde de la Colline Saint-Serge.

Son Éminence Mgr Jean de Charioupolis, Exarque de l’Archevêché, Chancelier de l’Institut, a loué cette concorde, béni cette concertation et encouragé les délégués à mener à bien l’œuvre commune de ce comité conjoint dont il  présidera les travaux.

Paris, le 2 mai 2017

« Allez, faites de toutes les nations des disciples : évangélisation et mission externe dans les paroisses orthodoxes aux États-Unis », un rapport publié par l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis 

La première étude jamais réalisée aux États-Unis sur l’évangélisation et la mission externe dans les paroisses orthodoxes de ce pays a été publiée par l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis. Un résumé et le rapport complet sont disponibles en anglais. Le rapport « « Allez, faites de toutes les nations des disciples : évangélisation et mission externe dans les paroisses orthodoxes aux États-Unis » examine les pratiques et les stratégies développées par certaines paroisses orthodoxes qui peuvent être considérées comme « exemplaires » dans leurs efforts missionnaires et de mission externe. Le lecteur trouvera, par exemple, ce qui suit dans le rapport :
– « Les secrets » pour être une paroisse qui attire et accueille les nouveaux membres
– Huit bonnes pratiques d’accueil de ceux qui visitent la paroisse pour la première fois et de ceux qui posent des questions sur la foi
– Comment les paroisses « exemplaires » atteignent un degré élevé d’engagement de leurs membres dans la vie paroissiale
– Quatre traits distinctifs de l’instruction religieuse dans les paroisses « exemplaires »
– Six « leçons » que la direction de l’Église (les évêques) peut apprendre des paroisses « exemplaires ».
Les paroisses de sept juridictions orthodoxes des États-Unis ont participé à cette étude. Le rapport a été préparé par Alexei Krindatch, coordinateur des recherches de l’Assemblée, en coopération avec le père Eric Tosi (OCA), le père John Parker (OCA) et Adam Roberts (Archevêché d’Antioche). L’étude a été lancée et financée par le Comité pour les Agences et les Organisations agréées (comité de l’Assemblée de l’Assemblée des évêques canoniques des États-Unis, présidé par l’évêque de Nysse Grégoire).

Source

Recension: Saint Nicolas Vélimirovitch, « Le Prologue d’Ohrid », tome 2 (Mai à Août)

Saint Nicolas Vélimirovitch, Le Prologue d’Ohrid, tome 2 (Mai à Août), collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Age d’Homme, Lausanne, 2017, 512 p.
Le Prologue d’Ohrid est l’une des œuvres majeures et les plus connues de l’évêque serbe Nicolas Vélimirovitch (1880-1956), canonisé en 2003 sous le nom de Saint Nicolas de Jitcha et d’Ohrid et surnommé « le Chrysostome serbe » en raison de l’excellence de son talent littéraire.
C’est une œuvre à la fois classique et originale. Divisée en autant de chapitres que de jours de l’année, elle comporte pour chacun: 1) une courte Vie des principaux saints du jour  (c’est donc un Synaxaire abrégé); 2) un poème spirituel consacré à l’un de ces saints; 3) une brève réflexion ; 4) un thème de contemplation; 5) une courte homélie.
Cet ensemble riche et varié en fait un manuel de vie spirituelle au quotidien, que la brièveté des chapitres rend utilisable même par des personnes disposant de peu de temps, et qui peut aussi rendre de grands services dans le cadre de la catéchèse et de la formation spirituelle.
La qualité stylistique des poèmes, des méditations et des homélies place également cet ouvrage dans la catégorie des grands livres de littérature religieuse qui nourrissent l’intelligence et réjouissent le cœur.
Saint Justin (Popovitch) écrivait à son sujet: « C’est le manuel le plus nécessaire – un saint manuel, un saint Euchologe… Dans chaque malheur, ouvre ce saint manuel, et tu trouveras ce qui t’est nécessaire. Il n’y a pas de tourment qui te visite et pour lequel ce saint Euchologe ne te donne la force de le maîtriser par le Christ Dieu. Il n’y a pas de passion qui puisse dominer ton âme et pour laquelle tu n’y trouves de remède qui ait fait ses preuves et qui soit sûr. Il n’y a pas de péché qui puisse te trouver et faire pénétrer la mort dans ton âme, et pour lequel tu ne trouves pas dans le saint Prologue d’Ohrid comment t’en sauver. »
Faisant suite au 1er tome, publié en 2009 et comportant les mois de janvier à avril, ce 2e tome contient les mois de mai, juin, juillet et août.
L’ouvrage ne sera disponible en librairie que dans les prochaines semaines, mais peut être obtenu dès maintenant en étant commandé en ligne sur le site de L’Age d’Homme. Les frais de port sont offerts pour une commande supérieure à 50 euros.

Jean-Claude Larchet

Entretien avec Jean-Claude Polet : « Le père Sophrony m’a donné la force »

Ci-dessous entretien de Raluca Prelipceanu avec Jean-Claude Polet, secrétaire de l’association Saint-Silouane, paru dans la revue roumaine Lumea Credintei, (n°4 – 165 – avril 2017). Entretien réalisé en novembre dernier à l’occasion du colloque « La rencontre avec le père spirituel. Le père Sophrony » organisé à Iassy (Roumanie). Dans cet entretien Jean-Claude Polet évoque sa conversion à l’orthodoxie, sa rencontre avec le père Sophrony (Sakharov), les différences entre les liturgies orthodoxe et catholique.

Photographie du P. Iulian Nistea (source) : Jean-Claude Polet

Raluca Prelipceanu : Comment avez-vous connu le monastère de Maldon ?
Jean-Claude Polet : C’est une longue histoire, mais je vais être court. En fait, pendant plusieurs années j’étais en recherche spirituelle et je naviguais dans tous les domaines religieux : de l’hindouisme jusqu’au christianisme en passant par l’islam. Je n’avais pas de détermination particulière, même si, au départ, j’étais catholique de naissance et de formation, mais j’éprouvais quand même la nécessité de trouver autre chose de meilleur. Un de mes amis m’avait dit : « la solution n’est pas dans une institution religieuse, quelle qu’elle soit, mais dans un maître spirituel, et il faut que tu le cherches ». Et c’est ainsi que je suis allé, avec lui, voir un maître spirituel musulman, soufi en l’occurrence, mais un Occidental converti, qui, après m’avoir écouté, m’a dit : « Si vous ne voulez pas plus que d’être chrétien, et que vous cherchez un maître spirituel, vous ne pouvez rien faire de mieux que d’aller voir le père Sophrony. »

RP : Donc, c’est un musulman qui vous a dit ça ?
J-CL Polet : C’était un chrétien d’origine, converti à l’islam, devenu maître soufi, qui m’a dit ça, mais ce maître soufi avait connu le père Syméon, celui qui était devenu disciple du père Sophrony et qui, depuis l’installation du père Sophrony en Angleterre, était devenu le moine de référence pour les francophones qui se rendaient dans son monastère. Et c’est ainsi que, d’une certaine manière, il m’a dirigé dans une direction qu’il avait déjà indiquée auparavant.

RP : Et comment s’est passée votre première rencontre avec le père Sophrony ?
J-CL Polet : Très simple. Je suis d’abord allé voir Monseigneur Antoine Bloom à Londres parce que je pensais que lui pourrait devenir mon père spirituel. J’y suis allé deux fois, et Monseigneur Antoine, après le deuxième entretien, m’a dit : « Ecoutez, moi je ne vous conviens pas, allez voir le père Sophrony ! ». Ça faisait une deuxième indication : première indication par un maître soufi, deuxième indication par un évêque orthodoxe. Et je suis allé voir le père Sophrony. Enfin, je suis allé au monastère. Je n’ai rien fait comme démarche particulière que d’être là. Il a bien vu que j’étais là, car c’était une époque où il n’y avait pas beaucoup de monde : c’était en 1974. Il m’a vu. Il s’est bien rendu compte que j’étais là pour la première fois. Je suis resté trois jours, et rien ne s’est passé. Je suis reparti. Il ne m’a rien dit : ni bonjour, ni au revoir. Il m’a simplement regardé, quand nous étions à table pour les repas. Je suis retourné une deuxième fois et, à la deuxième fois, il est venu vers moi et il m’a dit : « Vous souhaiteriez me rencontrer ? ». J’ai dit oui, et il m’a convoqué alors. Nous avons eu un premier entretien et, à ce moment-là, je me suis dit : « C’est quelqu’un d’important ». Mais ce n’est qu’à la troisième, ou peut-être à la quatrième fois, je ne sais plus, parce que je suis revenu régulièrement, je venais pratiquement tous les deux mois. Ce n’est donc qu’à la troisième ou à la quatrième entrevue que j’ai senti, précisément, profondément, définitivement, que le père Sophrony assurait en moi la présence de l’Esprit Saint et que, par conséquent, il n’y avait plus à chercher ailleurs, ni mieux.

RP : Et comment en êtes-vous arrivé à être baptisé, en fait, parce que je pense, d’après ce que vous avez raconté à une conférence, que ce n’était pas une décision facile ?
J-CL Polet : Non, je n’ai pas été rebaptisé. Le père Sophrony ne rebaptisait pas, il chrismait. J’ai attendu pratiquement huit ans, je pense, sept ou huit ans, avant de franchir le pas, pour la raison très simple que ma femme, mes enfants, mes parents, mes frères et sœurs, les frères et sœurs de ma femme, tout le monde est catholique et très pratiquant dans ma famille. Il y a des prêtres et des religieuses parmi mes oncles et tantes, etc., et donc c’était très difficile pour moi de créer un élément de rupture, et le père Sophrony m’a toujours dit : « Ne devenez pas orthodoxe tant que vous ne sentez pas le besoin impérieux de le devenir. Restez catholique. Il ne faut pas créer des problèmes, il ne faut pas créer des tragédies. » Mais, au bout d’un certain temps, je n’ai plus pu m’empêcher de le devenir et je me suis enfui, si j’ose dire, du catholicisme pour me réfugier chez le père Sophrony en lui demandant de devenir orthodoxe. Et il me l’a accordé, et il est devenu mon parrain, et c’est le père Syméon qui a célébré la cérémonie de la chrismation.

RP : Je pense que le père Syméon a eu une grande influence sur le monde francophone, n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Tout à fait. Le père Sophrony a eu une très grande influence sur le monde francophone, car il faut savoir qu’en 1974, quand le livre du père Sophrony sur saint Silouane est paru, ce livre a surtout été lu dans le monde francophone par les catholiques. Le monde orthodoxe n’était pas très, très enthousiaste ; le monde protestant, un peu, mais le monde catholique beaucoup. Et ça a fait que le père Syméon, qui est le traducteur en français du père Sophrony, a joué un rôle décisif dans la diffusion de saint Silouane et de la pensée du père Sophrony dans le monde francophone. Et, très vite après que j’avais rencontré le père Sophrony, il m’a désigné le père Syméon comme interlocuteur courant.

RP : D’accord. Et est-ce que vous avez rencontré le père Raphaël, là-bas, au monastère ?
J-CL Polet : Oui, dès le début. Il y était déjà, et donc nous nous sommes rencontrés de multiples fois. Nous avons toujours entretenu des relations très amicales, très sympathiques, mais il n’a jamais été mon père spirituel. Ce n’était pas possible : moi j’avais envie d’avoir le père Sophrony et j’avais aussi le père Syméon, que le père Sophrony m’avait délégué en quelque sorte.

RP : Comment votre famille a reçu votre décision ?
J-CL Polet : Ça a été et ça reste un peu difficile, mais j’assume et tout le monde assume. Si tous ne m’ont pas suivi, je me dis, au fond, que c’est parce que je suis un mauvais mari, un mauvais père, que ça n’a pas fonctionné. Il y a un de mes fils qui est devenu orthodoxe à l’âge de 35 ans, parce qu’il avait fait, lui-même, un cheminement dans ce sens. J’ai une de mes filles qui pourrait le devenir aussi, mais elle hésite et, globalement, il y a quand même une certaine difficulté de dialogue. Cette difficulté de dialogue tient probablement à l’insuffisance de mon témoignage ou, carrément, à la défectuosité de mon témoignage. Mais je pense que ce sont des choses qui vont se régler, un jour ou l’autre, providentiellement, comme beaucoup de choses se sont faites providentiellement à mon point de vue.

RP : Oui, en fait on ne peut pas forcer la liberté des autres n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Non, et le père Sophrony m’a toujours dit :« Ne jamais, jamais forcer ! ». Mais, d’une certaine manière je l’ai fait quand même en mettant les gens devant le fait accompli, n’est-ce pas ? Et donc c’est, là, peut-être, l’erreur que j’ai commise, mais je ne voyais pas de moyen de faire autrement.

RP : Si vous pensez à l’héritage que le père Sophrony vous a laissé, en quoi cela pourrait-il consister ?
J-CL Polet : L’héritage du père Sophrony est majeur et massif, en ce sens que je crois, peut-être d’ailleurs d’une façon un peu vaniteuse, avoir bien saisi sa pensée et sa spiritualité. Mais saisir sa pensée est sans doute moins important. Il me semble surtout qu’il y a en moi quelque chose de sa présence, car c’est le Saint-Esprit qu’il m’a révélé et le Saint-Esprit continue à me donner connaissance de lui. Il y a donc, si vous voulez, comme une espèce de convention établie entre le père Sophrony, les énergies du Saint-Esprit et moi-même : donc, nous sommes en lien permanent. C’est surtout ça. C’est pour ça que je vous dis que c’est majeur et massif. C’est massif parce que je suis tout entier pris par ça, c’est majeur parce qu’il n’y a rien de supérieur, rien de plus important, et en même temps c’est mystérieux parce que je pourrais difficilement exprimer les choses autrement.

RP : Vous pensez que votre relation s’est déroulée sous le feu du Saint-Esprit ?
J-CL Polet : Ça ne fait aucun doute ! Parce qu’avec le père Sophrony, à travers évidemment sa sainteté et la sainteté de saint Silouane, j’ai pris conscience de la présence de l’Esprit Saint. Et chaque fois, quand je voyais le père Sophrony, j’étais situé dans ce que j’appelle la poésie de la présence du Saint-Esprit, une poésie qui, comme l’étymologie du mot le signifie, est un agir, un faire, une fabrique. Il y avait en moi quelque chose qui était fabriqué par le Saint-Esprit. Il s’établissait donc, par cette relation, une espèce de production spirituelle suscitée par son intermédiaire, qui permettait au Saint-Esprit d’agir sur moi. Et j’ai pris conscience du Saint-Esprit et donc, autant qu’une prise de conscience est une prise de connaissance, j’ai pris connaissance de l’existence de l’Esprit Saint, un peu comme saint Silouane lui-même qui dit à peu près dans ses écrits : « je ne savais même pas que le Saint-Esprit existait et maintenant j’ai pris conscience et maintenant je le ressens ». Ça, c’est l’élément décisif. Quand j’ai parlé de l’héritage majeur et massif, l’élément décisif se trouve là.

RP : J’ai une autre petite question. Comment voyez-vous les différences entre les célébrations, disons la liturgie orthodoxe et celle catholique, parce que moi j’ai participé aussi à plusieurs liturgies catholiques. Comment est-ce que vous ressentez cette différence ?
J-CL Polet : Il y a une différence dogmatique qui est claire, notamment dans le Credo. Le père Sophrony disait qu’il préférait mourir plutôt que d’admettre le Filioque dans la constitution théologique orthodoxe. Il y a donc une différence dogmatique. Mais je dirais qu’il y a, au-delà ou en deçà, une différence qui est celle de la plénitude symbolique et de la plénitude de l’intégration de la personne humaine dans sa totalité. Et pour prendre une image un peu triviale, je dirais que la liturgie orthodoxe c’est un poisson complet, et que la liturgie catholique, ce n’est plus que l’arête du poisson.

RP : Et comment voyez-vous le rapprochement entre les catholiques et les orthodoxes ? Est-ce qu’il y a un futur ? Il y a beaucoup de discussions aujourd’hui. Enfin, il a toujours eu des discussions, je crois, et il y en a encore.
J-CL Polet : Il faut espérer et, pour espérer, il faut prier et travailler. Alors il faut prier d’abord, c’est le plus important. Il faut espérer encore et travailler donc. Il faut que le travail se fasse sur la conscience intérieure, la conscience spirituelle. Plus on approfondit, par la prière de Jésus et par d’autres prières, mais la prière de Jésus est privilégiée évidemment, plus on approfondit par la prière de Jésus la réalité profonde qui gît dans le cœur, plus on rencontre les énergies de l’Esprit Saint et plus l’Esprit Saint nous conduit vers la vérité tout entière, qui est le Christ. Et si dans le monde orthodoxe et dans le monde catholique, il y a suffisamment de gens qui font ce travail intérieur, ils vont arriver jusqu’au fond de leurs profondeurs et faire émerger là les énergies de l’Esprit Saint, et alors l’unité ne va pas se faire, elle va simplement se constater. Et elle se constatera de l’intérieur, par l’intérieur, pour l’intérieur. Et une fois que l’intérieur est accompli, l’extérieur peut suivre. Le problème, c’est les résistances de l’extérieur. Aujourd’hui, il y a dans l’Église catholique, comme dans l’Église orthodoxe et comme partout dans l’humanité, des résistances qui se font par l’extérieur pour interdire l’entrée dans l’intériorité, pour interdire à l’intériorité d’exprimer ce qu’elle peut comprendre et ce qu’elle peut vouloir.

RP : En fait, c’est le travail du Saint-Esprit…
J-CL Polet : Ce n’est pas nous, n’est-ce pas ? Ce n’est pas nous qui pouvons nous retrouver. C’est le Saint-Esprit qui nous fera nous retrouver, et pour nous retrouver il faut se retrouver dans le Saint-Esprit. L’œcuménisme diplomatique, si vous voulez, a autant des chances que l’O.N.U. en a d’éviter la guerre.

RP : Est-ce que vous avez des regrets par rapport à votre vie ?
J-CL Polet : À ma vie personnelle ?
RP : Oui.
J-CL Polet : Mon principal regret, c’est de ne pas avoir pu persuader mon entourage immédiat de suivre cette voie que j’ai moi-même suivie. Ça, c’est plus qu’un regret, c’est un échec.

RP : Et une dernière question. Je pense que c’est quand même difficile pour quelqu’un de faire ce chemin de la conversion, comme ça l’a été par exemple pour David Balfour. Est-ce que vous avez eu des doutes, ou est-ce que vous avez eu peur que vous pourriez perdre la vraie voie ?
J-CL Polet : Non, non. C’est la grâce du père Sophrony qui m’a donné cette certitude. Quand je l’ai rencontré, je me suis dit : c’est ça !c’est ça !c’est ça ! et ça ne sera plus jamais autre chose que ça ! Et donc, autant que je ne serai tenté au-delà de mes forces, je resterai fidèle. Je dirais que je ne vois pas la possibilité de ne pas rester fidèle.
RP : C’est aussi la grâce de Dieu qui nous tient sur cette voie.
J-CL Polet : Je n’y peux rien. Le père Sophrony m’a donné la force, et c’est sa force.
RP : Merci beaucoup.

Vidéo: un nouvel entretien sur « La royauté et le sacré »

Le P. Christophe Levalois a donné un nouvel entretien sur son livre La royauté et le sacré (Cerf, 2016) que l’on peut trouver en ligne ici (vidéo).

Présentation: « Traversant les âges et les civilisations, il y expose les principes intemporels sur lesquelles la royauté s’est élaborée et développée dans plupart des cultures.
Un livre important qui démontre comment les questions de la tradition, de l’autorité et de la légitimité demeurent d’une surprenante actualité. Un livre qui permet de se hisser au niveau de compréhension de la politique telle qu’elle était vécue dans les civilisations traditionnelles.« 

Recension: Cyrille d’Alexandrie, « Contre Julien », tome Il, livres III-V

Cyrille d’Alexandrie, Contre Julien, tome Il, livres III-V. Introduction et annotation par Marie-Odile Boulnois, texte grec établi par C. Riedweg (GCS NF 20), traduction par J. Bouffartigue (†), M.-O. Boulnois et P. Castan, « Sources chrétiennes » n° 582, Paris, Cerf, 2016, 663 p.
Ce volume présente la suite (livres III à V) du traité de saint Cyrille d’Alexandrie († 444) « Contre Julien », dont les deux premiers livres avaient été publiés dans la même collection en 1985 par P. Burguière et P. Évieux.
Dans cet ouvrage qui date d’environ 440, le patriarche d’Alexandrie réfute les critiques adressées aux chrétiens par l’empereur Julien dit « l’Apostat » intitulé Contre les Galiléens. Celui-ci avait été publié en 362-363, soit 80 ans plus tôt, mais à l’époque de Cyrille il était toujours perçu comme dangereux, bien que, considéré comme « démoniaque » par les chrétiens, il ait été massivement détruit au point que les citations contenus dans l’ouvrage de Cyrille en constituent aujourd’hui presque l’unique trace. Ce traité de Julien fait partie d’une lignée d’ouvrages anti-chrétiens rédigés par des philosophes païens, à laquelle appartiennent aussi le Discours véritable de Celse (178), qu’a longuement réfuté Origène dans son Contre Celse (248), ou le Contre les chrétiens (après 271) de Porphyre de Tyr, qui fut réfuté par Apollinaire de Laodicée en 370.
Julien adhère à la philosophie néo-platonicienne, mais possède néanmoins une bonne connaissance de la Bible. Il cherche a discréditer le contenu de celle-ci en tant que l’une des bases de la foi chrétienne, en montrant qu’elle est, soit assimilable à la mythologie (dans sa référence à un arbre de la connaissance du bien et du mal, dans son évocation d’un serpent qui parle, dans sa description de l’épisode de la tour de Babel…), soit réductrice (en concevant Dieu comme le dieu des Hébreux et donc comme un dieu national), soit blasphématoire (en faisant apparaître Dieu comme méchant, jaloux ou impuissant).
Pour le réfuter, saint Cyrille d’Alexandrie recourt non seulement à l’exégèse et à la théologie, mais aussi à la philosophie et à la littérature grecques qu’il cite abondamment.
La réfutation de Cyrille garde un caractère actuel, car les objections de Julien ont régulièrement été reprises sous diverses formes jusqu’à nos jours. L’assimilation de certains éléments bibliques à une mythologie a été fortement mise en avant dans les années 60 du siècle dernier dans la théologie protestante (R. Bultmann) et dans une partie de la théologie catholique qui préconisaient une « démythologisation » du christianisme. Le caractère fortement politique et nationaliste de certains épisodes de la Bible (bien qu’il soit plus valorisé par l’exégèse juive que par l’exégèse chrétienne), ou l’image d’un Dieu jaloux, vengeur, ou injuste donnée par d’autres épisodes posent problème à première lecture et appellent, pour être correctement compris, une exégèse adéquate dont cet ouvrage de saint Cyrille d’Alexandrie nous donne un bon exemple.
Un autre aspect intéressant de ce traité est qu’il oppose en de nombreux passages la Trinité chrétienne à la triade néo-platonicienne à laquelle adhère Julien, en montrant les déficiences de cette dernière conception de la divinité, dont le caractère hiérarchique s’inspire de l’hérésie arienne.

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître: « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres » par Nathalie Beaux

Les éditions Médiaspaul vient de publier un nouveau livre de Nathalie Beaux « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres ». L’histoire de Moïse est aussi étonnante que fondatrice, puisque juifs, chrétiens et musulmans en font un personnage central de leur Livre, et que chaque tradition a repris, développé et interprété le moindre passage de sa vie. Mais au-delà de ce destin, déjà si extraordinaire, d’un prince égyptien devenu berger d’hommes au désert, se dessine petit-à-petit le visage d’un voyant de Dieu. Pour tous, il fut un modèle de perfection, un point d’ancrage dans la tourmente de la vie humaine. Pourtant bien peu de pages du livre sont consacrées à la vie de Moïse avant l’Exode : quelques lignes sur son enfance et son adolescence, quelques pages sur l’épisode essentiel du Buisson Ardent, sa rencontre avec Dieu, et encore quelques pages sur les plaies d’Égypte qui permirent au peuple hébreu de partir, enfin, sous sa conduite…
Cette fiction romanesque de la vie de Moïse fait revivre sa jeunesse égyptienne et laisse entrevoir comment il s’est forgé, dans le creuset de deux cultures. On marche ensuite sur ses pas au désert jusqu’à ce lieu de lumière, posé dans les larges plis de la roche, où il vit longtemps dans le dépouillement, auprès de sa femme et de ses fils, auprès de Jéthro, guide du silence. Et là Moïse, dans le creux de son être, ouvre un regard éperdu vers Dieu… qui lui parle. Moïse retourne alors dans la vallée du Nil pour rassembler son peuple selon le dessein du Seigneur.
Largement inspiré des trois traditions monothéistes, ce récit fait œuvre d’unité ; une bibliographie et des notes pour chaque chapitre permettent en fin de volume au lecteur qui le désire de remonter à la source et de comparer l’approche des juifs, des chrétiens et des musulmans (tradition soufie).

Nathalie Beaux est égyptologue (chercheur associée au Collège de France et à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire). Son travail en Égypte et au Sinaï lui a permis de puiser dans ces terres autant que dans l’histoire égyptienne les évocations de l’Égypte antique et du Sinaï qui animent ce volet de la vie de Moïse avant l’Exode. Elle a publié Moïse et le Christ – Rencontre au Sinaï (Cerf).

Message de Pâques du patriarche oecuménique Bartholomée Ier – avril 2017

† Bartholomée par la grâce de dieu archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique que la grâce, la paix et la miséricorde du Christ glorieusement ressuscité soient avec tout le plérôme de l’Église

No de protocole 315

Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur ressuscité,

« En ce monde vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33) : c’est l’assurance que donne aux générations le Seigneur, le seul à avoir anéanti la mort par la mort. Christ est ressuscité ! Nous nous écrions, à notre tour, devant tous ceux qui sont proches et tous ceux qui se trouvent loin, depuis cette cour sacrée de la croix et de la détresse vécues dans le monde ; depuis cette cour qui est aussi celle de la Résurrection ; depuis ce coin de la terre, la ville de Constantin, d’où nous proclamons que « la vie règne », toute corruption, voire la mort elle-même étant dissipée.

Au cours de Sa présence corporelle, le Seigneur a souvent averti Ses disciples qu’ils seraient dans la détresse à cause de Son sacrifice sur la croix, sur le redoutable Golgotha ; à cause aussi de leur action sur terre – la leur, mais aussi celle de tous ceux qui allaient croire au Christ – moyennant cependant un détail significatif : « vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie (…) C’est ainsi que vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira » (Jn 16, 20-22).

Les premières à avoir vécu cette joie surnaturelle sont les femmes porteuses de parfums venues de grand matin au sépulcre du Dispensateur de vie, en entendant le Seigneur leur dire : « Je vous salue » (Mt 28, 9). Éprouvant cette même joie pascale, l’Église Mère de Constantinople déclare aujourd’hui d’une voix de stentor : « Voici le jour que le Seigneur a fait : qu’il soit notre bonheur et notre joie ! » (Ps 118 [117], 24). L’ultime ennemi, la mort, le chagrin, les problèmes, la corruption, la détresse, l’épreuve, sont dépouillés et anéantis par le Seigneur, le Dieu-homme vainqueur.

Nous vivons cependant dans un monde où les médias transmettent sans cesse des nouvelles pénibles faisant état d’attentats terroristes, de guerres locales, de phénomènes naturels désastreux, de problèmes dus au fanatisme religieux, à la famine, à la tragédie des réfugiés, à des maladies incurables, à l’indigence, à des désarrois psychologiques, au sentiment d’insécurité, avec leur cohorte de situations affligeantes.

Alors que nous sommes confrontés à ces « croix » quotidiennes que nous portons en nous répandant en « récriminations », notre Mère la sainte Église orthodoxe vient nous rappeler que nous pouvons être joyeux, car Christ notre chef a vaincu celles-ci, qu’il est le porteur de joie, celui qui « a illuminé l’univers ».

Notre joie est fondée sur notre certitude concernant la victoire du Christ. Nous avons la certitude absolue que le bien l’emportera, car le Christ est venu dans le monde « et il partit en vainqueur et pour vaincre » (Ap 6, 2). Le monde dans lequel nous vivrons éternellement c’est le Christ : la lumière, la vérité, la vie, la paix.

Malgré les croix et les détresses quotidiennes, l’Église Mère, la sainte Grande Église du Christ, ne vit que l’événement de la joie. Elle vit d’ores et déjà, dès la vie présente, le Royaume de Dieu. Depuis ce centre sacré de l’Orthodoxie, du tréfonds du Phanar supplicié, nous déclarons qu’« en cette nuit radieuse messagère du jour » la croix et la détresse prendront fin ; que l’humanité sera consolée de toute souffrance, grâce à la promesse dominicale : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18). « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). C’est ce message que tous nous devons écouter, que notre contemporain doit écouter et s’abandonner pour voir le Christ marcher à ses côtés. Oui, Le voir à ses côtés. Et il ne Le verra que s’il écoute, s’il expérimente Sa parole.

La vie l’a emporté sur la mort, la lumière rayonnante de la bougie pascale, la Lumière sans déclin de la Résurrection, a vaincu les ténèbres du désordre et de la dissolution, des afflictions et des problèmes : c’est ce message que le Patriarcat œcuménique livre au monde entier, en invitant les êtres humains à en faire l’expérience. Il les appelle à se tenir avec foi et espérance devant le Christ ressuscité, devant le mystère de la vie ; il les appelle à se confier au Seigneur ressuscité qui tient les rênes de la création tout entière, le Seigneur de la joie et de l’allégresse.

Écrions-nous donc, frères et enfants : Christ est ressuscité ! Que la grâce et l’infinie miséricorde de notre Seigneur, maître de la vie et vainqueur de la mort, soient avec vous tous.

Phanar, saintes Pâques 2017 † Bartholomée de Constantinople votre fervent intercesseur dans le Christ Ressuscité

Communiqué des évêques orthodoxes de France – Attentats en Egypte !

Les drames terribles qui viennent d’ensanglanter l’Égypte à la veille de la Semaine Sainte, plongent toute l’humanité dans la stupeur et l’indignation. Les mêmes causes produisent malheureusement les mêmes effets. Les communiqués d’indignation ne suffisent plus à arrêter cette terreur qui met en cause les fondements mêmes de toute humanité et fraternité. Il est temps pour la communauté internationale et pour les consciences humaines d’agir pour mettre fin aux causes de ces drames qui touchent aussi bien l’Orient que l’Occident. Les évêques orthodoxes de France qui expriment leur compassion et solidarité avec les frères coptes d’Égypte, présentent leurs condoléances au pape TAWADROS, primat de l’Eglise copte, à son Église et à tout le peuple égyptien. Ils invitent les orthodoxes de France à prier pour les victimes et leurs familles et pour le rétablissement des blessés.

Source

Recension: Michel Quenot, « L’Évangile selon saint Marc, illustré par des icônes et des fresques »

Recension: L’Évangile selon saint Marc, illustré par des icônes et des fresques choisies par Michel Quenot. Éditions Orthdruk. Diffusion La Procure.
Le protopresbytre Michel Quenot, iconologue qui a publié de nombreux ouvrages thématiques illustrés d’une abondante et belle iconographie, et qui a déjà proposé dans cette série l’Évangile selon saint Luc, l’Évangile selon saint Jean et les Actes des Apôtres, redonne à lire ici l’Évangile selon saint Marc, dans la traduction de Second 1910 qui, en raison de sa qualité, reste en usage dans la plupart des églises orthodoxes francophones.
Plus de quatre-vingts reproductions d’icônes ou fresques, souvent peu connues et photographiées par l’auteur in situ, mais toutes d’une facture parfaitement traditionnelle, apportent à la lecture un support visuel qui se révèle particulièrement précieux dans le cadre de la catéchèse, mais aussi pour donner à la lecture une dimension supplémentaire, soulignant notamment, par les moyens propres à l’icône, le caractère divino-humain des actions du Christ, que l’art occidental, marqué par le naturalisme et l’humanisme, et livré à l’imagination de l’artiste, a malheureusement presque toujours réduit à sa seule dimension humaine.
L’auteur présente ainsi son ouvrage:
« Le premier en date et le plus court, cet Évangile frappe par sa spontanéité, son réalisme et son authenticité. Le recours au style oral et familier, puis la description minutieuse des évènements comme s’ils se déroulaient sous nos yeux, font qu’il bouillonne de vie.
En résonance avec le texte, les images forgées au fil des siècles et gorgées de sens donnent à voir la Face visible du Dieu invisible pétrie d’humanité. Le Dieu-homme enseigne, guérit, chasse les esprits impurs, ordonne aux éléments, reprend les bien-pensants, multiplie les pains et donne sa vie pour les autres avant de ressusciter des morts.
Tout ici donne à comprendre l’identité véritable de Celui qui est Parole et engage à nouer une relation profonde avec Lui.
Les 84 illustrations (fresques, icônes, miniature, dessin) manifestent ce que les mots peinent souvent à exprimer.
Bien plus qu’un livre: des paroles de vie et une rencontre avec Celui qui est la Vie. »

Jean-Claude Larchet

Parution de la nouvelle édition de l’ « Annuaire de l’Église orthodoxe »

La nouvelle édition de l’Annuaire de l’Église orthodoxe en France vient de paraître (format 15 x 21 cm – 100 pages).
S’y trouvent:
Une carte avec les 280 lieux de culte orthodoxe en France.
La présentation de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
Une liste de tous les lieux de culte par département avec vos références.
La liste des évêques, des prêtres et des diacres au nombre de 340.
Les monastères et les écoles de théologie.
Les mouvements, institutions et médias.
Les revues, maisons d’éditions, librairies et ciergeries.
Les ateliers de chant liturgique et d’iconographie.
La liste des membres du clergé décédé depuis 2014.

Commande et règlement à adresser au père Samuel,
Monastère de Cantauque – 11250 Villebazy
Tél : 04 68 31 69 61 – Courriel : aofrance@nordnet.fr
Chèque libellé à l’ordre de : ”Association monastère de Cantauque”
Page dédié

Tarifs port compris :
1 exemplaire : 15€
3 exemplaires : 30€
5 exemplaires : 40€
Pour la vente en paroisse ou en magasin
(à partir de 10 ex.), demandez les tarifs.

Édition de printemps du site Musique-orthodoxe.com

Dans son édition de printemps, le site Musique-orthodoxe, créé et animé par le père Michel Fortounatto, s’adresse particulièrement aux chefs de chœur pour présenter des aspects assez techniques du chant d’Eglise. Il doit être évident que celui-ci ou celle-là portent une charge plus lourde que le reste des chanteurs en présence aux offices. ‘Donner le ton’ et assurer le déroulement de l’ordo sont leurs premières tâches. Or il n’y a pas de limites dans le panorama des compétences. Ici le chef de chœur œuvre à être, lui-même, elle-même, un chanteur accompli. La clarté intelligente et la beauté, la profondeur de la liturgie offrent un large champ pour l’expérience. Pour retrouvez donc les quatre nouveaux ‘billets’, cliquez ICI !

Recension: Vladimir Dimitrijevic, « Béni soit l’exil ! »

Vladimir Dimitrijević, Béni soit  l’exil ! Entretiens avec Gérard Conio. Coédition Éditions des Syrtes et L’Age d’Homme, Genève et Lausanne, 2017, 360 p.
Arrivé en Suisse en 1954 à l’âge de vingt ans, fuyant le régime communiste alors établi en Yougoslavie, Vladimir Dimitrijevic (1934-2011), passionné de littérature, devint libraire puis fonda en 1966 les éditions L’Age d’Homme à Lausanne, et créa aussi à Lausanne, Genève et Paris des librairies avant tout dédiées à la diffusion de ses publications, mais qui furent aussi des lieux de débat et d’échange. Il publia de grands auteurs russes et serbes alors inconnus du public francophone, mais aussi des auteurs oubliés, ou marginaux et parfois maudits, rejetés par les autres éditeurs mais en lesquels son goût et son intuition littéraires lui faisaient croire. Il publiait alors toutes leurs œuvres, même quand la vente de certains titres ne suivait pas, faisant preuve à leur égard d’une fidélité sans faille quitte à sacrifier la prospérité économique de sa maison d’édition. Son idéalisme littéraire le conduisait aussi à se sacrifier lui-même, notamment en prenant en charge personnellement les travaux de secrétariat, de manutention et de transport. Gérard Conio note dans sa préface: « On a souvent reproché à Vladimir Dimitrijević un refus des pratiques commerciales courantes. Vladimir Dimitrijevié était un mystique de l’édition. Il avait envers l’art littéraire un véritable culte qui l’empêchait de l’associer aux trois idoles dénoncées par Charles Péguy: l’argent, le pouvoir et l’orgueil. On a aussi reproché à Vladimir Dimitrijevié de restreindre excessivement ses dépenses aussi bien envers lui-même qu’envers ses collaborateurs. Il menait une vie ascétique, mangeant des sandwiches et dormant dans son camion, afin de pouvoir éditer un livre de plus. Et il exigeait des autres ce qui lui paraissait naturel à lui-même pour la gloire de la littérature. Et il a résisté jusqu’au bout à la marchandisation qui est devenue aujourd’hui la principale règle de l’édition. »
Béni soit l’exil ! est le titre choisi par Vladimir Dimitrijević lui-même à une série d’échanges qu’il eut entre 1996 et 2011 avec Gérard Conio – l’un des auteurs de la maison devenu ami de l’éditeur – et dont il corrigea lui-même la rédaction finale. Ces dialogues laissent voir l’éditeur inspiré, avant tout lecteur passionné, découvreur intrépide et passeur prenant tous les risques, habité par une frénésie de publication hors norme, mais également l’homme engagé, résolument insoumis à la dictature de la pensée unique.
On y retrouve son parcours personnel, la Serbie, ses positions pas toujours comprises mais toujours assumées, ses choix éditoriaux, son regard sans concession sur ses contemporains, la Russie, les médias, le communisme, l’Occident, la religion, l’art …
Ces entretiens laissent régulièrement apparaître la foi vibrante de ce chrétien orthodoxe qui fut aussi l’un des principaux éditeurs de livres orthodoxes dans le monde francophone, faisant place 1) d’abord à la collection « Sophia », fondée et dirigée et par Constantin Andronikof, qui en fut aussi le principal traducteur; 2) puis à la collection « La Lumière du Thabor » qui publia notamment les premières œuvres du Père (aujourd’hui saint) Justin Popović, les première œuvre de l’évêque (aujourd’hui saint) Nicolas Vélimirović, un précieux recueil d’études sur saint Augustin et quelques beaux ouvrages hagiographiques; 3) et enfin à la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », qu’il accepta avec enthousiasme lorsque je lui en présentai le projet, qu’il me permit de diriger avec une complète autonomie et une totale liberté, qui comportera bientôt près de 30 volumes, qui est devenue la principale collection de livres de spiritualité dans le monde orthodoxe, et dont le rayonnement touche tous les milieux.
Comme ultime hommage à ce grand éditeur, je voudrais citer les dernières pages de ce livre, qui témoignent à la fois de son bel enthousiasme, de son activité brûlante, foisonnante et inlassable, de sa distance critique vis-à-vis du monde moderne, et de sa foi orthodoxe:

« À la fin de sa vie, mon père m’a dit quelque chose qui m’a bouleversé. Je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de parler avec lui, pendant ses années d’emprisonnement, puis avec mon exil. Mais il m’a dit cette phrase. Je la dirai d’abord en serbe, puis je tâcherai de la traduire en français. Il m’a dit: “Ne umri neistrosen”, ce qui veut dire: “Ne meurs pas sans avoir tout accompli, tout donné, meurs sans reste.” Ça m’a bouleversé et je l’ai aussitôt rattaché à un souvenir d’enfance qui m’avait beaucoup marqué. Oh! C’était une petite fable de mon livre de lecture, à l’école, quand j’étais tout petit, une histoire assez anodine, mais dont le sens m’avait frappé et m’était resté. On y racontait que deux charrues étaient à vendre. Un paysan en a acheté une. Le vendeur, dans le magasin, se moquait de l’acheteur et lui disait: “Maintenant, tu vas travailler, tu vas peiner, et moi, je vais me reposer dans le magasin.” Puis, quelque temps après, le paysan est revenu avec sa charrue pour faire une réparation. Et la charrue qui était restée dans le magasin était rouillée, tandis que l’autre avait acquis par le travail cet éclat qu’a l’outil usagé. Hier, on regardait un livre de photos sur les outils, ces outils qui ont été le prolongement de l’homme, qui ont une histoire. Quand mon père m’a dit cela, cette petite histoire m’est tout de suite revenue en tête. Je me suis dit: “Effectivement, je vais me dépenser, mais je vais me dépenser pour quelque chose. Je ne resterai pas rouillé. Je ne resterai pas là à pourrir.” Parce que je suis absolument certain que quelque chose doit sortir de nous tout le temps. Je ne veux pas parler forcément d’un travail physique. Autrement, c’est la catastrophe. Le grand danger pour la vie d’aujourd’hui est qu’on ne donne pas assez de travail aux gens, je ne parle pas du travail stupide, mécanique, mais du travail créateur, même le plus simple qui soit. Le travail artisanal est un travail créateur, tandis que le travail industriel, le travail administratif n’est pas un travail créateur, c’est une occupation dans laquelle on tue simplement le temps.
Aujourd’hui, nous avons les machines. Nous disposons de beaucoup de facilités qui soulagent le travail physique de l’homme. Mais il faut au plus vite trouver une activité qui aide l’homme à se développer. Et je ne parle pas du sport, parce qu’il ne faut pas remplacer une forme de travail par une forme de loisir, mais stimuler tout ce qui doit faire fonctionner nos cellules, car, étant donné toutes les découvertes réduisant les hommes à l’inactivité, elles pourraient un jour ne plus fonctionner. Il faut le faire, car pour moi la régression guette l’homme, la société. C’est comme quelque chose qui nous pousse vers la mort, vers la mort dans la vie. C’est un sentiment terrifiant, c’est pire que la mort. Il faut réagir.
Curieusement, ce monde-là ne veut pas dépenser de l’énergie, il ne veut pas se dépenser, il est, comme disait mon père, neistrosen. Il n’est pas utilisé. “Dépense-toi, disait-il, c’est la seule chose qui compte.” Ce n’est pas un appel au saccage ni à une quelconque manière de gaspillage. C’est les Actes des Apôtres. Les apôtres marchent tout le temps. Ils ne sont pas là comme des bouddhas. Je n’ai rien contre Bouddha. Bouddha est là et enseigne. C’est très bien.
Je ne peux pas entrer en contradiction avec Bouddha ou avec les gens qui se prosternent devant lui. Mais, pour moi, ce que j’ai senti dans l’appel de ma religion et de mon Dieu, c’est la nécessité de me dépenser. La passion est quelque chose qui brûle, une dépense. Pour moi, la charrue est une image d’enfant qui dit bien ce qu’elle veut dire: “Dépense-toi!” Les apôtres se sont dépensés. Ils ont témoigné, ils ont écrit des livres, des épîtres. C’est cela notre vision du monde et c’est cela notre vision de la fin du monde. Parce qu’il y aura une fin, il y aura un jugement. »

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître : « Offices de Pâques et de la Semaine radieuse »

Le livre Offices de Pâques et de la Semaine radieuse (couverture ci-contre), qui vient d’être publié par Apostolia, comprend l’ensemble des offices célébrés à Pâques et toute la semaine de Pâques, en langue française, selon l’usage en vigueur dans l’Église roumaine, et selon les traductions adoptées par les paroisses francophones de celle-ci. En plus des textes liturgiques, il contient toutes les indications nécessaires à la célébration, ainsi que différents rituels propres à la Semaine radieuse (bénédiction des aliments pascals, célébration de la Paraclisis au cours de la semaine pascale, litie avec petite bénédiction des eaux qui a lieu les lundi et vendredi radieux, préparation de la communion des malades pour toute l’année, etc.). De plus, il comporte un appendice avec l’Évangile des vêpres du dimanche de Pâques en 14 langues, le tropaire de Pâques en 15 langues et la salutation pascale « Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité ! » en 104 langues. Ce livre s’adresse bien sûr à tous les célébrants, aux chœurs des différentes paroisses, mais également à tout fidèle qui souhaiterait lire au cours de la semaine pascale tous ces textes éclatants de lumière et porteurs de la joie la plus pure. Il est imprimé sur papier ivoire avec une couverture dure et deux marque-pages.
Le livre est disponible à la Métropole orthodoxe roumaine (librairie@mitropolia.eu), à la librairie Saint Serge, et sur Amazon.

Les ouvrages publiés par Apostolia (Métropole roumaine) peuvent être commandés en ligne

Les ouvrages en français publiés par Apostolia (Métropole orthodoxe roumaine) peuvent être désormais commandés en ligne chez Amazon : La vie de notre Seigneur Jésus-Christ de Marina Paliaki, pour la formation religieuse des enfants à partir de 3 ans; Un signe sur le sable (adaptation du monastère d’Ormylia), un roman pour les enfants; Timothée le voleur d’icônes de Willy Fährmann, roman; Un martyr après les persécutions – Saint Jean Chrysostome (adaptation du monastère d’Ormylia), récit de toute la vie, riche et pleine de rebondissements, de saint Jean Chrysostome, pour les jeunes; À l’école de l’amour sacrificiel du métropolite Joseph, trois méditations sur la vie intérieure pour les temps de trouble et d’épreuve; La confession dans l’Église orthodoxe, actes de l’université d’été 2015; L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église, actes de l’université d’été 2014; Prie comme tu respires, la vie comme liberté du père Marc-Antoine Costa de Beauregard, « L’acquisition du Royaume consiste, dans un premier temps du moins, à conquérir un lieu qui est en moi et que je ne connais pas parce que je n’y suis pas »; Ma première rencontre avec le Christ… au cœur de mon enfer de mère Siluana Vlad; Le saint mariage du père Vasile Gavrilă, une parole pastorale.

Parution : « Saint Jean Chrysostome » d’Alain Durel

Dans les kiosques à partir d’aujourd’hui : Saint Jean Chrysostome, un livre de 140 pages d’Alain Durel avec un CD de textes lus par Michael Lonsdale, une coédition du Figaro et des Presses de la Renaissance. Le livre comprend aussi le texte de la liturgie de saint Jean Chrysostome.  Prix: 9,95 euros. Présentation. En ligne: un des textes lus par Michael Lonsdale.

Vient de paraître: « Image de l’invisible. L’art dans l’Église orthodoxe » par Mgr Hilarion Alfeyev

mgr_hilarionLes Éditions Sainte-Geneviève viennent de publier un nouvel ouvrage de Mgr le métropolite Hilarion (Alfeyev) intitulé Image de l’invisible. L’art dans l’Église orthodoxe. L’ouvrage est présenté sur cette page avec quelques illustrations et il est possible, sur cette même page, de le commander.

Témoignage : « De la Terre Sainte à Liège en passant par la Bretagne : notre chemin vers l’Église »

Nous vous invitons à lire le témoignage d’Anne et Nicolas Van Cranenbroeck sur leur cheminement spirituel. Cet article a été publié dans Nadejda/Espérance (bulletin de la paroisse Saints Alexandre Nevsky et Séraphin de Sarov de Liège (N° 28, janvier-février-mars 2017).

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Ntre chrismation en l’église orthodoxe de Quimper (Bretagne) par le Père Yannick Provost.

« C’est le dimanche 28 août 2016 que nous avons été chrismés, Anne et moi, par le Père Yannick (Provost), recteur de la paroisse orthodoxe de Quimper (Bretagne) faisant partie de l’Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, Exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Ce fut l’aboutissement, pour moi, Nicolas, d’un long chemin remontant à mon enfance et qui m’a fait découvrir, étape par étape et avec la grâce de l’Esprit Saint, l’église orthodoxe.

C’est enfant que j’ai été pour la première fois en vacances avec mes parents et mon jeune frère dans le village voisin du monastère (catholique) bénédictin de Chevetogne. C’est là que j’ai visité avec admiration l’église byzantine avec ses merveilleuses fresques et ses icônes. C’est aussi à Chevetogne que mes parents m’ont offert ma première icône (que je conserve précieusement).

Nos familles respectives, à Anne et à moi, nous ont offert comme cadeau de naissance une Foi catholique vivante. Depuis notre mariage, le 29 mai 1982, nous avons essayé de continuer à la vivre de notre mieux, entourés des vivants et des défunts. Lors de la Révolution française, mes ancêtres paternels ont caché un prêtre. Ma famille maternelle a quitté Reims au début du XXème siècle pour revenir en Belgique afin de pouvoir continuer à élever les enfants dans la Foi. L’un de ces sept enfants est devenu Père Jésuite. Anne a eu la grâce d’avoir un oncle moine à l’abbaye trappiste Notre-Dame d’Orval.

Adolescent, j’ai pris conscience de la situation dramatique des chrétiens d’URSS et des pays communistes d’Europe de l’Est grâce la lecture des Cahiers du Samizdat, du mensuel Catacombes (dont le rédacteur en chef était Sergiu Grossu), du bulletin d’informations de l’Aide à l’église en Détresse (AED), association catholique internationale animée par le Père Werenfried van Straaten, et par les publications du Foyer Oriental Chrétien de Bruxelles. De la lecture à l’action, il n’y avait qu’un pas. C’est ainsi que j’ai signé des pétitions, envoyé des lettres et même manifesté devant l’ambassade d’URSS à Bruxelles avec Maman (je me souviens même des agents qui nous photographiaient avec des téléobjectifs depuis l’ambassade).

En même temps, j’ai écouté, parfois durant des soirées entières, les premiers 33 tours des chants liturgiques russes du monastère de Chevetogne.

Puis ce fut la rencontre avec l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne. À la fin de mes études secondaires, j’avais écrit un article élogieux dans la revue étudiante sur le livre Soljenitsyne, le croyant – lettres, discours, témoignages d’André Martin (1973) que j’avais lu sur les conseils de mes parents et fort apprécié. Dans l’édition suivante de la revue étudiante, un professeur, fortement influencé par l’idéologie marxiste, écrivait un article en réponse critiquant mes propos. Il y affirmait qu’Alexandre Soljenitsyne était un authentique communiste qui cherchait avant tout par ses écrits à réformer le socialisme. Piqué au vif par cette attaque à laquelle je ne m’attendais pas, j’ai alors décidé de lire les ouvrages du Prix Nobel de Littérature de l’année 1970. J’y ai découvert non seulement un grand homme mais aussi un grand chrétien orthodoxe. Alexandre Soljenitsyne m’a aussi fait palper ce que l’on appelle « l’âme russe ». C’est Alexandre Soljenitsyne, lors d’une émission de télévision Apostrophes avec Bernard Pivot, qui m’a appris ce qu’était le repentir orthodoxe : celui-ci repose sur la prise de conscience dans tout son être de son état de pécheur et sur la nécessité du retournement (metanoia) qui en découle pour revenir sans cesse dans la plus grande humilité à Dieu.

Le film d’Andreï Tarkovski consacré à Andreï Roublev (1966) m’a fasciné (je ne compte plus le nombre de fois que je l’ai ensuite revu, au cinéma ou en vidéo) et m’a ouvert un grand nombre d’autres portes grâce aux autres films de ce grand réalisateur russe. C’est lui également qui m’a confirmé l’importance du repentir pour un chrétien orthodoxe. C’est aussi le premier film que nous avons été voir ensemble, Anne et moi, lorsque nous étions fiancés.

Mes parents, catholiques pratiquants, m’ont toujours encouragé dans cette découverte de l’Orthodoxie. C’est grâce à eux que j’ai pu lire (et relire) les Récits d’un pèlerin russe. Et de là, je suis parti à la recherche de la Philocalie (l’Amour de la Beauté). La Prière de Jésus m’est alors devenue familière.

À la fin de l’année 2011, Maman (veuve depuis 1995) entend une présentation sur RCF (radio catholique française diffusée notamment en Belgique francophone) d’un nouveau livre consacré au monastère des sœurs orthodoxes de Solan dans le Gard (sud de la France) : Le Monastère de Solan – Une aventure agroécologique. Connaissant mon grand intérêt et mon engagement pour la protection de la nature et la sauvegarde de la création depuis 1973 mais aussi ma grande sensibilité pour l’Orthodoxie, Maman s’empresse de me signaler la sortie de presse de ce livre. Je l’achète immédiatement et je le lis et le relis.

Peu de temps après, je parle avec enthousiasme de ce livre à un collègue orthodoxe qui me dit avoir déjà été à Solan. En mars 2012, il me propose de nous rendre à deux à Solan en passant par le monastère (orthodoxe) de Saint-Antoine-le-Grand dans le Vercors, fondé par le Père Placide (Deseille), moine du monastère de Simonos Petra (Sainte Montagne de l’Athos). C’est alors que ma découverte de l’Orthodoxie s’est amplifiée et que ma vision du monachisme catholique actuel s’est ouverte sur une tradition infiniment plus ancienne et plus authentique (celle des Pères de l’église et des Pères du Désert). À Solan, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Père Placide et de me procurer ses nombreux petits fascicules que j’ai lus et relus.

Le soleil que je voyais alors comme catholique était certes le soleil mais il était voilé et sa chaleur était amoindrie. Je commençais à percevoir que le soleil était en réalité plus lumineux et plus chaud que ce que je ressentais alors.

Puis, ce fut le grand cadeau de la Mère de Dieu et d’Anne : ce sont elles qui m’ont permis d’aller huit jours en pèlerinage à la Saint Montagne de l’Athos avec mon collègue orthodoxe et un autre collège catholique. Ce pèlerinage m’a profondément bouleversé (retourné au sens de la metanoia). L’église orthodoxe devenait de plus en plus tangible. N’ayant pas emporté de rasoir, j’ai laissé pousser ma barbe (je la porte toujours aujourd’hui). Je n’avais pas non plus emmené mon appareil photographique, préférant tout conserver en mon cœur, comme la Mère de Dieu.

Depuis ma première visite à Solan, Anne et moi avons pu correspondre par la voie postale (les sœurs n’utilisent en effet pas internet) avec la révérende Mère Hypandia, l’higoumène de cette belle communauté, et la spiritualité orthodoxe est encore devenue plus enthousiasmante, notamment grâce aux livres qu’elle m’avait conseillé de lire. Grand lecteur, d’autres nombreux beaux et bons livres m’ont permis de progresser dans la connaissance de l’Orthodoxie. Et internet m’a ouvert de nombreuses portes et fenêtres (et plus spécifiquement le site internet www.orthodoxie.com que je consulte chaque jour).

En août 2015, Anne et moi sommes partis passer quelques jours à Uzès dans le Gard, à proximité du saint monastère de Solan. Nous avons participé à la Journée de prières pour la Sauvegarde de la Création organisée depuis plus de deux décennies par les sœurs de Solan et l’association des Amis de Solan (dont nous faisons partie, Anne et moi). Cette association a pour objectif d’aider les sœurs dans leur démarche agroécologique et son président n’est autre que Pierre Rabhi, agriculteur bio, essayiste et poète français d’origine algérienne. La démarche de Solan m’a alors permis de découvrir, sur le terrain, l’engagement pris en 1989 par sa sainteté Dimitrios Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, en faveur de la Sauvegarde de la Création. C’est lui en effet, mû par l’Esprit Saint, qui a institué la Journée de prières pour la Sauvegarde de la Création le 1er septembre de chaque année, premier jour du nouvel an ecclésial (tout un programme). Et c’est seulement en 2015 que le Pape François a proposé aux catholiques de s’associer à l’église orthodoxe pour prier ensemble durant cette journée. Pour moi qui était et reste engagé en matière de protection de la nature et de sauvegarde de la création, la position précoce de l’église orthodoxe dans ce domaine m’a ouvert les yeux et le cœur sur sa solidité théologique, basée sur les saintes écritures tout autant que sur les Pères de l’église et sur les nombreux saints qui ont montré, durant leur vie, qu’il était possible de retrouver, sur terre, la création d’origine, celle qui existait avant la chute.

En décembre 2015, nous nous rendons, Anne et moi, dans une grande librairie catholique de Bruxelles pour y admirer l’exposition des sœurs orthodoxes du monastère Sainte-élisabeth de Minsk en Biélorussie. Nous les avions écoutées à plusieurs reprises lors de concerts en Belgique et connaissions leur remarquable engagement, à la fois spirituel et social. En échangeant avec une sœur parlant français sur mes lectures orthodoxes, celle-ci m’a demandé de manière très directe : « Mais pourquoi n’êtes-vous pas orthodoxe ? » Je lui ai répondu que l’Esprit Saint saurait bien m’indiquer le moment de ce choix car je ne voulais en aucun cas forcer mon épouse à me suivre.

Mont des Oliviers (Jérusalem) – Avril 2016

Mont des Oliviers (Jérusalem) – Avril 2016

Durant l’année 2015, grâce au site internet www.orthodoxie.com, j’apprends l’organisation par l’Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale d’un pèlerinage orthodoxe en Terre Sainte en octobre de la même année. En prenant connaissance du programme, j’en ai aussitôt parlé à Anne en ces termes : « Regarde ce beau programme : nous sommes à présent pensionnés et si nous devons faire un jour ce pèlerinage, je pense que ce sera celui-ci. Mais serons-nous acceptés en tant que catholiques ? » La réponse du Père Yannick (Provost), organisateur et guide, ne s’est pas fait attendre : nous étions non seulement acceptés mais aussi fraternellement accueillis. Par suite des tensions sévissant à Jérusalem, le pèlerinage a été reporté de l’automne 2015 au printemps 2016, en plein Carême orthodoxe. C’est ce pèlerinage qui nous a ouvert les yeux du cœur et de l’âme : c’est en Terre Sainte, là où le Christ a vécu, que nous avons compris que l’église orthodoxe était réellement l’église indivise, celle qui a été fondée par le Christ sur ses apôtres, sur leurs successeurs et sur le peuple de Dieu. Les prières et la fraternité des pèlerins tout autant que celles des nombreux chrétiens orthodoxes rencontrés (dont des évêques, des prêtres, des moines, des moniales et de pieux fidèles) nous ont assurément menés sur ce chemin de vérité.

Au retour du vol Tel Aviv-Paris, au moment de nous séparer, plusieurs pèlerins ont été surpris d’apprendre que nous étions catholiques. Nous nous étions en effet faits tout petits, dans un profond respect mutuel.

Rencontre des pèlerins avec le 9atriarche Théophile III de Jérusalem

Rencontre des pèlerins avec le 9atriarche Théophile III de Jérusalem

Ce pèlerinage en Terre Sainte [1] restera l’un des moments les plus forts de notre vie. La présence du Père Yannick et de son épouse Anastasia, du Père Stephen (Headley), recteur de la paroisse de Vézelay, et de Monseigneur Jean de Charioupolis a contribué à ce retournement vécu en couple.

De retour en Belgique, nous avons été invités par une amie orthodoxe à participer à la Divine Liturgie du jour de Pâques célébrée par Monseigneur Jean de Charioupolis en l’église des Saints-Côme-et-Damien à Ixelles (Bruxelles) : nous avons vécu la fête des fêtes comme l’aboutissement de notre pèlerinage (lequel, rappelons-le, a eu lieu en partie en Carême).

Anne et moi n’avons ensuite pas dû nous parler beaucoup : l’illumination reçue en Terre Sainte était totalement partagée. Cependant, jamais je n’aurais voulu forcer Anne à me suivre dans la demande d’entrée en communion de l’église. Après avoir accepté il y a 34 ans de m’épouser et après avoir mis au monde nos deux enfants, Marie et François, Anne m’a fait un nouveau et magnifique cadeau en me proposant de demander notre entrée à deux dans la communion de l’église.

Lors de notre chrismation par le Père Yannick, nous étions entourés des paroissiens de Quimper, de notre fils François (notre fille Marie et son mari Jean-Michel n’avaient pu nous rejoindre) mais aussi de tous les pèlerins bretons de Terre Sainte. La « bonne odeur de l’Esprit Saint » s’est alors emparée de tout notre être et le soleil est enfin devenu brillant et chaud.

Nous avons choisi pour commencer notre vie de « bébés orthodoxes » (nous avons en effet beaucoup à découvrir et c’est une grande grâce) de nous insérer dans la paroisse russe de Liège. Et, cadeau du ciel, c’est Monseigneur Jean de Charioupolis qui est devenu de ce fait notre Archevêque. Merci au Père Guy (Fontaine) et au Père Alexandre (Galaka) mais aussi à tous les paroissiens de nous accueillir et de nous aider à poursuivre notre chemin qui mène à Dieu.

Merci aussi  à toutes celles et tous ceux qui nous ont conduits vers Dieu depuis notre Baptême : c’est dans le face à face qui suivra notre naissance au ciel que nous saurons tout ce que nous leur devons.

Nicolas Van Cranenbroeck

En la fête de saint Nicolas, le 6 décembre 2016″

[1] Monique De Vaere-Descamps en a parlé dans son article intitulé « Quelques jours en terre sainte – Pèlerinage organisé par notre archevêché » publié dans Nadejda/Espérance N° 26, juillet-août-septembre 2016, pp. 21 à 23.

Recension: Bertrand Pinçon, « Le livre de Job »

pincon_jobBertrand Pinçon, Le livre de Job, collection « Mon ABC de la Bible », Cerf, Paris, 2016, 146 p.
Le livre de Job est sans doute le plus fascinant des livres de la Bible, premièrement par sa force intrinsèque et le destin extrême de son héros (un homme au plus haut point prospère devenu au plus haut point miséreux), deuxièmement parce qu’il renvoie à l’expérience de la souffrance et du sentiment d’abandon que chaque personne peut éprouver, troisièmement parce qu’il représente le paradoxe, a priori incompréhensible, voire révoltant, du juste souffrant. Sa rédaction comportant plusieurs couches, la difficulté de sa forme s’ajoute à celle de son contenu, raison pour laquelle il a suscité à diverses époques de nombreux commentaires proposant à chaque fois une approche exégétique renouvelée.
Ce petit livre, dû à Bertrand Pinçon, docteur en théologie biblique de l’Université de Strasbourg, professeur d’exégèse de l’Ancien Testament et doyen de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon, est le bienvenu malgré l’abondante littérature déjà existante. Écrit dans un style simple, il aborde les aspects relatifs à la composition du livre: l’identité de son héros, la date et le lieu de la rédaction, le contexte historique et le message général du livre, son style en forme de drame et de tragédie, le détail de sa structure et le résumé de son contenu, avant d’en proposer une analyse répartie en ses différents thèmes : 1) La foi à l’épreuve du mal ; 2) Sens et non-sens de la souffrance ; 3) La survivance de l’espérance ; 4) Le lieu de la vraie sagesse ; 5) Dieu plus grand que notre mal ; 6) La création et son Créateur. Les deux derniers chapitres concernent la réception du livre de Job dans différents contextes religieux et non religieux, et les œuvres qu’il a inspirées dans l’art, la littérature et la musique.
Citons l’introduction de l’auteur, qui fait bien apparaître les enjeux, toujours actuels, de ce grand texte biblique:

« Ne dit-on pas “pauvre comme Job”? La formule est connue pour désigner une personne en situation de précarité extrême et à qui la vie n’a pas réussi. Cette expression trouve son origine dans un des livres de la Bible qui met en scène le personnage de Job, un homme soudainement affecté par une souffrance inexpliquée et qui, pourtant, tient bon dans l’épreuve. Par la gravité du sujet qu’il aborde, le livre de Job ne laisse personne indifférent. En le lisant, on ne manque pas d’être tout à la fois séduit et dubitatif par l’intrigue qui se déploie au long des quarante-deux chapitres du livre. On est séduit par les réactions humaines de cet homme affronté au désarroi le plus total et par les questions existentielles qu’il pose au fil de l’œuvre: à quoi bon vivre si c’est pour vivre ainsi? Face à un tel drame, à quoi peut servir le réconfort des proches? Et Dieu dans tout cela? Où est-il? Et que fait-il? Cependant, à y regarder de près, on ne manque pas de s’interroger aussi sur la manière dont ce livre traite de l’expérience du mal: en dépit du malheur qui le ronge jusque dans son corps, et malgré les révoltes qu’il exprime, Job tient bon dans la foi. À aucun moment il ne rejette Dieu. Au contraire, il s’adresse à lui et l’interpelle, parfois vigoureusement. Il en vient même à le mettre en demeure de s’expliquer ouvertement. Si bien que malgré le désespoir qui le gagne, Job persiste à afficher une apparente sérénité enracinée en son Dieu qui ne peut pas l’abandonner, malgré son silence.
Le livre aborde un sujet universel sans référence explicite à un quelconque fait historique, ni même à l’histoire biblique de l’alliance de Dieu avec son peuple Israël. Le thème de l’œuvre est, principalement, le problème du mal et, avec lui, celui de l’énigme de la souffrance des êtres innocents. À partir de ce thème central, le livre traite de quelques-uns des grands sujets de l’existence humaine: le caractère aléatoire de notre existence, les inégalités constatées entre les situations personnelles, le silence persistant de Dieu et sa souveraine liberté, le sens de la vie en ce monde quand elle doit intégrer son lot de souffrances et la mort… À travers ces sujets qui nous concernent tous, c’est essentiellement la relation tumultueuse que l’homme blessé entretient avec son Dieu qui est envisagée comme fil rouge de cette œuvre de la Bible. Dans le livre de Job, il ne s’agit donc pas seulement d’une méditation sur la souffrance imméritée d’un innocent mais, bien davantage, d’une réflexion de fond sur le drame de la foi en Dieu vécue par un juste qui souffre.
Jusque-là, la justice et la droiture étaient considérées par les sages de la Bible comme des vertus à promouvoir parce qu’assurant le bonheur sur terre des êtres humains. Le juste et le sage sont récompensés par Dieu pour leur conduite tandis que le méchant et l’impie sont réprouvés. C’est ainsi qu’était présentée jusque-là la sagesse traditionnelle d’Israël dans le livre des Proverbes: “L’homme de bien attire la faveur du Seigneur mais l’homme malintentionné, celui-ci le condamne” (Pr 12, 2). Mais qu’en est-il du juste terrassé par le mal? Telle est la question posée au fil du livre de Job. Cette problématique n’est pas nouvelle dans la Bible. D’autres livres de l’Ancien Testament avaient déjà eu à traiter de cette question en reconnaissant un rôle positif joué par la souffrance comme valeur de purification chez le prophète Isaïe: “Je tournerai la main contre toi, j’épurerai comme à la potasse tes scories, j’ôterai tous tes déchets” (Is 1,25) ou bien comme appel à la conversion, telle celle de l’épouse infidèle selon les belles paroles du Seigneur par l’entremise du prophète Osée: “C’est pourquoi je vais obstruer son chemin avec des ronces, je l’entourerai d’une barrière pour qu’elle ne trouve plus ses sentiers; elle poursuivra ses amants et ne les atteindra pas, elle les cherchera et ne les trouvera pas. Alors elle dira: je veux retourner vers mon premier mari, car j’étais plus heureuse que maintenant” (Os 2,8-9). Il est toutefois des cas où, dans l’Ancien Testament, la souffrance humaine est prise en compte pour elle-même. Ainsi sont reconnus quelques renversements de situations: les puissants qui chutent et les pauvres qui sont relevés; le Seigneur qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au Shéol et en ramène, qui appauvrit et qui enrichit (cantique d’Anne, mère Samuel en 1 S 2, 4-7) sans oublier le thème du prophète incompris et du serviteur souffrant (ls 52, 13 – 53, 12).
C’est sur cet arrière-fond de remise en cause d’une justice automatiquement récompensée que le livre de Job apporte l’originalité d’une pensée critique renouvelée. C’est la raison pour laquelle cette œuvre de sagesse, qui ne répond à aucune catégorie connue de la littérature biblique, mérite d’être parcourue. »

Il est regrettable que l’auteur n’ait pas vu en Job, comme l’ont vu les Pères de l’Église, une préfiguration (typos) du Christ, qui fut par excellence le Juste et l’Innocent souffrants, et qu’il n’ait pas montré non plus comment le message du livre de Job préfigure aussi la rupture que le Nouveau Testament introduit par rapport à l’Ancien en ce qui concerne le lien entre la vertu et la prospérité matérielle, ou entre le péché et la souffrance ou d’autres misères liées à l’existence terrestre (voir notamment Jn 9, 1-3). Selon la logique de l’Ancien Testament, il y a un lien de cause à effet : l’homme juste, vertueux, est récompensé par Dieu par une prospérité qui s’étend à tous les domaines (de la santé, de la réussite sociale, de la richesse, de la fécondité et de la prospérité familiales), tandis que l’homme injuste reçoit dans les malheurs qu’il subit le juste salaire de son injustice. Le Nouveau Testament rompt avec cette logique, soulignant que les fruits de la justice et de la vertu ne se mesurent pas en biens de ce monde, mais sont de nature purement spirituelle et peuvent s’acquérir en Christ, qui nous en a acquis la grâce, à travers l’expérience même de la maladie, de la souffrance, de la pauvreté, du mépris par les autres, et même de l’apparent abandon de Dieu (déréliction) dont la plupart des saints ont fait l’expérience. J’ai développé tous ces points, en m’appuyant aussi sur une analyse du livre de Job, dans mon livre Dieu ne veut pas la souffrance des hommes.

Jean-Claude Larchet

« L’après Crète » par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster)

L’institution « Eglise orthodoxe » va demeurer dans l’état d’inertie qui était le sien avant le concile de Crète qui s’est tenu récemment, si les responsables ecclésiastiques ne s’activent pas à tirer les leçons des fautes qu’ils ont commises dans le passé, et ce en forgeant une vision d’avenir « commune » destinée à surmonter les cassures qui frappent les Orthodoxes et à prendre des mesures audacieuses pour aviver leur vie ecclésiale. Certains diront peut-être que nous exagérons. Pourtant, les événements de ces derniers mois ont montré, d’une manière incontestable, que les Orthodoxes sont encore toujours en-deçà, plus de quinze ans après leur entrée dans le troisième millénaire, de l’esprit conciliaire dont ils ne cessent de s’enorgueillir. Ils sont, sans doute aucun, en-deçà de l’esprit conciliaire que l’Eglise catholique a manifesté pendant le concile de Vatican II, ce concile qui a changé le visage du catholicisme et l’a poussé en avant sur la voie de sa transformation en une Eglise qui est sérieusement en intelligence avec la situation de l’homme contemporain, ses préoccupations et ses aspirations.
A peine le concile de Crète venait-il de s’achever, que les milieux de l’Eglise constantinopolitaine se mirent à l’afficher comme un « succès » éclatant. Ce faisant, ils passent sous silence le fait qu’au moins la moitié du monde orthodoxe n’était pas représentée en Crète, et que les délégations participantes, exception faite des Eglises de Roumanie et de Serbie, ont un caractère essentiellement grec, et adhèrent à la tradition hellénophone, non seulement comme un universalisme culturel – c’est le cas de tous les Orthodoxes –, mais comme le fondement d’un nationalisme hypertrophié et maladif. Certes, le traitement du chancre nationaliste qui aujourd’hui déchire le monde orthodoxe ne se fera pas en le remplaçant par un autre, russe, roumain, serbe ou arabe, non moins maladif et pléthorique, mais bien en critiquant et en brisant le penchant nationaliste et en retournant à l’esprit de l’Evangile. C’est ce que de grands théologiens ne cessent de répéter depuis soixante-cinq ans. Mais l’autre malheur qui ravage notre Eglise, c’est l’énorme cassure, absolument sans précédent, entre l’autorité ecclésiastique et la pensée théologique, au point qu’il semble à l’observateur que l’Eglise orthodoxe se compose d’agrégats fragmentés, à savoir une autorité ecclésiastique qui se considère comme « l’Eglise », d’un peuple en grande partie indifférent, et d’une troupe de théologiens qui le plus souvent se trouve en plein désarroi entre l’autoritarisme des chefs et le désintérêt du peuple.
Certes, l’Eglise de Constantinople s’emploie à présenter le concile de Crète comme une grande réalisation qui contribue à renforcer l’image que les milieux de cette Eglise s’efforce de forger ces derniers temps, en particulier en ce qui concerne le rôle du patriarche de Constantinople : pour notre part, notre propos n’est pas ici de discuter de ce rôle, de son étendue et de son cadre. C’est là une question que les Orthodoxes se doivent d’examiner « ensemble » et de lui trouver une formule acceptable, loin de toute concurrence, prise de bec et vocifération. Tel n’est donc pas ici le problème. Le problème réside dans le mépris de l’intelligence humaine lorsque le concile de Crète est présenté comme une « réalisation » et « un succès », alors que tout un chacun connaît l’inconsistance des documents qu’il a publiés et le style hautain qui a dominé le message qu’il a adressé au « monde ». Tout le monde se rend compte que ce qui a été présenté comme une « ouverture » aux autres Eglises et aux autres religions n’était rien d’autre qu’une tentative pour arrondir les angles, et cela alors que les pères conciliaires se heurtèrent, premièrement, à leur division sur les grandes questions qui touchent à la modernité, à la mondialisation et à la relation à l’autre, et, deuxièmement, au manque du temps nécessaire pour lancer le chantier d’un authentique dialogue sur ces questions. L’évêque Calliste (Ware), qui était présent en Crète, a reconnu que la tâche des pères conciliaires se limitait, la plupart du temps, à entériner des documents qui laissaient à désirer, préparés à l’avance, à l’exception de légères modifications, dont quelques-unes sont peut-être à propos, mais qui ne désaltèrent pas des millions d’Orthodoxes assoiffés d’une parole de vie.
Mais qu’en est-il de l’après Crète ? L’importance de tout concile, quelles que soient les fautes et les failles qui accompagnèrent sa tenue, réside dans la capacité des Eglises orthodoxes à l’ « assimiler » de manière positive. Cette assimilation ne signifie pas l’acceptation des documents du concile dans leur forme actuelle. En effet, l’expérience historique nous enseigne que la réception des grands conciles était un processus fécond comportant souvent la critique, l’interrogation et le remaniement, voire même l’accord sur une nouvelle formulation. Il se peut que certains s’attendent à ce que l’Eglise de Constantinople, qui est le parrain du concile et son propagateur, s’empresse à transmettre ses travaux et ses documents à toutes les Eglises orthodoxes, en leur demandant de les étudier et de les entériner. Il convient de rappeler ici que ceci ne s’applique pas seulement aux Eglises qui ont boycotté le concile, mais encore celles qui y étaient également représentées, étant donné que l’entreprise de réception n’est pas limitée à une délégation, mais concerne l’ensemble du corps ecclésial, et surtout le peuple croyant. Mais qui a dit que ce rôle devait être limité à l’Eglise de Constantinople ? Et qu’en serait-il si cette Eglise ne s’empressait pas ou tardait à le remplir ? Et qui a dit que le traitement du malaise existant dans le monde orthodoxe se limite à « assimiler » les travaux et les documents du concile de Crète ? La blessure qui fissure le corps de l’Eglise orthodoxe n’est-elle pas bien plus profonde que ce qui fut dit en Crète ? Ce qui n’y a pas été dit, ou ce que les pères conciliaires se contentèrent de survoler rapidement, n’est-il pas bien ô combien plus important que ce qu’ils ont déclaré et consigné par écrit ? Eh bien oui ! L’avenir de l’Eglise orthodoxe est plus important que le concile de Crète. Et les défis qu’elle affronte dépassent les textes qui y ont été entérinés. Et les grandes questions qui mettent toute notre identité orthodoxe à l’épreuve, elles n’ont aucunement été abordées sur l’île grecque. Où a-t-il été question de ce qu’il y a d’immuable et de mouvant dans la tradition ? Où a-t-il été question du rôle des charismes dans l’Eglise, y compris le monachisme, et le rôle des femmes ? Où a-t-il été question de la liturgie et de sa réforme ? Où a-t-il été question de l’éducation théologique ? Où a-t-il été question de la réhabilitation du diaconat ? Où a-t-il été question des relations entre l’autorité ecclésiastique et la politique après la chute de Constantinople et l’effacement du monde byzantin ? Où a-t-il été question de la position face à la modernité et ses défis, et en particulier la liberté de l’individu et de la pensée, ainsi que des réalisations dans le domaine des sciences humaines ? L’importance du concile de Crète ne réside ni dans sa tenue ni dans ses documents, mais en ce qu’elle nous indique la profondeur de la crise qui aujourd’hui meurtrit notre Eglise. La responsabilité de la sortie de cette crise n’incombe pas uniquement à l’Eglise de Constantinople ; ce n’est pas non plus la responsabilité de la seule Eglise russe, ni d’ailleurs celle de la seule Eglise roumaine et qu’on voudrait la voir porter, à savoir jouer un rôle « conciliateur » entre Istanbul et Moscou, selon le vœu de l’évêque Calliste (Ware). C’est véritablement la responsabilité commune de tous les Orthodoxes et la responsabilité de tous ceux que l’Esprit du Seigneur a appelés à jouer un rôle positif en aidant notre belle Eglise à sortir de son inhibition et de sa régression.
Sur cette base, notre Eglise antiochienne est appelée elle aussi à dépasser le retrait « inéluctable » qui a découlé de son boycott du concile de Crète, et cela malgré la légitimité de sa position et la sincérité de son interrogation critique à l’endroit de ce concile. Et ce dépassement ne sera effectif qu’en élaborant un plan d’avenir, dont nous devons dès à présent dessiner les grandes lignes. Inutile de dire que ce plan exige, de prime abord, que nous rassemblions les ressources intellectuelles dans cette Eglise, y compris théologiques et juridiques, et celles spécialisées dans les sciences humaines, et qu’en bénéficie tout un chacun selon le charisme qui lui a été prodigué, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent malgré les promesses qui ont été faites à plus d’une reprise sur l’importance d’aviver les charismes dans l’aire antiochienne. Il va de soi que ce plan doit comporter une vision claire sur la manière de surmonter le complexe du concile de Crète et d’œuvrer à sa diffusion en établissant des canaux de communication avec toutes les Eglises orthodoxes. Mais ce qui est plus important que le concile de Crète en soi, c’est de préparer un futur concile qui incitera les Eglises orthodoxes à affronter les grandes questions en apportant un témoignage vivant et unique de l’Evangile de Jésus crucifié et ressuscité d’entre les morts, ce qui n’est quasiment pas le cas aujourd’hui. Ne méritons-nous pas, nous Antiochiens, d’être les pionniers de cette vision, nous qui fûmes les premiers à critiquer le concile de Crète à juste titre et à en indiquer les défauts ? Ne convient-il pas que nous nous inspirions de notre glorieux héritage sans invoquer notre petit nombre et des guerres et des malheurs qui nous ont fait souffrir ces dernières années ? L’Evangile de Jésus, qui a jailli en notre sein, ne nous incite-t-il point à tirer notre force de notre faiblesse et de nous transformer en une ruche bourdonnante afin que nous disions aux Orthodoxes ce qui doit être dit, et d’indiquer ce qui doit être fait ?
Que celui qui a des oreilles entende, et que celui qui en est dépourvu ne s’en prenne qu’à lui-même…

(Al-Nour, Beyrouth, vol. 6, 2016 Traduction de l’arabe par Marcel Pirard)

Déclaration du patriarche de Moscou Cyrille au sujet de la restitution à l’Église orthodoxe russe de la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg

Des contestations ont eu lieu dans l’opinion publique à Saint-Pétersbourg au sujet du retour à l’Église orthodoxe russe de la cathédrale Saint-Isaac. Aussi, le 17 février 2017, en la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, au début de la séance ordinaire du Conseil ecclésial suprême de l’Église orthodoxe russe, le patriarche de Moscou Cyrille a fait la déclaration suivante à ce sujet :

« Une partie énorme des églises de l’Église orthodoxe russe est constituée par des monuments qui, pendant les années d’athéisme militant, a été enlevée par la force aux croyants et a été utilisée comme le considéraient opportun les autorités. Certaines de ces églises (c’était bien sûr la minorité) ont été transformées en musées ; les autres ont été utilisées dans des buts purement utilitaires, comme des ateliers, des granges, des entrepôts, des greniers… C’est un fait historique indéniable que ce sont précisément les croyants qui ont en grande partie créé le patrimoine culturel de notre pays – des milliers d’œuvres d’art, des églises, des monastères. Restituer le droit de conserver de façon indépendante nos lieux saints ne peut constituer quelque menace, alors qu’il est seulement question d’insuffler une vie authentique aux monuments, les faisant encore dans une plus grande mesure des moyens de culture populaire. Ce sera la poursuite des labeurs des dignes employés des musées, avec la contribution personnelle d’un grand nombre d’entre eux. Le transfert de la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg l’année du centenaire des événements révolutionnaires est appelé à être le symbole de la réconciliation de notre peuple. À une certaine époque, la destruction des églises et les assassinats massifs de fidèles ont été la page la plus horrible de l’histoire de notre division nationale. Maintenant, la paix autour des églises restituées doit devenir le symbole de la concorde et du pardon mutuel – des blancs et des rouges, des croyants et incroyants, des riches et des pauvres. En effet, la beauté de la cathédrale Saint-Isaac qui est ouverte à tous, pénètre de la même façon jusqu’au cœur de chaque homme, indépendamment de sa nationalité, de ses convictions, de la langue qu’il parle. L’Église prie pour que la restitution de la cathédrale Saint-Isaac mette un terme aux mauvais desseins des gens qui font de la maison de prière une occasion de discorde. Nous croyons que le Seigneur très miséricordieux apportera la paix et dissipera les doutes qui ont surgi en raison de la méconnaissance ou de l’ignorance des faits. Je voudrais m’adresser en premier lieu aux gens bien disposés qui se prononcent aujourd’hui contre la restitution de la cathédrale de l’Église orthodoxe russe. J’énumérerai les raisons pour lesquelles ils expriment leur attitude négative au sujet d’une telle restitution. La première est la crainte que la cathédrale cesse d’offrir le libre accès aux gens étrangers à l’Orthodoxie. Je garantis que la cathédrale sera ouverte à tous ceux qui le souhaitent, à ceux qui veulent y prier comme à ceux qui veulent simplement voir la beauté de ce magnifique édifice et faire connaissance de l’histoire de ce remarquable monument. Qui plus est, contrairement à la pratique en vigueur aujourd’hui, l’entrée de la cathédrale sera gratuite. La deuxième préoccupation est liée à la poursuite de l’activité propre au musée. Naturellement, la cathédrale constitue une œuvre remarquable de notre culture nationale, et pour se familiariser avec ce monument, il est nécessaire d’être accompagné par des guides professionnels. Cet accompagnement sera réalisé pleinement, au même niveau qu’aujourd’hui. Bien plus, nous espérons que ce niveau ne fera que s’élever, de même que le niveau de l’activité de musée, sous ses aspects scientifique et éducatif. Enfin, on se préoccupe du fait que l’Église ne puisse faire face aux tâches de restauration comme le faisait le musée. Je vous assure que l’Église disposera des moyens nécessaires. Tandis que l’entrée sera absolument gratuite, les visites guidées seront payantes, ainsi que l’accès à la colonnade de la cathédrale Saint-Isaac, donnant la vue sur la ville. Selon nos comptes, ces moyens seront entièrement suffisants pour les travaux de restauration en cours tels qu’ils ont été réalisés durant les dernières dix années. Ce que je dis maintenant, en m’adressant à tous – je veux encore le souligner aux critiques bienveillants de la transmission à l’Église de la cathédrale Saint-Isaac – sera accompli. Toutes les garanties que nous donnons, seront réalisées. Aussi, nul ne doit s’inquiéter de la réduction du budget municipal en raison de certains crédits accordés à l’Église pour les travaux de restauration, ni de la réduction de l’activité touristique, ni la limitation de l’accès à la cathédrale. Cependant, on a l’impression qu’aujourd’hui la question de restitution de la cathédrale Saint-Isaac ne trouble pas autant les critiques bienveillants que ceux qui s’efforcent de l’exploiter à des fins politiques. Je demande à tous, tant aux autorités, qu’à la société, à notre peuple, percevoir précisément ainsi ces actions de protestations. Nous vivons dans des conditions de pluralisme politique, et les gens expriment leur point de vue à ce sujet ou un autre de la vie de l’État et de la société. Très souvent, leur position s’avère être orientée politiquement, telle est la réalité. Mais la restitution de la cathédrale Saint-Isaac à la l’Église ne doit pas dans son principe devenir la cause de protestations politiques. J’espère beaucoup que, après les clarifications données par le patriarche, ces actions de protestation cesseront. Et que Dieu fasse que la question de l’Église et de son rôle dans la vie de la société, pas plus que celles de l’art et de la culture, ne nous divise, et que nous puissions construire ensemble un meilleur avenir pour notre pays et notre peuple ».

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Jovan Nikoloski