27/05/2017
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L’Assemblée des évêques orthodoxes du Royaume-Uni : « La réunion du saint et grand Concile est d’une importance majeure »

« Nous considérons qu’il est d’une importance majeure que tous les efforts soient déployés, de sorte que le saint et grand Concile se réunisse et montre au monde l’unité conciliaire de l’Église ». C’est ce que mentionne le communiqué rédigé par l’Assemblée des évêques orthodoxes de Grande-Bretagne et d’Irlande. La séance de travail de l’Assemblée a eu lieu le samedi 4 juin à Londres. L’événement a été hébergé, avec la bénédiction de S.E. Mgr Joseph, métropolite orthodoxe roumain de l’Europe occidentale et méridionale, par la paroisse orthodoxe roumaine Saint-Georges dans la capitale britannique. À l’ordre du jour de l’Assemblée figurait entre autres le saint et grand Concile. La séance de travail a été précédée par la divine liturgie. L’office a été célébré par S.E. Mgr Grégoire, archevêque de Thyatire et de Grande-Bretagne (Patriarcat œcuménique), S.E. Mgr Élisée, archevêque de Souroge (Église orthodoxe russe), S.E. Mgr Jean, archevêque de Charioupolis (Archevêché des églises russes en Europe occidentale. Patriarcat œcuménique), S.E. Mgr Athanase de Tropaios, évêque-vicaire de l’archevêché de Thyatire et de Grande-Bretagne, et S.E. Mgr Ignace de Mureş, évêque-vicaire du diocèse d’Espagne et du Portugal (Église orthodoxe roumaine). En ce qui concerne le saint et grand Concile, l’Assemblée des évêques orthodoxes en Grande-Bretagne et en Irlande a publié, sur l’initiative de S.E. Mgr Ignace, le communiqué suivant : « Nous, Assemblée des évêques orthodoxes de Grande-Bretagne et d’Irlande, réunis en la paroisse orthodoxe roumaine de Londres, conformément à nos statuts, avons appris avec profonde inquiétude les évolutions récentes qui mettent en danger la convocation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe. Concélébrant aujourd’hui dans l’esprit de l’unité et de l’amour, nous considérons d’importance majeure que tous les efforts soient déployés, de sorte que le saint et grand Concile se réunisse et montre au monde l’unité conciliaire de l’Église. Dans une période d’incertitude, les chrétiens orthodoxes considèrent le saint et grand Concile comme une affirmation vitale d’espoir. Aussi, nous appelons tout le clergé et le peuple orthodoxe de nos diocèses à élever des prières ferventes pour que soient surpassés tous les obstacles et que l’Esprit Saint œuvre de façon que nos Églises-mères se rencontrent dans l’unité du Christ ».

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Communiqué de l’Église orthodoxe de Géorgie sur le saint et grand Concile, avec la liste de ses participants

Synode_GeorgieLe 25 mai 2016, a eu lieu au Patriarcat de Géorgie la séance ordinaire du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie, sous la présidence du Catholicos-patriarche de toute la Géorgie, Sa Saintété et Béatitude Élie II. Le métropolite Shio (Mujiri) de Senaki et Chkhorotsku a été nommé secrétaire de la session. Le Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie II a prononcé le discours d’ouverture, saluant les membres du Saint-Synode et félicitant le peuple géorgien à l’occasion de la fête de l’Indépendance (…). Le Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie a voué une attention particulière à l’importance du Saint et Grand Concile orthodoxe en préparation pour le 16 juin de cette année, et a remercié les clercs et laïcs qui ont participé aux sessions des Conférences préparatoires préconciliaires. Ensuite, Sa Saintété et Béatitude le Catholicos-Patriarche Élie II a donné la parole aux évêques membres du Saint-Synode, afin qu’ils expriment leurs opinions au sujet des documents qui seront discutés lors du futur Concile. Le représentant de l’Église orthodoxe de Géorgie au Secrétariat du Saint et Grand Concile, le métropolite André (Gvazava) de Gori et Ateni a fait une courte revue des documents du Concile panorthodoxe. Le métropolite Théodore (Tchuadzé) d’Alkhaltsikhe et Tao-Klarjeti a parlé au sujet des documents « Le sacrement du mariage et ses empêchements » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ».

Le Saint-Synode a décidé que deux points du document « Le sacrement du mariage et ses empêchements » devaient être modifiés. Il s’agit notamment, dans la première partie, du point 10 et, dans la deuxième partie intitulée « empêchements au mariage » du point 5 alinéa I.

1) Le point 10 en question dispose : « L’Église n’accepte pas pour ses membres les contrats de cohabitation de même sexe, ni d’ailleurs toute forme de cohabitation différente du mariage. L’Église doit déployer tous ses efforts pastoraux possibles pour que ses membres qui s’engagent dans de telles formes de cohabitation puissent comprendre le véritable sens de la pénitence et de l’amour béni par l’Église ».
Ce point doit être modifié de la façon suivante : « L’Église n’accepte pas l’union sexuelle entre des personnes de même sexe, ainsi que toute autre forme de cohabitation distincte du mariage chrétien et condamne ce péché. L’Église est préoccupée du destin éternel des âmes immortelles des gens qui vivent dans ce péché et déploie tous ses efforts pastoraux afin qu’ils prennent conscience de l’extrême gravité de celui-ci et s’en éloignent au moyen de la véritable pénitence ».

2) Dans la deuxième partie, sous le point 5, alinéa I du document « Le sacrement du mariage et ses empêchements », il est dit : « Le mariage entre orthodoxes et non-orthodoxes ne peut être béni selon l’acribie canonique (canon 72 du Concile Quinisexte in Trullo). Toutefois, il peut être célébré par condescendance et amour de l’homme à la condition que les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Eglise Orthodoxe ».
Or il est connu de tous qu’aucun Concile ne peut s’opposer, annuler ou changer quelque canon que ce soit d’un Concile reconnu comme œcuménique.

Dans le document « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », doivent être portées les modifications suivantes :

1) Dans le sous-titre, rédigé comme suit : « La contribution de l’Église orthodoxe à la réalisation de la paix, de la justice, de la liberté, de la fraternité et de l’amour entre les peuples et à la suppression des discriminations raciales et autres », doit être enlevée la phrase « et autres », car elle peut être commentée de différentes façons.

2) Le troisième point du chapitre « A » (« La dignité de la personnalité humaine ») du même document, dispose : « La reconnaissance commune de la valeur éminente de la personne humaine peut servir de présupposé à une collaboration plus large en ce domaine [i.e. la paix, ndt]. Les Églises orthodoxes sont appelées à contribuer à la concertation et à la collaboration interreligieuses et, par ce biais, à la suppression du fanatisme de toutes parts; par-là elles œuvreront en faveur de la réconciliation des peuples et du triomphe des biens que constituent la liberté et la paix dans le monde, au service de l’homme, indépendamment des races et des religions. Il va de soi que cette collaboration exclut tout syncrétisme ainsi que toute tentative d’une religion de s’imposer aux autres ».
Selon la décision du Saint-Synode, le texte mentionné doit être exposé dans la rédaction suivante : « La reconnaissance commune de la valeur éminente de la personne humaine peut servir de présupposé à une collaboration plus large dans le domaine de la paix. Les Églises orthodoxes sont appelées à contribuer à la concertation et à la collaboration interreligieuses et, par ce biais, à la suppression de toute manifestation de fanatisme. Par-là, elles œuvreront en faveur de l’affermissement de l’amitié parmi les peuples et du triomphe des biens que constituent la liberté et la paix dans le monde, pour le bien de tout homme, dans le but de sa purification spirituelle, de sa déification et de l’obtention de la vie éternelle, indépendamment des races et des religions. Il va de soi que cette collaboration exclut tout syncrétisme ainsi que toute tentative d’une religion de s’imposer aux autres, ce qui, naturellement, ne signifie pas la renonciation de la Sainte Église à l’activité missionnaire ».

3) Dans le premier point du chapitre « C » (« De la paix et de la justice ») doit être conservé le texte suivant : «L’Église orthodoxe reconnaît et souligne depuis des temps immémoriaux la place centrale de la paix et de la justice dans la vie humaine. La révélation même en Christ est caractérisée comme évangile de paix (Ep 6,15), car le Christ en instaurant la paix par le sang de sa Croix (Col 1,20), est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin, paix pour ceux qui étaient proches (Ep 2,17). Il est devenu notre paix (Ep 2,14). Cette paix qui surpasse toute intelligence (Ph 4,7), est, comme le Christ lui-même l’a dit à ses apôtres avant sa Passion, plus large et plus essentielle que celle promise par le monde: Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne (Jn 14,27).
Cependant, la seconde partie du même point, qui dispose : « Car la paix du Christ est le fruit mûr de la récapitulation de toutes choses en Lui; de la valeur et de la grandeur de la personne humaine, en tant qu’image de Dieu; de la manifestation de l’unité organique du genre humain et du monde en Christ; de l’universalité des idéaux de la paix, de la liberté et de la justice sociale; et enfin de la fécondité de l’amour chrétien entre les hommes et les peuples », doit être enlevée.
Toutefois, la dernière partie de ce paragraphe du texte doit être conservée : « La véritable paix est le fruit du triomphe sur terre de tous ces idéaux chrétiens. C’est la paix qui vient d’en haut que l’Église orthodoxe appelle toujours de ses vœux dans ses prières quotidiennes, en la demandant à Dieu qui peut tout et qui exauce les prières de ceux qui viennent à Lui avec foi ».
Ainsi, le premier point du chapitre II disposera : «L’Église orthodoxe reconnaît et souligne depuis des temps immémoriaux la place centrale de la paix et de la justice dans la vie humaine. La révélation même en Christ est caractérisée comme évangile de paix (Ep 6,15), car le Christ en instaurant la paix par le sang de sa Croix (Col 1,20), est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin, paix pour ceux qui étaient proches (Ep 2,17). Il est devenu notre paix (Ep 2,14). Cette paix qui surpasse toute intelligence (Ph 4,7), est, comme le Christ lui-même l’a dit à ses apôtres avant sa Passion, plus large et plus essentielle que celle promise par le monde: Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne (Jn 14,27). La véritable paix est le fruit du triomphe sur terre de tous ces idéaux chrétiens. C’est la paix qui vient d’en haut que l’Église orthodoxe appelle toujours de ses vœux dans ses prières quotidiennes, en la demandant à Dieu qui peut tout et qui exauce les prières de ceux qui viennent à Lui avec foi.

Pour ce qui concerne le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », le métropolite Stéphane (Kalaidjishvili) de Tsageri et Lentekhi a fait son rapport. Les remarques du professeur de dogmatique et de patrologie de l’Académie ecclésiastique et du séminaire de Tbilissi Edisher Chelidzé ont été lues. Elles ont a appelé des divergences d’opinion. Le métropolite Ananie (Japaridze) de Manglisi, le métropolite Grégoire (Berbichashvili) de Poti et Khobi, le métropolite Nicolas (Pachuashvili) de Akhalkalaki et Kumurdo, le métropolite Pierre (Tsaava) de Chkondidi; le métropolite Jean (Gamrekeli) de Rustavi, et le métropolite Jacques (Iakobishvili) de Bodbe ont exprimé leurs positions. Il a été mentionné que le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » a été inacceptable dès le début pour les représentants de l’Église orthodoxe de Géorgie, par lesquels il a été signé parce que l’éclaircissement suivant avait été porté dans le texte : « Les Églises orthodoxes de Géorgie et de Bulgarie se sont retirées du Conseil Œcuménique des Églises, la première en 1997 et la seconde en 1998, car elles avaient un avis différent quant à l’œuvre du Conseil Œcuménique des Églises et, de ce fait, elles ne participent pas aux activités interchrétiennes menées par le Conseil Œcuménique des Églises et d’autres organismes interchrétiens ». Le Saint-Synode a décidé que le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » contient des erreurs ecclésiologiques et terminologiques et doit faire l’objet d’un sérieux remaniement.
Si ces modifications ne sont pas prises en compte et incluses dans le texte du document, l’Église géorgienne considèrera qu’il est pour elle impossible de le signer. À l’initiative du métropolite Grégoire (Berbichashvili) de Poti et Khobi, le Saint-Synode a décidé de créer une commission théologique, qui sur toute une série de questions théologiques, présentera ses propositions à l’examen du Saint-Synode. Celui-ci a également écouté le rapport du métropolite Sabbas (Gigiberia) de Khoni et Samtredia sur les questions organisationnelles.

Pour chaque question susmentionnée sera publiée prochainement une information plus détaillée.

Le Saint-Synode a constitué la délégation de l’Église orthodoxe de Géorgie au Grand et Saint Concile comme suit :

Le Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Élie II;
Le métropolite Kalistrate (Margalitashvili de Kutaisi et Gaenti;
Le métropolite Daniel (Datuashvili) de Sachkhere et Chiatura;
Le métropolite Anania (Japaridzé) de Manglisi;
Le métropolite Georges (Shalamberidzé) de Tkibuli et Terjola;
L’Abba métropolite David (Makharadzé) de Alaverdi;
Le métropolite Serge (Chekurishvili) de Nekresi;
Le métropolite Joseph (Kikvidzé) de Shemokmedi;
Le métropolite Nicolas (Pachuashvili) de Akhalkalaki et Kumurdo, et d’Amérique du Sud;
Le métropolite Théodore (Chuadze) de Akhaltsikhe et Tao-Klarjeti;
Le métropolite Sabbas (Gigiberia) de Khoni et Samtredia;
Le métropolite Gérasime (Sharashenidzé) de Zugdidi et Tsaishi;
Le métropolite André (Gvazava) de Gori et Ateni;
Le métropolite Stéphane (Kalaijishvili) de Tsageri et Lentekhi;
Le métropolite Shio (Mujiri) de Senaki et Chkhorotsku et d’Australie ;
Le métropolite Jean (Gamrekeli) de Rustavi;
L’archevêque Spiridon (Abuladzé) de Skhalta;
L’archevêque Luc (Lomidzé) de Sagarejo et Ninotsminda;
L’évêque Michel (Gabrichidzé) de Tianeti et Pshav-Khevsureti;
L’évêque Dimitri (Kapanadze) de Khornabuji et Hereti;
L’évêque Damian (Khupenia) de Samtavisi et Kaspi;
L’évêque Grégoire (Katsia) de Tsalka;
L’évêque Dosithée (Bogveradzé) de Belgique et Hollande;
L’évêque Sabbas (Intskirveli) d’Amérique du Nord;
L’évêque Vakhtang (Liparteliani) de Nikortsminda;
Le protopresbytre Georges Zviadadze;
L’archimandrite David Chincharauli;
L’archiprêtre David Sharashenidzé;
L’archiprêtre Kakhaber Gogotishvili;
Le hiéromoine Michel Bregvadzé;
Le moine Anthime (Javakhishvili).

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Communiqué du Saint-Synode permanent de l’Église orthodoxe de Grèce à ses clercs, moines et fidèles, au sujet du Concile panorthodoxe

« Chers Pères et frères,
Le Christ est ressuscité !
Vous savez sûrement que ce mois, à savoir du 17 au 26 juin, le saint et grand Concile des Églises locales orthodoxes, après une préparation qui a duré de nombreuses années, se réunira en Crète pour délibérer dans le Saint Esprit et manifester l’unité de l’Église orthodoxe, à une époque où la société locale et mondiale est pleine de contradictions et d’antagonismes. Le Saint-Synode permanent de l’Église, qui a reçu les pleins pouvoirs de la hiérarchie de l’Église de Grèce, souhaite vous informer de façon responsable au sujet de cet événement significatif. Par principe, l’organisation ecclésiale est conciliaire et hiérarchique. L’élément conciliaire exprime l’existence de nombreuses personnes rassemblées au nom du Christ, et l’élément hiérarchique manifeste qu’il y a une hiérarchisation parmi eux, en fonction des charismes dont disposent celles-ci. À tous les niveaux (Saint-Synode, diocèses métropolitains, paroisses, monastères) fonctionnent les organisations conciliaire et hiérarchique et c’est ainsi qu’est exprimée la vérité de la foi. Cela apparaît de façon prononcée dans la divine eucharistie, qui exprime le mode de fonctionnement de la structure conciliaire, dans laquelle existent l’évêque, comme président de la synaxe eucharistique et docteur de la vérité, les clercs, les moines et les laïcs avec leurs charismes particuliers. C’est ainsi que fonctionnent aussi les conciles des Églises locales et les conciles panorthodoxes. De cette façon est glorifié le Dieu trinitaire. Durant de nombreuses années les Églises orthodoxes locales ont constaté qu’il était nécessaire que fût convoqué le saint et grand Concile pour régler différents problèmes ecclésiastiques persistants qui préoccupent les Églises locales. L’Église orthodoxe délibère toujours conciliairement pour régler les différents problèmes dogmatiques, ecclésiastiques, canoniques et pastoraux. Durant le premier millénaire du christianisme, des conciles œcuméniques et locaux ont été convoqués. Durant le deuxième millénaire également, des grands conciles ont été convoqués, revêtant un caractère universel et panorthodoxe, les plus importants étant ceux qui furent tenus sous saint Grégoire Palamas ainsi que les conciles des patriarches orientaux qui eurent lieu par la suite. En réalité, « l’Église est considérée comme un concile continu », c’est au demeurant ce que signifie le mot Église. C’est dans ce cheminement pérenne de la conciliarité sans interruption que se situe le le saint et grand Concile des Églises orthodoxes. Les quatorze Églises orthodoxes locales, après les sessions de nombreuses commissions conciliaires préparatoires, ont choisi à l’unanimité d’aborder, au saint et grand Concile, six thèmes, à savoir : 1) « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », 2) « La diaspora orthodoxe », 3) « L’autonomie et la méthode de sa proclamation », 4) « Le sacrement du mariage et ses empêchements », 5) « L’importance du jeûne et son observation aujourd’hui », 6) « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Les commissions de toutes les Églises ont préparé les textes, lesquels ont été signés par les primats des Églises orthodoxes et, sous leur forme finale, ont été soumis aux hiérarchies des Églises orthodoxes locales avec la possibilité de proposer des corrections et des ajouts, comme l’impose la structure conciliaire de l’Église. C’est dans ce but qu’a été convoquée récemment la hiérarchie de l’Église de Grèce, les 24 et 25 mai, afin de débattre au sujet de la décision et de la proposition du Saint-Synode permanent, qui faisaient suite aux suggestions envoyées par les hiérarques, sur l’initiative de S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme. La hiérarchie de l’Église de Grèce, dans sa fidélité absolue à l’enseignement des prophètes, des apôtres et des Pères, et avec respect pour le fonctionnement conciliaire de l’Église orthodoxe, a étudié de façon exhaustive les propositions du Synode permanent, l’une après l’autre, et dans un esprit de consensus, de responsabilité et de sérieux, dans l’unanimité sur la plupart des points et avec une majorité absolue sur d’autres. Elle a procédé aux corrections des textes présentés et, où il le fallait, a fait également des ajouts, afin que ceux-ci constituent les décisions finales de notre Église relativement à ces textes. Ces corrections et ces ajouts, qui sont essentiels et sont conformes à l’expérience et la tradition pérennes de l’Église, seront soumis au secrétariat panorthodoxe du saint et grand Concile en Crète et seront soutenus par S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, afin que soient améliorés les textes déjà élaborés par les primats des Églises orthodoxes. Ainsi sera donné au monde contemporain un bon témoignage ecclésial de la foi et de l’unité, conforme à toute la tradition de l’Église. Assurément, il est connu que la hiérarchie de l’Église de Grèce a discuté ces sujets avec responsabilité, calme et en connaissance de cause. Ce qui importe, cependant, est que celle-ci ait gardé son unité. Les points de vue de nombreux hiérarques ont été entendus et les décisions étaient presque unanimes. Étant donné que de l’inquiétude s’était manifestée au préalable, en grande partie justifiée, chez beaucoup de membres du clergé, chez les moines et les laïcs, au sujet des textes que discutera le saint et grand Concile, nous recommandons à tous de s’apaiser, car nous les premiers, hiérarques, avons prononcé la confession de foi lors de notre sacre épiscopal, qui nous enjoint de préserver l’héritage apostolique et patristique que nous avons reçu, et nous veillons sur notre troupeau, pour la gloire de Dieu et de l’Église. Comme on le sait, le saint et grand Concile accomplira ses travaux à partir du jour de la Pentecôte et jusqu’au dimanche de Tous les saints. Cela signifie que les hiérarques et les autres clercs et laïcs qui représenteront l’Église de Grèce à ce concile, comme le feront aussi les autres Églises, s’efforceront d’exprimer l’expérience et la foi du mystère de la Pentecôte et la confession de nos saints, lesquels sont la continuation de la Pentecôte dans l’histoire. Aussi, nous prions le plérôme de notre sainte Église, qui porte le nom du Christ, à prier pour tous, particulièrement pour les évêques, clercs, moines et laïcs qui seront présents au saint et grand Concile, afin qu’ils donnent le bon témoignage de notre foi orthodoxe, et que ce concile avec ses décisions s’avère être un jalon spirituel dans notre vie ecclésiale ».
(Suivent les signatures de l’archevêque d’Athènes Jérôme et de tous les membres du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Grèce).

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Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe demande au patriarche Bartholomée de convoquer une réunion préconcilaire panorthodoxe extraordinaire

2P20160603-VSN_4620-1200Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe demande au patriarche Bartholomée de convoquer une réunion préconcilaire panorthodoxe extraordinaire avant le 10 juin afin d’examiner la faisabilité du Concile panorthodoxe dans les délais prévus.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris, au cours de sa session du 3 juin (photographie ci-contre, ndlr), la décision suivante au sujet de la tenue du Concile panorthodoxe :

« Lors de sa session du 3 juin 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a examiné les problèmes importants qui ont surgi au cours de la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe prévu du 18 au 26 juin 2016, notamment le refus de l’Église orthodoxe de Bulgarie de participer au Concile, si ses dates ne sont pas reportées, ainsi que les sérieuses critiques concernant la préparation du Concile et les projets de documents conciliaires, tant dans l’Église orthodoxe russe que dans nombre d’autres Églises orthodoxes locales.

Rappel : Lors de la réunion des primats des Églises orthodoxes locales au Patriarcat de Constantinople du 6 au 9 mars 2014 a été adoptée une décision selon laquelle « le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe sera convoqué par le patriarche œcuménique à Constantinople en 2016, si des circonstances imprévisibles ne l’empêchent pas ». En outre, il a été arrêté que « toutes les décisions, tant lors du déroulement du Concile que lors des étapes préparatoires seraient prises sur la base du consensus ». La réunion des primats des Églises orthodoxes locales, qui s’est tenue du 21 au 28 janvier 2016 au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy, a pris la décision selon laquelle « le saint et grand Concile aura lieu du 18 au 27 janvier 2016 à l’Académie orthodoxe de Crète ». Il fut également décidé de créer un secrétariat panorthodoxe et un comité d’organisation du saint et grand Concile. Les primats des Églises locales ont été d’accord avec la proposition de l’Église orthodoxe russe de publier les projets de documents conciliaires préparés par les conférences et les réunions panorthodoxes préconciliaires, dans le but de leur large discussion. S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée a adressé, le Dimanche du Triomphe de l’orthodoxie, un appel aux fidèles « à exprimer leurs points de vue et leur attente quant au saint et grand Concile ». Manifestant sa pleine disposition à collaborer activement à la préparation du Concile, l’Église orthodoxe russe, a nommé sans tarder ses représentants au secrétariat panorthodoxe et au comité d’organisation du Concile (lettre de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée, sous le N°01/818 du 26 février 2016), mais le représentant de l’Église orthodoxe russe, malgré les rappels, n’a été invité à participer qu’à partir du 7 juin audit Comité (lettre de S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée à S.S. le patriarche de Moscou Cyrille du 31 mai 2016). En avril 2016, la composition de la délégation de l’Église orthodoxe russe au Concile panorthodoxe a été définie (protocole N°34), ce dont S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée a été informé par une lettre de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille.

Simultanément, pour ce qui concerne les projets de documents conciliaires, des remarques critiques ont commencé à être exprimées peu après leur publication, de la part de l’épiscopat, du clergé et des laïcs de l’Église russe. Au Patriarcat de Moscou, au département des relations ecclésiastiques extérieures et aux autres institutions synodales sont parvenues en grand nombre des lettres de fidèles orthodoxes faisant état de critiques des textes conciliaires et du processus même de préparation du Concile. En réponse au trouble parmi les fidèles, le département des affaires ecclésiastiques extérieures a procédé aux éclaircissements et aux commentaires nécessaires en publiant une déclaration appropriée. Dans le but d’une discussion plus large des projets de documents du Concile, s’est tenue le 19 avril à Moscou, à l’Université orthodoxe Saint-Tikhon, avec la bénédiction de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille, une conférence sur le thème « Le Concile panorthodoxe : points de vue et attentes ». À l’issue de la conférence ont été préparés et transmis pour examen à la Hiérarchie, des corrections aux documents « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ».

Malgré le délai toujours plus proche de la convocation du Concile, il reste une multitude de problèmes non réglés qui mettent en question la possibilité de parvenir à un consensus panorthodoxe lors du Concile. Le règlement du Concile, préparé lors de la réunion des primats des Églises orthodoxes qui a eu lieu du 21 au 28 janvier de cette année à Chambésy, n’a pas été signé par la délégation du Patriarche d’Antioche. Le projet de document « Le sacrement du mariage et ses empêchements » n’a pas été signé par les délégations des Patriarches d’Antioche et de Géorgie. La suggestion de S.S. le patriarche Cyrille de procéder à une harmonisation panorthodoxe de ces questions dans le cadre des travaux du secrétariat panorthodoxe «suivi par l’examen des propositions élaborées lors de la réunion des primats des Églises orthodoxes locales » (lettre de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée N°01/818 du 26 février 2016), n’a reçu aucun soutien du Patriarcat de Constantinople. Le Secrétariat, pour la période écoulée, ne s’est réuni que deux fois et s’est occupé principalement de questions techniques. La proposition du représentant de l’Église orthodoxe russe de discuter de l’harmonisation des documents dans le cadre du secrétariat panorthodoxe a été déclinée.

Les différends entre les patriarcats d’Antioche et de Jérusalem concernant la juridiction ecclésiastique sur le Qatar restent non résolus, et avec eux l’absence de communion eucharistique entre eux, ce qui constitue un obstacle de taille à la participation de l’Église d’Antioche au Concile.

Au cours de la dernière semaine, plusieurs Églises locales orthodoxes ont fait des déclarations officielles, qui mettent en question la possibilité de procéder au saint et grand Concile de l’Église orthodoxe dans les délais indiqués ou celle de parvenir à un consensus au sujet des thèmes fondamentaux de l’ordre du jour du Concile.

Le 25 mai 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie a décidé que, dans les documents du Concile « Le sacrement du mariage et ses empêchements » et «La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », des corrections importantes doivent être apportées, tandis que le document « Relation de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » « doit faire l’objet d’une refonte majeure ». Il est mentionné que si les modifications proposées « ne sont pas prises en compte et introduites dans le texte du document, l’Église de Géorgie considère impossible de le signer ».  

Le concile des évêques de l’Église orthodoxe serbe qui s’est terminé le 25 mai 2016 a adopté un document consacré à la préparation du Concile panorthodoxe, lequel « exprime sa position de principe relative à toutes les questions essentielles qui seront débattues et décidées lors du grand Concile ». Dans ledit document, communiqué pour information aux primats et aux synodes des Églises orthodoxes locales est posée la question : « Le prochain Concile correspond-il au critère et à la mesure des véritables conciles connus de l’histoire de l’Église orthodoxe… Le Concile exprime-t-il l’unité de l’Église du Christ dans l’Esprit-Saint à la gloire de Dieu le Père ? » Les évêques de l’Église orthodoxe serbe mentionnent les insuffisances du projet du Règlement du Concile, posent des question quant au rôle et au statut des évêques lors du Concile, sur la limitation injustifiée du nombre des participants au Concile ; ils considèrent indispensable d’examiner lors du Concile la question de l’autocéphalie et son mode de proclamation (ce sur quoi l’Église russe a également insisté, avec d’autres Églises) ; ils expriment l’opinion que les projets de documents conciliaires « nécessitent des modifications et des précisions afin de correspondre aux exigences de la vie et de la mission de l’Église », mentionnant particulièrement cette nécessité relativement aux documents « Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » ; d’autres remarques sont également exprimées.

Le 25 mai 2016 s’est achevée la session du concile des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, avec pour but, comme cela est communiqué dans sa lettre-encyclique, « de discuter au sujet de la décision et de la proposition du Saint-Synode permanent, après les propositions envoyées par les hiérarques, sur l’initiative de S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme. La hiérarchie de l’Église de Grèce, dans sa fidélité absolue à l’enseignement des prophètes, des apôtres et des Pères, et avec respect envers le fonctionnement conciliaire de l’Église orthodoxe, a étudié de façon exhaustive les propositions du Synode permanent, l’une après l’autre, et dans un esprit de consensus, de responsabilité et de sérieux, avec unanimité sur la plupart des points et une majorité absolue sur d’autres, a procédé aux corrections des textes présentés et, où il le fallait, a fait également des ajouts, afin que ceux-ci soient les décisions finales de notre Église relativement à ces textes. Les corrections et les ajouts qui sont essentiels et qui sont en accord avec l’expérience et la tradition pérennes de l’Église… Les points de vue de nombreux hiérarques ont été entendus et les décisions étaient presque unanimes ». Le texte relève « l’inquiétude qui s’était manifestée au préalable, en grande partie justifiée, chez beaucoup de membres du clergé, chez les moines et les laïcs, au sujet des textes que discutera le saint et grand Concile ».

Le même jour, la Sainte Communauté de la Sainte Montagne de l’Athos, sur la base de la réunion extraordinaire de la synaxe double réunissant les représentants et les higoumènes des vingt monastères de la Sainte Montagne de l’Athos a adressé à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée et aux primats des Églises locales orthodoxes un message, dans lequel il est mentionné que «certains points des textes préconciliaires nécessitent une clarification, afin que soient exprimés plus clairement la tradition pérenne des Saints Pères et le viatique conciliaire de l’Église. Nous soumettons humblement notre point de vue et nos suggestions concernant ces points ». Les points en question touchent les projets de document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Présentant ces «suggestions, qui ont été le fruit… de réflexions et de prières », les moines du Mont Athos soulignent que la correction des textes préconciliaires est nécessaire, afin que le saint et grand Concile réussisse à « éviter les schismes et les divisions ». 

Le 27 mai 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Antioche a procédé à une déclaration, dans laquelle il est mentionné que les membres du Synode ont « discuté tous les détails et documents du grand Concile orthodoxe », et sont « parvenus à un accord sur une formulation commune de l’attitude de l’Église d’Antioche envers les thèmes portés à l’ordre du jour » et ont « décidé d’adopter toutes les corrections proposées » par une commission désignée précédemment dans ce but, et se sont encore une fois exprimés sur la nécessité « de trouver une solution ecclésiale définitive du conflit avec le Patriarcat de Jérusalem ».

Le 31 mai 2016, le Saint-Synode du Patriarcat de Constantinople a proposé, en vue de l’étude du problème des relations entre les Patriarcats d’Antioche et de Jérusalem et de la recherche d’une solution acceptable par les deux parties, de constituer « immédiatement après le saint et grand Concile », « une commission bilatérale formée de représentants des deux Églises concernées, sous la responsabilité coordinatrice du Patriarcat œcuménique ».

À ce sujet, le secrétariat du Saint Synode du Patriarcat d’Antioche, en date du 1er juin 2016, a déclaré que le Patriarcat d’Antioche avait pris connaissance de ladite proposition  « avec chagrin et stupeur » et reconnu que « les efforts fournis depuis plus de trois ans » depuis le début du conflit, n’ont abouti à rien… Cet état des choses est d’autant plus affligeant que ces efforts, accentués en concomitance avec le processus de convocation du saint et grand Concile, avaient aussi pour but d’arriver avant le début du concile à une solution ecclésiale définitive de cette violation, afin qu’il puisse mieux témoigner de l’unité orthodoxe, cette unité qui trouve sa plus haute expression dans la divine liturgie qui va inaugurer ses travaux, le jour même de la Pentecôte. Car une telle inauguration, avec la participation de toutes les Eglises autocéphales, en ce jour, est la meilleure façon d’aborder les problèmes de l’Eglise orthodoxe dans sa catholicité, et d’exprimer l’unanimité orthodoxe les concernant ».

Le 1er juin 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare, lors de sa session au complet « a procédé à une discussion approfondie concernant les questions liées à la convocation du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe qui se tiendra du 16 au 26 juin 2016 sur l’île de Crète ». Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare a attiré l’attention sur :

1) l’absence de l’ordre du jour du Concile panorthodoxe de thèmes particulièrement importants pour la sainte orthodoxie, revêtant une importance actuelle et nécessitant une décision commune panorthodoxe en temps opportun

2) les désaccords qui ont surgi et qui ont été déclarés officiellement par des Églises orthodoxes locales concernant des textes conciliaires déjà approuvés.

3) l’impossibilité, selon le règlement déjà adopté du déroulement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, de rédiger des textes au cours des travaux du Concile

4) la place occupée dans la salle par les primats des Églises orthodoxes locales qui, telle qu’elle est proposée et prévue, transgresse le principe d’égalité des primats des Églises orthodoxes autocéphales

5)  l’emplacement des observateurs et hôtes du Concile, qui ne convient pas

6) la nécessité de procéder à des dépenses importantes et injustifiées en cas de participation de l’Église orthodoxe de Bulgarie au Concile

Le Saint-Synode a décidé à l’unanimité, après avoir voté :

  1. D’insister afin que le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe du 16 au 26 juin de cette année soit reporté afin que la préparation à celui-ci soit prolongée
    2. Dans le cas contraire, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare déclare sa décision catégorique de ne pas participer aux travaux du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe planifiés pour le 16-26 juin de cette année. »

Le 2 juin 2016, S.S. le patriarche de Bulgarie Néophyte, par une lettre, a communiqué cette décision aux primats des Églises orthodoxes locales.

Il a été décidé:

  1. D’approuver les efforts entrepris par le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille et par les représentants du Patriarcat de Moscou, en vue de la participation à la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, durant la période qui a suivi le concile des évêques de l’Église orthodoxe russe qui s’est tenu les 2 et 3 février 2016.
  2. De confirmer les propositions de l’Église orthodoxe russe concernant la correction des projets de documents du Concile panorthodoxe « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », formulées sur la base des opinions exprimées par les évêques, clercs, moines et laïcs.
  3. De mentionner que, sur la base des discussions des projets de documents du Concile panorthodoxe par les Églises orthodoxes de Géorgie, de Serbie, de Bulgarie et de Grèce, ainsi que par la Sainte Communauté du Mont Athos, les corrections essentielles présentées, sont en grande partie en accord avec les propositions de l’Église orthodoxe russe. Elles demandent un examen approfondi dans le but de parvenir à un consensus panorthodoxe.
  4. Prenant en compte que les décisions du Concile panorthodoxe ne peuvent être adoptées que sur la base du consensus (Décision de la synaxe des primats des Églises orthodoxes locales qui s’est tenue du 6 au 9 mars 2014, point 2a), c’est-à-dire par une manifestation de volonté unanime de toutes les Églises orthodoxes autocéphales communément reconnues, mentionner que la non-participation au Concile de ne serait-ce qu’une seule d’entre elles constitue un obstacle insurmontable à l’accomplissement du saint et grand Concile.
  5. De constater que la décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare du 1er juin 2016, ainsi que l’incertitude persistante concernant la possibilité de la participation du patriarche d’Antioche au saint et grand Concile, de même que l’absence de consensus préalable sur le projet de règlement du Concile ainsi que sur le document « Le sacrement du mariage et ses empêchements », dénotent que, à l’heure actuelle, alors qu’il reste deux semaines jusqu’à la date fixée pour l’ouverture du Concile, il existe de sérieux problèmes nécessitant des actions orthodoxes communes sans tarder.
  6. Considérer que l’issue de cette situation exceptionnelle pourrait être la tenue d’une conférence préconciliaire panorthodoxe extraordinaire pour examiner la situation telle qu’elle a évolué et examiner les corrections proposées par les Églises orthodoxes locales, dans le but de l’élaboration des propositions unanimes.
  7. Reconnaître que la convocation d’une telle conférence, prenant en considération l’étendue du travail et l’importance des questions soulevées, nécessite qu’elle soit réalisée sans tarder, pas plus tard que 10 juin de cette année, afin que, sur la base de la décision qui sera prise en conclusion, les Églises orthodoxes puissent porter un jugement sur la possibilité de tenir le Concile panorthodoxe dans les délais fixés.
  8. Demander au patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille de s’adresser avec la proposition correspondante à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée.
  9. Envoyer sans tarder les propositions susmentionnées de l’Église orthodoxe russe aux primats des Églises orthodoxes locales.

Traduit du russe pour Orthodoxie.com.

Sources :  Patriarcat de Moscou, photographies, vidéo.

 

 

 

 

 

 

Vient de paraître: « La royauté et le sacré »

004091264Les éditions du Cerf viennent de publier un nouvel ouvrage du P. Christophe Levalois intitulé La royauté et le sacré dans la collection de poche LeXio (128 pages, 10 euros). Présentation de l’éditeur : « Qu’est-ce qu’un roi ? Au nom de quoi règne-t-il ? Quelles relations entretient-il avec ces autres pouvoirs que sont le clergé, l’armée, le peuple ? Et, surtout, peut-on édifier une théorie de la royauté par-delà la diversité des temps et des lieux ?
S’appuyant sur les fondements et les légendes, les récits et les rites de la monarchie, mais aussi sur les faits de l’histoire, Christophe Levalois répond à ces questions avec simplicité, pédagogie et érudition. Puisant à travers les âges et les continents, il met en évidence la permanence et l’universalité de la fonction royale, les différentes façons de l’exercer, mais aussi les conflits politiques et les débats religieux, philosophiques ou juridiques qui ont pu en résulter.
Un livre fort, interpellant, enrichissant, qui montre comment les questions de la tradition et de la filiation, de l’autorité et de la légitimité, liées à la figure du Prince, demeurent d’une surprenante actualité.« 

L’ouvrage est aussi disponible au format numérique (4,99 euros) kindle et epub.

L’Église orthodoxe de Bulgarie demande le report du Concile panorthodoxe

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris, en date du 1er juin, la décision suivante concernant sa participation au Concile panorthodoxe, publiée sur le site officiel de l’Église orthodoxe de Bulgarie :

« Lors de sa session de ce jour, faisant l’objet du protocole № 12 du 1.06.2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe du Patriarcat de Bulgarie, siégeant au complet, a procédé à une discussion approfondie concernant les questions liées à la convocation du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe qui se tiendra du 16 au 26 juin 2016 sur l’île de Crète.

Au vu des considérations et motifs suivants :

1) De l’absence de l’ordre du jour du Concile panorthodoxe de thèmes particulièrement importants pour la sainte orthodoxie, revêtant une importance actuelle et nécessitant une décision commune panorthodoxe en temps opportun

2) Des désaccords qui ont surgi et qui ont été déclarés officiellement par des Églises orthodoxes locales concernant des textes conciliaires déjà approuvés.

3) De l’impossibilité, selon le règlement déjà adopté du déroulement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, de rédiger des textes au cours des travaux du Concile

4) De la place occupée dans la salle par les primats des Églises orthodoxes locales qui, telle qu’elle est proposée et prévue, transgresse le principe d’égalité des primats des Églises orthodoxes autocéphales

5) De l’emplacement des observateurs et hôtes du Concile, qui ne convient pas

6) De la nécessité de procéder à des dépenses importantes et injustifiées en cas de participation de l’Église orthodoxe de Bulgarie au Concile

Le Saint-Synode a décidé à l’unanimité, après avoir voté :

1. D’insister afin que le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe du 16 au 26 juin de cette année soit reporté afin que la préparation à celui-ci soit prolongée
2. Dans le cas contraire, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare déclare sa décision catégorique de ne pas participer aux travaux du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe planifiés pour le 16-26 juin de cette année.

Source

Communiqué du secrétariat du Saint Synode du patriarcat d’Antioche

Balamand, le 1 juin 2016

Le patriarcat d’Antioche a accueilli avec chagrin et stupeur la décision du Saint Synode du Patriarcat de Constantinople, en date du 31 mai 2016, concernant ‘la formation d’un comité de représentants des Églises d’Antioche et de Jérusalem, avec le Patriarcat œcuménique comme responsable de la coordination, qui devra se réunir immédiatement après le saint et grand Concile en vue de trouver une solution acceptable aux deux parties pour régler leur différend.

L’Église d’Antioche tient à souligner avec tristesse que cette décision implique une résignation devant les obstacles qui entravent la recherche d’une solution définitive  à ce différend causé par la violation de l’Église de Jérusalem des limites territoriales canoniques de l’Église d’Antioche dans l’Émirat de Qatar, et ce malgré les efforts fournis depuis plus de trois ans, à travers de  nombreuses initiatives iréniques du Patriarcat d’Antioche, par l’intermédiaire du Patriarcat œcuménique.

Cet état des choses est d’autant plus affligeant que ces efforts, accentués en concomitance avec le  processus de convocation du saint et grand Concile, avaient aussi pour but d’arriver avant le début du concile à une solution ecclésiale définitive de cette violation, afin qu’il puisse mieux témoigner de l’unité orthodoxe, cette unité qui trouve sa plus haute expression dans la sainte liturgie qui va inaugurer ses travaux,  le jour même de la Pentecôte. Car une telle inauguration, avec la participation de toutes les Églises autocéphales, en ce jour, est la meilleure façon d’aborder les problèmes de l’Église orthodoxe dans sa catholicité, et d’exprimer l’unanimité orthodoxe les concernant.

Mais la situation actuelle, se basant sur une résolution de l’infraction de l’Église de Jérusalem après le grand Concile, prive celui-ci du but même qui lui était assigné, à savoir celui ‘d’exprimer l’unité orthodoxe’. La fin de non-recevoir de cette Église des propositions iréniques antiochiennes met donc en péril la tenue même de ce Concile, à la date prévu, ce à quoi l’Église d’Antioche avait toujours mis en garde.

Nous appelons aujourd’hui toutes les Églises orthodoxes autocéphales à œuvrer avec diligence afin de préserver l’unité du monde orthodoxe, face aux dangers  qui la menacent. A cet effet, notre Église a maintenu ouverte la session de son Saint Synode, qui se réunira dans les prochains jours, pour évaluer la situation vis-à-vis du grand Concile et prendre les décisions nécessaires. Nous élevons nos prières au Saint Esprit, que nous nous préparons à accueillir, le jour de la Pentecôte, afin qu’Il inspire à Son Église et à ses hiérarques, la meilleure façon de témoigner, aujourd’hui  beaucoup plus qu’avant, de l’unité à laquelle nous a convié le Seigneur.

Source

Communiqué de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe

L’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe s’est réunie en session ordinaire du 14 au 25 mai  et a publié le communiqué suivant au sujet de ses travaux :
« La session ordinaire de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe a commencé au monastère du Patriarcat de Peć par la concélébration de la sainte Liturgie épiscopale et l’invocation du Saint Esprit, puis a continué à Prizren par la célébration de la dédicace du bâtiment du séminaire théologique, qui a été reconstruit. Ensuite, les sessions ordinaires de l’Assemblée ont été tenues dans les locaux du Patriarcat, à Belgrade, sous la présidence de S.S. le patriarche de Serbie Irénée. Tous les évêques diocésains de l’Église orthodoxe serbe ont participé aux travaux de l’Assemblée, à l’exception de l’évêque de Šabac Laurent, qui n’est pas venu pour des raisons justifiées. Le thème le plus important de la session de l’Assemblée était, cette année, la préparation de la participation de l’Église orthodoxe serbe au Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, convoqué pour le mois de juin de cette année sur l’île de Crète. En ce qui concerne celui-ci, l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe a adopté le texte qui exprime sa position de principe relative à toutes les questions essentielles qui seront débattues et décidées lors du Grand Concile. Une autre décision importante de l’Assemblée est de commencer en temps utile, à avoir aussitôt que possible – les préparatifs de la célébration du 800ème anniversaire de l’autocéphalie de l’Église orthodoxe serbe (1219-2019), en collaboration avec les autorités de Serbie et de la République serbe de Bosnie et avec toutes les institutions scientifiques et culturelles concernées du peuple serbe. Simultanément, l’Assemblée a pris connaissance avec satisfaction du rapport du métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque au sujet du déroulement réussi des préparatifs en vue du millénaire du martyre du roi Jean-Vladimir, roi de Serbie, qui se tiendra en septembre de cette année à Bar et auquel, outre le Patriarche et les évêques de l’Église orthodoxe serbe, seront invités les primats de toutes les Églises orthodoxes ou, le cas échéant, de leurs délégations à haut niveau. À cette occasion est institué l’ordre du saint roi Jean-Vladimir, qui sera décerné aux confesseurs de la foi et de ceux qui ont souffert pour celle-ci. Comme chaque année, l’Assemblée a examiné les questions de l’éducation ecclésiale, ainsi que la mission interne et externe de l’Église. L’archiprêtre Gojko Perović, jusqu’à présent recteur intérimaire du séminaire Saint-Pierre-de-Cetinje à Cetinje, est élu recteur titulaire de celui-ci. Le statut de bibliothèque centrale sur tout le territoire de l’Église orthodoxe serbe est accordé à la Bibliothèque patriarcale de Belgrade. En outre, on constate avec tristesse que, ici et là, il y a des écoles dans lesquels le cours de religion est illégalement discriminé, bien que le tableau général dans ce domaine soit fort satisfaisant. Il est également constaté que les relations de l’Église orthodoxe serbe avec les Églises orthodoxes sœurs sont particulièrement bonnes, tout-à-fait dans l’esprit de la catholicité et de l’unité de l’Église, hormis une triste exception – celle des relations avec le Patriarcat de Roumanie, dont les évêques et les prêtres, depuis plusieurs années déjà, accomplissent des incursions, de façon non canonique et non fraternelle, sur le territoire juridictionnel de l’Église orthodoxe serbe en Serbie orientale, particulièrement dans la région de Timok. Après de nombreux messages et appels, malheureusement sans succès jusqu’à présent, l’Assemblée a appelé à nouveau l’Église roumaine à mettre un terme à cette pratique destructrice de l’Église ; dans le cas contraire, le problème sera porté devant le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Dans la mesure où, après le Concile, une telle activité anti-canonique serait poursuivie, l’Église orthodoxe serbe – avec une sincère douleur, mais par amour pour l’Église – sera contrainte de cesser la communion liturgique et canonique avec l’Église orthodoxe roumaine. Les relations avec les autres Églises et communautés chrétiennes, de même qu’avec la communauté juive et la communauté islamique de Serbie, sont traditionnellement bonnes et correctes, ce qui, malheureusement, ne peut être dit au sujet des cercles extrémistes dans l’Église catholique-romaine en Croatie ainsi qu’en Bosnie et en Herzégovine. Il en est de même des relations avec des cercles similaires dans la communauté islamique de Bosnie et de Herzégovine, ainsi que dans la communauté islamique en Serbie. Les relations de l’Église et de l’État en Serbie se développent dans la bonne volonté et la collaboration, dans les conditions de séparation de l’Église et de l’État. Le soutien de la Direction pour la collaboration avec les Églises et les communautés religieuses auprès du Ministère de la justice est particulièrement important, tant pour l’Église orthodoxe serbe que pour toutes les autres Églises et communautés religieuses traditionnelles. L’Assemblée attend que soit rendu à cet organisme le statut de Ministère des religions. Il est constaté que l’aumônerie de l’Armée de Serbie, ainsi que des forces armées de Bosnie et de Herzégovine, va en se développant. Il y a, malheureusement, des problèmes et des questions non résolues. C’est ainsi que l’Assemblée attend que le processus de restitution des propriétés ecclésiastiques en Serbie injustement confisquées, soit accéléré et complètement achevé. L’Assemblée appelle à nouveau les organes compétents de l’État en Serbie à rendre à l’Église les livres métriques, qui lui ont été enlevés en 1946, soi-disant pour être recopiés. De même, l’Assemblée, pour la énième fois, réaffirme sa position au sujet des restes du grand homme serbe et mondial, Nicolas Tesla, lesquels ne sauraient être un objet d’exposition, mais doivent être dignement inhumés à un endroit convenable près de l’église Saint-Sava de Belgrade, de même que Vuk Karađić et Dosithée Obradović sont inhumés devant la cathédrale de Belgrade. Les membres de l’Assemblée ont constaté que la situation de l’Église orthodoxe serbe dans la région serbe du Sud [le Kosovo, ndt] continue à être particulièrement difficile, bien qu’il y ait des signes d’espoir et des raisons d’être optimiste, tels que le fonctionnement sans entrave du séminaire de Prizren et la reconnaissance des droits de propriété du monastère de Dečani [par la Cour constitutionnelle du Kosovo, ndt]. La situation dans cette région est, malheureusement, chargée de difficultés et de souffrances ; en Croatie, des chauvinistes d’inspiration oustachie se répandent en diatribes contre l’Église orthodoxe et le peuple serbes ; dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine, les pressions, voire la discrimination ouverte, sont constantes ; au Monténégro, une loi est en préparation qui non seulement ne reconnaît pas un statut et une identité à l’Église, mais menace celle-ci d’une persécution ouverte, tandis que les autorités du pays déclare l’Église orthodoxe serbe « ennemi numéro 1 » de l’État, apparemment dans l’esprit de sa « détermination démocratique et euro-atlantique » ; en République de Macédoine continuent encore les procès montés contre l’archevêque Jean et l’archevêché d’Ohrid. L’Assemblée a, naturellement, exprimé sa solidarité avec tous les chrétiens, orthodoxes et hétérodoxes, et aussi avec les musulmans, qui souffrent et meurent au Moyen-Orient. De même, l’Assemblée souhaite, dans la prière, la cessation, le plus rapidement possible, de l’affrontement entre frères de même foi et de même sang en Ukraine. Une session commune de l’Assemblée des évêques et du Conseil central pour la construction de l’église-mémorial Saint-Sava de Belgrade a eu lieu et le rapport sur les travaux effectués jusqu’ici pour l’aménagement intérieur de l’édifice a été accepté. Les rapports suivants ont été écoutés et approuvés : ceux du Saint-Synode, du Conseil administratif patriarcal, du Grand tribunal ecclésiastique, de la Fondation caritative « Čovekoljublje », de l’agence de pèlerinages « Dobročinstvo », et d’autres organismes et institutions ecclésiales, de même que les rapports de leurs Éminences les évêques portant sur leur activité pendant la période écoulée. La compétence du Comité concernant Jasenovac [camp de concentration oustachi, ndt] a été étendue à toutes les victimes appartenant à l’Église et au peuple serbes pendant la seconde guerre mondiale. Sur la base de la quasi-totalité des diocèses, il est établi avec regret que la « peste blanche » [les avortements, ndt], qui constitue un péché et un suicide national différé, sévit toujours plus dans le peuple serbe. Aussi, l’Assemblée appelle son peuple fidèle à la pénitence et à revenir à la raison. Le rapport détaillé sur l’incendie qui s’est produit dans l’église Saint-Sava au centre de New York a été écouté avec tristesse. Milivoje Novaković, ex-hiéromoine Maxime, qui a été réduit à l’état laïc, pseudo « chorévêque de Novobrdo et de Panonie », [appartenant au groupe de l’ex-évêque] Artème, est exclu de la communion ecclésiale. L’évêque Mitrophane, jusqu’à maintenant évêque d’Amérique de l’Est, est élu évêque du diocèse vacant du Canada ; l’évêque Irénée, jusqu’à maintenant évêque d’Australie et de Nouvelle Zélande, est élu évêque d’Amérique orientale ; le protosyncelle Silouane (Mrakić), du monastère de Pustinja (diocèse de Valjevo) est élu évêque d’Australie et de Nouvelle Zélande. L’archimandrite Cyrille (Bojović), momentanément au service du diocèse de Buenos Aires et d’Amérique du Sud et Centrale, est élu évêque-vicaire, avec le titre de Dioclée, dans le diocèse du Monténégro et du Littoral. L’évêque Jean, jusqu’à présent évêque de Niš, a été relevé de ses fonctions sur sa demande. L’évêque de Ras et Prizren a été élu administrateur du diocèse de Niš, tandis que l’évêque de Zahumije et de Herzégovine Grégoire demeure administrateur du diocèse de Dobrobosna, tandis que l’évêque de Budimlje-Nikšić Joannice reste administrateur du diocèse de Mileševo. Les membres du Saint-Synode pour la nouvelle période sont : l’évêque de Bačka Irénée, l’évêque de Žiča Justin, l’évêque de Dalmatie Photius et l’évêque de Ras-Prizren Théodose, les membres remplaçants étant le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque et l’évêque de Šabac Laurent.
Rédigé par l’évêque de Bačka Irénée, porte-parole de l’Église orthodoxe serbe

Source

Lettre de la Sainte-Communauté du Mont Athos au sujet du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

Karyès, le 12/25 mai 2016

À sa divine Sainteté,
Notre très respecté Père et Maître le Seigneur Bartholomée,
au Phanar

Très saint Père et Maître,

Nous saluons joyeusement, filialement et avec un profond respect, votre divine Sainteté, dans le Christ ressuscité, par la célèbre acclamation « Le Christ est ressuscité ! »

Selon les institutions de notre lieu sacré, nous nous sommes réunis en synaxe double extraordinaire et nous avons pris pieusement en considération :
1) Votre vénérable lettre patriarcale du 11 mars 2016, par laquelle notre Sainte Communauté a été informée au sujet de la convocation du saint et grand Concile, et ont été communiqués à celle-ci, à titre informatif, les six textes préconciliaires qui seront renvoyés devant le saint et grand Concile ;
2) Votre encyclique patriarcale et synodale du 20 mars de cette année, dans laquelle est mentionné que le Concile panorthodoxe a pour but primordial et de première importance de « manifester que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et particulièrement dans la divine eucharistie ainsi que dans la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité », et est porté à notre connaissance que « les textes mis au point au niveau panorthodoxe et soumis au saint et grand Concile sont publiés et mis à disposition de tout fidèle bien disposé dans le but de son information et de sa mise au courant, mais aussi afin qu’il exprime son point de vue sur le saint et grand Concile et ses attentes quant à celui-ci».

Répondant à cette incitation paternelle de votre divine Toute-Sainteté, nous prions instamment, avec tous les pères vivant dans l’ascèse et de façon agréable à Dieu sur la Sainte Montagne, afin que le Seigneur bénisse et couronne de succès l’œuvre élevée du saint et grand Concile, pour le bien de Son Église et manifeste réellement l’unité de notre sainte Église orthodoxe, laquelle est l’Église une, sainte, catholique et apostolique.

Ayant étudié dans ce but et avec l’attention et le soin voulus les textes préconciliaires, nous nous permettons de soumettre respectueusement à votre attention ce qui suit.

Nous respectons et nous vénérons comme il se doit notre Mère la Grande Église du Christ [l’Église de Constantinople, dont dépend le Mont Athos, ndt] et Vous-même, le patriarche oecuménique et notre Père. Nous prions sans cesse pour l’Église primatiale martyre et l’allègement du poids de la croix qu’elle porte depuis des années. Chaque fois que surgissent des questions qui posent problème à la conscience de la sainte Église orthodoxe, nous exprimons nos points de vue et suggestions avec respect et amour, comme le faisaient les pères qui vécurent avant nous.

Nous constatons l’effort efficace et diligent des représentants des très saintes Églises orthodoxes lors des conférences panorthodoxes préconciliaires, en vue de la rédaction des textes préconciliaires concernés, qui ont été publiés sur décision de la synaxe des primats (du 21 au 29 janvier 2016).

Néanmoins, nous pensons que certains points des textes préconciliaires nécessitent une clarification, afin que soient exprimés plus clairement la tradition pérenne des saints Pères et le viatique conciliaire de l’Église. Nous soumettons humblement notre point de vue et nos suggestions concernant ces points, pour leur évaluation et leur mise en valeur par l’Église.

Le premier point concerne l’ecclésiologie. La formulation « l’Église orthodoxe, étant l’Église une, sainte, catholique et apostolique » a été posée à juste titre comme exergue au début du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », dans le sens et dans l’idée qu’elle exprime l’unicité de Celle-ci. Cependant, le saint et grand Concile, en tant qu’organe conciliaire supérieur aux Conférences pré-concilaires, devrait compléter la formulation du texte concerné et éviter le terme « Église » au sujet des hétérodoxes, utilisant au lieu de celui-ci les termes « religions (dogmata) et confessions chrétiennes ». Ainsi, les hétérodoxes connaîtront très clairement ce que nous pensons à leur sujet en tant que leurs sincères interlocuteurs. Dans cette perspective, il serait plus juste d’introduire la formulation suivante dans l’alinéa 2 du paragraphe 6 : « L’Église orthodoxe connaît (au lieu de reconnaît) l’existence historique des autres confessions chrétiennes… » Dans la suite du texte, le concept d’unité de l’Église nécessite également une clarification. Nous croyons qu’appartiennent à son unité uniquement les membres de l’Église orthodoxe, en tant que Corps du Christ, participant à la « gloire » (la grâce déifiante du Saint-Esprit), pour laquelle a prié le Grand-Prêtre – notre Seigneur Jésus-Christ. C’est à leur sujet seulement qu’il est dit « qu’ils soient un, comme nous sommes un », selon le commentaire des Pères théophores (S. Athanase le Grand, S. Jean Chrysostome, S. Cyrille d’Alexandrie). Il est utile pour tous, pour la conscience qu’a de lui même le troupeau orthodoxe, mais aussi pour les hétérodoxes, que nous parlions du retour de ceux qui se sont séparés à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, à savoir notre sainte Église orthodoxe, laquelle maintient imperturbablement « le lien indivisible existant entre la véritable foi et la communion sacramentelle », comme cela fut exprimé par les saints Conciles œcuméniques. C’est dans ce sens de son unité que l’Église « a toujours cultivé le dialogue avec ceux qui sont partis, lointains et proches », et qu’elle peut dans ce cadre exprimer sa nature apostolique « dans des conditions historiques nouvelles » avec pour but objectif de préparer le terrain à leur retour dans Son unité dans l’Esprit Saint. Concrètement, nous suggérons que la phrase finale de l’article 5 sur « l’unité perdue des chrétiens », soit formulée comme suit : « le retour dans la vérité des chrétiens qui se sont éloignés d’elle ».

Le deuxième point des textes préconciliaires qui devrait subir des modifications, de telle façon que soit fixée la conscience qu’a d’elle-même l’Église à travers les temps, est ce qui se rapporte aux dialogues interchrétiens bi- ou multilatéraux. Le mode de conduite et de cheminement des dialogues théologiques ne satisfait pas l’ensemble du plérôme de l’Église. Quant à notre Sainte Communauté, elle s’est exprimée, de temps à autre et dans différentes circonstances, par des textes officiels s’opposant aux accords théologiques avec les hétérodoxes, et elle a protesté contre les prières communes et autres pratiques liturgiques (baisers liturgiques, etc.), par lesquels est donnée l’image d’une fausse union avec eux, comme cela a été mentionné dans le texte de notre synaxe double du 9/22 avril 1980. Concrètement, dans l’article 18 du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il doit être dit clairement que l’Église orthodoxe ne peut en aucun cas accepter l’unité de l’Église comme un accommodement interconfessionnel ou comme participation à des prières communes et d’autres pratiques liturgiques qui créent la confusion dans la conscience du plérôme orthodoxe. Aussi, nous ne pouvons pas ne pas exprimer notre vive préoccupation et nos objections fondées quant à la poursuite de la participation des orthodoxes au Conseil oecuménique des Églises.

Troisièmement, en ce qui concerne « le règlement d’organisation et de fonctionnement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe », nous comprenons les difficultés pratiques, aussi nous évitons d’aborder les questions qui se posent au sujet du mode d’organisation et de la participation à titre égal des évêques. En même temps, cependant, dans l’article 22 du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », où se pose la question de savoir qui est « le juge désigné et ultime en matière de foi », le texte pourrait être plus clair avec la précision que la tradition ecclésiale reconnaît comme juge ultime dans les questions de foi la conscience du plérôme de l’Église, qu’expriment parfois des personnes individuelles ou des conciles de hiérarques ou le peuple fidèle, et qui est validée par des décisions conciliaires. Nous considérons également qu’il doit être fait référence aussi aux grands conciles de l’Église orthodoxe qui ont eu lieu après le VIIème Concile oecuménique (ceux qui ont été tenus sous le patriarche Photius le Grand en 879, sous saint Grégoire Palamas en 1341-1351, et ceux qui ont invalidé les pseudo-conciles unionistes de Lyon et de Florence). En effet, par la référence à ces conciles, les différences dogmatiques et ecclésiologiques avec les hétérodoxes (sur le Filioque, la grâce créée, la primauté papale, etc.) seraient complètement tirées au clair.

Le quatrième et, selon nous, dernier point, concerne l’esprit du texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Le texte se distingue par une sensibilité spirituelle ; cependant, nous pensons, en tant qu’athonites et héritiers de la tradition ascétique hésychaste, qu’il serait complété de la façon la plus approprié (de préférence dans le paragraphe 6,13) par une référence pleinement développée à l’anthropologie et à la cosmologie orthodoxes correspondantes, telle qu’elle ont été formulées principalement par saint Grégoire Palamas. Concrètement, le texte peut être complété de la façon suivante : « Dieu peut se révéler à l’homme par la communion immédiate avec Lui, lorsque ce dernier met en pratique l’ascèse selon le Christ et aspire à Lui continuellement par la prière noétique. Le but de cette spiritualité rigoureuse et mystagogique est la déification, c’est-à-dire l’expérience personnelle de la lumière divine de la Transfiguration par celui qui prie. La condition indispensable pour cela est que la perfection personnelle, la communion avec Dieu et Sa révélation ne peuvent être atteintes que dans le cadre de l’Église. Tout le combat spirituel est réalisé seulement par la grâce de Dieu et non indépendamment d’elle (comme c’est le cas par l’application de diverses techniques rencontrées dans différents courants mystiques anciens et contemporains, ou par le développement autonome de l’intellection et de la connaissance humaines). Dans ce cadre, la place principale est occupée par la distinction entre l’essence et les énergies incréées de Dieu. Dieu ne reste pas inaccessible à l’homme, mais entre en relation directe et personnelle avec lui par Ses énergies incréées. Ainsi, l’homme participe à la vie divine et devient dieu selon la grâce. L’énergie de Dieu n’est pas une quelconque puissance ou surpuissance ; elle est le Dieu vivant personnel et trinitaire, qui devient accessible et participable pour l’homme, et qui entre dans l’histoire et sa vie afin que celui-ci « devienne participant à la nature divine », portant « l’image » et cheminant vers « la ressemblance » par l’ascèse, la vie vertueuse et l’impassibilité (apatheia). Par cette voie susmentionnée de la déification, la paix selon le Christ entre dans l’homme – la « paix qui vient d’en-haut », laquelle doit être distinguée de la notion de paix de ce monde, qui est recherchée par des initiatives et des manifestations inter-religieuses.

Très saint Père et Maître, estimant profondément les labeurs de ceux qui ont travaillé lors des conférences préconciliaires, nous pouvons dire en conclusion que les textes préconciliaires nécessitent certaines améliorations, afin d’exprimer la conviction universelle de notre sainte Église orthodoxe. Nous soumettons cette demande filiale afin, qu’entre autres, vous preniez en compte nos suggestions, que nous exposons avec circonspection, attention et prière, et pour que le Saint et Grand Concile « constitue une expression authentique de la tradition canonique et de la praxis ecclésiastique pérenne pour le fonctionnement du système conciliaire » de l’Église. Alors se produira une grande joie dans les cieux et sur terre, et seront évités les séparations et les schismes éventuels, tandis que le plérôme de l’Église « d’une seule bouche et d’un seul cœur » glorifiera le Dieu très-saint dans la Trinité, l’espoir et le salut du monde entier.

Cela dit, élevant de tout cœur des prières ardentes au Seigneur ressuscité pour votre divine Toute-Sainteté et pour le succès du saint et grand Concile maintenant convoqué, nous vous adressons notre plus profond respect et notre dévouement filial.

Tous les représentants et supérieurs des 20 monastères sacrés et vénérables monastères de la Sainte Montagne de l’Athos, réunis en synaxe double extraordinaire

Copie : aux Églises orthodoxes autocéphales et aux 20 monastères du Mont Athos

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Communiqué du Patriarcat œcuménique au sujet du différend entre les patriarcats d’Antioche et de Jérusalem concernant la juridiction sur le Qatar

Le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique a publié un communiqué en date du 31 mai. Lors de sa session, le Saint-Synode a examiné les questions concernant le saint et grand Concile qui aura lieu prochainement en Crète. Il a également abordé la question du Qatar, qui préoccupe les patriarcats d’Antioche et de Jérusalem. Conformément au communiqué susmentionné, le Patriarcat œcuménique suggère que soit constituée, sous sa responsabilité coordinatrice, une commission de représentants des deux Églises et ce immédiatement après le saint et grand Concile. Selon l’Agence Romfea.gr, des « cercles ecclésiastiques qui commentent le communiqué de ce jour, mentionnent que la réunion d’une telle commission après le Concile panorthodoxe n’aura pas de sens puisque les deux primats devraient concélébrer en Crète ». Un métropolite du Patriarcat d’Antioche a déclaré à l’agence susmentionnée que « La question doit être résolue avant le saint et grand Concile… ». Le communiqué du Saint-Synode du Patriarcat œcuménique est le suivant : « Le Saint-Synode s’est réuni sous la présidence de sa Toute-Sainteté, en session ordinaire, les lundi 30 et mardi 31 mai 2016, afin d’examiner les sujets portés à l’ordre du jour. À cette occasion, le Saint-Synode s’est occupé particulièrement du sujet du tout prochain saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, et des questions qui s’y rapportent, priant pour le succès de ses travaux et pour que le soutien céleste soit accordé à son président, sa Toute-sainteté le patriarche œcuménique. Dans ce cadre, le Saint-Synode a également examiné, assidûment, le problème connu de la juridiction ecclésiastique sur le Qatar qui préoccupe les anciens patriarcats d’Antioche et de Jérusalem. Le Saint-Synode en est arrivé à la décision selon laquelle il propose la constitution, immédiatement après le saint et grand Concile, d’une commission formée de représentants des deux Églises concernées, sous la responsabilité coordinatrice du Patriarcat œcuménique, afin d’étudier le problème et de trouver une solution acceptable pour les deux parties ».

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Communiqué du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche à propos du Concile panorthodoxe

SaintSynodeAntiocheMai2016Du 25 au 27 mai, sous la présidence du patriarche Jean, le Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche s’est réuni au monastère patriarcal Notre-Dame de Balamand au Liban (photographie ci-contre). Il a publié un communiqué à propos du Concile panorthodoxe. Pour lire un extrait de celui-ci dans sa version française, cliquez sur ce lien. D’autre part, Carol Saba a été désigné par le Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche comme porte parole officiel et responsable de la communication de la délégation patriarcale antiochienne au Concile panorthodoxe. En outre, il fera partie de la commission panorthodoxe des 14 Églises autocéphales sur les relations avec la presse et les médias lors du Concile.

Recension: Père Séraphim Rose, « Genèse, création et premier homme »

C_ROSE_GenesePère Séraphim Rose, Genèse, création et premier homme. Traduit de l’anglais par Thierry Cozon, Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 254 p.
Le père Séraphim Rose est une grande figure de l’orthodoxie américaine, mal connue dans le monde francophone. Né en 1934 à San Diego (Californie) dans une famille protestante ayant des origines françaises, il termina ses études secondaires comme major au lycée de San Diego, sortit diplômé de l’université de Pomona (Californie), suivit ensuite les cours d’Alan Watts (grand spécialiste des religions extrême-orientales, mondialement connu dans les années 60) à l’Académie des études asiatiques de San Francisco, avant d’obtenir un doctorat en langues orientales à la prestigieuse Université de Berkeley. Après avoir examiné soigneusement les différentes religions de l’Orient, c’est l’Orthodoxie qui entraîna son adhésion. Il entra dans l’Église orthodoxe à San Francisco en 1962, où il devint le disciple de l’évêque (futur saint) Jean (Maximovitch) de Changhaï et San Francisco. Après avoir fondé une fraternité missionnaire sous le patronage de saint Germain d’Alaska, il créa un monastère dans les solitudes sauvages du Nord californien où, avec quelques frères, il mena un vie ascétique austère qui lui valut une réputation de sainteté (ce monastère, dédié à Saint Germain d’Alaska, à Platina, existe toujours, et ses moines continuent à y vivre dans une grande pauvreté et des conditions difficiles, notamment sans électricité). Là, il écrivit un grand nombre d’articles et de livres, ayant tous pour but d’exprimer le point de vue de la Tradition orthodoxe par rapport à des courants de spiritualité modernes (New Age) ou en vogue (Hindouisme, Bouddhisme) ou à des théories philosophiques ou scientifiques posant problème au christianisme. Ordonné prêtre en 1977, il fut emporté par une courte maladie cinq ans plus tard, à l’âge de 48 ans. Après sa mort, ses livres – L’âme après la mort, L’Orthodoxie et la religion du futur, La révélation de Dieu au cœur de l’homme, Réalité du Royaume céleste, Genèse, création et premier homme, Le nihilisme, La place du Bienheureux Augustin dans l’Église orthodoxe – connurent un succès mondial, étant traduits en russe, grec, serbe roumain, bulgare, géorgien, français, lituanien, polonais, italien, chinois et malayalam (langue de l’Inde du Sud). Une biographie de 1000 pages lui a été consacrée en langue anglaise : Père Séraphim Rose : sa vie et ses œuvres.
Le présent volume regroupe plusieurs études du père Séraphim qui critiquent la théorie évolutionniste.
Une première partie est plutôt méthodologique et concerne la nature et les rapports de la théologie, de la science et de la philosophie, et affirme la supériorité de la première comme mode de connaissance. La deuxième partie est une critique du modèle évolutionniste. La troisième partie est une critique des penseurs chrétiens qui ont cherché à intégrer le modèle évolutionniste et à le concilier avec la conception chrétienne des origines du monde et de l’homme. La quatrième partie, qui occupe près d’un tiers du volume, expose la doctrine patristique de la création au regard de la conception évolutionniste et argumente en faveur de l’incompatibilité des deux approches (c’est une longue réponse à un article d’Alexandre Kalomiros, orthodoxe grec évolutionniste).
Disons-le d’emblée, le Père Séraphim Rose est un fondamentaliste pur et dur, et ses positions paraîtront sans aucun doute surprenantes à des lecteurs européens, peu habitués à la querelle qui aux États-Unis oppose – depuis longtemps dans un débat devenu banal – les créationnistes (en majorité évangélistes) aux évolutionnistes. Selon lui, par exemple, « l’univers n’est pas âgé de plus de 7500 ans » (p. 193), et le monde a été créé par Dieu en 7 jours correspondant à nos journées actuelles, chacune ayant 24 heures, pas une de plus ni de moins. Une position manifestement intenable, car les notions de semaine et d’heure n’étaient pas universelles dans l’Antiquité et se sont imposées tardivement dans l’Histoire (sur l’histoire du découpage du temps voir l’excellent livre de P. Couderc, Le calendrier dans la collection « Que sais-je? »). La Bible elle-même n’entend pas que les sept jours de la création du point de vue de Dieu correspondent à nos journées (voir pas exemple le psaume 90, 4 : « Car mille ans sont à Tes yeux comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit »). Il n’y a pas a priori d’obstacle, du point de vue de la foi chrétienne, à considérer que les jours de la création aient correspondu à de très longues périodes, ni que l’univers ait plusieurs millions d’années. Le père Séraphim Rose fait de l’Écriture et des Pères une lecture exclusivement littérale et historique, proche de celle du fondamentalisme protestant. Dans plusieurs passages il affirme que les Pères privilégient ce type de lecture, ce qui n’est pas exact. Même saint Jean Chrysostome, qui est apparenté au courant exégétique dit antiochien qui accorde une grande importance au sens littéral et historique, ne se limite pas à ce sens premier, et les représentants de l’exégèse dite alexandrine considèrent qu’il y a quatre types de sens dans l’Écriture : le sens littéral ou obvie ; le sens allégorique ; le sens tropologique (ou moral) ; et le sens anagogique (qui indique ce vers quoi on doit tendre). Origène ou saint Maxime le Confesseur par exemple accordent très peu de place au sens littéral et historique, et privilégient le sens spirituel, considérant que l’Écriture a le plus souvent un sens symbolique.
Cela dit le livre du père Séraphim Rose a le mérite de montrer les failles de la théorie évolutionniste, devenue un article de foi de la pensée moderne et enseignée comme un dogme intangible et obligatoire dans notre système éducatif, de l’école primaire à la terminale.
Il démontre que cette théorie n’est pas purement scientifique, mais a une base et des visées philosophiques, et que dans sa dimension scientifique même, elle présente de nombreuses insuffisances et contradictions. Outre qu’elle comporte des variantes qui ne sont pas compatibles entre elles (lamarckisme, néo-lamarckisme, darwinisme et néo-darwinisme, avec plusieurs écoles), elle ne permet pas de rendre pleinement compte de l’évolution qu’elle postule. C’est un fait bien connu et reconnu qu’il y a entre les espèces supposées avoir évolué de l’une à l’autre de nombreux « chaînons manquants », ce manque étant particulièrement criant en ce qui concerne le passage des prétendus « hominidés » à l’homme.
Il faut dire qu’il n’y a pas que les fondamentalistes religieux qui critiquent l’évolutionnisme: dès son apparition et jusqu’à nos jours, la théorie évolutionniste sous ses diverses formes a suscité des réserves de la part de philosophes (parmi lesquels Marx qui voyait dans le darwinisme une couverture pseudo-scientifique apportée au système concurrentiel du capitalisme, qui élimine les plus faibles et renforce les plus forts), d’épistémologues (qui ont souvent souligné sa dimension idéologique), d’historiens des sciences, et de scientifiques (un certain nombre de ces critiques sont recensées dans cet article).
Cette théorie, et toutes celles qui sont relatives à la paléontologie et à la cosmologie ont, sur le plan scientifique même, la faiblesse de ne pas pouvoir trouver de confirmation dans une expérimentation, et d’être limitées à une observation indirecte et partielle de vestiges ou de traces comportant beaucoup de lacunes. L’évolutionnisme n’est qu’une hypothèse (c’est-à-dire une explication supposée) présentant de nombreuses zones d’ombre et de nombreux points de fragilité.
Le père Séraphim Rose en présente quelques-uns. Il note que le rejet de l’évolutionnisme n’amène à rejeter ni la variation, ni le développement, ni amélioration des espèces, car c’est à tort que l’on assimile ces trois notions à l’évolution pour justifier celle-ci. Il montre que la théorie évolutionniste est avant tout une philosophie. Et surtout – c’est l’un des buts fondamentaux de son livre – il rappelle quelle est la conception qu’ont les Pères de la création, souligne que celle-ci reste normative pour les chrétiens et montre pourquoi, selon lui, elle n’est nullement conciliable avec l’évolutionnisme. Il faudrait rappeler ici de manière plus développée que la science et la religion n’ont pas les mêmes bases ni les mêmes visées: le but de la première est de tenter de donner une compréhension rationnelle, aussi cohérente que possible, des phénomènes (c’est-à-dire, étymologiquement, des apparences), tandis que la seconde est de donner, en se fondant sur une révélation, une connaissance spirituelle de ce qui transcende les apparences et qui donne sens à la vie de l’homme non seulement en cette vie mais dans l’au-delà.
Contre la pensée unique, matérialisme et athée, que notre société impose de manière de plus en plus coercitive et intolérante, le livre du père Séraphim Rose a le mérite de rappeler que l’évolutionnisme n’est pas un dogme intangible, et que sur la question de l’origine du monde et de l’homme d’autres façons de voir se justifient à partir de cadres de référence différents.

Jean-Claude Larchet

Assemblée extraordinaire des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce au sujet du Concile panorthodoxe

L’assemblée extraordinaire des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce a commencé ses travaux le 24 mai, sous la présidence de l’archevêque d’Athènes Jérôme. Avant l’assemblée a été célébrée la liturgie en l’église du monastère des Saints-archanges de Petraki, à Athènes, par le métropolite de Karpenission Georges. Ensuite a été célébré l’office pour le début des travaux de la hiérarchie, puis a été dressée la liste des hiérarques présents, les absents – excusés – étant les métropolites Anthime de Thessalonique, Hiérothée de Lemnos et Saint-Eustrate, et Jacques de Mytilène, Éressos et Plomarion. La Commission de la Presse a été constituée des métropolites Hiérothée de Naupacte et Chrysostome de Saint-Blaise et de Patras. L’archevêque d’Athènes Jérôme a ensuite remercié les hiérarques pour leur venue à l’assemblée. Au sujet du saint et grand Concile de l’Église, qui est convoqué du 17 au 26 juin de cette année en Crète, l’archevêque a mentionné que « nous sommes appelés à servir un grand événement ecclésial historique, qui présuppose et exige l’illumination du Saint-Esprit, notre voix désintéressée et notre témoignage sacrificiel ». Appelant les hiérarques à prier fortement de telle façon que leur message unisse, éclaire et renforce le peuple fidèle qui attend aujourd’hui les conclusions et les décisions de l’assemblée, le primat a déclaré que durant ces deux jours de l’Assemblée, les hiérarques auraient la possibilité de discuter de façon exhaustive tous les paramètres du saint et grand synode. Poursuivant son allocution, l’archevêque a souligné à ce sujet : « J’aimerais vous demander que nous nous mouvions dans un esprit d’amour en Christ et de respect pour chaque opinion différente, la position dominante étant celle de la majorité. Nous avons le devoir d’aboutir à des propositions concrètes, prises le cas échéant à la majorité, afin de faciliter la tenue du secrétariat préparatoire panorthodoxe, mais aussi pour clarifier toute ombre, doute et perplexité ». Et de conclure ainsi son allocution : « Le Concile de Crète est un événement ecclésial historique et en même temps décisif. Le monde entier attend de nous le témoignage de notre unité. Le calice commun, le corps et le sang de notre Seigneur, sera toujours ce que nous unit ou qui nous sépare. Il n’y a pas de place pour des négociations en ce qui concerne les questions dogmatiques. Notre Église est une, sainte, catholique et apostolique et la nécessité est impérative quant à son témoignage missionnaire, son positionnement contemporain relativement aux problèmes de notre époque ainsi que la poursuite de son œuvre sanctifiante pour notre salut à tous. Il n’y a pas de place pour les aspirations personnelles et les revendications égoïstes anti-ecclésiales. Les défis des temps nous veulent unis. Les schismes et les factions sont l’œuvre du malin qui veut nous éloigner du calice commun. Laissons la grâce de Dieu couvrir nos propres lacunes, qui sont nombreuses. Que soient grandes et puissantes notre prière, notre foi, notre confiance dans l’illumination du Saint Esprit, Lui qui guide, malgré nos péchés, l’œuvre de l’Église du Christ depuis deux millénaires. Les époques que nous vivons se prêtent plus que jamais aux égoïsmes et aux ambitions. Ne le permettons pas et que notre prière principale soit la parole de l’archange : « Tenons-nous bien, tenons-nous avec crainte ! » Ensuite, conformément à l’ordre du jour, le métropolite d’Élis Germain a lu son rapport sur « les remarques de leurs Éminences les métropolites concernant les textes du saint et grand Concile ». Le métropolite Germain a préalablement fait une présentation détaillée de la préparation du saint et grand Concile et des actions spécifiques du Saint-Synode permanent de l’Église de Grèce pour mettre en œuvre les décisions nécessaires à la préparation de la participation de l’Église de Grèce aux travaux du saint et grand Concile. Il a ensuite abordé les sujets de la présente réunion de la hiérarchie, lesquels sont constitués par les propositions du Saint-Synode permanent présentées au vote, ainsi que le mode de scrutin. Après la pause a eu lieu une discussion approfondie sur ledit rapport. Les travaux de la hiérarchie se poursuivront jusqu’au 25 mai.

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La collection des 10 opuscules des homélies et conférences de l’archimandrite Elie (Ragot)

La collection des 10 opuscules des homélies et conférences de l’archimandrite Elie (Ragot) vient de paraître. Cette collection, reprend de différentes homélies ou conférences du père Élie prononcées à diverses occasions et se propose de montrer quelques aspects de la vie chrétienne. Les opuscules sont vendus au profit de la construction de l’église patronale du monastère de la Transfiguration. Pour les commander, cliquez ICI !

Les opuscules 1 à 10 des homélies et conférences de l’archimandrite Elie :
Opus 1 : L’image du Christ.

Opus 2 : La construction d’une église : épiphanie d’un mystère.

Opus 3 : Une vie chrétienne épanouie : c’est la sainteté.

Opus 4 : L’inverse d’une foi figée : Dieu nous divinise.

Opus 5 : La confession des péchés.

Opus 6 : La vie du ciel sur la terre : La divine liturgie.

Opus 7 : Un guide lumineux et illuminateur des âmes : Géronda Aimilianos.

Opus 8 : Place du monachisme dans l’Église.

Opus 9 : Le monachisme : un idéal et un défi.

Opus 10 : Sur l’amour de la beauté : la Philocalie.

Recension: « Un signe sur le sable » et « Timothée le voleur d’icônes »: deux romans pour enfants et adolescents publiés par les éditions Apostolia

Les livres pouvant servir à la formation chrétienne orthodoxe des enfants et adolescents sont très répandus dans les pays orthodoxes, mais très rares dans le monde francophone.
C’est pourquoi les deux romans que viennent de publier les éditions Apostolia de la Métropole roumaine dans une collection intitulée « Apostolia junior » méritent d’être signalés et recommandés.

Un_signe_sur_le_sableUn signe sur le sable bénéficie ici d’une troisième édition française (après deux éditions à succès publiées par le monastère d’Ormylia en Grèce, où œuvrent deux sœurs françaises). Ce roman, dont l’auteur a souhaité rester anonyme, est bien connu en Grèce où il a été publié par la Fraternité Zoè en 1967 et a été de nombreuses fois réimprimé.
L’action se situe dans les premiers siècles, à une époque où les chrétiens sont mal connus et persécutés. Le personnage principal est Milvios, un petit esclave de 12 ans qui est au service d’un riche sénateur romain et de sa famille. Son comportement et ses vertus – son calme, sa patience, son aptitude à tout supporter, sa douceur, sa générosité, son abnégation – frappent les autres esclaves, le fils du sénateur et le sénateur lui-même, et les amènent tout d’abord à s’interroger, puis à découvrir le christianisme et à s’y convertir, jusqu’à être prêts à affronter le martyre.
La thématique de ce roman d’initiation peut aisément être transposée à notre époque, où les enfants chrétiens se trouvent immergés dans un milieu qui est de plus en plus éloigné du christianisme, et même lui est de plus en plus hostile, et où celui qui est chrétien doit assumer sa singularité et la préserver avec courage. Il montre comment un enfant, par ses vertus chrétiennes, peut rayonner de manière positive sur son entourage et le transformer spirituellement, et comment les vertus valorisent celui qui les possède et rejaillissent sur ceux qu’il fréquente. Il montre aux enfants chrétiens qu’ils n’ont pas à rougir de leur morale dans un monde qui n’en n’a plus, qu’ils ont une responsabilité dans leur milieu social, et ont à leur niveau un devoir et un pouvoir de témoignage.

TimotheeLe second livre est un roman de l’auteur allemand Willi Fährmann, intitulé Timothée le voleur d’icônes. Il a été traduit en français par Joëlle Cheuzeville-Mniszek et illustré par Anne Malko.
Il a pour cadre la Russie de la fin du XVIIIe siècle. Le jeune Timothée Toutalev entreprend un long voyage à travers la Sibérie jusqu’à Nijni-Novgorod où il doit acheter une icône pour un riche marchand d’Omsk. Après de nombreuses péripéties, Timothée vole l’icône afin de garder l’argent pour lui. Mais sur le chemin du retour s’opère une transformation intérieure… L’histoire pleine de suspense est passionnante et l’atmosphère russe bien rendue.
L’auteur de l’édition originale allemande, Willi Fährmann, est né en 1929 à Duisburg. Il est dans son pays l’un des auteurs de littérature de jeunesse les plus renommés, et a reçu le Grand Prix de l’Académie de Littérature d’enfance et de jeunesse pour l’ensemble de son œuvre. Ses livres ont été publiés à des millions d’exemplaires par les éditions Arena-Verlag. Un de ses livres, Le grand méchant Balèze, a été publié en France par Hachette-Jeunesse. Les chaînes de télévision Arte et ZDF ont adapté pour l’écran un autre de ses ouvrages: Der lange Weg des Lukas B.

Parmi les autres livres d’inspiration ou à thématique orthodoxe pour enfants et adolescents, rappelons l’excellent roman De l’empire du moi-d’abord au royaume du don-de-soi de Myrsine Viggopoulou, et ces bandes dessinées de qualité : Starets Silouane, un moine du Mont-Athos de Gaëtan Evrard (Coccinelle); Le Pèlerin russe de Gaëtan Evrard (Coccinelle); Starets Séraphim, un moine de Sarov de Gaëtan Evrard (Coccinelle); Saint Vladimir, le soleil radieux de Vladimir Volkoff et Paul Teng (Lombard); Alexandre Nevski de Vladimir Volkoff et Paul Teng (Lombard); La vie de sainte Odile de Diss et Claude Delamarre (Signe).

Il est est souhaitable que les éditeurs orthodoxes développent ce secteur, qui peut jouer, en complément de la catéchèse classique, un rôle important. De nombreux livres à succès de Myrsine Viggopoulou, par exemple, restent en attente de traduction…

Jean-Claude Larchet

Réflexions de l’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion de la sortie d’un volume sur le Concile panorthodoxe, contenant la traduction en serbe des projets de textes préconciliaires, ainsi que des articles de différents théologiens de l’Église orthodoxe serbe, l’évêque de Bačka Irénée a publié le communiqué suivant.
« Le Christ est ressuscité !
J’adresse mes salutations à tous dans la joie de la Résurrection, tout en réfléchissant sur le saint et grand Concile durant les jours de la plus joyeuse des fêtes chrétiennes, qui emplit tout de sens universel. Il s’agit du message évangélique du salut de tous et de tout en Christ, qui contient en lui de façon concise l’annonce de l’unité conciliaire de l’Église. En même temps, au moment de la session en Assemblée de la hiérarchie de notre Église locale, je pense qu’il faut, par principe, que nous nous réjouissions tous du futur Concile panorthodoxe. On peut parfois lire et entendre dans les média – et aussi de la bouche des pasteurs et des théologiens de l’Église – que la tradition et la pratique de la convocation des Conciles dans l’Église orthodoxe, ou bien encore en Orient, est interrompue déjà depuis longtemps et que douze siècles se sont passés sans que nous ayons de conciles généraux (!). Historiquement, cela est inexact ! Notre Église est par nature conciliaire (catholique, universelle, englobant tout). Sa conciliarité (catholicité) ontologique, se manifeste historiquement en tant que synodalité, elle s’exprime précisément par les conciles. Avant tout, chacune de nos assemblées lors de la Liturgie est une Assemblée de toute l’Église « en un seul lieu », et sa réunion en un seul corps, en un Esprit divin (ἐπὶ τὸ αὐτό). Chaque Église locale (évêché, diocèse) est une Église dans sa plénitude, qui est en communion avec toutes les autres Églises de Dieu dans le monde. Il en résulte que sans communion conciliaire, l’unité de l’Église, en général, n’existe pas, pas même un instant. Les conciles locaux ou régionaux sont convoqués lorsqu’il en existe le besoin. Notre Église locale, en règle générale, tient un concile au moins une fois par an, et si nécessaire plus souvent. D’autres Églises locales tiennent aussi des conciles – les unes plus souvent, et les autres plus rarement. Qui plus est, lorsque des circonstances historiques importantes l’exigent, c’est-à-dire non à des intervalles réguliers, des grands conciles, exceptionnels, dans la Grâce, de toutes les Églises de Dieu dans le monde, sont convoqués. Ce sont les conciles généraux de l’Église qui s’appellent habituellement Conciles œcuméniques. Par conséquent, il n’est pas exact d’affirmer que dans l’Église orthodoxe, durant de longs siècles, il n’y a pas eu de conciles. Il est seulement exact qu’à l’époque plus récente, durant les siècles plus récents, nous n’avons pas eu de conciles panorthodoxes ou généraux. Cela peut se comprendre dans le contexte des événements historiques. Dans les temps plus anciens, seule la Russie était un pays orthodoxe libre, tandis que dans tous les autres, nous nous trouvions sous un asservissement qui a duré pendant des siècles. Sans les conditions de liberté et de paix, et sans bons moyens de communication entre les chrétiens orthodoxes dispersés dans « l’univers », dans le monde, il n’était pas possible de convoquer des grands conciles. À l’époque plus récente, alors qu’avaient déjà commencé les préparatifs pour un tel concile, au début du XXème siècle, la réunion au monastère athonite de Vatopédi [en 1930 ndt], a été particulièrement importante. À celle-ci, outre les représentants des autres Églises orthodoxes, les évêques de l’Église orthodoxe serbe ont prit une participation active, et le rôle du saint évêque Nicolas y a été immense. Plus tard, les plans pour que le nouveau concile général se tienne à Niš, à l’occasion du 1600ème anniversaire du premier concile œcuménique, ou à Jérusalem ou encore ailleurs, sont « tombés à l’eau », et la convocation du concile a été reportée sine die, principalement en raison des conditions prévalant dans l’Église russe à l’époque soviétique et, plus tard, en raison de conditions similaires dans la majorité des Églises locales, au temps des communistes et de leur pouvoir. Maintenant est venu le moment auquel l’Église peut organiser son concile, bien que les conditions, aujourd’hui aussi, ne soient pas idéales. Il n’y a pas, à vrai dire, de terreur politique et de persécutions grossières dans la majorité des pays orthodoxes, mais dans certains de ceux-ci il existe néanmoins des difficultés dans la vie de l’Église en raison des affrontements armés et, au Moyen Orient, des persécutions par des musulmans fanatiques. C’est la raison pour laquelle le Concile n’a pu être tenu à Constantinople, comme cela avait été prévu au départ. Nous sommes témoins que, sur la base des nouvelles médiatiques, il y a encore des actes terroristes à Ankara et à Constantinople. Les difficultés et les souffrances sont énormes en Syrie, en Irak, dans tout le Moyen Orient, où il y a aujourd’hui également beaucoup de chrétiens orthodoxes, mais aussi des chrétiens séparés de l’Église orthodoxe, qui lui sont toutefois proches et apparentés spirituellement. Les circonstances idéales, au demeurant, n’existent pas et nous ne pouvons les attendre. Mais les besoins et les défis existent et, pour cette raison, il a été décidé d’accélérer les préparatifs. Personnellement, s’il n’est pas immodeste de ma part que je le dise, je considère ce qui suit : si les préparatifs avaient duré deux ou trois ans de plus, le futur Concile serait plus réussi. Je le dis avec une certaine dose de hardiesse, peut-être non justifiée, car je participe depuis longtemps déjà au préparatifs conciliaires au nom de notre Église, avec le métropolite du Monténégro et du Littéral Mgr Amphiloque, et ce non pas comme un observateur qui suit tout ce qui se passe, mais de façon active, de l’intérieur. C’est ainsi que je considère que nous aurions pu avoir alors quelques thèmes importants à l’ordre du jour encore, tout d’abord la question de l’autocéphalie. Il en est de même pour la préparation des textes qui seront traités et soumis à la discussion au Concile et au sujet desquels des décisions seront prises. Cette préparation aurait pu être plus réussie parce certains des textes sont anciens de plusieurs décennies et la période préparatoire n’était pas suffisante pour qu’ils soient revus plus sérieusement et approfondis en fonction des défis spirituels actuels. Nous devons croire que notre manque tout humain de préparation, ou notre préparation insuffisante, ou encore nos désaccords sur certaines questions (il y en a), voire même les relations perturbées entre certaines Églises autocéphales, ne seront pas déterminants, mais que l’Esprit Saint élèvera tout cela depuis les espaces terrestres jusqu’à la cime des espaces célestes. Il édifie le Corps de l’Église et peut, par Son amour étendu et qui englobe tout, l’amour qui est du Père, et qui nous est accordé par le Fils et que nous vivons justement dans l’Esprit Saint, tout vivifier, transfigurer, manifester comme une fidèle icône du royaume de Dieu, malgré tout ce qui est humain et imparfait. Car le Concile est avant tout la Pentecôte, l’Esprit Saint avec nous. Sa force triomphera malgré toutes nos faiblesses et nos défauts. C’est la condition sine qua non préconciliaire, conciliaire et postconciliaire. Au demeurant, les Conciles sont convoqués dans ce but à travers toute l’histoire de l’Église. Ce ne sont pas des conférences ou des symposiums, mais des conciles qui résolvent les questions vitales de la vie de l’Église, en premier lieu, celles qui concernent l’unité de l’Église, à savoir une communion pleine et sans obstacle entre les Églises. C’est pourquoi je crois que la future réunion de toutes les Églises orthodoxes « ensemble et dans l’unanimité » témoignera l’unité entre nous. J’espère qu’elle présentera en outre un témoignage qui peut, à mon sens, être utile également aux chrétiens qui appartiennent à l’Église catholique-romaine, de même qu’aux chrétiens qui appartiennent aux communautés de la Réforme, aux Églises protestantes. En quoi vois-je cela ? De premier abord, il s’avérera que l’unité de l’Église est possible et réelle sans les excès et l’unilatéralité de la doctrine de la primauté de l’évêque de Rome sous la forme qu’elle a développée durant le deuxième millénaire de l’histoire chrétienne, c’est-à-dire sans l’absolutisation du primat romain, sans interprétation de la primauté d’honneur comme une primauté de pouvoir. Donc, que l’on ne peut justifier la nécessité de l’unité par une hypertrophie malsaine de la primauté. Car celle-ci a existé également durant les premiers siècles, mais elle était alors fondée sur l’amour, le service et le sacrifice. De même, les communautés issues de la Réforme, en rejetant le modèle d’unité romain, ont perdu l’unité entre elles, et, en même temps, l’unité avec l’Orient orthodoxe et l’Occident catholique. Il se peut que notre saint et grand Concile soit un témoignage utile, à eux, à tous, voire à nous-mêmes – un témoignage de l’unité de l’Église, et l’indicateur d’un équilibre indispensable entre primauté et conciliarité, primauté conçue comme sacrifice et comme service à l’unité de l’Église, et acceptation conciliaire et dans la Grâce de cette unité par les autres Églises. Peut-être serons-nous en mesure de montrer ce qu’est l’équilibre divino-humain, selon le Saint-Esprit et selon la sainte Trinité, dans l’existence et la vie de l’Église, un bon modèle de l’unité, qui est recherché parmi les Églises, bien qu’il ait été donné en fait à l’Église dès les temps apostoliques et a existé jusqu’au grand schisme entre Orient et Occident à la fin du premier millénaire. Or, l’Église orthodoxe le garde fidèlement aujourd’hui également. Tous les textes dans le présent volume, malgré leurs imperfections, sont précisément une tentative de présenter de tels efforts, et le recueil même est le fruit du souhait et du travail communs de tous les contributeurs qui ont participé à sa publication afin de témoigner ce qui nous a été donné dès le début et à jamais, la véritable catholicité et l’unité établie par Dieu de l’Église du Christ. Nous offrons les fruits de cette œuvre modeste à l’amour de toute la plénitude chrétienne de notre Église locale, ainsi qu’à tous les gens de bonne volonté. À Novi Sad, le 3/16 mai 2016 ».

Source

Recension: Jean Romanidès, « Théologie empirique »

Theologie empiriqueJean Romanidès, Théologie empirique. Présenté et commenté par Mgr Philarète, L’Harmattan, Paris, 2015, 336 p.
Le père Jean Romanidès (1927-2001) est l’un des plus grands théologiens orthodoxes contemporains
Son œuvre se distingue par son souci rigoureux d’orthodoxie, sa cohérence, son originalité, sa force d’expression, son ancrage dans la tradition des Pères et l’expérience spirituelle. Elle se présente en Grèce comme l’alternative majeure à la théologie – aujourd’hui de plus en plus critiquée – du métropolite Jean Zizioulas (avec lequel Romanidès et ses disciples furent en opposition) et à la théologie néo-grecque du groupe réuni dans les années 60 autour de la revue Synaxis, marquée par un mélange de théologie et de philosophie traduisant une méthode théologique déficiente, par une volonté de modernité et par une forte influence de la théologie russe décadente de la diaspora (Boulgakov et ses disciples) et de la philosophie occidentale (principalement existentialiste).
Le père Jean Romanidès est né au Pirée en 1927 de parents qui avaient été chassés de Cappadoce par les Turcs lors de la dramatique « épuration ethnique » de 1922. Deux mois après sa naissance, ses parents émigrèrent aux États-Unis. C’est à New York, dans le quartier de Manhattan, qu’il reçut sa première formation scolaire, avant d’entreprendre, lorsque le temps fut venu, des études de théologie à l’École de théologie orthodoxe de Holy Cross, dont il fut l’un des premiers diplômés (1949). Il poursuivit ensuite ses études à l’université de Yale (1950-1954), passa un an à l’Institut Saint-Serge à Paris, avant de rejoindre la Faculté de théologie de l’Université d’Athènes où il soutint en 1957 une thèse de doctorat qui avait pour thème « Le péché ancestral » (trad. anglaise: « Original Sin », 2e éd., Zephyr, Ridgewood, 2002) et qui, à l’époque, parut révolutionnaire. Il fut alors élu professeur à l’École supérieure de théologie orthodoxe de Holy Cross (1958) et devint éditeur de la Greek Orthodox Theological Review, l’une des deux plus importantes revues orthodoxes de langue anglaise. Il quitta ce poste en 1965 et fut élu en 1968 professeur à la Faculté de théologie de l’Université Aristote de Thessalonique. Il fut ordonné prêtre en 1970. Il participa à différentes commissions de dialogue théologique, cela au-delà de sa retraite, qu’il prit en 1984, et jusqu’à son décès, à Athènes, en 2001.
L’œuvre de Romanidès fut, par son engagement, son originalité, sa vigueur et, il faut le dire, sa dimension anticonformiste et provocatrice, sujette à débat dès l’origine et jusqu’à la fin. Le père Georges Dragas, qui fut l’un de ses étudiants et l’un de ses éditeurs aux États-Unis, écrit à son sujet : « C’était un combattant qui croyait clairement qu’il avait à défendre la dogmatique patristique orthodoxe telle qu’il l’avait redécouverte. C’était un théologien orthodoxe entièrement engagé qui cherchait à établir son orthodoxie sur les enseignements et la tradition vivante des Pères, tant ecclésiale qu’ascétique. Ayant grandi dans un contexte occidental et ayant été pleinement exposé aux traditions chrétiennes occidentales, il fut conduit non pas à tenir sa propre orthodoxie pour assurée, mais à l’examiner en profondeur pour redécouvrir et défendre son intégrité. Il acquit ainsi la conviction que la tradition patristique orthodoxe était radicalement différente des traditions occidentales qui, en raison de certaines exigences historiques, avaient imposé à celle-ci leur influence. »
Par la rupture qu’elle a imposée dans le monde orthodoxe par rapport aux modes de pensée établis, par la conscience nouvelle qu’elle a développée de l’identité orthodoxe par rapport à la théologie et à la spiritualité latines hétérodoxes (qu’il considérait comme enracinée dans l’œuvre d’Augustin d’Hippone et comme ayant été développée et imposée à l’Occident par les Carolingiens), l’œuvre du père Jean Romanidès a exercé une influence décisive beaucoup de théologiens orthodoxes contemporains, si bien que, comme le note le père Georges Métallinos dans l’ouvrage qu’il lui a consacré, « on doit distinguer dans la pensée orthodoxe moderne un avant et un après Romanidès ».
La pensée du père Jean Romanidès a fait l’objet d’une présentation d’ensemble, qui a reçu son approbation, par Andrew J. Sopko (Prophet of Roman Orthodoxy. The Theology of John Romanides, Synaxis Press, Dewdney, BC, Canada, 1998).
Ses livres et articles sont disponibles en grec, mais aussi en anglais. On en trouvera une partie (téléchargeable légalement en différents formats) sur le site Internet qui lui est consacré, et dans lequel il est accompagné par deux de ses principaux disciples actuels, le métropolite Hiérothée de Naupacte et Saint-Blaise, et le père Georges Métallinos, ancien doyen et professeur de la faculté de théologie d’Athènes.
L’importante diffusion de l’œuvre du père Jean Romanidès aux États-Unis tient au fait qu’il y a passé la plus grande partie de sa vie et a enseigné de nombreuses années dans l’un des deux principaux instituts supérieurs de théologie orthodoxe américains, et a écrit la plus grande partie de son œuvre en anglais.
Dans le monde francophone, c’est La Lumière du Thabor, revue aujourd’hui disparue d’un groupe schismatique de Vieux-calendaristes, que revient le mérite d’avoir fait connaître le père Jean Romanidès (comme lui revient le mérite d’avoir publié plusieurs textes importants du père Georges Florovsky, et une partie importante de l’œuvre de saint Justin Popovitch). Elle a offert, au fil de ses numéros, la traduction de plusieurs de ses articles (« Le Christ, la vie du monde »; « L’ecclésiologie de saint Ignace d’Antioche »; « Examen critique des applications de la théologie »; « La franco-latinisation de l’orthodoxie »; « Sur l’accord de Balamand »). Un autre article, d’une qualité exceptionnelle, sur « le Filioque », extrait d’un ouvrage du grand théologien intitulé Franks, Romans, Feudalism and Doctrine, a également été traduit et publié par l’équipe éditoriale de la revue dans un remarquable Dossier Saint Augustin paru aux éditions L’Âge d’Homme.
L’évêque de ce groupe, Mgr Philarète (alias Laurent Motte) a eu l’heureuse idée de rassembler l’ensemble de ces études dans le présent volume intitulé Théologie empirique. Il les a fait précéder d’une vaste et très bonne introduction de 70 pages, qui présente la biographie de l’auteur et une synthèse des principaux thèmes de son œuvre, dont ce volume offre un bon échantillon: la méthodologie de la théologie orthodoxe (fondée sur l’expérience spirituelle de l’illumination et de la glorificaiton, et non sur une spéculation de type philosophique, d’où le titre donné au volume); les trois degrés de la vie spirituelle (purification, illumination, glorification) ; le christianisme comme thérapeutique; l’opposition de la théologie franque – imposée à l’Occident par Charlemagne – à la théologie romaine (c’est-à-dire de l’empire romain, improprement appelé byzantin par les historiens, et de sa continuation après la chute de Constantinople, improprement appelée « Byzance après Byzance »), tout à la fois orientale et occidentale; la différence radicale entre la doctrine catholique-romaine du péché originel (issue d’Augustin) et la conception orthodoxe du péché ancestral; le Filioque comme produit de la théologie des Franks (orthographe justifiée par l’auteur); les déviations de la théologie augustinienne et l’inspiration augustinienne de la théologie des Franks; le schisme de 1054 non pas comme le résultant d’un « estrangement » progressif entre l’Occident et l’Orient selon une opinion devenue courante, mais comme le produit de la politique des Franks imposée aux papes; la vision du Verbe par les justes de l’Ancient Testament et leur glorification/déification; la glorification/déification comme but de la vie chrétienne; l’opposition de la théologie orthodoxe des énergies divines incréées à la doctrine de la grâce créée (qui prend sa source dans la doctrine augustinienne des « théophanies », intermédiaires créés), développée par la théologie franque.
On regrette, d’un point méthodologique, que les commentaires de ceux qui ont à l’origine publié ces traductions françaises se trouvent, dans les notes réunies en fin de volume, mélangées sans distinction avec celle du père Jean Romanidès. Cela donne une fâcheuse impression de tentative de récupération de sa pensée par un groupe dont il restait distant, puisque, rappelons-le, il a toujours appartenu à l’Église orthodoxe canonique et représentait même officiellement son Église locale (le patriarcat de Constantinople) dans des réunions œcuméniques internationales.
D’une qualité remarquable, la théologie du père Jean Romanidès n’est pas sans défauts. Sa vigueur tient souvent à une systématisation et à une simplification excessives, comme celle du schéma purification – illumination – glorification (qui certes appartient à la tradition patristique mais y fait l’objet d’une conception plus souple), ou celle de l’opposition Romains-Franks poussée jusqu’à l’époque actuelle (et qui finit par se substituer comme deux concepts politiques à la distinction orthodoxie-hétérodoxie), ou comme la réduction du christianisme à une thérapeutique (ce qui certes s’applique au salut et à la vie ascétique, mais n’est pas pertinent pour ce qui concerne la divinisation). Parmi ses autres faiblesses, on peut signaler l’insistance trop forte sur la responsabilité de la théologie de saint Augustin dans les déviations dogmatiques du catholicisme romain, qui en fait le responsable de tous les maux passés et présents. On trouve certes chez Augustin les racines de plusieurs d’entre elles et non des moindres, mais ce qu’il faudrait surtout incriminer c’est l’augustinisme (constitué par les disciples d’Augustin qui ont systématisé certaines de ses positions) et l’utilisation qui en a été faite plusieurs siècles plus tard, quand l’augustinisme, courant longtemps minoritaire, s’est imposé de longue lutte comme courant dominant en Occident (le père Placide Deseille a livré à ce sujet une excellente analyse). Un troisième problème est posé par la dissociation que le théologien grec opère entre la divinisation et le salut, ne faisant plus de celui-ci la condition de celle-là. Selon lui, la vision de Dieu dans Ses énergies incréées – qui est une vision déificatrice – était déjà donnée dans l’Ancien Testament, et l’économie du Verbe incarné a eu seulement pour but de libérer l’homme de la corruption et de la mort. Or, s’il est vrai que les Pères évoquent la vision de Dieu et même la déification de justes de l’Ancien Testament, ils la présentent comme exceptionnelle et comme une anticipation prophétique de ce que le Christ apportera. Pour eux, le salut accompli par le Verbe incarné n’est pas seulement une libération de la corruption et de la mort elles-mêmes (qui d’ailleurs ne s’accomplira pleinement qu’à la fin des temps), mais une libération du pouvoir du péché, du diable, de la passibilité et de la mort, qui sont chez les hommes des sources de passions et de péché et les empêchent de recevoir la plénitude de la grâce divinisante. Le salut (qui se présente effectivement comme une thérapeutique de la nature) était donc la condition de la divinisation (qui se présente en quelque sorte comme sa pleine santé). Une quatrième faiblesse des positions du père Jean Romanidès est l’appui qu’il a apporté à la christologie monophysite au cours de réunions œcuméniques où il a représenté le patriarcat de Constantinople et qui ont abouti au mauvais compromis de Chambézy (auquel ont aujourd’hui heureusement renoncé toutes les Églises locales orthodoxes à l’exception du patriarcat de Constantinople). Un cinquième point discutable de la pensée du théologien grec est son exaltation de l’hellénisme (commune à beaucoup de théologiens grecs des années 60, différents de lui et différents entre eux), s’incarnant dans le projet utopique, quasi politique, de restaurer dans le monde (mais en excluant paradoxalement les pays slaves) l’Empire romain sous le nom de Romanie. Ce dernier aspect de la pensée de Romanidès, peu présent dans ce volume, a été exposé dans son livre Romanité, Romanie, Roumélie, dont on trouvera une présentation très détaillée et une critique équilibrée dans le compte rendu qu’en a fait le père André de Halleux pour la Revue théologique de Louvain (15, 1984, p. 54-66) : « Une vision orthodoxe grecque de la Romanité », que l’on peut lire en ligne et télécharger ici.

Jean-Claude Larchet

Vient de paraître: Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, « La confession. Actes de l’université d’été 2015 »

ConfessionMétropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, La confession. Actes de l’université d’été 2015, Éditions Apostolia, Limours, 2016.
Ce volume contient les actes de l’université d’été tenue en 2015 à l’intention du clergé de la Métropole roumaine. Les exposés, faits, à l’exception d’un seul, par des clercs ou des moines et moniales appartenant au patriarcat de Roumanie, comportent quatre études bibliques, canoniques et patristiques, et par ailleurs des réflexions pastorales, le plus souvent propres au contexte spécifique de l’Église roumaine, sur la nature de la confession, son rapport avec la paternité spirituelle, son rapport avec la psychothérapie, son aspect thérapeutique ou son lien avec la communion en relation avec le problème de la fréquence de celle-ci.
Sommaire :
— Introduction, par le métropolite Joseph
— La paternité spirituelle, par l’évêque Silouane
— Expérience du renouveau de la confession dans une paroisse urbaine, par le père Ciprian Negreanu
— Le repentir chez saint Jean Climaque et saint Jean Cassien, par l’archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard
— Confession et psychothérapie – la guérison de l’âme et du corps, par la moniale Siluana Vlad
— Comment sensibiliser les jeunes à la confession, par la moniale Sofronia
— La confession en Roumanie – Historique et situation actuelle, par l’archimandrite Nichifor Horia
— Le ministère de la paternité spirituelle selon l’archimandrite Sophrony, par le hiéromoine Melchisedec
— Une perspective canonique sur la confession, par le père Patriciu Vlaic
— Le sacrement de la confession selon la Sainte Ecriture, par le père Vasile Mihoc
— Dimension psychosomatique de la confession, par le père Jean Boboc
— La dimension thérapeutique de la corifession, par le père Philippe Dautais
— Contrition, repentir et confession, selon l’enseignement de saint Jean Chrysostome, par le père Gérard Reynaud
— Conclusion, par le métropolite Joseph
— En guise de postface: Quand l’amour répond à l’amour, par le métropolite Joseph

Vient de paraître: « Les Princes de ce monde entre la joie de la vie et le don de l’immortalité » (éditions Apostolia) par Mgr Emilian de Loviștea

Mgr Emilian de Loviștea, évêque auxiliaire de l’archevêché de Râmnic, Les Princes de ce monde entre la joie de la vie et le don de l’immortalité, éditions Apostolia, Paris, 2016, 203 p.

CouvertureLes éditions Apostolia de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale viennent tout juste de publier un excellent livre sur la vie et le martyre des saints Brâncoveanu signé par l’évêque auxiliaire de l’archevêché de Râmnic (Roumanie), Mgr Emilian (Nica) de Loviștea : Les Princes de ce monde entre la joie de la vie et le don de l’immortalité. Un ouvrage parsemé de nombreuses images, dont la plus grande partie à valeur de véritables documents historiques et ecclésiastiques, portant sur les moments essentiels de la commémoration des saints martyrs Brâncoveanu (translation de leurs reliques à Bucarest, au monastère de Hurezi, « vol » de l’auteur-évêque avec la châsse de reliques du prince martyr en hélicoptère, jusqu’à Iasi pour la fête de sainte Parascève en 2014, etc.).
L’importance fondamentale du livre est celle de rendre actuelle pour un public francophone, la vie du saint voïvode martyr Constantin Brâncoveanu, prince régnant de la Valachie (1654-1714), décapité à Constantinople en 1714, avec ses quatre garçons, Constantin, Ștefan, Radu et Matei, et avec son gendre, le conseiller Ianache Văcărescu, pour la confession de leur foi. Ce fut, comme il est dit dans le livre, l’un « des événements les plus sanglants » de l’histoire de la Valachie : « Fermes dans la confession de leur foi chrétienne-orthodoxe, le saint voïvode, ses quatres fils, Constantin, Ştefan, Radu, Matei et le conseiller  Ianache ont été condamnés à mort, avec l’exécution de la sentence le jour du 15 août 1714. La date avait été choisie à dessein, puisque c’était le jour de l’anniversaire du voïvode Constantin, qui allait avoir 60 ans, et le jour de la fête onomastique de son épouse, la princesse Marika, la Dormition de la Mère de Dieu ». Le prince régnant de la Valachie a regardé mourir ses fils sous ses yeux, avant de supporter le martyre à son tour, étant assisté dans la mort « par une grande foule de personnes, parmi lesquelles les représentants des pays européens à Constantinople! ».
Structuré en douze grands chapitres, le livre présente l’histoire de la famille Brâncoveanu, proposée comme modèle de vie chrétienne authentique pour toute famille chrétienne de nos jours, sa généalogie, la politique du voïvode, ses relations (diplomatiques, mais aussi culturelles) avec les grandes puissances de l’époque et avec les hiérarques de son temps, les fondations religieuses (monastères et églises) et culturelles-laïques (écoles, imprimeries, infirmeries, etc.) du prince de la Valachie, son martyre (ainsi que celui de ses fils et de son gendre), l’historique de sa canonisation, de sa commémoration ultérieure par l’Église orthodoxe roumaine et surtout par l’évêché de Râmnic – le diocèse de l’auteur-évêque qui compte le plus de fondations monastiques du prince martyr -, ainsi que plusieurs témoignages personnels de Mgr Emilian concernant des actions religieuses et culturelles-historiques qu’il a entreprises et accomplies en l’honneur des saints martyrs, protecteurs de son diocèse (aux côtés du saint hiérarque Callinique de Tchernica et du saint hiérarque martyr Anthime l’Ibère). Ouvert avec un magnifique fragment du Psaume 113 (21-26), le livre est clos avec le tropaire des saints martyrs et une admirable ballade qui leur a été consacré par la tradition religieuse populaire roumaine.
Le but de la publication d’un tel livre en langue française est expliqué par Mgr Emilian dans son « Introduction » : « Dans ce livre, nous avons arrêté notre choix, parmi les princes chrétiens de notre histoire, au voïvode de la Valachie, le saint martyr Constantin Brâncoveanu, et à sa famille, qui ont œuvré pour le peuple roumain et pour l’Europe de leur époque, en se sacrifiant pour la foi chrétienne et pour la confession de la vérité de l’Évangile. Le but du présent recueil est donc de faire connaître plus largement leur vie et leur sacrifice dans un espace culturel habité par les Roumains de France, d’Europe occidentale et d’ailleurs, en insistant sur la question de la famille chrétienne et sur le contexte historique international qui fut celui du martyre du saint voïvode, de ses quatre fils et de son conseiller. Nous espérons que ce travail contribuera à une meilleure connaissance de la spiritualité et de la culture roumaine, et qu’il permettra de construire de nouveaux ponts au sein de la grande famille chrétienne, latine et francophone ».
L’amour pour les saints caractérise d’ailleurs, l’ensemble de l’activité éditoriale et de recherche de Mgr Emilian de Loviștea, qui est également maître de conférences aux Facultés de théologie orthodoxe des universités de Craiova et « Alexandru Ioan Cuza » de Iasi. Spécialiste en théologie et histoire, l’auteur-hiérarque a consacré plusieurs de ses livres (il en a publié déjà 7) à la vie et l’œuvre des saints protecteurs de son diocèse actuel (dont le saint hiérarque Callinique de Tchernica), ainsi qu’aux saints protecteurs de la Moldavie (son diocèse d’origine, puisque Mgr Emilian est devenu moine au monastère de Neamt, la grande laure de saint Païssy Vélitchkovsky, et a continué sa vie monastique à Iasi, où il a été ensuite conseiller culturel de la Métropole).
De nos jours, lorsqu’on assiste à un véritable rayonnement de l’orthodoxie en France en particulier, et à une recherche évidente de valeurs chrétiennes authentiques dans une Europe confrontée avec l’échec de sa déchristianisation et de sa sécularisation, la publication d’un tel livre, qui montre l’exemple d’une vie princière vécue dans la foi chrétienne-orthodoxe et sa confession par martyre, ne peut qu’inciter à la réflexion sur le véritable sens de la vie humaine et proposer un modèle à suivre.

Felicia Dumas, traductrice

Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie rejetant plusieurs points du document préconciliaire sur les relations avec le reste du monde chrétien

« Aujourd’hui, en date du 21 avril 2016, le Saint-Synode, sous la présidence de S.S. le patriarche de Bulgarie Néophyte a procédé à sa session ordinaire, au cours de laquelle ont été discutés les questions et les documents concernant le prochain Concile panorthodoxe, qui est prévu en Crète du 16 au 27 juin de cette année. À la session étaient présents les évêques synodaux ; Callinique de Vratchane, Joannice de Sliven, Grégoire de Velikotrnovo, Gabriel de Lovetch, Nicolas de Plovdiv, Ambroise de Dorostol, Jean de Varna et de Velikipreslav, Séraphin de Nevrokop et Nahum de Roussé. Les évêques synodaux suivants étaient absents : Dométien de Vidine, Joseph des États-Unis, du Canada et d’Australie, Ignace de Pleven, Galaction de Starozagorsk, Antoine d’Europe occidentale et centrale. Le Saint-Synode a examiné la lettre du métropolite de Lovetch Gabriel, avec en annexe les signatures des prêtres du diocèse de Lovetch concernant le texte intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », faisant partie des documents prévus pour examen lors du saint et grand Concile des Églises orthodoxes, qui se déroulera en Crète entre le 16 et le 27 juin de cette année. De même, le Saint-Synode a examiné la lettre du métropolite de Plovdiv Nicolas, avec en annexe les signatures des prêtres du diocèse de Plovdiv, en soutien de l’opinion exprimée par le diocèse de Lovetch au sujet du document susmentionné. Après un vote, le Saint-Synode a décidé à l’unanimité :

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Vient de paraître: Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, « L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église. Actes de l’université d’été 2014 »

Experience_du_ChristMétropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, L’expérience du Christ et de l’Esprit dans l’Église. Actes de l’université d’été 2014, Éditions Apostolia, Limours, 2016, 196 p.
Ce volume contient les actes de l’université d’été tenue en 2014 à l’intention du clergé de la Métropole roumaine. Les exposés, qui sont moins des exposés théoriques que des témoignages d’expériences pastorales, sont dus à des clercs de la métropole et à une moniale venue de Roumanie.
Sommaire :
— Introduction, par le métropolite Joseph
— La vie liturgique, par l’évêque Marc
— Le temps liturgique – Variations sur le temps et l’éternité – La pensée du père Dumitru Staniloae, par le Père Jean Boboc
— Sanctifier le temps, par le métropolite Joseph
— Services et vocations dans l’Eglise et la place des enfants, par la moniale Silouana Vlad
— La gestion de la vie paroissiale, par l’archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard
— Le défi de la diversité dans la vie paroissiale, par le père Gilbert Deprugney
— En guise de conclusion: Sur la prière, par le métropolite Joseph
— Annexe: Le précurseur de la mansuétude infinie du Sauveur, par le métropolite Joseph

Intervention de l’archevêque de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières) au colloque organisé à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion du colloque organisé le 19 avril à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe, l’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc a commenté le message de l’Église orthodoxe russe hors-frontières au sujet des projets de documents préconciliaires destinés à être soumis au futur Concile panorthodoxe :

Éminence, Excellences, révérends Pères, Frères et Sœurs,

Comme nous l’avons entendu dans la conférence de S.E. le métropolite Hilarion [de Volokolamsk, ndt], les documents qui ont été publiés sont passés par des périodes d’élaboration, de discussions, de finalisation ayant duré de nombreuses années, parfois même de nombreuses décennies, et cela se ressent très fortement dans certains documents, tandis que dans d’autres, cela est atténué, probablement parce que les thèmes étaient plus simples. Mais il reste que, à mon avis, ainsi qu’à celui de beaucoup de nos archipasteurs et pasteurs, deux de ces documents causent une certaine préoccupation. Celle-ci est liée à l’absence de clarté que l’on y rencontre, une absence de clarté avant tout terminologique, qui peut donner lieu à des interprétations erronées. Cela concerne les documents « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Il y a certaines craintes également en ce qui concerne le règlement du Concile, mais S.E. le métropolite Hilarion a déjà répondu en partie à celles-ci. Avant tout, je vais aborder le document appelé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Chez nous, ce document appelle une grande vigilance au regard de l’ecclésiologie orthodoxe. La terminologie est confuse dans ce document, elle n’est pas claire et peut donner lieu à toutes les interprétations erronées. Bien qu’au début de ce document figure une phrase très claire, et encourageante pour moi personnellement ainsi que pour beaucoup d’évêques, selon laquelle l’Église orthodoxe est définie comme l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui établit son unité, comme cela y est dit, sur le fait qu’elle est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cependant, malheureusement, une telle terminologie claire, non ambiguë, est loin d’être maintenue dans le reste du document, où il est dit, je cite : « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique d’autres églises et confessions chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cela, sous une forme différente, sous un aspect différent, fait que l’on rappelle maintes fois la question des autres « Églises ». Pour nous, une telle terminologie est inacceptable. Peut-être dois-je dire que je sens souvent, qu’en Russie, nos archipasteurs et pasteurs ont une attitude plus favorable envers les autres « Églises », les autres confessions, que nous à l’étranger, parce que nous sommes confrontés à celles-ci tous les jours, nous savons de quoi il s’agit et que, en partie, nous sommes issus de ces communautés. C’est pourquoi, nous avons, peut-être, une perception plus aiguë de ce thème mais je sais, néanmoins, que cela inquiète de nombreuses personnes, et ce non pas seulement dans notre Église. En fait, ceux qui ont protesté les premiers contre cette formulation étaient des Grecs. Et cela me réjouit parce que les Grecs constantinopolitains, de toute évidence, considèrent souvent que nous, Église russe, avons toujours été opposés à ce qu’ils proposaient. Dans le cas présent, ce sont les Grecs eux-mêmes des Églises de Grèce et de Chypre qui ont apporté une contribution très intéressante à cette discussion. Lorsqu’il est dit que l’Église est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, on oublie de toute évidence qu’elle constitue également Son Corps mystique, ce que nous ne saurions omettre. Si un tel fondement du Corps du Christ est clair pour nous, alors il ne peut être question d’une multitude d’Églises. Cela, nous ne pouvons en parler que dans une discussion privée, personnelle, mais non au niveau d’une conférence panorthodoxe. L’unité de l’Église, à notre avis, ne saurait être mise en question. Il n’est dit nulle part dans le texte que la division qui existe à notre époque s’est produite suite à des schismes et des hérésies. Certes, dans la vie de tous les jours, nous pouvons ne pas aller à la rencontre de chaque protestant en lui disant « tu es un hérétique ». Mais lorsque l’on me demande : « Me considérez-vous comme un hérétique ? », je dois le dire. Je dois comprendre que, à la base de ces prétendues « Églises » existant maintenant, se trouve l’hérésie ou le schisme. Mais, dans ce document, on parle constamment d’une mystérieuse unité chrétienne. Il n’est dit nulle part ce dont il s’agit. Est-ce un quelconque méli mélo ? Si nous parlons de la prépondérance de l’Église orthodoxe, de l’unité des fidèles en Christ, de l’Église une sainte, catholique et apostolique etc., alors nous ne pouvons en même temps, dans le même document, parler de la multitude des Églises. Parler de l’unité chrétienne perdue et du rétablissement de celle-ci, est magnifique, Dieu merci, on en parle. Mais le rétablissement de l’unité ne peut se produire par des voies nébuleuses. Là, rien n’est dit au sujet de tous ceux qui ont quitté cette unité avec l’Église orthodoxe, que nous invitons à revenir, il n’est pas dit que nous sommes des témoins, sans orgueil aucun de notre côté (ce n’est pas à nous que revient le mérite d’être orthodoxes, mais le Seigneur nous a appelés dans l’Église Une) et pour cette raison, nous devons témoigner de cette vérité, et ne pas la voiler, comme on le fait ici. Il ressort de ce texte que l’Église orthodoxe est une quelconque petite partie d’un tout, c’est une sorte de fragment, comme tous les autres. Et il n’est pas dit que la perte de l’unité des hétérodoxes, c’est précisément la perte de leur unité avec l’Église orthodoxe. Encore une fois, dans une conversation privée, nous pouvons permettre de telles choses, mais non dans un document panorthodoxe, à mon avis, cela est inacceptable. Il y a encore une chose dangereuse, c’est la déclaration de ce document au sujet de la pratique du prosélytisme. Selon une phrase du document, toute pratique de prosélytisme est exclue ainsi que d’autres actions provoquant des manifestations d’antagonisme interconfessionnel. Il ne faut pas confondre ces deux choses, excusez-moi. On ne peut les laisser à égalité dans une phrase. Une chose est le prosélytisme auquel le Seigneur nous a tous appelés et envoyés, et autre chose est effectivement la manifestation malsaine d’antagonisme interconfessionnel, ce que nous voulons tous éviter. Ici, nous devons distinguer nettement ces deux choses. Parce que si nous les confondons, on arrive à nouveau à une quelconque égalité entre les confessions, nous sommes alors tous égaux et nous devons tous revenir quelque part, on ne sait pas où…

Un autre document qui appelle, peut-être, une vigilance encore plus grande, c’est le document sur la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain. Là, à mon avis, il y a des erreurs portant sur l’anthropologie. Le passage clé dans ce document est celui où il est question de la personne humaine. Or, comme nous l’avons déjà indiqué, il faut parler ici de l’homme ! « La personne humaine » est une nouvelle expression, non patristique et non liturgique. Ceci étant, ce problème est identique dans toutes les variantes linguistiques de ce texte. Ceci est le plus flagrant dans le texte grec. J’ignore quel texte se trouvait à l’origine de ce document, mais le texte grec est absolument absurde, comme l’ont montré les évêques grecs, parce que l’on y utilise le mot « prosopon », qui est en général utilisé seulement pour les Personnes de la Sainte Trinité, et les Grecs eux-mêmes l’ont relevé. Il y a, dans la traduction russe, la meilleure variante, étant donné qu’à de nombreux endroits, on utilise malgré tout le mot « homme », et non « la personnalité humaine ». Et dans les textes français, grec et anglais, il y a cette terminologie inacceptable. Il faudrait, dans le texte russe, procéder de façon conséquente, et utiliser dans tout le texte le mot « homme », au lieu de « personnalité humaine », qui crée ici une confusion entre ce qui est incréé – la Sainte Trinité – et le créé dans l’homme.

Ce sont donc les éléments qui, à notre avis, demandent des corrections et des définitions précises. Beaucoup de choses importantes sont dites dans ces textes, particulièrement dans ce texte où il est question de la place de l’Église dans le monde contemporain. Il ne faudrait pas, naturellement, tout supprimer mais, à mon avis, il faut préciser et éviter, voire enlever toutes ces contradictions inutiles, qui sont présentes dans ce texte.

Encore un élément important : pour quelles raisons y parle-t-on de « genres », alors que l’on a simplement en vue le sexe. Pourquoi faut-il introduire un quelconque « genre » ? Cela est incompréhensible.

Pour ce qui concerne la procédure du Concile, il y a un passage troublant, c’est la référence au fait que l’esprit conciliaire ou l’institution conciliaire dans l’Église a toujours préservé la vérité de la foi. C’est simplement faux. Les Conciles ont simplement transmis ce qu’ils ont hérité du Seigneur, ils révèlent la volonté divine, mais ils ne l’établissent pas eux-mêmes. Le métropolite Hilarion a déjà parlé au sujet de la décision conciliaire, je lui suis reconnaissant pour cette clarification. Bien sûr, tenant compte de tout cela, ce serait mieux, en fonction de toutes ces lacunes, et cela faciliterait beaucoup les choses, si nous utilisions non pas le mot « Concile », mais « Conférence panorthodoxe ». Cela ferait disparaître toute la tension qui existe dans le peuple et qui, peut-être, est fondée, mais il y a ici un malentendu, parce que nous partons ici de la langue grecque où en fait il n’y a pas de différence fondamentale entre les mots « Concile », « Réunion » et conférence ou consultation. Si nous utilisions le mot « conférence » nous ferions disparaître cette grande tension.

Source

Recension: Père Gleb Kaleda, « Arrêtez-vous sur vos chemins. Notes d’un aumônier de prison à Moscou (1992-1994) »

C_Kaleda_Arretez-vousPère Gleb Kaleda, Arrêtez-vous sur vos chemins. Notes d’un aumônier de prison à Moscou (1992-1994). Traduit du russe par Françoise Lhoest, éditions des Syrtes, Genève, 2016, 150 p.
Le Père Gleb Kaleda est déjà connu des lecteurs francophones par un livre intitulé L’Église au foyer paru en 2000 aux éditions du Cerf.
Dans la première partie de ce nouveau livre, il nous livre un témoignage et des réflexions relatives à son ministère d’aumônier de prison de 1992 à 1994, soit les deux dernières années de sa vie. Il fait apparaître les particularités de la pastorale des prisonniers liées à la fois aux difficultés propres au milieu carcéral, à la psychologie particulière de ceux qui y vivent, aux relations spéciales qu’ils entretiennent avec leurs semblables, et à leurs difficultés d’aborder la foi dans un milieu qui en est a priori éloigné. Comme Dostoïevski dans ses Souvenirs de la maison des morts, le Père Gleb témoigne de sa confiance dans l’aptitude de l’homme, en qui l’image de Dieu ne peut jamais se perdre, à se repentir et à se transformer positivement, quel que soit le poids du passé et les difficultés du présent. Il fait part des ses efforts spirituels et matériels pour réintroduire des structures (local pour les confessions, chapelle…) et une vie chrétienne dans les prisons, dans un pays où elle en avait été officiellement bannie pendant soixante-dix ans.
Ce témoignage et ces réflexions sont très liés au contexte historique, politique et sociologique de la Russie dans les années qui ont immédiatement suivi la perestroïka, et sont souvent assez datées. Mais il y reste une dimension universelle, relative notamment à la psychologie des prisonniers, à la façon de l’aborder, et à la manière dont le ministère du prêtre peut s’exercer dans ce milieu particulier.
Une deuxième partie du livre rassemble: 1) des témoignages de prisonniers adressés à l’épouse du Père Gleb à la suite du décès de celui-ci en 1994, qui soulignent les qualités de leur aumônier; 2) un texte d’Alexandre Dvorkine sur la vie et l’œuvre pastorale du Père Gleb; 3) des souvenirs Gennadi Orechkine qui fut un directeur de prison d’une grande humanité et favorisa grandement l’activité pastorale du Père Gleb. Celui-ci a été longtemps professeur de géologie ; il fut ordonné prêtre secrètement à l’âge de 53 ans, célébra chez lui clandestinement jusqu’en 1990, avant que le patriarche Alexis II ne le charge de l’organisation de la catéchèse à destination des prisonniers et ne fasse de lui le premier aumônier de prison en Russie depuis la révolution. Tous ces témoignages font apparaître le Père Gleb comme un pasteur remarquable.

Jean-Claude Larchet

Messages de Pâques

La-Résurrection1Messages de Pâques en français: du patriarche oecuménique de Constantinople Bartholomée, du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie, du patriarche Irénée de Serbie, du métropolite Tikhon (Église orthodoxe en Amérique), du métropolite Stéphane de Tallinn et de toute l’Estonie, du métropolite Emmanuel, du métropolite Athénagoras de Belgique, exarque des Pays-Bas et du Luxembourg, de l’archevêque Jean, de Mgr Nestor de Chersonèse, du métropolite Joseph.

Icône de la Résurrection ci-contre: blog “Icône et tradition”

Livre, roman: « Lueurs à la dérive » de Laurence Guillon

lueurs_a_la_derive-couvLaurence Guillon, auteure de confession orthodoxe, a publié l’année dernière aux éditions Rod un roman intitulé Lueurs à la dérive. Ce récit, imprégné d’esprit chrétien orthodoxe, place son action en Russie au temps du Goulag et de la persécution des croyants. Laurence Guillon a publié également Le tsar Hérode (Mercure de France, 1986, prix Fénéon) et des ouvrages pour les enfants.

Communiqué commun du Patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient et du Patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient

13001158_932228543541579_978737386614915856_nLe 21 avril, à Balamand au Liban, à l’occasion du 3e anniversaire de l’enlèvement des deux évêques d’Alep en Syrie (photographies ci-contre), le Patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et le Patriarcat syriaque orthodoxe d’Antioche (Église non chalcédonienne) ont publié un communiqué commun que nous reproduisons ci-dessous la traduction française (source dont photographie, version anglaise):

Trois ans d’enlèvement pour nos frères Jean et Paul, évêques d’Alep

Balamand, le 21 avril 2016

Nos chers fils spirituels,
Nos frères dans la patrie et l’humanité,
Il y a trois ans jour pour jour, les évêques d’Alep Jean Ibrahim et Paul Yazigi furent enlevés dans les environs d’Alep, alors même qu’ils rentraient d’une mission humanitaire où ils agissaient en intermédiaires pour aider autrui. Depuis lors, pas une seule information officielle n’a filtré à leur sujet ; ni de la part d’un gouvernement, ni de celle d’une organisation, ni même émanant d’une autorité haute ou modeste, quelle qu’elle soit. Depuis trois ans, ce dossier est relégué aux oubliettes, et ceci n’est qu’une reproduction à échelle réduite de ce qu’endurent nombreux parmi nous : terreur, meurtre, enlèvements, exil, accusation d’apostasie, attentats dévastateurs… Tout cela sous couvert d’appellations et de slogans divers. Ni les torrents de larmes versées par les mères de Syrie et du monde entier, ni l’ardeur de tous ces cœurs épuisés en prière n’ont suffi à mettre un terme à cette tragédie débutée il y a plus de cinq ans, sous un nom sans lien avec son sens initial.
Il nous importe aujourd’hui, alors que nous soumettons cette tragédie au regard du monde entier, de confirmer les principes immuables que nous avons déjà affirmés et que nous partageons avec un grand nombre de personnes.
Si le but de ces enlèvements est de nous intimider en tant que chrétiens, que les ravisseurs sachent que nous sommes les descendants de ceux qui ont choisi de porter le nom du Christ, sur cette terre et non une autre, il y a deux-mille ans. Nous ne sommes pas surhumains et ne sommes pas soutenus par des colosses. De cette terre nous pétrissons notre pain et de toute la force de notre appartenance à ce sol nous sauvegardons notre identité, levantine et antiochienne, contre vents et marées.
Nous avons frappé à toutes les portes et continuerons de le faire, mais notre premier espoir, et le dernier, c’est en Dieu que nous l’investissons. Notre première et dernière force, c’est de la détermination de nos ancêtres, de leur persévérance et de l’amour qu’ils ont voué à leur terre et à leur Église que nous les tirons. En cet Orient nous demeurons, nos cloches continueront d’y résonner et nous ne cesserons d’y brandir nos croix et nos églises. La main malveillante qui se tendra vers ces croix et ces clochers, nos frères musulmans de tout bord se chargeront eux-mêmes de la tordre ; les musulmans du Levant, peuple de la tempérance, qui endurent tout autant que nous le fléau du terrorisme aveugle et les accusations d’apostasie, surgies en intruses dans nos relations chrétiennes-musulmanes, passées comme actuelles. Se chargera également de tordre le bras de ce fléau une longue fraternité, vécue et que nous continuons de vivre, avec toutes les communautés. On a beau briser nos croix, exiler nos familles, déchirer les entrailles de nos patries, incendier nos églises et nos mosquées, nous priver de nos enfants, de nos proches et bien-aimés, tombés en martyrs dans la lutte du bon droit contre l’injustice, il n’en reste pas moins que, tout cela, malgré l’étendue de son horreur, nous l’endurons comme si de rien et le déposons en offrande sur le chemin de croix enduré par notre Seigneur Jésus Christ. Toutes les ténèbres de ce bas monde, nous les enfouissons dans la lumière du regard de la Vierge toute sainte, honorée par les chrétiens comme par les musulmans, et au secours de laquelle nous en appelons, pour nous rendre tous les kidnappés et parmi eux nos deux frères, les évêques d’Alep.
En cette terre nous demeurons et nous n’épargnerons aucun moyen pour la défendre et y défendre notre présence. Nous n’y avons jamais constitué une minorité et nous ne le serons pas. Pour tous ceux qui se disent touchés par le sort des « minorités » et qui ouvrent leurs portes pour accueillir les Syriens de tout bord, il serait plus convenable d’œuvrer de toutes leurs forces pour trouver une solution qui leur épargnerait une lourde responsabilité et un fardeau économique supplémentaire, et qui épargnerait à cette population les dangers d’une traversée en mer exténuante, les affres de l’exil et du statut de réfugiés. Nous ne sommes pas des quêteurs de protection, mais des quêteurs de paix. Et la paix est une et indivisible. Elle ne se répartit pas en « paix pour les minorités » et en « paix pour les majorités ». La paix est celle de pays qui se sont fondés et tiennent grâce au vivre ensemble, au patriotisme, à l’esprit civique et au discours religieux modéré. La paix ne découlera pas d’un blocus économique extérieur, qui ne porte généralement atteinte qu’aux enfants sans-abri et aux démunis sur le sort desquels nombreux pleurent, alors même qu’ils ont été réduits à une vulgaire monnaie d’échange exploitée sur le marché des armes et dans le conflit d’intérêts.
A la communauté internationale nous répétons ce que nous avons affirmé précédemment : nous vous sommes reconnaissants de tous les sentiments fraternels et les condamnations exprimées. Cependant, après ces trois longues années d’attente, nous vous accusons tous de porter la responsabilité d’avoir ignoré cet enlèvement et du silence absolu sur ce dossier, et nous vous invitons tous à remplacer le discours habituel, qui consiste à dénigrer, condamner et promettre une action sérieuse, par des actes suivis, traduisant concrètement les bonnes volontés exprimées.
Nous renouvelons ici notre appel à libérer nos deux frères évêques et en appelons aux États décisionnaires et à ceux qui ont le pouvoir de « tirer les cordes » de la scène politique de mettre un terme à cette tragédie humaine minimisée, dont la description est loin d’en refléter l’ampleur et l’impact réel sur la population syrienne. Nous apprécions fortement, en revanche, et savons gré de tout effort, local ou international, déployé pour la convergence et le dialogue, car il est le seul garant de retrouver la paix en Syrie, au Levant et dans le monde.
Alors que nous élevons nos prières pour la paix en Syrie, au Proche-Orient et dans le monde entier, nous saluons la ville d’Alep, nos proches et les membres de la paroisse qui y résident. Nous saluons notre grande famille, tous les cœurs aimants, pétris d’espérance, qui ont chéri Jean Ibrahim et Paul Yazigi. Nous saluons nos fils dans la patrie et les membres de la diaspora, réunis par l’amour de la patrie et notre terre d’origine. Nous saluons toute la communauté d’Antioche unie dans la prière, dans la quête et dans la prise de position aux quatre coins de la terre.
A l’approche des fêtes de Pâques, qui célèbrent la Résurrection, nous prions Jésus-Christ, Seigneur de la Résurrection, de nous soulager du lourd fardeau qui pèse sur cet Orient et d’y implanter la lumière de Sa résurrection. Nous prions le Saint des saints de panser de Sa main tendue le cœur de chaque mère, père, frère ou ami miné par cette crise et d’adoucir leurs meurtrissures grâce à l’espoir de la résurrection. Nous prions le Dieu crucifié, qui a vaincu de Sa force l’empire de la mort, enseveli dans Sa tombe les maux de l’humanité et renforcé le cœur de Ses disciples, de consoler nos fils et de ramener la paix à la terre de la paix, cette terre d’Orient blessée, mais qui subsistera envers et contre tout. Nous sommes les enfants de la Lumière et de la Résurrection, et nos prières adressées aujourd’hui au Seigneur de la Lumière et de la Résurrection, l’appellent à étendre Sa Lumière consolante et Sa protection divine sur nos fils qui protègent cette terre, à accorder Sa miséricorde aux âmes des martyrs et à ramener chaque individu enlevé sain et sauf parmi les siens.
A nos frères évêques nous disons : vous êtes un parfum d’encens émanant dans les ténèbres actuelles. Vous êtes l’éclat d’une louange divine surgissant au milieu des écueils des intérêts. Vous qui marchez dans la Lumière du Christ, de laquelle vous tirez votre force et celle de la paroisse qui vous a été confiée, sachez que nous sommes à vos côtés, dans le flot d’une prière adressée au Rédempteur et à ses saints, le suppliant d’éloigner de nous ce nuage de tourments, d’inonder nos martyrs de Sa Lumière et de recouvrir nos proches de Son aile protectrice.
Sois à nos côtés Seigneur et accorde-nous Ta consolation divine. Bénis nos âmes de la force de Ta paix et ancre, au fond de nos cœurs, l’espoir de Ton Salut. Sois notre soutien et notre protection. Inonde nos esprits de la lumière de Ta paix et emplis nos âmes de l’éclat de Ta bonté. Console les kidnappés et ramène-les aux leurs. Reste, Seigneur, aux côtés des exilés et rend nous plus forts, afin que nous les consolions autant que faire se peut. Prends soin des orphelins, aie pitié de l’âme de nos martyrs et guéris, de Ton âme sacro-sainte, les cœurs meurtris de leurs proches.
Accorde-nous, Seigneur, la lumière de Ta paix et éclaire nos vies de Ta présence sublime.

Jean X (Yazigi), patriarche grec orthodoxe d’Antioche et du Levant

Mor Ignace Ephrem II (Karim), patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche et du Levant

« #Kairos » – première chronique en direct de Jean-François Colosimo – 22 avril

Voici la première chronique de Jean-François Colosimo, intitulée  #Kairos et diffusée en direct aujourd’hui sur la page Facebook d’Orthodoxie.com. Pendant que vous regardez la vidéo en direct, vous pouvez cliquer sur le bouton “S’abonner” pour que Facebook vous notifie nos prochaines retransmissions ! Et surtout ne pas oublier de « liker » notre page Facebook !!!

Déclaration conjointe du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque Jérôme sur l’île de Lesbos aujourd’hui

Le pape François, le patriarche œcuménique Bartholomée Ier et l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme se sont rencontrés aujourd’hui à l’île de Lesbos pour rencontre les réfugiés qui s’y trouvent et pour les soutenir. A cette occasion, une déclaration conjointe a signé. Nous vous invitons à la lire ci-dessous .

« Nous, pape François, patriarche oecuménique Bartholomée et archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, nous nous sommes rencontrés sur l’île grecque de Lesbos afin de montrer notre profonde préoccupation face à la condition tragique des nombreux réfugiés, des migrants et des demandeurs d’asile qui sont venus en Europe en fuyant des situations de conflit et, dans beaucoup de cas, des menaces à leur survie. L’opinion mondiale ne peut pas ignorer la gigantesque crise humanitaire créée par la propagation de la violence et du conflit armé, par la persécution et le déplacement de minorités religieuses et ethniques ainsi que par le déracinement des familles de leurs maisons, en violation de leur dignité humaine ainsi que de leurs droits humains fondamentaux et de leurs libertés.

La tragédie de la migration et du déplacement forcés affecte des millions de personnes, et c’est fondamentalement une crise d’humanité, qui appelle une réponse de solidarité, de compassion, de générosité et un engagement de ressources immédiat et pratique. De Lesbos, nous appelons la communauté internationale à répondre avec courage en affrontant cette crise humanitaire massive et ses causes sous-jacentes, par des initiatives diplomatiques, politiques et de charité ainsi que par des efforts de coopération, à la fois au Moyen-Orient et en Europe.
En tant que dirigeants de nos Églises respectives, nous sommes unis dans notre désir de paix et dans notre sollicitude pour promouvoir la résolution des conflits à travers le dialogue et la réconciliation. En reconnaissant les efforts déjà en cours pour apporter de l’aide et des soins aux réfugiés, aux migrants et aux demandeurs l’asile, nous appelons tous les dirigeants politiques à utiliser tous les moyens afin d’assurer que les individus et les communautés, y compris les chrétiens, restent dans leurs pays et jouissent du droit fondamental à vivre en paix et en sécurité. Un large consensus international et un programme d’assistance sont d’une nécessité urgente pour soutenir le droit, pour défendre les droits humains fondamentaux dans cette situation
insoutenable, pour protéger les minorités, pour combattre la traite et le trafic humains, pour éliminer les routes qui ne sont pas sûres, telles que celles à travers la mer Égée et toute la Méditerranée, et pour développer des procédures de réinstallation sûre. De cette manière, nous serons en mesure d’assister ces pays directement engagés à pourvoir aux besoins de si nombreux de nos frères et soeurs souffrants. À titre particulier, nous exprimons notre solidarité avec le peuple grec, qui, malgré ses propres difficultés économiques, a répondu avec générosité à cette crise.
Ensemble, nous plaidons solennellement pour une fin de la guerre et de la violence au Moyen-Orient, pour une paix juste et durable et pour le retour honorable de ceux qui ont été contraints à abandonner leurs maisons. Nous demandons aux communautés religieuses d’accroître leurs efforts pour recevoir, pour assister et pour protéger les réfugiés de toutes les confessions ; et que les services d’assistance religieux et civils travaillent à coordonner leurs initiatives. Car, tant que le besoin perdure, nous exhortons tous les pays à étendre l’asile temporaire, à offrir le statut de réfugié à ceux qui sont éligibles, à accroître leurs efforts d’assistance et à travailler avec tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté en vue d’une fin rapide des conflits en cours.
L’Europe affronte aujourd’hui l’une de ses plus sérieuses crises humanitaires depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour répondre à ce grave défi, nous appelons tous les disciples du Christ à se souvenir des paroles du Seigneur, sur lesquelles nous serons jugés un jour : « Car, j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi… Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35-36.40).
Pour notre part, obéissant à la volonté de notre Seigneur Jésus Christ, nous nous engageons fermement et sans réserve à intensifier nos efforts pour promouvoir la pleine unité de tous les chrétiens. Nous réaffirmons notre conviction qu’il « appartient à la réconciliation (entre les chrétiens) de favoriser la justice sociale, dans et entre tous les peuples… Nous voulons ensemble contribuer à ce que les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile soient accueillis dignement en Europe » (Charte oecuménique, 2001). En défendant les droits humains fondamentaux des réfugiés, des demandeurs d’asile et des migrants, et de toutes les personnes marginalisées dans nos sociétés, nous visons à accomplir la mission de service des Églises en faveur du monde.
Notre rencontre d’aujourd’hui est destinée à aider à apporter courage et espérance à ceux qui cherchent un refuge ainsi qu’à tous ceux qui les accueillent et les assistent. Nous exhortons la communauté internationale à faire de la protection des vies humaines une priorité et à soutenir à tous les niveaux les politiques d’inclusion qui s’étendent à toutes les communautés religieuses. La terrible situation de tous ceux qui sont affectés par la présente crise humanitaire, y compris beaucoup de nos frères et sœurs chrétiens, appelle notre prière constante.
Ile de Lesbos, le 16 avril 2016″

Inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris: le discours de Philippe Goujon, député et maire du 15e arrondissement

P1160060Lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, le 31 mars dernier, le député et maire du 15e arrondissement, Philippe Goujon, a prononcé un discours (photographie ci-contre). Pour le lire, cliquez sur ce lien.

Communiqué au sujet de la visite commune prochaine du pape François, du patriarche Bartholomée et de l’archevêque Jérôme d’Athènes sur l’île de Lesbos

« Il est communiqué que, au cours de cette dernière période, le Patriarcat œcuménique et Sa Toute-Sainteté le patriarche Bartholomée en personne, suivent avec une attention soutenue les développements et les affrontements armés dans la région du Moyen Orient élargi ainsi que les persécutions des chrétiens qui y ont lieu. Ainsi, Sa Toute-Sainteté le patriarche a exprimé de différentes façons, jusqu’à aujourd’hui, son angoisse au sujet du vaste flot de réfugiés. Dans cet esprit, il a communiqué au mois de février, par son représentant, avec Sa Sainteté le pape François, et, le 30 mars, il a envoyé à celui-ci une lettre à ce sujet. Dans le cadre de ce vif intérêt et en raison de l’inquiétude commune des dirigeants religieux ainsi que de la nécessité impérative d’une prise d’initiative et d’action communes pour sensibiliser l’opinion publique internationale et les organes et acteurs compétents, Sa Sainteté le pape de Rome François, Sa Toute-sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée et Sa Béatitude l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme visiteront très prochainement l’île de Lesbos afin de communiquer avec les réfugiés qui s’y trouvent et de les soutenir. Cette démarche et initiative des dirigeants religieux soutiendra et réconfortera les milliers de réfugiés éprouvés et favorisera la prise d’initiatives appropriée pour la protection des communautés chrétiennes très éprouvées ainsi que la prise en charge correcte du problème majeur des réfugiés.
Au patriarcat, le 5 avril 2016 »

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L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières): « Les gens ne jeûnent pas, parce qu’ils ne connaissent pas le sens du carême »

Le site internet pravoslavie.ru a publié une interview vidéo de l’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne au sujet du Grand Carême, que nous publions ci-dessous avec l’introduction rédigée par ce site.

Pour beaucoup de gens, le Grand Carême est un temps, disons-le ouvertement, difficile et triste. D’année en année, les statistiques montrent un triste résultat : [En Russie] seuls 3 à 5% de ceux qui se considèrent orthodoxes, observent le carême et encore pas toujours de façon stricte. Pourquoi les gens ne voient-ils pas la joie du jeûne ? En quoi consiste-t-elle ? Comment ceux qui n’ont jamais jeûné peuvent-ils se risquer à jeûner ? Nous discutons de cela avec Mgr Marc (Arndt), archevêque de Berlin et d’Allemagne de l’Église orthodoxe russe hors-frontières.

– Bonjour, chers lecteurs et visiteurs du portail internet « Pravoslavie.Ru ». Notre invité est aujourd’hui Mgr Marc, archevêque de Berlin, d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Monseigneur, notre émission sera diffusée pendant le Grand Carême. C’est pourquoi le thème de notre rencontre, aujourd’hui, est le Grand Carême. Le Carême est un temps empli d’une solennité particulière, d’un contenu et d’un sens spécifiques. C’est la tempérance et la limitation de sa propre personne. Mais chez beaucoup de personnes aujourd’hui, la tempérance est associée à quelque chose de négatif, triste, qui provoque l’abattement. Monseigneur, comment passer le Carême de telle façon qu’il soit reçu non comme un temps de tristesse, mais de joie ?

– D’abord, je corrigerai quelque peu vos paroles : il ne faut pas qualifier de jeûne de limitation. Au contraire, c’est une libération. La libération de ce poids inutile, d’une charge inutile, que porte chacun. La libération de la lourdeur corporelle, bien sûr, mais aussi spirituelle – nous nous libérons de la charge de nos péchés. Le jeûne est la période la plus propice pour notre salut, c’est le temps durant lequel nous consacrons une attention particulière au côté spirituel de notre vie. Et lorsque nous nous libérons de la charge corporelle, l’esprit de l’homme se libère pour l’activité spirituelle, précisément. Malheureusement, chaque laïc ne peut pas assister à tous les offices du Grand Carême, mais ceux auxquels il peut assister, en écoutant les paroles de l’office, et ce attentivement, en les vivant, l’enrichissent d’une façon incroyable. Même si tout n’est pas compréhensible à certaines personnes, comme elles en ont l’impression. Ce qu’elles ont reçu est de toute façon significatif spirituellement, à un degré énorme. Les saints Pères nous ont laissé une immense richesse, ces magnifiques offices du Grand Carême. Les offices du Grand Carême sont « saturés » de sens théologique ! Ils nous amènent à la mort – la mort de la Croix – qu’a endurée notre Sauveur pour nous et à deux genres de mort, si l’on peut s’exprimer ainsi, dont nous faisons nous-mêmes l’expérience. Premièrement, nous avons la possibilité de nous purifier des accumulations pécheresses de notre conscience, afin qu’à tout moment nous soyons prêts à nous remettre entre les mains de Dieu, dans un autre monde. Mais la mort que nous souhaitons à nos péchés, c’est la mort de l’homme à tout ce qui vient du péché ainsi que la communion à tout ce qui est lumineux, divin, céleste. Si l’on reçoit ainsi ce temps du Carême, c’est alors le temps d’une grande joie, une joie que nous pouvons vivre consciemment quotidiennement. Vivre le début d’un jour nouveau, d’un temps nouveau pour la pénitence, qui nous est donné. Mais aussi expérimenter l’avant-goût de la résurrection générale. Ce n’est pas un hasard si celle-ci est fêtée avant la Résurrection du Christ. Bien qu’elle soit conditionnée précisément par la Résurrection du Sauveur et qu’il y ait ici un lien de causalité, nous vivons cela une semaine avant la Résurrection du Christ, c’est la résurrection de Lazare qui nous rappelle notre résurrection commune. Ainsi, si nous pénétrons correctement le contenu des offices de Carême et le sens de celui-ci, il sera pour nous une immense joie et une libération.

– Monseigneur, les sondages qui sont effectués en Russie et dans le monde entier, montrent qu’il n’y a pas tant de gens qui jeûnent. En Russie, à l’instar des années précédentes, environ 3% des Russes se considérant orthodoxes jeûneront plus ou moins strictement. La vertu de la tempérance ne jouit pas d’une popularité particulière. Pourquoi en est-il ainsi, Monseigneur ?

– Cela vient avant tout de l’ignorance du Carême. Et de l’incompréhension de son sens et de sa forme. Son sens reste effectivement caché pour les gens qui ne fréquentent pas les offices du Grand Carême, n’entrent pas dans leur essence, dans leur contenu. Et alors, tout le carême, dans le meilleur des cas, se transforme en une sorte de gymnastique. Nous avons évoqué le côté spirituel du jeûne. Mais si l’on parle du côté corporel, les gens ne jeûnent pas parce qu’ils ne comprennent pas que dans le jeûne ils se libèrent de leur charge corporelle, de ce qu’il leur est absolument inutile, et ils apprennent à dominer la matière. Rappelons-nous : lors de la création du monde, Dieu a donné à l’homme d’être le maître, c’est-à-dire de dominer, de maîtriser sa nature. Et nous voyons que beaucoup, de très nombreuses personnes, à notre époque, deviennent les esclaves de la matière, esclaves, avant tout, de leurs passions. Ce sont ceux qui soi-disant ne peuvent se libérer du tabac afin de ne pas manger beaucoup etc.. etc.. Il y a beaucoup de moments dans notre vie lorsqu’il nous semble que nous ne pouvons pas surmonter une chose ou l’autre… D’après les confessions, je sais que beaucoup luttent contre une quelconque passion, mais il leur semble qu’il est impossible de la vaincre. En fait l’homme, lorsqu’il entre dans l’essence du carême, lorsqu’il le pratique, devient joyeux à ce point, qu’il ne peut pas vivre sans le pratiquer. Ce sont des préjugés que de considérer que les gens ne peuvent vivre sans nourriture, sans aucune nourriture. Lorsque j’étais sur le Mont Athos, mon guide spirituel, chaque Grand Carême, jeûnait 40 jours, et il vécut jusqu’à une profonde vieillesse. Qui plus est, il jeûnait strictement : il ne mangeait rien. Il buvait seulement un thé très clair et c’était tout. Et je connais d’autres personnes qui pratiquent cela également. Mais, peut-être, non pas quarante jours, mais tout de même un temps assez long. Je me rappelle qu’une paroissienne, que j’avais persuadé de jeûner, m’a remercié à la fin du carême en me disant : « Je suis si contente, si satisfaite ! » C’est ainsi que l’homme, lorsqu’il comprend ce qu’il fait et pourquoi, peut beaucoup. Il en est de même avec la prière. Lorsque l’homme ne prie pas ou prie cinq minutes, il ne peut pas apprécier la force de la prière, il ne peut pas apprécier la joie qui provient d’elle. C’est pourquoi, il végétera ainsi, peut-être toute sa vie, s’il n’a pas une impulsion qui l’amène, ne serait-ce qu’une fois à essayer de prier vraiment. Il y a là beaucoup d’aspects qui nécessitent avant tout un cœur ouvert. Je vous raconterai un cas, qui m’a beaucoup impressionné. Dans notre paroisse, il y avait quelques familles grecques qui fréquentaient notre église uniquement parce que nous vivons selon l’ancien calendrier et non le nouveau, celui des catholiques-romains. Elles ne comprenaient rien, si ce n’est « alleluia » et « is polla eti, despota », mais elles venaient chez nous parce qu’elles savaient que chez nous tout était juste. Et voici que le vendredi de la première semaine du carême, la femme grecque, qui travaillait, comme je le savais, dans une usine, et ce à un poste physiquement très éprouvant, me dit (ce n’était pas une confession, mais une simple conversation) : « Monseigneur, j’ai bu de l’eau le mercredi ». J’ai pensé que je n’avais pas compris quelque chose, je ne maîtrise pas tant que cela le grec – et j’ai redemandé : « Qu’avez-vous dit ? » Elle répète : « J’ai bu de l’eau le mercredi ». Perplexe, je demande : « Vous voulez dire que vous n’avez rien mangé toute la semaine, mais aussi que vous n’avez rien bu ? » « Bien sûr ! » C’est la réponse « Bien sûr ! », d’une personne qui fait un travail difficile. J’ai alors compris que l’homme peut faire beaucoup, si seulement il le souhaite. Nous avons introduit, il y a vingt ans, la liturgie des présanctifiés le soir, une fois par semaine, mais notre synode avait décidé que ceux qui veulent communier doivent jeûner depuis minuit jusqu’au soir. Je l’ai annoncé à tous et je m’attendais à ce que personne ne vienne. Les gens sont venus ! Les gens qui, comme je le sais, travaillent dans un bureau, où tous fument, etc. Ils s’abstiennent de nourriture toute la journée, viennent se confesser le soir, communient. Quelle joie ! Et cela n’est donné que par l’expérience. Vous comprenez ? Bien sûr, celui qui n’en a pas fait l’expérience, ne peut le comprendre. Il faut nous décider à « franchir le fleuve ». Comme sainte Marie l’Égyptienne. Aussi, je pense que le malheur veut précisément que beaucoup ne sont pas prêts à faire le pas. Franchir le fleuve. Comme sainte Marie l’Égyptienne a franchi le Jourdain et, alors qu’elle était une prostituée, elle est devenue ensuite une sainte. C’est ainsi ce que beaucoup doivent faire parmi nous.

– Mais y a-t-il, peut-être, des exercices ascétiques qui permettent à l’homme, au fur et à mesure, de surmonter en lui cet état indécis et de développer son empressement à « franchir le fleuve » ?

– Avant tout, c’est la prière. Lorsque l’homme prie avec application, il est alors prêt à l’exploit dans le jeûne corporel. Lorsqu’il verra à quel point l’intellect et l’esprit deviennent réellement libres, il l’appréciera. Je me rappelle de ces malheureux qui ne peuvent cesser de fumer. Je leur ai dit : « Essayez, ne serait-ce qu’une fois, les jours de jeûne, le lundi, le mercredi et le vendredi, de vous abstenir de fumer. C’est le commencement ». Et nombreux sont ceux qui ont pu surmonter cette passion. Il en est de même avec la nourriture. Dans notre monastère, beaucoup de moines appliquent cette règle : les jours de jeûne, ils ne prennent aucune nourriture, si ce n’est que le soir, lorsqu’ils prennent une petite collation, et ainsi, tout le jour, ils ne mangent rien. Et bien sûr, cela permet à l’homme d’estimer ses forces, voir ce qui est possible pour lui et ce qui ne l’est pas.

– Monseigneur, vous avez dit que celui qui jeûne correctement ressent de la joie. Il y a encore ces mots, dans le stichère chanté les jours du Grand Carême : « Jeûnons d’un jeûne agréable… » Et nous le souhaitons les uns aux autres pendant le Carême. S’il vous plaît, rappelez à nous tous ce que signifient ces mots : « Jeuner d’un jeûne agréable ».

– Je n’ai pas particulièrement réfléchi à ce sujet, mais je suppose, avant tout, que cela signifie la chose suivante : abstenons-nous de « manger » notre prochain. Dans l’un des stichères avant le début du Carême, il est même dit que c’est peut-être la vertu la plus difficile que l’homme peut atteindre. « Jeûner d’un jeûne agréable » signifie aussi que nous puiserons pendant le carême la force pour notre développement spirituel. Afin de ne pas rester sur place, mais que chaque carême soit une marche de l’échelle qui mène au Christ et à notre résurrection avec Lui.

– Il y a ces mots dans la prière de saint Éphrem le Syrien : « Ne me donne l’esprit d’oisiveté, d’abattement et de vaines paroles ». Pourquoi est-il question précisément de la délivrance de tels péchés dans la prière ? Nous savons bien que ce n’est pas – loin de là – l’énumération complète des vices…

– Je pense que tous les autres péchés, d’une manière ou d’une autre, sont liés à ceux qui sont énumérés ici. Si nous examinons séparément pour ainsi dire, chaque « point » mentionné dans cette prière, nous nous apercevons qu’il attire après lui toute une série d’autres péchés. L’oisiveté amène l’homme très rapidement au refus de la lutte avec le péché, l’amène très vite à la condamnation du prochain… – l’un après l’autre. Ce sont, peut-être, les centres de tout ce que nous devons avoir en vue, lorsque nous entrons en lutte avec nos péchés.

– Monseigneur, en conclusion de notre entretien, je voudrais vous demander de donner quelques conseils à nos lecteurs et nos téléspectateurs, lors de ces jours de Grand Carême.

– Avant tout, je souhaite que tous fassent l’expérience du carême. Que tous les chrétiens s’efforcent de jeûner consciencieusement. Il y a, bien sûr, les malades auxquels on accorde un allègement du carême – dans la mesure où cela est justifié et nécessaire, et non simplement selon ses fantaisies ou ses propres souhaits. Il faut toujours discuter de cela avec son confesseur. Que chacun de nous renonce à quelque chose qui lui est particulièrement cher. Ce ne doit pas être obligatoirement de la nourriture : pour les uns, c’est la télévision, pour les autres, ce sont certains jeux etc. Je souhaiterais que chaque chrétien entreprenne consciencieusement un combat conscient. Parce que sans combat, il n’y a pas de victoire, comme le disent de nombreux Pères de l’Église. Or, nous voulons la victoire et nous ne l’obtenons pas à « bon marché ». Il nous faut prendre de la peine. Je souhaite que tous s’enrichissent spirituellement. Quant à ceux qui travaillent et ne peuvent pas se rendre aux offices, qu’ils doublent au moins leur règle de prière, la lecture spirituelle, et ainsi acquièrent quelque chose pour l’âme. Afin que l’âme sorte enrichie du carême. Et alors, ce carême sera réellement un succès pour chacun.

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« Mère Marie » par Geneviève de Gaulle-Anthonioz

P1160096Lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, 15e arrondissement, le 31 mars, Antoine Arjakovsky a lu (photographie) des extraits d’un texte de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, compagne de captivité et de déportation de Mère Marie à Ravensbrück. Nous vous proposons la totalité de ce texte. Les extraits lus sont de couleur bleue. Pour prendre connaissance de ce texte, cliquez ici.

« Une rue Mère Marie Skobtsov à Paris » d’Hélène Arjakovsky-Klépinine

P1160080Le 31 mars, lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris, dans le 15e arrondissement, Mgr Jean de Charioupolis a lu (photographie) une lettre d’Hélène Arjakovsky-Klépinine, fille du saint père Dimitri Klépinine, intitulée « Une rue Mère Marie Skobtsov à Paris« . Pour prendre connaissance de ce texte, cliquez ici.

Le discours de Catherine Vieu-Charier lors de l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov (Paris 15e) le 31 mars

P1160070Hier, a eu lieu l’inauguration de la rue Mère Marie Skobtsov à Paris dans le 15e arrondissement (l’exposé des motifs de cette attribution). De nombreuses personnalités étaient présentes (certaines sont citées dans l’en-tête du discours qui suit), quelques unes sont intervenues. Catherine Vieu-Charier, maire adjointe de la capitale, chargée de toutes les questions relatives à la mémoire et au monde combattant, qui représentait la maire de Paris, Anne Hidalgo, a prononcé un discours (photographie: lors de son discours). Pour prendre connaissance du texte de celui-ci, cliquez ici.

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Jovan Nikoloski