24/04/2017
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Message du congrès diocésain du diocèse de Genève et d’Europe occidentale de l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières

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Dans la nouvelle du 18 janvier sur les débats divers de l’Eglise orthodoxe hors-frontières au sujet de la réunification prochaine avec le Patriarcat de Moscou nous avons cité quelques passages de l’appel du diocèse de Genève et d’Europe occidentale de l’Eglise orthodoxe russe hors-frontières. Nous vous proposons aujourd’hui la traduction officielle de l’appel original russe.

"Message du congrès diocésain aux pieuses ouailles du diocèse d’Europe occidentale de l’Eglise orthodoxe russe à l’étranger
      « Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage »   (1 Cor. 1,10)
     A la veille de Noël, en cette solennelle période de l’année où le monde chrétien attend la venue du Christ, Dieu-homme, nous nous sommes réunis à l’occasion du congrès diocésain à Genève, sous la protection de la Croix du Seigneur, à laquelle est dédiéе notre cathédrale.
     Rappelons-nous que l’incarnation du Verbe de Dieu constitua pour Lui une première croix, lorsque pour nous et pour notre salut « Il s’anéantit Lui-même, en prenant la condition d’esclave » (Phil. 2,7). Aussi, allons à la rencontre de Son amour et préparons-nous comme il convient, c’est-à-dire par la prière – la participation aux offices -, le jeûne – particulièrement strict le jour de la paramonie de la Nativité – et par la communion aux saints mystères le jour même de la fête de la Nativité du Christ.

En ces saints jours, nous nous rappelons les paroles du dernier message de Noël rédigé par le métropolite Antoine, « l’abba » de l’Église orthodoxe russe à l’étranger : « Au demeurant, j’espère que, lors de la venue des jours joyeux des fêtes de la Nativité et de la Théophanie (…), brilleront à nouveau à travers la brume de nos multiples passions les rayons radieux de l’espoir chrétien… particulièrement maintenant, alors que l’on peut espérer que tout notre peuple de Dieu à l’étranger célébrera d’une seule voix et d’un seul cœur le Sauveur qui est né ». Ces paroles se rapportaient au processus de réconciliation de toutes les parties de l’Eglise russe se trouvant à l’étranger, qui fut scellé par la célébration commune de la divine liturgie par les métropolites Antoine, Euloge, Théophile et Anastase, à Belgrade en novembre 1935. Il est remarquable que le message adressé à cette occasion par les quatre métropolites se termine par les paroles suivantes : « Priez sans cesse également pour notre Eglise-Mère actuellement éprouvée. Embrassez ses plaies et ses chaînes, demandez au Seigneur qu’Il lui accorde la délivrance et qu’Il nous unisse tous le plus rapidement possible avec Elle, bien que nous n’en ayons jamais été séparés ».
     Cela montre clairement que l’aspiration de nos hiérarques à la paix ecclésiale ne constitue pas une nouveauté ou quelque « nouvelle orientation ». Au demeurant, nos évêques d’Europe occidentale, saint Jean de Changhaï, Nathanaël et Léonce de bienheureuse mémoire, oeuvrèrent pour la réconciliation des orthodoxes russes de l’étranger, considérant, dans leur message de 1952 que les discordances juridictionnelles se produisirent en raison « de l’insuffisance de la conscience de l’absolue nécessité de conserver notre unité ecclésiale ».
     Si, malheureusement, leurs tentatives ne furent pas couronnées de succès, il nous est donné à présent la possibilité, grâce à l’émancipation de la Russie du pouvoir athée, d’affirmer notre attachement à l’unité du Corps du Christ. En Russie, en effet, le pouvoir des ennemis de l’Eglise est aboli, mais ses amères conséquences subsistent. Il faut panser sans tarder ces plaies, d’autant plus que l’intention et le désir en sont très vivement exprimés en Russie même, aujourd’hui. Rappelons-nous que selon les statuts approuvés en 1921 par le concile de nos évêques sous la présidence du métropolite Antoine, l’Eglise orthodoxe russe à l’étranger « s’administre de façon autonome temporairement, jusqu’à l’abolition du pouvoir athée en Russie ». Pour cette raison, la réconciliation ecclésiale avec nos frères en Russie, souhaitée si ardemment par tous les hiérarques russes à l’étranger en 1935, se présente à nous de toute évidence. Ces dernières années, de nombreuses initiatives ainsi que diverses circonstances y contribuent concrètement.
     On peut se poser la question : que cela signifie-t-il pour notre diocèse d’Europe occidentale de l’Eglise russe à l’étranger ? Nous pouvons répondre à cette question par les paroles de l’Apocalypse (3,11), souvent citées par notre métropolite Philarète de bienheureuse mémoire : « Tiens ferme ce que tu as.» Il nous faut « tenir ferme » ce que nous avons, tant sur le plan spirituel que sur le plan administratif. Spirituellement, cela signifie que, selon les paroles de l’archevêque Nathanaël, prononcées vers 1950 : « nous sommes partie de l’Eglise russe « confessante » en dehors de ses frontières. Ainsi, nous devons accomplir ce devoir sacré envers l’Eglise russe et le peuple russe. Nous devons préserver avec soin le trésor séculaire qui nous est parvenu au cours de notre histoire : qu’il s’agisse de la piété inaltérée de notre peuple aussi bien que, des biens spirituels et matériels de l’Eglise russe, se trouvant à l’étranger.» Actuellement, la situation spirituelle du peuple russe constitue véritablement aujourd’hui une question d’ordre planétaire et, pour nous, c’est l’aspect pastoral qui est l’essentiel. Cela signifie également que nous n’avons pas l’intention de renoncer à nos positions de principe en ce qui concerne l’œcuménisme ou le Conseil oecuménique des Eglises.
     Sur le plan administratif, les statuts de notre diocèse d’Europe occidentale, déposés à la préfecture en 1932 énoncent : « Le diocèse, conservant l’union spirituelle avec l’Eglise patriarcale en Russie, est soumis à l’autorité épiscopale de l’archevêque des Eglises orthodoxes russes en Europe occidentale et l’autorité supérieure du synode et du concile des évêques de l’Eglise russe à l’étranger. Le dit synode réside actuellement à Sremski Karlovci (Yougoslavie) ». Ces statuts ont été reconduits en 1955 par le saint hiérarque Jean et, en 1992, par l’archevêque Antony d’éternelle mémoire, avec une modification mineure : « Le diocèse, conservant l’union spirituelle avec l’Eglise russe, sans être soumis à son autorité administrative, est soumis à l’autorité de l’archevêque de l’Eglise orthodoxe russe à l’étranger en Europe occidentale, soumis lui-même à l’autorité du synode et du concile des évêques de l’Eglise russe à l’étranger, résidant actuellement à New York ».
   Ce qui précède confirme notre propre tradition ecclésiale et ne se trouve pas en contradiction avec la rédaction du projet de l’Acte d’union canonique, approuvé par les synodes de l’Eglise russe à l’étranger et du Patriarcat de Moscou, qui dispose que :
    * « L’Eglise orthodoxe russe à l’étranger (…) demeure partie intégrante et auto-administrée de l’Eglise locale russe ».
    * « L’Eglise orthodoxe russe à l’étranger est autonome dans les affaires pastorales, catéchétiques, administratives, économiques, patrimoniales et civiles, tout en se trouvant en unité canonique avec toute l’Eglise orthodoxe russe ».
   L’unité canonique constitue une nécessité. L’archevêque Antony de bienheureuse mémoire disait précisément, lors du IIIè concile de l’Eglise russe à l’étranger, tenu à Jordanville en 1974 : « A l’exemple de nos primats, nous devons aussi préserver avec soin ces liens ténus qui nous unissent au monde orthodoxe », de même que « la vie spirituelle ne peut qu’être organiquement liée avec l’Eglise universelle ; si cette relation était rompue, inévitablement se tarirait toute vie chrétienne » comme le soulignait le saint hiéromartyr Hilarion (Troïtzky)
   Durant presque 80 ans, notre impossibilité de communier avec le clergé du Patriarcat de Moscou se justifiait par les paroles du saint hiérarque Jean de Changhaï : « Il est contre-nature pour le pouvoir ecclésial de se trouver sous la dépendance des autorités qui se sont fixées pour but d’anéantir l’Eglise et la foi même en Dieu ». Désormais les conditions de la vie de l’Eglise ont changé de façon assez radicale,  et elles apportent leurs fruits, et il convient de saisir la possibilité d’une autre attitude, de communion en paix dans le Christ. Nous nous préparons à cela graduellement, déjà depuis une décennie, et notre communion dans l’Eglise universelle n’aura plus uniquement l’Eglise orthodoxe serbe comme Eglise soeur. 
   L’ennemi du genre humain « disperse », tandis que nous devons « rassembler » (Matth. 12,30), car il veut nous détourner, par tous les moyens, de l’Eglise et, par voie de conséquence, de notre salut. En se séparant de l’Eglise, par la création de groupuscules qui ne sont pas en communion entre eux, certains suivent l’exemple de ceux dont parle saint Théophane le Reclus : « Chez eux, partout il y a contestation… et ils ne communiquent pas entre eux. Où donc là, est l’Eglise UNE du Christ ? Q
uel est donc ce Corps de l’Eglise dont les membres sont divisés et dispersés ? Et comment alors peut-on dire que le seul véritable Pasteur divin est leur Pasteur ? » Selon les paroles de saint Jean Chrysostome, « L’Eglise n’a pas été instituée pour que ceux qui y sont rassemblés se séparent, mais pour que les séparés s’unissent ». C’est pourquoi, nous invitons chaleureusement ceux qui se sont détachés à écouter la voix conciliaire de l’Eglise et, selon l’expression de saint Jean de Changhaï, « construire, plutôt que de détruire. »
   A ceux qui n’entendent pas, nous nous adressons avec les paroles du saint évêque serbe Nicolas Velimirovitch : « Allons accomplir avec confiance dans notre Sauveur les obligations qui nous sont confiées et ne préjugeons pas de ce qui se passera ou de ce qui pourrait arriver. Une goutte de prière vaut mieux qu’une mer de perturbations. Surtout, ne point désespérer pour l’Eglise de Dieu. Si Celui qui la guide n’était qu’un homme, elle périrait dans les tempêtes, mais son timonier, jadis comme maintenant, est le tout-puissant Esprit divin ».
   Aussi allons-nous espérer et accueillir avec toute notre conscience le rétablissement de la communion eucharistique entre les deux parties de l’Eglise orthodoxe russe en mai 2007, si Dieu le veut. Ce sera une victoire de l’Eglise du Christ sur les puissances des ténèbres qui auraient voulu la détruire. Que le Dieu d’amour et de miséricorde nous aide à préserver pour l’avenir ce que nous ont transmis nos grands hiérarques pour le bien de notre diocèse d’Europe occidentale, qui sera renforcé par l’unité de l’Eglise russe.
   En ces jours où nous célébrons la Nativité du Christ, que le Verbe incarné affermisse notre unanimité !
                                                   Genève, 14/27 décembre 2006
+ Michel, évêque de Genève et d’Europe occidentale
+ Evêque Ambroise (Vevey-Lausanne)
Le clergé et les délégués laïcs du diocèse de Genève et de l’Europe occidentale"

Source et photo : Eglise orthodoxe russe hors-frontières

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Jovan Nikoloski