22/09/2017
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Un entretien avec Darko Tanasković, ambassadeur de Serbie à l’UNESCO

Un entretien avec Darko Tanasković, ambassadeur de Serbie à l’UNESCO

Darko Tanasković, ambassadeur de Serbie à l’UNESCO

Lors de son récent entretien avec le pape François au Vatican, le président de la Serbie Tomislav Nikolić a reçu l’assurance que l’Eglise catholique romaine restera ferme au sujet de la non-reconnaissance du Kosovo et de la Métochie. Nikolić a demandé l’aide du pape en vue de s’opposer à la tentative de Priština de devenir membre de l’UNESCO.

La première visite du président serbe au Vatican a montré clairement que le pape suit tout ce qui se passe au Kosovo et en Métochie et qu’il est parfaitement au courant des persécutions des chrétiens dans la province sud de la Serbie, et qu’il connaît même les noms de tous les monastères serbes.
L’ambassadeur de Serbie à l’UNESCO, Darko Tanasković, souligne l’importance des efforts du Vatican pour défendre l’héritage spirituel et chrétien au Kosovo et en Métochie. Cependant le Saint-Siège qui possède un statut d’observateur à l’UNESCO, ne s’exprimera donc pas formellement au sujet de l’adhésion du Kosovo. Mais pour la Serbie, tout soutien est actuellement précieux. Le fait que le Vatican ne reconnaisse pas l’indépendance autoproclamée du Kosovo est important pour les pays qui adaptent leur position en fonction de celle du Vatican, déclare Tanasković à Sputnik.

« Le Vatican est très conscient que cette question revêt un caractère beaucoup plus large que la simple adhésion d’un Etat problématique au sein de l’UNESCO et que cette adhésion pourrait bouleverser l’équilibre très fragile de la région, ce que le Vatican ne souhaite sûrement pas, compte tenu de la situation des catholiques et des rapports avec l’Islam. Le Vatican est en mesure, par les contacts de ses diplomates et d’autres officiels, d’expliquer sur un plan général pourquoi il ne serait pas du tout souhaitable en ce moment que le Kosovo entre à l’UNESCO », ajoute l’ambassadeur Tanasković.

Au siège de l’UNESCO à Paris comme partout où cela est possible, la Serbie déploie actuellement une intense activité diplomatique afin d’empêcher l’entrée du Kosovo à l’UNESCO. Les diplomates serbes s’efforcent de convaincre le plus grand nombre de représentants d’autres pays du fait que l’adhésion du Kosovo dans cette organisation serait problématique et qu’elle serait nuisible.

Après l’échec de la tentative faite par l’intermédiaire de la MINUK (Mission Internationale des Nations Unies au Kosovo), c’est l’Albanie, membre de l’UNESCO, qui a fait une démarche en vue d’inscrire cette question à l’ordre du jour. Elle a reçu le soutien de 18 des 58 membres du Conseil exécutif de cette oganisation. La proposition albanaise est soutenue notamment par la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, la Turquie, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Séoudite, la Finlande…

La proposition albanaise sera d’abord analysée par le bureau de cette instance, puis le 7 octobre elle sera examinée lors de la première session du Conseil exécutif qui doit décider si elle sera inscrite à l’ordre du jour.

Tanasković rappelle que conformément à la Résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU, le Kosovo est placé sous protectorat de la communauté internationale. Or, cette réalité juridique internationale ne se trouve plus respectée depuis longtemps, déclare Tanasković.

« Dès que les 111 pays de la communauté internationale, membres également de l’UNESCO, eurent reconnu le Kosovo et établi des relations diplomatiques avec lui, ils ont de ce fait ignoré la Résolution 1244, ce qu’ils n’étaient pas en droit de faire en tant que membres de l’ONU, mais telle est malheureusement la réalité politique. Face à la réalité juridique internationale fondée sur le système de l’ONU et cette réalité politique générée précisément par le non-respect du cadre international établi par la Résolution 1244 et le statut du Kosovo conforme à cette résolution, nous nous efforçons d’expliquer pourquoi un pas supplémentaire dans la violation du droit international serait particulièrement nuisible, compte tenu du mandat de l’UNESCO et de la mission qui est impartie », précise Tanasković.

Il souligne qu’il est tout aussi important de s’interroger sur la manière dont l’Etat du Kosovo prendrait soin du trésor culturel, historique et spirituel de la province sud de la Serbie. Or on a pu observer lors du pogrom de mars 2004 l’attitude des gens qui seraient chargés de veiller sur ce trésor.

« Même si le Kosovo était un « Etat », ce qu’il n’est pas, il ne remplit pas actuellement les conditions objectives et on ne peut pas s’attendre à ce que les promesses des officiels du Kosovo sur leur comportement futur en tant que membres de l’UNESCO nous permettent de leur accorder notre confiance. Certains États qui ont reconnu son indépendance expriment actuellement des réserves sur leur approbation éventuelle au sujet de l’entrée du Kosovo à l’UNESCO, car il s’agit d’une nouvelle question et d’un problème qui aurait des conséquences d’une grande portée dépassant largement les retombées politiques de la reconnaissance de l’État du Kosovo », souligne l’ambassadeur de Serbie à l’UNESCO.

Au-delà des préoccupations du monde contemporain pour le patrimoine mondial, la décision finale sur l’entrée éventuelle du Kosovo à l’UNESCO sera à l’évidence, politique. Jusqu’à présent, 44 des 158 Etats-membres ont apporté leur soutien à cette adhésion. Mais il ne faudrait pas oublier que l’admission du Kosovo serait un signal adressé à d’autres entités similaires dans le monde à suivre cet exemple, ce qui mettrait en danger la souveraineté et l’intégrité territoriale de certains Etats. Cela constituerait un précédent, car on dérogerait ainsi au principe du droit international selon lequel une entité dépourvue de subjectivité juridique internationale et qui n’a pas fait preuve de sa capacité à se conformer aux principes fondamentaux sur lesquels l’UNESCO repose, peut être admise au sein de cette organisation.

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Jovan Nikoloski