23/08/2017
Actualités
Page d'accueil > Sur le web > Les persécutions contre l’Eglise orthodoxe en URSS

Les persécutions contre l’Eglise orthodoxe en URSS

Jamais, dans l’histoire de l’Eglise universelle, une persécution ne fut aussi importante, étendue dans l’espace et le temps et ininterrompue que celle qui sévit en URSS au XXe siècle. Les persécutions des trois premiers siècles de la chrétienté avaient un caractère local et ne duraient que quelques années. Même la persécution la plus terrible, sous Dioclétien et ses successeurs, qui commença en 303, n’aura duré que 8 ans.

En 1917-18, pendant une période difficile pour la Russie (Première Guerre mondiale, révolution russe), se réunit à Moscou le concile de l’Eglise orthodoxe russe, durant lequel le Patriarcat fut restauré après une période de trois cents ans. Le métropolite Tikhon fut élu patriarche de Moscou et de toutes les Russies. A cette époque, on comptait en Russie environ 60 mille églises et 117 millions d’orthodoxes répartis en 73 diocèses.

LA PREMIERE VAGUE DE PERSECUTIONS (1917–1920). 
Prise du pouvoir, pillage massif des églises, exécution des clercs.

Les persécutions contre l’Eglise orthodoxe russe ont commencé au moment de la révolution de février 1917, avant l’arrivée des bolcheviques au pouvoir. L’une des actions anticléricales les plus significatives du gouvernement temporaire fut la suppression du pouvoir canonique des évêques dans leurs diocèses, puisque tout le pouvoir de l’église se transmettait de facto par les conseils diocésains, et la confiscation de toutes les écoles de paroisse de l’Eglise russe orthodoxe. Cependant, les persécutions contre l’Eglise orthodoxe russe n’atteignent de véritable envergure qu’après les bouleversements de 1917.

L’un des premiers décrets du pouvoir soviétique fut celui du 20 janvier 1918, entérinant la séparation d’entre l’Eglise et l’Etat et confisquant à l’Eglise tous ses biens : capitaux, terres, bâtiments, églises. Conséquence de ce décret : en 1918, on ferma les institutions spirituelles pédagogiques, dont les écoles diocésaines et les églises rattachées, on supprima les formations spirituelles, l’activité scientifique religieuse et éditoriale. Conformément à ce décret, il fut interdit d’enseigner le catéchisme à l’école, ce qui provoqua le mécontentement du peuple. Par exemple, dans la province de Kazan, un congrès paysan avait déclaré obligatoire l’enseignement du catéchisme dans les écoles. 14000 travailleurs de Kazan s’adressèrent au commissaire de l’éducation populaire pour exiger de conserver l’enseignement du catéchisme dans les écoles. De semblables réunions eurent lieu dans les provinces d’Orenbourg, Vladimir, Riazan, Tambov, Simbir, ainsi que dans certains établissements de Moscou. Aucune de ces demandes émanant du peuple ne fut satisfaite.

Les bolcheviques avaient une haine extrême et irrationnelle pour l’orthodoxie. Armés jusqu’au dents, les révolutionnaires se ruaient dans les églises, volaient les objets précieux, profanaient les saints dons et l’Évangile, torturaient et assassinaient sauvagement les prêtres, violaient et tuaient les moniales. Cette attitude des bolcheviques est clairement exprimée dans une lettre de Lénine du 19 mars 1922 : « la confiscation des objets précieux, surtout dans les laures, les monastères et les églises les plus riches, doit être opérée sans pitié, avec une fermeté sans faille et intraitable, et dans un délai le plus court possible. Plus nous pourrons exécuter de représentants de la bourgeoisie réactionnaire et de prêtres réactionnaires à cette occasion, mieux ce sera ». En réaction, un message de sa sainteté le patriarche Tikhon, fut publié le 1er février 1918, proclamant anathème tous ceux qui versaient un sang innocent.

La triste liste des membres du clergé martyrisés par les bolcheviques commence avec le protoprêtre Ioann Kochurov, le 31 octobre 1917, durant la semaine qui suivit les bouleversements d’Octobre. Ensuite, les arrestations et les exécutions se suivent presque sans interruption. Voici quelques actes malveillants. Le 7 février 1918, le métropolite Vladimir de Kiev et de Galicie fut exécuté. Le 29 juin de la même année, Mgr Hermogène, évêque de Tobolsk et de Sibirsk fut noyé par les bolchéviques, avec une pierre attachée autour du cou. Une délégation de paroissiens venus demander la libération de leur évêque au conseil local connut le même sort. Le 8 février 1918, une procession de Croix fut fusillée à Voronej. Des dizaines de personnes furent tuées. La nuit de Pâques 1918, dans le village cosaque de Nezamaev ??, on enterra vivant le prêtre Ioann Prigorovski après lui avoir préalablement crevé les yeux, coupé la langue et les oreilles. En octobre 1918, les bolcheviques pillèrent le monastère Saint Nicolas de Belogorsk. Les moniales furent soit fusillées, soit jetées dans une fosse et ensevelies sous les ordures, soit envoyées en convoi à Perm aux travaux forcés. Le 24 décembre 1918, Mgr Théophane, évêque de Solikamsk, fut martyrisé : on le plongea dans l’eau glacée jusqu’à ce qu’il en meurt de glaçage. La même année, le 16 juillet, l’empereur Nicolas II fut fusillé avec la famille impériale.

Le 14 février 1919 fut publiée la décision du commissaire du peuple de disséquer les reliques, ce qui provoqua des outrages massifs contre les reliques de saints en 1919 et dans les années qui suivirent.

La première vague de persécution emporta plus de 15000 vies pour les seules années de 1918-19 (ligne du bas, voir le dessin). Le nombre total des répressions est d’environ 20000 (ligne du haut). Presque tous les conflits et les arrestations se terminaient par une exécution.

DEUXIÈME VAGUE DE PERSÉCUTIONS (1921–1923).
Confiscation des biens d’église, sous prétexte de venir en aide aux victimes de la famine près de la Volga.

Dans la deuxième moitié de l’année 1921, le pays subit la famine. En mai 1922, dans 34 provinces de Russie, environ 20 millions de personnes souffraient de la faim. Près d’un million en mourut. Le patriarche Tikhon fut l’un des premiers à réagir devant le malheur qui frappait peuple et, dès le mois d’août 1921, il adressa aux fidèles, aux patriarches orientaux, au pape de Rome, à l’archevêque de Canterbury et à l’évêque de New York un message dans lequel il demandait d’aider le pays mourrant de faim. Au même moment, il fonda un comité russe d’aide aux affamés, qui fut fermé par les autorités au bout d’une semaine. En février 1922, un décret soviétique sur la confiscation des biens d’église fut publié. Lénine enjoignit Trotski (Bronstein) de diriger secrètement les persécution avec cet ordre : « plus nous fusillerons de clercs, mieux ce sera » (Lettre du 19 mars 1922). Pourtant, malgré le chaos et la famine, cette confiscation rencontra une résistance farouche parmi le peuple, avec de nombreux sacrifices lors des incursions dans les églises. Pour la seule période de 1922-23, on enregistra 1414 affrontements entre les autorités et les fidèles. Or, les objets pris par la force dans les églises ne servirent pas du tout à nourrir les affamés mais plutôt à consolider le régime et à financer la révolution mondiale. Par exemple, le gouvernement versa 5 millions de marks pour les besoins des compatriotes vivant en Allemagne ; un million de roubles or fut dédié au développement de la révolution en Turquie et le budget du Komintern reçut en tout plus de 5.5 millions de roubles or, tandis qu’1 seul rouble or seulement servit à acheter des vivres pour les victimes de la famine.

Suite à la confiscation des biens d’église, Lénine proposa quelques actions devant se terminer par une exécution par fusillade. Dans une série de villes, des simulacres de procès contre les prêtres sont organisés. Par exemple, à Petrograd, plus de 80 accusés, quatre sentences de mort, à Moscou, 54 accusés, 11 exécutés. En mai 1922, le patriarche Tikhon fut arrêté et en juillet, le métropolite Benjamin fut «jugé » et fusillé.

La deuxième vague de persécutions provoqua près de 20000 répressions et l’exécution par fusillade d’environ 1000 personnes. Les bolcheviques donnaient une image d’équité : à la différence de la justice sommaire de 1918, ils organisaient des procès par l’exemple.

TROISIÈME VAGUE DE PERSÉCUTIONS (1923–28).
Avec l’aide de la Guépéou, création du schisme rénovationiste afin de détruire l’Eglise de l’intérieur.

En avril 1922, la Guépéou publia ses instructions pour l’organisation d’une réunion du « groupe du clergé moscovite d’opposition ». Un conseil des représentants de la Guépéou et du « clergé révolutionnaire » se réunit bientôt dans l’appartement du prêtre S. Kalinovski. L’accord fut unanime pour lutter contre le patriarche et les institutions patriarcales. « La confiscation des biens d’église fut un instrument des plus efficaces pour la formation de groupes rénovationistes anti-Tikhon, d’abord à Moscou, ensuite dans toute l’URSS», écrit Toutchkov, chef de la 6e division du département des Affaires Secrètes de la Guépéou.

C’est à ce moment là qu’eut lieu la restauration massive d’icônes domestiques et de coupoles d’églises. Le Seigneur fortifiait son troupeau… Lors de la restauration des icônes, celles-ci irradiaient une lumière aveuglante.

En avril 1923, on prépara le jugement et l’exécution du Patriarche Tikhon. Cependant, celui-ci fut reporté en raison d’une note de Dzerjinski au Bureau des Affaires Politiques : « …il est indispensable de reporter le procès de Tikhon en raison de la propagande à l’étranger ». On convoque alors le premier « concile » des rénovationistes, qui décida de priver le patriarche Tikhon du sacerdoce et de la tonsure monastique et d’instaurer un épiscopat d’hommes mariés, d’autoriser les prêtres à se remarier, et de passer au calendrier nouveau style (grégorien au lieu de julien). Fin avril, lorsqu’il fut libéré de prison, le principal souci du patriarche Tikhon fut de lutter contre le schisme rénovationiste. On prépara un nouveau procès contre le patriarche Tikhon mais il ne put aboutir en raison de la mort du patriarche le 7 avril 1925. Le patriarche Tikhon laissait derrière lui quelques candidats potentiels à la chaire patriarcale, dont le premier était le Métropolite Pierre (Polianski) de Krutitskoe, qui fut arrêté et mis en prison. Après la mort du patriarche, la Guépéou procéda à l’organisation du nouveau schisme : on arrêta les évêques, les prêtres et les laïcs qui avaient aidé d’une façon ou d’une autre le métropolite Pierre à diriger l’Eglise.

Dans le but de parvenir à « la déchristianisation complète du pays » et de « supprimer tous les restes de l’ancien régime », le gouvernement soviétique accorda une attention particulière au travail de propagande antireligieuse. Emelian Mikhailovich Iaroslavski (de son vrai nom Mikhei Izrailevitch Gubelman) fut chargé de cette politique. En 1921, Iaroslavski participe activement à la création du journal appelé « Athée », qui tourne en dérision le sentiment religieux. La « Société des amis du journal athée » est créée sur son initiative en 1924 à Moscou. En 1925, est fastueusement rebaptisée « Union des Athées », puis, quelque temps plus tard, « Union des Athées militants ». Les salariés des instituions et entreprises de l’Union des Athées recevaient le statut de fonctionnaires. On fonda aussi, sur l’initiative de Iaroslavski , l’association des Jeunes athées militants de l’URSS. En 1929, il y avait plus d’un million de jeunes athées.

Le 29 avril 1927 une déclaration est publiée par le représentant du locum tenens du patriarche, le métropolite Serge (Stargorodski), tentant de trouver un compromis avec le pouvoir athée («Nous voulons… reconnaître l’Union Soviétique comme notre patrie, dont les joies et les succès sont aussi les nôtres ».)

Le nombre des répressions des années 1923–1928 correspond à un tiers des répressions de 1922. Les bolcheviques ne se décident pas à mener le procès et l’exécution du patriarche Tikhon, prévu le 11 avril 1923. De nombreux évêques sont arrêtés et déportés, on se bat pour chaque église. La laure de la Trinité Saint Serge est fermée. Les rénovationistes instaurent l’épiscopat d’hommes mariés. En 1925, avec l’aide de la Guépéou, le nombre d’églises et de diocèses rénovationistes atteint quasiment celui des orthodoxes, mais leurs églises sont vides. Le peuple ne fréquente pas les églises de l’ « Eglise vivante » où célèbrent les rénovationistes. La Guépéou fait pression sur les héritiers du patriarche Tikhon et sur tous les prêtres qui le suivent. En 1928, malgré la déclaration du métropolite Serge, les persécutions s’intensifient.

TROISIEME VAGUE DE PERSÉCUTIONS (1929–1933).
« Dékoulakisation » et collectivisation.

En 1928, les autorités préparèrent la déportation massive des chrétiens dont la majorité étaient orthodoxes gardant un mode de vie traditionnel et religieux. Le 24 janvier 1929, le Comité central du parti communiste adopta un décret préparé par Kaganovitch et Iaroslavski : “Mesures de renforcement du travail antireligieux ” qui entérinait le début d’une suite d’arrestations massives de prêtres et de laïcs, et la fermeture d’églises.

Les persécutions commencèrent en 1929 et durèrent jusqu’en 1933. De nombreux prêtres furent arrêtés à cette période et envoyés dans les camps, beaucoup acceptèrent de mourir en martyrs. Pour la période de 1929 à 1933, on compte près de 60 000 arrestations et 5000 exécutions de prêtres.

Dans une interview datant du 2 février 1930 du métropolite Serge, représentant du locum tenens du patriarche, on peut lire qu’ « il n’y a pas de persécution contre l’Eglise ».

Le 5 décembre 1931, l’église du Christ Sauveur, construite entre 1837 et 1883 avec l’argent du peuple russe en souvenir de la victoire de 1812 contre les armées napoléoniennes fut dynamitée. A sa place on planifia de construire le palais des Soviets, mais les fondations ne cessaient de s’effondrer (alors que l’Eglise du Christ Sauveur n’avait pas eu ce problème). On décida d’y aménager une piscine, dans laquelle se noyèrent beaucoup de nageurs.

En 1935, le Comité central tira les conclusions de la campagne antireligieuse menée dans les années précédentes. Dans l’un de ces documents les persécuteurs sont forcés de reconnaître l’immense force de l’Eglise orthodoxe russe qui lui avait permis, malgré l’oppression continuelle du gouvernement, les arrestations, les exécutions, la fermeture des églises et des monastères, la collectivisation qui avaient supprimé une partie importante de laïcs actifs, de conserver la moitié de ses paroisses.

Malgré des persécutions comparables, par leur intensité, à celles de 1922, lors du recensement de 1937, un tiers de la population citadine et les deux tiers de la population rurale se déclarèrent orthodoxes, c’est-à-dire la moitié de la population de l’URSS.

QUATRIÈME VAGUE DE PERSÉCUTIONS (1937–38).
Les années de la terreur. Tentative de supprimer tous les croyants (Rénovationistes compris).

Dans ce document, l’échec de l’établissement du socialisme athée dans le pays devint évident pour Staline. Il devint clair qu’il fallait mener une nouvelle persécution, sanglante et sans pitié, et une guerre inédite contre le peuple, qui ne devait pas mener les insoumis aux camps ni aux travaux forcés, mais aux sentences d’exécution et de mort. Ainsi commença une persécution d’un nouveau genre, qui devait briser physiquement l’orthodoxie.

Selon les données de la Commission de réhabilitation des victimes de la répression de 1937, 136 900 prêtres orthodoxes furent arrêtés, dont 85 300 d’entre eux furent exécutés. En 1938, 28 300 furent arrêtés, dont 21 500 fusillés. En 1939, 1500 furent arrêtés dont 900 furent fusillés. En 1940, 5100 furent arrêtés dont 1100 furent fusillés. En 1941, 4000 furent arrêtés, dont 1900 furent fusillés. Le 10 octobre 1937, le métropolite Pierre, locum tenens du patriarche, fut exécuté après 8 ans de prison en cellule solitaire.

Après deux ans de persécutions, 1937-38, de 25 000 églises en Russie soviétique, il n’en restait que 1277. 1744 églises se retrouvèrent sur le territoire de l’Union Soviétique après l’annexion des territoires de l’Ukraine de l’Ouest, de la Biélorussie et de la Baltique. En 1937, le président de l’Union des Athées militants, Em. Iaroslavski annonca qu’ il n’y avait plus de monastères dans le pays.

On peut affirmer avec certitude que les persécutions qui accablèrent l’Eglise orthodoxe russe à la fin des années trente furent exceptionnelles par leur envergure et leur cruauté, non seulement dans l’histoire de l’Eglise orthodoxe russe, mais dans l’histoire mondiale. En 1938, le pouvoir soviétique achevait une période de vingt ans de persécutions, au bout de laquelle le résultat de ce processus de destruction était irréversible. Si les églises qui avaient été détruites ou transformées en dépôt pouvaient à l’avenir être reconstruites ou restaurées, les centaines d’évêques, des dizaines de milliers de prêtres et des centaines de milliers de laïcs avaient été exécutés et cette perte était irréparable. Les conséquences de ces persécutions se font sentir encore aujourd’hui. L’exécution d’une quantité innombrable d’évêques, de pasteurs lettrés et savants, et d’ascètes fit dégringoler le niveau moral de la société. On retira au peuple le sel qui l’avait « salé » dans une situation de décomposition alarmante. Or, les autorités ne n’avaient pas l’intention de faire cesser le processus de fermeture des églises. Il se poursuivit et nul ne sait jusqu’où il serait allé si la Seconde Guerre mondiale n’avait éclaté.

CINQUIÈME VAGUE DE PERSÉCUTIONS (1939–1952).
Deuxième guerre mondiale. Persécutions dans les régions annexées et libérées.

En 1939, tous les monastères avaient été fermés (en 1917 ils étaient plus de mille) ainsi que plus de 60 000 églises. L’office n’était célébré que dans une centaine d’églises. En 1939-1940, la Baltique fut annexée à l’URSS, ainsi que les régions de l’ouest de l’Ukraine et de la Biélorussie, le nord de la Bukhovine et de la Bessarabie. L’URSS compta de nouveau une grande quantité d’églises et de monastères orthodoxes.

Le 22 juin 1941, l’Allemagne déclara la guerre à l’URSS. Pourtant, ni le début de la guerre, ni la défaite des premiers mois, ni la perte de grands territoires au profit de l’ennemi ne changèrent l’attitude hostile du gouvernement envers l’Eglise orthodoxe russe et ne conduisirent les autorités à faire cesser les persécutions. Les autorités ne modifièrent leur position que lorsqu’elles apprirent que les Allemands avaient permis la réouverture de 3732 églises sur les territoires occupés, c’est-à-dire plus que dans toute l’URSS.

Le 4 septembre 1943, Staline rencontra le métropolite Serge, locum tenens du patriarche, et les métropolites Alexis et Nicolas. Quatre jours plus tard, on réunit le concile des évêques et le métropolite Serge fut élevé au rang de patriarche. On permit à l’Eglise d’ouvrir des séminaires, de publier des magazines etc. Toutefois, pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale, les arrestations de prêtres continuèrent. En 1943, on arrêta plus de mille prêtres orthodoxes, dont 500 furent fusillés. En 1944-46, plus de 100 personnes furent condamnées à mort.

Selon le rapport du Conseil des affaires de l’église orthodoxe russe de 1946, « au 1er janvier 1947, 13 813 églises orthodoxes et maisons de prière sont en activité». Dans une note explicative, deux ans plus tard : « Au 1er janvier 1948, il y avait en URSS 14 329 églises et maisons de prière en activité » ; et «…La quantité d’églises en RSS d’Ukraine représente 78.3 % de leur nombre en 1914 contre 5.4% en RSFSR.».

Après la guerre il y eut des sursauts de répression. D’après le rapport du ministre MGB Abakumov, « du 1er janvier 1947 au 1er juin 1948, 679 prêtres orthodoxes furent arrêtés pour activité subversive». Selon le rapport du Goulag, au 1er octobre 1949, il y avait 3 523 prêtres dans l’ensemble des camps.

En octobre 1948, le président du Conseil aux affaires de l’Eglise orthodoxe russe demanda au patriarche Alexis d’ « imaginer une série de conditions limitant l’activité de l’Eglise à ses églises et ses paroisses ». Les multiples tentatives du premier hiérarque de rencontrer Staline se soldèrent par un échec. Ce qui était permis à l’Eglise dans le cadre de son activité devint interdit : les processions – sauf pour Pâques -, les voyages du clergé dans les localités pour rendre visite à leurs fidèles, et il fut interdit aux prêtres d’avoir la charge de plusieurs églises (sachant qu’une église sans prêtre risquait d’être fermée). Les autorités modifiaient sans cesse la forme des persécutions menées contre l’Eglise. En 1951, l’impôt sur les paroisses fut augmenté : on exigea le paiement de cet impôt pour les deux années précédentes.

Le processus de fermeture des églises se poursuivait. Au 1er janvier 1952, on comptait 13 786 églises, dont 120 n’étaient pas en activité puisqu’elles étaient utilisées comme grenier à blé. Dans la seule région de Koursk, lors des récoles, 40 églises en activités furent remplies de grain. La quantité de prêtres et de diacres fut réduite à 12 254. Il restait 62 monastères, mais on en ferma 8 en 1951.

SIXIÈME VAGUE DE PERSÉCUTIONS, Khrouchtchev etc.
Étouffementde l’Eglise et poursuite des croyants.

Le 7 juillet 1954, sur l’ordre de Khrouchtchev, on prépara la décision du Comité central concernant «Les grandes lacunes de la propagande athéiste scientifique et les mesures nécessaires à son amélioration ». On y critiquait la politique menée par Staline envers l’Eglise. Une propagande athéiste massive commença, avec de nouvelles persécutions contre l’Eglise.

Un coup fut porté contre les institutions pédagogiques religieuses. En 1958, les 8 séminaires et les 2 académies comptaient 1200 étudiants, sans compter les 500 auditeurs libres. Les autorités prirent des mesures très fermes pour empêcher que les jeunes n’entrent dans les institutions religieuses. En octobre 1962, le Conseil des affaires de l’Eglise orthodoxe russe annonça au Comité central que sur 560 jeunes demandant leur admission dans les séminaires en 1961-62, 490 avaient retiré leur demande, ce qui témoignait d’un « travail personnalisé » avec eux. Beaucoup de séminaires furent fermés (Kiev, Saratov, Stavropol, Minsk, Volyn). A l’automne 1964, le nombre d’étudiants avait diminué de plus de la moitié en comparaison avec 1958. 411 personnes étudiaient dans 3 séminaires et 2 académies, avec 334 auditeurs libres.

Voyant la tournure que prenait cette nouvelle vague de persécutions, le patriarche Alexis tenta de rencontrer le premier secrétaire du Comité central, N.S. Khrouchtchev, afin de discuter des problèmes de la relation entre l’Eglise et l’Etat, mais cette tentative se solda par un échec.

En 1959, les autorités supprimèrent des lises 364 communautés orthodoxes. En 1960 : 1398. En 1961, 1390. En 1962, 1585.

En 1961, sous la pression des autorités, le Saint Synode entérina le décret sur « Les mesures de renforcement de la vie paroissiale » qui fut ensuite accepté par le concile épiscopal. Dans la pratique, la mise en place de ces réformes conduisit à l’éloignement du curé de la direction des activités paroissiales. Les marguilliers devinrent les maîtres de la vie pratique des paroisses, et les candidatures à cette fonction étaient obligatoirement être acceptées par les comités soviétiques locaux.

En 1962, on mit en place un contrôle strict des sacrements du baptême, du mariage et des enterrements. Ceux-ci devaient être inscrits dans les registres avec le nom de famille, les données du passeport et l’adresse des participants, ce qui conduisait à leur poursuite.

En août 1962, le Conseil des affaires de l’Eglise orthodoxe russe annonça au comité central, que depuis janvier 1960, le nombre d’églises avait diminué de plus de 30%, et qu’il y avait 2.5 fois moins de monastères, tandis que le nombre de plaintes contre les pouvoirs locaux avait augmenté. Dans beaucoup de cas, les fidèles résistaient aux autorités. Dans la ville de Klintsy, dans la région de Briansk, une foule d’un milliers de personnes empêcha de retirer les croix d’une église fermée peu de temps auparavant. On appela des droujinnik pour calmer la foule avec un détachement militaire armé de mitraillettes. Lors de la tentative de fermer la Laure de Potchaev, grâce à leur résistance opiniâtre, les moines et les fidèles réussirent à empêcher la fermeture du couvent. Le 6 juillet 1962, parurent deux décisions du comité central, appelant à instaurer des mesures drastiques pour empêcher la diffusion d’idées religieuses parmi les enfants et les jeunes. On proposa de priver les parents de leur droit sur leur enfant s’ils l’éduquaient dans un esprit religieux. On convoqua les parents dans les écoles et les postes de police, exigeant d’eux qu’ils n’emmènent pas leurs enfants à l’église, les menaçant de placer leurs enfants de force dans des internats.

Durant les 8 premiers mois de 1963, 310 communautés orthodoxes furent rayées de la liste. La même année, la laure des Grottes de Kiev fut fermée. Entre 1961 et 1964, 1234 personnes furent jugées sur des motifs religieux et condamnées à différentes peines ou déportées.
Au 1er janvier 1966, l’Eglise orthodoxe russe n’avait plus que 7523 églises et 16 monastères.

En 1971, le nombre de paroisses se réduisit à 7274.

En 1967, l’Eglise orthodoxe russe avait 6694 prêtres et 653 diacres. En 1971, elle ne comptait plus que 6234 prêtres et 618 diacres.

Au début du XXe siècle l’Eglise orthodoxe russe comptait 2500 saints, dont 450 saints russes. Les martyrs et saints confesseurs donnés par l’Eglise russe au XXe siècle se comptent en dizaines de milliers. En janvier 2004, l’Eglise orthodoxe russe a proclamé 1420 canonisations de nouveaux martyrs et confesseurs. Leur nombre augmente à chaque réunion du Saint-Synode. Ainsi, l’Eglise orthodoxe russe est devenue l’Eglise des nouveaux martyrs russes.

A la fin du IIe siècle, on attribue ces paroles à l’apologète chrétien Tertullien : « Le sang des martyrs est la semence du christianisme ». Le XXe siècle a abondamment répandu ces semences sur la terre russe, qui en recevra la grâce au centuple !

Source

Print Friendly, PDF & Email
Scroll To Top
Jovan Nikoloski