25/09/2017
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Recension: Claude Laporte, Tous les saints de l’Orthodoxie

Laporte
Claude Laporte, «Tous les saints de l’Orthodoxie», Préface de S. E. Mgr Luka, évêque du diocèse d’Europe occidentale de l’Église serbe, éditions Xénia, Vevey, 2008, 750 p.
Voici un livre que tout orthodoxe francophone devrait posséder (et utiliser quotidiennement!). Il rassemble en effet, pour chaque jour de l’année, tous les saints orthodoxes qui figurent dans les calendrier des différentes Églises orthodoxes locales. On y compte en tout presque douze mille noms. Une telle entreprise n’avait jamais été réalisée, du moins avec une telle ampleur et un tel souci d’exhaustivité. Les différentes Églises locales se bornent en effet à citer dans leurs calendriers respectifs, outre les quelques saints commémorés par toutes les Églises, les saints qui leur sont propres. Dans les pays de la diaspora, les calendriers prennent en compte les saints des différentes communautés présentes, mais en se limitant aux principaux.

Dans son introduction, l’auteur précise les principes qu’il a suivi pour élaborer ce travail : on pourra en prendre connaissance d’une manière détaillée sur le site de l’éditeur (dans un document où figurent en outre la préface et la liste des saints du mois de janvier). L’auteur s’en tient, ce qui est une règle communément admise, aux saints qui sont morts dans la communion de l’Église orthodoxe. Mais il se montre plutôt restrictif en ce qui concerne les saints de l’Église de Rome: selon une tendance assez générale de nos jours parmi les hagiologues orthodoxes, il ne prend pas comme limite universelle l’année du schisme, c’est-à-dire de la rupture officielle de la communion entre l’Église de Rome et l’Église orthodoxe (1054), mais remonte jusqu’à la fin du VIIIe siècle – époque à laquelle le «Filioque» commença en Occident à être inséré dans le Credo de Nicée-Constantinople –, pour exclure de la liste des saints occidentaux ceux qui ont confessé une foi qui n’était plus celle de l’Église orthodoxe. Il nous semble cependant que dans ce domaine le critère ecclésiologique doit conserver la primauté: dès lors qu’une Église est en communion avec les autres, les saints qu’elle reconnaît doivent l’être par les autres Églises (et par tous leurs fidèles). Inversement, ne peut être reconnu comme saint quelqu’un qui aurait une foi orthodoxe mais ne serait pas dans la communion de l’Église ou n’y aurait pas été réintégré.
D’autres critères de sélection adoptés par l’auteur en fonction d’options personnelles plutôt que de principes reçus par l’Église pourraient être discutés.
En ce qui concerne la présentation de l’ouvrage, quelques points pourraient être améliorés à l’occasion d’une prochaine édition.
Le plus gros défaut de ce calendrier, sur le plan pratique, est de ne comporter qu’une seule date. Il aurait pourtant été facile de faire figurer face à face les dates de l’ancien calendrier et celles du nouveau pour faciliter l’utilisation de l’ouvrage aux nombreux fidèles qui suivent l’ancien calendrier. L’auteur a fait signer la préface de son livre par Mgr Luka, évêque du diocèse d’Europe occidentale de l’Église serbe, en hommage, dit-il, au fait que «depuis plusieurs années c’est le Patriarcat de Serbie qui a accepté de prendre en charge la plupart des orthodoxes francophones» ; il faudrait alors lui rappeler que les trois monastères francophones et la majorité des vingt paroisses francophones que compte le diocèse de Mgr Luka suivent l’ancien calendrier…
En second lieu, on peut exprimer le souhait d’une harmonisation de la présentation des différents saints : certains d’entre eux bénéficient d’une notice et qui plus est en caractères gras (ce qui introduit une double rupture dans la présentation), sans que cette exception soit toujours justifiée; l’auteur signale aussi parfois les «causes» pour lesquelles certains saints sont invoqués, mais sans que cette exception soit expliquable. Si l’auteur persévère à estimer ces notices ou ces remarques indispensables, il devrait les faire figurer en note en fin de volume.
Le classement des saints par ordre chronologique adopté par l’auteur est sans aucun doute globalement le plus judicieux, mais il aurait fallu faire systématiquement une exception: celle du saint «principal» – c’est-à-dire de celui qui et célébré par toutes les Églises, bénéficie d’un service dans les Ménées, et figure au premier rang dans le Synaxaire de Constantinople (qui fait universellement autorité); il aurait fallu soit le placer au premier rang – comme le font les calendriers de toutes les Églises locales et comme le fait aussi le hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra dans son «Synaxaire» – soit le signaler par une particularité typographique.
On peut regretter le caractère trop restreint de la bibliographie (on pourra trouver de nombreux compléments dans celle de l’introduction au «Synaxaire» du hiéromoine Macaire). On aurait par exemple aimé y voir cité le travail important de Georges Piperakis auquel l’auteur semble pourtant s’être référé.
Exprimons enfin le souhait que l'auteur puisse trouver l'aide linguistique qui lui a manqué en ce qui concerne les saints de l'Orient arabe, qu'il ne cite que partiellement.
Une dernière réflexion: ce livre ne devrait pas donner donner l’idée (étrangère à l’auteur) que le nombre restreint de saints présentés par les calendriers respectifs des Églises locales constitue une limite : les saints non cités des autres Église locales font l’objet d’une reconnaissance implicite ; il ne devait pas non plus donner l’idée, par son projet d’être «universel», que l’universalité de l’Église orthodoxe tiendrait à une addition des particularités des différentes Églises locales, et que l’on serait d’autant plus universel qu’on est plus exhaustif: selon un principe de base de l’ecclésiologie orthodoxe, chaque Église locale est l’Église universelle.
Ces remarques étant faites, soulignons le mérite de l’éditeur qui a réalisé un bel ouvrage relié, fait pour subir sans dommage de nombreuses manipulations, et celui de l’auteur qui a fourni un travail considérable s’étendant sur une période de treize années. Que tous deux soient remerciés d’avoir permis aux fidèles orthodoxes francophones de prier chaque jour un plus grand nombre de saints. Redisons-le: ce calendrier perpétuel (presque) complet est indispensable, au même titre que le «Synaxaire» du hiéromoine Macaire (dont nous présenterons la nouvelle édition dans notre prochaine chronique). C’est une bonne idée de cadeau en cette période de fêtes.
Jean-Claude Larchet

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Jovan Nikoloski