27/03/2017
Actualités
Page d'accueil > Actualités > France > Réactions à propos des modalités de distribution de la communion relativement à l’épidémie de grippe A (H1N1)

Réactions à propos des modalités de distribution de la communion relativement à l’épidémie de grippe A (H1N1)

Le 21 août, le doyen pour la France de la Métropole roumaine a adressé au clergé et à un certain nombre de responsables laïcs de la métropole roumaine le message suivant :
«Chers pères et frères. Vous avez entendu qu’il y a une menace d’épidémie de grippe A. Nous devons prendre au sérieux ce que nos frères médecins nous disent et faire face à cette éventualité, parce que le Christ en son Église cherche toujours le bien des humains, dans son Église et dans son monde. Dès maintenant, en attendant ce que nous dirons nos évêques, nous pouvons nous habituer à donner la sainte communion avec encore plus d’attention que d’habitude : on peut éviter tout contact avec la cuillère (si on ouvre grand la bouche et se renverse un peu en arrière, le prêtre n’a qu’à verser la parcelle sans toucher pour autant les lèvres) ; le prêtre, aidé du diacre, peut essuyer systématiquement la cuillère après chaque personne. L’ensemble est surtout une question d’hygiène personnelle.»
La teneur de ce message a suscité une grande émotion parmi le clergé et les fidèles orthodoxes. Le théologien Jean-Claude Larchet a adressé une lettre, qu’il a rendue publique, au métropolite Joseph.

Nous en publions les principaux extraits en raison de l’intérêt de son argumentation dans le contexte actuel et dans le contexte plus large de la théologie sacramentaire, et parce qu’elle contient une traduction d’une encyclique que le métropolite grec Nicolas Hadzinikolaou a récemment publiée à ce sujet.

« Éminence. […] Il me semble que cet acte émanant, dans l’exercice de ses fonctions, d’un prêtre à qui des responsabilités ont été confiées vis-à-vis d’autres prêtres est suffisamment grave pour justifier de votre part une intervention non seulement privée mais publique. De nombreux fidèles risquent en effet d’être profondément troublés par ces propos du [doyen de votre métropole], et approcher de la sainte communion avec les doutes que de tels propos peuvent faire naître peut avoir des conséquences graves pour la vie spirituelle de ces fidèles, mais aussi pour leur santé. En effet, comme le disent les prières que nous faisons lorsque nous nous préparons à la sainte communion et comme nous l’enseignent les Pères, celui qui ne reçoit pas la sainte communion avec une foi pleine et entière et avec la confiance et la pureté intérieure requises, la reçoit non pour son salut et pour sa guérison, mais “pour son jugement et sa condamnation” et peut “devenir malade d’âme et de corps en y participant indignement” (1ère prière avant la communion, de saint Basile le Grand). Les mesures préconisées par le [doyen de votre métropole] loin de protéger les fidèles contre la maladie risquent donc au contraire de les rendre malades à cause du manque de foi qu’elles expriment et suscitent !
Comment des prêtres qui essuient la sainte cuillère après chaque communion pourront-ils être crédibles lorsque, avant de donner la sainte communion, ils diront la prière : “Je crois que ceci même est Ton Corps très pur et que ceci même est Ton Sang très précieux”, ou encore : “Que la réception de Tes saints mystères, Seigneur, [soit] pour moi guérison de mon âme et de mon corps” ?
Si certains fidèles ont une foi fragile et des doutes, ils peuvent s’abstenir de communier. Mais comment admettre que des prêtres dont le rôle est d’affermir la foi des fidèles et de donner l’exemple puissent ainsi au contraire introduire le doute parmi des fidèles qui n’en auraient pas eu autrement ou renforcer les doutes de ceux qui en avaient ?
De telles paroles et une telle attitude portent atteinte au cœur même de notre foi, car Celui qui a vaincu la corruption et la mort, le Christ Dieu Tout-Puissant, le Médecin suprême des âmes et des corps, qui a le pouvoir de guérir les maladies spirituelles, psychiques et corporelles des hommes et qui chaque jour accomplit des myriades de miracles par le don aux fidèles de Son Corps et de Son Sang très précieux, est présenté comme un vecteur possible de maladie et fait l’objet de mesures de prophylaxie !
De telles impiétés sont malheureusement déjà répandues dans certains pays. Nous savons que des prêtres du Patriarcat d’Antioche sont formés à jeter à distance le Corps du Christ dans la bouche des fidèles afin qu’il n’y ait aucun risque que la sainte cuillère effleure leur bouche ; on sait aussi que dans un certain nombre de paroisses aux États-Unis la sainte communion est donnée avec des petites cuillères en plastique jetables (on peut même voir des photos de cette pratique sur Internet). Ne va-t-on pas un jour verser un liquide antiseptique et antibiotique dans le saint calice ?
Il est important que les évêques d’Europe occidentale prennent les dispositions nécessaires pour que de telles pratiques impies ne commencent pas à être introduites sur notre continent.
Devant un tel risque (celui du blasphème et de l’impiété, non celui de la maladie), le métropolite Nicolas Hadzinikolaou – qui, en tant que docteur et ancien chercheur en bio-médecine de l’université de Harvard et ancien président du comité de bioéthique de l’Église de Grèce et du Centre hellénique de bioéthique médicale ne peut guère être soupçonné d’obscurantisme – a publié récemment l’encyclique suivante, qui constitue une excellente mise au point sur la question, qui devrait inspirer les évêques d’Europe occidentale alors que leur réaction sur ce sujet paraît désormais opportune : »

« Chers Frères,
Récemment, à l’occasion de la survenance de l’épidémie de grippe AH1N1, a été soulevée – à mauvais escient – la question de la possibilité de transmission de maladies par la sainte communion. Malheureusement, il s’agit d’une nouvelle tentative entreprise pour dénigrer notre foi, à une époque où aucun autre support ne nous est resté, et ce souvent dans un langage impie, avec un ton ironique et une argumentation malveillante.
À cette occasion, je considère opportun de rappeler certaines vérités, nécessaires à la sauvegarde du précieux trésor de la foi en nous.
Notre Église, depuis deux mille ans, transmet la grâce de ses mystères de la façon à la fois humaine et bénie, pour “la guérison et la thérapie de l’âme et du corps”. Jamais elle n’a été remise en question par la logique contemporaine du doute impie, mais elle vit quotidiennement avec l’expérience de la certitude d’un grand miracle. Est-il possible que la divine communion devienne cause de maladie ou même de la plus petite nuisance ? Est-il possible que le Corps et le Sang de notre Seigneur et Dieu souille notre corps et notre sang ? Est-il possible que l’expérience quotidienne de deux mille ans soit atteinte par le rationalisme et la superficialité de notre époque ?
Depuis des siècles, les fidèles tant sains que malades, reçoivent la communion du même saint calice et de la même sainte cuillère, que nous ne lavons ni ne désinfectons jamais, sans aucun préjudice. Les aumôniers des hôpitaux, alors que même des maladies contagieuses y sont traitées, donnent la communion aux fidèles et consomment le reste des saints dons avec piété, et vivent longtemps. La sainte communion est ce qu’il y a de plus sacré pour l’Église et pour les hommes, le plus grand remède de l’âme et du corps. C’est là l’enseignement et l’expérience de notre Église.
Il est normal que ceux qui ne croient pas au miracle de la Résurrection du Seigneur, ceux qui se moquent de sa naissance de la Vierge, ceux qui nient la bonne odeur que dégagent les saintes reliques, ceux qui méprisent tout ce qui est saint et sacré, ceux qui complotent contre notre Église, ceux qui demandent la disparition de la dernière trace de la foi dans nos âmes, s’efforcent d’exploiter l’occasion pour s’en prendre aussi au mystère sacré de la divine eucharistie.
Le fait que les anglicans et les catholiques aient décidé, pour des raison prophylactiques, de cesser de donner la sainte communion en Angleterre et en Nouvelle Zélande – si toutefois cela s’avère exact – ne manifeste pas, comme certains le soutiennent, la prudence et la liberté, mais démontre de la meilleure façon la distance énorme qui sépare notre Eglise – eucharistique dans sa théologie et dans sa vie, vivant, croyant et proclamant le mystère – des autres groupes chrétiens qui confessent indirectement l’absence de grâce et des signes de Dieu dans leurs soi-disant sacrements, et la perte de leur identité ecclésiale. La vie sans sacrement ressemble à une sérieuse maladie sans médicament.
Malheureusement, le grand problème n’est pas le virus de la grippe comme en font part les média, ni le virus de la panique mondiale – comme le soutiennent les associations de médecins – mais le virus de l’impiété et du manque de foi. Et la meilleure vaccination est notre participation fréquente au mystère de la sainte communion.
Notre réponse à cette provocation impie de notre temps est not
re vie. Il serait judicieux que nos confesseurs, avec discernement, et lorsqu’ils jugent qu’il n’y a pas d’empêchements spirituels, proposent aux fidèles de communier plus fréquemment en ces jours difficiles, et que les fidèles qui en ont reçu la bénédiction de leur père spirituel s’approchent souvent au calice de vie, toujours cependant avec “crainte de Dieu, une foi forte et un amour sincère”.
+ Nicolas, métropolite de Mésogée et de Lavréotique                     
27 juillet 2009 »

Print Friendly
Scroll To Top
Jovan Nikoloski