26/04/2017
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Communiqué du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche à propos du Concile panorthodoxe

SaintSynodeAntiocheMai2016Du 25 au 27 mai, sous la présidence du patriarche Jean, le Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche s’est réuni au monastère patriarcal Notre-Dame de Balamand au Liban (photographie ci-contre). Il a publié un communiqué à propos du Concile panorthodoxe. Pour lire un extrait de celui-ci dans sa version française, cliquez sur ce lien. D’autre part, Carol Saba a été désigné par le Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche comme porte parole officiel et responsable de la communication de la délégation patriarcale antiochienne au Concile panorthodoxe. En outre, il fera partie de la commission panorthodoxe des 14 Églises autocéphales sur les relations avec la presse et les médias lors du Concile.

Recension: Père Séraphim Rose, « Genèse, création et premier homme »

C_ROSE_GenesePère Séraphim Rose, Genèse, création et premier homme. Traduit de l’anglais par Thierry Cozon, Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 254 p.
Le père Séraphim Rose est une grande figure de l’orthodoxie américaine, mal connue dans le monde francophone. Né en 1934 à San Diego (Californie) dans une famille protestante ayant des origines françaises, il termina ses études secondaires comme major au lycée de San Diego, sortit diplômé de l’université de Pomona (Californie), suivit ensuite les cours d’Alan Watts (grand spécialiste des religions extrême-orientales, mondialement connu dans les années 60) à l’Académie des études asiatiques de San Francisco, avant d’obtenir un doctorat en langues orientales à la prestigieuse Université de Berkeley. Après avoir examiné soigneusement les différentes religions de l’Orient, c’est l’Orthodoxie qui entraîna son adhésion. Il entra dans l’Église orthodoxe à San Francisco en 1962, où il devint le disciple de l’évêque (futur saint) Jean (Maximovitch) de Changhaï et San Francisco. Après avoir fondé une fraternité missionnaire sous le patronage de saint Germain d’Alaska, il créa un monastère dans les solitudes sauvages du Nord californien où, avec quelques frères, il mena un vie ascétique austère qui lui valut une réputation de sainteté (ce monastère, dédié à Saint Germain d’Alaska, à Platina, existe toujours, et ses moines continuent à y vivre dans une grande pauvreté et des conditions difficiles, notamment sans électricité). Là, il écrivit un grand nombre d’articles et de livres, ayant tous pour but d’exprimer le point de vue de la Tradition orthodoxe par rapport à des courants de spiritualité modernes (New Age) ou en vogue (Hindouisme, Bouddhisme) ou à des théories philosophiques ou scientifiques posant problème au christianisme. Ordonné prêtre en 1977, il fut emporté par une courte maladie cinq ans plus tard, à l’âge de 48 ans. Après sa mort, ses livres – L’âme après la mort, L’Orthodoxie et la religion du futur, La révélation de Dieu au cœur de l’homme, Réalité du Royaume céleste, Genèse, création et premier homme, Le nihilisme, La place du Bienheureux Augustin dans l’Église orthodoxe – connurent un succès mondial, étant traduits en russe, grec, serbe roumain, bulgare, géorgien, français, lituanien, polonais, italien, chinois et malayalam (langue de l’Inde du Sud). Une biographie de 1000 pages lui a été consacrée en langue anglaise : Père Séraphim Rose : sa vie et ses œuvres.
Le présent volume regroupe plusieurs études du père Séraphim qui critiquent la théorie évolutionniste.
Une première partie est plutôt méthodologique et concerne la nature et les rapports de la théologie, de la science et de la philosophie, et affirme la supériorité de la première comme mode de connaissance. La deuxième partie est une critique du modèle évolutionniste. La troisième partie est une critique des penseurs chrétiens qui ont cherché à intégrer le modèle évolutionniste et à le concilier avec la conception chrétienne des origines du monde et de l’homme. La quatrième partie, qui occupe près d’un tiers du volume, expose la doctrine patristique de la création au regard de la conception évolutionniste et argumente en faveur de l’incompatibilité des deux approches (c’est une longue réponse à un article d’Alexandre Kalomiros, orthodoxe grec évolutionniste).
Disons-le d’emblée, le Père Séraphim Rose est un fondamentaliste pur et dur, et ses positions paraîtront sans aucun doute surprenantes à des lecteurs européens, peu habitués à la querelle qui aux États-Unis oppose – depuis longtemps dans un débat devenu banal – les créationnistes (en majorité évangélistes) aux évolutionnistes. Selon lui, par exemple, « l’univers n’est pas âgé de plus de 7500 ans » (p. 193), et le monde a été créé par Dieu en 7 jours correspondant à nos journées actuelles, chacune ayant 24 heures, pas une de plus ni de moins. Une position manifestement intenable, car les notions de semaine et d’heure n’étaient pas universelles dans l’Antiquité et se sont imposées tardivement dans l’Histoire (sur l’histoire du découpage du temps voir l’excellent livre de P. Couderc, Le calendrier dans la collection « Que sais-je? »). La Bible elle-même n’entend pas que les sept jours de la création du point de vue de Dieu correspondent à nos journées (voir pas exemple le psaume 90, 4 : « Car mille ans sont à Tes yeux comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit »). Il n’y a pas a priori d’obstacle, du point de vue de la foi chrétienne, à considérer que les jours de la création aient correspondu à de très longues périodes, ni que l’univers ait plusieurs millions d’années. Le père Séraphim Rose fait de l’Écriture et des Pères une lecture exclusivement littérale et historique, proche de celle du fondamentalisme protestant. Dans plusieurs passages il affirme que les Pères privilégient ce type de lecture, ce qui n’est pas exact. Même saint Jean Chrysostome, qui est apparenté au courant exégétique dit antiochien qui accorde une grande importance au sens littéral et historique, ne se limite pas à ce sens premier, et les représentants de l’exégèse dite alexandrine considèrent qu’il y a quatre types de sens dans l’Écriture : le sens littéral ou obvie ; le sens allégorique ; le sens tropologique (ou moral) ; et le sens anagogique (qui indique ce vers quoi on doit tendre). Origène ou saint Maxime le Confesseur par exemple accordent très peu de place au sens littéral et historique, et privilégient le sens spirituel, considérant que l’Écriture a le plus souvent un sens symbolique.
Cela dit le livre du père Séraphim Rose a le mérite de montrer les failles de la théorie évolutionniste, devenue un article de foi de la pensée moderne et enseignée comme un dogme intangible et obligatoire dans notre système éducatif, de l’école primaire à la terminale.
Il démontre que cette théorie n’est pas purement scientifique, mais a une base et des visées philosophiques, et que dans sa dimension scientifique même, elle présente de nombreuses insuffisances et contradictions. Outre qu’elle comporte des variantes qui ne sont pas compatibles entre elles (lamarckisme, néo-lamarckisme, darwinisme et néo-darwinisme, avec plusieurs écoles), elle ne permet pas de rendre pleinement compte de l’évolution qu’elle postule. C’est un fait bien connu et reconnu qu’il y a entre les espèces supposées avoir évolué de l’une à l’autre de nombreux « chaînons manquants », ce manque étant particulièrement criant en ce qui concerne le passage des prétendus « hominidés » à l’homme.
Il faut dire qu’il n’y a pas que les fondamentalistes religieux qui critiquent l’évolutionnisme: dès son apparition et jusqu’à nos jours, la théorie évolutionniste sous ses diverses formes a suscité des réserves de la part de philosophes (parmi lesquels Marx qui voyait dans le darwinisme une couverture pseudo-scientifique apportée au système concurrentiel du capitalisme, qui élimine les plus faibles et renforce les plus forts), d’épistémologues (qui ont souvent souligné sa dimension idéologique), d’historiens des sciences, et de scientifiques (un certain nombre de ces critiques sont recensées dans cet article).
Cette théorie, et toutes celles qui sont relatives à la paléontologie et à la cosmologie ont, sur le plan scientifique même, la faiblesse de ne pas pouvoir trouver de confirmation dans une expérimentation, et d’être limitées à une observation indirecte et partielle de vestiges ou de traces comportant beaucoup de lacunes. L’évolutionnisme n’est qu’une hypothèse (c’est-à-dire une explication supposée) présentant de nombreuses zones d’ombre et de nombreux points de fragilité.
Le père Séraphim Rose en présente quelques-uns. Il note que le rejet de l’évolutionnisme n’amène à rejeter ni la variation, ni le développement, ni amélioration des espèces, car c’est à tort que l’on assimile ces trois notions à l’évolution pour justifier celle-ci. Il montre que la théorie évolutionniste est avant tout une philosophie. Et surtout – c’est l’un des buts fondamentaux de son livre – il rappelle quelle est la conception qu’ont les Pères de la création, souligne que celle-ci reste normative pour les chrétiens et montre pourquoi, selon lui, elle n’est nullement conciliable avec l’évolutionnisme. Il faudrait rappeler ici de manière plus développée que la science et la religion n’ont pas les mêmes bases ni les mêmes visées: le but de la première est de tenter de donner une compréhension rationnelle, aussi cohérente que possible, des phénomènes (c’est-à-dire, étymologiquement, des apparences), tandis que la seconde est de donner, en se fondant sur une révélation, une connaissance spirituelle de ce qui transcende les apparences et qui donne sens à la vie de l’homme non seulement en cette vie mais dans l’au-delà.
Contre la pensée unique, matérialisme et athée, que notre société impose de manière de plus en plus coercitive et intolérante, le livre du père Séraphim Rose a le mérite de rappeler que l’évolutionnisme n’est pas un dogme intangible, et que sur la question de l’origine du monde et de l’homme d’autres façons de voir se justifient à partir de cadres de référence différents.

Jean-Claude Larchet

Assemblée extraordinaire des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce au sujet du Concile panorthodoxe

L’assemblée extraordinaire des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce a commencé ses travaux le 24 mai, sous la présidence de l’archevêque d’Athènes Jérôme. Avant l’assemblée a été célébrée la liturgie en l’église du monastère des Saints-archanges de Petraki, à Athènes, par le métropolite de Karpenission Georges. Ensuite a été célébré l’office pour le début des travaux de la hiérarchie, puis a été dressée la liste des hiérarques présents, les absents – excusés – étant les métropolites Anthime de Thessalonique, Hiérothée de Lemnos et Saint-Eustrate, et Jacques de Mytilène, Éressos et Plomarion. La Commission de la Presse a été constituée des métropolites Hiérothée de Naupacte et Chrysostome de Saint-Blaise et de Patras. L’archevêque d’Athènes Jérôme a ensuite remercié les hiérarques pour leur venue à l’assemblée. Au sujet du saint et grand Concile de l’Église, qui est convoqué du 17 au 26 juin de cette année en Crète, l’archevêque a mentionné que « nous sommes appelés à servir un grand événement ecclésial historique, qui présuppose et exige l’illumination du Saint-Esprit, notre voix désintéressée et notre témoignage sacrificiel ». Appelant les hiérarques à prier fortement de telle façon que leur message unisse, éclaire et renforce le peuple fidèle qui attend aujourd’hui les conclusions et les décisions de l’assemblée, le primat a déclaré que durant ces deux jours de l’Assemblée, les hiérarques auraient la possibilité de discuter de façon exhaustive tous les paramètres du saint et grand synode. Poursuivant son allocution, l’archevêque a souligné à ce sujet : « J’aimerais vous demander que nous nous mouvions dans un esprit d’amour en Christ et de respect pour chaque opinion différente, la position dominante étant celle de la majorité. Nous avons le devoir d’aboutir à des propositions concrètes, prises le cas échéant à la majorité, afin de faciliter la tenue du secrétariat préparatoire panorthodoxe, mais aussi pour clarifier toute ombre, doute et perplexité ». Et de conclure ainsi son allocution : « Le Concile de Crète est un événement ecclésial historique et en même temps décisif. Le monde entier attend de nous le témoignage de notre unité. Le calice commun, le corps et le sang de notre Seigneur, sera toujours ce que nous unit ou qui nous sépare. Il n’y a pas de place pour des négociations en ce qui concerne les questions dogmatiques. Notre Église est une, sainte, catholique et apostolique et la nécessité est impérative quant à son témoignage missionnaire, son positionnement contemporain relativement aux problèmes de notre époque ainsi que la poursuite de son œuvre sanctifiante pour notre salut à tous. Il n’y a pas de place pour les aspirations personnelles et les revendications égoïstes anti-ecclésiales. Les défis des temps nous veulent unis. Les schismes et les factions sont l’œuvre du malin qui veut nous éloigner du calice commun. Laissons la grâce de Dieu couvrir nos propres lacunes, qui sont nombreuses. Que soient grandes et puissantes notre prière, notre foi, notre confiance dans l’illumination du Saint Esprit, Lui qui guide, malgré nos péchés, l’œuvre de l’Église du Christ depuis deux millénaires. Les époques que nous vivons se prêtent plus que jamais aux égoïsmes et aux ambitions. Ne le permettons pas et que notre prière principale soit la parole de l’archange : « Tenons-nous bien, tenons-nous avec crainte ! » Ensuite, conformément à l’ordre du jour, le métropolite d’Élis Germain a lu son rapport sur « les remarques de leurs Éminences les métropolites concernant les textes du saint et grand Concile ». Le métropolite Germain a préalablement fait une présentation détaillée de la préparation du saint et grand Concile et des actions spécifiques du Saint-Synode permanent de l’Église de Grèce pour mettre en œuvre les décisions nécessaires à la préparation de la participation de l’Église de Grèce aux travaux du saint et grand Concile. Il a ensuite abordé les sujets de la présente réunion de la hiérarchie, lesquels sont constitués par les propositions du Saint-Synode permanent présentées au vote, ainsi que le mode de scrutin. Après la pause a eu lieu une discussion approfondie sur ledit rapport. Les travaux de la hiérarchie se poursuivront jusqu’au 25 mai.

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La collection des 10 opuscules des homélies et conférences de l’archimandrite Elie (Ragot)

La collection des 10 opuscules des homélies et conférences de l’archimandrite Elie (Ragot) vient de paraître. Cette collection, reprend de différentes homélies ou conférences du père Élie prononcées à diverses occasions et se propose de montrer quelques aspects de la vie chrétienne. Les opuscules sont vendus au profit de la construction de l’église patronale du monastère de la Transfiguration. Pour les commander, cliquez ICI !

Les opuscules 1 à 10 des homélies et conférences de l’archimandrite Elie :
Opus 1 : L’image du Christ.

Opus 2 : La construction d’une église : épiphanie d’un mystère.

Opus 3 : Une vie chrétienne épanouie : c’est la sainteté.

Opus 4 : L’inverse d’une foi figée : Dieu nous divinise.

Opus 5 : La confession des péchés.

Opus 6 : La vie du ciel sur la terre : La divine liturgie.

Opus 7 : Un guide lumineux et illuminateur des âmes : Géronda Aimilianos.

Opus 8 : Place du monachisme dans l’Église.

Opus 9 : Le monachisme : un idéal et un défi.

Opus 10 : Sur l’amour de la beauté : la Philocalie.

Recension: « Un signe sur le sable » et « Timothée le voleur d’icônes »: deux romans pour enfants et adolescents publiés par les éditions Apostolia

Les livres pouvant servir à la formation chrétienne orthodoxe des enfants et adolescents sont très répandus dans les pays orthodoxes, mais très rares dans le monde francophone.
C’est pourquoi les deux romans que viennent de publier les éditions Apostolia de la Métropole roumaine dans une collection intitulée « Apostolia junior » méritent d’être signalés et recommandés.

Un_signe_sur_le_sableUn signe sur le sable bénéficie ici d’une troisième édition française (après deux éditions à succès publiées par le monastère d’Ormylia en Grèce, où œuvrent deux sœurs françaises). Ce roman, dont l’auteur a souhaité rester anonyme, est bien connu en Grèce où il a été publié par la Fraternité Zoè en 1967 et a été de nombreuses fois réimprimé.
L’action se situe dans les premiers siècles, à une époque où les chrétiens sont mal connus et persécutés. Le personnage principal est Milvios, un petit esclave de 12 ans qui est au service d’un riche sénateur romain et de sa famille. Son comportement et ses vertus – son calme, sa patience, son aptitude à tout supporter, sa douceur, sa générosité, son abnégation – frappent les autres esclaves, le fils du sénateur et le sénateur lui-même, et les amènent tout d’abord à s’interroger, puis à découvrir le christianisme et à s’y convertir, jusqu’à être prêts à affronter le martyre.
La thématique de ce roman d’initiation peut aisément être transposée à notre époque, où les enfants chrétiens se trouvent immergés dans un milieu qui est de plus en plus éloigné du christianisme, et même lui est de plus en plus hostile, et où celui qui est chrétien doit assumer sa singularité et la préserver avec courage. Il montre comment un enfant, par ses vertus chrétiennes, peut rayonner de manière positive sur son entourage et le transformer spirituellement, et comment les vertus valorisent celui qui les possède et rejaillissent sur ceux qu’il fréquente. Il montre aux enfants chrétiens qu’ils n’ont pas à rougir de leur morale dans un monde qui n’en n’a plus, qu’ils ont une responsabilité dans leur milieu social, et ont à leur niveau un devoir et un pouvoir de témoignage.

TimotheeLe second livre est un roman de l’auteur allemand Willi Fährmann, intitulé Timothée le voleur d’icônes. Il a été traduit en français par Joëlle Cheuzeville-Mniszek et illustré par Anne Malko.
Il a pour cadre la Russie de la fin du XVIIIe siècle. Le jeune Timothée Toutalev entreprend un long voyage à travers la Sibérie jusqu’à Nijni-Novgorod où il doit acheter une icône pour un riche marchand d’Omsk. Après de nombreuses péripéties, Timothée vole l’icône afin de garder l’argent pour lui. Mais sur le chemin du retour s’opère une transformation intérieure… L’histoire pleine de suspense est passionnante et l’atmosphère russe bien rendue.
L’auteur de l’édition originale allemande, Willi Fährmann, est né en 1929 à Duisburg. Il est dans son pays l’un des auteurs de littérature de jeunesse les plus renommés, et a reçu le Grand Prix de l’Académie de Littérature d’enfance et de jeunesse pour l’ensemble de son œuvre. Ses livres ont été publiés à des millions d’exemplaires par les éditions Arena-Verlag. Un de ses livres, Le grand méchant Balèze, a été publié en France par Hachette-Jeunesse. Les chaînes de télévision Arte et ZDF ont adapté pour l’écran un autre de ses ouvrages: Der lange Weg des Lukas B.

Parmi les autres livres d’inspiration ou à thématique orthodoxe pour enfants et adolescents, rappelons l’excellent roman De l’empire du moi-d’abord au royaume du don-de-soi de Myrsine Viggopoulou, et ces bandes dessinées de qualité : Starets Silouane, un moine du Mont-Athos de Gaëtan Evrard (Coccinelle); Le Pèlerin russe de Gaëtan Evrard (Coccinelle); Starets Séraphim, un moine de Sarov de Gaëtan Evrard (Coccinelle); Saint Vladimir, le soleil radieux de Vladimir Volkoff et Paul Teng (Lombard); Alexandre Nevski de Vladimir Volkoff et Paul Teng (Lombard); La vie de sainte Odile de Diss et Claude Delamarre (Signe).

Il est est souhaitable que les éditeurs orthodoxes développent ce secteur, qui peut jouer, en complément de la catéchèse classique, un rôle important. De nombreux livres à succès de Myrsine Viggopoulou, par exemple, restent en attente de traduction…

Jean-Claude Larchet

Réflexions de l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion de la sortie d’un volume sur le Concile panorthodoxe, contenant la traduction en serbe des projets de textes préconciliaires, ainsi que des articles de différents théologiens de l’Église orthodoxe serbe, l’évêque de Bačka Irénée a publié le communiqué suivant.
« Le Christ est ressuscité !
J’adresse mes salutations à tous dans la joie de la Résurrection, tout en réfléchissant sur le saint et grand Concile durant les jours de la plus joyeuse des fêtes chrétiennes, qui emplit tout de sens universel. Il s’agit du message évangélique du salut de tous et de tout en Christ, qui contient en lui de façon concise l’annonce de l’unité conciliaire de l’Église. En même temps, au moment de la session en Assemblée de la hiérarchie de notre Église locale, je pense qu’il faut, par principe, que nous nous réjouissions tous du futur Concile panorthodoxe. On peut parfois lire et entendre dans les média – et aussi de la bouche des pasteurs et des théologiens de l’Église – que la tradition et la pratique de la convocation des Conciles dans l’Église orthodoxe, ou bien encore en Orient, est interrompue déjà depuis longtemps et que douze siècles se sont passés sans que nous ayons de conciles généraux (!). Historiquement, cela est inexact ! Notre Église est par nature conciliaire (catholique, universelle, englobant tout). Sa conciliarité (catholicité) ontologique, se manifeste historiquement en tant que synodalité, elle s’exprime précisément par les conciles. Avant tout, chacune de nos assemblées lors de la Liturgie est une Assemblée de toute l’Église « en un seul lieu », et sa réunion en un seul corps, en un Esprit divin (ἐπὶ τὸ αὐτό). Chaque Église locale (évêché, diocèse) est une Église dans sa plénitude, qui est en communion avec toutes les autres Églises de Dieu dans le monde. Il en résulte que sans communion conciliaire, l’unité de l’Église, en général, n’existe pas, pas même un instant. Les conciles locaux ou régionaux sont convoqués lorsqu’il en existe le besoin. Notre Église locale, en règle générale, tient un concile au moins une fois par an, et si nécessaire plus souvent. D’autres Églises locales tiennent aussi des conciles – les unes plus souvent, et les autres plus rarement. Qui plus est, lorsque des circonstances historiques importantes l’exigent, c’est-à-dire non à des intervalles réguliers, des grands conciles, exceptionnels, dans la Grâce, de toutes les Églises de Dieu dans le monde, sont convoqués. Ce sont les conciles généraux de l’Église qui s’appellent habituellement Conciles œcuméniques. Par conséquent, il n’est pas exact d’affirmer que dans l’Église orthodoxe, durant de longs siècles, il n’y a pas eu de conciles. Il est seulement exact qu’à l’époque plus récente, durant les siècles plus récents, nous n’avons pas eu de conciles panorthodoxes ou généraux. Cela peut se comprendre dans le contexte des événements historiques. Dans les temps plus anciens, seule la Russie était un pays orthodoxe libre, tandis que dans tous les autres, nous nous trouvions sous un asservissement qui a duré pendant des siècles. Sans les conditions de liberté et de paix, et sans bons moyens de communication entre les chrétiens orthodoxes dispersés dans « l’univers », dans le monde, il n’était pas possible de convoquer des grands conciles. À l’époque plus récente, alors qu’avaient déjà commencé les préparatifs pour un tel concile, au début du XXème siècle, la réunion au monastère athonite de Vatopédi [en 1930 ndt], a été particulièrement importante. À celle-ci, outre les représentants des autres Églises orthodoxes, les évêques de l’Église orthodoxe serbe ont prit une participation active, et le rôle du saint évêque Nicolas y a été immense. Plus tard, les plans pour que le nouveau concile général se tienne à Niš, à l’occasion du 1600ème anniversaire du premier concile œcuménique, ou à Jérusalem ou encore ailleurs, sont « tombés à l’eau », et la convocation du concile a été reportée sine die, principalement en raison des conditions prévalant dans l’Église russe à l’époque soviétique et, plus tard, en raison de conditions similaires dans la majorité des Églises locales, au temps des communistes et de leur pouvoir. Maintenant est venu le moment auquel l’Église peut organiser son concile, bien que les conditions, aujourd’hui aussi, ne soient pas idéales. Il n’y a pas, à vrai dire, de terreur politique et de persécutions grossières dans la majorité des pays orthodoxes, mais dans certains de ceux-ci il existe néanmoins des difficultés dans la vie de l’Église en raison des affrontements armés et, au Moyen Orient, des persécutions par des musulmans fanatiques. C’est la raison pour laquelle le Concile n’a pu être tenu à Constantinople, comme cela avait été prévu au départ. Nous sommes témoins que, sur la base des nouvelles médiatiques, il y a encore des actes terroristes à Ankara et à Constantinople. Les difficultés et les souffrances sont énormes en Syrie, en Irak, dans tout le Moyen Orient, où il y a aujourd’hui également beaucoup de chrétiens orthodoxes, mais aussi des chrétiens séparés de l’Église orthodoxe, qui lui sont toutefois proches et apparentés spirituellement. Les circonstances idéales, au demeurant, n’existent pas et nous ne pouvons les attendre. Mais les besoins et les défis existent et, pour cette raison, il a été décidé d’accélérer les préparatifs. Personnellement, s’il n’est pas immodeste de ma part que je le dise, je considère ce qui suit : si les préparatifs avaient duré deux ou trois ans de plus, le futur Concile serait plus réussi. Je le dis avec une certaine dose de hardiesse, peut-être non justifiée, car je participe depuis longtemps déjà au préparatifs conciliaires au nom de notre Église, avec le métropolite du Monténégro et du Littéral Mgr Amphiloque, et ce non pas comme un observateur qui suit tout ce qui se passe, mais de façon active, de l’intérieur. C’est ainsi que je considère que nous aurions pu avoir alors quelques thèmes importants à l’ordre du jour encore, tout d’abord la question de l’autocéphalie. Il en est de même pour la préparation des textes qui seront traités et soumis à la discussion au Concile et au sujet desquels des décisions seront prises. Cette préparation aurait pu être plus réussie parce certains des textes sont anciens de plusieurs décennies et la période préparatoire n’était pas suffisante pour qu’ils soient revus plus sérieusement et approfondis en fonction des défis spirituels actuels. Nous devons croire que notre manque tout humain de préparation, ou notre préparation insuffisante, ou encore nos désaccords sur certaines questions (il y en a), voire même les relations perturbées entre certaines Églises autocéphales, ne seront pas déterminants, mais que l’Esprit Saint élèvera tout cela depuis les espaces terrestres jusqu’à la cime des espaces célestes. Il édifie le Corps de l’Église et peut, par Son amour étendu et qui englobe tout, l’amour qui est du Père, et qui nous est accordé par le Fils et que nous vivons justement dans l’Esprit Saint, tout vivifier, transfigurer, manifester comme une fidèle icône du royaume de Dieu, malgré tout ce qui est humain et imparfait. Car le Concile est avant tout la Pentecôte, l’Esprit Saint avec nous. Sa force triomphera malgré toutes nos faiblesses et nos défauts. C’est la condition sine qua non préconciliaire, conciliaire et postconciliaire. Au demeurant, les Conciles sont convoqués dans ce but à travers toute l’histoire de l’Église. Ce ne sont pas des conférences ou des symposiums, mais des conciles qui résolvent les questions vitales de la vie de l’Église, en premier lieu, celles qui concernent l’unité de l’Église, à savoir une communion pleine et sans obstacle entre les Églises. C’est pourquoi je crois que la future réunion de toutes les Églises orthodoxes « ensemble et dans l’unanimité » témoignera l’unité entre nous. J’espère qu’elle présentera en outre un témoignage qui peut, à mon sens, être utile également aux chrétiens qui appartiennent à l’Église catholique-romaine, de même qu’aux chrétiens qui appartiennent aux communautés de la Réforme, aux Églises protestantes. En quoi vois-je cela ? De premier abord, il s’avérera que l’unité de l’Église est possible et réelle sans les excès et l’unilatéralité de la doctrine de la primauté de l’évêque de Rome sous la forme qu’elle a développée durant le deuxième millénaire de l’histoire chrétienne, c’est-à-dire sans l’absolutisation du primat romain, sans interprétation de la primauté d’honneur comme une primauté de pouvoir. Donc, que l’on ne peut justifier la nécessité de l’unité par une hypertrophie malsaine de la primauté. Car celle-ci a existé également durant les premiers siècles, mais elle était alors fondée sur l’amour, le service et le sacrifice. De même, les communautés issues de la Réforme, en rejetant le modèle d’unité romain, ont perdu l’unité entre elles, et, en même temps, l’unité avec l’Orient orthodoxe et l’Occident catholique. Il se peut que notre saint et grand Concile soit un témoignage utile, à eux, à tous, voire à nous-mêmes – un témoignage de l’unité de l’Église, et l’indicateur d’un équilibre indispensable entre primauté et conciliarité, primauté conçue comme sacrifice et comme service à l’unité de l’Église, et acceptation conciliaire et dans la Grâce de cette unité par les autres Églises. Peut-être serons-nous en mesure de montrer ce qu’est l’équilibre divino-humain, selon le Saint-Esprit et selon la sainte Trinité, dans l’existence et la vie de l’Église, un bon modèle de l’unité, qui est recherché parmi les Églises, bien qu’il ait été donné en fait à l’Église dès les temps apostoliques et a existé jusqu’au grand schisme entre Orient et Occident à la fin du premier millénaire. Or, l’Église orthodoxe le garde fidèlement aujourd’hui également. Tous les textes dans le présent volume, malgré leurs imperfections, sont précisément une tentative de présenter de tels efforts, et le recueil même est le fruit du souhait et du travail communs de tous les contributeurs qui ont participé à sa publication afin de témoigner ce qui nous a été donné dès le début et à jamais, la véritable catholicité et l’unité établie par Dieu de l’Église du Christ. Nous offrons les fruits de cette œuvre modeste à l’amour de toute la plénitude chrétienne de notre Église locale, ainsi qu’à tous les gens de bonne volonté. À Novi Sad, le 3/16 mai 2016 ».

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Recension: Jean Romanidès, « Théologie empirique »

Theologie empiriqueJean Romanidès, Théologie empirique. Présenté et commenté par Mgr Philarète, L’Harmattan, Paris, 2015, 336 p.
Le père Jean Romanidès (1927-2001) est l’un des plus grands théologiens orthodoxes contemporains
Son œuvre se distingue par son souci rigoureux d’orthodoxie, sa cohérence, son originalité, sa force d’expression, son ancrage dans la tradition des Pères et l’expérience spirituelle. Elle se présente en Grèce comme l’alternative majeure à la théologie – aujourd’hui de plus en plus critiquée – du métropolite Jean Zizioulas (avec lequel Romanidès et ses disciples furent en opposition) et à la théologie néo-grecque du groupe réuni dans les années 60 autour de la revue Synaxis, marquée par un mélange de théologie et de philosophie traduisant une méthode théologique déficiente, par une volonté de modernité et par une forte influence de la théologie russe décadente de la diaspora (Boulgakov et ses disciples) et de la philosophie occidentale (principalement existentialiste).
Le père Jean Romanidès est né au Pirée en 1927 de parents qui avaient été chassés de Cappadoce par les Turcs lors de la dramatique « épuration ethnique » de 1922. Deux mois après sa naissance, ses parents émigrèrent aux États-Unis. C’est à New York, dans le quartier de Manhattan, qu’il reçut sa première formation scolaire, avant d’entreprendre, lorsque le temps fut venu, des études de théologie à l’École de théologie orthodoxe de Holy Cross, dont il fut l’un des premiers diplômés (1949). Il poursuivit ensuite ses études à l’université de Yale (1950-1954), passa un an à l’Institut Saint-Serge à Paris, avant de rejoindre la Faculté de théologie de l’Université d’Athènes où il soutint en 1957 une thèse de doctorat qui avait pour thème « Le péché ancestral » (trad. anglaise: « Original Sin », 2e éd., Zephyr, Ridgewood, 2002) et qui, à l’époque, parut révolutionnaire. Il fut alors élu professeur à l’École supérieure de théologie orthodoxe de Holy Cross (1958) et devint éditeur de la Greek Orthodox Theological Review, l’une des deux plus importantes revues orthodoxes de langue anglaise. Il quitta ce poste en 1965 et fut élu en 1968 professeur à la Faculté de théologie de l’Université Aristote de Thessalonique. Il fut ordonné prêtre en 1970. Il participa à différentes commissions de dialogue théologique, cela au-delà de sa retraite, qu’il prit en 1984, et jusqu’à son décès, à Athènes, en 2001.
L’œuvre de Romanidès fut, par son engagement, son originalité, sa vigueur et, il faut le dire, sa dimension anticonformiste et provocatrice, sujette à débat dès l’origine et jusqu’à la fin. Le père Georges Dragas, qui fut l’un de ses étudiants et l’un de ses éditeurs aux États-Unis, écrit à son sujet : « C’était un combattant qui croyait clairement qu’il avait à défendre la dogmatique patristique orthodoxe telle qu’il l’avait redécouverte. C’était un théologien orthodoxe entièrement engagé qui cherchait à établir son orthodoxie sur les enseignements et la tradition vivante des Pères, tant ecclésiale qu’ascétique. Ayant grandi dans un contexte occidental et ayant été pleinement exposé aux traditions chrétiennes occidentales, il fut conduit non pas à tenir sa propre orthodoxie pour assurée, mais à l’examiner en profondeur pour redécouvrir et défendre son intégrité. Il acquit ainsi la conviction que la tradition patristique orthodoxe était radicalement différente des traditions occidentales qui, en raison de certaines exigences historiques, avaient imposé à celle-ci leur influence. »
Par la rupture qu’elle a imposée dans le monde orthodoxe par rapport aux modes de pensée établis, par la conscience nouvelle qu’elle a développée de l’identité orthodoxe par rapport à la théologie et à la spiritualité latines hétérodoxes (qu’il considérait comme enracinée dans l’œuvre d’Augustin d’Hippone et comme ayant été développée et imposée à l’Occident par les Carolingiens), l’œuvre du père Jean Romanidès a exercé une influence décisive beaucoup de théologiens orthodoxes contemporains, si bien que, comme le note le père Georges Métallinos dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, « on doit distinguer dans la pensée orthodoxe moderne un avant et un après Romanidès ».
La pensée du père Jean Romanidès a fait l’objet d’une présentation d’ensemble, qui a reçu son approbation, par Andrew J. Sopko (Prophet of Roman Orthodoxy. The Theology of John Romanides, Synaxis Press, Dewdney, BC, Canada, 1998).
Ses livres et articles sont disponibles en grec, mais aussi en anglais. On en trouvera une partie (téléchargeable légalement en différents formats) sur le site Internet qui lui est consacré, et dans lequel il est accompagné par deux de ses principaux disciples actuels, le métropolite Hiérothée de Naupacte et Saint-Blaise, et le père Georges Métallinos, ancien doyen et professeur de la faculté de théologie d’Athènes.
L’importante diffusion de l’œuvre du père Jean Romanidès aux États-Unis tient au fait qu’il y a passé la plus grande partie de sa vie et a enseigné de nombreuses années dans l’un des deux principaux instituts supérieurs de théologie orthodoxe américains, et a écrit la plus grande partie de son œuvre en anglais.
Dans le monde francophone, c’est La Lumière du Thabor, revue aujourd’hui disparue d’un groupe schismatique de Vieux-calendaristes, que revient le mérite d’avoir fait connaître le père Jean Romanidès (comme lui revient le mérite d’avoir publié plusieurs textes importants du père Georges Florovsky, et une partie importante de l’œuvre de saint Justin Popovitch). Elle a offert, au fil de ses numéros, la traduction de plusieurs de ses articles (« Le Christ, la vie du monde »; « L’ecclésiologie de saint Ignace d’Antioche »; « Examen critique des applications de la théologie »; « La franco-latinisation de l’orthodoxie »; « Sur l’accord de Balamand »). Un autre article, d’une qualité exceptionnelle, sur « le Filioque », extrait d’un ouvrage du grand théologien intitulé Franks, Romans, Feudalism and Doctrine, a également été traduit et publié par l’équipe éditoriale de la revue dans un remarquable Dossier Saint Augustin paru aux éditions L’Âge d’Homme.
L’évêque de ce groupe, Mgr Philarète (alias Laurent Motte) a eu l’heureuse idée de rassembler l’ensemble de ces études dans le présent volume intitulé Théologie empirique. Il les a fait précéder d’une vaste et très bonne introduction de 70 pages, qui présente la biographie de l’auteur et une synthèse des principaux thèmes de son œuvre, dont ce volume offre un bon échantillon: la méthodologie de la théologie orthodoxe (fondée sur l’expérience spirituelle de l’illumination et de la glorificaiton, et non sur une spéculation de type philosophique, d’où le titre donné au volume); les trois degrés de la vie spirituelle (purification, illumination, glorification) ; le christianisme comme thérapeutique; l’opposition de la théologie franque – imposée à l’Occident par Charlemagne – à la théologie romaine (c’est-à-dire de l’empire romain, improprement appelé byzantin par les historiens, et de sa continuation après la chute de Constantinople, improprement appelée « Byzance après Byzance »), tout à la fois orientale et occidentale; la différence radicale entre la doctrine catholique-romaine du péché originel (issue d’Augustin) et la conception orthodoxe du péché ancestral; le Filioque comme produit de la théologie des Franks (orthographe justifiée par l’auteur); les déviations de la théologie augustinienne et l’inspiration augustinienne de la théologie des Franks; le schisme de 1054 non pas comme le résultant d’un « estrangement » progressif entre l’Occident et l’Orient selon une opinion devenue courante, mais comme le produit de la politique des Franks imposée aux papes; la vision du Verbe par les justes de l’Ancient Testament et leur glorification/déification; la glorification/déification comme but de la vie chrétienne; l’opposition de la théologie orthodoxe des énergies divines incréées à la doctrine de la grâce créée (qui prend sa source dans la doctrine augustinienne des « théophanies », intermédiaires créés), développée par la théologie franque.
On regrette, d’un point méthodologique, que les commentaires de ceux qui ont à l’origine publié ces traductions françaises se trouvent, dans les notes réunies en fin de volume, mélangées sans distinction avec celle du père Jean Romanidès. Cela donne une fâcheuse impression de tentative de récupération de sa pensée par un groupe dont il restait distant, puisque, rappelons-le, il a toujours appartenu à l’Église orthodoxe canonique et représentait même officiellement son Église locale (le patriarcat de Constantinople) dans des réunions œcuméniques internationales.
D’une qualité remarquable, la théologie du père Jean Romanidès n’est pas sans défauts. Sa vigueur tient souvent à une systématisation et à une simplification excessives, comme celle du schéma purification – illumination – glorification (qui certes appartient à la tradition patristique mais y fait l’objet d’une conception plus souple), ou celle de l’opposition Romains-Franks poussée jusqu’à l’époque actuelle (et qui finit par se substituer comme deux concepts politiques à la distinction orthodoxie-hétérodoxie), ou comme la réduction du christianisme à une thérapeutique (ce qui certes s’applique au salut et à la vie ascétique, mais n’est pas pertinent pour ce qui concerne la divinisation). Parmi ses autres faiblesses, on peut signaler l’insistance trop forte sur la responsabilité de la théologie de saint Augustin dans les déviations dogmatiques du catholicisme romain, qui en fait le responsable de tous les maux passés et présents. On trouve certes chez Augustin les racines de plusieurs d’entre elles et non des moindres, mais ce qu’il faudrait surtout incriminer c’est l’augustinisme (constitué par les disciples d’Augustin qui ont systématisé certaines de ses positions) et l’utilisation qui en a été faite plusieurs siècles plus tard, quand l’augustinisme, courant longtemps minoritaire, s’est imposé de longue lutte comme courant dominant en Occident (le père Placide Deseille a livré à ce sujet une excellente analyse). Un troisième problème est posé par la dissociation que le théologien grec opère entre la divinisation et le salut, ne faisant plus de celui-ci la condition de celle-là. Selon lui, la vision de Dieu dans Ses énergies incréées – qui est une vision déificatrice – était déjà donnée dans l’Ancien Testament, et l’économie du Verbe incarné a eu seulement pour but de libérer l’homme de la corruption et de la mort. Or, s’il est vrai que les Pères évoquent la vision de Dieu et même la déification de justes de l’Ancien Testament, ils la présentent comme exceptionnelle et comme une anticipation prophétique de ce que le Christ apportera. Pour eux, le salut accompli par le Verbe incarné n’est pas seulement une libération de la corruption et de la mort elles-mêmes (qui d’ailleurs ne s’accomplira pleinement qu’à la fin des temps), mais une libération du pouvoir du péché, du diable, de la passibilité et de la mort, qui sont chez les hommes des sources de passions et de péché et les empêchent de recevoir la plénitude de la grâce divinisante. Le salut (qui se présente effectivement comme une thérapeutique de la nature) était donc la condition de la divinisation (qui se présente en quelque sorte comme sa pleine santé). Une quatrième faiblesse des positions du père Jean Romanidès est l’appui qu’il a apporté à la christologie monophysite au cours de réunions œcuméniques où il a représenté le patriarcat de Constantinople et qui ont abouti au mauvais compromis de Chambézy (auquel ont aujourd’hui heureusement renoncé toutes les Églises locales orthodoxes à l’exception du patriarcat de Constantinople). Un cinquième point discutable de la pensée du théologien grec est son exaltation de l’hellénisme (commune à beaucoup de théologiens grecs des années 60, différents de lui et différents entre eux), s’incarnant dans le projet utopique, quasi politique, de restaurer dans le monde (mais en excluant paradoxalement les pays slaves) l’Empire romain sous le nom de Romanie. Ce dernier aspect de la pensée de Romanidès, peu présent dans ce volume, a été exposé dans son livre Romanité, Romanie, Roumélie, dont on trouvera une présentation très détaillée et une critique équilibrée dans le compte rendu qu’en a fait le père André de Halleux pour la Revue théologique de Louvain (15, 1984, p. 54-66) : « Une vision orthodoxe grecque de la Romanité », que l’on peut lire en ligne et télécharger ici.

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître: Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, « La confession. Actes de l’université d’été 2015 »

ConfessionMétropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, La confession. Actes de l’université d’été 2015, Éditions Apostolia, Limours, 2016.
Ce volume contient les actes de l’université d’été tenue en 2015 à l’intention du clergé de la Métropole roumaine. Les exposés, faits, à l’exception d’un seul, par des clercs ou des moines et moniales appartenant au patriarcat de Roumanie, comportent quatre études bibliques, canoniques et patristiques, et par ailleurs des réflexions pastorales, le plus souvent propres au contexte spécifique de l’Église roumaine, sur la nature de la confession, son rapport avec la paternité spirituelle, son rapport avec la psychothérapie, son aspect thérapeutique ou son lien avec la communion en relation avec le problème de la fréquence de celle-ci.
Sommaire :
— Introduction, par le métropolite Joseph
— La paternité spirituelle, par l’évêque Silouane
— Expérience du renouveau de la confession dans une paroisse urbaine, par le père Ciprian Negreanu
— Le repentir chez saint Jean Climaque et saint Jean Cassien, par l’archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard
— Confession et psychothérapie – la guérison de l’âme et du corps, par la moniale Siluana Vlad
— Comment sensibiliser les jeunes à la confession, par la moniale Sofronia
— La confession en Roumanie – Historique et situation actuelle, par l’archimandrite Nichifor Horia
— Le ministère de la paternité spirituelle selon l’archimandrite Sophrony, par le hiéromoine Melchisedec
— Une perspective canonique sur la confession, par le père Patriciu Vlaic
— Le sacrement de la confession selon la Sainte Ecriture, par le père Vasile Mihoc
— Dimension psychosomatique de la confession, par le père Jean Boboc
— La dimension thérapeutique de la corifession, par le père Philippe Dautais
— Contrition, repentir et confession, selon l’enseignement de saint Jean Chrysostome, par le père Gérard Reynaud
— Conclusion, par le métropolite Joseph
— En guise de postface: Quand l’amour répond à l’amour, par le métropolite Joseph

Vient de paraître: « Les Princes de ce monde entre la joie de la vie et le don de l’immortalité » (éditions Apostolia) par Mgr Emilian de Loviștea

Mgr Emilian de Loviștea, évêque auxiliaire de l’archevêché de Râmnic, Les Princes de ce monde entre la joie de la vie et le don de l’immortalité, éditions Apostolia, Paris, 2016, 203 p.

CouvertureLes éditions Apostolia de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale viennent tout juste de publier un excellent livre sur la vie et le martyre des saints Brâncoveanu signé par l’évêque auxiliaire de l’archevêché de Râmnic (Roumanie), Mgr Emilian (Nica) de Loviștea : Les Princes de ce monde entre la joie de la vie et le don de l’immortalité. Un ouvrage parsemé de nombreuses images, dont la plus grande partie à valeur de véritables documents historiques et ecclésiastiques, portant sur les moments essentiels de la commémoration des saints martyrs Brâncoveanu (translation de leurs reliques à Bucarest, au monastère de Hurezi, « vol » de l’auteur-évêque avec la châsse de reliques du prince martyr en hélicoptère, jusqu’à Iasi pour la fête de sainte Parascève en 2014, etc.).
L’importance fondamentale du livre est celle de rendre actuelle pour un public francophone, la vie du saint voïvode martyr Constantin Brâncoveanu, prince régnant de la Valachie (1654-1714), décapité à Constantinople en 1714, avec ses quatre garçons, Constantin, Ștefan, Radu et Matei, et avec son gendre, le conseiller Ianache Văcărescu, pour la confession de leur foi. Ce fut, comme il est dit dans le livre, l’un « des événements les plus sanglants » de l’histoire de la Valachie : « Fermes dans la confession de leur foi chrétienne-orthodoxe, le saint voïvode, ses quatres fils, Constantin, Ştefan, Radu, Matei et le conseiller  Ianache ont été condamnés à mort, avec l’exécution de la sentence le jour du 15 août 1714. La date avait été choisie à dessein, puisque c’était le jour de l’anniversaire du voïvode Constantin, qui allait avoir 60 ans, et le jour de la fête onomastique de son épouse, la princesse Marika, la Dormition de la Mère de Dieu ». Le prince régnant de la Valachie a regardé mourir ses fils sous ses yeux, avant de supporter le martyre à son tour, étant assisté dans la mort « par une grande foule de personnes, parmi lesquelles les représentants des pays européens à Constantinople! ».
Structuré en douze grands chapitres, le livre présente l’histoire de la famille Brâncoveanu, proposée comme modèle de vie chrétienne authentique pour toute famille chrétienne de nos jours, sa généalogie, la politique du voïvode, ses relations (diplomatiques, mais aussi culturelles) avec les grandes puissances de l’époque et avec les hiérarques de son temps, les fondations religieuses (monastères et églises) et culturelles-laïques (écoles, imprimeries, infirmeries, etc.) du prince de la Valachie, son martyre (ainsi que celui de ses fils et de son gendre), l’historique de sa canonisation, de sa commémoration ultérieure par l’Église orthodoxe roumaine et surtout par l’évêché de Râmnic – le diocèse de l’auteur-évêque qui compte le plus de fondations monastiques du prince martyr -, ainsi que plusieurs témoignages personnels de Mgr Emilian concernant des actions religieuses et culturelles-historiques qu’il a entreprises et accomplies en l’honneur des saints martyrs, protecteurs de son diocèse (aux côtés du saint hiérarque Callinique de Tchernica et du saint hiérarque martyr Anthime l’Ibère). Ouvert avec un magnifique fragment du Psaume 113 (21-26), le livre est clos avec le tropaire des saints martyrs et une admirable ballade qui leur a été consacré par la tradition religieuse populaire roumaine.
Le but de la publication d’un tel livre en langue française est expliqué par Mgr Emilian dans son « Introduction » : « Dans ce livre, nous avons arrêté notre choix, parmi les princes chrétiens de notre histoire, au voïvode de la Valachie, le saint martyr Constantin Brâncoveanu, et à sa famille, qui ont œuvré pour le peuple roumain et pour l’Europe de leur époque, en se sacrifiant pour la foi chrétienne et pour la confession de la vérité de l’Évangile. Le but du présent recueil est donc de faire connaître plus largement leur vie et leur sacrifice dans un espace culturel habité par les Roumains de France, d’Europe occidentale et d’ailleurs, en insistant sur la question de la famille chrétienne et sur le contexte historique international qui fut celui du martyre du saint voïvode, de ses quatre fils et de son conseiller. Nous espérons que ce travail contribuera à une meilleure connaissance de la spiritualité et de la culture roumaine, et qu’il permettra de construire de nouveaux ponts au sein de la grande famille chrétienne, latine et francophone ».
L’amour pour les saints caractérise d’ailleurs, l’ensemble de l’activité éditoriale et de recherche de Mgr Emilian de Loviștea, qui est également maître de conférences aux Facultés de théologie orthodoxe des universités de Craiova et « Alexandru Ioan Cuza » de Iasi. Spécialiste en théologie et histoire, l’auteur-hiérarque a consacré plusieurs de ses livres (il en a publié déjà 7) à la vie et l’œuvre des saints protecteurs de son diocèse actuel (dont le saint hiérarque Callinique de Tchernica), ainsi qu’aux saints protecteurs de la Moldavie (son diocèse d’origine, puisque Mgr Emilian est devenu moine au monastère de Neamt, la grande laure de saint Païssy Vélitchkovsky, et a continué sa vie monastique à Iasi, où il a été ensuite conseiller culturel de la Métropole).
De nos jours, lorsqu’on assiste à un véritable rayonnement de l’orthodoxie en France en particulier, et à une recherche évidente de valeurs chrétiennes authentiques dans une Europe confrontée avec l’échec de sa déchristianisation et de sa sécularisation, la publication d’un tel livre, qui montre l’exemple d’une vie princière vécue dans la foi chrétienne-orthodoxe et sa confession par martyre, ne peut qu’inciter à la réflexion sur le véritable sens de la vie humaine et proposer un modèle à suivre.

Felicia Dumas, traductrice

Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie rejetant plusieurs points du document préconciliaire sur les relations avec le reste du monde chrétien

« Aujourd’hui, en date du 21 avril 2016, le Saint-Synode, sous la présidence de S.S. le patriarche de Bulgarie Néophyte a procédé à sa session ordinaire, au cours de laquelle ont été discutés les questions et les documents concernant le prochain Concile panorthodoxe, qui est prévu en Crète du 16 au 27 juin de cette année. À la session étaient présents les évêques synodaux ; Callinique de Vratchane, Joannice de Sliven, Grégoire de Velikotrnovo, Gabriel de Lovetch, Nicolas de Plovdiv, Ambroise de Dorostol, Jean de Varna et de Velikipreslav, Séraphin de Nevrokop et Nahum de Roussé. Les évêques synodaux suivants étaient absents : Dométien de Vidine, Joseph des États-Unis, du Canada et d’Australie, Ignace de Pleven, Galaction de Starozagorsk, Antoine d’Europe occidentale et centrale. Le Saint-Synode a examiné la lettre du métropolite de Lovetch Gabriel, avec en annexe les signatures des prêtres du diocèse de Lovetch concernant le texte intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », faisant partie des documents prévus pour examen lors du saint et grand Concile des Églises orthodoxes, qui se déroulera en Crète entre le 16 et le 27 juin de cette année. De même, le Saint-Synode a examiné la lettre du métropolite de Plovdiv Nicolas, avec en annexe les signatures des prêtres du diocèse de Plovdiv, en soutien de l’opinion exprimée par le diocèse de Lovetch au sujet du document susmentionné. Après un vote, le Saint-Synode a décidé à l’unanimité :

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Vient de paraître: Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, « L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église. Actes de l’université d’été 2014 »

Experience_du_ChristMétropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église. Actes de l’université d’été 2014, Éditions Apostolia, Limours, 2016, 196 p.
Ce volume contient les actes de l’université d’été tenue en 2014 à l’intention du clergé de la Métropole roumaine. Les exposés, qui sont moins des exposés théoriques que des témoignages d’expériences pastorales, sont dus à des clercs de la métropole et à une moniale venue de Roumanie.
Sommaire :
— Introduction, par le métropolite Joseph
— La vie liturgique, par l’évêque Marc
— Le temps liturgique – Variations sur le temps et l’éternité – La pensée du père Dumitru Staniloae, par le Père Jean Boboc
— Sanctifier le temps, par le métropolite Joseph
— Services et vocations dans l’Eglise et la place des enfants, par la moniale Silouana Vlad
— La gestion de la vie paroissiale, par l’archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard
— Le défi de la diversité dans la vie paroissiale, par le père Gilbert Deprugney
— En guise de conclusion: Sur la prière, par le métropolite Joseph
— Annexe: Le précurseur de la mansuétude infinie du Sauveur, par le métropolite Joseph

Intervention de l’archevêque de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières) au colloque organisé à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion du colloque organisé le 19 avril à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe, l’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc a commenté le message de l’Église orthodoxe russe hors-frontières au sujet des projets de documents préconciliaires destinés à être soumis au futur Concile panorthodoxe :

Éminence, Excellences, révérends Pères, Frères et Sœurs,

Comme nous l’avons entendu dans la conférence de S.E. le métropolite Hilarion [de Volokolamsk, ndt], les documents qui ont été publiés sont passés par des périodes d’élaboration, de discussions, de finalisation ayant duré de nombreuses années, parfois même de nombreuses décennies, et cela se ressent très fortement dans certains documents, tandis que dans d’autres, cela est atténué, probablement parce que les thèmes étaient plus simples. Mais il reste que, à mon avis, ainsi qu’à celui de beaucoup de nos archipasteurs et pasteurs, deux de ces documents causent une certaine préoccupation. Celle-ci est liée à l’absence de clarté que l’on y rencontre, une absence de clarté avant tout terminologique, qui peut donner lieu à des interprétations erronées. Cela concerne les documents « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Il y a certaines craintes également en ce qui concerne le règlement du Concile, mais S.E. le métropolite Hilarion a déjà répondu en partie à celles-ci. Avant tout, je vais aborder le document appelé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Chez nous, ce document appelle une grande vigilance au regard de l’ecclésiologie orthodoxe. La terminologie est confuse dans ce document, elle n’est pas claire et peut donner lieu à toutes les interprétations erronées. Bien qu’au début de ce document figure une phrase très claire, et encourageante pour moi personnellement ainsi que pour beaucoup d’évêques, selon laquelle l’Église orthodoxe est définie comme l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui établit son unité, comme cela y est dit, sur le fait qu’elle est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cependant, malheureusement, une telle terminologie claire, non ambiguë, est loin d’être maintenue dans le reste du document, où il est dit, je cite : « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique d’autres églises et confessions chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cela, sous une forme différente, sous un aspect différent, fait que l’on rappelle maintes fois la question des autres « Églises ». Pour nous, une telle terminologie est inacceptable. Peut-être dois-je dire que je sens souvent, qu’en Russie, nos archipasteurs et pasteurs ont une attitude plus favorable envers les autres « Églises », les autres confessions, que nous à l’étranger, parce que nous sommes confrontés à celles-ci tous les jours, nous savons de quoi il s’agit et que, en partie, nous sommes issus de ces communautés. C’est pourquoi, nous avons, peut-être, une perception plus aiguë de ce thème mais je sais, néanmoins, que cela inquiète de nombreuses personnes, et ce non pas seulement dans notre Église. En fait, ceux qui ont protesté les premiers contre cette formulation étaient des Grecs. Et cela me réjouit parce que les Grecs constantinopolitains, de toute évidence, considèrent souvent que nous, Église russe, avons toujours été opposés à ce qu’ils proposaient. Dans le cas présent, ce sont les Grecs eux-mêmes des Églises de Grèce et de Chypre qui ont apporté une contribution très intéressante à cette discussion. Lorsqu’il est dit que l’Église est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, on oublie de toute évidence qu’elle constitue également Son Corps mystique, ce que nous ne saurions omettre. Si un tel fondement du Corps du Christ est clair pour nous, alors il ne peut être question d’une multitude d’Églises. Cela, nous ne pouvons en parler que dans une discussion privée, personnelle, mais non au niveau d’une conférence panorthodoxe. L’unité de l’Église, à notre avis, ne saurait être mise en question. Il n’est dit nulle part dans le texte que la division qui existe à notre époque s’est produite suite à des schismes et des hérésies. Certes, dans la vie de tous les jours, nous pouvons ne pas aller à la rencontre de chaque protestant en lui disant « tu es un hérétique ». Mais lorsque l’on me demande : « Me considérez-vous comme un hérétique ? », je dois le dire. Je dois comprendre que, à la base de ces prétendues « Églises » existant maintenant, se trouve l’hérésie ou le schisme. Mais, dans ce document, on parle constamment d’une mystérieuse unité chrétienne. Il n’est dit nulle part ce dont il s’agit. Est-ce un quelconque méli mélo ? Si nous parlons de la prépondérance de l’Église orthodoxe, de l’unité des fidèles en Christ, de l’Église une sainte, catholique et apostolique etc., alors nous ne pouvons en même temps, dans le même document, parler de la multitude des Églises. Parler de l’unité chrétienne perdue et du rétablissement de celle-ci, est magnifique, Dieu merci, on en parle. Mais le rétablissement de l’unité ne peut se produire par des voies nébuleuses. Là, rien n’est dit au sujet de tous ceux qui ont quitté cette unité avec l’Église orthodoxe, que nous invitons à revenir, il n’est pas dit que nous sommes des témoins, sans orgueil aucun de notre côté (ce n’est pas à nous que revient le mérite d’être orthodoxes, mais le Seigneur nous a appelés dans l’Église Une) et pour cette raison, nous devons témoigner de cette vérité, et ne pas la voiler, comme on le fait ici. Il ressort de ce texte que l’Église orthodoxe est une quelconque petite partie d’un tout, c’est une sorte de fragment, comme tous les autres. Et il n’est pas dit que la perte de l’unité des hétérodoxes, c’est précisément la perte de leur unité avec l’Église orthodoxe. Encore une fois, dans une conversation privée, nous pouvons permettre de telles choses, mais non dans un document panorthodoxe, à mon avis, cela est inacceptable. Il y a encore une chose dangereuse, c’est la déclaration de ce document au sujet de la pratique du prosélytisme. Selon une phrase du document, toute pratique de prosélytisme est exclue ainsi que d’autres actions provoquant des manifestations d’antagonisme interconfessionnel. Il ne faut pas confondre ces deux choses, excusez-moi. On ne peut les laisser à égalité dans une phrase. Une chose est le prosélytisme auquel le Seigneur nous a tous appelés et envoyés, et autre chose est effectivement la manifestation malsaine d’antagonisme interconfessionnel, ce que nous voulons tous éviter. Ici, nous devons distinguer nettement ces deux choses. Parce que si nous les confondons, on arrive à nouveau à une quelconque égalité entre les confessions, nous sommes alors tous égaux et nous devons tous revenir quelque part, on ne sait pas où…

Un autre document qui appelle, peut-être, une vigilance encore plus grande, c’est le document sur la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain. Là, à mon avis, il y a des erreurs portant sur l’anthropologie. Le passage clé dans ce document est celui où il est question de la personne humaine. Or, comme nous l’avons déjà indiqué, il faut parler ici de l’homme ! « La personne humaine » est une nouvelle expression, non patristique et non liturgique. Ceci étant, ce problème est identique dans toutes les variantes linguistiques de ce texte. Ceci est le plus flagrant dans le texte grec. J’ignore quel texte se trouvait à l’origine de ce document, mais le texte grec est absolument absurde, comme l’ont montré les évêques grecs, parce que l’on y utilise le mot « prosopon », qui est en général utilisé seulement pour les Personnes de la Sainte Trinité, et les Grecs eux-mêmes l’ont relevé. Il y a, dans la traduction russe, la meilleure variante, étant donné qu’à de nombreux endroits, on utilise malgré tout le mot « homme », et non « la personnalité humaine ». Et dans les textes français, grec et anglais, il y a cette terminologie inacceptable. Il faudrait, dans le texte russe, procéder de façon conséquente, et utiliser dans tout le texte le mot « homme », au lieu de « personnalité humaine », qui crée ici une confusion entre ce qui est incréé – la Sainte Trinité – et le créé dans l’homme.

Ce sont donc les éléments qui, à notre avis, demandent des corrections et des définitions précises. Beaucoup de choses importantes sont dites dans ces textes, particulièrement dans ce texte où il est question de la place de l’Église dans le monde contemporain. Il ne faudrait pas, naturellement, tout supprimer mais, à mon avis, il faut préciser et éviter, voire enlever toutes ces contradictions inutiles, qui sont présentes dans ce texte.

Encore un élément important : pour quelles raisons y parle-t-on de « genres », alors que l’on a simplement en vue le sexe. Pourquoi faut-il introduire un quelconque « genre » ? Cela est incompréhensible.

Pour ce qui concerne la procédure du Concile, il y a un passage troublant, c’est la référence au fait que l’esprit conciliaire ou l’institution conciliaire dans l’Église a toujours préservé la vérité de la foi. C’est simplement faux. Les Conciles ont simplement transmis ce qu’ils ont hérité du Seigneur, ils révèlent la volonté divine, mais ils ne l’établissent pas eux-mêmes. Le métropolite Hilarion a déjà parlé au sujet de la décision conciliaire, je lui suis reconnaissant pour cette clarification. Bien sûr, tenant compte de tout cela, ce serait mieux, en fonction de toutes ces lacunes, et cela faciliterait beaucoup les choses, si nous utilisions non pas le mot « Concile », mais « Conférence panorthodoxe ». Cela ferait disparaître toute la tension qui existe dans le peuple et qui, peut-être, est fondée, mais il y a ici un malentendu, parce que nous partons ici de la langue grecque où en fait il n’y a pas de différence fondamentale entre les mots « Concile », « Réunion » et conférence ou consultation. Si nous utilisions le mot « conférence » nous ferions disparaître cette grande tension.

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Recension: Père Gleb Kaleda, « Arrêtez-vous sur vos chemins. Notes d’un aumônier de prison à Moscou (1992-1994) »

C_Kaleda_Arretez-vousPère Gleb Kaleda, Arrêtez-vous sur vos chemins. Notes d’un aumônier de prison à Moscou (1992-1994). Traduit du russe par Françoise Lhoest, éditions des Syrtes, Genève, 2016, 150 p.
Le Père Gleb Kaleda est déjà connu des lecteurs francophones par un livre intitulé L’Église au foyer paru en 2000 aux éditions du Cerf.
Dans la première partie de ce nouveau livre, il nous livre un témoignage et des réflexions relatives à son ministère d’aumônier de prison de 1992 à 1994, soit les deux dernières années de sa vie. Il fait apparaître les particularités de la pastorale des prisonniers liées à la fois aux difficultés propres au milieu carcéral, à la psychologie particulière de ceux qui y vivent, aux relations spéciales qu’ils entretiennent avec leurs semblables, et à leurs difficultés d’aborder la foi dans un milieu qui en est a priori éloigné. Comme Dostoïevski dans ses Souvenirs de la maison des morts, le Père Gleb témoigne de sa confiance dans l’aptitude de l’homme, en qui l’image de Dieu ne peut jamais se perdre, à se repentir et à se transformer positivement, quel que soit le poids du passé et les difficultés du présent. Il fait part des ses efforts spirituels et matériels pour réintroduire des structures (local pour les confessions, chapelle…) et une vie chrétienne dans les prisons, dans un pays où elle en avait été officiellement bannie pendant soixante-dix ans.
Ce témoignage et ces réflexions sont très liés au contexte historique, politique et sociologique de la Russie dans les années qui ont immédiatement suivi la perestroïka, et sont souvent assez datées. Mais il y reste une dimension universelle, relative notamment à la psychologie des prisonniers, à la façon de l’aborder, et à la manière dont le ministère du prêtre peut s’exercer dans ce milieu particulier.
Une deuxième partie du livre rassemble: 1) des témoignages de prisonniers adressés à l’épouse du Père Gleb à la suite du décès de celui-ci en 1994, qui soulignent les qualités de leur aumônier; 2) un texte d’Alexandre Dvorkine sur la vie et l’œuvre pastorale du Père Gleb; 3) des souvenirs Gennadi Orechkine qui fut un directeur de prison d’une grande humanité et favorisa grandement l’activité pastorale du Père Gleb. Celui-ci a été longtemps professeur de géologie ; il fut ordonné prêtre secrètement à l’âge de 53 ans, célébra chez lui clandestinement jusqu’en 1990, avant que le patriarche Alexis II ne le charge de l’organisation de la catéchèse à destination des prisonniers et ne fasse de lui le premier aumônier de prison en Russie depuis la révolution. Tous ces témoignages font apparaître le Père Gleb comme un pasteur remarquable.

Jean-Claude Larchet

Messages de Pâques

La-Résurrection1Messages de Pâques en français: du patriarche oecuménique de Constantinople Bartholomée, du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, du patriarche Irénée de Serbie, du métropolite Tikhon (Église orthodoxe en Amérique), du métropolite Stéphane de Tallinn et de toute l’Estonie, du métropolite Emmanuel, du métropolite Athénagoras de Belgique, exarque des Pays-Bas et du Luxembourg, de l’archevêque Jean, de Mgr Nestor de Chersonèse, du métropolite Joseph.

Icône de la Résurrection ci-contre: blog “Icône et tradition”

Livre, roman: « Lueurs à la dérive » de Laurence Guillon

lueurs_a_la_derive-couvLaurence Guillon, auteure de confession orthodoxe, a publié l’année dernière aux éditions Rod un roman intitulé Lueurs à la dérive. Ce récit, imprégné d’esprit chrétien orthodoxe, place son action en Russie au temps du Goulag et de la persécution des croyants. Laurence Guillon a publié également Le tsar Hérode (Mercure de France, 1986, prix Fénéon) et des ouvrages pour les enfants.

Communiqué commun du Patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient et du Patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient

13001158_932228543541579_978737386614915856_nLe 21 avril, à Balamand au Liban, à l’occasion du 3e anniversaire de l’enlèvement des deux évêques d’Alep en Syrie (photographies ci-contre), le Patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et le Patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche (Église non chalcédonienne) ont publié un communiqué commun que nous reproduisons ci-dessous la traduction française (source dont photographie, version anglaise):

Trois ans d’enlèvement pour nos frères Jean et Paul, évêques d’Alep

Balamand, le 21 avril 2016

Nos chers fils spirituels,
Nos frères dans la patrie et l’humanité,
Il y a trois ans jour pour jour, les évêques d’Alep Jean Ibrahim et Paul Yazigi furent enlevés dans les environs d’Alep, alors même qu’ils rentraient d’une mission humanitaire où ils agissaient en intermédiaires pour aider autrui. Depuis lors, pas une seule information officielle n’a filtré à leur sujet ; ni de la part d’un gouvernement, ni de celle d’une organisation, ni même émanant d’une autorité haute ou modeste, quelle qu’elle soit. Depuis trois ans, ce dossier est relégué aux oubliettes, et ceci n’est qu’une reproduction à échelle réduite de ce qu’endurent nombreux parmi nous : terreur, meurtre, enlèvements, exil, accusation d’apostasie, attentats dévastateurs… Tout cela sous couvert d’appellations et de slogans divers. Ni les torrents de larmes versées par les mères de Syrie et du monde entier, ni l’ardeur de tous ces cœurs épuisés en prière n’ont suffi à mettre un terme à cette tragédie débutée il y a plus de cinq ans, sous un nom sans lien avec son sens initial.
Il nous importe aujourd’hui, alors que nous soumettons cette tragédie au regard du monde entier, de confirmer les principes immuables que nous avons déjà affirmés et que nous partageons avec un grand nombre de personnes.
Si le but de ces enlèvements est de nous intimider en tant que chrétiens, que les ravisseurs sachent que nous sommes les descendants de ceux qui ont choisi de porter le nom du Christ, sur cette terre et non une autre, il y a deux-mille ans. Nous ne sommes pas surhumains et ne sommes pas soutenus par des colosses. De cette terre nous pétrissons notre pain et de toute la force de notre appartenance à ce sol nous sauvegardons notre identité, levantine et antiochienne, contre vents et marées.
Nous avons frappé à toutes les portes et continuerons de le faire, mais notre premier espoir, et le dernier, c’est en Dieu que nous l’investissons. Notre première et dernière force, c’est de la détermination de nos ancêtres, de leur persévérance et de l’amour qu’ils ont voué à leur terre et à leur Église que nous les tirons. En cet Orient nous demeurons, nos cloches continueront d’y résonner et nous ne cesserons d’y brandir nos croix et nos églises. La main malveillante qui se tendra vers ces croix et ces clochers, nos frères musulmans de tout bord se chargeront eux-mêmes de la tordre ; les musulmans du Levant, peuple de la tempérance, qui endurent tout autant que nous le fléau du terrorisme aveugle et les accusations d’apostasie, surgies en intruses dans nos relations chrétiennes-musulmanes, passées comme actuelles. Se chargera également de tordre le bras de ce fléau une longue fraternité, vécue et que nous continuons de vivre, avec toutes les communautés. On a beau briser nos croix, exiler nos familles, déchirer les entrailles de nos patries, incendier nos églises et nos mosquées, nous priver de nos enfants, de nos proches et bien-aimés, tombés en martyrs dans la lutte du bon droit contre l’injustice, il n’en reste pas moins que, tout cela, malgré l’étendue de son horreur, nous l’endurons comme si de rien et le déposons en offrande sur le chemin de croix enduré par notre Seigneur Jésus Christ. Toutes les ténèbres de ce bas monde, nous les enfouissons dans la lumière du regard de la Vierge toute sainte, honorée par les chrétiens comme par les musulmans, et au secours de laquelle nous en appelons, pour nous rendre tous les kidnappés et parmi eux nos deux frères, les évêques d’Alep.
En cette terre nous demeurons et nous n’épargnerons aucun moyen pour la défendre et y défendre notre présence. Nous n’y avons jamais constitué une minorité et nous ne le serons pas. Pour tous ceux qui se disent touchés par le sort des « minorités » et qui ouvrent leurs portes pour accueillir les Syriens de tout bord, il serait plus convenable d’œuvrer de toutes leurs forces pour trouver une solution qui leur épargnerait une lourde responsabilité et un fardeau économique supplémentaire, et qui épargnerait à cette population les dangers d’une traversée en mer exténuante, les affres de l’exil et du statut de réfugiés. Nous ne sommes pas des quêteurs de protection, mais des quêteurs de paix. Et la paix est une et indivisible. Elle ne se répartit pas en « paix pour les minorités » et en « paix pour les majorités ». La paix est celle de pays qui se sont fondés et tiennent grâce au vivre ensemble, au patriotisme, à l’esprit civique et au discours religieux modéré. La paix ne découlera pas d’un blocus économique extérieur, qui ne porte généralement atteinte qu’aux enfants sans-abri et aux démunis sur le sort desquels nombreux pleurent, alors même qu’ils ont été réduits à une vulgaire monnaie d’échange exploitée sur le marché des armes et dans le conflit d’intérêts.
A la communauté internationale nous répétons ce que nous avons affirmé précédemment : nous vous sommes reconnaissants de tous les sentiments fraternels et les condamnations exprimées. Cependant, après ces trois longues années d’attente, nous vous accusons tous de porter la responsabilité d’avoir ignoré cet enlèvement et du silence absolu sur ce dossier, et nous vous invitons tous à remplacer le discours habituel, qui consiste à dénigrer, condamner et promettre une action sérieuse, par des actes suivis, traduisant concrètement les bonnes volontés exprimées.
Nous renouvelons ici notre appel à libérer nos deux frères évêques et en appelons aux États décisionnaires et à ceux qui ont le pouvoir de « tirer les cordes » de la scène politique de mettre un terme à cette tragédie humaine minimisée, dont la description est loin d’en refléter l’ampleur et l’impact réel sur la population syrienne. Nous apprécions fortement, en revanche, et savons gré de tout effort, local ou international, déployé pour la convergence et le dialogue, car il est le seul garant de retrouver la paix en Syrie, au Levant et dans le monde.
Alors que nous élevons nos prières pour la paix en Syrie, au Proche-Orient et dans le monde entier, nous saluons la ville d’Alep, nos proches et les membres de la paroisse qui y résident. Nous saluons notre grande famille, tous les cœurs aimants, pétris d’espérance, qui ont chéri Jean Ibrahim et Paul Yazigi. Nous saluons nos fils dans la patrie et les membres de la diaspora, réunis par l’amour de la patrie et notre terre d’origine. Nous saluons toute la communauté d’Antioche unie dans la prière, dans la quête et dans la prise de position aux quatre coins de la terre.
A l’approche des fêtes de Pâques, qui célèbrent la Résurrection, nous prions Jésus-Christ, Seigneur de la Résurrection, de nous soulager du lourd fardeau qui pèse sur cet Orient et d’y implanter la lumière de Sa résurrection. Nous prions le Saint des saints de panser de Sa main tendue le cœur de chaque mère, père, frère ou ami miné par cette crise et d’adoucir leurs meurtrissures grâce à l’espoir de la résurrection. Nous prions le Dieu crucifié, qui a vaincu de Sa force l’empire de la mort, enseveli dans Sa tombe les maux de l’humanité et renforcé le cœur de Ses disciples, de consoler nos fils et de ramener la paix à la terre de la paix, cette terre d’Orient blessée, mais qui subsistera envers et contre tout. Nous sommes les enfants de la Lumière et de la Résurrection, et nos prières adressées aujourd’hui au Seigneur de la Lumière et de la Résurrection, l’appellent à étendre Sa Lumière consolante et Sa protection divine sur nos fils qui protègent cette terre, à accorder Sa miséricorde aux âmes des martyrs et à ramener chaque individu enlevé sain et sauf parmi les siens.
A nos frères évêques nous disons : vous êtes un parfum d’encens émanant dans les ténèbres actuelles. Vous êtes l’éclat d’une louange divine surgissant au milieu des écueils des intérêts. Vous qui marchez dans la Lumière du Christ, de laquelle vous tirez votre force et celle de la paroisse qui vous a été confiée, sachez que nous sommes à vos côtés, dans le flot d’une prière adressée au Rédempteur et à ses saints, le suppliant d’éloigner de nous ce nuage de tourments, d’inonder nos martyrs de Sa Lumière et de recouvrir nos proches de Son aile protectrice.
Sois à nos côtés Seigneur et accorde-nous Ta consolation divine. Bénis nos âmes de la force de Ta paix et ancre, au fond de nos cœurs, l’espoir de Ton Salut. Sois notre soutien et notre protection. Inonde nos esprits de la lumière de Ta paix et emplis nos âmes de l’éclat de Ta bonté. Console les kidnappés et ramène-les aux leurs. Reste, Seigneur, aux côtés des exilés et rend nous plus forts, afin que nous les consolions autant que faire se peut. Prends soin des orphelins, aie pitié de l’âme de nos martyrs et guéris, de Ton âme sacro-sainte, les cœurs meurtris de leurs proches.
Accorde-nous, Seigneur, la lumière de Ta paix et éclaire nos vies de Ta présence sublime.

Jean X (Yazigi), patriarche grec orthodoxe d’Antioche et du Levant

Mor Ignace Ephrem II (Karim), patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche et du Levant

« #Kairos » – première chronique en direct de Jean-François Colosimo – 22 avril

Voici la première chronique de Jean-François Colosimo, intitulée  #Kairos et diffusée en direct aujourd’hui sur la page Facebook d’Orthodoxie.com. Pendant que vous regardez la vidéo en direct, vous pouvez cliquer sur le bouton “S’abonner” pour que Facebook vous notifie nos prochaines retransmissions ! Et surtout ne pas oublier de « liker » notre page Facebook !!!

Déclaration conjointe du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque Jérôme sur l’île de Lesbos aujourd’hui

Le pape François, le patriarche œcuménique Bartholomée Ier et l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme se sont rencontrés aujourd’hui à l’île de Lesbos pour rencontre les réfugiés qui s’y trouvent et pour les soutenir. A cette occasion, une déclaration conjointe a signé. Nous vous invitons à la lire ci-dessous .

« Nous, pape François, patriarche oecuménique Bartholomée et archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, nous nous sommes rencontrés sur l’île grecque de Lesbos afin de montrer notre profonde préoccupation face à la condition tragique des nombreux réfugiés, des migrants et des demandeurs d’asile qui sont venus en Europe en fuyant des situations de conflit et, dans beaucoup de cas, des menaces à leur survie. L’opinion mondiale ne peut pas ignorer la gigantesque crise humanitaire créée par la propagation de la violence et du conflit armé, par la persécution et le déplacement de minorités religieuses et ethniques ainsi que par le déracinement des familles de leurs maisons, en violation de leur dignité humaine ainsi que de leurs droits humains fondamentaux et de leurs libertés.

La tragédie de la migration et du déplacement forcés affecte des millions de personnes, et c’est fondamentalement une crise d’humanité, qui appelle une réponse de solidarité, de compassion, de générosité et un engagement de ressources immédiat et pratique. De Lesbos, nous appelons la communauté internationale à répondre avec courage en affrontant cette crise humanitaire massive et ses causes sous-jacentes, par des initiatives diplomatiques, politiques et de charité ainsi que par des efforts de coopération, à la fois au Moyen-Orient et en Europe.
En tant que dirigeants de nos Églises respectives, nous sommes unis dans notre désir de paix et dans notre sollicitude pour promouvoir la résolution des conflits à travers le dialogue et la réconciliation. En reconnaissant les efforts déjà en cours pour apporter de l’aide et des soins aux réfugiés, aux migrants et aux demandeurs l’asile, nous appelons tous les dirigeants politiques à utiliser tous les moyens afin d’assurer que les individus et les communautés, y compris les chrétiens, restent dans leurs pays et jouissent du droit fondamental à vivre en paix et en sécurité. Un large consensus international et un programme d’assistance sont d’une nécessité urgente pour soutenir le droit, pour défendre les droits humains fondamentaux dans cette situation
insoutenable, pour protéger les minorités, pour combattre la traite et le trafic humains, pour éliminer les routes qui ne sont pas sûres, telles que celles à travers la mer Égée et toute la Méditerranée, et pour développer des procédures de réinstallation sûre. De cette manière, nous serons en mesure d’assister ces pays directement engagés à pourvoir aux besoins de si nombreux de nos frères et soeurs souffrants. À titre particulier, nous exprimons notre solidarité avec le peuple grec, qui, malgré ses propres difficultés économiques, a répondu avec générosité à cette crise.
Ensemble, nous plaidons solennellement pour une fin de la guerre et de la violence au Moyen-Orient, pour une paix juste et durable et pour le retour honorable de ceux qui ont été contraints à abandonner leurs maisons. Nous demandons aux communautés religieuses d’accroître leurs efforts pour recevoir, pour assister et pour protéger les réfugiés de toutes les confessions ; et que les services d’assistance religieux et civils travaillent à coordonner leurs initiatives. Car, tant que le besoin perdure, nous exhortons tous les pays à étendre l’asile temporaire, à offrir le statut de réfugié à ceux qui sont éligibles, à accroître leurs efforts d’assistance et à travailler avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté en vue d’une fin rapide des conflits en cours.
L’Europe affronte aujourd’hui l’une de ses plus sérieuses crises humanitaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour répondre à ce grave défi, nous appelons tous les disciples du Christ à se souvenir des paroles du Seigneur, sur lesquelles nous serons jugés un jour : « Car, j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi… Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35-36.40).
Pour notre part, obéissant à la volonté de notre Seigneur Jésus Christ, nous nous engageons fermement et sans réserve à intensifier nos efforts pour promouvoir la pleine unité de tous les chrétiens. Nous réaffirmons notre conviction qu’il « appartient à la réconciliation (entre les chrétiens) de favoriser la justice sociale, dans et entre tous les peuples… Nous voulons ensemble contribuer à ce que les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile soient accueillis dignement en Europe » (Charte oecuménique, 2001). En défendant les droits humains fondamentaux des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants, et de toutes les personnes marginalisées dans nos sociétés, nous visons à accomplir la mission de service des Églises en faveur du monde.
Notre rencontre d’aujourd’hui est destinée à aider à apporter courage et espérance à ceux qui cherchent un refuge ainsi qu’à tous ceux qui les accueillent et les assistent. Nous exhortons la communauté internationale à faire de la protection des vies humaines une priorité et à soutenir à tous les niveaux les politiques d’inclusion qui s’étendent à toutes les communautés religieuses. La terrible situation de tous ceux qui sont affectés par la présente crise humanitaire, y compris beaucoup de nos frères et sœurs chrétiens, appelle notre prière constante.
Ile de Lesbos, le 16 avril 2016″

Inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris: le discours de Philippe Goujon, député et maire du 15e arrondissement

P1160060Lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, le 31 mars dernier, le député et maire du 15e arrondissement, Philippe Goujon, a prononcé un discours (photographie ci-contre). Pour le lire, cliquez sur ce lien.

Communiqué au sujet de la visite commune prochaine du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque Jérôme d’Athènes sur l’île de Lesbos

« Il est communiqué que, au cours de cette dernière période, le Patriarcat œcuménique et Sa Toute-Sainteté le patriarche Bartholomée en personne, suivent avec une attention soutenue les développements et les affrontements armés dans la région du Moyen Orient élargi ainsi que les persécutions des chrétiens qui y ont lieu. Ainsi, Sa Toute-Sainteté le patriarche a exprimé de différentes façons, jusqu’à aujourd’hui, son angoisse au sujet du vaste flot de réfugiés. Dans cet esprit, il a communiqué au mois de février, par son représentant, avec Sa Sainteté le pape François, et, le 30 mars, il a envoyé à celui-ci une lettre à ce sujet. Dans le cadre de ce vif intérêt et en raison de l’inquiétude commune des dirigeants religieux ainsi que de la nécessité impérative d’une prise d’initiative et d’action communes pour sensibiliser l’opinion publique internationale et les organes et acteurs compétents, Sa Sainteté le pape de Rome François, Sa Toute-sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée et Sa Béatitude l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme visiteront très prochainement l’île de Lesbos afin de communiquer avec les réfugiés qui s’y trouvent et de les soutenir. Cette démarche et initiative des dirigeants religieux soutiendra et réconfortera les milliers de réfugiés éprouvés et favorisera la prise d’initiatives appropriée pour la protection des communautés chrétiennes très éprouvées ainsi que la prise en charge correcte du problème majeur des réfugiés.
Au patriarcat, le 5 avril 2016 »

Source

L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières): « Les gens ne jeûnent pas, parce qu’ils ne connaissent pas le sens du carême »

Le site internet pravoslavie.ru a publié une interview vidéo de l’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne au sujet du Grand Carême, que nous publions ci-dessous avec l’introduction rédigée par ce site.

Pour beaucoup de gens, le Grand Carême est un temps, disons-le ouvertement, difficile et triste. D’année en année, les statistiques montrent un triste résultat : [En Russie] seuls 3 à 5% de ceux qui se considèrent orthodoxes, observent le carême et encore pas toujours de façon stricte. Pourquoi les gens ne voient-ils pas la joie du jeûne ? En quoi consiste-t-elle ? Comment ceux qui n’ont jamais jeûné peuvent-ils se risquer à jeûner ? Nous discutons de cela avec Mgr Marc (Arndt), archevêque de Berlin et d’Allemagne de l’Église orthodoxe russe hors-frontières.

– Bonjour, chers lecteurs et visiteurs du portail internet « Pravoslavie.Ru ». Notre invité est aujourd’hui Mgr Marc, archevêque de Berlin, d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Monseigneur, notre émission sera diffusée pendant le Grand Carême. C’est pourquoi le thème de notre rencontre, aujourd’hui, est le Grand Carême. Le Carême est un temps empli d’une solennité particulière, d’un contenu et d’un sens spécifiques. C’est la tempérance et la limitation de sa propre personne. Mais chez beaucoup de personnes aujourd’hui, la tempérance est associée à quelque chose de négatif, triste, qui provoque l’abattement. Monseigneur, comment passer le Carême de telle façon qu’il soit reçu non comme un temps de tristesse, mais de joie ?

– D’abord, je corrigerai quelque peu vos paroles : il ne faut pas qualifier de jeûne de limitation. Au contraire, c’est une libération. La libération de ce poids inutile, d’une charge inutile, que porte chacun. La libération de la lourdeur corporelle, bien sûr, mais aussi spirituelle – nous nous libérons de la charge de nos péchés. Le jeûne est la période la plus propice pour notre salut, c’est le temps durant lequel nous consacrons une attention particulière au côté spirituel de notre vie. Et lorsque nous nous libérons de la charge corporelle, l’esprit de l’homme se libère pour l’activité spirituelle, précisément. Malheureusement, chaque laïc ne peut pas assister à tous les offices du Grand Carême, mais ceux auxquels il peut assister, en écoutant les paroles de l’office, et ce attentivement, en les vivant, l’enrichissent d’une façon incroyable. Même si tout n’est pas compréhensible à certaines personnes, comme elles en ont l’impression. Ce qu’elles ont reçu est de toute façon significatif spirituellement, à un degré énorme. Les saints Pères nous ont laissé une immense richesse, ces magnifiques offices du Grand Carême. Les offices du Grand Carême sont « saturés » de sens théologique ! Ils nous amènent à la mort – la mort de la Croix – qu’a endurée notre Sauveur pour nous et à deux genres de mort, si l’on peut s’exprimer ainsi, dont nous faisons nous-mêmes l’expérience. Premièrement, nous avons la possibilité de nous purifier des accumulations pécheresses de notre conscience, afin qu’à tout moment nous soyons prêts à nous remettre entre les mains de Dieu, dans un autre monde. Mais la mort que nous souhaitons à nos péchés, c’est la mort de l’homme à tout ce qui vient du péché ainsi que la communion à tout ce qui est lumineux, divin, céleste. Si l’on reçoit ainsi ce temps du Carême, c’est alors le temps d’une grande joie, une joie que nous pouvons vivre consciemment quotidiennement. Vivre le début d’un jour nouveau, d’un temps nouveau pour la pénitence, qui nous est donné. Mais aussi expérimenter l’avant-goût de la résurrection générale. Ce n’est pas un hasard si celle-ci est fêtée avant la Résurrection du Christ. Bien qu’elle soit conditionnée précisément par la Résurrection du Sauveur et qu’il y ait ici un lien de causalité, nous vivons cela une semaine avant la Résurrection du Christ, c’est la résurrection de Lazare qui nous rappelle notre résurrection commune. Ainsi, si nous pénétrons correctement le contenu des offices de Carême et le sens de celui-ci, il sera pour nous une immense joie et une libération.

– Monseigneur, les sondages qui sont effectués en Russie et dans le monde entier, montrent qu’il n’y a pas tant de gens qui jeûnent. En Russie, à l’instar des années précédentes, environ 3% des Russes se considérant orthodoxes jeûneront plus ou moins strictement. La vertu de la tempérance ne jouit pas d’une popularité particulière. Pourquoi en est-il ainsi, Monseigneur ?

– Cela vient avant tout de l’ignorance du Carême. Et de l’incompréhension de son sens et de sa forme. Son sens reste effectivement caché pour les gens qui ne fréquentent pas les offices du Grand Carême, n’entrent pas dans leur essence, dans leur contenu. Et alors, tout le carême, dans le meilleur des cas, se transforme en une sorte de gymnastique. Nous avons évoqué le côté spirituel du jeûne. Mais si l’on parle du côté corporel, les gens ne jeûnent pas parce qu’ils ne comprennent pas que dans le jeûne ils se libèrent de leur charge corporelle, de ce qu’il leur est absolument inutile, et ils apprennent à dominer la matière. Rappelons-nous : lors de la création du monde, Dieu a donné à l’homme d’être le maître, c’est-à-dire de dominer, de maîtriser sa nature. Et nous voyons que beaucoup, de très nombreuses personnes, à notre époque, deviennent les esclaves de la matière, esclaves, avant tout, de leurs passions. Ce sont ceux qui soi-disant ne peuvent se libérer du tabac afin de ne pas manger beaucoup etc.. etc.. Il y a beaucoup de moments dans notre vie lorsqu’il nous semble que nous ne pouvons pas surmonter une chose ou l’autre… D’après les confessions, je sais que beaucoup luttent contre une quelconque passion, mais il leur semble qu’il est impossible de la vaincre. En fait l’homme, lorsqu’il entre dans l’essence du carême, lorsqu’il le pratique, devient joyeux à ce point, qu’il ne peut pas vivre sans le pratiquer. Ce sont des préjugés que de considérer que les gens ne peuvent vivre sans nourriture, sans aucune nourriture. Lorsque j’étais sur le Mont Athos, mon guide spirituel, chaque Grand Carême, jeûnait 40 jours, et il vécut jusqu’à une profonde vieillesse. Qui plus est, il jeûnait strictement : il ne mangeait rien. Il buvait seulement un thé très clair et c’était tout. Et je connais d’autres personnes qui pratiquent cela également. Mais, peut-être, non pas quarante jours, mais tout de même un temps assez long. Je me rappelle qu’une paroissienne, que j’avais persuadé de jeûner, m’a remercié à la fin du carême en me disant : « Je suis si contente, si satisfaite ! » C’est ainsi que l’homme, lorsqu’il comprend ce qu’il fait et pourquoi, peut beaucoup. Il en est de même avec la prière. Lorsque l’homme ne prie pas ou prie cinq minutes, il ne peut pas apprécier la force de la prière, il ne peut pas apprécier la joie qui provient d’elle. C’est pourquoi, il végétera ainsi, peut-être toute sa vie, s’il n’a pas une impulsion qui l’amène, ne serait-ce qu’une fois à essayer de prier vraiment. Il y a là beaucoup d’aspects qui nécessitent avant tout un cœur ouvert. Je vous raconterai un cas, qui m’a beaucoup impressionné. Dans notre paroisse, il y avait quelques familles grecques qui fréquentaient notre église uniquement parce que nous vivons selon l’ancien calendrier et non le nouveau, celui des catholiques-romains. Elles ne comprenaient rien, si ce n’est « alleluia » et « is polla eti, despota », mais elles venaient chez nous parce qu’elles savaient que chez nous tout était juste. Et voici que le vendredi de la première semaine du carême, la femme grecque, qui travaillait, comme je le savais, dans une usine, et ce à un poste physiquement très éprouvant, me dit (ce n’était pas une confession, mais une simple conversation) : « Monseigneur, j’ai bu de l’eau le mercredi ». J’ai pensé que je n’avais pas compris quelque chose, je ne maîtrise pas tant que cela le grec – et j’ai redemandé : « Qu’avez-vous dit ? » Elle répète : « J’ai bu de l’eau le mercredi ». Perplexe, je demande : « Vous voulez dire que vous n’avez rien mangé toute la semaine, mais aussi que vous n’avez rien bu ? » « Bien sûr ! » C’est la réponse « Bien sûr ! », d’une personne qui fait un travail difficile. J’ai alors compris que l’homme peut faire beaucoup, si seulement il le souhaite. Nous avons introduit, il y a vingt ans, la liturgie des présanctifiés le soir, une fois par semaine, mais notre synode avait décidé que ceux qui veulent communier doivent jeûner depuis minuit jusqu’au soir. Je l’ai annoncé à tous et je m’attendais à ce que personne ne vienne. Les gens sont venus ! Les gens qui, comme je le sais, travaillent dans un bureau, où tous fument, etc. Ils s’abstiennent de nourriture toute la journée, viennent se confesser le soir, communient. Quelle joie ! Et cela n’est donné que par l’expérience. Vous comprenez ? Bien sûr, celui qui n’en a pas fait l’expérience, ne peut le comprendre. Il faut nous décider à « franchir le fleuve ». Comme sainte Marie l’Égyptienne. Aussi, je pense que le malheur veut précisément que beaucoup ne sont pas prêts à faire le pas. Franchir le fleuve. Comme sainte Marie l’Égyptienne a franchi le Jourdain et, alors qu’elle était une prostituée, elle est devenue ensuite une sainte. C’est ainsi ce que beaucoup doivent faire parmi nous.

– Mais y a-t-il, peut-être, des exercices ascétiques qui permettent à l’homme, au fur et à mesure, de surmonter en lui cet état indécis et de développer son empressement à « franchir le fleuve » ?

– Avant tout, c’est la prière. Lorsque l’homme prie avec application, il est alors prêt à l’exploit dans le jeûne corporel. Lorsqu’il verra à quel point l’intellect et l’esprit deviennent réellement libres, il l’appréciera. Je me rappelle de ces malheureux qui ne peuvent cesser de fumer. Je leur ai dit : « Essayez, ne serait-ce qu’une fois, les jours de jeûne, le lundi, le mercredi et le vendredi, de vous abstenir de fumer. C’est le commencement ». Et nombreux sont ceux qui ont pu surmonter cette passion. Il en est de même avec la nourriture. Dans notre monastère, beaucoup de moines appliquent cette règle : les jours de jeûne, ils ne prennent aucune nourriture, si ce n’est que le soir, lorsqu’ils prennent une petite collation, et ainsi, tout le jour, ils ne mangent rien. Et bien sûr, cela permet à l’homme d’estimer ses forces, voir ce qui est possible pour lui et ce qui ne l’est pas.

– Monseigneur, vous avez dit que celui qui jeûne correctement ressent de la joie. Il y a encore ces mots, dans le stichère chanté les jours du Grand Carême : « Jeûnons d’un jeûne agréable… » Et nous le souhaitons les uns aux autres pendant le Carême. S’il vous plaît, rappelez à nous tous ce que signifient ces mots : « Jeuner d’un jeûne agréable ».

– Je n’ai pas particulièrement réfléchi à ce sujet, mais je suppose, avant tout, que cela signifie la chose suivante : abstenons-nous de « manger » notre prochain. Dans l’un des stichères avant le début du Carême, il est même dit que c’est peut-être la vertu la plus difficile que l’homme peut atteindre. « Jeûner d’un jeûne agréable » signifie aussi que nous puiserons pendant le carême la force pour notre développement spirituel. Afin de ne pas rester sur place, mais que chaque carême soit une marche de l’échelle qui mène au Christ et à notre résurrection avec Lui.

– Il y a ces mots dans la prière de saint Éphrem le Syrien : « Ne me donne l’esprit d’oisiveté, d’abattement et de vaines paroles ». Pourquoi est-il question précisément de la délivrance de tels péchés dans la prière ? Nous savons bien que ce n’est pas – loin de là – l’énumération complète des vices…

– Je pense que tous les autres péchés, d’une manière ou d’une autre, sont liés à ceux qui sont énumérés ici. Si nous examinons séparément pour ainsi dire, chaque « point » mentionné dans cette prière, nous nous apercevons qu’il attire après lui toute une série d’autres péchés. L’oisiveté amène l’homme très rapidement au refus de la lutte avec le péché, l’amène très vite à la condamnation du prochain… – l’un après l’autre. Ce sont, peut-être, les centres de tout ce que nous devons avoir en vue, lorsque nous entrons en lutte avec nos péchés.

– Monseigneur, en conclusion de notre entretien, je voudrais vous demander de donner quelques conseils à nos lecteurs et nos téléspectateurs, lors de ces jours de Grand Carême.

– Avant tout, je souhaite que tous fassent l’expérience du carême. Que tous les chrétiens s’efforcent de jeûner consciencieusement. Il y a, bien sûr, les malades auxquels on accorde un allègement du carême – dans la mesure où cela est justifié et nécessaire, et non simplement selon ses fantaisies ou ses propres souhaits. Il faut toujours discuter de cela avec son confesseur. Que chacun de nous renonce à quelque chose qui lui est particulièrement cher. Ce ne doit pas être obligatoirement de la nourriture : pour les uns, c’est la télévision, pour les autres, ce sont certains jeux etc. Je souhaiterais que chaque chrétien entreprenne consciencieusement un combat conscient. Parce que sans combat, il n’y a pas de victoire, comme le disent de nombreux Pères de l’Église. Or, nous voulons la victoire et nous ne l’obtenons pas à « bon marché ». Il nous faut prendre de la peine. Je souhaite que tous s’enrichissent spirituellement. Quant à ceux qui travaillent et ne peuvent pas se rendre aux offices, qu’ils doublent au moins leur règle de prière, la lecture spirituelle, et ainsi acquièrent quelque chose pour l’âme. Afin que l’âme sorte enrichie du carême. Et alors, ce carême sera réellement un succès pour chacun.

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« Mère Marie » par Geneviève de Gaulle-Anthonioz

P1160096Lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, 15e arrondissement, le 31 mars, Antoine Arjakovsky a lu (photographie) des extraits d’un texte de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, compagne de captivité et de déportation de Mère Marie à Ravensbrück. Nous vous proposons la totalité de ce texte. Les extraits lus sont de couleur bleue. Pour prendre connaissance de ce texte, cliquez ici.

« Une rue Mère Marie Skobtsov à Paris » d’Hélène Arjakovsky-Klépinine

P1160080Le 31 mars, lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, dans le 15e arrondissement, Mgr Jean de Charioupolis a lu (photographie) une lettre d’Hélène Arjakovsky-Klépinine, fille du saint père Dimitri Klépinine, intitulée « Une rue Mère Marie Skobtsov à Paris« . Pour prendre connaissance de ce texte, cliquez ici.

Le discours de Catherine Vieu-Charier lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov (Paris 15e) le 31 mars

P1160070Hier, a eu lieu l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris dans le 15e arrondissement (l’exposé des motifs de cette attribution). De nombreuses personnalités étaient présentes (certaines sont citées dans l’en-tête du discours qui suit), quelques unes sont intervenues. Catherine Vieu-Charier, maire adjointe de la capitale, chargée de toutes les questions relatives à la mémoire et au monde combattant, qui représentait la maire de Paris, Anne Hidalgo, a prononcé un discours (photographie: lors de son discours). Pour prendre connaissance du texte de celui-ci, cliquez ici.

Attentats Belgique – Communiqué des évêques orthodoxes de France

Le terrorisme a malheureusement encore frappé aveuglement, lâchement. Les évêques orthodoxes de France tout en condamnant ces attentats et cette barbarie sans nom, expriment leur entière solidarité et compassion avec la Belgique meurtrie et blessée. Ils prient, en ce temps de grand Carême de Pâques, le Seigneur pour qu’Il console les familles des victimes et des blessés et qu’Il apporte la paix dans Son monde qui en a tant besoin.

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Encyclique patriarcale et synodale au sujet de la convocation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

+ Bartholomée,
Par la Grâce de Dieu archevêque de Constantinople,
la Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique
À tout le plérôme de l’Église
La grâce et la paix de Dieu soient avec vous !

Notre sainte Église orthodoxe, qui est ornée « comme de velours et de lin fin» par le sang de ses martyrs, les larmes de ses vénérables pères et les combats et sacrifices de ses confesseurs de sa foi, célèbre aujourd’hui sa fête onomastique. Après une période d’un siècle d’âpres combats, c’est à juste titre et avec raison que ce jour a été appelé et désigné comme « dimanche de l’orthodoxie », puisque la vérité a brillé et a triomphé du mensonge, par la vénération des icônes sacrées, comme portant la présence personnelle et la grâce divine du Fils et Verbe de Dieu incarné et de Ses saints. De cette manière a été reconnu et prêché encore une fois que « Le Verbe est devenu chair et a habité parmi nous» (Jean I, 14), honorant ainsi et sanctifiant la création matérielle et notre corps, pour que nous devenions « participants à la nature divine » (cf. II Pierre 1,4), participants à la grâce et la vie divines. Dans cette grande et salvatrice vérité, qui a été attaquée par ceux qui refusaient la vénération des saintes icônes, la voie de la victoire de la vérité sur le mensonge a été, dans ce cas également, celle suivie par l’Église depuis son début et pendant tout le cheminement de son histoire. Celle-ci n’était autre que celle de la conciliarité. La distinction entre la vérité et le mensonge, l’orthodoxie et l’hérésie, n’est pas toujours discernable. Les hérétiques croyaient et croient qu’ils possèdent la vérité, et il y aura toujours ceux qui caractériseront « d’hérétiques » ceux qui ne sont pas d’accord avec leurs vues. L’Église orthodoxe, dans ce cas, ne reconnaît qu’une seule et unique autorité : le concile de ses évêques canoniques. Sans décision conciliaire, la distinction entre orthodoxie et hérésie n’est pas possible. Tous les dogmes de l’Église et les saints canons portent le sceau de la conciliarité. L’Église orthodoxe est l’Église de la conciliarité. L’Église orthodoxe a souligné dès son début ce principe ecclésiologique, et elle l’applique fidèlement au niveau local. Cela a été en vigueur durant de nombreux siècles, au niveau universel et panorthodoxe également, mais a été interrompu en raison des circonstances historiques pendant longtemps. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’agréable position d’annoncer officiellement depuis ce trône sacré et œcuménique que, par la grâce de Dieu, avec l’accord de tous les primats des très saintes Églises orthodoxes, sera réalisé l’événement décidé depuis plus de cinquante ans, le saint et grand Concile et toute l’Église orthodoxe, et ce sur l’île de Crète, du 18 au 27 juin de cette année. Ses travaux commenceront par une divine liturgie panorthodoxe en la sainte église Saint-Ménas d’Héraklion, le jour grand et insigne de la Pentecôte, et se poursuivront à l’Académie orthodoxe de Crète à Kolymvari, près de La Canée. Ce saint et grand Concile sera présidé par Notre Humilité entouré des autres primats des Églises orthodoxes ; les autres hiérarques participeront comme membres du concile par les délégations de toutes ces Églises. Le but premier de ce concile panorthodoxe est d’enseigner que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et en particulier dans la divine eucharistie et la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité. C’est pourquoi le concile a été préparé depuis un longue période de temps, par une série de commissions préparatoires et de consultations préconcilaires, de telle façon que les textes de ses décisions soient inspirés d’unanimité et que leur message soit transmis « d’une seule bouche et d’un seul cœur ». Les thèmes dont s’occupera le saint et grand Concile, définis déjà de façon panorthodoxe lors de la décision de sa convocation, concernent principalement les problèmes de structure intérieure et de vie de l’Église orthodoxe, qui nécessitent une résolution immédiate. En outre, il y a les questions concernant les relations de l’orthodoxie avec le reste du monde chrétien et la mission de l’Église à notre époque. Nous savons, bien entendu, que le monde attend d’entendre la voix de l’Église orthodoxe au sujet de nombreux problèmes urgents qui préoccupent l’homme contemporain. Mais il a été jugé nécessaire que l’Église orthodoxe règle en premier lieu ses problèmes internes avant de parler ou de s’adresser au monde, ce qu’elle n’a pas cessé de considérer comme son devoir. Le fait que, après tant de siècles, l’orthodoxie exprime sa conciliarité sur un niveau mondial, constitue le premier pas, décisif, dont on attend, par la grâce de Dieu, qu’il mène à la convocation, Dieu voulant, d’autres conciles panorthodoxes.

Chers frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Les grands événements historiques sont dirigés par la grâce de Dieu. C’est Lui qui, en définitive, est le Maître de l’histoire. Nous semons et peinons, mais Celui qui fait croître est Dieu (cf. I Cor. 3,8). Le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe constitue réellement un événement historique et c’est en Dieu uniquement que nous plaçons sa réussite. Aussi, nous appelons les  fidèles orthodoxes, clercs et laïcs, à la prière au Dieu trinitaire pour qu’Il couronne par Ses bénédictions cet événement, afin que par celui-ci Son Église soit édifiée et que soit glorifié Son très saint Nom. Les temps sont critiques et l’unité de l’Église a pour devoir de constituer un exemple d’unité pour l’humanité déchirée par des divisions et les conflits. Le succès du saint et grand Concile est l’affaire de tous les membres de l’Église qui sont appelés à montrer leur intérêt envers lui. Déjà, les textes qui ont reçu un accord panorthodoxe et qui ont été soumis au saint et grand Concile sont publiés et sont mis à la disposition de chaque fidèle bien intentionné pour qu’il en soit informé et tenu au courant, mais aussi pour exprimer son opinion et ses attentes quant au saint et grand Concile. Annonçant cela à tout le plérôme de l’Église orthodoxe dans tout l’univers en cette fête insigne, nous souhaitons que le Seigneur accorde à Son Église et à nous tous Sa grâce en abondance et Sa bénédiction, et qu’Il donne au monde entier «  la paix en tout temps, de toute manière! » (2 Thess. 3,16).

Le 20 mars de l’année du Seigneur 2016

† Bartholomée, archevêque de Constantinople
Votre fervent suppliant devant le Seigneur

† Métropolite Jean de Pergame

† Métropolite Isaïe de Denver

† Métropolite Alexis d’Atlanta

† Métropolite Jacques des Îles des Princes

† Métropolite Joseph de Prikonisos

† Métropolite Méliton de Philadelphie

† Métropolite Emmanuel de France

† Métropolite Nicétas des Dardanelles

† Métropolite Nicolas de Detroit

† Métropolite Germain de San Francisco

† Métropolite Maxime de Selymbria

† Métropolite Amphiloque d’Adrianopolis

Source: Patriarcat oecuménique

Un nouveau livre d’Alain Durel: « L’île au commencement du monde – Récit d’un pèlerinage en Crète »

8835Un nouvel ouvrage d’Alain Durel vient de paraître aux éditions Médiaspaul: « L’île au commencement du monde – Récit d’un pèlerinage en Crète« . Il est préfacé par le métropolite Emmanuel.
Présentation de l’éditeur:  » Parti en Crète pour faire le point à un moment charnière de son existence, l’écrivain Alain Durel se trouve confronté à l’ahurissante beauté d’une île qui incarne l’idéal grec de liberté. C’est dans un monastère situé entre ciel et mer qu’il fera la rencontre d’un « ange blessé » qui, puisant dans sa vulnérabilité même la force de son message d’espérance, lui donnera le courage d’affronter son destin et de sortir du labyrinthe des passions pour dire enfin « oui » à l’amour.
Sous la forme d’un récit de voyage picaresque, L’île au commencement du monde se révèle comme un chemin initiatique tout au long duquel résonne la question « Comment aimer ? » Le voyageur découvrira peu à peu que le chemin passe par l’intériorité : « Connais-toi toi-même ». En unissant cette parole de l’oracle de Delphes au mythe du Minotaure, on pourrait dire : « Connais-toi toi-même et tu sortiras du labyrinthe de ton existence douloureuse »…
Après La presqu’île interdite où Alain Durel avait entraîné ses lecteurs sur la trace des grands spirituels du mont Athos, et L’archipel des saints où il les avait fait naviguer d’île en île sur les flots bleus de la mer Égée, l’auteur raconte, avec une grande intensité spirituelle, le pèlerinage intérieur qui le mènera à la joie indicible d’une demande en mariage. »

La sainte Tunique du Christ à Argenteuil: note historique et biblique par le père Noël Tanazacq

Ste_TuniqueDeux pèlerinages orthodoxes auprès de la sainte Tunique du Christ à Argenteuil (à l’ouest de Paris) sont organisés pour les jours à venir: le premier, le lundi 28 mars, par la Métropole roumaine, le second, le 1er avril, par l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale. Nous vous proposons cette note historique et biblique consacrée à la sainte Tunique du Christ conservée à Argenteuil écrite par le père Noël Tanazacq, recteur de la paroisse Sainte-Geneviève-Saint-Martin à Paris (Métropole roumaine).

Grand Canon de saint André de Crète

Le Grand Canon de saint André de Crète, lu aux grandes complies des quatre premiers jours du Carême, est disponible en version bilingue slavon-français sur cette page.

Discours catéchétique en ouverture du saint et grand Carême 2016

Discours catéchétique en ouverture du saint et grand Carême † Bartholomée par la grâce de dieu archevêque de Constantinople-Nouvelle Rome et patriarche œcuménique à tout le plérôme de l’Eglise
que la grâce et la paix de notre seigneur et sauveur Jésus Christ,ainsi que notre prière, bénédiction et absolution soient avec vous !

Frères et enfants bien-aimés et bénis dans le Seigneur,

En affirmant, sous l’inspiration divine, la miséricorde et les prescriptions du Seigneur, le saint psalmiste introduit nous les croyants orthodoxes au « mystère » du saint et grand Carême : « Le Seigneur accomplit des actes de justice, il fait droit à tous les exploités » (Ps 103, 6). Car le Seigneur « nourrit de ses biens notre vigueur, et nous rajeunit comme l’aigle » (Cf. ibid., 5).

Nul n’ignore, frères et enfants dans le Seigneur, que chaque être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est un sanctuaire du Seigneur. Combien plus nous, qui sommes baptisés et oints au saint chrême, qui sommes greffés sur l’olivier franc de l’Église orthodoxe, sommes des sanctuaires de l’Esprit Saint qui est en nous, même si, par de multiples péchés, voulus ou involontaires, nous nous éloignons du Seigneur. « Si nous lui sommes infidèles, lui demeure fidèle. » (II Tm 2, 13.)

Toutefois, la souillure du péché empêche la Grâce du Saint-Esprit d’opérer en nous. C’est pourquoi notre sainte Eglise orthodoxe a instauré la période de jeûne du saint et grand Carême pour nous purifier par la pénitence et nous montrer dignes de recevoir les Souffrances vivifiantes et la Résurrection radieuse de notre Seigneur Jésus Christ. Le poète du grand Canon, saint André de Crète, nous interpelle : « Viens, ô mon âme misérable, avec ta chair, confesse-toi au Créateur de toutes choses et éloigne-toi désormais de ta préalable déraison, puis offre à Dieu des larmes dans le repentir » (tropaire ode 1.)

Veillant à notre salut et à notre perfectionnement spirituel, l’Église ouvre à tous ses membres le temps présent de la pénitence, tout en les exhortant à combattre la vie fondée sur les biens matériels et la cupidité qui, comme un « lourd fardeau », captive l’âme dans la poussière et la fait traîner par terre, incapable de s’élancer vers le ciel et le royaume de Dieu.

Ainsi, grâce à la pénitence et aux larmes purificatrices, de nouveau nous revêtons la beauté originelle et le vêtement tissé par Dieu dont nous avons été dépouillés après la chute « revêtus du vêtement de la honte comme des feuilles du figuier».

En même temps, jeûner, s’abstenir d’aliments et renoncer à « des vaines réflexions et des pensées perverses » constituent le point de départ pour gérer correctement, avec mesure et prudence, les biens matériels, dans l’optique du profit commun, de façon à éliminer les retombées de l’usage immodéré de ces biens sur l’environnement social et naturel et à garder uniquement le « jeûne de miséricorde » non pas pour faire droit aux exploités, mais pour leur apporter miséricorde, grâce et soulagement et pour accéder « à la ressemblance de Dieu » (Basile le Grand).

De la sorte, par l’usage modéré, la matière et notre vie sont sanctifiées, puisque la matière corruptible n’est pas un but en soi, mais un moyen de sanctification. Par conséquent, pour les riches ayant et possédant du verset évangélique, le jeûne doit être un prétexte à la continence dont le but final est tout à la fois « déborder d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint », selon la parole de saint Paul l’apôtre des nations (cf. Rm 15, 13) et fixer les yeux sur les pauvres « du nom de Lazare » qui vivent aujourd’hui partout dans l’humanité ou qui sont dans la situation de réfugiés.

Hormis cela, il ne faut pas oublier, bien-aimés frères et enfants, le véritable esprit du jeûne et de la continence qui nous rend agréables au Seigneur, comme l’apôtre Jacques nous enseigne en disant : « la religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder du monde pour ne pas se souiller. » (Jc 1, 27.) Car, nous n’obtiendrons la grâce offerte abondamment par le jeûne et la continence uniquement et simplement en nous privant peu ou prou de nourriture : « Or, vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute et en frappant du poing méchamment ! Vous ne jeûnez pas comme il convient. » (Es 58, 4.) « Doit-il être comme cela le jeûne que je préfère (…) n’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras (…) » dit et exhorte notre Seigneur par la voix de Son prophète (Es 58, 5-7.)

Aujourd’hui tout spécialement, la crise économique, la situation des réfugiés et les multiples difficultés surgies au niveau mondial, surtout chez certains peuples et dans certains pays, fournissent aux Orthodoxes la possibilité de cultiver cet esprit authentique du jeûne, associant la privation de nourriture aux œuvres de charité et de solidarité envers nos frères qui sont dans le besoin, les malades, les nécessiteux et les affamés, les sans abris et les réfugiés ceux qui n’ont pas « où poser la tête » (Mt 8, 20), ceux que les circonstances dures de la guerre, des épreuves et des détresses forcent à quitter leurs foyers ancestraux et à prendre la route au milieu de nombreux dangers, de souffrances et de labeurs.

Lorsque notre jeûne est accompagné d’un tel accroissement de miséricorde et d’amour envers l’un de ces plus petits qui sont frères du Seigneur, sans distinction de race, de religion, de langue et d’origine, alors celui-ci monte directement vers le trône de Dieu comme un parfum suave et des anges nous y assistent, comme ils servaient le Seigneur dans le désert.

De tout cœur, nous souhaitons paternellement et fraternellement que l’arène du saint et grand Carême qui s’ouvre soit fructueux et sanctifiant pour tous, plein de grâce et de sanctification et que Dieu nous permette de nous approcher sans empêchement de l’éternel calice vivifiant, le côté vivifiant d’où jaillit pour nous le double fleuve de la rémission des péchés et de la connaissance. » (Le grand Canon, tropaire ode 4.)

Que la Grâce et l’infinie Miséricorde de Dieu soient avec vous tous, frères et enfants, pour accueillir dans cet état d’esprit évangélique la fête des fêtes et la liesse des liesses, la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ, à Qui appartiennent gloire, puissance, adoration et action de grâce maintenant et dans les siècles et des siècles. Amen.
Saint et Grand Carême 2016

† Bartholomée de Constantinople
fervent intercesseur devant Dieu de vous tous.

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Recension: Saint Nicolas Vélimirovitch, « Homélies sur les évangiles pour les dimanches et jours de fête »

Nicolas Velimirovitch Homelies RSaint Nicolas Vélimirovitch, Homélies sur les évangiles pour les dimanches et jours de fête. Introduction de Jean-Claude Larchet, traduction du serbe de Lioubomir Mohailovitch, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Âge d’Homme, Lausanne, 2016, 680 p.
Ce gros volume rassemble 60 homélies de saint Nicolas Velimirović (1881-1956) qui couvrent tout l’année liturgique à travers ses trois cycles majeurs, à savoir: 1) celui de la Nativité (incluant l’Annonciation et la Théophanie); 2) celui du Pré-Triode (période préparatoire du Grand carême), du Triode (période du Grand carême), de la Grande semaine et de Pâques; 3) celui de la Pentecôte (avec tous les dimanches « après » la fête).
Il y a moins d’homélies que de fêtes et de dimanches que n’en comptent ces cycles pour la raison que ces homélies sont exclusivement des commentaires de l’évangile du jour, et que certaines péricopes évangéliques sont lues plusieurs fois au cours de l’année liturgique.
Cette édition française présente une différence par rapport à l’édition serbe, qui place en fin de volume les homélies des cycles du Pré-Triode, du Triode, de la Grande Semaine et de Pâques: ces homélies sont ici replacées parmi les autres de manière à respecter l’ordre chronologique global de l’année liturgique, ce qui facilite aussi une lecture continue.
Ces homélies datent de la période où saint Nicolas Vélimirović était évêque de Bitolj et d’Ohrid, soit entre le moment où il fut affecté à cette éparchie (fin 1920) et le moment de leur publication (1925).
En tant que commentaires de l’évangile du jour, ces homélies ont une visée essentiellement exégétique: il s’agit à chaque fois avant tout d’expliquer et de commenter le contenu du texte.
Cependant, chaque homélie commence par des considérations générales en rapport avec le thème principal ou un thème essentiel de la péricope, qui pourraient suffire à constituer le sermon du jour si l’auteur se proposait seulement de tirer un enseignement spirituel de l’épisode relaté (ce à quoi se limitent beaucoup de prédicateurs).
Ces introductions donnent lieu à des considérations plus personnelles, où l’on reconnaît le style lyrique très caractéristique de l’évêque Nicolas, surtout en cette période qui suit de peu celle de la composition des Prières sur le lac, dont on retrouve certains accents typiques dans quelques homélies.
Mais la suite, le corps de chaque homélie, est toujours une explication soigneuse, menée pas à pas, de la péricope évangélique.
L’exégèse de Mgr Nicolas combine harmonieusement le type antiochien (privilégiant le sens littéral ou historique) et le type alexandrin (privilégiant le sens allégorique ou symbolique) que distinguent les spécialistes.
1) D’une part, il s’attache beaucoup à la littéralité du texte, à sa forme (il y a beaucoup de remarques linguistiques), à son contenu historique, au contexte social et religieux, à la psychologie des acteurs.
Mgr Nicolas fait presque toujours une lecture synoptique, c’est-à-dire que dans son commentaire d’un évangile, il tient compte de ce que disent sur le même sujet les évangiles parallèles, souvent pour enrichir son commentaire, parfois pour justifier les différences qui existent entre les récits. Par exemple, dans la 3e homélie pour la fête de la Nativité où il commente Mt 2, 1-12, Mgr Nicolas note: « Luc évoque l’empereur romain Auguste et les bergers de Bethléem, tandis que Matthieu ne mentionne ni l’un ni les autres. En outre Matthieu cite Hérode, le roi de Judée, et des mages venus d’Orient, alors que Luc ne les évoque pas. Qu’est-ce que cela signifie? N’y a-t-il pas une insuffisance, une imperfection ? Non, car il s’agit de la plénitude de deux sources, qui s’additionnent et se complètent. » Dans l’homélie pour le 2e dimanche après Pâques, il montre comment les évangélistes attribuent à Joseph d’Arimathie des qualités différentes, mais comment celles-ci se complètent pour dresser son portrait. Dans l’homélie pour le dimanche avant la Théophanie, il constate que les quatre évangiles commencent différemment: « L’évangéliste Jean commence par l’éternité, Matthieu par Abraham, Luc par la naissance terrestre du Sauveur et Marc par le baptême dans le Jourdain. » Il se demande alors: « Pourquoi tous les évangélistes ne commencent-ils pas par un début unique? » Et il répond que cela veut exprimer apophatiquement la difficulté de définir l’origine « de Celui-qui-donne-la-vie et qui est à l’origine de la vie ». Dans l’homélie pour le 2e dimanche après Pâques, il rend ainsi compte des différences qui existent, dans le récit de la venue au tombeau des femmes myrrhophores, entre les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc quant à la place et au nombre des anges: « Le fait que Matthieu raconte que l’ange de Dieu était assis sur la pierre détachée du tombeau, alors que Marc dit que l’ange était à l’intérieur du tombeau ne constitue nullement une contradiction. Les femmes ont pu d’abord voir l’ange assis sur la pierre, puis entendre ensuite sa voix à l’intérieur du tombeau. Car un ange n’est pas une créature charnelle et difficilement mobile : en un instant, il peut apparaître là où il veut. Le fait que Luc mentionne deux anges alors que Matthieu et Marc n’en évoquent qu’un seul, ne doit pas non plus troubler les croyants. Quand le Seigneur est né à Bethléem, un ange s’est soudain retrouvé parmi les bergers et “ils furent saisis d’une grande crainte […]. Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste” (Lc 2, 9-13). Peut-être que des légions d’anges de Dieu ont assisté au Golgotha à la résurrection du Seigneur; quel prodige y aurait-il donc à ce que les femmes myrrhophores en aient vu tantôt un, tantôt deux? »
Quant à la différence de forme qui existe entre les quatre évangiles, Mgr Nicolas l’explique à la fois par leur complémentarité et par le souci de Dieu d’adapter à chaque type de tempérament humain le mode d’expression qui lui convient le mieux: « De façon générale, les quatre évangélistes, dont chacun constitue une entité admirable, se complètent mutuellement comme une étoile complète une autre étoile, comme l’été complète le printemps, et l’hiver l’automne. De même que l’Est est inconcevable sans l’Ouest, et le Nord sans le Sud, de même un évangéliste est inconcevable sans un autre, comme deux d’entre eux sans un troisième ou trois sans le quatrième. De même que les quatre points cardinaux, chacun à sa manière, révèlent la gloire et la grandeur du Dieu vivant et Trine, de même les quatre évangélistes, chacun à sa manière, révèlent la gloire et la grandeur du Christ Sauveur. Certains hommes, conformément à leur tempérament – on compte quatre types principaux de tempéraments humains – trouvent plus de sérénité et d’équilibre pour leur existence physique, en Occident, d’autres en Orient, d’autres au Nord et d’autres au Sud. Pour celui qui ne trouve ni sérénité ni équilibre pour son corps dans aucun des quatre points cardinaux, on a l’habitude de dire que le monde n’est pas responsable de cela, mais lui-même. De même certaines personnes, selon leur structure spirituelle et leur état d’esprit, trouvent plus de repos et de remède spirituel chez l’évangéliste Matthieu, d’autres chez Marc, d’autres chez Luc et d’autres chez Jean. Quant à celui qui ne trouve sérénité et équilibre chez aucun des quatre évangélistes, on peut dire que la responsabilité n’en incombe pas aux évangélistes, mais à lui-même. On peut même affirmer librement qu’il n’y pas de remède à une telle situation. Le Créateur de l’humanité est très sage et très miséricordieux. Il connaît la diversité des hommes et les faiblesses de la nature humaine; aussi a-t-Il mis quatre évangiles à notre disposition, afin de donner la possibilité à chacun de nous, selon son inclination spirituelle, d’adopter un évangile plus rapidement et facilement que les trois autres, de façon que cet évangile lui serve de guide et de clé pour les trois autres » (Troisième homélie pour la fête de la Nativité).
2) Mais d’autre part, Mgr Nicolas voit dans les récits évangéliques des symboles, et dégage les différents autres sens de l’Écriture, que, depuis Origène on désigne par les qualificatifs de  « moral » et « spirituel », et, depuis saint Jean Cassien, par ceux d’ « allégorique », d’ « anagogique » et de « tropologique  ».
Par exemple, à propos de la parole du Christ : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40), Mgr Nicolas écrit : « [Cette affirmation] revêt une double signification, l’une apparente, l’autre intérieure. La signification apparente est claire pour tout le monde: celui qui donne à manger à un homme qui a faim, donne à manger au Christ; qui donne à boire à celui qui a soif, donne à boire au Seigneur; qui donne un vêtement à l’homme nu, donne un vêtement au Seigneur; qui accueille un étranger, accueille le Seigneur; qui rend visite au malade, au malheureux ou au prisonnier, rend visite au Seigneur. […] La signification intérieure, elle, concerne le Christ en nous-mêmes. Dans toute pensée lumineuse de notre esprit, dans tout sentiment généreux de notre cœur, dans toute aspiration noble de notre âme en vue de l’accomplissement du bien, apparaît le Christ en nous, par la force du Saint-Esprit. Toutes ces pensées lumineuses, sentiments généreux et aspirations nobles, Il leur donne le nom de “plus petits de [Ses] frères”. Il les appelle ainsi parce qu’ils constituent en nous une minorité infime par rapport à la masse énorme de boue terrestre et de méchanceté qui est en nous. Si notre esprit a faim de Dieu et que nous lui permettons de se nourrir, nous avons nourri le Christ en nous ; si notre cœur est dépourvu de toute bonté et générosité divine, et que nous lui permettons de se vêtir, nous avons revêtu le Christ en nous; si notre âme est malade et emprisonnée par notre propre méchanceté et nos mauvaises actions, et que nous nous souvenons des autres et leur rendons visite, nous avons visité le Christ en nous. En un mot, si nous donnons protection à l’autre homme qui est en nous, celui qui a occupé jadis le premier rôle et qui représente le juste, écrasé et humilié par l’homme mauvais, le pécheur, qui est aussi en nous, nous donnons protection au Christ en nous-mêmes. Petit, tout petit, est le juste qui est en nous; énorme, immense, est le pécheur qui est en nous. Mais le juste qui est en nous est le petit frère du Christ, alors que le pécheur qui est en nous est un adversaire du Christ de la taille de Goliath. Par conséquent, si nous protégeons le juste qui est en nous, si nous le rendons libre, si nous lui donnons des forces et l’amenons vers la lumière, si nous l’élevons au-dessus du pécheur afin qu’il puisse régner totalement sur le pécheur, alors nous pourrions dire comme l’apôtre Paul: “Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi” (Ga 2, 20) » (Homélie pour le dimanche de Carnaval).
Un autre exemple d’interprétation selon l’esprit et non selon la lettre est celui des dix commandements, que le Christ recommande au jeune homme riche de suivre (Mt 19, 17-19): « Tous les commandements mentionnés ont un sens profond particulier pour les gens riches. Ainsi, Tu ne tueras pas signifie: en prenant trop soin de ton corps dans la richesse et le luxe, tu es en train de tuer l’âme. Tu ne commettras pas d’adultère signifie: l’âme est destinée à Dieu comme la fiancée à son fiancé; si l’âme s’attache excessivement à la richesse et à l’éclat terrestres, au faste et aux plaisirs éphémères, elle commet ainsi un adultère envers son fiancé éternel, Dieu. Tu ne voleras pas signifie: ne vole pas l’âme au profit du corps ; ne t’épargne aucun souci ni effort que tu dois consacrer à ton âme, et n’en fais pas don au corps. Celui qui est riche en surface devient habituellement pauvre à l’intérieur. Et d’habitude – mais pas toujours – toute la richesse de l’homme extérieur correspond à un vol commis au dépens de l’homme intérieur: un corps qui a grossi correspond à une âme amaigrie; des parures corporelles fastueuses correspondent à une nudité spirituelle; l’éclat extérieur à l’obscurité intérieure; la force extérieure à l’impuissance intérieure. Tu ne porteras pas de faux témoignage signifie: ne justifie en rien ton amour pour les richesses et la négligence de ton âme, car cela consiste à inverser la vérité divine et faire un faux témoignage devant Dieu et ta conscience. Honore ton père et ta mère signifie : ne rends pas seulement hommage à toi-même, car cela te perdra; honore ton père et ta mère, par qui tu es venu au monde, afin d’apprendre ainsi à honorer Dieu, grâce à qui tes parents et toi êtes venus au monde. Tu aimeras ton prochain comme toi-même signifie : dans ce cours élémentaire d’entraînement au bien [où nous sommes présentement], il te faut apprendre à aimer ton prochain, afin de t’élever au niveau où l’on est en mesure d’aimer Dieu. Aime ton prochain, car cet amour te préservera de l’amour-propre qui peut te faire périr. Aime les autres hommes comme toi-même, afin de te soumettre, t’abaisser et te mettre au niveau des autres hommes à tes propres yeux. Faute de quoi l’orgueil qui découle de la richesse, prédominera en toi et te précipitera en enfer » (Homélie pour le 12e dimanche après la Pentecôte).
On peut encore citer comme exemple caractéristique de l’exégèse allégorique de Mgr Nicolas, son commentaire de la parabole du bon samaritain: « Le fait de bander les plaies correspond au contact direct du Christ avec le genre humain malade. Par Sa bouche très pure, Il parlait aux hommes à l’oreille, par Ses mains très pures Il a effleuré des yeux morts, des oreilles sourdes, des corps envahis par la lèpre, des cadavres. C’est avec un onguent qu’on panse les plaies. Le Seigneur Lui-même est cet onguent pour l’humanité pécheresse. Il s’est Lui-même proposé pour panser les plaies de l’humanité. L’huile et le vin symbolisent la miséricorde et la vérité. […] De même que l’huile adoucit la blessure du corps, de même la miséricorde divine adoucit l’âme tourmentée et aigrie des hommes; de même que le vin semble aigre mais réchauffe les entrailles, de même la vérité et la justice de Dieu paraissent aigres à l’âme pécheresse, mais une fois plongées en elle, elles la réchauffent et la rendent plus forte. La monture désigne le corps humain dans lequel le Seigneur Lui-même s’est incarné afin d’être plus proche et plus compréhensible. De même que le bon berger, quand il trouve une brebis perdue, la met sur son épaule et la porte joyeusement jusqu’à la bergerie, de même le Seigneur se charge Lui-même des âmes égarées afin qu’elles se retrouvent là où Il est. […] Le Seigneur est le bon Pasteur, qui est venu rechercher Ses brebis afin de les mettre à l’abri des loups avec Son corps. […] Dans Sa douceur infinie et Son amour infini pour l’humanité blessée et à demi-morte, le Seigneur vivant et immortel revêtit Lui-même cette tenue charnelle afin que, en tant que Dieu, Il soit plus accessible aux hommes, plus abordable comme Médecin, et plus reconnaissable pour les brebis comme Pasteur. L’hôtellerie correspond à l’Église sainte, catholique et apostolique, tandis que l’hôtelier désigne les Apôtres et leurs successeurs, pasteurs et maîtres de l’Église. L’Église a été fondée pendant la vie terrestre du Christ, car il est dit que le Samaritain a conduit le blessé à l’hôtellerie et prit soin de lui. Le Seigneur est le fondateur de l’Église et son premier ouvrier. […] Les deux deniers désignent, selon certains exégètes, les deux Testaments laissés par Dieu aux hommes: l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. C’est l’Écriture sainte, la sainte Révélation de la miséricorde et de la vérité divines. Nul ne peut être sauvé du péché, des blessures infligées à son âme, tant qu’il n’a pas connu la miséricorde et la vérité divines, révélées dans l’Écriture Sainte. […] Mais ces deux deniers désignent aussi les deux natures du Seigneur Jésus, la divine et l’humaine. Le Seigneur a apporté ces deux natures dans ce monde et les a mises au service du genre humain. Nul ne peut se sauver des blessures terribles du péché, sans reconnaître ces deux natures du Seigneur Jésus. Car les blessures du péché se guérissent par la miséricorde et la vérité; l’un de ces remèdes sans l’autre, n’est pas un remède. Le Seigneur n’aurait pas pu montrer une miséricorde parfaite envers les hommes, s’Il n’était pas né dans le corps d’un homme; et Il n’aurait pu, comme homme, découvrir la vérité parfaite, s’Il n’était pas Dieu. Les deux deniers désignent aussi le corps et le sang du Christ, où les pécheurs trouvent remède et nourriture à l’Église. Le blessé a besoin d’être pansé, oint et nourri. Telle est la médication parfaite. Il a besoin de nourriture, de bonne nourriture. De même qu’une bonne nourriture, que les médecins prescrivent au malade couché dans son lit, change, fortifie et purifie le sang, c’est-à-dire ce qui constitue le fondement de la vie organique de l’homme, de même cette nourriture divine, le corps et le sang du Christ, transforme fondamentalement, fortifie et purifie l’âme humaine. […] À mon retour : ces mots se réfèrent à la deuxième venue du Christ. Quand Il reviendra comme Juge, non dans une tenue humiliante en peau de bête, mais dans Son éclat et Sa gloire immortels, alors les hôteliers – les pasteurs et les enseignants de Son Église – Le reconnaîtront comme le Samaritain qui leur confia jadis la tâche de prendre soin des âmes malades des pécheurs » (Homélie pour le 25e dimanche après la Pentecôte).
Le style de Mgr Nicolas est lyrique et souvent grandiose, autant que le permettent les contraintes d’une exégèse qui ne néglige aucun détail du texte. C’est dans les parties introductives surtout que s’exerce pleinement le talent de celui qu’à juste titre on a surnommé « le Chrysostome serbe ».
On retrouve aussi dans ces homélies, malgré l’obligation de coller à un texte déjà bien connu des auditeurs ou des lecteurs, la capacité extraordinaire – et doit-on dire: géniale – qu’a l’évêque Nicolas de se renouveler constamment, d’avoir une approche sans cesse originale tout en préservant un contenu parfaitement traditionnel.
C’est pourquoi ses homélies, bien qu’elles portent sur des textes souvent répétés et souvent commentés, ne donnent jamais une impression de redite, de déjà lu ou de déjà entendu, mais renouvellent, d’une manière vivante et souvent inattendue, notre approche de l’évangile et des fêtes qui sont en relation avec ses différents épisodes.

(Extrait de l’Introduction de Jean-Claude Larchet)

 

Communiqué du département des relations ecclésiastiques extérieures de l’Église orthodoxe d’Ukraine à l’occasion du 70ème anniversaire du concile de Lvov de 1946

Le département des relations ecclésiastiques extérieures de l’Église orthodoxe d’Ukraine a publié le communiqué suivant, en date du 11 mars, au sujet du concile de Lvov

Les délégués du Concile de Lvov  avec le patriarche Alexis Ier

Les délégués du Concile de Lvov avec le patriarche Alexis Ier

de 1946 : « Aujourd’hui, des relations difficiles existent en Ukraine entre les orthodoxes et les gréco-catholiques, et ce en raison de différents événements tragiques qui ont eu lieu dans l’histoire. Il faut tout d’abord mentionner l’union de Brest en 1596, suite à laquelle une partie des orthodoxes, sous la pression du pouvoir polonais de ce temps, a été réunie par la force à l’Église catholique. Il en résulta la formation de l’Église uniate, appelée aujourd’hui «  gréco-catholique ukrainienne ». Il convient de rappeler également l’union d’Oujgorod en 1646, dont il résulta le passage forcé des orthodoxes au catholicisme, aux conditions qui étaient celles de l’union de Brest, cette fois sous la pression du pouvoir catholique hongrois. Toutes ces actions violentes ont provoqué une forte opposition de la population orthodoxe, décrite en détails dans la littérature historique. Pour ces raisons, les révoltes cosaques des XVIème-XVIIème siècles, hormis leur orientation idéologique de libération politique et nationale, se déroulèrent également sous les mots d’ordre de la défense de la foi orthodoxe, ce qui est reflété notamment dans les œuvres des écrivains et poètes, dont, entre autres, Taras Chevtchenko. Tous ces événements ont mené à la formation, dans la conscience du peuple orthodoxe ukrainien, d’attitudes défavorables envers les gréco-catholiques. Les 8-10 mars 2016, 70 ans se seront écoulés depuis le concile de Lvov, lequel a pris la décision d’abolir l’Union de Brest de 1596 et du retour des gréco-catholiques d’Ukraine occidentale au sein de l’Église orthodoxe russe. À ce moment, une partie du clergé et des fidèles uniates sont revenus sincèrement à la foi orthodoxe. Cela est témoigné non seulement par les documents historiques, dont ceux qui concernent l’activité du protopresbytre Gabriel Kostelnik, qui, bien avant le concile de Lvov sympathisait avec l’orthodoxie, mais également par le fait même qu’actuellement, en Galicie, près de 900 paroisses orthodoxes n’ont pas souhaité revenir à l’uniatisme et ce même après la légalisation de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Cependant, il convient aussi de reconnaître qu’une partie du clergé et des fidèles uniates n’ont pas accepté le concile de Lvov. En 1990 a commencé la renaissance de l’Église ukrainienne gréco-catholique, qui est sortie des catacombes avec animosité et un esprit agressif envers l’orthodoxie. Aujourd’hui, dans les médias, existent des tentatives de noircir les actes du concile de Lvov de 1946, dans lesquelles est présentée uniquement l’action du régime athée visant à anéantir les gréco-catholiques en Galicie avec l’aide des orthodoxes. Cependant, on ne peut donner une évaluation de l’activité du concile sur la seule base des faits des persécutions contre les gréco-catholiques, sans parler des souffrances de l’Église orthodoxe de la part du pouvoir soviétique, des tortures subies par les clercs orthodoxes et la multitude des fidèles. On ne peut donner une évaluation du concile sans se souvenir des dizaines d’années de souffrances de la population orthodoxe résultant de la politique uniate, lesquelles ont commencé dès l’union de Brest de 1596. En outre, la principale raison de la liquidation de l’Église gréco-catholique ukrainienne par les organes répressifs de l’Union soviétique était la collaboration ouverte de cette confession religieuse avec les troupes d’occupations de l’Allemagne nazie et leurs suppôts sur le territoire de l’Ukraine occidentale. Nous considérons qu’aujourd’hui, dans leurs relations, il convient que les orthodoxes et les gréco-catholiques, pensent non pas à la recherche des coupables, mais à l’élaboration d’une conception de coexistence pacifique dans une Ukraine une, ainsi qu’à une collaboration dans les domaines où cela est possible. Il faut étudier en outre, en détails, tous les faits afférents à la douleur historique des deux côtés et les discuter ouvertement dans le but d’une compréhension réciproque et de l’édification de relations constructives ».

Source

Une nouvelle édition du livre de Bernard Le Caro « Le Grand Carême »

Le_CaroLes éditions des Syrtes viennent de publier une nouvelle édition du livre de Bernard Le Caro, « Le Grand Carême« , qui propose, pour les dimanches du Triode et chaque jour du Grand Carême, de courts extraits des offices du jour, les lectures de l’Ancien Testament prescrites, et des extraits d’homélies appropriés dues à des Pères de l’Église anciens ou récents.
Cette deuxième édition est augmentée par les passages de la Genèse lus chaque jour (qui avaient été omis dans la première édition) et leurs commentaires par saint Jean Chrysostome.

Vient de paraître: « Les Actes des Apôtres. Présentés et illustrés par Michel Quenot »

Actes« Les Actes des Apôtres. Présentés et illustrés par Michel Quenot » (Orthdruk, 2016).
Dans la lignes de ses ouvrages précédents, L’Évangile selon saint Luc et L’Évangile selon saint Jean, le protopresbytre Michel Quenot vient de publier aux Édition Orthdruk Les Actes des Apôtres. Le texte est celui de la TOB (Traduction oecuménique de la Bible). L’introduction n’étant que de 3 pages, le principal intérêt de cette édition réside dans les 73 images, reproduisant des icônes, des miniatures et surtout des fresques, toutes assez rares et bien choisies, illustrant ce grand texte du Nouveau Testament, écrit par saint Luc, qui expose l’œuvre des apôtres après l’Ascension du Christ et la Pentecôte.
Le livre est diffusé pour tous pays sauf la Suisse par La Procure, et pour la Suisse par la Diffusion Albert le Grand. Il peut être commandé en ligne à la librairie du monastère de la Transfiguration.

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Jovan Nikoloski