25/07/2017
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Les artistes russes sont préoccupés par l’incursion de modèles séculiers dans l’art chrétien

Les artistes et les spécialistes russes en art sont sérieusement préoccupés par le processus de sécularisation des aspects traditionnels de la création ecclésiale : architecture, iconographie, artisanat décoratif. C’est ce que souligne la résolution prise lors de la conférence « L’art ecclésial dans la société contemporaine », qui s’est déroulée dans le cadre des « XXIème lectures internationales de Noël » organisées par l’Église orthodoxe russe.

« Il convient maintenant d’être particulièrement prudent envers les expérimentations artistiques et les recherches dans le domaine de l’art religieux, du fait que les artistes qui travaillent aujourd’hui dans les églises de Russie ne connaissent la tradition que d’une façon extrêmement superficielle », a fait remarquer, lors de la conférence, le doyen de la faculté des arts ecclésiastiques de l’Université Saint-Tikhon de Moscou, l’archiprêtre Alexandre Saltykov.

« Dans la recherche de voies de développement de l’art ecclésial, il convient de prêter attention à notre propre héritage ancien, et non aux expérimentations occidentales, ce qui reflète souvent l’orgueil et de l’absolutisation de la propre personne de l’artiste, et ne peut permettre la création d’œuvres empreintes d’un esprit réellement religieux », considère le père Alexandre. On ne peut, selon son opinion, « sauter » l’étape de la copie des anciens monuments, et passer immédiatement à la création libre », a-t-il encore ajouté. « Nous ne connaissons pas notre tradition, nous l’avions oublié non pas au XXème siècle, mais déjà au XVIIème ».

Selon le point de vue des autres participants à la conférence, le problème « éternel » de la corrélation entre la tradition et l’innovation dans l’art religieux  pose aujourd’hui la question de la survie de la tradition chrétienne elle-même. « Les processus de globalisation et de sécularisation ne font pas simplement irruption dans l’art ecclésial, comme cela s’est produit graduellement au cours des siècles précédents. Maintenant, ils s’imposent de façon agressive à la culture de masse, dont la base est devenue l’art contemporain, proclamant la destruction de la tradition, dont les valeurs et les principes moraux » a déclaré l’architecte André Yakhnine, auteur du livre « L’anti-art », qui a connu un fort écho. Selon lui, de telles « anti-icônes » ont connu ces derniers temps une large diffusion. A fortiori, elles sont imposées très activement par l’élite intellectuelle à toute la société, qui n’a pas aujourd’hui de critères d’orientation précis, et qui, pour cette raison, accepte dans l’indifférence, voire avec joie, ces modèles nouveaux, criards et jamais vus.

Les participants à la conférence ont montré des photographies des icônes contemporaines, illustrant on ne peut mieux l’éloignement de la tradition et l’incompréhension complète du symbolisme des saintes images. Par exemple, la représentation de la Mère de Dieu « du football », où l’enfant-Dieu est représenté avec le ballon dans les mains (à la veille du championnat d’Europe de football, cette icône a été bénie en Ukraine par l’un des évêques catholiques). Un grand nombre de représentations iconographiques de la Mère de Dieu et des saints, de très mauvaise qualité, largement répandues dans les églises chrétiennes, ont également été montrées.

Les experts ont montré aussi lors de la conférence une riche collection d’exemples, prouvant que les principes de l’art actuel, graduellement, s’introduisant dans l’espace de l’église, la détruisent de l’intérieur.

Des communications ont été présentées, dans lesquelles ont été analysées en détails les décrets du concile Vatican II et leur influence sur le développement de l’art de l’Église catholique-romaine. En outre, les iconographes ont présenté une analyse précise des décrets du VIIe concile œcuménique qui a mis fin à l’iconoclasme et a formulé le dogme de la vénération de l’icône.

À son tour, l’archiprêtre Léonide Kalinine, membre de l’Union des artistes de Russie, sculpteur et restaurateur, recteur de l’église du saint hiéromartyr Clément, a montré au contraire l’exemple de la combinaison du talent artistique et de la claire compréhension du canon dans l’iconographie : l’œuvre de la moniale Julienne (Sokolova). Selon l’avis du père Léonide, un tel phénomène à une époque aussi complexe pour l’Église que les années soviétiques a été possible grâce à l’ascèse chrétienne personnelle de cette moniale clandestine, grâce à sa profonde vie religieuse.

Dans le cadre de la conférence au Fonds international des lettres et de la culture slaves, aura lieu jusqu’au 5 février une exposition des travaux des enseignants et des étudiants de l’Université Saint-Tikhon, de l’Institut orthodoxe « Co-opération » et de l’école iconographique « Alipios des Grottes de Kiev », « L’art ecclésial – tradition et contemporanéité ».

Source: Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com

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Jovan Nikoloski