25/03/2017
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Intervention de l’archevêque de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières) au colloque organisé à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion du colloque organisé le 19 avril à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe, l’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc a commenté le message de l’Église orthodoxe russe hors-frontières au sujet des projets de documents préconciliaires destinés à être soumis au futur Concile panorthodoxe :

Éminence, Excellences, révérends Pères, Frères et Sœurs,

Comme nous l’avons entendu dans la conférence de S.E. le métropolite Hilarion [de Volokolamsk, ndt], les documents qui ont été publiés sont passés par des périodes d’élaboration, de discussions, de finalisation ayant duré de nombreuses années, parfois même de nombreuses décennies, et cela se ressent très fortement dans certains documents, tandis que dans d’autres, cela est atténué, probablement parce que les thèmes étaient plus simples. Mais il reste que, à mon avis, ainsi qu’à celui de beaucoup de nos archipasteurs et pasteurs, deux de ces documents causent une certaine préoccupation. Celle-ci est liée à l’absence de clarté que l’on y rencontre, une absence de clarté avant tout terminologique, qui peut donner lieu à des interprétations erronées. Cela concerne les documents « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Il y a certaines craintes également en ce qui concerne le règlement du Concile, mais S.E. le métropolite Hilarion a déjà répondu en partie à celles-ci. Avant tout, je vais aborder le document appelé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Chez nous, ce document appelle une grande vigilance au regard de l’ecclésiologie orthodoxe. La terminologie est confuse dans ce document, elle n’est pas claire et peut donner lieu à toutes les interprétations erronées. Bien qu’au début de ce document figure une phrase très claire, et encourageante pour moi personnellement ainsi que pour beaucoup d’évêques, selon laquelle l’Église orthodoxe est définie comme l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui établit son unité, comme cela y est dit, sur le fait qu’elle est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cependant, malheureusement, une telle terminologie claire, non ambiguë, est loin d’être maintenue dans le reste du document, où il est dit, je cite : « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique d’autres églises et confessions chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cela, sous une forme différente, sous un aspect différent, fait que l’on rappelle maintes fois la question des autres « Églises ». Pour nous, une telle terminologie est inacceptable. Peut-être dois-je dire que je sens souvent, qu’en Russie, nos archipasteurs et pasteurs ont une attitude plus favorable envers les autres « Églises », les autres confessions, que nous à l’étranger, parce que nous sommes confrontés à celles-ci tous les jours, nous savons de quoi il s’agit et que, en partie, nous sommes issus de ces communautés. C’est pourquoi, nous avons, peut-être, une perception plus aiguë de ce thème mais je sais, néanmoins, que cela inquiète de nombreuses personnes, et ce non pas seulement dans notre Église. En fait, ceux qui ont protesté les premiers contre cette formulation étaient des Grecs. Et cela me réjouit parce que les Grecs constantinopolitains, de toute évidence, considèrent souvent que nous, Église russe, avons toujours été opposés à ce qu’ils proposaient. Dans le cas présent, ce sont les Grecs eux-mêmes des Églises de Grèce et de Chypre qui ont apporté une contribution très intéressante à cette discussion. Lorsqu’il est dit que l’Église est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, on oublie de toute évidence qu’elle constitue également Son Corps mystique, ce que nous ne saurions omettre. Si un tel fondement du Corps du Christ est clair pour nous, alors il ne peut être question d’une multitude d’Églises. Cela, nous ne pouvons en parler que dans une discussion privée, personnelle, mais non au niveau d’une conférence panorthodoxe. L’unité de l’Église, à notre avis, ne saurait être mise en question. Il n’est dit nulle part dans le texte que la division qui existe à notre époque s’est produite suite à des schismes et des hérésies. Certes, dans la vie de tous les jours, nous pouvons ne pas aller à la rencontre de chaque protestant en lui disant « tu es un hérétique ». Mais lorsque l’on me demande : « Me considérez-vous comme un hérétique ? », je dois le dire. Je dois comprendre que, à la base de ces prétendues « Églises » existant maintenant, se trouve l’hérésie ou le schisme. Mais, dans ce document, on parle constamment d’une mystérieuse unité chrétienne. Il n’est dit nulle part ce dont il s’agit. Est-ce un quelconque méli mélo ? Si nous parlons de la prépondérance de l’Église orthodoxe, de l’unité des fidèles en Christ, de l’Église une sainte, catholique et apostolique etc., alors nous ne pouvons en même temps, dans le même document, parler de la multitude des Églises. Parler de l’unité chrétienne perdue et du rétablissement de celle-ci, est magnifique, Dieu merci, on en parle. Mais le rétablissement de l’unité ne peut se produire par des voies nébuleuses. Là, rien n’est dit au sujet de tous ceux qui ont quitté cette unité avec l’Église orthodoxe, que nous invitons à revenir, il n’est pas dit que nous sommes des témoins, sans orgueil aucun de notre côté (ce n’est pas à nous que revient le mérite d’être orthodoxes, mais le Seigneur nous a appelés dans l’Église Une) et pour cette raison, nous devons témoigner de cette vérité, et ne pas la voiler, comme on le fait ici. Il ressort de ce texte que l’Église orthodoxe est une quelconque petite partie d’un tout, c’est une sorte de fragment, comme tous les autres. Et il n’est pas dit que la perte de l’unité des hétérodoxes, c’est précisément la perte de leur unité avec l’Église orthodoxe. Encore une fois, dans une conversation privée, nous pouvons permettre de telles choses, mais non dans un document panorthodoxe, à mon avis, cela est inacceptable. Il y a encore une chose dangereuse, c’est la déclaration de ce document au sujet de la pratique du prosélytisme. Selon une phrase du document, toute pratique de prosélytisme est exclue ainsi que d’autres actions provoquant des manifestations d’antagonisme interconfessionnel. Il ne faut pas confondre ces deux choses, excusez-moi. On ne peut les laisser à égalité dans une phrase. Une chose est le prosélytisme auquel le Seigneur nous a tous appelés et envoyés, et autre chose est effectivement la manifestation malsaine d’antagonisme interconfessionnel, ce que nous voulons tous éviter. Ici, nous devons distinguer nettement ces deux choses. Parce que si nous les confondons, on arrive à nouveau à une quelconque égalité entre les confessions, nous sommes alors tous égaux et nous devons tous revenir quelque part, on ne sait pas où…

Un autre document qui appelle, peut-être, une vigilance encore plus grande, c’est le document sur la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain. Là, à mon avis, il y a des erreurs portant sur l’anthropologie. Le passage clé dans ce document est celui où il est question de la personne humaine. Or, comme nous l’avons déjà indiqué, il faut parler ici de l’homme ! « La personne humaine » est une nouvelle expression, non patristique et non liturgique. Ceci étant, ce problème est identique dans toutes les variantes linguistiques de ce texte. Ceci est le plus flagrant dans le texte grec. J’ignore quel texte se trouvait à l’origine de ce document, mais le texte grec est absolument absurde, comme l’ont montré les évêques grecs, parce que l’on y utilise le mot « prosopon », qui est en général utilisé seulement pour les Personnes de la Sainte Trinité, et les Grecs eux-mêmes l’ont relevé. Il y a, dans la traduction russe, la meilleure variante, étant donné qu’à de nombreux endroits, on utilise malgré tout le mot « homme », et non « la personnalité humaine ». Et dans les textes français, grec et anglais, il y a cette terminologie inacceptable. Il faudrait, dans le texte russe, procéder de façon conséquente, et utiliser dans tout le texte le mot « homme », au lieu de « personnalité humaine », qui crée ici une confusion entre ce qui est incréé – la Sainte Trinité – et le créé dans l’homme.

Ce sont donc les éléments qui, à notre avis, demandent des corrections et des définitions précises. Beaucoup de choses importantes sont dites dans ces textes, particulièrement dans ce texte où il est question de la place de l’Église dans le monde contemporain. Il ne faudrait pas, naturellement, tout supprimer mais, à mon avis, il faut préciser et éviter, voire enlever toutes ces contradictions inutiles, qui sont présentes dans ce texte.

Encore un élément important : pour quelles raisons y parle-t-on de « genres », alors que l’on a simplement en vue le sexe. Pourquoi faut-il introduire un quelconque « genre » ? Cela est incompréhensible.

Pour ce qui concerne la procédure du Concile, il y a un passage troublant, c’est la référence au fait que l’esprit conciliaire ou l’institution conciliaire dans l’Église a toujours préservé la vérité de la foi. C’est simplement faux. Les Conciles ont simplement transmis ce qu’ils ont hérité du Seigneur, ils révèlent la volonté divine, mais ils ne l’établissent pas eux-mêmes. Le métropolite Hilarion a déjà parlé au sujet de la décision conciliaire, je lui suis reconnaissant pour cette clarification. Bien sûr, tenant compte de tout cela, ce serait mieux, en fonction de toutes ces lacunes, et cela faciliterait beaucoup les choses, si nous utilisions non pas le mot « Concile », mais « Conférence panorthodoxe ». Cela ferait disparaître toute la tension qui existe dans le peuple et qui, peut-être, est fondée, mais il y a ici un malentendu, parce que nous partons ici de la langue grecque où en fait il n’y a pas de différence fondamentale entre les mots « Concile », « Réunion » et conférence ou consultation. Si nous utilisions le mot « conférence » nous ferions disparaître cette grande tension.

Source

Recension: Père Gleb Kaleda, « Arrêtez-vous sur vos chemins. Notes d’un aumônier de prison à Moscou (1992-1994) »

C_Kaleda_Arretez-vousPère Gleb Kaleda, Arrêtez-vous sur vos chemins. Notes d’un aumônier de prison à Moscou (1992-1994). Traduit du russe par Françoise Lhoest, éditions des Syrtes, Genève, 2016, 150 p.
Le Père Gleb Kaleda est déjà connu des lecteurs francophones par un livre intitulé L’Église au foyer paru en 2000 aux éditions du Cerf.
Dans la première partie de ce nouveau livre, il nous livre un témoignage et des réflexions relatives à son ministère d’aumônier de prison de 1992 à 1994, soit les deux dernières années de sa vie. Il fait apparaître les particularités de la pastorale des prisonniers liées à la fois aux difficultés propres au milieu carcéral, à la psychologie particulière de ceux qui y vivent, aux relations spéciales qu’ils entretiennent avec leurs semblables, et à leurs difficultés d’aborder la foi dans un milieu qui en est a priori éloigné. Comme Dostoïevski dans ses Souvenirs de la maison des morts, le Père Gleb témoigne de sa confiance dans l’aptitude de l’homme, en qui l’image de Dieu ne peut jamais se perdre, à se repentir et à se transformer positivement, quel que soit le poids du passé et les difficultés du présent. Il fait part des ses efforts spirituels et matériels pour réintroduire des structures (local pour les confessions, chapelle…) et une vie chrétienne dans les prisons, dans un pays où elle en avait été officiellement bannie pendant soixante-dix ans.
Ce témoignage et ces réflexions sont très liés au contexte historique, politique et sociologique de la Russie dans les années qui ont immédiatement suivi la perestroïka, et sont souvent assez datées. Mais il y reste une dimension universelle, relative notamment à la psychologie des prisonniers, à la façon de l’aborder, et à la manière dont le ministère du prêtre peut s’exercer dans ce milieu particulier.
Une deuxième partie du livre rassemble: 1) des témoignages de prisonniers adressés à l’épouse du Père Gleb à la suite du décès de celui-ci en 1994, qui soulignent les qualités de leur aumônier; 2) un texte d’Alexandre Dvorkine sur la vie et l’œuvre pastorale du Père Gleb; 3) des souvenirs Gennadi Orechkine qui fut un directeur de prison d’une grande humanité et favorisa grandement l’activité pastorale du Père Gleb. Celui-ci a été longtemps professeur de géologie ; il fut ordonné prêtre secrètement à l’âge de 53 ans, célébra chez lui clandestinement jusqu’en 1990, avant que le patriarche Alexis II ne le charge de l’organisation de la catéchèse à destination des prisonniers et ne fasse de lui le premier aumônier de prison en Russie depuis la révolution. Tous ces témoignages font apparaître le Père Gleb comme un pasteur remarquable.

Jean-Claude Larchet

Messages de Pâques

La-Résurrection1Messages de Pâques en français: du patriarche oecuménique de Constantinople Bartholomée, du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, du patriarche Irénée de Serbie, du métropolite Tikhon (Église orthodoxe en Amérique), du métropolite Stéphane de Tallinn et de toute l’Estonie, du métropolite Emmanuel, du métropolite Athénagoras de Belgique, exarque des Pays-Bas et du Luxembourg, de l’archevêque Jean, de Mgr Nestor de Chersonèse, du métropolite Joseph.

Icône de la Résurrection ci-contre: blog “Icône et tradition”

Livre, roman: “Lueurs à la dérive” de Laurence Guillon

lueurs_a_la_derive-couvLaurence Guillon, auteure de confession orthodoxe, a publié l’année dernière aux éditions Rod un roman intitulé Lueurs à la dérive. Ce récit, imprégné d’esprit chrétien orthodoxe, place son action en Russie au temps du Goulag et de la persécution des croyants. Laurence Guillon a publié également Le tsar Hérode (Mercure de France, 1986, prix Fénéon) et des ouvrages pour les enfants.

Communiqué commun du Patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient et du Patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient

13001158_932228543541579_978737386614915856_nLe 21 avril, à Balamand au Liban, à l’occasion du 3e anniversaire de l’enlèvement des deux évêques d’Alep en Syrie (photographies ci-contre), le Patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et le Patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche (Église non chalcédonienne) ont publié un communiqué commun que nous reproduisons ci-dessous la traduction française (source dont photographie, version anglaise):

Trois ans d’enlèvement pour nos frères Jean et Paul, évêques d’Alep

Balamand, le 21 avril 2016

Nos chers fils spirituels,
Nos frères dans la patrie et l’humanité,
Il y a trois ans jour pour jour, les évêques d’Alep Jean Ibrahim et Paul Yazigi furent enlevés dans les environs d’Alep, alors même qu’ils rentraient d’une mission humanitaire où ils agissaient en intermédiaires pour aider autrui. Depuis lors, pas une seule information officielle n’a filtré à leur sujet ; ni de la part d’un gouvernement, ni de celle d’une organisation, ni même émanant d’une autorité haute ou modeste, quelle qu’elle soit. Depuis trois ans, ce dossier est relégué aux oubliettes, et ceci n’est qu’une reproduction à échelle réduite de ce qu’endurent nombreux parmi nous : terreur, meurtre, enlèvements, exil, accusation d’apostasie, attentats dévastateurs… Tout cela sous couvert d’appellations et de slogans divers. Ni les torrents de larmes versées par les mères de Syrie et du monde entier, ni l’ardeur de tous ces cœurs épuisés en prière n’ont suffi à mettre un terme à cette tragédie débutée il y a plus de cinq ans, sous un nom sans lien avec son sens initial.
Il nous importe aujourd’hui, alors que nous soumettons cette tragédie au regard du monde entier, de confirmer les principes immuables que nous avons déjà affirmés et que nous partageons avec un grand nombre de personnes.
Si le but de ces enlèvements est de nous intimider en tant que chrétiens, que les ravisseurs sachent que nous sommes les descendants de ceux qui ont choisi de porter le nom du Christ, sur cette terre et non une autre, il y a deux-mille ans. Nous ne sommes pas surhumains et ne sommes pas soutenus par des colosses. De cette terre nous pétrissons notre pain et de toute la force de notre appartenance à ce sol nous sauvegardons notre identité, levantine et antiochienne, contre vents et marées.
Nous avons frappé à toutes les portes et continuerons de le faire, mais notre premier espoir, et le dernier, c’est en Dieu que nous l’investissons. Notre première et dernière force, c’est de la détermination de nos ancêtres, de leur persévérance et de l’amour qu’ils ont voué à leur terre et à leur Église que nous les tirons. En cet Orient nous demeurons, nos cloches continueront d’y résonner et nous ne cesserons d’y brandir nos croix et nos églises. La main malveillante qui se tendra vers ces croix et ces clochers, nos frères musulmans de tout bord se chargeront eux-mêmes de la tordre ; les musulmans du Levant, peuple de la tempérance, qui endurent tout autant que nous le fléau du terrorisme aveugle et les accusations d’apostasie, surgies en intruses dans nos relations chrétiennes-musulmanes, passées comme actuelles. Se chargera également de tordre le bras de ce fléau une longue fraternité, vécue et que nous continuons de vivre, avec toutes les communautés. On a beau briser nos croix, exiler nos familles, déchirer les entrailles de nos patries, incendier nos églises et nos mosquées, nous priver de nos enfants, de nos proches et bien-aimés, tombés en martyrs dans la lutte du bon droit contre l’injustice, il n’en reste pas moins que, tout cela, malgré l’étendue de son horreur, nous l’endurons comme si de rien et le déposons en offrande sur le chemin de croix enduré par notre Seigneur Jésus Christ. Toutes les ténèbres de ce bas monde, nous les enfouissons dans la lumière du regard de la Vierge toute sainte, honorée par les chrétiens comme par les musulmans, et au secours de laquelle nous en appelons, pour nous rendre tous les kidnappés et parmi eux nos deux frères, les évêques d’Alep.
En cette terre nous demeurons et nous n’épargnerons aucun moyen pour la défendre et y défendre notre présence. Nous n’y avons jamais constitué une minorité et nous ne le serons pas. Pour tous ceux qui se disent touchés par le sort des « minorités » et qui ouvrent leurs portes pour accueillir les Syriens de tout bord, il serait plus convenable d’œuvrer de toutes leurs forces pour trouver une solution qui leur épargnerait une lourde responsabilité et un fardeau économique supplémentaire, et qui épargnerait à cette population les dangers d’une traversée en mer exténuante, les affres de l’exil et du statut de réfugiés. Nous ne sommes pas des quêteurs de protection, mais des quêteurs de paix. Et la paix est une et indivisible. Elle ne se répartit pas en « paix pour les minorités » et en « paix pour les majorités ». La paix est celle de pays qui se sont fondés et tiennent grâce au vivre ensemble, au patriotisme, à l’esprit civique et au discours religieux modéré. La paix ne découlera pas d’un blocus économique extérieur, qui ne porte généralement atteinte qu’aux enfants sans-abri et aux démunis sur le sort desquels nombreux pleurent, alors même qu’ils ont été réduits à une vulgaire monnaie d’échange exploitée sur le marché des armes et dans le conflit d’intérêts.
A la communauté internationale nous répétons ce que nous avons affirmé précédemment : nous vous sommes reconnaissants de tous les sentiments fraternels et les condamnations exprimées. Cependant, après ces trois longues années d’attente, nous vous accusons tous de porter la responsabilité d’avoir ignoré cet enlèvement et du silence absolu sur ce dossier, et nous vous invitons tous à remplacer le discours habituel, qui consiste à dénigrer, condamner et promettre une action sérieuse, par des actes suivis, traduisant concrètement les bonnes volontés exprimées.
Nous renouvelons ici notre appel à libérer nos deux frères évêques et en appelons aux États décisionnaires et à ceux qui ont le pouvoir de « tirer les cordes » de la scène politique de mettre un terme à cette tragédie humaine minimisée, dont la description est loin d’en refléter l’ampleur et l’impact réel sur la population syrienne. Nous apprécions fortement, en revanche, et savons gré de tout effort, local ou international, déployé pour la convergence et le dialogue, car il est le seul garant de retrouver la paix en Syrie, au Levant et dans le monde.
Alors que nous élevons nos prières pour la paix en Syrie, au Proche-Orient et dans le monde entier, nous saluons la ville d’Alep, nos proches et les membres de la paroisse qui y résident. Nous saluons notre grande famille, tous les cœurs aimants, pétris d’espérance, qui ont chéri Jean Ibrahim et Paul Yazigi. Nous saluons nos fils dans la patrie et les membres de la diaspora, réunis par l’amour de la patrie et notre terre d’origine. Nous saluons toute la communauté d’Antioche unie dans la prière, dans la quête et dans la prise de position aux quatre coins de la terre.
A l’approche des fêtes de Pâques, qui célèbrent la Résurrection, nous prions Jésus-Christ, Seigneur de la Résurrection, de nous soulager du lourd fardeau qui pèse sur cet Orient et d’y implanter la lumière de Sa résurrection. Nous prions le Saint des saints de panser de Sa main tendue le cœur de chaque mère, père, frère ou ami miné par cette crise et d’adoucir leurs meurtrissures grâce à l’espoir de la résurrection. Nous prions le Dieu crucifié, qui a vaincu de Sa force l’empire de la mort, enseveli dans Sa tombe les maux de l’humanité et renforcé le cœur de Ses disciples, de consoler nos fils et de ramener la paix à la terre de la paix, cette terre d’Orient blessée, mais qui subsistera envers et contre tout. Nous sommes les enfants de la Lumière et de la Résurrection, et nos prières adressées aujourd’hui au Seigneur de la Lumière et de la Résurrection, l’appellent à étendre Sa Lumière consolante et Sa protection divine sur nos fils qui protègent cette terre, à accorder Sa miséricorde aux âmes des martyrs et à ramener chaque individu enlevé sain et sauf parmi les siens.
A nos frères évêques nous disons : vous êtes un parfum d’encens émanant dans les ténèbres actuelles. Vous êtes l’éclat d’une louange divine surgissant au milieu des écueils des intérêts. Vous qui marchez dans la Lumière du Christ, de laquelle vous tirez votre force et celle de la paroisse qui vous a été confiée, sachez que nous sommes à vos côtés, dans le flot d’une prière adressée au Rédempteur et à ses saints, le suppliant d’éloigner de nous ce nuage de tourments, d’inonder nos martyrs de Sa Lumière et de recouvrir nos proches de Son aile protectrice.
Sois à nos côtés Seigneur et accorde-nous Ta consolation divine. Bénis nos âmes de la force de Ta paix et ancre, au fond de nos cœurs, l’espoir de Ton Salut. Sois notre soutien et notre protection. Inonde nos esprits de la lumière de Ta paix et emplis nos âmes de l’éclat de Ta bonté. Console les kidnappés et ramène-les aux leurs. Reste, Seigneur, aux côtés des exilés et rend nous plus forts, afin que nous les consolions autant que faire se peut. Prends soin des orphelins, aie pitié de l’âme de nos martyrs et guéris, de Ton âme sacro-sainte, les cœurs meurtris de leurs proches.
Accorde-nous, Seigneur, la lumière de Ta paix et éclaire nos vies de Ta présence sublime.

Jean X (Yazigi), patriarche grec orthodoxe d’Antioche et du Levant

Mor Ignace Ephrem II (Karim), patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche et du Levant

“#Kairos” – première chronique en direct de Jean-François Colosimo – 22 avril

Voici la première chronique de Jean-François Colosimo, intitulée  #Kairos et diffusée en direct aujourd’hui sur la page Facebook d’Orthodoxie.com. Pendant que vous regardez la vidéo en direct, vous pouvez cliquer sur le bouton “S’abonner” pour que Facebook vous notifie nos prochaines retransmissions ! Et surtout ne pas oublier de “liker” notre page Facebook !!!

Déclaration conjointe du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque Jérôme sur l’île de Lesbos aujourd’hui

Le pape François, le patriarche œcuménique Bartholomée Ier et l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme se sont rencontrés aujourd’hui à l’île de Lesbos pour rencontre les réfugiés qui s’y trouvent et pour les soutenir. A cette occasion, une déclaration conjointe a signé. Nous vous invitons à la lire ci-dessous .

“Nous, pape François, patriarche oecuménique Bartholomée et archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, nous nous sommes rencontrés sur l’île grecque de Lesbos afin de montrer notre profonde préoccupation face à la condition tragique des nombreux réfugiés, des migrants et des demandeurs d’asile qui sont venus en Europe en fuyant des situations de conflit et, dans beaucoup de cas, des menaces à leur survie. L’opinion mondiale ne peut pas ignorer la gigantesque crise humanitaire créée par la propagation de la violence et du conflit armé, par la persécution et le déplacement de minorités religieuses et ethniques ainsi que par le déracinement des familles de leurs maisons, en violation de leur dignité humaine ainsi que de leurs droits humains fondamentaux et de leurs libertés.

La tragédie de la migration et du déplacement forcés affecte des millions de personnes, et c’est fondamentalement une crise d’humanité, qui appelle une réponse de solidarité, de compassion, de générosité et un engagement de ressources immédiat et pratique. De Lesbos, nous appelons la communauté internationale à répondre avec courage en affrontant cette crise humanitaire massive et ses causes sous-jacentes, par des initiatives diplomatiques, politiques et de charité ainsi que par des efforts de coopération, à la fois au Moyen-Orient et en Europe.
En tant que dirigeants de nos Églises respectives, nous sommes unis dans notre désir de paix et dans notre sollicitude pour promouvoir la résolution des conflits à travers le dialogue et la réconciliation. En reconnaissant les efforts déjà en cours pour apporter de l’aide et des soins aux réfugiés, aux migrants et aux demandeurs l’asile, nous appelons tous les dirigeants politiques à utiliser tous les moyens afin d’assurer que les individus et les communautés, y compris les chrétiens, restent dans leurs pays et jouissent du droit fondamental à vivre en paix et en sécurité. Un large consensus international et un programme d’assistance sont d’une nécessité urgente pour soutenir le droit, pour défendre les droits humains fondamentaux dans cette situation
insoutenable, pour protéger les minorités, pour combattre la traite et le trafic humains, pour éliminer les routes qui ne sont pas sûres, telles que celles à travers la mer Égée et toute la Méditerranée, et pour développer des procédures de réinstallation sûre. De cette manière, nous serons en mesure d’assister ces pays directement engagés à pourvoir aux besoins de si nombreux de nos frères et soeurs souffrants. À titre particulier, nous exprimons notre solidarité avec le peuple grec, qui, malgré ses propres difficultés économiques, a répondu avec générosité à cette crise.
Ensemble, nous plaidons solennellement pour une fin de la guerre et de la violence au Moyen-Orient, pour une paix juste et durable et pour le retour honorable de ceux qui ont été contraints à abandonner leurs maisons. Nous demandons aux communautés religieuses d’accroître leurs efforts pour recevoir, pour assister et pour protéger les réfugiés de toutes les confessions ; et que les services d’assistance religieux et civils travaillent à coordonner leurs initiatives. Car, tant que le besoin perdure, nous exhortons tous les pays à étendre l’asile temporaire, à offrir le statut de réfugié à ceux qui sont éligibles, à accroître leurs efforts d’assistance et à travailler avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté en vue d’une fin rapide des conflits en cours.
L’Europe affronte aujourd’hui l’une de ses plus sérieuses crises humanitaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour répondre à ce grave défi, nous appelons tous les disciples du Christ à se souvenir des paroles du Seigneur, sur lesquelles nous serons jugés un jour : « Car, j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi… Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35-36.40).
Pour notre part, obéissant à la volonté de notre Seigneur Jésus Christ, nous nous engageons fermement et sans réserve à intensifier nos efforts pour promouvoir la pleine unité de tous les chrétiens. Nous réaffirmons notre conviction qu’il « appartient à la réconciliation (entre les chrétiens) de favoriser la justice sociale, dans et entre tous les peuples… Nous voulons ensemble contribuer à ce que les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile soient accueillis dignement en Europe » (Charte oecuménique, 2001). En défendant les droits humains fondamentaux des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants, et de toutes les personnes marginalisées dans nos sociétés, nous visons à accomplir la mission de service des Églises en faveur du monde.
Notre rencontre d’aujourd’hui est destinée à aider à apporter courage et espérance à ceux qui cherchent un refuge ainsi qu’à tous ceux qui les accueillent et les assistent. Nous exhortons la communauté internationale à faire de la protection des vies humaines une priorité et à soutenir à tous les niveaux les politiques d’inclusion qui s’étendent à toutes les communautés religieuses. La terrible situation de tous ceux qui sont affectés par la présente crise humanitaire, y compris beaucoup de nos frères et sœurs chrétiens, appelle notre prière constante.
Ile de Lesbos, le 16 avril 2016″

Inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris: le discours de Philippe Goujon, député et maire du 15e arrondissement

P1160060Lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, le 31 mars dernier, le député et maire du 15e arrondissement, Philippe Goujon, a prononcé un discours (photographie ci-contre). Pour le lire, cliquez sur ce lien.

Communiqué au sujet de la visite commune prochaine du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque Jérôme d’Athènes sur l’île de Lesbos

« Il est communiqué que, au cours de cette dernière période, le Patriarcat œcuménique et Sa Toute-Sainteté le patriarche Bartholomée en personne, suivent avec une attention soutenue les développements et les affrontements armés dans la région du Moyen Orient élargi ainsi que les persécutions des chrétiens qui y ont lieu. Ainsi, Sa Toute-Sainteté le patriarche a exprimé de différentes façons, jusqu’à aujourd’hui, son angoisse au sujet du vaste flot de réfugiés. Dans cet esprit, il a communiqué au mois de février, par son représentant, avec Sa Sainteté le pape François, et, le 30 mars, il a envoyé à celui-ci une lettre à ce sujet. Dans le cadre de ce vif intérêt et en raison de l’inquiétude commune des dirigeants religieux ainsi que de la nécessité impérative d’une prise d’initiative et d’action communes pour sensibiliser l’opinion publique internationale et les organes et acteurs compétents, Sa Sainteté le pape de Rome François, Sa Toute-sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée et Sa Béatitude l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme visiteront très prochainement l’île de Lesbos afin de communiquer avec les réfugiés qui s’y trouvent et de les soutenir. Cette démarche et initiative des dirigeants religieux soutiendra et réconfortera les milliers de réfugiés éprouvés et favorisera la prise d’initiatives appropriée pour la protection des communautés chrétiennes très éprouvées ainsi que la prise en charge correcte du problème majeur des réfugiés.
Au patriarcat, le 5 avril 2016 »

Source

L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières): « Les gens ne jeûnent pas, parce qu’ils ne connaissent pas le sens du carême »

Le site internet pravoslavie.ru a publié une interview vidéo de l’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne au sujet du Grand Carême, que nous publions ci-dessous avec l’introduction rédigée par ce site.

Pour beaucoup de gens, le Grand Carême est un temps, disons-le ouvertement, difficile et triste. D’année en année, les statistiques montrent un triste résultat : [En Russie] seuls 3 à 5% de ceux qui se considèrent orthodoxes, observent le carême et encore pas toujours de façon stricte. Pourquoi les gens ne voient-ils pas la joie du jeûne ? En quoi consiste-t-elle ? Comment ceux qui n’ont jamais jeûné peuvent-ils se risquer à jeûner ? Nous discutons de cela avec Mgr Marc (Arndt), archevêque de Berlin et d’Allemagne de l’Église orthodoxe russe hors-frontières.

– Bonjour, chers lecteurs et visiteurs du portail internet « Pravoslavie.Ru ». Notre invité est aujourd’hui Mgr Marc, archevêque de Berlin, d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Monseigneur, notre émission sera diffusée pendant le Grand Carême. C’est pourquoi le thème de notre rencontre, aujourd’hui, est le Grand Carême. Le Carême est un temps empli d’une solennité particulière, d’un contenu et d’un sens spécifiques. C’est la tempérance et la limitation de sa propre personne. Mais chez beaucoup de personnes aujourd’hui, la tempérance est associée à quelque chose de négatif, triste, qui provoque l’abattement. Monseigneur, comment passer le Carême de telle façon qu’il soit reçu non comme un temps de tristesse, mais de joie ?

– D’abord, je corrigerai quelque peu vos paroles : il ne faut pas qualifier de jeûne de limitation. Au contraire, c’est une libération. La libération de ce poids inutile, d’une charge inutile, que porte chacun. La libération de la lourdeur corporelle, bien sûr, mais aussi spirituelle – nous nous libérons de la charge de nos péchés. Le jeûne est la période la plus propice pour notre salut, c’est le temps durant lequel nous consacrons une attention particulière au côté spirituel de notre vie. Et lorsque nous nous libérons de la charge corporelle, l’esprit de l’homme se libère pour l’activité spirituelle, précisément. Malheureusement, chaque laïc ne peut pas assister à tous les offices du Grand Carême, mais ceux auxquels il peut assister, en écoutant les paroles de l’office, et ce attentivement, en les vivant, l’enrichissent d’une façon incroyable. Même si tout n’est pas compréhensible à certaines personnes, comme elles en ont l’impression. Ce qu’elles ont reçu est de toute façon significatif spirituellement, à un degré énorme. Les saints Pères nous ont laissé une immense richesse, ces magnifiques offices du Grand Carême. Les offices du Grand Carême sont « saturés » de sens théologique ! Ils nous amènent à la mort – la mort de la Croix – qu’a endurée notre Sauveur pour nous et à deux genres de mort, si l’on peut s’exprimer ainsi, dont nous faisons nous-mêmes l’expérience. Premièrement, nous avons la possibilité de nous purifier des accumulations pécheresses de notre conscience, afin qu’à tout moment nous soyons prêts à nous remettre entre les mains de Dieu, dans un autre monde. Mais la mort que nous souhaitons à nos péchés, c’est la mort de l’homme à tout ce qui vient du péché ainsi que la communion à tout ce qui est lumineux, divin, céleste. Si l’on reçoit ainsi ce temps du Carême, c’est alors le temps d’une grande joie, une joie que nous pouvons vivre consciemment quotidiennement. Vivre le début d’un jour nouveau, d’un temps nouveau pour la pénitence, qui nous est donné. Mais aussi expérimenter l’avant-goût de la résurrection générale. Ce n’est pas un hasard si celle-ci est fêtée avant la Résurrection du Christ. Bien qu’elle soit conditionnée précisément par la Résurrection du Sauveur et qu’il y ait ici un lien de causalité, nous vivons cela une semaine avant la Résurrection du Christ, c’est la résurrection de Lazare qui nous rappelle notre résurrection commune. Ainsi, si nous pénétrons correctement le contenu des offices de Carême et le sens de celui-ci, il sera pour nous une immense joie et une libération.

– Monseigneur, les sondages qui sont effectués en Russie et dans le monde entier, montrent qu’il n’y a pas tant de gens qui jeûnent. En Russie, à l’instar des années précédentes, environ 3% des Russes se considérant orthodoxes jeûneront plus ou moins strictement. La vertu de la tempérance ne jouit pas d’une popularité particulière. Pourquoi en est-il ainsi, Monseigneur ?

– Cela vient avant tout de l’ignorance du Carême. Et de l’incompréhension de son sens et de sa forme. Son sens reste effectivement caché pour les gens qui ne fréquentent pas les offices du Grand Carême, n’entrent pas dans leur essence, dans leur contenu. Et alors, tout le carême, dans le meilleur des cas, se transforme en une sorte de gymnastique. Nous avons évoqué le côté spirituel du jeûne. Mais si l’on parle du côté corporel, les gens ne jeûnent pas parce qu’ils ne comprennent pas que dans le jeûne ils se libèrent de leur charge corporelle, de ce qu’il leur est absolument inutile, et ils apprennent à dominer la matière. Rappelons-nous : lors de la création du monde, Dieu a donné à l’homme d’être le maître, c’est-à-dire de dominer, de maîtriser sa nature. Et nous voyons que beaucoup, de très nombreuses personnes, à notre époque, deviennent les esclaves de la matière, esclaves, avant tout, de leurs passions. Ce sont ceux qui soi-disant ne peuvent se libérer du tabac afin de ne pas manger beaucoup etc.. etc.. Il y a beaucoup de moments dans notre vie lorsqu’il nous semble que nous ne pouvons pas surmonter une chose ou l’autre… D’après les confessions, je sais que beaucoup luttent contre une quelconque passion, mais il leur semble qu’il est impossible de la vaincre. En fait l’homme, lorsqu’il entre dans l’essence du carême, lorsqu’il le pratique, devient joyeux à ce point, qu’il ne peut pas vivre sans le pratiquer. Ce sont des préjugés que de considérer que les gens ne peuvent vivre sans nourriture, sans aucune nourriture. Lorsque j’étais sur le Mont Athos, mon guide spirituel, chaque Grand Carême, jeûnait 40 jours, et il vécut jusqu’à une profonde vieillesse. Qui plus est, il jeûnait strictement : il ne mangeait rien. Il buvait seulement un thé très clair et c’était tout. Et je connais d’autres personnes qui pratiquent cela également. Mais, peut-être, non pas quarante jours, mais tout de même un temps assez long. Je me rappelle qu’une paroissienne, que j’avais persuadé de jeûner, m’a remercié à la fin du carême en me disant : « Je suis si contente, si satisfaite ! » C’est ainsi que l’homme, lorsqu’il comprend ce qu’il fait et pourquoi, peut beaucoup. Il en est de même avec la prière. Lorsque l’homme ne prie pas ou prie cinq minutes, il ne peut pas apprécier la force de la prière, il ne peut pas apprécier la joie qui provient d’elle. C’est pourquoi, il végétera ainsi, peut-être toute sa vie, s’il n’a pas une impulsion qui l’amène, ne serait-ce qu’une fois à essayer de prier vraiment. Il y a là beaucoup d’aspects qui nécessitent avant tout un cœur ouvert. Je vous raconterai un cas, qui m’a beaucoup impressionné. Dans notre paroisse, il y avait quelques familles grecques qui fréquentaient notre église uniquement parce que nous vivons selon l’ancien calendrier et non le nouveau, celui des catholiques-romains. Elles ne comprenaient rien, si ce n’est « alleluia » et « is polla eti, despota », mais elles venaient chez nous parce qu’elles savaient que chez nous tout était juste. Et voici que le vendredi de la première semaine du carême, la femme grecque, qui travaillait, comme je le savais, dans une usine, et ce à un poste physiquement très éprouvant, me dit (ce n’était pas une confession, mais une simple conversation) : « Monseigneur, j’ai bu de l’eau le mercredi ». J’ai pensé que je n’avais pas compris quelque chose, je ne maîtrise pas tant que cela le grec – et j’ai redemandé : « Qu’avez-vous dit ? » Elle répète : « J’ai bu de l’eau le mercredi ». Perplexe, je demande : « Vous voulez dire que vous n’avez rien mangé toute la semaine, mais aussi que vous n’avez rien bu ? » « Bien sûr ! » C’est la réponse « Bien sûr ! », d’une personne qui fait un travail difficile. J’ai alors compris que l’homme peut faire beaucoup, si seulement il le souhaite. Nous avons introduit, il y a vingt ans, la liturgie des présanctifiés le soir, une fois par semaine, mais notre synode avait décidé que ceux qui veulent communier doivent jeûner depuis minuit jusqu’au soir. Je l’ai annoncé à tous et je m’attendais à ce que personne ne vienne. Les gens sont venus ! Les gens qui, comme je le sais, travaillent dans un bureau, où tous fument, etc. Ils s’abstiennent de nourriture toute la journée, viennent se confesser le soir, communient. Quelle joie ! Et cela n’est donné que par l’expérience. Vous comprenez ? Bien sûr, celui qui n’en a pas fait l’expérience, ne peut le comprendre. Il faut nous décider à « franchir le fleuve ». Comme sainte Marie l’Égyptienne. Aussi, je pense que le malheur veut précisément que beaucoup ne sont pas prêts à faire le pas. Franchir le fleuve. Comme sainte Marie l’Égyptienne a franchi le Jourdain et, alors qu’elle était une prostituée, elle est devenue ensuite une sainte. C’est ainsi ce que beaucoup doivent faire parmi nous.

– Mais y a-t-il, peut-être, des exercices ascétiques qui permettent à l’homme, au fur et à mesure, de surmonter en lui cet état indécis et de développer son empressement à « franchir le fleuve » ?

– Avant tout, c’est la prière. Lorsque l’homme prie avec application, il est alors prêt à l’exploit dans le jeûne corporel. Lorsqu’il verra à quel point l’intellect et l’esprit deviennent réellement libres, il l’appréciera. Je me rappelle de ces malheureux qui ne peuvent cesser de fumer. Je leur ai dit : « Essayez, ne serait-ce qu’une fois, les jours de jeûne, le lundi, le mercredi et le vendredi, de vous abstenir de fumer. C’est le commencement ». Et nombreux sont ceux qui ont pu surmonter cette passion. Il en est de même avec la nourriture. Dans notre monastère, beaucoup de moines appliquent cette règle : les jours de jeûne, ils ne prennent aucune nourriture, si ce n’est que le soir, lorsqu’ils prennent une petite collation, et ainsi, tout le jour, ils ne mangent rien. Et bien sûr, cela permet à l’homme d’estimer ses forces, voir ce qui est possible pour lui et ce qui ne l’est pas.

– Monseigneur, vous avez dit que celui qui jeûne correctement ressent de la joie. Il y a encore ces mots, dans le stichère chanté les jours du Grand Carême : « Jeûnons d’un jeûne agréable… » Et nous le souhaitons les uns aux autres pendant le Carême. S’il vous plaît, rappelez à nous tous ce que signifient ces mots : « Jeuner d’un jeûne agréable ».

– Je n’ai pas particulièrement réfléchi à ce sujet, mais je suppose, avant tout, que cela signifie la chose suivante : abstenons-nous de « manger » notre prochain. Dans l’un des stichères avant le début du Carême, il est même dit que c’est peut-être la vertu la plus difficile que l’homme peut atteindre. « Jeûner d’un jeûne agréable » signifie aussi que nous puiserons pendant le carême la force pour notre développement spirituel. Afin de ne pas rester sur place, mais que chaque carême soit une marche de l’échelle qui mène au Christ et à notre résurrection avec Lui.

– Il y a ces mots dans la prière de saint Éphrem le Syrien : « Ne me donne l’esprit d’oisiveté, d’abattement et de vaines paroles ». Pourquoi est-il question précisément de la délivrance de tels péchés dans la prière ? Nous savons bien que ce n’est pas – loin de là – l’énumération complète des vices…

– Je pense que tous les autres péchés, d’une manière ou d’une autre, sont liés à ceux qui sont énumérés ici. Si nous examinons séparément pour ainsi dire, chaque « point » mentionné dans cette prière, nous nous apercevons qu’il attire après lui toute une série d’autres péchés. L’oisiveté amène l’homme très rapidement au refus de la lutte avec le péché, l’amène très vite à la condamnation du prochain… – l’un après l’autre. Ce sont, peut-être, les centres de tout ce que nous devons avoir en vue, lorsque nous entrons en lutte avec nos péchés.

– Monseigneur, en conclusion de notre entretien, je voudrais vous demander de donner quelques conseils à nos lecteurs et nos téléspectateurs, lors de ces jours de Grand Carême.

– Avant tout, je souhaite que tous fassent l’expérience du carême. Que tous les chrétiens s’efforcent de jeûner consciencieusement. Il y a, bien sûr, les malades auxquels on accorde un allègement du carême – dans la mesure où cela est justifié et nécessaire, et non simplement selon ses fantaisies ou ses propres souhaits. Il faut toujours discuter de cela avec son confesseur. Que chacun de nous renonce à quelque chose qui lui est particulièrement cher. Ce ne doit pas être obligatoirement de la nourriture : pour les uns, c’est la télévision, pour les autres, ce sont certains jeux etc. Je souhaiterais que chaque chrétien entreprenne consciencieusement un combat conscient. Parce que sans combat, il n’y a pas de victoire, comme le disent de nombreux Pères de l’Église. Or, nous voulons la victoire et nous ne l’obtenons pas à « bon marché ». Il nous faut prendre de la peine. Je souhaite que tous s’enrichissent spirituellement. Quant à ceux qui travaillent et ne peuvent pas se rendre aux offices, qu’ils doublent au moins leur règle de prière, la lecture spirituelle, et ainsi acquièrent quelque chose pour l’âme. Afin que l’âme sorte enrichie du carême. Et alors, ce carême sera réellement un succès pour chacun.

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“Mère Marie” par Geneviève de Gaulle-Anthonioz

P1160096Lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, 15e arrondissement, le 31 mars, Antoine Arjakovsky a lu (photographie) des extraits d’un texte de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, compagne de captivité et de déportation de Mère Marie à Ravensbrück. Nous vous proposons la totalité de ce texte. Les extraits lus sont de couleur bleue. Pour prendre connaissance de ce texte, cliquez ici.

“Une rue Mère Marie Skobtsov à Paris” d’Hélène Arjakovsky-Klépinine

P1160080Le 31 mars, lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, dans le 15e arrondissement, Mgr Jean de Charioupolis a lu (photographie) une lettre d’Hélène Arjakovsky-Klépinine, fille du saint père Dimitri Klépinine, intitulée “Une rue Mère Marie Skobtsov à Paris“. Pour prendre connaissance de ce texte, cliquez ici.

Le discours de Catherine Vieu-Charier lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov (Paris 15e) le 31 mars

P1160070Hier, a eu lieu l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris dans le 15e arrondissement (l’exposé des motifs de cette attribution). De nombreuses personnalités étaient présentes (certaines sont citées dans l’en-tête du discours qui suit), quelques unes sont intervenues. Catherine Vieu-Charier, maire adjointe de la capitale, chargée de toutes les questions relatives à la mémoire et au monde combattant, qui représentait la maire de Paris, Anne Hidalgo, a prononcé un discours (photographie: lors de son discours). Pour prendre connaissance du texte de celui-ci, cliquez ici.

Attentats Belgique – Communiqué des évêques orthodoxes de France

Le terrorisme a malheureusement encore frappé aveuglement, lâchement. Les évêques orthodoxes de France tout en condamnant ces attentats et cette barbarie sans nom, expriment leur entière solidarité et compassion avec la Belgique meurtrie et blessée. Ils prient, en ce temps de grand Carême de Pâques, le Seigneur pour qu’Il console les familles des victimes et des blessés et qu’Il apporte la paix dans Son monde qui en a tant besoin.

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Encyclique patriarcale et synodale au sujet de la convocation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

+ Bartholomée,
Par la Grâce de Dieu archevêque de Constantinople,
la Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique
À tout le plérôme de l’Église
La grâce et la paix de Dieu soient avec vous !

Notre sainte Église orthodoxe, qui est ornée « comme de velours et de lin fin» par le sang de ses martyrs, les larmes de ses vénérables pères et les combats et sacrifices de ses confesseurs de sa foi, célèbre aujourd’hui sa fête onomastique. Après une période d’un siècle d’âpres combats, c’est à juste titre et avec raison que ce jour a été appelé et désigné comme « dimanche de l’orthodoxie », puisque la vérité a brillé et a triomphé du mensonge, par la vénération des icônes sacrées, comme portant la présence personnelle et la grâce divine du Fils et Verbe de Dieu incarné et de Ses saints. De cette manière a été reconnu et prêché encore une fois que « Le Verbe est devenu chair et a habité parmi nous» (Jean I, 14), honorant ainsi et sanctifiant la création matérielle et notre corps, pour que nous devenions « participants à la nature divine » (cf. II Pierre 1,4), participants à la grâce et la vie divines. Dans cette grande et salvatrice vérité, qui a été attaquée par ceux qui refusaient la vénération des saintes icônes, la voie de la victoire de la vérité sur le mensonge a été, dans ce cas également, celle suivie par l’Église depuis son début et pendant tout le cheminement de son histoire. Celle-ci n’était autre que celle de la conciliarité. La distinction entre la vérité et le mensonge, l’orthodoxie et l’hérésie, n’est pas toujours discernable. Les hérétiques croyaient et croient qu’ils possèdent la vérité, et il y aura toujours ceux qui caractériseront « d’hérétiques » ceux qui ne sont pas d’accord avec leurs vues. L’Église orthodoxe, dans ce cas, ne reconnaît qu’une seule et unique autorité : le concile de ses évêques canoniques. Sans décision conciliaire, la distinction entre orthodoxie et hérésie n’est pas possible. Tous les dogmes de l’Église et les saints canons portent le sceau de la conciliarité. L’Église orthodoxe est l’Église de la conciliarité. L’Église orthodoxe a souligné dès son début ce principe ecclésiologique, et elle l’applique fidèlement au niveau local. Cela a été en vigueur durant de nombreux siècles, au niveau universel et panorthodoxe également, mais a été interrompu en raison des circonstances historiques pendant longtemps. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’agréable position d’annoncer officiellement depuis ce trône sacré et œcuménique que, par la grâce de Dieu, avec l’accord de tous les primats des très saintes Églises orthodoxes, sera réalisé l’événement décidé depuis plus de cinquante ans, le saint et grand Concile et toute l’Église orthodoxe, et ce sur l’île de Crète, du 18 au 27 juin de cette année. Ses travaux commenceront par une divine liturgie panorthodoxe en la sainte église Saint-Ménas d’Héraklion, le jour grand et insigne de la Pentecôte, et se poursuivront à l’Académie orthodoxe de Crète à Kolymvari, près de La Canée. Ce saint et grand Concile sera présidé par Notre Humilité entouré des autres primats des Églises orthodoxes ; les autres hiérarques participeront comme membres du concile par les délégations de toutes ces Églises. Le but premier de ce concile panorthodoxe est d’enseigner que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et en particulier dans la divine eucharistie et la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité. C’est pourquoi le concile a été préparé depuis un longue période de temps, par une série de commissions préparatoires et de consultations préconcilaires, de telle façon que les textes de ses décisions soient inspirés d’unanimité et que leur message soit transmis « d’une seule bouche et d’un seul cœur ». Les thèmes dont s’occupera le saint et grand Concile, définis déjà de façon panorthodoxe lors de la décision de sa convocation, concernent principalement les problèmes de structure intérieure et de vie de l’Église orthodoxe, qui nécessitent une résolution immédiate. En outre, il y a les questions concernant les relations de l’orthodoxie avec le reste du monde chrétien et la mission de l’Église à notre époque. Nous savons, bien entendu, que le monde attend d’entendre la voix de l’Église orthodoxe au sujet de nombreux problèmes urgents qui préoccupent l’homme contemporain. Mais il a été jugé nécessaire que l’Église orthodoxe règle en premier lieu ses problèmes internes avant de parler ou de s’adresser au monde, ce qu’elle n’a pas cessé de considérer comme son devoir. Le fait que, après tant de siècles, l’orthodoxie exprime sa conciliarité sur un niveau mondial, constitue le premier pas, décisif, dont on attend, par la grâce de Dieu, qu’il mène à la convocation, Dieu voulant, d’autres conciles panorthodoxes.

Chers frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Les grands événements historiques sont dirigés par la grâce de Dieu. C’est Lui qui, en définitive, est le Maître de l’histoire. Nous semons et peinons, mais Celui qui fait croître est Dieu (cf. I Cor. 3,8). Le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe constitue réellement un événement historique et c’est en Dieu uniquement que nous plaçons sa réussite. Aussi, nous appelons les  fidèles orthodoxes, clercs et laïcs, à la prière au Dieu trinitaire pour qu’Il couronne par Ses bénédictions cet événement, afin que par celui-ci Son Église soit édifiée et que soit glorifié Son très saint Nom. Les temps sont critiques et l’unité de l’Église a pour devoir de constituer un exemple d’unité pour l’humanité déchirée par des divisions et les conflits. Le succès du saint et grand Concile est l’affaire de tous les membres de l’Église qui sont appelés à montrer leur intérêt envers lui. Déjà, les textes qui ont reçu un accord panorthodoxe et qui ont été soumis au saint et grand Concile sont publiés et sont mis à la disposition de chaque fidèle bien intentionné pour qu’il en soit informé et tenu au courant, mais aussi pour exprimer son opinion et ses attentes quant au saint et grand Concile. Annonçant cela à tout le plérôme de l’Église orthodoxe dans tout l’univers en cette fête insigne, nous souhaitons que le Seigneur accorde à Son Église et à nous tous Sa grâce en abondance et Sa bénédiction, et qu’Il donne au monde entier «  la paix en tout temps, de toute manière! » (2 Thess. 3,16).

Le 20 mars de l’année du Seigneur 2016

† Bartholomée, archevêque de Constantinople
Votre fervent suppliant devant le Seigneur

† Métropolite Jean de Pergame

† Métropolite Isaïe de Denver

† Métropolite Alexis d’Atlanta

† Métropolite Jacques des Îles des Princes

† Métropolite Joseph de Prikonisos

† Métropolite Méliton de Philadelphie

† Métropolite Emmanuel de France

† Métropolite Nicétas des Dardanelles

† Métropolite Nicolas de Detroit

† Métropolite Germain de San Francisco

† Métropolite Maxime de Selymbria

† Métropolite Amphiloque d’Adrianopolis

Source: Patriarcat oecuménique

Un nouveau livre d’Alain Durel: “L’île au commencement du monde – Récit d’un pèlerinage en Crète”

8835Un nouvel ouvrage d’Alain Durel vient de paraître aux éditions Médiaspaul: “L’île au commencement du monde – Récit d’un pèlerinage en Crète“. Il est préfacé par le métropolite Emmanuel.
Présentation de l’éditeur: ” Parti en Crète pour faire le point à un moment charnière de son existence, l’écrivain Alain Durel se trouve confronté à l’ahurissante beauté d’une île qui incarne l’idéal grec de liberté. C’est dans un monastère situé entre ciel et mer qu’il fera la rencontre d’un « ange blessé » qui, puisant dans sa vulnérabilité même la force de son message d’espérance, lui donnera le courage d’affronter son destin et de sortir du labyrinthe des passions pour dire enfin « oui » à l’amour.
Sous la forme d’un récit de voyage picaresque, L’île au commencement du monde se révèle comme un chemin initiatique tout au long duquel résonne la question « Comment aimer ? » Le voyageur découvrira peu à peu que le chemin passe par l’intériorité : « Connais-toi toi-même ». En unissant cette parole de l’oracle de Delphes au mythe du Minotaure, on pourrait dire : « Connais-toi toi-même et tu sortiras du labyrinthe de ton existence douloureuse »…
Après La presqu’île interdite où Alain Durel avait entraîné ses lecteurs sur la trace des grands spirituels du mont Athos, et L’archipel des saints où il les avait fait naviguer d’île en île sur les flots bleus de la mer Égée, l’auteur raconte, avec une grande intensité spirituelle, le pèlerinage intérieur qui le mènera à la joie indicible d’une demande en mariage.”

La sainte Tunique du Christ à Argenteuil: note historique et biblique par le père Noël Tanazacq

Ste_TuniqueDeux pèlerinages orthodoxes auprès de la sainte Tunique du Christ à Argenteuil (à l’ouest de Paris) sont organisés pour les jours à venir: le premier, le lundi 28 mars, par la Métropole roumaine, le second, le 1er avril, par l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale. Nous vous proposons cette note historique et biblique consacrée à la sainte Tunique du Christ conservée à Argenteuil écrite par le père Noël Tanazacq, recteur de la paroisse Sainte-Geneviève-Saint-Martin à Paris (Métropole roumaine).

Grand Canon de saint André de Crète

Le Grand Canon de saint André de Crète, lu aux grandes complies des quatre premiers jours du Carême, est disponible en version bilingue slavon-français sur cette page.

Discours catéchétique en ouverture du saint et grand Carême 2016

Discours catéchétique en ouverture du saint et grand Carême † Bartholomée par la grâce de dieu archevêque de Constantinople-Nouvelle Rome et patriarche œcuménique à tout le plérôme de l’Eglise
que la grâce et la paix de notre seigneur et sauveur Jésus Christ,ainsi que notre prière, bénédiction et absolution soient avec vous !

Frères et enfants bien-aimés et bénis dans le Seigneur,

En affirmant, sous l’inspiration divine, la miséricorde et les prescriptions du Seigneur, le saint psalmiste introduit nous les croyants orthodoxes au « mystère » du saint et grand Carême : « Le Seigneur accomplit des actes de justice, il fait droit à tous les exploités » (Ps 103, 6). Car le Seigneur « nourrit de ses biens notre vigueur, et nous rajeunit comme l’aigle » (Cf. ibid., 5).

Nul n’ignore, frères et enfants dans le Seigneur, que chaque être humain, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est un sanctuaire du Seigneur. Combien plus nous, qui sommes baptisés et oints au saint chrême, qui sommes greffés sur l’olivier franc de l’Église orthodoxe, sommes des sanctuaires de l’Esprit Saint qui est en nous, même si, par de multiples péchés, voulus ou involontaires, nous nous éloignons du Seigneur. « Si nous lui sommes infidèles, lui demeure fidèle. » (II Tm 2, 13.)

Toutefois, la souillure du péché empêche la Grâce du Saint-Esprit d’opérer en nous. C’est pourquoi notre sainte Eglise orthodoxe a instauré la période de jeûne du saint et grand Carême pour nous purifier par la pénitence et nous montrer dignes de recevoir les Souffrances vivifiantes et la Résurrection radieuse de notre Seigneur Jésus Christ. Le poète du grand Canon, saint André de Crète, nous interpelle : « Viens, ô mon âme misérable, avec ta chair, confesse-toi au Créateur de toutes choses et éloigne-toi désormais de ta préalable déraison, puis offre à Dieu des larmes dans le repentir » (tropaire ode 1.)

Veillant à notre salut et à notre perfectionnement spirituel, l’Église ouvre à tous ses membres le temps présent de la pénitence, tout en les exhortant à combattre la vie fondée sur les biens matériels et la cupidité qui, comme un « lourd fardeau », captive l’âme dans la poussière et la fait traîner par terre, incapable de s’élancer vers le ciel et le royaume de Dieu.

Ainsi, grâce à la pénitence et aux larmes purificatrices, de nouveau nous revêtons la beauté originelle et le vêtement tissé par Dieu dont nous avons été dépouillés après la chute « revêtus du vêtement de la honte comme des feuilles du figuier».

En même temps, jeûner, s’abstenir d’aliments et renoncer à « des vaines réflexions et des pensées perverses » constituent le point de départ pour gérer correctement, avec mesure et prudence, les biens matériels, dans l’optique du profit commun, de façon à éliminer les retombées de l’usage immodéré de ces biens sur l’environnement social et naturel et à garder uniquement le « jeûne de miséricorde » non pas pour faire droit aux exploités, mais pour leur apporter miséricorde, grâce et soulagement et pour accéder « à la ressemblance de Dieu » (Basile le Grand).

De la sorte, par l’usage modéré, la matière et notre vie sont sanctifiées, puisque la matière corruptible n’est pas un but en soi, mais un moyen de sanctification. Par conséquent, pour les riches ayant et possédant du verset évangélique, le jeûne doit être un prétexte à la continence dont le but final est tout à la fois « déborder d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint », selon la parole de saint Paul l’apôtre des nations (cf. Rm 15, 13) et fixer les yeux sur les pauvres « du nom de Lazare » qui vivent aujourd’hui partout dans l’humanité ou qui sont dans la situation de réfugiés.

Hormis cela, il ne faut pas oublier, bien-aimés frères et enfants, le véritable esprit du jeûne et de la continence qui nous rend agréables au Seigneur, comme l’apôtre Jacques nous enseigne en disant : « la religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder du monde pour ne pas se souiller. » (Jc 1, 27.) Car, nous n’obtiendrons la grâce offerte abondamment par le jeûne et la continence uniquement et simplement en nous privant peu ou prou de nourriture : « Or, vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute et en frappant du poing méchamment ! Vous ne jeûnez pas comme il convient. » (Es 58, 4.) « Doit-il être comme cela le jeûne que je préfère (…) n’est-ce pas partager ton pain avec l’affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras, si tu vois quelqu’un nu, tu le couvriras (…) » dit et exhorte notre Seigneur par la voix de Son prophète (Es 58, 5-7.)

Aujourd’hui tout spécialement, la crise économique, la situation des réfugiés et les multiples difficultés surgies au niveau mondial, surtout chez certains peuples et dans certains pays, fournissent aux Orthodoxes la possibilité de cultiver cet esprit authentique du jeûne, associant la privation de nourriture aux œuvres de charité et de solidarité envers nos frères qui sont dans le besoin, les malades, les nécessiteux et les affamés, les sans abris et les réfugiés ceux qui n’ont pas « où poser la tête » (Mt 8, 20), ceux que les circonstances dures de la guerre, des épreuves et des détresses forcent à quitter leurs foyers ancestraux et à prendre la route au milieu de nombreux dangers, de souffrances et de labeurs.

Lorsque notre jeûne est accompagné d’un tel accroissement de miséricorde et d’amour envers l’un de ces plus petits qui sont frères du Seigneur, sans distinction de race, de religion, de langue et d’origine, alors celui-ci monte directement vers le trône de Dieu comme un parfum suave et des anges nous y assistent, comme ils servaient le Seigneur dans le désert.

De tout cœur, nous souhaitons paternellement et fraternellement que l’arène du saint et grand Carême qui s’ouvre soit fructueux et sanctifiant pour tous, plein de grâce et de sanctification et que Dieu nous permette de nous approcher sans empêchement de l’éternel calice vivifiant, le côté vivifiant d’où jaillit pour nous le double fleuve de la rémission des péchés et de la connaissance. » (Le grand Canon, tropaire ode 4.)

Que la Grâce et l’infinie Miséricorde de Dieu soient avec vous tous, frères et enfants, pour accueillir dans cet état d’esprit évangélique la fête des fêtes et la liesse des liesses, la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ, à Qui appartiennent gloire, puissance, adoration et action de grâce maintenant et dans les siècles et des siècles. Amen.
Saint et Grand Carême 2016

† Bartholomée de Constantinople
fervent intercesseur devant Dieu de vous tous.

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Recension: Saint Nicolas Vélimirovitch, « Homélies sur les évangiles pour les dimanches et jours de fête »

Nicolas Velimirovitch Homelies RSaint Nicolas Vélimirovitch, Homélies sur les évangiles pour les dimanches et jours de fête. Introduction de Jean-Claude Larchet, traduction du serbe de Lioubomir Mohailovitch, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Âge d’Homme, Lausanne, 2016, 680 p.
Ce gros volume rassemble 60 homélies de saint Nicolas Velimirović (1881-1956) qui couvrent tout l’année liturgique à travers ses trois cycles majeurs, à savoir: 1) celui de la Nativité (incluant l’Annonciation et la Théophanie); 2) celui du Pré-Triode (période préparatoire du Grand carême), du Triode (période du Grand carême), de la Grande semaine et de Pâques; 3) celui de la Pentecôte (avec tous les dimanches « après » la fête).
Il y a moins d’homélies que de fêtes et de dimanches que n’en comptent ces cycles pour la raison que ces homélies sont exclusivement des commentaires de l’évangile du jour, et que certaines péricopes évangéliques sont lues plusieurs fois au cours de l’année liturgique.
Cette édition française présente une différence par rapport à l’édition serbe, qui place en fin de volume les homélies des cycles du Pré-Triode, du Triode, de la Grande Semaine et de Pâques: ces homélies sont ici replacées parmi les autres de manière à respecter l’ordre chronologique global de l’année liturgique, ce qui facilite aussi une lecture continue.
Ces homélies datent de la période où saint Nicolas Vélimirović était évêque de Bitolj et d’Ohrid, soit entre le moment où il fut affecté à cette éparchie (fin 1920) et le moment de leur publication (1925).
En tant que commentaires de l’évangile du jour, ces homélies ont une visée essentiellement exégétique: il s’agit à chaque fois avant tout d’expliquer et de commenter le contenu du texte.
Cependant, chaque homélie commence par des considérations générales en rapport avec le thème principal ou un thème essentiel de la péricope, qui pourraient suffire à constituer le sermon du jour si l’auteur se proposait seulement de tirer un enseignement spirituel de l’épisode relaté (ce à quoi se limitent beaucoup de prédicateurs).
Ces introductions donnent lieu à des considérations plus personnelles, où l’on reconnaît le style lyrique très caractéristique de l’évêque Nicolas, surtout en cette période qui suit de peu celle de la composition des Prières sur le lac, dont on retrouve certains accents typiques dans quelques homélies.
Mais la suite, le corps de chaque homélie, est toujours une explication soigneuse, menée pas à pas, de la péricope évangélique.
L’exégèse de Mgr Nicolas combine harmonieusement le type antiochien (privilégiant le sens littéral ou historique) et le type alexandrin (privilégiant le sens allégorique ou symbolique) que distinguent les spécialistes.
1) D’une part, il s’attache beaucoup à la littéralité du texte, à sa forme (il y a beaucoup de remarques linguistiques), à son contenu historique, au contexte social et religieux, à la psychologie des acteurs.
Mgr Nicolas fait presque toujours une lecture synoptique, c’est-à-dire que dans son commentaire d’un évangile, il tient compte de ce que disent sur le même sujet les évangiles parallèles, souvent pour enrichir son commentaire, parfois pour justifier les différences qui existent entre les récits. Par exemple, dans la 3e homélie pour la fête de la Nativité où il commente Mt 2, 1-12, Mgr Nicolas note: « Luc évoque l’empereur romain Auguste et les bergers de Bethléem, tandis que Matthieu ne mentionne ni l’un ni les autres. En outre Matthieu cite Hérode, le roi de Judée, et des mages venus d’Orient, alors que Luc ne les évoque pas. Qu’est-ce que cela signifie? N’y a-t-il pas une insuffisance, une imperfection ? Non, car il s’agit de la plénitude de deux sources, qui s’additionnent et se complètent. » Dans l’homélie pour le 2e dimanche après Pâques, il montre comment les évangélistes attribuent à Joseph d’Arimathie des qualités différentes, mais comment celles-ci se complètent pour dresser son portrait. Dans l’homélie pour le dimanche avant la Théophanie, il constate que les quatre évangiles commencent différemment: « L’évangéliste Jean commence par l’éternité, Matthieu par Abraham, Luc par la naissance terrestre du Sauveur et Marc par le baptême dans le Jourdain. » Il se demande alors: « Pourquoi tous les évangélistes ne commencent-ils pas par un début unique? » Et il répond que cela veut exprimer apophatiquement la difficulté de définir l’origine « de Celui-qui-donne-la-vie et qui est à l’origine de la vie ». Dans l’homélie pour le 2e dimanche après Pâques, il rend ainsi compte des différences qui existent, dans le récit de la venue au tombeau des femmes myrrhophores, entre les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc quant à la place et au nombre des anges: « Le fait que Matthieu raconte que l’ange de Dieu était assis sur la pierre détachée du tombeau, alors que Marc dit que l’ange était à l’intérieur du tombeau ne constitue nullement une contradiction. Les femmes ont pu d’abord voir l’ange assis sur la pierre, puis entendre ensuite sa voix à l’intérieur du tombeau. Car un ange n’est pas une créature charnelle et difficilement mobile : en un instant, il peut apparaître là où il veut. Le fait que Luc mentionne deux anges alors que Matthieu et Marc n’en évoquent qu’un seul, ne doit pas non plus troubler les croyants. Quand le Seigneur est né à Bethléem, un ange s’est soudain retrouvé parmi les bergers et “ils furent saisis d’une grande crainte […]. Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste” (Lc 2, 9-13). Peut-être que des légions d’anges de Dieu ont assisté au Golgotha à la résurrection du Seigneur; quel prodige y aurait-il donc à ce que les femmes myrrhophores en aient vu tantôt un, tantôt deux? »
Quant à la différence de forme qui existe entre les quatre évangiles, Mgr Nicolas l’explique à la fois par leur complémentarité et par le souci de Dieu d’adapter à chaque type de tempérament humain le mode d’expression qui lui convient le mieux: « De façon générale, les quatre évangélistes, dont chacun constitue une entité admirable, se complètent mutuellement comme une étoile complète une autre étoile, comme l’été complète le printemps, et l’hiver l’automne. De même que l’Est est inconcevable sans l’Ouest, et le Nord sans le Sud, de même un évangéliste est inconcevable sans un autre, comme deux d’entre eux sans un troisième ou trois sans le quatrième. De même que les quatre points cardinaux, chacun à sa manière, révèlent la gloire et la grandeur du Dieu vivant et Trine, de même les quatre évangélistes, chacun à sa manière, révèlent la gloire et la grandeur du Christ Sauveur. Certains hommes, conformément à leur tempérament – on compte quatre types principaux de tempéraments humains – trouvent plus de sérénité et d’équilibre pour leur existence physique, en Occident, d’autres en Orient, d’autres au Nord et d’autres au Sud. Pour celui qui ne trouve ni sérénité ni équilibre pour son corps dans aucun des quatre points cardinaux, on a l’habitude de dire que le monde n’est pas responsable de cela, mais lui-même. De même certaines personnes, selon leur structure spirituelle et leur état d’esprit, trouvent plus de repos et de remède spirituel chez l’évangéliste Matthieu, d’autres chez Marc, d’autres chez Luc et d’autres chez Jean. Quant à celui qui ne trouve sérénité et équilibre chez aucun des quatre évangélistes, on peut dire que la responsabilité n’en incombe pas aux évangélistes, mais à lui-même. On peut même affirmer librement qu’il n’y pas de remède à une telle situation. Le Créateur de l’humanité est très sage et très miséricordieux. Il connaît la diversité des hommes et les faiblesses de la nature humaine; aussi a-t-Il mis quatre évangiles à notre disposition, afin de donner la possibilité à chacun de nous, selon son inclination spirituelle, d’adopter un évangile plus rapidement et facilement que les trois autres, de façon que cet évangile lui serve de guide et de clé pour les trois autres » (Troisième homélie pour la fête de la Nativité).
2) Mais d’autre part, Mgr Nicolas voit dans les récits évangéliques des symboles, et dégage les différents autres sens de l’Écriture, que, depuis Origène on désigne par les qualificatifs de  « moral » et « spirituel », et, depuis saint Jean Cassien, par ceux d’ « allégorique », d’ « anagogique » et de « tropologique  ».
Par exemple, à propos de la parole du Christ : « En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40), Mgr Nicolas écrit : « [Cette affirmation] revêt une double signification, l’une apparente, l’autre intérieure. La signification apparente est claire pour tout le monde: celui qui donne à manger à un homme qui a faim, donne à manger au Christ; qui donne à boire à celui qui a soif, donne à boire au Seigneur; qui donne un vêtement à l’homme nu, donne un vêtement au Seigneur; qui accueille un étranger, accueille le Seigneur; qui rend visite au malade, au malheureux ou au prisonnier, rend visite au Seigneur. […] La signification intérieure, elle, concerne le Christ en nous-mêmes. Dans toute pensée lumineuse de notre esprit, dans tout sentiment généreux de notre cœur, dans toute aspiration noble de notre âme en vue de l’accomplissement du bien, apparaît le Christ en nous, par la force du Saint-Esprit. Toutes ces pensées lumineuses, sentiments généreux et aspirations nobles, Il leur donne le nom de “plus petits de [Ses] frères”. Il les appelle ainsi parce qu’ils constituent en nous une minorité infime par rapport à la masse énorme de boue terrestre et de méchanceté qui est en nous. Si notre esprit a faim de Dieu et que nous lui permettons de se nourrir, nous avons nourri le Christ en nous ; si notre cœur est dépourvu de toute bonté et générosité divine, et que nous lui permettons de se vêtir, nous avons revêtu le Christ en nous; si notre âme est malade et emprisonnée par notre propre méchanceté et nos mauvaises actions, et que nous nous souvenons des autres et leur rendons visite, nous avons visité le Christ en nous. En un mot, si nous donnons protection à l’autre homme qui est en nous, celui qui a occupé jadis le premier rôle et qui représente le juste, écrasé et humilié par l’homme mauvais, le pécheur, qui est aussi en nous, nous donnons protection au Christ en nous-mêmes. Petit, tout petit, est le juste qui est en nous; énorme, immense, est le pécheur qui est en nous. Mais le juste qui est en nous est le petit frère du Christ, alors que le pécheur qui est en nous est un adversaire du Christ de la taille de Goliath. Par conséquent, si nous protégeons le juste qui est en nous, si nous le rendons libre, si nous lui donnons des forces et l’amenons vers la lumière, si nous l’élevons au-dessus du pécheur afin qu’il puisse régner totalement sur le pécheur, alors nous pourrions dire comme l’apôtre Paul: “Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi” (Ga 2, 20) » (Homélie pour le dimanche de Carnaval).
Un autre exemple d’interprétation selon l’esprit et non selon la lettre est celui des dix commandements, que le Christ recommande au jeune homme riche de suivre (Mt 19, 17-19): « Tous les commandements mentionnés ont un sens profond particulier pour les gens riches. Ainsi, Tu ne tueras pas signifie: en prenant trop soin de ton corps dans la richesse et le luxe, tu es en train de tuer l’âme. Tu ne commettras pas d’adultère signifie: l’âme est destinée à Dieu comme la fiancée à son fiancé; si l’âme s’attache excessivement à la richesse et à l’éclat terrestres, au faste et aux plaisirs éphémères, elle commet ainsi un adultère envers son fiancé éternel, Dieu. Tu ne voleras pas signifie: ne vole pas l’âme au profit du corps ; ne t’épargne aucun souci ni effort que tu dois consacrer à ton âme, et n’en fais pas don au corps. Celui qui est riche en surface devient habituellement pauvre à l’intérieur. Et d’habitude – mais pas toujours – toute la richesse de l’homme extérieur correspond à un vol commis au dépens de l’homme intérieur: un corps qui a grossi correspond à une âme amaigrie; des parures corporelles fastueuses correspondent à une nudité spirituelle; l’éclat extérieur à l’obscurité intérieure; la force extérieure à l’impuissance intérieure. Tu ne porteras pas de faux témoignage signifie: ne justifie en rien ton amour pour les richesses et la négligence de ton âme, car cela consiste à inverser la vérité divine et faire un faux témoignage devant Dieu et ta conscience. Honore ton père et ta mère signifie : ne rends pas seulement hommage à toi-même, car cela te perdra; honore ton père et ta mère, par qui tu es venu au monde, afin d’apprendre ainsi à honorer Dieu, grâce à qui tes parents et toi êtes venus au monde. Tu aimeras ton prochain comme toi-même signifie : dans ce cours élémentaire d’entraînement au bien [où nous sommes présentement], il te faut apprendre à aimer ton prochain, afin de t’élever au niveau où l’on est en mesure d’aimer Dieu. Aime ton prochain, car cet amour te préservera de l’amour-propre qui peut te faire périr. Aime les autres hommes comme toi-même, afin de te soumettre, t’abaisser et te mettre au niveau des autres hommes à tes propres yeux. Faute de quoi l’orgueil qui découle de la richesse, prédominera en toi et te précipitera en enfer » (Homélie pour le 12e dimanche après la Pentecôte).
On peut encore citer comme exemple caractéristique de l’exégèse allégorique de Mgr Nicolas, son commentaire de la parabole du bon samaritain: « Le fait de bander les plaies correspond au contact direct du Christ avec le genre humain malade. Par Sa bouche très pure, Il parlait aux hommes à l’oreille, par Ses mains très pures Il a effleuré des yeux morts, des oreilles sourdes, des corps envahis par la lèpre, des cadavres. C’est avec un onguent qu’on panse les plaies. Le Seigneur Lui-même est cet onguent pour l’humanité pécheresse. Il s’est Lui-même proposé pour panser les plaies de l’humanité. L’huile et le vin symbolisent la miséricorde et la vérité. […] De même que l’huile adoucit la blessure du corps, de même la miséricorde divine adoucit l’âme tourmentée et aigrie des hommes; de même que le vin semble aigre mais réchauffe les entrailles, de même la vérité et la justice de Dieu paraissent aigres à l’âme pécheresse, mais une fois plongées en elle, elles la réchauffent et la rendent plus forte. La monture désigne le corps humain dans lequel le Seigneur Lui-même s’est incarné afin d’être plus proche et plus compréhensible. De même que le bon berger, quand il trouve une brebis perdue, la met sur son épaule et la porte joyeusement jusqu’à la bergerie, de même le Seigneur se charge Lui-même des âmes égarées afin qu’elles se retrouvent là où Il est. […] Le Seigneur est le bon Pasteur, qui est venu rechercher Ses brebis afin de les mettre à l’abri des loups avec Son corps. […] Dans Sa douceur infinie et Son amour infini pour l’humanité blessée et à demi-morte, le Seigneur vivant et immortel revêtit Lui-même cette tenue charnelle afin que, en tant que Dieu, Il soit plus accessible aux hommes, plus abordable comme Médecin, et plus reconnaissable pour les brebis comme Pasteur. L’hôtellerie correspond à l’Église sainte, catholique et apostolique, tandis que l’hôtelier désigne les Apôtres et leurs successeurs, pasteurs et maîtres de l’Église. L’Église a été fondée pendant la vie terrestre du Christ, car il est dit que le Samaritain a conduit le blessé à l’hôtellerie et prit soin de lui. Le Seigneur est le fondateur de l’Église et son premier ouvrier. […] Les deux deniers désignent, selon certains exégètes, les deux Testaments laissés par Dieu aux hommes: l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. C’est l’Écriture sainte, la sainte Révélation de la miséricorde et de la vérité divines. Nul ne peut être sauvé du péché, des blessures infligées à son âme, tant qu’il n’a pas connu la miséricorde et la vérité divines, révélées dans l’Écriture Sainte. […] Mais ces deux deniers désignent aussi les deux natures du Seigneur Jésus, la divine et l’humaine. Le Seigneur a apporté ces deux natures dans ce monde et les a mises au service du genre humain. Nul ne peut se sauver des blessures terribles du péché, sans reconnaître ces deux natures du Seigneur Jésus. Car les blessures du péché se guérissent par la miséricorde et la vérité; l’un de ces remèdes sans l’autre, n’est pas un remède. Le Seigneur n’aurait pas pu montrer une miséricorde parfaite envers les hommes, s’Il n’était pas né dans le corps d’un homme; et Il n’aurait pu, comme homme, découvrir la vérité parfaite, s’Il n’était pas Dieu. Les deux deniers désignent aussi le corps et le sang du Christ, où les pécheurs trouvent remède et nourriture à l’Église. Le blessé a besoin d’être pansé, oint et nourri. Telle est la médication parfaite. Il a besoin de nourriture, de bonne nourriture. De même qu’une bonne nourriture, que les médecins prescrivent au malade couché dans son lit, change, fortifie et purifie le sang, c’est-à-dire ce qui constitue le fondement de la vie organique de l’homme, de même cette nourriture divine, le corps et le sang du Christ, transforme fondamentalement, fortifie et purifie l’âme humaine. […] À mon retour : ces mots se réfèrent à la deuxième venue du Christ. Quand Il reviendra comme Juge, non dans une tenue humiliante en peau de bête, mais dans Son éclat et Sa gloire immortels, alors les hôteliers – les pasteurs et les enseignants de Son Église – Le reconnaîtront comme le Samaritain qui leur confia jadis la tâche de prendre soin des âmes malades des pécheurs » (Homélie pour le 25e dimanche après la Pentecôte).
Le style de Mgr Nicolas est lyrique et souvent grandiose, autant que le permettent les contraintes d’une exégèse qui ne néglige aucun détail du texte. C’est dans les parties introductives surtout que s’exerce pleinement le talent de celui qu’à juste titre on a surnommé « le Chrysostome serbe ».
On retrouve aussi dans ces homélies, malgré l’obligation de coller à un texte déjà bien connu des auditeurs ou des lecteurs, la capacité extraordinaire – et doit-on dire: géniale – qu’a l’évêque Nicolas de se renouveler constamment, d’avoir une approche sans cesse originale tout en préservant un contenu parfaitement traditionnel.
C’est pourquoi ses homélies, bien qu’elles portent sur des textes souvent répétés et souvent commentés, ne donnent jamais une impression de redite, de déjà lu ou de déjà entendu, mais renouvellent, d’une manière vivante et souvent inattendue, notre approche de l’évangile et des fêtes qui sont en relation avec ses différents épisodes.

(Extrait de l’Introduction de Jean-Claude Larchet)

 

Communiqué du département des relations ecclésiastiques extérieures de l’Église orthodoxe d’Ukraine à l’occasion du 70ème anniversaire du concile de Lvov de 1946

Le département des relations ecclésiastiques extérieures de l’Église orthodoxe d’Ukraine a publié le communiqué suivant, en date du 11 mars, au sujet du concile de Lvov

Les délégués du Concile de Lvov  avec le patriarche Alexis Ier

Les délégués du Concile de Lvov avec le patriarche Alexis Ier

de 1946 : « Aujourd’hui, des relations difficiles existent en Ukraine entre les orthodoxes et les gréco-catholiques, et ce en raison de différents événements tragiques qui ont eu lieu dans l’histoire. Il faut tout d’abord mentionner l’union de Brest en 1596, suite à laquelle une partie des orthodoxes, sous la pression du pouvoir polonais de ce temps, a été réunie par la force à l’Église catholique. Il en résulta la formation de l’Église uniate, appelée aujourd’hui «  gréco-catholique ukrainienne ». Il convient de rappeler également l’union d’Oujgorod en 1646, dont il résulta le passage forcé des orthodoxes au catholicisme, aux conditions qui étaient celles de l’union de Brest, cette fois sous la pression du pouvoir catholique hongrois. Toutes ces actions violentes ont provoqué une forte opposition de la population orthodoxe, décrite en détails dans la littérature historique. Pour ces raisons, les révoltes cosaques des XVIème-XVIIème siècles, hormis leur orientation idéologique de libération politique et nationale, se déroulèrent également sous les mots d’ordre de la défense de la foi orthodoxe, ce qui est reflété notamment dans les œuvres des écrivains et poètes, dont, entre autres, Taras Chevtchenko. Tous ces événements ont mené à la formation, dans la conscience du peuple orthodoxe ukrainien, d’attitudes défavorables envers les gréco-catholiques. Les 8-10 mars 2016, 70 ans se seront écoulés depuis le concile de Lvov, lequel a pris la décision d’abolir l’Union de Brest de 1596 et du retour des gréco-catholiques d’Ukraine occidentale au sein de l’Église orthodoxe russe. À ce moment, une partie du clergé et des fidèles uniates sont revenus sincèrement à la foi orthodoxe. Cela est témoigné non seulement par les documents historiques, dont ceux qui concernent l’activité du protopresbytre Gabriel Kostelnik, qui, bien avant le concile de Lvov sympathisait avec l’orthodoxie, mais également par le fait même qu’actuellement, en Galicie, près de 900 paroisses orthodoxes n’ont pas souhaité revenir à l’uniatisme et ce même après la légalisation de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Cependant, il convient aussi de reconnaître qu’une partie du clergé et des fidèles uniates n’ont pas accepté le concile de Lvov. En 1990 a commencé la renaissance de l’Église ukrainienne gréco-catholique, qui est sortie des catacombes avec animosité et un esprit agressif envers l’orthodoxie. Aujourd’hui, dans les médias, existent des tentatives de noircir les actes du concile de Lvov de 1946, dans lesquelles est présentée uniquement l’action du régime athée visant à anéantir les gréco-catholiques en Galicie avec l’aide des orthodoxes. Cependant, on ne peut donner une évaluation de l’activité du concile sur la seule base des faits des persécutions contre les gréco-catholiques, sans parler des souffrances de l’Église orthodoxe de la part du pouvoir soviétique, des tortures subies par les clercs orthodoxes et la multitude des fidèles. On ne peut donner une évaluation du concile sans se souvenir des dizaines d’années de souffrances de la population orthodoxe résultant de la politique uniate, lesquelles ont commencé dès l’union de Brest de 1596. En outre, la principale raison de la liquidation de l’Église gréco-catholique ukrainienne par les organes répressifs de l’Union soviétique était la collaboration ouverte de cette confession religieuse avec les troupes d’occupations de l’Allemagne nazie et leurs suppôts sur le territoire de l’Ukraine occidentale. Nous considérons qu’aujourd’hui, dans leurs relations, il convient que les orthodoxes et les gréco-catholiques, pensent non pas à la recherche des coupables, mais à l’élaboration d’une conception de coexistence pacifique dans une Ukraine une, ainsi qu’à une collaboration dans les domaines où cela est possible. Il faut étudier en outre, en détails, tous les faits afférents à la douleur historique des deux côtés et les discuter ouvertement dans le but d’une compréhension réciproque et de l’édification de relations constructives ».

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Une nouvelle édition du livre de Bernard Le Caro “Le Grand Carême”

Le_CaroLes éditions des Syrtes viennent de publier une nouvelle édition du livre de Bernard Le Caro, “Le Grand Carême“, qui propose, pour les dimanches du Triode et chaque jour du Grand Carême, de courts extraits des offices du jour, les lectures de l’Ancien Testament prescrites, et des extraits d’homélies appropriés dues à des Pères de l’Église anciens ou récents.
Cette deuxième édition est augmentée par les passages de la Genèse lus chaque jour (qui avaient été omis dans la première édition) et leurs commentaires par saint Jean Chrysostome.

Vient de paraître: « Les Actes des Apôtres. Présentés et illustrés par Michel Quenot »

Actes« Les Actes des Apôtres. Présentés et illustrés par Michel Quenot » (Orthdruk, 2016).
Dans la lignes de ses ouvrages précédents, L’Évangile selon saint Luc et L’Évangile selon saint Jean, le protopresbytre Michel Quenot vient de publier aux Édition Orthdruk Les Actes des Apôtres. Le texte est celui de la TOB (Traduction oecuménique de la Bible). L’introduction n’étant que de 3 pages, le principal intérêt de cette édition réside dans les 73 images, reproduisant des icônes, des miniatures et surtout des fresques, toutes assez rares et bien choisies, illustrant ce grand texte du Nouveau Testament, écrit par saint Luc, qui expose l’œuvre des apôtres après l’Ascension du Christ et la Pentecôte.
Le livre est diffusé pour tous pays sauf la Suisse par La Procure, et pour la Suisse par la Diffusion Albert le Grand. Il peut être commandé en ligne à la librairie du monastère de la Transfiguration.

Tribune: “Il est urgent pour les chrétiens orthodoxes de reconnaître la terrible vérité du 10 mars 1946”

10_Mars_1946Une tribune intitulée “Il est urgent pour les chrétiens orthodoxes de reconnaître la terrible vérité du 10 mars 1946” est diffusée en plusieurs langues à l’occasion du 70e anniversaire du synode de Lviv, en Ukraine, le 10 mars 1946. Le premier paragraphe explique les circonstances historiques:

” Le 10 mars 1946, à Lviv, l’Eglise orthodoxe de Russie a intégré de force l’Église grecque-catholique ukrainienne en son sein sous la pression du pouvoir soviétique. Au moment où les participants au synode votèrent les 8 et 9 mars pour la « réunification » de leur Église au Patriarcat de Moscou tous les évêques grecs catholiques ukrainiens se trouvaient en prison sous les verrous. Les 216 prêtres et 19 laïcs réunis à la cathédrale Saint-Georges de Lviv par le NKVD, ancêtre du KGB, étaient à la merci d’un « groupe d’initiative » conduit par deux évêques orthodoxes Antony Pelvetsky et Myhailo Melnyk et par un prêtre orthodoxe Gavril Kostelnyk. Les archives révèlent que c’est Staline lui-même qui décida de l’élimination de cette Église grecque-catholique ukrainienne en février 1945 douze jours après la conférence de Yalta tenue en compagnie de Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt.”

La suite de la tribune:

” Les historiens et théologiens sérieux n’émettent aucun doute sur le fait que le synode de Lviv des 8-10 mars 1946 de L’Église grecque-catholique ukrainienne ne fut qu’un simulacre. Bohdan Bociurkiw, qui fut professeur d’histoire à l’université Carleton d’Ottawa, a écrit une somme à ce sujet qui n’a jamais été contredite. Le pape Benoît XVI a parlé en 2006 d’un « pseudo-synode » ayant « porté gravement atteinte à l’unité ecclésiale ». Nicolas Lossky, théologien orthodoxe français membre du patriarcat de Moscou, a reconnu lui aussi qu’il s’agissait d’un simulacre. A cause de sa suppression en 1946 et jusqu’en 1989, l’Église grecque-catholique, forte de plus de 5 millions de membres en Ukraine, devint de facto, la principale victime mais aussi la principale force d’opposition au régime soviétique à l’intérieur des frontières de l’URSS.  Aussi nous appelons les autorités orthodoxes actuelles, en Russie, en Ukraine et ailleurs, à reconnaître la nullité des décisions tragiques du concile de Lviv.

L’Église orthodoxe de Russie dans son ensemble ne peut pas être tenue responsable de décisions prises par des autorités ecclésiastiques manipulées ou terrorisés par le NKVD-KGB. Cependant nous, chrétiens orthodoxes, vivant 70 ans après les événements, nous nous sentons responsables du silence coupable qui entoure la destruction de cette Église par le régime soviétique avec la participation du patriarcat de Moscou. Nous savons que des millions de chrétiens orthodoxes dans le monde condamnent fermement les persécutions anti-religieuses du gouvernement soviétique et de Joseph Djougachvili en particulier. Aussi, en ce jour commémoratif du 10 mars 1946, et à la veille du dimanche 13 mars 2016, dimanche du Pardon dans le calendrier liturgique orthodoxe, nous assurons l’Église grecque-catholique ukrainienne de notre solidarité, de notre prière pour toutes les victimes innocentes de cette Église, qui furent emprisonnées, torturées, déportées et assassinées par le gouvernement soviétique avec la complicité du patriarcat de Moscou.

Nous leur demandons humblement pardon pour toutes les injustices dont ils ont été victimes sous couvert de l’autorité de l’Église orthodoxe, et nous nous inclinons devant les martyrs de cette Église grecque-catholique ukrainienne. “

Pour lire la totalité de la tribune (avec les notes et tous les signataires): cliquez sur ce lien (mise à jour le 10 mars).

Parmi les cosignataires : les pères Georges KovalenkoAndré Doudtchenko, Michel Evdokimov, Michael Plekon, Christophe Levalois, André Louth, la poétesse et universitaire russe Olga Sedakova, l’historien Antoine Arjakovsky, les philosophes Bertrand Vergely et Constantin Sigov, le président de l’Acer-Mjo Cyrille Sollogoub, l’écrivain américain Jim Forest, l’universitaire Daniel Struve, et d’autres.

En complément: le film d’Antoine Arjakovsky (en anglais, version russe) sur le synode du 10 mars 1946 (dont la photographie ci-dessus est extraite). Par ailleurs, le métropolite Hilarion de Volokolamsk (Patriarcat de Moscou) a appelé “de ses vœux les “efforts communs des orthodoxes et des gréco-catholiques” ukrainiens pour dépasser une hostilité historique” dans l’Osservatore Romano du 4 mars dernier (édition française du 10 mars, p.1 et 4).

Ajout: la tribune en anglais (1), en ukrainien (1), en russe, en polonais (1), en italien (1), en roumain, en allemand (1), en espagnol, en vietnamien, en taïwanais, en portugais, en arabe, en néerlandais, en hongrois, en slovaque.

Les réactions au sein de l’Église grecque-catholique d’Ukraine sont très reconnaissantes. Ainsi le père et professeur Bogdan Prach, recteur de l’Université catholique d’Ukraine à Lviv y voit un signe très positif porteur d’un grand espoir pour l’avenir (entretien en polonais). L’ancien dissident soviétique Myroslav Marynovytch (condamné à 10 ans de Goulag en 1977), vice-recteur de l’Université catholique d’Ukraine, fondateur d’Amnesty International en Ukraine, a remercié publiquement sur son blog pour les “paroles de vérité et de compassion” de la tribune.

Recension: Métropolite Séraphim (Tchitchagov), « Chroniques du monastère de Séraphimo-Divéyevo »

ChroniquesMétropolite Séraphim (Léonide Tchitchagov), Chroniques du monastère de Séraphimo-Divéyevo. Tome I, Saint Séraphim de Sarov; tome II, Les moniales et le monastère. Traduit du russe sous la direction du monastère Notre-Dame de Toute-Protection (Bussy), Préface du père Boris Bobrinskoy, Éditions du Désert, La Planette, 2016, 569 p. et 464 p.
Il faut saluer comme un événement important cette publication en français et dans leur version intégrale des Chroniques du monastère de Séraphimo-Divéyevo, ouvrage de référence sur la vie, la personnalité et l’enseignement de saint Séraphin de Sarov et sur l’histoire riche en événements et en figures spirituelles du couvent de Divéyevo qu’il a fondé et dirigé de loin.
Publiées en russe en un seul volume, les Chroniques sont publiées ici en deux tomes pour des raisons de commodité éditoriale, mais la séparation paraît naturelle, puisque le tome 1 est centré sur saint Séraphin de Sarov, tandis que le tome 2 porte sur la vie du monastère de Divéyevo depuis la dormitiοn du saint (1833) jusqu’à la fin du XIXe siècle.
C’est l’édition russe de 1903 qui a servi de référence, mais les passages censurés dans les éditions de 1896 et de 1903 ont été rétablis et signalés. La pagination de l’édition russe figure en marge.
La traduction a été revue par les sœurs du monastère de Bussy, et a bénéficié aussi d’une relecture du père Boris Bobrinskoy qui a écrit la préface.
Ces Chroniques ont été composées à partir de 1891 par le futur métropolite et saint nouveau-martyr Séraphin Tchitchagov (1856-1937) à partir des archives du monastère de Divéyevo et des souvenirs des moniales dont certaines avaient personnellement connu saint Séraphin. La première édition des Chroniques en 1896 joua un rôle décisif dans la canonisation de saint Séraphin en 1903. Peu avant sa mort, soit 23 ans avant la naissance de l’auteur et 70 ans avant cette canonisation, saint Séraphin avait prophétiquement évoqué devant une moniale « cet archimandrite Séraphin qui sera l’ordonnateur de ma canonisation » ; une apparition du saint à son biographe fut une marque donnée par lui de son approbation du contenu de l’ouvrage.
Travail colossal réalisé avec une grande rigueur historique dans la recherche, la vérification et le traitement des sources, les Chroniques sont avant tout une œuvre spirituelle qui dessine le portrait le plus complet de saint Séraphin, relate directement ou indirectement ses enseignements – elles sont la source de tous les livres qui ont été écrits sur le saint –, mais présente aussi les riches figures de ses disciples (comme Mantourov ou Motovilov) et des saintes higoumènes, moniales et folles-en-Christ qui ont illustré ce monastère, qui reste aujourd’hui, avec près de 500 moniales et une vaste infrastructure (dont trois très grandes églises) voulue par le saint, l’un des hauts lieux du monachisme féminin en Russie et un lieu de pèlerinage très fréquenté (voir ici la vidéo d’une liturgie célébrée récemment au monastère par le patriarche Kirill).
On peut commander l’ouvrage à son diffuseur: Monastère de la Toute-Protection, 11 rue de la Forêt, F-89400 Bussy-en-Othe. Le prix du tome 1 est de 27 euros, celui du tome 2 de 23 euros ; les frais de port sont de 8,50 euros pour la France et de 3,50 euros pour la Belgique et la Suisse.

Jean-Claude Larchet

L’ouvrage d’Antoine Arjakovsky “En attendant le concile de l’Eglise orthodoxe” publié en ukrainien et en russe par l’Universtié catholique d’Ukraine

SoboryOBKL! .inddL’ouvrage d’Antoine Arjakovsky intitulé En attendant le concile de l’Église orthodoxe (Cerf, 2011) a été publié en ukrainien, en deux volumes (illustration: le premier) et en russe (cliquez ici pour lire le pdf de la version russe) aux Éditions de l’Université catholique d’Ukraine de Lviv. La préface de l’ouvrage, du P. Christophe Levalois (en français ici), a également été traduite dans les deux langues.

Deux candidats à l’élection de l’archevêque de l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale

Dans un communiqué publié aujourd’hui, le Conseil de l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale a dévoilé les noms des candidats à l’élection de l’archevêque prévue le 28 mars 2016 : Mgr Jean de Charioupolis et le hiéromoine Porphyrios (Plant) de la paroisse du Saint-Prophète-Élie à Exeter (Grande-Bretagne). Conformément aux Statuts et au Tomos qui régissent l’Archevêché, ces candidatures ont été soumises à l’approbation du Saint Synode du Trône œcuménique, précise le communiqué.

Les livres d’iconologie du père Stéphane Bigham téléchargeables en shareware sur Smashwords

BighamLes onze livres d’iconologie – en français et en anglais – du père Stéphane Bigham sont désormais téléchargeables en « shareware » sur Smashwords, une plateforme pour la publication de livres numériques. Le prix est à déterminer librement par chaque acquéreur.
Le père Stéphane Bigham, prêtre au Québec, enseignant à la section orthodoxe de l’Université de Sherbrooke, près de Montréal, est l’un des meilleurs iconologues orthodoxes actuels.
Les différents titres proposés en français sont :
— « L’icône dans la tradition orthodoxe »
L’auteur étudie les grands personnages de l’icône, le vocabulaire qui y est propre ; les événements historiques qui ont défini l’icône; et l’image de Dieu le Père. L’icône, son histoire, son vocabulaire, son langage pictural, sa signification et ses artistes : il s’agit finalement de la sainteté, ce brûlant feu divin qui purifie tous ceux et celles qui se laissent toucher par l’art du Dieu.
— « Épiphane de Salamine, docteur de l’iconoclasme ? Déconstruction d’un mythe »
Cinq textes iconophobes sont attribués à Épiphane évêque de Chypre, IVe s. Sont-ils authentiques ou des faux ? La légitimité de la tradition artistique chrétienne en dépend, en partie. Les iconoclastes, VIIIe s., et les protestants, XVIe s., disaient qu’il était iconophobe comme eux, qu’il rejetaient toute image. Cette étude cherche à prouver que les textes sont soit des faux soit mal interprétés.
— « Les images chrétiennes : textes historiques sur les images chrétiennes de Constantin le Grand jusqu’à la période post-iconoclaste (313-900) »
Ce livre regroupe des textes chrétiens sur les images de la période 313-900. Certains existent déjà en traduction française, mais dans des publications difficilement accessibles, alors que d’autres n’ont jamais été traduits en français. Il sera utile à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’art, à l’iconographie, à l’histoire chrétienne et à d’autres domaines reliés au thème des images.
— Les chrétiens et les images : Les attitudes envers l’art dans l’Église ancienne »
Cette étude cherche à savoir si les premiers chrétiens étaient hostiles aux images à cause du 2e commandement. Certains affirment qu’ils n’avaient pas d’images et qu’ils considéraient celles-ci comme des idoles. Ce livre s’oppose à ce point de vue et appuie la notion que la tradition chrétienne est ouverte à l’expression de la foi par les arts.
— « L’art roman et l’icône : Le dernier art occidental à caractère iconique et d’autres études »
Le Christ représenté dans les icônes et dans l’art roman expriment, selon l’auteur, un art œcuménique, c’est-à-dire une vision théologique commune peinte dans un langage artistique commun. Au tour de l’an 1000, tous les chrétiens pouvaient lire et comprendre ces images. Cette unité s’est malheureusement perdue pendant le second millénaire de l’histoire chrétienne. D’autres études suivent.
— « L’art, l’icône et la Russie : Documents russes sur l’art et l’icône du XVIe siècle au XVIIIe siècle »
Ce livre présente aux lecteurs occidentaux pour la première fois treize textes qui révèlent les controverses en Russie ancienne sur l’art de l’icône. Jusqu’à maintenant, ces documents n’étaient disponibles qu’aux spécialistes de la littérature russes, mais avec la publication de ce livre, le public francophone aura un plus grand accès à ces écrits, ainsi qu’à quelques études russes les concernant.

Vient de paraître: “Instants d’éternité” aux éditions Sainte-Geneviève

8963336-14219756Les éditions Sainte-Geneviève (éditions du Séminaire orthodoxe russe en France) viennent de publier Instants d’éternité (couverture ci-contre). Présentation: “La paroisse des Trois-Saints-Docteurs à Paris vient de publier aux éditions Sainte-Geneviève un livre-album de 160 pages – Instants d’éternité – avec des photographies de Maria-Helena Buckley accompagnées des explications de Mgr Nestor Sirotenko, évêque de Chersonèse, en russe et en français.
Ces images illustrent le quotidien de l’église des Trois-Saints-Docteurs à Paris: liturgies, baptêmes, fêtes patronales, Pâques… Cet album raconte aussi efficacement que l’aurait fait un récit littéraire ce qu’est la vie d’une paroisse orthodoxe.”  L’ouvrage peut être commandé sur cette page.

« Le patrimoine architectural de l’Église orthodoxe d’Antioche » : recherche fondamentale ou interrogations autour de l’identité ?

Cover-page-001Carol Saba a rendu compte, dans le quotidien libanais en français L’Orient-Le Jour, de la parution de l’ouvrage intitulé Le patrimoine architectural de l’Église orthodoxe d’Antioche (couverture ci-contre) rédigé sous la direction de May Davie, directrice du département « patrimoine religieux : art et architecture » à l’Institut d’histoire, d’archéologie et d’étude du Proche-Orient de l’Université de Balamand et chercheuse associée au CeTHIS de l’Université François-Rabelais de Tours.

“Repenser la géopolitique de l’orthodoxie à travers l’ecclésiologie : le cas de la diaspora orthodoxe en France” par Vassilis Pnevmatikakis

Nous vous proposons un article de Vassilis Pnevmatikakis, paru dans Cahiers d’études du religieux – recherches interdisciplinaires. En voici un résumé : Dans l’étude géopolitique de l’Église orthodoxe, centrée en général sur l’intrication entre le politique et le religieux, l’importance du facteur ecclésiologique, c’est-à-dire de l’influence qu’exerce sur le discours et l’action des acteurs ecclésiastiques la théologie sur laquelle se base l’organisation de l’Église, est très souvent négligée. Pourtant, cette influence est capable de forger des identités ecclésiales amenant les acteurs religieux à élaborer de projets géopolitiques, d’autant plus que la notion du territoire occupe une place centrale dans le raisonnement ecclésiologique. Par sa spécificité en tant qu’Église de diaspora, l’Église orthodoxe en France peut nous donner la mesure de l’importance du facteur ecclésiologique dans l’étude géopolitique dans acteurs religieux.
Pour lire l’article dans son intégralité, cliquez ICI !

Communiqué de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France suite à sa réunion périodique du 18 février

logoA la suite de sa réunion périodique du 18 février, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France a publié un communiqué. Au cours de la réunion les textes préconciliaires ont été examinés. Par ailleurs, l’AEOF estime nécessaire de régler le différend sur le Qatar avant la tenue du concile.

Parution du n°94-95 (janvier-février 2016) de la revue “Apostolia”

20160220_190147-1-e1455993516609Le n°94-95 (janvier-février 2016, couverture ci-contre) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître (précédents numéros). Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine, courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu. Sommaire de ce numéro.

Réflexions de l’archiprêtre Vsevolod Tchapline sur la rencontre du patriarche de Moscou Cyrille et du pape François

Sous le titre « Une conciliarité de couloirs », l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, ancien président du département synodal de l’Église orthodoxe russe pour les rapports entre Église et société, a critiqué sur son blog l’absence de conciliarité dans l’Église orthodoxe russe relativement à la rédaction de la récente déclaration commune du patriarche Cyrille et du pape François :

« Le métropolite Hilarion a déclaré que, dans l’Église russe, deux hommes seulement étaient au courant de la préparation et du contenu de la déclaration du patriarche et du pape. Ces deux hommes, et seulement eux, pouvaient apporter des corrections au document. « La déclaration », dit le métropolite, « a été préparée dans un cadre de stricte confidentialité. Du côté de l’Église russe, c’est moi-même qui ai participé à la préparation du texte, du côté de l’Église catholique-romaine, le cardinal Koch. Même mes plus proches collaborateurs au département des relations ecclésiastiques extérieures, qui s’occupent de la thématique catholique, et ce jusqu’aux derniers jours, ne savaient rien ni sur le texte de la déclaration, ni sur la rencontre qui se préparait. Les véritables auteurs de la déclaration sont le patriarche et le pape. C’est précisément leur vision de la situation qui se trouvait à la base du texte. Dès le début de l’automne, le patriarche a partagé avec moi les idées de base, concernant la thématique de la déclaration. Ensuite, j’ai rencontré le pape François et j’ai parlé du contenu général du document avec lui. Ensuite, le texte a été fixé par écrit, il a été ajusté, à plusieurs reprises, et par le patriarche et – par l’intermédiaire du cardinal Koch – avec le pape ». La question se pose : comment cela s’accorde-t-il avec le 34è canon des saints Apôtres, où il est dit que le premier évêque d’une région ne doit rien faire « sans l’avis de tous » ? Et comment cela s’accorde-t-il avec les statuts de l’Église orthodoxe russe, où il est affirmé que le patriarche dirige l’Église « avec le Saint-Synode » (et non pas avec un seul de ses membres) ? Entre autres, les relations du patriarche et du Synode sont déterminées par le 34ème canon susmentionné, comme il est dit dans un texte critique (cf.). avec lequel je ne suis pas d’accord, sur de nombreux points, notamment lorsqu’il affirme que notre patriarche n’aurait soi-disant pas le droit de parler avec le pape sur un pied d’égalité. Au demeurant, sur le site « Pravoslavie.ru » a été publiée une évaluation très critique du projet de document du Concile panorthodoxe sur les relations « avec le reste du monde chrétien » par le métropolite de Limassol Athanase (Église de Chypre). Merci à Mgr Tikhon [recteur du monastère Sretensky de Moscou, lequel a publié ledit article] pour ce pas courageux – la publication de ce texte. Je suis convaincu qu’il faut obtenir la discussion dans l’Église russe du projet du document sur les relations avec hétérodoxes. Il est possible et il est nécessaire de mener une discussion sous n’importe quelle forme – avec la participation des autorités ecclésiastiques ou sans elle. À ce sujet, est-ce que notre commission inter-conciliaire se réunira – ne serait-ce qu’une fois – avant le Concile panorthodoxe ?

Source

Recension: Jean-Claude Larchet, « La vie liturgique »

La vie liturgiqueJean-Claude Larchet, La vie liturgique, Éditions du Cerf, Paris, 2016, 418 pages.
Ce volume achève la série d’études que l’auteur a consacrées à la conception orthodoxe de l’Église (L’Église, corps du Christ, I, Nature et structure, Éditions du Cerf, Paris, 2012 ;  L’Église, corps du Christ, II, Les relations entre les Églises, Éditions du Cerf, Paris, 2012 ; La vie sacramentelle, Éditions du Cerf, Paris, 2014).
Après le volume dédié à la vie sacramentelle, il a pour objet un autre aspect essentiel de la vie en Église, complémentaire du précédent et pour une part étroitement associé à lui : la vie liturgique.
Le projet de ce volume est, comme celui des précédents, principalement didactique.
La vie liturgique de l’Église orthodoxe est pour l’essentiel, dans ses prières et ses rites, l’héritière des pratiques des premiers siècles. Porteuse d’une longue et ancienne tradition, elle a néanmoins connu au cours des siècles, en fonction des besoins propres à chaque époque, à chaque Église locale ou aux institutions monastiques, des évolutions, qui sont généralement allées dans le sens d’une accumulation de strates et d’une complexification, concernant en particulier l’ordon­nancement des services.
Toute personne qui assiste pour la première fois à un service liturgique orthodoxe est d’abord saisie par sa beauté, liée pour une part à celle de l’environnement, des chants, des gestes et des mouvements liturgiques (qui constituent une sorte de chorégraphie sacrée), des lumières, ainsi que des fresques et des icônes, le tout parcouru par la bonne odeur de l’encens. Elle se sent transportée dans un autre monde, auquel elle s’intègre d’une manière intuitive, avec le cœur plus qu’avec la raison, dans une approche plus contemplative qu’intellective. Les fidèles peuvent, même après une longue habitude, se contenter d’une telle approche et dire simplement, comme les Apôtres, « Seigneur il nous est bon d’être ici ensemble avec Toi » (cf. Mc 9, 5) et aller jusqu’à se sentir bien en entendant des prières dites dans une langue qu’ils ne comprennent pas. Mais comme le dit saint Paul, « si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence n’en retire aucun fruit. Que faire donc ? Je prierai avec l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence. Je dirai une hymne avec l’esprit, mais je la dirai aussi avec l’intelligence » (1 Co 14, 14-15). Saint Jean Chrysostome, de son côté, n’hésite par à dire : « Il est nécessaire de comprendre le miracle du mystère de la Liturgie : ce qu’il est, pourquoi il a été donné, et quelle est son utilité. »
Les services liturgiques ont non seulement un riche contenu hymnographique, élaboré par des saints et parfois par de très grands Pères de l’Église (comme saint Jean Damascène), mais encore une structure qu’il importe de comprendre pour bien s’engager dans leur mouvement d’ensemble, qui est le plus souvent progressif et pédagogique, et donc pour mieux participer à l’un de leurs principaux buts, qui est de former et d’élever les âmes pour les rapprocher de Dieu et les unir à Lui.
Les textes liturgiques ne sont pas isolés, mais sont chantés en symbiose avec des rites qui ont une forte charge symbolique, dans un environnement qui est lui-même chargé de symboles, qu’il s’agisse de l’architecture de l’église, ou des fresques, icônes, luminaires et parfums qui remplissent son espace.
Les services liturgiques enfin prennent place dans une structure temporelle, annuelle, hebdomadaire ou journalière qui engage les fidèles dans un temps cyclique propre à les faire évoluer spirituellement, à condition toutefois qu’il soit vécu consciemment.
Ce livre veut aider les fidèles de l’Église orthodoxe, mais aussi tous ceux qu’intéresse la richesse de ses services liturgiques – dont le contenu est pour une large part hérité d’un patrimoine antique commun à tous les chrétiens – à en mieux comprendre le cadre spatial, l’organisation temporelle globale, la structure interne, ainsi que le symbolisme complexe ou insoupçonné des prières et des rites.
Il fait voir comment, dans l’espace et dans le temps ordonné de la vie liturgique, l’existence tout entière du fidèle peut s’organiser en un chemin de progrès constant et ascendant, et aller jusqu’à transcender l’espace et le temps dans une expérience anticipée de la vie éternelle dans le Royaume des cieux dont la vie ecclésiale bien menée est la figure.
Son but est aussi de montrer comment la vie liturgique communautaire et la vie spirituelle personnelle se condition­nent et doivent se nourrir et s’enrichir mutuellement, selon un équilibre subtil mais nécessaire.

Le premier chapitre s’intéresse à l’espace liturgique et dégage la signification de la structure de l’église dans son ensemble et dans ses différentes composantes (sanctuaire, nef, narthex, iconostase…), puis des divers éléments du culte (les veilleuses et les bougies, l’encens, les postures et mouvements des fidèles, le chant…).
Le deuxième chapitre s’intéresse au temps liturgique. Il explique la structure et la signification spirituelle des différents cycles (annuel, hebdomadaire, quotidien), avant de dégager le sens spécifique de chaque office du cycle journalier. Il présente ensuite les lectures vétérotestamentaires et néotestamentaires de l’année liturgique, les livres de références pour l’ordonnan­cement des services (calendrier liturgique, typikon, rubriques), avant de donner quelques aperçus et de formuler quelques remarques sur l’histoire et l’évolution de ces services jusqu’à la pratique actuelle dans les monastères et les paroisses. Une section est enfin consacrée aux temps et aux formes de la prière privée.
Le troisième chapitre est tout entier consacré aux périodes de jeûne et d’abstinence qui occupent dans l’Église orthodoxe plus de la moitié de l’année. Il s’attache à définir leur nature et leurs formes, et propose une réflexion approfondie sur leur signification, leur finalité et leurs effets spirituels. La question est posée de savoir s’il convient de réformer la pratique actuelle, avant qu’une dernière section définisse la relation qui doit s’établir entre le cycle des carêmes et la progressivité de la vie spirituelle.
Le quatrième chapitre présente les caractéristiques générales de la Divine Liturgie, montrant en particulier en quel sens elle est une anamnèse et un sacrifice. Il montre aussi comment, de différents points de vue, son caractère communautaire s’équilibre subtilement avec la position particulière des célébrants et la spiritualité personnelle des fidèles. Une section finale souligne l’importance du symbolisme liturgique et précise la façon de l’aborder.
Les cinquième, sixième et septième chapitres sont consacrés à une analyse détaillée et à un commentaire approfondi de la Divine Liturgie. Suivant pas à pas les paroles et les rites de la Liturgie de saint Jean Chrysostome et des variantes de la Liturgie de saint Basile, et prenant aussi en compte les différences entre les célébrations ordinaires et les célébrations épiscopales ainsi que les variantes entres les différents usages (grec, russe, serbe, roumain), ils cherchent, en s’aidant des grands commentaires patristiques, à dégager le sens (souvent multiforme) des symboles (qui sont omniprésents), avec le but d’aider le lecteur à approfondir à la fois sa compréhension et sa participation.
Le huitième et dernier chapitre montre la façon dont la vie liturgique – dans son ordonnancement général et ses expres­sions particulières (notamment celles des grandes fêtes) – et la vie spirituelle personnelle se conditionnent récipro­quement et doivent s’intégrer l’un à l’autre dans un projet d’ensemble qui doit permettre, tout au long de l’existence, une croissance spirituelle continue.

(Extrait de l’introduction)

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Jovan Nikoloski