25/09/2017
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Résultats de la recherche : Jean-François Colosimo

Les mutations en cours de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris – entretien avec Jean-François Colosimo

L’ITO a repris vie, déménage et innove… Entretien avec Jean-François Colosimo, président du conseil d’administration de l’ITO Saint-Serge

En votre qualité de président, pouvez-vous nous dire où en est l’Institut après la crise qu’il a traversée ? 

La transition a été plus aisée qu’on ne pouvait s’y attendre. Nombre d’amis de Saint-Serge, proches par l’histoire ou par l’affinité, mais aussi d’inconnus nous ont manifesté un grand  soutien. Leurs messages, venus de France, d’Europe et d’ailleurs, ont afflué, insistant sur la nécessité que l’Institut continue d’exister comme un bien commun pour les orthodoxes, pour les autres chrétiens, les croyants de fois différentes et, plus généralement, les femmes et les hommes de bonne volonté. Le Père Doyen, Nicolas Cernokrak, en a retiré qu’il nous fallait rouvrir sans tarder. Il a eu raison. Cette année 2016-2017, nous comptons 34 étudiants réguliers répartis dans les trois cycles du cursus, 76 à distance préparant un diplôme dans ce cadre et 16 auditeurs libres au programme fourni. En d’autres termes, nous n’avons pas perdu, ni en rayonnement, ni en recrutement. Mieux, nous sommes en dette par rapport aux étudiants : leur confiance est notre justification.

On reproche parfois à l’Institut une baisse de qualité dans l’enseignement…

Il est sûr que nous pouvons faire mieux, particulièrement en termes de ressources pédagogiques. Une refonte des programmes a d’ores et déjà été entreprise. Une meilleure coordination des contenus est en cours. Une procédure d’évaluation sera installée. Notre maillage avec la mise en réseaux actuelle des universités à l’échelle nationale et européenne est à parfaire. Le chantier doit être permanent, bien sûr… Je crains toutefois que, parfois, on en vienne à mythifier un prétendu âge d’or.  Aujourd’hui, sur quatorze enseignants, dont six membres du clergé, nous disposons de huit docteurs, de deux agrégés et de trois doctorants qui occupent également d’autres fonctions significatives dans des universités, des centres de recherche, des instances œcuméniques, interreligieuses ou culturelles. Pour ma part, la diversité de provenances et d’expériences, d’approches et de talents de mes collègues m’épate. Mais, oui, eux comme moi, nous devons recevoir la critique pour ce qu’elle est, non seulement comme bienvenue, mais encore comme indispensable puisque c’est la notion de service qui nous réunit.

Économiquement parlant, où en êtes-vous ?

Ah, alors là, de manière indiscutable, dans la meilleure tradition de Saint-Serge ! C’est-à-dire en dessous du seuil de pauvreté. Plus sérieusement, après l’énorme malversation dont nous avons été victimes, nous n’avons plus de réserve financière. En attendant de la reconstituer, nous vivons très chichement, d’échéance en échéance, grâce à nos fidèles donateurs, à nos faibles revenus et à de drastiques économies. Pour votre information, les personnels,  enseignant et éducatif, ont accepté de réduire de moitié leurs émoluments et le plus haut salaire atteint un demi-smic mensuel, soit 570 euros par mois. Mais, pour la plupart, ils reçoivent moins et certains travaillent pour rien. Telle est la réalité. Elle ne nous fait pas peur. Pour autant, nous devons évoluer et nous rétablir. Les membres désormais plus diversifiés du Conseil d’administration nous y aident grandement avec des compétences qui jusque-là  faisaient défaut et ils renforcent ainsi nos capacités de prévision, de contrôle et de décision. La vérité est aussi que trop longtemps nous avons beaucoup demandé et peu démontré. C’est en nous réinventant, en créant des offres nouvelles et en étant plus proches de nos soutiens que nous gagnerons en stabilité et autonomie. Encore une fois, il nous faut nous ouvrir.

Est-ce pour ces raisons que vous quittez le 93 rue de Crimée, votre berceau historique ?

Non. Vous pouvez au contraire imaginer quel poids symboliquement grave revêt une telle décision. Elle répond à une situation d’urgence qui s’impose à nous et qui n’est pas de notre choix. Pour mémoire, le site appartient à l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale et est géré par la Société immobilière Serguievski Podvorie. L’Institut et la paroisse sont locataires mais le bail leur destine la charge financière des gros travaux. Or, la  malformation géologique des sols génère désormais une situation menaçante qui entraîne la détérioration accélérée de bâtiments déjà forts vétustes, le tout provoquant des injonctions des services préfectoraux avec le risque, à terme, d’une évacuation sous contrainte. Ni conflit, ni litige, donc. Tout simplement, l’Institut ne peut faire face aux coûts de rénovation estimés qui correspondent à plusieurs années d’exercices et dont la simple inscription budgétaire devrait causer, en bonne comptabilité juridiquement fondée, une incapacité à poursuivre l’activité au cas où les instances dirigeantes ne prendraient pas les décisions idoines. De quelque manière que l’on se saisisse du problème, nous sommes forcés de déménager. C’est malheureux, mais c’est ainsi.

Pour aller où ?

Diverses pistes sont à l’étude. Dès que l’option finale sera connue, je vous promets de la réserver en exclusivité à Orthodoxie.com.

Vous n’en direz pas plus ?

À grands traits, les dispositifs universitaires à localisations diverses constituent un modèle, la question de l’internat peut être assez facilement résolue et il nous importe par-dessus tout que la vie liturgique, fondement de notre mission théologique, puisse continuer à s’épanouir.  Mais, pour l’essentiel, il serait mortifère de confondre le maintien du patrimoine matériel, les pierres, et la sauvegarde du patrimoine immatériel, l’esprit. Par ailleurs, notez qu’en toute hypothèse, et ce n’est là qu’un paradoxe apparent, le fait que nous quittions le lieu peut permettre à la Société immobilière de mieux le préserver parce que nous libérons par-là, incidemment, son pouvoir d’initiative.  Enfin, c’est bien au terme d’une séquence historique que nous arrivons, mais non pas la fin de l’histoire de Saint-Serge que nous scellons. Le défi n’est pas nouveau. Il nous éprouve depuis quelques années maintenant. Qu’il se précise dans son caractère impératif peut être l’occasion d’une revivification inattendue.

Ce déménagement signifie-t-il un changement de statut ou d’orientation ?

Absolument pas ! C’est un transport physique, en rien un transit spirituel et encore moins un transfert ecclésial. Du point de vue du droit français et européen, l’Institut est un établissement d’enseignement supérieur privé dont l’autonomie est garantie et qui est donc libre de tout assujettissement qui relèverait de surcroît  du régime distinct, spécifique et cultuel de la loi de 1905. Pour autant, l’Institut s’inscrit résolument dans la vie et la communion de l’Église. Par sa genèse, il est lié à l’Archevêché ; par sa tradition, il a Mgr Jean de Charioupolis pour chancelier ; par sa vocation, il s’honore de subsister, comme l’Archevêché et comme Mgr Jean, dans le patriarcat œcuménique, auprès de Sa Toute Sainteté Bartholomée Ier, dans la fidélité à sa personne, à sa vision et à son action.  Pour nous, rien de tout cela n’est appelé à changer, dans tous les cas pas de notre volonté. Enfin, n’oublions pas que l’Institut a toujours été au service du plérôme orthodoxe dans le monde entier, que de nombreux hiérarques comptent parmi ses anciens étudiants, ne serait-ce qu’au sein de l’Assemblée des Évêques de France, Mgr Nestor, Mgr Joseph et, en premier lieu, le Métropolite Emmanuel qui en est le président. Il serait pour le moins curieux que l’on confonde un changement d’adresse avec un changement d’identité !

L’Institut compte cependant innover ?

Oui. Tout d’abord, et sans tarder, l’Institut doit intensément contribuer à la diffusion et à la réception de l’événement décisif qu’est le Saint et Grand Concile qui s’est tenu la Pentecôte 2016 en Crète. Pour le reste, il faudrait un autre entretien afin de détailler les perspectives que nous sommes en train de débattre, jauger et vérifier, mais dont certaines seront effectives dès la rentrée 2017-2018. On peut les rassembler en quatre grandes directions : la formation continue des orthodoxes par des programmes adaptés et décentralisés, d’abord celle du clergé en liaison avec l’épiscopat pour faire face à nos réalités, à commencer par l’encouragement aux vocations, mais aussi  celle du Peuple de Dieu qui a  de vifs besoins et de vraies attentes quant à son intelligence de la foi, et sans oublier une meilleure synergie avec les milieux monastiques pris dans leur spécificité ; l’ouverture soutenue à nos sœurs et frères préchalcédoniens des Églises orientales qui sont dans la tourmente ; l’expertise sur le fait religieux et les mondes orthodoxes à destination des interlocuteurs profanes qualifiés, publics ou privés ; l’action culturelle sur des thèmes qui nous sont propres, de spiritualité ou d’actualité, ainsi que des initiations artistiques, dont le chant liturgique et l’iconographie,  destinée à des publics plus mixtes. Ce sont là des directions, non un programme arrêté ou exhaustif. La certitude est que l’école canonique de théologie, qui reste l’épine dorsale, ne peut que bénéficier d’un environnement et d’un rayonnement plus large. Il va de soi que le dialogue œcuménique, qui est vital, et les dialogues interreligieux, principalement avec le judaïsme et l’islam où nous sommes tributaires d’un certain retard, participent plus que jamais de cette ambition. Nous reparlerons de tout cela en temps donné.

Un mot pour conclure ? 

Je ne vous ai rien dit de bien édifiant. Quoique selon toute vraisemblance je n’ai pas été élu à ce poste pour prêcher, mais pour réformer. Donc, et simplement, gratitude à ceux qui nous comprennent et nous accompagnent. Et, plus largement, à tous, un carême apaisé, recueilli,  priant sur le chemin de la Résurrection.         

Un entretien avec Jean-François Colosimo paru dans la revue « Unité des chrétiens »

colosimo_slo2014La revue Unité des chrétiens a publié un entretien avec Jean-François Colosimo (photographie ci-contre), réalisé par le P. Ivan Karageorgiev, que l’on peut trouver en ligne sur cette page. Il y est question de l’Orient chrétien, des dialogues œcuméniques, de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, du concile panorthodoxe qui s’est réuni en Crète en juin dernier.

Radio ‘Sur les sentiers de l’orthodoxie’ – Jean-François Colosimo  : « Le père Alexandre Schmemann, figure du XXe siècle »

L’émission de radio Sur les sentiers de l’orthodoxie proposée par le diacre Pascal Scordino, diffuse ce dimanche 2 octobre 2016, dans son rendez-vous Sur les sentiers des Pères, une interview de Jean-François Colosimo, maître de conférence à l’l’Institut de théologie orthodoxe St-Serge à Paris et historien des religions et directeur des Éditions du Cerf, sur « Le père Alexandre Schmemann, figure du XXe siècle ». Vous nous vous invitons à écouter dès maintenant l’émission.

Jean-François Colosimo : « Vers la guerre mondiale de religion ? Mythes et réalités. Que signifie le retour du religieux en politique et qu’en dit la théologie orthodoxe ? »

Nous vous invitons à regarder la conférence de Jean-François Colosimo : « Vers la guerre mondiale de religion ? Mythes et réalités. Que signifie le retour du religieux en politique et qu’en dit la théologie orthodoxe ? » prononcée lors de la journée « portes ouvertes » de l’Institut Saint-Serge du 4 juin dernier.

 

Jean-François Colosimo dans l’émission Radio-Présence « Sur les sentiers de l’orthodoxie » : l’École de Paris

L’émission de radio Sur les sentiers de l’orthodoxie proposée par le diacre Pascal Scordino, a diffusé le week-end dernier, une interview de Jean-François Colosimo, sur l’École de Paris. Nous vous invitons à écouter l’entretien :

« #Kairos » – première chronique en direct de Jean-François Colosimo – 22 avril

Voici la première chronique de Jean-François Colosimo, intitulée  #Kairos et diffusée en direct aujourd’hui sur la page Facebook d’Orthodoxie.com. Pendant que vous regardez la vidéo en direct, vous pouvez cliquer sur le bouton “S’abonner” pour que Facebook vous notifie nos prochaines retransmissions ! Et surtout ne pas oublier de « liker » notre page Facebook !!!

Des interventions de Jean-François Colosimo dans les grands médias sur la visite du pape à Lesbos

colosimo_slo2014Plusieurs grands médias ont interrogé Jean-François Colosimo sur la visite du pape à Lesbos avec le patriarche oecuménique Bartholomée et l’archevêque Jérôme d’Athènes : BFMTV dans l’émission « Bourdin direct », Europe 1, dans le journal du matin de Wendy Bouchard du 17 avril (analyse à partir de 1:58:50), et par une tribune, dans Le Figaro, intitulée: « Pape François et les réfugiés musulmans: derrière la provocation, une posture prophétique« . Il a également été interrogé lors du journal de 16h30 le 16 avril sur Itélé et sur France Info lors du journal de 13h15 du 17 avril.

Jean-François Colosimo sur le Kosovo dans le magazine Marianne

« Trois décennies après l’embrasement des Balkans, l’essayiste et spécialiste du monde orthodoxe s’est rendu à Pristina. Il s’inquiète d’un affrontement qui dégénère en guerre des religions ». Parmi les diverses interventions médiatiques de Jean-François Colosimo, le magazine Marianne vient de publier, à l’invitation de son directeur Joseph Macé-Scaron, un long article relevant à la fois du récit historique et du récit de voyage, du reportage politique et du reportage d’idées. Les lieux saints de l’orthodoxie que sont Gracanica, Pec, Decani ainsi que les figures de la foi que sont l’évêque Théodose et le père Sava y occupent une place centrale. A lire en cette fête de la Nativité. Marianne, n°double 24 décembre/7 janvier, en kiosque et chez le marchand de journaux, 164 pages – 4,50 €.

L’Eglise orthodoxe russe et l’intervention militaire de la Russie en Syrie – Jean-François Colosimo interrogé par « La Croix »

colcoLe quotidien La Croix a interrogé Jean-François Colosimo à propos de l’Église orthodoxe russe et de l’intervention miliaire de la Russie en Syrie. En ligne sur cette page.

RCF Liège : la situation à l’Institut Saint-Serge – une interview de Jean-François Colosimo

L’émission Une foi pour toutes de septembre sur RCF – Liège, produite par le père Guy Fontaine , a été consacrée à la situation à l’Institut Saint-Serge avec une interview de Jean-François Colosimo.

« Vers la disparition des chrétiens d’Orient? » – une conférence de Jean-François Colosimo à Chaville

Jean-François Colosimo, professeur de patrologie à l’Institut Saint-Serge, président du directoire des Éditions du Cerf et auteur du livre « Les hommes en trop : la malédiction des chrétiens d’Orient, » a donné une conférence le mardi 14 avril à Chaville dans le cadre de la commémoration de centenaire du génocide des Arméniens organisée par la municipalité.

« L’avenir de l’Institut Saint-Serge » – Interview de Jean-François Colosimo, à Orthonews.ro

Ana Petrache : Vous êtes théologien, de plus un théologien orthodoxe, mais aussi un intellectuel inscrit dans l’espace public au sein de cette culture française si fière de sa laïcité. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, comment envisagez-vous la mission du théologien dans la cité ?

Jean-François Colosimo : Moins qu’une fierté, surtout pas une idéologie, la laïcité est en France une pratique de la cité qui correspond à la distinction prônée par l’Évangile entre le religieux et le politique. L’Église catholique y a gagné une indépendance sans égale grâce à la loi de séparation d’avec l’État. Les communautés orthodoxes immigrées y ont trouvé une autonomie sans précédent grâce au principe d’égalité des cultes. De même pour les protestants, les juifs, les musulmans…
Tout autre est le mouvement de sécularisation que connaît l’ensemble du continent européen et qui rend la parole théologique incompréhensible ou inaudible. Mais là, les torts sont partagés. D’une part, l’Europe, pour reprendre le mot de Chesterton, est plus que jamais «remplie d’idées chrétiennes, mais devenues folles».
D’autre part, la théologie a résolument tourné au métier spécialisé, à la technicité érudite, au circuit universitaire. La surdité du monde se conjugue avec le bégaiement de l’institution. De manière anarchique, la superposition postmoderne des discours nuit à la théologie, la relativise, lui confère un air de déjà-vu.
De manière schizoïde, les théologiens professent la primauté de la prière ou de l’eucharistie et adulent la préciosité philologique. Or, c’est sur le naître, le vivre, le mourir que les attendent leurs contemporains. Ou, pour le dire en une formule, sur la notion d’humanité à la fois historique et transcendante. Pour tenir ensemble la vérité et l’espérance, il faut oser la prophétie, se ruer dans la brèche, risquer le vide. Une théologie qui ne nourrit pas les pauvres, qu’ils soient de chair ou d’esprit, est une ruse de l’idolâtrie, une insulte à l’Évangile, un blasphème cette fois avéré. Car le monde est à la fois pire et meilleur qu’on ne le raconte dans les séminaires.
Aussi, si l’on veut apporter un témoignage du salut qui nous dépasse, faut-il plonger dans la fournaise, aller à la rencontre des nouveaux damnés de la mondialisation et accepter d’être quelque peu changé par eux. Bénir lucidement plutôt que maudire aveuglément : c’est la seule façon de réveiller le Christ qui dort immanquablement en tout temps et tout lieu, dans toute culture, plus singulièrement encore au sein de la nôtre et précisément dans ce que par quoi elle peut nous apparaître désenchantée, déshumanisée, déchristianisée.

A.P. : Spécialiste en patrologie et en byzantinologie, vous vous confrontez, en tant que professeur à l’Institut ”Saint-Serge”, à la mentalité byzantine de certains évêques. Comment, et dans quelles limites, croyez-vous que soit possible l’autonomie de la théologie au regard de la hiérarchie dans l’Église orthodoxe ?

J.-F. C.: ”Saint-Serge” se confronte fort heureusement non pas à l’épiscopat, mais uniquement et strictement à un cas individuel et problématique de confusion de la fonction épiscopale avec une omnipotence arbitraire, en vertu d’une conception totalisante et finalement totalitaire de cette charge, dont on ne trouvera pour cette raison nulle trace parmi les plus extrêmes théorisations césaristes ou papistes de la Byzance ou de la Rome médiévales.
L’Institut se félicite au contraire de la propension de nombre de ses anciens étudiants devenus évêques, en France et dans le reste du monde, à vouloir servir l’Église plutôt que de s’en servir. Quant au modèle byzantin, on aurait tort de le confondre avec l’univers pyramidal, statique et immuable auquel on le réduit trop souvent. Ce modèle repose au contraire sur la tension auquel il soumet les divers ordres existants en les plaçant en concurrence face à l’avènement charismatique et à l’achèvement eschatologique qui sont censés les authentifier. Autrement dit, en faisant de l’Esprit et du Royaume les seules instances définitives du jugement.
Au regard d’un saint Maxime le Confesseur puni de l’amputation de la main et de la langue pour avoir opposé l’orthodoxie de la foi à l’hétérodoxie «du plérôme de tous les patriarches, hiérarques, abbés, prêtres et fidèles» de son temps, comme le stipule l’acte de sa condamnation, la liberté de la théologie ressort des plus claires. Plus prosaïquement, pour ce qui est de l’enseignement théologique, l’Orient a emprunté, aux Temps modernes, le système de l’Occident. À savoir, celui de l’universitas fondée dans l’Europe latine, au XIe siècle, par les clercs, les «intellectuels» d’alors, soucieux de s’affranchir des écoles capitulaires qui étaient contrôlées par le pouvoir ecclésiastique. Et ce, afin de mener en toute indépendance leur tâche de recherche et de transmission.
La Sorbonne en a été le prototype et il en reste, dans le droit français, la «franchise universitaire» qui interdit aujourd’hui encore aux forces de police d’entrer dans une université sans l’accord de son président. Cette liberté n’est donc pas un luxe ou un caprice, c’est un impératif. Une nécessité spirituelle. Un onzième commandement, si l’on veut. Si les évêques comprennent également la révélation comme liberté, où pourrait être le hiatus? Et si cette liberté est réelle, où pourraient être ses limites, autres que celles que commande la confession droite de la foi, c’est-à-dire l’orthodoxie?

A.P. : Vu de Roumanie, pays majoritairement orthodoxe, la crise de l’Institut confirme l’opinion selon laquelle un des grands soucis des Églises orthodoxes est d’ordre ecclésiologique. La définition du poste d’évêque n’est pas toujours claire et un certain chaos canonique contribue aux tendances autoritaires des certains chefs religieux ou spirituels. Qu’en pensez-vous?

J.-F. C.: L’ecclésiologie orthodoxe réelle, en chair et en os, non pas celle que célèbrent les manuels canoniques, mais celle que dévoilent les exercices concrets et quotidiens, représente un «souci» comme vous le dites, et aboutit à un «chaos» comme vous le dites encore, parce qu’elle participe d’un bricolage consensuel qui s’assimile toujours plus à une hérésie acceptée. Nul besoin d’aller chercher dans le lointain passé ses origines: il y va d’une hybridation de la modernité.
À savoir, la réinterprétation déviante de l’héritage impérial byzantin qui associe peuple et foi dans ses métamorphoses séculières successives, ottomane, révolutionnaire, nationaliste, communiste, aujourd’hui populiste, qui assimilent ethnie et confession, hiérarchie religieuse et appareil politique.
Avec pour effet, dans les pays de tradition orthodoxe, la confusion perpétuelle entre une Église et un État qui sont par ailleurs tous deux défaillants; et, entre les juridictions orthodoxes, une guerre des territoires au mépris de l’unité, mais aussi de la mission comme le signale le terme ahurissant de «diaspora».
Phénomène courant, plus la réalité contredit la théorie, plus enfle la théorie. Il en découle la mise en forme idéologique d’un «épiscopalisme» dont l’absence absolue de contre-pouvoir, inconnue même à Rome, garantirait la qualité divine de l’Église.
La vulgate dominante ne manque pas, certes, de se parer d’un trompe-l’œil théologique en se revendiquant des travaux de Jean Zizioulas qui, à mon sens, constituent une réponse lacunaire au défi posé par Vatican II – et quitte, au passage, à omettre la contradiction manifeste entre la position ecclésiologique du théologien Zizioulas et la position ecclésiastique du hiérarque Zizioulas, entre le penseur de la koinonia du Plérôme et l’évêque in partibus de Pergame.
C’est pourquoi cette idéologisation n’est jamais que le cache-misère d’une ecclésialité en souffrance. On ne peut à la fois critiquer la papauté comme principe de gouvernement et offrir le spectacle de son détournement caricatural à l’échelle de surcroît médiocre d’un diocèse, d’une nation ou d’une région. Il faut également en finir avec l’amalgame entre épiscopat et monachisme, justifié dans l’Antiquité et injustifiable aujourd’hui en tant qu’il ne sert plus qu’à induire une obligation structurelle d’obéissance subordonnée qui n’a de sens que dans le seul cadre de la paternité spirituelle. Il faut enfin et surtout repenser, dans les termes de l’Encyclique des patriarches orientaux de 1848 et du concile russe de 1917, la notion de «Peuple de Dieu» comme «dépositaire de la vérité de l’Église».
C’est ce qu’éprouvent, je crois, ces formidables jeunes évêques jetés sur les routes du monde, privés des ressources habituelles des pays traditionnellement orthodoxes, courant après leurs fidèles disséminés au sein d’univers étrangers et qui s’épuisent à assurer leur ministère pastoral sans moyens et sans certitudes autres que la Providence. Eux savent d’ores et déjà que la richesse incessible de l’épiscopat tient dans sa pauvreté assumée.

A.P. : Il y a beaucoup de gens dans le milieu orthodoxe qui pensent que le seul devoir d’une école de théologie est de former des prêtres et c’est pour cela que la dimension culturelle de la théologie en dialogue avec la société contemporaine est parfois oubliée. Comment peut-on convaincre la hiérarchie qu’on a besoin d’une théologie libérée des contraintes ecclésiastiques?

J.-F. C.: La théologie n’a d’autre source, propos et finalité qu’elle-même. Pour être une grâce, elle requiert cette gratuité. Elle n’est ni résultat d’une production, ni schéma d’une construction. Elle n’a pas de fonctionnalité qui la destinerait à former des fonctionnaires, quand bien même il s’agirait de fonctionnaires du culte. Que ceux qui se destinent au sacerdoce soient préparés à la transmission de la foi à laquelle ils consacreront leur vie, c’est une bonne chose. Mais ce n’est pas une affaire de diplôme, de certificat apposé en coin d’un rouleau enrubanné.
Encore faut-il que les écoles théologiques orthodoxes transmettent elles-mêmes une orthodoxie vivante et une théologie vécue, qu’elles soient des écoles de vie. Nous ne pouvons plus nous contenter de l’utilité supposée de cette sorte de néoscolastique orientale d’occasion que nous opposons volontiers à la grande scolastique occidentale, dont nous sommes par ailleurs incapables, et qui sert trop souvent de programme à l’enseignement de l’orthodoxie.
La prédication étant au cœur de la transmission de la foi, non pas seulement dans l’Église mais au dehors de l’Eglise, «pour la vie du monde», ce sont non pas de prédicateurs mais de «prêchants», d’exemples incarnés du lien entre la doctrine et l’existence, dont nous avons besoin.
Enfin, l’éducation à la foi ne vaut que si elle est éducation pour tous et de tous. C’est à cette école-là, permanente, que doit se mettre chaque orthodoxe qu’il soit homme ou femme, baptisé par naissance ou par conversion, laïc ou clerc, simple fidèle ou éminent évêque. Son témoignage au sein de la société s’ensuivra, sans qu’il ait à le penser, le projeter, le calculer. Car ce sera alors une œuvre par surabondance de l’Esprit.

A.P. : « Saint-Serge » est un institut essentiel pour la théologie et la culture orthodoxe, sa fermeture marquerait la fin d’un très beau chapitre de l’histoire du christianisme de tradition byzantine. À votre avis, quelles sont les solutions pour empêcher la clôture définitive de l’institut ?

J.-F. C.: Il est en effet une gloire de l’Institut qui accablerait ses légataires actuels s’il n’y avait la miséricorde du Christ. ”Saint-Serge” a renversé l’exil en miracle. ”Saint-Serge” a été la seule école de théologie orthodoxe continument libre au cours du sombre XXe siècle sur le continent du Goulag et de la Shoah.
”Saint-Serge” a permis le rayonnement de cette orthodoxie de la liberté via l’institution-sœur qu’est ”Saint Vladimir” au sein du Nouveau Monde. ”Saint-Serge” a reçu des étudiants orthodoxes des cinq continents qui sont devenus des enseignants, des prêtres, des évêques, des patriarches de l’Église orthodoxe aux quatre coins de la planète.
”Saint-Serge” a ainsi initié, soutenu et confirmé un sentiment panorthodoxe sans lequel l’orthodoxie ne serait pas aujourd’hui ce qu’elle est. De plus, c’est à Paris que s’est pleinement manifestée la créativité de la théologie orthodoxe contemporaine, dont la sophiologie de Serge Boulgakov, la double économie de Vladimir Lossky, l’écclésiologie pneumatologique de Nicolas Afanassieff, le renouveau patristique de Georges Florovsky, liturgique d’Alexandre Schmemann, palamite de Jean Meyendorff.
C’est parce qu’il y avait Paris que Dimitru Stăniloae en Roumanie, Justin Popovitch en Serbie, Sergueï Averintsev en Russie, Christos Yannaras en Grèce, Georges Khodr au Liban et tant d’autres ailleurs savaient qu’ils n’étaient pas seuls à confesser une orthodoxie essentielle. C’est parce que ce Paris-là a existé qu’aujourd’hui encore des élèves nous viennent de l’Afrique profonde ou de la lointaine Asie pour apprendre cette même orthodoxie émancipée des scories de l’histoire, disposée à se confronter au monde tel qu’il va.
Oui, tel est le bilan de ces 90 années qui fait que l’Institut n’est la propriété de personne, mais de tous les orthodoxes. Un héritage écrasant qui découle de la leçon originelle de nos pères fondateurs: entrer dans le dialogue avec l’Occident, la philosophie, la science, la société, les autres confessions chrétiennes, les autres religions, les cercles de pensée, mais avant tout d’y entrer sans crainte. Près d’un siècle d’une telle quête peut-il s’éteindre d’un coup ? L’apport de ”Saint-Serge” n’est-il pas plus que jamais indispensable au monde orthodoxe soumis aux tentations de la crispation et du repli ? N’arrive-t-il pas aussi aux institutions de mourir, comme les individus, parce qu’elles ont fait leur temps ? Toutes ces questions valent également dans l’instant. Demain tranchera. Pour l’heure, notre manière de continuer l’inspiration de nos pères fondateurs est précisément, quelle que soit l’issue, de n’avoir pas peur. Et c’est là l’unique vraie condition de notre avenir.

Source

« Memory eternal ! », par Jean-François Colosimo – hommage au père Thomas Hopko

2013-0710-pmc8Father Tom : c’est ainsi que nous l’appelions, l’interpellions. Cette apparente familiarité soulignait en fait sa franche autorité. En se montrant un éternel étudiant, décidé et émerveillé, de la théologie qui passe la théologie, notre professeur de dogmatique s’imposait comme le chef de notre escouade. Il nous ouvrait la voie de  cette Tradition créatrice qui était la seule raison d’être de notre école. Il nous rendait prompts à la bataille. Il exorcisait en nous la tentation de la tiédeur. Et, sans doute, l’aurions-nous suivi partout. Car rien ne paraissait plus clair que le père Thomas Hopko était le prototype, le premier fruit et le fruit excellent, du Saint Vladimir qu’avaient voulu les pères Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff. Il en incarnait aussi l’expression ultime, la joie libératrice de l’orthodoxie. D’un bout à l’autre, le fil de sa destinée prouvait, au sein du Nouveau Monde, que le christianisme reçu des Apôtres, des martyrs, des saints et des Pères constituait la vraie jeunesse du monde.

Cette destinée même aura été de tirer un trait d’union, en apparence tourbillonnant, secrètement ramassé, entre la Mission, l’Église et la Mission. De l’enfant carpatho-russe d’Endicott au docteur en théologie de Fordham, du disciple de Sergeï Verkhoskoy à l’époux d’Anna Schmemann, du prêtre de l’Ohio et du Queens au premier doyen de Crestwood né sur le sol des États-Unis, célébrations et sermons, cours et conférences, écrits et émissions, rencontres et interventions, par dizaines, centaines, bientôt milliers témoignaient incessamment de l’Unique nécessaire. Il y allait comme d’une navette sur le métier à tisser, passant de l’Écriture à la Doctrine et retour.

La jubilation à se savoir en dette de la vérité, à en assumer le tranchant, à devoir la transmettre, résumait sa personne, animait son enseignement et son sacerdoce, signait son style. En cela, le père Thomas était d’abord une présence, une voix, une parole. Un évangélisateur au pays des évangéliques, un prêcheur  au pays des prédicateurs qui baptisait la culture de sa naissance, sans rien en renier, dans les eaux lustrales de la catéchèse antique, qui la tonsurait aux ciseaux des conciles, qui la revêtait de l’huile de la Philocalie. Pour offrir au pied de la Croix, transfigurée, en gage de résurrection, cette Amérique de la Bible et des Commandements qu’il aimait d’autant plus qu’il ne l’ignorait pas exposée aux démons du matérialisme et du relativisme.

C’était aussi, bien sûr, un berger au pays des pasteurs. Le père Thomas ne conseillait pas, il exhortait. Le père Thomas ne condamnait pas, il consolait. La confession des âmes ne se distinguait pas, chez lui, de la confession de la foi. Il y avait une profonde douceur spirituelle dans son extrême vigueur sapientale. Une innocence sans feinte dans son discernement sans faiblesse. Là où tant de hiérarques agitaient comme une amulette le pharisaïsme de la défiance, lui prônait l’orthodoxie de la confiance. C’était un théologien du Peuple que le peuple aimait. Il n’y avait d’ailleurs qu’à avancer un quelconque désaccord avec la moindre de  ses considérations pour éveiller dans son regard un intérêt aussi humble que souverain.

Trente ans ou presque ont passé depuis que, par l’une de mes nuits pascales sous le ciel new-yorkais, avant que ne retentissent les matines de la Résurrection, alors que l’obscurité enveloppait encore la chapelle vide de Saint Vladimir, j’accompagnais, fier acolyte, le père Thomas dans le transfert de l’Épitaphe de la nef vers l’autel. « Cette fois comme toutes les fois, nous attendons la lumière et elle viendra » me souffla-t-il. C’est la lumière sans déclin qui lui est enfin survenue. Comment mesurer son existence toujours héroïque, souvent prophétique aux temps de détresse que traverse le monde orthodoxe, dans la trahison précisément de la théologie hors laquelle ce même monde se confond avec un folklore au mieux absurde, au pire grimaçant ? Sa mort ne clôt-elle pas un temps heureux de renaissance désormais enfoui sous les cendres amères de la médiocrité, de la lâcheté et du mensonge ? Son arrachement précoce, le dernier d’une longue liste qui commence avec les départs brutaux du père Alexandre et du Père Jean,  ne fait-elle pas de nous définitivement des orphelins ? Ce serait ne pas entendre sa voix qui perce l’absence et qui nous répète inlassablement, avec Saint Paul, que les promesses de l’Éternel sont sans repentance. Ce serait infirmer l’Apôtre, et cela ne se peut pas. Ce serait décevoir Father Tom, et cela nous ne le pouvons pas.

Jean- François Colosimo

Une conférence de Jean-François Colosimo sur son livre consacré aux chrétiens d’Orient

9782213629230-X_0Dimanche 30 novembre, dans la paroisse Saint-Séraphin de Sarov à Paris (91, rue Lecourbe, 15e), après la liturgie, Jean-François Colosimo parlera de son dernier livre consacré aux chrétiens d’Orient, Les hommes en trop – La malédiction des chrétiens d’Orient (Fayard).

Jean-François Colosimo : « Les hommes en trop : la malédiction des chrétiens d’Orient »

Le mercredi 24 septembre, Jean-François Colosimo, professeur de patrologie à l’Institut Saint-Serge, président du directoire des Éditions du Cerf et auteur du livre Les hommes en trop : la malédiction des chrétiens d’Orient, a donné une conférence dans le cadre de l’exposition Regards sur l’éducation chez les chrétiens d’Orient à l’occasion du 8e centenaire dominicain. Nous vous invitons à regarder l’enregistrement vidéo de cette conférence !

Kairos – Une chronique de Jean-François Colosimo : « Un orthodoxe au service secret de la France : Constantin Melnik »

colosimo_slo2014Kairos est une nouvelle chronique de Jean-François Colosimo sur Orthodoxie.com.

Ce 14 septembre 2014 mourait Constantin Melnik. Le temps des funérailles passé, Jean-François Colosimo revient sur  la destinée de cet homme qui, par son engagement au cœur de la République, s’est montré résolument orthodoxe et pleinement français.  

    C’est le 27 octobre 1927, une décennie après la Révolution bolchévique, et à des milliers de kilomètres du Palais d’Hiver, à La Tronche, en Isère, que naît Constantin Melnik. La Roue rouge a jeté ses parents, désignés comme des ennemis du Peuple, sur les routes de l’Europe. Sa  mère, Tatiana, est  la fille du docteur Eugène Botkine, le médecin du dernier tsar, assassiné avec la famille impériale qu’il accompagna jusque dans l’ordalie de la maison Ipatiev. Son père, lui- même prénommé Constantin Semionovitch, issu d’une lignée de militaires ukrainiens, ancien officier de la Garde, a servi l’amiral Koltchak comme chef du contre-espionnage durant la Guerre civile. Les jeunes gens se sont rencontrés  au cours de leur fuite qui les a menés de la Sibérie à la Yougoslavie avant qu’ils ne gagnent la France et les vallées industrieuses des Alpes. Dans ces terres traditionnelles d’accueil s’est formée une importante colonie russe dont témoignent aujourd’hui encore des chapelles orthodoxes désaffectées en bordure d’usines abandonnées. Seul garçon d’une fratrie de trois enfants, le petit Costia grandit dans ce monde reconstruit où la quotidienneté des jours se nourrit de souvenirs apocalyptiques et où la quiétude du temps qui passe ne saurait apaiser une inquiétude morale que redouble chaque nouvelle arrachée au silence mortuaire qui a recouvert l’URSS. Bientôt éprouvé par le divorce de Tatiana et de Constantin, dont le couple a été corrodé par l’acide de l’exil, il se sait, se veut et devient tôt un homme engagé dans l’histoire au nom de la vérité. Tandis que la vie de l’émigration à Paris est d’abord artistique et religieuse, la sienne sera placée d’emblée sous ce signe de l’action qui compose tout son héritage.
Français, Constantin Melnik le devient par le baptême républicain que lui procure la Résistance alors que, à peine âgé de dix-huit ans, il sert d’agent de liaison entre les maquis grenoblois et niçois. Son anticommunisme ne l’a pas rendu, à la différence d’autres, aveugle sur le nazisme. Son combat demeurera  fondamentalement antitotalitaire. Animé par l’urgence de la reconstruction, il entre à l’Institut de Sciences politiques dont il sort major en 1949. Les deux admirations et amitiés majeures qu’il a contractées durant ses études vont dominer son parcours : la première, philosophique, avec Raymond Aron, le pendant à droite de Sartre et penseur de la société ouverte contre l’hégémonie marxiste alors régnante ; la seconde, politique, avec Michel Debré, l’épigone du général de Gaulle et futur initiateur de la Ve République.

    C’est sur leur double conseil qu’il rejoint, comme secrétaire, le groupe sénatorial des Radicaux de gauche, formation d’inspiration centriste qui rassemble les démocrates et les  libéraux, dont un certain François Mitterrand. Peu après, sous l’impulsion du maréchal Juin et de Jacques Soustelle, les légataires du Deuxième bureau de la France libre, il noue relation avec les services puis est employé, à ce titre, comme conseiller dans les cabinets des Communications et de l’Intérieur. Sorti du rang par l’engagement clandestin, il commence à mener une carrière prometteuse à la lisière du renseignement.
Mais les promesses de la haute-fonction publique ne sauraient le satisfaire. La conscience de la faiblesse des démocraties le hante. En 1955, Constantin Melnik, fort de son don des langues, est à Stanford, en Californie où il travaille à la Rand Corporation, analyse les mutations du bloc de l’Est et met à profit ce séjour américain pour parfaire son cursus en géopolitique auprès de camarades tels qu’Henry Kissinger. Il acquiert ainsi une parfaite maîtrise des dessous de la Guerre froide et des méthodes américaines de lutte contre le communisme, la Rand n’étant jamais qu’un faux-nez du Département d’Etat.
Sur l’autre rive de l’Atlantique, la spirale des décolonisations bat son plein tandis que la IVe République s’enferre dans le régime des partis. Le retour de Charles de Gaulle au pouvoir sonne celui de Constantin Melnik à Paris. L’affaire d’Algérie est à son acmé et Michel Debré, nommé Premier ministre, va faire de lui son conseiller pour la sécurité, en charge des services secrets que composent le SDECE, le Service de documentation et contre-espionnage, et la DST, la Direction de surveillance du territoire, ainsi que de leur liaison avec la police et l’armée. En ce sens, il est avant l’heure, le premier Coordonnateur du  Conseil national du renseignement qui ne sera officiellement instauré qu’en 2008.
Pendant quatre ans, de 1959 à 1962, dans le mystère des soupentes retirées et des comités restreints de l’Elysée ou de Matignon, mais aussi dans la confidence des tête-à-tête avec le général de Gaulle,  il lui revient de maintenir l’ordre au sein d’une guerre civile attisée par les attentats terroristes du FLN et de l’OAS ainsi que par les tentatives de déstabilisation du KGB et de la CIA. On lui ordonne de répondre à la terreur par la terreur : c’est lui qui orchestre les décisions du pouvoir politique qui scandent ce combat de l’ombre, qu’il s’agisse de déclencher les opérations Omo (pour homicides), confiées à une unité spéciale de commandos parachutistes, ou d’instrumentaliser des officines, telles que la Main Rouge, destinées à pallier les interventions que s’interdit dans le principe un Etat de droit. On lui demande de gérer l’information et l’opinion : c’est encore lui qui place systématiquement sous écoute les activistes de tous bords, les intermédiaires militants ou véreux ainsi que les journalistes et éditorialistes prédominants en créant le Groupement interministériel de contrôle et encore lui qui finance en sous-main des organes proches du pouvoir comme Le Nouveau Candide. On le requiert de préparer la paix : c’est enfin lui qui entame sur le terrain les négociations occultes avec le FLN qui conduiront aux Accords d’Evian.
constantin-melnik-2827951-jpg_2461877_652x284   Son rôle est si crucial que la presse antigaulliste le voue aux gémonies et les journaux satiriques le brocardent, au regard de ses origines et de son allure massive, au crâne rasé, comme « le SDECE tartare », « l’empereur Constantin » ou encore « le Serbo-croate de service », toutes appellations qu’il jugera détestables car empreintes d’une insoutenable xénophobie au regard de sa seule volonté de servir la France, sa patrie, en tant que nation libre mais menacée. Car Constantin Melnik ne s’arrangera jamais de la barbouzerie ambiante et ne cessera de vouloir contrer son principal adversaire, Jacques Foccart, à l’origine des réseaux parallèles tels que le SAC, le Service d’action civique, et des dérives, mêlant complaisances, mallettes et coups d’Etat,  de la Françafrique. Surtout, guerrier plutôt qu’espion, il ne cessera de professer que le respect est dû à l’adversaire et ne se lassera pas de reconnaître les mérites de ceux qu’il a combattus. Dès que les fragiles débuts de la Ve République sont surmontés, il quitte, en 1962, les allées du pouvoir et, gardant sa fidélité à de Gaulle et Debré, n’en rompt pas moins avec leurs entourages.
L’homme d’action le cède alors à l’homme de lettres.  Constantin Melnik se fait l’un des écrivains et éditeurs majeurs de ce genre nouveau qu’est la littérature d’espionnage. Il promeut John Le Carré, Graham Greene, publie chez Fayard des livres d’expertises ou de révélations qui voient se côtoyer acteurs, témoins, chroniqueurs et impose l’histoire contemporaine  dans la liste des best-sellers en impulsant des ouvrages tels que Treblinka de Jean-François Steiner, L’Orchestre rouge de Gilles Perrault ou La Brigade Frankreich de Jean Mabire.  Lui- même signe des romans à clés et des essais informés qui connaissent le succès dont, chez Plon,  La mort était leur mission, Lettres à une jeune espionne, ou Politiquement incorrect. Dans le même temps, il s’affirme sur la scène internationale comme un spécialiste de la géostratégie et anime des rencontres de haut-niveau avec ses anciens homologues, dont Allan Dules de la CIA ou, après la chute du mur de Berlin,  Vladimir Krioutchkov du KGB. La Russie libérée, si ce n’est encore libre, revient à ce moment comme son ultime engagement dans une plaidoirie passionnée pour la Grande Europe.
Cette deuxième vie découle de la première en tant qu’elle en constitue le versant critique. C’est un Constantin Melnik, gardien d’une mémoire sans égale et jouant volontiers entre secrets dicibles et indicibles, voire de sa légende, que consultent régulièrement les journalistes d’investigation. Ecoutes de l’Elysée ? Il détaille l’ancienneté du système. Le Rainbow Warrior, un échec surprenant ? Il précise que non au vu des séries calamiteuses d’opérations ratées. Charles Hernu, agent soviétique ? Il dénonce l’approximation ignorante des vrais ressorts du recrutement. La réalité de la répression de la manifestation du FLN par la police le 17 octobre 1961 à Paris ? Il est le premier à donner le vrai nombre des morts, cent, et non pas trois comme le veut le bilan officiel.
Adversaire de la violence totalitaire, Constantin Melnik continue en effet le combat de toute son existence en tâchant de prévenir l’abus d’autorité  en démocratie, cette alerte fondant sa réflexion sur à la fois la nécessité absolue et l’encadrement non moins absolu des services de renseignement en régime de droit et de liberté. La tragédie de l’histoire est en quelque façon irrémissible mais le Bien se juge lui-même en refusant de confondre avec le Mal contre lequel il lutte.
Cette leçon lui venait de sa Russie native, celle de la Kitège immaculée et des bas-fonds de Dostoïevski, mais il croyait ardemment aussi qu’elle était celle de la France, sans cesse relevée de l’abîme par une Pucelle ou un Connétable surgis de nulle part, contre toute espérance. C’est cette idée qu’il avait tenu à servir. Elle ne serait restée qu’un idéal voué à la désillusion sans l’Eglise qui  a conféré à cet engagement terrestre une plus haute fidélité, celle envers le Christ souffrant en tout homme crucifié. A l’heure de la Terreur globale qui frappe les corps et étreint les esprits, son exemple n’en revêt que plus de force. En nous quittant le 14 septembre 2014, Constantin Melnik a emporté avec lui quantité de secrets, petits et grands, désormais déposés sur le trébuchet céleste, mais il nous a livré le plus essentiel : c’est autour de la dépouille mortelle et de la conviction immortelle d’un orthodoxe consumé par  le service de son pays que sont réunis ses frères d’arme et ses frères de foi, communiant avec lui dans le sentiment d’être tous d’humbles Français.

Jean-François Colosimo 

Photographie de Constantin Melnik: Le Point

« Les hommes en trop. La malédiction des chrétiens d’Orient », un nouveau livre de Jean-François Colosimo

coloJean-François Colosimo, « Les hommes en trop. La malédiction des chrétiens d’Orient », Paris, Fayard, 312 p.
Les éditions Fayard viennent de publier un nouveau livre de Jean-François Colosimo, directeur des éditions du Cerf, professeur à l’Institut Saint-Serge, chroniqueur et essayiste dans le domaine de la géopolitique et de la sociologie des religions. Cet ouvrage qui se situe dans la ligne des précédents essais de l’auteur (Dieu est américain, L’Apocalypse russe et Le Paradoxe persan).
Présentation de l’éditeur:
« Coptes, Chaldéens, Arméniens… Nul ne peut plus ignorer leur tragédie. Les journalistes en font leur une, l’opinion s’en émeut, les publicistes l’exploitent. Nul ne sait pourtant vraiment qui ils sont. Hier encore médiateurs entre l’Orient et l’Occident, ces chrétiens des origines sont devenus les otages de la globalisation. Retour du religieux en politique, choc des civilisations, implosion des cultures, éradication des mémoires, sort des minorités, liberté de conscience, avenir de la démocratie, universalité de la laïcité: les voilà placés au cœur des plus graves enjeux planétaires. Or, de notre crise, ils ne sont pas que le signe, mais aussi le prisme.
En rappelant combien ils incarnent le christianisme des sources, en reprenant les heures glorieuses et terribles de leur chronique deux fois millénaire, en montrant comment ils ont résisté aux invasions et aux massacres, aux croisades et aux djihads, et comment seul le règne des idéologies au XXe siècle a inauguré leur déclin, c’est toute une page méconnue de notre histoire que livre ici Jean-François Colosimo. Mais aussi de notre présent le plus brûlant. À l’heure où la sécularisation semble triompher au Nord, et l’intégrisme au Sud, à l’heure aussi où les urnes paraissent consacrer l’islamisme tandis que l’islam lui-même sombre dans une guerre civile entre sunnites et chiites, il n’est d’autre urgence que de renouveler la traditionnelle “Question d’Orient” qui, aujourd’hui comme hier, commande notre vision du monde. Et notre action sur lui. Car c’est aussi de l’avenir des chrétiens d’Orient que dépend notre futur. »
Présentation de l’auteur:
« Qu’ont à nous dire les petites filles aux prénoms tirés de l’Évangile, aux boucles d’oreille arrachées, aux lendemains sans avenir, qui fuient Mossoul dans les bras de leurs parents pour échapper aux djihadistes? 
Que, cette fois, c’en est fini des chrétiens à l’endroit même où est né le christianisme.
Que, pendant des siècles, ils ont survécu en vain comme otages de la domination musulmane, mais aussi du colonialisme européen. 
Que la mondialisation a brisé leur résistance. Que nous venons de les sacrifier à la guerre impériale de l’Amérique contre l’islam, à la guerre civile qui dévore sunnites et chiites. 
Que leur catastrophe est la nôtre, car avec eux sont anéantis notre plus ancienne mémoire, notre seul espoir de médiation entre l’Occident et l’Orient.
Et que nos croisades revanchardes comme nos lamentations humanitaires leur sont amères car, jusque dans leur agonie, nous continuons à les instrumentaliser dans la négation de notre dette de civilisation à leur égard. 
Irak, Syrie, Égypte, Israël, Palestine, Liban, Jordanie, Turquie, Arménie: ce livre éclaire l’actualité à travers vingt siècles d’histoire et permet de comprendre pourquoi cette tragédie signe notre suicide moral. »

Jean-François Colosimo – « Le livre orthodoxe, un passé, quel avenir ? »

Nous vous invitons à visisualiser un extrait de la conférence "Le livre orthodoxe, un passé, quel avenir ?" de Jean-François Colosimo, président du directoire des éditions du Cerf, prononcée à l'ouverture du 2e Salon du livre orthodoxe

Nos abonnés peuvent visualier l'integralité de la conférence.  

Programme du Salon du livre orthodoxe: conférence de Jean-François Colosimo le 25 avril

5982957-cnl-colosimo-jette-l-epongeLe vendredi 25 avril, après l'ouverture des portes à 17 heures, des dédicaces, la présentation d'un ouvrage, l'inauguration du Salon du livre orthodoxe, à 18 heures, dans l'auditorium Jean XXIII, avec l'accueil par Henri Brischoux, directeur général de la Mutuelle Saint-Christophe assurances, et le discours d'ouverture du métropolite Emmanuel, puis un concert de chants orthodoxes du choeur du Séminaire orthodoxe russe en France, Jean-François Colosimo, président du directoire des éditions du Cerf, donnera une conférence sur le thème : "Le livre orthodoxe, un passé, quel avenir ?".

« L’Eglise et le communisme »: une émission de « C dans l’air » (France 5) avec Jean-François Colosimo

Jean-François Colosimo a participé, avant-hier, à l’émission de télévision C dans l’air, sur France 5, animé par Yves Calvi, sur le thème « L’Eglise et le communisme », à l’occasion du voyage du pape Benoit XVI au Mexique et à Cuba. Les autres invités étaient Stéphane CourtoisBernard Lecomte et Jacobo Machover. L’émission peut être visionnée sur cette page.

« Religion et laïcité dans l’Union européenne »: une conférence de Jean-François Colosimo à Bucarest

1308310527184351739 Le 16 juin, Jean-François Colosimo a donné une conférence à Bucarest, dans la salle de la Bibliothèque centrale universitaire, sur le thème "Religion et laïcité dans l'Union européenne". La conférence a été introduite par l'ambassadeur de France, Henry Paul, et par l'académicien roumain Razvan Theodorescu. Il a évoqué l'apport de l'orthodoxie à la société roumaine, mais aussi dans la construction européenne. Il a aussi abordé les liens culturels et spirituels entre la France et la Roumanie, notamment par le biais des livres.

Sources: Basilica (dont photographie), Représentation de l'Eglise orthodoxe roumaine auprès des institutions européennes

Jean-François Colosimo nommé président du Centre national du Livre (CNL)

IMG_7511 Par décret du président de la République, Nicolas Sarkozy, et sur proposition du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, Jean-François Colosimo a été nommé, le 12 mai, président du Centre national du Livre (CNL) dont la réforme statutaire a été adoptée le 27 avril dernier. « Cette nomination s’inscrit dans l’évolution de la gouvernance […] des autres établissements publics», précise le ministère, « [Désormais] le CNL bénéficiera d’une présidence exécutive ».
Le CNL, depuis soixante ans, a pour mission publique de soutenir l'ensemble de la chaîne du livre (auteurs, éditeurs, libraires, bibliothèques),  en association avec les métiers concernés.
Né à  Avignon en 1960, Jean-François Colosimo a fait des études de philosophie et de théologie. Ancien élève en histoire et sciences des religions la Sorbonne et à la Ve section de l’EPHE, il a mené des séjours de recherche au mont Athos, au mont Sinaï, à Thessalonique, avant d’obtenir un «Master of divinity» à l’Institut Saint Vladimir de New York. Éditeur, essayiste et enseignant, jusque là directeur général de CNRS Éditions, il est aussi maître de conférences à l’Institut Saint Serge. Chroniqueur au Monde des religions,  à France culture, à Radio Notre Dame et sur Orthodoxie.com, il a récemment publié Le paradoxe persan, sorti en juillet 2009 chez Fayard et a dirigé La Bible de Jérusalem, 20 siècles d’art, parue en octobre 2009 aux éditions du Cerf et de la RMN. 

L’émission « Questions ouvertes » sur KTO avec Jean-François Colosimo

L'émission "Questions ouvertes" sur la chaine de télévision KTO (pour recevoir), du
jeudi 18 juin, à partir de 19h40, aura pour invité Jean-François Colosimo et Guillaume Goubert (La Croix). Présentation du sujet : A l’occasion
des événements qui se déroulent en Iran, ils reviennent sur les rapports entre
pouvoir religieux et pouvoir politique : « La théocratie est-elle
compatible avec la démocratie ? »

L’émission « Questions ouvertes » sur KTO avec Jean-François Colosimo

L'émission "Questions ouvertes" sur la chaine de télévision KTO (pour recevoir), du jeudi 23 avril, à partir de 19h40, aura pour invité Jean-François Colosimo et Aymeric Pourbaix (Radio Notre-Dame). Présentation du sujet: " A l'occasion de la conférence des Nations Unies sur le racisme, les invités s'interrogeront: peut-on s'entendre contre le racisme ?"

« Le monde orthodoxe 20 ans après la chute du mur de Berlin », une conférence de Jean-François Colosimo

Lors de la session d’examens de la Formation théologie par correspondance de l’Institut Saint-Serge, le 7 février dernier, Jean-François Colosimo a prononcé la conférence « Le monde orthodoxe 20 ans après la chute du mur de Berlin ».



Bloc-notes de Jean-François Colosimo

JFC
Le 27 janvier 2009

Axios ! Trois fois Axios !
Avec l’élection du patriarche Cyrille de Moscou, c’est l’entière orthodoxie qui
revient définitivement sur la scène de l’histoire. Éradication bolchévique à
partir de 1917, expulsion d’Asie mineure en 1923, massacres oustachis entre
1942 et 1944, oppression communiste à l’Est et dans les Balkans à partir de
1945,  conflit du Proche–Orient à partir
de 1948,  partition de Chypre en 1974,
guerres du Liban depuis 1975, d’ex-Yougoslavie entre 1991 et 2000,  d’Irak depuis 2003, séparation du Kosovo en
2007, persécutions diverses en Asie aujourd’hui : le XXe siècle n’aura
été qu’un long martyrologe. L’Eglise orthodoxe en est sortie diminuée,  avec au prorata moins de territoires et de
populations qu’elle n’y était entrée. Or, c’est de la contemplation de ce
désastre qu’est née la vision dont le patriarche Cyrille est l’héritier et
qu’il lui revient désormais de pleinement incarner. C’est à lui, le benjamin des
disciples de Nicodème de Leningrad qu’il échoit de relever le pari, fou
d’espérance, formulé au pire de l’enfer
soviétique et qui n’était autre que celui de la résurrection.

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Sur Olivier Clément – bloc-notes de Jean-François Colosimo

« Dissidentia » :
ne pas s’asseoir à la table commune, refuser de siéger avec les
autres, dire non au mensonge. Tel est le soleil, souvent noir, parfois
aveuglant, toujours sidérant, sous lequel se déroule toute vie intellectuelle
qui n’entend pas, ou ne sait point, se défier de l’appel à la
vérité : le militant désigne l’ennemi pour combler son vide ; celui
qui, ne l’ayant pas choisi, se voit emporté par le daîmon
socratique ou l’ange de la Révélation, ravi dans
la contemplation des substances ou des radiances, se définit contre
son camp. Obligation à l’esprit qui le juge plus qu’elle ne le
fait juge. C’est pourtant la nostalgie du Royaume qui hantait Olivier
Clément
. Et l’éros qui anime le Banquet platonicien qui explique
sa quête du banquet messianique, sa recherche éperdue d’une improbable
unité dont le parfum paradisiaque revient à l’homme, entre naissance
et mort, par fulgurances, en gage d’éternité. Arrhes de l’unique
sabbat. J’ai dit, ailleurs, ce qu’il convient de penser de la destinée
et de l’œuvre qui consista, pour l’essentiel, à sacrifier une
vocation plus profonde de poète à réécrire l’orthodoxie dans
cette langue française, la nôtre, conforme aux génies grec et juif.
Je le redirai au besoin. D’autres le diront entre-temps, s’y essaient
déjà. Mais que dire du secret de la personne à l’heure où semble
s’arrêter le temps, où les frères humains se rassemblent devant
la dépouille mortelle, promise à retrouver la terre originelle, d’enfance,
là-bas au Sud, en coin de l’Hérault ? Indéchiffrable, intransmissible
secret, certainement. Approchable, assurément. Parce que susurré,
confié, en parfaite liberté et humilité, à l’occasion d’une
conversation ordinaire, en réponse à une question sans objet, au détour
d’une phrase banale. Par des sourires, et quelques larmes aussi.

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Bloc-notes de Jean-François Colosimo

6a00d83451c30d69e200e54f409dd98834-800wiSur le défunt patriarche russe Alexis II : un premier bilan

Alexis II est passé à Dieu. Mémoire éternelle, donc ! Le temps viendra du portrait plus intime, de la méditation sur la personne et la destinée. D’autres ne manqueront pas de le faire, ailleurs, singulièrement dans toutes ces « Russies » dont il fut le primat et qui sont sous le coup de sa disparition. Mais l’heure  réclame aussi, en dépit de l’émotion, de dresser un état, même rapide, de son action. Jusque dans sa mort, trop précoce comme toute mort mais aussi eu égard aux urgences du présent, celui qui fut le premier patriarche de Moscou de l’après-communisme continue de déterminer l’avenir de l’orthodoxie au troisième millénaire. En voici une esquisse menée à grands traits, acquis et horizons mêlés.

1. Né en 1929, dans les pays baltes avant l’invasion soviétique, Alexis II fut l’homme d’un double héritage : l’esprit du concile de 1917, annonçant le renouveau théologique  du XXe siècle et la conscience aiguë, qui marqua sa jeunesse, de la persécution. L’Eglise ne peut vivre hors de l’ouverture au monde dont elle est la vie ; toute Eglise historique peut faire face, un jour, à la possibilité de sa fin. Son engagement devait balancer entre ces deux intuitions fondamentales. Pour le dire autrement, il partageait l’appel crucial à la Tradition créatrice que les pères Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff, issus de la même noblesse de service que lui, allaient incarner dans l’émigration ; et il savait, d’expérience, la solidarité extrême à laquelle voue le peuple souffrant. Fait intime, souvent passé sous silence dans les biographies officielles, son père, lui- même homme d’Eglise, connut les camps. D’où, certainement, un sens aiguisé et plénier de la responsabilité pour les autres, placé sous le signe de l’unité de tous.

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Journée portes ouvertes de l’Institut Saint-Serge – un entretien avec Jean-François Colosimo

L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge ouvre ses portes le samedi 20 septembre du 10h00 à 16h00 et accueille tous ceux qui s’intéressent à l’Eglise orthodoxe, à sa théologie et à sa tradition et souhaitent connaître les différentes formations proposées : le cursus d’études universitaires suivant le modèle européen LMD (licence – master – doctorat), la Formation propédeutique et pastorale (FPP) renouvelée, la Formation théologique par correspondance (FTC) (cursus complet et allégé).
Dans cette perspective, nous avons interrogé Jean-François Colosimo, enseignant à l’Institut Saint-Serge, sur les études de théologie et cette journée.

Podcast audio :

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Un hommage de Jean-François Colosimo à Alexandre Soljenitsyne

Dans le quotidien Le Figaro, Jean-François Colosimo a publié un hommage à Alexandre Soljenitsyne qui est décédé hier soir.
Par ailleurs, lors d’un récent entretien radiodiffusé à France-Info, le 15 juillet dernier, que l’on peut écouter sur cette page, à propos de son livre L’apocalypse russe, Jean-François Colosimo évoque, entre autres, la figure d’Alexandre Soljenitsyne dans la pensée russe (son discours à Harvard en 1978).

Bloc-notes de Jean-François Colosimo

6a00d83451c30d69e200e550073dda88338
Ingrid Betancourt est donc
libre

Libre,
Ingrid
Betancourt
est donc libre. Elle l’est aujourd’hui au sens de l’ouverture de
la prison, de l’élargissement de la
cellule, de l’émancipation des chaînes, entre autres limites concrètes qui
dessinent et déterminent l’enfermement physique. Mais elle montre l’être aussi,
et l’avoir été depuis longtemps en fait, au sens spirituel. Je n’aime
guère ce mot qui s’emploie mal ou trop, mais qui dit ici quelque invisible,
quelque impalpable, si ténu, si discret que les titres de la grande et petite
presse, les applaudissements des gouvernants et des diplomates ont  cru pouvoir l’oblitérer avant que ce soupir,
venu d’ailleurs, de plus haut, ne nous revienne, tourné en sainte rumeur puis
clameur. Ecoutons plutôt Ingrid telle qu’en elle même, en ses premiers mots
trouvés, retrouvés face au monde : « Je veux d’abord rendre grâce à Dieu ».
Dieu ? La pasionaria de l’écologie et de la démocratie, l’icône
latino d’une certaine idée de la France, la cause exemplaire des opinions émues
en désespoir de causes et des politiques en mal d’opinions positives, ce serait
elle, la même, qui invoquerait là, en une révérence aussi superstitieuse
que dépassée, aussi malvenue qu’inutile, un Principe inexistant par principe? Oui,
c’est la même, et qui y insiste : « C’est un miracle ! ». Et qui
récidive, qui se signe de la croix, qui plie le genou, et qui prie, là, sur le
tarmac
. Dévotion ? Non, piété. Attention à ne pas confondre ! Lorsque le président colombien
Alvaro Uribe s’exclame :
« Cette opération, advenue à la lumière du Saint Esprit et sous la
protection de notre Seigneur et de la Vierge est comparable aux plus grandes
aventures épiques de l’histoire de l’humanité », il mêle culte et culture
à la démesure de ce Sud baroque qu’est l’autre Amérique, catholique et
hispanique. Mais lorsque Ingrid Betancourt confie : « J’ai vu le commandant, qui pendant tant
d’années a été responsable de nous, et qui en même temps a été si cruel avec
nous. Je l’ai vu au sol, les yeux bandés. Ne croyez pas que j’étais joyeuse,
j’ai senti de la pitié pour lui, parce qu’il faut respecter la vie des autres,
même s’ils sont vos ennemis. », c’est l’Evangile qui parle. Désarmée, ou
seulement armée d’une Bible et d’un chapelet, l’ancienne candidate du Partido
Verde-Oxígeno
, le «Parti Vert-Oxygène», a appris (ou réappris, elle
qui fut élève à l’Assomption de Paris) à respirer cet autre air sans lequel il
n’est pas d’humanité et qui se nomme la prière. Condamnée à l’immobilité, l’illustre captive est devenue une Jeanne des
Tropiques connaissant à son tour la grâce d’être la grâce. A l’instar des
contemplatifs, elle a entrepris l’unique voyage qui compte, solitaire, et qui
est l’exode intérieur : « Ici, tout a deux visages, la joie vient
puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles
blessures… c’est vivre et mourir à nouveau» notait- elle alors que l’enfer
échouait à annihiler, en elle, l’espoir, alors que son tombeau amazonien s’inaugurait
odyssée de l’âme. Et c’est bien cette libération là, cette victoire qu’il
nous faudrait méditer, nous tous qui sommes otages du temps qui passe,
s’écoule, et nous noie dans l’oubli.

JeanFrançois Colosimo

Bloc-notes de Jean-François Colosimo du 21 avril 2008

Un bloc exceptionnel, en cette Semaine Sainte, alors que le Carême m’inclinait au silence, au moins dans ces colonnes, mais actualité oblige… Me voilà forcé au commentaire… Qu’appelle indéniablement l’annonce de « la décision du Saint Synode de l’Eglise orthodoxie russe de créer un  séminaire  à Paris » (Orthodoxie.com, 15/04/08).

Un « séminaire orthodoxe russe » à Paris ? Mais n’y en a-t-il pas déjà un, à savoir Saint-Serge, même si Saint-Serge n’est pas que cela ? Et cette fondation voulue par Moscou, comment s’articulera-t-elle à l’Institut ? A côté de lui, dans l’indifférence ? Contre lui, dans une hostilité plus ou moins affirmée ? Avec lui, dans le respect des différences ? D’où les considérations qui suivent, qui sont à prendre plus que jamais en bloc, dans la continuité, selon un ordre des raisons qui va du réel au réalisme, en passant par les réalités:

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Jeudis de La Procure : «L’apocalypse russe : Dieu au pays de Dostoïevski» avec Jean-François Colosimo

9782213629285

Dans
le cadre des «Jeudis
de La Procure
», la librairie La Procure
et Orthodoxie.com vous invitent à
rencontrer Jean-François
Colosimo
à l’occasion de la sortie de son livre (1) L’apocalypse russe : Dieu au pays de Dostoïevski (Fayard).

Le jeudi 3 avril 2008,
de 18 heures à 19 heures à la librairie La Procure, 3, rue de Mézières, 75006 Paris,
métro Saint-Sulpice – ligne 4.

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Jovan Nikoloski