26/06/2017
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Archives de catégorie : Livres

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André Scrima : « L’évangile de Jean – un commentaire »

« Certains livres essaient de faire revivre le passé, d’autres interrogent le présent, d’autres encore s’efforcent d’ouvrir l’avenir. Très peu en vérité surgissent comme venant d’ailleurs, d’un au-delà des temps, pour demeurer avec nous, telle une présence toujours fidèle… Si nous savons entrer dans leur intimité, ces livres nous mènent jusqu’au lieu où les yeux et les cœurs s’ouvrent sur un autre espace dont nous portons tous la nostalgie, tout près de Dieu. »
A. S.
Voici la traduction inédite et intégrale du commentaire de l’évangile de Jean donné aux moines du monastère de Deir-el-Harf (Liban) par l’une des personnalités marquantes de l’Orthodoxie au xxe siècle.
Introductions de Marcel Pirard et Anca Vasiliu, qui ont tous les deux connu l’auteur. Traduit de l’arabe par Marcel Pirard (chapitres 1-17) et du roumain par Anca Vasiliu (chapitres 18-21).
Archimandrite de l’Église orthodoxe, André Scrima (1925-2000) est philosophe et théologien de formation. Après avoir quitté sa Roumanie natale,  il fut chargé de mission du Patriarcat oecuménique de Constantinople auprès du concile Vatican II, professeur à l’université de Saint-Joseph de Beyrouth et membre fondateur de l’Académie internationale des sciences religieuses de Bruxelles.
Éditions du Cerf, 2017, 427 p.

Parution du livre « Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe » par Boris Zaïtsev

Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe (traduit du russe par Anne Davidenkoff). Paru le 11 mai 2017

Les Zaïtsev et leur fille quittent la Russie en 1922, espérant y revenir bien vite. Mais après un arrêt à Berlin, puis en Italie, ils s’installent définitivement à Paris en janvier 1924. Zaïtsev s’efforcera de transcender ce déracinement comme en témoignent ses souvenirs de Russie, ses romans sur la vie des émigrés russes en France mais également grâce au pèlerinage dans des hauts lieux de la tradition monastique russo-byzantine. Les deux récits présentés ici, le Mont Athos (1927) et Valaam (1936), sont une projection de cette quête de l’auteur exilé, qui s’exprime de manière symbolique à travers l’errance de nombreux moines itinérants, ermites et ascètes, croisés en chemin sur la « Sainte Montagne » et dans l’archipel de Valaam, sur le lac de Ladoga. Deux joyaux littéraires d’une rare richesse poétique écrits à la suite d’un voyage en Grèce et en Finlande. Ces petites paraboles, finement rédigées et sans prétention théologique, restent accessibles à tout lecteur : Zaïtsev met à notre portée l’histoire de la spiritualité fondée sur le silence qui conduit à la paix du cœur (l’hésychasme). Plus qu’un livre de souvenirs sur des lieux visités, ses récits du Mont Athos et de Valaam sont des récits d’états d’âmes emprunts de spiritualité. « Dans mon récit il n’y a rien de savant, de philosophique ou théologique. C’est comme simple pèlerin orthodoxe et écrivain russe que j’ai vécu ces quelques journées au Mont Athos. Et seulement à ce titre ! » Boris Zaïtsev (1881, Russie – 1972, Paris) est un écrivain, romancier, nouvelliste, traducteur et dramaturge russe. Figure emblématique de l’émigration russe, et ami proche d’Ivan Bounine, il publie pendant les cinquante années de sa vie en France plus de 30 livres et 800 articles. 236 pages – 15 € code EAN: 978-2-940523-55-

Vient de paraître: Claude Lopez-Ginisty, «Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr»

Vient de paraître: Claude Lopez-Ginisty, «Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr», Éditions du Désert, 2017, 185 p. Format Kindle, disponible sur Amazon.
José Muñoz (1948-1997), devenu moine orthodoxe Ambroise du Mont-Athos, fut l’humble gardien d’une copie devenue myroblite de l’icône de la Portaïtissa (vénérée au monastère d’Iviron au Mont-Athos). Ce petit livre est un hommage qui lui est rendu par Claude-Lopez-Ginisty qui fut un témoin direct et ami de José.
«Nous allons parler d’un martyr de notre temps, écrit l’auteur dans son Avant-propos. Il vivait en esprit avec les martyrs de tous les temps et de tous les lieux (…). Il fut sur notre terre des vivants un homme simple marchant pieusement vers le Ciel où il demeure à présent. Il obtint du Christ par sa prière fervente le don précieux d’une icône miraculeuse qu’il accompagna dans le monde et donna sa vie pour que ses frères l’aient en abondance de guérisons et de grâces.»
«En rassemblant tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, on s’aperçoit qu’il n’est pas réellement possible d’écrire autre chose que l’histoire de l’Icône et de frère Joseph. Cela est voulu. C’est que sa vie réelle fut celle de gardien fidèle de l’Icône et que son autre vie, il y renonça totalement en choisissant de devenir moine. Il disparut quand disparut l’Icône, c’était là sa seule vie véritable, elle était cheminement lent, sûr et douloureux vers le Ciel. Y ayant atteint enfin, il nous laisse le soin de méditer sur ce que fut son errance mystique sur la terre des vivants.»
L’ouvrage comporte aussi l’Acathiste à l’icône de la Mère de Dieu d’Iviron (version slavonne, traduite par B. Le Caro), ainsi qu’un acathiste « au saint néomartyr Joseph » et des services liturgiques à la mémoire de José Munoz composés par Claude Lopez-Ginisty. À noter cependant que José Muñoz n’a pas été canonisé mais est vénéré dans l’Église Russe Hors-Frontières à laquelle il appartenait. Il est mort dans un hôtel d’Athènes après avoir subi les tortures de marginaux voulant lui faire avouer où était l’icône qui était (entourée par une riza de grande valeur), car il ne l’avait pas avec lui à ce moment-là. L’icône n’a jamais été retrouvée, mais de nombreuses reproductions en ont été réalisées qui sont vénérées dans le monde entier, y compris dans certains milieux catholiques.

Vidéo: un nouvel entretien sur « La royauté et le sacré »

Le P. Christophe Levalois a donné un nouvel entretien sur son livre La royauté et le sacré (Cerf, 2016) que l’on peut trouver en ligne ici (vidéo).

Présentation: « Traversant les âges et les civilisations, il y expose les principes intemporels sur lesquelles la royauté s’est élaborée et développée dans plupart des cultures.
Un livre important qui démontre comment les questions de la tradition, de l’autorité et de la légitimité demeurent d’une surprenante actualité. Un livre qui permet de se hisser au niveau de compréhension de la politique telle qu’elle était vécue dans les civilisations traditionnelles.« 

Vient de paraître: « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres » par Nathalie Beaux

Les éditions Médiaspaul vient de publier un nouveau livre de Nathalie Beaux « Moïse d’Égypte – L’Enfant des trois Livres ». L’histoire de Moïse est aussi étonnante que fondatrice, puisque juifs, chrétiens et musulmans en font un personnage central de leur Livre, et que chaque tradition a repris, développé et interprété le moindre passage de sa vie. Mais au-delà de ce destin, déjà si extraordinaire, d’un prince égyptien devenu berger d’hommes au désert, se dessine petit-à-petit le visage d’un voyant de Dieu. Pour tous, il fut un modèle de perfection, un point d’ancrage dans la tourmente de la vie humaine. Pourtant bien peu de pages du livre sont consacrées à la vie de Moïse avant l’Exode : quelques lignes sur son enfance et son adolescence, quelques pages sur l’épisode essentiel du Buisson Ardent, sa rencontre avec Dieu, et encore quelques pages sur les plaies d’Égypte qui permirent au peuple hébreu de partir, enfin, sous sa conduite…
Cette fiction romanesque de la vie de Moïse fait revivre sa jeunesse égyptienne et laisse entrevoir comment il s’est forgé, dans le creuset de deux cultures. On marche ensuite sur ses pas au désert jusqu’à ce lieu de lumière, posé dans les larges plis de la roche, où il vit longtemps dans le dépouillement, auprès de sa femme et de ses fils, auprès de Jéthro, guide du silence. Et là Moïse, dans le creux de son être, ouvre un regard éperdu vers Dieu… qui lui parle. Moïse retourne alors dans la vallée du Nil pour rassembler son peuple selon le dessein du Seigneur.
Largement inspiré des trois traditions monothéistes, ce récit fait œuvre d’unité ; une bibliographie et des notes pour chaque chapitre permettent en fin de volume au lecteur qui le désire de remonter à la source et de comparer l’approche des juifs, des chrétiens et des musulmans (tradition soufie).

Nathalie Beaux est égyptologue (chercheur associée au Collège de France et à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire). Son travail en Égypte et au Sinaï lui a permis de puiser dans ces terres autant que dans l’histoire égyptienne les évocations de l’Égypte antique et du Sinaï qui animent ce volet de la vie de Moïse avant l’Exode. Elle a publié Moïse et le Christ – Rencontre au Sinaï (Cerf).

Parution de la nouvelle édition de l’ « Annuaire de l’Église orthodoxe »

La nouvelle édition de l’Annuaire de l’Église orthodoxe en France vient de paraître (format 15 x 21 cm – 100 pages).
S’y trouvent:
Une carte avec les 280 lieux de culte orthodoxe en France.
La présentation de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
Une liste de tous les lieux de culte par département avec vos références.
La liste des évêques, des prêtres et des diacres au nombre de 340.
Les monastères et les écoles de théologie.
Les mouvements, institutions et médias.
Les revues, maisons d’éditions, librairies et ciergeries.
Les ateliers de chant liturgique et d’iconographie.
La liste des membres du clergé décédé depuis 2014.

Commande et règlement à adresser au père Samuel,
Monastère de Cantauque – 11250 Villebazy
Tél : 04 68 31 69 61 – Courriel : aofrance@nordnet.fr
Chèque libellé à l’ordre de : ”Association monastère de Cantauque”
Page dédié

Tarifs port compris :
1 exemplaire : 15€
3 exemplaires : 30€
5 exemplaires : 40€
Pour la vente en paroisse ou en magasin
(à partir de 10 ex.), demandez les tarifs.

Vient de paraître : « Offices de Pâques et de la Semaine radieuse »

Le livre Offices de Pâques et de la Semaine radieuse (couverture ci-contre), qui vient d’être publié par Apostolia, comprend l’ensemble des offices célébrés à Pâques et toute la semaine de Pâques, en langue française, selon l’usage en vigueur dans l’Église roumaine, et selon les traductions adoptées par les paroisses francophones de celle-ci. En plus des textes liturgiques, il contient toutes les indications nécessaires à la célébration, ainsi que différents rituels propres à la Semaine radieuse (bénédiction des aliments pascals, célébration de la Paraclisis au cours de la semaine pascale, litie avec petite bénédiction des eaux qui a lieu les lundi et vendredi radieux, préparation de la communion des malades pour toute l’année, etc.). De plus, il comporte un appendice avec l’Évangile des vêpres du dimanche de Pâques en 14 langues, le tropaire de Pâques en 15 langues et la salutation pascale « Le Christ est ressuscité ! En vérité Il est ressuscité ! » en 104 langues. Ce livre s’adresse bien sûr à tous les célébrants, aux chœurs des différentes paroisses, mais également à tout fidèle qui souhaiterait lire au cours de la semaine pascale tous ces textes éclatants de lumière et porteurs de la joie la plus pure. Il est imprimé sur papier ivoire avec une couverture dure et deux marque-pages.
Le livre est disponible à la Métropole orthodoxe roumaine (librairie@mitropolia.eu), à la librairie Saint Serge, et sur Amazon.

Les ouvrages publiés par Apostolia (Métropole roumaine) peuvent être commandés en ligne

Les ouvrages en français publiés par Apostolia (Métropole orthodoxe roumaine) peuvent être désormais commandés en ligne chez Amazon : La vie de notre Seigneur Jésus-Christ de Marina Paliaki, pour la formation religieuse des enfants à partir de 3 ans; Un signe sur le sable (adaptation du monastère d’Ormylia), un roman pour les enfants; Timothée le voleur d’icônes de Willy Fährmann, roman; Un martyr après les persécutions – Saint Jean Chrysostome (adaptation du monastère d’Ormylia), récit de toute la vie, riche et pleine de rebondissements, de saint Jean Chrysostome, pour les jeunes; À l’école de l’amour sacrificiel du métropolite Joseph, trois méditations sur la vie intérieure pour les temps de trouble et d’épreuve; La confession dans l’Église orthodoxe, actes de l’université d’été 2015; L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église, actes de l’université d’été 2014; Prie comme tu respires, la vie comme liberté du père Marc-Antoine Costa de Beauregard, « L’acquisition du Royaume consiste, dans un premier temps du moins, à conquérir un lieu qui est en moi et que je ne connais pas parce que je n’y suis pas »; Ma première rencontre avec le Christ… au cœur de mon enfer de mère Siluana Vlad; Le saint mariage du père Vasile Gavrilă, une parole pastorale.

Parution : « Saint Jean Chrysostome » d’Alain Durel

Dans les kiosques à partir d’aujourd’hui : Saint Jean Chrysostome, un livre de 140 pages d’Alain Durel avec un CD de textes lus par Michael Lonsdale, une coédition du Figaro et des Presses de la Renaissance. Le livre comprend aussi le texte de la liturgie de saint Jean Chrysostome.  Prix: 9,95 euros. Présentation. En ligne: un des textes lus par Michael Lonsdale.

Vient de paraître: « Image de l’invisible. L’art dans l’Église orthodoxe » par Mgr Hilarion Alfeyev

mgr_hilarionLes Éditions Sainte-Geneviève viennent de publier un nouvel ouvrage de Mgr le métropolite Hilarion (Alfeyev) intitulé Image de l’invisible. L’art dans l’Église orthodoxe. L’ouvrage est présenté sur cette page avec quelques illustrations et il est possible, sur cette même page, de le commander.

« Traité de résistance pour le monde qui vient » de Bertrand Vergely

teaserbox_60488641A l’occasion de la sortie de son ouvrage, Traité de résistance pour le monde qui vient, aux éditions Le Passeur, Bertrand Vergely a donné une tribune au Huffington Post, intitulée « Quand les hommes politiques disent la vérité, quelle vérité disent-ils ?« , et deux entretiens à Radio Notre-Dame, que l’on peut écouter en ligne, l’un dans l’émission « Le grand témoin« , l’autre dans l’émission »Vox libri« .

Un livre sur le « Stalinisme « orthodoxe » » paraît en Russie

Un livre intitulé « Stalinisme « orthodoxe » – questions et réponses » est paru en Russie. Nous publions ci-dessous l’introduction à cet ouvrage, rédigée par Natalia Irtenina, de l’Union des érivains de Russie.

stalanisme_orthodoxe« L’archimandrite Élie (Nozdrine), un staretz connu qui vécut au monastère de Pskov-Petchersky, puis sur le Mont Athos, pour devenir maintenant père spirituel des moines d’Optino et confesseur du patriarche de Moscou Cyrille, a donné sa bénédiction à l’édition de ce livre. Selon le staretz, la Russie se trouve devant une ligne qui, si elle est dépassée, précipitera à nouveau le pays dans l’abîme. À nouveau, le parti communiste redresse sa « corne »rouge et son idéologie, à nouveau on chante les louanges de Lénine, Staline et des autres dirigeants bolcheviques. Il se trouve des prêtres qui célèbrent des offices d’intercession devant les « icônes » de Staline. Des « bobards » sont répandus sur la profonde foi chrétienne du « père des peuples » et son rôle inestimable dans le salut de l’Église pendant la Grande Guerre patriotique. Au niveau de la conscience des masses renaissent des mythes sur la vie magnifique, heureuse, au pays des Soviets. L’orthodoxie et le communisme sont mis sur le même pied, ils sont précédés d’un signe « égal », tandis que le PCUS se proclame porteur des valeurs chrétiennes, et notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est considéré comme le premier communiste de l’histoire. Comme le dit le père Élie, « La Russie se tient maintenant à côté de Dieu. Or il faut qu’elle se tienne face à Lui. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de repentir pour tout ce que les communistes ont fait à leurs frères, ce qu’ils ont fait contre la foi, contre la paysannerie, contre le pays, contre Dieu ! Le Seigneur attend de nous de prendre conscience de tout ce qui s’est passé ! » Mais les communistes contemporains, les stalino-léninistes, les partisans de Prokhanov et son « Club d’Izborsk » [connu pour son « icône » de la Mère de Dieu « Derjavnaïa » entourée de Staline et des autres dirigeants soviétiques, ce qui avait appelé une protestation du diocèse métropolitain de Biegorod, ndt] et d’autres « loups déguisés en brebis » qui confessent l’idéologie « rouge », s’efforcent à nouveau de nous imposer les croyances satanistes, portant des portraits de Staline, lui érigeant des monuments, déposant des fleurs sur sa tombe et sur les statues du « guide du prolétariat mondial ». Sont-ils nombreux, parmi les gens qui glorifient ou à tout le moins justifient la politique violente de Staline, ceux qui comprennent sa personne réelle, se rendent compte de ses véritables motifs ? Que prédominait chez cet homme, le bien ou le mal ? Qu’est-ce qui le motivait ? L’amour envers son pays, le souhait de le redresser, de l’amener à la prospérité et à la grandeur ou bien un orgueil exorbitant, une passion dévorante du pouvoir, des calculs froids dans la lutte concurrentielle avec ses collègues de parti, la haine envers les valeurs traditionnelles de la Russie, le mépris du peuple, le souhait de le briser spirituellement et moralement, le priver de volonté, d’en faire une foule de marionnettes soumises ? Selon les données des sondages sociologiques, le nombre des Russes sympathisants de J. Staline et approuvant totalement sa politique, a connu une croissance notable en pourcentage. Une enquête de décembre 2015, effectuée par le Centre Levada a montré que 34% des sondés considèrent que « quelles que soient les fautes et les vices que l’on attribue à Staline, le plus important est que, sous sa direction, notre peuple est sorti vainqueur de la Grande Guerre patriotique ». En 2007, ils étaient 28%. Au cours de la même période, le nombre des Russes considérant que « Staline est un sage dirigeant qui a amené l’URSS à la puissance et à la prospérité » est passé de 14 à 20%. On peut supposer avec un certain degré de certitude que parmi ces 34%, il y a une quantité notable de gens qui se considèrent chrétiens orthodoxes. Alors, sommes-nous effectivement prêts à apprécier les « mérites » de Staline devant la Patrie, les véritables et les fictifs, d’élever sur un piédestal le mal impitoyable, spirituel et physique qui a détruit le peuple russe et les autres peuples vivant sur le territoire de l’URSS au cours de plusieurs décennies ? Et qu’est-ce qui attend dans un tel cas la Russie, à l’avenir ? Est-ce que le Seigneur aura pitié de nous, si nous ne voulons pas nous rappeler et comprendre les leçons évidentes, violentes, de l’histoire, si nous érigeons l’idole de Staline au-dessus d’un pays où la terre est parsemée de tombes de centaines de milliers de gens réprimés à sa demande, de millions de gens qui ont péri dans les camps et les exils, les milliers de néo-martyrs fusillés ? Oui, même si ce ne sont pas des millions qui ont été tués suite à la sentence des organes de répression, comme on nous l’a dit avant, mais « en tout seulement » des centaines de milliers, un peu moins d’un million, que cela change-t-il ? Leur sang cesse-t-il de crier vers le ciel vengeance contre les assassins qui ne se sont pas repentis et leurs avocats actuels encore moins repentis ? Pourquoi, parmi nous, nombreux sont ceux qui ne veulent pas prendre conscience de la tragédie qui s’est produite avec notre peuple au XXème siècle ? À notre grand regret, on propose jusqu’à maintenant à la Russie, en matière de développement, les mêmes modèles politiques et socio-culturels. On nous impose un choix artificiel entre le libéralisme (qui est passé à notre époque à un stade radical, déshumanisant l’homme totalement ainsi que la société par ses « valeurs » contre-nature) et son concurrent idéologique, le communisme. On nous dit : ou bien ceci, ou bien cela. Et il n’y a pas de troisième voie, parce que celle-ci, c’est le fascisme, un autre participant de la lutte idéologique concurrentielle des temps nouveaux. Nous ne voulons pas du fascisme ? Alors, il faut construire l’ultra-libéralisme à la façon occidentale. Nous avons une indigestion du libéralisme et nous n’en voulons plus ? Alors, vite, gaiement, on retrousse les manches et on revient au bon vieux passé avec les idéaux communistes. Mais c’est une fausse alternative, un faux choix ! Pour le chrétien orthodoxe, un tel « choix » ne doit pas exister. Tous ces formats idéologico-politiques que l’on impose avec tant de zèle, sont mensonge et abomination devant Dieu. Ce sont les rejetons d’une vision du monde matérialiste, rejetant l’esprit, niant l’existence d’une réalité supérieure, ignorant les lois spirituelles de la création, mettant Dieu à l’écart de ce monde. La majorité de nos politiciens, économistes, philosophes, publicistes, culturologues contemporains rejettent l’idée de la Russie en tant qu’organisme civilisationnel différent. La voie de la civilisation de la Russie est déterminé par son expérience millénaire de l’Orthodoxie : une expérience de construction étatique, de la vie de l’homme publique et privée sur la base de la vision du monde orthodoxe, des commandements chrétiens. Cette voie de la Russie a été formulée et décrite scientifiquement et philosophiquement par les œuvres des penseurs, écrivains, savants, hommes d’État : Fiodor Tioutchev, Dimitri Mendeleev, Constantin Léontiev, Nicolas Danilevsky, Fiodor Dostoïevsky, Léon Tikhomirov, Ivan Iline, Ivan Solonevitch et de nombreux, de nombreux autres. L’héritage de ces grands hommes russes ne peut être revendiqué que dans le cas où nous comprenons les processus se déroulant dans le monde du point de vue chrétien, si se produit un retour ferme, peu importe qu’il ne soit pas très rapide, de notre peuple à la foi des pères ».

Source

Podcast audio: “Orthodoxie” (France-Culture), « Livres »

510_pc140450L’émission Orthodoxie sur France-Culture (podcast audio ci-dessous) du 8 janvier avait pour thème: « Livres ». Elle présentait deux ouvrages récemment parus: La royauté et le sacré du P. Christophe Levalois, aux éditions du Cerf, et Ils sont pleins de vin doux de François Orfeuil aux éditions Saint-Léger. Présentation: “La royauté et le sacré : le rapport entre ces deux notions ; le sacré comme contenu du pouvoir royal ; le sens pour notre époque d’un livre sur la royauté. Ils sont pleins de vin doux : le vin et la vigne, deux notions très présentes dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; le vin, sang de l’eucharistie ; un poème de Venance Fortunat (6e siècle). La royauté, le sacré, le vin et la vigne comme symboles.”

Vient de paraitre : « Prie comme tu respires – La vie comme liberté » du P. Marc-Antoine Costa de Beauregard

apostoliaLes éditions Apostolia (de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale) viennent de publier un nouvel ouvrage du P. Marc-Antoine Costa de Beauregard intitulé Prie comme tu respires – La vie comme liberté (couverture ci-contre).

Présentation de l’ouvrage: « L’acquisition du Royaume consiste, dans un premier temps du moins, à conquérir un lieu qui est en moi et que je ne connais pas parce que je n’y suis pas. En entrant en moi-même, en rejoignant le Christ qui m’y attend, je vais arriver dans ce centre de moi-même, qu’on appelle le cœur, et là je trouverai le Royaume en germe par l’Incarnation. Et l’ayant trouvé, le cultivant, je le verrai se développer et devenir ce grand arbre dont parle le saint Évangile, « dans lequel nichent tous les oiseaux du ciel ». Quand nous avons compris que l’essentiel est la conquête de ce Royaume, seul remède à nos souffrances, aux souffrances des autres hommes, et à celles de l’ensemble de la Création, alors nous pouvons commencer à faire quelque chose d’utile sur terre. Tant que nous ne nous occupons pas de cela, nous perdons notre temps. »

Voir aussi sur cette page une autre présentation. L’ouvrage peut être commandé ici.

Vient de paraître: « Divine liturgie avec célébration du baptême »

liturgie_bLes éditions Sainte-Geneviève (Séminaire orthodoxe russe) viennent de publier un nouvel ouvrage, en version bilingue, français et slavon: Divine liturgie avec célébration du baptême (couverture ci-contre). Présentation: « Nous venons de faire paraître un livre, à notre connaissance inédit, contenant le déroulement intégral de la divine liturgie (anaphore de St Jean-Chrysostome) avec la célébration du baptême. De plus, cette édition est bilingue: le texte slavon à gauche et le français, à droite.
Pendant très longtemps, le baptême des adultes était célébré au cours de la liturgie eucharistique (divine liturgie), à l’occasion des grandes solennités (Pâques, Noël, Théophanie). Rien n’empêche aujourd’hui d’associer à nouveau baptême et eucharistie pour recevoir dans l’Église du Christ des catéchumènes adultes, mais aussi des enfants.
La traduction des textes de la liturgie est celle de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, adoptée par l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et reprise avec son aimable autorisation. Les prières du rite du baptême sont données dans la traduction du P. Alexandre Siniakov. »

L’ouvrage peut-être commandé sur cette page.

« Les peintres de l’invisible »

9782204116701-58089b0a90ba9Le P. Christophe Levalois a publié sur son blog une recension du dernier livre de Laurent Dandrieu publié aux éditions du Cerf, Les peintres de l’invisible – Le Greco, Rembrandt, Vermeer et autres messagers de l’infini.

Il y observe notamment : « Récemment, au sein de l’Église orthodoxe russe, Vladimir Légoyda, président du département synodal pour les relations de l’Église avec la société et les médias, a observé à propos de l’opéra-rock « Jésus-Christ superstar » : « L’Église ne réprime pas la créativité, en bénissant les artistes qui s’inspirent de sujets évangéliques ». Il a complété son propos en expliquant qu’il existe une nette différence entre des représentations blasphématoires et des représentations non-canoniques des choses saintes. Cela rappelle que l’Église orthodoxe ne rejette pas des formes artistiques qui, si elles ne s’insèrent pas dans l’espace liturgique, comme les icônes (sur ce sujet: L’iconographe et l’artiste de Jean-Claude Larchet aux éd. du Cerf), n’en témoignent pas moins de la lumière du message chrétien dans le monde selon leur démarche propre. La problématique évoquée dans l’ouvrage en question, à savoir l’expression de la présence de l’invisible et du divin dans la peinture, est au cœur de la démarche de nombreux artistes de confession orthodoxe. Nous le savons par maintes discussions. Cet ouvrage leur apportera de précieux éclairages et nourrira leur réflexion et, par-delà, leur expression artistique. »

Pour lire la totalité de la recension, cliquez ici.

Vient de paraître: « Liturgie et communication » (éditions Aschendorff)

Les actes de la 61e Semaine d’études liturgiques à l’Institut Saint-Serge, qui s’est déroulée du 23 au 26 juin 2014, viennent d’être publiés, sous la direction d’André Lossky et de Goran Sekulovski, aux éditions Aschendorff. Le titre de l’ouvrage (couverture ci-contre) reprend le thème général de cette semaine d’études: « Liturgie et communication« .

Présentation de l’éditeur: « Dieu a créé l’être humain puis l’a placé dans le Paradis : cette situation incluait une forme de communication immédiate entre le Créateur et sa créature, mais on sait que cette proximité a cessé avec la désobéissance de l’homme et son expulsion hors du Paradis. Au cours de l’Ancien Testament, Dieu n’a pas cessé de Se révéler d’abord partiellement, puis l’Incarnation a constitué une manifestation de Dieu en plénitude, ayant rendu à nouveau possible une communication entre Dieu et l’homme. Actualisant les bienfaits de l’Incarnation, cette communication peut s’opérer dans les Églises au moyen de la liturgie, grâce à laquelle se poursuit sans cesse la même Révélation divine à l’homme croyant.
Dans les Semaines liturgiques organisées à l’Institut Saint-Serge de Paris presque chaque année depuis maintenant plus de 60 ans, la question de la communication avait été évoquée indirectement à plusieurs reprises, comme élément en étroite relation avec la liturgie. C’est pour cette raison que les organisateurs ont décidé d’en faire un thème à part entière, proposé pour ce 61e colloque tenu en 2014.
Depuis 1953, les Semaines d’études liturgiques, réunissent des chercheurs principalement chrétiens. Les participants sont invités à examiner ensemble des documents liturgiques, sous un angle à la fois scientifique et œcuménique, le premier aspect étant au service du dernier. Animés par un fervent espoir de dépassement des incompréhensions confessionnelles, les participants à ces rencontres proposent comme but une découverte réciproque des diverses traditions liturgiques et de leurs possibles convergences. La confrontation de divers usages liturgiques, aussi bien que de leur sens doctrinal, fournit souvent l’occasion d’échanges féconds dont les études publiées ici constituent un écho. Les organisateurs et les éditeurs de ces travaux espèrent ainsi en faire profiter un plus large public. »

Pour lire la table des matières de l’ouvrage, cliquez ici.

Vient de paraître: Jean-Claude Larchet, « Malades des nouveaux médias »

malades_des_nouveaux_mediasJean-Claude Larchet, Malades des nouveaux médias, Éditions du Cerf, 2016, 329 p.
Jean-Claude Larchet vient de publier aux éditions du Cerf un nouveau livre, s’adressant au grand public, sur les pathologies diverses engendrées par les nouveaux médias qui envahissent notre société. Il propose, après les avoir décrites, quelques moyens pour en guérir ou s’en protéger.

Présentation de l’éditeur :
« Qu’en est-il de la richesse et du sens de nos existences dans une société avide de vitesse, de proximité, d’immédiateté, d’information tous azimuts et de performance en tous genres ? Quel diagnostic posé sur le corps et l’esprit de l’homo connecticus ? Quelles inquiétantes pathologies gangrènent sa nature même ? Et comment lutter contre cette lente et insidieuse dislocation ?
Smartphone, réseaux sociaux, objets connectés, TV numérique, Internet, jeux vidéo, les médias sont aujourd’hui tout aussi omniprésents qu’envahissants. Et leurs effets négatifs, dans la vie professionnelle, sociale, familiale, flagrants : entre appauvrissement et illusion, nuisance et vide, destruction et épuisement, l’humanité se désincarne, l’espace et le temps disparaissent dans cette virtualité toute-puissante.
Jean-Claude Larchet poursuit dans ce nouvel essai très documenté sa série d’études sur les différents types de maladies et les thérapeutiques adaptées.
Une réflexion critique et salutaire à propos de nos systèmes de communication. Une incitation à nous protéger et à retrouver notre identité psychique et spirituelle. »

Extrait de l’avant-propos de l’auteur :
« Nul aujourd’hui ne conteste l’apport positif des nou­veaux médias en matière de communication, d’infor­ma­tion, d’accès à la culture sous ses multiples formes, et bientôt nul ne sera en me­sure de s’en passer, tant la société les intègre dans le mode de fonctionnement de ses diverses structures sociales, ad­mi­nistratives, commerciales, éduca­tives et même reli­gieuses.
On dit couramment que leur invention a provoqué dans notre société une révolution compa­rable à celle de l’élec­tricité et des nouveaux moyens de locomotion.
Il y a cependant une grande différence entre les nou­veaux médias et les autres inventions qui ont profondé­ment changé la vie de l’homme moderne.
Aucune autre technique n’a engagé notre activité jour­nalière sur d’aussi longues durées, n’a autant sollicité notre attention et notre in­tervention de manière aussi constante, n’a autant transformé nos conditions et notre mode de travail, n’a autant envahi notre vie privée, familiale et personnelle, n’a autant pénétré à l’intérieur de notre vie psychique.
Aucune autre technique n’a autant transformé nos rap­ports à l’espace et au temps, notre façon de voir le monde, nos relations avec les autres, la représentation que nous avons de nous-même, la nature et le rythme de nos activi­tés de travail et de loisir, la forme de notre communi­cation, et la nature, la structure et la forme de notre de notre vie psychique et intellectuelle.
Et aucune autre technique, par l’influence exercée sur toutes ces façons d’être qui sont la trame de notre existence, n’a eu autant d’impact sur notre vie spiri­tuelle.
De nombreux livres et articles ont vanté les avantages et les bienfaits de ces nouveaux médias, et le but de cet essai n’est pas d’apporter un éloge supplémentaire, qui serait redondant et superflu, mais, ce qui est plus rare et actuel­lement plus utile, d’inviter à une réflexion critique sur l’usage de ces nouveaux moyens de communication qui sont devenus envahissants et se révèlent avoir de nom­breux effets négatifs dont leurs utili­sateurs, tout en consta­tant une part sur eux-mêmes, leurs enfants ou leurs proches, ne sont pas toujours pleinement conscients.
Bien que face aux dérives actuelles et aux perspectives sombres de l’avenir un changement de société nous paraisse souhaitable, notre but, dans l’urgence, est d’abord pragmatique: il s’agit, à partir d’une meilleure conscience des dérives auxquelles les nouveaux médias peuvent donner lieu et de leurs effets pathologiques réels et possibles, d’apprendre à en maîtriser et à en limiter l’utilisation là où elle produit des effets indésirables.
C’est dans ce but que cet essai, avant de proposer à la fin quelques pistes thérapeutiques et prophylactiques, s’at­ta­chera surtout à établir le diagnostic et le pronostic des pathologies que les nouveaux médias ont engendrées dans les différentes sphères de l’existence sociale – politique, économique, culturelle – et surtout personnelle – cor­po­relle, psychique, intellectu­elle, et spiri­tuelle –, qui portent de graves atteintes à la vie des personnes, et vont jusqu’à modifier de manière inquiétante la nature même de l’homme.
C’est dans cette prise de conscience de la gravité de la maladie qui affecte notre civilisation que pourra s’org­a­ni­ser une résistance, dans cette résistance de la part des utilisateurs que pourra s’amorcer une décroissance de la part des producteurs, et dans cette décroissance que pourra s’envisager un changement de société qui saura redonner à la communication la dimension authentiquement hu­maine et spirituelle qu’elle a perdue. »

Réédition: « Saint Silouane – Vie, doctrine, écrits » par l’archimandrite Sophrony (Cerf)

9782204116824-5811d8aff0de6Les éditions du Cerf viennent de rééditer dans la collection Orthodoxie Saint Silouane – Vie, doctrine, écrits de l’archimandrite Sophrony, 512 pages, 24 euros. Présentation de l’éditeur:

 » Voici un des grands classiques de la spiritualité contemporaine. Entré à 26 ans, en 1892, au mont Athos, Silouane aurait vécu jusqu’à sa mort, en 1938, sans laisser de traces si le jeune Sophrony n’avait trouvé en lui un témoin incarné de la grâce, apte à répondre aux multiples formes de désespoir qu’étreint l’humanité contemporaine.
À la fois récit de la vie de Silouane et présentation de sa doctrine, cette remarquable synthèse, qui livre aussi ses écrits, explicite la tradition ascétique et mystique de l’Orient chrétien, sa théorie de la divinisation et sa pratique de la prière perpétuelle.
Un ouvrage essentiel alors que Silouane a été canonisé et que son rayonnement fait de lui un Père pour notre temps, capable d’exprimer dans les mots les plus simples la plénitude de l’expérience chrétienne qui tient dans la rencontre personnelle avec le Christ.
Né à Moscou en 1896, le futur père Sophrony étudie les beaux-arts et peint. En 1921, il quitte l’Union soviétique, se rend en France et y expose avant de s’inscrire à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. En 1925, cherchant la vie contemplative, il entre comme moine au mont Athos. Dès 1930, il devient le disciple de Silouane et, à la mort de ce dernier, se fait ermite tout en étant confesseur de plusieurs couvents athonites. En 1947, il retourne à Paris pour publier la vie et les écrits de son starets, puis fonde en Angleterre le monastère de Maldon où il décède en 1993.
Traduit du russe par l’archimandrite Syméon. »

Vient de paraître: « Eugraph Kovalevsky – Vie et œuvres »

eugraph-kovalevskyCe livre biographique d’Élie de Foucauld, proposant de nombreux documents et illustré par de nombreuses photographies inédites, s’est donné comme ambition de poser un regard neuf sur la vie et l’œuvre d’Eugraph Kovalevsky (1905-1970), sujets de nombreuses controverses et polémiques.

Ce 1er tome couvre la période allant de sa naissance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; période durant laquelle Eugraph Kovalevsky prêcha, avec quelques proches et grâce notamment à la confrérie Saint-Photius, la nécessité et la légitimité d’une renaissance d’un christianisme orthodoxe occidental grâce à l’aide providentiel des chrétiens d’Orient émigrés en France.

L’intention initiale était bonne, et reçu l’appui de grandes personnalités du monde orthodoxe. Eugraph Kovalevsky allait cependant, pour la réaliser, s’engager dans une aventure qui allait le conduire à rompre successivement avec les Églises orthodoxes canoniques.

Pour plus d’informations sur ce volume (table des matières et quelques extraits), voir ce site dédié. Le livre peut être commandé à La Procure.

Un nouveau livre en français du patriarche Cyrille de Moscou, « Science, Culture et Foi »

10641354-17521224Un nouveau livre en français du patriarche Cyrille de Moscou vient de paraître aux éditions Sainte-Geneviève (Séminaire orthodoxe russe en France). Il s’intitule Science, Culture et Foi. Il comprend 125 pages avec une reliure en cuir, son prix est de 20 euros. Présentation:

« La salutaire indépendance, mais aussi la fructueuse complémentarité de la science et de la foi sont le principal sujet de ce recueil de conférences et d’homélies du patriarche. L’art comme une autre expression non moins importante de l’activité spirituelle et intellectuelle de l’homme est également présent dans ces réflexions. Celles-ci ne sont pas un traité systématique sur la relation entre la physique et la métaphysique, mais l’expérience et la parole d’un pasteur, témoin de la foi d’un peuple qui reconnaît la grande valeur de la science et qui, naguère, l’a vu utilisée comme prétexte pour justifier la lutte sans merci contre les croyants.
En arrière-plan de ces réflexions du patriarche, il y a la profonde conviction des chrétiens orthodoxes, fondée sur l’intuition de saint Paul, sur le lien entre le salut de l’humanité et celui du reste du monde vivant et même du cosmos dans son ensemble. Cette certitude est magnifiquement résumée par Berdiaeff : « Mon salut et ma transformation, dit-il, sont liés non seulement à ceux des autres hommes, mais à ceux des animaux, des plantes et des minéraux, à leur insertion dans le royaume de Dieu, qui dépend de mes efforts créateurs ».  « 

On peut le commander sur cette page.

Recension: Georges Kordis, « L’icône comme communion »

kordisGeorges Kordis, L’icône comme communion. Les idéaux et les principes de composition dans l’exécution d’une icône. Préface de Jean-Claude Larchet. Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 134 pages, nombreuses illlustrations.
Georges Kordis est depuis plusieurs décennies, l’un des meilleurs iconographes du monde orthodoxe. Son style, reconnaissable entre tous jusque dans chaque détail (ce qui est la marque du génie), témoigne d’une originalité et d’une créativité remarquables, tout en s’insérant parfaitement dans la Tradition iconographique orthodoxe dont il respecte le critères fondamentaux.
Altérée à partir du XVIIe siècle par diverses influences de la peinture occidentale, l’iconographie orthodoxe à retrouvé ses sources et sa pureté au milieu du XXe siècle grâce aux travaux de plusieurs pionniers qui ont été à la fois des peintres et des théoriciens de l’icône, en particulier Photios Kontoglou dans le monde grec et Léonide Ouspensky dans le monde slave (et bien au-delà puisqu’il a eu, à Paris, des élèves venus du monde entier). Mais ceux qui les ont suivis à juste titre dans les voies d’un retour à la Tradition ont le plus souvent été soit des copistes serviles, soit des dessinateurs et des peintres incertains, et si l’iconogaphie a retrouvé dans l’ensemble du monde orthodoxe sa pureté originelle, elle reste souvent purement technique, formelle, et pour cela assez froide dans ses expressions.
Grâce à une parfaite maîtrise des techniques picturales (qu’il sait aussi manifester dans une grande variété de créations séculières qui l’ont également rendu célèbre dans le monde entier), mais aussi grâce à une compréhension et une appropriation en profondeur des modes de représentation des meilleurs maîtres et écoles de l’iconographie byzantine du passé, Kordis a su être le représentant d’une iconographie à la fois parfaite sur le plan technique, traditionnelle dans son contenu et ses intentions profondes, novatrice autant que les règles de base l’autorisent, et surtout expressive et vivante. Il est pour notre époque ce que fut en son temps un Manuel Pansélinos.
Ce caractère vivant de l’iconographie de Kordis est lié à une conception bien définie du dynamisme des lignes du dessin qui précède la peinture (et lui donne, comme il le dit lui-même, son existence et son sens), qu’il a su déchiffrer comme un dénominateur commun des grands maîtres du passé, comprendre, synthétiser, systématiser, appliquer et expliquer.
L’icône comme communion que viennent de publier les édtions des Syrtes fait depuis longtemps autorité en matière d’iconologie et a déjà été traduit en cinq langues. L’ouvrage présente une synthèse de la compréhension et de l’expérience de l’auteur. Il ne se propose pas seulement comme un manuel permettant aux iconographes d’apprendre ou de perfectionner leur art, mais comme le moyen pour tous ceux qui s’intéressent à l’icône, de comprendre en profondeur la façon dont sont élaborées les meilleures icônes pour réaliser au mieux les buts qu’elles poursuivent, dans une perspective où l’art est au service de la spiritualité.
De manière magistrale, avec une grande cohérence et une grande rigueur, Kordis montre comment la ligne, son dynamisme et son rythme – l’édition grecque originale du livre est Ἐν ῥυθμῷ, « en rythme » – sont les principes de base de l’iconographie, et comment ils définissent une forme à la fois unifiée et en mouvement, qui doit finalement réaliser le but principal de l’icône: ne pas rester enfermée sur elle-même dans sa surface mais faire entrer en communion la représentation avec le spectateur. Ce qui en un premier temps apparaît comme purement technique se révèle vite comme s’intégrant à la théologie et à la spiritualité orthodoxes de l’icône. Kordis rejoint ici le mouvement de la théologie néo-grecque qui a fortement insisté sur la dimension relationnelle et communionnelle de la vie spirituelle, et c’est tout naturellement que ses ouvrages (qui comportent des essais théoriques, des manuels pratiques et des catalogues) ont trouvé leur place aux éditions Armos qui, en Grèce, publient les représentants de ce courant (et de la revue Synaxis qui les a rassemblés). Mais Kordis a aussi été fortement marqué par la théologie patristique et par les enseignement et témoignages des grands spirituels grecs contemporains, auxquels s’est consacré avec brio Stylianos Papadopoulos, professeur à la faculté de théologie d’Athènes, auquel la dédicace de ce livre rend hommage.
Que Kordis ait parfaitement intégré dans la pratique les principes qu’il définit, et que ces principes s’enrichissent en retour de sa pratique, se voit de manière spectaculaire dans les icônes qu’il a réalisées en direct et en seulement quelques heures pour des étudiants de divers pays (Grèce, États-Unis, Canada, Russie, Ukraine…), les enregistrements de plusieurs de ses « performances » pouvant être visionnées sur plusieurs sites Internet. Mais cela peut se constater surtout dans les nombreuses icônes portables qu’il a réalisées et dans les fresques de nombreux monastères et églises qu’il a peintes. Une série de vidéos particulièrement impressionnantes ont suivi son travail lorsque, avec son équipe, il couvrait de fresques l’église de la Sainte-Trinité à Pittsburgh [1, 2, 3, 4, 5, 6].
La publication de ce livre original et fort, qui permet de comprendre en profondeur – non dans la simple constatation d’un état mais dans le dynamisme d’une pratique – la composition passée et actuelle des meilleures icônes en rapport avec leur fonction spirituelle, est un événement de première importance dans un domaine où rien d’équivalent n’avait encore été publié.
Né en Grèce en 1956, Georges Kordis a étudié la théologie à l’Université d’Athènes. Il a ensuite poursuivi des études en théologie et en esthétique de la peinture byzantine à l’École supérieure de théologie de Holy Cross à Boston (USA), où il a obtenu une maîtrise en théologie. En 1991, il a reçu le titre de docteur en théologie de l’Université d’Athènes. En 2003, il a été chargé de cours, et en 2008 nommé professeur d’iconologie et d’iconographie dans cette même faculté. Il a en outre été professeur invité aux universités de Yale (Connecticut) et de Caroline du Sud, à l’École supérieure de théologie à Holy Cross à Boston (Massachussetts) et à l’Université de Notre-Dame à South Bend (Indiana), aux facultés de théologie de Cluj-Napoca et de Bucarest (Roumanie), à l’Université pédagogique d’Odessa (Ukraine), à l’Institut de théologie et d’arts sacrés de Saint-Pétersbourg (Russie) et au Centre nord-américain d’art byzantin à Ottawa (Canada).
Auteur de nombreuses icônes portatives, dont certaines ont été exposées dans plusieurs pays (Grèce, Crète, États-Unis, Bulgarie, Canada, France) il a peint les fresques de plusieurs églises et monastères (neuf en Grèce, une au Mont-Athos, cinq aux États-Unis, deux au Liban, une en Australie, une en Allemagne), Georges Kordis est reconnu comme l’un des meilleurs iconographes actuels. Il est parallèlement l’auteur d’une œuvre artistique séculière multiforme (peintures sur différents supports, gravures, lithographies…), inspirée de certains éléments de l’art byzantin, qui a fait l’objet d’expositions internationales (en Grèce, aux États-Unis, au Canada, en Italie et en France) et l’ont fait reconnaître, dans le domaine de l’art figuratif également, comme l’un des artistes les plus inspirés et originaux de notre époque.
Les lecteurs anglophones pourront trouver ici une recension de la version anglaise du livre, et ici une interview très intéressante de  l’auteur.

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître: « Bartholomée, apôtre et visionnaire »

9782204114899A partir d’aujourd’hui en librairie: Bartholomée, apôtre et visionnaire, de John Chryssavgis, préface du pape François, traduit de l’anglais par Nicolas Kazarian, éditions du Cerf, 304 pages.

Présentation de l’éditeur: « Voici la biographie du chef spirituel de 300 millions de fidèles à travers le monde, du premier d’entre les primats orthodoxes, du guide historique des chrétiens d’Orient. Acteur majeur du dialogue entre les Églises, les religions et les civilisations, Bartholomée est aussi un pionnier du combat écologique. Pour autant, le 270e patriarche de Constantinople demeure avant tout le témoin vivant, humble et résolu de la jeunesse de l’Évangile et du dynamisme de la tradition.
Alors que ses vingt-cinq ans de pontificat viennent d’aboutir à la tenue du saint et grand concile de Crète, à la Pentecôte 2016, cet homme secret, à la forte influence internationale, n’aura cessé de bâtir des ponts entre des mondes étrangers ou hostiles. Ce livre déroule le fil de sa destinée, de sa vocation d’enfance à son ministère actuel, qui est de « présider dans la charité ».
Ce récit d’une vie est aussi bien une traversée du temps et une page d’histoire animée par l’exigence de la communion à l’heure de la globalisation. Une manière essentielle de découvrir ou redécouvrir ce que signifie « oecuménique » pour l’homme qui en porte le titre et en incarne l’urgence par son engagement au service de Dieu, de l’homme et du monde. »

Complément: une recension de ce livre par Carol Saba sur le site de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.

Présentation par le patriarche Irénée de Serbie du livre de Jean-Claude Larchet « Le patriarche Paul de Serbie, un saint de notre temps »

01_16Le patriarche Irénée de Serbie s’est rendu le 25 octobre dernier au salon du livre de Belgrade pour présenter le livre de Jean-Claude Larchet « Le patriarche Paul de Serbie, un saint de notre temps », qui vient de paraître en version serbe aux éditions Službeni Glasnik de Belgrade et Centar za Crkvene Studije de Niš.
Dans sa présentation, le patriarche a évoqué son prédécesseur avec beaucoup de vénération:
« Il était si modeste que pendant quelque temps on n’a pas su au monastère qu’il avait été élu évêque. Jamais, il ne posséda une voiture ou un téléphone. « Si quelqu’un a besoin de moi, disait-il, il peut m’écrire ».
Après les services liturgiques, il restait auprès des séminaristes pour répondre à leurs questions. Il avait beaucoup d’amour pour l’ensemble du genre humain. Il a construit des habitations pour les pauvres, au Kosovo. Dur avec lui-même, il débordait de générosité envers ceux qui étaient dans la souffrance, la misère, le malheur.
Il a entamé sa vie monastique avec beaucoup de sérieux, et c’est ainsi qu’il l’a vécue jusqu’à la fin.
Cette grande personnalité de notre époque se comporta avec sagesse en des temps qui furent critiques pour l’Église. De son vivant, beaucoup le considéraient comme un saint. Aujourd’hui, des gens venus de toute la Serbie vont se recueillir sur sa tombe ».
Parlant du livre de Jean-Claude Larchet, le patriarche Irénée a souligné « qu’il s’agit d’un ouvrage qui n’a pas été écrit seulement pour une période donnée, ni pour une seule génération. Ce livre a été rédigé pour l’Histoire et rappelle que le patriarche Paul est considéré comme un saint même en dehors de la Serbie ».
La directrice des éditions Službeni Glasnik, Jelena Trivan, a noté qu’il s’agit du premier livre sur le patriarche Paul écrit par un auteur étranger, et qu’il projette une lumière différente sur sa personne et son action, et montre aussi que le patriarche Paul est considéré comme un saint en dehors du pays. Elle a également souligné les vertus du patriarche : « C’était un moine d’une grande humilité, un homme proche des hommes, un intercesseur paisible, un saint en marche, un patriarche que tous ressentaient comme étant proche d’eux et qui aimait tout le monde d’un même amour. C’est précisément tout cela que cet ouvrage évoque. J.-C. Larchet a montré dans ce livre pourquoi le patriarche Paul fut un saint pour tous les chrétiens, estimé dans le monde entier. Le patriarche Paul y est présenté comme la personnification de l’humilité et du dévouement à Dieu ».
Interrogé sur la canonisation éventuelle du patriarche Paul, le patriarche Irénée a déclaré que « ce sujet n’a pas encore été abordé par l’Assemblée des évêques. Il est trop tôt pour cela. La canonisation repose sur plusieurs éléments. Pour le moment, ce qui est établi, c’est la vie sainte du patriarche Paul. Pour le reste, on verra ».

Sources : Site officiel du patriarcat de Serbie, Politika, Danas, Glas Srpske, b92, Blic, RTRS.tv, Spona, Sputnik, Televisija Hram, RTB, Sajaknjiga, RTS (vidéo).

Vidéo de la chaine RTS :

Livre: « Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle » par le P. Philippe Dautais (Nouvelle Cité)

eroslibertePhilippe Dautais, Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle, Nouvelle Cité, 2016.

Après Le chemin de l’homme selon la Bible (Desclée de Brouwer, 2009), puis Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle (Nouvelle Cité, 2013), Philippe Dautais, prêtre orthodoxe qui dirige avec son épouse Elianthe le Centre Sainte-Croix en Dordogne, dans la juridiction de la Métropole roumaine, vient de publier un nouvel ouvrage passionnant et très éclairant eu égard aux défis qui se posent aujourd’hui à nos sociétés, Éros et liberté – Clefs pour une mutation spirituelle. Les trois ouvrages ont en commun ce qui est très bien résumé par l’injonction dite à Abraham : « Va vers toi » (Genèse 12,1), qui peut aussi être traduit par « Va pour toi » (André Chouraqui), qui l’est plus souvent par « Pars » ou « Sors », en sachant qu’aller vers soi permet aussi d’aller vraiment à la rencontre de l’autre et de la Création selon le projet de Dieu pour l’être humain, en conjuguant construction d’une liberté véritable avec la  responsabilité.

Dans le premier ouvrage (Le chemin de l’homme selon la Bible) différentes figures bibliques étaient saisies chacune « comme le type même d’une étape dans la croissance spirituelle » laquelle « trouve son accomplissement en Jésus Christ ». Le second (Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle), s’appuyant sur les Évangiles et la tradition philocalique, tout comme les deux autres, abordait le « processus thérapeutique » de mutation de la personne prenant conscience et dépassant ses blessures et ses souffrances pour entrer dans une « dynamique d’accomplissement » et d’ « unité intérieure » afin d’accéder à la « vraie vie » dont le pardon est la « clé d’accès ». Le dernier ouvrage paru (Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle), dans le prolongement des deux précédents et en intégrant leurs apports, aborde non seulement la question du chemin de chaque personne, mais aussi de sa relation à l’autre, et par-delà les conséquences sur la société et la Création, car tout est lié.

En effet, ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage que de montrer combien la fermeture spirituelle, sa sécheresse et son non-accomplissement entraînent des dégâts et même des catastrophes majeures pour la société. Le mal intérieur de chacun, lorsque ce phénomène se multiplie, ce qui est le cas aujourd’hui, s’étend alors non seulement à la personne et à ses relations, mais aussi à l’ensemble de la société et à ses rapports avec la Création, dont l’environnement. Finalement, les processus mortifères qui touchent les individus se répercutent à grande échelle dans toute la société. Ce qui est convoitise, avidité, cupidité, illusion, concupiscence et désir de toute-puissance chez l’individu se traduit à l’échelle de la société par l’association de l’individualisme avec la société de consommation, la prédation, l’utilisation de l’autre pour son propre profit, par la pornographie, où l’autre est une chose, un « objet de plaisir » et une « matière sans âme », par la destruction des milieux naturels, la frénésie du consumérisme qui décentre l’être et « met en péril l’avenir de l’humanité », par l’ivresse de la démesure qui n’accepte aucune limite, par la violence, la pauvreté et l’injustice pour un très grand nombre, ou encore de nouvelles formes d’esclavage, etc. L’auteur montre bien que la racine de ces questions aujourd’hui cruciales est spirituelle, « c’est donc dans le cœur de l’Homme que doit s’opérer une mutation pour l’avenir de l’humanité. Cette mutation est d’ordre spirituel, elle inclut la manière de comprendre la Parole biblique ».

A la base de toutes les possibilités se trouve l’éros « puissance et moteur de vie ». Il est au centre de l’ouvrage. Mais, prévient tout de suite l’auteur cette énergie de vie « peut fleurir dans l’amour, comme plénitude de la relation ou au contraire être facteur de destruction ». C’est la question de la déviation des énergies de vie, des passions, tant développée par les pères ascètes et la tradition philocalique, qui est au cœur du riche et très éclairant exposé du P. Philippe Dautais. Comment ce qui n’est pas révélé à soi-même, ce qui n’est pas nommé, comme Adam a nommé les animaux au Paradis (Genèse 2, 19-20), ce qui n’est pas guéri, devient non pas force de vie ascendante, positive, constructive et transfiguratrice, également fondement de relations justes et authentiques, ce qui est le projet de Dieu pour l’être humain, mais, au contraire ténèbres et destruction de toutes sortes ? L’être humain devient alors extérieur à lui-même, à sa réalité profonde, et même étranger à lui-même, c’est « l’homme de l’exil ». Aussi ne manque-t-il pas d’examiner la question du mal, à laquelle il consacre un chapitre, en soulignant le lien étroit avec les passions et en affirmant que seul l’amour sauve, y compris « de la perversion de l’amour ».

Pour éclaircir tout cela, l’auteur est aussi amené à expliquer un certain nombre de termes d’usage courant, mais au fond très mal compris aujourd’hui et, de ce fait, porteurs d’ambiguïtés souvent dévastatrices. C’est le cas de ce l’on entend avec le mot amour. L’amour est « la finalité de toute vie spirituelle », mais « la voie de l’amour est exigeante et suppose conjointement un processus de transformation intérieure et de maturité ». Aujourd’hui, on constate surtout une « perversion de l’éros », car « au lieu de s’appliquer à sa finalité naturelle : la croissance selon l’être intérieur, il s’investit dans l’horizon existentiel et extérieur ». Le sens de la profondeur est perdu. « L’univers se réduit  alors au visible, à l’audible et au palpable (…) Le vivant  est réduit à une collection d’objets. » Aussi, le désir « au lieu de s’ouvrir sur ce qui échappe, sur une transcendance, (…) se replie vers un besoin sécuritaire de prédation. Esprit de prédation jamais assouvi car le désir en l’Homme est infini. La rapacité pousse à utiliser l’autre pour son propre profit ».

C’est également le cas de la question de la liberté. « Selon la tradition spirituelle, nous ne sommes pas des êtres libres mais en capacité de nous libérer ». Or, concernant la liberté de nombreuses incompréhensions mènent sur des voies sans issues et mortifères. Ainsi, elle est souvent confondue avec la licence. Là également, sans transformation intérieure, pas de véritable libération possible. «  Par la liberté, l’Homme est appelé à devenir une personne responsable, co-acteur avec Dieu de son propre destin par un dialogue continu ».

Mais l’ouvrage ne dresse pas seulement un constat de la situation actuelle. Il décrypte les processus et les mécanismes mortifères, mais également il explicite les voies de guérison intérieure et de réorientation salvatrice de l’être. Il s’agit tout d’abord de revenir à soi-même pour emprunter le chemin de la vie, ce qui « implique de retrouver le chemin du cœur » qui ouvre à une vie spirituelle libératrice en s’appuyant sur l’attention et la vigilance. Le P. Philippe Dautais expose les enseignements des pères ascètes du premier millénaire dont les trois étapes de cette libération intérieure sont : la praxis ou purification, la contemplation de la nature ou théoria, l’union directe, personnelle à Dieu ou théologia.

Pour l’être humain comme pour la société, l’enjeu se résume à « muter ou mourir ». L’auteur y consacre des pages fortes en constatant que « ce saut qualitatif est à vivre maintenant » car, avec « une culture de mort », « nous nous précipitons vers l’impasse ». Dans cette perspective, il examine le rapport au cosmos, tout d’abord par l’alimentation et la sobriété, puis de manière plus générale par l’écologie, en rappelant la dimension écologique de la Bible, mais aussi en observant que l’être humain est « tissé de la même substance que le cosmos » et que « ce que nous faisons au cosmos rejaillit de facto sur l’humain ». Prenant l’exemple du Buisson ardent, il remarque : « Le Buisson ardent nous enseigne que le cosmos visible est la parure de l’invisible. Ce que l’on voit du cosmos n’est que l’apparaître des choses, les apparences sont le voile d’une réalité plus profonde », car Dieu œuvre en l’Homme et dans sa création. Cette réflexion le conduit au Christ, qui est « la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9) et à la transfiguration de la matière, laquelle passe par l’eucharistie, communion à la vie divine, au corps et au sang du Christ par « les substances matérielles du pain et du vin ». Il reprend une phrase du théologien grec Nikos Nissiotis : « Dieu a créé le monde (cosmos) pour s’unir à l’humanité à travers toute la chair cosmique devenant chair eucharistique ». En lui, dit-il, « le cosmos est devenu eucharistique. Non fermé sur lui-même, mais rayonnement de la Présence mystérieuse de Dieu ». Car, c’est en participant à Celui qui est la vie même, en étant illuminé par Lui, que l’être humain devient pleinement vivant et pleinement une personne ouverte à une ascension.

L’éclosion intérieure et la libération qu’elle amène rendent possible une relation avec l’autre juste, positive, s’inscrivant dans une dynamique de croissance. Cela conduit Philippe Dautais à la dernière partie de son ouvrage, sur l’amour conjugal, qui constitue, peut-on dire, son apothéose. Dans cette partie, son écriture, toujours limpide, devient quasiment poétique par endroit. Evoquant l’élan d’amour, il observe : « exaltant, stimulant, il transporte les êtres de telle manière que rien n’est plus pareil même si tout est semblable. La dilatation du cœur transforme tout et fait toucher la dimension vivante de la vie. Expérience qui ouvre sur les capacités de dépassement et de transcendance que chacun porte dans sa profondeur ». En effet, « la résonance profonde entre deux êtres est certainement ce que nous pouvons éprouver de plus essentiel en ce monde. Elle correspond à notre soif la plus intime, à notre attente la plus secrète ». Seulement, « être amoureux est une chose, aimer en est une autre », remarque-t-il aussi. Aujourd’hui, constatant le nombre impressionnant de divorces, « les couples se forment mais peinent à surmonter l’épreuve de la différence et à transfigurer l’état amoureux en art d’aimer ». Le couple est face à deux voies, dont il analyse les racines : une croissance en commun de deux personnes qui se respectent dans la vie conjugale ou un échec. Au passage, il met utilement en avant le mot « chasteté » qui n’est pas la continence, mais « le respect de l’autre dans son intégrité », « la chasteté conjugale s’inscrit dans la considération de l’autre en tant que personne créée à l’image de Dieu ».

Les dernières pages, très belles, sont consacrées au mariage, « voie royale vers l’accomplissement spirituel et la réalisation de la personne », ce « sacrement de l’amour ». L’auteur souligne que « le sens profond du mariage est le passage de la soumission aux lois de la nature vers l’avènement du sujet libre et responsable. (…) Cette expérience nous fait toucher d’une part la dimension essentielle de l’être et d’autre part la vertu transcendante de la relation. Dans l’amour, nous accédons à la profondeur de notre humanité et à la part la plus sublime de notre singularité » Il donne en illustration les étapes du mariage orthodoxe dont il explique la signification, en prolongement de ce qui précède dans l’ouvrage.

La conclusion est une ouverture à l’accomplissement de l’être humain conduit par le Christ à l’amour vrai et fécond, l’amour don que traduit le mot grec agapè, qui porte les potentialités de l’éros au plus haut : « Dans la reconnaissance que tout est don, il n’y a plus de place pour la peur de perdre. Au contraire, plus on se dépouille, plus on s’enrichit. On s’appauvrit de ce que l’on ne donne pas et on s’enrichit de ce que l’on donne. Telle est la loi de l’amour. L’amour-agapè est kénotique. Il est effacement et non affirmation du soi contre l’autre, il est retrait pour que l’autre soit. Non plus moi mais toi. Il nous fait accéder à la révélation ultime du « Je » et du « Tu », l’un n’existant pas sans l’autre. Dans l’amour chacun est révélé à lui-même par l’autre. Communion des visages, avènement de la personne dans son unicité inaliénable. L’amour devient la possibilité pour chaque être humain d’accéder à son mystère profond, à sa dimension la plus originelle fondée en Dieu de toute éternité ».

    Un livre précieux, car très utile pour tous, non seulement à connaître, mais aussi à faire connaître.

P. Christophe Levalois

 

Recension: Pseudo-Denys l’Aréopagite « Les Noms divins, I-IV », « Les Noms divins V-XIII – La Théologie mystique »

denysPseudo-Denys l’Aréopagite, « Les Noms divins, I-IV », « Les Noms divins V-XIII – La théologie mystique ». Texte grec établi par B. R. Suchla (PTS 33) pour Les Noms divins, par A. M. Ritter (PTS 36) pour La Théologie mystique. Introduction, traduction et notes d’Ysabel de Andia, « Sources chrétiennes » n° 578 et 579, Cerf, Paris, 2016, 546 p. et 459 p.
La collection « Sources chrétiennes » vient de publier – en regard du texte grec établi par B. R. Suchla et déjà publié dans une autre collection – la traduction de deux traités majeurs du Pseudo-Denys l’Aréopagite : Les Noms divins et La Théologie mystique
Cette nouvelle traduction était très attendue, car les deux traductions françaises jusque-là disponibles n’étaient pas satisfaisantes : celle de Mgr Darbois, publiée à la fin du XIXe siècle appartient à la catégorie des « belles infidèles », et celle de M. de Gandillac, parue chez Aubier-Montaigne en 1943 accentue, de par la formation et l’activité du traducteur, le caractère philosophique et conceptuel de l’œuvre.
La traduction d’Y. de Andia est plus claire et plus lisible que la précédente (bien qu’elle n’évite pas toujours le jargon, comme à la p. 303 du t. 2 : « …il fait taire toutes les appréhensions cognoscitives »). L’auteure a bénéficié en son temps d’une aide précieuse de la part du P. Paramelle, que l’on aurait aimé voir mentionné. Certains choix sont judicieux : « intellect » convient mieux pour nous qu’ « intelligence » qu’avait choisi M. de Gandillac. D’autres choix – ou absence de choix – sont discutables. Parler simplement des « êtres » plutôt que des « étants » aurait permis d’éviter une connotation heideggerienne un peu gênante. L’auteure consacre un long paragraphe (p. 68-70) aux différentes traductions qui ont été proposées par ses prédécesseurs pour les mots theologia et theologos, mais il n’en ressort rien de clair quant à ses propres choix, et l’assimilation de la theologia avec l’Écriture, reconnue comme une option majeure en référence à plusieurs commenteurs est très discutable : la theologia est plutôt une connaissance supérieure à la connaissance naturelle, inspirée par Dieu. Theoeidès est traduit tantôt par « déifié », tantôt par « déiforme », mais les deux adjectifs n’ont pas le même sens, et c’est la seconde option qui est la plus convenable. Pour ousia, l’auteure préfère légitimement « essence » à « substance » ; elle dit cependant (p. 71) qu’elle choisit de traduire ousiôthènai par « prendre substance » dans un passage auquel elle renvoie (DN II, 6, 644C), mais dans ce passage (p. 387 du t. 1) elle traduit « prendre une essence » ; il y a donc un petit problème de cohérence… Un autre problème de cohérence se rencontre dans la traduction du mot thesis (plur. theseis), traduit le plus souvent par affirmation(s) – ce qui est la traduction adéquate (en opposition avec les négations –, mais parfois (et dans la même page) rendu par « position(s) » sans que le contexte ait changé le sens (p. 305, 311)…
Les deux œuvres sont précédées d’une très longue introduction et de notes très abondantes : alors que les textes grec et français totalisent en continu environ 200 pages, l’introduction et les notes en couvrent globalement près de 800, ce qui met les deux volumes à plus de 1000 pages, avec pour conséquence malheureuse un prix inabordable par le grand public. On est étonné que la direction des « Sources chrétiennes » abandonne ici la politique, menée depuis près de deux décennies, de restriction des introductions et commentaires qui avait permis, outre de donner le primat aux textes eux-mêmes, de démocratiser la diffusion des volumes. Il aurait été plus judicieux de demander à l’auteure de publier ce qui s’apparente à une thèse dans un volume séparé, extérieur à la collection, d’autant que beaucoup de considérations présentes ici ne devraient pas y avoir leur place, comme par exemple l’exposé détaillé (p. 170-213) de l’influence de l’œuvre du Pseudo-Denys sur diverses lignées monastiques et courants de spiritualité en Occident au Moyen-Âge et à l’époque moderne, ou les références qu’y font des philosophes contemporains comme Edith Stein, Corbin, Marion, Derrida qui pensent l’œuvre en dehors de son contexte et de son sens véritable. La présence de ces développements ici est d’autant plus regrettable qu’ils prennent la place de ceux qu’il aurait fallu accorder à l’influence du Corpus dionysien sur des Pères grecs majeurs comme Maxime le Confesseur ou Jean Damascène (auxquels ne sont consacrés que quelques lignes éparses), ou encore Grégoire Palamas, dont l’auteure ne dit mot alors qu’il mit Denys au centre de la querelle hésychaste qui impliqua, au XIVe siècle mais aussi dans les siècles suivants, les théologiens byzantins et les théologiens latins dans des interprétations différentes du Corpus.
Pour en venir au fond, Y. de Andia n’aborde pas du tout la question, toujours sans réponse certaine, de l’identité de l’auteur du Corpus aréopagitique, renvoyant à l’introduction de R. Roques à son édition de La Hiérarchie céleste (SC 58 bis, 1970). De rares « fondamentalistes » continuent à voir en lui, comme ce fut systématiquement le cas jusqu’à la fin du XIXe s., le disciple de saint Paul mentionné dans les Actes des apôtres (17, 34) et vénéré comme saint (fête le 3/16 octobre). Celui-ci était un philosophe platonicien converti au christianisme, et cela pourrait expliquer deux aspects de l’œuvre : la forte présence d’un vocabulaire se situant dans la ligne du platonisme, et la référence forte à l’Écriture elle-même, en particulier à sant Paul. Cette position est cependant difficilement tenable. En effet, un certain nombre d’éléments obligent à dater la rédaction de l’œuvre à la fin du Ve siècle : l’absence de toute mention du Corpus dionysien pendant les quatre premiers siècles (ce qui serait très étonnant dans le cas d’une œuvre, forcément prestigieuse, due au disciple de saint Paul) ; la présence dans le Corpus d’une terminologie liée au concile de Chalcédoine (451) ; les références nombreuses à l’œuvre de Proclus (mort en 482) ; la référence dans La Hiérarchie ecclésiastique III.3.7 au chant du Credo durant l’Eucharistie, une pratique initiée à Antioche par le patriarche monophysite Pierre le Foulon en 476 ; l’usage d’une formule christologique (une unique énergie théandrique attribuée au Christ) se positionnant par rapport aux débats entre chalcédoniens et monophysites à la fin du Ve s et la tentative d’union de l’empereur Zénon dans son Hénotikon (482). L’œuvre est en revanche antérieure à une lettre de Sévère d’Antioche qui la cite au début du VIe s., et au synode de Constantinople de 532 qui l’évoque dans ses débats entre chalcédoniens et monophysites. Tout cela oblige à situer l’auteur à la charnière du Ve et du VIe siècle dans les milieux syriens. On pourrait expliquer la présence de ces éléments tardifs dans le Corpus par une série d’interpolations, mais la présence massive d’un vocabulaire et des schémas néoplatoniciens signifierait alors qu’il aurait eu une véritable réécriture de l’œuvre supposée primitive et maintenue jusqu’alors dans le secret, ce qui devient hautement improbable, bien que l’on trouve encore chez saint Basile la référence à une tradition orale cachée en ce qui concrne « les mystères ».
Il reste à préciser le sens de la démarche de l’auteur et de ses écrits relativement à ces schémas de pensée et cette forte présence du vocabulaire néoplatoniciens, empruntés à Proclus en particulier.
On peut à cet égard constater deux types d’interprétation. Selon l’interprétation la plus commune aujourd’hui (née à la fin du XIXe s. avec les travaux de J. Siglmayr et surtout de H. Koch), l’auteur du Corpus serait fondamentalement influencé par le néoplatonisme et proposerait une théologie qui infléchirait le christianisme dans le sens de cette philosophie (C. M. Mazzucchi, va même jusqu’à penser qu’il ne serait autre que Damascius lui-même, cherchant à absorber le christianisme – son adversaire principal – dans le néoplatonisme). Face à cette compréhension sécularisée qui sécularise l’auteur en en faisant ni plus ni moins qu’un philosophe néoplatonicien, une seconde interprétation voit en lui un authentique Père de l’Église dont la théologie reste fondamentalement chrétienne, mais qui utilise à dessein certains schémas de pensée et un vocabulaire néoplatoniciens pour mieux aborder et christianiser de l’intérieur les milieux néoplatoniciens auxquels il a peut-être appartenu avant cela et qu’il a en tout cas approchés de très près. Selon cette deuxième interprétation, le néoplatonisme de l’auteur ne serait que de surface; ce serait comme une sorte de cheval de Troie destiné à pénétrer au sein des positions de « l’ennemi » du dehors, afin de mieux le vaincre sur son propre terrain. De nombreux patrologues comme E. von Ivanka, V. Lossky, A. de Halleux, C. Pera, P. Scarzzoso, ou D. Bradshaw se situent dans cette ligne de pensée.
Corrélativement à ces deux types d’interprétation, il y a deux types d’étude sur le Corpus aréopagitique: l’un qui privilégie la recherche des sources philosophiques, néoplatoniciennes en particulier, dans le but de montrer combien l’auteur est influencé par elles; l’autre qui privilégie au contraire les sources scripturaires et patristiques, proprement chrétiennes, de la pensée de l’auteur, et qui montre que, en dépit de certaines apparences, il reste un théologien fondamentalement chrétien. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a été vu par les Pères grecs des siècles postérieurs, par exemple saint Maxime le Confesseur, qui s’est attaché à « sauver » sa pensée jusqu’en certains de ses aspects ambigus (concernant notamment l’« unique énergie théandrique » attribuée au Christ), saint Jean Damascène, ou saint Grégoire Palamas. Parmi les patrologues qui défendent cette seconde interprétation (à laquelle nous adhérons nous-même), il faut citer en particulier Ch. M. Stang qui dans sa thèse “No longer I” : Dionysius the Areopagite, Paul and the Apophasis of th Self, Harvard Dininity School, 2008 (reprise dans Apophasis and Pseudonymity in Dionysius the Areopagite, Oxford Universiy Press) montre le lien très fort de l’auteur du Corpus avec les écrits et la pensée de saint Paul, de C. Pera (qui voit en Denys un proche de saint Basile), de W. Völker, de V. Lossky, et surtout de l’évêque Alexandre Golitzin, dont la thèse « Et introibo ad altare Dei ». The Mystagogy of Dionysius Areopagita, with Special Reference to its Predecessors in Eastern Christian Tradition (soutenue à Oxford et publiée dans les « Analecta Vlatadôn », n° 59, Thessalonique, 1994) souligne fortement l’ancrage du Corpus dans les écrits de saint Paul, des Pères apostoliques, des Alexandrins (Clément, Origène), et surtout dans la pensée des Cappadociens et la spiritualité du désert contemporaine de ces derniers. Le fait que l’Église ait assimilé l’œuvre de Denys (quitte à la rectifier ou à la préciser sur certains points) et ait fait de lui un auteur de référence au même niveau que les autres Pères de l’Église, témoigne qu’elle l’a considéré comme un auteur fondamentalement chrétien. Comme l’écrit V. Lossky (dans un passage d’ailleurs cité par Y. de Andia) : « Peu importe quel fut l’auteur [du Corpus dionysien]: le principal est le jugement de l’Église sur le contenu de l’œuvre et l’usage qu’elle en fait. »
Y. de Andia essaie de concilier les deux positions. D’une part elle note que « le message du Corpus Dionysiacum est clair: il s’agit de la conversion de l’hellénisme au christianisme » (p. 9), que « Denys l’Aréopagite veut convertir la pensée grecque en l’introduisant dans la théologie chrétienne, ce pourquoi le sophiste Apollophane le traite de “parricide” » (p. 11). Mais d’autre part elle accentue très fortement l’influence néoplatonicienne non seulement dans son introduction (p. 82-142, passim), mais dans ses notes et certains choix de traduction (par exemple son parti pris de traduire logia par Oracles – « pour garder le sous-entendu néoplatonicien » –, alors que le mot apparaît plusieurs fois dans le Nouveau Testament pour désigner les paroles divines [cf. Rm 3, 2 ; He 5, 12 ; 1 P 4, 11 ; Ac 7, 38]), et elle n’accorde que peu de lignes à l’influence des Cappadociens et des autres Pères (p. 126, 129, 132-133, 135, 141, passim). Elle remarque que Les Noms divins est un titre qui se rencontre plusieurs fois parmi les écrits néoplatoniciens, mais néglige le fait que les questions que le traité soulève relativement à la possibilité de nommer Dieu furent au centre de la controverse des Cappadociens avec Eunome et ses disciples, et qu’Origène au IIe s. écrivait déjà : « il existe, au sujet des noms, un traité extrêmement profond et difficile d’accès » (Exortatio ad Martyrium, 46, GCS 1 p. 42.10-11). Il s’agit donc d’un sujet récurrent dans l’histoire de la théologie chrétienne, puisqu’il sera aussi l’une des questions débattues au XIVe s. entre saint Grégoire Palamas et ses adversaires. Y. de Andia conclut que Denys « utilise la pensée néoplatonicienne pour exprimer la théologie chrétienne, mais également celle des Cappadociens », mais le problème de la compatibilité n’est pas posé, ni ces deux questions cruciales : 1) Denys utilise-t-il la pensée des néoplatoniciens, ou seulement leur vocabulaire et certains de leurs schémas de pensée ? 2) Les laisse-t-il subsister dans leur forme originelle, ou les transforme-t-il pour les assimiler à la pensée chrétienne, et comment ? On sait que toute la théologie chrétienne s’est élaborée en faisant des emprunts terminologiques à la philosophie (les mots « Triade » (Trinité), « Monade », « nature », « essence », « hypostase », « énergie(s) » leurs dérivés, et bien d’autres…) mais en les assimilant à la conception chrétienne au point de rendre leur origine méconnaissable (comme par exemple pour le mot grec prosopon qui, de « masque » qu’il signifie primitivement, devient la « personne » dans la théologie et l’anthropologie chrétiennes).
Ces remarques étant faites, il faut rendre hommage non seulement au travail de traduction d’Y. de Andia, mais à sa présentation développée et surtout à ses notes détaillées, fruit d’une familiarité avec l’auteur et d’un travail assidu de plusieurs décennies, qui rendront de grands services à ceux qui, dans une approche philosophique surtout, s’intéressent aux rapports de la pensée chrétienne et du néoplatonisme, et à ceux aussi qui veulent lire ou relire ces deux grandes œuvres dans une traduction améliorée.

Jean-Claude Larchet

Interview de Claude Lopez-Ginisty sur le livre du hiéromoine Hilarion (Domratchev) : « Sur les monts du Caucase »

L’émission Une foi pour toutes consacrée à l’interview de Claude Lopez-Ginisty sur le livre du hiéromoine Hilarion (Domratchev) : « Sur les monts du Caucase » a été diffusée sur RCF-Liège le jeudi 13 octobre dernier. Vous pouvez la réécouter sur Orthodoxie.com.

Vient de paraître: patriarche Ignace IV d’Antioche, « Un amour sans feinte » (Parole et Silence)

patriarche-ignace-iv-un-amour-sans-feinte-9782889187805Aux éditions Parole et Silence est paru récemment Un amour sans feinte du patriarche Ignace IV d’Antioche de bienheureuse mémoire, un dialogue avec les moines et moniales d’Antioche. Présentation de l’éditeur: « Parmi les visages lumineux de l’orthodoxie que j’ai connus, Ignace IV est l’un de ceux qui m’ont le plus conduit à percevoir un chemin de transfiguration déjà à l’œuvre ici, dans nos vies. Nous l’avons rencontré au Patriarcat à Damas ainsi qu’à Balamand, l’Institut de Théologie et l’université qu’il a façonnés à partir de rien et transformés en foyer de formation pour les prêtres de l’Église et pour les jeunes hommes et femmes du Liban et de la Syrie.

A travers le vécu de cet homme de Dieu, nous espérons que le lecteur pourra expérimenter à quel point notre foi et notre existence chrétienne dépendent de ceux qui nous ont précédés, et continuent de le faire, à la suite du Seigneur ; qu’il mesure aussi quelle route on peut parcourir si on reste docile à la voix de l’Esprit ; enfin, qu’il voie comme il est beau que les frères se « retrouvent » ensemble déjà ici, dans un joyeux prélude à la pleine communion d’amour qui existe depuis toujours dans le cœur du Seigneur et qui attend encore que nous la rendions visible « afin que le monde croie. » Enzo Bianchi »

Livre: Bertrand Vergely, « La tentation de l’homme-Dieu »

vergelyUne recension du livre de Bertrand Vergely intitulé La tentation de l’homme-Dieu (Le Passeur, 2015, 144 p.) a été publiée sur un blog littéraire. Avec l’aimable autorisation de son auteur, nous reproduisons ci-dessous cette recension avec quelques-uns des extraits choisis.

Dans un essai incisif et percutant, Bertrand Vergely nous met en garde contre la tentation de l’homme-Dieu. Vous ne savez pas qui c’est ? Pourtant vous le croisez tous les jours… C’est celui qui franchit la limite ultime : celui qui promet l’immortalité par le téléchargement du cerveau dans un disque dur, par l’implantation de nano-robots dans le corps humain visant à réduire la dégénérescence cellulaire, par le contrôle et l’analyse permanente de toutes les données et métadonnées permettant de prédire tous les événements, de l’accident jusqu’au meurtre. Celui qui, en somme, se prend pour… Dieu. Dans un style oral, parfois cynique, le livre est très accessible et ses multiples références ouvriront bien des horizons aux lecteurs attentifs et consciencieux de faire une bonne lecture. A lire, rapidement, car ces problématiques essentielles ne sont pas de la science-fiction. L’homme-Dieu est déjà là, et en prétendant vous rendre libres, « connectés »… il vous asservit chaque jour un peu plus. Réveillez-vous !

  •  « Quand un neurochirurgien déclare qu’il va fabriquer un homme éternel en greffant la tête d’un homme sur le corps d’un autre homme, son souci n’est pas simplement de venir au secours de la souffrance humaine. Écoutons ce qu’il dit. Il a comme projet d’ouvrir la porte à un homme éternel. On n’est plus dans le registre de la médecine, mais dans autre chose. Alors que le propre de l’homme est d’être mortel, la caractéristique de Dieu est de ne pas mourir. Décider de fabriquer un homme éternel, c’est avoir comme projet de supprimer le fossé séparant l’homme de Dieu afin que l’homme devienne comme Dieu, un être éternel. En Occident, dans la tradition chrétienne, il est dit que l’homme est appelé à connaître la vie éternelle. Mais, c’est Dieu qui lui donnera celle-ci à travers le Christ, son Fils, qui a vaincu la mort. Vouloir dès maintenant fabriquer un homme éternel, c’est se substituer à Dieu en prenant la place du Christ. C’est vouloir remplacer le Dieu fait homme par l’homme-Dieu. C’est vouloir établir le Christ avant le Christ en instaurant le règne de l’Antéchrist. » p. 14-15
  • « Si l’on veut l’éternité, pas question qu’elle soit donnée. Celle-ci sera construite ou ne sera pas. L’homme éternel sera un homme bricolé, un homme rafistolé, une machine à durer. D’où la justesse de penser qu’en sacralisant l’homme, on le déshumanise. Quant l’homme devient l’avenir de l’homme, il devient la chose de l’homme. » p. 26
  • « Le Diable est votre ami. Il veut votre bien. C’est comme cela qu’il prend la place de Dieu. Il fait le bien à sa place. Mieux, il fait de vous celui qui va sauver le monde. Grâce à la technique. Grâce au jeu. Par le biais d’un monde ludique, où il sera possible de rire de tout et avec tout. » p. 30
  • « Quand Dieu n’existe pas et que tout est possible, ce n’est pas la liberté qui surgit, mais un nouvel ordre du monde. Le monde de l’homme-Dieu, du décret tout-puissant et du contrôle total de l’existence. En ce sens, l’Antéchrist souhaité par Nietzsche n’est pas l’image du libérateur, mais celle de l’oppresseur. Dostoïevski l’a compris. Quand Dieu existe, sa place étant occupée, impossible de se prendre pour lui. Quand il n’existe plus, sa disparition déchaîne l’orgueil humain. » p. 41
  • « Bernanos a dit un jour que l’on ne comprend rien au monde moderne tant que l’on ne perçoit pas que tout est fait pour empêcher l’homme d’avoir une vie intérieure. Aujourd’hui, il importe d’aller plus loin et de se rendre compte que l’on ne comprend rien à la postmodernité si l’on ne prend pas conscience que tout est fait pour faire disparaître l’homme. » p. 46
  •  « L’éternité comme l’infini ne s’inventent pas. On ne crée pas l’éternité en ajoutant du temps au temps. On ne crée pas l’infini en ajoutant de l’espace à l’espace. Nous n’avons jamais vu ni l’éternité ni l’infini. Pourtant, nous en avons l’idée. C’est que celle-ci nous a été donnée par un Autre. Dieu n’est donc pas une invention. Il est l’Autre avec un grand A. L’idée que l’on en a le prouve. Nous expérimentons cet Autre quand nous aspirons à nous dépasser. Si notre existence nous apprend qu’il n’y a pas rien, Dieu nous apprend que l’homme n’est pas tout. Il y a quelque chose au-dessus de lui. L’Autre avec un grand A. Quand on a le sens de cet Autre, on devient humble, on est dans un vrai humanisme, l’humanisme de l’homme humble. Dieu n’est pas ici un dogme, mais ce qui déconstruit l’orgueil de l’homme. » p. 93

Vidéo de l’émission « L’orthodoxie, ici et maintenant » (KTO) du 4 octobre (38e édition)

Ci-dessous: la vidéo de l’émission “L’orthodoxie, ici et maintenant“, sur KTO, du 4 octobre. Présentation: “Dans cette émission de rentrée de “L’orthodoxie ici et maintenant”, Carol Saba évoque le thème de la royauté et du sacré. Quelle relation dialectale existe-t-elle entre ces deux notions ? Quelle actualité pour ce thème dans nos sociétés chargées de sacré et de monarchisme inavoués ? Pour ce faire, il reçoit Christophe Levalois, prêtre orthodoxe, enseignant en histoire et rédacteur en chef du site d’information Orthodoxie.com qui publie La royauté et le sacré aux éditions du Cerf (collection LeXio) (recensions). Le journal reviendra sur l’actualité orthodoxe saillante de la période estivale. Le zoom portera sur le Conseil des Églises du Moyen Orient à l’occasion de la tenue à Amman, au royaume de Jordanie, de la 11ème assemblée générale de ce Conseil en présence des primats de toutes les Églises et familles chrétiennes, catholiques, orthodoxes et protestantes du Moyen Orient.”

Vidéo de présentation: « La royauté et le sacré » (Éditions du Cerf)

Ci-dessous: la vidéo de présentation du livre du P. Christophe Levalois, La royauté et le sacré, paru en juin aux Éditions du Cerf. L’ouvrage a fait dernièrement l’objet de deux recensions dans deux hebdomadaires: dans Valeurs actuelles (n°4155, paru le 14 juillet), « Un pont vers le ciel« , par Laurent Dandrieu, et dans Famille chrétienne (n° 2015, paru le 27 août), « Pouvoir et transcendance« , par Christophe Dickès.

Vient de paraître dans la collection Apostolia Junior: « Un martyr après les persécutions. Saint Jean Chysostome »

Jean ChrysostomeLa collection « Apostolia Junior », des éditions de la Métropole roumaine d’Europe occidentale et méridionale, destinée aux enfants et adolescents, s’enrichit d’un nouveau titre : « Un martyr après les persécutions. Saint Jean Chysostome ». Le contenu est moins restrictif que le titre puisqu’il s’agit d’un récit de toute la vie, riche et pleine de rebondissements, de saint Jean Chrysostome, qui a été adapté par Ghisaine Brunet au style des ouvrages destinés à la jeunesse. Ce livre de 138 pages au format de poche et à la graphie aérée, a été publié avec la bénédiction du métropolite Joseph.

Vient de paraître: Émilie van Taack (dir.), « In memoriam Lydia Ouspensky »

Lydia_OuspenskyLes éditions Sainte-Geneviève (éditions du Séminaire orthodoxe russe en France) viennent de publier un ouvrage de 204 pages, sous la direction d’Émilie van Taack, In memoriam Lydia Ouspensky (couverture ci-contre). Présentation de l’éditeur :   » Ce livre, publié à l’occasion du 10e anniversaire du rappel à Dieu de Lydia Alexandrovna Ouspensky, rassemble plusieurs écrits dont le principal – « Une vie comme une autre » – est le récit autobiographique que Lydia a laissé de son émigration hors de Russie et de sa vie entre les deux guerres. Dans sa brièveté, ce récit en dit beaucoup sur elle, sur sa famille, et sur la survie des Russes au cours de cette période redoutable.  Des portraits, ensuite, écrits par ses amis, Galina Makhrova, Véronique Lossky, Marie-Chantal Savinkov, Valery Sergueev, Emilie Van Taack, composent une image de Lydia et du couple qu’elle formait avec son époux — uni jusqu’à la fin de leur vie, définitivement, en un seul être. Il est impossible de parler de Lydia, en effet, sans évoquer Léonide Alexandrovitch qui fut, dès qu’elle l’eut rencontré, comme la cause à laquelle elle se dévoua, corps et âme. Lydia Alexandrovna Ouspensky est la veuve du célèbre iconographe et théologien de l’icône, Léonide Ouspensky, qui fut rappelé à Dieu en décembre 1987. Elle lui survécut près de vingt ans, jusqu’en octobre 2006. Celle qui s’était effacée volontairement durant toute sa vie derrière son époux, est apparue involontairement, pendant cette période, aux yeux de tous, dans toute sa grandeur, non seulement digne de lui mais semblable à lui et son émule spirituelle. L’existence de Lydia, hors son intérêt propre, a modelé la vie quotidienne de cet iconographe exceptionnel et constitue, en cela, un trésor pour ceux qui s’intéressent à l’icône ou veulent s’y consacrer. C’est un témoignage irremplaçable du mode de vie exigé d’un peintre d’icône et de ses proches pour que l’œuvre parvienne au niveau du commandement de Dieu, dans le sillage de l’adage patristique : « Donne ton sang et reçois l’Esprit ! » « 

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Jovan Nikoloski