28/02/2017
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Recensions : “Justin, Apologie pour les chrétiens” et “Charles Munier, Justin martyr. Apologie pour les chrétiens”

Justin1Justin, Apologie pour les chrétiens. Introduction, texte critique, traduction et notes par Charles Munier, Paris, Éditions du Cerf, 2006, 391 p. (« Sources chrétiennes » n° 507).
Charles Munier, Justin martyr. Apologie pour les chrétiens, Introduction, traduction et commentaire, Paris, Éditions du Cerf, 2006, 390 p. (« Patrimoines – Christianisme »).

Ces deux ouvrages, fruits du travail du même auteur — Charles Munier, professeur honoraire à la faculté de théologie catholique de Strasbourg — concernant la même œuvre, paraissent simultanément aux éditions du Cerf car ils sont complémentaires, tout en se recoupant partiellement.
Le premier est l’édition critique et la traduction des deux Apologies de saint Justin.

Le second reprend la traduction seule et l’accompagne de notes abondantes qui constituent pratiquement un commentaire suivi sur près de 250 p. La présence de notes aussi nombreuses et aussi développées était exclue par les normes de la collection « Sources chrétiennes », ce qui explique leur publication dans un volume séparé, lequel permettra aussi de disposer du texte français à ceux qui n’ont pas besoin du texte grec.
Munier
Le second volume comporte une brève présentation, tandis que le premier volume offre une introduction substantielle qui renseigne précisément le lecteur sur l’auteur, la forme et le contenu de l’œuvre et les principes de l’édition critique proposée. Cette dernière à été établie à nuoveaux frais, car l’édition récente, publiée en 1994 par Miroslav Marcovich dans les « Patristische Texte und Studien », repose, selon Charles Munier, sur trop de conjectures hasardeuses.
Saint Justin est le plus important des apologistes du IIe siècle. Né dans la dernière décennie du Ier siècle ou la première du IIe, il est mort martyr en 165. De ses œuvres, seules nous sont parvenues le Dialogue avec Tryphon et deux Apologies. Ces dernières sont publiées ici avec un titre au singulier, car selon l’éditeur ces deux œuvres n’en font qu’une : elle ont été écrites en continuité (vers 153) et produites ensemble (elles ont été présentées à Rome comme une requête personnellement adressée à l’empereur Antonin le Pieux pour lui demander de changer radicalement sa politique hostile aux chrétiens), ayant un même objet et poursuivant un même but. Ce but est de défendre la foi chrétienne face à ceux qui l’attaquaient, non seulement en réfutant les fausses accusations et en répondant aux différents griefs, mais en montrant sa valeur et sa supériorité par rapport aux autres religions et philosophies. Saint Justin, que l’on a surnommé « le Philosophe », se montre particulièrement sensible à ce dernier aspect. L’un des intérêts de son approche est qu’il ne rejette pas la philosophie comme opposée à la religion et inconciliable avec elle, mais sauve tout ce qu’il est possible d’en préserver et d’en utiliser positivement. Selon lui, il y a dans les philosophies antiques des semences de vérité (car elles participent dans une certaine mesure au Logos spermatikos = Verbe semeur) qu’il est possible d’y retrouver. Mais le christianisme est une « philosophie divine », incontestablement supérieure à toutes les autres, en laquelle se trouve la plénitude de la vérité, car elle se fonde sur l’enseignement du Logos intégral. Par ailleurs saint Justin se montre intraitable vis-à-vis des mœurs païennes et de la mythologie, et montre par opposition la qualité du mode de vie vertueux chrétien, qui a pour modèle le Christ, véritablement Fils de Dieu fait homme.

Jean-Claude Larchet

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