24/07/2017
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« Nous jeûnons afin qu’ils ne jeûnent pas » par le père Georges Massouh

« Nous jeûnons afin qu’ils ne jeûnent pas » par le père Georges Massouh

Certains ne jeûnent pas. D’autres jeûnent en période de carême. La majorité jeûne sans cesse.
La plupart de ceux qui jeûnent sans cesse y sont forcés, ce n’est pas leur choix. Ils jeûnent pour la simple raison qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter des aliments pour eux-mêmes et pour leurs enfants, ou pour se chauffer par temps glacial, ou pour revêtir leurs enfants de vêtements neufs. Ils jeûnent parce qu’ils sont sans patrie, sans toit, déplacés, réfugiés, prisonniers, exclus, rejetés … Ils jeûnent sans cesse et ils n’ont point besoin de rites et d’offices religieux pour jeûner. Ils pratiquent leur jeûne quotidiennement du matin au matin suivant, et point seulement du matin au coucher de soleil.
Si les jeûneurs qui observent le commandement du jeûne sont inspirés par les enseignements du Christ, alors ils jeûnent afin que cessent de jeûner ceux qui jeûnent contre leur volonté. Si notre jeûne ne tend pas à mettre fin au leur, alors notre jeûne est inutile et notre culte est vain. D’où avons-nous tiré cette conclusion ? De la parole de Jésus à ses disciples : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison et vous êtes venu à moi » (Mt 25, 35-40).
Dans ce passage de l’Evangile, que dans l’Eglise orthodoxe nous lisons dimanche prochain au seuil du grand carême, Jésus appelle ceux qui L’écoutent à faire miséricorde car, de la sorte, c’est à Lui-même qu’ils la font. Et en même temps, nous pouvons dire que toute personne qui fait miséricorde suit Jésus Lui-même, elle devient à l’image et à la ressemblance du Christ. A ce propos, saint Epiphane de Chypre (+ 403) affirme dans son commentaire : « Notre Seigneur a-t-il faim et soif ? Est-il nu, Lui dont la nature est immuable, qui a créé tout ce qu’il y a dans le ciel et sur la terre, qui nourrit les anges dans les cieux, ainsi que tout peuple et toute espèce sur terre ? Il est inconcevable que nous pensions ainsi. Le Seigneur ne jeûne pas dans son essence, mais dans Ses saints ; Il n’a pas soif dans Sa nature, mais dans Ses pauvres ».
Jésus a voulu s’identifier avec ceux qui sont dans l’affliction, afin que les croyants ne Le cherchent pas uniquement dans les livres, les icônes ou les cérémonies liturgiques. Si les croyants lèvent les yeux au ciel ils ne trouveront pas la face de Jésus ; ils la trouvent seulement sur les visages de ceux qu’Il aime, les indigents et les nécessiteux. Il est donc sans valeur le jeûne si Jésus, autrement dit chacun de « ces plus petits qui sont mes frères », continue à avoir faim, à être nu ou emprisonné …
Nous sommes par conséquent appelés, dans notre quête de communion avec Jésus par la prière, le jeûne et les services religieux, à ne point détourner notre regard des visages de ceux qu’Il aimait et qu’Il appelait « mes frères ». Dans notre patrie, le nombre des pauvres, des déplacés, des réfugiés et des « étrangers » dépasse et notre entendement et nos capacités à tous, mais cela n’enlève rien à l’importance qu’il y a de les aider, de les soutenir et de leur assurer le minimum de leurs besoins. Personne ne peut se priver de leur tendre une main secourable en prétextant qu’il y a plus riche que lui … En effet, tandis que la pauvre veuve mettait dans le Trésor tout ce qu’elle possédait, « les riches mettaient beaucoup de pièces », le Christ dit à ses disciples : « Cette veuve pauvre a mis plus que tous dans le Trésor. Car tous ont mis en prenant de leur superflu ; mais elle, elle a pris sur son indigence pour mettre tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre » (Marc 12, 41-44).
Le Christ dit : « C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice » (Matthieu 9,13). C’est comme s’Il disait : ‘C’est la miséricorde que je désire, et non le jeûne’. Ceci n’est pas un appel à ne pas jeûner, mais bien à pratiquer le jeûne avec ses exigences. La miséricorde ou l’amour, peu importe, est l’objectif des prescriptions légales, des rites et des offices liturgiques. Alors, que le jeûne soit béni et mène à une conduite juste.

Source  (traduit pour Orthodoxie.com)

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Jovan Nikoloski