30/03/2017
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Interventions orthodoxes au Synode des Evêques catholiques à Rome – Mgr le métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame (Patriarcat œcuménique) et le père Philippe Vasyltsev (Patriarcat de Moscou)

Mgrzizioulas
Nous publions les interventions des évêques orthodoxes au Synode des Evêques catholiques romains qui se tient actuellement à Rome, depuis le 2 octobre jusqu’au 23 du même mois. Les interventions en question ont eu lieu mardi 11 octobre à partir de 16h30. Voici, tout d’abord, celle de Mgr le métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame du Patriarcat œcuménique :

C’est un grand honneur pour moi d’avoir l’opportunité de m’adresser à ce vénérable Synode des Évêques et de lui apporter les salutations fraternelles et les meilleurs voeux de la part du patriarche oecuménique Bartholomée et de l’Église de Constantinople. L’invitation faite à notre Église à envoyer un délégué fraternel à ce synode est un geste d’une grande importance oecuménique. Nous y répondons avec gratitude et amour.

Nous, les orthodoxes, sommes profondément gratifiés par le fait que votre synode considère, lui aussi, l’eucharistie comme la source et le sommet de la vie et de la mission de l’Église. Il est de la plus haute importance que les catholiques romains et les orthodoxes puissent le dire d’une seule voix. Il existe peut-être encore certaines choses qui séparent nos deux Églises, mais nous croyons, ensemble, que l’eucharistie est le coeur de l’Église. C’est sur cette base que nous pouvons poursuivre le dialogue théologique officiel entre nos deux Églises, qui entre maintenant dans une nouvelle phase. L’ecclésiologie eucharistique peut nous guider dans nos efforts pour surmonter mille années de séparation. Aussi, il est dommage d’avoir la même conviction sur l’importance de l’eucharistie mais de ne pas être capable de la partager à la même table.

L’ecclésiologie de communion, promue par le concile Vatican II et ultérieurement approfondie par d’éminents théologiens catholiques romains, ne peut avoir une signification que si elle a sa source dans la vie eucharistique de l’Église. L’eucharistie n’appartient pas seulement au bene esse mais à l’esse de l’Église. La vie tout entière, parole et structure de l’Église, est eucharistique dans son essence.

Intervention du père hiéromoine Philippe Vasyltsev du Patriarcat de Moscou :

Aujourd’hui, j’ai le grand honneur de parler devant de hautes personnalités et de représenter l’Église orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou. Le thème du Synode de l’Église catholique romaine nous concerne de près, et il est très actuel aussi dans notre Église. L’Eucharistie est au centre de la vie de l’Église, et de celle de chaque chrétien. C’est pourquoi l’affaiblissement de la conscience eucharistique mène à une baisse de la conscience ecclésiale, à un déplacement des accents, et à des erreurs dans la compréhension des valeurs chrétiennes.

Dans ses prédications, S. Ém. le métropolite Cyrille a dit à maintes reprises que nous, l’Église catholique et l’Église orthodoxe, sommes porteurs du même paradigme de valeurs spirituelles, et que, de ce point de vue, l’expérience spirituelle des uns et des autres peut être réciproquement précieuse et importante. Nous serions très heureux si notre expérience, historique et actuelle, de la vie eucharistique pouvait être utile et aider l’Église catholique romaine.

La renaissance de l’Église dans la Russie d’aujourd’hui est un fait bien connu de tous. Ce fait concerne tous les aspects de la vie de l’Église, mais l’événement qui nous donne le plus de joie est la renaissance de la conscience eucharistique, qui a subi de profonds changements au cours de ces dernières années. Au milieu du XIXème siècle, le saint Métropolite Filaret de Moscou écrivait dans son bref catéchisme: “Celui qui veut mener une vie chrétienne dévote doit faire la communion quatre fois par an”, selon le nombre des principaux jeûnes: le Carême, le jeûne avant la Nativité du Christ, le jeûne avant la Dormition et le jeûne avant la fête des saints Apôtres Pierre et Paul. Dans les conditions actuelles, recevoir la communion au moins une fois par mois fait maintenant partie de la pratique chrétienne. Cette pratique a certainement commencé à se former pendant la période des persécutions. Saint Serafim Zvezdinsky, l’évêque auxiliaire de Moscou, écrivit dans les années 1920 que le chrétien doit vivre de telle façon qu’il soit toujours prêt à recevoir la communion. Dans la période de l’après-guerre, la communion fréquente était pratiquée dans les monastères et encouragée par de célèbres confesseurs comme l’archimandrite Tavrion Batossky et d’autres.

Il ne faut cependant pas oublier que, dans l’Église orthodoxe russe, la préparation à la communion comprend non seulement la préparation intérieure, mais aussi la règle (un jeûne strict de trois jours, une visite à l’église pendant ces trois jours, des prières pour la communion, un jeûne eucharistique spécial après minuit) et la confession obligatoire. D’ailleurs, ces règles strictes, l’Église les voit non pas comme une obligation, mais comme l’application à soi-même d’une pratique qui s’est formée historiquement selon les traditions. Comme le montre l’expérience des prêtres confesseurs, il faudrait amener celui qui communie rarement et fréquente peu l’église à suivre précisément cette règle et, grâce à elle, à “réveiller”, toucher son âme, car pour beaucoup de chrétiens non pratiquants le chemin de l’Église passe par “l’extériorité” et leur apparaît dans les hymnes et les rites, alors que les vrais chrétiens donnent plus d’importance à la vie intérieure. Incontestablement, cette approche générale des règles extérieures ne peut ni ne doit être comprise au sens absolu. En ce sens, les confesseurs influent beaucoup sur la vie eucharistique de l’Église, car ils ont la possibilité d’indiquer la direction en se basant sur la situation concrète de chaque personne, en prenant en considération la tradition moderne le l’Église.

Nous pouvons donc dire que la conscience ecclésiale suit le chemin de la recherche des normes, en se basant sur les anciennes traditions. La règle n° 80 du sixième concile oecuménique (in Trullo) dit: “Si quelqu’un ne fait pas la communion trois dimanches de suite, il se sépare de l’Église”.

En conclusion, je remercie encore une fois votre sainteté, les très révérends membres du Synode et l’Église catholique romaine pour la possibilité qui m’a été donnée de participer avec vous aux réunions du Synode ouvert, dédié au sacrement de l’eucharistie, et pour avoir pu prononcer ces paroles sur l’expérience eucharistique de l’Église orthodoxe.

Source : Service de presse du Vatican

 

Photo
: le Métropolite Jean de Pergame (Patr. Oecum.) et l’Evêque Marc (Patr. De
Moscou)

 

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Jovan Nikoloski