24/09/2017
Actualités
Page d'accueil > A la Une > Livre: Bertrand Vergely, « La tentation de l’homme-Dieu »
Livre: Bertrand Vergely, « La tentation de l’homme-Dieu »

Livre: Bertrand Vergely, « La tentation de l’homme-Dieu »

vergelyUne recension du livre de Bertrand Vergely intitulé La tentation de l’homme-Dieu (Le Passeur, 2015, 144 p.) a été publiée sur un blog littéraire. Avec l’aimable autorisation de son auteur, nous reproduisons ci-dessous cette recension avec quelques-uns des extraits choisis.

Dans un essai incisif et percutant, Bertrand Vergely nous met en garde contre la tentation de l’homme-Dieu. Vous ne savez pas qui c’est ? Pourtant vous le croisez tous les jours… C’est celui qui franchit la limite ultime : celui qui promet l’immortalité par le téléchargement du cerveau dans un disque dur, par l’implantation de nano-robots dans le corps humain visant à réduire la dégénérescence cellulaire, par le contrôle et l’analyse permanente de toutes les données et métadonnées permettant de prédire tous les événements, de l’accident jusqu’au meurtre. Celui qui, en somme, se prend pour… Dieu. Dans un style oral, parfois cynique, le livre est très accessible et ses multiples références ouvriront bien des horizons aux lecteurs attentifs et consciencieux de faire une bonne lecture. A lire, rapidement, car ces problématiques essentielles ne sont pas de la science-fiction. L’homme-Dieu est déjà là, et en prétendant vous rendre libres, « connectés »… il vous asservit chaque jour un peu plus. Réveillez-vous !

  •  « Quand un neurochirurgien déclare qu’il va fabriquer un homme éternel en greffant la tête d’un homme sur le corps d’un autre homme, son souci n’est pas simplement de venir au secours de la souffrance humaine. Écoutons ce qu’il dit. Il a comme projet d’ouvrir la porte à un homme éternel. On n’est plus dans le registre de la médecine, mais dans autre chose. Alors que le propre de l’homme est d’être mortel, la caractéristique de Dieu est de ne pas mourir. Décider de fabriquer un homme éternel, c’est avoir comme projet de supprimer le fossé séparant l’homme de Dieu afin que l’homme devienne comme Dieu, un être éternel. En Occident, dans la tradition chrétienne, il est dit que l’homme est appelé à connaître la vie éternelle. Mais, c’est Dieu qui lui donnera celle-ci à travers le Christ, son Fils, qui a vaincu la mort. Vouloir dès maintenant fabriquer un homme éternel, c’est se substituer à Dieu en prenant la place du Christ. C’est vouloir remplacer le Dieu fait homme par l’homme-Dieu. C’est vouloir établir le Christ avant le Christ en instaurant le règne de l’Antéchrist. » p. 14-15
  • « Si l’on veut l’éternité, pas question qu’elle soit donnée. Celle-ci sera construite ou ne sera pas. L’homme éternel sera un homme bricolé, un homme rafistolé, une machine à durer. D’où la justesse de penser qu’en sacralisant l’homme, on le déshumanise. Quant l’homme devient l’avenir de l’homme, il devient la chose de l’homme. » p. 26
  • « Le Diable est votre ami. Il veut votre bien. C’est comme cela qu’il prend la place de Dieu. Il fait le bien à sa place. Mieux, il fait de vous celui qui va sauver le monde. Grâce à la technique. Grâce au jeu. Par le biais d’un monde ludique, où il sera possible de rire de tout et avec tout. » p. 30
  • « Quand Dieu n’existe pas et que tout est possible, ce n’est pas la liberté qui surgit, mais un nouvel ordre du monde. Le monde de l’homme-Dieu, du décret tout-puissant et du contrôle total de l’existence. En ce sens, l’Antéchrist souhaité par Nietzsche n’est pas l’image du libérateur, mais celle de l’oppresseur. Dostoïevski l’a compris. Quand Dieu existe, sa place étant occupée, impossible de se prendre pour lui. Quand il n’existe plus, sa disparition déchaîne l’orgueil humain. » p. 41
  • « Bernanos a dit un jour que l’on ne comprend rien au monde moderne tant que l’on ne perçoit pas que tout est fait pour empêcher l’homme d’avoir une vie intérieure. Aujourd’hui, il importe d’aller plus loin et de se rendre compte que l’on ne comprend rien à la postmodernité si l’on ne prend pas conscience que tout est fait pour faire disparaître l’homme. » p. 46
  •  « L’éternité comme l’infini ne s’inventent pas. On ne crée pas l’éternité en ajoutant du temps au temps. On ne crée pas l’infini en ajoutant de l’espace à l’espace. Nous n’avons jamais vu ni l’éternité ni l’infini. Pourtant, nous en avons l’idée. C’est que celle-ci nous a été donnée par un Autre. Dieu n’est donc pas une invention. Il est l’Autre avec un grand A. L’idée que l’on en a le prouve. Nous expérimentons cet Autre quand nous aspirons à nous dépasser. Si notre existence nous apprend qu’il n’y a pas rien, Dieu nous apprend que l’homme n’est pas tout. Il y a quelque chose au-dessus de lui. L’Autre avec un grand A. Quand on a le sens de cet Autre, on devient humble, on est dans un vrai humanisme, l’humanisme de l’homme humble. Dieu n’est pas ici un dogme, mais ce qui déconstruit l’orgueil de l’homme. » p. 93
Print Friendly, PDF & Email
Revenir en haut de la page
Jovan Nikoloski