28/05/2017
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Résultats de la recherche : uniatisme

Le métropolite de Volokolamsk Hilarion : « L’uniatisme continue de rester la principale pierre d’achoppement au dialogue entre orthodoxes et catholiques ».

Le 16 septembre 2016 a commencé, dans ville de Chieti (Italie), la XIVème session plénière Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Par décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 15 juillet 2016, la délégation du Patriarcat de Moscou participant à la session plénière est constituée du métropolite de Volokolamsk Hilarion, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures (chef de délégation), de l’archimandrite Irénée (Steenberg), recteur du monastère Saint-Silouane-l’Athonite de Sonora, en Californie (Église orthodoxe russe hors-frontières), ainsi que du collaborateur du Secrétariat pour les relations interchrétiennes du Département des affaires ecclésiastiques extérieures, le prêtre Alexis Dikarev, qui participe à la session en tant que consultant. Avant le début de la session plénière, les représentants des Églises orthodoxes locales se sont réunis séparément pour discuter du déroulement des futurs travaux. Intervenant devant les participants orthodoxes de la session, le métropolite Hilarion a rappelé la nécessité pour la commission de revenir à la question de l’uniatisme, dont la discussion avait commencé dans les années 1990, mais a été interrompue en l’an 2000. « Les agissements des gréco-catholiques en Ukraine et leur rhétorique agressive à l’endroit de l’Église orthodoxe témoignent que l’uniatisme continue à être une plaie ouverte sur le corps du christianisme mondial et la principale pierre d’achoppement au dialogue entre orthodoxes et catholiques » a souligné le métropolite. En raison de l’impossibilité pour le métropolite de Pergame Jean de continuer à remplir les obligations de co-président de la Commission mixte, les délégués orthodoxes, lors de leur session, ont discuté des candidatures possibles pour lui succéder à ce poste. À la suite de cette discussion, l’archevêque de Telmessos Job (Patriarcat de Constantinople) à été confirmé dans cette fonction. La session plénière de la Commission mixte, à laquelle prennent part les représentants de toutes les Églises orthodoxes reconnues, à l’exception du Patriarcat de Bulgarie, a été ouverte par les paroles d’accueil du co-président de la commission pour la partie catholique, le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, ainsi que celles de l’archevêque de Telmessos Job, co-président pour la partie orthodoxe, et de l’archevêque catholique de la ville de Chieti, Mgr Burno Forte. À l’issue de la partie solennelle, les membres de la commission ont commencé l’examen du document consacré à la catholicité et la primauté dans l’Église du premier millénaire, approuvé lors de la session du Comité de coordination de la Commission mixte à Rome en octobre 2015.

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L’archevêque d’Athènes Jérôme a demandé la condamnation de l’uniatisme par le Concile

L’archevêque d’Athènes a proposé que soit condamné l’uniatisme, comme une méthode étrangère à l’esprit orthodoxe. « Il doit être condamné par toutes les Églises orthodoxes » a souligné le primat de l’Église de Grèce. La proposition de l’archevêque Jérôme a été acceptée par les membres du saint et grand Concile et sera mentionnée dans les documents officiels.

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Le Saint Synode de l’Eglise orthodoxe russe a appelé l’uniatisme une « plaie qui ne cicatrise pas » dans les relations orthodoxes-catholiques

234330.pLe 16 avril, faisant le bilan de sa visite en Amérique latine devant le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Cyrille a évoqué sa rencontre avec le pape et la question de l’uniatisme en Ukraine (Église grecque-catholique). « Les membres du Saint Synode ont insisté sur la déclaration du patriarche et du pape à propos de l’uniatisme : « La méthode de l’« uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrer l’unité. » Les membres du Synode ont déclaré regretter les réactions de la direction de l’Église gréco-catholique ukrainienne à cette partie du texte et à la déclaration en général.

Le Saint Synode a souligné que l’uniatisme restait une plaie qui ne cicatrise pas dans les relations orthodoxes-catholiques, et a soutenu l’appel à la réconciliation entre orthodoxes et gréco-catholiques en Ukraine, ainsi qu’à la recherche de formes de coexistence acceptables pour les deux parties, formulé par le patriarche de Moscou et le pape de Rome. »

Source (dont photographie) : Patriarcat de Moscou

Une conférence sur l’uniatisme en Transylvanie

Du 30 juin au 6 juillet 2005 à Alba Iulia (Roumanie) aura lieu la 3ème conférence du projet scientifique intitulé « L’uniatisme en Transylvanie » organisée par la fondation catholique autrichienne Pro Oriente et l’Université roumaine « 1er décembre 1918 ».

Dans un entretien, l’évêque de Irénée de Bačka (Eglise orthodoxe serbe) aborde la question du Concile de Crète, du nationalisme dans l’Église, de l’Église orthodoxe en Ukraine et de l’archiprêtre Gabriel Kostelnik (+1948)

Au cours de son récent séjour en Serbie, le métropolite de Zaporojié et Mélitopol Luc (Église orthodoxe d’Ukraine) a rencontré l’évêque de Bačka Irénée (à gauche sur la photographie, ndlr) et lui a posé un certain nombre de questions. Nous reproduisons ci-dessous, in extenso, l’entretien :

– Métropolite Luc : « Comme on le sait, alors que vous participiez au Concile panorthodoxe, vous n’avez pas signé certains de ses documents. À ce sujet, je voudrais entendre votre point de vue personnel, et ce d’autant plus qu’en Ukraine, les disputes ne cessent pas entre ceux qui rejettent en bloc le Concile et ceux qui soutiennent l’idée de sa tenue et les décisions prises.

– Évêque Irénée : Beaucoup de choses dites par moi à ce sujet en serbe n’ont pas encore été publiées. Comme on le sait, nous sommes ici [en Serbie] voisins des Grecs. Nous avons de profonds liens historiques et autres avec les Grecs, un grand nombre de nos évêques parlent ou comprennent le grec. Depuis mon enfance, j’ai appris la langue grecque [ancienne] et j’ai enseigné le Nouveau Testament et la langue grecque à la Faculté de théologie de l’Université de Belgrade. Nous avons notre milieu distinct, particulier. Je connais beaucoup d’évêques grecs et je suis ami avec un grand nombre d’entre eux, aussi j’ai été très triste lorsque que l’on a commencé à dire que « les Serbes nous ont trahis, sont passés chez les Russes ». Je suis contre de telles affirmations, parce que dans l’Église, il n’y a pas de Russes, de Serbes ou de Grecs. Il y a ceux qui sont orthodoxes et ceux qui ne le sont pas, ou bien tu es dans l’Église, ou tu es contre l’Église, tertium non datur. Si je connais beaucoup de Grecs, si j’ai des relations fraternelles avec eux, cela signifie seulement qu’ils doivent avoir la même attitude envers les Russes, les Ukrainiens, les Géorgiens. L’apôtre Paul dit encore que pour l’Église, il n’y a ni Grec ni Juif. Sinon, cela est pour moi le démembrement, la division artificielle de l’orthodoxie entre Grecs et Slaves, Russes. Cela non seulement ne me plait pas, mais dans l’essence, c’est quelque part hérétique. C’est une approche hérétique.

– Qui fait cela ?

– Ce sont différents journalistes. Pour ce qui me concerne, je n’ai reçu aucun ordre, aucun souhait d’où que ce soit. J’ai seulement ma responsabilité, comme théologien, comme un homme qui s’est occupé de cela toute sa vie, dans la mesure de ses possibilités et capacités, et j’analyse tout ce qui s’est produit : tous les courants, toute la préparation du Concile et j’en tire des conclusions pour ma conscience. C’est la question de ma foi, de ma conscience, et non la question des Serbes, des Russes ou des Grecs, de qui que ce soit. À Genève, j’ai participé à toutes les rencontres liées à la préparation du Concile, j’ai étudié tous les textes avec les autres. Je n’ai jamais été contre le Concile. Lorsque ont commencé tous ces commérages, cela m’était répugnant à un point indicible. Et c’est en grec, et non en serbe, que je me suis alors empressé de publier, afin que cela soit clair à tous, pourquoi je n’ai pas signé. J’en suis venu à cette conclusion, selon ma conscience.

– Votre point de vue au sujet de ce qui suit est très important : certains émissaires des autorités de notre pays rencontrent les représentants [du Patriarcat] de Constantinople afin que ces derniers fassent des pas dans la direction du rapprochement avec les schismatiques [ukrainiens].

– Une fois, alors que je parlais avec le patriarche œcuménique, je lui ai dit : « Soutenir Denissenko [le « patriarche » schismatique de Kiev, ndt], ce sera un nouveau schisme, cette fois non entre l’Orient et l’Occident, mais en Orient. Personne n’a besoin de cela. Ceux qui ont intérêt à cela, ce sont des forces qui n’ont rien de commun avec le christianisme ». Je l’ai fait honnêtement, je l’ai dit en face. Je regrette le fait que les représentants des séparatistes ecclésiastiques ukrainiens aient été reçus au Phanar, et aussi que des représentants du pouvoir politique y soient venus pour des discussions semblables, certains d’entre eux n’étant pas même orthodoxes. Bien sûr, dans cela, ils voient les intérêts de l’État. Nous faisons face à la même chose au Monténégro. On s’efforce de faire de l’Église l’instrument de la politique, afin qu’elle serve les intérêts de l’État et non ses buts véritables. Je ne pense pas que le patriarche Bartholomée s’engagera dans quelques concessions.

– Nous, en Ukraine, ressentons cela très douloureusement, particulièrement notre troupeau. Il nous est indispensable de parler plus du Christ aux gens, d’autant plus au moment où, dans les médias officiels, on répand des mensonges sur nous. Nos fidèles s’intéressent à la position de Constantinople, à laquelle se réfèrent constamment les schismatiques, d’autant plus que le patriarche Bartholomée aurait soi-disant occupé la position du pape au Concile.

– Ce n’est pas vrai. Il s’est conduit dans le cadre de ses pouvoirs et, plus que tout autre, au Patriarcat œcuménique, il a voulu faire un Concile selon tous les critères et normes. La question de l’unité de l’orthodoxie est plus importante que les plans du pouvoir que ce soit l’ukrainien ou tout autre pouvoir éphémère. Tout est éphémère, seule l’Église est éternelle. Qui aurait pu penser que nous vivrions jusqu’au monde post-soviétique ? Nul parmi eux [les communistes, ndt] n’aurait pu y penser, ils pensaient qu’il seraient là encore trois ou quatre siècles. C’est Dieu qui dirige l’histoire, l’Esprit Saint. En ce sens, tout cela est éphémère et on ne sait jamais ce qui arrivera. Les miracles se produisent de notre vie également, et après il y en aura encore. En ce sens, il faut simplement résister, confesser la foi. Nous devons rester conséquents dans nos positions ecclésiales, ecclésiales seulement et aucunes autres, non celles des partis, non des positions politiques. L’Église n’a jamais été contre l’État. Certains dirigeants ne pourront jamais le comprendre, parce qu’en fait, ils sont tous des athées, ce sont les mêmes qui étaient là à l’époque soviétique.

– On commence à parler chez nous, activement, qu’il faut passer de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin. Changer la forme de la langue.

– La même chose se produit chez nous au Monténégro. L’alphabet cyrillique y a été interdit, on ne peut écrire qu’en caractères latins. Je perçois tout cela comme une conséquence de la position suicidaire du pouvoir. Que recevront-ils si, en se coupant de leurs racines orthodoxes, ils deviennent partie du monde occidental ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui le monde occidental ? C’est un athéisme qui est pire que l’athéisme soviétique, malheureusement. À l’époque soviétique le pouvoir avait fait de l’idée athée une idéologie, ils luttaient contre la religion. Or aujourd’hui, en Occident, toute religion est une imbécillité, elle n’intéresse personne, il n’y a que le plaisir. Particulièrement dans les cercles dirigeants du monde, raison pour laquelle le monde musulman est plus fort qu’eux. Pensez seulement au fait qu’en France il y a plus de gens dans les mosquées que dans les églises !

– Il y a un refroidissement dans la jeunesse envers le savoir, la vie. On leur dit quelque chose, ils le croient, il y a une certaine absence du souhait d’analyser, de comprendre quelque chose. Comment enseigner à penser ? Que faut-il faire pour cela ?

– Nous avons le même problème. Mais nous devons défendre l’orthodoxie, bien sûr avec patience et amour, avec respect envers la liberté de conscience de chaque homme. Mais nous ne devons jamais céder. Il faut suivre les traditions de l’Église. De nombreux efforts sont nécessaires au salut. Que Dieu nous donne de la patience. Comme on le disait à l’époque byzantine, les nuages les plus menaçants passent. Aussi difficiles et lourdes que puissent être les difficultés pour nous, ces nuages passeront. Il faut attendre, peut-être ne vivrons-nous pas jusque-là, d’autres y parviendront, mais le mot définitif sera celui du Christ, et non de l’Antichrist. Si certains n’y croient pas, c’est leur problème.

– On entend maintenant de la bouche des politiciens [ukrainiens] : « Vous êtes un ennemi, vous êtes la cinquième colonne, vous êtes un curé moscovite ». Certains l’endurent très difficilement.

– Le plus important est de comprendre que ces gens ne s’intéressent à l’Église que comme un instrument, celui de leurs plans. Il en est ainsi dans le monde entier. Il faut, avec sagesse, ne s’identifier avec aucun d’entre eux. Même avec ceux qui disent qu’ils sont orthodoxes. Il est vrai qu’il y en a de tels, mais quoi qu’il en soit, il faut avoir sa position, sa liberté. Nul ne doit dire qu’un orthodoxe appartient à l’une ou l’autre orientation politique, à un parti. À aucun ! Nous n’appartenons qu’à une seule orientation, celle du Christ !

– Monseigneur, excusez-nous, nous prenons beaucoup de votre temps.

– Non, j’en suis très content. Et je dirai encore quelque chose pour ce qui concerne le Concile [de Crète]. J’ai participé à sa préparation, j’ai suivi chacun de ses pas, j’ai parfois tenté d’aider certaines formulations de compromis, de décisions communes, etc. Mes frères évêques, qui ont eu la même préoccupation que moi dans cette œuvre, savaient que je comprends le grecs, que je bénéficiais d’une certaine confiance des Slaves et pouvais leur expliquer quelque chose. Il y a eu des discussions sur l’octroi de l’autocéphalie et de l’autonomie. En fin de compte, nous sommes arrivés à la décision que l’octroi de l’autocéphalie n’est pas le problème d’une Église locale, ni de Constantinople, mais une question panorthodoxe, et nous sommes parvenus à une conclusion, à un résumé sur la base de l’expérience commune de l’orthodoxie durant des siècles. Et la formule finale était que l’octroi de l’autocéphalie ne peut se produire sans la volonté de l’une des Églises locales, personne ne peut dire qu’il veut devenir autocéphale. S’il y a la bénédiction que l’Église-Mère – l’une ou l’autre des Églises locales – déclare pour des considérations spirituelles, non étatiques, non politiques, non idéologiques ou d’autres encore, être d’accord, alors un diocèse ou un autre devient Église autocéphale. Ce n’est pas une décision finale, c’est une proposition à la conscience panorthodoxe. Cela est communiqué à toutes les Églises autocéphales. Si toutes sont d’accord sur le fait que cela est utile dans le sens de la croissance de tout l’organisme divino-humain de l’Église, alors commence l’examen panorthodoxe de cette question. En bref : la première condition est l’accord de l’Église-mère, la seconde démarche, l’accord panorthodoxe, et la troisième la proclamation. Pour ce qui concerne celle-ci, les idées diffèrent. Au début, Constantinople disait que le seul accord du patriarche œcuménique était suffisant, avec la publication d’un tomos, la proclamation etc. Oui, c’était le cas avant, dans les temps anciens. Mais les choses sont autres maintenant. Il y a de nouvelles Églises autocéphales, plus tardives, en plus des patriarcats anciens. Cela reste une question non résolue, qui nécessite un examen. En général, il est nécessaire lors d’un concile de discuter des problèmes importants, non pas théoriques, mais de ceux qui concernent l’unité de l’Église. Toutes les questions du schisme, du nationalisme, de l’obscurantisme, doivent absolument être résolus au niveau conciliaire. Le principe du consensus, de l’unanimité, est important. Et le fait même que le concile actuel ait eu lieu sans la participation de certaines Églises constitue un problème sérieux. Celles-ci disent qu’elles n’ont pas participé en raison de leurs considérations stratégiques, et cela est juste, cela signifie qu’elles avaient des considérations de principe.

– Pour nous, la guerre au Sud-Est de notre partie constitue une grande douleur. Ma maison a été détruite, nous vivions non loin de l’aéroport. Mes anciens paroissiens sont morts sous les bombardements, tandis que d’autres refusent de me parler, m’accusant de trahison, parce que je suis resté sur le territoire de l’Ukraine.

– Oui, cela est horrible quand se produit une guerre civile, lorsque les frères sont en guerre. Nous avons vécu sera à la charnière du siècle présent. Cela arrange les forces anti-orthodoxes – et c’est pour cela qu’elles l’organisent et l’attisent –, elles veulent une seule chose : démembrer et piller le pays, et faire de l’Église orthodoxe une organisation politique obéissante, du type d’une organisation séparatiste avec à sa tête Denissenko. Ce sont des gens sans morale.
– Monseigneur, il est tellement intéressant de parler avec vous…
– Merci. Je veux également vous demander quelque chose. Avez-vous quelque document au sujet de Gabriel Kostelnik [ancien prêtre uniate revenu à l’orthodoxie après la Seconde Guerre mondiale, il présida le Concile de Lvov en 1946 et fut assassiné en 1948, ndt]. Il a fait beaucoup au Concile de Lvov, il a abandonné l’uniatisme, est devenu prêtre de l’Église orthodoxe. Je suis allé sur sa tombe, nous avons prié pour son âme, alors que Mgr Augustin était encore évêque du lieu. Je considère moi-même qu’il est digne de la canonisation. Mgr Augustin m’a dit également qu’il fallait tout analyser, à savoir quelles étaient les immixtions du KGB. Parfois, il y avait des intérêts parallèles. Ils [les communistes, ndt] ne voulaient pas d’uniates, nous non plus. Mais cela ne signifie pas que le père Gabriel Kostelnik était leur laquais. Mon idée est qu’il faut procéder à la canonisation simultanément en Ukraine et en Serbie. Il a vécu là-bas et ici [le père Gabriel Kostelnik est né en Voïvodine, ndt]. Le lien vivant se conservera s’il y a canonisation en même temps dans les deux pays.
– Je vous remercie chaleureusement, Monseigneur, pour cette discussion si substantielle et intéressante. J’espère et demanderai à Dieu et à Votre Éminence de nous rencontrer à nous. Nous demandons vos prières pour notre Église avec, à sa tête, son primat le béatissime métropolite Onuphre.
– Nous, Serbes, plus que qui que ce soit, partageons votre douleur, c’est la raison pour laquelle, en priant pour notre peuple très éprouvé, nous prions aussi pour nos frères ukrainiens. À la tête de votre Église se trouve un hiérarque très sage, un exemple à imiter dans sa fidélité à l’Église-mère et ses canons. Que Dieu lui donne force et santé !
– Le Christ est ressuscité !
– En vérité, Il est ressuscité !

Source (dont photographie): Hram.zp.ua

L’évêque Athanase (Jevtić), évêque émérite de Zachumlie et Herzégovine (Église orthodoxe serbe), a visité la Slovaquie orientale

L’évêque Athanase (Jevtić), évêque émérite de Zachumlie et Herzégovine, a visité la Slovaquie orientale du 26 au 30 novembre 2016, se rendant sur les pas de saint Justin (Popović), qui a séjourné dans cette région entre 1929 et 1930, afin de développer la mission de l’Église orthodoxe serbe auprès des populations qui revenaient de l’uniatisme à l’orthodoxie. Le but principal de la visite de Mgr Athanase était la célébration du 90ème anniversaire du retour à l’orthodoxie des habitants du village d’Osadné, après l’union d’Užgorod qui dura 200 ans. C’est dans ce village que Mgr Athanase a concélébré la sainte liturgie avec le primat de l’Église orthodoxe des Terres tchèques et de Slovaquie, le métropolite Rastislav. Dans le sous-sol de l’église, l’évêque Athanase a célébré un court office de requiem devant l’ossuaire qui abrite les restes de 1025 soldats morts pendant la Première guerre mondiale. L’évêque a visité également de nombreuses églises, dans lesquelles il a prêché et vénéré les saintes icônes et reliques de Slovaquie. Entre autres, il a rendu visite à la skite du défunt higoumène Ignace (Čokina), lequel connaissait probablement saint Justin, puisqu’il a séjourné un certain temps au monastère Saint-Job-de-Potchaïev à Ladomirovo, que le saint mentionne dans ses notes sur son voyage dans ces régions. L’higoumène Ignace vécut une sainte vie et est vénéré dans le peuple, ce qui fait que son nom sera prochainement introduit dans le calendrier des saints de l’Église orthodoxe. Mgr Athanase a également visité l’église de ce monastère, aujourd’hui église paroissiale. Avant la seconde guerre mondiale, le monastère disposait d’une imprimerie où furent édités de nombreux livres à contenu spirituel et liturgique, qui étaient diffusés dans toute l’émigration russe. De là, après la guerre, les moines sont partis à Munich, puis à l’actuel monastère de Jordanville aux États-Unis. Non loin de Ladomirovo naquit le métropolite Laure (Škurla, +2008), primat de l’Église orthodoxe russe hors-frontières. Ensuite, Mgr Athanase a célébré la sainte liturgie en la chapelle Saint-Jean-le-Théologien du séminaire de Prešov, où il a fait une conférence sur saint Justin. Le 30 novembre 2016, il a prononcé une autre conférence à la Faculté de théologie orthodoxe de la même ville, sur le thème « Le Christ, Terre des vivants ».

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28 octobre (ancien calendrier)/10 novembre (nouveau)

28 octobre (ancien calendrier)/10 novembre (nouveau)

Sainte Parascève, martyre (III). Saint Térence et son épouse sainte Néonille, martyrs avec leurs enfants saints Sarbèle, Photos, Théodule, Hiérax, Nitas, Vilos et sainte Eunicée (249-250) ; saint Cyriaque, patriarche de Jérusalem, martyr (363) ; saint Térence, évêque de Metz (vers 500) ; saint Faron, évêque de Meaux (669) ; saint hiéromartyr Néophyte, évêque d’Urbnisi (Géorgie, VIIème s.) ; saint Étienne le Sabbaïte, moine (794) ; saint Nestor l’analphabète des Grottes de Kiev (XIVème s.) ; saint Arsène, archevêque de Serbie (1266) ; saint Hyacinthe, métropolite en Dobroudja (1372)saint Job, abbé de Potchaev (1651) ; saint Dimitri, métropolite de Rostov (1709) ; saint Arsène de Cappadoce (1924) ; saints néo-martyrs de Russie : Jean (Vilensky), prêtre (1918).

SAINT JOB DE POTCHAÏEV

Saint Job, abbé de Potchaev (1651)

Saint Job, dans le monde Jean Jelezo, naquit dans une famille pieuse de Pokutcha, en Galicie, vers 1550. Ayant manifesté de l’ardeur pour les œuvres de la piété dès sa plus tendre enfance, il quitta le domicile familial à l’âge de neuf ans, et entra au monastère de la Transfiguration à Ugornitsky dans les Carpathes. Le jeune garçon faisait preuve d’une grande humilité et d’un total renoncement à sa volonté propre, aussi reçut-il la tonsure monastique dès l’âge de douze ans. Tout le temps libre dont il disposait était consacré à la prière et à la lecture d’ouvrages utiles à l’âme. L’austérité de son ascèse et sa ferveur pour la prière furent bientôt réputées dans tout l’Ouest de la Russie. Quelques années plus tard, le défenseur de l’Orthodoxie, Constantin Constantinovitch, prince d’Ostrog, désirant fonder un monastère dédié à l’Exaltation de la Sainte Croix à Duben, en vue de protéger le peuple contre le prosélytisme des jésuites et des Polonais, fit appel à Job, qui venait d’être ordonné prêtre pour assurer l’higouménat. Le saint resta vingt-deux ans à la tête de cette communauté, où les moines vivaient dans toute sa rigueur la tradition ascétique orthodoxe. Mais, brûlant du désir de mener la vie d’un simple moine, il s’enfuit un jour secrètement et entra à la laure peu connue de Potchaev, dans le diocèse de Volynie. Là encore, ses vertus ne purent rester cachées, et les moines lui demandèrent bientôt d’accepter la charge d’higoumène. Ayant accepté malgré son désir de demeurer dans l’hésychia, il instaura un régime de vie cénobitique, fit construire une église de pierre et éleva le monastère à une grande prospérité matérielle et spirituelle. Il prit aussi une part active à la lutte contre l’uniatisme, en manifestant que la plénitude de la sainteté se trouve au sein de l’Église Orthodoxe. Vers la fin de sa vie, après avoir reçu le Grand Habit angélique sous le nom de Jean, il nomma son successeur et alla mener, avec la plus grande austérité, la vie de reclus dans une grotte souterraine totalement obscure. Il s’endormit dans le Seigneur le 28 octobre 1651, âgé de presque cent ans. Huit ans plus tard, en 1659, ses reliques furent trouvées intactes, et elles n’ont cessé d’accomplir depuis quantité de guérisons miraculeuses.
SAINT ARSÈNE DE CAPPADOCE
Saint Arsène naquit vers 1840 dans la Cappadoce chrétienne, patrie des Pères de l’Église, qui, malgré l’oppression turque, gardait au début de ce siècle une surprenante vitalité chrétienne. Devenu moine à l’issue de ses études, il fut envoyé comme prêtre dans son village natal, Pharassa, pour y instruire les enfants abandonnés. Après son pèlerinage à pied en Terre Sainte, pèlerinage qu’il renouvelait tous les dix ans, il reçut le surnom de Hadjiéfendis (« maître-pèlerin »). Humble prêtre de Dieu, il fut pendant toute sa vie le père et l’âme de la population. Non content de leur enseigner les rudiments de la culture hellénique, bannie par les autorités turques, il donnait aux Grecs opprimés un exemple vivant de la grandeur et de la dignité chrétienne. Plus que toute parole ou tout enseignement, il était lui-même présence de Dieu, source abondante de grâce et de guérisons miraculeuses, non seulement pour le peuple grec, mais aussi pour les Turcs. Ne se souciant jamais de connaître l’origine ou la religion des personnes qui se présentaient à lui avec confiance, il cherchait avant tout la prière qui était appropriée à chaque cas. S’il ne la trouvait pas dans l’Euchologe, il prenait un psaume, lisait un passage de l’Évangile ou se contentait même de poser sur la tête du malade l’Évangéliaire. Les miracles du Père Arsène étaient devenus si naturels qu’il n’y avait pas d’autre médecin à Pharassa. Il était pour tous le médecin des âmes et des corps. Ceux qui ne pouvaient se déplacer lui envoyaient des vêtements. Saint Arsène lisait alors la prière adéquate ou l’écrivait sur un morceau de tissu, et la guérison était assurée. Parfois la guérison ne venait que progressivement, pour le profit de ceux qui avaient besoin de s’humilier et de prendre peu à peu conscience du secours de Dieu. Le Père Arsène refusait tous les cadeaux qu’on lui proposait en remerciement de ses bienfaits, en disant : « Notre foi ne se vend pas ! » Et il dissimulait habilement ses vertus, au moyen d’excentricités ou d’accès simulés de colère, afin d’éviter l’estime des hommes et de préserver ainsi sa tranquillité. Quand on admirait son pouvoir de thaumaturge, il répondait sévèrement : « Eh bien ! pensez-vous que je sois un saint ? Mais je ne suis qu’un pécheur pire que vous ! Ne voyez-vous pas que je me mets en colère ? C’est le Christ qui accomplit sous vos yeux les miracles. Moi je n’ai qu’à lever les mains et à Le prier. » De fait, quand il élevait les mains vers Dieu en geste d’intercession, c’était comme si son âme se brisait. On avait l’impression qu’il saisissait le Christ par les pieds et ne le laissait que lorsque sa demande avait été exaucée. Saint Arsène vivait dans une étroite cellule au sol en terre battue, en jeûnant, veillant et priant continuellement. Deux jours par semaine, et souvent davantage, il fermait sa porte pour se livrer à la pure contemplation, revêtu d’un sac et prosterné sur la cendre. Et ces jours-là, ceux qui venaient demander son secours, trouvant la porte close, prenaient un peu de poussière sur le seuil et se trouvaient sûrement guéris. Sévère envers lui-même, le Père Arsène était tout amour et compassion envers ses ouailles, en particulier à l’égard de ceux qui venaient confesser leurs péchés. Plus que par des « pénitences » ou des réprimandes, il guérissait les pécheurs par la charité. Il allait souvent, pieds nus, célébrer des vigiles dans les chapelles isolées. Il n’utilisait pas de monture, pour imiter le Christ qui allait toujours à pied, et aussi par égard pour les animaux. À plusieurs reprises des saints apparurent pour l’assister pendant la Divine Liturgie, et des fidèles purent admirer son visage alors transfiguré par la lumière divine. Doué du charisme de clairvoyance, le Père Arsène prédit bien à l’avance l’expulsion des Grecs d’Asie Mineure, et il organisa le départ des habitants de Pharassa. Lorsque l’ordre d’expulsion arriva, le 14 août 1924, le vieillard se mit à la tête de son troupeau, tel un autre Moïse, pour un exode de trois cents kilomètres à pied, au milieu des Turcs menaçants. Toujours uni à Dieu, il n’en cessait pas pour autant de répandre la miséricorde divine indistinctement sur les chrétiens et les musulmans. Conformément à ce qu’il avait annoncé à ses fidèles, il ne vécut que quarante jours après leur arrivée sur la terre grecque. Comme il était alité à l’hôpital, un de ses proches voulut écraser un pou qu’il avait décelé sur son corps. Mais le Père Arsène s’écria : « Non, ne le tue pas le pauvre ! Laisse-le manger lui aussi un peu de chair ! N’y en aurait-il donc seulement que pour les vers ? » Puis, se tournant vers ses visiteurs, il leur dit : « L’âme ! l’âme ! soignez-la davantage que la chair qui, elle, ira à la terre et sera mangée par les vers ! » Ce fut son dernier sermon et son testament. Deux jours plus tard, le 10 novembre 1924, il remit en paix son âme à Dieu, avec la confiance du fidèle serviteur. Il était âgé de quatre-vingt-trois ans. Depuis 1970, saint Arsène n’a cessé de témoigner de la familiarité qu’il a acquise auprès de Dieu par quantité d’apparitions et de miracles advenus auprès de ses précieuses reliques, qui sont déposées au couvent de Sourôti, proche de Thessalonique. Son culte a été reconnu par le Patriarcat Œcuménique en 1986.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Térence, sainte Néonille et leurs enfants, ton 4
Tes Martyrs, Seigneur, pour le combat qu’ils ont mené * ont reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animés de ta force, ils ont terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Tropaire de saint Job de Potchaïev, ton 4
Ayant atteint la longanimité de l’ancêtre [Job] très-éprouvé, et imité la tempérance du Baptiste, émule de leur zèle divin, tu as été digne de prendre leurs noms, et tu fus le prédicateur intrépide de la foi véritable ; aussi tu as amené la multitude des moines au Christ, et tu as affermi tous les hommes dans l’Orthodoxie, Job notre père vénérable, prie pour sauver nos âmes.

Kondakion de saint Étienne le Sabbaïte, ton 4
Ayant planté le paradis des vertus * et l’ayant arrosé sous les flots de tes pleurs, * illustre Père, toi qui as trouvé l’arbre de vie, * sauve de la ruine, par tes prières, ton troupeau; * délivre du péril ceux qui te vénèrent avec ardeur, * car en toi, sage Étienne, nous possédons, * nous les fidèles, un très grand protecteur.

Tropaire de saint Arsène de Cappadoce, ton 3
Ayant bien mené la vie selon Dieu, tu te révélas, Arsène le Théophore, un réceptacle précieux du Paraclet. Et ayant reçu la grâce des miracles, tu dispenses à tous prompt secours: Père bienheureux, prie le Christ notre Dieu d’accorder à nos âmes Sa grande miséricorde.

Kondakion de saint Job de Potchaïev, ton 4
Tu fus une colonne de la foi véritable, un zélateur des commandements évangéliques, le pourfendeur de l’orgueil, et le maître et le défenseur des humbles ; aussi demande pour ceux qui t’exaltent la rémission des péchés, et de préserver ton monastère, Job notre père, semblable à celui qui fut très éprouvé.

Kondakion de saint Arsène de Cappadoce, ton 4
Fleur nouvellement éclose en Cappadoce et réceptacle très précieux de vertus, que saint Arsène soit chanté par moi. Car il vécut dans la chair comme un ange et vit maintenant dans les demeures des saints, avec lesquels il prie sans cesse le Christ de nous accorder la rémission des péchés.

Évangile du jour
(Lc XI, 1-10)

Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit: Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciples. Il leur dit: Quand vous priez, dites: Père! Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne. Donne-nous chaque jour notre pain quotidien; pardonne-nous nos péchés, car nous aussi nous pardonnons à quiconque nous offense; et ne nous laisse pas entrer en tentation. Il leur dit encore: Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire: Ami, prête-moi trois pains,car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir,et si, de l’intérieur de sa maison, cet ami lui répond: Ne m’importune pas, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner des pains, je vous le dis, même s’il ne se levait pas pour les lui donner parce que c’est son ami, il se lèverait à cause de son importunité et lui donnerait tout ce dont il a besoin. Et moi, je vous dis: Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe.

28 octobre

28 octobre
Jour de jeûne

Sainte Parascève, martyre (III). Saint Térence et son épouse sainte Néonille, martyrs avec leurs enfants saints Sarbèle, Photos, Théodule, Hiérax, Nitas, Vilos et sainte Eunicée (249-250) ; saint Cyriaque, patriarche de Jérusalem, martyr (363) ; saint Térence, évêque de Metz (520) ; saint Faron, évêque de Meaux (669) ; saint hiéromartyr Néophyte, évêque d’Urbnisi (Géorgie, VIIème s.) ; saint Étienne le Sabbaïte, moine (794) ; saint Nestor l’analphabète des Grottes de Kiev (XIVème s.) ; saint Arsène, archevêque de Serbie (1266) ; saint Hyacinthe, métropolite en Dobroudja (1372) ;saint Job, abbé de Potchaev (1651) ; saint Dimitri, métropolite de Rostov (1709)  ; saints néo-martyrs de Russie : Jean (Vilensky), prêtre (1918).

SAINT TÉRENCE, SAINTE NÉONILLE ET LEURS ENFANTS

Cette sainte famille vivait dans la piété et l’amour mutuel, à une époque et dans un lieu qui ne nous sont pas connus. Livrés au tribunal du gouverneur païen, ils confessèrent tous, d’une seule voix, le Christ vrai Dieu et se moquèrent des idoles. On les soumit immédiatement à la torture, en versant du vinaigre et du sel sur leurs plaies pour les rendre plus douloureuses. Mais les saints martyrs endurèrent les tourments sans broncher, s’encourageant mutuellement par leur silence à persévérer jusqu’à la fin. À plusieurs reprises, un ange envoyé par Dieu les guérit miraculeusement et les protégea contre les fauves. En voyant qu’ils résistaient à tous les tourments, les païens leur tranchèrent finalement la tête, leur offrant ainsi la couronne de la victoire.
SAINT JOB DE POTCHAÏEV
Saint Job, dans le monde Jean Jelezo, naquit dans une famille pieuse de Pokutcha, en Galicie, vers 1550. Ayant manifesté de l’ardeur pour les œuvres de la piété dès sa plus tendre enfance, il quitta le domicile familial à l’âge de neuf ans, et entra au monastère de la Transfiguration à Ugornitsky dans les Carpathes. Le jeune garçon faisait preuve d’une grande humilité et d’un total renoncement à sa volonté propre, aussi reçut-il la tonsure monastique dès l’âge de douze ans. Tout le temps libre dont il disposait était consacré à la prière et à la lecture d’ouvrages utiles à l’âme. L’austérité de son ascèse et sa ferveur pour la prière furent bientôt réputées dans tout l’Ouest de la Russie. Quelques années plus tard, le défenseur de l’Orthodoxie, Constantin Constantinovitch, prince d’Ostrog, désirant fonder un monastère dédié à l’Exaltation de la Sainte Croix à Duben, en vue de protéger le peuple contre le prosélytisme des jésuites et des Polonais, fit appel à Job, qui venait d’être ordonné prêtre pour assurer l’higouménat. Le saint resta vingt-deux ans à la tête de cette communauté, où les moines vivaient dans toute sa rigueur la tradition ascétique orthodoxe. Mais, brûlant du désir de mener la vie d’un simple moine, il s’enfuit un jour secrètement et entra à la laure peu connue de Potchaev, dans le diocèse de Volynie. Là encore, ses vertus ne purent rester cachées, et les moines lui demandèrent bientôt d’accepter la charge d’higoumène. Ayant accepté malgré son désir de demeurer dans l’hésychia, il instaura un régime de vie cénobitique, fit construire une église de pierre et éleva le monastère à une grande prospérité matérielle et spirituelle. Il prit aussi une part active à la lutte contre l’uniatisme, en manifestant que la plénitude de la sainteté se trouve au sein de l’Église Orthodoxe. Vers la fin de sa vie, après avoir reçu le Grand Habit angélique sous le nom de Jean, il nomma son successeur et alla mener, avec la plus grande austérité, la vie de reclus dans une grotte souterraine totalement obscure. Il s’endormit dans le Seigneur le 28 octobre 1651, âgé de presque cent ans. Huit ans plus tard, en 1659, ses reliques furent trouvées intactes, et elles n’ont cessé d’accomplir depuis quantité de guérisons miraculeuses.

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Térence, sainte Néonille et leurs enfants, ton 4
Tes Martyrs, Seigneur, pour le combat qu’ils ont mené * ont reçu de toi, notre Dieu, la couronne d’immortalité; * animés de ta force, ils ont terrassé les tyrans * et réduit à l’impuissance l’audace des démons; * par leurs prières sauve nos âmes, ô Christ notre Dieu.

Tropaire de saint Job de Potchaïev, ton 4
Ayant atteint la longanimité de l’ancêtre [Job] très-éprouvé, et imité la tempérance du Baptiste, émule de leur zèle divin, tu as été digne de prendre leurs noms, et tu fus le prédicateur intrépide de la foi véritable ; aussi tu as amené la multitude des moines au Christ, et tu as affermi tous les hommes dans l’Orthodoxie, Job notre père vénérable, prie pour sauver nos âmes.

Kondakion de saint Étienne le Sabbaïte, ton 4
Ayant planté le paradis des vertus * et l’ayant arrosé sous les flots de tes pleurs, * illustre Père, toi qui as trouvé l’arbre de vie, * sauve de la ruine, par tes prières, ton troupeau; * délivre du péril ceux qui te vénèrent avec ardeur, * car en toi, sage Etienne, nous possédons, * nous les fidèles, un très grand protecteur.

Kondakion de saint Job de Potchaïev, ton 4
Tu fus une colonne de la foi véritable, un zélateur des commandements évangéliques, le pourfendeur de l’orgueil, et le maître et le défenseur des humbles ; aussi demande pour ceux qui t’exaltent la rémission des péchés, et de préserver ton monastère, Job notre père, semblable à celui qui fut très éprouvé.
Évangile du jour
(Lc IX, 44-50)
Pour vous, écoutez bien ceci: Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes. Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole; elle était voilée pour eux, afin qu’ils n’en eussent pas le sens; et ils craignaient de l’interroger à ce sujet. Or, une pensée leur vint à l’esprit, savoir lequel d’entre eux était le plus grand. Jésus, voyant la pensée de leur cœur, prit un petit enfant, le plaça près de lui, et leur dit: Quiconque reçoit en mon nom ce petit enfant me reçoit moi-même; et quiconque me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. Car celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand. Jean prit la parole, et dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. Ne l’en empêchez pas, lui répondit Jésus; car qui n’est pas contre vous est pour vous.

Interview de l’évêque de Siemiatycze Georges (Pańkowski), vicaire du diocèse de Varsovie de l’Église orthodoxe de Pologne et ordinaire aux armées, au sujet de la situation de l’orthodoxie en Pologne

L’évêque de Siemiatycze Georges (Pańkowski), vicaire du diocèse de Varsovie de l’Église orthodoxe de Pologne et, depuis 2010, ordinaire aux armées, a donné une interview au site orthodoxe russe « Pravmir », que nous reproduisons ci-dessous. Dans cette interview, l’évêque Georges souligne la responsabilité particulière des orthodoxes en Pologne, la question de l’absence de canonisation du prince-baptiste Mieszko Ier de Pologne, et le problème que constitue la prédication en langue polonaise dans les églises.

– Monseigneur, vous êtes né et avez grandi en Pologne, un pays catholique. On appelle parfois l’orthodoxie « la foi des vieux-croyants de l’Europe ». Est-ce que l’on ressent maintenant en Occident un intérêt pour l’orthodoxie, vous pose-t-on des questions, et qui sont les orthodoxes de Pologne ?

– Lorsque l’on nous dit : « Pourquoi l’orthodoxie est-elle si conservatrice ? Elle est devenue presque exotique », je réponds que même un poisson ne nage pas toujours dans le sens du fleuve, seuls les poissons morts suivent le courant. Il me semble que le conservatisme, dans l’acception positive, manque à l’homme contemporain, parce que le mouvement constant vers l’avant ne laisse pas le temps à la réflexion sur beaucoup de choses. Or, tout provoque de l’intérêt : l’aspect extérieur des orthodoxes, comment nous prions, comment nous nous efforçons de jeûner, comment se déroule notre office. Des gens viennent à nous même pour simplement rester un moment à l’église, regarder les icônes, écouter les chants, visiter les monastères… C’est tout ce qu’il n’y a pas dans la vie quotidienne. Tout ce qui est nouveau, qui change constamment, n’attire plus les gens. Ce qui est intéressant est ce qui contient quelque chose d’intérieur, de spirituel. C’est en cela que réside la force de l’orthodoxie, me semble-t-il. Bien que nous soyons la seconde des confessions en Pologne, les plus forts après le catholicisme, il n’en reste pas moins que le rapport en faveur des catholiques est très grand. Et nous devons sans cesse expliquer et répondre à une multitude de questions sensibles. On nous associe à la Russie impériale, en général avec la Russie. On considère que nous sommes venus en terre polonaise depuis quelque pays étranger. Tout cela nécessite des clarifications avec de la patience. Il arrive souvent que les gens questionnent sans a priori, mais parce qu’on leur a appris que nous ne sommes pas des habitants originaires de ce pays et que nous ne sommes pas patriotes.

– Dans n’importe quel musée local en Europe, on peut voir comme les artéfacts chrétiens se sont peu à peu transformés à partir du canon orthodoxe jusqu’au canon catholique. Y a-t-il en Pologne des symboles byzantins sous les strates de la culture catholique-romaine ?

– Bien sûr, il y a de nombreux témoignages qui montrent qu’ici, dès le début, existait l’orthodoxie. Cependant, dans nos églises, il y a beaucoup de réalisme dans les icônes, comme dans les églises de Saint-Pétersbourg. En effet, en son temps, la domination uniate a eu une influence très grande sur l’art ecclésial : partout est présente une vive empreinte de l’architecture et de l’iconographie uniates. Mais des icônes canoniques ont également été préservées. C’est par exemple l’icône de saint Onuphre au monastère de Jableczna, l’icône de la Mère de Dieu qui se trouve dans le même endroit. En général, nous vivons maintenant une période très intéressante. L’année 2016 marque le 1050ème anniversaire du baptême de la Pologne. Des discussions très sérieuses, historiques et théologiques, ont eu lieu sur ce thème, particulièrement sur le fait de savoir selon quel rite la Pologne a reçu le baptême. Il y a eu notamment cette initiative : à Cracovie, trois évêques se sont rencontrés, l’orthodoxe, le catholique et le protestant, et ont commencé à discuter sur la question du baptême de la Pologne. Tout un livre est sorti de cette discussion, sous le titre « Au commencement était le Christ : trois évêques discutent ». C’est ainsi que j’ai posé la question suivante à l’évêque catholique : « Le prince Vladimir a été proclamé saint, malgré sa vie inique jusqu’au baptême. Ensuite, on a commencé à l’appeler « le Soleil rouge », et personne n’a adressé de reproches quant à sa vie passée. Il a été canonisé parce qu’il amené le peuple sur les fonts baptismaux. Pourquoi alors les Polonais ne firent pas la même chose à l’égard de Mieszko Ier ? Tout cela parce que notre prince a changé de rite. Initialement, le baptême a été reçu selon le rite oriental. Il y a un très grand nombre de documents qui en témoignent, par exemple de Gall l’anonyme. Aussi, nous orthodoxes ne souscrivons pas particulièrement à la thèse selon laquelle le baptême de la Pologne a eu lieu il y a 1050 ans. Pour nous, la Pologne a été baptisée bien avant. C’est ce dont témoignent les églises, les absides, les fonts baptismaux dont les fondations ont été préservées (par exemple à Poznań). Et il y a aussi d’assez nombreux témoignages laissés par les monuments. Ils sont aujourd’hui, bien entendu, contestés par les historiens et les théologiens occidentaux, il y a une tendance de reconnaître malgré tout la primauté du rite occidental, mais néanmoins, la présence initiale de l’orthodoxie est reconnue par tous. L’union de Brest a porté une grande blessure à l’orthodoxie en Pologne. Mgr Abel, archevêque de Lublin et de Chełm, alors qu’il était supérieur du monastère de Jableczna, a même érigé un monument à la mémoire du 500ème anniversaire de l’union de Brest qui a été tragique pour l’orthodoxie. Il y eut de nombreuses protestations contre ce monument, mais Mgr Abel a persisté fermement dans son intention, et le monument est toujours là, au monastère. Le mouvement uniate a influencé négativement l’Église. La Laure de Suprasl a été enlevée à l’orthodoxie pendant presque 200 ans, ainsi que de nombreuses églises. Il ne restait que le monastère de Jableczna. Et c’est en quelque sorte une preuve historique : s’il n’y avait pas eu ici de rite oriental, pourquoi conclure l’union ? Avec qui ? L’uniatisme constitue elle-même une preuve qu’il n’y avait pas ici que le rite occidental. Bien que je n’aime pas parler du « rite occidental » et du « rite oriental ». Il faut appeler les choses par leur nom : catholicisme et orthodoxie. Et si l’orthodoxie n’était pas forte alors, pourquoi un tel combat a-t-il été mené ? Un grand nombre d’églises – plus de 200 – ont été détruites au XXème siècle en trois étapes : au début du siècle, ensuite en 1932 et en 1944. C’étaient de grandes églises, vénérées dans le peuple. Dans le livre « La voie de ma vie » du métropolite Euloge (Gueorguievsky), celui-ci témoigne quel joyau était l’orthodoxie par exemple dans la région de Chełm. Aujourd’hui, Mgr Abel fait renaître ce qu’il peut, mais beaucoup a été perdu à jamais.

– Il n’y a pas maintenant de persécutions en Pologne contre l’orthodoxie, mais dans quel état se trouve l’Église orthodoxe ? Y a-t-il une possibilité pour la mission, ou bien s’agit-il plutôt simplement de la desserte spirituelle des fidèles orthodoxes ?

– En premier lieu, notre mission est menée à l’intérieur de l’Église, parce qu’il a résulté de l’opération «Wisła » en 1947 [transfert des populations du Sud-Est de la Pologne vers les nouveaux territoires de l’Ouest du pays conquis sur l’Allemagne, ndt], nombreux sont ceux qui ont abandonné l’orthodoxie. On transféra le peuple sur des territoires sans églises orthodoxes et, avec le temps, ils sont passés au catholicisme. C’est pour cette raison que notre mission consiste à témoigner de la présence ancestrale de l’orthodoxie ici, et en même temps donner une impulsion, de la force à ceux qui vivent dans la crainte. Il y a des gens qui ont souffert pour leur foi, qui ont tout perdu. Beaucoup parmi eux ont peur de parler de leur confession orthodoxe. Cela concerne particulièrement ceux qui sont nés dans les années 1930-1940.

– C’est-à-dire des crypto-orthodoxes contemporains…

– Ils ont véritablement souffert et ont très peur. Je dirige l’ordinariat de l’Armée polonaise, et il n’y a pas même un mois, des gens sont venus vers moi en me disant : « Vous savez, ma grand-mère était orthodoxe. Et moi, mon grand-père était orthodoxe… » Avant, il ne pouvait pas même être question d’en parler. Aussi, notre mission est d’être partout. Simplement être présent, avec notre culture, notre théologie. En général, il est aujourd’hui difficile de parler de mission, parce que dans la structure de l’orthodoxie universelle, les frontières sont définies. Par exemple, nous avons maintenant ouvert une paroisse en Belgique. Dans ce pays vit un grand nombre d’orthodoxes, originaires en particulier de la région de Siemiatycze, la région dont je porte le titre, la moitié de la population est déjà pratiquement partie. Pour cette raison, nous avons fondé là-bas notre paroisse. Bien sûr, sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople, pour observer le statut juridique, mais le métropolite de Varsovie y est également commémoré. Pour ce qui est de la mission, aussi étrange que cela puisse paraître, elle est menée par l’intermédiaire des mariages mixtes. C’est un phénomène douloureux, pathologique, et il faut en parler ouvertement. Néanmoins, il y a des cas lorsque, grâce à la présence d’un orthodoxe dans un milieu catholique, les gens connaissent mieux l’orthodoxie. Mais parler de façon générale de mission est compliqué, du fait que la Pologne est un pays profondément chrétien. Je dirais donc que notre mission a un caractère plus social, sociétal. Par ailleurs, à côté du dialogue théologique qui nécessite un travail très sérieux, nous avons des objectifs communs avec les catholiques : la défense des enfants à naître, la lutte contre l’euthanasie, la préservation des valeurs familiales. Dans ce domaine, nous collaborons activement, nous parlons d’une seule voix, et notre voix devient plus forte chaque année. Notre présence dans l’armée joue un rôle important. L’évêque ordinaire aux armées participe à toutes les manifestations patriotiques. Où que se rendent le président ou un ministre, ils sont obligatoirement accompagnés par les évêques ordinaires aux armées des trois confessions. Nous avons le droit de vote au niveau le plus haut, et on nous écoute. C’est très important. En vingt ans d’existence de l’ordinariat, celui-ci a beaucoup facilité la juste compréhension de l’orthodoxie. Il faut parler séparément de notre fraternité de la jeunesse orthodoxe que l’on donne en exemple à toutes les Églises orthodoxes locales. Même le patriarche de Moscou a invité la jeunesse polonaise à partager son expérience de travail. Lorsqu’il est venu en Pologne pour la Transfiguration, il a vu que, hormis la police et les autres forces de sécurité, une énorme quantité de jeunes ont aidé à assurer l’ordre sur le Mont Grabarka, où étaient réunis au même moment 100.000 personnes. Cela a réellement frappé le patriarche. Le fait que nous avons le droit d’enseigner le catéchisme dans les églises est extrêmement important. Si, dans une classe, trois élèves souhaitent étudier cette matière, ils constituent un groupe pour étudier le catéchisme. S’il y en a plus de sept, c’est une classe. Mais même s’il n’y a qu’un élève qui en exprime le souhait, on doit organiser pour lui le catéchisme. Dans de tels cas, on peut réunir un groupe de différents âges et constituer une classe commune. Aucun élève orthodoxe ne sera ignoré. Dans ce domaine, nous avons atteint des résultats significatifs, et c’est le mérite du métropolite de Varsovie qui, dans les années 1990, alors qu’il était évêque de Bialystok, a ordonné au clergé, de façon urgente, de recevoir une formation pédagogique. Grâce à cela, nous avons aujourd’hui une des meilleures éditions du catéchisme. Nous avons reçu des remerciements du ministère pour le haut niveau du manuel « Bases de la formation catéchétique ». Dans le domaine de l’instruction nous sommes effectivement à un niveau élevé : je peux l’affirmer hardiment, parce que j’avais pour obédience au sein du Synode de diriger un groupe de travail, qui a travaillé efficacement et a montré de bons résultats. Nous prêchons dans les prisons, les hôpitaux et dans d’autres endroits : ceci est fondé sur un accord officiel de l’État et de l’Église.

– Quels projets ecclésiastiques ont déjà été réalisés avec succès et quels sont ceux encore en cours de réalisation ?

– Récemment a été résolue une question importante : nous sommes revenus officiellement à l’ancien calendrier. 22 de nos paroisses – les cathédrales de Pologne centrale – vivaient selon le nouveau calendrier et c’était précisément elles qui définissaient la ligne officielle de l’Église. Par une décision du Synode, nous sommes revenus officiellement à l’ancien calendrier. Je pense que c’est la grâce de l’Esprit Saint qui a fait que nous sommes arrivés à une telle décision. C’est le premier problème résolu. Le second, est très complexe, il est lié à la langue.

– La langue de l’office ?

– Non, il n’est pas question de la langue liturgique. Je participe à la commission qui s’occupe des traductions, et nous sommes déjà parvenus à faire beaucoup. Pratiquement tous les offices sont traduits en polonais. La traduction n’est pas idéale, mais on peut déjà s’en servir. Nous la perfectionnerons, mais maintenant, on peut regarder parallèlement le texte polonais pour l’Évangile, le liturgicon, l’euchologe, l’euchologe pontifical, tous les sacrements, le Triode de carême. Mais ici, j’ai en vue la langue des contacts, de la prédication. L’opération «Wisła », comme je l’ai déjà mentionné, est associée par beaucoup avec les actions des services spéciaux polonais qui, considérant les orthodoxes ukrainiens comme les représentants d’autres nationalités, les ont expulsés de leurs foyers ancestraux. Aussi, ces gens, malgré le fait qu’ils sont polonais et vivent ici, souvent n’acceptent pas la langue polonaise. Il y a des endroits où nous ne pouvons, en général, prêcher en polonais en raison des traumatismes historiques infligés au peuple. Notre État est multiculturel et multinational. En Pologne vivent des Biélorusses, des Ukrainiens, des Lithuaniens, des Ruthènes, il y a même des Grecs. Aussi, le passage à la langue polonaise ne peut satisfaire tout le monde, au moins actuellement. Nous nous efforçons de trouver un juste milieu et de rechercher ce qui peut unir. Aujourd’hui, la jeunesse ne sait pas le russe, chacun apprend son dialecte. Chez les gens de l’ancienne génération, il n’y a pas ce problème : auparavant on apprenait le russe comme matière obligatoire. Aussi, cette question est délicate et nécessite une approche équilibrée. Je pense qu’à l’avenir elle sera résolue avec l’aide de Dieu, à l’instar de l’ancien calendrier.

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Fin de la XIV session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine

La XIV session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine s’est terminée le 21 septembre 2016, à Chieti (Italie).

Après adoption des amendements et addenda nécessaires, la session plénière de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine a approuvé le document commun « Synodalité et primauté pendant le Premier millénaire : Vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église ».

La délégation de l’Église orthodoxe géorgienne a publié une déclaration, exprimant son désaccord avec certains paragraphes du document. Cette déclaration a été incluse au communiqué publié par la séance plénière et figurera au document commun en tant que note. Le document devrait être prochainement publié au nom de la commission.

Pendant les séances, les participants ont discuté du thème de la poursuite du dialogue. Le chef de la délégation de l’Église orthodoxe russe, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a proposé de consacrer le prochain stade du dialogue au thème de la synodalité et du primat dans les Églises d’Orient et d’Occident durant le second millénaire. En parallèle, a-t-il souligné, il serait nécessaire de poursuivre la discussion sur l’uniatisme en tant que phénomène apparu après le schisme de 1054 et demeurant jusqu’à aujourd’hui une pierre d’achoppement dans les relations orthodoxes-catholiques.

Le Président du Département des relations ecclésiastiques extérieures a rappelé qu’en 2000, pendant la session de Baltimore (États-Unis), la Commission mixte aurait dû discuter le thème des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme. Cette discussion devait s’inscrire dans la poursuite du travail commencé dans les années 1990 avec l’adoption, en 1993, du document de Balamand (Liban), condamnant l’uniatisme. Un autre projet de document sur le même thème avait été élaboré à Aricca (Italie) en 1998. Cependant, la session de Baltimore n’avait pu terminer ses travaux à cause de divergences d’opinion entre les participants catholiques et orthodoxes, de même qu’à l’intérieur des deux parties.

Selon le métropolite Hilarion, « lorsque les travaux de la Commission mixte ont repris après une interruption de six ans, il a été proposé de reprendre la discussion de la question du primat et de la synodalité dans l’Église. L’Église orthodoxe russe a approuvé cette proposition, à condition que les conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’union seraient aussi abordées avec les thèmes de la primauté et de la conciliarité. Cependant, en 10 ans, de 2006 à 2016, la commission n’est pas revenue une fois à ce thème. La logique de notre dialogue exige qu’afin d’achever le travail sur le document consacré à la primauté et à la synodalité dans l’Église pendant le premier millénaire, nous passions à l’examen de la question de la synodalité et de la primauté dans les Églises d’Orient et d’Occident au second millénaire. Nous devrons nous pencher sur le schisme de 1054, ainsi que sur le problème de l’uniatisme, qui est central pour le second millénaire. Je suppose que les problèmes qui nous séparent seront discutés, et que nous n’arriverons pas à un accord sur chacun de ces points. Cependant, l’objectif de notre dialogue n’est pas de parvenir à un accord sur les questions sur lesquelles nous nous entendons déjà, mais de discuter des problèmes qui nous séparent. Le thème de l’uniatisme est l’un de ces problèmes, et d’une brûlante actualité. »

Le métropolite Hilarion a attiré l’attention des membres de la Commission mixte sur les actions de la direction de l’l’Église gréco-catholique ukrainienne, inadmissibles d’un point de vue chrétien. « Nous entendons les déclarations de l’archevêque suprême de l’EGCU, Sviatoslav Chevtchouk, qui sont en contradiction avec notre dialogue, qui suscitent des obstacles à ce dialogue, et sèment la méfiance entre orthodoxes et catholiques. En février de cette année, à La Havane, le Pape François a rencontré le Patriarche Cyrille. Pour notre Église, c’était un évènement historique, puisque le Pape et le Patriarche ne s’étaient jamais rencontrés. Nous en sommes convaincus, ce fut une bonne rencontre, ouvrant une nouvelle page dans nos relations bilatérales. Cependant, cette rencontre a immédiatement suscité les critiques des gréco-catholiques ukrainiens, et pas seulement d’un groupe de fidèles quelconques, mais de la direction même de l’l’Église gréco-catholique ukrainienne. Et il ne s’agit pas seulement de critique, mais d’offenses et d’attaques injustes. Nous devons nous rendre compte qu’à l’intérieur de nos Églises il y a des gens qui mettent des obstacles sur notre route, et nous devons garder cela à l’esprit lorsque nous pensons à l’avenir de notre dialogue. »

De son côté, l’archimandrite Irénée (Steenberg), membre de la délégation de l’Église orthodoxe russe, a montré que la discussion du thème de la primauté et de la synodalité dans les Églises d’Orient et d’Occident au second millénaire soulèveraient forcément des questions sur lesquelles les deux parties de la commission divergent sérieusement. Néanmoins, il est nécessaire d’aborder ces thèmes de même qu’il est nécessaire de discuter de l’uniatisme. L’archimandrite Irénée a souligné qu’il serait difficile à l’Église orthodoxe russe de poursuivre le dialogue orthodoxe-catholique si la question des conséquences ecclésiologiques et canoniques de l’uniatisme restait sans solution.

Il a néanmoins été décidé de laisser le choix du thème des prochaines séances à l’examen du Comité de coordination de la Commission mixte, qui se réunira en 2017.

Dans le communiqué de clôture, les participants ont remercié Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti, de son hospitalité.

Les membres de la commission ont aussi exprimé leur solidarité avec la population du Proche Orient, de plusieurs pays d’Europe et du monde. Le document mentionne aussi les métropolites d’Alep Paul (Patriarcat d’Antioche), membre de la Commission mixte, et Grégoire Jean Ibrahim (Église syro-jacobite), enlevés par les terroristes.

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Pourquoi l’Église orthodoxe de Pologne est-elle revenue à l’ancien calendrier ? Interview du doyen de la cathèdre de théologie orthodoxe de l’Université de Bialystok

À l’occasion du nouvel an liturgique orthodoxe (le 1er/14 septembre), le site pravoslavie.ru a interviewé le père Marc Ławreszuk, doyen de la cathèdre de théologie orthodoxe de l’Université de Bialystok (Pologne orientale) au sujet du retour de l’Église orthodoxe de Pologne à l’ancien calendrier. Rappelons que le 18 mars 2014, l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Pologne a annulé la décision prise le 12 avril 1924 concernant l’introduction du nouveau calendrier et a décidé de revenir au calendrier julien.

– Père Marc, y a-t-il eu certaines difficultés avec le passage de l’Église orthodoxe de Pologne au calendrier julien ? Ou bien, l’Assemblée des évêques de 2014 n’a fait que confirmer la situation existante dans les paroisses ?

– Le retour au calendrier dans l’Église orthodoxe de Pologne n’a amené aucun changement dans la vie de la majorité des paroisses. Malgré la décision officielle (de 1924, ndt) selon laquelle l’Église en Pologne observe « le nouveau style », la majorité des paroisses et une part significative des fidèles vivaient selon « l’ancien style ». Avant la décision de l’Assemblée des évêques sur le retour au calendrier julien, les paroisses des diocèses de Varsovie-Belsk, Bialystok-Gdansk, Przemysl-Nowy Sącz, à l’exception de quelques communautés, suivaient « l’ancien calendrier » Dans les diocèses de Lublin-Chelm, Wroclaw-Szczecin et Łódź-Poznań, la situation était moins homogène. Ce sont les assemblées de paroisses qui prenaient la décision.

– Y a-t-il une statistique sur le nombre de paroisses qui ont changé le calendrier ?

– Des données statistiques n’ont pas été publiées et, selon moi, elles ne sont pas encore élaborées définitivement. Dans le diocèse de Bialystok-Gdansk, n’existaient avant que trois-quatre paroisses observant le « nouveau style », sur un total de 57 paroisses dans ce diocèse. À ce jour, seule une paroisse de ce diocèse a gardé le « nouveau style », car telle était la décision de l’assemblée paroissiale.

– Y avait-il des adversaires de l’ancien calendrier parmi les orthodoxes ?

– Beaucoup pointent les problèmes liés au maintien du calendrier julien dans les diasporas à l’étranger. Particulièrement dans les grandes villes, où les horaires de travail rendent difficile la célébration des fêtes orthodoxes les jours de semaine. Néanmoins, les gens y ont demandé de ne pas passer au « nouveau calendrier ».

– Des tentatives ont-elles eu lieu dans l’Église de Pologne d’introduire le calendrier julien après 1924, lorsque l’Église a annoncé officiellement le passage au « nouveau style » ?

– En pratique, la décision même de changer le calendrier en 1924, dans une importante mesure, n’a pas été réalisée dans la majorité des paroisses. Pour cette raison, dans la période d’après-guerre, après 1945, les paroisses ont organisé leur vie liturgique conformément aux nécessités des fidèles. Tout le Nord-Est du pays, où vit la majorité des orthodoxes, a gardé l’ancien calendrier.

– N’y a-t-il pas eu d’accusations selon lesquelles l’Église orthodoxe de Pologne se trouve en trop grande amitié avec l’Église russe, est trop liée « à Moscou » ?

– Je pense que jamais les fidèles n’ont considéré que le calendrier a été « manigancé par Moscou ». Dans la conscience des fidèles, le « nouveau » ou « l’ancien » style du calendrier ne sont pas liés à la situation géographique de l’une ou l’autre Église locale. Pour les fidèles et le clergé, il est plus important que tant au Patriarcat de Moscou que dans l’Église serbe et dans les monastères de l’Athos, les fêtes sont commémorées le même jour que chez nous, dans l’Église de Pologne. L’argument russophile, expliquant le passage au calendrier julien, est plutôt imaginé que réel. Il ne faut pas oublier que l’Église orthodoxe de Pologne, au moment de la réception de l’autocéphalie, a été exposée des persécutions de la part des autorités civiles et a été forcée d’adopter la décision du passage au « nouveau calendrier ». En outre, c’est à cette époque qu’ont commencé les travaux de traduction des textes liturgiques en langue polonaise. Après la Seconde guerre mondiale ces actes initiés par les autorités civiles n’ont pas continué, et ce d’autant plus que personne n’a contraint l’Église à continuer le processus de passage au « nouveau style », ni à changer la langue liturgique. Ainsi, il faut considérer la récente décision de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Pologne comme une décision de l’Église allant de soi, causée par un aucun facteur particulier, mais constituant avant tout la constatation de faits, et non la création d’une réalité nouvelle.

– Comment pensez-vous, pour quelle raison y eut-il en Pologne une réaction de freinage à l’introduction du « nouveau style » ? En Grèce également, il y eut une forte opposition au passage au « nouveau style », mais malgré tout la majorité des paroisses a accepté celui-ci. Or, en Pologne, les paroisses ont ignoré cette réforme. D’où vient la différence ? Quelle en est la cause ?

– Les orthodoxes en Pologne ont à plusieurs reprises fait l’expérience de la difficulté de voisinage avec les hétérodoxes : l’union de Brest, la confiscation d’églises orthodoxes… La tension s’est accrue après la partition du pays lorsque l’Orthodoxie en Pologne a commencé à être identifiée avec le régime tsariste russe. Et au XXème siècle, les gens ont commencé à craindre que le changement de calendrier de 1924, de façon détournée, déboucherait sur un « nouvel uniatisme », en d’autres termes l’absorption des communautés orthodoxes par l’Église catholique-romaine.

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Réaction du Service de communication du DREE aux déclarations de l’Église greco-catholique d’Ukraine

Un évènement sans précédent sur le plan spirituel et national s’est achevé le 27 juillet 2016 à Kiev : il s’agit de la Marche nationale ukrainienne de paix, d’amour et de prière en Ukraine, organisée à l’initiative de l’Église orthodoxe ukrainienne. Selon différentes estimations, plus de 80 000 fidèles orthodoxes ont pris part à cette procession dans la prière, partant en même temps de la Laure de la Dormition de Potchaïev à l’Ouest et de la Laure de la Dormition de Sviatogorsk, à l’Est, afin de se joindre le jour de la célébration du Baptême de la Rus’ et de la fête de saint Vladimir aux nombreux habitants de Kiev à la Laure de la Dormition des Grottes pour assister à la Divine liturgie.

Marchant des centaines et des milliers de kilomètres, rencontrant sur leur route de nombreuses difficultés à cause du conflit civil qui se poursuit dans le pays, les fidèles ont avancé en priant à la rencontre les uns des autres, afin de demander ensemble au Seigneur et à la Sainte Mère de Dieu la fin de la guerre civile, le triomphe de l’amour, de la paix, du bien et de la concorde interconfessionnelle pour la terre d’Ukraine durement éprouvée.

Cependant, même cette bonne œuvre, appelée à surmonter les divisions dans la société ukrainienne, a suscité des attaques cyniques et d’injustes accusations de la part de la direction de l’Église gréco-catholique ukrainienne, qui a utilisé cet évènement pour lancer de nouvelles accusations hargneuses et cyniques à l’adresse de l’Église canonique orthodoxe ukrainienne. L’archevêque suprême de l’EGCU, Sviatoslav Chevtchouk, a donné le 24 juillet une interview au Département d’information de l’EGCU, dans laquelle il déclarait que la Marche nationale était une action politique pro-russe. « Le Patriarcat de Moscou », selon l’archevêque, « est souvent utilisé comme instrument entre les mains de l’agresseur ». Le chef de l’EGCU compare la marche à « un bouclier vivant de civils » et prévient que « si des slogans anti-ukrainiens et des provocations se font entendre parmi les participants de cette procession, ce sera la fin du Patriarcat de Moscou en Ukraine ». L’archevêque ne craint pas d’affirmer que parmi le clergé du Patriarcat de Moscou, « il y a beaucoup de cas de conduite incompatible avec le nom de citoyen de l’Ukraine, et les Services de sécurité ukrainiens doivent s’occuper d’eux ».

Ces déclarations du chef de l’EGCU, indignes non seulement d’un archevêque, mais plus généralement d’un chrétien, visent à attiser les discordes entre confessions, et sont prononcées dans le style des dénonciations politiques ; elles ne peuvent pas ne pas susciter l’indignation et le dégoût dans les cœurs des fidèles orthodoxes. L’uniatisme, implanté par le feu et par le glaive durant de nombreux siècles, démontre encore une fois aujourd’hui son hostilité envers l’Orthodoxie. Encore et encore, malgré les accords atteints au prix de tant d’efforts au plus haut niveau entre les Églises orthodoxe et catholique, l’union apparaît comme une force semant l’inimitié et la haine, empêchant systématiquement et de façon conséquente la réconciliation entre l’Orient et l’Occident.

Le 19 juillet, le site officiel de l’EGCU a publié une interview de l’ancien chef de cette église, le cardinal Lubomyr Husar, qui a accusé la Hiérarchie de l’Église orthodoxe ukrainienne de manquer de sincérité et de poursuivre des objectifs politiques : « Ces processions sont annoncées et organisées par l’Église orthodoxe ukrainienne… Tout cela a l’air d’une vile ruse. C’est du cynisme, tout ce qu’il y a de pire. »

Ces déclarations respirant la haine démontrent à l’évidence que l’Orthodoxie canonique reste toujours la cible des violentes attaques des leaders uniates. Durant des siècles, les uniates ont tenté d’en finir avec l’Orthodoxie, avec l’aide des autorités civiles lorsque c’était possible, ou au moyen de différentes insinuations, fraudes et tromperies. Aujourd’hui, par leurs déclarations politisées, les dirigeants grecs-catholiques tentent encore une fois de mettre orthodoxes et catholiques dans l’impasse, d’empêcher la normalisation des relations et du développement du dialogue en Ukraine. Il est clair que les dirigeants de l’EGCU ne sont pas disposés à poursuivre aucune espèce de dialogue constructif avec l’Orthodoxie canonique afin de parvenir à la paix et à la compréhension mutuelle. Toute initiative de l’Église orthodoxe ukrainienne, même une initiative aussi noble que la Marche nationale, ne suscite chez les gréco-catholiques que de furieuses attaques.

La nature même de l’uniatisme, tel qu’il est apparu au XVI siècle pour des raisons politiques, transparaît ainsi avec toute son évidence dans les actions des gréco-catholiques. Comme le remarque le document de la Commission spéciale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine « L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion » (Balamand, 1993), les « initiatives (uniatistes) ont conduit à l’union de certaines communautés avec le Siège de Rome et ont entraîné, comme conséquence, la rupture de la communion avec leurs Églises-mères d’Orient. Cela se produisit non sans l’intervention d’intérêts extra-ecclésiaux. Ainsi sont nées des Églises orientales catholiques et s’est créée une situation qui est devenue source de conflit et de souffrances d’abord pour les orthodoxes mais aussi pour les catholiques. » Le principe de division et de conflit, présent dès l’origine dans l’union, a été une source de souffrances pour de nombreuses personnes et établit un mur empêchant d’atteindre à une compréhension entre orthodoxes et catholiques.

Dans la Déclaration commune du Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie et du Pape François de Rome, signée à La Havane le 12 février 2016, à côté d’une reconnaissance du fait que « la méthode de l’«uniatisme» du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité », contient un appel à la réconciliation et à trouver des formes ce coexistence acceptables entre orthodoxes et gréco-catholiques (art. 25). Cependant, la direction de l’EGCU non seulement n’a pas entendu cet appel, mais, en attaquant la Déclaration commune et ses auteurs, le Pape François et le Patriarche Cyrille, continue à approfondir la division dans la société ukrainienne et à assombrir les relations entre orthodoxes et catholiques.

Compte tenu de la rhétorique agressive sans précédent de l’archevêque suprême de l’EGCU, Sviatoslav Chevtchouk, et du cardinal Lubomyr Husar à l’encontre de l’Église orthodoxe ukrainienne canonique et du Patriarcat de Moscou en général, le Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou considère comme une affaire de première urgence de revenir sur le thème des conséquences canoniques et pastorales de l’uniatisme dans le cadre de la prochaine séance plénière de la Commission mixte pour le dialogue orthodoxe-catholique, prévue du 15 au 22 septembre 2016 à Chieti (Italie). Peut-on dialoguer avec l’église catholique romaine sur d’autres questions théologiques alors que le thème de l’uniatisme continue à rester une plaie sanglante, et que les leaders de l’uniatisme ne cessent pas de recourir à une rhétorique blasphématoire et politisée ? Le dialogue sur la question des conséquences canoniques et pastorales de l’union, violemment interrompu par la faute des gréco-catholiques, doit être rétabli au plus tôt.

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Modifications et ajouts aux textes préconciliaires proposés par la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Grèce

Dans un long article daté du mois de juin 2016 et intitulé « Peu avant le saint et grand Concile », le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a souligné que ledit Concile n’est absolument pas le premier concile qui aura lieu dans l’Église orthodoxe depuis le VIIème concile œcuménique, voire après 1054, comme cela est souvent évoqué dans la presse. Le métropolite mentionne que contrairement à cette « fable », l’Église orthodoxe n’est pas demeurée dans une sorte de « sommeil spirituel ». Et de citer les conciles qui se sont tenus sous St Photius le Grand (879-880), les conciles hésychastes (1341-1368), le concile de 1484 qui a invalidé le concile unioniste de Ferrare-Florence, le concile de 1590, qui se caractérisait comme « Concile œcuménique » et sa suite en 1593, qui a reconnu l’autocéphalie de l’Église de Russie, le concile de 1756 au sujet du mode de réception des convertis à l’orthodoxie, la décision synodale des patriarches orientaux de 1848 au sujet du Filioque et de la primauté romaine, et le concile de 1872 au sujet du phylétisme. Le métropolite Hiérothée cite encore des décisions patriarcales importantes au cours des siècles. Après cette mise au point et un long développement sur les confessions hétérodoxes, ainsi que sur le lien entre l’Église, la foi orthodoxe et l’eucharistie, le métropolite a donné des précisions sur les modifications et ajouts proposés par la récente Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce. Nous reproduisons ci-après ce passage du texte du métropolite Hiérothée :

« Comme j’en avais le devoir, j’ai étudié les textes préparés par les représentants de toutes les Églises et qui avaient été signés par tous les primats. Lors de l’étude des textes par le Saint-Synode et la hiérarchie de l’Église de Grèce, il a été décidé que différents changements seraient apportés, à savoir des corrections et des ajouts, dans la perspective d’amélioration des textes. Ceci s’est passé dans un esprit d’unanimité, d’unité pour ce qui concerne la plupart d’entre eux. Pour certains autres textes, il y a eu toutefois proposition de vote à main levée, en l’absence d’unanimité. C’est ainsi qu’il a été atteint un résultat satisfaisant pour tous les hiérarques, mais également pour ceux qui, absents, ont été informés de la décision. Je vais présenter maintenant les points principaux de ladite décision. Le point fondamental est que dans le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il était énoncé dans différents paragraphes que l’Église orthodoxe « reconnaît l’existence historique des autres Églises et confessions chrétiennes ». Cela a été remplacé par la phrase : « reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes ». Un autre point important est ce qui concerne l’unité de l’Église. Tandis que dans le texte, il était indiqué que l’unité de l’Église « ne pouvait être perturbée », il était néanmoins question dans la suite d’une tentative de rétablir l’unité entre les chrétiens, ce qui semblait ainsi valider la théorie des branches. Dans ces textes, plusieurs corrections ont été faites, selon lesquelles l’Église orthodoxe croit que « son unité ne peut être perturbée » et participe « au mouvement du rétablissement de l’unité du reste des chrétiens» ou « de l’unité perdue du reste des chrétiens », de même qu’elle œuvre afin que vienne ce jour auquel « le Seigneur accomplira l’espoir de l’Église orthodoxe pour le rassemblement en elle de tous ceux qui sont dispersés, et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ». Un autre point important est encore le passage où il est question de la perspective « des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres confessions et communautés chrétiennes », lesdits dialogues étant « déterminés toujours sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiale qui a déjà été formée, en conformité avec les saints canons des conciles œcuméniques et des conciles locaux reconnus par les premiers, tels que les 46ème, 47ème et 50ème canons des saints Apôtres, les 8ème et 9ème du Ier concile œcuménique, le 7ème du IIème concile œcuménique, le 95ème du concile quinisexte et les 7ème et 8ème de Laodicée » [ces canons concernent l’interdiction de la prière commune avec les hétérodoxes ou encore le mode de réception de ces derniers dans l’Église, ndt]. Il a été également ajouté une clarification nécessaire : « Il est explicité que lorsque l’on applique la réception des hétérodoxes (dans l’Église orthodoxe) par une confession de foi et la sainte chrismation, cela ne signifie pas que l’Église orthodoxe reconnaît la validité de leur baptême ou de leurs autres sacrements ». Dans le paragraphe où il est question de la condamnation de toute rupture de l’unité de l’Église par des personnes ou des groupes et de la préservation de la foi orthodoxe authentique qui est assurée par le système conciliaire, ont été ajoutés le 6ème canon du IIème concile œcuménique et les 14ème et 15ème du concile Prime-second [ces canons précisent dans quelles conditions on peut se séparer de son évêque, ndt]. Dans un autre paragraphe où il était question de la nécessité du dialogue théologique interchrétien, sans manifestations provocantes d’antagonisme confessionnel, il a été ajouté, entre parenthèse, l’uniatisme, ce qui signifie que l’Église orthodoxe n’accepte pas ce mode hypocrite d’unité des Églises, ce que réalise dans la pratique l’uniatisme. Il y a une correction importante dans le paragraphe dans lequel les Églises orthodoxes locales « sont appelées à la compréhension et la collaboration inter-religieuses », par l’ajout de la phrase « pour la coexistence pacifique et la cohabitation sociale des peuples, sans que cela occasionne un syncrétisme religieux quel qu’il soit ». Il a été longuement question de la participation de l’Église orthodoxe dans le Conseil œcuménique des Églises (COE). La proposition du Saint-Synode permanent était de biffer les paragraphes concernés. Après un intense débat a eu lieu un vote à main levée, d’où il est ressorti que 13 évêques proposaient que ces paragraphes soient biffés, 62 évêques souhaitaient qu’ils soient maintenus, tandis que 2 étaient d’opinion différente. Ainsi, la majorité des hiérarques souhaitaient que demeurent ces paragraphes dans le texte, et l’Église de Grèce participe aux travaux du COE conformément aux conditions préalables nécessaires. Lors de la discussion et au cours du vote, j’ai soutenu qu’il faudrait que nous restions au COE en tant qu’observateurs, mais ce fut la seule proposition dans ce sens. Malgré cela, la phrase selon laquelle les Églises orthodoxes, dans le COE, « contribuent par tous les moyens dont elles disposent au témoignage de la vérité et à la promotion de l’unité des chrétiens » a été corrigée par la phrase « contribuent par tous les moyens dont elles disposent pour la promotion de la coexistence pacifique et de la collaboration au sujet des défis et problèmes majeurs socio-politiques ». Cela signifie que la raison de la participation de notre Église au COE est seulement les raisons sociales et non la promotion de l’unité des chrétiens. Dans le texte portant le titre « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », il est question de la personne humaine et la communion des personnes. Parallèlement, cependant, il est constamment question de l’homme. Aussi, pour des raisons théologiques et l’unification du texte, la phrase « la valeur de la personne humaine » a été remplacée par « la valeur de l’homme ». Dans le texte « L’autonomie et la manière de la proclamer » a été ajouté un paragraphe : « Les diocèses ecclésiastiques pour lesquels a été accordé un tomos ou un acte patriarcal ne peuvent pas demander l’autonomie, conservant sans changement leur statut ecclésial ». Dans un autre paragraphe du même texte, dans lequel il est question de l’octroi de l’autonomie à un diocèse par l’Église mère, a été ajouté le mot « à l’unanimité ». C’étaient là les propositions de base d’amélioration des textes par la hiérarchie de l’Église de Grèce.

Je voudrais exprimer deux pensées. D’abord, dans ces ajouts et ces changements ressort une ecclésiologie traditionnelle, dans le cadre des possibilités dont disposait la hiérarchie de notre Église pour accomplir cette tâche. Ces décisions étaient unanimes et nul ne peut affirmer que dans la hiérarchie les hiérarques « conservateurs » l’ont emporté sur « les progressistes » ! Il y avait naturellement des propositions visant à retirer le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » afin qu’il soit retravaillé, mais cela n’a pas été accepté par la hiérarchie. Deuxièmement, ces décisions sont contraignantes pour notre Église, car elles ont été acceptées essentiellement à l’unanimité. Cela signifie que notre délégation au saint et grand Concile doit les soutenir pour qu’elles entrent dans le texte et elle n’a pas la possibilité de se rétracter.

Conclusion : après ce qui est mentionné plus haut, j’arrive à la conclusion que le saint et grand Concile, avec toutes les Églises qui s’y présentent, devrait absolument mentionner expressément dans son message les conciles œcuméniques et les grands conciles, et faire que cesse la « fable » à la fois contraire à la vérité historique, a-théologique et anti-ecclésiale, selon laquelle ce concile serait convoqué après 1200 ans, ou qu’il s’agirait du premier concile après le schisme. Avec beaucoup de respect, je supplie les primats des Églises orthodoxe qui, finalement, participeront, particulièrement Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée, qui s’est donné du mal pour que les choses en arrivent jusque là, de mentionner expressément que ce Concile est la suite des conciles de Photius le Grand, de saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, des grands patriarches d’Orient, de leurs prédécesseurs, dont certains ont été martyrisés pour la gloire de Dieu et de l’Église. Autrement, il y aura encore une raison pour que ce concile soit dédaigné dans la conscience du plérôme de l’Église comme un concile anti-Photien, anti-Palamite, anti-Marc (d’Éphèse), antiphilocalique ! Je ressens que pendant les sessions du saint et grand Concile il y aura des pères conciliaires qui ressentiront la voix des prophètes, des apôtres et des Pères, le sang des martyrs pour la foi, les larmes et les luttes des ascètes, les sueurs des missionnaires, la prière des « pauvres du Christ », l’attente du peuple pieux. Ceux qui ne ressentiront ni ne comprendront cela seront des malheureux ».

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« Message aux frères et sœurs orthodoxes qui ont signé la déclaration concernant le 70e anniversaire du pseudo-synode de Lviv de 1946 « 

collage-psevdosoborIl y a un mois une tribune intitulée « Il est urgent pour les chrétiens orthodoxes de reconnaître la terrible vérité du 10 mars 1946« , signée par une vingtaine de personnalités orthodoxes du monde entier, a été diffusée. De nombreux sites sur l’Internet l’ont reproduite, en tout en 16 langues. Elle a suscité un grand écho en Ukraine, mais aussi en Pologne. L’Église orthodoxe ukrainienne (autonome au sein du Patriarcat de Moscou) a publié un communiqué répondant aux critiques formulées. Dans l’édition française du 10 mars de l’Osservatore Romano, le métropolite Hilarion de Volokolamsk (Patriarcat de Moscou) a appelé de ses vœux les « efforts communs des orthodoxes et des gréco-catholiques » ukrainiens pour dépasser une « hostilité historique ».

Le 17 mars, à l’occasion d’un colloque à l’Université nationale Tarass Chevtchenko à Kiev, une réponse à cette tribune a été publiée. Elle est signée par des évêques de l’Église grecque-catholique (uniate) d’Ukraine, en premier par son primat, l’archevêque Sviatoslav (Shevchuk), des universitaires, des chercheurs, des enseignants et des journalistes défendant la cause de cette Église. Nous vous proposons ci-dessous la traduction française de cette réponse. NB : le « Patriarcat de Kiev » et l’Église autocéphale ukrainienne mentionnés dans ce texte ne sont pas canoniques.

Message aux frères et sœurs orthodoxes  qui ont signé la déclaration concernant le 70e anniversaire du pseudo-synode de Lviv de 1946

Nous, évêques, clergé et laïcs gréco-catholiques, universitaires et chercheurs de divers pays, exprimons notre sincère gratitude et reconnaissance pour votre lettre dans laquelle vous appelez à juste titre ce rassemblement un « pseudo-synode. »

Vous faites appel à la hiérarchie orthodoxe en Russie et en Ukraine pour «reconnaître la nullité des décisions tragiques » et pour assurer l’Église gréco-catholique ukrainienne (UGCC) de votre solidarité et de votre prière « pour toutes les victimes innocentes de cette Église qui ont été emprisonnées, torturées, déportées et assassinées par le gouvernement soviétique avec la complicité du Patriarcat de Moscou « .

Le Seigneur est le Dieu de la paix, et donc un sentiment de paix terrestre nous donne un vif avant-goût  du Royaume des Cieux. Lorsque nous nous réconcilions les uns avec les autres, on peut dire que nous confirmons la force durable des paroles du Christ:
Si donc tu apportes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va-t’en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après cela viens, et présente ton offrande. (Matthieu 5: 23-24)

Cette année, votre cadeau de Pâques aura du prix aux yeux du Seigneur. Nous espérons qu’Il nous donnera aussi sa miséricorde.

Nous admirons sincèrement votre courage, car il est difficile d’être le premier – et il est encore plus difficile de rester seul. On peut toujours rencontrer la suspicion et la méfiance de l’autre côté ainsi que l’incompréhension et le manque de soutien de son propre côté. Nous sommes convaincus que votre appel reflète l’opinion véritable et la conviction de nombreux orthodoxes à travers le monde. Donc, aujourd’hui, nous nous souvenons avec gratitude de toutes ces expressions individuelles de compassion, de compréhension et de solidarité avec cette Église qui a été condamnée au silence; ces expressions retentissaient dans toutes les décennies précédentes et encore son aujourd’hui. Presque en même temps que votre appel, le centre de presse de l’Église orthodoxe ukrainienne (du Patriarcat de Kyiv) a dit qu’ils « partagent la douleur des Ukrainiens gréco-catholiques du fait de la souffrance et des pertes qu’ils ont subies à la suite de répressions soviétiques. » Ces deux initiatives sont apparues dans le contexte du travail récent sur l’unité eucharistique entre orthodoxes et gréco-catholiques qui a commencé l’année dernière par la proposition du sobor de l’éparchie de Kharkiv-Poltava de l’Église orthodoxe ukrainienne autocéphale renouvelée.

Notre réponse ne peut mieux s’exprimer que par les paroles suivantes : «Nous pardonnons et nous demandons pardon.» Ce sont les mêmes paroles par lesquelles il y a 50 ans exactement les évêques polonais ont fait appel aux évêques allemands, et qui sont depuis devenus la formule sur laquelle se fonde la culture européenne de la compréhension. Dans l’Église gréco-catholique ukrainienne, cette formule a été entendue pour la première fois en 1987 de la part du chef de cette Église, le cardinal Myroslav Ivan Lubachivsky, et a été confirmé à plusieurs reprises par les primats ultérieurs.

Bien sûr, on ne saurait ne pas remarquer que la position officielle de l’Église qui avait été un instrument de persécution des gréco-catholiques entre les mains du régime totalitaire athée est encore une position de réticence manifeste à accepter les faits, et de déni concernant la réalité historique. L’histoire de la persécution de l’UGCC continue d’être falsifiée à l’instar des directives secrètes staliniennes et devient un instrument de propagande idéologique néo-impériale, et constitue même un exemple de guerre hybride menée sur le territoire de l’Ukraine par ceux qui bâtissent leur soi-disant « monde russe » (« Russkiy mir ») en s’octroyant un monopole en tant que seuls représentants de la « civilisation orthodoxe ». Toutefois, un monde basé sur un concept de la vraie civilisation ne peut pas être construit sur la haine, la violence et la déformation de la vérité historique; une telle pseudo-civilisation, un tel pseudo-monde n’a pas d’avenir. Que tous ceux qui succombent à la tentation de remplacer la vérité interne par une force extérieure s’en souviennent.

Cependant, nous savons que « les moulins de Dieu moulent lentement, » et pour cette raison nous croyons que les constructions idéologiques fausses tomberont tôt ou tard. La puissance du Christ ne dépend pas du soutien du gouvernement ou de son influence politique propre, mais plutôt de ce que sa puissance vient plutôt de ce qu’il a semé la Parole de vie éternelle et témoigné de la Vérité. Inspiré par l’exemple de Notre Sauveur, nous espérons et croyons que votre appel sera la graine de moutarde de l’Évangile qui pousse à merveille. Il ouvre la possibilité dans un avenir proche pour les orthodoxes et les gréco-catholiques de se rendre compte de ce pourquoi nous prions chaque année dans les stichères des offices de Pâques: «Le jour de la Résurrection; soyons radieux pour la fête, et embrassons-nous les uns les autres. Disons, frères … « 

Néanmoins, nous ne pouvons pas aller de l’avant avec la tête tournée vers l’arrière. Nos relations sont marquées par des siècles d’âpres polémiques religieuses et des conflits encore frais des dernières décennies – conflits qui divisaient les communautés et même les familles. Aujourd’hui, nous devons une fois pour toutes abandonner ce style et cette manière d’expliquer nos relations, laissant le passé aux historiens et à Dieu tout-puissant, qui est le meilleur médecin de nos esprits et nos cœurs. Toute discussion sur le passé devrait se passer dans une atmosphère calme et conviviale de recherche commune de la vérité objective, basée sur la méthodologie scientifique, l’honnêteté intellectuelle et la responsabilité. Mais le but ultime d’un tel dialogue ne doit pas être une simple clarification de la vérité historique. Nous sommes appelés à un but plus élevé – l’unité de l’Église du Christ.

Par le passé, chacun a péché en ne cherchant pas nécessairement la véritable unité dans l’amour, mais plutôt une absorption de l’autre en soi-même, traitant les autres non pas comme une communauté de frères et sœurs dans le Christ, mais comme un adversaire, voire même comme un ennemi. Cette absorption a été déguisée en « réunification », et constituait, en fait, rien de moins que ce funeste « uniatisme » que les deux parties, catholique et orthodoxe, ont condamné comme une méthode inadéquate pour l’union de l’Église. Nos communautés ont suivi chacune son propre chemin historique et ont des expériences différentes de la vie ecclésiale. Jusqu’à présent, cela a été la cause de notre conflit, mais pourrait en fait devenir la base de notre enrichissement mutuel. Que ceci soit notre engagement d’amour fraternel et d’unité que le Christ nous a demandés. En adhérant à cette unité, nous devons témoigner au monde le fondement de notre foi et de la fidélité à notre tradition commune.

Frères et sœurs orthodoxes, votre lettre nous a aidé à transcender notre douleur et à vivre ce triste anniversaire du pseudo-synode dans un sentiment d’espoir. Nous espérons que nos appels communs, auxquels nos autres coreligionnaires sont libres d’adhérer, seront la base de notre future collaboration. Que le Saint Esprit puisse guérir nos blessures historiques et nous guider vers le pardon, la réconciliation et l’union véritable dans le Christ, qui par sa résurrection vainc la mort et nous donne l’espérance de la vie éternelle.

Kyiv, le 17 Mars 2016

Au nom des participants de la conférence internationale «Le pouvoir de la foi contre la violence des autorités: les grecs-catholiques en Europe centrale et orientale dans le contexte de la persécution par les régimes totalitaires après la Seconde Guerre mondiale » tenue à l’Université nationale Tarass Chevtchenko de Kyiv le 17 Mars 2016, et les chercheurs de cette question (parmi les signataires, ndlr):

+ Sviatoslav (Shevchuk), primat de l’Eglise grecque-catholique ukrainienne, Kyiv
+ Bohdan (Dziurakh), secrétaire du Synode des évêques de l’Église grecque-catholique ukrainienne, Kyiv
+ Borys (Gudziak), éparque de l’Église grecque-catholique éparchie ukrainienne de Saint-Volodymyr le Grand, Paris
+ Vasyl (Tuchapets), exarque de Kharkiv de l’Église grecque-catholique ukrainienne, Kharkiv
Fr. Bohdan Prakh, recteur de l’Université catholique d’Ukraine (UCU), Lviv
Fr. Ivan Dacko, président de l’Institut d’études œcuméniques à UCU, Lviv
Myroslav Marynovych, président de l’Institut de la religion et la société de l’UCU, Lviv
Oleh Turiy, titulaire de la chaire de l’histoire de l’Église à UCU, Lviv
Volodymyr Tylishchak, vice-directeur de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale, Kyiv
Fr. Peter Šturák, doyen de la Faculté de théologie catholique grecque de l’Université de Prešov, Slovaquie
Fr. Yury P. Avvakumov, professeur de théologie historique de l’Université de Notre Dame, États-Unis
Igor Hałagida, professeur de l’Université de Gdańsk, Pologne
Fr. Andriy Mykhaleyko, professeur invité d’histoire de l’Église, Université catholique de Eichstätt / Ingolstadt, Allemagne
Svitlana Hurkina, directeur de l’Institut d’histoire de l’Église à l’UCU, Lviv
Daniel Galadza, adjoint post-doctoral, Institut de théologie historique, Université de Vienne, Autriche
Fr. Taras Bublyk, chercheur à l’Institut d’Histoire de l’Église à l’UCU, Lviv
Iryna Fenno, adjoint du Département d’études religieuses de l’Université nationale Tarass Chevtchenko, Kyiv
Olga Zbrozhko, chercheur du Centre de recherche du Mouvement de libération, Lviv
Anatoly Babinski, rédacteur en chef de la revue « Patriarkhat », Lviv
John Reves, Deacon UGCC, Centre pour l’Est spiritualité chrétienne « Byzantinisches Gebetszentrum », Salzbourg, Autriche
Tamás Véghseő, recteur, Institut théologique gréco-catholique St-Athanase, Nyíregyháza, Hongrie
Giovanni Codevilla, professeur de droit comparé ecclésiastique, Milan, Italie

Sources: News.ugcc (dont illustration: photographies du « concile » du 10 mars 1946), RISU

Communiqué du département des relations ecclésiastiques extérieures de l’Église orthodoxe d’Ukraine à l’occasion du 70ème anniversaire du concile de Lvov de 1946

Le département des relations ecclésiastiques extérieures de l’Église orthodoxe d’Ukraine a publié le communiqué suivant, en date du 11 mars, au sujet du concile de Lvov

Les délégués du Concile de Lvov  avec le patriarche Alexis Ier

Les délégués du Concile de Lvov avec le patriarche Alexis Ier

de 1946 : « Aujourd’hui, des relations difficiles existent en Ukraine entre les orthodoxes et les gréco-catholiques, et ce en raison de différents événements tragiques qui ont eu lieu dans l’histoire. Il faut tout d’abord mentionner l’union de Brest en 1596, suite à laquelle une partie des orthodoxes, sous la pression du pouvoir polonais de ce temps, a été réunie par la force à l’Église catholique. Il en résulta la formation de l’Église uniate, appelée aujourd’hui «  gréco-catholique ukrainienne ». Il convient de rappeler également l’union d’Oujgorod en 1646, dont il résulta le passage forcé des orthodoxes au catholicisme, aux conditions qui étaient celles de l’union de Brest, cette fois sous la pression du pouvoir catholique hongrois. Toutes ces actions violentes ont provoqué une forte opposition de la population orthodoxe, décrite en détails dans la littérature historique. Pour ces raisons, les révoltes cosaques des XVIème-XVIIème siècles, hormis leur orientation idéologique de libération politique et nationale, se déroulèrent également sous les mots d’ordre de la défense de la foi orthodoxe, ce qui est reflété notamment dans les œuvres des écrivains et poètes, dont, entre autres, Taras Chevtchenko. Tous ces événements ont mené à la formation, dans la conscience du peuple orthodoxe ukrainien, d’attitudes défavorables envers les gréco-catholiques. Les 8-10 mars 2016, 70 ans se seront écoulés depuis le concile de Lvov, lequel a pris la décision d’abolir l’Union de Brest de 1596 et du retour des gréco-catholiques d’Ukraine occidentale au sein de l’Église orthodoxe russe. À ce moment, une partie du clergé et des fidèles uniates sont revenus sincèrement à la foi orthodoxe. Cela est témoigné non seulement par les documents historiques, dont ceux qui concernent l’activité du protopresbytre Gabriel Kostelnik, qui, bien avant le concile de Lvov sympathisait avec l’orthodoxie, mais également par le fait même qu’actuellement, en Galicie, près de 900 paroisses orthodoxes n’ont pas souhaité revenir à l’uniatisme et ce même après la légalisation de l’Église gréco-catholique ukrainienne. Cependant, il convient aussi de reconnaître qu’une partie du clergé et des fidèles uniates n’ont pas accepté le concile de Lvov. En 1990 a commencé la renaissance de l’Église ukrainienne gréco-catholique, qui est sortie des catacombes avec animosité et un esprit agressif envers l’orthodoxie. Aujourd’hui, dans les médias, existent des tentatives de noircir les actes du concile de Lvov de 1946, dans lesquelles est présentée uniquement l’action du régime athée visant à anéantir les gréco-catholiques en Galicie avec l’aide des orthodoxes. Cependant, on ne peut donner une évaluation de l’activité du concile sur la seule base des faits des persécutions contre les gréco-catholiques, sans parler des souffrances de l’Église orthodoxe de la part du pouvoir soviétique, des tortures subies par les clercs orthodoxes et la multitude des fidèles. On ne peut donner une évaluation du concile sans se souvenir des dizaines d’années de souffrances de la population orthodoxe résultant de la politique uniate, lesquelles ont commencé dès l’union de Brest de 1596. En outre, la principale raison de la liquidation de l’Église gréco-catholique ukrainienne par les organes répressifs de l’Union soviétique était la collaboration ouverte de cette confession religieuse avec les troupes d’occupations de l’Allemagne nazie et leurs suppôts sur le territoire de l’Ukraine occidentale. Nous considérons qu’aujourd’hui, dans leurs relations, il convient que les orthodoxes et les gréco-catholiques, pensent non pas à la recherche des coupables, mais à l’élaboration d’une conception de coexistence pacifique dans une Ukraine une, ainsi qu’à une collaboration dans les domaines où cela est possible. Il faut étudier en outre, en détails, tous les faits afférents à la douleur historique des deux côtés et les discuter ouvertement dans le but d’une compréhension réciproque et de l’édification de relations constructives ».

Source

Commentaire du père Georges Maximov au sujet de la déclaration commune du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou

Le père Georges Maximov a terminé ses études de théologie à l’Université « Jean le Théologien » en 2001, avec un diplôme de spécialisation en sciences religieuses. En 2009, il a défendu une thèse à l’Université orthodoxe Saint-Tikhon de Moscou, obtenant le titre de candidat en théologie. De 2002 à 2012, il a enseigné au Séminaire de Moscou. Depuis 2012 jusqu’à maintenant, il enseigne au monastère Sretensky de Moscou et a été ordonné diacre en 2010, puis prêtre en 2015. Il est également membre de la Commission inter-conciliaire de l’Église orthodoxe russe et dirigeant du secteur de la mission apologétique du Département synodal des missions. En outre, il est responsable du travail missionnaire et catéchétique du vicariat du Nord de Moscou. Le père Georges a publié le commentaire suivant sur la déclaration commune du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou.

Pour commencer, laissez-moi rappeler à ceux qui, du fait même de la rencontre se lamentent, en s’exclamant « Tout est perdu, tout est perdu ! », que rien n’est perdu ! Les canons nous interdisent de célébrer avec les hétérodoxes, de prier avec eux et de recevoir leur bénédiction. Le seul fait de les rencontrer n’est pas interdit par les canons. Le patriarche n’est pas devenu catholique par cette rencontre.
Maintenant, pour ce qui concerne la rencontre elle-même. Dans la mesure où notre patriarche n’a été envoyé à cette rencontre, ni par le Synode, ni par l’Assemblée des évêques (pour autant que je le sache), c’est ipso facto une rencontre personnelle. C’est une bonne chose que la rencontre se soit passée sans aucune sorte d’office liturgique commun ou de prières. On a l’impression que le pape a reçu le patriarche comme un égal – nulle part, sur aucune photo, on ne voit que le patriarche aurait donné son accord à quelque position secondaire ou subordonnée par rapport au pape.
Ensuite, pour ce qui concerne le document. D’une part, les paroles avec lesquelles nous sommes d’accord ne sont pas peu nombreuses. Par exemple, les paroles concernant la défense des persécutés et des opprimés au Moyen Orient (§8-10), la critique de l’islam (§13), les paroles contre la discrimination des chrétiens en Occident (§15), l’appel pour les pays riches à partager avec les pauvres (§17), la condamnation de l’endoctrinement homosexuel (§20) et de l’avortement (§21), ainsi que le fait que les schismes en Ukraine doivent être résolus « sur la base des normes canoniques » (§27).
Mais, malgré tout cela, il y a aussi des expressions qui ne sont pas indiscutables, voire parfois erronées.
Par exemple : « Nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié… [et] inspire les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur …pour la pleine unité de tous ses disciples » (§6). Dans l’Église du Christ, l’unité est déjà atteinte dans sa plénitude. C’est pourquoi nous confessons dans le Credo la foi dans « l’Église une ». Le fait que diverses communautés hérétiques ou schismatiques aient quitté cette unité avec l’Église est une autre chose. Mais leurs membres ne peuvent être appelés disciples du Christ. Ils sont disciples de ceux qui ont enseigné de façon erronée sur le Christ et qui les ont amenés à quitter l’unité avec l’Église. « Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Évangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Églises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens » (§12). Ceux-ci ne pourraient être le gage de l’unité des chrétiens que dans le cas où nous proclamerions que toutes les différences dogmatiques dans la foi des Églises auxquelles appartiennent ceux qui ont été tués sont sans aucune importance. Mais nous ne pouvons agir ainsi. En réalité, seule l’unité dans la foi peut être le gage de l’unité des chrétiens, qui n’est pas accomplie en passant sous silence les différends dogmatiques, mais en les analysant et en rejetant ces dogmes qui sont faux pour accepter ceux qui sont vrais.
Un sujet de préoccupation est constitué par la déclaration que le travail missionnaire « exclut toute forme de prosélytisme » (§24). Ce dont il est question n’est pas clair. Par exemple, dans le concept de travail missionnaire, il y a l’idée que le prosélytisme est l’accomplissement dudit travail par des moyens impropres (coercition, corruption, tromperie). Dans ce sens, nous sommes d’accord. Mais je pense que dans ce document, en particulier dans la phrase « toute forme », on peut comprendre cela de telle façon qu’il est interdit de convertir les catholiques à l’Orthodoxie, ce qui, en tout état de cause, est absurde. Et la même chose se reflète dans le paragraphe suivant : « Il est clair aujourd’hui que la méthode de « l’uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrer l’unité » (§25). Mais si nous amenions quelque communauté de l’Église catholique à l’Orthodoxie, ce serait, pour cette communauté donnée, le rétablissement de l’unité avec l’Église du Christ, sans quoi cette communauté reste alors dans un état de séparation d’avec l’Église. « De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité » (§28). Afin que nous, avec l’Église romaine, « portions ensemble témoignage de l’Esprit de vérité », il est nécessaire pour celle-ci qu’elle confesse la vérité et renonce aux faux dogmes.
Sources : 1 et 2

Déclaration commune du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie

Déclaration commune

du pape François

et du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie

« La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous » (2 Co 13, 13).

  1. Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, pape François et Kirill, patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire.

Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se « parler de vive voix » (2 Jn 12), de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

  1. Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents.

Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.

  1. Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’« Ancien Monde », nous sentons avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).
  1. Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus « semence de chrétiens ».
  1. Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes – Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur : « Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous » (Jn17, 21).
  1. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté !
  1. Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Evangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.
  1. Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.
  1. Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.
  1. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins.

Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

  1. Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est « le fruit de la justice » (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Eglises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués.

Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

  1. Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Evangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Eglises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre : « Très chers !… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (1 P 4, 12-13).
  1. En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, « car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14, 33).
  1. Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.
  1. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.
  1. Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.
  1. Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.
  1. Les Eglises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27-29).
  1. La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.
  1. La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.
  1. Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu(cf. Gn 4, 10).

Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général.

Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l’homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.

  1. Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

 

  1. Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez lalumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous « avez été rachetés à un cher prix » (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus Christ.
  1. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Eglise du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Evangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.

Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir « les uns pour les autres la même aspiration » (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : « Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » (Rm 15, 20).

  1. Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’« uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Eglise, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.
  1. Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.
  1. Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.
  1. Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.
  1. Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) !

Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre : « Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde » (1 P 2, 10).

  1. Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité !
Kirill

Patriarche de Moscou

et de toutes la RussieFrançois

Évêque de Rome,

Pape de l’Eglise catholique

Archimandrite Basile (monastère d’Iviron, Mont-Athos) sur le grand Concile de l’Eglise orthodoxe

L’archimandrite Basile (Gondikakis)  du monastère d’Iviron, Mont-Atho, a publié, sur le site Internet Romfea.gr un long article à propos du grand Concile convoqué du 16 au 27 juin.

« D’un grand concile en préparation, il en est question depuis plusieurs décennies. D’aucuns préfèrent qu’il ne se tienne pas. D’autres s’interrogent sur son appellation ou sur les thèmes qu’il doit traiter.

Le grand et saint devoir des orthodoxes, ce n’est pas simplement de faire quelque chose, mais de manifester la richesse de la grâce que nous vivons liturgiquement dans l’Eglise. Ceci demeure inaliénable, même si l’univers est ébranlé et les montagnes déplacées au cœur des mers.

L’Eglise orthodoxe a conscience d’être l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Ce n’est pas une simple prétention, mais une bénédiction qui vient du sacrifice du Dieu-Homme sur la Croix, qui aboutit à la Résurrection. Et du sacrifice des saints qui suivent son exemple. Ils forment son corps. Ils constituent l’Eglise, tel le peu de levain qui fait lever notre pâte terrestre (1 Cor. 5,9).

L’exhortation du Seigneur est claire : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix » (Mc 8,34). Et « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,27).

Je vous ai donné un exemple. Qu’il vienne à moi celui qui le désire. Portez votre croix et suivez-moi, sans avoir de grief à l’égard de quiconque. Mais « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent … » (Lc 6, 27-28).

L’Eglise est le Dieu-Homme Lui-même. C’est là l’événement qui nous maintient en vie. La question n’est donc pas de savoir comment nous allons apporter des solutions à des problèmes [« à la manière du monde » (Jn 14,27)], mais de laisser se manifester la manière dont le Seigneur, qui vit en nous, résout les problèmes. Lorsque cela s’accomplit, la sérénité règne sur tous.

Personne ne peut résister au Dieu-Homme qui ne provoque personne mais qui Lui-même « supporte tout » pour le salut de tous.

Il vient pour se sacrifier par amour pour ses amis.

Ce ne sont point ceux qui L’aime qu’Il considère comme ses amis, mais bien ceux qu’Il aime Lui. Il les aime tous, et ceux qui le renient, le haïssent et le crucifient. Telle est la révolution de l’amour, « la seule nouveauté sous le soleil » (St Jean Damascène).

Il sait qu’au fond tous L’aime et L’attendent. Il n’y a pas d’autre salut en dehors de cet amour unique qui a tout créé. Qui supporte tout pour le salut de tous. Il n’y a pas d’amour plus grand que cet amour.

Il ne se plaint pas parce qu’ils ne font pas montre de compréhension. Il sait ce qui se passe en eux ; comment ils considèrent la vérité et le mensonge, comment ils se voient eux-mêmes et voient les autres. C’est Lui qui porte tout le poids.

Si certains, dans un concile, parlent en s’appuyant sur leur propre sagesse et leur intelligence, ils entraînent les autres à agir de même et si, avec leur sagesse et leur intelligence, ils promeuvent leurs positions, mettent en avant leur supériorité et s’imposent, alors nous vivons la réalité de la querelle. Nous demeurons dans le champ de la corruption et nous redonnons vie au conflit connu et stérile (qui soumettra qui).

Lorsque nous demandons que soit faite la volonté de l’Un, pas la nôtre, il en va autrement.

Si ma dernière parole et mon désir se trouvent dans la demande : « Que se réalise non point ma volonté mais la Tienne » (Lc 22,2), alors je suis serein. Je gagne en force. Je transmets aux autres la paix. Et même si certains veulent me frapper pour n’importe quelle raison et de n’importe quelle manière, ils me font du bien. Ils m’aident à connaître la volonté de Dieu le Père. Et aussi de passer outre à ma propre opinion, relative et inefficace.

Dès lors, dans le premier cas, celui où je veux faire ma volonté, je manifeste ma faiblesse et je me jette dans la prison de ma condamnation.

Dans le second cas, celui où je demande que la volonté de Dieu soit faite, je me revêts d’une autre force et je transforme tout un chacun, que je le veuille ou non, en collaborateur qui contribue à l’œuvre unique du salut du monde entier.

L’Eglise n’est pas de ce monde, mais elle vient lui donner le témoignage de la vie et du royaume à venir. Ceci se réalise car elle ne fait pas sa volonté mais celle du Père céleste. D’emblée cette obéissance définit la raison et le mode de son existence.

La Vierge Marie, lors de son entretien avec l’archange Gabriel de l’’Annonciation aboutit à : « Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1,38). Et elle est manifestée comme Mère de Dieu.

Jésus, à Gethsémani, clôt sa prière en disant : « Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise » (Lc 22,42). Et il vainc la mort par la mort.

L’Eglise demande chaque jour avec la prière dominicale « que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » (Mt 8,10) et elle chemine vers la plénitude des choses dernières. « Que ta volonté soit faite » est l’aboutissement d’un combat personnel. Et le début d’un cheminement avec une autre force invincible.

Nous vivons la réalité qui naît de l’obéissance à la volonté divine. « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné de surcroît » (Mt. 6,33).

Ici se trouve la primauté. Nous recherchons une chose, et toutes les autres suivent.

Tous les problèmes sont résolus bien qu’ils semblent insolubles. Car le Seigneur ressuscité se trouve parmi nous, Lui qui nous communique la grâce de la divinité trinitaire.

Il ne nous abandonne pas comme des orphelins, sans la présence de l’Esprit Saint ; ni ne résout les problèmes de manière mécanique, en sous-estimant notre existence.

Le grand devoir des orthodoxes n’est pas de tenir ou non un concile général. Mais de laisser se manifester le concile perpétuel du ciel et de la terre, que nous vivons liturgiquement comme mystagogie théologique. Et c’est un don de l’incarnation du Verbe de Dieu ainsi que de la présence du Saint Esprit qui construit tout l’édifice de l’Eglise.

Il n’y a pas un mode d’existence propre à la divinité trinitaire et un autre mode qui serait propre à l’unité ecclésiale. « Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin que tous soient un » (Jn 17, 21).

L’Eglise n’a pas un mode d’existence différent de son enseignement ou de sa théologie. Son mode d’existence manifeste la source de sa vie et proclame sa théologie. La théologie est un témoignage de foi. Et l’Eglise, l’affirmation que Dieu aime le monde.

Le mode de vie de l’Eglise ne diffère pas du mode de vie de chaque croyant. Tout comme dans la vie de l’Eglise la Pentecôte est « l’ultime fête et l’accomplissement de la promesse » et le jour de la naissance de l’Eglise, ainsi aussi dans la vie du croyant, les vertus ne sont pas le but mais bien l’humilité, qui naît des vertus, qui attire la grâce de l’Esprit Saint (Abba Isaac le Syrien). Les véritables saints, par l’humilité, deviennent dignes de vivre la liberté du siècle à venir tel un jour de naissance.

Au jour de la Pentecôte, nous avons le premier concile liturgique, la création de l’Eglise, l’illumination du Saint Esprit sur chaque apôtre.

Tous se mettent à annoncer les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité (Matines de la Pentecôte). Ces choses étranges et étonnantes sont familières et intelligibles. Tous sont en paix et se nourrissent spirituellement. Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa propre langue.

Avec Babel, l’audace de la construction d’une tour qui s’élèverait jusqu’au ciel, a amené la confusion des langues et la séparation entre les hommes. A la Pentecôte, les langues de feu unifièrent les peuples pour la connaissance divine.

« Jadis, en punition, fut abrogé le mutisme ; maintenant est renouvelée l’harmonie pour le salut de nos âmes » (Matines de la Pentecôte).

L’Orthodoxie est une bénédiction pour tous, par-dessus les paroles et les pensées. « Pure Mère de Dieu, ton miracle s’élève au-dessus de la force des paroles » (Office de la Dormition).

Dans sa vie liturgique, elle a incorporé la vérité tout entière du Dieu-Homme ; l’incarnation, la croix, la résurrection, l’ascension. Ceci tu le discernes sur le corps transfiguré de son existence.

Toute chose est transformée par la grâce divine : la théologie des théologiens, l’iconographie des peintres d’icônes, la mélodie des compositeurs, la vie des fidèles. Cette divine transformation, comme conséquence de la constitution trinitaire de l’Eglise, convainc ceux qui ont soif de la vérité que Dieu n’abandonne pas mais aime le monde, comme Il aime son Fils unique.

L’Eglise orthodoxe chemine dans l’histoire comme le Christ ressuscité épanchant la paix et l’allégresse.

Tu dois te sentir affamé et assoiffé pour les choses éternelles et indifférent aux choses éphémères. Alors tu Le verras comme Dieu parfait et homme parfait qui te conduit vers la plénitude de la vie d’ici-bas et à venir.

« Le Verbe que rien ne contient était tout entier dans le monde d’en-bas sans avoir quitté celui d’en-haut. Car ce qui se produisit ce fut une condescendance divine, point un déplacement dans l’espace » (Hymne Acathiste).

Il nous offre ce qu’il est. Il nous élève là où il se tient.

Tel est le principe de la théologie. Ce n’est pas un « déplacement dans l’espace » que tu peux suivre par les sens, contrôler par la pensée et régler par ta volonté. Mais une « condescendance divine » qui transforme et transfigure ta vie.

La condescendance divine t’offre la bénédiction de l’ascension que l’on atteint par la grandeur de l’humilité.

Il est Dieu parfait et devient homme parfait. Il n’apporte pas quelque chose de relatif et éphémère parmi les choses que nous avions, mais quelque chose de divin, éternel et accompli dans l’Esprit. « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre » (Lc 12, 49).

Tel est le nouveau mode qui apporte la vie et la paix dans le monde. Chaque saint authentique, par l’humilité et la grâce de l’Esprit, est une visite divine et une consolation pour tous les faibles.

Le Seigneur descend à notre niveau. Il parle notre langue. Il entend la peine et résout nos problèmes. Rassasie notre faim. Ressuscite nos morts. Nous console.  Guérit nos maladies. Nous libère des esprits impurs.

Il ne reste pas là. Il descend dans l’Hadès. Abolit la mort. Relève tous ceux qui se sont endormis. « Et il n’est plus de mort au tombeau » (Homélie pascale de Saint Jean Chrysostome).

Tous Il nous unit dans l’espace infini de la liberté du siècle à venir.

Après la Passion et la Résurrection, il trouve les apôtres apeurés, enfermés dans des lieux étroits. Il leur accorde la paix et la joie. Ils le voient et se réjouissent. Ils croient pour L’avoir touché (Lc 24, 39).

Ils croient pour l’avoir vu (Jn20,29). Ils croient car ils sont vivants (Jn 14,19). Ils restent constamment ensemble. Il les envoie dans le monde pour prêcher l’Evangile.

Dans la Divine Liturgie, ils trouvent l’Eglise comme une théophanie incarnée. Dieu « s’est manifesté dans la chair …, Il s’est élevé dans la gloire » (I Tim. 3,16). Et Il demeure sans cesse avec nous par l’Esprit Saint.

Il est venu et nous a visités. Il est parti et alors Il s’est manifesté. Sanctifiés l’arrivée et le départ, l’incarnation et l’ascension, la présence et l’absence.

Lorsque tu demandes que sa volonté soit faite, une lumière intemporelle illumine ta vie. Qui abolit les séparations et les distances. Au milieu de la houle des problèmes, tu entends le Seigneur qui dit : « C’est Moi. Ne craignez point ».

La sérénité se déploie autour de toi et en toi. Pour rien tu ne t’inquiètes. Tu as confiance dans son amour. C’est Lui ta vie et la vie de tous.

Ce qui est mensonger est troublé et infondé car il recherche ce qui est à lui et non ce qui est au grand nombre afin qu’ils fussent sauvés. Ce qui est vrai est serein et tout-puissant, car il naît du sacrifice de tous.

Le croyant a conscience de sa propre faiblesse et de la force de l’amour du Fort. Il ne s’interroge pas sur la façon dont les choses vont évoluer, car en vivant en Christ il se trouve au commencement et à la fin de la création.

Dans l’Eglise nous ne commémorons pas des événements historiques, mais nous vivons liturgiquement le salut qui par Jésus-Christ est venu et qui vient. Tous sont présents. Le ciel et la terre se réjouissent ensemble.

« Maintenant les Puissances célestes invisiblement célèbrent avec nous … Voici que s’avance, escorté, le sacrifice mystique, parfait » (Liturgie des Saints Dons Présanctifiés).

Il est escorté et entouré par ceux qui se sont endormis dans la foi, Ancêtres, Pères, Patriarches … et tout esprit juste.

Sont présents tous ceux qui sont authentiques, qui ont été sanctifiés en s’offrant tout entiers au Dieu de l’amour.

Tu vis dans un monde inaliénable et tu envisages autrement les choses altérées.

Lorsque l’Eglise se rassemble, « toute chair humaine fait silence » (Divine Liturgie du Grand Jeudi). Et l’on entend le Verbe de Dieu incarné par l’Esprit Saint qui était, qui est et qui sera.

Ceux qui disent : jadis il y avait des grands Pères et théologiens, aujourd’hui il n’y en a plus, parlent comme s’ils n’avaient jamais fait l’expérience de la vie liturgique. Ceux qui sont vraiment authentiques en Esprit, une fois qu’ils ont existé, jamais ils ne sont perdus. Ils entrent dans la concélébration de la vie éternelle. Ils sont toujours présents. Plus ils s’éloignent dans le temps, plus ils s’approchent de nous de manière plus évidente.

Personne ne peut museler celui qui parle en se taisant. Ni oblitérer sa présence qui se meut en s’absentant.

C’est cela que nous vivons et chantons tous dans la Divine Liturgie.

Ainsi, le prêtre, par la force du Saint Esprit,

– revêtu de la grâce du sacerdoce,

– entouré par le peuple chrétien, sans lequel la Divine Liturgie ne peut être célébrée,

– entouré par l’univers, pour lequel la Divine Liturgie est offerte,

sert le mystère, non pas en paroles, mais en acte.

Il transfuse sans bruit le sang de la vie à tout le corps de l’Eglise. Ici l’homme rencontre la ferveur de l’empathie qui porte l’espoir caché de la liberté finale.

Tu as confiance en Celui qui est amour. Tu demeures dans le lieu de la tendresse divine et tu mûris. Tu fais silence et apprends à parler. Tes problèmes sont résolus avant même de les formuler. Tu es récompensé pour un travail que tu n’as pas accompli.

Autrement, en dehors de la Divine Liturgie, tu ne trouves pas de solutions car tu te positionnes de manière erronée. Tu cherches que ta volonté soit faite.

L’aboutissement conscient de ton angoisse t’amène à dire « que Ta volonté soit faite » et ouvre le chemin de la vie.

« Le Bon Pasteur appelle ses brebis chacune par son nom et il les emmène dehors » (Jn 10,3). Cette sortie est tout à la fois entrée dans un autre lieu, plus vaste et plus illuminé.

L’Eglise n’est pas la communauté de ceux qui, à la manière du monde, ont réussi et sont bien organisés pour la vie passagère. Mais l’ensemble de ceux qui sont authentiques et désespérés par les réussites et bonheurs du monde, indignes de l’homme. Ils trouvent refuge dans le Donateur de vie qui est « l’aide des démunis, l’espoir des désespérés, le sauveur des affligés, le port des navigateurs, le médecin des malades » (divine liturgie de saint Basile).

Dans l’esprit de bouleversement de la conception séculière des choses, dans le « Il ne doit pas en être ainsi parmi vous » du Seigneur (Mt 20, 26), se situe la parole de l’Apôtre : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ». (2 Cor 12,10) et le témoignage de la primauté qui lui appartient (point du pouvoir mais de la contrition). « Le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier» (I Tim 1, 15).

Celui qui peut intérieurement arriver à cette primauté jouit de la quiétude du siècle à venir pour le bien de tous.

Le Seigneur a demandé que nous fussions unis selon le monde trinitaire. Que nous vivions de manière conciliaire, en demandant que se fasse la volonté de Dieu. Ainsi nous goûtons à la joie du paradis. C’est seulement cela qui parle sans voix et convainc le monde de la valeur de la vie.

Si notre vie ne donne pas le témoignage du salut, alors notre parole ne convaincra pas de la vérité de notre théologie.

Point de concile ni d’Eglise en dehors de la divine liturgie. Nous n’offrons pas la divine liturgie au début et à la fin de nos travaux puis laissons notre théologie et notre vie sans expérience liturgique. Cela revient à dire que nous réglons tout selon notre propre logique.

Qu’un concile soit ou non appelé œcuménique et quelle place il occupera dans la vie de l’Eglise, ce n’est point là une décision humaine, mais l’œuvre de la conscience ecclésiale vive en Esprit, qui juge et classe parfaitement tout concile et tout théologien selon la place qui lui revient (grand est l’exemple des conciles du 14e siècle avec saint Grégoire Palamas).

Que nous vivions la liturgie lorsque nous y participons, toute la question est là.

Si comme l’Apôtre nous pouvons dire (autant que possible) : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est  le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20).

Si avec audace, sans condamnation, nous osons appeler Dieu le Père céleste et dire : « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Alors nous vivons le concile du ciel et de la terre, qui sans cesse est célébrée dans l’Eglise qui confesse : « Pour nous, notre façon de penser s’accorde avec l’Eucharistie, et l’Eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (saint Irénée, Contre les hérésies). Alors nous disons spontanément : « Le Saint Esprit et nous-mêmes avons décidé». Et nous perpétuons l’unique tradition, dans le cénacle liturgique où le Dieu-Homme a conduit son Eglise.

Si tu désires des choses éphémères et des préséances, Il te dit : tu ne sais point ce que tu demandes (Mc 10, 36-38). Si tu recherches les choses précieuses qui concernent le salut de l’homme, alors Il t’accompagne et, au milieu de mille tourments, Il t’amène vers la lumière. Tu saisis ce qu’il a dit : « Il fallait que le Christ souffrit et qu’Il entrât dans sa gloire » (Lc 24, 26).

Il fallait que toi aussi tu souffres ; que tu traverses toutes les épreuves qui bien souvent t’accablent. Pour que tu comprennes qu’Il était avec toi même lorsque tu ne le savais point.

A présent tu Le reconnais à la fraction du Pain, et à la rupture de ta résistance Il apparaît comme le Ressuscité. Et toi tu es transformé par un éclat secret. Tu acquiers un sentir et une certitude autres. La vie continue.

Toutes choses sont transfigurées et réunies. Il ne cesse le cheminement qui semble comme un arrêt ; ni la parole qui est confinée dans le silence. Tout est rassemblé dans l’infime qui est immensité. Dans un instant qui est l’éternité. Dans une perle sainte qui est le Christ tout entier.

L’homme trouve l’un qu’il recherche, lorsqu’en un instant toutes choses lui sont révélées ; lorsqu’il parvient au sommet liturgique (« pour nous élever jusqu’au ciel ») et reconnaît le Seigneur comme Dieu-Homme. Alors dans l’éclair de la divinité il voit ce qui a précédé et ce qui va suivre. En une fois il se trouve partout. Sa conduite est scellée. Son cœur est apaisé. Il connaît celui qui est l’Alpha et l’Oméga. Il est humilié de joie comme un indigne pour l’honneur qui lui est fait : voir les choses invisibles. Et se voir interpréter les choses incompréhensibles de l’amour divin.

Lorsqu’à Emmaüs le Seigneur est devenu invisible lors de la fraction du pain, ils ne pouvaient le « forcer » à demeurer avec eux. Car Il ne « feignit » (Lc 24, 28) pas d’aller autre part, comme cela survint antérieurement, mais Il est réellement parti et est resté avec eux comme Ressuscité. Ils sont arrivés au terme ; là où les amena l’Inconnu. Ils sont arrivés à Lui qui est le commencement et la fin.

Alors se réalise ce qu’il avait demandé : « Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (Jn 17, 24).

A présent se réalise aussi son autre demande au Père céleste : Je ne demande pas de les ôter du monde, mais de les protéger face au Malin (voir Jean, 17,15), au danger de la tentation de saisir les choses célestes de la création nouvelle et de la théologie à la manière du monde.

A présent tu comprends la parole : « Là où est Jésus Christ là est l’Eglise catholique » (Saint Irénée de Lyon, Aux Ephésiens). Tout existe et est saisi d’une manière autre.

La valeur de la vie ne s’évalue pas humainement à l’aune d’éléments mesurables, mais elle se situe, par la grâce, dans l’infime qui se dilate à l’infini.

Tu reçois le peu qu’Il t’offre et tu jouis du tout qui « n’est pas monté au cœur de l’homme » (I Cor 2, 9).

L’abondance ne se trouve ni ne croît par la quantité mais se perpétue par la gratitude.

Tu gagnes ce que tu perds en l’offrant par amour à Celui qui est don perpétuel.

Et Lui qui se manifeste en devenant invisible te prend avec Lui dans la Cité nouvelle.

Le Verbe s’incarne et la théologie se vit « en pensant et en agissant » liturgiquement.

La présence du Seigneur est une théophanie. « C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé » (Jn 8,42). Je vous transmets la vie et la grâce de la divinité trinitaire. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour » (Jn. 15,9).

Je ne viens pas, à l’instar du monde, apporter une paix éphémère et un amour factice. Je suis venu pour apporter la santé et la vie éternelle. « Celui qui est de la terre est terrestre et parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tout et témoigne de ce qu’il a vu et entendu » (Jn 3, 31-32).

Je veux vous transmettre ce que j’ai vu et entendu de mon Père : « Je dis ce que j’ai vu auprès de mon Père » (Jn 8,38). Et « Je vous ai fait connaître ce que j’ai entendu auprès de mon Père » (Jn 15,15).

« Père saint », je veux qu’ils voient la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès l’origine du monde.

Qu’ils voient le lien de la gloire avec l’amour. Qu’ils jouissent de la liberté dans l’obéissance. Qu’ils soient un, comme nous sommes un. Qu’ils voient la gloire qui était mienne avant l’origine du monde et qui sera mienne quand le monde passera. Et c’est avec elle que je viendrai « juger les vivants et les morts ».

Qu’ils voient ma gloire pour rassasier leur faim. « Je me rassasierai en contemplant ta gloire » (Ps. 16,15).

Qu’ils soient convaincus de la vérité de l’amour. Et qu’ils trouvent le repos après le labeur et les croix de la vie.

Que brille la lumière. « Sur qui a soufflé la grâce qui s’épanche de Dieu » (Canon de la Pentecôte).

Que point ne leur soit donné quelque chose d’illusoire, qui n’étanche pas la soif de l’homme.

Que soit greffée la bouture de leur existence sur le bon olivier de l’amour qui jamais ne faillit. Que soit sauvée « la grande blessure, l’homme » (Vêpres du Dimanche de Thomas).

Un saint authentique, alors même qu’il semble être une exception quant à la pureté de l’esprit et la grandeur de sa mission, devient, par l’humilité qui le distingue, une visite divine et une consolation pour tous ceux qui sont faibles et méprisés.

Il ne se remplit pas d’orgueil à cause de ses exploits ; mais il atteint l’humilité pour la grâce qui l’a transformé. Il transmet l’expérience du Paradis qu’il vit. Et il console tout un chacun par sa seule existence. Il participe au combat complexe de pacification de l’univers, alors même qu’il n’apparaît nulle part.

L’Eglise, par son existence trinitaire, diffuse des messages de vie et d’espoir. Les reçoivent ceux qui en ont vraiment besoin.

Nombreux sont partout les vrais affligés qui recherchent les choses précieuses et subissent de grands tourments. Lorsqu’ils reçoivent le message de l’Eglise, ils sont une bénédiction pour tous.

Beaucoup sont sacrifiés et immolés. Ceux-là trouvent le Seigneur qui « une fois pour toutes s’est offert en sacrifice. Toujours immolé, il sanctifie ceux qui participent à son immolation ». (Prières du soir avant la divine Communion)

Et Lui il les trouve là où l’on ne l’imaginerait pas et il confesse : « Même en Israël je n’ai pas trouvé une telle foi » (Lc 7, 9). Divines sont les dimensions de l’Eglise.

Ce qui est vrai (fût-il infime), ceux qui sont affamés le trouvent et le reçoivent à distance. Ce qui est faux (même s’il est beaucoup vanté) ceux qui sont authentiques le rejettent.

Le saint se meut et parle d’une autre manière, inhabituelle et salutaire. Il dit : « Je veux partir, me perdre, ne pas exister », échouer. Elle ne me contient pas la gloire qui passe ni non plus la réussite du monde qui me place au-dessus des autres. Elle n’étanche pas ma soif. Elle ne rassasie pas ma faim.

Je ne désire pas être glorifié, sauver mon âme par mes propres forces dans le champ de la corruption. Je veux la perdre pour l’unique Verbe de Dieu qui supporte tout pour sauver tout le monde. Qui se manifeste en devenant invisible. Et qui est honoré dans l’Eglise orthodoxe comme Roi de Gloire, Crucifié en toute sérénité, et qui est couché sur le dos, mort, sur l’Epitaphios (icône du Christ au tombeau, brodée sur un tissu et vénérée dans les églises orthodoxes les Grands Vendredi et Samedi).

Je veux me perdre, ne pas faire le saint avec les farces de mes exploits, mais être rendu digne de Ta propre gloire.

« Qui perd son âme à cause de moi, celui-là la sauvera » (Lc 9,24). Le salut qui est digne de l’homme revêt les dimensions de la perte.

La perte l’enveloppe maternellement. Et le salut qui lui est offert l’assume sur un autre niveau et le rend proche de nous.

Il est une bénédiction pour tous les affligés qui se rassemblent auprès de lui. Et pour lui, tous les tourments sont une bénédiction.

Un saint, qui trouve son âme en la perdant à cause du Seigneur, trouve la paix dans l’Esprit. Il ne se dispute avec personne, car le vécu est au-dessus de la force des paroles. Ses apories ont été résolues.

Il reçoit intérieurement le changement étonnant et diffuse par toute son existence un indicible parfum qui nourrit le monde. « Tous nous avons été nourris par un arôme indicible qui ne nous rassasie point » (Martyre de Sainte Perpétue).

Il en est beaucoup qui, alors même qu’ils font les théologiens ou les faiseurs de miracles, sont dans le trouble et la ténèbre. Cette ténèbre du trouble ils ne peuvent la réfréner, mais ils la répandent en créant un climat de confusion sous la forme d’une théologie qui te serre le cœur et te cause un malaise. Elle ne conduit pas à la source de la vie et de la quiétude.

Au lieu de voir dans leur invalidité humaine et la lourdeur de leur cœur une occasion de repentir, ils la considèrent comme une possibilité de témoignage théologique. Au lieu de se réfugier chez le Médecin des âmes et des corps, ils mettent en évidence leur maladie psychique comme une inquiétude spirituelle qui est provoquée par l’éloignement du monde de Dieu. Mais le mensonge est évident et la maladie ne se dissimule pas. Tout cela n’a aucun lien avec le repos que l’Eglise prodigue par ses Saints crucifiés.

Ce n’est pas ainsi que les problèmes sont résolus ni notre maladie guérie.

La parole du salut de l’unique Verbe de Dieu vient comme consolation de l’Esprit qui vivifie tout le monde et préserve sa quintessence. Tous nous avons besoin de la miséricorde du Dieu-Homme, et point des actions et des interventions humaines.

Tout comme le soleil n’est point touché par les turbulences atmosphériques de la terre, ainsi la vie trinitaire de la divinité et la structure conciliaire de l’Eglise ne sont point altérées par des troubles et des turbulences historiques.

Le peuple croyant vit dans la sérénité du mystère accompli, peu importe que viennent et disparaissent les empires et idéologies qui ont menacé et tourmenté le monde. Et qui croyaient changer à jamais la vie des hommes.

Si aujourd’hui certains terrorisent le monde avec des attaques meurtrières et des mises en scène de massacres, le Dieu-Homme demeure immuablement le Maître de l’amour et de la compréhension. Il est la solution dernière de tous nos problèmes, même si notre superficialité l’ignore.

Il reçoit pacifiquement « toute la cohorte » (Mc 15, 16) de l’histoire qui se moque de Lui, lui pose sur la tête une couronne d’épines. Il fait face avec amour à tous ceux qui viennent s’opposer à Lui.

Il ne frappe personne, sauf la haine et l’inimitié. Dans tout criminel il voit la victime d’autres crimes et de la dépravation spirituelle. De cela nous sommes tous responsables.

Il ne considère pas comme innocents ceux qui, à l’instar de Pilate, se lavent les mains et confessent « Je suis innocent de ce sang » (Mt 27, 24).

Il est venu pour que cesse l’hypocrisie et le glissement de la corruption, la pulsion irrésistible de mort.

« Seigneur, par ta mort vivifiante tu as brisé le cours de la mort et la corruption » (Matines, Dimanche du 2e ton).

L’Eglise orthodoxe a l’ampleur de l’Esprit qui embrasse l’univers. Voilà le mode et le but de sa vie.

Par cette Liturgie, elle a fait face aux tourments des épreuves et des menaces. Dangers de voleurs, dangers de nations, dangers avec les brebis galeuses. Elle les a tous dépassés. Elle est restée reconnaissante pour les épreuves. Elle se réjouit des tentations et des tourments.

Et ceux qui se sont opposés à elle, de n’importe quelle façon ou intention, pour la frapper, l’aliéner et s’imposer à elle, elle les considère comme des victimes de l’égarement. Elle voit en eux des frères vulnérables qui ont besoin d’aide.

Elle a seulement appris à aimer. Elle a vécu et vit l’amour et la tolérance du Dieu-Homme. Elle a reçu une nourriture et une conduite céleste.

Nous arrivons à notre époque. Nous vivons dans l’ère des dialogues. Nous les chrétiens nous essayons de rétablir l’unité que le Dieu-Homme nous a donnée et qu’Il souhaite.

Parmi nous il y a les dits progressistes, enclins au dialogue. Et aussi ceux qui sont considérés comme des conservateurs qui généralement refusent les contacts.

C’est ici qu’est jugée l’authenticité et la force de notre foi, car nous ne préservons pas la vérité en maudissant les égarés ni n’offrons avec de fallacieuses affabilités ce que recherche l’âme de l’homme.

Ici sont requis les véritables héros de la foi, qui sauvent leur âme en la perdant à cause du Seigneur (Lc 9, 24).

Eux, ils sont sereins comme inexistants. Ils se réjouissent en n’étant pas. Alors ils voient qu’existe Celui qui appelle « ce qui n’est pas (ceux qui ne sont pas) pour réduire à rien ce qui est » (1 Cor 1, 28), les extrait de leur réussite imaginaire, qui est une vie fallacieuse et une véritable maladie.

Même s’il semble que les oecuménistes superficiels et les zélotes fanatiques ont des positions opposées, dans la réalité ils partagent la même indigence ; ils sont enfermés dans la même prison. Ils commencent et finissent dans leur propre conception. Il leur manque l’audace de la foi et la vérité de l’amour qui libèrent l’homme.

Ils tourmentent et se tourmentent avec des menaces sans signification ou des affabilités sans contenu. La présence de l’un nourrit l’existence de l’autre. Et il ne cesse point le désordre de la dispute des autorités imaginaires.

Aux deux parties se fait entendre la parole de Dieu : « Je ne les ai pas envoyés, je ne leur ai rien ordonné, je ne leur ai point parlé ; visions de mensonge … et rêveries de leurs cœurs, voilà ce qu’ils vous prophétisent » (Jér. 14, 14).

Considérons les choses avec sérénité ; dans le dialogue entre chrétiens, nous avons trébuché :

  • avec les catholiques-romains, en abordant la question de l’uniatisme,
  • avec les protestants, en constatant qu’ils se divisent perpétuellement, que sans cesse de nouvelles confessions sont créées. Alors, humainement, tu reconnais ta faiblesse. Mais « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18, 27).

Revenons brièvement en arrière ; nous voyons l’évènement du schisme. Puis vient la tentative de prosélytisme à l’égard des orthodoxes. Ils n’arrivent pas à grand-chose. L’uniatisme naît, phase caractéristique de l’histoire.

C’est comme si l’Occident s’adressait à la partie orthodoxe en disant :

« Tu prétends avoir le Christ de ton côté. Tout le climat de ta Tradition apparaît altéré. Il est palpable dans un monde transfiguré.

Tout ce qui apparaît et est palpable est rempli de grâce divine. La grâce, je ne puis la saisir, l’enfermer.

Je veux te dire : Moi je suis une grande puissance. Je ne toucherai pas à ce qui apparaît ; je vais même te le garantir. Je te demande seulement quelque chose d’infime : de croire que j’ordonne tout infailliblement : (c’est ainsi que je le comprends et le vis à ma propre façon).

Je t’ôte le danger de la liberté et le tourment de la responsabilité qui engendrent des problèmes.

Toutes les autres choses que tu vois et que tu as, nous les conserverons telles quelles. Tu ne distingueras aucune différence. Seulement ils ne pousseront pas de la racine de ton être. Toute cette création ne sera pas engendrée par ton mode de vie ; sacrifie-les totalement pour le Seigneur. Vois-les reprendre vie de manière incorruptible. Cela seul tu ne l’auras pas. Tu auras néanmoins l’icône de la Résurrection.

Moi je vais te peindre la plus belle icône de la Résurrection qui existe pour que tu n’oublies point ce que tu avais. Je vais t’imprimer les meilleures copies. Tu les honoreras. Ce ne seront pas des créations de ta vie. Tu seras cependant couvert par la puissance de Rome. Ainsi, comme si nous étions unis, tous les Chrétiens nous ferons face aux ennemis communs ».

A une telle proposition, la conscience orthodoxe réagit immanquablement, par amour pour tous les hommes :

Il s’agit d’une moquerie et d’un refus du nouveau mode de vie qu’offre au monde entier la Résurrection du Seigneur. De la sorte, nous devenons tous des copies humaines, ni authentiques ni libres en Christ.

Ce que vit et dit l’Eglise orthodoxe, c’est qu’existe la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit, qui nous invite et nous offre la vie : « Que celui qui a soif vienne. Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement » (Apoc. 22, 17).

Nous nous divisons nous-mêmes en mille morceaux qui sans cesse se multiplient. Le Christ ressuscité demeure notre salut à tous. Seuls, malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons les rassembler.

D’ailleurs, le drame des divisions, que nous voulons guérir, a pour origine une « bonne intention ».

D’aucuns, « bien intentionnés », se sont considérés comme infaillibles. Cela a  modifié leur comportement et leurs exigences.

Les autres ont réagi pour échapper à la soumission, inconnue dans l’Eglise du Christ. De nouveaux groupes se sont créés avec des individualismes partiels infaillibles.

Et nous arrivons à la situation actuelle. Le Christ est la solution.

La réaction des Protestants est naturelle. Elle est le signe d’une santé spirituelle et elle est utile pour tous, pourvu qu’elle soit envisagée avec intelligence « selon le Christ ».

L’homme recherche l’unité et la liberté afin d’atteindre la plénitude de la vie, qui est l’amour.

C’est cela qui est offert par l’Eglise, dans laquelle nous nous nourrissons du Pain céleste « qui est rompu sans être divisé » (Divine Liturgie).

Nous vivons le fait que le Dieu-Homme est indivisible. Et Son Eglise non plus ne se divise pas. Nous jouissons de l’union et de la liberté.

Chaque croyant, au moment de la sainte Communion, reçoit en lui le Christ tout entier. Et l’Eglise entière est le Christ Lui-même.

Ceux qui sont dispersés … ne seront pas égarés mais ils seront rassemblés par le Seigneur (voir Is. 35, 8-10). La dispersion a la grâce du rassemblement, et l’unité la liberté de l’Esprit.

« Ayant demandé l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit, offrons-nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu » (Divine Liturgie).

Nous parlons la langue maternelle de l’homme, la langue de la vérité et de l’amour, qui préserve la liberté et l’unité comme prérequis de vie.

Lorsque nous disons que dans le saint des saints de l’Eglise se trouve l’unique vérité, le Christ qui se manifeste en devenant invisible, ce n’est pas quelque chose qui flatte certains et dévalorise d’autres (sinon nous serions tous raillés).

Il n’y a point de confrontation engendrant des vainqueurs et des vaincus ; il s’agit là des passions du siècle présent. Ici, existe l’amour de l’Un qui sauve tous les hommes.

Les Orthodoxes ne sont pas victorieux dans le dialogue ; est victorieux le Dieu-Homme qui a vaincu la mort par Sa mort pour le salut de tout le genre humain.

Les orthodoxes sont les vaincus (c’est ainsi que nous le vivons liturgiquement) par l’amour du Christ. Ce ne sont pas l’Eglise et les saints qui vivent, mais le Christ qui vit en eux. Eux, ils ne vivent plus. C’est le Christ qui est tout en tous. C’est Lui leur vie, et pas leur existence biologique ou des ambitions mondaines ou séculières.

Tu vis cette réalité : c’est Lui la Résurrection, moi je suis la chute. C’est Lui qui est l’unique vérité de la vie et du sacrifice. Il s’offre comme joie pour que tous soient vainqueurs, se réjouissent, se divinisent. Que personne ne reste en dehors du banquet de la foi et de la joie du Seigneur. Que personne ne perde la possibilité d’offrir le peu qu’il a pour jouir, « avec  tous les saints », du tout qui est indescriptible.

Personne n’est une créature sans volonté, ni un accessoire de machine. Nous sommes tous, par la grâce, enfants de Dieu. Tout ce que Dieu a, l’homme l’acquiert par la grâce, sauf l’identité de l’essence.

Le devoir sacré des orthodoxes est de manifester le mystère du salut qui sans cesse est accompli par la présence du Seigneur Dieu-Homme, qui offre et est offert dans l’unique Liturgie du salut du monde entier.

C’est une bénédiction qui s’épanche sur tout homme qui est véritablement affamé et assoiffé de la vérité de la vie.

A l’instar de la lumière du soleil qui illumine tout l’univers, comme surabondance de vie et de bénédiction ; vivifie tout ce qui vit et décompose les corps morts.

La présence du Christ agit avec amour et énergie. Elle bénit et juge tout le monde.

Personne ne peut éteindre le soleil en jetant des pierres en l’air. Et personne ne peut abolir les actions du Médecin des âmes et des corps par une quelconque frivolité ou méchanceté.

Sa présence discrète agit dans l’histoire en libérant l’homme. Elle guérit tout. Il suffit que nous ne nous pressions pas et ne donnions pas nos propres solutions.

L’Evangile est vraiment la bonne nouvelle, car il dit toute la vérité. Il ne cache point les faiblesses humaines ni n’ignore la présence salutaire du Dieu-Homme.

Judas, après avoir trahi le Maître, s’étant rapidement repenti, a apporté sa propre solution, « et alla se pendre » (Mt 27, 5).

Pierre, après sa chute, a donné une autre solution. Il trouva un endroit et pleura amèrement. Il a reçu le repos du pardon. Et il est devenu la pierre de la foi pour avoir fondu en pleurs.

Les choses sont simples dans la mesure où nous croyons dans le Christ et déposons en Lui toute notre vie.

Tu es rempli de stupeur devant la toute-puissance de Son amour et la délicatesse de Son comportement ; Il s’en va dès qu’il semble que tu ne désires pas Sa présence.

Lorsqu’il alla au pays des Géraséniens, là où les possédés d’un esprit impur circulaient nus et terrorisaient les gens, Il ne les a pas réprimandés pour leur comportement inadéquat qui provoquait la répugnance, ni ne leur a formulé des vérités théologiques. Ceux-là non seulement étaient insensibles à la parole mais ils déchirèrent leurs vêtements et brisèrent leurs chaînes (voir Mc 5,1).

Il les a libérés des esprits impurs et ils se tenaient à ses côtés, vêtus et assagis. Et quand Il autorisa la légion des démons à entrer dans le troupeau de porcs et à se noyer dans la mer, les habitants de la région furent saisis d’une « grande peur » et demandèrent au Seigneur de quitter « leur territoire » (Mt 8,34). En effet sa présence causait des dommages aux unités de production et une récession économique.

Le Seigneur ne leur parla pas de leurs propres écarts, mais Il monta sur la barque et s’en alla. Cette conduite nous juge et nous sauve.

Que la grâce de Dieu nous illumine pour que nous puissions nous tenir en présence de Jésus, non point avec la question : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » (Mt 8, 29), mais avec la certitude qu’Il est celui qui vient pour nous libérer des tourments.

3 février 2016″

Conférence de presse sur le prochain voyage du patriarche Cyrille en Amérique latine

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk a donné le 5 février 2016 une conférence de presse au Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. Cette rencontre avec les représentants des médias russes et étrangers avait pour objet le prochain voyage de Sa Sainteté le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie en Amérique latine, qui aura lieu du 11 au 22 février 2016. Le voyage comprend une visite de la République de Cuba, de la République du Paraguay et de la République fédérative du Brésil.

Prenaient également part à la conférence de presse V. R. Legoïda, président du Département synodal aux relations de l’Église avec la société et les médias, et le prêtre Alexandre Volkov, directeur du service de presse du Patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Le président du DREE a décrit les étapes du prochain voyage de Sa Sainteté en Amérique Latine :

« Le programme de ce voyage commence par une visite de Cuba, où Sa Sainteté, invitée par le président du Conseil d’État et du Conseil des ministres de Cuba, Raul Castro, arrivera le 11 février. A l’époque où il était encore métropolite et président du Département des relations ecclésiastiques extérieures, le patriarche Cyrille était allé à Cuba, dont il avait rencontré les autorités. Il avait suivi de près la construction de l’église dédiée à l’icône de la Mère de Dieu de Kazan à La Havane, dont il avait célébré la consécration.

En 2009, le président de Cuba Raul Castro a invité Sa Sainteté à se rendre dans son pays en tant que patriarche. Cependant, la nécessité de rendre des visites fraternelles aux Églises orthodoxes locales, ainsi que de multiples voyages dans les diocèses de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie et d’autres pays limitrophes n’ont pas permis de réaliser cette visite outre-mer. Le 17 novembre 2011, Raul Castro a réitéré son invitation officielle au Primat de l’Église orthodoxe russe. Cette invitation a été renouvelée à plusieurs reprises lors de mes rencontres avec les représentants diplomatiques de Cuba. En septembre de l’an dernier, le Patriarche a pris la décision d’aller à Cuba en février de l’année en cours, rattachant cette visite au 45e anniversaire de la consécration de la première église du Patriarcat de Moscou à La Havane, dédiée aux saints Constantin et Hélène. La communauté russophone de Cuba, qui compte 15 000 personnes, attend avec impatience la visite de son primat.

Le programme comporte des rencontres de Sa Sainteté avec Fidel Castro et le Président du Conseil d’État de la République de Cuba Raul Castro, la visite d’un centre de réhabilitation pour enfants « Solidarité avec Panama ». Le dimanche 14 février, Sa Sainteté présidera la Divine liturgie à l’église orthodoxe russe de la Vierge de Kazan.

Un autre évènement important aura lieu à Cuba. Les itinéraires de Sa Sainteté le patriarche Cyrille et du Pape François de Rome, qui sera en visite au Mexique durant ces mêmes jours, se croisant, il a été décidé d’organiser une rencontre entre les chefs des Églises catholique romaine et orthodoxe russe sur l’Île de la Liberté le 12 février. La rencontre aura lieu à l’aéroport international de La Havane.

La rencontre des Primats des Églises orthodoxe russe et catholique romaine se prépare depuis longtemps. Dans les années 1996-97, des négociations intensives avaient été menées afin d’organiser d’une rencontre entre Sa Sainteté le Patriarche Alexis II et le Pape Jean-Paul II en Autriche. Il avait cependant fallu mettre un terme à ces négociations à cause de problèmes sur lesquels aucun accord n’avait pu être trouvé. Il s’agissait avant tout des agissements des gréco-catholiques en Ukraine et du prosélytisme des missionnaires catholiques sur le territoire canonique du Patriarcat de Moscou. En même temps, la hiérarchie de l’Église orthodoxe russe n’a jamais rejeté la possibilité d’une telle rencontre, lorsque les conditions nécessaires seraient réunies.

Durant toutes ces années, le principal problème entre les deux Églises et le principal obstacle à la tenue d’une rencontre les Primats a été l’uniatisme. L’anéantissement de trois diocèses du Patriarcat de Moscou en Ukraine occidentale par les uniates dans les années 1980-90, le transfert du centre de l’Église gréco-catholique ukrainienne de Lvov à Kiev, la volonté affichée de cette Église de s’arroger le statut de Patriarcat, le développement de la mission de l’EGCU sur les terres traditionnellement orthodoxes d’Ukraine de l’Est et du Sud, le soutien des uniates aux schismatiques, tous ces facteurs n’ont fait qu’aggraver le problème. La situation a encore empiré avec les évènements de ces derniers temps en Ukraine, auxquels les représentants de l’EGCU ont pris la part la plus active, déclamant des slogans antirusses, voire russophobes. Ainsi, malheureusement, le problème de l’uniatisme est toujours à l’ordre du jour, et l’union reste une blessure sanglante et béante, empêchant l’entière normalisation des relations entre les deux Églises.

Néanmoins, la situation au Proche Orient, en Afrique du Nord et en Afrique centrale, ainsi que dans d’autres régions où les extrémistes se livrent à un véritable génocide de la population locale, exige des mesures immédiates et une plus grande collaboration entre les Églises chrétiennes. Dans le contexte de cette tragédie, il est nécessaire de mettre de côté les désaccords intérieurs et d’unir nos efforts pour le salut du christianisme dans les régions où il est soumis à de cruelles persécutions.

Le Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe qui vient de s’achever à Moscou le 3 février a appelé à faire de l’année 2016 une année d’efforts dans ce domaine. C’est pourquoi, malgré les obstacles d’ordre ecclésiastique qui demeurent, il a été décidé d’organiser sans tarder une rencontre du patriarche Cyrille avec le pape François de Rome. Le thème des persécutions contre les chrétiens sera au cœur de la rencontre.

Ces dernières années, de multiples propositions ont été faites quant au lieu de cette rencontre. Cependant, le patriarche Cyrille a dès le départ refusé qu’elle ait lieu en Europe, car c’est en Europe qu’a débuté la triste histoire des divisions et des conflits entre chrétiens. La correspondance de dates dans les visites du patriarche en Amérique latine et celle du pape de Rome au Mexique permettait d’organiser une rencontre dans le Nouveau Monde, rencontre qui, nous l’espérons, ouvrira une nouvelle page dans les relations entre les deux Églises. En dehors du thème principal, la situation des chrétiens au Proche Orient et partout là où ils subissent des persécutions, plusieurs thèmes intéressant les relations bilatérales et la politique internationale seront abordés. La rencontre se terminera par la signature d’une déclaration commune.

Les 14 et 15 février, le patriarche Cyrille se rendra en République du Paraguay, à l’invitation du président de ce pays, Horacio Manuel Cartes. Le patriarche entend ainsi commémorer les représentants de l’émigration russe qui, dans les années 1920-30, ont apporté une importante contribution au développement du Paraguay en organisant des expéditions scientifiques dans les régions difficilement accessibles du pays, en étudiant les mœurs des indiens, en enseignant dans les universités du Paraguay.

Le 15 février, fête de la Sainte Rencontre, le patriarche présidera la célébration de la divine liturgie à l’église russe de la Protection de la Mère de Dieu d’Asunción. Ensuite, il visite le quartier russe du cimetière municipal, où il célèbrera un office de requiem. Le même jour, Sa Sainteté rencontrera le président du Paraguay H. M. Cartes, ainsi que les expatriés russes résidant dans ce pays.

La visite de Sa Sainteté le patriarche Cyrille au Brésil est rattachée au 95e anniversaire de l’arrivée de 1217 réfugiés russes partis de Gallipoli à Rio-de-Janeiro, le 21 juillet 1921, ainsi qu’au 70e anniversaire de la création du diocèse d’Argentine et d’Amérique du Sud (Église orthodoxe russe), dans lequel le Brésil occupe une place importante.

Le séjour au Brésil commencera par une visite de la capitale, Brasilia, où Sa Sainteté rencontrera le président de la République fédérative du Brésil, Dilma Rousseff. Ensuite, Sa Sainteté visitera Rio-de-Janeiro, où elle célèbrera un office d’intercession sur le Mont Corcavado, au pied de la statue du Christ Rédempteur. Le patriarche se rendra ensuite à l’église russe Sainte-Zénaïde, puis rencontrera le cardinal Orani Juan Tempesta, archevêque de Rio-de-Janeiro. La visite au Brésil s’achèvera le 21 février par une visite de Sao-Paolo. Le Patriarche célèbrera la liturgie à la cathédrale Saint-Paul (Patriarcat d’Antioche) et visitera l’église russe de l’Annonciation.

Le soir du même jour, Sa Sainteté et les personnes l’accompagnant s’envoleront pour Moscou. »

Ensuite, les speakers ont répondu aux multiples questions des journalistes.

Source

Déclaration du service de communication du DREE suite à l’adoption d’une « Conception œcuménique » par le Concile des évêques de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne

Le Concile des évêques de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne a adopté une « Conception œcuménique de l’EGCU, qui entre en vigueur le 23 février 2016.

L’aspect positif de cette conception est de reconnaître les résultats du dialogue orthodoxe-catholique, en particulier les positions du document de la Commission internationale mixte pour le dialogue théologique entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise catholique romaine « L’uniatisme, méthode d’union du passé et la recherche actuelle de la pleine communion » (Balamand, 1993), qui condamne les tentatives effectuées par Rome dans l’histoire de soumettre les chrétiens d’Orient au moyen de l’uniatisme, par exemple par l’union de Brest de 1596. Le nouveau document de l’EGCU reconnaît clairement que « Le trône apostolique romain percevait la réunion de Brest plutôt dans des catégories de soumission que de communion », et donne une appréciation négative du phénomène de l’uniatisme comme moyen de réunion des Eglises sur des bases théologiques erronées.

Cette déclaration des hiérarques gréco-catholiques aurait pu être un facteur très prometteur dans la perspective des relations entre l’EGCU et l’Eglise orthodoxe, tout spécialement en Ukraine, si elle ne s’accompagnait pas de toute une série d’affirmations historiquement irrecevables.

Ainsi, la « Conception œcuménique » affirme que « L’EGCU s’est formée à la suite de la séparation de l’Eglise de Moscou de la métropole de Kiev au XV – XVI siècles… Dans les conditions d’une crise intérieure, de l’affaiblissement du centre patriarcal de Constantinople et des défis posés par la réforme protestante et le catholicisme post-tridentin, la hiérarchie de l’Eglise de Kiev a pris la décision de rétablir la communion eucharistique avec l’évêque de Rome ».

Or, il est bien connu que l’Union de Florence de 1439, acceptée par Constantinople, n’a reçu aucun soutien de la Rus’. C’est précisément pour cette raison que le métropolite Isidore de Kiev a été obligé de s’enfuir en Occident. L’EGCU n’est apparue en réalité qu’à la fin du XVI siècle à la suite d’une intrigue politique. A l’origine conçue comme un compromis politique, l’union de Brest a été répandue par la force par les autorités de la République des Deux Nations, rencontrant une puissante opposition de la part des croyants orthodoxes.

Ayant formellement condamné l’union comme méthode de réunion des Eglises, la direction de l’EGCU s’efforce en même temps de lui donner une auréole, recourant à cet effet à des distorsions de la vérité historique. L’identification de l’EGCU à la métropole de Kiev, sans cesse reprise dans la « Conception œcuménique », ne peut être qualifiée autrement que de grossière fraude. La direction gréco-catholique essaie ainsi de présenter l’EGCU comme la seule héritière légitime de l’antique métropole de Kiev et, en même temps, d’établir une division artificielle entre Kiev et Moscou. Ceci se manifeste clairement dans l’affirmation suivante : « A compter de la fin du XVIII siècle, sur les territoires revenus à l’Empire russe, puis à l’URSS, il a été procédé à une éradication délibérée de l’Eglise de Kiev par la réunification forcée de ses fidèles à l’orthodoxie russe. L’EGCU condamne résolument ses pratiques de « l’uniatisme orthodoxe » et d’autres qui lui sont semblables. »

La thèse d’une éradication délibérée par la Russie de « l’Eglise de Kiev » est parfaitement absurde, puisque l’Eglise de Kiev fait partie intégrante de l’Eglise orthodoxe russe. La direction de l’Empire russe ne s’est pas donné pour objectif la destruction de l’Eglise gréco-catholique. En même temps, dans la mesure où sur les territoires traditionnellement orthodoxes d’Autriche-Hongrie et de Pologne, l’uniatisme était implantée par les autorités catholiques en ayant recours à la force, après la réunion de ces territoires à la Russie, une grande partie du peuple et du clergé a tout naturellement souhaité revenir à l’Orthodoxie, ce dont témoigne, par exemple, le Concile de Polotsk en 1839.

Certes, les autorités russes d’alors, favorisant ce processus, ont pu laisser passer des abus. S’il convient de condamner toute manifestation de violence dans les questions de foi, il est inacceptable de recourir à des substitutions de concepts comme se le permettent les auteurs de la « Conception œcuménique », dénonçant le sincère désir de revenir de l’union à l’Eglise orthodoxe comme de « l’uniatisme orthodoxe ».

Regrettant que les relations de l’EGCU et de l’Eglise orthodoxe russe soient assombries par un lourd passé historique, dont les conséquences se font sentir aujourd’hui encore, les auteurs du document se réfèrent pourtant uniquement aux évènements de 1839, 1871 et 1946, lorsque les gréco-catholiques ont été réunis à l’Eglise orthodoxe. Ils s’abstiennent de faire mention des persécutions orchestrées par la République des Deux Nations contre les orthodoxes refusant d’accepter l’union, ou les cruautés des gréco-catholiques de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne en Ukraine occidentale et en Biélorussie pendant la Seconde guerre mondiale. Avec cette approche de l’histoire, une seule des parties est présentée comme victime, comme Eglise-martyre.

Bien que le document affirme que « l’EGCU exprime sa volonté de chercher avec les frères orthodoxes des chemins de règlement des incompréhensions historiques », ses dirigeants, en contradiction avec cette thèse, continuent à insister sur la reconnaissance du statut patriarcal de l’EGCU. Pourtant, la question d’un patriarcat gréco-catholique en Ukraine, annoncé unilatéralement en 2002, est l’un des principaux obstacles au dialogue entre orthodoxes et gréco-catholiques. Comme on sait, la hiérarchie des Eglises orthodoxes locales a exprimé à Rome son opinion défavorable sur la reconnaissance de l’EGCU comme patriarcat, montrant quelles seraient les conséquences négatives qu’entraînerait cette reconnaissance pour la situation religieuse en Ukraine et le dialogue orthodoxe-catholique en général. Continuer à insister sur le soutien des « tentatives séculaires » de l’EGCU à « achever le processus de formation de sa structure jusqu’au niveau patriarcal » signifie bloquer dès le départ tout progrès dans le règlement des problèmes entre orthodoxes et gréco-catholiques.

Un autre obstacle au dialogue est la reconnaissance par l’EGCU des « églises orthodoxes en Ukraine » comme s’il n’existait pas qu’une seule Eglise orthodoxe ukrainienne canonique, reconnue par l’ensemble du monde orthodoxe. « La conception œcuménique » laisse entendre que pour les dirigeants de l’EGCU, l’Eglise orthodoxe ukrainienne et les communautés schismatiques ont un statut identique « d’héritiers de l’Eglise de Kiev issue du baptême de Vladimir ».

Cette approche trouve son expression dans la pratique, lorsque les hiérarques de l’EGCU se permettent de participer à des offices communs avec des schismatiques, reconnaissant ainsi publiquement la validité de leurs sacrements (notamment du baptême et du sacerdoce), invitant des représentants du clergé schismatique dans leurs établissements d’enseignement, selon eux « pour une meilleure connaissance de l’Orthodoxie ». Ils effectuent avec ce clergé des visites communes à l’étranger où ils prononcent des déclarations à caractère politique. Ce soutien des gréco-catholiques aux schismatiques porte atteinte à l’unité chrétienne alors même que les Eglises orthodoxe et catholique recherchent de nouvelles voies de coopération.

La hiérarchie de l’Eglise russe a souvent attiré l’attention des dirigeants de l’EGCU sur la nécessité de respecter la structure canonique de l’Eglise orthodoxe, comme l’une des principales conditions au développement des relations entre les Eglises. Cependant, dans la pratique, les rapports étroits entre les hiérarques gréco-catholiques et les schismatiques, ainsi que les positions, maintenant fixées dans un document officiel, témoignent de ce que la direction de l’EGCU a l’intention de continuer à ignorer l’opinion des orthodoxes. Il reste à se demander comment, suivant une telle approche, les dirigeants de l’EGCU croient possible de parvenir à une quelconque avancée dans le dialogue avec l’Orthodoxie canonique.

Une autre affirmation suscite aussi l’étonnement : les auteurs du document assurent que dans les années 1990, « l’EGCU a établi un dialogue fructueux, bien qu’informel et non officiel avec les évêques et les théologiens de l’Eglise de Constantinople… dont l’objet était d’étudier comment rétablir la pleine communion avec l’Eglise mère de Constantinople. » Faisant partie de l’Eglise catholique et confessant la doctrine catholique, l’EGCU ne peut entreprendre par elle-même aucun dialogue pour la restauration de sa pleine communion avec l’Eglise de Constantinople en dehors du dialogue qui s’effectue dans le cadre de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique romaine. C’est la Commission mixte qui a les pleins pouvoirs pour discuter des problèmes théologiques existant entre orthodoxes et catholiques et chercher les moyens de les résoudre. Par ailleurs, le dialogue bilatéral entre l’EGCU et les représentants du Patriarcat de Constantinople, contournant l’Eglise orthodoxe ukrainienne, ne peut susciter que la méfiance et approfondir les contradictions qui exigent depuis déjà longtemps d’être résolues.

« La Conception œcuménique » de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne est un document contradictoire, posant de nombreuses questions aux orthodoxes. Déclarant leur volonté de développer le dialogue avec l’Eglise orthodoxe, les dirigeants de l’EGCU ne se montrent pas prêts à une analyse sérieuse du passé historique ni à une évaluation responsable de la situation ecclésiale en Ukraine actuellement. Le document montre que l’EGCU attend de l’Eglise orthodoxe qu’elle vienne elle-même à sa rencontre, tandis que l’Eglise gréco-catholique ne croit pas nécessaire d’entreprendre quoi que ce soit pour une vraie résolution des problèmes existants.

Malheureusement, les actions de l’EGCU en Ukraine aujourd’hui non seulement ne favorisent pas le rapprochement entre orthodoxes et catholiques, mais aggravent les divisions déjà existantes, encourageant le schisme et continuant à porter le trouble dans les esprits des gens. Ainsi se manifeste la nature de l’uniatisme qui, depuis ses origines, dit la déclaration de Balamand, « a créé une situation qui est devenue source de conflit et de souffrances d’abord pour les orthodoxes, mais aussi pour les catholiques ».

L’allocution du métropolite Hilarion de Volokolamsk au synode extraordinaire des évêques catholiques sur « Les problèmes pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation »

Mgr Hilarion de Volokolamsk, a prononcé le 16 octobre dernier une allocution devant les participants du synode extraordinaire des évêques catholiques sur « Les problèmes pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation. Son intervention n’a pas été publiée par le Saint-Siège – contrairement aux interventions des autres délégués orthodoxes. Nous vous proposons ci-dessous la traduction française de son allocution.

« Votre Sainteté, Vos Béatitudes, Eminences et Excellences,
Permettez-moi avant tout de vous saluer au nom du primat de l’Église orthodoxe russe, Sa Sainteté le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille. Le thème de la famille constitue aujourd’hui l’un des plus aigus et des plus vitaux. Il est l’indicateur de la situation morale de la société dans laquelle nous vivons. Nous observons avec anxiété comment, durant ces dernières années, à l’aide de la manipulation des concepts de liberté et de tolérance, se produit le démantèlement des valeurs de bases, enracinées dans les traditions religieuses. L’idée de relativisme moral est propagée de façon de plus en plus agressive, et s’étend également à l’institution de la famille, sacrée pour toute l’humanité. Dans toute une série de pays d’Europe et d’Amérique, malgré les nombreuses protestations, se produit l’approbation et la reconnaissance au niveau de l’État, des unions de même sexe. Dans certains pays, le droit des partenaires de même sexe à adopter les enfants, garçons et filles, est entériné législativement, et ce notamment par l’utilisation de la technologie de « la maternité de substitution ». En même temps, les familles traditionnelles, qui sont attachées au concept du mariage comme étant l’union de l’homme et de la femme, sont de moins en moins solides. Au lieu de se préoccuper de leur renforcement, une propagande est menée en faveur des soi-disant relations libres. Les concepts de fidélité, de respect mutuel et de responsabilité des époux sont remplacés par l’imposition de l’hédonisme, l’appel à vivre pour soi. Les enfants ne sont plus considérés comme le fruit souhaité de l’amour mutuel des époux. Partout est répandu, sans pratiquement aucune limite, le droit à l’avortement, légalisant la destruction de millions de vies. Le problème de l’existence d’orphelins dont les parents sont vivants, dont des enfants abandonnés et des enfants handicapés solitaires, se pose avec acuité. De nombreux chrétiens aussi ont été exposés à l’influence de l’idée du relativisme moral, confessant en paroles l’enseignement ecclésial sur la famille, mais ne le suivant pas en pratique. Affirmant le principe de la sainteté du mariage, fondé sur les paroles du Sauveur Lui-même (cf. Matth. 19,6 ; Mc 10,9), les Églises catholique-romaine et orthodoxe, placent la responsabilité de l’homme devant son prochain au-dessus de ses intérêts égoïstes. L’éducation d’une telle responsabilité chez le chrétien – devant la famille, la société, le monde qui nous entoure – est la tâche la plus importante pour les Églises aujourd’hui. La défense de la dignité de l’homme et l’affirmation de la haute signification de l’amour réalisé dans la famille, constituent une partie indissociable de l’annonce évangélique, que nous devons porter aux hommes. En novembre 2013, le Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou et le Conseil pontifical pour les affaires de la famille, sous la direction de l’archevêque Vincenzo Paglia, ont tenu à Rome la conférence « Orthodoxes et catholiques ensemble pour la défense de la famille ». Dans la déclaration finale, nous avons souligné « notre conviction que nous portons une responsabilité commune pour faire du mariage et de la vie familiale une voie vers la sainteté pour les familles chrétiennes ». Il est temps pour les chrétiens de réunir les efforts et d’agir comme un seul front pour le noble but de la défense de la famille devant les défis du monde sécularisé, afin de préserver l’avenir de la civilisation. C’est le domaine dans lequel notre alliance pourrait réellement être nécessaire. Nous devons défendre ensemble nos positions tant dans le cadre du dialogue avec le législateur et l’exécutif des différents pays, que sur les plateformes des organisations internationales, telles que l’ONU et le Conseil de l’Europe. Il y a déjà une certaine expérience de cette collaboration – il suffit de rappeler l’affaire bien connue «Lautsi c/ Italie ». Il faut non pas simplement se limiter à de nobles appels, mais chercher de toutes façons à obtenir la défense législative de la famille. Il est indispensable de rendre à notre société le concept selon lequel la liberté est impensable sans responsabilité pour ses propres actes. L’Église orthodoxe prêche avec conséquence l’idéal de l’union conjugale conclue une fois pour toutes. En même temps, montrant de la condescendance envers la faiblesse de la nature humaine, l’Église orthodoxe, dans des cas exceptionnels, permet la conclusion d’un nouveau mariage ecclésial lorsqu’il y a éclatement du premier mariage. En cela, notre Église suit le principe de « l’économie », mue par l’amour envers le pécheur qu’elle ne veut pas priver de moyens de salut. Dans le monde contemporain, où l’observation stricte des prescriptions devient de plus en plus rare, la pratique de « l’économie » existant dans l’Orthodoxie depuis de nombreux siècles, peut devenir une expérience précieuse dans la résolution des problèmes pastoraux de la famille. L’Église orthodoxe a accumulé une riche expérience de souci pastoral envers la famille. Dans l’Église orthodoxe a toujours été conservée l’institution du clergé marié. Les familles de prêtres, en règle générale, ont de nombreux enfants, et ceux-ci sont élevés dans l’esprit de la piété chrétienne et la fidélité à l’enseignement ecclésial. Le prêtre, ayant lui-même l’expérience de la vie familiale et de l’éducation des enfants, peut mieux comprendre les problèmes des relations familiales et fournir l’aide pastorale nécessaire à ses enfants spirituels. Je considère qu’il serait utile de prêter attention à cette expérience, qui est présente également dans les Églises catholiques de rite oriental. En évoquant celles-ci, je voudrais m’écarter quelque peu de la thématique du présent forum et soulever une question qui, aujourd’hui, est devenu la pierre d’achoppement dans les relations entre les Églises orthodoxe et catholique. Il s’agit du problème des uniates, qui a pris une acuité particulière en raison des derniers événements en Ukraine. Malheureusement, le conflit dans ce pays, qui a emporté des milliers de vies a, des son début, pris une dimension religieuse. L’Église ukrainienne gréco-catholique a joué, dans sa genèse et son développement, un rôle essentiel. Dès les premiers jours du conflit, les gréco-catholiques se sont identifiés avec l’une des parties à la confrontation. Contrairement au respect des normes canoniques prévalant entre les Églises catholique et orthodoxe, les gréco-catholiques sont entrés dans une collaboration mutuelle avec les schismatiques. La commission mixte de dialogue orthodoxe-catholique, en 1993 déjà, a reconnu à Balamand, que l’uniatisme ne constituait pas la voie vers l’unité. Nous remercions nos frères catholiques pour la reconnaissance ouverte du caractère erroné de l’uniatisme. Et nous devons, avec regret, constater à nouveau que l’uniatisme ne rapproche pas orthodoxes et catholiques, mais qu’au contraire, il les divise. Au nom de l’Église orthodoxe russe, je m’adresse aux représentants de l’Église gréco-ukrainienne présents dans cette salle, en leur demandant de renoncer à toutes déclarations à thématique politique et à toutes formes évidentes de soutien au schisme, ainsi qu’aux appels à la création « d’une Église locale d’Ukraine unique ». Car derrière cet appel se cache une vérité première : on veut arracher les fidèles orthodoxes d’Ukraine à l’Église-Mère, le Patriarcat de Moscou, avec lequel elle est liée par les liens séculaires du sang. La mission fondamentale de l’Église est de servir l’œuvre du salut des hommes. Le mandat qui nous est donné par Dieu, ne suppose pas l’immixtion dans les conflits politiques et civils. Dans le monde, où il y a tant de divisions, où se trouvent aujourd’hui menacées les bases mêmes de l’existence de la civilisation humaine, dont l’institution de la famille, les chrétiens sont appelés à être « le sel de la terre » et « la lumière du monde » (Matth. 5, 13-14), amenant tous à l’amour les uns des autres et à l’unité dans le Christ. Nous pouvons dire beaucoup ensemble, notamment pour la défense des chrétiens qui, aujourd’hui, sont devenus les victimes de persécutions. En Irak et en Syrie, ainsi que dans toute série d’autres pays du Moyen Orient et d’Afrique, les chrétiens sont exposés à un génocide. Nous devons faire tout ce qui dépend de nous, afin que cessent les assassinats de chrétiens ainsi que leur exode massif des lieux où ils ont vécu durant des siècles, et attirer l’attention de toute la communauté mondiale sur leur situation calamiteuse. Je vous souhaite à tous, chers frères, la bénédiction divine et le succès de vos travaux ».

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Interview du métropolite de Volokolamsk Hilarion au sujet de la dimension religieuse du conflit ukrainien

Le 13 septembre, l’invité de l’émission « L’Église et le monde » qui est animée par le métropolite de Volokolamsk Hilarion sur la chaîne TV russe « Vesti 24 », était le rédacteur en chef du site internet « Religion et médias », Alexandre Chipkov.

Le métropolite Hilarion : Bonjour, chers frères et sœurs, vous regardez l’émission « L’Église et le monde ». Aujourd’hui nous parlerons de la dimension religieuse du conflit ukrainien. Mon invité est le rédacteur en chef du site internet « Religion et médias », Alexandre Chipkov. Bonjour Alexandre Vladimirovitch !
A. Chipkov : Bonjour, Monseigneur. Au mois d’août de cette année ont été publiés, de mon point de vue, deux très curieux documents, deux lettres. La première est celle du patriarche Cyrille adressée au patriarche œcuménique sur les événements en Ukraine. Et quelques jours plus tard, ce fut la réaction à cette lettre de la part de l’archevêque Sviatoslav (Chevtchouk), le chef de l’Église gréco-catholique [uniate, ndt] en Ukraine. Étant donné que nos téléspectateurs, certainement, n’ont pas lu cette lettre. Je voudrais, avec votre accord, énumérer les thèses exprimées dans ces lettres. Dans celle du patriarche Cyrille au patriarche œcuménique, il est dit que la situation de nos fidèles en Ukraine est très complexe, que les uniates ont appelé à la saisie des lieux saints orthodoxes ; leurs interventions sur la place de Maïdan y sont évoquées, lesquelles pouvaient provoquer des sentiments de haine envers l’Église orthodoxe. Le patriarche Cyrille souligne dans sa lettre que malgré la situation compliquée, l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou accomplit le maximum d’efforts afin de rester hors de la politique. Il mentionne en outre des exemples concrets, assez terribles, d’assassinat de prêtres orthodoxes en Ukraine orientale, de harcèlements, de sévices et de toutes sortes d’humiliations, etc. Il est question dans la lettre que l’Église orthodoxe russe fournit une aide humanitaire et exprime sa crainte que, si les persécuteurs de l’Église prennent le pouvoir en Ukraine, les persécutions contre les orthodoxes peuvent se renforcer. Et dans la fin de la lettre, il est demandé au Patriarche œcuménique d’élever sa voix et ses prières pour défendre les orthodoxes en Ukraine. Voici donc ce dont il s’agit dans cette lettre pastorale.
Le métropolite Hilarion : Je voudrais préciser que cette lettre n’est pas seulement adressée au patriarche œcuménique, mais aux chefs de toutes les Églises [orthodoxes] locales. De telles lettres sont souvent envoyées, à fin d’information, étant donné que les chefs desdites Églises ont des contacts entre eux, exposant notamment et mutuellement les événements les plus importants et tragiques se produisant dans la vie de leurs Églises. Naturellement, la lettre du patriarche a été provoquée par la circonstance que le conflit revêt sans aucun doute une certaine dimension religieuse. Nous savons que l’Ukraine est un pays multiconfessionnel où les gens, dans diverses régions, confessent différentes théories politiques, les uns sont attirés par l’Ouest, d’autres par l’Est. Mais tout ce tableau varié des points de vue et orientations politiques est complété par le fait qu’en Ukraine, au cours de quelques siècles, existent différentes confessions chrétiennes, et à ce titre les gréco-catholiques jouent un rôle important dans l’ouest de l’Ukraine. L’histoire de la coexistence des gréco-catholiques et des orthodoxes sur le territoire de l’Ukraine actuelle, en son temps sur le territoire de la principauté polono-lituanienne, est une histoire tragique, parce que l’union a été créée comme un planc spécial de l’Église catholique pour convertir les orthodoxes au catholicisme. L’idée était de permettre aux orthodoxes de garder leurs rites, moyennant quoi ils devaient accepter dans leur intégralité les dogmes de l’Église catholique et se soumettre au pouvoir du pape. Là, où cela ne s’était pas produit, les gréco-catholiques recouraient à l’aide du pouvoir civil. C’est précisément à l’aide de celui-ci que se produirent les persécutions contre les orthodoxes. Il en était ainsi après 1596, alors que l’union de Brest-Litovsk était signée, et au début des années 1990, lorsque les uniates se sont emparés des églises orthodoxes, disposant du soutien des autorités ukrainiennes de l’époque. Et bien sûr, cette dimension est présente dans le conflit actuel. Ce n’est pas un hasard peut-être si l’archevêque gréco-catholique s’est fait le premier l’écho à cette lettre, parce qu’il a eu le sentiment que les gréco-catholiques ont une relation directe à tout ce qui se produit actuellement en Ukraine.
A. Chipkov : La question est que cette lettre du chef de l’Église gréco-catholique en Ukraine, Sviatoslav (Chevtchouk), n’est pas une lettre pastorale. Honnêtement, lorsque je l’ai lue attentivement, ma première pensée était de l’analyser avec mes étudiants politologues, parce qu’elle est composée d’après des schémas de propagande politique. Par exemple, elle comporte un axe particulier, autour duquel est construite tout entière. Cet axe est le Boeing malaysien, qui a été abattu sur le territoire de l’Ukraine. Cette histoire se répète trois fois : au début, au milieu et à la fin, la lettre s’achevant par des déclarations de propagande, insinuant que le Boeing avait été abattu par le côté russe. Aussi, cette lettre n’est pas pastorale, mais politique. Il y est dit aussi que les communautés religieuses en Crimée sont exposées à une violence ouverte. Où ? De quelles communautés s’agit-il ? Il n’y a aucun exemple, aucune preuve, mais seulement des accusations non fondées. D’où est venue cette politisation ? Où se trouvent ses racines ? Pourquoi précisément les uniates ? Peut-être est-ce le fait de quelques différences de valeurs entre les uniates et les orthodoxes ? Comment pensez-vous ?
Le métropolite Hilarion : Je pense que l’union dès le début était un plan politique. Ce n’est pas un hasard sir les leaders gréco-catholiques ont toujours été des gens politisés, occupant certaines positions politiques. Ce n’est pas un hasard si le nationalisme en Ukraine occidentale était directement lié avec l’activité des uniates. De même, les leaders uniates ont collaboré avec les nazis du temps de la Seconde Guerre mondiale. Ce sont tous les maillons d’une seule chaîne et cela est lié au fait que, malheureusement, l’Église catholique dans ses relations avec nous, se présente en quelque sorte comme un « Janus aux deux visages ». D’une part, il y a l’Église catholique civilisée, qui dans la personne du pape et du Vatican mène aujourd’hui le dialogue avec nous. On ne peut qualifier ce dialogue d’infructueux, car il a remporté certains succès. En effet, si l’on parle du dialogue théologique avec l’Église catholique, on peut justement dire que sa principale réussite fut l’adoption, en 1993 – alors que les excès uniates battaient leur plein en Ukraine occidentale – d’un document signé à Balamand par les deux parties, catholiques et orthodoxe,  dans lequel l’uniatisme est condamné comme une méthode inacceptable pour atteindre l’unité. C’est-à-dire, qu’en fait, les catholiques ont alors reconnu officiellement que l’idée même de l’uniatisme était une erreur qui n’a pas mené au rapprochement entre orthodoxes et catholiques. Suite à cela, d’autres démarches devaient être entreprises également dans le cadre du dialogue officiel entre orthodoxes et catholiques. C’est ainsi qu’un document était préparé au sujet des « conséquences pastorales et canoniques de l’uniatisme », qui avait pour but de créer une sorte de code de conduite des orthodoxes et des gréco-catholiques dans les territoires où ils coexistent. Mais ce document n’a jamais pu être signé. J’étais alors membre de cette commission en l’an 2000, alors qu’à Baltimore une réunion avait lieu et que l’on devait procéder à la signature dudit document. Mais les catholiques refusèrent de le signer et le dialogue fut interrompu pendant six ans, puis reprit ensuite, mais déjà à un autre sujet. Néanmoins, la question de l’uniatisme continue à être très aiguë, car elle survient toujours à nouveau. Et ce que nous voyons – dont de telles déclarations politisées des leaders gréco-catholiques – c’est seulement la pointe de l’iceberg. Réellement, cet iceberg a ses fondements, à savoir une orientation politisée depuis le début, qui a été donnée à l’uniatisme en raison d’une étroite relations entre les leaders uniates et le pouvoir civil.
A. Chipkov : J’ai lu quelque part que le chef des gréco-catholiques, Sviatoslav (Chevtchouk) est un homme du pape François, ce qui a précisément permis son accession à cette cathèdre. Ou bien ce sont des bruits sans fondement ?
Le métropolite Hilarion : Je ne voudrais pas m’introduire dans les configurations internes de l’Église catholique. Mais il y a une espèce d’embarras que nous éprouvons chaque fois que nous commençons à parler des problèmes liés aux gréco-catholiques. On nous dit que l’on ne peut agir sur eux en raison de leur statut autonome. Or, toutes leurs nominations sont confirmées par le Vatican ; tant la nomination de leur archevêque-majeur, que celle de tous les autres évêques catholiques, de même que la création de nouveaux diocèses, tout cela le pape le confirme par sa signature. Aussi, lorsque l’on nous dit (j’en ai parlé plus d’une fois avec mes collègues du Vatican), que nous ne pouvons pas exercer notre influence, la question se pose : alors qui peut le faire ? Ce n’est pas notre plan commun d’union. C’est le vôtre, qui en son temps, était dirigé à la conversion des orthodoxes au catholicisme. Si ce plan, constamment, à chaque étape nouvelle de développement de la situation fonctionne comme il le fait, cela signifie qu’il y a quelque chose de faux dans le plan même. Peut-être, il nous faut discuter avec vous maintenant, lors du dialogue théologique, non pas des questions théoriques comme celles du  primat et de la catholicité dans l’Église, mais revenir sur la question de l’uniatisme, afin de comprendre pourquoi cette blessure saigne tout le temps, pourquoi nous ne pouvons pas l’arrêter et la guérir.
A. Chipkov : Ne vous semble-t-il pas que le but des gréco-catholiques en Ukraine est de remplacer la véritable orthodoxie par un succédané ? Il s’avère que tout en attaquant l’Église orthodoxe d’Ukraine, l’orthodoxie canonique, ils soutiennent en même temps les schismatiques, la structure de Philarète.
Le métropolite Hilarion : Dans la lettre que vous avez citée, le Patriarcat de Moscou est accusé se conduire irrespectueusement à l’égard de la « très sainte Église orthodoxe du Patriarcat de Kiev ». Et ce bien que nous ayons un accord mutuel déjà ancien avec l’Église catholique, à savoir que nous ne reconnaissons pas, d’un côté comme de l’autre, les structures schismatiques. Il en ressort qu’ils ne veulent pas respecter cet accord. 
A. Chipkov : C’est-à-dire que tout comme nous-mêmes ne reconnaissons pas les structures schismatiques de l’Église catholique-romaine, ils ne doivent pas reconnaître ceux qui se sont détachés de l’orthodoxie ?
Le métropolite Hilarion : Oui.
A. Chipkov : les gréco-catholiques sont étroitement liés aux organisations nationalistes. C’est une chose que d’avoir de quelconques convictions, fussent-elles nationalistes – ils sont malgré tout les descendants de Bandera – mais c’en est une autre d’avoir des liens avec des organisations concrètes. En effet, tôt ou tard, il faudra répondre juridiquement de ces liens. Le fait qu’il s’agit d’une guerre ethnique est déjà reconnu par tous, même par l’Occident. Mais à quel point peut-on appeler cette guerre « religieuse » ?
Le métropolite Hilarion : Je ne pense pas que c’est une guerre religieuse ou, comme on l’a écrit récemment dans un journal « une guerre des édifices religieux », en se basant sur le fait que les églises aussi deviennent l’objet de destructions. Des bombes tombent sur les églises, les gens meurent, des prêtres, des paroissiens. Tout ceci, effectivement, est une immense tragédie. Mais ce n’est pas une guerre religieuse, bien qu’elle comporte une dimension religieuse – ces groupes religieux qui se trouvent derrière des forces politiques concrètes et poursuivent des buts politiques définis. Plus d’une fois, nous avons attiré l’attention sur le fait que dans le conflit actuel en Ukraine, il n’y a qu’une seule Église ne prenant aucune position politique – c’est l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou. Elle unit les gens qui partagent des points de vue politiques différents et elle ne divise pas les fidèles entre les bons et les mauvais, ceux qui ont raison et ceux qui ne l’ont pas. Tandis que les gréco-catholiques ont pris une position politique très nette et se sont associés avec l’une des forces qui se sont opposées les unes aux autres dans le conflit actuel. Le soi-disant « Patriarcat de Kiev » a fait la même chose. De la bouche de son leader résonnent des déclarations extrêmement politisées, destinées à fomenter des discordes entre les gens. Seule l’Église orthodoxe d’Ukraine canonique est apte à unir les hommes. La tâche de l’Église consiste à unir ceux-ci, et non pas à les diviser selon l’appartenance politique. Le plus important est l’unité spirituelle qui est préservée, et je le crois, le sera à jamais, entre les peuples russe et ukrainien. Parce que nos peuples ont été baptisés sur les mêmes fonts baptismaux par le grand-prince Vladimir égal-aux-apôtres, lequel a légué à la Rous’ de cheminer sur la voie de l’orthodoxie orientale. C’est précisément cette unité qui dure depuis plus de mille ans, que nous continuerons à défendre et pour laquelle nous lutterons, malgré toutes les circonstances politiques de notre temps, malgré tous les efforts tant des schismatiques que des leaders politiques pour démembrer cet espace spirituel unique, que nous appelons la sainte Russie.

Source : Mospat.ru

Le monastère athonite de Zographou publie un livre contre l’œcuménisme

Le site officiel de l’Église orthodoxe bulgare annonce la publication, par le monastère de Zographou, d’un livre intitulé « Apologie succincte du christianisme orthodoxe contre les pièges du syncrétisme œcuménique ». Le livre, écrit par le hiéromoine Bessarion, premier épitrope du monastère de Zographou, analyse le mouvement œcuménique à la lumière de la théologie des saints Pères, des confesseurs et des martyrs. Le livre contient également une analyse critique de la déclaration commune du patriarche Bartholomée et du pape François du 25 mai 2014. Le hiéromoine Bessarion dédie le livre aux 26 moines martyrs de Zographou qui ont confessé l’orthodoxie en 1276 contre l’uniatisme. Le hiéromoine Bessarion, après des études d’économie à l’Université de Sofia, a étudié à la Faculté de théologie de la même ville, où il a obtenu un doctorat. Devenu moine en 2003 sur le Mont Athos, il a été ordonné prêtre en 2005. 

Source et photographie  Bg-patriarchia.bg

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk : les actions des uniates ont porté un coup énorme non seulement à l’Ukraine et ses habitants, mais aussi au dialogue entre orthodoxes et catholiques

Le président du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite de Volokolamsk Hilarion a prononcé une allocution de bienvenue aux participants du IVème forum orthodoxe-catholique (vidéo), qui se déroule à Minsk du 2 au 6 juin.

« Vos Éminences et Vos Excellences, révérends pères et frères, chers organisateurs et participants du Forum,

Au nom de Sa Sainteté le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille et en mon nom personnel, je salue chaleureusement tous les participants du IVème forum orthodoxe-catholique, dédié cette année au thème fort actuel « La religion et le pluralisme culturel : les défis aux Églises chrétiennes en Europe ». Je voudrais mentionner avec satisfaction que nos rencontres deviennent régulières. La forme d’interaction retenue en 2008 s’est avérée utile, étant donnée qu’elle permet de réagir promptement aux événements qui se produisent dans le monde. Les sessions précédentes ont été consacrées à des questions telles que la famille, l’Église et l’État, la crise économique et la pauvreté. Dans le monde contemporain se produit non seulement un dialogue intensif entre les cultures, mais également leur interpénétration. Ces processus dynamiques permettent, d’une part, la formation d’une seule communauté mondiale et de l’autre, une nouvelle conscience du caractère unique des différentes cultures. La situation démographique change, les processus migratoires intensifs se poursuivent. L’aspiration à créer une société tolérante amène souvent à des résultats opposés. L’identité chrétienne de l’Europe est menacée. Ces problèmes se manifestent avec toujours plus d’acuité dans la vie réelle et exigent une analyse théorique sérieuse. Cependant, dans la situation actuelle, nous ne pouvons nous limiter à débattre uniquement des questions théoriques. Nous devons agir de façon interactive sur un plan pratique également. Malheureusement, notre forum se déroule sur le fond des tristes événements en Ukraine. Dans le cadre des affrontements politiques, des hommes continuent à mourir, les échanges de tirs ne cessent pas dans les rues et sur les places. Le peuple reste profondément divisé, non seulement selon ses préférences politiques, mais aussi sur le plan religieux. Les Greco-catholiques ont joué un rôle très destructif dans la formation d’une telle situation. Les déclarations de leur archevêque majeur, de leurs hiérarques et prêtres, leurs positions extrêmement politisées, ont fortement contribué à la polarisation de la société, à l’aggravation d’un conflit qui a déjà provoqué de nombreuses victimes. À la différence de l’Église orthodoxe d’Ukraine canonique, qui a réussi durant ces mois difficiles à unir des personnes d’orientations politiques les plus différentes, dont celles qui se trouvent de différents côtés des barricades, les uniates se sont associés de façon ostentatoire avec l’une des forces belligérantes. Les proclamations agressives des uniates, des actions destinées à porter atteinte à l’orthodoxie canonique, des contacts actifs avec les schismatiques, l’aspiration à diviser l’Église orthodoxe russe une et plurinationale, ont porté un coup énorme non seulement à l’Ukraine et à ses habitants, mais au dialogue entre orthodoxes et catholiques. Tout cela nous a fait régresser loin dans le passé, nous rappelant les temps où les orthodoxes et les catholiques ne se considéraient pas mutuellement comme alliés, mais comme concurrents. Aujourd’hui se révèle dans toute son évidence ce que les orthodoxes ont toujours su, à savoir que l’uniatisme et malheureusement reste un projet spécial de l’Église catholique, destiné à miner l’orthodoxie. Ici, sur la terre de Biélorusse, fut conclue en son temps « l’union de Brest » de triste mémoire, en 1596, apportant des souffrances innombrables à la population orthodoxe de cette contrée. Je profite de cette tribune pour m’adresser à tous nos partenaires dans le dialogue orthodoxe-catholique, en les appelant à faire tout ce qui est possible afin de refroidir les « tête brûlées » dans le milieu uniate, d’arrêter les actions des greco-catholiques visant à aggraver la crise en Ukraine. Aujourd’hui, une partie de l’Église catholique engage ses forces, ses talents et ses ressources dans le renforcement de l’interaction orthodoxe-catholique, tandis que l’autre (peut importe qu’elle dispose d’un statut autonome) fait tout pour accroître la méfiance et l’hostilité entre orthodoxes et catholiques, tout comme dans les tristes temps passés. Notre forum, aux travaux duquel prennent part des théologiens orthodoxes et catholiques, est une plateforme remarquable pour étudier les questions qui présentent un commun intérêt, comme pour aussi parvenir à une compréhension mutuelle plus grande entre nos Églises. Je voudrais beaucoup que nos travaux contribuent à l’apaisement de l’hostilité et au renforcement de l’interaction orthodoxe-catholique devant la face de ces nouveaux défis qui se dressent devant nous. Je souhaite à tous du succès dans les travaux à venir ».

Source: Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com. Photographie: Patriarcat de Moscou

L’Église orthodoxe russe critique les uniates pour leur attitude complaisante envers l’immixtion de l’Occident dans les affaires ukrainiennes

met_Hilarion« En la personne de leur archevêque majeur Sviatoslav Chevtchouk et aussi de l’archevêque émérite Lioubomir Housar, les uniates ont adopté une position très claire dès le début de ce conflit civil qui, ensuite, a malheureusement atteint la taille d’une confrontation armée sanglante», a déclaré le chef du département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite de Volokolamsk Hilarion (photographie ci-contre, source) lors de l’émission « L’Église et le monde », sur la chaîne TV « Rossia 24 ». Selon ses propos, les uniates n’ont pas simplement lutté pour « l’intégration européenne », mais « ont même appelé les pays occidentaux à s’immiscer dans la situation en Ukraine ». « On en est arrivé à ce point que l’archevêque Sviatoslav Chevtchouk se rende aux États-Unis avec le pseudo-patriarche Philarète Denisenko [schismatique, ndt], fassent une visite commune aux cabinets du département d’État et demandent l’immixtion des États-Unis dans les affaires ukrainiennes » a ajouté le métropolite. Sur ces entrefaites, a poursuivi celui-ci, l’Église orthodoxe d’Ukraine a adopté une position selon laquelle il devait y avoir dans l’Église de la place pour les gens des convictions politiques les plus diverses, à l’exception de celles qui sont ouvertement radicales et chauvinistes. « L’Église orthodoxe canonique accueille tout le monde. Elle ne se place pas d’un côté ou de l’autre des barricades. Elle unit tout le monde, et lorsqu’il le faut, s’interpose entre les combattants, comme ce fut le cas des moines qui, au risque de leur vie et de leur santé, agirent ainsi afin d’empêcher l’effusion de sang entre les deux parties au conflit », a rappelé le hiérarque. Il a également déclaré que l’uniatisme comme « projet spécifique de l’Église catholique, a toujours été perçu de façon extrêmement négative par les orthodoxes, parce que, en substance, les uniates sont des gens qui portent des vêtements orthodoxes, observent les rites orthodoxes, mais sont catholiques ».  Selon les propos du métropolite Hilarion, ce statut original donne une certaine latitude aux manœuvres, tant des gréco-catholiques [uniates, ndt] eux-mêmes que du Vatican. « C’est ainsi que, par exemple, il m’est arrivé de parler avec des personnes haut-placées au Vatican au sujet de cette position des gréco-catholiques, que j’ai évoquée plus haut. J’ai demandé : comment cela est-il possible que l’Église gréco-catholique se solidarise à ce point avec les schismatiques, qu’ensemble ils mènent des actions, des offices d’intercession et des voyages ? On m’a répondu à cela : ils sont autonomes, au Vatican, nous ne les contrôlons pas », a dit le métropolite, ajoutant que, en même temps, le Vatican ne considère pas possible de se désolidariser des actes des uniates. Évoquant le début du dialogue entre l’Église canonique et les formations ecclésiastiques non canoniques en Ukraine, le métropolite a exprimé l’opinion que ce dialogue présente des perspectives.

Source: Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com

Le métropolite Onuphre, locum tenens du siège métropolitain de Kiev : « L’Église doit suivre le Christ et non les politiciens »

161293.bLe site Pravmir.ru a regroupé et publié plusieurs interviews accordées par le métropolite Onuphre (photographie ci-contre), avant les récents événements en Ukraine et sa nomination en tant que locum tenens du siège métropolitain de Kiev. Nous les publions in-extenso ci-dessous.

– Cette année, quinze années se seront écoulées depuis l’Assemblée épiscopale de Kharkov. Vous étiez l’un de ceux qui ont adopté une position rigide envers Philarète [le primat de l’Église schismatique ukrainienne, ndt] et ceux qui étaient avec lui. Maintenant, alors que tant de temps s’est passé, comment estimez-vous ces événements, vos propres actes ? Qu’est-ce qui vous a alors renforcé dans vos convictions ?

– L’époque était complexe, certains s’employaient très activement à impliquer l’Église dans les labyrinthes des réseaux politiques. Quant à moi, bien sûr, je comprenais et savais que l’Église ne peut emboîter le pas aux politiciens. Je voyais de façon précise et définie que c’était là une tentative d’annihiler l’Église, bien que personne ne puisse l’anéantir. Mais ceux qui combattaient l’Église de cette façon, pensaient qu’ils la transformeraient en club politique, qu’elle les applaudirait et se laisserait mener par le bout du nez. Non seulement moi-même, mais beaucoup, presque tous les évêques, lorsqu’arriva le moment critique – être ou ne pas être l’Église canonique en Ukraine – ont fait front. C’était un moment auquel on ne pouvait se taire, être passif. Dieu a agi ainsi par notre intermédiaire. C’est alors que se réalisèrent à nouveau les paroles prophétiques du Sauveur, selon lesquelles les « portes de l’Enfer ne prévaudront pas » contre l’Église. Et si ce n’était pas nous, d’autres auraient agi. De toute façon, l’Église canonique a survécu. Nous avons agi selon l’injonction de Dieu, et le Seigneur nous a donné une telle raison et un tel zèle, que nous nous sommes réunis à Kharkov et avons condamné Philarète [métropolite ayant causé le schisme dans l’Église orthodoxe d’Ukraine et déposé ensuite par les autorités ecclésiales canoniques, ndt]. Nous avons fait ce qui était nécessaire selon les règles et les canons de l’Église, nous avons élu un nouveau primat [le métropolite de Kiev Vladimir].

– Combien y a-t-il maintenant d’églises dans le diocèse de Tchernovtsy, accaparées par Philarète ?

– Dans notre diocèse, il y a deux « diocèses », deux « évêques » de Philarète. Pour autant que je sache, il y a environ 45 paroisses dans chacun d’entre eux. Il y a quelques villages qui sont passés entièrement du côté de Philarète, mais en définitive très peu. Dans certains villages, il y a une division : il y a à la fois nos propres églises, et celles de Philarète. Il y a des villages, où il n’y a que l’église de Philarète, mais les fidèles vont dans d’autres endroits, dans les villes, afin d’aller dans l’église canonique et se confesser, communier.

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Le cardinal Kurt Koch et le concile panorthodoxe

Le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a évoqué récemment les relations entre l'Eglise catholiques et les orthodoxes. L'agence Infocatho rapporte: " Interrogé sur les relations de l’Église catholique avec les Églises orthodoxes, il reconnaît que ces Églises « ont beaucoup de choses en commun« . Le dialogue a toutefois été interrompu en 2000 suite au problème de l’uniatisme et du prosélytisme soulevé par le Patriarcat de Moscou. Il faut dire aussi que les relations entre Jean-Paul II et Alexis II n’étaient pas des meilleures." Issu d’une famille d’origine allemande, le patriarche Alexis II devait prouvert qu’il était bien russe," poursuit le cardinal Koch. "Cela explique en partie les tensions avec un pape originaire de Pologne." La situation actuelle est différente. " Heureusement, dès le début de son pontificat, en avril 2005, Benoît XVI s’est rapidement attelé à rétablir le dialogue. L’actuel patriarche Kirill connaissait le cardinal Ratzinger, bien avant qu’il ne devienne pape et leurs relations étaient bonnes." Le dialogue avec les Églises orthodoxes n’est pas débloqué pour autant. « On se heurte à la question de la primauté du pape« , explique le président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. « Nous pensions avoir franchi un pas important après la rencontre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe à Ravenne, en 2007. Catholiques et orthodoxes s’acheminaient vers un accord." " Mais en mars 2011, le patriarche de Moscou a dit qu’il n’accepterait jamais le document de Ravenne (…). Il faut donc attendre les travaux du futur concile panorthodoxe, dont les résultats seront importants pour l’avenir de l’œcuménisme."

Une réunion du comité de coordination de la commission théologique mixte internationale orthodoxe-catholique

DSC_6522Du 22 novembre à aujourd'hui, le comité de coordination de la commission théologique mixte internationale pour le dialogue entre les Églises catholique et orthodoxes s’est réuni à Rome. Dans son discours du 22 novembre, " le métropolite Hilarion (de Volokolamsk, ndlr) a rappelé que l’une des conditions à la participation de l’Église orthodoxe russe au processus de dialogue orthodoxe-catholique avait été un retour sur le problème de l’uniatisme. Les membres orthodoxes de la rencontre ont soutenu cette position. Le métropolite Hilarion a également proposé de préciser la méthodologie du travail sur le document consacré à la primauté de l’évêque de Rome. Selon le métropolite, cette méthodologie doit tenir compte de l’expérience séculaire de polémique orthodoxe contre les prétentions des papes à l’autorité universelle dans l’Église."

Par ailleurs, toujours à Rome, le pape Benoit XVI a reçu, le 23 novembre, les participants du 2ème forum orthodoxe-catholique qui s’était réuni sur l’île de Rhodes en Grèce, du 18 au 22 octobre 2010, autour du thème des relations entre l’Église et l’Etat dans une perspective historique et théologique.

Source (dont photographie): Patriarcat de Moscou

Chypre : à propos de la visite du pape de Rome

Chypre Trois métropolites et deux chorévêques de l’Eglise de Chypre ont annoncé leur intention de boycotter la visite du pape à Chypre "en raison du prosélytisme qu’exerce le Vatican aux détriments de l’orthodoxie" nous informe le site d'informations Amen.gr.
Pour rappel, le Saint Synode de l’Eglise de Chypre a publié une lettre encyclique le 16 mai dernier, dans laquelle ses membres rappellent que « notre participation à l’accueil du pape, notre présence durant les manifestations en son honneur et notre rencontre avec lui, ne signifient pas l’occultation des grandes différences dogmatiques et autres qui nous séparent ». Commentant cette encyclique, le métropolite Georges de Paphos a précisé qu’il ne s’agissait pas non plus d’occulter la déviance ecclésiologique de l’uniatisme, qui constitue une forme abhorrée du prosélytisme : les évêques catholiques, vêtus comme des évêques orthodoxes, induisent les fidèles en erreur en disant qu’ils professent les mêmes choses, mais à la fin ils commémorent le pape.

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Un entretien avec le président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, l’archevêque Hilarion

L'agence d'informations Amen a réalisé un entretien avec Mgr Hilarion (Alfeyev) dont nous vous proposons une traduction.
 Mgr Hilarion, qui est membre de la commission mixte sur le dialogue théologique des Églises orthodoxe et catholique romaine, a déclaré que la réunification des deux Églises se réalisera seulement au cas où les catholiques corrigeront leurs erreurs.
Cette prise de position du hiérarque russe est particulièrement intéressante: «entre catholiques et orthodoxes il existe une reconnaissance des sacrements. Nous reconnaissons la succession apostolique dans l'Église catholique romaine». (…).

Question: Quelle est votre évaluation de la récente réunion à Paphos, qui avait comme sujet la primauté de l'évêque de Rome durant le premier millénaire de l'Église indivise ?

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Symposium international des dogmaticiens orthodoxes à Arad (Roumanie)

P6110105 Le 2ème symposium international de théologie dogmatique orthodoxe s'est tenu du 11 au 13 juin 2009 à la Faculté de théologie de l’université d'Arad (Roumanie) sur le thème « Tradition et dogme : Quelle type de théologie dogmatique proposer aujourd’hui ? » Une vingtaine de professeurs orthodoxes de dogmatique, issus de six pays (Bulgarie, France, Grèce, Roumanie, Russie et États-Unis) ont pris part à cette rencontre organisée par l’Association internationale des théologiens orthodoxes en dogmatique (en anglais IAODT) et placée sous la présidence de l'ordinaire du lieu, l'évêque d’Arad Timothée (Seviciu). À l'issue du symposium, les participants se sont accordés sur l'importance qu'il y avait, pour l'enseignement théologique et la mission de l’Eglise, de poursuivre ce type de rencontres régulièrement. L’IAODT, qui a été fondée à Arad en juin 2007, a renouvelé son comité de direction qui est désormais composé d’un président, le père Jean Tulcan (faculté d'Arad), et de deux vice-présidents, les théologiens laïcs Michel Stavrou (Institut Saint-Serge, Paris) et Peter Bouteneff (Institut Saint-Vladimir, New York).

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Recension: Évêque Hilarion Alfeyev, «L’Orthodoxie», tome 1, «Histoire et structures canoniques de l’Église orthodoxe»

Alfeyev  Évêque Hilarion Alfeyev, «L’Orthodoxie», tome 1, «Histoire et structures canoniques de l’Église orthodoxe».Traduit du russe par Claire Chernikina, préface de S. S. Alexis II, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, Éditions du Cerf, Paris, 2009, 304 p.+ 36 p. d’illustrations, collection «Initiations générales».
Les éditions du Cerf viennent de commencer la publication de la traduction française de la vaste introduction à l’orthodoxie écrite par Mgr Hilarion Alfeyev, qui est depuis peu le nouveau président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. L’édition française reprend la structure en 4 volumes de l’édition russe, publiée l’an dernier par les éditions Pravoslavie de Moscou.
Dans sa préface, le regretté patriarche Alexis II note: «Une vaste étude de l’histoire, de la doctrine et de la liturgie de l’Église orthodoxe était nécessaire depuis longtemps». Cet ouvrage veut répondre à cette nécessité. L’auteur explique dans sa présentation qu’il l’a conçu comme «un exposé systématique de l’histoire, des structures canoniques, de la théologie, de la doctrine morale et sociale, de la liturgie et de la vie spirituelle de l’Église orthodoxe», et qu’il «entend présenter le christianisme orthodoxe comme un système théologique, liturgique et une vision du monde achevés», dont «tous les éléments sont liés entre eux» puisque la théologie orthodoxe est fondée sur l’expérience liturgique, que les principales caractéristiques de l’art orthodoxe — icône, chant, architecture des églises — découlent de la théologie et de la liturgie, et que la théologie et la liturgie influent sur la vie spirituelle et influencent aussi la doctrine morale et sociale de l’Église et ses rapports avec les autres confessions chrétiennes, les autres religions et le monde séculier.
Ce premier tome est composé de deux parties: la première, de deux cent soixante pages, présente l’histoire de l’Église orthodoxe des origines à nos jours; la seconde, d’une douzaine de pages seulement, présente sa structure canonique. Le deuxième tome sera consacré à la doctrine de l’Église orthodoxe, et les tomes suivants à sa liturgie, à ses sacrements et à ses rites, à sa spiritualité, à son art, et à sa doctrine morale et sociale.

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Bloc-notes de Jean-François Colosimo

6a00d83451c30d69e200e54f409dd98834-800wiSur le défunt patriarche russe Alexis II : un premier bilan

Alexis II est passé à Dieu. Mémoire éternelle, donc ! Le temps viendra du portrait plus intime, de la méditation sur la personne et la destinée. D’autres ne manqueront pas de le faire, ailleurs, singulièrement dans toutes ces « Russies » dont il fut le primat et qui sont sous le coup de sa disparition. Mais l’heure  réclame aussi, en dépit de l’émotion, de dresser un état, même rapide, de son action. Jusque dans sa mort, trop précoce comme toute mort mais aussi eu égard aux urgences du présent, celui qui fut le premier patriarche de Moscou de l’après-communisme continue de déterminer l’avenir de l’orthodoxie au troisième millénaire. En voici une esquisse menée à grands traits, acquis et horizons mêlés.

1. Né en 1929, dans les pays baltes avant l’invasion soviétique, Alexis II fut l’homme d’un double héritage : l’esprit du concile de 1917, annonçant le renouveau théologique  du XXe siècle et la conscience aiguë, qui marqua sa jeunesse, de la persécution. L’Eglise ne peut vivre hors de l’ouverture au monde dont elle est la vie ; toute Eglise historique peut faire face, un jour, à la possibilité de sa fin. Son engagement devait balancer entre ces deux intuitions fondamentales. Pour le dire autrement, il partageait l’appel crucial à la Tradition créatrice que les pères Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff, issus de la même noblesse de service que lui, allaient incarner dans l’émigration ; et il savait, d’expérience, la solidarité extrême à laquelle voue le peuple souffrant. Fait intime, souvent passé sous silence dans les biographies officielles, son père, lui- même homme d’Eglise, connut les camps. D’où, certainement, un sens aiguisé et plénier de la responsabilité pour les autres, placé sous le signe de l’unité de tous.

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Document de Ravenne : « Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramental de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité »

Nous vous proposons ci-après la traduction française du « Document de Ravenne » discuté et approuvé par les membres de la « Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe » lors de la dixième session plénière de la Commission à Ravenne (8–15 octobre 2007). La délégation de l’Eglise orthodoxe russe, ayant quitté la rencontre à cause de la présence des représentants de l’Eglise apostolique d’Estonie, n’a pas assisté la discussion et à l’approbation de ce document. Côté catholique, la traduction française du document, publié sur le site du Vatican, a été vérifié par le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Vous pouvez également télécharger le document sous format PDF.

"Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramental de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité"
Ravenne, 13 octobre 2007

Introduction

1. « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17,21). Nous rendons grâce au Dieu Trinité qui nous a réunis – nous, membres de la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe – afin de pouvoir répondre ensemble en obéissance à cette prière de Jésus. Nous sommes conscients du fait que notre dialogue reprend dans un monde qui a profondément changé ces derniers temps. Les processus de sécularisation et de globalisation, et le défi posé par les nouvelles rencontres entre chrétiens et croyants d’autres religions, exigent que les disciples du Christ témoignent de leur foi, de leur amour et de leur espérance avec une urgence nouvelle. Que l’Esprit du Seigneur ressuscité permette à nos cœurs et à nos esprits de porter des fruits d’unité dans les relations entre nos Églises, afin que nous puissions servir ensemble l’unité et la paix de toute la famille humaine. Que le même Esprit nous conduise à la pleine expression du mystère de la communion ecclésiale, que nous reconnaissons avec gratitude comme don merveilleux de Dieu au monde, un mystère dont la beauté rayonne spécialement dans la sainteté à laquelle tous sont appelés.

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Bloc-notes de Jean-François Colosimo

Jfc
Ravenne, donc… Puis des
demandes d’explication, des sollicitations de commentaire. Inquiètes. Avides.
Nombreuses. Répétées. J’ai décidé de répondre à cette attente, ignorant alors
que l’entreprise déboucherait sur une dizaine de feuillets… presque une
brochure ! Les partisans de tous bords impliqués dans ce dossier
ecclésiastico-ecclésiologique, où l’accord œcuménique se paye du désaccord
confessionnel, ne manqueront pas de corriger le présent essai à l’encre
bilieuse de
leur vérité. Les pages qui suivent n’ont
pourtant d’autre ambition que de ne pas ajouter à des polémiques déjà trop
indécentes. Il s’est plutôt agi de réunir des pièces indispensables à
l’exercice d’un peu de discernement, de permettre aux orthodoxes soucieux de
comprendre l’Église, l’histoire, le siècle dans lesquels ils rencontrent la
perte ou le salut, de mieux juger ce qui se dit et ce qui se fait en leur nom. 

JFC

P.S. : suspension du
reste de l’actualité, donc. Mais que les âmes tourmentées ni ne se réjouissent,
ni ne se rassurent : la distribution des épithèmes n’est que partie
remise !

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Mgr Hilarion (Alfeyev) : « Nous respectons le patriarche de Constantinople en tant qu’il occupe la première place dans l’ordre d’honneur, mais nous refusons de le voir comme pape d’Orient »

L’agence d’informations russe Interfax.ru a récemment publié une interview de Mgr Hilarion (Alfeyev) dont nous vous proposons une traduction française.
À l’approche de la session régulière de la commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Église orthodoxe en Italie, le représentant de l’Église orthodoxe russe auprès les institutions européennes Mgr Hilarion, dans une interview donnée à l’agence russe Interfax.ru, a averti par avance que le  patriarcat de Moscou avait l’intention de défendre fermement son point de vue sur la question de la primauté et du conciliarité dans le gouvernement de l’Église.

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Mgr Hilarion (Alfeyev) : « Nous respectons le patriarche de Constantinople en tant qu’il occupe la première place dans l’ordre d'honneur, mais nous refusons de le voir comme pape d’Orient »

L’agence d’informations russe Interfax.ru a récemment publié une interview de Mgr Hilarion (Alfeyev) dont nous vous proposons une traduction française.
À l’approche de la session régulière de la commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique et l’Église orthodoxe en Italie, le représentant de l’Église orthodoxe russe auprès les institutions européennes Mgr Hilarion, dans une interview donnée à l’agence russe Interfax.ru, a averti par avance que le  patriarcat de Moscou avait l’intention de défendre fermement son point de vue sur la question de la primauté et du conciliarité dans le gouvernement de l’Église.

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Communiqué de la Communauté sacrée de la Sainte Montagne de l’Athos

Declaration_agionoros
Après avoir publié une traduction partielle du communiqué de la Communauté sacrée de la Sainte Montagne de l’Athos au sujet de la visite du pape au Phanar, suivie de celle de l’archevêque d’Athènes au Vatican, nous avons signalé l’existence d’une traduction française du texte intégral du communiqué faite à partir d’une version anglaise qui comprenais un certain nombre d’erreurs. Cette fois nous vous invitons à lire la traduction française du texte intégral faite à partir du grec.

"Communiqué de la Communauté sacrée de la Sainte Montagne

Karyès, le 30 décembre 2006

La récente visite du pape Benoît XVI au Patriarcat oecuménique, en la fête patronale de saint André (30 novembre 2006), puis la visite de S.B. l’archevêque d’Athènes, Mgr Christodoulos, (14 décembre 2006), ont provoqué une multitude d’impressions, d’analyses et de réactions. Nous ne nous attarderons pas sur ce que la presse sécularisée a jugé de positif ou de négatif, pour n’insister que sur ce qui concerne notre salut, en vertu duquel nous sommes sortis du monde pour vivre dans la solitude de la Sainte Montagne.
En tant que moines de la Sainte Montagne, nous respectons le Patriarcat oecuménique, à la juridiction canonique duquel nous appartenons. Nous honorons et vénérons notre très saint patriarche oecuménique Bartholomée et nous réjouissons de tout ce qu’il accomplit avec amour en Dieu et avec beaucoup de peine pour l’Église. Nous sommes particulièrement sensibles à sa défense ferme et infatigable des droits inaliénables du Patriarcat oecuménique, et ce dans des circonstances défavorables. Ajoutons à cela son soutien aux Eglises locales orthodoxes très éprouvées ainsi que sa préoccupation d’annoncer au monde entier le message de l’Église orthodoxe. En outre, nous, moines de la Sainte Montagne, honorons la très sainte Église d’Hellade, dont nous sommes pour la plupart issus, et nous respectons son béatissime primat.

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Communiqué de la Communauté sacrée de la Sainte Montagne de l'Athos

Declaration_agionoros
Après avoir publié une traduction partielle du communiqué de la Communauté sacrée de la Sainte Montagne de l’Athos au sujet de la visite du pape au Phanar, suivie de celle de l’archevêque d’Athènes au Vatican, nous avons signalé l’existence d’une traduction française du texte intégral du communiqué faite à partir d’une version anglaise qui comprenais un certain nombre d’erreurs. Cette fois nous vous invitons à lire la traduction française du texte intégral faite à partir du grec.

"Communiqué de la Communauté sacrée de la Sainte Montagne

Karyès, le 30 décembre 2006

La récente visite du pape Benoît XVI au Patriarcat oecuménique, en la fête patronale de saint André (30 novembre 2006), puis la visite de S.B. l’archevêque d’Athènes, Mgr Christodoulos, (14 décembre 2006), ont provoqué une multitude d’impressions, d’analyses et de réactions. Nous ne nous attarderons pas sur ce que la presse sécularisée a jugé de positif ou de négatif, pour n’insister que sur ce qui concerne notre salut, en vertu duquel nous sommes sortis du monde pour vivre dans la solitude de la Sainte Montagne.
En tant que moines de la Sainte Montagne, nous respectons le Patriarcat oecuménique, à la juridiction canonique duquel nous appartenons. Nous honorons et vénérons notre très saint patriarche oecuménique Bartholomée et nous réjouissons de tout ce qu’il accomplit avec amour en Dieu et avec beaucoup de peine pour l’Église. Nous sommes particulièrement sensibles à sa défense ferme et infatigable des droits inaliénables du Patriarcat oecuménique, et ce dans des circonstances défavorables. Ajoutons à cela son soutien aux Eglises locales orthodoxes très éprouvées ainsi que sa préoccupation d’annoncer au monde entier le message de l’Église orthodoxe. En outre, nous, moines de la Sainte Montagne, honorons la très sainte Église d’Hellade, dont nous sommes pour la plupart issus, et nous respectons son béatissime primat.

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«Souvenez-vous de mes chaînes !» – par Michel Stavrou

Le quotidien La Croix a publié le 30 décembre dernier un article de Michel Stavrou, professeur à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge intitulé « Souvenez-vous de mes chaînes ! ». Nous le publions avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« Cette fin d’année 2006 aura été fertile en événements oecuméniques. L’accélération surprenante du rapprochement entre Églises catholique et orthodoxe se ressent à travers trois épisodes notables.
Tout d’abord la reprise, à Belgrade, en septembre, des travaux de la commission internationale de dialogue théologique entre les deux Églises, après une interruption de six ans, due au problème inextricable de l’uniatisme – ce rattachement artificiel de nombreuses communautés orientales au Siège romain, véritable cheval de Troie pour la conscience ecclésiale orthodoxe. Cette fois, le thème « conciliarité et autorité dans l’Église » a relancé le dialogue de façon prometteuse : affaire à suivre.

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Jovan Nikoloski