17/08/2017
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La vénération de saint Séraphin de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine

La vénération de saint Séraphin de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine

Le site orthodoxe russe Pravoslavie.ru a publié récemment un article de Ionuț-Daniel Barbu sur la vénération de saint Séraphin de Sarov en Roumanie, que nous reproduisons ci-après.

Saint Séraphin est connu et vénéré en Roumanie. Quatorze livres sur le saint ont été publiés en langue roumaine. Treize d’entre eux ont été traduits du russe, de l’anglais, du français et du grec. La traduction la plus connue est celle de l’archimandrite anglais Lazare (Moore) : « Saint Séraphin de Sarov, une biographie spirituelle ». Il existe un site internet roumain dédié à saint Séraphin où l’on peut lire des articles récemment écrits à son sujet. Ces derniers temps, en Roumanie, sont créés des monastères, des skites, des paroisses et des institutions caritatives portant le nom de saint Séraphin, par exemple le couvent féminin d’Eșanca, près de Iași. Dans le célèbre monastère de Sihăstria Putnei, il y a des fragments de reliques de ce saint russe, tout comme dans d’autres skites et paroisses roumaines. Saint Séraphin a été représenté sur des fresques, pour la première fois, au monastère bucarestois de la Sainte-Trinité de Radu Vodă, à l’époque du patriarche de Roumanie Justinien (Marina, 1948-1977), qui entretenait des relations étroites avec le Patriarcat de Moscou et qui a rendu visite à l’Église orthodoxe russe à plusieurs reprises. Actuellement, les fidèles roumains connaissent la vie et l’enseignement du saint, et certains d’entre eux témoignent des miracles dont ils ont eux-mêmes été l’objet. La vie et les enseignements du saint sont entrés dans la tradition orthodoxe roumaine non pas par des monographies publiées, mais par des copies diffusées parmi les fidèles (à l’époque communiste) qui les lisaient avec grande admiration. Ces copies dactylographiées étaient des traductions à partir du russe ou du français et étaient entrées secrètement en Roumanie à partir des années cinquante du XXème siècle.

Mais c’est en Bessarabie que les fidèles roumains ont commencé à connaître le saint. Entre 1908 et 1914, le diocèse de Chişinău et Khotinsk [faisant alors partie de l’Empire russe] avait à sa tête le hiéromartyr Séraphin (Tchitchagov, 1856-1937). Peu avant, il avait constitué le recueil le plus complet de documents concernant saint Séraphin, publié alors sous le titre de « Chronique du monastère de Séraphino-Diveyevo » (disponible en français). Le hiéromartyr Séraphin œuvra activement à la canonisation du saint. Il avait donc une grande vénération pour le saint et utilisait souvent, dans son travail pastoral parmi les Roumains vivant en Bessarabie, des enseignements et des exemples de sa vie. Les émigrés politiques qui avaient fui la Russie et s’étaient réfugiés en Roumanie ont également participé à la diffusion de la vénération du saint. Ainsi, en 1930, quelques émigrés russes qui avaient trouvé refuge à Piatra Neamț avaient apporté avec eux une icône de saint Séraphin. Elle avait été peinte en Russie au XIXème siècle. On peut voir sur celle-ci des traces de balles du temps des persécutions athées en Russie. Plus tard, pendant la seconde guerre mondiale, les soldats roumains cantonnés en Bessarabie et en Ukraine ont découvert saint Séraphin et en ont parlé de retour dans leur patrie. Ainsi, l’archimandrite Dositej (Morariu, 1913-1990) a amené d’Ukraine en Roumanie le livre « La vie de saint Séraphin de Sarov » et l’a traduit en 1944. Par la suite, sur la base de ce livre, il a écrit sa thèse de premier cycle « Saint Séraphin de Sarov : vie, ascèse, et enseignements », qu’il a défendue en 1947 à la faculté orthodoxe de Sibiu. Mais en raison de la situation politique difficile, il ne put alors la publier. Ce travail n’a été publié qu’en 2004, après la mort de l’archimandrite Dosithée († 1990), par l’archimandrite et prédicateur roumain Joannice Bălan aux éditions du monastère roumain de Sihăstria. En 1943, le métropolite de Rostov Nicolas a été déporté en Roumanie et, avec lui, son père spirituel, un ancien moine d’Optino, le hiéromoine Jean (Kouliguine). Le fondateur de la revue « Floarea de Foc » (« Le Buisson ardent ») et du mouvement religieux du même nom, Sandu (Tudor), et son groupe a rencontré le père Jean au monastère de Cernica. Ce monastère est glorifié par les labeurs du saint hiérarque Callinique de Râmnicu (1767-1868) et du saint archimandrite Georges (Ardeleanu, 1730-1806), des acètes et des rénovateurs de la tradition hésychaste en Roumanie aux XVIIIème-XIXème siècles, et des contemporains de saint Séraphin. Le père Jean est devenu le père spirituel de Sandu (Tudor) et du cercles d’intellectuels, de prêtres, de moines et de laïcs, qui s’étaient formés autour de lui, pour lesquels la vie spirituelle, la théologie, le lien de l’homme avec Dieu et le but de la déification sont devenus ce qu’il y a de plus important dans la vie. Le moine russe a traduit leurs recherches intellectuelles en actes, leur enseignant la prière continuelle de Jésus, la prière du cœur. Par son propre exemple, il témoignait de la prière de Jésus, dont il avait appris la pratique chez les startsy d’Optino. Le staretz roumain Sofian (Bogiu, 1912-2002), qui a connu de près ce prêtre russe, a écrit dans ses mémoires qu’il avait beaucoup appris auprès du hiéromoine Jean (Kouligiuine) sur l’hésychasme en Russie, qui était présent non seulement dans les monastères, mais aussi chez les laïcs dans ce pays.

Lors des réunions du mouvement « Le Buisson ardent », il était normal d’évoquer la vie et des labeurs spirituels du saint au nom « brûlant » (étymologie de Séraphin), qui avait commencé ses instructions spirituelles par les mots : « Dieu est un feu qui réchauffe et enflamme les cœurs et les entrailles ». Plus tard, également sous le régime communiste, des témoignages sur la vie et l’enseignement de saint Séraphin ont pu venir depuis l’occident, notamment par des étudiants roumains qui étudiaient la théologie dans les universités européennes, principalement en France. C’est précisément là que l’émigration russe a laissé des traces importantes, influençant la vie et la théologie orthodoxes en occident. L’un de ces étudiants fut l’actuel patriarche de Roumanie lui-même. Dans le cadre de la thèse qu’il défendit en 1979 à l’Université de Strasbourg, il mentionne à plusieurs reprises l’enseignement de saint Séraphin. La vénération du saint de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine est également exprimée sous une forme poétique. C’est ainsi que saint Jean (Jacques) le Nouveau Chozébite (1913-1960) a dédié, en 1957, de profonds vers spirituels intitulés « Larmes devant l’icône de saint Séraphin » : « Saint Séraphin, ange terrestre, abaisse son regard depuis les hauteurs sur ceux qui souffrent ! Regarde comme gémit ton peuple, oppressé par les tyrans, et comment errent beaucoup de tes enfants devenus orphelins. Il n’y a pas aujourd’hui de route vers Sarov et Diveevo, et l’obscurité règne dans ta clairière. Et des pauvres orphelins, comme des abeilles de « l’ours » [jeu de mots avec URSS], se sont dispersés dans des pays étrangers et la source s’est tarie. Des « bêtes » qui parlent ont ravagé ton jardin, et les malades ne peuvent plus boire de ton eau. Réapprivoise « l’ours », en lui versant ta grâce ; libère ton peuple de l’esclavage du mal. De la Sarov céleste, verse de ta source l’eau de la foi sainte sur ceux qui languissent en prison. Illumine vers le bien les pauvres abeilles dispersées de leur communauté, afin qu’elles reconnaissent leur reine. Donne-nous Petit Père, de ta joie céleste et fais revenir avec amour enflammé ceux qui ont dévié. Et à ceux qui sont dans les tourments, donne de voir la gloire de Jérusalem, ô vénérable Séraphin. Affermis le pasteur [l’évêque] pour œuvrer ensemble avec sa sainte assemblée [des prêtres] au salut du peuple tourmenté. Et comme tu étais la source de la paix ici, sur terre, ainsi intercède aujourd’hui sans cesse pour la paix du monde ! » [le texte original roumain est disponible ici].

Cette tradition de la vénération de saint Séraphin de Sarov, instaurée en Roumanie dès le début du siècle passé, a donné ses fruits à la fin du XXème et début du XXIème siècle. Après 1990, les fidèles roumains ont commencé à faire des pèlerinages à Diveevo, des nouvelles traductions de la vie du saint sont parues, des églises ont été érigées en son honneur. Le saint staretz de Sarov demeure en Roumanie, et les prêtres, moines et fidèles l’aiment beaucoup. Les commentaires des pèlerins roumains qui ont visité le monastère de Diveevo et vénéré ses saintes reliques sont élogieux. On ressent à Diveevo le zèle apostolique tel qu’il était aux débuts du christianisme. Dans ce monastère et ses skites vivent des centaines de sœurs, ce qui est rare aujourd’hui lorsque s’est affaiblie l’aspiration au monachisme. « Si tu souhaites devenir moine, deviens comme le feu » a dit le grand staretz roumain Arsène (Boca, 1910-1989), que l’on compare à saint Séraphin. Le monastère de Diveevo est vivant, comme le Buisson ardent, héritant cette flamme de la foi de son père spirituel, dont le nom monastique, Séraphin, signifie « enflammé ». Les prêtres qui officient au monastère, les moniales lors des offices et es obédiences, les églises resplendissant de pureté, les fleurs qui poussent partout, les jardins luxuriants et ombragés et particulièrement les merveilleuses tombes des moniales qui sont parties vers le Seigneur, témoignent continuellement de la joie de servir le Créateur. Et bien sûr, marcher dans le canal [autour du monastère, dans lequel la Mère de Dieu était apparu], est quelque chose d’extraordinaire. Parcourant dans le silence cette voie de la Mère de Dieu, tandis que personne ne se hâte. Au canal, il semble que le temps n’existe plus et qu’il n’y est plus nécessaire de dire quoi que ce soit. Ici, on peut comprendre à quel point est précieux le silence, une vertu qui est si absente du monde contemporain bruyant.

Source (dont icône de saint Séraphin) : Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com.

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Jovan Nikoloski