27/03/2017
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Recension : Hilarion Alfeyev, Le “Nom grand et glorieux. La vénération du Nom de Dieu et la prière de Jésus dans la tradition orthodoxe”

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Hilarion Alfeyev, Le Nom grand et glorieux. La vénération du Nom de Dieu et la prière de Jésus dans la tradition orthodoxe, Paris, Cerf, 2007, 328 p.

Dans ce nouveau livre qu’il est venu présenter récemment à Paris, Mgr Hilarion Alfeyev se penche sur la controverse qui prit naissance en 1909 au monastère russe de Saint Panteleïmon au Mont-Athos, puis s’étendit en Russie dans les décennies suivantes, entre les « onomatodoxes » (adorateurs du Nom de Dieu) qui affirmaient que « le Nom de Dieu est Dieu lui-même », et les « onomatomaques », qui s’opposaient à une telle affirmation qu’ils jugeaient idolâtrique. La controverse elle-même prit fin en 1931 par une intervention autoritaire et tragique de l’État communiste. Ce ne fut pas seulement une querelle de moines car elle provoqua l’intervention de plusieurs patriarches et de plusieurs évêques (dont le célèbre Antoine Khrapovitsky) et le problème de fond qu’elle posait suscita l’intérêt de philosophes, de théologiens connus comme Nicolas Berdiaev, le P. Paul Florensky, le P. Serge Boulgakov ou l’Archimandite Sophrony, et il reste aujourd’hui encore débattu en Russie.

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Recension : Hilarion Alfeyev, Le "Nom grand et glorieux. La vénération du Nom de Dieu et la prière de Jésus dans la tradition orthodoxe"

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Hilarion Alfeyev, Le Nom grand et glorieux. La vénération du Nom de Dieu et la prière de Jésus dans la tradition orthodoxe, Paris, Cerf, 2007, 328 p.

Dans ce nouveau livre qu’il est venu présenter récemment à Paris, Mgr Hilarion Alfeyev se penche sur la controverse qui prit naissance en 1909 au monastère russe de Saint Panteleïmon au Mont-Athos, puis s’étendit en Russie dans les décennies suivantes, entre les « onomatodoxes » (adorateurs du Nom de Dieu) qui affirmaient que « le Nom de Dieu est Dieu lui-même », et les « onomatomaques », qui s’opposaient à une telle affirmation qu’ils jugeaient idolâtrique. La controverse elle-même prit fin en 1931 par une intervention autoritaire et tragique de l’État communiste. Ce ne fut pas seulement une querelle de moines car elle provoqua l’intervention de plusieurs patriarches et de plusieurs évêques (dont le célèbre Antoine Khrapovitsky) et le problème de fond qu’elle posait suscita l’intérêt de philosophes, de théologiens connus comme Nicolas Berdiaev, le P. Paul Florensky, le P. Serge Boulgakov ou l’Archimandite Sophrony, et il reste aujourd’hui encore débattu en Russie.

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12 mars (ancien calendrier)/25 mars (nouveau)

12 mars (ancien calendrier)/25 mars (nouveau)
GRAND CARÊME

Saint Théophane le Confesseur, moine au Mont Sigriane, près de Cyzique (818) ; saint Paul-Aurélien, premier évêque de Saint-Pol-de-Léon en Bretagne (573) ; saint Grégoire le Grand, dit le Dialogue, pape de Rome, auteur de la Liturgie des saints Dons présanctifiés (604) ; saint Syméon le Nouveau Théologien (1021) ; saint Phinès le juste (vers 1500 av. J.-C.) ; saints néo-martyrs de Russie : Alexandre (Derjavine), confesseur (1933), Jean (Plekhanov), Constantin (Sokolov), prêtres, Vladimir (Volkov), moine (1938), Serge (Skvortsov), prêtre (1943).

SAINT THÉOPHANE LE CONFESSEUR

Saint Théophane le Confesseur, moine au Mont Sigriane, près de Cyzique (818)

Notre saint Père Théophane naquit à Constantinople en 759, sous le règne de l’empereur iconoclaste Constantin Copronyme (741-775), au sein d’une noble et opulente famille. Élevé par sa mère, il avait été fiancé dès l’âge de douze ans à une riche héritière, nommée Mégalo. Au bout de huit années de fiançailles, quand vint le jour des noces, dès qu’ils se retrouvèrent seuls, le soir venu, Théophane révéla à son épouse qu’il avait toujours désiré embrasser la vie monastique, et il la convainquit de vivre ensemble dans la continence, comme frère et sœur. Ils menèrent ainsi ce glorieux combat de la virginité au sein du mariage pendant deux années, malgré les pressions du père de Mégalo. Finalement, celui-ci obtint de l’empereur Léon IV (775-780) que Théophane fût nommé gouverneur de Cyzique, chargé de surveiller la construction de la forteresse, avec l’espoir que les soucis de cette charge le détourneraient de ses aspirations ascétiques. Mais le résultat fut tout autre, car le pieux magistrat profitait de tous ses moments libres pour visiter les ascètes de la région. L’un d’eux, nommé Grégoire, tempéra son désir de renoncer au monde en lui conseillant de persévérer encore dans son mode de vie. Au cours d’un voyage à Constantinople, il reçut la dignité de spatharios, mais rien ne pouvait le détourner de sa soif de Dieu. Aussi, dès la mort de l’empereur et de son beau-père, il obtint son congé de l’impératrice régente, Irène, et, après avoir libéré ses serviteurs et distribué ses richesses, il conduisit son épouse dans un monastère de l’archipel des Princes. Il ne devait plus la revoir dans cette vie, mais il lui écrivait pour l’encourager à persévérer dans les devoirs de sa profession. Quant à lui, il devint moine au monastère de Polychronion au mont Sigriane, près de Cyzique. De là, il passa une brève période dans une propriété de famille située dans l’île de Calonymos (Propontide). Les candidats à la vie monastique accoururent bientôt, mais Théophane, renonçant à les diriger, confia la direction de la communauté à un moine expérimenté venu d’un autre monastère et alla vivre en ermite à proximité pendant environ six années, en exerçant le travail de copiste. Lorsque l’higoumène du monastère vint à mourir, les frères lui demandèrent unanimement de prendre la succession. Craignant de perdre la grâce de la sainte hésychia, le saint retourna au mont Sigriane, où il acquit une propriété nommée le Grand-Champ (Megas Agros), dans laquelle il fonda un monastère qui devint par la suite un des plus prestigieux centres spirituels de l’époque. Revêtu de l’armure des preux combattants du Seigneur : le jeûne mesuré qui dessèche les ardeurs de la chair, la veille qui rend l’esprit pénétrant au milieu de la nuit et les larmes qui purifient le cœur, il était pour tous une image vivante de la parfaite observance monastique. Une fois de plus des disciples se rassemblèrent autour de lui et il dut assumer leur direction. D’une douceur avenante, il savait s’entretenir d’égal à égal avec les plus simples comme avec les plus lettrés, et il leur enseignait avec autorité, mais sans violence, les saints dogmes et l’art de la maîtrise des passions. Pour compléter son expérience, il entreprit alors un voyage dans les monastères de Bithynie et de l’Hellespont. En plus de ses labeurs spirituels et de ses devoirs de pasteur, il travailla aussi à la rédaction d’une vaste Chronographie, qui reste un des meilleurs documents pour la connaissance de l’histoire byzantine. Devenu vase d’élection de la grâce, il couvrait tous ceux qui se présentaient au monastère de la charité même de Dieu, et lors d’une terrible disette il ordonna à son économe de distribuer toutes les réserves aux indigents. Par la grâce de Dieu celles-ci se remplirent de nouveau.

En 787, il fut convoqué au Concile de Nicée, réuni pour la défense du culte des saintes images. Il apparut dans cette assemblée dans un simple et pauvre appareil, mais étonna tous les assistants par sa profonde connaissance de la tradition des saints Pères. Rentré à son monastère, il fut atteint de la très cruelle maladie de la pierre et de coliques néphrétiques, qui l’obligèrent à rester constamment alité. Ces épreuves, acceptées avec patience, se transformaient pour lui en de saintes ascensions vers le Royaume des cieux.

Lorsque l’empereur impie Léon V l’Arménien reprit la persécution contre les saintes images (815), averti de la réputation de confesseur acquise par l’higoumène du Grand-Champ, il convoqua Théophane à Constantinople, sous prétexte de demander ses prières à la veille de sa campagne contre les Bulgares. Les soldats envoyés pour quérir l’homme de Dieu, le saisirent de force, malgré son infirmité, et incendièrent le monastère. Une fois rendu à la capitale, Théophane refusa de voir l’empereur hérétique en face, ce qui déclencha la fureur du tyran qui le fit incarcérer au monastère des Saints Serge-et-Bacchus, où le futur patriarche hérétique, Léon le Grammairien, essaya de le faire céder. Mais le saint réfutait avec éclat tous ses arguments. Il resta, pendant deux ans, enfermé dans un sombre cachot du palais d’Éleuthère ; puis l’empereur, constatant qu’il demeurait inflexible dans sa confession de la vraie foi, ordonna de l’exiler dans l’île de Samothrace. Le saint confesseur ne put survivre qu’une vingtaine de jours aux peines de ce voyage, et il remit son âme au Seigneur le 12 mars 817 (818). Son tombeau devint immédiatement une source de guérisons pour les habitants de Samothrace. En 822, ses disciples vinrent prendre son corps pour le transférer au monastère du Grand-Champ. Saint Théodore Stoudite, dont saint Théophane avait été le parrain de profession monastique et qui lui portait une vive admiration, prononça à cette occasion un discours en son honneur. Il est acclamé parmi les saints confesseurs dans le Synodikon de l’Orthodoxie, lu dans les églises le Premier Dimanche du Grand Carême.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Théophane, ton 8
Guide de l’orthodoxie, maître de piété et de sainteté, / luminaire de l’univers, ornement des moines inspiré de Dieu, / sage Théophane, pour les saintes images tu as combattu; / toi qui fus comme une lyre vibrant au souffle de l’Esprit, / intercède auprès du Christ notre Dieu pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion de saint Théophane, ton 2
Du ciel ayant reçu la divine révélation, / tu t’empressas de quitter le tumulte d’ici-bas; / en moine, vénérable Père, ayant vécu, / tu reçus le pouvoir des miracles et le don de prophétie, / toi qui te privas de ton épouse et de tes biens.

LECTURE DES PROVERBES (VI, 20, VII,1)

Ô mon fils, garde les lois de ton père,
et ne rejette pas les préceptes de ta mère. Tiens-les toujours attachés à ton âme ;
mets-les comme un collier autour de ton cou.
Partout où tu iras, porte-les, et qu’ils soient avec toi ;
et quand tu dormiras, qu’ils te gardent,
afin qu’à ton réveil ils s’entretiennent avec toi.
Les commandements de la loi sont une lampe, une lumière ;
c’est la voie de vie, c’est la correction et la discipline,
qui te garderont de la femme mariée et des artifices de la langue étrangère. Que la convoitise de sa beauté ne triomphe pas de toi ;
ne te laisse pas prendre par tes yeux, ni ravir par ses paupières.
Car la courtisane ne coûte que le prix d’un pain ;
la femme mariée prend les âmes des hommes qui ont tant de prix.
Qui cachera du feu dans son sein sans brûler sa tunique ?
Qui marchera sur des charbons ardents sans se brûler les pieds ?
Tel est celui qui a commerce avec la femme mariée ;
il ne sera point disculpé, non plus que celui qui l’aura touchée.
Il n’est pas étonnant qu’un voleur se cache dans la grange ;
car il vole pour rassasier son âme affamée ;
et s’il est pris, il rendra au centuple ;
et, dût-il donner tout ce qu’il possède,
il se sauvera lui-même mais l’adultère,
à cause de l’indigence de son cœur, a causé la perte de son âme ;
il supportera les hontes et les douleurs,
et son opprobre ne sera point effacé dans les siècles des siècles.
Car l’âme de l’époux est pleine de jalousie ;
il ne l’épargnera pas le jour du Jugement.
Nul, au prix d’une rançon, n’éteindra sa haine,
et il n’est point de dons si nombreux qui puissent l’apaiser.
Mon fils, garde mes paroles, et renferme mes préceptes en toi-même.

9 mars (ancien calendrier)/22 mars (nouveau)

9 mars (ancien calendrier)/22 mars (nouveau)
GRAND CARÊME
(dispense d’huile et de vin)

Les 40 saints martyrs de Sébaste

Les 40 saints martyrs de Sébaste  : Acace, Aetius, Alexandre, Angius, Athanase, Candide, Claude, Cyrille, Dométien, Domnus, Ecdikos, Elie, Eunique, Eutychès, Flavius, Gaïus, Gorgon, Hélien, Héraclius, Hésychius, Jean, Léonce, Lésimaque, Mélèce, Méliton, Nicolas, Philoctémon, Prisque, Quirin, Sacerdos, Sévérien, Sisinius, Smaragde, Théodule, Théophile, Valens, Valère, Vivien, Xanthe et Augias (vers 320); saint Urpasien, martyr à Nicomédie (vers 295) ; saint Césaire, frère de saint Grégoire le Théologien (369) ; saint Taraise ; saints néo-martyrs de Russie : hiéromartyrs Michel (Maslov), Alexis (Smirnov), Démètre (Glivenko), Serge (Lebedev), Serge (Tsvetkov), prêtres et Nicolas (Goriounov), diacre, Joasaph (Chakhov), moine, Nathalie (Oulianov) et Alexandra (Samoïlov), moniales (1938).

SAINTS QUARANTE MARTYRS DE SÉBASTE
Lorsque le cruel Licinius (308-323), qui avait été associé au pouvoir par saint Constantin, jeta le masque de la dissimulation et rompit avec lui, il publia des édits contre les chrétiens et envoya dans toutes ses provinces des magistrats chargés d’exécuter ses ordres, en mettant à mort dans de terribles supplices ceux d’entre eux qui ne voulaient pas se soumettre. Le gouverneur désigné pour la Cappadoce et la Petite Arménie, Agricolaos , était l’un des plus zélés exécutants des édits de persécution et il avait convoqué dans la ville de Sébaste où il résidait, la douzième légion impériale, dite fulminante (Legio XII fulminata), dirigée par le duc Lysias. Quarante soldats de cette légion, hommes jeunes, braves et appréciés pour leurs services, refusèrent alors de sacrifier aux idoles de l’Empire et se déclarèrent chrétiens. Originaires de différentes contrées, mais unis comme un seul homme nouveau par la foi et la charité, ils se présentèrent un à un devant le gouverneur, comme des athlètes qui se font inscrire au jour du combat, et déclinèrent leur véritable identité, en disant : « Je suis chrétien ! » Agricolaos essaya d’abord de les gagner par la douceur, en vantant leurs actions d’éclat et en leur promettant avantages et faveurs de la part de l’empereur s’ils se soumettaient à son ordre. Les saints lui répondirent par la voix de l’un d’entre eux : « Si nous avons vaillamment combattu, comme tu le dis, pour l’empereur de la terre, avec combien plus d’ardeur nous faut-il maintenant engager le combat par amour pour le Souverain de l’univers. Car il n’y a pour nous qu’une vie : la mort pour le Christ. » Jetés en prison dans l’attente d’une nouvelle comparution, les valeureux combattants de la piété tombèrent à genoux, en priant le Seigneur de les garder dans la vraie foi et de les fortifier dans le combat. Comme ils passaient la nuit en chantant des Psaumes, le Christ leur apparut et leur dit : « Vous avez bien commencé, mais la couronne ne sera accordée qu’à celui qui persévérera jusqu’au bout ! »
Le lendemain matin, le gouverneur les fit comparaître de nouveau et recommença ses flatteries, mais l’un des saints martyrs, Candide, dénonça ouvertement sa douceur hypocrite, déclenchant ainsi la colère du tyran. Toutefois, ne pouvant rien contre eux tant que leur général, le duc Lysias, ne les avait pas jugés, Agricolaos les fit remettre en prison. Au bout de sept jours, Lysias étant arrivé à Sébaste, on les conduisit devant lui. En chemin, Quirion encourageait ses compagnons en leur disant : « Nous avons trois ennemis : le diable, Lysias et le gouverneur. Que peuvent-ils contre nous qui sommes quarante soldats de Jésus-Christ ? » Quand il les vit si fermes et si résolus, Lysias ordonna aux autres soldats de leur briser les dents à coups de pierres. Mais dès que ces derniers se précipitèrent, ils furent aveuglés par une puissance divine et, dans la confusion, ils se frappaient les uns les autres. Lysias, pris de colère, saisit alors une pierre et voulut la lancer sur les saints, mais celle-ci alla frapper le gouverneur en le blessant grièvement. On les remit en prison pour la nuit, en attendant de prendre une décision sur le genre de supplice qu’il fallait leur appliquer.

Rassemblant les ressources de son imagination perverse, le gouverneur ordonna de les dépouiller de leurs vêtements et de les laisser nus sur le lac gelé, qui se trouvait à peu de distance de la ville, afin qu’ils périssent dans d’horribles souffrances causées par le froid. Pour compléter le supplice, il imagina de présenter sous leurs yeux, comme ultime tentation, le remède à leurs peines, et fit préparer sur le bord du lac un bain d’eau chaude, afin que celui qui abandonnerait le combat, vaincu par la rigueur du froid, y trouvât de quoi se soulager.

Dès qu’ils entendirent la sentence, les saints rivalisèrent à qui se dépouillerait le premier de ses vêtements, disant : « En déposant ces vêtements, rejetons aussi le vieil homme ! Puisque par la tromperie du Serpent, nous avons revêtu jadis les tuniques de peau, dépouillons-nous aujourd’hui pour obtenir le Paradis que nous avons perdu ! Que rendre au Seigneur pour ce qu’Il a souffert pour notre salut ? Les soldats l’ont autrefois mis à nu, dépouillons-nous maintenant de nos vêtements pour que tout l’ordre militaire obtienne le pardon ! Le froid est rigoureux, mais le Paradis est doux ! Prenons donc patience pour un court instant, afin d’être réchauffés dans le sein d’Abraham. Achetons la joie éternelle au prix d’une courte nuit de tourments ! Puisque de toute manière ce corps corruptible doit mourir, acceptons maintenant de mourir volontairement afin de vivre éternellement ! Reçois, Seigneur, cet holocauste que le froid et non le feu va consumer ! » C’est en s’encourageant ainsi mutuellement que les quarante saints s’avancèrent comme un seul homme sur la glace, sans autre lien que leur propre volonté, et pendant toute la nuit ils endurèrent la morsure cruelle du vent, particulièrement glacial en cette région, en priant le Seigneur pour que, comme ils étaient entrés quarante dans le combat, ils en sortent quarante victorieux, sans qu’il en manquât un seul à ce nombre sacré, symbole de plénitude. Comme la nuit avançait et que leurs corps commençaient à se durcir et leur sang à ralentir sa circulation en leur provoquant une insupportable souffrance au cœur, l’un d’entre eux, vaincu par la douleur, quitta le lac et se précipita vers le bain surchauffé. Mais la soudaine différence de température le fit mourir presque aussitôt, privé de la couronne de la victoire. Les trente-neuf autres, navrés de la perte de leur compagnon, redoublèrent leur prière, et soudain une grande clarté vint percer le ciel et s’arrêta au-dessus du lac en réchauffant les saints martyrs, et des anges descendirent pour poser sur leurs têtes trente-neuf couronnes resplendissantes. Devant cette merveille, un des gardes, nommé Aglaïos, qui se réchauffait près du bain, eut soudain la conscience illuminée par la foi. Constatant qu’une quarantième couronne restait suspendue en l’air, semblant attendre que quelqu’un vînt compléter le nombre des élus, il réveilla ses compagnons d’armes, leur jeta ses vêtements et il s’avança avec empressement sur la glace pour rejoindre les martyrs, criant que lui aussi était chrétien.

Lorsque, le lendemain matin, Agricolaos apprit l’événement, il ordonna de tirer les saints hors du lac et de les achever en leur rompant les jambes, puis d’aller jeter leurs corps au feu afin qu’il ne restât aucune trace de leur glorieux combat. Comme on les traînait vers l’ultime supplice, les glorieux martyrs chantaient : Nous avons passé par le feu et par l’eau, mais Tu nous en as tirés, Seigneur, pour nous procurer le rafraîchissement ! (Ps 65, 12). Après avoir exécuté leur besogne, les bourreaux chargèrent les corps des saints sur un chariot pour les conduire au bûcher. Ils s’aperçurent alors que le plus jeune d’entre eux, Méliton, était encore vivant et le laissèrent, dans l’espoir de le convaincre finalement à renier sa foi. Mais sa mère, qui avait assisté au spectacle, vint prendre son enfant dans ses bras et le déposa elle-même sur le chariot avec les autres corps, en lui disant : « Ne reste pas privé de la couronne, ô mon cher fils, rejoins tes compagnons pour jouir de cette lumière éternelle qui dissipera mon affliction. » Et, sans répandre une larme, elle accompagna le chariot jusqu’au bûcher, le visage rempli de joie.

Suivant les ordres du gouverneur, les soldats dispersèrent les cendres des martyrs et jetèrent leurs ossements dans le fleuve ; mais, au bout de trois jours, les saints apparurent en vision à l’évêque de Sébaste, Pierre , et lui indiquèrent l’endroit du fleuve où ils étaient retenus pour être vénérés par les fidèles. Par la suite les reliques des Quarante Martyrs furent distribuées dans de nombreux lieux, et leur culte se répandit, principalement grâce à la famille de saint Basile, qui leur portait une grande dévotion .

La nuit qui précéda leur martyre, les saints dictèrent leur Testament, sous forme d’exhortation, à un jeune esclave, Eunoïcos, qui fut témoin de leurs combats et put échapper aux persécuteurs. Il transmit cet admirable texte à la postérité et prit soin, par la suite, du sanctuaire où étaient déposées leurs reliques. C’est dans ce Testament qu’on peut trouver les noms des Quarante martyrs : Acace, Aétios, Alexandre, Angias, Athanase, Candide (ou Claude), Cyrille, Dométien, Domnos, Ecdikios, Élie, Eunoïque, Eutychios, Flavios, Gaïos, Gorgonios et un autre du même nom, Hélien, Héraclius, Hésychios, Jean, Khoudion, (Léonce), Lysimaque, Mélèce, Méliton, Nicolas, Philoktimon, Priscos, Quirion, Sacerdon, Sévérien, Sisinios, Smaragde, Théodule, Théophile, Valens, Valère, Vivien, Xanthias. L’un d’entre eux ayant fait défaut, Aglaïos, le soldat, vint le remplacer pour compléter leur nombre sacré .
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des saints Quarante martyrs, ton 1
Par les souffrances que les Saints endurèrent pour toi / laisse-toi fléchir, ô notre Dieu; / guéris toutes nos douleurs, / Seigneur ami des hommes, nous t’en prions.

Kondakion des saints Quarante martyrs, ton 6
Ayant laissé à ce monde toute armée, / vous vous êtes attachés au Maître des cieux, / vous les Quarante Martyrs, / car étant passés par le feu et par l’eau, / vous avez reçu, Bienheureux, / la gloire céleste et les couronnes méritées.

Évangile du jour
(Matth. XX, 1-16)
Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Il convint avec eux d’un denier par jour, et il les envoya à sa vigne. Il sortit vers la troisième heure, et il en vit d’autres qui étaient sur la place sans rien faire. Il leur dit: Allez aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. Et ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers la sixième heure et vers la neuvième, et il fit de même. Étant sorti vers la onzième heure, il en trouva d’autres qui étaient sur la place, et il leur dit: Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire? Ils lui répondirent: C’est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne, leur dit-il. Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers. Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier. Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage; mais ils reçurent aussi chacun un denier. En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison, et dirent : supporté la fatigue du jour et la chaleur. Il répondit à l’un d’eux: Mon ami, je ne te fais pas tort; n’es-tu pas convenu avec moi d’un denier? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire
Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.

23 février (ancien calendrier)/7 mars (nouveau)

23 février (ancien calendrier)/7 mars (nouveau)
Abstinence de viande
Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, hiéromartyr (167) ; saints Jean, Moïse, Antiochus et Antonin, Zébinas, Polychrone, Moïse et Damien, ermites près de Cyr en Syrie (Vème s.) ; saint Alexandre, fondateur du monastère des Acémètes (vers 430); saint Véterin (ou Véturin), moine et prédicateur en Anjou (IVème s.) ; saint Polycarpe de Briansk (1620) ; invention des reliques de la sainte bienheureuse Matrone de Moscou (1998) ; saints néomartyrs de Russie : hiéromartyrs Alexis (Nikolsky), Nicolas (Dmitrov), Michel (Rajkine), prêtres et Serge (Borodavkine), martyr (1938).

SAINT POLYCARPE DE SMYRNE

Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, hiéromartyr (167)

Le glorieux Polycarpe, qui fut, d’après son disciple saint Irénée de Lyon : « Disciple des Apôtres et vécut avec beaucoup de ceux qui avaient vu le Seigneur » , naquit à Éphèse, au temps de l’empereur Vespasien (vers l’an 80). Avant de consommer leur martyre, ses saints parents confièrent leur enfant à une pieuse et noble femme, Callista, qui l’éleva dans la crainte de Dieu et l’amour des saintes vertus. Mû de compassion, l’enfant appliquait si bien les préceptes de l’aumône qu’il vida les réserves de sa mère adoptive pour les distribuer aux pauvres. Et comme celles-ci s’étaient de nouveau miraculeusement remplies, Callista changea son nom de Pancrace pour celui de Polycarpe (c’est-à-dire « fruit abondant »).

Parvenu à maturité, il devint disciple de saint Jean le Théologien, qui proclamait alors la Bonne Nouvelle dans la province d’Asie, en compagnie de saint Boucole [6 fév.] et de saint Ignace le Théophore [20 déc.]. S’imprégnant de son enseignement et de tout ce qui pouvait rappeler la vie du Seigneur, Polycarpe partagea avec empressement toutes les tribulations du Disciple Bien-Aimé, jusqu’à son exil à Patmos. Saint Jean ordonna alors Boucole évêque de la grande et illustre cité de Smyrne, et il lui confia Polycarpe comme aide et compagnon de travaux. Parvenu à Smyrne, Polycarpe fut ordonné prêtre et chargé du soin des orphelins ; jusqu’au jour où, prévoyant sa mort prochaine, saint Boucole désigna l’humble Polycarpe pour lui succéder.

Devenu, par la volonté de Dieu et de son père spirituel, pasteur de l’Église de Smyrne, Polycarpe s’acquitta dès lors de sa tâche en imitant parfaitement la conduite de ses pères, et répétant avec fidélité leurs paroles et celles qu’ils avaient recueillies de la bouche même du Seigneur. De son exil à Patmos, saint Jean adressait ses éloges à l’Ange de l’Église de Smyrne et l’encourageait à rester fidèle jusqu’à la mort pour recevoir la couronne de la vie éternelle (Ap 2, 10). Revêtu de la grâce divine, Polycarpe accomplit de nombreux miracles : il éteignit par sa prière un incendie qui menaçait la contrée depuis sept jours, fit tomber une pluie bienfaisante au terme d’une longue sécheresse, délivra des possédés et guérit des malades, de sorte que, grâce à lui, les païens se convertissaient en grand nombre.

Quand, vers le début de l’épiscopat de Polycarpe (vers 113-117), saint Ignace fut condamné à mort et envoyé enchaîné à Rome pour être livré aux bêtes, il passa par Smyrne et fut heureux d’embrasser une dernière fois le saint évêque. Parvenu à Troas, il lui adressa une lettre pour le remercier de son hospitalité, lui remit le soin de l’Église d’Antioche et lui transmit des conseils divinement inspirés sur les devoirs du pasteur : « Je glorifie le Seigneur de m’avoir jugé digne de contempler ton visage irréprochable. Justifie ta dignité épiscopale par une entière sollicitude de chair et d’esprit. Préoccupe-toi de l’union au-dessus de laquelle il n’y a rien de meilleur. Supporte avec patience tous les frères comme le Seigneur te supporte toi-même… Porte les infirmités de tous, comme un athlète accompli. Le temps présent te réclame pour obtenir Dieu, comme le pilote attend le vent et comme l’homme battu par la tempête attend le port, pour obtenir Dieu… » .

Par la suite, saint Polycarpe écrivit aux chrétiens de Philippes pour les féliciter d’avoir accueilli Ignace et les martyrs : « …les images de la véritable charité que vous avez escortées comme il convenait de le faire, eux qui étaient enchaînés de ces liens dignes des saints, qui sont les diadèmes de ceux qui ont été vraiment choisis par Dieu ». Il les exhorte à persévérer dans cette patience qu’ils ont vue chez les martyrs et il leur expose les principes de vie d’une communauté chrétienne amie de la charité : « La foi est notre mère à tous, elle est source de l’espérance et elle est précédée de l’amour pour Dieu, pour le Christ et pour le prochain. Celui qui demeure en ces vertus a accompli les commandements de la Justice, car celui qui a la charité est loin de tout péché ».

Il dirigea ainsi, de manière tout apostolique, son Église pendant plus de cinquante ans. Vers 160, alors qu’il était un vieillard chargé de jours, il fit un voyage à Rome pour s’entretenir avec le pape Anicet du différend qui séparait Rome des Églises d’Asie sur la date de Pâques, et pour prendre la défense de la vraie foi contre les hérésies. Le rayonnement de sa sainteté et son enseignement y provoquèrent la conversion d’un grand nombre d’âmes qui s’étaient laissées séduire par les hérétiques Marcion et Valentin. Au moment de quitter Rome, le pape lui céda, par déférence, la présidence de la synaxe eucharistique et, après avoir échangé un saint baiser, ils se quittèrent en paix, dans le respect mutuel des différences légitimes entre les Églises locales.

Peu de temps après son retour à Smyrne (165), une très violente persécution, déclenchée par le proconsul Stratus Quadratus bouleversa toutes les Églises d’Asie. C’est alors qu’à la suite d’un groupe de douze martyrs originaires de Philadelphie, saint Polycarpe, âgé de quatre-vingt-six ans, trouva une mort glorieuse, le Grand Samedi (23 février 167), de manière semblable à la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ .
Tandis que les valeureux martyrs du Christ subissaient toutes sortes de supplices pour être finalement livrés en pâture aux bêtes, le très vénérable Polycarpe, conservait sa sérénité ordinaire et voulait même rester en ville, pour ne pas abandonner son troupeau spirituel. Mais, sur les instances de ses compagnons, qui le suppliaient de ne pas s’exposer prématurément à la mort, il se retira dans une petite propriété située non loin de la cité et, nuit et jour, il priait pour tous les hommes et pour les Églises du monde entier. Trois jours avant son arrestation, comme il se tenait ainsi en prière, il eut une vision, dans laquelle son oreiller prit feu et fut consumé. Se tournant vers ses compagnons, il leur annonça calmement qu’il devrait bientôt donner sa vie pour le Christ par le feu.

À peine avait-il atteint un nouveau refuge que les hommes d’armes, qui avaient appris où il se trouvait en torturant un jeune esclave, firent irruption dans la demeure. Refusant de prendre la fuite, l’évêque les accueillit avec un visage radieux et très doux, et il les invita à prendre un copieux repas, en leur demandant seulement de lui laisser un moment pour prier. Ils y consentirent et, pendant deux heures pleines, le vieillard se tint debout, rempli de la grâce de Dieu, faisant mémoire de tous les hommes qu’il avait connus, petits ou grands, ainsi que de l’Église répandue par toute la terre. L’heure étant venue de partir, les soldats, saisis d’une grande crainte et se repentant d’avoir à accomplir cette tâche, le firent monter sur un âne pour le conduire à Smyrne. L’intendant de la police, nommé justement Hérode, vint au-devant de lui et le fit monter dans sa voiture pour essayer de le persuader de sauver sa vie en sacrifiant à César. Comme il avait peiné en vain, il le fit jeter sur la route en le couvrant d’injures. Blessé à la jambe, le vieillard n’en continua pas moins allègrement le chemin à pied. Quand il entra dans le stade rempli d’une foule hurlante et avide de sang, une voix divine se fit entendre des seuls chrétiens au sein du tumulte. Elle disait : « Courage, Polycarpe, et agis en homme ! » Le proconsul l’exhorta à renier le Christ en disant : « Aie pitié de ton grand âge », et les autres choses que les persécuteurs ont coutume de dire en ces circonstances. « Jure par la fortune de César et dis : À bas les athées ! » lui criait-il. Promenant alors son regard sur la foule des païens qui garnissaient l’amphithéâtre, Polycarpe répondit en soupirant : « Oui, certes. À bas les athées ! » Comme on le sommait de maudire le Christ, il répondit : « Il y a quatre-vingt-six ans que je Le sers, et Il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi qui m’a sauvé? »

Le proconsul dit : « J’ai des bêtes, et je te livrerai à elles, si tu ne changes pas d’avis ». Polycarpe répondit : « Appelle-les, car pour nous il est impossible de changer d’avis pour passer du meilleur au pire ; tandis qu’il est bon de changer pour passer du mal à la justice ». — « Je te ferai brûler par le feu, puisque tu méprises les bêtes », dit le juge. Polycarpe, plein de force et de joie, répondit : « Tu me menaces d’un feu qui brûle un moment et peu de temps après s’éteint, car tu ignores le feu du jugement à venir et du supplice éternel, réservé aux impies. Mais pourquoi tarder ? Va, fais ce que tu veux. »

Le héraut ayant proclamé trois fois que Polycarpe s’était déclaré chrétien, la foule en furie réclama de lâcher contre lui un lion. Mais, comme les combats de bêtes étaient alors terminés, ils crièrent : « Que Polycarpe soit brûlé vif ! » En un instant, les païens et les juifs pêle-mêle allèrent ramasser dans les ateliers et dans les bains des alentours du bois et des fagots. Quand le bûcher fut prêt au milieu du stade, Polycarpe déposa lui-même tous ses vêtements, aussi calmement que s’il célébrait le saint sacrifice, et voulut se déchausser : chose qu’il ne faisait jamais, car les fidèles s’empressaient toujours pour lui baiser les pieds. Comme on voulait le clouer sur le bûcher, il dit : « Laissez-moi ainsi, Celui qui me donne la force de supporter le feu, me donnera aussi de rester immobile sur le bûcher. » Déposé sur le bois comme une victime de choix préparée pour l’holocauste, il leva les yeux au ciel et, dans une ultime prière, rendit grâce à Dieu de l’avoir jugé digne de prendre part, avec tous les saints martyrs, au calice du Christ, pour la résurrection et la vie éternelle dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint.

Quand il eut prononcé son Amen, les bourreaux allumèrent le feu. Une grande flamme s’éleva ; mais, ô merveille, le feu prit soudain l’apparence d’une voûte, à la manière d’une voile de navire gonflée par le vent, qui entourait comme d’un rempart le corps du martyr. Polycarpe se tenait au milieu, non comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit ou comme de l’or ou de l’argent brillant dans la fournaise, en dégageant un parfum d’encens ou d’autres précieux aromates. Comme les impies voyaient que le corps du saint ne pouvait se consumer, ils ordonnèrent au bourreau de l’achever au moyen de son glaive. Le sang jaillit alors en telle quantité qu’il éteignit la fournaise, en laissant la foule stupéfaite.

Les précieux restes du saint martyr furent incinérés à l’instigation des juifs, mais les fidèles purent néanmoins recueillir quelques ossements qu’ils déposèrent dans un lieu convenable, où ils se réunissaient chaque année pour célébrer, dans la joie, le jour de sa naissance au ciel. Le glorieux martyre de saint Polycarpe scella, mais pour un temps seulement, la persécution contre les chrétiens.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Polycarpe de Smyrne, ton 4
Des Apôtres ayant partagé le genre de vie * et sur leur trône devenu leur successeur, * tu as trouvé dans la pratique des vertus * la voie qui mène à la divine contemplation; * c’est pourquoi, dispensant fidèlement la parole de vérité, * tu luttas jusqu’au sang pour la défense de la foi; * Polycarpe, pontife et martyr, * intercède auprès du Christ notre Dieu * pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion de saint Polycarpe de Smyrne, ton 1
Polycarpe, toi qui offris * tes fruits spirituels au Seigneur, * tu t’es montré, par tes divines vertus, * digne de lui, Pontife bienheureux; * et nous que tes paroles ont illuminés, * nous chantons en ce jour * ta mémoire d’être louée, * en glorifiant notre Dieu.
Évangile du jour
(Lc XIX, 29-40, XXII, 7-39)

Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne appelée montagne des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, en disant: Allez au village qui est en face; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis; détachez-le, et amenez-le. Si quelqu’un vous demande: Pourquoi le détachez-vous? vous lui répondrez: Le Seigneur en a besoin. Ceux qui étaient envoyés allèrent, et trouvèrent les choses comme Jésus leur avait dit. Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent: Pourquoi détachez-vous l’ânon? Ils répondirent: Le Seigneur en a besoin. Et ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et firent monter Jésus. Quand il fut en marche, les gens étendirent leurs vêtements sur le chemin. Et lorsque déjà il approchait de Jérusalem, vers la descente de la montagne des Oliviers, toute la multitude des disciples, saisie de joie, se mit à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. Ils disaient: Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur! Paix dans le ciel, et gloire dans les lieux très hauts! Quelques pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus: Maître, reprends tes disciples. Et il répondit: Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront! Le jour des pains sans levain, où l’on devait immoler la Pâque, arriva, et Jésus envoya Pierre et Jean, en disant: Allez nous préparer la Pâque, afin que nous la mangions. Ils lui dirent: Où veux-tu que nous la préparions? Il leur répondit: Voici, quand vous serez entrés dans la ville, vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau; suivez-le dans la maison où il entrera, et vous direz au maître de la maison: Le maître te dit: Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples? Et il vous montrera une grande chambre haute, meublée: c’est là que vous préparerez la Pâque. Ils partirent, et trouvèrent les choses comme il le leur avait dit; et ils préparèrent la Pâque. L’heure étant venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. Il leur dit: J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir; car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. Et, ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit: Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. Ensuite il prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant: Ceci est mon corps, qui est donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. Cependant voici, la main de celui qui me livre est avec moi à cette table. Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui est déterminé. Mais malheur à l’homme par qui il est livré! Et ils commencèrent à se demander les uns aux autres qui était celui d’entre eux qui ferait cela. Il s’éleva aussi parmi les apôtres une contestation: lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand? Jésus leur dit: Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu’il n’en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est à table, ou celui qui sert? N’est-ce pas celui qui est à table? Et moi, cependant, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves; c’est pourquoi je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en ma faveur, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël. Le Seigneur dit: Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. Seigneur, lui dit Pierre, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort. Et Jésus dit: Pierre, je te le dis, le coq ne chantera pas aujourd’hui que tu n’aies nié trois fois de me connaître. Il leur dit encore: Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac, et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose? Ils répondirent: De rien. Et il leur dit: Maintenant, au contraire, que celui qui a une bourse la prenne et que celui qui a un sac le prenne également, que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement et achète une épée. Car, je vous le dis, il faut que cette parole qui est écrite s’accomplisse en moi: Il a été mis au nombre des malfaiteurs. Et ce qui me concerne est sur le point d’arriver. Ils dirent: Seigneur, voici deux épées. Et il leur dit: Cela suffit. Après être sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers. Ses disciples le suivirent.

“L’après Crète” par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster)

L’institution « Eglise orthodoxe » va demeurer dans l’état d’inertie qui était le sien avant le concile de Crète qui s’est tenu récemment, si les responsables ecclésiastiques ne s’activent pas à tirer les leçons des fautes qu’ils ont commises dans le passé, et ce en forgeant une vision d’avenir « commune » destinée à surmonter les cassures qui frappent les Orthodoxes et à prendre des mesures audacieuses pour aviver leur vie ecclésiale. Certains diront peut-être que nous exagérons. Pourtant, les événements de ces derniers mois ont montré, d’une manière incontestable, que les Orthodoxes sont encore toujours en-deçà, plus de quinze ans après leur entrée dans le troisième millénaire, de l’esprit conciliaire dont ils ne cessent de s’enorgueillir. Ils sont, sans doute aucun, en-deçà de l’esprit conciliaire que l’Eglise catholique a manifesté pendant le concile de Vatican II, ce concile qui a changé le visage du catholicisme et l’a poussé en avant sur la voie de sa transformation en une Eglise qui est sérieusement en intelligence avec la situation de l’homme contemporain, ses préoccupations et ses aspirations.
A peine le concile de Crète venait-il de s’achever, que les milieux de l’Eglise constantinopolitaine se mirent à l’afficher comme un « succès » éclatant. Ce faisant, ils passent sous silence le fait qu’au moins la moitié du monde orthodoxe n’était pas représentée en Crète, et que les délégations participantes, exception faite des Eglises de Roumanie et de Serbie, ont un caractère essentiellement grec, et adhèrent à la tradition hellénophone, non seulement comme un universalisme culturel – c’est le cas de tous les Orthodoxes –, mais comme le fondement d’un nationalisme hypertrophié et maladif. Certes, le traitement du chancre nationaliste qui aujourd’hui déchire le monde orthodoxe ne se fera pas en le remplaçant par un autre, russe, roumain, serbe ou arabe, non moins maladif et pléthorique, mais bien en critiquant et en brisant le penchant nationaliste et en retournant à l’esprit de l’Evangile. C’est ce que de grands théologiens ne cessent de répéter depuis soixante-cinq ans. Mais l’autre malheur qui ravage notre Eglise, c’est l’énorme cassure, absolument sans précédent, entre l’autorité ecclésiastique et la pensée théologique, au point qu’il semble à l’observateur que l’Eglise orthodoxe se compose d’agrégats fragmentés, à savoir une autorité ecclésiastique qui se considère comme « l’Eglise », d’un peuple en grande partie indifférent, et d’une troupe de théologiens qui le plus souvent se trouve en plein désarroi entre l’autoritarisme des chefs et le désintérêt du peuple.
Certes, l’Eglise de Constantinople s’emploie à présenter le concile de Crète comme une grande réalisation qui contribue à renforcer l’image que les milieux de cette Eglise s’efforce de forger ces derniers temps, en particulier en ce qui concerne le rôle du patriarche de Constantinople : pour notre part, notre propos n’est pas ici de discuter de ce rôle, de son étendue et de son cadre. C’est là une question que les Orthodoxes se doivent d’examiner « ensemble » et de lui trouver une formule acceptable, loin de toute concurrence, prise de bec et vocifération. Tel n’est donc pas ici le problème. Le problème réside dans le mépris de l’intelligence humaine lorsque le concile de Crète est présenté comme une « réalisation » et « un succès », alors que tout un chacun connaît l’inconsistance des documents qu’il a publiés et le style hautain qui a dominé le message qu’il a adressé au « monde ». Tout le monde se rend compte que ce qui a été présenté comme une « ouverture » aux autres Eglises et aux autres religions n’était rien d’autre qu’une tentative pour arrondir les angles, et cela alors que les pères conciliaires se heurtèrent, premièrement, à leur division sur les grandes questions qui touchent à la modernité, à la mondialisation et à la relation à l’autre, et, deuxièmement, au manque du temps nécessaire pour lancer le chantier d’un authentique dialogue sur ces questions. L’évêque Calliste (Ware), qui était présent en Crète, a reconnu que la tâche des pères conciliaires se limitait, la plupart du temps, à entériner des documents qui laissaient à désirer, préparés à l’avance, à l’exception de légères modifications, dont quelques-unes sont peut-être à propos, mais qui ne désaltèrent pas des millions d’Orthodoxes assoiffés d’une parole de vie.
Mais qu’en est-il de l’après Crète ? L’importance de tout concile, quelles que soient les fautes et les failles qui accompagnèrent sa tenue, réside dans la capacité des Eglises orthodoxes à l’ « assimiler » de manière positive. Cette assimilation ne signifie pas l’acceptation des documents du concile dans leur forme actuelle. En effet, l’expérience historique nous enseigne que la réception des grands conciles était un processus fécond comportant souvent la critique, l’interrogation et le remaniement, voire même l’accord sur une nouvelle formulation. Il se peut que certains s’attendent à ce que l’Eglise de Constantinople, qui est le parrain du concile et son propagateur, s’empresse à transmettre ses travaux et ses documents à toutes les Eglises orthodoxes, en leur demandant de les étudier et de les entériner. Il convient de rappeler ici que ceci ne s’applique pas seulement aux Eglises qui ont boycotté le concile, mais encore celles qui y étaient également représentées, étant donné que l’entreprise de réception n’est pas limitée à une délégation, mais concerne l’ensemble du corps ecclésial, et surtout le peuple croyant. Mais qui a dit que ce rôle devait être limité à l’Eglise de Constantinople ? Et qu’en serait-il si cette Eglise ne s’empressait pas ou tardait à le remplir ? Et qui a dit que le traitement du malaise existant dans le monde orthodoxe se limite à « assimiler » les travaux et les documents du concile de Crète ? La blessure qui fissure le corps de l’Eglise orthodoxe n’est-elle pas bien plus profonde que ce qui fut dit en Crète ? Ce qui n’y a pas été dit, ou ce que les pères conciliaires se contentèrent de survoler rapidement, n’est-il pas bien ô combien plus important que ce qu’ils ont déclaré et consigné par écrit ? Eh bien oui ! L’avenir de l’Eglise orthodoxe est plus important que le concile de Crète. Et les défis qu’elle affronte dépassent les textes qui y ont été entérinés. Et les grandes questions qui mettent toute notre identité orthodoxe à l’épreuve, elles n’ont aucunement été abordées sur l’île grecque. Où a-t-il été question de ce qu’il y a d’immuable et de mouvant dans la tradition ? Où a-t-il été question du rôle des charismes dans l’Eglise, y compris le monachisme, et le rôle des femmes ? Où a-t-il été question de la liturgie et de sa réforme ? Où a-t-il été question de l’éducation théologique ? Où a-t-il été question de la réhabilitation du diaconat ? Où a-t-il été question des relations entre l’autorité ecclésiastique et la politique après la chute de Constantinople et l’effacement du monde byzantin ? Où a-t-il été question de la position face à la modernité et ses défis, et en particulier la liberté de l’individu et de la pensée, ainsi que des réalisations dans le domaine des sciences humaines ? L’importance du concile de Crète ne réside ni dans sa tenue ni dans ses documents, mais en ce qu’elle nous indique la profondeur de la crise qui aujourd’hui meurtrit notre Eglise. La responsabilité de la sortie de cette crise n’incombe pas uniquement à l’Eglise de Constantinople ; ce n’est pas non plus la responsabilité de la seule Eglise russe, ni d’ailleurs celle de la seule Eglise roumaine et qu’on voudrait la voir porter, à savoir jouer un rôle « conciliateur » entre Istanbul et Moscou, selon le vœu de l’évêque Calliste (Ware). C’est véritablement la responsabilité commune de tous les Orthodoxes et la responsabilité de tous ceux que l’Esprit du Seigneur a appelés à jouer un rôle positif en aidant notre belle Eglise à sortir de son inhibition et de sa régression.
Sur cette base, notre Eglise antiochienne est appelée elle aussi à dépasser le retrait « inéluctable » qui a découlé de son boycott du concile de Crète, et cela malgré la légitimité de sa position et la sincérité de son interrogation critique à l’endroit de ce concile. Et ce dépassement ne sera effectif qu’en élaborant un plan d’avenir, dont nous devons dès à présent dessiner les grandes lignes. Inutile de dire que ce plan exige, de prime abord, que nous rassemblions les ressources intellectuelles dans cette Eglise, y compris théologiques et juridiques, et celles spécialisées dans les sciences humaines, et qu’en bénéficie tout un chacun selon le charisme qui lui a été prodigué, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent malgré les promesses qui ont été faites à plus d’une reprise sur l’importance d’aviver les charismes dans l’aire antiochienne. Il va de soi que ce plan doit comporter une vision claire sur la manière de surmonter le complexe du concile de Crète et d’œuvrer à sa diffusion en établissant des canaux de communication avec toutes les Eglises orthodoxes. Mais ce qui est plus important que le concile de Crète en soi, c’est de préparer un futur concile qui incitera les Eglises orthodoxes à affronter les grandes questions en apportant un témoignage vivant et unique de l’Evangile de Jésus crucifié et ressuscité d’entre les morts, ce qui n’est quasiment pas le cas aujourd’hui. Ne méritons-nous pas, nous Antiochiens, d’être les pionniers de cette vision, nous qui fûmes les premiers à critiquer le concile de Crète à juste titre et à en indiquer les défauts ? Ne convient-il pas que nous nous inspirions de notre glorieux héritage sans invoquer notre petit nombre et des guerres et des malheurs qui nous ont fait souffrir ces dernières années ? L’Evangile de Jésus, qui a jailli en notre sein, ne nous incite-t-il point à tirer notre force de notre faiblesse et de nous transformer en une ruche bourdonnante afin que nous disions aux Orthodoxes ce qui doit être dit, et d’indiquer ce qui doit être fait ?
Que celui qui a des oreilles entende, et que celui qui en est dépourvu ne s’en prenne qu’à lui-même…

(Al-Nour, Beyrouth, vol. 6, 2016 Traduction de l’arabe par Marcel Pirard)

11 février (ancien calendrier)/24 février (nouveau)

11 février (ancien calendrier)/24 février (nouveau)

Saint Blaise, évêque de Sébaste, martyr (vers 316) ; sainte Théodora, impératrice de Constantinople (vers 867) ; saint Simplice, évêque de Vienne (Vème s.) ; saint Séverin, abbé à Agaune (508) ; saint Désiré, évêque de Clermont (vers 602) saint Gaudin, évêque de Soissons (700) ; saint Grégoire II, pape de Rome, confesseur (731) ; sainte Théodora, impératrice de Constantinople (vers 867) ; saint Vsevolod, prince de Pskov, baptisé Gabriel (1138) ; saint Dimitri de Vologda (1392) ; saint Georges le Serbe martyr à Sofia (1515).

SAINT BLAISE

Saint Blaise, évêque de Sébaste, martyr (vers 316)

Originaire de la province d’Arménie et médecin de profession, saint Blaise menait une vie semblable au juste Job : intègre et droit, craignant Dieu et se gardant de tout mal. Comme il avait gagné par ces vertus l’affection de tous ses concitoyens, il fut élu évêque de la ville de Sébaste. Au temps de la Grande Persécution, il confessa hardiment la Foi et encouragea les saints martyrs à mener jusqu’au bout le bon combat. Il rendit visite à saint Eustrate dans son cachot avant son glorieux martyre et célébra pour lui la Divine Liturgie, puis il se chargea de recueillir les précieuses reliques des Cinq Martyrs pour les transmettre à la vénération du peuple chrétien [13 déc.]. Au bout de quelque temps, il se retira sur une montagne des environs, nommée Argée, et s’enferma dans une grotte, afin d’y élever vers Dieu des prières pures, exemptes de toute distraction. Attirées par la bonne odeur de ses vertus, comme vers un nouvel Adam, les bêtes sauvages venaient vers lui et attendaient paisiblement à l’entrée de la grotte qu’il eût achevé sa prière pour recevoir sa bénédiction ou la guérison de leurs maux.

Sous le règne de l’empereur Licinius (vers 316), Agricolaos, gouverneur de Cappadoce, vint à Sébaste en vue d’y arrêter les chrétiens. Comme il avait projeté de livrer les condamnés aux bêtes féroces dans l’amphithéâtre, il envoya ses gens dans la montagne pour les capturer vivantes. Arrivés à proximité de la caverne du saint, les soldats eurent la surprise de trouver là un grand nombre de lions, de tigres, d’ours, de loups et d’autres fauves qui lui tenaient paisiblement compagnie. Ils en informèrent aussitôt le gouverneur qui leur donna l’ordre d’arrêter Blaise. Le saint ermite les reçut avec affabilité, en leur annonçant qu’il avait été prévenu de leur venue par une vision, et il les suivit sans opposer la moindre résistance. Sur le chemin, de nombreux païens se convertirent au Christ en voyant la paix et l’ineffable douceur qui se dégageaient de sa personne, et à son passage, les malades, hommes et bêtes, recouvraient la santé. Une femme en larmes lui présenta alors son enfant qui était sur le point de mourir d’étouffement après avoir avalé une arête de poisson. Le saint plongea sa main dans la gorge de l’enfant et pria le Seigneur de le délivrer, lui et tous ceux qui, souffrant d’un tel mal dans la suite des temps, invoqueront son intercession, et l’enfant fut aussitôt rendu à sa mère en pleine santé.

Parvenu à Sébaste et traduit devant le tribunal, Blaise répondit avec hardiesse aux questions d’Agricolaos, en condamnant la vanité du culte des idoles sans vie. Il endura avec joie les coups de verges, puis fut jeté en prison. Après avoir été soumis à de nouveaux supplices, en déclarant au gouverneur : « Je ne crains pas tes tortures, car je regarde vers les biens futurs », il fut de nouveau jeté tout sanglant dans son cachot. Sept femmes pieuses le suivirent, en ramassant les gouttes de sang qui coulaient à terre, pour s’en oindre le visage comme du plus précieux parfum. Elles furent immédiatement arrêtées et présentées au gouverneur qui les menaça des plus cruels tourments si elles refusaient de sacrifier aux idoles. Feignant d’acquiescer, elles demandèrent qu’on apportât les statues au bord du lac — ce même lac qui devint un peu plus tard le théâtre du glorieux combat des Quarante Martyrs [9 mars] —, afin qu’elles puissent les laver avant de leur offrir un digne sacrifice. Dès qu’on leur apporta les statues, elles les jetèrent au fond du lac. En apprenant cette nouvelle, Agricolaos entra dans une terrible fureur et fit préparer un grand brasier, avec du plomb fondu et des peignes de fer, et il leur demanda de choisir entre ces tortures et de riches parures qu’il avait fait exposer à proximité. Une des femmes, mère de deux jeunes enfants, se précipita et jeta les parures au feu, encouragée par ses enfants qui lui criaient : « Ne nous abandonnes pas ! Comme tu nous as nourris de ton lait maternel, laisse-nous te suivre pour hériter du Royaume des cieux ! » Le tyran fit alors attacher les saintes femmes à des poteaux et ordonna de leur déchirer le corps au moyen des peignes de fer. Puis, comme elles restaient miraculeusement indemnes, même après avoir été jetées dans les flammes, elles eurent la tête tranchée, en adressant de ferventes actions de grâces à Dieu et à son serviteur Blaise .

Les efforts d’Agricolaos pour ébranler la résolution de saint Blaise étant restés vains, il le condamna à être noyé dans le lac. Quand le bourreau l’amena sur la rive, le saint martyr fit le signe de la Croix et se mit à marcher sur les eaux, à l’imitation du Seigneur. Parvenu au milieu du lac, il invita les païens à venir le rejoindre, s’ils croyaient pouvoir se confier en leurs dieux. Soixante-huit d’entre eux s’avancèrent et périrent aussitôt noyés, tandis qu’un ange lumineux apparaissait et invitait le saint à regagner la berge pour recevoir la couronne de gloire.
Condamné à être décapité avec les deux audacieux enfants, saint Blaise, resplendissant de la lumière divine, éleva sa prière en faveur de tous ceux qui imploreront son secours dans les maladies et les épreuves. Le Seigneur lui apparut alors dans toute sa gloire, en disant : « J’ai entendu ta prière et je t’accorde ce que tu me demandes. » Les corps des saints martyrs, pieusement ensevelis après leur exécution, devinrent par la suite une source de bénédictions pour tous ceux qui se réunissaient chaque année sur ces lieux afin d’y célébrer leur mémoire. Saint Blaise est un des saints guérisseurs les plus vénérés, tant en Orient qu’en Occident.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Blaise, ton 4
Des Apôtres ayant partagé le genre de vie * et sur leur trône devenu leur successeur, * tu as trouvé dans la pratique des vertus * la voie qui mène à la divine contemplation; * c’est pourquoi, dispensant fidèlement la parole de vérité, * tu luttas jusqu’au sang pour la défense de la foi; * Blaise, pontife et martyr, * intercède auprès du Christ notre Dieu * pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion de saint Blaise, ton 2
Toi la fleur immarcescible, le divin rejeton, * le fertile sarment de cette vigne qu’est le Christ, * saint Blaise, veuille combler de ta joie * les fidèles célébrant ta mémoire, Porteur-de-Dieu, * et intercède sans cesse pour nous tous auprès de lui.

Évangile du jour
(Mc XIII, 24-31)

Mais dans ces jours, après cette détresse, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées avec une grande puissance et avec gloire. Alors il enverra les anges, et il rassemblera les élus des quatre vents, de l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. Instruisez-vous par une comparaison tirée du figuier. Dès que ses branches deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous connaissez que l’été est proche. De même, quand vous verrez ces choses arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte. Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

10 février (ancien calendrier)/23 février (nouveau)

10 février (ancien calendrier)/23 février (nouveau)

Saint Charalampe le thaumaturge, hiéromartyr, et ses compagnons : saints Porphyre, Baptos et trois autres martyrs à Magnésie en Asie Mineure (202) ; sainte Galina (IIIème s.) ; saintes Ennathe et Valentine et saint Paul, martyrs (308) ; saint Trojan, évêque de Saintes (533) ; sainte Scholastique, sœur de saint Benoît de Nursie (543) ; saint Prothade, évêque de Besançon (624) ; sainte Austreberte, abbesse en Normandie (704) ; sainte Anne, princesse de Novgorod (1056) ; saint Prochore des Grottes de Kiev (1107) ; saint Longin de Koriajemka (Vologda) (1540) ; saints néomartyrs de Russie : Pierre (Groudinsky) et Valérien (Novitzky), prêtres (1930).

SAINT CHARALAMPE

Le saint et glorieux martyr Charalampe vivait sous le règne de l’empereur Septime Sévère (194-211) et sous le gouvernement de Lucien, dans la ville de Magnésie du Méandre, près d’Éphèse. Il était âgé de cent sept ans et exerçait depuis longtemps le ministère sacerdotal pour les chrétiens de la ville, leur enseignant avec zèle comment suivre la voie de la vérité et prêchant à tous la foi au Christ, sans craindre la menace des païens. Dénoncé comme dangereux agitateur et présenté au tribunal de Lucien, il répondit aux menaces du gouverneur en disant : « Tu connais bien mal ce qui est pour moi avantageux et salutaire. Rien ne m’est plus agréable que les tortures pour le Christ. Applique donc au plus vite à mon vieux corps les tortures que tu jugeras les plus intolérables, afin que tu apprennes quelle est la puissance invincible de mon Christ. » Les bourreaux le dépouillèrent alors de sa robe sacerdotale, puis lui lacérèrent la chair au moyen d’ongles de fer, sans pouvoir lui faire échapper un seul cri de douleur. Il leur disait au contraire : « Je vous remercie, mes frères, car en écorchant ce corps vieilli, vous renouvelez mon âme et la préparez à la béatitude éternelle ! »

En voyant combien vaillamment ce vieillard supportait la torture, le gouverneur Lucien, au lieu de se repentir et de rendre gloire à Dieu, fut pris d’une fureur sauvage ; il se précipita sur le saint et entreprit de lui arracher la peau de ses propres mains. Mais, soudain, par une intervention divine, celles-ci furent tranchées et restèrent accrochées, inertes, au corps du martyr. Pris de pitié en entendant les cris et les supplications du tyran, saint Charalampos se mit en prière et obtint sa guérison . Devant un tel miracle et cette démonstration de l’amour des chrétiens pour leurs ennemis, les bourreaux Porphyre et Baptos (ou Dauctos) renoncèrent au culte des idoles et crurent au Christ Dieu. Trois femmes de l’assistance se précipitèrent à leur suite et, sans crainte, proclamèrent aussi leur foi .
Aussitôt guéri, le gouverneur reconnaissant fut baptisé par le saint et un grand nombre des habitants de la province d’Asie furent gagnés au Christ. Quand l’empereur Sévère apprit que les habitants de Magnésie et de sa région abandonnaient les idoles et recevaient le saint baptême de ce vieux prêtre qu’il avait condamné à mort, que par sa prière les aveugles recouvraient la vue et les infirmes marchaient, il fut pris d’un grand trouble et envoya aussitôt trois cents soldats avec ordre de transpercer le corps du saint de clous, puis de l’amener ainsi enchaîné de Magnésie à Antioche de Pisidie, où il résidait. Sur le chemin, comme les soldats maltraitaient sans pitié le vieillard, le cheval sur lequel ils l’avaient monté prit soudain une voix humaine et condamna l’empereur comme ennemi de Dieu et ses soldats comme serviteurs du diable. Saisis d’une grande terreur, les hommes d’armes continuèrent leur route sans faire de mal au saint.

Aussitôt qu’on lui présenta le vénérable vieillard, l’empereur ordonna de lui enfoncer une longue broche dans la poitrine et de le jeter dans un brasier allumé à cette intention. Mais Charalampe resta insensible à la souffrance et le feu s’éteignit à son contact. Surpris, le souverain lui demanda qu’est ce qui le rendait ainsi invulnérable. Il répondit : « La puissance du Christ ! » Sévère voulut alors le mettre à l’épreuve et lui présenta un homme qui était possédé du démon depuis trente-cinq ans. D’une seule parole, le saint chassa l’esprit impur. Il lui soumit ensuite un jeune homme mort qu’on se préparait à ensevelir. Après avoir adressé une fervente prière à Dieu, saint Charalampe le releva de sa couche en lui tendant la main, comme s’il s’agissait d’un dormeur, à la grande admiration de l’empereur. Le préfet Crispus s’écria alors : « Mets cet homme à mort sans plus tarder, ô Roi, car c’est par sorcellerie qu’il accomplit ces prodiges. »

L’empereur, revenant à sa haine furieuse, somma le saint de sacrifier aux idoles ; et, devant son refus, il donna l’ordre de lui broyer la mâchoire avec des pierres et de lui brûler la barbe. Mais, par une nouvelle intervention de Dieu, la flamme des torches se retourna soudain contre les bourreaux et un tremblement de terre ébranla le lieu où ils se trouvaient. L’empereur, soulevé de son trône, se trouva suspendu en l’air et fut fouetté pendant un long moment par des anges invisibles. Lorsque la fille de Sévère, nommée Galinée, apprit ce qui arrivait, elle alla supplier le saint martyr avec larmes de délivrer son père, en confessant le Christ Tout-Puissant. Après avoir été délivré de ces tourments, l’empereur resta quelque temps dans l’admiration de la puissance de Dieu, mais il revint ensuite à sa folie idolâtre et fit appliquer de cruelles tortures au saint qu’il avait gardé prisonnier, malgré les remontrances de sa fille qui lui rappelait vainement les bienfaits de Dieu dont il avait bénéficié. La colère du tyran se tourna alors contre sa propre fille et il la menaça de mort si elle ne sacrifiait pas aux idoles. Galinée, feignant de se soumettre, entra dans le temple, où elle jeta les statues à terre et les réduisit en morceaux. Sévère fit fondre de nouvelles statues, mais sa fille les brisa de nouveau, en rendant le tyran ridicule devant le peuple.

Sévère essaya alors une dernière fois de soumettre par la torture le responsable d’une conversion si éclatante, Charalampe. Mais, inébranlable comme le diamant, le saint résistait à toutes les entreprises des bourreaux et brillait aux yeux de tous de l’éclat radieux de la grâce. Il accueillit avec joie la sentence de mort et, une fois rendu au lieu de l’exécution, il leva les yeux et les mains vers le ciel, remercia Dieu de l’avoir amené jusqu’au terme de son combat et Lui demanda pour tous ceux qui Le prieront en son nom, célébreront sa mémoire ou vénéreront ses reliques, le salut de l’âme, la santé du corps et l’abondance de tous les biens en cette vie et dans l’autre. Une voix se fit alors entendre du ciel : « Viens, Charalampe, vaillant lutteur, pour prendre part à la joie et à la splendeur des martyrs et des saints prêtres ! » Sa tête tomba sous le glaive le 10 février . La bienheureuse Galinée ensevelit son précieux corps.

Le crâne de saint Charalampe est conservé au monastère de Saint-Étienne des Météores. Les fragments de ses saintes reliques, dispersés en de nombreux endroits de Grèce et d’ailleurs, accomplissent chaque jour quantité de miracles, et ont rendu saint Charalampe, le plus âgé de tous les saints martyrs, particulièrement cher au peuple grec .
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Charalampe, ton 4
Tu fus l’inébranlable pilier; * pour l’Église du Christ * en toi, Charalampe, l’univers * trouve une lampe sans cesse allumée; * sur le monde, par le témoignage du martyre, tu as brillé, * dissipant les ténèbres des faux-dieux; * grâce au crédit que tu possèdes auprès de lui, * Bienheureux, prie le Christ * d’accorder à nos âmes le salut.

Kondakion de saint Charalampe, ton 4
Comme un trésor de grand prix * l’Église possède ton chef, * victorieux Athlète du Christ, * hiéromartyr Charalampe; * c’est pourquoi elle exulte, en glorifiant le Créateur.

Évangile du jour
(Mc. XIII, 14-23)

Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation établie là où elle ne doit pas être, -que celui qui lit fasse attention, -alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes; que celui qui sera sur le toit ne descende pas et n’entre pas pour prendre quelque chose dans sa maison; et que celui qui sera dans les champs ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau. Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là! Priez pour que ces choses n’arrivent pas en hiver. Car la détresse, en ces jours, sera telle qu’il n’y en a point eu de semblable depuis le commencement du monde que Dieu a créé jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais. Et, si le Seigneur n’avait abrégé ces jours, personne ne serait sauvé; mais il les a abrégés, à cause des élus qu’il a choisis. Si quelqu’un vous dit alors: “Le Christ est ici”, ou: “Il est là”, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes; ils feront des prodiges et des miracles pour séduire les élus, s’il était possible. Soyez sur vos gardes: je vous ai tout annoncé d’avance.

4 février (ancien calendrier)/17 février (nouveau)

4 février (ancien calendrier)/17 février (nouveau)
Jour de jeûne

Après-fête de la sainte rencontre de notre Seigneur. Saint Isidore de Péluse, moine (vers 449) ; saint hiéromartyr Abraham, évêque d’Arbela (344-347), saint Hiadore, martyr (IIIème s.) ; saint Aventin, prêtre et ermite à Troyes (538), saint Aventin, évêque de Chartres (528) ; saint Vincent, évêque de Troyes (546) ; saint Évagre, prince de Tsikhédidi et compagnon de saint Chio des Grottes (Mrvimévi) (VIème s.) ; saint Nicolas le Studite, confesseur (868) ; saint Georges, Prince de Vladimir (1238) ; saint Cyrille de Novoyezero (1532) ; saints Abraham et Coprios de Vologda (XVème s.) ; saint Joseph d’Alep, néo-martyr grec (1686) ; saints néomartyrs de Russie : saints hiéromartyrs Méthode, évêque de Petropavlovsk (1921), Eustathe (Sokolski), Jean (Artobolevski), Alexandre (Minervine), Serge (Soloviev), Jean (Alechkovski), Alexandre (Sokolov), Nicolas (Kandaourov), Alexis Kniajesksy, Nicolas (Golychev), Alexis (Charov), Alexandre (Pokrovsky), Arcade (Lobtsov), Boris (Nazarov), Michel (Rybine), Nicolas (Pospelov), Alexis (Lebedev), André (Bednov), Démètre (Kedrolivansky), Jean (Tikhomirov), Pierre (Sokolov), prêtres, Séraphim (Vavilov) et Théodose (Bobkov), moines (1938) et Raphaëla (Vichniakov), Anne (Ephremov), Marie (Vinogradov). Catherine (Dekaline), martyr Jean Chouvalov, Basile (Ivanov), Démètre (Ilinsky), Théodore (Palchkov) et Démètre (Kazamatsky) (1938).

SAINT ISIDORE DE PÉLUSE

Saint Isidore de Péluse, moine (vers 449)

Saint Isidore, né vers 360, était originaire d’une noble et illustre famille d’Alexandrie apparentée à celle du patriarche Théophile et de son neveu saint Cyrille [9 juin] . Il reçut une excellente éducation, profane et sacrée, dans les écoles de cette métropole de la sagesse antique, et il s’attacha avec zèle à suivre la doctrine des Pères qui l’avaient précédé, en particulier de saint Jean Chrysostome, dont il est considéré comme l’un des principaux disciples.

Il enseigna d’abord, pour quelque temps, la rhétorique à l’est du Delta du Nil ; mais son amour de Dieu lui fit rapidement renoncer aux vains attraits de cette vie passagère et il se retira au désert de Nitrie. Après une année de vie ascétique, son souci de l’édification de l’Église le convainquit de retourner à Péluse, où il fut ordonné prêtre par l’évêque Ammonios qui lui confia la charge de l’enseignement des fidèles et des catéchumènes. Son talent oratoire et sa connaissance approfondie de l’Écriture sainte, qu’il avait acquise dans l’hésychia, firent de lui un maître renommé dans toute l’Égypte, et de nombreux juifs et païens se convertirent après l’avoir entendu prêcher. Mais lorsqu’un certain Eusèbe fut élu comme nouvel évêque de Péluse (413), il imposa une telle pression sur l’Église qu’Isidore décida de « fuir » de nouveau vers le Désert. Il se retira alors dans un monastère, près d’Aphnaion, où il passa le reste de ses jours en reclus. Il ne portait qu’un vêtement de poil très rude et ne vivait, à l’exemple de saint Jean-Baptiste, que d’herbes et de feuilles.

Regardé comme le modèle vivant de la vertu et de la science, et placé sur la montagne comme un luminaire qui diffuse partout sa lumière, saint Isidore dispensa son enseignement avec autorité pendant de longues années, sans crainte des persécutions et de la haine des hommes à l’esprit charnel, par l’entremise d’innombrables lettres concises et profondes, dont plus de deux mille nous sont conservées. En réponse à ses correspondants de toutes origines, il résolvait avec pénétration spirituelle les difficultés de l’Écriture sainte, réfutait les interprétations erronées des juifs, exposait clairement les mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation de notre Seigneur, confondant ainsi les hérétiques ariens, nestoriens, sabelliens et autres propagateurs de divisions. Il louait en de lyriques accents la grandeur du sacerdoce et blâmait les évêques, les prêtres, les diacres et les moines qui avaient une conduite indigne de leur vocation. Sans considération pour la puissance humaine, il adressait aussi ses remontrances aux magistrats, aux gouvernants et à l’empereur Théodose II (408-450) lui-même, pour leur rappeler leurs devoirs envers le peuple de Dieu et la sainte Église. Il pourchassait partout le vice, inspirait l’amour de la justice et de la vertu, jugeait et tranchait avec autorité les affaires de ce monde, tout en restant hors du monde.

Comme saint Cyrille, devenu archevêque d’Alexandrie, s’était laissé entraîné à la suite de son oncle, le trop fougueux Théophile, et refusait de commémorer le nom de saint Jean Chrysostome dans les diptyques pendant la Divine Liturgie, saint Isidore lui écrivit en lui rappelant avec force que Dieu lui-même nous a enseigné à ne pas nous fier aux rumeurs et à nos préjugés pour porter un jugement équitable . À la suite de cette lettre et d’une révélation divine, saint Cyrille, changeant humblement d’attitude, rétablit non seulement le nom du saint archevêque de Constantinople dans les diptyques, mais devint aussi l’un des plus fervents propagateurs de son culte. Quelques années plus tard (433), constatant que saint Cyrille mettait trop d’âpreté dans sa dispute contre l’archevêque d’Antioche, Jean, après la condamnation de Nestorius par le Concile d’Éphèse, Isidore lui écrivit de nouveau pour l’exhorter à faire de raisonnables concessions au profit de la paix, en disant : « Comme votre père, puisque vous voulez bien me donner ce nom, ou plutôt comme votre fils, je vous conjure de mettre un terme à cette dissension, de peur que vous ne reportiez votre opiniâtreté au sujet de l’injure qui vous a été faite à l’Église vivante, y suscitant ainsi une éternelle division sous prétexte de piété » .
Cette autorité, semblable au zèle des anciens prophètes, admise par des hommes de Dieu tel saint Cyrille, lui suscita cependant de nombreux tourments . Mais saint Isidore restait impassible au sein des tribulations comme devant les grands problèmes qui agitaient alors l’Église, car il avait la conviction que c’est par la souffrance et la croix que nous acquérons la vie éternelle et que l’Église prépare sa gloire future. C’est dans de telles dispositions qu’il accueillit la mort, comme une libératrice et comme le couronnement de ses longs combats (entre 435 et 440).

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la sainte Rencontre, ton 1
Réjouis-toi, ô Pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, le Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres. Sois aussi dans l’allégresse, juste vieillard, qui as reçu sur tes bras Celui qui libère nos âmes et nous donne la Résurrection.

Tropaire de saint Isidore de Péluse, ton 8
En toi, vénérable Père, la divine Image se reflète exactement: * afin de lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ; * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s’occuper plutôt de l’âme qui vit jusqu’en la mort et par-delà; * c’est ainsi que ton esprit se réjouit, * saint Isidore, avec les Anges dans le ciel.

Kondakion de saint Isidore de Péluse, ton 4
En toi, l’Église a trouvé un autre astre du matin, ô très glorieux ; éclairée par l’éclat de tes paroles, elle t’acclame : réjouis-toi, très bienheureux et sage en Dieu, Isidore.

Kondakion de la fête de la Ste Rencontre, ton 1
O Toi qui as sanctifié par Ta naissance le sein virginal et qui as béni, comme il le fallait, les bras de Siméon, Tu es venu, Christ Dieu, nous sauver en ce jour. Dans ses guerres, donne la paix à Ta cité et affermis les chrétiens orthodoxes que Tu as aimés, Toi seul Ami des hommes.

Évangile du jour
(Mc XII, 28-37)

Un des scribes, qui les avait entendus discuter, sachant que Jésus avait bien répondu aux sadducéens, s’approcha, et lui demanda: Quel est le premier de tous les commandements? Jésus répondit: Voici le premier: Écoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l’unique Seigneur; et: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. Voici le second: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là. Le scribe lui dit: Bien, maître; tu as dit avec vérité que Dieu est unique, et qu’il n’y en a point d’autre que lui, et que l’aimer de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices. Jésus, voyant qu’il avait répondu avec intelligence, lui dit: Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n’osa plus lui proposer des questions. Jésus, continuant à enseigner dans le temple, dit: Comment les scribes disent-ils que le Christ est fils de David? David lui-même, animé par l’Esprit Saint, a dit: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. David lui-même l’appelle Seigneur; comment donc est-il son fils? Et une grande foule l’écoutait avec plaisir.

1er février (ancien calendrier)/14février (nouveau)

1er février (ancien calendrier)/14février (nouveau)

Avant-fête de la Rencontre du Seigneur ; saint martyr Tryphon (250), saints martyrs Saturus, Saturnin, Secondus, Revocat, Perpétue et Félicité (202-203), saint Eubert évêque de Tournai (294) ; saint Pierre de Galatie (429), saint Paul, évêque de Trois-Châteaux (IVème s.) ; saint Torquat, évêque de Viviers (IVème s.) ; saint Bendimien, ermite en Bithynie (vers 512) ; sainte Brigitte de Kildare (524), illuminatrice de l’Irlande ; saint Chartier, prêtre du Berry (VIIème s.) ; saint Agrève, évêque du Puy en Auvergne (VIème s.) ; sainte Galle, vierge à Valence (VIème s.) ; saint Ours, prêtre à Aoste (VIème s.) ; saint Précore Vailly-sur-Aisne, ermitee (VIème s.) saint Séver, évêque d’Avranches (VIIème s.)saint néomartyr Nicolas Mezentsev, prêtre (1938).

VIE DU SAINT MARTYR TRYPHON

Ce glorieux martyr du Christ était originaire de la ville de Lampsaque, en Hellespont. Ses parents, modestes mais pieux, lui inspirèrent dès son plus jeune âge l’amour des saintes vertus évangéliques, de sorte qu’il obtint très tôt de Dieu la grâce de guérir les hommes et les animaux de leurs maladies, et de chasser les esprits impurs, tout en restant dans l’humble condition de gardien d’oies.

Au temps du règne de l’empereur Gordien (238-244), un démon furieux prit possession de la fille du souverain, sans que ni les médecins ni les mages ne puissent rien faire pour elle. Le démon s’écria un jour : « Seul Tryphon a la force de me déloger ! » Gordien envoya aussitôt des émissaires dans tout l’Empire à la recherche de ce guérisseur. L’ayant trouvé en train de garder paisiblement ses oies, ils emmenèrent à Rome le jeune garçon de dix-sept ans. Dès son arrivée, Tryphon expulsa le démon par la puissance de sa prière, et le fit apparaître aux habitants de la ville sous la forme d’un chien noir et répugnant, afin qu’il confesse qu’instrument de Satan, le père de tout mal, il n’avait, lui et les siens, aucun pouvoir contre les chrétiens. L’empereur reconnaissant couvrit Tryphon de présents que le saint distribua aux pauvres sur le chemin du retour vers sa patrie. Il reprit en paix ses activités, répandant autour de lui miracles et bénédictions divines, jusqu’au temps de la persécution de Dèce (250).

Le saint fut alors dénoncé au préfet de l’Orient, Akylin, comme un dangereux promoteur du christianisme. Il se livra de lui-même aux soldats qui avaient été envoyés pour l’arrêter, et se présenta radieux à Nicée, devant le tribunal, méprisant avec assurance les flatteries du préfet comme ses menaces. Il fut d’abord attaché au poteau de torture et frappé pendant trois heures à coups d’épées de bois, qui servaient à l’exercice des soldats. Comme il semblait rester étranger à la souffrance, le tyran le fit ensuite attacher derrière son cheval et l’obligea à courir pieds nus sur les chemins rocailleux et verglacés. Puis, de retour à Nicée, comme il refusait d’adorer l’image de l’empereur, on lui planta des clous dans les pieds et on le traîna ainsi au milieu de la ville. Mais l’amour du Christ transformait les souffrances du jeune martyr en de divines délices , et le spectacle de ces tortures n’avait pour tout résultat que de provoquer l’admiration de la foule. Les soldats s’acharnaient à lui déboîter les membres, à le frapper de verges et à lui brûler tout le corps avec des torches, mais le saint endurait tout avec joie, en priant pour ses bourreaux. Soudain, une couronne de fleurs, ornée de pierres précieuses, descendit du ciel pour se poser sur sa tête. Akylin, impuissant et ridicule, ordonna alors de le décapiter en-dehors de la ville. Mais, avant même que le bourreau n’abatte son glaive meurtrier, le saint martyr rendit son âme à Dieu. Les chrétiens de Nicée se précipitèrent pour honorer sa précieuse dépouille, mais le saint leur apparut pour leur révéler que sa place était dans sa patrie. C’est donc à Lampsaque qu’il fut enseveli et qu’il accomplit de nombreux miracles au cours des siècles. Il est invoqué pour la protection des jardins et des cultures contre les sauterelles, les reptiles et toutes sortes d’autres bestioles nuisibles.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du dimanche, ton 4
Les saintes femmes, disciples du Seigneur, ayant appris de l’Ange la radieuse nouvelle de la Résurrection, rejetèrent la condamnation des premiers parents, et, pleines de fierté, dirent aux Apôtres : « La mort a été dépouillée, le Christ est ressuscité, donnant au monde la grande miséricorde ! »

Tropaire de l’avant-fête, ton 1
Du haut du ciel se penchant vers la terre, le chœur céleste voit porter au temple comme un enfant nouveau-né par une Mère virginale le premier-né de toute la création et dans l’allégresse les Anges chantent l’hymne d’avant-fête avec nous.

Tropaire du saint martyr, ton 4
Ton Martyr Tryphon, Seigneur, pour le combat qu’il a mené a reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; animé de ta force, il a terrassé les tyrans et réduit à l’impuissance l’audace des démons; par ses prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Kondakion du saint martyr, ton 8
Fortifié par la Trinité, tu fis disparaître le culte des dieux multiples, glorieux Tryphon, vénérable dans le Seigneur; ayant vaincu les tyrans grâce au Christ Sauveur, tu as reçu la couronne des Témoins et le pouvoir des guérisons, comme invincible martyr.

Kondakion de l’avant-fête, ton 6
Le Verbe étant invisiblement avec le Père, est maintenant visible dans la chair ; Né ineffablement de la Vierge, il est remis dans les bras du vieillard Syméon. Prosternons-nous devant Lui, notre vrai Dieu.

Kondakion du dimanche, 4ème ton
Mon Sauveur et mon Rédempteur, au sortir du tombeau, a libéré les humains de leurs chaînes et a fracassé les portes de l’enfer ; en Maître, Il est ressuscité le troisième jour.

Évangile du jour
(Mc IX, 42 – X,1)
Jésus, étant entré dans Jéricho, traversait la ville. Et voici, un homme riche, appelé Zachée, chef des publicains, cherchait à voir qui était Jésus; mais il ne pouvait y parvenir, à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut en avant, et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit: Zachée, hâte-toi de descendre; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. Zachée se hâta de descendre, et le reçut avec joie. Voyant cela, tous murmuraient, et disaient: Il est allé loger chez un homme pécheur. Mais Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit: Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit: Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

30 janvier (ancien calendrier)/12 février (nouveau)

30 janvier (ancien calendrier)/12 février (nouveau)
Jour de jeûne

Synaxe des saints Hiérarques Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome ; saint Hippolyte de Rome, martyr avec ses compagnons saints Censorin et Sabin, sainte Chrysie, vierge, et 20 autres martyrs (IIIème s.) ; sainte Martine, vierge et martyre à Rome (226) ; saint Zenon, disciple de saint Basile le Grand (Vème s.) ; sainte Bathilde, reine de France, épouse de Clovis II (680) ; sainte Aldegonde, vierge à Maubeuge (684) ; saint Théophile le Nouveau, martyr (784) ; saint Pierre, roi de Bulgarie (967) ; saint Zenon le jeûneur, des Grottes de Kiev (XIVème s.) sainte bienheureuse Pélagie de Diveevo (1884) ; saint Théodore de Mytilène, néomartyr (1784) ; saints néomartyrs de Russie : Vladimir (Khrichtchenovitch), prêtre (1933) et Étienne (Nalivaïko), martyr (1945).

Synaxe des saints Hiérarques Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome

Saints hiérarques Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome

Sous le règne de l’empereur Alexis Comnène (1081-1118), une querelle vint à diviser à Constantinople les hommes instruits dans les choses de la foi et zélés pour la vertu, au sujet des trois saints hiérarques et éminents Pères de l’Église : Basile le Grand, Grégoire le Théologien et Jean Chrysostome. Les uns disaient préférer saint Basile aux deux autres, car il a su expliquer les mystères de la nature comme aucun autre et il s’est élevé au rang des anges par ses vertus. Organisateur du monachisme, chef de l’Église entière pour lutter contre l’hérésie, pasteur austère et exigeant quant à la pureté des mœurs, il n’y avait en lui rien de bas ni de terrestre. C’est pourquoi il était, disaient-ils, supérieur à saint Chrysostome qui, par nature, était plus facilement porté à pardonner aux pécheurs
D’autres, prenant le parti de l’illustre archevêque de Constantinople, rétorquaient que saint Chrysostome n’avait été en rien moins zélé que saint Basile pour combattre les vices, porter les pécheurs au repentir et élever tout le peuple à la perfection évangélique. Insurpassable par son éloquence, ce pasteur à la « bouche d’or » a arrosé l’Église d’un véritable fleuve de discours, dans lesquels il a interprété la parole de Dieu et a montré comment l’appliquer dans la vie courante, avec une maîtrise supérieure aux deux autres saints Docteurs.
Un troisième groupe soutenait que saint Grégoire le Théologien leur était supérieur, à cause de la majesté, de la pureté et de la profondeur de son langage. Maîtrisant en souverain toute la sagesse et toute l’éloquence helléniques, il avait atteint, disaient-ils, un tel degré dans la contemplation de Dieu que personne comme lui n’a su exprimer si parfaitement le dogme de la Sainte Trinité.
Chacun défendant ainsi l’un des Pères contre les deux autres, la querelle gagna bientôt tout le peuple chrétien de la capitale et, loin de favoriser la dévotion pour les saints, il n’en sortait que troubles, discordes et disputes sans fin entre les trois partis. C’est alors qu’une nuit les trois saints hiérarques apparurent en songe à saint Jean Mauropos, métropolite d’Euchaïta [5 oct.], d’abord séparément puis tous les trois ensemble. Et, d’une seule voix, ils lui dirent : « Comme tu le vois, nous sommes tous les trois auprès de Dieu et aucune discorde ou rivalité ne nous séparent. Chacun d’entre nous, selon les circonstances et selon l’inspiration qu’il avait reçue du Saint-Esprit, a écrit et enseigné ce qui convenait pour le salut des hommes. Il n’y a ni premier, ni second, ni troisième entre nous ; et si tu invoques l’un de nous aussitôt les deux autres sont présents avec lui. Aussi ordonne à ceux qui se disputent de ne pas créer de divisions dans l’Église à cause de nous, car lorsque nous étions en vie tous nos efforts ont été consacrés à rétablir l’unité et la concorde dans le monde. Puis réunis en une fête nos trois mémoires et composes-en l’office en y insérant les hymnes dédiées à chacun d’entre nous, selon l’art et la science que Dieu t’a donnés, et transmets-le aux chrétiens en leur ordonnant de le célébrer chaque année. S’ils nous honorent ainsi, comme étant un auprès de Dieu et en Dieu, nous leur promettons d’intercéder dans notre commune prière pour leur salut. » Sur ces mots, les saints furent enlevés au ciel dans une lumière indicible, en s’adressant l’un à l’autre par leurs noms.
Saint Jean rassembla alors sans retard le peuple et lui communiqua cette révélation. Comme il était respecté de tous pour sa vertu et admiré pour la force de son éloquence, les trois partis firent la paix et tout le monde l’exhorta à se mettre sans retard à la composition de l’office de la fête commune. Avec un fin discernement, il choisit de consacrer le trentième jour de janvier à cette célébration, comme pour sceller ce mois pendant lequel on commémore séparément chacun des trois hiérarques .
Comme l’évoquent de nombreux tropaires de cet office magnifique, les trois Hiérarques, « trinité terrestre », distincts par leurs personnes mais unis par la grâce de Dieu, nous ont enseigné, tant par leurs écrits que par leur vie, à adorer et à glorifier la Sainte Trinité, le Dieu unique en trois Personnes. Ces trois luminaires de l’Église ont répandu par toute la terre la lumière de la vraie foi, au mépris des dangers et des persécutions, et ils nous ont laissé, à nous leurs descendants, ce saint héritage par lequel nous pouvons atteindre aussi la béatitude suprême et la vie éternelle en présence de Dieu, avec tous les saints.
En clôturant le mois de janvier, pendant lequel nous célébrons la mémoire de tant de glorieux hiérarques, confesseurs et ascètes, par la fête commune des trois grands Hiérarques, l’Église récapitule en quelque sorte la mémoire de tous les saints qui ont témoigné de la foi orthodoxe par leurs écrits et par leur vie. Avec cette fête, c’est tout le ministère d’enseignement, d’illumination de l’intelligence et des cœurs des fidèles par la parole, que nous honorons. La fête des trois Hiérarques est donc en définitive la commémoration de tous les Pères de l’Église, de tous ces modèles de la perfection évangélique que le Saint-Esprit a suscité d’époque en époque et de lieu en lieu, pour être de nouveaux prophètes et de nouveaux apôtres, les guides des âmes vers le Ciel, les consolateurs du peuple et des colonnes de prière incandescentes qui soutiennent l’Église et la confirment dans la vérité.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des saints Hiérarques, ton 1
Aux trois immenses luminaires du triple Soleil divin, * qui ont embrasé le monde sous les rayons de leurs divins enseignements, * aux fleuves mellifères de la Sagesse, qui ont irrigué * sous les flots de la divine connaissance l’entière création: * Basile le Grand, Grégoire le Théologien * et l’illustre Jean au verbe d’or, * nous tous, les amants de leurs paroles, réunis, * chantons des hymnes en leur honneur, * car ils ne cessent d’intercéder pour nous * auprès de la sainte Trinité.

Kondakion, des saints Hiérarques, ton 2
Seigneur, tu as offert le repos, la jouissance de tes biens * aux prédicateurs sacrés du message divin, l’élite des Docteurs; * à tout holocauste, en effet, * c’est leurs peines et leurs épreuves que tu as préférées, * toi qui seul procures la gloire à tes Saints.

Évangile du jour
(Matth. V, 14-19)

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux.

27 janvier (ancien calendrier)/9 février (nouveau)

27 janvier (ancien calendrier)/9 février (nouveau)

Translation des reliques de saint Jean Chrysostome (en 438) ; saint Julien, premier évêque du Mans (vers 250) ; Saintes Maure et Britta, vierges (IVème s.) ; Sainte Dévote, vierge et martyre, patronne de la principauté de Monaco ( 304) saint Maur, abbé du monastère du Val Benoît (vers 550) ; saint Loup (ou Leu), évêque de Chalon-sur-Saône (vers 610) ; Saint Marius, abbé de Bodon (v. 650) ; saint Dimitrios, martyr à Constantinople (1784).

Saint Jean Chrysostome

TRANSLATION DES RELIQUES DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME
Après le décès de notre saint et glorieux Père Jean Chrysostome, survenu au cours de son exil à Comane en Cappadoce, son corps fut déposé avec ceux des saints martyrs Basilisque et Lucien, comme ces derniers le lui avaient révélé en songe. Un an plus tard (408), l’empereur Arcade et sa femme Eudoxie, qui avait été la responsable de l’exil du saint, trouvèrent la mort, et Théodose le Jeune prit la succession. Peu à peu on restaura sur leurs sièges les partisans du saint, qui avaient été exilés ; mais certains évêques malveillants, menés par Théophile d’Alexandrie, continuaient à poursuivre sa mémoire de leur haine. La division dura jusqu’à l’élection de saint Proclos sur le trône de Constantinople, en 434 [20 nov.]. La quatrième année de son épiscopat, celui-ci parvint à convaincre l’empereur de faire transférer solennellement les reliques du saint de Comane à Constantinople (438). Mais notre saint Père Jean, vivant par la grâce du Saint-Esprit et toujours soucieux d’inculquer au souverain le repentir et l’humilité, refusa de laisser déplacer son corps. Tous les efforts des soldats et des envoyés de l’empereur restaient vains. Le cercueil était comme scellé au sol. L’empereur Théodose, comprenant le message qui lui était ainsi adressé, écrivit une lettre à saint Jean, lui demandant humblement pardon pour la persécution menée contre lui par son père et le suppliant d’accepter de retourner dans la ville impériale pour réjouir le cœur de tous ceux qui l’attendaient depuis tant d’années. Aussitôt la lettre posée sur la poitrine du saint, le cercueil se laissa déplacer sans aucune peine et il fut transporté en grande pompe jusqu’à Constantinople.

Quand le cortège parvint à Chalcédoine, le peuple couvrit le bras de mer qui sépare cette ville de la capitale de tant de vaisseaux ornementés et de flambeaux qu’il semblait avoir été transformé en terre ferme. Mais, pendant la traversée, une tempête soudaine dispersa la flotte et le navire impérial, où avait été déposée la précieuse relique, alla s’échouer tout près de la propriété d’une veuve, nommée Callitrope, dont l’impératrice Eudoxie avait voulu injustement s’emparer, et qui avait été l’occasion du dernier exil du saint. Le champ fut alors rendu à la veuve et la mer se calma aussitôt.
L’empereur Théodose vint en personne à la rencontre du saint, suivi de tout le Sénat. Il se prosterna à terre et, posant le visage sur la châsse, il le supplia de pardonner les péchés commis contre lui et contre ses partisans. On transporta d’abord la sainte relique dans l’église de l’Apôtre Thomas dans le quartier d’Amantios, où elle fit cesser le tremblement qui agitait depuis vingt années le tombeau d’Eudoxie. Puis elle fut transférée à Sainte-Irène, où l’on installa le saint sur le trône épiscopal, tandis que le peuple en liesse criait : « Rentre en possession de ton trône, ô Saint ! » Finalement, le cortège se rendit aux Saints-Apôtres, le lieu de sépulture des empereurs et des patriarches, et lorsqu’on le plaça, là aussi, sur le trône, la voix du saint se fit entendre, disant : « Paix à tous ! » On déposa ensuite la relique sous l’autel et, pendant la Divine Liturgie qui fut alors célébrée, de nombreux miracles s’accomplirent. Depuis, les reliques de saint Jean Chrysostome, dispersées dans le monde, ne cessent de manifester sa présence paternelle et bienfaisante.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Jean Chrysostome, ton 8
Resplendissante de clarté, * la grâce de ta bouche a brillé sur l’univers, * révélant au monde des trésors où l’avarice n’a point de part * et nous montrant la grandeur de l’humilité. * Père saint dont la parole nous instruit, * Jean Chrysostome, intercède auprès du Verbe, le Christ notre Dieu, * pour le salut de nos âmes.

Kondakion de saint Jean Chrysostome, ton 1
La sainte Eglise se réjouit en esprit * du transfert de tes reliques, saint Jean; * les conservant comme un trésor de grand prix, * sans cesse elle accorde à ceux qui te chantent, * par tes prières, la grâce des guérisons, * bienheureux Chrysostome.

Évangile du jour
(Mc XI, 11-23)

Jésus entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout considéré, comme il était déjà tard, il s’en alla à Béthanie avec les douze. Le lendemain, après qu’ils furent sortis de Béthanie, Jésus eut faim. Apercevant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il y trouverait quelque chose; et, s’en étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues. Prenant alors la parole, il lui dit: Que jamais personne ne mange de ton fruit! Et ses disciples l’entendirent. Ils arrivèrent à Jérusalem, et Jésus entra dans le temple. Il se mit à chasser ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple; il renversa les tables des changeurs, et les sièges des vendeurs de pigeons; et il ne laissait personne transporter aucun objet à travers le temple. Et il enseignait et disait: N’est-il pas écrit: Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. Les principaux sacrificateurs et les scribes, l’ayant entendu, cherchèrent les moyens de le faire périr; car ils le craignaient, parce que toute la foule était frappée de sa doctrine. Quand le soir fut venu, Jésus sortit de la ville. Le matin, en passant, les disciples virent le figuier séché jusqu’aux racines. Pierre, se rappelant ce qui s’était passé, dit à Jésus: Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit a séché. Jésus prit la parole, et leur dit: Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son coeur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir.

23 janvier (ancien calendrier/5 février (nouveau)

23 janvier (ancien calendrier/5 février (nouveau)
Dimanche du Pharisien et du Publicain. Synaxe des saints néomartyrs de Russie, Saints Clément, évêque d’Ancyre et Agathange, martyrs (312) ; saint Mausime le Syrien, prêtre (IVème s.) ; saint Salaman le silencieux, ermite en Palestine (vers 400) ; saint Paulin le miséricordieux, évêque de Nole (431) ; saint Maimboeuf, martyr à Besançon (vers 480) ; mémoire du VIème Concile œcuménique (680-681) ; saint Denis de l’Olympe (1541) ; saint Gennade de Kostroma (1565) ; saints néomartyrs de Russie : Séraphim (Boulachov), moine, Eudocie (Kouzminov) et Catherine (Tcherkassov), Militsa (Kouvchinov), martyre (1938).

Saint Clément, évêque d’Ancyre, martyr (312)

SAINT CLÉMENT D’ANCYRE
L’illustre et bienheureux martyr du Christ Clément était originaire de la ville d’Ancyre en Galatie. Il était fils d’un père païen et d’une mère chrétienne, Euphrosynie, qui avant de mourir lui prophétisa qu’il devait endurer de longues et cruelles souffrances pour le Seigneur. Adopté par une sainte et pieuse femme, nommée Sophia, il grandit en toute piété, distribuant les biens de la maison aux enfants pauvres et leur enseignant les rudiments de la foi. Dès l’âge de douze ans, il jeûnait et priait comme les moines, aussi fut-il bientôt ordonné diacre, puis prêtre, avant d’être élevé à la charge d’évêque de la ville, à l’âge de seulement vingt ans. Il gouvernait néanmoins son troupeau spirituel avec la science et la sagesse d’un vieillard, consacrant son plus grand soin aux enfants pauvres et aux orphelins, dont il baptisa un grand nombre. En apprenant tout le bien accompli par le jeune prélat, le vicaire impérial de la cité le fit arrêter et, après l’avoir interrogé, il le soumit à la flagellation. Comme Clément résistait sans trembler, en disant : « Plus tu affligeras ma chair de tourments, plus mon âme en tirera profit », on lui brisa la mâchoire à coups de pierres, mais le saint en retirait encore plus de joie de souffrir ainsi à l’imitation du Christ.

Le gouverneur, resté impuissant devant la vaillance du martyr, l’envoya à Rome auprès de l’empereur Dioclétien. Quand saint Clément comparut devant le terrible souverain, celui-ci fit étaler devant lui d’un côté des objets précieux et de l’autre des instruments de tortures. Mais, contrairement à son attente, le saint lui répondit : « Tous ces vases précieux que tu me présentes me donnent à penser combien plus glorieux sont les biens éternels du Paradis, et ces instruments de supplice me font craindre davantage les châtiments éternels réservés en enfer à ceux qui auront renié le Seigneur. »
Soumis au supplice de la roue, il eut les chairs réduites en lambeaux, mais se trouva miraculeusement guéri, entraînant la conversion d’un grand nombre de païens qui s’écrièrent : « Oui, grand est le Dieu des chrétiens ! » Ils furent aussitôt jetés en prison. La nuit même, un ange leur apparut en leur apportant la sainte Eucharistie, et saint Clément eut le temps de les faire communier avant leur exécution. Quant à lui, livré à de nouvelles tortures dans tous ses membres, flagellé jusqu’à l’os et brûlé avec des torches, il résistait comme si ces souffrances étaient endurées par un autre que lui.

Le tyran l’envoya alors à Nicomédie, en espérant que le gouverneur de cette ville saurait le soumettre. Un des païens convertis, qui avait échappé au massacre, Agathange (« le bon ange »), s’échappa alors de la prison et s’embarqua en cachette sur le même navire, avec le désir de partager les souffrances de son père en Christ. Dès lors, Clément et Agathange restèrent compagnons inséparables dans toutes les tribulations. Quand ils n’étaient pas soumis à la torture, ils mataient leurs corps par le jeûne et par les veilles, et recevaient en retour une nourriture céleste. Aussitôt parvenus à Nicomédie, ils furent interrogés et torturés, puis jetés en prison, où des anges vinrent les visiter. Cette céleste apparition entraîna la conversion des autres détenus qui furent délivrés par la prière des saints. Après les avoir livrés aux fauves sans résultat, on leur enfonça des broches incandescentes du doigt jusqu’à l’aisselle. Le peuple présent, admirant leur constance dans la douleur, se révolta alors contre le cruel tyran. Celui-ci fit sortir les martyrs de la cité et les fit dévaler du haut d’une haute montagne, enfermés dans des sacs ; mais des anges de Dieu vinrent à nouveau à leur secours et ils retournèrent sains et saufs en ville, guérissant en chemin deux paralytiques aveugles. Le gouverneur de Nicomédie, craignant un soulèvement populaire en leur faveur, envoya alors les deux soldats du Christ à Ancyre, la patrie de Clément, où ils subirent de nouveaux et redoutables supplices.

Comme ils sortaient encore victorieux de ces épreuves, on décida de les transférer à Amisos en Hélénopont (auj. Samsum). Mais les enfants autrefois baptisés par saint Clément voulurent absolument le suivre. Les soldats parvinrent avec peine à les arracher à lui et les décapitèrent sans pitié. Soumis à de nouveaux supplices, les deux saints reçurent la visite du Christ dans leur geôle, qui guérit leurs blessures et les encouragea à persévérer jusqu’à la fin. Le gouverneur d’Amisos, Dométien, reconnaissant lui aussi son impuissance, les fit transférer à Tarse auprès du co-empereur Maximien. Sur la route, ils firent jaillir de l’eau pour désaltérer les soldats de leur escorte et les malades qui approchaient d’eux pour toucher leurs plaies, recouvraient aussitôt la santé. À Tarse, ils sortirent indemnes d’une fournaise ardente, comme les Jeunes Gens à Babylone ; puis, comme on les avait traînés à terre dans toute la ville, ils attirèrent l’admiration et la conversion d’un grand nombre de païens. Nouveaux emprisonnements, nouveaux interrogatoires et nouveaux supplices, mais sans faillir les athlètes de la foi restaient aussi inébranlables que le diamant mis à l’épreuve des coups et du feu. Ces tribulations durèrent jusqu’à ce que soient accomplies les vingt-huit années de témoignage pour le Christ, dont Clément avait reçu la prédiction dans une vision.
Renvoyés à Ancyre après de longues années d’incarcération et comparaissant devant un neuvième tyran, ils furent encore torturés et Agathange eut la tête tranchée, alors qu’on jetait de nouveau Clément dans un cachot obscur. Le jour de la Théophanie, sa mère adoptive, Sophia, trouva le moyen de se glisser dans la prison avec d’autres fidèles. Ils obtinrent de ses gardiens de pouvoir l’emmener jusqu’à l’église où, revêtu d’ornements tout blancs, il célébra la vigile nocturne et distribua à tous la sainte communion, avant de retourner de son plein gré dans son cachot. Quelques jours plus tard, le 23 janvier 296, comme saint Clément célébrait de nouveau le saint sacrifice dans l’église, les soldats païens surgirent soudain et le décapitèrent au moment où il inclinait la tête au-dessus de l’autel. Le saint évêque devint ainsi, à l’imitation du Christ, la victime du sacrifice. Les deux diacres qui l’assistaient furent aussi exécutés, et la pieuse Sophia alla ensevelir les trois corps non loin de là, dans un lieu nommé Krypton.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du saint martyr ton 4
Comme sarment de vénérable sainteté, * comme hampe du combat pour la foi, * comme fleur sacrée, tu as poussé, * comme fruit délicieux donné par Dieu aux croyants. * Compagnon de lutte des Martyrs * siégeant avec les saints Pontifes, prie le Christ notre Dieu * de sauver nos âmes.

Kondakion du saint martyr, ton 4
De la vigne du Christ * tu fus le vénérable sarment * et dans tes multiples combats, très illustre Clément, * avec tes compagnons de lutte tu proclamais: * C’est toi, ô Christ, l’allégresse des Martyrs.

Évangile du jour
(Mc X, 23-32)
Jésus, regardant autour de lui, dit à ses disciples: Qu’il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Les disciples furent étonnés de ce que Jésus parlait ainsi. Et, reprenant, il leur dit: Mes enfants, qu’il est difficile à ceux qui se confient dans les richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. Les disciples furent encore plus étonnés, et ils se dirent les uns aux autres; Et qui peut être sauvé? Jésus les regarda, et dit: Cela est impossible aux hommes, mais non à Dieu: car tout est possible à Dieu. Pierre se mit à lui dire; Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi. Jésus répondit: Je vous le dis en vérité, il n’est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres, ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers. Ils étaient en chemin pour monter à Jérusalem, et Jésus allait devant eux. Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte.

24 décembre (ancien calendrier)/6 janvier (nouveau)

24 décembre (ancien calendrier)/6 janvier (nouveau)
Paramonie de la Nativité – Jeûne strict

Sainte Eugénie, martyre à Rome avec ses parents : saint Philippe et sainte Claudia et ses serviteurs saints Protos et Hyacinthe (vers 262) ; saint Nicolas, moine (IXème s.) ; saint Delphin, évêque de Bordeaux (404) ; saint Nicolas, moine près de Constantinople (IXème s.) ;saint Ahmet le Calligraphe, néo-martyr (1682) ; saints néo-martyrs de Russie : Innocent (Beda) (1928), Serge (Metchev), prêtre (1942).

SAINTE MARTYRE EUGÉNIE

Sainte Eugénie, martyre à Rome (vers 262)

La sainte et glorieuse martyre Eugénie vit le jour à Rome, sous le règne de Commode (180-192), au sein d’une noble et riche famille de magistrats. Son père, Philippe, païen nourrissant de bonnes dispositions envers les chrétiens, ayant été nommé par l’empereur préfet d’Alexandrie, se rendit vers la capitale de l’Égypte avec toute sa famille, et il y confia Eugénie aux meilleurs maîtres. Au cours de ses études, la jeune fille vint à fréquenter les Épîtres de saint Paul, dans lesquelles elle lut de telles paroles : Où est-il le sage ? Où est-il l’homme cultivé ? Où est-il le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-Il pas frappé de folie la sagesse du monde ? Puisqu’en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu (c’est-à-dire dans ses œuvres). C’est par la folie de la prédication qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants … Nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et païens, c’est le Christ, puissance de Dieu et Sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes (1 Cor 1, 20-25). Devant de telles paroles de feu comment persévérer davantage dans l’étude de la stérile philosophie et des vaines occupations de ce monde ? Le cœur désormais épris d’amour pour la vraie Sagesse — le Verbe de Dieu incarné et crucifié par amour des hommes — Eugénie décida de ne pas attendre davantage pour devenir chrétienne. À la faveur de la nuit, elle s’enfuit de la demeure familiale en compagnie de deux eunuques, Protas et Hyacinthe, ses fidèles serviteurs, qui, eux aussi, avaient décidé d’embrasser la Foi, et tous trois se rendirent un peu en-dehors de la ville, vers l’église de fortune où les chrétiens avaient coutume de tenir leurs assemblées de prières. On leur recommanda d’aller se réfugier dans une communauté proche, prélude des futurs monastères, où des hommes décidés à se consacrer à la virginité et aux combats de l’ascèse vivaient en commun. Parmi eux brillait en particulier un saint évêque, Hélénos, qui avait acquis une grande renommée en pénétrant sans dommage dans une fournaise embrasée, afin de confondre un mage païen. Eugénie coupa ses cheveux, revêtit des effets masculins et se présenta à Hélénos, en se faisant passer pour un eunuque, nommé Eugène, venu de Rome avec ses deux compagnons. L’évêque, à qui Dieu avait révélé en vision la vérité, les reçut avec joie et, après les avoir baptisés en secret, il les confia au supérieur de la communauté, Eutropios, qui les rangea parmi les autres moines. Ils montraient tous les trois un zèle exemplaire, et Eugénie, en particulier, triomphant de la faiblesse de la nature féminine par la fermeté et la ferveur de son amour de Dieu, faisait l’admiration des moines les plus éprouvés, si bien, qu’après seulement trois années de vie ascétique, elle fut désignée par les frères pour succéder à l’higoumène défunt. Avec soumission et crainte de Dieu, elle accepta à la condition de devenir le serviteur de tous, comme le recommande le Seigneur (Mc 9, 35). C’est ainsi qu’en plus de la gestion de la communauté et de la direction des âmes, elle assumait les tâches et les services les plus vils : transport de l’eau, nettoyage, coupe du bois, etc. Sa cellule était la plus exiguë et la plus misérable et, de jour comme de nuit, elle sacrifiait toutes ses forces pour l’amour de Dieu et le service des frères.

Une noble et illustre femme d’Alexandrie, Mélanthia, ayant entendu vanter les vertus admirables et les miracles accomplis par l’higoumène Eugène, l’implora de venir la visiter pour la délivrer de la maladie qui la tourmentait cruellement depuis de longues années. Cédant finalement à ses instances, Eugénie se rendit chez elle et la guérit en l’oignant d’huile sainte. Mais le démon jaloux saisit cette occasion pour insinuer dans le cœur de Mélanthia une passion coupable pour le jeune et beau moine. Feignant une nouvelle maladie, elle obtint qu’Eugène la visitât une seconde fois et essaya alors de l’entraîner au péché. Sans révéler son secret, Eugène la repoussa avec autorité, en lui rappelant le vœu sacré que les moines font de garder inviolée pour le Seigneur la virginité de leur corps et de leur âme, puis elle s’enfuit. Cet échec déchaînant chez la méchante femme un profond désir de vengeance, elle proclama partout que l’higoumène Eugène s’était rendu chez elle et l’avait déshonorée. Cette rumeur parvint jusqu’au préfet Philippe qui, n’osant pas mettre en doute la parole d’une personne de si haut rang, convoqua sans plus attendre Eugénie et ses moines. Chargée de chaînes et honteusement accusée, Eugénie se résolut à découvrir toute la vérité, afin de ne pas laisser au diable l’occasion de dénigrer le saint Habit monastique. En déchirant sa tunique devant l’assistance ébahie, elle révéla qu’elle était une femme cachée sous une identité masculine afin de pouvoir mener un combat plus glorieux pour la vertu et, se tournant vers Philippe, elle confessa qu’elle était Eugénie, sa fille, que depuis si longtemps il croyait perdue.

Dans la joie de ces retrouvailles et l’admiration pour les merveilles accomplies par Dieu, Philippe, sa femme Claudia et leurs deux autres enfants, Abitas et Serge, embrassèrent la foi chrétienne et reçurent le saint Baptême, en compagnie d’un grand nombre de païens alors présents. Philippe fut même bientôt consacré évêque et gouverna dès lors la grande ville selon les commandements évangéliques, dans l’ordre temporel comme dans l’ordre spirituel. Un an plus tard, dénoncé à l’empereur par des païens envieux, il fut démis de sa charge de préfet et remplacé par le cruel Térence, qui le fit assassiner alors qu’il était en prière dans son église.
Après les funérailles, Eugénie, Claudia, Protas et Hyacinthe retournèrent à Rome et se consacrèrent au jeûne et à la prière dans la demeure familiale. Basilla, une jeune fille de haute naissance, qui désirait devenir chrétienne mais était tenue enfermée par son père, réussit à communiquer par lettre avec Eugénie. Elle reçut de la sainte la catéchèse nécessaire, puis, baptisée en secret par l’évêque de Rome, elle se lia d’une étroite amitié avec Eugénie, car elle partageait avec elle le même amour pour la virginité. Mais une de ses servantes alla la dénoncer à son prétendant, Pompée qui, pris de rage à cette nouvelle, la livra à l’empereur ennemi des chrétiens et obtint sa décapitation.

On arrêta ensuite Protas et Hyacinthe, en voulant les contraindre de sacrifier à Jupiter. Comme ils avaient opposé un ferme refus, ils eurent également la tête tranchée. Puis, après comparution devant le préfet de la ville, on amena Eugénie au temple de Diane pour l’obliger à sacrifier, sous menace de mort. Mais, à la prière de la sainte, les idoles se fracassèrent à terre et le temple lui-même fut dangereusement ébranlé, à la grande frayeur des assistants. Le tyran ordonna alors de la jeter dans le Tibre, d’où elle fut miraculeusement sauvée de la noyade. Après diverses autres épreuves, elle fut finalement décapitée dans son cachot, le 25 décembre, naissant à la vie céleste et éternelle le jour où le Christ immortel s’est fait homme terrestre et mortel pour nous rendre immortels.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de l’avant-fête, ton 4
Jadis fut inscrite à Bethléem, * avec le vénérable Joseph * issu de la semence de David, * Marie porteuse d’un fruit non semé. * Le temps de sa délivrance approchait * et point de place à l’hôtellerie; * mais pour la Reine la grotte devint * le plus charmant des palais: * le Christ vient au monde pour relever son image déchue.

Kondakion de la Sainte, ton 4
De ce monde fuyant la gloire qui ne dure qu’un temps, * tu gardas sans tache la noblesse de ta vie, * illustre martyre Eugénie.

Kondakion de l’avant-fête, t. 3
La Vierge en ce jour se prépare à enfanter * ineffablement en une grotte le Verbe d’avant les siècles. * Terre entière, à cette nouvelle chante et danse, * glorifie avec les Anges et les Bergers * celui qui a bien voulu devenir * un enfant nouveau-né, le Dieu d’avant les siècles.

Évangile du jour
(Lc II,1-20)
En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur. Mais l’ange leur dit: Ne craignez point; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie:
c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche. Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant: Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée! Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres: Allons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant. Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers. Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.
Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été annoncé.

Message de Noël du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie

Eminents évêques, vénérables pères, moines et moniales aimant Dieu, chers frères et sœurs !
En cette Sainte nuit, je vous salue de tout cœur et je vous présente mes vœux à l’occasion de la grande fête de la Nativité du Christ, fête de la réalisation des antiques promesses de salut du genre humain, fête de l’indicible amour que porte le Créateur à Sa création, fête de la venue au monde du Fils de Dieu, le Messie.
Les pères de l’Eglise ont réfléchi au cours des siècles passés au mystère de l’Incarnation. Aujourd’hui, comme jadis, nous prêtons une oreille attentive aux paroles des prières et des chants qui résonnent dans nos églises, nous écoutons pieusement les textes des Saintes Ecritures qui nous relatent ce glorieux évènement et nous ne cessons pas de nous émerveiller de ce miracle divin.
Réfléchissant à la Nativité du Christ, Syméon le Nouveau Théologien a écrit : « En venant dans ce monde Dieu a fait une l’Essence divine et l’essence humaine afin que l’homme se divinise. La Sainte Trinité s’est mystérieusement incorporée en cet homme divinisé de par Sa grâce » (Syméon, homélie 10). Saint Isaac le Syrien nous dit : « Voilà que Dieu s’est revêtu de la nature de l’humanité afin que l’humanité puisse se revêtir de la Nature divine » (Hymne de la Nativité du Christ).
Imprégnés de ces sages paroles questionnons nous : comment pouvons-nous nous orner nous-mêmes de cette Essence divine ? Comment pouvons-nous devenir vraiment à l’image de Dieu ce à quoi l’homme est appelé depuis la création du monde ? Quelles doivent être nos vies pour que « le Christ soit formé en nous » (Ga, 4, 19) ? La réponse est simple : observons les commandements du Sauveur. Reprenant l’apôtre Paul, je m’adresse à vous, mes chers : « Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ » (Ga, 6, 2). Pénétrez-vous d’amour et vous trouverez ainsi la paix de l’âme et la quiétude. Soyez magnanimes à l’égard de tous et la joie remplira vos cœurs, une joie dont personne ne pourra vous départir. « C’est par votre constance que vous sauverez vos vies ! » (Lc 21, 19), vous gagnerez ainsi la vie éternelle.
Nous chrétiens, ne devons pas nous limiter à exhorter les autres à s’inspirer de nobles idéaux éthiques, il nous faut nous-mêmes nous en tenir à ces idéaux dans notre quotidien qui doit en premier lieu être placé au service de nos prochains. Ainsi, de par la Miséricorde divine, nous récolterons les authentiques fruits de l’Esprit : « Mais le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23).
« Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (He 10, 24). En réussissant à surmonter les conflits et les divisions, nous portons au monde la prédication la plus convaincante de la Nativité et nous témoignons par nos actes de l’extraordinaire beauté et de la force spirituelle que porte la foi orthodoxe.
Nous voilà en 2017 ! Cent ans nous séparent des évènements qui ont transformé d’une manière radicale la vie de la Russie, ce grand pays multiethnique qui a été précipité dans la démence de la guerre civile, les enfants se sont alors dressés contre leurs parents, les frères se sont combattus. Les pertes et les malheurs qui ont par la suite frappé notre peuple ont été pour beaucoup prédéterminés par la destruction des structures de l’Etat et les persécutions de la religion. La société en a été profondément divisée.
C’est avec piété et douleur que nous évoquons l’exploit des nouveaux martyrs et confesseurs de l’Eglise russe. Nous croyons que ce sont leurs prières qui ont fait que Dieu n’a pas abandonné notre peuple et lui a donné les forces d’accomplir d’admirables exploits dans le labeur et dans les combats, de remporter la victoire dans la plus terrible de toutes les guerres, de reconstruire le pays et de réussir des réalisations qui suscitent l’admiration.
Nous remercions Dieu pour le miracle qui s’est produit aux yeux du monde entier, la renaissance de la foi et de la piété de notre peuple, la renaissance des lieux sacrés qui avaient été détruits, pour les églises et les monastères qui ont été édifiés ; leur existence même est un signe des profonds changements qui surviennent dans le cœur des hommes.
Ces dernières décennies ont été marquées par de graves difficultés, par de grandes épreuves. Ces phénomènes sont de nature provisoire et nous n’avons donc pas à les redouter. L’expérience acquise au cours du siècle passé nous a beaucoup appris et doit nous aider à éviter bien des choses.
Cheminons sans crainte dans la voie du salut car Dieu est avec nous. Renforçons-nous dans la foi car Dieu est avec nous. Pénétrons-nous d’espoir car Dieu est avec nous. Faisons le bien et raffermissons-nous dans l’amour car Dieu est avec nous.
C’est en Dieu que nous plaçons toutes nos attentes car « Il est un rocher éternellement » (Is 26,4) et, selon l’apôtre Pierre « car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12). Que la lumière du Christ éclaire toujours notre cheminement terrestre et que cette voie nous amène dans le Royaume céleste que Dieu réserve à ceux qui L’aiment.
Je séjourne aujourd’hui avec vous tous qui habitez dans divers pays, villes et bourgades et qui constituez l’unique Eglise du Christ dans la joie spirituelle, je prie pour que chacun d’entre vous aie la santé spirituelle et corporelle, pour que la paix règne dans vos foyers, pour que votre labeur soit fructueux. Que le Seigneur et Sauveur incarné à Bethléem donne à chacun d’entre nous la faculté de sentir dans nos cœurs avec une intensité nouvelle Sa présence dans nos vies. Amen.

+ Cyrille, Patriarche de Moscou et de toute la Russie,
Moscou, Noël 2016/2017

Jeudi 22 Décembre 2016

21 décembre (ancien calendrier)/3 janvier (nouveau)

21 décembre (ancien calendrier)/3 janvier (nouveau)
Carême de la Nativité

Sainte Julienne et ses compagnons, 500 hommes et 130 femmes, martyrs à Nicomédie (304) ; saint Thémistocle de Myre en Lycie, martyr (251) ; saint Honorat, évêque de Toulouse (IIIème s.) ; saint Pierre, métropolite de Moscou (1326) ; sainte Julienne, princesse de Viazma (1406) ; saint Procope, fol en Christ de Viatka (1628) ; saint Philarète de Kiev (1857)

SAINTE JULIENNE

Sainte Julienne (305)

Sainte Julienne (305)

Sainte Julienne était fille d’un couple de nobles et illustres païens de Nicomédie, sous le règne du cruel Dioclétien (286-305). Ses parents l’avaient fiancée à un certain Éleusios, de rang sénatorial, qui s’en était épris d’un amour ardent et désirait ne pas retarder davantage leur mariage. Mais le cœur de Julienne avait été saisi par l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ, et elle désirait se garder tout entière pure et sans partage pour son Époux céleste, aussi tentait-elle de repousser autant qu’elle le pouvait les avances de son prétendant. Elle déclara d’abord, comme s’il s’agissait d’un caprice de jeune fille mondaine, qu’elle accepterait d’épouser Éleusios seulement s’il devenait préfet de la capitale de la Bithynie. Malgré les difficultés, celui-ci se mit immédiatement en œuvre : il dépensa l’or sans compter, fit jouer ses amis et ses relations à la cour et, quelque temps plus tard, devenu effectivement préfet de Nicomédie, il renouvela sa demande en mariage. Contrainte de se dévoiler, la fiancée du Christ lui dit : « Si tu n’abandonnes pas le culte des idoles et si tu n’adhères pas à la foi des chrétiens, qui procure la vie éternelle, jamais je n’accepterai de m’unir à toi. » Inflexible dans sa résolution, malgré les supplications de ses parents, Julienne fut alors livrée aux autorités, comme disciple de la religion interdite, et traduite devant le tribunal du préfet. Son amant, devenu son juge et son tortionnaire, la fit dévêtir pour la soumettre à de cruels tourments. Flagellée sur tout le corps, elle fut ensuite pendue par les cheveux et eut le cuir chevelu arraché. Le diable lui apparut dans sa prison, sous l’aspect d’un ange de Dieu, pour lui proposer de se soumettre et de sacrifier aux idoles, mais la sainte martyre, armée de la prière, déjoua la ruse du démon, en le frappant et en crachant sur lui avec mépris, et elle trouva ainsi des forces renouvelées pour la suite de ses combats.
Tirée de son cachot pour un nouvel interrogatoire, elle fut menée vers un grand brasier, sur lequel on avait préparé un chaudron plein de plomb bouillonnant pour l’y plonger. Mais la résolution de la jeune fille était inflexible, sa foi inébranlable, son amour du Christ plus ardent que tout feu terrestre, si bien que son âme avait communiqué à son corps une part de l’incorruptibilité promise aux élus dans la vie éternelle. Non seulement elle ne souffrit aucun dommage lorsqu’on la plongea dans le chaudron, mais dès qu’elle le toucha, il se fendit et le plomb se répandit sur les gardes. Devant de tels prodiges, un grand nombre de païens présents, cinq cents hommes et cent trente femmes, glorifièrent la puissance accordée par Dieu aux saints martyrs et confessèrent le Nom du Christ. Par ordre du préfet, ils furent décapités sur-le-champ. La dernière, Julienne eut également la tête tranchée, et son âme partit avec allégresse vers les demeures des saints. Elle était âgée de dix-huit ans, lorsqu’elle célébra ainsi ses noces avec le Christ.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de l’avant-fête, ton 4
Prépare-toi, Bethléem, car l’Éden est ouvert à tous. Apprête-toi, Ephrata, car, dans la grotte, l’Arbre de Vie a fleuri de la Vierge. Son sein est devenu un paradis spirituel, où pousse le plan divin. Si nous en mangeons, nous vivrons, nous ne mourrons pas comme Adam. Le Christ naît pour relever l’image de Dieu autrefois déchue.

Tropaire de la sainte martyre Julienne, ton 4
Ta brebis, ô Jésus, * s’écrie de toute la force de sa voix: * C’est toi que j’aime, divin Epoux, * c’est toi que je cherche en luttant; * avec toi crucifiée, * je suis ensevelie en ton baptême; * je souffre pour toi, afin de régner avec toi; * je meurs pour toi, afin de vivre aussi en toi; * reçois comme victime sans défaut * celle qui par amour s’immole pour toi. * Par ses prières, Dieu de miséricorde, sauve nos âmes.

Tropaire de saint Pierre de Moscou, ton 4
Terre naguère stérile, réjouis-toi maintenant ; car le Christ a montré en toi un luminaire, brillant fortement dans le monde et guérissant nos infirmités et maladies. Aussi, exulte et réjouis-toi avec confiance ; car le hiérarque du Très-haut accomplit tout cela.

Kondakion de saint Pierre de Moscou, ton 8
Accourons en ce jour avec amour auprès du glorieux et merveilleux thaumaturge de notre terre, te composant, ô théophore, un hyme, car tu as de la hardiesse envers le Seigneur ; délivre-nous des diverses tribulations, afin que nous te chantions : réjouis-toi affermissement de notre cité !

Kondakion de l’avant-fête, ton 3
La Vierge en ce jour s’en vient dans la grotte mettre au monde le Verbe d’avant les siècles. Ô monde, à cette nouvelle, chante et danse ; avec les anges et les pasteurs, glorifie Celui qui a voulu se faire voir petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.

Évangile du jour
(Mc X, 2-12)

Les pharisiens l’abordèrent; et, pour l’éprouver, ils lui demandèrent s’il est permis à un homme de répudiée sa femme. Il leur répondit: Que vous a prescrit Moïse? Moïse, dirent-ils, a permis d’écrire une lettre de divorce et de répudier. Et Jésus leur dit: C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a donné ce précepte. Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme; c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. Lorsqu’ils furent dans la maison, les disciples l’interrogèrent encore là-dessus. Il leur dit: Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère.

20 décembre (ancien calendrier)/2 janvier (nouveau)

20 décembre (ancien calendrier)/2 janvier (nouveau)
Carême de la Nativité

Samedi avant la Nativité. Avant-fête de la Nativité. Saint Ignace le Théophore, évêque d’Antioche, hiéromartyr (107) ; saint Philogone, évêque d’Antioche (323) ; saint Ursanne, abbé-fondateur de Saint-Ursanne en Suisse (vers 620) ; saint Daniel, archevêque de Serbie (1338) ; saint Ignace, archimandrite des Grottes de Kiev (1435); saint Jean le tailleur, néo-martyr grec à Constantinople (1650) ; saint Antoine, archevêque de Voronej (1846) ; saint Jean de Cronstadt (1908)

SAINT IGNACE LE THÉOPHORE

Saint Ignace le Théophore, évêque d’Antioche, hiéromartyr (107)

Disciple des apôtres, père des évêques, combattant audacieux qui s’est élancé au premier rang de la cohorte des martyrs victorieux, saint Ignace a remporté une triple couronne et brille maintenant d’un éclat flamboyant au firmament des amis de Dieu. Conformément à son nom de feu (ignis en latin), l’amour du Christ brûlait à tel point en son cœur qu’il fut surnommé le Théophore, le « porteur-de-Dieu », terme qu’il n’hésitait pas à s’appliquer lui-même d’ailleurs, sans vantardise, car tous les chrétiens, depuis leur baptême, sont devenus christophores (« porteurs-du-Christ ») et ont été revêtus de l’Esprit Saint (hagiophores, pneumatophores, disent encore les saints Pères).

Dans sa jeunesse, Ignace avait, dit-on, connu les apôtres, et avait été initié aux mystères plus profonds de la foi par saint Jean l’Évangéliste, en compagnie de saint Polycarpe. Il succéda ensuite à Évode, comme second évêque d’Antioche, la capitale de la Syrie et la ville la plus importante de tout l’Orient, dont le siège épiscopal avait été fondé par l’Apôtre saint Pierre. Pendant la persécution de Domitien (8l-96), saint Ignace encouragea de nombreux confesseurs à mépriser les tourments et les épreuves de quelques instants pour gagner la vie éternelle. Il les visitait dans leur prison, les réconfortait et leur communiquait l’empressement qu’il éprouvait lui-même pour être définitivement uni au Christ en imitant sa mort. Malgré tout, il ne fut pas arrêté, et lorsque les poursuites furent interrompues, l’intrépide évêque resta affligé de ne pas avoir été appelé par Dieu à devenir un vrai disciple, consommé dans la perfection.

Pendant les années de paix qui suivirent, les apôtres ayant désormais disparu, l’évêque d’Antioche s’employa à donner à l’Église les fondements de son organisation et à montrer comment la grâce, descendue sur les apôtres le jour de la Pentecôte, demeure et se prolonge dans le ministère épiscopal. D’Antioche la Grande, sa voix autorisée se faisait entendre dans toutes les Églises — alors petites communautés locales — pour les exhorter à vivre dans l’unité et la charité autour de l’évêque, image terrestre du seul Évêque véritable et Grand Prêtre, Jésus-Christ. Unis par la foi inébranlable dans le Sauveur crucifié et ressuscité, et par la concorde qui vient de la charité et de leur commune espérance, les fidèles doivent se réunir autour de leur évêque et du collège des prêtres et des diacres, aussi souvent qu’ils le peuvent — particulièrement le dimanche, jour du Seigneur —, pour célébrer ensemble la sainte Eucharistie, « rompant le même pain, qui est remède d’immortalité, et antidote pour ne pas mourir, afin de vivre pour toujours en Jésus-Christ », « Là où est l’évêque, disait-il encore, là est Jésus-Christ, là est l’Église catholique (i.e. universelle) », l’assurance de la vie éternelle, le gage de la communion à Dieu. C’est pourquoi il n’y a qu’une seule assemblée eucharistique légitime : celle qui est accomplie par l’Église, dans l’unité de la foi autour de l’évêque ou de son représentant. Une fois la synaxe terminée, les chrétiens se doivent de manifester dans leur vie, dans leur conduite, ensemble et vis-à-vis du monde extérieur, dans leurs sentiments et leurs pensées, le même accord harmonieux que les cordes bien ajustées d’une lyre, de manière à chanter « d’une seule voix par Jésus-Christ un hymne de louange au Père ». « Soyez unis à l’évêque, recommande-t-il aux Éphésiens, comme l’Église l’est à Jésus-Christ, et Jésus-Christ au Père, afin que toutes choses soient en accord dans l’unité ». Il les engage à fuir, outre la haine et les querelles, les divisions de toutes sortes, « comme les principes de tous les maux ». Affermis ainsi dans la concorde et l’amour mutuel, la Vérité demeurera en eux, et l’Église, telle une citadelle céleste, restera pure et inaccessible à la contamination de l’hérésie. À la suite de saint Paul, saint Ignace énonçait ainsi les principes inchangés et inaltérables sur la nature de l’Église, l’institution de l’évêque, le rôle de l’assemblée eucharistique, les rapports entre l’Église locale et l’Église universelle, toutes choses qui font dire de la sainte Église : Toute la gloire de la fille du Roi vient du dedans. Elle est ornée de franges d’or, parée de couleurs variées (Ps 44, 15).

Après être monté sur le trône (98), Trajan laissa tout d’abord les chrétiens en paix, trop occupé qu’il était à mener la guerre contre les barbares. Mais, à la suite de ses victoires sur les Scythes et les Daces, il décida de soumettre tous les sujets de l’Empire au culte des idoles et de l’empereur, sous peine de mort. Vers l’an 113 (ou 117), il partit en campagne en direction de l’Arménie et de la Parthie. En chemin, il fit halte quelque temps dans la brillante ville d’Antioche, déclenchant à cette occasion une persécution locale contre les chrétiens en vue. Sentant que le moment tant attendu était enfin arrivé, saint Ignace se présenta alors de lui-même devant l’empereur et répondit hardiment à ses questions. Il confessa le Dieu Créateur et Ami des hommes et son Fils Unique Jésus-Christ, et ne craignit pas de tourner en dérision la superstition de ce puissant souverain qui faisait invoquer des êtres illusoires pour protéger ses armées. Irrité, Trajan lui demanda :
— « Tu es donc disciple du Crucifié sous Ponce Pilate ? »
— « Je suis le disciple de Celui qui a cloué mon péché sur la Croix, et a piétiné le diable et ses intrigues », répliqua le saint.
— « Pourquoi t’appelle-t-on Théophore ? »
— « Parce que je porte en moi le Christ vivant ! »
— « Que celui qui porte le Crucifié soit donc mené à Rome chargé de chaînes afin d’y être livré en pâture aux lions pour le divertissement du peuple », ordonna l’empereur.
Rempli de joie, le serviteur de Dieu baisa avec chaleur les lourdes chaînes dont on le chargeait, en les appelant « mes très précieuses perles spirituelles », liens tellement désirés et qui devaient lui procurer la plénitude de la vie en Christ, à l’exemple de saint Paul et tant de glorieux martyrs. Puis, ayant dit adieu à son Église en exhortant ses fils à changer leurs larmes en cantiques d’allégresse, il partit à pied, en compagnie d’autres prisonniers, escorté par une escouade de dix soldats cruels et implacables, véritables « léopards » écrit-il, qui l’accablaient de mauvais traitements, avec pour seul résultat d’ajouter à sa joie et à son empressement. Partis d’Antioche, ils parvinrent à grand-peine, tantôt par mer tantôt à pied, jusqu’à Smyrne, où Ignace fut accueilli avec une profonde émotion par son condisciple saint Polycarpe, évêque de la ville, à la tête de toute sa communauté. Il reçut là aussi des envoyés des Églises de la province d’Asie : l’évêque d’Éphèse, Onésime ; celui de Magnésie, Dèmas, et celui de Tralles, Polybes. Tout en leur délivrant ses ultimes enseignements, et en les exhortant à imiter la douceur et l’humilité de notre Seigneur Jésus-Christ dans les persécutions, devant les injures et les moqueries des païens, il leur insuffla sa joie et son désir de trouver au plus vite la perfection du martyre. Si bien qu’ils ne lui firent pas leurs adieux comme à un condamné à mort, mais ils le saluèrent comme un athlète déjà triomphant, comme un voyageur en partance vers le Ciel. De là, saint Ignace adressa d’admirables lettres aux chrétiens des Églises d’Asie Mineure, pour les confirmer dans la foi, pour les engager à se garder des hérésies en restant unis autour de l’évêque et du collège des prêtres en une seule assemblée eucharistique, et pour leur communiquer son brûlant enthousiasme.

Ayant appris que les fidèles de Rome voulaient tenter de le délivrer au moment de son exécution, il leur adressa une lettre pour refréner leur zèle inopportun et les supplier de ne pas intervenir. « C’est maintenant que je commence à être un disciple … Mon désir terrestre a été crucifié, et il n’y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau vive qui murmure et dit au-dedans de moi : “Viens vers le Père” ». L’amour du Christ bouillonnait à tel point en lui, qu’il lui inspira alors ces paroles de feu : « Pardonnez-moi, Frères, ne m’empêchez pas de vivre, ne veuillez pas que je meure. Permettez-moi d’être un imitateur de la passion de mon Dieu … Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je serai moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ ». Devenir, à l’image du Christ, vrai pain eucharistique, et célébrer par l’offrande de lui-même la véritable et parfaite Liturgie, tel était le seul désir du saint hiérarque.
De Smyrne, le cortège se rendit à Troas, où Ignace apprit avec joie que la persécution avait cessé à Antioche. Il écrivit alors aux Églises d’envoyer des représentants pour se réjouir avec ses enfants spirituels, et confia à Polycarpe le soin de son Église. Il aurait voulu envoyer d’autres lettres aux Églises, mais un ordre subit d’embarquement l’obligea à quitter Troas pour se rendre à Néapolis en Macédoine. De là, il passa par Philippes avant de s’embarquer à Dyrrachium pour l’Italie. Ayant atteint Rome, après de longues et pénibles étapes, il fut accueilli par les fidèles de la capitale dans une ambiance où les larmes de tristesse et d’angoisse se mêlaient à la joie de recevoir cet astre venu d’Orient, qui avait parcouru le monde pour venir se coucher à l’Occident. Lorsque le moment de l’exécution arriva, saint Ignace entra dans l’arène comme s’il s’avançait vers le saint autel pour célébrer son ultime Liturgie, devant ses fidèles mêlés aux païens sur les gradins du Colisée. Désormais pleinement évêque et disciple du Grand Prêtre de notre Salut, Jésus, à la fois prêtre et victime, il s’offrit avec complaisance aux lions voraces, qui se précipitèrent sur lui et le dévorèrent en quelques instants, ne laissant, selon son désir, que ses plus gros ossements. Ces précieux restes furent récupérés avec dévotion par les fidèles et furent ramenés en grande pompe vers Antioche, salués sur leur passage par les chrétiens, comme si le pasteur rentrait vivant et triomphant à son bercail.
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de l’avant-fête, ton 4
Prépare-toi, Bethléem, car l’Éden est ouvert à tous. Apprête-toi, Ephrata, car, dans la grotte, l’Arbre de Vie a fleuri de la Vierge. Son sein est devenu un paradis spirituel, où pousse le plan divin. Si nous en mangeons, nous vivrons, nous ne mourrons pas comme Adam. Le Christ naît pour relever l’image de Dieu autrefois déchue.

Tropaire de saint Ignace le Théophore, ton 4
Des Apôtres ayant partagé le genre de vie * et sur leur trône devenu leur successeur, * tu as trouvé dans la pratique des vertus * la voie qui mène à la divine contemplation; * c’est pourquoi, dispensant fidèlement la parole de vérité, * tu luttas jusqu’au sang pour la défense de la foi; * Ignace, martyr et pontife inspiré, * intercède auprès du Christ notre Dieu, * pour qu’il sauve nos âmes.

Tropaire de saint Jean de Cronstadt, ton 4
Toi qui vis en Christ dans les siècles, ô thaumaturge, compatissant dans l’amour avec les hommes malheureux, écoute tes enfants qui t’invoquent avec foi, et qui attendent de toi une aide abondante, Jean de Kronstadt, notre bien-aimé pasteur.

Kondakion de saint Ignace le Théophore, ton 3
Le splendide jour de tes brillants combats * nous annonce déjà la Naissance virginale du Christ; * dans ta soif de jouir de son amour, * tu n’eus de cesse d’être broyé par les fauves comme froment; * c’est pourquoi, martyr Ignace, tu reçus * l’illustre nom de Théophore.

Kondakion de saint Jean de Cronstadt, ton 4
Élu de Dieu depuis ta jeunesse, et ayant miraculeusement reçu de Lui dans l’enfance le don d’apprendre, tu fus glorieusement appelé à la prêtrise dans une vision durant le sommeil, et tu devins un merveilleux pasteur de l’Église du Christ, ô Père Jean, éponyme de la grâce, prie le Christ Dieu afin que nous soyons tous avec toi dans le Royaume divin.

Kondakion de l’avant-fête, ton 3
La Vierge en ce jour se prépare à enfanter * ineffablement en une grotte le Verbe d’avant les siècles. * Terre entière, à cette nouvelle chante et danse, * glorifie avec les Anges et les Bergers * celui qui a voulu devenir * un enfant nouveau-né, le Dieu d’avant les siècles.

Évangile du jour
(Lc XIII, 18-29)

Le Seigneur dit encore: A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin; il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches. Il dit encore: A quoi comparerai-je le royaume de Dieu? Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte. Jésus traversait les villes et les villages, enseignant, et faisant route vers Jérusalem. Quelqu’un lui dit: Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés? Il leur répondit: Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper à la porte, en disant: Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes. Alors vous vous mettrez à dire: Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues. Et il répondra: Je vous le dis, je ne sais d’où vous êtes; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité. C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Il en viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi; et ils se mettront à table dans le royaume de Dieu.

18 décembre (ancien calendrier)/31 décembre (nouveau)

18 décembre (ancien calendrier)/31 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité

Samedi avant la Nativité. Samedi avant la Nativité. Saint Sébastien et ses compagnons de martyre à Rome : saint Nicostrate et son épouse sainte Zoé, saint Castor, saint Tranquilinus, prêtre, ses fils : saints Marcellin et Marc, diacres, saint Claude, gardien des prisons, son fils saint Symphorien, son frère saint Victorin, et saints Tiburce et Castule (vers 287) ; saint Gatien, évêque de Tours (304) ; saint Modeste, archevêque de Jérusalem (vers 634) ; saint Flavit, ermite à Sens (VIème s.) ; saint Désiré, moine à Fontenelle (vers 700) ; saint Florus, évêque d’Amasie dans l’Hélénopont (VIIème s.) ; saint Michel le Syncelle, confesseur (vers 845) ; St Sébastien de Sokhot (vers 1500) ; saint Daniel, ermite de Voronets (1496) ; saint Siméon de Verkhoturye (1642) ; saints néo-martyrs de Russie : Victor (Matveev) (1937) ; Thaddée, archevêque de Tver, Nicolas, archevêque de Veliki-Oustioug, Élie (Benemansky), Jean (Mironsky), Vladimir (Preobrajensky) et Nicolas (Kobranov), prêtres (1937) ; Serge (Astakhanov), diacre et Vera (Truks) (1942).

SAINT SÉBASTIEN

Saint Sébastien (vers 287)

Le glorieux martyr du Christ Sébastien naquit à Narbonne au sein d’une illustre famille romaine et fut élevé à Milan. Ses grandes qualités l’amenèrent à devenir un des favoris de l’empereur Carin (vers 283), qui le nomma commandant de la première cohorte prétorienne. Malgré les honneurs et la frivolité de la vie de cour, Sébastien était en secret disciple du Christ, et il profitait de ses privilèges pour rendre visite aux chrétiens enfermés dans les prisons, afin de les réconforter et de les encourager à mener jusqu’au bout le combat de la foi. Un grand nombre de martyrs lui furent ainsi redevables de ne pas avoir faibli devant les supplices.

Deux jeunes chrétiens romains de haute condition, Marc et Marcellin, avaient été arrêtés sur l’ordre du préfet Chromace et avaient été soumis à toutes sortes de tortures, avant d’être finalement condamnés à mort. Pendant tout le mois qui précéda le jour prévu pour l’exécution, les deux saints combattants du Seigneur furent soumis à une épreuve plus redoutable encore : les larmes et les supplications de leurs jeunes épouses et de leurs parents qui les suppliaient de ne pas les abandonner. Il s’en fut de peu que l’amour pour leurs proches et les liens de la chair ne fissent céder ceux qui avaient si vaillamment résisté à la torture. Mais Sébastien se présenta à temps dans leur cachot. Il déjoua cette ruse du diable et les encouragea à supporter la peine de quelques instants pour obtenir la gloire et la joie éternelles avec tous les saints. Il réussit même à convertir leurs parents païens, Tranquilinus et Marcia, en les guérissant d’une maladie. La parole et le zèle apostolique du saint général amenèrent aussi à la foi le greffier Nicostrate et sa femme Zoé, qui entraînèrent à leur tour leur ami Claude, haut fonctionnaire de la cour, et bien d’autres païens qu’ils rassemblèrent dans leur maison pour recevoir l’enseignement de Sébastien, scellé par le saint baptême que leur conféra le prêtre Polycarpe, en tout soixante-huit personnes.

Lorsque le jour prévu pour l’exécution de Marc et Marcellin arriva, leur père Tranquilinus se présenta devant le préfet, lui révéla sa conversion et prononça des paroles si convaincantes que Chromace, l’écoutant avec attention, eut le cœur attendri et adhéra à son tour à la foi. Le lendemain, devant Sébastien et Polycarpe, il renversa avec zèle et conviction toutes les idoles qui se trouvaient dans sa maison. Son fils Tiburce, impressionné par la conversion de son père, restait pourtant indécis et n’osait pas encore renoncer à ses superstitions. Il proposa aux saints un marché, et leur promit de les suivre et de détruire ses idoles si son père guérissait d’une maladie qui l’engourdissait et le menaçait de complète paralysie. Chromace, oubliant son mal, n’avait mis aucune condition à sa conversion, aussi reprocha-t-il à Tiburce ses doutes et voulut-il l’empêcher de persévérer dans sa proposition. Mais une lumière venue du ciel l’enveloppa soudain et l’on entendit une voix dire : « Bienheureux es-tu, car tu as cru au Christ, qui maintenant m’envoie pour te guérir. » Tiburce, stupéfait devant cette guérison miraculeuse, alla se jeter aux pieds des saints martyrs pour leur demander pardon, et il reçut bientôt le saint baptême en même temps que son père et toute leur maisonnée.

Plein de joie à la nouvelle de ces conversions, l’archevêque de Rome, Gaius (283-296), vint embrasser les nouveaux frères et leur annonça qu’un autre préfet, chargé de les mettre à mort, allait bientôt être nommé. Aussi leur recommanda-t-il de se répartir en deux groupes : les uns, avec Sébastien à leur tête, restant à Rome pour s’offrir à la mort pour le Christ, et les autres, avec Polycarpe, devant aller chercher refuge au loin. Les uns et les autres rivalisaient pour rester avec Sébastien, persuadés que le martyre est la voie royale pour parvenir au Royaume de Dieu. Finalement, ils se soumirent aux ordres du prélat, excepté le jeune Tiburce qui obtint de se joindre à ceux qui restaient. Marc et Marcellin furent alors ordonnés diacres, leur père Tranquilinus élevé au sacerdoce, et Sébastien fut institué le chef de cette cohorte de martyrs. Ils cessèrent dès lors toute activité profane et attendirent dans la ville que l’on vienne les arrêter, en persévérant nuit et jour dans le jeûne, la prière et les cantiques d’action de grâces. Beaucoup se présentaient à eux et étaient guéris des maux qui affligeaient leurs âmes ou leurs corps.

La première victime du groupe fut la bienheureuse Zoé. Arrêtée alors qu’elle se rendait à l’église, elle fut suspendue la tête en bas et mourut asphyxiée par une fumée nauséabonde, et son corps fut ensuite jeté dans le Tibre. Vint ensuite le tour de Tranquilinus qui, après avoir été lapidé, fut noyé dans le fleuve. Nicostrate et Claude, qui étaient partis à la recherche des corps de leurs compagnons, furent eux aussi arrêtés sur les bords du Tibre. On les mena devant le nouveau préfet, puis devant l’empereur qui les fit exécuter à coups de verges et jeter à l’eau. Tiburce, quant à lui, dénoncé par un faux chrétien, fut placé sur des charbons ardents et, après une belle apologie de la Foi, il mourut décapité. Castule, qui cachait les saints dans sa demeure, fut enterré vivant, et les deux frères Marc et Marcellin, après avoir supporté avec joie diverses tortures, moururent le côté percé de lances.

Saint Sébastien restait le dernier de tous, impatient de rejoindre lui aussi le Seigneur dans la Terre des Vivants. Traduit devant l’empereur, il témoigna de la Vérité avec un calme majestueux et rétorqua au souverain, qui l’accusait de s’opposer à son pouvoir, qu’il avait toujours prié pour le salut de l’Empire. La sentence de mort ayant été prononcée, il se rendit jusqu’au lieu de l’exécution, accompagné d’une grande foule. Attaché à un poteau, il fut livré comme cible à une troupe d’archers. Le corps percé de flèches « comme un hérisson de ses piquants », on le laissa pour mort, baignant dans son sang, mais il fut recueilli par une dame chrétienne. Providentiellement guéri, saint Sébastien alla se présenter à nouveau devant le tyran qui, saisi de stupeur en le voyant apparaître, ordonna de l’emmener au cirque. Après l’avoir assommé à coups de massue, les bourreaux mirent son corps en lambeaux devant le peuple déchaîné, puis allèrent le jeter dans la décharge publique, pour que les chrétiens ne puissent le vénérer.

Le soir même de cette exécution, une pieuse chrétienne de Rome reçut dans une vision l’ordre de récupérer le corps de saint Sébastien. Elle l’ensevelit dans une crypte (catacombe), au-dessus de laquelle une église fut bâtie en son honneur, lorsque saint Constantin le Grand eut rétabli la paix. C’est auprès de ce tombeau qu’eurent lieu pendant de longs siècles quantité de miracles par l’intercession du saint martyr.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du saint martyr, ton 4
Tes Martyrs, Seigneur ont reçu de toi, * notre Dieu, la couronne d’immortalité pour le combat qu’ils ont mené; * animés de ta force, ils ont terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Kondakion de saint Daniel de Voronets, ton 8
Ayant mené sur terre la vie des anges, tu t’es fait un exemple pour tes disciples ; par la prière, le jeûne continuel et les veilles, tu t’es rendu digne d’être établi dans la demeure des justes, saint et vénérable Daniel révérant Dieu, splendeur des ermites et gloire des moines.

Évangile du jour
(Mc IX, 10-16)

Lorsqu’ils furent dans la maison, les disciples l’interrogèrent encore là-dessus. Il leur dit: Celui qui répudie sa femme et qui en épouse une autre, commet un adultère à son égard; et si une femme quitte son mari et en épouse un autre, elle commet un adultère. On lui amena des petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient. Jésus, voyant cela, fut indigné, et leur dit: Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. Puis il les prit dans ses bras, et les bénit, en leur imposant les mains.

17 décembre (ancien calendrier)/30 décembre (nouveau)

17 décembre (ancien calendrier)/30 décembre (nouveau)

Carême de la Nativité

Saint Daniel, prophète, et les trois adolescents : saints Ananias, Azarias et Misaël, captifs à Babylone (VIIème av. J.-C.) ; saint Maxenceul, abbé-fondateur de Cunault (555) ; sainte Begga, veuve, abbesse de Andenne-sur-Meuse (693) ; saint Briach, abbé à Guingamp en Bretagne (vers 630) ; saint Judicaël, roi de Bretagne (658) ; ; saint Etienne le Confesseur (Xème s.) ; saint Denis, évêque d’Egine, thaumaturge (1622) ; saints néo-martyrs de Russie : Alexandre (Savelov), Nicolas (Beltioukov) et Serge (Florinsky), prêtres (1918) ; Pierre (Pokrovsky) et Jean (Zemliany), prêtres (1937)

SAINT PROPHÈTE DANIEL ET LES TROIS ADOLESCENTS

Saint Daniel, prophète, et les trois adolescents : saints Ananias, Azarias et Misaël, captifs à Babylone (VIIème av. J.-C.)

Lorsque le roi de Babylone Nabuchodonosor s’empara de Jérusalem (597 av. J.-C.), il emmena dans son lointain royaume Joiakim, le roi de Juda, avec une partie des notables de la ville et emporta aussi les objets sacrés du Temple de Dieu. Daniel, alors âgé de huit ans seulement, fut pris avec ses trois compagnons, tous de race royale et de belle apparence, pour être instruits par le chef des eunuques dans la science des Chaldéens et entrer au service du souverain. On leur imposa des noms nouveaux : Daniel fut appelé Baltassar, Ananias Sirac, Misaël Misac, et Azarias Abdénago. Vivant au milieu des païens, Daniel observait néanmoins avec rigueur toutes les prescriptions de la Loi. Il refusait de goûter aux mets de la table royale qu’on lui offrait et, fortifiés par le jeûne et la prière, lui et ses compagnons paraissaient plus vigoureux et avaient meilleure mine que tous les autres enfants de la cour, alors qu’ils ne prenaient que de l’eau et des légumes. Dieu leur donna aussi sagesse et science dans une telle mesure qu’ils dépassaient tous les sages du royaume. Quant à Daniel, il reçut de surcroît le don de discerner les songes et les visions.

Au bout de trois ans, le roi Nabuchodonosor eut un songe qui troubla fort son esprit. Comme ses sages et ses devins se trouvaient incapables de deviner quel avait été ce songe, il donna l’ordre de tous les passer au fil de l’épée, y compris les jeunes Israélites. Mais, en réponse à la prière instante de ses serviteurs, Dieu révéla à Daniel le songe du roi et son interprétation. La statue brillante que Nabuchodonosor avait vu se dresser devant lui était une allégorie des temps à venir. Sa tête d’or représentait le royaume des Chaldéens, les mains et la poitrine en argent figuraient le royaume des Mèdes et des Perses qui devait lui succéder, le ventre et les cuisses de bronze, le royaume hellénique d’Alexandre le Grand, et ses jambes de fer, l’empire des Romains. La pierre qu’il avait vue se détacher de la montagne sans qu’une main ne l’eût touchée et qui réduisit en poussière cette grande statue des empires païens, était la figure de notre Seigneur Jésus-Christ, incarné à la fin des temps, pour fonder un royaume spirituel et éternel, que rien ne viendra plus détruire : la sainte Église. Rendant gloire au Dieu de Daniel, le roi conféra au jeune garçon la charge de gouverneur de Babylonie et le nomma supérieur de tous les sages du royaume. Néanmoins Daniel obtint du souverain l’autorisation de demeurer à sa cour, et il fit assigner ses trois jeunes compagnons aux affaires de la province de Babylonie. Son prestige grandit encore auprès du prince et du peuple lorsqu’il confondit habilement deux vieillards lubriques qui avaient injustement accusé de fornication la belle Suzanne, parce qu’elle s’était refusée à leurs avances.
La dix-huitième année de son règne, Nabuchodonosor fit dresser une statue d’or à son effigie et manda à tous les satrapes, gouverneurs, conseillers et magistrats de son royaume de l’adorer en se prosternant jusqu’à terre quand retentiraient les instruments de musique. Malgré les menaces du redoutable tyran, les trois Jeunes Gens ne se soumirent pas à cet ordre impie et restèrent fidèles à l’adoration du seul vrai Dieu. Certains magistrats chaldéens, jaloux de leur haute dignité, saisirent cette occasion pour les dénoncer auprès de Nabuchodonosor. Frémissant de colère en apprenant que ses protégés avaient enfreint ses ordres, le roi fit chauffer la fournaise sept fois plus que de coutume et ordonna d’y jeter les trois Jeunes Gens. Au nom de tout le peuple hébreu, Ananias, Azarias et Misaël y adressèrent à Dieu une prière pleine d’humilité, confessant les fautes de leurs pères et reconnaissant qu’il était juste et équitable qu’ils eussent ainsi à souffrir l’exil, les mauvais traitements de ce roi impie et finalement le supplice du feu. Comme les serviteurs qui s’employaient à attiser le brasier étaient brûlés par la chaleur insupportable qui s’en dégageait, un ange descendit dans la fournaise et repoussa la flamme au-dehors, enrobant les saints enfants de brise et de rosée. Dansant alors de joie dans le feu autour de l’ange, ils changèrent leur supplication en hymne d’action de grâces. Après avoir d’abord invoqué le nom trois fois saint du Seigneur, ils invitèrent tous les ordres de la création à se joindre à eux pour chanter et exalter le Seigneur dans tous les siècles : les anges, les cieux, les éléments, les saisons, la terre, la mer et les montagnes, les animaux et les fils des hommes, jusqu’aux âmes des justes décédés. Ayant fait le tour de la création entière, ils se nommèrent eux-mêmes, comme les plus petits et les plus humbles, en s’écriant : Louons, bénissons et adorons le Seigneur ; chantons-le et exaltons-le dans tous les siècles, car il nous a délivrés de l’enfer, il nous a sauvés des mains de la mort, il nous a arrachés à la fournaise de flamme ardente (Dn 3) . Ils rassemblaient ainsi toutes choses dans leur danse autour du Verbe de Dieu, mystérieusement figuré par l’ange descendu dans le feu, sous forme humaine, pour les sauver. Nabuchodonosor lui-même le vit en se penchant sur la fournaise et le reconnut, préfigurant ainsi la conversion des païens : « Voici que je vois, dit-il, quatre hommes déliés se promener au milieu du feu. Ils n’ont pas le moindre mal, et l’aspect du quatrième est semblable à un fils de Dieu » (Dn 3, 25). Il fit sortir les jeunes gens et constata, avec tous ses gens de cour, que le feu n’avait eu aucun pouvoir sur eux et n’avait même pas laissé la moindre odeur. Le roi glorifia alors le Seigneur, rétablit Ananias, Azarias et Misaël dans leurs dignités et ordonna de mettre à mort quiconque oserait désormais blasphémer contre le Dieu d’Israël.

La même année, Nabuchodonosor eut un autre songe effrayant, que seul Daniel put interpréter sous l’inspiration du Saint-Esprit, et qui se réalisa seulement douze mois plus tard. Comme le souverain s’était enflé d’orgueil devant la splendeur de sa puissance, Dieu le châtia aussitôt et l’abattit, comme l’arbre qu’il avait vu en songe. Il devint fou et la royauté lui fut retirée. Chassé de la compagnie des hommes, il erra en plein air parmi les bêtes des champs, jusqu’à ce qu’il se soit humilié, qu’il ait confessé sa faute et qu’il ait prié le Seigneur. Il fut alors rétabli dans sa royauté pour sept années.

Après la mort de Nabuchodonosor (562 av. J.-C.) et les désordres qui la suivirent, la royauté passa finalement à Balthazar (Belshazar) (548-539). Donnant un jour un grand festin, celui-ci fit boire ses invités dans les vases sacrés dérobés dans le Temple de Jérusalem. Comme on offrait d’ignobles libations aux faux dieux, une main d’homme apparut soudain et traça du doigt sur le mur une inscription énigmatique qui laissa le roi et ses convives dans l’effroi. Daniel fut, de nouveau, le seul à pouvoir la déchiffrer et à révéler ainsi à Balthazar la fin toute proche de son règne. La nuit même, le roi chaldéen fut assassiné, et Darius le Mède prit le pouvoir (Dn 6, 1) .

Le captif Daniel, plus sage et plus illustre que tous les puissants des Mèdes et des Perses, fut établi par le nouveau souverain chef de tous les satrapes de l’empire. Tant d’honneurs attirèrent la jalousie des grands qui essayaient de trouver contre lui un motif de plainte. Connaissant sa piété, ils poussèrent le roi à émettre un édit interdisant d’adresser une prière à quiconque, dieu ou homme, si ce n’est au roi, pendant une période de trente jours, sous peine de mort. Inébranlable dans son amour de Dieu et sa fidélité à la Loi, Daniel ne cessa de s’acquitter de sa prière, en se tournant trois fois par jour vers Jérusalem, sans même chercher à se dissimuler. Tout en admirant sa piété, Darius, la mort dans l’âme, fut contraint de faire appliquer ses propres décrets, quand on lui dénonça son ministre, et il le fit jeter dans la fosse aux lions. Mais, là encore, Dieu envoya son ange qui arrêta l’élan des fauves. Quand, au petit matin, le roi, angoissé et tourmenté par le remords, fit soulever la dalle de pierre qui fermait la fosse, il eut la surprise de voir Daniel assis au milieu des bêtes féroces qui gambadaient joyeusement autour de lui en remuant la queue et venaient se faire caresser la crinière, comme si elles voulaient se soumettre à un nouvel Adam. Darius fit sortir le prophète, le rétablit dans sa charge et fit dévorer à sa place ses calomniateurs par les lions.
Pendant son séjour à Babylone, Daniel ne craignit pas de dénoncer au roi la tromperie des idoles et de confondre habilement l’imposture des prêtres de Bel, qui se rendaient de nuit par un souterrain auprès de la statue pour manger les offrandes qu’on y avait déposées et faire ainsi croire que l’idole était vivante. Il mit également à mort un dragon, que les habitants de Babylone vénéraient comme un dieu, sans se servir d’aucune arme, pour manifester combien ridicule était leur culte d’un animal sans raison. Mais les Chaldéens, pris de rage, exigèrent du roi qu’il châtiât son protégé. Jeté pour la seconde fois dans la fosse aux lions, Daniel en fut préservé et reçut la visite du Prophète Habacuc [2 déc.], transporté miraculeusement de Judée, en un clin d’œil, par un ange, pour lui offrir un repas et manifester avec éclat la faveur que Dieu témoignait à son fidèle serviteur.

Interprète des songes et des visions, Daniel reçut aussi de Dieu des révélations sur les derniers temps. La première année du règne de Balthazar, il vit apparaître quatre énormes bêtes, figurant les grands royaumes païens qui dévorèrent l’humanité. La première, semblable à un lion avec des ailes d’aigle, représentait l’empire de Babylone ; la seconde, semblable à un ours, celui des Mèdes ; derrière elle venait un léopard, symbole de l’empire perse qui fut bientôt supplanté par la quatrième bête, munie de dix cornes : les royaumes grecs d’Alexandre le Grand (336-323 av. J.-C.) et de ses successeurs . Confirmé plus tard par l’Apocalypse de saint Jean, le livre du Prophète Daniel donnait ainsi de manière voilée une prédiction sur la fin des temps. En effet, quand l’iniquité aura atteint son comble sur la terre et que, des dix royaumes symboliques issus de la civilisation gréco-romaine, révolutions, guerres et dissensions auront fait régner la confusion sur l’humanité, alors s’élèvera l’Antéchrist, l’homme qui récapitulera en lui toute la malice de Satan et qui, par ses paroles de mensonge et ses faux prodiges, se fera adorer comme Dieu. Transporté en vision à cette époque de la consommation de toute chose, Daniel vit s’avancer le trône de Dieu, semblable à une flamme de feu, et Dieu le Père, sous l’aspect de l’Ancien des Jours, vêtu de blanc et étincelant de lumière, y était assis pour examiner le livre de la conscience de chacun et passer le monde en Jugement. Après avoir mené l’ultime combat contre l’Antéchrist et l’avoir précipité dans le feu qui ne s’éteint pas, le Fils de l’homme, figure de notre Seigneur Jésus-Christ, fut conduit devant le trône du Père, porté par des anges, pour recevoir de Dieu principauté, puissance, gloire et royauté éternelle sur tous les peuples, tribus et langues, dans les cieux, sur la terre et sous la terre. Ainsi sera manifesté à l’univers entier qu’Il est le Seigneur, le Fils de Dieu, le Premier-né de Dieu avant toute créature, et qu’Il a restauré notre nature humaine corrompue, en devenant le premier-né d’entre les morts et en révélant en son Corps les prémices de notre résurrection et de notre gloire éternelle (Dn 7).

Au cours de visions ultérieures, Dieu précisa à Daniel d’autres détails sur les temps à venir, en particulier à propos du règne tyrannique d’Antiochus Épiphane (175-164), lui-même figure prophétique de l’Antéchrist, qui fera cesser les sacrifices et le culte du Seigneur et placera l’abomination de la désolation dans le temple même de Dieu (Dn 9, 27). Instruit par l’Archange Gabriel, Daniel prédit que le peuple devait regagner Jérusalem après sept semaines d’années, c’est-à-dire après quarante-neuf ans . Il annonça aussi qu’Esdras, Josué et Zorobabel ramèneraient le peuple de l’exil et restaureraient le culte de Dieu à Jérusalem (Esd 3, 8), en signe de la restauration définitive de toute l’humanité par le vrai Messie, le Christ, soixante-deux semaines d’années plus tard, soit quatre cent trente-quatre ans.

La troisième année de Cyrus, Daniel, l’homme des prédilections divines , qui jeûnait depuis trois semaines, fut jugé digne de la vision du Verbe lui-même sous l’apparence d’un homme vêtu de lin, les reins ceints d’or pur, son corps avait l’apparence de la chrysolite, son visage, l’aspect de l’éclair, ses yeux étaient comme des lampes de feu, ses bras et ses jambes comme l’éclat du bronze poli le son de ses paroles comme la rumeur d’une multitude (Dn 10, 6). Frappé de stupeur, le Prophète tomba la face contre terre, et il aurait rendu l’âme si l’Ange du Seigneur ne l’avait alors réconforté et fortifié, avant de lui préciser ce qui devait arriver dans la suite des temps : les guerres entre les successeurs d’Alexandre et la persécution d’Antiochus Épiphane, figures de l’ultime épreuve des justes inscrits au Livre de la vie lors de l’apparition de l’Antéchrist. Plus clairement qu’à tous les autres prophètes, Dieu révéla à Daniel qu’en ce dernier Jour, ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront : les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre et la honte éternelles (Dn 12, 2), et que les justes brilleront dans leur corps comme le soleil paraît dans sa gloire. Comme le Prophète voulait savoir à quelle date tout cela devait arriver, le Seigneur lui répondit : « Va, Daniel, car clos et scellés sont ces discours jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ce qu’un grand nombre soit choisi, blanchi et purifié par le feu (…) Et toi, va, prends ton repos et tu ressusciteras pour obtenir ton héritage à la fin des jours » (Dn 13, 9-13). Effectivement, le saint Prophète mourut en paix, âgé de quatre-vingts ans, deux ans après le retour de son peuple dans la terre de ses Pères (vers 534-530). Les trois Jeunes Gens s’endormirent aussi paisiblement et, selon la tradition, ils furent avec Daniel au nombre des justes qui ressuscitèrent lors de la crucifixion du Christ (cf. Mt 27, 52-53) .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des trois Jeunes Gens, ton 2
Combien sont sublimes les entreprises de la foi! * Les trois Jeunes Gens exultaient dans la fournaise comme dans les eaux du repos; * et le prophète Daniel dans la fosse avec les lions * semblait le pâtre du troupeau. * Par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Kondakion des trois Jeunes Gens, ton 6
Jeunes Gens trois fois heureux, vous n’avez pas vénéré * l’image faite de main d’homme, * mais fortifiés par l’ineffable présence de Dieu, * vous l’avez glorifié dans la fournaise de feu; * vous tenant irrésistible au milieu de la flamme, * vous avez invoqué le vrai Dieu: * Hâte-toi de venir à notre aide, Seigneur, * en ta miséricorde et ton amour, car tout ce que tu veux, tu le fais.

Kondakion du saint prophète Daniel, ton 3
Purifié par l’Esprit, ton cœur pur est devenu le réceptacle d’une très lumineuse prophétie ; tu vois comme présent ce qui est éloigné, jeté dans la fosse tu a apaisé les lions ; aussi nous te vénérons bienheureux prophète, glorieux Daniel.

Évangile du jour
(Lc XI,47-XII,1)

Le Seigneur dit : Malheur à vous! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, que vos pères ont tués. Vous rendez donc témoignage aux œuvres de vos pères, et vous les approuvez; car eux, ils ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C’est pourquoi la sagesse de Dieu a dit: Je leur enverrai des prophètes et des apôtres; ils tueront les uns et persécuteront les autres, afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la création du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie, tué entre l’autel et le temple; oui, je vous le dis, il en sera demandé compte à cette génération. Malheur à vous, docteurs de la loi! parce que vous avez enlevé la clef de la science; vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. Quand il fut sorti de là, les scribes et les pharisiens commencèrent à le presser violemment, et à le faire parler sur beaucoup de choses, lui tendant des pièges, pour surprendre quelque parole sortie de sa bouche. Sur ces entrefaites, les gens s’étant rassemblés par milliers, au point de se fouler les uns les autres, Jésus se mit à dire à ses disciples: Avant tout, gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l’hypocrisie.

15 décembre (ancien calendrier)/28 décembre (nouveau)

15 décembre (ancien calendrier)/28 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité

Saint Eleuthère, évêque d’Illyrie, sa mère sainte Anthie et saint Corèbe, éparque, martyrs (IIème s.) ; saint martyr Eleuthère le Cubiculaire (IVème s.) ; saint Parde, ermite (VIème s.) ; saint Paul, moine au Mont Latros (955) ; saint Etienne, archevêque de Souroge en Crimée, confesseur (787) ; saint Mesmin, moine près d’Orléans (VIème s.) ; saint Tryphon de Petchenga apôtre de la Laponie (1583) ; saints néo-martyrs de Russie : Hilarion, archevêque de Vereïsk (1929) ; Alexandre (Rojdestvensky), Basile (Vinogradov), Victorin (Dobronravov), prêtres (1937).

Saint Éleuthere

Saint Eleuthère, évêque d’Illyrie, (IIème s.)

Le glorieux martyr du Christ Éleuthère, éponyme de la liberté, vit le jour à Rome au cours du second siècle . Laissé très tôt orphelin de père, il fut élevé dans la crainte de Dieu et l’amour des saintes vertus par sa pieuse mère, Anthie (Évanthie), qui avait reçu la sainte foi des disciples de l’Apôtre saint Paul. Confié à l’évêque de Rome, Anicet (155-166), pour son éducation, le jeune garçon manifesta de telles qualités qu’il franchit rapidement tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Ordonné diacre à quinze ans et prêtre à dix-sept ans, il fut consacré par le pape évêque d’Illyrie à l’âge de vingt ans . Malgré sa jeunesse, il n’en avait pas moins atteint, par sa foi et son zèle ardent, l’état d’un homme mûr dans la connaissance de Dieu, à la mesure de la taille du Christ possédée dans sa plénitude (Éph 4, 13), et il parvenait à convertir un grand nombre de païens au moyen de sa parole, confirmée par de nombreux miracles.

Sa renommée grandissante et la nouvelle de ses succès parvinrent jusqu’aux oreilles de l’empereur qui, inquiet de la force croissante de l’Église, envoya un de ses généraux, Félix, à Avlona en Épire, pour arrêter le saint évêque. Voyant l’aspect rayonnant de ce jeune pasteur au milieu de ses brebis et charmé par la douceur de son enseignement, le rude soldat abandonna à son tour les vanités de ce monde, crut au Christ et aux promesses de la vie éternelle, se fit baptiser et se présenta, en compagnie du saint, devant le tyran, impatient de trouver la perfection en versant son sang. Interrogé par le souverain, le vaillant Éleuthère resta aussi insensible à ses flatteries qu’à ses menaces et, confessant le Christ vrai Dieu, il lui assura que les tortures ne sont que jeux d’enfants pour ceux qui ont revêtu la Croix, et que la mort pour le Christ est pour eux délices, réjouissance et promesse d’une gloire éternelle. D’abord jeté sur un lit de bronze incandescent, puis étendu sur un gril et recouvert d’huile bouillante et de diverses autres matières brûlantes, il demeura indemne, comme rafraîchi par la grâce. Et, sans rien perdre de sa liberté de parole, il blâma le tyran qui persécutait les paisibles brebis du Christ comme un loup d’Arabie (Hab 1, 8). Sur le conseil du préfet de la ville, Coremmon (ou Corembon), homme cruel et à l’imagination fertile en matière de torture, on confectionna un four muni de broches pointues aux deux extrémités pour y précipiter le vaillant athlète de la foi. Mais, comme Éleuthère élevait alors une ardente prière pour la conversion de ses ennemis, le féroce Coremmon, soudain illuminé par le Saint-Esprit, prit la défense du saint, confessa le Sauveur et pénétra avec hardiesse dans le fourneau qu’il avait fait chauffer pour l’évêque. Préservé lui aussi par la grâce, il fut ensuite décapité.

Saint Éleuthère, décidément inaccessible au feu des supplices, fut enfermé dans un sombre cachot, où une colombe venait régulièrement lui apporter de la nourriture. Attaché ensuite derrière des chevaux sauvages lancés au galop, il fut délivré par l’intervention d’un ange et alla se réfugier sur les hauteurs d’une montagne voisine. Il y vécut seul, paisiblement, pendant quelque temps, en compagnie des bêtes sauvages qui, au moment où il chantait l’office divin, s’arrêtaient, pleines de respect, et adressaient avec lui par leur silence un cantique de louange au Dieu de l’univers. Découvert par des chasseurs, il fut de nouveau arrêté et, en chemin vers Rome, il convertit ses gardiens ainsi qu’un grand nombre d’autres païens, qu’il régénéra par le saint baptême avant de comparaître devant le tyran. Il fut jeté aux lions dans l’amphithéâtre à l’occasion d’une fête, mais les fauves les plus redoutables vinrent jouer à ses pieds comme d’inoffensifs chatons. Finalement, saint Éleuthère trouva la délivrance de cette vie passagère et fut couronné en ayant la tête tranchée. Le glaive venait à peine de s’abattre que sa mère, Anthie, se précipita vers le corps immolé de son fils et l’étreignit avec amour, en le glorifiant d’avoir si vaillamment combattu pour le Seigneur. Les bourreaux se ruèrent alors sur elle, et mêlèrent son sang à celui de saint Éleuthère. Selon la tradition populaire, saint Éleuthère est invoqué par les femmes enceintes pour obtenir une heureuse délivrance .
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des saints martyrs, ton 4
Des Apôtres ayant partagé le genre de vie * et sur leur trône devenu leur successeur, * tu as trouvé dans la pratique des vertus * la voie qui mène à la divine contemplation; * c’est pourquoi, dispensant fidèlement la parole de vérité, * tu luttas jusqu’au sang pour la défense de la foi; * Éleuthère, martyr et pontife inspiré, * intercède auprès du Christ notre Dieu, * pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion des saints martyrs, ton 4
Nous te célébrons, vénérable Père, tous en chœur, * splendeur des Evêques et modèle des victorieux Athlètes; * pontife et martyr Éleuthère, nous t’en prions, * délivre des multiples dangers * ceux qui célèbrent ta mémoire de tout cœur * et sans cesse intercède en faveur de nous tous.

Évangile du jour
(Mc VIII, 11-21)

Les pharisiens survinrent, se mirent à discuter avec Jésus, et, pour l’éprouver, lui demandèrent un signe venant du ciel. Jésus, soupirant profondément en son esprit, dit: Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe? Je vous le dis en vérité, il ne sera point donné de signe à cette génération. Puis il les quitta, et remonta dans la barque, pour passer sur l’autre bord. Les disciples avaient oublié de prendre des pains; ils n’en avaient qu’un seul avec eux dans la barque. Jésus leur fit cette recommandation: Gardez-vous avec soin du levain des pharisiens et du levain d’Hérode. Les disciples raisonnaient entre eux, et disaient: C’est parce que nous n’avons pas de pains. Jésus, l’ayant connu, leur dit: Pourquoi raisonnez-vous sur ce que vous n’avez pas de pains? Etes-vous encore sans intelligence, et ne comprenez-vous pas? Avez-vous le cœur endurci? Ayant des yeux, ne voyez-vous pas? Ayant des oreilles, n’entendez-vous pas? Et n’avez-vous point de mémoire? Quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux avez-vous emportés? Douze, lui répondirent-ils. Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées? Sept, répondirent-ils. Et il leur dit: Ne comprenez-vous pas encore?

14 décembre (ancien calendrier)/27 décembre (nouveau)

14 décembre (ancien calendrier)/27 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité

Saints Thyrse, Leucius et Callinique, martyrs à Césarée de Bithynie (251) ; saints Philémon, Apollonius, Arien et Théoctiste, martyrs en Égypte (287) ; saint Nicaise, évêque de Reims, sa soeur, sainte Eutropie, et deux compagnons, martyrs à Reims (407) ; saint Lupicin, évêque de Vienne (IVème s.) ; saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, hymnographe (610) ; saint hiéromartyr Nicolas (Kovalev), prêtre (1937).

LES ANCÊTRES DU SEIGNEUR

Les Ancêtres du Seigneur

La préparation la plus importante pour la Nativité du Christ est constituée par les offices des deux derniers dimanches précédant cette fête, qui sont consacrés à la mémoire des ancêtres du Sauveur selon la chair et, en général, à tous les justes de l’Ancien Testament qui attendaient la venue de Celui-ci. L’un de ces dimanches est appelé celui des « ancêtres » et l’autre, celui des « pères ». En fait, le premier a reçu son appellation (en grec « Πропатόрων ») parce qu’il précède le second (« Παтέрων »), mais tous deux célèbrent, sans différence, tous les justes de l’Ancien Testament. Certains des « ancêtres » font l’objet de louanges particulières, par exemple : « Honorons Adam le premier, couronné d’honneur par la main du Créateur » ; « Le Dieu et Seigneur de l’univers agréa les dons offerts par Abel avec une âme pleine de noblesse » ; « Enoch, ayant été agréable au Seigneur fut enlevé en gloire, étant plus fort que la mort ». Le sens de la fête est exprimé de la façon la plus concise dans son tropaire, qui mentionne trois traits distinctifs chez les ancêtres du Seigneur, qui se trouvent en dépendance les uns des autres : 1) leur foi, 2) le fait que par eux le Christ s’est « fiancé » à l’Eglise des païens ; Il a, en quelque sorte, rassemblé des païens pour les appeler à Son Eglise (nombre des ancêtres du Seigneur n’appartenaient pas au peuple élu), et 3), le fait que de leur semence provenait la Très Sainte Vierge Marie qui, cependant, enfanta elle-même le Christ sans semence. Les mélodies du dimanche des saints ancêtres sont plus tristes que joyeuses (par exemple le 2ème ton utilisé pour le tropaire). Ceci reflète la langueur avec laquelle on attendait la venue du Christ.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire du dimanche du 5ème ton
Fidèles, chantons et adorons le Verbe coéternel au Père et à l’Esprit, né d’une Vierge pour notre salut : car il Lui a plu, en Sa chair, de monter sur la croix, de subir la mort et de relever les défunts par Sa glorieuse Résurrection !

Tropaire des saints Ancêtres, ton 2
Par la foi tu as justifié les Ancêtres, en épousant d’avance par eux l’Eglise de la gentilité. Ces saints sont fiers, dans la gloire, car de leur lignée devait naître un fruit glorieux, celle qui t’a engendré virginalement. Par leurs supplications, ô Christ Dieu, sauve nos âmes.

Kondakion des saints Ancêtres, ton 6
Jeunes gens trois fois heureux, vous n’avez point vénéré l’image faite de main d’homme, mais fortifiés par l’Essence indescriptible, dans la fournaise de feu vous fûtes glorifiés, vous trois fois bienheureux. Dans la flamme de feu irrésistible vous tenant, vous avez invoqué Dieu. Hâte-Toi, ô Miséricordieux, viens vite, plein de pitié, à notre aide, car Tu le peux selon Ta volonté.

Évangile du jour
(Lc XIV, 16-24)

Le Seigneur dit: Un homme donna un grand souper, et il invita beaucoup de gens. À l’heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés: Venez, car tout est déjà prêt. Mais tous unanimement se mirent à s’excuser. Le premier lui dit: J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir; excuse-moi, je te prie. Un autre dit: J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer; excuse-moi, je te prie. Un autre dit: Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis aller. Le serviteur, de retour, rapporta ces choses à son maître. Alors le maître de la maison irrité dit à son serviteur: Va promptement dans les places et dans les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur dit: Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place. Et le maître dit au serviteur: Va dans les chemins et le long des haies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie. Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon souper.

13 décembre (ancien calendrier)/26 décembre (nouveau)

Saints Auxence, Eustrate, Eugène, Mardaire et Oreste, martyrs en Arménie (302) ; sainte Lucie, martyre à Syracuse (304)

Carême de la Nativité

Saints Auxence, Eustrate, Eugène, Mardaire et Oreste, martyrs en Arménie (302) ; sainte Lucie, martyre à Syracuse (304) ; saint Aubert (ou Albert), évêque de Cambrai et d’Arras (vers 668) ; saint Josse, prêtre à Saint-Omer (669) ; sainte Odile, abbesse en Alsace (vers 720) ; saint Arcadius de Novy Torg (XIème s.) ; saint Mardaire, reclus des Grottes de Kiev (XIIIème s.) ; saint hiéromartyr Gabriel, patriarche de Serbie (1659) ; saint Dosithée, métropolite de Moldavie (1693) ; saint Germain d’Alaska (1836) et des premiers martyrs de l’Église Orthodoxe en Amérique, saint Juvénal (1796) et saint Pierre l’Aléoute (1815).

Saints martyrs Auxence, Eustrate, Eugène, Mardaire et Oreste

À l’époque de l’implacable persécution lancée par l’empereur Dioclétien (vers 305), la terreur régnait et le sang coulait à flots, jusque dans les régions les plus extrêmes de l’Empire. Où qu’ils se trouvassent, les chrétiens de toutes conditions devaient alors choisir entre l’apostasie ou le martyre. Dans la ville de Satala, en Arménie, vivait alors un brillant aristocrate, Eustrate, conseiller de rang ducal et chef des notaires impériaux de la cité, qui jusque-là avait pu garder secrète son appartenance à l’Église. Devant les glorieux combats des confesseurs de la foi, il fut saisi lui aussi du désir d’obtenir la couronne inflétrissable des martyrs ; mais il craignait encore la perspective des supplices : peut-être n’aurait-il pas le courage de les endurer et reculerait-il ? Pour savoir si la volonté de Dieu était bien qu’il s’avançât au combat, il confia sa ceinture, signe de sa dignité, à l’un de ses serviteurs, en lui recommandant d’aller la poser sur l’autel de l’église et de lui dire si la première personne qui allait entrer dans la sanctuaire pour la prendre serait bien le vénérable prêtre Auxence. Comme il en fut ainsi, encouragé par ce signe et ne craignant plus ceux qui ne peuvent tuer que le corps (Mt 10, 28), il invita ses amis et ses proches à venir partager sa joie dans un grand banquet, au cours duquel il leur annonça qu’il allait bientôt recevoir un trésor inaltérable.

Le lendemain, comme le duc Lysias faisait comparaître les prisonniers chrétiens à son tribunal, au centre de la ville, Eustrate s’avança soudain, se déclara chrétien et demanda à être associé à leur sort D’abord stupéfait, le magistrat le fit dépouiller des signes de sa charge et le fit fustiger à nu, avant de le soumettre à l’interrogatoire. Puis, suspendu en l’air par des cordes au-dessus d’un brasier, il fut à nouveau sauvagement frappé. Tout en restant aussi indifférent à la douleur que si c’était le corps d’un autre qui était supplicié, il s’adressa à Lysias, en le remerciant de lui procurer une telle joie et dit : « Maintenant je sais que je suis le temple de Dieu et que le Saint-Esprit habite en moi ! » Et malgré le sel et le vinaigre répandus sur ses plaies, il se trouva miraculeusement guéri le soir même. Devant la constance du martyr et l’assistance qui lui était accordée par la grâce divine, un de ses concitoyens et subordonnés, l’officier Eugène, s’élança à son tour vers le juge, et demanda à combattre avec Eustrate et les autres confesseurs.

Au petit matin, on fit sortir les prisonniers de leur cachot pour les emmener à pied vers Nicopolis et, avec une cruelle ironie, Lysias tint à honorer le rang d’Eustrate en le chaussant de sandales couvertes de gros clous pointus. Après deux jours de marche épuisante, comme le cortège passait dans la ville natale de saint Eustrate, Arauraka, un certain Mardaire le reconnut en se penchant à la fenêtre. Admiratif devant son renoncement à toute gloire et plaisir de ce monde, et encouragé au combat par sa propre épouse, il se décida à se livrer lui aussi aux soldats et rejoignit avec empressement les glorieux disciples du Christ, après avoir dit adieu à ses deux enfants et avoir confié le soin de sa famille à un généreux ami.

Le prêtre Auxence comparut le premier devant Lysias. À la suite d’une audience expéditive, on l’emmena dans une forêt profonde et retirée, où il eut la tête tranchée, et son corps fut abandonné en pâture aux bêtes sauvages. Mais, grâce à Dieu, de pieux chrétiens vinrent un peu plus tard récupérer ses précieux restes et découvrirent sa tête dissimulée dans un fourré, grâce à l’intervention d’une corneille.

Après Auxence, le juge convoqua Mardaire ; mais, à toutes ses questions, il ne put obtenir que la réponse laconique : « Je suis chrétien ! » Il lui fit alors percer les chevilles et le fit pendre la tête en bas, en donnant l’ordre à ses hommes de le frapper jusqu’à la mort au moyen de broches en métal brûlant. Un peu avant de rendre l’âme, Mardaire prononça cette prière que l’Église Orthodoxe répète quotidiennement :
« Maître Dieu, Père Tout-Puissant, Seigneur Jésus-Christ, Fils unique et Saint-Esprit, Une seule Divinité, Une seule Puissance, aie pitié de moi pécheur ; et par les jugements que tu connais, sauve-moi, ton indigne serviteur, car tu es béni pour les siècles des siècles Amen ».

Amené à son tour devant le tyran qui était plein de haine furieuse, à cause de son assurance et de son ton résolu, Eugène eut la langue et les mains coupées, puis, le reste de ses membres ayant été brisé à coups de bâton, il remit son âme à Dieu au milieu des tourments. Ces exécutions achevées, Lysias se rendit auprès de ses troupes pour assister à leurs exercices d’entraînement. Oreste, une jeune recrue, solide et de belle allure, qu’il avait remarqué pour sa prestance, laissa apparaître, en lançant le javelot, la petite croix en or, qu’il portait à son cou. Interrogé par le duc, le jeune homme confessa sans hésiter qu’il était lui aussi disciple du Christ. Il fut arrêté sur-le-champ et envoyé avec Eustrate auprès du gouverneur de Sébaste, Agricolaos, car Lysias craignait la réaction possible des trop nombreux chrétiens de Nicopolis.
Parvenus à Sébaste après cinq jours de marche, Eustrate fut présenté devant le gouverneur qui désirait entamer avec lui la discussion. Grâce à sa vaste érudition, le noble serviteur de Dieu n’eut pas de mal à lui démontrer l’ineptie des cultes païens et la vanité de la philosophie hellénique. Puis, dans un langage concis et plein d’autorité, il lui retraça comment Dieu s’est penché avec bienveillance sur les hommes depuis l’origine des temps, afin de les combler de sa grâce en la Personne de Jésus-Christ. Réfractaire à tous ces arguments, Agricolaos lui rappela qu’il devait soumission absolue aux ordres de l’empereur et que, refusant d’adorer les dieux de l’État, il méritait la mort. Il ne fit pourtant pas mettre immédiatement la sentence à exécution ; mais, pour rendre sa fin plus pénible, il fit alors amener Oreste et ordonna de l’étendre sur un lit de fer incandescent. D’abord hésitant devant l’horreur du supplice, mais bientôt encouragé au combat par Eustrate, le jeune homme s’élança avec fougue, en s’écriant : « Seigneur, je remets mon âme entre tes mains ! »

De retour dans son cachot pour sa dernière nuit en ce monde, Eustrate reçut la visite clandestine de l’évêque de Sébaste, saint Blaise [11 fév.], qui lui promit d’exécuter ses dernières volontés et de rassembler les reliques des cinq compagnons à Arauraka. Après une nuit passée en prière et en de célestes entretiens, l’évêque célébra la Divine Liturgie. Au moment de la communion, une lumière aveuglante envahit soudain la cellule, et une voix venue du ciel s’adressa à Eustrate, en disant : « Tu as bien combattu, viens maintenant recevoir la couronne ! » Prosterné à terre, le saint adressa à son tour à Dieu une ardente prière pour recevoir le courage nécessaire dans la dernière épreuve. Puis il se releva, marcha résolument vers la fournaise déjà brûlante, la bénit de la main et y pénétra, en élevant vers le Seigneur un cantique d’action de grâces, comme les trois enfants à Babylone (cf. Dn 3).

Pendant de nombreux siècles, et jusqu’à nos jours, les Cinq glorieux Martyrs n’ont pas cessé d’accomplir des miracles pour la consolation des chrétiens, par l’intermédiaire de leurs reliques, de leurs icônes, ou même par leur présence corporelle. On rapporte, par exemple, que dans l’île de Chio, lors d’un hiver très rigoureux, personne d’autre qu’un pieux prêtre n’avait pu se rendre pour leur fête dans la petite église isolée dédiée aux Cinq Martyrs. Décidé néanmoins à célébrer seul l’office, ce prêtre vit brusquement apparaître cinq personnages en tout identiques à l’icône des saints. Ils prirent place dans les chœurs, et chantèrent d’une voix claire tous les hymnes de la fête. Parvenus au moment de la lecture des Actes de leur martyre, le jeune Oreste installa le livre sur un lutrin au centre de l’église et se mit à lire. Mais quand il arriva à la description de ses propres hésitations devant la fournaise ardente, il modifia légèrement le texte et dit : « …et il sourit » (emidiase), au lieu de « …et il eut peur » (ediliase). Eustrate l’interrompit alors sur un ton sévère, en disant : « Lis donc exactement comme cela est arrivé ! » Rouge de confusion, Oreste reprit et lut : « …et il eut peur ». Une fois la vigile achevée, les saints refermèrent les livres, éteignirent les cierges et disparurent aussi mystérieusement qu’ils étaient venus.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des saints martyrs Auxence, Eustrate, Eugène, Mardaire et Oreste, ton 4
Tes Martyrs, Seigneur, ont reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité, * pour le combat qu’ils ont mené ;* animés de ta force, ils ont terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Tropaire de la sainte vierge et martyre Lucie, ton 4
Ta brebis, ô Jésus, * s’écrie de toute la force de sa voix: * C’est toi que j’aime, divin Epoux, * c’est toi que je cherche en luttant; * avec toi crucifiée, * en ton baptême je suis ensevelie; * pour toi je souffre, afin de régner avec toi; * pour toi je meurs, afin de vivre aussi en toi; * reçois comme victime sans défaut * celle qui par amour s’immole pour toi. * Par ses prières, Dieu de miséricorde, sauve nos âmes.

Kondakion du saint martyr Eustrate , ton 2
Saint Martyr, tu apparus comme un flambeau resplendissant * pour ceux qui gisaient dans les ténèbres de l’erreur; * avec la foi comme une lance dans ta main, * tu n’as pas craint l’audace des ennemis, * Eustrate, plus éloquent que les habiles rhéteurs.

Évangile du jour
(Lc XIII, 18-29)

Le Seigneur dit encore: A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin; il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches. Il dit encore: A quoi comparerai-je le royaume de Dieu? Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte. Jésus traversait les villes et les villages, enseignant, et faisant route vers Jérusalem. Quelqu’un lui dit: Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés? Il leur répondit: Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, et que vous, étant dehors, vous commencerez à frapper à la porte, en disant: Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! il vous répondra: Je ne sais d’où vous êtes. Alors vous vous mettrez à dire: Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues. Et il répondra: Je vous le dis, je ne sais d’où vous êtes; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité. C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Il en viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi; et ils se mettront à table dans le royaume de Dieu.

8 décembre (ancien calendrier)/21 décembre (nouveau)

8 décembre (ancien calendrier)/21 décembre (nouveau)

Carême de la Nativité
Avant-fête de la conception de la Très-Sainte Mère de Dieu par sainte Anne (usage grec). Saint Patapios de Thèbes, ascète (VIIIème s.) ; saints Sosthène, Apollos, Céphas, Tychique, Epaphrodite, César et Onésiphore, apôtres ; sainte Amphise, martyre à Rome (Vème s.) ; saint Sophrone, archevêque de Chypre (VIème s.) ; Saint Budoc, évêque de Dol en Bretagne (VIème s.) ; saint Valens évêque d’Avignon et sainte Cazarie (VIème s.) ; saint Romaric, abbé-fondateur de Remiremont (653) ; saint Cyrille de Tchelmogory (1378) ; saint hiéromartyr Serge (Orlov), prêtre (1937).

SAINT PATAPIOS

Saint Patapios de Thèbes, ascète (VIIIème s.)

Né à Thèbes en Égypte, au sein d’une famille pieuse, saint Patapios, le cœur embrasé par le désir de la perfection, décida de quitter parents, richesses et tout lien qui le retenait à ce monde pour demeurer au désert et y converser sans cesse avec Dieu. Après de longues années de solitude, son désir d’échapper à la gloire des hommes ne put empêcher sa renommée de s’étendre comme l’éclat d’une lampe brillante. Devant l’affluence des visiteurs qui venaient le détourner de sa contemplation, il décida de partir et alla s’installer à Constantinople, près de l’église des Blachernes où, étranger et perdu dans la masse de la population bigarrée de la capitale, il put continuer et accroître ses travaux spirituels à l’abri des vaines louanges. Joignant avec science la contemplation à la pratique des vertus, il devint comme un ange revêtu d’un corps. À l’égal des puissances célestes, il ne cessait pas, de jour comme de nuit, de louer le Seigneur et, en retour, Dieu lui accorda la grâce d’accomplir des miracles. Par l’invocation du Nom du Christ, il rendit la vue à un aveugle de naissance qui s’était jeté à ses pieds avec foi. Une autre fois, il guérit un homme dont le corps était horriblement gonflé par un œdème, en le marquant du signe vivifiant de la Croix et en l’oignant avec l’huile d’une veilleuse de l’église. Il chassa aussi les démons qui s’étaient emparés d’un pauvre jeune homme, avec la même autorité que notre Seigneur. C’était, en effet, dans la mesure où il observait les commandements de notre Seigneur Jésus-Christ et croissait aussi bien en vertu que dans la contemplation, que le saint recevait de Dieu la capacité d’accomplir les mêmes miracles que nous voyons rapportés dans le saint Évangile, attirant ainsi, malgré lui, les foules.

Après avoir ainsi édifié l’Église par sa présence et affermi de nombreuses âmes dans la foi par ses miracles, ce glorieux serviteur de Dieu s’endormit en paix, entouré des moines et des ascètes des environs, qui pleuraient la perte d’un si grand trésor, mais se réjouissaient aussi de son entrée dans la gloire éternelle. Son corps fut enseveli dans l’église du Monastère des Égyptiens, situé à proximité de son ermitage.

Bien longtemps après, en 1904, la précieuse relique de saint Patapios fut découverte tout entière, à l’occasion de travaux effectués dans l’église d’un petit monastère situé sur les hauteurs de Loutraki (mont Gérania), près de Corinthe. Ce monastère a été depuis dédié au saint, et de nombreux miracles ne cessent de s’y accomplir.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Patapios, ton 8
En toi, vénérable Père, la divine Image se reflète exactement: * afin de lui ressembler, tu as pris ta croix et tu as suivi le Christ; * et par ta vie tu nous apprends à mépriser la chair, qui passe et disparaît, * pour s’occuper plutôt de l’âme qui vit jusqu’en la mort et par-delà; * c’est ainsi que ton esprit se réjouit, * bienheureux Père, avec les Anges dans le ciel.

Kondakion de saint Patapios, ton 3
En toi, Père saint et temple de l’Esprit, * les peuples ont trouvé la maison du médecin: * ils s’empressent d’accourir vers toi * pour te demander la guérison des maladies * et la rémission des péchés commis en cette vie, * vénérable Père, protecteur de ceux qu’afflige le malheur.

Évangile du jour
(Lc XX,27-44)
Quelques-uns des sadducéens, qui disent qu’il n’y a point de résurrection, s’approchèrent, et posèrent à Jésus cette question: Maître, voici ce que Moïse nous a prescrit: Si le frère de quelqu’un meurt, ayant une femme sans avoir d’enfants, son frère épousera la femme, et suscitera une postérité à son frère. Or, il y avait sept frères. Le premier se maria, et mourut sans enfants. Le second et le troisième épousèrent la veuve; il en fut de même des sept, qui moururent sans laisser d’enfants. Enfin, la femme mourut aussi. À la résurrection, duquel d’entre eux sera-t-elle donc la femme? Car les sept l’ont eue pour femme. Jésus leur répondit: Les enfants de ce siècle prennent des femmes et des maris; mais ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris. Car ils ne pourront plus mourir, parce qu’ils seront semblables aux anges, et qu’ils seront fils de Dieu, étant fils de la résurrection. Que les morts ressuscitent, c’est ce que Moïse a fait connaître quand, à propos du buisson, il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob.
Or, Dieu n’est pas Dieu des morts, mais des vivants; car pour lui tous sont vivants. Quelques-uns des scribes, prenant la parole, dirent: Maître, tu as bien parlé. Et ils n’osaient plus lui faire aucune question. Jésus leur dit: Comment dit-on que le Christ est fils de David? David lui-même dit dans le livre des Psaumes: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. David donc l’appelle Seigneur; comment est-il son fils?

30 novembre (ancien calendrier)/13 décembre (nouveau)

30 novembre (ancien calendrier)/13 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité – dispense de poisson

Saint André, le premier appelé parmi les apôtres, martyr (62) ; saint Frumence, évêque d’Ethiopie (vers 380) ; saint Tugduald (ou Tudwal), évêque de Tréguier (VIème s.) ; saint Vakhtang Gorgassali, roi de Géorgie (502) ; saints néo-martyrs de Russie : Jean (Tchestnov), prêtre (1937).

SAINT APÔTRE ANDRÉ LE PREMIER-APPELÉ

Saint André, le premier appelé parmi les apôtres, martyr (62)

André, le glorieux apôtre du Christ, était le frère du saint Apôtre Pierre et était originaire de la ville de Bethsaïde (auj. al-Tell), située sur la rive nord-est du lac de Tibériade. À la différence de son frère qui était marié, il avait préféré garder la virginité et habitait dans la maison de Pierre à Capharnaüm. Les deux frères exerçaient ensemble la profession de pêcheurs et observaient tous les préceptes de la Loi avec piété. Quand S. Jean le Précurseur parcourut la Judée et les régions du Jourdain pour répandre son message de pénitence, André accourut vers lui, abandonna tout ce qui le retenait au monde et devint son disciple. Un jour, après avoir baptisé Jésus, Jean s’entretenait avec André et un autre disciple et, leur montrant Jésus qui passait non loin de là, il leur dit : « Voici l’Agneau de Dieu ! » (Jn I, 35). À cette parole du Précurseur, ils suivirent Jésus pour le connaître davantage. Le Christ se retourna alors vers eux et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent avec respect : « Maître, où demeures-tu ? » — « Venez et voyez », dit Jésus. Ils se rendirent donc avec lui dans la demeure où il séjournait comme un étranger et l’interrogèrent tout le reste du jour. Ils ne concevaient pas encore que celui-ci fût le Sauveur et le Fils de Dieu, ni même ne voulaient devenir ses disciples, mais ils ressentaient pour lui une indicible attirance. De cet entretien, André retira la conviction que ce Jésus était le Messie attendu depuis tant de siècles par son peuple, le Sauveur du monde. Ne retenant pas sa joie, il se précipita chez son frère Simon et lui cria : « Nous avons trouvé le Messie ! » (Jn 1, 41), puis il le conduisit auprès de Jésus. André fut le premier à reconnaître le Christ et à l’annoncer à celui qui devait devenir le Coryphée du chœur des apôtres, c’est pourquoi il reçut le surnom de « Premier-appelé » . Par la suite, André suivit le Seigneur partout où il allait, afin de s’abreuver au fleuve d’eaux vives de ses paroles. Il était présent lors de la multiplication des pains (Jn 6) et vint intercéder auprès du Seigneur, pour qu’il nourrisse aussi d’aliment terrestre ces cinq mille hommes. André était lié d’amitié avec saint Philippe, qui était originaire comme lui de Béthsaïde. Lorsque certains Hellènes demandèrent à Philippe à voir Jésus, Philippe alla le rapporter à André, qui jouissait d’une plus grande familiarité auprès du Maître (Jn 12, 20). Après les trois Apôtres Pierre, Jacques et Jean, témoins des révélations les plus sublimes sur la divinité du Seigneur Jésus, venait donc saint André, pour exercer non pas une autorité, mais une certaine priorité sur les autres disciples. Le Premier-appelé fut témoin des événements qui accompagnèrent la Passion salvatrice du Christ et assista avec les autres Apôtres à ses apparitions après sa Résurrection. Lors de la Pentecôte, il reçut la plénitude de la grâce du Saint-Esprit et se vit attribuer par le sort l’évangélisation des côtes de la mer Noire, de la Bithynie, de la Thrace et de la Grèce (Macédoine, Thessalie et Achaïe). Il se rendit d’abord à Amisos (auj. Samsum) sur le littoral de la mer Noire et y convertit un grand nombre de juifs, puis guérit par la puissance de Dieu ceux qui souffraient de diverses maladies. Après avoir poursuivi sa mission à Trébizonde et Lazique, il retourna pour Pâques à Jérusalem. De là, il partit avec S. Jean le Théologien pour Éphèse et évangélisa quelque temps les régions occidentales de l’Asie Mineure. En remontant vers la Propontide et prêchant dans les villes de Nicée, Nicomédie, Chalcédoine, Héraclée du Pont et Amastris, il dut affronter les idolâtres et les sophistes aux raisonnements trompeurs, mais il confondit les uns et les autres par sa sagesse et par ses miracles. Parvenu à Sinope, il délivra par sa prière l’Apôtre Matthias de ses chaînes, mais il fut capturé à son tour par les païens en furie et souffrit de nombreux tourments : jeté à terre, frappé de toutes parts, il eut même un doigt arraché à coup de dents. Dans toutes ses épreuves, saint André ne cherchait ni à fuir ni à se défendre, mais endurait tout avec patience en imitant son Maître, l’Agneau de Dieu, venu sur terre pour souffrir et ôter les péchés du monde. Au spectacle de sa constance, de sa longanimité pour ses bourreaux et devant les nombreux miracles qu’il accomplissait, les habitants de Sinope se repentirent, lui demandèrent pardon et reçurent le saint baptême.André poursuivit sa prédication dans les villes de Néocésarée et de Samosate, puis se rendit une nouvelle fois à Jérusalem pour le concile qui réunit les apôtres au sujet de la réception des païens dans l’Église (Act 15, 6). Après la fête de Pâques, il accompagna quelque temps Matthias et Thaddée jusqu’aux confins de la Mésopotamie, puis partit évangéliser les régions barbares à l’orient de la mer Noire, au sud de la Russie actuelle. Puis il redescendit vers la Thrace et illumina les cœurs des habitants de la petite ville de Byzance par sa prédication. Il y fonda une église dédiée à la Mère de Dieu et y laissa Stachys [31 oct.], un des soixante-dix Disciples, comme évêque. Par la suite, il poursuivit son infatigable périple en Thrace, Macédoine et Thessalie, et parvint enfin à la ville de Patras, dans le Péloponnèse. Le saint Apôtre y convertit la propre épouse du proconsul romain, Maximilla, en la guérissant d’une maladie incurable. Il répandit ses bienfaits sur les autres habitants et constitua rapidement une large communauté de disciples du Christ. Pendant l’absence du proconsul Égéatus, il convertit aussi son frère et remplaçant, Stratoclès. À son retour, Égéatus entra dans une grande colère en constatant que le christianisme avait progressé jusque dans sa propre maison, et il fit arrêter l’Apôtre. Quelques jours après, la sentence fut prononcée sans jugement, et saint André fut attaché par des cordes à une croix et non cloué, de manière à prolonger son supplice. Après avoir retenu ses amis, qui voulaient le délivrer, André bénit une dernière fois ses fidèles et remit son âme à Dieu au bout de trois jours. Le proconsul trouva bientôt une mort brutale en châtiment de son iniquité, et le nouvel évêque, Stratoclès, après avoir distribué sa fortune aux pauvres, édifia son évêché sur les lieux mêmes du martyre de l’Apôtre. De nombreuses années après, le 3 mars 357, les précieuses reliques du saint furent transférées de Patras à Constantinople et furent déposées avec celles de saint Luc et de saint Thaddée dans l’église des Saints-Apôtres. Cinq cents ans après, elles revinrent à Patras, envoyées par l’empereur Basile Ier le Macédonien (867-886), puis devant la menace de l’invasion turque dans le Péloponnèse, elles furent offertes au pape de Rome Pie II par le despote de Morée Thomas Paléologue, en 1460. Le crâne du saint fut finalement restitué à Patras, le 26 septembre 1964, pour la joie et la consolation des fidèles orthodoxes. Selon la tradition slave, saint André aurait poussé sa mission jusqu’en Russie. Dans la tradition occidentale, saint André est vénéré comme le patron de l’Écosse, où l’on comptait au Moyen Âge plus de huit cents églises dédiées au Premier-appelé.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire du dimanche, 3ème ton
Que les cieux soient dans l’allégresse, que la terre se réjouisse, car le Seigneur a déployé la force de Son bras. Par Sa mort, Il a vaincu la mort ! Devenu le Premier-né d’entre les morts, du sein de l’enfer, Il nous a rachetés, accordant au monde la grande miséricorde.

Tropaire du saint Apôtre André, ton 4
Premier-appelé parmi les apôtres et frère du Coryphée, prie le Maître de tous d’accorder la paix à l’univers et à nos âmes la grande miséricorde.

Kondakion du saint Apôtre André, ton 2
L’éponyme de la vaillance, le premier appelé, le héraut de Dieu, qui suivit le Coryphée de l’Église, le frère de Pierre, acclamons-le, car il nous répète ce que jadis il dit à celui-ci: venez, nous avons trouvé Celui que nous souhaitons.

Kondakion du dimanche, 3ème ton
Aujourd’hui, ô Miséricordieux, Tu es ressuscité du tombeau et Tu nous ramènes des portes de la mort. Aujourd’hui, Adam exulte, Ève se réjouit. Tous ensemble, prophètes et patriarches, ne cessent de chanter la force divine de Ta puissance !

Évangile du jour
(Lc XIII, 10-17)

Jésus enseignait dans une des synagogues, le jour du sabbat. Et voici, il y avait là une femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans; elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser. Lorsqu’il la vit, Jésus lui adressa la parole, et lui dit: Femme, tu es délivrée de ton infirmité. Et il lui imposa les mains. A l’instant elle se redressa, et glorifia Dieu. Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat, dit à la foule: Il y a six jours pour travailler; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. Hypocrites! lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son boeuf ou son âne, pour le mener boire? Et cette femme, qui est une fille d’Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat? Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il faisait.

28 novembre (ancien calendrier)/11 décembre (nouveau)

28 novembre (ancien calendrier)/11 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité

Saint Étienne le Jeune, moine et abbé du Mont-Saint-Auxence, martyr (766) ; saints Étienne, Basile, Grégoire, Grégoire et Jean et leurs compagnons, martyrs (VIIIème s.) ; saint Irénarque, martyr avec sept femmes à Sébaste (303) ; ; saint Hilaire et son épouse sainte Quiéta, de Dijon (Vème s.) ; saint Théodore, archevêque de Rostov, iconographe (1394) ; saints néo-martyrs de Russie : Séraphim (Tchitchagov), métropolite (1937), Alexis (Veselovsky), Alexis (Smirnov), Basile (Zavgorodny), prêtres, Raphaël (Tioupine), Vincent (Nikolsky), moines, et Anisia (Maslanov) (1937), Parascève (Fedorov) (1938), Nicolas (Krylov), prêtre (1941).

Saint Étienne le Jeune, moine et abbé du Mont-Saint-Auxence, martyr (766)

VIE DE SAINT ÉTIENNE LE JEUNE
Saint Étienne le Jeune vit le jour en 715 à Constantinople, de parents pieux et distingués, qui étaient restés longtemps sans progéniture. En obtenant de Dieu ce garçon, à la suite d’une apparition de la Toute Sainte Mère de Dieu, ils firent le serment de le consacrer au service divin. Lorsque vint le moment pour les parents d’Étienne d’accomplir leur promesse et de consacrer leur fils à Dieu, l’empereur Léon III l’Isaurien (717-741) commençait à prendre ses premières mesures d’interdiction du culte des saintes images et de persécution des défenseurs de l’Orthodoxie. Ils jugèrent donc plus prudent de s’éloigner de la capitale, et de confier leur fils aux moines du Mont Saint-Auxence, près de Chalcédoine. Le jeune garçon de seize ans fut reçu avec joie par ces saints hommes et revêtit le jour même le saint Habit angélique. Il devint le disciple d’un Ancien expérimenté, du nom de Jean. Étienne montrait une parfaite obéissance et un zèle égal pour les obédiences les plus astreignantes comme pour la louange de Dieu. Au bout de quelque temps, son père mourut, et Étienne se rendit à Constantinople pour régler ses affaires et distribuer ses biens aux pauvres. Jean, son père spirituel, remit lui aussi peu après son âme à Dieu, et Étienne fut choisi à sa place comme higoumène par tous les frères réunis. Sous sa direction diligente, et grâce à sa grande humilité, le petit groupe d’ascètes grandit jusqu’à atteindre le nombre de vingt frères, suffisant pour former un monastère cénobitique. Le saint en organisa la vie, puis il se retira au sommet du mont, pour y vaquer à la prière silencieuse. La cellule qu’il se bâtit là était dépourvue de toit et exposée à toutes les intempéries, et elle était si exiguë qu’on pouvait à peine se baisser. Vêtu d’une mince tunique en tout temps, portant de lourdes chaînes sur le corps, et se contentant d’une nourriture juste suffisante pour le garder en vie, saint Étienne fit de grand progrès dans la contemplation et attira à lui, sans le vouloir, de nombreux disciples et visiteurs, qui répandirent sa renommée dans tout l’Empire. À la mort de Léon III (741), son fils Constantin V fut couronné empereur. Sitôt son autorité bien assise, il déclencha une sauvage répression contre ceux qui vénéraient les saintes images. En 754, le tyran réunit un pseudo concile, composé de plus de trois cents évêques soumis à son autorité. Il leur fit proclamer officiellement la suppression du culte des icônes. Fort de cette décision, Constantin V fit partout détruire les saintes images. Partout, des agents de l’empereur frappaient, torturaient et emprisonnaient les confesseurs. Ce fut ainsi l’occasion de mener une persécution systématique contre le monachisme. On fermait les monastères, et certains se trouvèrent même convertis en casernes, en bains ou autres édifices publics. On bafouait les moines, les obligeant à revêtir des effets laïcs et à se marier sous peine de torture. Sans crainte des représailles, saint Étienne exhortait à la résistance et apparaissait partout comme le chef du parti orthodoxe. Il fut mis en demeure par les envoyés de l’empereur de se rendre à Constantinople, pour souscrire aux décisions du concile hérétique, ce qu’il refusa après avoir courageusement renvoyé les délégués du souverain. Peu après, il fut arrêté et enfermé dans un monastère de Constantinople. Confronté aux théologiens de l’empereur en public, il exposa brillamment la tradition des saints Pères concernant la vénération des saintes icônes. Comme on le plaçait devant l’alternative : signer les décisions du concile ou mourir dans les tourments, le saint se moqua de ses accusateurs et leur démontra que ce concile ne pouvait être légitime, puisque les six premiers Conciles Œcuméniques avaient été réunis dans des églises ornées elles-mêmes d’icônes, et que ses décisions étaient manifestement hérétiques et étrangères à la tradition de l’Église. Il fut alors condamné à l’exil, en 755. Il profita de cet exil pour se retirer dans une étroite cellule au sommet d’une colonne, où il entreprit de nouveaux exploits ascétiques. Il obtint ainsi une telle faveur auprès de Dieu, qu’il accomplissait des miracles éclatants pour ceux qui venaient vers lui et confessaient la sainte foi orthodoxe, en vénérant l’image du Christ. Pour mettre fin à sa notoriété, l’empereur fit transférer saint Étienne à Constantinople, dans la prison du Prétoire. Il y retrouva trois cent quarante-deux autres moines confesseurs de la foi. Les uns avaient eu le nez coupé, d’autres les oreilles ou la langue tranchées, d’autres avaient été honteusement outragés et couverts de purin. Devant ce spectacle, le saint rendit hommage, en pleurant, à leur foi et à leur endurance. Il redonna courage aux désespérés, les exhortant à demeurer fermes sur le roc de la vraie foi jusqu’au terme du combat, et réunit les détenus en un seul corps sous sa puissante autorité spirituelle. Malgré les difficiles conditions de détention, Étienne organisa leur vie comme dans un monastère, au rythme de la louange perpétuelle de Dieu et dans la charité mutuelle. Il convertit même à l’Orthodoxie certains de ses geôliers, qui avaient écouté avec admiration les récits des luttes des saints confesseurs. Après onze mois d’emprisonnement, Étienne reçut la révélation de sa mort prochaine. Il entreprit alors un jeûne de quarante jours, pendant lesquels il enseignait nuit et jour à ses disciples la voie du salut. Puis, le dernier jour venu, il ordonna de célébrer une vigile de toute la nuit pour recevoir de Dieu la force dans son ultime combat. L’empereur avait fait afficher partout la sentence d’exécution du chef du parti orthodoxe, afin d’effrayer ceux qui cachaient chez eux des moines ou des confesseurs de la foi, si bien que, dans une grande confusion, des gens de rien, excités par les soldats, se précipitèrent au Prétoire. Le saint se présenta devant eux sans trembler et dit : « Je suis celui que vous cherchez. » Ils le jetèrent alors à terre et, attachant des cordes aux fers dans lesquels ses pieds étaient serrés, ils le traînèrent sur la voie publique, en l’injuriant et le frappant à coups de pieds et au moyen de bâtons. Lorsque le cortège parvint à l’église de Saint-Théodore, le saint se tourna vers le sanctuaire comme pour saluer le saint. Un de ces impies, nommé Philomatios, s’écria alors : « Voyez, il veut finir en martyr ! » Courant vers un poste d’eau pour les incendies, il en arracha une grande barre de bois, et en frappa le saint avec une telle violence qu’il lui brisa le crâne, laissant sa cervelle se répandre sur le sol. Philomatios fut aussitôt saisi de convulsions, et il resta la proie du démon jusqu’à sa mort. Le cadavre de saint Étienne fut alors atrocement mutilé, à coups de pierres et de bâtons, par la populace. L’ayant ensuite traîné par les rues, le sinistre cortège se rendit jusqu’au monastère où vivait la sœur du saint, dans le but de forcer cette dernière à lapider le corps de son frère. Mais elle s’était cachée, et ne l’ayant pas trouvée, les impies jetèrent le corps dans une fosse commune destinée aux païens et aux condamnés à mort. Puis ils retournèrent auprès de l’empereur pour lui relater les faits, comme s’il s’agissait d’un acte de bravoure. Ce triste événement eut lieu le 20 novembre 765, le saint étant âgé de cinquante-trois ans.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Étienne , ton 4
Entraîné à l’ascèse dans la montagne, tu as défait par l’armure de la Croix, ô Bienheureux, les attaques intérieures des adversaires. Plein de courage, tu t’es présenté à la lutte, abattant le Copronyme par l’épée de la foi. Pour ton ascèse, comme pour ta lutte, Dieu t’a couronné, glorieux Étienne, moine et martyr.

Kondakion de saint Étienne , ton 3
D’une racine stérile a crû une branche, toi le saint qui portas le nom du premier martyr, tu fus un guide éminent des moines, ô Père, ne craignant point la fureur de l’empereur qui ne voulait pas honorer l’icône ; c’est pour elle que tu mourus, ô Étienne, recevant la couronne du martyre.

Autre kondakion de saint Étienne , ton 8
Amis de la fête, louons fidèlement et de tout cœur, par des chants, le contemplateur de la Trinité, le divin Étienne, car il honora la belle image du Maître et de Sa Mère, et crions-lui maintenant par amour, dans l’allégresse : réjouis-toi, Père éternellement glorieux !
Évangile du jour
(Lc XIX,12-28)

Le Seigneur di donc: Un homme de haute naissance s’en alla dans un pays lointain, pour se faire investir de l’autorité royale, et revenir ensuite. Il appela dix de ses serviteurs, leur donna dix mines, et leur dit: Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne. Mais ses concitoyens le haïssaient, et ils envoyèrent une ambassade après lui, pour dire: Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. Lorsqu’il fut de retour, après avoir été investi de l’autorité royale, il fit appeler auprès de lui les serviteurs auxquels il avait donné l’argent, afin de connaître comment chacun l’avait fait valoir. Le premier vint, et dit: Seigneur, ta mine a rapporté dix mines. Il lui dit: C’est bien, bon serviteur; parce que tu as été fidèle en peu de chose, reçois le gouvernement de dix villes. Le second vint, et dit: Seigneur, ta mine a produit cinq mines. Il lui dit: Toi aussi, sois établi sur cinq villes. Un autre vint, et dit: Seigneur, voici ta mine, que j’ai gardée dans un linge; car j’avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère; tu prends ce que tu n’as pas déposé, et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. Il lui dit: Je te juge sur tes paroles, méchant serviteur; tu savais que je suis un homme sévère, prenant ce que je n’ai pas déposé, et moissonnant ce que je n’ai pas semé; pourquoi donc n’as-tu pas mis mon argent dans une banque, afin qu’à mon retour je le retirasse avec un intérêt? Puis il dit à ceux qui étaient là: Otez-lui la mine, et donnez-la à celui qui a les dix mines. Ils lui dirent: Seigneur, il a dix mines. -Je vous le dis, on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence.

23 novembre (ancien calendrier)/6 décembre (nouveau)

23 novembre (ancien calendrier)/6 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité
Après-Fête de la Présentation au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie (jusqu’au 25 Novembre). Saint Amphiloque, évêque d’Iconium (394) ; sainte Félicité et ses sept fils : saints Janvier, Félix, Philippe, Sylvain, Alexandre, Vital et Martial, martyrs à Rome (vers 164) ; saint Clément, premier évêque de Metz (IIIème s.) ; saint Sisine, évêque de Cyzique, et Théodore d’Antioche, martyrs (IVème s.) ; saint Colomban, missionnaire, abbé de Luxeuil (615) ; saint Grégoire, évêque d’Agrigente (630) ; sainte Vulfétrude, abbesse à Nivelles (669) ; saint Trond, prêtre en Hesbaye, Belgique (vers 690) ; saint Alexandre de la Neva, prince russe (1623) ; saint Mitrophane, évêque de Voronège (1703) ; saint Antoine de lezeru-Vâlcea en Roumanie (XVIIIème s).

SAINT ALEXANDRE DE LA NEVA

À l’époque la plus critique de l’histoire mouvementée du peuple russe, saint Alexandre brilla par son courage et ses vertus de chef d’état chrétien. Énergique, vaillant, défenseur de la foi et de la justice, il reçut de Dieu la mission d’offrir sa vie au service de son peuple assailli de toutes parts. Fils de Iaroslav Vsevolodovitch, prince de Pereïaslavl-Zalesski, au nord de Moscou, saint Alexandre naquit en 1220. Dès son plus jeune âge, le prince fut initié au métier des armes et à l’art du gouvernement par son père ; mais il apprit aussi à user de l’un et de l’autre avec sagesse et modération pour la cause de la piété et de la justice, grâce à la fréquentation assidue de l’église et à la méditation des saintes Écritures. Alexandre était si beau, si vaillant et se comportait avec un tel esprit évangélique, qu’il faisait l’admiration même de ses ennemis.
En 1228, âgé de seulement dix ans, il était devenu avec son frère aîné, Théodore, prince de la fière et grande ville de Novgorod. Il fit de bonne heure l’expérience des difficultés du gouvernement, car les habitants de la ville étaient divisés par des luttes fratricides, qui opposaient les riches au pouvoir et les pauvres écrasés par les taxes et la tyrannie des notables. En 1231, cette situation fut aggravée par une terrible famine et un hiver exceptionnellement rigoureux, qui firent de nombreuses victimes. Le jeune prince manifesta alors ses vertus chrétiennes en ouvrant toutes ses réserves et en venant en aide personnellement aux riches comme aux pauvres. Il se fit ainsi aimer de ses sujets et put, peu à peu, imposer son autorité aux habitants qui avaient refusé jusque-là de le reconnaître. Ami du clergé, des moines et des pauvres, il consacrait toute son énergie à la sauvegarde de sa ville menacée.
Depuis 1223, les Tatares (Mongols), venus des steppes d’Asie centrale, avaient envahi et ravagé d’immenses territoires et, entre 1237 et 1239, ils déferlèrent sur la Russie, massacrant la population et pillant tout ce qui se trouvait sur leur passage. Ils s’emparèrent de Vladimir, mais s’arrêtèrent à environ cent kilomètres de Novgorod pour se diriger vers Kiev qu’ils réduisirent en cendres. Ils se fixèrent ensuite dans la partie sud-est de la Russie, sur un territoire d’une grande importance stratégique, la Horde d’Or , qui contrôlait l’accès à la mer Noire, au Caucase et à l’Asie centrale. Ils soumirent pour plus de deux cents ans les principautés russes à de très lourds tributs, les menaçant constamment de meurtrières invasions en cas de rébellion.
Devenu seul prince de Novgorod à la mort de son frère en 1236, Alexandre eut à affronter un danger plus pressant encore venu d’Occident : le royaume de Suède, celui de Lituanie et les chevaliers teutoniques faisaient en effet converger leurs efforts pour s’emparer des principautés russes affaiblies par l’invasion mongole et par leurs divisions. Le 15 juillet 1240, Alexandre fut contraint de réunir une faible armée pour s’opposer à une violente et massive incursion des Suédois. Mais la veille au soir, saints Boris et Gleb apparurent sur un mystérieux bateau descendant la Neva, en exhortant les rameurs célestes à se hâter pour venir au secours de leur « parent, Alexandre ». Encouragés par cette apparition et assistés par la Mère de Dieu, le jeune prince et ses hommes infligèrent alors une défaite écrasante à leurs ennemis, c’est ce qui lui valut le surnom d’Alexandre « de la Neva ». Malgré cette victoire, le peuple de Novgorod, à nouveau divisé, expulsa quelque temps après son héros. Mais, lorsque, l’année suivante, les chevaliers teutoniques, qui s’étaient emparés de Pskov, menacèrent de prendre Novgorod, on rappela en hâte Alexandre qui, sans rancune, accourut au secours de son peuple et remporta une nouvelle victoire sur les eaux glacées du lac Peïpous (5 avril 1242). Il fut alors accueilli triomphalement à Novgorod et passa les quatre années suivantes à s’opposer aux incursions répétées des Lituaniens, qu’il repoussa définitivement, en 1245, près de Vitebsk.
À la mort de son père, en 1246, Alexandre fut convoqué à la Horde d’Or, auprès du khan tatare avec les autres princes russes. L’usage voulait qu’en rendant hommage au souverain mongol, on se soumît aussi aux rites païens, sous peine de mort . Alexandre le savait, mais il ne voulait pour rien au monde trahir la sainte foi, aussi se prépara-t-il à la mort. Arrivé devant le khan, il s’inclina respectueusement devant son suzerain, mais refusa de se soumettre au rite païen, en disant : « Majesté, je te rends honneur car Dieu t’a octroyé la souveraineté, cependant je ne peux vénérer les idoles, car je suis chrétien et j’adore le seul Dieu en trois Personnes, le Créateur du ciel et de la terre ! » Le khan, impressionné par son courage et ayant été mis au courant des exploits du saint prince, ordonna qu’on ne lui fît aucun mal, et il lui offrit une hospitalité pleine d’égards. De là, Alexandre et son frère André furent envoyés auprès du grand khan, à Qaraqorum, aux extrêmes confins de la Mongolie. Alexandre revint à Novgorod en 1251, épuisé et malade après ce long voyage, mais ayant été confirmé prince de Novgorod et de Kiev, et en ayant acquis la confiance des occupants.
En 1252, André, prince de Vladimir, se révolta contre les Tatares et s’allia aux Suédois, exposant la Russie à de terribles représailles. Alexandre se rendit de nouveau à la Horde d’Or et put éviter l’invasion. Il racheta de nombreux prisonniers avec les réserves de l’État et, ayant obtenu le pouvoir sur toute la Russie, il entreprit de rassembler le peuple de Kiev dispersé. Par la suite, il se rendit une troisième, puis une quatrième fois auprès du khan pour intercéder en faveur de son peuple rebelle aux lourdes taxes et au recensement fiscal imposés par les Tatares.
À la même époque, le saint prince dut résister aux menaces persistantes de l’Ouest. Le pape de Rome, Innocent IV, avait envoyé des missionnaires vers les principautés russes pour convertir le peuple orthodoxe à la foi romaine, mais Alexandre réagit fermement en repoussant les dogmes étrangers à la tradition apostolique transmise au peuple russe par l’intermédiaire de Byzance. Les puissances catholiques levèrent alors une véritable croisade contre lui. En 1256, Suédois, Danois, Finnois et chevaliers allemands se précipitèrent vers Novgorod ; mais Alexandre repoussa la coalition et occupa même la Finlande.
En 1260, les tributs exigés par les Mongols augmentèrent à nouveau et ceux qui ne pouvaient pas s’en acquitter étaient pris comme esclaves par les mercenaires chargés du recouvrement des impôts. On enrôlait également de force de nombreux Russes pour servir dans la campagne engagée par le khan en Perse. Saint Alexandre partit à nouveau en mission à Saraï, obtint l’allégement des taxes et put éviter la conscription obligatoire. Mais, épuisé par le voyage et la maladie, il mourut en route, le 14 novembre 1263, après avoir revêtu le Grand Habit monastique sur son lit de mort, sous le nom d’Alexis.
De nombreux miracles et apparitions eurent lieu auprès de son tombeau, particulièrement à la veille des grandes victoires des Russes contre les Mongols en 1380, 1552 et 1572. En 1380, à la veille de la grande bataille de Koulikovo, les reliques de saint Alexandre furent trouvées intactes. Son culte se développa au sein du peuple, et il fut officiellement reconnu lors du Concile de Moscou de 1547. En 1721, à la suite de sa victoire contre la Suède, le tsar Pierre le Grand fit procéder à la translation des reliques de saint Alexandre à Saint-Pétersbourg, dans l’église principale de la laure qui lui avait été dédiée, et il le proclama protecteur du peuple russe .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire du dimanche, ton 2
Lorsque Tu descendis dans la mort, Toi, la Vie immortelle, Tu anéantis l’enfer par l’éclat de la Divinité. Lorsque Tu ressuscitas les morts des demeures souterraines, toutes les Puissances des cieux s’écrièrent : « Ô Christ, Source de Vie, notre Dieu, gloire à Toi ! »

Tropaire de la fête de l’Entrée au temple, ton 4
C’est aujourd’hui la préface de la bienveillance de Dieu et l’annonce du salut des hommes. Dans le temple de Dieu, la Vierge se montre clairement et d’avance, elle annonce le Christ à tous. Et nous, chantons-lui d’une voix forte : Réjouis-toi, accomplissement de l’économie du Créateur.

Tropaire de saint Amphiloque, ton 4
Dieu de nos Pères, / dont la clémence agit toujours envers nous, / n’éloigne pas de nous ta miséricorde, / mais par leurs supplications / gouverne notre vie dans la paix.

Tropaire du saint prince Alexandre de la Neva, ton 4
Tel le précieux rejeton d’une pieuse racine, bienheureux Alexandre, le Christ te manifesta comme un trésor divin de la terre de Russie, un nouveau thaumaturge, très glorieux et agréable à Dieu. Assemblés pour célébrer en ce jour ta mémoire avec foi et amour, par les psaumes et les chants, nous glorifions avec joie le Seigneur qui t’a donné la grâce des guérisons. Aussi prie-Le de sauver cette cité, que le pays des tiens soit agréable à Dieu, et que les fils de la Russie soient sauvés.

Kondakion de saint Amphiloque, ton 2
Tonnerre divin, trompette de l’Esprit, / planteur de la foi et cognée abattant les hérésies, / Amphiloque, pontife bienheureux, / sublime serviteur de la sainte Trinité, / toi qui vis avec les Anges pour toujours, / ne cesse pas d’intercéder pour nous tous.

Kondakion du dimanche, ton 2
Sauveur tout-puissant, Tu es ressuscité du tombeau : l’enfer, voyant ce prodige, est saisi de stupeur et les morts ressuscitent. A cette vue, la création se réjouit avec Toi; Adam partage l’allégresse, et le monde, ô mon Sauveur, ne cesse de Te louer !

Kondakion du saint prince Alexandre de la Neva, ton 8
Nous te vénérons comme une étoile étincelante, qui se leva en orient et parvint en occident, enrichissant tout ce pays par des miracles et par la bonté, illuminant ceux qui vénèrent ta mémoire avec foi, bienheureux Alexandre. Aussi nous, ton peuple, fêtons en ce jour ta dormition ; prie afin que ta patrie soit sauvée ainsi que tous ceux qui accourent à tes reliques et qui t’acclament : réjouis-toi soutien de notre cité !

Kondakion de la fête de l’Entrée au temple, ton 4
Le temple très-pur du Sauveur, la très précieuse Chambre nuptiale et Vierge, le Trésor sacré de la gloire de Dieu, est conduite en ce jour dans la maison du Seigneur, introduisant avec elle la grâce de l’Esprit divin ; les anges de Dieu proclament : « Voici le tabernacle céleste ».
Évangile du jour
(Lc XII, 16-21)

Le Seigneur dit cette parabole: Les terres d’un homme riche avaient beaucoup rapporté. Et il raisonnait en lui-même, disant: Que ferai-je? car je n’ai pas de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai: j’abattrai mes greniers, j’en bâtirai de plus grands, j’y amasserai toute ma récolte et tous mes biens; et je dirai à mon âme: Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insensé! cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il? Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu.

22 novembre (ancien calendrier)/5 décembre (nouveau)

22 novembre (ancien calendrier)/5 décembre (nouveau)
Carême de la Nativité – Dispense de poisson

Après-Fête de la Présentation au Temple de la Très-Sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie (jusqu’au 25 Novembre). Saints Philémon, Onésime et Archippe, apôtres, avec sainte Apphia

Saints Philémon, Onésime et Archippe, apôtres, avec sainte Apphia, épouse de saint Philémon, égale aux apôtres, martyrs à Colosses (70)

, égale aux apôtres, martyrs à Colosses (70) ; sainte Cécile, avec saints Valérien, Tiburce et Maxime, martyrs à Rome (vers 230) ; saint Ménigne, martyr dans l’Hellespont (250) ; saint Procope, lecteur, martyr en Palestine (303) ; saint Agabus l’ismaélite, moine en Syrie (Vème s.) ; saint Pragmace, évêque d’Autun (VIème s.) ; saint Sabinien, abbé du Menât (vers 720) ; saint Michel le militaire, le Bulgare (866) ; Saint Clément d’Ochrid (916) ; saint Pierre, prince de Vladimir (1086) ; saint Michel, prince de Tver (1318); saints néo-martyrs de Russie : Vladimir (Ryasensky), prêtre (1932) ; Joasaph, évêque de Moguilevsk, Jean (Baranov), Basile (Bova), Paul (Evdokimov), Jacques (Sokolov), Théodore (Goussev), Jean (Smirnov), Élie (Gromoglasov), Alexis (Benemansky), Athanase (Milov), prêtres, Gérasime (Motchalov), Eutyque (Didenko), Avenir (Sinitsyne), Sabbas (Souslov), Marc (Makhrov), moines Boris (Kozlov) (1937) ; Parascève (Matiechine), confesseur (1953).

VIE DE SAINT PHILÉMON

Saint Philémon, originaire d’une riche et noble famille de Colosses en Phrygie, devint chrétien, avec son épouse Apphia et leur fils Archippe, après avoir entendu la prédication de l’Apôtre Paul. Animé d’une grande foi et d’une ardente charité pour soutenir et aider tous ses frères en Christ, Philémon réunissait la communauté dans sa maison pour la célébration des saints Mystères et pour la prière, car on ne connaissait pas encore l’usage des églises.

Jugé digne de la confiance de l’Apôtre, qui lui adressa une Lettre, restée dans le canon de la sainte Écriture, il fut consacré par lui évêque de Gaza en Palestine et chassa de cette ville les ténèbres de l’ignorance par la lumière de sa prédication. De retour à Colosses, il continua son œuvre missionnaire, malgré l’opposition acharnée des païens. Un jour, tandis que ces derniers célébraient les fêtes d’Artémis, les saint apôtres offraient dans leur maison le culte spirituel au seul Roi et Maître de l’univers. Les païens l’apprirent et, furieux, ils les arrêtèrent et les traînèrent devant le gouverneur Andronècle. Ayant refusé de sacrifier aux idoles, Archippe, le premier, fut flagellé, percé d’aiguilles par des enfants cruels, et finalement il mourut lapidé. Saint Philémon et Apphia furent à leur tour soumis à toutes sortes de tortures, à l’issue desquelles ils reçurent la couronne du martyre. Saint Onésime, leur esclave, survécut et ce n’est que plus tard qu’il accomplit à son tour l’ultime combat des athlètes du Christ.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la fête de l’Entrée au temple, ton 4
C’est aujourd’hui la préface de la bienveillance de Dieu et l’annonce du salut des hommes. Dans le temple de Dieu, la Vierge se montre clairement et d’avance, elle annonce le Christ à tous. Et nous, chantons-lui d’une voix forte : Réjouis-toi, accomplissement de l’économie du Créateur.

Tropaire des saints Apôtres, ton 3
Saints Apôtres, priez le Dieu miséricordieux, afin qu’Il accorde à nos âmes la rémission des péchés.

Kondakion des saints Apôtres, ton 2
Telles des étoiles très brillantes, qui illuminent les confins de la terres, louons les apôtres du Christ, le glorieux Philémon, le saint Archippe, ainsi que Onésime, Marc et Apollos, et avec eux Apphia la très-sage, en nous écriant : priez sans cesse pour nous tous

Kondakion de la fête de l’Entrée au temple, ton 4
Le temple très-pur du Sauveur, la très précieuse Chambre nuptiale et Vierge, le Trésor sacré de la gloire de Dieu, est conduite en ce jour dans la maison du Seigneur, introduisant avec elle la grâce de l’Esprit divin ; les anges de Dieu proclament : « Voici le tabernacle céleste ».

Évangile du jour
(Lc IX,57-62)
Pendant qu’ils étaient en chemin, un homme lui dit: Seigneur, je te suivrai partout où tu iras. Jésus lui répondit: Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids: mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu où il puisse reposer sa tête. Il dit à un autre: Suis-moi. Et il répondit: Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. Mais Jésus lui dit: Laisse les morts ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu. Un autre dit: Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’aller d’abord prendre congé de ceux de ma maison. Jésus lui répondit: Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu.

14 novembre (ancien calendrier)/27 novembre (nouveau)

14 novembre (ancien calendrier)/27 novembre (nouveau)
Jour de jeûne

Saint Philippe, apôtre (I) ; Saint Grégoire Palamas, archevêque de Thessalonique (1357) ; Saint Justinien, empereur (565) et Sainte Théodora, impératrice (548) ; Saint Philippe d’Irap, près de Novgorod (1527) ; saint Vénérand, martyr à Troyes (275) ; saint Sidoine, abbé en Normandie (684) Saint Constantin d’Hydra, néo-martyr grec (1800) ; saints néo-martyrs de Russie : Dimitri (Benevolensky), Alexandre (Bykov), Victor (Ilyinsky), Alexis (Netchaïev), Michel (Belyoustine), Michel (Nekrassov), Théodore (Baklalinsky), Pierre (Titov), Alexis (Nikologorsky), Serge (Znamensky), Nicolas (Dounaïev), Basile (Likharev), Alexandre (Pokrovsky), Nicolas (Vinogradov), Dimitri (Lebedev), Porphyre (Kolovsky), Basile (Nikolsky), Georges (Izvekov), Basile (Rozanov), Serge (Spassky), Alexandre (Tchekalov), Serge (Roufitsky), prêtres, Nicolas (Bogorodsky), diacre, Aristarque (Zaglodine-Kokorev), moine, Gabriel (Bezfamilny), Dimitri (Roudakov), Anne (Zertsalov) (1937) ; Théodore (Groudakov), prêtre (1940) ; Serge (Konstantinov), prêtre (1941).

SAINT APÔTRE PHILIPPE

Saint Philippe, apôtre (I)

Saint Philippe était originaire de Béthsaïde en Galilée, patrie des saints Apôtres Pierre et André. Il était tellement attentif à méditer la Loi et les Prophètes qu’il en méprisait tous les soucis du monde, c’est pourquoi il demeura vierge toute sa vie. Peu après son baptême par Jean-Baptiste, notre Seigneur Jésus-Christ appela Pierre et André à le suivre, et le lendemain, alors qu’il se préparait à partir pour la Galilée, il rencontra Philippe et lui dit : « Suis-moi ! » Philippe obéit aussitôt et alla trouver Nathanaël auquel il annonça : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi et les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 1, 45). Par la suite Philippe suivit et servit fidèlement Jésus pendant toute sa prédication. C’est lui qui, au cours du dernier entretien avec le Maître, interrogea : « Seigneur, montre nous le Père, et cela nous suffit. » Et le Christ lui répondit avec tristesse : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Après l’Ascension de notre Seigneur et la descente du Saint-Esprit, Philippe fut désigné par le sort pour évangéliser la province d’Asie (partie occidentale de l’Asie Mineure). Accompagné de l’Apôtre Barthélemy et de sa sœur selon la chair, Mariamne, il traversa la Lydie et la Mysie en proclamant l’Évangile au prix d’innombrables épreuves. Les saints disciples endurèrent coups, flagellations, emprisonnements et lapidations de la part des païens, sans que leur joie et leur espérance dans le Christ ne faiblissent, tant la force du Seigneur les habitait. Par l’invocation du Nom du Sauveur, les malades étaient guéris, les possédés délivrés et nombreux étaient ceux qui demandaient à être régénérés dans le bain de la Nouvelle Naissance. Philippe baptisait les hommes et sa sœur les femmes. Parvenus à Hiérapolis, les saints apôtres guérirent et amenèrent à la foi la femme du proconsul d’Asie. Cette conversion déclencha la fureur du magistrat qui fit bientôt appréhender Philippe et ses compagnons. Traîné à terre jusqu’à la place centrale et crucifié la tête en bas en compagnie de saint Barthélemy, le saint priait ardemment en ces termes :
« Mon Seigneur Jésus-Christ, Père des siècles, roi de la lumière, toi qui nous a rendus sages par ta sagesse, toi qui nous as donné la haute connaissance, toi qui nous as gratifiés du dessein de ta bonté ; c’est toi qui délivres de la maladie ceux qui se réfugient en toi… Viens, Seigneur, et accorde-moi la victoire et la couronne à la face des hommes. Que l’ennemi ne trouve pas le moyen de m’accuser devant toi qui es le vrai juge. Revêts-moi plutôt de ton étole lumineuse et donne-moi ton sceau glorieux. Fais que je te rencontre dans les nuées et transforme la forme de mon corps en le conformant à l’image de ta gloire. Et accorde-moi de reposer dans la gloire de ta béatitude, en me faisant entrer dans ce que tu as promis à tous les saints, aux siècles des siècles. Amen. »
À la prière du saint, qui était prêt à rendre l’âme, la terre s’ouvrit soudain et engloutit un grand nombre de païens, leurs prêtres et même le proconsul. Effrayés, les impies se précipitèrent vers Barthélemy et Mariamne, qui étaient encore vivants. Ils les descendirent de la croix et leur demandèrent d’être reçus dans la sainte Église du Christ. Après avoir enseveli dignement les restes de saint Philippe et avoir placé comme évêque de la ville Stachys, qui avait été guéri de sa cécité par l’Apôtre, saint Barthélemy et sainte Mariamne continuèrent leur prédication, l’un en Inde et l’autre en Lycaonie. Finalement Mariamne se dirigea vers le Jourdain, où elle remit son âme à Dieu, conformément à la prédiction de saint Philippe.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du saint apôtre, ton 3
L’univers est embelli, l’Éthiopie exulte, comme orné d’une couronne ; illuminée par toi, elle célèbre dans la joie ta mémoire, Philippe le héraut de Dieu, car tu as appris à tous à croire dans le Christ et ton cheminement fut digne de l’Évangile. Aussi, les mains des Éthiopiens s’élèvent avec confiance vers Dieu ; prie-Le de nous accorder la grande miséricorde.

Kondakion du saint apôtre, ton 8
Ton disciple et ton ami, l’imitateur de ta Passion, l’apôtre Philippe, T’a prêché au monde comme Dieu ; par ses prières garde Ton Église et chacune de Tes cités des ennemis iniques par l’intercession de la Mère de Dieu, Toi qui es très miséricordieux.

Évangile du jour
(Lc XIII, 31-35)

Ce même jour, quelques pharisiens vinrent lui dire: Va-t’en, pars d’ici, car Hérode veut te tuer. Il leur répondit: Allez, et dites à ce renard: Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini. Mais il faut que je marche aujourd’hui, demain, et le jour suivant; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! Voici, votre maison vous sera laissée; mais, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

8 novembre (ancien calendrier)/21 novembre (nouveau)

8 novembre (ancien calendrier)/21 novembre (nouveau)

Synaxe de l’archistratège Michel et des autres Puissances incorporelles : Gabriel, Raphaël, Uriel, Jégudiel (ou Jéhudiel), Salathiel (ou Sealtiel) et Barachiel ; saint Maur, évêque de Verdun (383) ; saint Clair, prêtre, ermite près de Marmoutier (396) ; saint martyr Ni’meh le Nouveau, de Syrie (1470) ; sainte Marthe, princesse de Pskov (1300).

SYNAXE DE L’ARCHISTRATÈGE MICHEL ET DES AUTRES PUISSANCES INCORPORELLES

De toute éternité Dieu est Lumière : la seule véritable Lumière éternelle, immatérielle, infinie et absolument incompréhensible. Sa nature reste cachée dans un secret inaccessible, mais ses trois Personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit jouissent d’une communion inexprimable d’amour. Il est bon et principe de toute bonté et de tout amour, c’est pourquoi il ne s’est pas contenté de sa propre contemplation, mais, dans la surabondance de sa bonté, Il a voulu qu’un autre participât à sa lumière, c’est pourquoi Il a tiré le monde du non-être à l’existence. Avant de créer le monde visible, Dieu a amené à l’existence par son Verbe et perfectionné en sainteté par son Saint-Esprit, la nature angélique, faisant des Puissances célestes et incorporelles ses serviteurs zélés et ardents comme un feu immatériel. Ils sont des lumières secondes , qui reçoivent par la grâce du Saint-Esprit les illuminations de la Lumière première et sans principe, et la participation à son immortalité. Fidèles images de l’essence divine, les saints anges sont de nature spirituelle. Dépourvus de la pesanteur du corps, ils sont toujours en mouvement, libres et raisonnables. Ils voient Dieu dans la mesure où ils peuvent l’atteindre et trouvent dans sa contemplation leur nourriture, leur stabilité et la raison même de leur existence. Bien qu’ils soient libres de toutes affections du corps, ils ne sont pourtant pas impassibles comme Dieu, car ils ont été créés par un changement (le passage du non-être à l’être). Ainsi sont-ils difficilement portés au mal, mais non à l’abri de son atteinte. C’est la raison pour laquelle ils doivent faire usage de la souveraine liberté que Dieu leur a accordée pour persévérer dans le bien et progresser dans la contemplation des mystères divins, sous peine d’être entraînés irrémédiablement vers le mal et l’éloignement de Dieu. En outre, ils ne peuvent compter, comme l’être humain, sur le repentir, car ils sont dépourvus de corps.
Sans corps, les anges ne sont pourtant pas totalement immatériels : en effet seul Dieu est véritablement sans matière et incorporel, car impassible et au-delà de tout mouvement. Ils sont par conséquent circonscrits dans le temps et l’espace. Lorsqu’ils sont dans le ciel, ils ne sont pas sur la terre et, envoyés par Dieu sur la terre, ils ne demeurent plus au ciel. Leur nature subtile les fait échapper aux limitations que sont pour nous les murs, les portes et les sceaux, lorsqu’ils sont envoyés par Dieu en mission auprès des hommes et que pour cela, ils empruntent une forme corporelle nous permettant de les voir. De même, leur légèreté et leur extrême rapidité de mouvement leur permettent de traverser l’espace presque instantanément ou de deviner les pensées des hommes, ce qui nous fait croire qu’ils sont dotés de l’omniscience divine. Mais, comme êtres créés, ils ne sont ni doués d’omniscience, ni susceptibles de se trouver en deux endroits simultanément. S’ils prophétisent, c’est par grâce et par ordre divin, non en raison de leur propre vertu.
Dieu les a faits ses serviteurs et Il les envoie (« ange » signifie « envoyé ») veiller sur la terre. Ils président aux peuples, aux nations et aux Églises , et ils servent les desseins de la Providence à l’égard du genre humain. Dieu a placé invisiblement auprès de chacun d’entre nous, personnellement, un Ange Gardien, qui veille constamment sur nous, sans cesser d’être auprès de Dieu. Il nous suggère le bien par la voix de notre conscience, nous aide à éviter les pièges du diable et attise en nous le feu salutaire du repentir lorsque nous avons péché .
Seul le Créateur connaît le genre et les limites de la nature angélique. Elle est une par rapport à Dieu, mais innombrable par rapport à nous. Un fleuve de feu coulait devant Lui ; mille milliers Le servaient, et des myriades de myriades se tenaient devant Lui, nous annonce le prophète Daniel (Dn 7, 10). Nous ne pouvons pas les dénombrer, c’est pourquoi la sainte Tradition a coutume de les ranger en neuf ordres divisés en trois triades . La première disposition hiérarchique est celle qui est toujours auprès de Dieu et qui lui est immédiatement unie, sans intermédiaire. Elle comporte les Séraphins (Is 6, 2), dont le nom en hébreu signifie : « brûlants ». En effet, leur mouvement éternel et stable autour des réalités divines leur donne le pouvoir d’élever leurs subordonnés vers Dieu en animant en eux la chaleur purificatrice et lumineuse de la vertu. Les seconds, de même rang mais de fonction distincte, sont les Chérubins (Ex 25, 18, Ez 1 ; 10, 2), dont le nom évoque la plénitude de la connaissance qu’ils ont de Dieu. On dit qu’ils sont couverts d’yeux (Ez 1, 18, Ap 4, 8), en signe de leur aptitude à contempler la lumière divine. Les troisièmes sont les Trônes, sur lesquels Dieu trouve un repos impassible. La seconde triade, intermédiaire, transmet avec bonté et ordre les décrets de la Providence et élève les esprits de rang inférieur vers l’imitation de Dieu. Elle se compose des Dominations, des Vertus et des Puissances. La troisième triade achève la hiérarchie céleste. Elle comporte les Principautés, les Archanges et les Anges . C’est par ces derniers que Dieu nous communique les décrets de sa Providence et, comme ils sont les plus proches de nous, c’est eux qu’Il envoie sous une forme corporelle, lorsqu’Il le veut.
Dans le plan divin, l’homme, en la personne d’Adam, devait être le dixième ordre de cette hiérarchie et avait pour vocation d’amener la création à sa perfection (Lc 15, 1-10). Comme il déchut et se trouva soumis à la mort, le Christ s’est précipité du haut des cieux pour le tirer de l’enfer. Traversant les degrés de la hiérarchie angélique, Il prit un corps et releva par sa Résurrection la nature humaine, bien au-delà du rang où elle se trouvait à l’origine, en la faisant asseoir à la droite de Dieu, au-dessus des Chérubins et des Séraphins.
Bien avant cela, au moment où Dieu créa le monde invisible, la plénitude innombrable de la hiérarchie céleste jouissait de la lumière de Dieu et menait une ronde sacrée, simple et incessante, en chantant d’une voix forte : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Sabaoth (i.e. « des Armées »), le ciel et la terre sont remplis de sa gloire (Is 6, 3). Mais Lucifer, l’esprit céleste qui tenait alors le premier rang, celui qui était le plus proche de Dieu et qui était tout irradié de sa lumière, vint à tirer orgueil des privilèges qu’il avait reçus et voulut s’assimiler au Très-Haut. Il se dit : Je monterai dans les cieux ; au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône ; je monterai sur le sommet des nues ; je serai assimilé au Très-Haut (Is 14, 14). Il n’était pas mauvais par nature, mais c’est par orgueil qu’il se révolta contre son Créateur. C’est lui qui, le premier, rejeta le bien et choisit le mal, se détournant de la lumière pour sombrer dans les ténèbres de la privation de Dieu. Aussitôt ces paroles prononcées, il chut de son rang élevé et fut précipité dans le gouffre de l’enfer. Comme il avait déchiré les cieux, il entraîna dans sa chute une multitude d’anges de tous les ordres et se fit leur chef. Leur nombre était si grand, qu’à la vue de ce spectacle lamentable, l’Archange Michel, chef des milices célestes — qui par son humilité et sa sage soumission à son Créateur, était puissamment affermi dans la lumière — s’élança vers la brèche, rassembla les anges restés fidèles et s’écria : Soyons attentifs ! Autrement dit : « Prenons garde, soyons vigilants, nous les êtres crées qui avons le privilège de nous tenir devant Dieu. Reconnaissons notre état de serviteurs. Prenons soin de nous connaître nous-mêmes et voyons quelle est la chute de ceux qui ont voulu s’égaler à Dieu ! » C’est en mémoire de cette Synaxe , c’est-à-dire de cette réunion des chœurs angéliques sous la direction du saint Archange Michel, dans la vigilance, la concorde et l’unité, que, de tradition très ancienne, les saints Pères ont institué la fête d’aujourd’hui.
MICHEL — dont le nom signifie « qui est comme Dieu » — le très glorieux et très lumineux Prince des Puissances célestes et incorporelles, apparaît souvent dans la sainte Écriture. C’est lui que Dieu envoie auprès des hommes pour leur annoncer les décrets de sa Justice. C’est lui qui, le premier, est apparu au Patriarche Abraham (Gn 12) et à sa servante Agar dans le désert, pour leur annoncer la naissance d’Ismaël (Gn 16). Il fut envoyé auprès de Lot pour le sauver de Sodome, vouée par Dieu à la destruction (Gn 19). Lorsque Dieu ordonna à Abraham de sacrifier son fils Isaac, afin d’éprouver son obéissance, ce fut Michel qui intervint au dernier moment pour retenir sa main (Gn 22). Il apparut encore au Patriarche Jacob, et lutta avec lui toute une nuit pour lui manifester son nouveau nom : Israël (Gn 32, 23-32). C’est lui qui se tenait au-devant du peuple d’Israël lorsqu’il sortit d’Égypte, et le conduisait le jour, sous forme de nuée, et la nuit, sous l’aspect d’une lueur (Ex 13, 21). Il fut envoyé aussi au-devant du devin Balaam, en route vers Balaq roi de Moab pour maudire le peuple d’Israël, et lui barra le passage en se tenant devant sa mule, une épée nue à la main (Nb 22, 22). Quand Josué se tenait devant les murs de Jéricho, attendant un signe de Dieu pour assiéger la ville, Michel lui apparut, tenant à nouveau une épée. Comme il craignait que ce ne fût une ruse du Malin, qui sait se transformer en Ange de lumière, Josué lui demanda : Es-tu des nôtres ou de nos adversaires ? Michel répondit : C’est comme chef de l’armée du Seigneur que je viens maintenant, et il lui ordonna de vénérer le lieu qu’il venait de sanctifier par sa présence (Jos 5, 13). Sous les Juges, l’Archange Michel vint réconforter Gédéon et l’envoya délivrer Israël de l’oppression des Madianites (Jug 6, 11). Quand David, contrairement à l’ordre divin, eut fait recenser le peuple, Michel fut envoyé par Dieu pour être l’instrument de sa colère. En un jour, il ravagea par son épée plus de soixante-dix mille hommes et il se tenait prêt à détruire Jérusalem, lorsque, ému par le repentir de David, le Seigneur l’arrêta et lui ordonna de remettre son épée au fourreau (1 Chron 21). Il se révéla plusieurs fois au prophète Élie pour le consoler dans ses tribulations et l’envoyer en mission (1 Rois 19, 5 ; 2 Rois 1, 15). Lors de l’invasion du roi des Assyriens, Sénnacharib, Michel abattit en une nuit cent quatre-vingt-cinq mille hommes dans le camp des envahisseurs (2 Rois 19, 35). C’est lui encore qui descendit du ciel et se tint au milieu de la fournaise ardente, à Babylone, avec les trois jeunes gens, en chantant avec eux les louanges du Seigneur (Dn 3, 92), et qui ferma la gueule des lions dans la fosse où avait été jeté le prophète Daniel (Dn 6, 23).
Les interventions salutaires du saint Archange Michel sont en fait innombrables, aussi bien sous l’Ancienne Alliance qu’après la venue du Christ. C’est lui qui délivra les Apôtres de prison (Act 5, 19), qui fut envoyé à l’Apôtre Philippe pour baptiser l’eunuque de la reine d’Éthiopie (Act 8, 26), qui apparut au centurion Corneille et lui demanda d’aller quérir saint Pierre pour le baptiser (Act 10). C’est lui encore qui libéra Pierre de prison (Act 12) et frappa le roi Hérode qui voulait se faire passer pour un dieu (idem). Il apparut à saint Paul pour le réconforter dans ses épreuves, et fut pour l’Évangéliste saint Jean l’interprète des secrets de Dieu concernant la fin des temps (Ap). C’est en effet Michel qui engagera alors l’ultime combat contre l’Antéchrist et le diable, et qui les précipitera éternellement dans l’enfer (Ap 12, 7). Et, lors du Jugement dernier, il se tiendra, une balance à la main, pour peser nos actes. La tradition de l’Église a gardé la mémoire de nombreux autres miracles de l’Archange Michel, comme, par exemple, celui accompli à Colosses en Phrygie [6 sept.].
En Dieu, la justice ne peut être séparée de la miséricorde : La miséricorde et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées, chante le Psalmiste (Ps 84, 11). C’est pourquoi, on ne peut commémorer Michel, l’Ange de la Justice, sans lui associer GABRIEL , l’Ange de la Miséricorde, celui qui se tient en présence de Dieu (Lc 1, 19). Il est envoyé par Dieu aux hommes pour leur annoncer les merveilles de son amour et de sa bienveillance en vue de leur Salut. Il donna au prophète Daniel l’interprétation de la vision énigmatique qu’il avait eue concernant la fin des royaumes des Mèdes et des Perses (Dn 8, 16), et lui annonça, une autre fois, que le Christ, le Sauveur du monde, devait venir quatre cent quarante-neuf ans plus tard (Dn 9, 24). Il fut aussi envoyé auprès de la femme de Manoé au temps des Juges, pour lui annoncer la naissance prochaine de Samson. Et quand, tout à sa joie, Manoé voulut le retenir pour lui offrir un banquet, Gabriel lui répondit qu’il ne se nourrissait pas de tels mets et lui recommanda d’exprimer son action de grâces en offrant un holocauste au Seigneur. Comme il lui demandait son nom, Gabriel répondit : Pourquoi me demandes-tu mon nom ? C’est un mystère. Et il disparut de leurs yeux dans la fumée du sacrifice (Jug 13). De tout temps, il fut le messager des naissances miraculeuses à partir d’un sein flétri ou stérile. C’est lui qui apparut à Joachim et Anne pour leur annoncer la naissance de la Mère de Dieu, et à Zacharie et Élisabeth, pour celle du saint Précurseur (Lc 1). Il nourrit de la manne céleste la Mère de Dieu pendant douze ans, dans le Temple [21 nov.], et fut envoyé par Dieu auprès d’elle pour lui transmettre la bonne nouvelle, attendue depuis l’origine du monde, c’est-à-dire qu’elle allait donner naissance au Sauveur par l’opération du Saint-Esprit. Il vint rassurer Joseph en songe, lorsque celui-ci était assailli de doutes quant à la virginité de la Mère de Dieu (Mt 1, 20). Lors de la naissance de notre Seigneur, il conduisit les bergers vers la grotte de Bethléem, pour qu’ils puissent l’adorer. Il prévint Joseph des desseins meurtriers qu’Hérode fomentait et lui conseilla de prendre l’enfant et sa mère, et de les emmener en Égypte. Lorsque le danger fut passé, il lui apparut à nouveau en songe pour lui ordonner de revenir. Lors de la sainte nuit de la Résurrection du Christ, Gabriel descendit des cieux, revêtu d’une robe blanche, étincelante de la lumière divine, repoussa la pierre qui fermait le tombeau et s’assit dessus. Lorsque les femmes Myrophores arrivèrent sur les lieux, il les rassura en leur disant : Ne craignez pas. Je sais que c’est Jésus, le Crucifié, que vous cherchez. Il n’est pas ici : il est ressuscité, comme il l’avait dit (Mt 28, 5).
Ainsi, depuis l’origine du monde jusqu’à la Résurrection du Christ et jusqu’à la fin des temps, le saint Archange Gabriel est-il le messager envoyé par Dieu pour annoncer aux hommes les merveilles de sa miséricorde en la Personne du Seigneur Jésus-Christ .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire des saints Archanges, ton 4
Chefs des armées célestes, nous vous supplions sans cesse, indignes que nous sommes, de nous protéger par vos prières à l’ombre des ailes de votre immatérielle gloire, et de nous sauvegarder, nous qui nous prosternons instamment et vous clamons : délivrez-nous des malheurs, vous les commandant des puissances d’en-haut.

Kondakion des saints Archanges, ton 2
Archistratèges de Dieu, serviteurs de la gloire Divine, chefs des anges et guides des hommes, demandez ce qui nous est utile et la grande miséricorde, comme Archistratèges des incorporels.

Évangile du jour
(Lc X, 16-21)

Le Seigneur dit : celui qui vous écoute m’écoute, et celui qui vous rejette me rejette; et celui qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé. Les soixante-dix revinrent avec joie, disant: Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom. Jésus leur dit: Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions, et sur toute la puissance de l’ennemi; et rien ne pourra vous nuire. Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint Esprit, et il dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi.

4 novembre (ancien calendrier)/17 novembre (nouveau)

4 novembre (ancien calendrier)/17 novembre (nouveau)

Saint Joannice le Grand, ermite au Mont-Olympe (846) ; saint Nicandre, évêque de Myre, et saint Hermias, martyrs (Ier s.) ; saint Mercure des Grottes de Kiev (XIVème s.) ; saint Nicandre, higoumène de Gorodensk (XVIème s.) ; saint Procule, évêque d’Autun, martyr (vers 720) ; saint Amand, évêque de Rodez (IVème) ; bienheureux Simon de Yourevetsk, fol en Christ (1586) ; saint Paul, métropolite de Tobolsk (1770) ; saints néo-martyrs de Russie : Nicolas (Vinogradov), confesseur, prêtre (1931), moniale Eugénie (Lyssova) (1935), Alexandre (Petropavlovsky), prêtre (1937), Izmaïl (Vasilevsky), prêtre (1941).

SAINT JOANNICE LE GRAND

Saint Joannice le Grand, ermite au Mont-Olympe (846)

Notre saint Père Joannice naquit en 754 (ou 762) à Marycate, au nord du lac Apollonias, en Bithynie. Ses parents étaient paysans et ils le chargèrent, dès l’âge de sept ans, de la garde des porcs. Pieux de nature, Joannice fut néanmoins entraîné à adhérer, avec sa famille, à l’hérésie des « briseurs d’images ». À l’âge de dix-neuf ans, il fut enrôlé dans la garde impériale. De forte constitution et de caractère hardi, il s’illustra par de nombreuses actions d’éclat dans les combats. Au bout de dix-sept ans de service, au retour d’une campagne victorieuse, il passa à proximité du fameux centre monastique du Mont Olympe de Bithynie, et rencontra là un vieil ascète qui le convainquit de son erreur à propos des saintes icônes. Le jeune homme se repentit aussitôt, vénéra avec foi l’icône du Christ et décida d’embrasser une vie d’ascèse et de pénitence (788).

En 795, les Bulgares idolâtres envahirent la Thrace. L’empereur Constantin VI rassembla une forte armée pour leur résister, mais il fut lamentablement vaincu lors de la bataille de Markellai. Joannice montra alors un héroïsme exceptionnel. Il sauva la vie de l’empereur et tua en combat singulier un barbare, permettant ainsi la retraite de l’armée byzantine. L’empereur voulut lui témoigner sa reconnaissance en le faisant entrer à son service personnel ; mais le spectacle des massacres et des horreurs de la guerre avait fait comprendre à Joannice la vanité de cette vie, et il demanda pour toute faveur au souverain la permission de se retirer de l’armée, après vingt-quatre ans de loyaux services, pour mener désormais la guerre invisible dans les rangs de la milice angélique.

Il se rendit d’abord au monastère des Agaures, près de Prousse. Mais l’higoumène Grégoire, constatant son manque d’instruction, lui recommanda d’aller d’abord recevoir une formation dans les lettres ecclésiastiques et les rudiments de l’ascèse au sein d’un coenobium, avant de se joindre à des moines plus expérimentés. Après un court séjour au monastère de Télaos près d’Atroa, il fut reçu au monastère d’Antidion, situé dans un endroit plus retiré, où, pendant deux ans, il se montra un modèle pour tous les autres moines dans le renoncement à sa volonté propre, et la lutte contre l’amour des plaisirs et les tentations de toutes sortes. Étant dépourvu de toute éducation, il y fut initié aux rudiments des lettres ecclésiastiques et apprit par cœur trente psaumes. Désirant toutefois mener une vie plus solitaire, Joannice demanda à se retirer, seul avec Dieu, sur le mont Korakocéphalos (« tête de corbeau ») qui surplombait le monastère d’Antidion. Il y resta une semaine entière, sans prendre de nourriture, suppliant seulement Dieu de lui faire rencontrer un père spirituel apte à le guider sur la voie de la perfection. Le septième jour, il rencontra deux ermites doués du don de clairvoyance. Ils lui révélèrent son avenir et lui donnèrent une tunique de poils et une croix, en l’assurant qu’elles lui seraient d’un grand secours dans les combats qu’il allait mener contre les esprits des ténèbres.

Dès lors, saint Joannice commença sa vie solitaire. Il s’installa d’abord sur le mont Trichalika, situé près de Prousse et du monastère des Agaures. Mais la renommée de ses vertus n’ayant pas tardé à s’étendre dans la région, il dut s’enfuir vers une retraite plus solitaire. Il s’établit alors dans une grotte perdue au fond d’une forêt profonde, près du village d’Hellespontos, situé dans le district de Pandèmos, où il n’était connu que d’un berger qui lui apportait une fois par mois de l’eau et du pain. Trois ans plus tard, il retrouva un de ses compagnons d’armes, Antoine, qui avait lui aussi renoncé au monde. Ils se retirèrent ensemble dans les sauvages solitudes des monts Kondouria, près de Myre en Lycie. Sur le chemin, Joannice rencontra une jeune vierge qui, victime des tentations du démon, avait décidé de retourner dans le monde. Il s’approcha d’elle et lui demanda de poser sa main sur sa nuque en lui disant : « Par la puissance de Jésus-Christ, que la tentation qui t’assaille tombe sur moi ! » Alors que la jeune fille rentrait apaisée dans son monastère, le saint se retira dans une grotte en proie à d’effroyables assauts du démon de la fornication.

Trois ans plus tard, comme Antoine était retourné au monastère des Agaures, Joannice partit pour de nouvelles solitudes dans les montagnes de Cilicie, où il demeura sept ans. En 807, à la suite d’une vision, il regagna le monastère d’Éristè à Pandèmos où, après avoir informé l’higoumène Étienne de sa révélation, il reçut dès le lendemain le saint Habit angélique. Il était alors âgé de cinquante-quatre ans et avait déjà passé douze années dans la vie érémitique. Continuant ses périples, il resta un an dans une grotte de Kritama, près de la rivière Gorgytès, attaché à une lourde chaîne. Au bout de trois années de retraite, il rendit visite à un saint Ancien, Georges, qui vivait à Chélidon, dans la montagne d’Alsos en Lydie, et sur le chemin il tua par sa prière un redoutable dragon qui vivait dans la rivière, en le frappant de sa chaîne. Il passa trois années avec Georges, qui lui apprit le reste des psaumes et acheva sa formation monastique.

En 810, Dieu lui fit savoir dans une vision qu’il était désormais temps pour lui de quitter les solitudes et de travailler au salut des âmes. Après être passé au monastère d’Antidion, il regagna les Agaures et s’installa de nouveau sur le mont Trichalika, en compagnie de trois moines — dont Eustrate, auquel le saint prédit son glorieux avenir comme higoumène des Agaures — et il commença à manifester ses dons de clairvoyance et de pouvoir sur les animaux, comme jadis Adam au Paradis. Recevant de nombreux visiteurs, il guérissait les malades, consolait les âmes troublées, redressait les pécheurs et les hérétiques iconoclastes, les conduisant dans la voie de la vérité et de la vertu. Il se faisait tout pour tous, sans pourtant jamais perdre la quiétude et l’impassibilité que Dieu lui avait accordées en récompense de ses labeurs. Saint Joannice brillait particulièrement par le don de prophétie. Il prédit, entre autres, la défaite et la mort de l’empereur Nicéphore dans la guerre contre les Bulgares (811), la chute de Michel Ier Rangabé (813) et la prise de pouvoir par Léon V l’Arménien (813-820), ainsi que la terrible persécution que ce dernier allait déclencher contre les orthodoxes.

De retour au mont Alsos en Lydie, au début du règne de Léon l’Arménien, le saint fut empoisonné par un mage du nom de Gouria. Mais la nuit suivante, saint Eustathe apparut en songe à Joannice et lui donna un morceau de bois à manger, lequel le guérit aussitôt. Pour témoigner sa reconnaissance, saint Joannice fit construire en ce lieu une église et un monastère dédié au saint martyr, qui allait compter plus de soixante-dix moines, au bout de quelques années. Une autre fois, il vit apparaître en songe une source miraculeuse et entendit une voix lui ordonner de bâtir à cet endroit une chapelle en l’honneur de la Mère de Dieu ainsi qu’un monastère. Le saint se mit aussitôt à l’œuvre, aidant les ouvriers par ses miracles. Il fit aussi disparaître à plusieurs reprises des serpents qui avaient envahi l’endroit, à l’aide de la verge de métal surmontée d’une croix qu’il tenait toujours en main. Il fonda un troisième monastère, dédié aux saints Apôtres Pierre et Paul. Puis, après avoir organisé la vie monastique de ces trois établissements, il retourna dans la solitude pour converser seul à seul avec Dieu, dans un endroit connu seulement d’Eustrate.

Pendant la persécution de Léon l’Arménien, le saint recevait de nombreux visiteurs dans son ermitage. Il consolait et affermissait dans la foi orthodoxe moines et laïcs par sa parole inspirée et ses miracles. Un jour, alors qu’Eustrate était entré discrètement dans sa cellule, il découvrit le saint suspendu en l’air à deux coudées au-dessus du sol, l’âme transportée dans les délices du monde à venir. Alors que la persécution faisait rage, l’homme de Dieu regagna le mont Trichalika, et il ne sortit qu’une fois pour se rendre en Thrace et délivrer miraculeusement des prisonniers chrétiens qui étaient aux mains des Bulgares. Sa renommée était désormais répandue dans tout l’Orient et aucun pieux chrétien ne passait dans la région sans venir prendre sa bénédiction. En 824, un groupe d’une centaine de personnalités ecclésiastiques les plus illustres du temps — parmi lesquels se trouvaient les métropolites de Chalcédoine et de Nicée, saint Théodore Stoudite et Clément le Notaire — lui rendirent visite et lui demandèrent de leur révéler quelle est la plus grande des vertus. Joannice répondit : « C’est l’humilité, car c’est par humilité que le Verbe de Dieu s’est anéanti lui-même et a accepté de prendre la forme d’esclave (Phil 2, 6), pour nous délivrer de la mort dans laquelle était tombé notre premier père Adam par orgueil. » Il renvoya ensuite ses hôtes, sans manquer de prédire l’avenir de certains d’entre eux sous forme énigmatique. Une autre fois, après avoir reçu la visite de saint Pierre d’Atroa, il eut la révélation du prochain décès de ce grand confesseur de l’Orthodoxie et décrivit la scène à ses disciples (837). Il reçut également la visite de saint Euthyme le Jeune, dont il éprouva l’humilité en l’accusant faussement de meurtre. Comme Joannice s’était rendu un jour au monastère du Grand-Champ pour y vénérer la tombe de saint Théophane le Confesseur, sur le chemin du retour, il s’arrêta au monastère situé sur l’île de Thasios, au nord du lac Apollonias, où l’higoumène, saint Daniel, l’accueillit chaleureusement comme un nouveau prophète, et à la requête des moines, Joannice chassa un grand serpent qui effrayait les habitants de la contrée. Il se retira ensuite, avec Daniel, dans les grottes de Toparchée, pour y mener la vie hésychaste. Mordu par un serpent, il fut miraculeusement préservé indemne, et après quarante jours, il retourna au mont Trikalika.

Un jour, un moine, qui doutait des miracles accomplis par saint Joannice, vint le trouver. L’homme de Dieu l’accueillit avec charité et lui offrit à manger avec d’autres visiteurs. Pendant le repas, un ours surgit soudain, semant la panique parmi les convives. Le saint l’appela doucement, et la bête vint se prosterner à ses pieds. Il lui ordonna ensuite de faire de même devant chacun des invités, puis il leur dit : « Quand ils furent créés, les animaux respectaient l’homme qui est créé à l’image de Dieu, et ils ne lui inspiraient aucune crainte. C’est parce que nous avons transgressé les commandements de Dieu que maintenant nous en avons peur. Si nous aimons le Seigneur Jésus et gardons ses commandements, aucune bête ne pourra nous faire de mal. » Les convives se retirèrent édifiés, sans oser désormais mettre en doute les miracles du saint.
Pendant la guerre contre les Arabes (838), on vint rapporter au saint Vieillard l’horrible condition des prisonniers chrétiens d’Amorium en Phrygie. Joannice versa des larmes de compassion en entendant ce récit et, la nuit suivante, il apparut aux prisonniers et les délivra miraculeusement de leurs chaînes.

Harassé par sa célébrité, le saint retourna, avec Eustrate, dans la région déserte du mont Korakocéphalos, et ils s’installèrent dans des cellules séparées. Alors que l’empereur Théophile persécutait violemment l’Église et en particulier les moines défenseurs des saintes icônes, Dieu manifesta la puissance de la vraie foi en accomplissant de nouveaux miracles par l’intermédiaire du saint ermite. Comme sur les dernières années de sa vie, l’empereur commençait à douter de la justesse de ses convictions (841), il envoya deux grands dignitaires auprès de saint Joannice, afin de recevoir ses conseils. Le bienheureux Vieillard fut catégorique : « Celui qui ne rend pas l’honneur qui leur est dû aux images du Christ, de la Mère de Dieu et des saints, ne pourra pas être reçu dans le Royaume des cieux, même s’il a mené une vie sans reproche. De même que ceux qui méprisent ton image, ô empereur, sont sévèrement châtiés, de même, ceux qui se moquent de l’image du Christ, seront-ils jetés dans le feu éternel. » On raconte que, l’année suivante, Théophile, allongé sur son lit de mort, fit apporter une icône du Christ et la baisa avec larmes avant d’expirer. Son épouse Théodora fit immédiatement consacrer saint Méthode patriarche de Constantinople, conformément à la prophétie de saint Joannice, et elle rétablit définitivement le culte des saintes icônes (842).Au cours des années suivantes, le patriarche s’employa à remettre de l’ordre dans l’Église, sans toutefois user d’une sévérité excessive à l’égard des prêtres et des évêques qui étaient tombés dans l’hérésie et qui acceptaient de faire pénitence. Cette attitude déplut à certains hiérarques et moines, parmi lesquels se trouvaient les moines du Stoudion ; mais saint Joannice soutint de son autorité la position indulgente de saint Méthode.
Certains moines, envieux de la notoriété de saint Joannice, mirent un jour le feu à sa cellule. Les distinguant sans difficulté dans la foule de ceux qui assistaient impuissants à l’incendie, le saint se dirigea vers eux, leur parla avec bienveillance et leur offrit même un repas avec les quelques vivres qu’il avait pu sauver du sinistre. Certains se repentirent devant cette marque de charité, mais le moine Épiphane resta implacable. Désormais âgé de quatre-vingt-douze ans et aspirant au repos, l’homme de Dieu vit dans cet événement un signe divin et, renonçant à rebâtir son ermitage, il regagna le monastère d’Antidion, là même où il avait fait ses débuts dans la vie angélique cinquante-deux ans auparavant, en traversant de manière invisible la foule des visiteurs. Il s’y endormit dans le Seigneur le 4 novembre 846, après avoir prédit au patriarche saint Méthode, venu à son chevet, qu’il le rejoindrait huit mois plus tard. Au moment de sa mort, les moines du Mont Olympe purent voir une colonne de feu s’élever de la terre au ciel. Une grande foule de moines et de fidèles venus de toute part assista à ses funérailles et, par la suite, ses saintes reliques continuèrent d’accomplirent de nombreux miracles. Il est loué dans le Synodikon de l’Orthodoxie, parmi les grands confesseurs et qualifié de « grand prophète».
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de saint Joannice, ton 8
Par les flots de tes larmes tu as fait fleurir le désert stérile, / par tes profonds gémissements tu fis produire à tes peines cent fois plus, / par tes miracles étonnants tu devins un phare éclairant le monde entier: / vénérable Père Joannice, prie le Christ notre Dieu / de sauver nos âmes.

Kondakion de saint Joannice, ton 8
Tu parus sur la terre comme un astre resplendissant, / éclairant ceux qui gisaient dans les ténèbres des passions, / en habile médecin de ceux qu’afflige la maladie; / toi qui as reçu le don des guérisons, / accorde cette grâce aux fidèles t’en priant, / afin que nous puissions te dire à haute voix: / Réjouis-toi, Joannice, Père saint.

Évangile du jour
(Lc XI, 34-41)

Ton œil est la lampe de ton corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps est éclairé; mais lorsque ton œil est en mauvais état, ton corps est dans les ténèbres. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. Si donc tout ton corps est éclairé, n’ayant aucune partie dans les ténèbres, il sera entièrement éclairé, comme lorsque la lampe t’éclaire de sa lumière. Pendant que Jésus parlait, un pharisien le pria de dîner chez lui. Il entra, et se mit à table. Le pharisien vit avec étonnement qu’il ne s’était pas lavé avant le repas. Mais le Seigneur lui dit: Vous, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et à l’intérieur vous êtes pleins de rapine et de méchanceté. Insensés! Celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans? Donnez plutôt en aumônes ce qui est dedans, et voici, toutes choses seront pures pour vous.

20 octobre (ancien calendrier)/2 novembre (nouveau)

20 octobre(ancien calendrier)/2 novembre (nouveau)

Saint Artème, grand-martyr à Antioche (362) ; saint Caprais, martyr à Agen (303); saint Sonnace, évêque de Reims (VIIème s.) ; saint Artème de Verkolsk, enfant (1545) ; transfert des reliques de saint Gérasime le nouveau, ascète dans l’île de Céphalonie (1579) ; sainte Matrone de Chio (XVème s.) ; saints néo-martyrs de Russie : Nicolas Lioubomoudrov, prêtre (1918) ; Jean Rodionov, archiprêtre ; Nicolas Figourov, Jean Gantchev, Léonide Nikolski, Alexandre Orlov, Zosime Pepenine, Jean Retchkine, Jean Talyzine, prêtres, Michel Isaev et Pierre Kravets, diacres, Paul Botcharov (1937).

SAINT GRAND-MARTYR ARTÈME

Saint Artème, grand-martyr à Antioche (362)

Le saint et glorieux martyr du Christ Artème vécut sous le règne de Constantin le Grand. De noble famille, il jouissait des faveurs de l’empereur, qui lui attribua les dignités de patrice et de duc augustal (gouverneur militaire) d’Alexandrie et de toute l’Égypte (vers 330). Mais ces honneurs ne lui firent pas perdre sa foi et son souci de répandre partout la Bonne Nouvelle du salut. À la mort de Constantin (337), l’Empire fut partagé entre ses trois fils. Constance, qui hérita de toute la partie orientale de l’Empire (de l’Illyricum à la Perse, la Palestine et l’Égypte), s’installa à Constantinople. Ayant appris que les reliques de l’Apôtre André se trouvaient à Patras (Péloponnèse) et celle de saint Luc à Thèbes (Béotie), il confia à saint Artème le soin de les transférer dans la ville impériale et de les déposer dans l’église des Saints-Apôtres.
Quelque temps après, Constance dut se rendre à Antioche avec son armée pour y combattre contre les Perses. Profitant de cette diversion, son cousin Julien s’empara de l’Empire d’Occident, que Constance avait annexé en 351, et voulut se faire proclamer empereur à sa place. Constance se mit aussitôt en route pour rétablir la situation, mais il mourut sur le chemin du retour, en Cilicie, n’ayant que le temps de recevoir le saint Baptême. Julien devint alors seul empereur (360), et il entreprit aussitôt de restaurer les anciens cultes païens, dont il croyait avoir été divinement institué nouveau prophète. Il envoya en tout lieu des édits ordonnant la restauration du culte des idoles dans les temples qui avaient été transformés en églises sous Constantin. Il interdit aux maîtres et rhéteurs chrétiens d’enseigner librement, et il fit asperger d’eau lustrale les marchés, afin de contraindre les habitants à ne manger que des aliments consacrés aux idoles, si bien que dans plusieurs endroits de l’Empire on vit fleurir à nouveau les palmes du martyre.

Julien l’Apostat s’installa à Antioche, afin de pouvoir continuer la guerre contre les Perses, et il demanda à tous les gouverneurs des provinces de venir le rejoindre avec leurs troupes. L’ordre parvint à Artème qui, fidèle aux autorités selon les recommandations de l’Écriture (Rm 13, 1-2), leva son armée et partit d’Alexandrie pour Antioche. À l’issue de ce long voyage, ils arrivèrent dans cette ville, où fut prononcé pour la première fois le nom de « chrétiens » (Act 11, 26), au moment où l’empereur faisait comparaître devant lui deux prêtres, Eugène et Macaire, pour les contraindre à renier leur foi et à se soumettre au culte insensé des dieux de l’empereur. Mais ceux-ci répliquaient bravement à tous les sophismes de Julien en proclamant la divine doctrine de la Rédemption. À court d’arguments, l’Apostat donna l’ordre de leur infliger cinq cents coups de verges. Révolté devant ce spectacle, Artème s’avança vers l’empereur et lui déclara : « Toutes tes machinations contre les chrétiens, que te suggère le diable, sont vaines et inutiles car, par la Croix du Christ, la puissance orgueilleuse des démons a été vaincue. Les dieux que tu adores sous le nom d’Hermès ou d’Apollon n’ont d’autre réalité que le bois ou le métal fondu de leurs statues inanimées. » La surprise de l’empereur se changea en fureur lorsqu’il apprit que celui qui s’adressait à lui avec une telle assurance était Artème le duc d’Égypte, qu’il soupçonnait d’avoir été l’instigateur de la mort de son frère Gaïus Constantin, césar pour l’Orient, lequel avait été assassiné sous les ordres de l’empereur Constance. Il commanda donc d’arrêter sur-le-champ Artème, de lui arracher les insignes de sa charge et de le faire comparaître devant lui le lendemain, afin que son audace soit châtiée. Sans aucun respect pour sa dignité, les soldats le ligotèrent et, après l’avoir roué de coups de fouet, ils le jetèrent en prison, tout meurtri, avec Eugène et Macaire. Plein de joie, Artème élevait sa prière vers Dieu en lui disant : « Je te remercie, Seigneur, de m’avoir rendu digne d’être soumis à la torture pour ton amour et d’être compté dans le chœur de tes saints. » Le lendemain, Eugène et Macaire furent envoyés en exil vers les régions hostiles de l’Arabie, où ils furent décapités quelque temps après (le 20 décembre) .
L’empereur se fit amener Artème et lui promit d’abord tous les honneurs dus aux familiers du souverain, et même la charge de grand prêtre de ses dieux, s’il acceptait d’abandonner la croyance de ceux qu’il nommait les « Galiléens ». De telles propositions ne pouvaient faire aucun effet sur le saint qui, avec le Christ, était déjà mort au monde et à ses illusions. Il lui sembla également inutile de faire une longue apologie du christianisme devant Julien qui avait reçu, dans sa jeunesse, une éducation chrétienne. Il se contenta de se disculper des accusations mensongères sur son rôle dans la mort de Gaïus, et d’affirmer à l’Apostat que rien au monde ne pourrait lui faire abandonner le roc de la foi. Il ne restait donc plus au despote impuissant qu’à exprimer sa rage par la torture. Il fit percer le corps du saint au moyen de broches rougies au feu. Mais à sa grande déception, pas un cri ni même un gémissement ne sortit de la bouche d’Artème. Le soir venu, le Christ lui apparut dans son cachot et le guérit de ses blessures. Réconforté par cette vision, Artème demeura quinze jours sans manger ni boire, debout, occupé jour et nuit à la prière et à la contemplation des mystères célestes.
Pendant ce temps, Julien s’était rendu à Daphni, aux environs d’Antioche, d’où il avait fait transférer les reliques de saint Babylas [4 sept.] dans un cimetière de la ville, en vue d’édifier à l’endroit de sa sépulture une statue en or d’Apollon et un temple consacré à son culte. Mais, une nuit, alors que les prêtres s’affairaient en sacrifices et prières instantes pour que le prétendu dieu daigne ouvrir sa bouche de bois et de métal pour proclamer son oracle, un feu descendit du ciel et ravagea entièrement le temple et la statue, sans que personne ne puisse l’éteindre. Rejetant la responsabilité sur les chrétiens, Julien fit alors fermer les églises qui avaient été récemment bâties, et il intensifia ses persécutions dans tout l’Empire. À Samarie (Sébaste), il ordonna de jeter au feu les reliques des prophètes Élisée et Jean-Baptiste. Dans la ville de Césarée de Philippe, il fit renverser la statue du Christ qui avait été confectionnée par l’Hémorroïse . Il donna également l’ordre de laisser les Juifs reconstruire leur temple à Jérusalem (lequel avait été détruit en l’an 70) avec les fonds de l’État, afin de manifester la tromperie des prophéties du Christ sur la fin du culte de l’ancienne Loi. Partout les chrétiens étaient persécutés avec une cruauté inouïe. C’est alors que Julien fit sortir Artème de sa prison, décidé à mettre fin à ses jours et à son influence sur le peuple. Après avoir fait couper en deux un gros rocher qui se trouvait près du théâtre, il fit étendre le saint sur l’une des parties et ordonna de laisser retomber sur son corps l’autre moitié. Lorsque la pierre s’affaissa, tous purent entendre le bruit des os qui se brisaient. On laissa ainsi le saint martyr jusqu’au lendemain, pensant qu’il avait rendu l’âme. Mais quel ne fut pas l’étonnement du tyran, lorsqu’on souleva la pierre et qu’il vit cet homme dont les os étaient broyés, les entrailles répandues à terre et les yeux arrachés, continuer à se moquer des faux dieux et à se glorifier dans la Croix du Christ. Loin de se convertir devant ce prodige, Julien ordonna de le décapiter. Artème accueillit avec joie cette sentence, et éleva ses mains vers le ciel pour rendre grâce à Dieu et prier pour le salut de l’Église. Il se rendit seul jusqu’au lieu de l’exécution, se prosterna trois fois vers l’Orient, puis il présenta avec joie sa nuque au glaive du bourreau. Une pieuse et noble dame acquit par la suite le corps du saint martyr et le fit transporter à Constantinople où, pendant des siècles, il fut vénéré avec ferveur par les fidèles et accomplit d’innombrables guérisons .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire du saint grand-martyr, ton 4
Ton Martyr, Seigneur, pour le combat qu’il a mené * a reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animé de ta force, il a terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par ses prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Kondakion du saint grand-martyr, ton 2
Tous ensemble, acclamons par des hymnes, comme il se doit, * le porteur de couronne, le Témoin de la foi, * Artème, le sublime martyr, * l’abondante source de merveilleuses guérisons, * car auprès du Seigneur il intercède pour nous tous.

ÉVANGILE DU JOUR
(Lc IX, 18-22)
Un jour que Jésus priait à l’écart, ayant avec lui ses disciples, il leur posa cette question: Qui dit-on que je suis? Ils répondirent: Jean Baptiste; les autres, Élie; les autres, qu’un des anciens prophètes est ressuscité. Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis? Pierre répondit: Le Christ de Dieu. Jésus leur recommanda sévèrement de ne le dire à personne. Il ajouta qu’il fallait que le Fils de l’homme souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu’il fût mis à mort, et qu’il ressuscitât le troisième jour.

13 octobre (ancien calendrier)/26 octobre (nouveau)

13 octobre (ancien calendrier)/26 octobre (nouveau)

Saint Carpe, évêque de Thyatire, saint Papyle, diacre, saint Agathodore et sainte Agathonique, martyrs à Pergame (251) ; saint Florent, martyr à Thessalonique (vers 310) ; saint Benjamin, diacre, martyr en Perse (vers 424) ; saint Nicétas, moine à Constantinople, confesseur (vers 838) ; saint Benjamin des Grottes de Kiev (XIV) ; saint Mélèce, patriarche d’Alexandrie (1601)  sainte Chrysie, néo-martyre (1795) ; saint Alexis (Medvedkov), prêtre à Ugine en Savoie, translation des reliques(2004) ; saints Néomartyrs de Russie : Innocent (Kikine) et Nicolas (Ermolov) (1937), prêtres.

Saint Carpe, ÉvÊque de Thyatire, saint Papyle, diacre, saint Agathodore et sainte Agathonique, martyrs à Pergame

Saint Carpe, évêque de Thyatire, saint Papyle, diacre, saint Agathodore et sainte Agathonique, martyrs à Pergame (251)

Ces saints martyrs vécurent sous l’empereur Dèce (vers 250) et le proconsul d’Orient Valérien. Carpe était le fils d’un prêtre des idoles. Il crut au Christ, fut baptisé et devint quelque temps plus tard évêque de l’Église de Pergame, fondée par saint Jean le Théologien. Papyle était originaire de Thyatire (auj. Akhisar). Catéchisé et baptisé par Carpe, il fut ordonné diacre et demeura avec son évêque et père spirituel à Pergame pour y répandre la parole de Dieu. Comme Carpe et Papyle n’avaient pas voulut obéir à l’édit de l’empereur, qui commandait de livrer aux autorités les vases et les vêtements sacrés, ils furent arrêtés et emmenés devant le proconsul Valérien. Ils confessèrent sans crainte le Seigneur, et se déclarèrent prêts à endurer toutes les souffrances plutôt que de renier le Christ pour adorer des idoles inanimées. Le magistrat, emporté par la colère devant leur assurance, les fit attacher derrière des chevaux et les força à courir devant son char, de Thyatire à Sardes, villes éloignées d’environ soixante kilomètres. Parvenus à Sardes, les saints martyrs furent attachés au chevalet et écorchés vif au moyen d’ongles de fer. Comme Carpe restait souriant sous les supplices, le gouverneur étonné lui en demanda la raison. Le saint lui répondit : « J’ai vu la gloire du Seigneur et je me suis réjoui ! »

Agathodore, serviteur de Carpe, et qui avait suivi son maître, reçut alors d’un ange la certitude intérieure que le temps était venu pour lui aussi de confesser le Christ Dieu par son sang. Il s’avança donc devant les bourreaux et proclama publiquement sa foi. Ces derniers s’emparèrent aussitôt de lui, ils l’étendirent sur le chevalet avec les deux autres martyrs, et le frappèrent de verges avec une telle violence qu’il en mourut.

Papyle fut attaché à quatre pieux très hauts, qu’on dressa avant de le livrer à la lapidation. Comme, par protection divine, il était sorti indemne de cette épreuve, il comparut de nouveau devant le gouverneur en compagnie de Carpe. Après les avoir traînés sur le dos dans les ronces, on leur en frappa ensuite le ventre, avant de les jeter en pâture aux fauves dans l’amphithéâtre. Mais là — ô miracle ! — un lion prit une voix humaine pour reprocher leur cruauté aux tortionnaires des saints martyrs du Christ. Ceux-ci, se bouchant les oreilles pour ne pas reconnaître ce que même les animaux sans raison confessaient, clouèrent des sandales de fer aux pieds des saints et les précipitèrent dans une fournaise ardente. Avant d’expirer sous la morsure des flammes crépitantes, Carpe s’écria : « Sois béni, Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui as daigné me faire, moi pécheur, participant de ton héritage ! »
Au moment où il rendait son âme à Dieu, une voix de femme se fit entendre : « Moi aussi j’ai aperçu le glorieux festin, et je veux m’y asseoir pour y prendre part ! » Malgré les vaines tentatives de ses proches, qui lui rappelaient ses devoirs envers son jeune enfant, cette jeune femme, nommée Agathonique, rejetant la faiblesse naturelle de son sexe, se précipita dans les flammes en s’écriant : « Seigneur, secours-moi, car j’ai fui vers toi ! » Puis son âme partit vers les demeures célestes, pour jouir de la fraîcheur de la rosée divine avec ses compagnons.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des saints martyrs Carpe, Papyle, Agathodore et Agathonique, ton 4
Tes Martyrs, Seigneur, pour le combat qu’ils ont mené * ont reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animés de ta force, ils ont terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Kondakion des saints martyrs Carpe, Papyle, Agathodore et Agathonique, ton 4
Sur terre le Seigneur nous a donné * comme un trésor de grand prix * et comme source faisant jaillir des flots de guérisons * vos reliques sacrées: * elles soignent les maladies et toutes sortes de maux * et procurent à nos âmes la grâce abondamment; * c’est pourquoi nous célébrons votre fête, Carpe et Papyle, d’un même chœur.

Évangile du jour
(Lc VII, 36-50)

Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se mit à table. Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum,
et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. Le pharisien qui l’avait invité, voyant cela, dit en lui-même: Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c’est une pécheresse. Jésus prit la parole, et lui dit: Simon, j’ai quelque chose à te dire. -Maître, parle, répondit-il. Un créancier avait deux débiteurs: l’un devait cinq cents deniers, et l’autre cinquante. Comme ils n’avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l’aimera le plus? Simon répondit: Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus lui dit: Tu as bien jugé. Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon: Vois-tu cette femme? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as point donné d’eau pour laver mes pieds; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as point donné de baiser; mais elle, depuis que je suis entré, elle n’a point cessé de me baiser les pieds. Tu n’as point versé d’huile sur ma tête; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés: car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu. Et il dit à la femme: Tes péchés sont pardonnés. Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes: Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés? Mais Jésus dit à la femme: Ta foi t’a sauvée, va en paix.

7 octobre (ancien calendrier)/20 octobre (nouveau)

7 octobre (ancien calendrier)/20 octobre (nouveau)

Saints martyrs Serge et Bacque (292) ; saints martyrs Julien, prêtre et Césaire, diacre, martyrs en Campanie (I), sainte Pélagie de Tarse (290), saint hiéromartyr Polychrone, prêtre (IV), saint Gustave (ou Auguste), abbé à Brives (560), saint Palais, évêque de Saintes (596), saint Serge l’Obéissant, de la Laure des Grottes de Kiev (1412), saint Serge de Vologda (1412), saint Joseph du Khèvi (Géorgie, 1763) saint Jonas, évêque de Hankou (Mandchourie, 1925), saint hiéromartyr Nicolas (Kazanksy), prêtre (1942).

SAINTS MARTYRS SERGE ET BACQUE

Saint Serge et saint Bacque vivaient à Rome sous l’empereur Maximien qui leur avait confié, malgré leur jeune âge, de hautes charges dans la Garde des Gentils (Schola Gentilium). Serge en était « primicerius » et Bacque « secundicerius ». Constatant la faveur dont ils jouissaient auprès du souverain, certains courtisans les dénoncèrent comme chrétiens. Dans un premier temps, l’empereur ne prêta pas crédit à ces accusations. Puis, pris de doute sur la fidélité de ses serviteurs à la religion de l’État, il décida d’organiser une grande cérémonie avec des sacrifices offerts à Zeus, pour voir si Serge et Bacque allaient y participer. Les deux jeunes officiers furent les seuls à ne pas se présenter, et ils se tenaient à l’extérieur du temple en priant le vrai Dieu. Prenant ce geste pour un acte de révolte, l’empereur furieux les fit comparaître devant lui et les interrogea sur la raison de leur désobéissance. Serge et Bacque lui répondirent : « Nous devons te servir comme de fidèles serviteurs uniquement dans ton armée terrestre, ô Empereur. Quant à nous séparer du seul vrai Dieu que nous adorons pour offrir un culte aux dieux inanimés, ni le fer ni le feu ne pourront nous y contraindre. Car nous ne considérons rien de plus heureux que de souffrir pour la foi. » Maximien ordonna de les dépouiller sur-le-champ des marques de leur dignité et de les revêtir de vêtements féminins. Ainsi affublés et chargés de lourds anneaux de fer au cou, les martyrs furent traînés par les rues et livrés à la risée publique.

Après un second interrogatoire, l’empereur ordonna de les conduire, de garnison en garnison, jusqu’à la ville de Barbalissos sur l’Euphrate, où se trouvait le gouverneur du diocèse d’Orient, Antiochus, homme particulièrement cruel, mais qui devait sa charge à l’intervention des saints. Il essaya d’abord de les convaincre de se rendre à la volonté du souverain. Mais les saints jeunes gens, ayant été encouragés de nuit par un ange qui était apparu dans leur prison, ne furent intimidés ni par ses flatteries ni par ses menaces. On enferma Serge dans un cachot, tandis que l’on soumettait Bacque à la torture. Il fut si cruellement frappé à coups de nerfs de bœuf qu’il en remit son âme à Dieu dans la joie de rejoindre l’armée des anges et des saints. Le lendemain, on fit comparaître Serge, dont la seule tristesse était de rester encore dans ce monde de vanité, alors que son compagnon jouissait déjà de la béatitude. Après avoir vainement essayé de le faire apostasier en lui rappelant sa gloire passée et en le menaçant des plus cruels supplices, Antiochus lui fit mettre des chaussures garnies, à l’intérieur, de clous et il l’obligea à courir devant son char sur une distance de plus de quinze kilomètres, jusqu’au fort de Tetrapyrgia (auj. Qseyras-Sêlé). Élevé au-dessus de la souffrance par la joie de participer à la Passion du Seigneur, le jeune homme courait avec allégresse en chantant des psaumes. Pendant la nuit, un ange vint guérir ses plaies, si bien qu’il réapparut le lendemain devant le gouverneur, frais et dispos pour de nouveaux combats. Parvenu à l’étape suivante, Rosapha, Antiochus donna l’ordre de le décapiter. En arrivant sur le lieu de l’exécution, saint Serge sollicita de ses bourreaux quelques instants, pendant lesquels il éleva vers Dieu de ferventes prières pour ses persécuteurs. Puis il inclina de lui-même la tête sous le glaive et partit rejoindre Bacque dans le Royaume céleste.
Les habitants du bourg de Sura, où Bacque avait été martyrisé, voulurent enlever secrètement le corps de Serge, mais le martyr suscita un incendie pour les en empêcher. Les chrétiens de Rosapha accoururent alors sur les lieux, chassèrent les voleurs et mirent la sainte relique en sûreté. Par la suite, on bâtit une église sur le tombeau de saint Serge, qui devint un des sanctuaires les plus vénérés de tout l’Orient, de sorte que l’endroit prit le nom de Sergiopolis. Des fragments de ses saintes reliques furent dispersés dans tout le monde chrétien.

SAINT JONAS, ÉVÊQUE DE HANKOU

Saint Jonas (Pkrovsky) naquit à Kalouga en 1888 et reçut le nom de Volodya au saint baptême. Devenu orphelin à l’âge de huit ans, il fut élevé par le diacre du village, qui l’envoya étudier au séminaire de sa ville natale. De là, il poursuivit ses études à l’Académie ecclésiastique de Kazan. Parvenu en troisième année, il fut tonsuré moine au monastère d’Optino, et garda pendant le reste de sa vie un lien spirituel avec les startsi. À l’issue de ses études, on lui confia l’enseignement du cours sur le Nouveau Testament, charge qu’il accepta contre son gré, sur la recommandation de son père spirituel, saint Gabriel de Sedmiozernaja [24 sept.]. Il fut ensuite ordonné prêtre et enseigna à l’Académie jusqu’à l’âge de trente ans. Lorsque les bolcheviques s’emparèrent du pouvoir (1918), il fut obligé de quitter Kazan pour Perm. Arrêté, il fut si cruellement frappé, qu’il en perdit conscience. Pendant le voyage qui l’emmenait à Tobolsk pour y être jugé, il réussit à s’échapper et à rejoindre les troupes de l’Armée Blanche, où il servit comme chapelain. Il partagea les tribulations de son détachement au cours de sa retraite à travers les montagnes du Turkestan et le désert de Gobi, où de nombreux Russes avaient trouvé refuge. Parvenu à Pékin, il fut bientôt ordonné évêque de Manchourie. Au moment de son arrivé en Chine (1922), la ville frontière de Manjouria (auj. Manchouli) était remplie de réfugiés russes, qui ne possédaient que les vêtements qu’ils portaient. Les habitants leur venaient en aide autant qu’ils le pouvaient, mais le pain manquait pour nourrir les enfants.

Pendant les trois années de son épiscopat, saint Jonas, se faisant tout pour tous, devint l’ange gardien et l’inspirateur de ses brebis spirituelles, qui retrouvèrent auprès de lui courage et espérance. Il célébrait la Divine Liturgie comme s’il était déjà transporté au ciel devant l’autel céleste, et ses sermons étaient dotés d’une telle force que personne ne voulait en manquer un seul mot. Apôtre de la charité en ces temps d’extrême misère, il nourrissait les affamés, accueillait les étrangers, distribuait des vêtements et visitait les malades. Il organisa aussi la vie de la communauté des exilés, répara les bâtiments de l’église, ouvrit une bibliothèque, organisa une soupe populaire, fonda une clinique ainsi qu’une école secondaire. Les enfants aimaient leur évêque plus que leurs propres parents, et lorsqu’il leur enseignait le catéchisme, ils étaient tellement captivés par ses paroles, qu’ils pouvaient ensuite les répéter de mémoire et sans effort.

Homme de prière, qui n’avait en rien renoncé à ses devoirs monastiques, saint Jonas avait su se transformer en homme d’action efficace, et tout ce qu’il entreprenait pour le soulagement de ses ouailles réussissait, malgré les énormes difficultés qu’il rencontrait. Ayant connu lui-même la condition d’orphelin, il fonda un orphelinat qui, dès la première année, abritait vingt-huit enfants, envers lesquels il faisait preuve d’une affection paternelle. Il se donnait sans compter à sa tâche pastorale, à tel point qu’après avoir pris soin d’un prêtre atteint de typhoïde, il contracta une amygdalite chronique, mais il n’en cessa pas pour autant ses activités. Un jour, il se rinça la gorge avec du kérosène, en pensant qu’il servirait d’antiseptique, mais cela conduisit rapidement à un empoisonnement du sang. Quand il devint évident que la mort approchait, le saint se prépara imperturbablement à son passage à l’éternité. Dans son Testament, dont plusieurs milliers d’exemplaires furent distribués lors de ses funérailles, il écrivait : « Je commencerai par ces mots de l’Apôtre : Enfants, aimez-vous les uns les autres… Et je finirai par ces mêmes mots : Aimez-vous les uns les autres. Tel est le commandement de votre évêque. Ne laissez pas les enfants à l’abandon… Pardonnez-moi, par amour du Christ, et ne m’oubliez pas dans vos prières… De sorte que dans l’éternité, nous nous tenions tous avec confiance devant le redoutable tribunal du Christ. »

Après avoir dit adieu et avoir béni ceux qui étaient rassemblés autour de lui, il revêtit l’épitrachilion et les manchettes qui avaient appartenu au starets Ambroise d’Optino, et commença à lire à haute voix, en faisant des prosternations, le canon pour les agonisants. On l’allongea ensuite sur son lit et, après qu’il eut rendu grâce à Dieu, son âme fut transférée dans le monde qui ne connaît ni maladie, ni affliction, ni gémissement, mais l’éternelle joie du Seigneur (7 octobre 1925). Un enfant qui était paralysé depuis longtemps se mit alors à courir et s’écria : « Maman, l’évêque Jonas m’est apparu et m’a dit : “Voici, je te donne mes jambes, elles me sont désormais inutiles ! ” »

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire des saints martyrs Serge et Bacque, ton 5
Ornements des martyrs du Christ, vous qui fûtes les yeux de l’Église du Christ, illuminez les yeux de nos âmes, Serge le très-éprouvés et Bacque le très-glorieux. Priez le Seigneur, pour que nous fuyions les ténèbres du péché et que nous devenions participants à la lumière sans déclin par vos prières.

Tropaire de saint Jonas de Hankou, ton 4
Tu fus un bon pasteur et le havre des Russes qui se trouvaient à l’étranger, les guidant vers l’amour du Christ, te montrant en toutes choses un exemple d’amour sans hypocrisie, aussi, saint hiérarque Jonas, prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.

Kondakion des saints martyrs Serge et Bacque, ton 2
Avec courage ayant affronté les ennemis, vous avez fait détruit leur tromperie et d’en haut ayant reçu la victoire, illustres Martyrs, d’un même cœur vous vous êtes écriés: il est bon et agréable d’habiter avec Dieu.

Kondakion de saint Jonas de Hankou, ton 3
Tu n’as pas empêché les enfants de venir à toi, ô bienheureux en Dieu, te souciant de leurs besoins et leur créant un foyer ; après ton trépas, tu ne les as pas délaissé, guérissant un enfant paralysé lors d’une vision nocturne. Aussi, nous t’acclamons : Réjouis-toi, thaumaturge, Jonas le très-glorieux.

Évangile du jour
(Lc VI,37-45)

Ne jugez point, et vous ne serez point jugés; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés; absolvez, et vous serez absous. Donnez, et il vous sera donné: on versera dans votre sein une bonne mesure, serrée, secouée et qui déborde; car on vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis. Il leur dit aussi cette parabole: Un aveugle peut-il conduire un aveugle? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse? Le disciple n’est pas plus que le maître; mais tout disciple accompli sera comme son maître. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil? Ou comment peux-tu dire à ton frère: Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. Ce n’est pas un bon arbre qui porte du mauvais fruit, ni un mauvais arbre qui porte du bon fruit. Car chaque arbre se connaît à son fruit. On ne cueille pas des figues sur des épines, et l’on ne vendange pas des raisins sur des ronces. L’homme bon tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et le méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor; car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.

30 août (ancien calendrier) / 12 septembre (nouveau)

30 août (ancien calendrier) / 12 septembre (nouveau)

Saints Alexandre (340), Jean (595) et Paul le Jeune (784), patriarches de Constantinople ; saint Eulalos, évêque de Chypre (IV) ; saint Christophore le Romain (VI) ; saint Fantin le thaumaturge de Thessalonique (IX-X) ; saint Alexandre de Svir (1533) ; transfert des reliques de saint Alexandre de la Neva (1724) ; synaxe des saints hiérarques serbes : Sava (1237), Arsène Ier (1266), Sava II (1269), Eustathe Ier (vers 1285), Jacques (1292), Nicodème (1325), Daniel (1338), Joannice II (1354), Ephrem II (après 1395), Spiridon (1388), Macaire (1574), Gabriel I (1659) et Grégoire ; saints néo-martyrs de Russie : Pierre (Rechetnikov), prêtre (1918), Apollinaire (Mosalitinov), moine (1918), Paul (Malinovsky), prêtre, Elisabeth (Yariguine), moniale et Théodore (Ivanov) (1937), Ignace (Lebedev), moine (1938), Pierre (Tcheltsov), confesseur, prêtre (1972).

VIE DES SAINTS ALEXANDRE, JEAN ET PAUL LE JEUNE, PATRIARCHES DE CONSTANTINOPLE
D’origine modeste et dépourvu de connaissances livresques, mais brillant par ses vertus et ses charismes apostoliques, saint Alexandre fut jugé digne d’assister saint Métrophane, l’archevêque de Byzance, en qualité d’archiprêtre. Après la victoire de saint Constantin sur Licinius, l’empereur organisa une joute oratoire entre Alexandre et les rhéteurs païens de Byzance. Comme l’un des philosophes accusait l’empereur Constantin d’innover en matière de religion, Alexandre se tint devant lui et dit : « Je t’ordonne, au Nom du Christ, le seul vrai Dieu, de te taire ! » Et aussitôt, le rhéteur devint muet et tous reconnurent la puissance de la vrai foi. Saint Métrophane étant malade et trop âgé pour se rendre au premier Concile Œcuménique de Nicée (325), c’est en son nom qu’Alexandre y siégea. On raconte qu’après la clôture du Concile, l’empereur Constantin demanda à tous les Pères théophores qui y avaient brillé, de venir à Constantinople, qu’il venait de fonder, pour la bénir. Un ange du Seigneur apparut alors à saint Métrophane et lui révéla que, devant remettre son âme à Dieu dix jours après, il lui fallait laisser le bienheureux Alexandre pour successeur. Les Pères se réjouirent à cette nouvelle, et après avoir célébré les funérailles de saint Métrophane, ils intronisèrent solennellement saint Alexandre comme premier évêque de la nouvelle capitale de l’Empire (327). À la suite du Concile, saint Alexandre, qui était âgé de près de quatre-vingt-six ans, s’illustra dans la défense de la foi orthodoxe contre les intrigues suscitées par Arius et ses partisans, et certains rapportent qu’il entreprit des voyages apostoliques en Thrace, Macédoine, Thessalie et dans les îles pour y prêcher la foi du Concile de Nicée.

Convoqué à Nicomédie pour rendre compte de sa foi, Arius réussit à tromper l’empereur en signant une profession de foi où il se contentait de dire que le Fils de Dieu est né avant tous les siècles. Il demanda alors sa réintégration dans l’Église et, sous la pression d’Eusèbe de Nicomédie, l’empereur regarda favorablement sa demande et demanda aux évêques réunis en concile à Tyr de l’examiner (335). Ce concile, composé essentiellement de partisans d’Arius, se tourna en jugement inique contre saint Athanase, qu’on traitait de sorcier, de brute et de semeur de discorde. Alors que saint Athanase réussissait à s’embarquer en secret pour Constantinople, où il essaya vainement de se faire entendre de l’empereur, le concile prononçait sa déposition, qui aboutit à une sentence d’exil à Trèves. Arius essaya de rentrer à Alexandrie, mais une émeute ayant éclaté contre lui, l’empereur le rappela à Constantinople, en vue de le faire recevoir dans la communion de saint Alexandre. Eusèbe de Nicomédie et les siens exercèrent toutes sortes de pressions sur le saint prélat et firent les préparatifs pour la célébration d’une Liturgie, où il devait communier avec l’hérétique. Saint Alexandre se réfugia dans l’église Sainte-Irène et, prosterné devant le saint autel, il priait jour et nuit avec force larmes, en disant au Seigneur : « Si Arius doit être réconcilié à l’Église, laisse partir ton serviteur. Mais si Tu as pitié de ton Église et ne veux pas livrer ton héritage à la honte, retire Arius, afin que l’hérésie ne soit pas prise pour la vraie foi. » Le samedi, veille du jour où devait se dérouler la cérémonie, alors qu’il se trouvait sur l’agora proche de la colonne de porphyre dressée par Constantin, Arius fut soudain pris d’un besoin naturel et, ses entrailles ayant éclaté, il périt lamentablement dans le lieu d’aisance, se trouvant ainsi privé de la communion et de la vie. Quand il apprit cette nouvelle, saint Alexandre rendit grâce à Dieu, non pour la mort d’autrui, mais parce qu’Il avait manifesté une fois de plus que, même avec l’appui du pouvoir et des puissants de ce monde, l’hérésie ne pouvait l’emporter sur la vérité de l’Église. Cependant les troubles n’en cessèrent pas pour autant, et saint Alexandre dut continuer à lutter pour l’Orthodoxie. Il s’endormit en paix, quelques mois après la mort de saint Constantin (337), à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, pour remporter au Ciel la récompense de ses travaux apostoliques. Il confia à saint Paul [6 nov.], la succession dans l’épiscopat et dans la lutte pour l’Orthodoxie.

Bien qu’on ne sache pas au juste lequel des patriarches Jean est commémoré aujourd’hui, on peut supposer qu’il s’agit de Jean VIII Xiphilinos, qui siégea de 1064 à 1075, année où il mourut âgé de soixante-cinq ans. Originaire de Trébizonde, il reçut sa formation à Constantinople, où il devint l’ami de Michel Psellos, sans partager toutefois l’attrait de ce dernier pour la philosophie néoplatonicienne, qui devait le conduire à l’hérésie. Comme il était éminemment versé dans les sciences juridiques, on lui confia l’enseignement du droit à l’Université impériale que Psellos s’efforçait de restaurer. Injustement accusé par les milieux de cour, Jean dut quitter la capitale et, après avoir reçu l’Habit monastique, il vécut une dizaine d’années dans un monastère du Mont Olympe de Bithynie. À la mort du patriarche Constantin III Lichoudès (1063), il fut rappelé par l’empereur Constantin Doukas et consacré, malgré ses réticences, patriarche œcuménique. En un temps troublé par la menace grandissante des Turcs Seljoukides, il fut un homme de paix et de conciliation, et s’efforça d’établir un rapprochement avec l’Église arménienne. Le patriarche Jean vécut toute sa vie dans une grande pauvreté et une parfaite pureté de mœurs. Il distribuait en aumônes tout ce qu’il avait, organisa des distributions publiques de vivres et contribua à la construction ou à la restauration de nombreuses églises. Il célébrait quotidiennement la Divine Liturgie, indifférent aux critiques que les prélats mondains lui adressaient à ce sujet, et excellait dans l’interprétation des dogmes et règlements canoniques de l’Église.

Saint Paul IV dit le Jeune était originaire de Chypre. Il occupait le rang de lecteur et brillait tant par ses paroles que par ses actions vertueuses, quand il fut élu contre son gré patriarche, le second Dimanche du Carême 780, après une longue vacance du siège, causée par l’hérésie iconoclaste. Sous la pression du terrible empereur Léon IV le Khazar, il dut alors souscrire un document, dans lequel il déclarait ne pas rendre de culte aux images. Mais l’empereur mourut peu après son ordination, et il se rétracta. L’hérésie continuait cependant de répandre son venin, et comme le patriarche, malade, se trouvait impuissant à lui résister, il préféra renoncer à sa charge pour se retirer au monastère de Florus, sans en avertir toutefois l’impératrice régente sainte Irène [7 août]. Aussitôt prévenus la souveraine et son fils Constantin VI se rendirent auprès du saint prélat pour lui demander la raison de sa démission. Le bienheureux Paul, en larmes, leur déclara : « Je n’aurais pas dû accepter de siéger à la tête d’une Église qui s’est séparée de la communion avec les autres trônes. » L’ayant quitté pleins de tristesse et d’amertume, les souverains lui envoyèrent une ambassade de patriciens et de membres du Sénat, pour essayer de le fléchir. Il leur dit avec fermeté : « Si l’on ne réunit pas un Concile Œcuménique pour corriger l’erreur qui est au milieu de nous, il n’y a point de salut pour vous. » Comme ils lui demandaient pourquoi il avait accepté de signer le libelle de l’empereur hérétique, il répondit : « C’est pour cette raison que je me lamente et que j’ai décidé de faire pénitence, en priant Dieu qu’il ne me châtie pas pour avoir manqué de prêcher la vérité par crainte de votre folie. » Il s’endormit en paix deux ou trois mois après (784), suscitant un grand deuil au palais et parmi les Orthodoxes, car tous l’admiraient pour sa vertu et sa piété. Grâce à son exhortation et à la ferme résolution de l’impératrice et de son successeur, saint Taraise [25 fév.), on commença alors à préparer le Septième Concile Œcuménique qui devait rétablir le culte des saintes icônes (787).

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Jean Baptiste, ton 2
Le souvenir du juste s’accompagne d’éloges. Mais à toi, Précurseur, le témoignage du Seigneur suffit. Tu as été vraiment le plus grand des prophètes, car tu fus jugé digne de baptiser dans les eaux Celui qu’ils avaient seulement annoncé. Aussi as-tu combattu courageusement pour la Vérité, heureux d’annoncer, même aux captifs des enfers, l’apparition du Dieu fait chair, qui ôte le péché du monde et nous fait grande miséricorde.

Tropaire des saints patriarches de Constantinople, ton 4
Dieu de nos Pères, * dont la clémence agit toujours envers nous, * n’éloigne pas de nous ta miséricorde, * mais par leurs supplications * gouverne notre vie dans la paix.

Tropaire de saint Alexandre de la Neva ton 4
Reconnais tes fères, ô Joseph de Russie, toi qui règnes non en Égypte, mais dans les cieux, Alexandre le prince à la vraie foi, et reçois leurs supplications, accroissant les moissons de ton peuple par la fertilité de ta terre, et protègeant les cités de ta domination par tes supplications, et combats avec les chrétiens orthodoxes contre nos adversaires.

Kondakion des saints patriarches de Constantinople, ton 8
Enflammés par l’amour du Christ, Pontifes glorieux, * comme joug vous avez pris sa précieuse Croix * et, vous étant montrés les imitateurs de sa vie, * à sa divine gloire vous participez, * admirable Alexandre, vénérable Jean, illustre Paul; * devant son trône où maintenant vous vous tenez, * sans cesse priez-le pour que nos âmes soient sauvées.

Kondakion de la décollation de saint Jean Baptiste, ton 5
La glorieuse décollation du Précurseur constitua un dessein divin : il devait annoncer la venue du Sauveur à ceux qui se trouvaient dans les enfers. Que se lamente Hérodiade, qui commanda le crime inique : elle n’aima point la loi de Dieu, ni l’éternité pleine de vie, mais le factice, l’éphémère.

Kondakion de saint Alexandre de la Neva ton 4
Comme tes parents Boris et Gleb, qui t’apparurent depuis le ciel pour t’aider, alors tu combattais Velgar le Suédois et ses guerriers, ainsi, maintenant, bienheureux Alexandre, viens à l’aide de tes compatriotes et combats ceux qui nous combattent.

Évangile du jour
(Mc III, 6-12)

Les pharisiens sortirent, et aussitôt ils se consultèrent avec les hérodiens sur les moyens de le faire périr. Jésus se retira vers la mer avec ses disciples. Une grande multitude le suivit de la Galilée; et de la Judée, et de Jérusalem, et de l’Idumée, et d’au delà du Jourdain, et des environs de Tyr et de Sidon, une grande multitude, apprenant tout ce qu’il faisait, vint à lui. Il chargea ses disciples de tenir toujours à sa disposition une petite barque, afin de ne pas être pressé par la foule. Car, comme il guérissait beaucoup de gens, tous ceux qui avaient des maladies se jetaient sur lui pour le toucher. Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se prosternaient devant lui, et s’écriaient: Tu es le Fils de Dieu. Mais il leur recommandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.

26 août (ancien calendrier) / 8 septembre (nouveau)

26 août (ancien calendrier) / 8 septembre (nouveau)

Mémoire de la Translation de l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Vladimir à Moscou ; Saint Adrien et son épouse sainte Nathalie, martyrs à Nicomédie (305-311) ; sainte Pélagie, veuve à Limoges (vers 584) ; saint Adrien, moine au monastère d’Ondroussov (1550) ; bienheureuse Marie de Diveevo (1931) ; saints néo-martyrs de Russie : Pierre (Yevlev), prêtre (1918) ; Georges (Kossov), confesseur, prêtre (1928) ; Victor (Ellansky), prêtre, Romain (Medved), confesseur, prêtre, Dimitri (Morozov) et Pierre (Bordan) (1937).

L’ICÔNE MIRACULEUSE DE LA MÈRE DE DIEU DE VLADIMIR
En 1395, comme l’armée tatare de Tamerlan (Temir Axaka) s’approchait de Moscou, annonçant de terribles pillages, le métropolite saint Cyprien fit venir de Vladimir à Moscou, l’icône de la Mère de Dieu, dit « de Vladimir ». Grâce à l’intercession de la Toute-Sainte, l’invasion fut repoussée de façon miraculeuse. En signe d’actions de grâces, saint Cyprien décida de fonder à Moscou le monastère de la Sainte-Rencontre (Sretensky), sur le lieu où la sainte icône avait été accueillie, et il institua la fête de ce jour à la gloire de la puissante Protectrice de la Cité chrétienne.
VIE DES SAINTS MARTYRS ADRIEN ET NATHALIE

Saint Adrien et son épouse sainte Nathalie, martyrs à Nicomédie (305-311)

Saint Adrien était un officier de haut rang dans l’armée romaine. Âgé de vingt-huit ans, il vivait à Nicomédie avec son épouse Nathalie, au début de la persécution de Dioclétien (vers 300). L’empereur avait alors fait arrêter vingt-trois chrétiens qui s’étaient cachés dans une grotte, et il les avait soumis à toutes sortes de supplices. Ayant assisté à la scène, Adrien leur demanda : « Pour quelle raison endurez-vous ces supplices intolérables et ces terribles tortures ? » Ils répondirent : « Nous endurons tout cela pour gagner les délices réservées par Dieu à ceux qui souffrent pour lui, délices que ni l’ouïe ne peut entendre, ni la parole exprimer. » L’âme illuminée par la grâce divine, Adrien demanda alors aux scribes de joindre son nom à celui des chrétiens : « Ce sera pour moi un plaisir de mourir avec eux pour l’amour du Christ ! » s’écria-t-il. Il fut aussitôt chargé d’entraves et jeté en prison, dans l’attente du jugement. Quand Nathalie apprit que son mari venait d’être arrêté, pensant que c’était pour quelque mauvaise action, elle fondit en larmes. Mais lorsqu’on lui dit que c’était pour avoir confessé le Christ, elle revêtit aussitôt des habits de fête et courut à la prison. Embrassant les liens d’Adrien, elle loua sa résolution et l’encouragea à rester ferme dans les épreuves qui l’attendaient ; et, après avoir demandé aux autres martyrs de prier pour son époux, elle rentra chez elle. Quand Adrien apprit la sentence portée contre lui, il obtint l’autorisation d’aller annoncer à sa femme la date de l’exécution. Dès qu’elle le vit arriver libre, Nathalie crut qu’il avait été relâché en reniant le Christ Sauveur, et elle ferma la porte de la maison pour empêcher Adrien d’entrer. L’invectivant pour sa lâcheté, elle lui lança ces paroles du Seigneur : Celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux (Mt 10, 33). Mais, dès qu’Adrien lui apprit la raison de sa présence, elle lui ouvrit toutes grandes les portes, se précipita pour l’embrasser et décida de le suivre jusqu’au lieu du supplice. Le bienheureux comparut quelques jours après devant l’empereur et, ayant bravement confessé sa foi, il fut cruellement flagellé. Les soldats le renversèrent ensuite à terre et le frappèrent au ventre avec une telle violence que ses entrailles s’en répandirent sur le sol. Encouragé par les autres martyrs et par Nathalie qui lui disait à l’oreille : « Ne crains pas les tortures. La douleur est de courte durée, mais le repos sera éternel », le saint restait inébranlable. Quand on ramena les saints martyrs en prison, en les traînant car ils ne pouvaient plus marcher, Nathalie s’oignit avec dévotion du sang de son mari. De pieuses femmes vinrent panser les plaies des glorieux confesseurs dans leur cachot, mais lorsque l’empereur l’apprit, il leur en interdit l’accès. Nathalie se coupa alors les cheveux, et revêtant des habits masculins elle réussit à pénétrer dans la prison et prit soin des martyrs. Elle fut bientôt imitée par les pieuses femmes. Informé qu’on avait réussi à détourner ses prescriptions et que les détenus jouissaient de quelque consolation dans leurs souffrances, le tyran ordonna de leur broyer les jambes dans des étaux ; c’est ainsi qu’ils rendirent tous leur âme sous l’effet de la souffrance. Quand vint le tour d’Adrien, Nathalie l’encouragea et soutint même sa main que les bourreaux s’apprêtaient à trancher sur le billot. Et lorsque sa main tomba, le saint martyr remit son âme à Dieu, complétant ce chœur de glorieux martyrs. Comme le tyran avait commandé de détruire leurs dépouilles par le feu, Nathalie réussit à dérober la main coupée de son époux qu’elle cacha dans son sein. Les corps furent jetés au feu, mais une pluie violente vint soudain éteindre la fournaise. Un chrétien, nommé Eusèbe, réussit à s’emparer des précieuses reliques qu’il transporta à Argyropolis, où elles furent dignement ensevelies. Quelque temps après, un puissant général demanda Nathalie en mariage à l’empereur, mais fidèle à son époux, celle-ci pria devant la main d’Adrien, lui demandant d’intercéder pour lui épargner une telle épreuve. Grâce à l’intervention des martyrs, elle réussit à s’enfuir et, parvenue à Argyropolis, elle déposa la main d’Adrien avec le reste de son corps. Elle vécut là quelque temps, et après une apparition d’Adrien, elle tomba légèrement malade puis alla le retrouver dans le Royaume des cieux.
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de l’icône de Vladimir, ton 4
En ce jour triomphe la très glorieuse cité de Moscou, recevant, comme une aurore ensoleillée, ô Souveraine ton icône miraculeuse, vers laquelle nous accourons, en te priant et en nous écriant : ô merveilleuse Souveraine Mère de Dieu ! Prie le Christ notre Dieu qui s’est incarné de toi, afin qu’Il délivre cette cité, et toutes les villes et pays chrétiens de toutes les embûches des ennemis et quIl sauve nos âmes, car Il est miséricordieux.

Тropaire des saints martyrs Adrien et Nathalie, ton 4
Tes martyrs, Seigneur, par leurs combats, ont reçu de Toi, notre Dieu, la couronne incorruptible. Avec Ta force, ils ont renversé les tyrans et brisé même l’audace impuissante des démons. Par leurs supplications, ô Christ Dieu, sauve nos âmes.

Kondakion des saints martyrs Adrien et Nathalie, ton 4
Témoin du Christ, accueillant * dans ton cœur les saints propos * de ta pieuse femme, Adrien, * tu courus au-devant des tourments; * avec elle tu reçus la couronne des Martyrs.

Kondakion de l’icône de Vladimir, ton 8
À toi vaillante Stratège, nous offrons l’hymne de victoire. Délivrés des malheurs par la venue de Ta précieuse icône, ô Souveraine Mère de Dieu, nous célébrons joyeusement la fête de ta rencontre, et comme à l’habitude, nous te clamons : réjouis-toi, Épouse inépousée !

Évangile du jour
(Mc I, 29-35)

En sortant de la synagogue, ils se rendirent avec Jacques et Jean à la maison de Simon et d’André. La belle-mère de Simon était couchée, ayant la fièvre; et aussitôt on parla d’elle à Jésus. S’étant approché, il la fit lever en lui prenant la main, et à l’instant la fièvre la quitta. Puis elle les servit. Le soir, après le coucher du soleil, on lui amena tous les malades et les démoniaques. Et toute la ville était rassemblée devant sa porte. Il guérit beaucoup de gens qui avaient diverses maladies; il chassa aussi beaucoup de démons, et il ne permettait pas aux démons de parler, parce qu’ils le connaissaient. Vers le matin, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria.

25 aout (ancien calendrier) / 7 septembre (nouveau)

25 aout (ancien calendrier) / 7 septembre (nouveau)

Jour de jeûne

Translation des reliques du saint apôtre Barthélémy (VI) ; saint Tite, apôtre des 70, évêque de Gortyne, en Crète (I) ; saints Barsis et Euloge, évêques d’Edesse et Protogène, confesseur, évêque de Carrhée en Mésopotamie (IV) ; saint Ménas, patriarche de Constantinople (536-552) ; saint Yrieux (ou Arède), abbé dans le Limousin (591) ;  saints néo-martyrs de Russie : Moïse (Kojine), moine (1931) ; Vladimir (Mochtchansky), prêtre (1938).

Translation des reliques du saint et glorieux APÔTRE BARTHÉLEMY

Après avoir proclamé le Nom du Christ dans divers lieux, le saint Apôtre Barthélemy mourut crucifié en Arménie. Les fidèles de l’endroit déposèrent son corps dans un cercueil de plomb et le cachèrent à Urbanopolis. Comme il se produisait continuellement des guérisons auprès de la dépouille du saint, des foules de chrétiens accouraient pour recevoir le soulagement de leurs maux corporels et spirituels. Voyant cela, les païens, serviteurs du diable, furent pris de fureur et saisirent la première occasion pour s’emparer du sarcophage contenant la précieuse relique et le jeter à la mer, avec les restes de quatre autres martyrs : Papien, Lucien, Grégoire et Acace . Le sarcophage surnagea néanmoins miraculeusement et transmit en de nombreux endroits la bénédiction du saint par la présence de son corps. Traversant la mer Noire et l’Hellespont, il passa dans la mer Égée et dans l’Adriatique, pour aller finalement s’échouer sur la côte de l’île de Lipari. Les corps des quatre autres saints, qui avaient escorté saint Barthélemy dans toute cette traversée, s’arrêtèrent en des lieux divers, selon le bon vouloir de la Providence : Papien à Amila en Sicile, Lucien à Messine, Grégoire à Colimène en Calabre et Acace à Ascalos. Saint Barthélemy apparut en songe à l’évêque de Lipari, Agathon, qui se leva aussitôt et se rendit sur la plage, où il découvrit avec admiration le sarcophage de plomb. Il s’écria : « Ô Lipari, d’où te vient un tel trésor et une telle gloire ? Danse de joie, exulte de recevoir un tel bien, et écrie-toi : Sois le bienvenu, ô Apôtre du Seigneur ! » Les habitants du lieu se disputèrent alors pour savoir à qui reviendrait l’honneur de voir déposer la sainte relique dans sa propriété, afin d’y bâtir une église. Mais tous leurs efforts restèrent vains. Le sarcophage demeura comme scellé sur la plage, jusqu’à ce que l’évêque, à la suite d’une révélation, le fit tirer par une paire de vaches vers le lieu déterminé par la volonté de Dieu. À cet instant, un îlot qui se trouvait à proximité de Lipari, se déplaça de plus de sept stades sous l’action d’une force divine. Agathon y fit construire une église en l’honneur du saint, où les miracles abondèrent. Sous le règne de Théophile l’iconoclaste , l’île fut prise par les Arabes et désertée par ses habitants. Ayant appris cela, le gouverneur de la ville de Bénévent envoya des chrétiens d’Amalfi prendre la sainte relique, au devant de laquelle il se porta en compagnie de l’évêque, et il la fit déposer dans une église, où de nombreux fidèles purent profiter de la grâce qui en émanait .

TROPAIRE ET KONDAKION DU JOUR

Tropaire des saints Apôtres Barthélémy et Tite, ton 3
Ô saints Apôtres, intercédez auprès du Dieu de miséricorde, pour qu’Il accorde à nos âmes la rémission des péchés.

Kondakion du saint Apôtre Barthélémy, ton 4
En grand soleil tu parus sur le monde, * illuminant de tes splendides enseignements * et de tes miracles étonnants * ceux qui t’honorent, Barthélemy, saint apôtre du Seigneur.

Kondakion du saint Apôtre Tite, ton 2
Avec Paul, dont tu fus le compagnon, * tu nous annonças la parole de la grâce de Dieu, * bienheureux Tite, disciple choisi; * c’est pourquoi nous te disons: * Ne cesse pas d’intercéder pour nous tous.

Évangile du jour
(Mc I, 23-28)

Il se trouva dans leur synagogue un homme qui avait un esprit impur, et qui s’écria:
Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. Jésus le menaça, disant: Tais-toi, et sors de cet homme. Et l’esprit impur sortit de cet homme, en l’agitant avec violence, et en poussant un grand cri. Tous furent saisis de stupéfaction, de sorte qu’il se demandaient les uns aux autres: Qu’est-ce que ceci? Une nouvelle doctrine! Il commande avec autorité même aux esprits impurs, et ils lui obéissent! Et sa renommée se répandit aussitôt dans tous les lieux environnants de la Galilée.

24 août (ancien calendrier) / 6 septembre (nouveau)

24 août (ancien calendrier) / 6 septembre (nouveau)

Saint hiéromartyr Eutyque, disciple de St Jean le Théologien (Ier s.) ; saint Ouen, évêque de Rouen (684) ; transfert des reliques de saint Pierre, métropolite de Moscou (1479) ; saint Arsène de Komel (1550) ; saint hiéromartyr Cosmas, Égal-aux-Apôtres (1779) ; saint Aristocle de Moscou (1918) ; saint martyr Tation de Claudiopolis (305) ; sainte martyre Sira de Perse (558) ; saint Georges de Lemnos (vers 716) ; saint hiéromartyr Maxime (Sandovitch, Pologne 1914) ; saint martyr Séraphim Chakhmoutié, moine (Russie, 1946).

ST COSMAS D’ÉTOLIE, ÉGAL-AUX-APÔTRES
En ce jour, l’Église d’Hellade et, avec elle, toute l’Église Orthodoxe fête la mémoire du saint hiéromartyr Cosmas d’Étolie, qui est appelé « égal-aux-Apôtres » pour ses prédications dans tout le territoire hellénique, dont il fit quatre fois le tour, de la Crète en Albanie et à Constantinople et des îles ioniennes aux îles du Dodécanèse. Né en 1714, à l’époque du joug ottoman, dans le village de Megalo Dendron, il partit, à l’âge de vingt ans, pour le Mont Athos, et fut tonsuré moine au monastère de Philothéou. Il accomplit avec zèle les labeurs liés à la vie monastique, et fut ordonné prêtre. Durant presque deux décennies, Cosmas se consacra à la vie ascétique sous la direction d’anciens expérimentés, priant et purifiant son cœur. Tout en se trouvant loin du monde, des rumeurs lui parvenaient sur les nombreux chrétiens orthodoxes de Macédoine, d’Épire et d’Albanie qui renonçaient à la foi de leurs pères pour se convertir à l’Islam. Il décida alors, après avoir pris conseil de pères spirituels, de quitter le Mont Athos pour secourir le peuple orthodoxe asservi. « Que le Christ me perde, moi qui suis une seule brebis, et qu’Il gagne les autres !» dit-il. A l’âge de quarante-cinq ans, il rendit visite au Patriarche de Constantinople Séraphim II (+1761), qui lui donna sa bénédiction pour prêcher. Grâce à son labeur incessant, plus de deux-cent mille fidèles d’Épire du Nord restèrent fidèles à la foi orthodoxe. S. Cosmas prêchait avec une simplicité étonnante. Habituellement, il demandait avant toutes choses que l’on érigeât une grande croix en bois à l’endroit où il prêcherait. Une foule de deux à trois mille fidèles le suivait partout, si bien que c’était une véritable armée du Christ qui se déplaçait dans toute l’Albanie à la suite du saint. Avant de commencer sa prédication, il célébrait les vêpres et l’office d’intercession à la Mère de Dieu, puis, après avoir parlé, il laissait le soin aux quelques cinquante prêtres qui l’accompagnaient, de poursuivre son œuvre par la confession, la célébration de l’Office des saintes Huiles, la sainte Communion et la visite de chacun personnellement. Quant à la croix qui avait été dressée, elle y restait, et le Seigneur accomplissait en ce lieu nombre de miracles. Partout, une grande multitude de chrétiens se rassemblait et écoutaient avec piété ses paroles pleines de la grâce Divine, en recevant grande utilité pour leur âme. En outre, S. Cosmas ne disposait pas seulement du don de la parole, mais aussi de celui des miracles, dont celui de la clairvoyance. Il prédit nombre d’événements historiques qui allaient se dérouler dans les Balkans, dont la libération de la Grèce et aussi la vie de l’époque moderne, dont même le téléphone ! Le saint réussit à convaincre des Turcs de libérer un grand nombre de femmes chrétiennes qui étaient à leur service et qui risquaient de sombrer dans la débauche. En raison de la pauvreté ambiante, il n’y avait pas de fonts baptismaux dans la plupart des villages, si bien que le baptême n’était pas célébré par triple immersion. Troublé par cet état de fait, le saint convainquit certains de ses riches compatriotes de faire des dons pour acheter des cuves baptismales en cuivre, si bien qu’au total on en acheta plus quatre mille. S. Cosmas réunit de la même manière des fonds pour acheter des livres, œuvres des Saints Pères et enseignements chrétiens, des chapelets, des croix, des fichus. S. Cosmas s’occupait aussi des orphelins, des enfants affamés, dont les pères avaient péris des mains des tyrans. Le saint implorait les familles riches ou sans enfants d’accueillir chez eux un ou deux orphelins, leur disant que la bénédiction Divine se répandra abondamment sur leur maison. Un grand nombre d’enfants furent ainsi sauvés. Traversant les villages, le saints fut fortement affligé qu’il n’y ait pas d’écoles grecques : « Ouvrez des écoles », implorait-il partout, « apprenez, apprenez les lettres, mes frères, autant que vous le pouvez… Enseignez aux enfants, afin qu’ils sachent bien la langue grecque, car c’est la langue de notre Église. Si, mon frère, tu ne sais pas la langue grecque, tu ne pourras comprendre ce que dit notre Église. L’école ouvre l’église, l’école ouvre les monastères ». Par sa prédication ardente, il obtint que l’on fermât le marché le dimanche, et que l’on l’ouvrît le samedi, à la fureur des Juifs, qui le livrèrent aux Turcs en 1779. La nuit précédant son martyre, il rendit grâces au Seigneur, ne manifestant pas même le moindre signe de tristesse, son visage étant particulièrement joyeux, comme s’il se rendait à un banquet solennel. Après avoir béni du signe de la Croix les quatre directions de l’espace et offert une prière pour le salut de tous les chrétiens, le saint refusa qu’on lui liât les mains, afin de les garder en croix, et c’est sans opposer la moindre résistance qu’il fut pendu à un arbre par les Ottomans et qu’il remit glorieusement son âme à Dieu. Il était âgé de soixante-cinq ans. Son corps fut jeté dans le fleuve, et fut trouvé au bout de trois jours par un prêtre et enterré dans un monastère, près du village de la Kalikontassi, dans l’actuelle Albanie. Les reliques du saint, ayant échappé à la tourmente de l’athéisme militant en Albanie, furent retrouvée dans l’église du monastère abandonné. Elles sont désormais vénérées avec ferveur et constituent le symbole de la résurrection de l’Eglise Orthodoxe dans ce pays.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Eutyque, t. 4
Des Apôtres ayant partagé le genre de vie * et devenu leur successeur sur leur trône, * tu as trouvé dans la pratique des vertus * la voie qui mène à la divine contemplation; * c’est pourquoi, dispensant fidèlement la parole de vérité, * tu luttas jusqu’au sang pour la défense de la foi; * Eutyque, martyr et pontife inspiré, * intercède auprès du Christ notre Dieu, * pour qu’il sauve nos âmes.

Tropaire de saint Cosmas, ton 3
Par l’enseignement de la foi divine, tu as richement orné l’Église et es devenu un émule zélé des apôtres ; élevé par les ailes de l’amour divin, tu as semé la parole de l’Évangile, ô glorieux Cosmas, prie le Christ Dieu de nous accorder la grande miséricorde.

Kondakion du saint hiéromartyre Eutyque, ton 4
Toi qui siégeas parmi les Apôtres du Seigneur * et des Pontifes as atteint la splendeur, * en martyr, Eutyque, * tu fus également glorifié; * comme un soleil tu brillas sur l’univers * et dissipas la sombre nuit de l’impiété; * aussi nous t’honorons comme initiateur des divins mystères du Christ.

Évangile du jour
(Mc I, 16-22)
Comme il passait le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt, ils laissèrent leurs filets, et le suivirent. Étant allé un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui, eux aussi, étaient dans une barque et réparaient les filets. Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. Ils se rendirent à Capernaüm. Et, le jour du sabbat, Jésus entra d’abord dans la synagogue, et il enseigna. Ils étaient frappés de sa doctrine; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.

23 août (ancien calendrier) / 5 septembre (nouveau)

23 août (ancien calendrier) / 5 septembre (nouveau)

Clôture de la fête de la Dormition de la Très sainte Mère de Dieu ; Saint martyr Lupus (ou Loup), martyr à Thessalonique (vers 306) ; saint hiéromartyr Irénée, évêque de Lyon (202) ; saints hiéromartyr Irénée, évêque de Sirmium, et ses compagnons Ôr et Oropsis (304) ; saints Timothée et Apollinaire, martyrs à Reims (III) ; saints Eutyque (vers 540) et Florence (547) ; saint Callinique, patriarche de Constantinople (705) ; saints néo-martyrs de Russie : Éphrem, évêque de Selenguinsk, Jean (Vostorgov), prêtre et Nicolas, martyr (1918), Paul (Galdaïa) et Jean (Karabanov), prêtres (1937).

VIE DU SAINT HIÉROMARTYR IRÉNÉE ÉVÊQUE DE LYON
Notre saint Père théophore Irénée, qui reçut providentiellement le nom de la paix (eiréné) pour se faire messager de l’Esprit Saint, naquit en Asie Mineure vers 140. Dans sa prime jeunesse, il avait suivi à Smyrne l’enseignement du vieil évêque saint Polycarpe [23 fév.], qui rapportait la tradition reçue de l’Apôtre saint Jean. C’est ainsi qu’il apprit à s’en tenir fidèlement à la tradition apostolique, transmise dans l’Église. « C’est dans l’Église, enseignait-il, que Dieu a placé les Apôtres, les prophètes et les docteurs, et tout le reste de l’opération du Saint-Esprit. De cet Esprit s’excluent donc tous ceux qui, refusant d’accourir à l’Église, se privent eux-mêmes de la vie par leurs doctrines fausses et leurs actions dépravées. Car là où est l’Église, là est aussi l’Esprit de Dieu ; et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église et toute la grâce. Et l’Esprit, c’est la Vérité ».

Après avoir séjourné à Rome, il devint prêtre de l’Église de Lyon en Gaule, à l’époque de la persécution de Marc Aurèle (vers 177). C’est en tant que presbytre de cette Église qu’il fut chargé de porter au pape Éleuthère à Rome, la lettre admirable que les saints martyrs de Lyon adressaient aux chrétiens d’Asie et de Phrygie, décrivant leurs glorieux combats, pour réfuter la secte hérétique de Montan. Le martyre est en effet le témoignage éminent de la vérité, le signe de la victoire de l’Esprit sur la faiblesse de la chair et le gage de notre espérance en la résurrection. De retour à Lyon, Irénée succéda à saint Pothin qui venait d’être martyrisé, à la tête des Églises de Lyon et de Vienne. Évêque, ayant reçu de la tradition apostolique le « sûr charisme de vérité » pour proclamer et interpréter l’Évangile, il consacra désormais sa vie à témoigner, à l’imitation des martyrs, de cette vérité. « Il faut aimer d’un amour extrême tout ce qui est de l’Église et saisir fortement la tradition de la vérité », enseignait-il. Il usa d’une énergie inlassable pour convertir les populations barbares à la foi, mais sa sollicitude s’étendait aussi à toute l’Église. C’est ainsi qu’il écrivit au pape Victor (189-198), au nom des évêques de Gaule dont il était le primat, pour le dissuader de rompre la communion avec les Églises d’Asie, qui célébraient la fête de Pâques le 14e jour du mois de Nisan. Puisque cette coutume ancienne a été transmise par nos devanciers, qui n’en gardaient pas moins la paix les uns envers les autres, rien n’oblige d’imposer l’uniformité, soutenait-il, car : « La différence du jeûne confirme l’accord de la foi ».

Ce fut surtout dans le combat contre les hérésies qu’il s’illustra, notamment contre la « gnose au-nom-menteur » qui, d’Asie Mineure, s’était répandue dans toutes les grandes villes de l’Empire et séduisait beaucoup de gens par ses doctrines ésotériques. La lutte contre les gnostiques permit au saint évêque de brosser un tableau magistral de la doctrine chrétienne. Il montra d’abord que cette « gnose », que recherchaient vainement les hérétiques dans les affabulations mythiques et les constructions compliquées de leur intelligence pervertie, est le don suréminent de la charité, que le Saint-Esprit accorde au chrétien dans l’organisme vivant de l’Église. Ce n’est qu’en elle que l’on peut s’abreuver à l’eau limpide qui coule du côté percé du Christ, pour y recevoir la vie éternelle. Toutes les autres doctrines ne sont que des citernes crevassées (Jr 2, 13). Et les vrais « gnostiques » ne sont pas ceux qui rejettent et méprisent le corps pour adorer un « Dieu inconnaissable » et son « démiurge », mais les hommes « spirituels » qui ont reçu du Saint-Esprit les arrhes de la résurrection de la chair et de l’incorruptibilité. Rompant avec la dualité hellénique du corps et de l’âme, saint Irénée développe la doctrine de saint Jean du Verbe fait chair, pour interpréter le sens de la vocation de l’homme. Le premier Adam a été modelé du limon par les deux Mains de Dieu : le Verbe et l’Esprit, comme image de Dieu, conformément au modèle de la chair glorieuse du Christ ; et un souffle de vie lui a été donné pour que, de l’image, il progresse vers la ressemblance de Dieu. Ayant été trompé par le diable jaloux de ses prérogatives et étant tombé dans la mort, il n’a cependant pas été abandonné par Dieu, qui avait de toute éternité pour dessein de le rendre participant de sa gloire. Les révélations et prophéties de l’Ancien Testament, et surtout l’Incarnation du Verbe, sa mort, sa Résurrection et son Ascension glorieuse, constituent les étapes nécessaires de cette « Économie » de l’Histoire du Salut. Ayant toujours en vue cette fin ultime pour laquelle il avait créé l’Homme, le Verbe s’est fait chair, « récapitulant » en lui-même le premier Adam. De même que le premier homme, né d’une terre vierge, par la désobéissance de la vierge Ève, était tombé dans le péché par le moyen du bois, le Christ est venu au monde par l’obéissance de la Vierge Marie et a été suspendu sur le bois de la Croix. « Il a donné son âme pour notre âme et sa chair pour notre chair, et il a répandu l’Esprit du Père pour opérer l’union et la communion de Dieu et des hommes, faisant descendre Dieu dans les hommes par l’Esprit et monter l’homme jusqu’à Dieu par son incarnation ».

Le Verbe de Dieu qui avait créé le monde en l’ordonnant de manière invisible en forme de croix, s’est rendu visible, au temps fixé, sur la Croix, afin de rassembler dans son Corps tous les êtres qui étaient dispersés et les amener ainsi à la connaissance de Dieu. Apparaissant, non dans sa gloire ineffable, mais comme homme, Il a montré en lui-même l’image de Dieu restaurée et de nouveau orientée vers la ressemblance. Et Il nous a nourris « à la mamelle de sa chair », afin qu’habitués à manger et boire le Verbe de Dieu, et fortifiés par le « pain de l’immortalité », nous approchions de la vision de Dieu qui procure l’incorruptibilité. « Il est impossible de vivre sans la Vie, et il n’y a de vie que par la participation à Dieu, et cette participation à Dieu consiste à voir Dieu et à jouir de sa douceur… Car la gloire de Dieu c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu ».

Pour Irénée, disciple de ceux qui avaient connu les apôtres, la connaissance (gnose) est donc amour et divinisation de l’homme dans la Personne du Christ Sauveur. Bien plus qu’une simple réfutation de la « fausse gnose », sa doctrine, admirable de simplicité et de profondeur, contient en germe tout ce que les Pères postérieurs développeront dans leurs écrits inspirés.

Après son intervention pacifique auprès du pape Victor, Irénée continua d’œuvrer à la confirmation de l’Église. On rapporte qu’il mourut martyr lors de la persécution de Septime Sévère, vers 202, mais aucun détail sur les circonstances de sa mort n’a été conservé. Son corps fut déposé dans la crypte de l’église Saint-Jean, qui prit ensuite son nom, entre les tombeaux des saints martyrs Épipode et Alexandre.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la Dormition de la Très sainte Mère de Dieu, ton 1
Dans ton enfantement tu as gardé la virginité, * dans ta Dormition tu n’as pas quitté le monde, ô Mère de Dieu: * tu as rejoint la Source de la vie, * toi qui conçus le Dieu vivant * et qui de la mort délivres nos âmes par tes prières.

Tropaire du saint hiéromartyr Irénée, ton 1
Colonne inébranlable de l’Église du Christ et flambeau inextinguible de l’univers, * Pasteur des Gaules, bienheureux Irénée ! * Tu as lui dans le monde par le martyre * et dissipé les mensonges des hérésies * en démontrant la vérité. * Gloire à celui qui t’a donné la force, * gloire à celui qui t’a couronné, * gloire à celui qui par toi nous fait grande miséricorde.

Kondakion de la Dormition, ton 2
Tombeau et mort n’ont pu retenir la Mère de Dieu, toujours vigilante dans ses intercessions, espérance inébranlable dans sa protection, car étant la Mère de la Vie, Il l’a transférée à la Vie, Celui qui demeura dans Son sein toujours virginal.

Évangile du jour
(Mc I, 9-15)
En ce temps-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Au moment où il sortait de l’eau, il vit les cieux s’ouvrir, et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Et une voix fit entendre des cieux ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection. Aussitôt, l’Esprit poussa Jésus dans le désert, où il passa quarante jours, tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Après que Jean eut été livré, Jésus alla dans la Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu. Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle.

Le métropolite de Volokolamsk Hilarion : « Les martyrs de la famille impériale ont accepté avec un sincère sentiment chrétien et humilité le lot de l’épreuve qui leur était échu »

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Le 17 juillet, jour de la mémoire des martyrs de la famille impériale russe, le métropolite de Volokolamsk Hilarion a célébré la divine liturgie en l’église de l’icône de la Mère de Dieu dite « Joie de tous les affligés » à Moscou. À l’issue de l’office, le métropolite a prononcé l’homélie suivante : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. En ce dimanche, notre sainte Église célèbre la fête des saints martyrs : le tsar Nicolas, la tsarine Alexandra, le tsarévitch Alexis, les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Marie et Anastasie. L’un des événements les plus tragiques de l’histoire russe est devenu l’un des plus glorieux dans l’histoire de notre Église. Comment cela s’est-il produit ? Rappelons-nous la vie du saint martyr, le tsar Nicolas. Lorsqu’il vint au monde, lorsqu’il grandit, lorsqu’il reçut la puissance impériale, rien ne laissait présager une telle fin. Représentez-vous la naissance de l’héritier du trône – tout le pays se réjouit en Dieu. L’enfant grandit, entouré d’amour, d’honneur, de gloire : il est encore enfant et jeune homme, et les distinctions officielles « pleuvent » sur lui. La vie de chaque monarque couronné, comporte extérieurement beaucoup de choses attirantes, brillantes, mais l’histoire nous enseigne que de nombreux souverains ont terminé tragiquement leur vie, que nombre d’entre eux ont été détrônés, sont morts de façon violente et inhumaine. Lorsque nous parlons du tsar-martyr Nicolas, nous nous rappelons, avant tout, ses derniers mois, ses derniers jours, et le fait qu’il soit allé au devant de la mort avec une profonde humilité chrétienne. Et avec lui, nous nous rappelons de toute sa famille qui a été également exterminée par le pouvoir bolchevique, craignant que, d’une façon ou d’une autre, la monarchie ne fût rétablie. Pourquoi l’Église chrétienne a précisément une telle attitude envers l’exploit des pieux empereurs et impératrices ? Pourquoi, dans le calendrier ecclésiastique, y a-t-il tant de gens qui avaient le rang de monarque ? C’est parce que l’Église considère le ministère de l’empereur comme un ministère sacré – ce n’est pas un hasard si tous nos monarques russes recevaient l’onction pour régner. C’était une cérémonie particulière, un rite particulier, on peut même dire une joie particulière. De la même façon que dans les temps anciens les prophètes oignaient les rois pour régner, ainsi la sainte Église voyait dans la vie et les œuvres de l’empereur un ministère particulier qui, s’il semblait extérieurement brillant et attirant, était en fait, intérieurement, un ministère sacrificiel. Cela se manifestait, en particulier, par le fait qu’ils n’étaient pas maîtres de leur vie. En 1897, au moment du recensement de la population de l’empire russe, l’empereur Nicolas II, complétant le formulaire, indiqua dans la colonne « profession » : « maître de la Terre russe ». Et il était effectivement souverain, monarque absolu, maître de toute la Terre russe, mais il n’était pas maître de son propre destin. Cela se manifesta, entre autres, par le fait que les futurs monarques ne recevaient pas leur instruction là où ils le voulaient, mais là où le souhaitait leur père-autocrate. On les mariait non avec les filles qui leur plaisaient, mais avec celles qui correspondaient aux intérêts de l’État. Cela amenait à différents résultats, et un mariage monarchique était très rarement un mariage d’amour. Mais le saint martyr, le tsar Nicolas, comme nous le savons par l’histoire de sa vie, s’est marié à celle qu’il aimait. C’était certainement l’un des rares cas où les intérêts de l’État coïncidaient avec des sentiments personnels. Étant un très jeune homme, il tomba amoureux de la toute jeune princesse de Hesse, et attendit patiemment qu’elle parvienne  à l’âge accepté pour le mariage. Il lui fit cette proposition malgré le fait que ses parents étaient, au début, opposés à cette union. Et il se maria. Son mariage fut heureux du début jusqu’à la fin, parce que le couple impérial vécut dans une mutuelle fidélité, tant les jours de gloire qu’au moment des lourdes épreuves. Cela est témoigné par la correspondance qui a été conservée ; ils s’écrivaient presque quotidiennement des lettres et, quoi qu’il advienne, ils partageaient l’un avec l’autre leurs impressions, pensées et sentiments. Ils avaient cinq enfants. Quatre filles sont nées d’abord, mais comme vous vous le rappelez, tout le pays attendait la venue d’un fils dans la famille impériale, car le trône était transmissible selon la lignée masculine. Aussi, lorsque naquit le tsarévitch tant attendu, tout le pays était en joie et en liesse.

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Source (dont photographie) : Patriarcat de Moscou

Recension: Hiéromoine Hilarion (Domratchev), « Sur les monts du Caucase »

CaucaseHiéromoine Hilarion (Domratchev), Sur les monts du Caucase. Traduit du russe par Dom André Louf, Préface du métropolite Hilarion de Volokolamsk, Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 284 p.
On sait peu de choses du moine du grand habit Hilarion Domratchev, sinon qu’il il naquit vers 1845 dans la région de Viatka en Russie, fut enseignant après avoir terminé le séminaire, partit pour le Mont Athos où il vécut vingt-cinq ans, puis alla dans les années 1880 dans les montagnes du Caucase, où il fut rattaché au monastère Saint-Simon-le-Cananéen du Nouvel Athos, mais mena sa vie monastique et fonda des communautés en plusieurs endroits de cette région.
De même que les Récits d’un pèlerin russe faisaient l’éloge de la Prière de Jésus et en exposait les voies à travers les récits d’un vagabond sans doute imaginaire, ce livre fait de même à travers la relation de la rencontre avec un ermite du Caucase (il s’agit du Père Désiré, père spirituel de l’auteur). De même que les Récits d’un pèlerin russe étaient émaillés d’anecdotes pittoresques liées à des rencontres, ce récit est émaillé de magnifiques descriptions de la nature. Comme le remarque le métropolite Hilarion Alfeyev dans sa préface, ce livre est sans doute parmi tous les livres de spiritualité, celui qui accorde la plus grande place à la nature et se montre le plus sensible à sa beauté.
Le hiéromoine Hilarion souligne le caractère didactique de son projet : « Ce livre n’a qu’un but: expliquer aussi complètement que possible en quoi consiste la Prière de Jésus, elle qui, suivant l’enseignement unanime des Saints Pères, est la racine et le fondement en même temps que le sommet et la perfection de la vie spirituelle. Toute l’insistance de nos paroles ne vise qu’à cela. Nous mettons toujours cette Prière au-dessus de toutes les autres vertus, dont aucune ne l’égale lorsqu’elle atteint les degrés les plus élevés ».
L’exposé du hiéromoine Hilarion n’est pas systématique et n’obéit à aucun ordre logique. S’y entrecroisent les évocations de la personnalité de l’ermite Désiré, ses enseignements sur la prière, les commentaires qu’y ajoute le Père Hilarion, des citations des Pères et des descriptions de la nature, et de nombreuses considérations sur la vie spirituelle, ce qui donne à l’ensemble, constitué de courts chapitres, une forme variée et dynamique, propre à maintenir l’intérêt.
L’enthousiasme du hiéromoine Hilarion à l’égard de la Prière de Jésus est tel qu’il se laisse aller à des formules excessives, affirmant notamment que le Nom de Jésus s’identifie au Christ lui-même (voir notamment p. 37-40), que « le nom du Seigneur est le Seigneur lui-même » (p. 45) que « le Nom du Dieu tout-puissant est Dieu lui-même » (p. 45), considérant comme équivalentes la présence du Christ dans son Nom et sa présence dans la sainte eucharistie (p. 44). Il affirme aussi que « par le fait [que le Nom] est Dieu, la toute-puissance qui produit des œuvres grandes et glorieuses, indépendamment de la sainteté de ceux qui le prononcent, lui appartient aussi » (p. 47), ce qui correspond à une conception magique, éloignée de la conception orthodoxe traditionnelle de la synergie entre la grâce de Dieu et les dispositions spirituelles et réceptives de l’homme. Bien que des telles affirmations soient par ailleurs nuancées – par exemple dans les affirmations plus modérées que « le Dieu tout puissant est présent dans son Nom avec toute sa plénitude divine et ses infinies perfections » (p. 46) ou que « la totalité des perfections divines habite dans le très saint Nom de Jésus-Christ » (p. 39), ce qui peut être rapporté aux énergies divines plutôt qu’à la nature même de Dieu –, elles furent l’objet d’une violente controverse où certains accusèrent le hiéromoine Hilarion et ses partisans d’être des onomatolâtres (adorateurs du Nom) tandis que d’autres prenaient leur défense, les considérant seulement comme des « glorificateurs du Nom ». Ce conflit enflamma les monastères et skites russes du Mont-Athos de 1907 à 1914. Il suscita une condamnation de la doctrine des partisans du hiéromoine Hilarion de la part de la Sainte-Communauté du Mont-Athos, du patriarcat de Constantinople et du Saint-Synode de l’Église russe. Il se termina dramatiquement par l’expulsion ou l’exil volontaire de près de 1700 moines russes du Mont-Athos. Le débat se poursuivit en Russie, donnant lieu à une réflexion approfondie de la part de théologiens en vue sur la question de la nature du nom et de son rapport à celui qu’il désigne (une réflexion qui reste d’ailleurs toujours ouverte). L’intervention de diverses personnalités dont l’empereur lui-même amena l’Église russe à adopter une attitude plus tolérante à l’égard des « glorificateurs du Nom ». Plusieurs livres parus en français au cours de ces dernières années ont exposé en détail cet épisode : (Métropolite Hilarion Alfeyev, Le Nom grand et glorieux (Cerf, 2007) et Le mystère sacré de l’Église. Introduction à l’histoire et à la problématique des débats athonites sur la vénération du Nom de Dieu (Presses universitaires de Fribourg, 2007; Antoine Nivière, Les glorificateurs du Nom. Une querelle théologique parmi les moines russes du Mont Athos (1907-1914).
Les formulations controversées du hiéromoine Hilarion sont sans aucun doute inacceptables au regard de la théologie orthodoxe, car elles témoignent d’une série de confusions (notamment entre signifiant et signifié, entre personne et nature, entre nature divine et énergies divines) et donnent vraiement à certains moments l’impression que le Nom de Dieu prend la place de Dieu. Mais elles n’occupent dans ce volumineux ouvrage de 300 pages qu’une place minime (quelques phrases), et il faut savoir les dépasser et apprécier l’exposé de l’auteur, qui reste l’un des meilleurs exposés sur la Prière de Jésus, et comporte par ailleurs de nombreux développements sur la vie spirituelle qui, tout en étant fondés sur l’enseignement de Pères abondamment cités, ont l’avantage de refléter aussi une expérience personnelle dont le saint starets Barsanuphe d’Optina lui-même louait la profondeur. Rappelons qu’avant que quelques-unes de ses formulations maladroites ne suscitent la controverse, l’ouvrage était grandement apprécié en Russie et au Mont-Athos. Il avait été publié en 1907 avec le soutien de la grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna (future moniale et martyre), et avait connu deux rééditions (1910 et 1912) avec l’approbation du comité de censure, le troisième tirage atteignant 10.000 exemplaires.

PS.  Ne pas confondre cette éditon publiée par les Syrtes (qui ne sera en laibrairie qu’à la fin du mois d’août) avec celle, que vient de faire paraître parallèlement, dans une traduction de moins bonne qualité, le monastère catholique Skita Patrum.

Jean-Claude Larchet

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