27/07/2017
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« Repenser la géopolitique de l’orthodoxie à travers l’ecclésiologie : le cas de la diaspora orthodoxe en France » par Vassilis Pnevmatikakis

Nous vous proposons un article de Vassilis Pnevmatikakis, paru dans Cahiers d’études du religieux – recherches interdisciplinaires. En voici un résumé : Dans l’étude géopolitique de l’Église orthodoxe, centrée en général sur l’intrication entre le politique et le religieux, l’importance du facteur ecclésiologique, c’est-à-dire de l’influence qu’exerce sur le discours et l’action des acteurs ecclésiastiques la théologie sur laquelle se base l’organisation de l’Église, est très souvent négligée. Pourtant, cette influence est capable de forger des identités ecclésiales amenant les acteurs religieux à élaborer de projets géopolitiques, d’autant plus que la notion du territoire occupe une place centrale dans le raisonnement ecclésiologique. Par sa spécificité en tant qu’Église de diaspora, l’Église orthodoxe en France peut nous donner la mesure de l’importance du facteur ecclésiologique dans l’étude géopolitique dans acteurs religieux.
Pour lire l’article dans son intégralité, cliquez ICI !

Réflexions de l’archiprêtre Vsevolod Tchapline sur la rencontre du patriarche de Moscou Cyrille et du pape François

Sous le titre « Une conciliarité de couloirs », l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, ancien président du département synodal de l’Église orthodoxe russe pour les rapports entre Église et société, a critiqué sur son blog l’absence de conciliarité dans l’Église orthodoxe russe relativement à la rédaction de la récente déclaration commune du patriarche Cyrille et du pape François :

« Le métropolite Hilarion a déclaré que, dans l’Église russe, deux hommes seulement étaient au courant de la préparation et du contenu de la déclaration du patriarche et du pape. Ces deux hommes, et seulement eux, pouvaient apporter des corrections au document. « La déclaration », dit le métropolite, « a été préparée dans un cadre de stricte confidentialité. Du côté de l’Église russe, c’est moi-même qui ai participé à la préparation du texte, du côté de l’Église catholique-romaine, le cardinal Koch. Même mes plus proches collaborateurs au département des relations ecclésiastiques extérieures, qui s’occupent de la thématique catholique, et ce jusqu’aux derniers jours, ne savaient rien ni sur le texte de la déclaration, ni sur la rencontre qui se préparait. Les véritables auteurs de la déclaration sont le patriarche et le pape. C’est précisément leur vision de la situation qui se trouvait à la base du texte. Dès le début de l’automne, le patriarche a partagé avec moi les idées de base, concernant la thématique de la déclaration. Ensuite, j’ai rencontré le pape François et j’ai parlé du contenu général du document avec lui. Ensuite, le texte a été fixé par écrit, il a été ajusté, à plusieurs reprises, et par le patriarche et – par l’intermédiaire du cardinal Koch – avec le pape ». La question se pose : comment cela s’accorde-t-il avec le 34è canon des saints Apôtres, où il est dit que le premier évêque d’une région ne doit rien faire « sans l’avis de tous » ? Et comment cela s’accorde-t-il avec les statuts de l’Église orthodoxe russe, où il est affirmé que le patriarche dirige l’Église « avec le Saint-Synode » (et non pas avec un seul de ses membres) ? Entre autres, les relations du patriarche et du Synode sont déterminées par le 34ème canon susmentionné, comme il est dit dans un texte critique (cf.). avec lequel je ne suis pas d’accord, sur de nombreux points, notamment lorsqu’il affirme que notre patriarche n’aurait soi-disant pas le droit de parler avec le pape sur un pied d’égalité. Au demeurant, sur le site « Pravoslavie.ru » a été publiée une évaluation très critique du projet de document du Concile panorthodoxe sur les relations « avec le reste du monde chrétien » par le métropolite de Limassol Athanase (Église de Chypre). Merci à Mgr Tikhon [recteur du monastère Sretensky de Moscou, lequel a publié ledit article] pour ce pas courageux – la publication de ce texte. Je suis convaincu qu’il faut obtenir la discussion dans l’Église russe du projet du document sur les relations avec hétérodoxes. Il est possible et il est nécessaire de mener une discussion sous n’importe quelle forme – avec la participation des autorités ecclésiastiques ou sans elle. À ce sujet, est-ce que notre commission inter-conciliaire se réunira – ne serait-ce qu’une fois – avant le Concile panorthodoxe ?

Source

Commentaire du père Georges Maximov au sujet de la déclaration commune du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou

Le père Georges Maximov a terminé ses études de théologie à l’Université « Jean le Théologien » en 2001, avec un diplôme de spécialisation en sciences religieuses. En 2009, il a défendu une thèse à l’Université orthodoxe Saint-Tikhon de Moscou, obtenant le titre de candidat en théologie. De 2002 à 2012, il a enseigné au Séminaire de Moscou. Depuis 2012 jusqu’à maintenant, il enseigne au monastère Sretensky de Moscou et a été ordonné diacre en 2010, puis prêtre en 2015. Il est également membre de la Commission inter-conciliaire de l’Église orthodoxe russe et dirigeant du secteur de la mission apologétique du Département synodal des missions. En outre, il est responsable du travail missionnaire et catéchétique du vicariat du Nord de Moscou. Le père Georges a publié le commentaire suivant sur la déclaration commune du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou.

Pour commencer, laissez-moi rappeler à ceux qui, du fait même de la rencontre se lamentent, en s’exclamant « Tout est perdu, tout est perdu ! », que rien n’est perdu ! Les canons nous interdisent de célébrer avec les hétérodoxes, de prier avec eux et de recevoir leur bénédiction. Le seul fait de les rencontrer n’est pas interdit par les canons. Le patriarche n’est pas devenu catholique par cette rencontre.
Maintenant, pour ce qui concerne la rencontre elle-même. Dans la mesure où notre patriarche n’a été envoyé à cette rencontre, ni par le Synode, ni par l’Assemblée des évêques (pour autant que je le sache), c’est ipso facto une rencontre personnelle. C’est une bonne chose que la rencontre se soit passée sans aucune sorte d’office liturgique commun ou de prières. On a l’impression que le pape a reçu le patriarche comme un égal – nulle part, sur aucune photo, on ne voit que le patriarche aurait donné son accord à quelque position secondaire ou subordonnée par rapport au pape.
Ensuite, pour ce qui concerne le document. D’une part, les paroles avec lesquelles nous sommes d’accord ne sont pas peu nombreuses. Par exemple, les paroles concernant la défense des persécutés et des opprimés au Moyen Orient (§8-10), la critique de l’islam (§13), les paroles contre la discrimination des chrétiens en Occident (§15), l’appel pour les pays riches à partager avec les pauvres (§17), la condamnation de l’endoctrinement homosexuel (§20) et de l’avortement (§21), ainsi que le fait que les schismes en Ukraine doivent être résolus « sur la base des normes canoniques » (§27).
Mais, malgré tout cela, il y a aussi des expressions qui ne sont pas indiscutables, voire parfois erronées.
Par exemple : « Nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié… [et] inspire les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur …pour la pleine unité de tous ses disciples » (§6). Dans l’Église du Christ, l’unité est déjà atteinte dans sa plénitude. C’est pourquoi nous confessons dans le Credo la foi dans « l’Église une ». Le fait que diverses communautés hérétiques ou schismatiques aient quitté cette unité avec l’Église est une autre chose. Mais leurs membres ne peuvent être appelés disciples du Christ. Ils sont disciples de ceux qui ont enseigné de façon erronée sur le Christ et qui les ont amenés à quitter l’unité avec l’Église. « Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Évangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Églises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens » (§12). Ceux-ci ne pourraient être le gage de l’unité des chrétiens que dans le cas où nous proclamerions que toutes les différences dogmatiques dans la foi des Églises auxquelles appartiennent ceux qui ont été tués sont sans aucune importance. Mais nous ne pouvons agir ainsi. En réalité, seule l’unité dans la foi peut être le gage de l’unité des chrétiens, qui n’est pas accomplie en passant sous silence les différends dogmatiques, mais en les analysant et en rejetant ces dogmes qui sont faux pour accepter ceux qui sont vrais.
Un sujet de préoccupation est constitué par la déclaration que le travail missionnaire « exclut toute forme de prosélytisme » (§24). Ce dont il est question n’est pas clair. Par exemple, dans le concept de travail missionnaire, il y a l’idée que le prosélytisme est l’accomplissement dudit travail par des moyens impropres (coercition, corruption, tromperie). Dans ce sens, nous sommes d’accord. Mais je pense que dans ce document, en particulier dans la phrase « toute forme », on peut comprendre cela de telle façon qu’il est interdit de convertir les catholiques à l’Orthodoxie, ce qui, en tout état de cause, est absurde. Et la même chose se reflète dans le paragraphe suivant : « Il est clair aujourd’hui que la méthode de « l’uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrer l’unité » (§25). Mais si nous amenions quelque communauté de l’Église catholique à l’Orthodoxie, ce serait, pour cette communauté donnée, le rétablissement de l’unité avec l’Église du Christ, sans quoi cette communauté reste alors dans un état de séparation d’avec l’Église. « De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité » (§28). Afin que nous, avec l’Église romaine, « portions ensemble témoignage de l’Esprit de vérité », il est nécessaire pour celle-ci qu’elle confesse la vérité et renonce aux faux dogmes.
Sources : 1 et 2

Lettre du métropolite de Limassol Athanase au Saint-Synode de l’Église de Chypre concernant le document adopté par la synaxe des primats au sujet des « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien » 

Le métropolite de Limassol Athanase a adressé la lettre suivante au Saint-Synode de l’Église de Chypre concernant le document adopté par la synaxe des primats au sujet des « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien ».

Béatitude, saints Pères,

J’ai reçu les textes qui ont été approuvés en tant que décisions des différentes conférences préconciliaires, qui ont eu lieu de temps à autre pour la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, lesquels textes entérinent officiellement les sujets qui seront soumis au saint et grand Concile, afin d’y être adoptés. Je vous remercie chaleureusement de leur envoi.

Puisque, conformément au règlement d’organisation et de fonctionnement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe qui nous a été envoyé, et concrètement dans l’article 12, paragraphes 2 et 3, il est mentionné que nous pouvons exprimer nos vues à notre synode local tout d’abord, je soumets humblement au Saint-Synode de notre très sainte Église, sur l’injonction de ma conscience, mes opinions et mes convictions au sujet des questions ci-dessous.

En ce qui concerne le texte de la Vème conférence préconciliaire orthodoxe, qui a eu lieu du 10 au 17 octobre 2015 à Genève-Chambésy, et qui est intitulé « Les Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien », je dois déclarer ce qui suit :

Je suis absolument en accord avec les trois premiers articles du texte. Cependant, pour ce qui concerne les articles 4 et suivants, je dois observer ce qui suit : lorsque l’Église orthodoxe prie – ce qu’elle fait toujours – « pour l’union de tous », je pense qu’elle a en vue le retour dans l’union avec elle de tous ceux qui s’en sont retranchés et qui s’en sont éloignés, à savoir les hérétiques et les schismatiques. Ce retour a lieu après qu’ils aient renié leur hérésie ou leur schisme. Après avoir quitté cela, ils s’incorporent à l’Église orthodoxe et la rejoignent – s’unissent à elle – par la pénitence et la procédure prévue par les saints canons.

L’Église orthodoxe du Christ n’a jamais perdu « l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit » et n’accepte pas la théorie du rétablissement de l’unité de « ceux qui croient dans le Christ », parce qu’elle croit que ladite unité existe déjà dans celle de ses enfants baptisés. Cette unité existe entre eux et avec le Christ, dans la foi droite [de l’Église], laquelle n’existe pas chez les hérétiques et les schismatiques. C’est pourquoi l’Église souhaite à ces derniers leur retour au sein de l’orthodoxie dans la pénitence.

Je crois que ce qui est mentionné dans l’article 5 au sujet de « l’unité perdue des chrétiens » constitue une faute, car l’Église, comme peuple des fidèles de Dieu unis entre eux et avec le chef de l’Église qui est le Christ, n’a jamais perdu cette unité, qui est la sienne et n’a donc pas besoin d’être retrouvée, voire encore à être recherchée, et ce parce qu’elle a toujours existé et existera, étant donné que l’Église du Christ n’a jamais cessé ou ne cessera pas d’exister. Il s’est produit que des groupes ou des peuples, ou encore des personnes isolées, soient partis du corps de l’Église. Or, celle-ci souhaite et doit s’efforcer, dans un esprit missionnaire, que ceux-ci reviennent tous dans la pénitence par la voie canonique dans l’Église orthodoxe. Cela signifie qu’il n’existe pas d’autres Églises, mais seulement des hérésies et des schismes, si nous voulons être exacts dans nos formulations. La formule « pour la restauration de l’unité chrétienne» est erronée parce que l’unité des chrétiens – à savoir les membres de l’Église du Christ – n’a jamais été rompue, du fait que ces derniers restent unis avec l’Église. La séparation d’avec l’Église et l’abandon de l’Église a malheureusement eu lieu de nombreuses fois par les hérésies et les schismes, mais la perte de l’unité interne de l’Église ne s’est jamais produite.

Je me demande pourquoi il est question dans le texte d’une référence multiple aux « Églises » et aux « Confessions » ? Quelle est la différence entre elles et quel élément les caractérise pour que certaines soient appelées « Églises » et les autres « Confessions » ? Quelle Église est celle qui est hérétique, quelle est celle qui constitue un groupe ou une confession schismatique ? Quant à nous, nous confessons une seule Église, et toutes les autres sont des hérésies et des schismes.

Je considère que l’attribution du titre « Église » à des communautés hérétiques ou schismatiques sont, théologiquement, dogmatiquement et canoniquement, absolument erronées, car une est l’Église du Christ, comme cela est mentionné dans l’article 1, et une communauté ou groupe hérétique ou schismatique ne peut être appelé par nous Église. Seule l’Église orthodoxe peut l’être.

Rien, dans ce texte, ne mentionne que la seule voie qui conduit à l’unité avec l’Église est seulement le retour des hérétiques et des schismatiques, dans la pénitence, à l’Église une, sainte, catholique et apostolique du Christ, qui, conformément à l’article 1 est notre Église orthodoxe.

La référence à la compréhension « de la tradition de l’Église ancienne » donne l’impression qu’il existe une différence ontologique entre l’Église ancienne des saints sept conciles œcuméniques et sa continuation authentique jusqu’à aujourd’hui, laquelle est notre Église orthodoxe. Nous croyons qu’absolument aucune différence n’existe entre l’Église du XXIème siècle et celle du premier siècle, car l’un des traits distinctifs de l’Église est le fait que nous confessons dans le Credo que celle-ci est apostolique.

Dans l’article 12, il est mentionné que le but commun des dialogues théologiques est « le rétablissement final de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour ». L’impression est donnée que nous, orthodoxes, cherchons notre rétablissement dans la foi vraie et l’unité de l’amour, comme si nous l’avions perdue et que nous cherchions à la trouver par des dialogues théologiques avec les hétérodoxes. Je considère que cette théorie est théologiquement inadmissible par nous tous.

La référence du texte au « Conseil oecuménique des Églises » me donne l’occasion de définir ma position à l’égard de différents événements syncrétistes anti-canoniques qui s’y sont produits de temps à autre, et aussi de son appellation, puisque, en lui, l’Église orthodoxe est considérée comme « l’une des Églises », ou une branche de l’Église une, qui cherche et lutte pour sa réalisation en lui. Mais pour nous, la seule et unique Église du Christ est celle que nous confessons dans le Credo.

Pour ce qui concerne l’idée selon lequel la sauvegarde de la foi orthodoxe authentique n’est assurée seulement que par le système conciliaire qui « constitue le juge désigné et ultime en matière de foi » contient une dose d’exagération et n’est pas conforme à la vérité. En effet, dans l’histoire ecclésiastique, de nombreux conciles ont professé et légalisé des dogmes erronés et hérétiques, tandis que le peuple fidèle les a rejetés et a sauvegardé la foi orthodoxe, faisant triompher la confession orthodoxe. Ni un concile sans le peuple fidèle – le plérôme de l’Église – ni le peuple sans concile des évêques peuvent se considérer comme le corps et l’Église du Christ, et exprimer correctement l’expérience et le dogme de l’Église.

Je comprends, Béatitude et saints frères synodaux, que des expressions dures et outrageantes ne peuvent figurer dans des textes ecclésiastiques contemporains, et que personne, je pense, ne veut des expressions de ce type. Cependant, la vérité doit être exprimée avec exactitude et clarté, toujours, naturellement, avec discernement pastoral et amour réel envers tous. Nous avons un devoir également envers nos frères qui se trouvent dans les hérésies et les schismes, d’être absolument sincères avec eux et, avec amour et peine, de prier et de faire tout pour leur retour dans l’Église du Christ.

Je pense humblement que des textes d’une telle importance et d’un tel poids émanant du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, doivent être rédigés avec soin et formulés avec toute l’exactitude théologique et canonique, de telle façon qu’il n’en surgissent pas des définitions et des déclarations qui ne sont pas claires et appropriées théologiquement, ainsi que des formulations erronées qui peuvent mener à de mauvaises interprétations et à des altérations du vrai point de vue de l’Église orthodoxe. Par ailleurs, un concile, pour être valide et canonique, ne doit en rien se départir de l’esprit et de la doctrine des saints conciles qui l’ont précédé, ainsi que de l’enseignement des saints Pères et des saintes Écritures, et il ne doit peser aucune ombre sur la formulation de la vraie foi.

Quand les groupes hérétiques et schismatiques ont-ils été appelés Églises par nos saints Pères, quand et où dans les textes des saints canons et les définitions des conciles œcuméniques ou locaux ? Si les hérésies sont des Églises, où est la seule et Une Église du Christ et des saints Apôtres ?

En outre, j’exprime humblement mon désaccord au sujet de l’abolition de la pratique de tous les saints conciles locaux et œcuméniques en vigueur jusqu’ici, laquelle voulait que chaque évêque disposât de son propre suffrage. Il n’a jamais été question de ce schéma : un suffrage par Église – ce qui rend les membres du saint et grand Concile, excepté les primats, de simples éléments décoratifs, leur ôtant le droit de vote.

J’ai encore certains autres désaccords et objections sur d’autres points des textes, mais je ne veux pas vous fatiguer plus avec cela, et je me limite aux thèmes que je considère de plus grande importance, au titre desquels j’exprime mon désaccord, mon point de vue et ma foi.

Je ne veux, par ce que j’ai écrit, attrister personne, et je ne souhaite pas que l’on considère que je donne une leçon ou que je juge mes frères et mes pères en Christ. Simplement, je ressens le besoin d’exprimer ce que ma conscience m’impose.

Je demande que mes opinions soient inclues dans les actes du Saint-Synode.

En demandant vos saintes prières, je reste votre humble frère dans le Christ,
+ Athanase de Limassol.

Source

Remarques sur le texte préconciliaire intitulé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » 

M. Dimitrios Tselengidis, professeur de dogmatique à la Faculté de théologie à l’Université Aristote de Thessalonique, a envoyé ses premières observations théologiques aux hiérarques orthodoxes de plusieurs Églises orthodoxes locales (dont celles de Grèce, Russie, Serbie, Géorgie, Bulgarie, Alexandrie et Antioche) concernant le texte « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Nous reproduisons ci-dessous lesdites observations.
« Ce texte manifeste de façon récurrente l’inconséquence et la contradiction théologique. Ainsi, il proclame dans son article premier la conscience de soi qui est celle de l’Église orthodoxe, considérant celle-ci – et ce très justement – comme « L’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Or, dans l’article 6, il y a contradiction avec la formulation de l’article premier susmentionné. Il mentionne en effet, de façon caractéristique, que « l’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique d’autres églises et confessions chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». C’est ici qu’une question fort à propos se pose : si l’Église est « Une », conformément à notre Credo et à la conscience de soi de l’Église orthodoxe (article I), comment peut-il être fait mention d’autres Églises chrétiennes ? Il est clair que ces autres Églises sont hétérodoxes. Les « Églises » hétérodoxes, au demeurant, ne peuvent nullement être appelées « Églises » par les Orthodoxes. En considérant les choses dans une perspective dogmatique, il n’est pas possible de parler d’une multiplicité « d’Églises » avec des dogmes différents et ce dans un grand nombre de thèmes théologiques. En conséquence, tant que ces « Églises » restent inflexibles dans les erreurs de leur foi, il n’est pas juste théologiquement de leur accorder une ecclésialité – et ce institutionnellement – hors de « l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Dans le même article (6), il y a une autre contradiction théologique sérieuse. Au commencement de l’article, il est dit ce qui suit : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne peut pas être compromise ». Or, à a fin du même article, il est écrit que, par sa participation dans le mouvement œcuménique, l’Église orthodoxe « a pour objectif d’aplanir la voie menant à l’unité ». Ici se pose la question : Étant donné que l’unité de l’Église est un fait reconnu, quel type d’unité des Églises est recherché dans le contexte du mouvement œcuménique ? Cela signifie-t-il, peut-être, le retour des chrétiens occidentaux à l’Église une et unique ? Une telle signification, cependant, ne transparaît ni dans la lettre, ni dans l’esprit du texte entier. Au contraire, en réalité, l’impression est donnée qu’il existe une division établie dans l’Église et que les perspectives des dialogues ont pour but l’unité déchirée de l’Église.

La confusion théologique est également causée par l’ambiguïté de l’article 20 qui dispose : « Les perspectives des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres Églises et confessions chrétiennes sont toujours déterminées sur la base des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée (canon des conciles œcuméniques : 7 du IIème et 95 du Quinisexte) ». Mais le 7ème canon du IIème concile œcuménique et le 95ème canon du concile Quinisexte concernent la reconnaissance du baptême d’hérétiques qui avaient manifesté leur intérêt à se réunir à l’Église orthodoxe. Or, il ressort de la lettre et de l’esprit du texte préconciliaire, considéré dans une perspective théologique, qu’il n’y est absolument pas question du retour des hétérodoxes à l’Église orthodoxe, la seule Église. Au contraire, dans le texte, le baptême des hétérodoxes est considéré comme accepté a priori – et ce sans décision panorthodoxe. En d’autres termes, le texte endosse « la théologie baptismale ». Simultanément, le texte ignore délibérément le fait historique que les hétérodoxes contemporains d’Occident (catholiques-romains et protestants) n’ont pas un seul, mais une série de dogmes qui diffèrent de l’Église orthodoxe (à côté du Filioque, de la grâce créée dans les sacrements, la primauté du pape, le rejet des icônes, le rejet des décisions des Conciles œcuméniques, etc.). L’article 21 soulève également des questions appropriées, lorsqu’il mentionne que « L’Église orthodoxe… évalue positivement les textes théologiques édités par la commission… [à savoir « Foi et Constitution] pour le rapprochement des Églises ». Il convient d’observer ici que ces documents [de la Commission] n’ont jamais été entérinés par les hiérarques des Églises orthodoxes locales. Enfin, l’article 22 donne l’impression que le futur grand et saint Concile juge à priori de l’infaillibilité de ses décisions, puisqu’il considère que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire, qui, depuis toujours au sein de l’Eglise, constitue le juge désigné et ultime en matière de foi ». Dans cet article, le fait historique est ignoré que, dans l’Église orthodoxe, le critère final est toujours la conscience dogmatique vigilante du plérôme de l’Église qui, dans le passé, a validé ou considéré comme « brigandages » des conciles œcuméniques. Le système conciliaire en lui-même n’assure pas mécaniquement la justesse de la foi orthodoxe. Cela se produit seulement lorsque les évêques conciliaires ont le Saint-Esprit et la voie hypostatique – le Christ – qui agissent en eux et ainsi, comme « syn – odikoi » (i.e. faisant route ensemble) en actes « suivent les saints Pères ».
Évaluation générale du texte
Par tout ce qui est écrit et ce qui est clairement sous-entendu dans le texte susmentionné, il est manifeste que ses initiateurs et rédacteurs entreprennent une légitimation institutionnelle du syncrétisme-œcuménisme chrétien par la décision d’un Concile panorthodoxe. Or, cela serait catastrophique pour l’Église orthodoxe. Pour cette raison, je propose humblement le retrait total du texte.
Pour terminer, une observation théologique sur le texte «Le sacrement du mariage et ses empêchements ». Il est mentionné dans l’article  5a) : « Le mariage entre orthodoxes et non orthodoxes ne peut être béni selon l’acribie canonique (canon 72 du Concile Quinisexte in Trullo). Toutefois, il peut être célébré par indulgence et amour de l’homme à la condition que les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église orthodoxe ». Ici, la condition expresse que « les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église orthodoxe » contredit la protection théologique du mariage comme sacrement de l’Église orthodoxe et ce parce que la maternité revient – en fonction du baptême des enfants dans l’Église orthodoxe – à légitimer la célébration du mariage mixte, laquelle est clairement interdit par un canon d’un Concile œcuménique (72è canon In Trullo). En d’autres termes, un concile non œcuménique, comme l’est le futur grand et saint Concile, relativise explicitement une décision d’un concile œcuménique. Cela est inacceptable. Et encore une autre question : si le mariage célébré ne donne pas d’enfants, est-ce que ce mariage est simplement légitimé par le fait de l’intention de l’épouse hétérodoxe d’intégrer ses enfants éventuels dans l’Église orthodoxe ?
Si l’on veut être conséquent théologiquement, l’article 5.1. doit être enlevé.
Dr Dimitrios Tselengidis

Source

L’archiprêtre Vsevolod Tchapline, au sujet de la rencontre du pape et du patriarche : « Notre foi est différente »

Dans une interview à la BBC publiée le 9 février, l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, qui supervisait le dialogue orthodoxe-catholique dans le département des relations inter-ecclésiales de l’Église orthodoxe russe dans les années 2003-2009 et qui, récemment, a été démis de ses fonctions de chef du département synodal pour les relations entre l’Église et la société  du Patriarcat de Moscou, fait part de ses réflexions au sujet de la prochaine rencontre du patriarche de Moscou Cyrille et du pape François.

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Archimandrite Basile (monastère d’Iviron, Mont-Athos) sur le grand Concile de l’Eglise orthodoxe

L’archimandrite Basile (Gondikakis)  du monastère d’Iviron, Mont-Atho, a publié, sur le site Internet Romfea.gr un long article à propos du grand Concile convoqué du 16 au 27 juin.

« D’un grand concile en préparation, il en est question depuis plusieurs décennies. D’aucuns préfèrent qu’il ne se tienne pas. D’autres s’interrogent sur son appellation ou sur les thèmes qu’il doit traiter.

Le grand et saint devoir des orthodoxes, ce n’est pas simplement de faire quelque chose, mais de manifester la richesse de la grâce que nous vivons liturgiquement dans l’Eglise. Ceci demeure inaliénable, même si l’univers est ébranlé et les montagnes déplacées au cœur des mers.

L’Eglise orthodoxe a conscience d’être l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Ce n’est pas une simple prétention, mais une bénédiction qui vient du sacrifice du Dieu-Homme sur la Croix, qui aboutit à la Résurrection. Et du sacrifice des saints qui suivent son exemple. Ils forment son corps. Ils constituent l’Eglise, tel le peu de levain qui fait lever notre pâte terrestre (1 Cor. 5,9).

L’exhortation du Seigneur est claire : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix » (Mc 8,34). Et « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,27).

Je vous ai donné un exemple. Qu’il vienne à moi celui qui le désire. Portez votre croix et suivez-moi, sans avoir de grief à l’égard de quiconque. Mais « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent … » (Lc 6, 27-28).

L’Eglise est le Dieu-Homme Lui-même. C’est là l’événement qui nous maintient en vie. La question n’est donc pas de savoir comment nous allons apporter des solutions à des problèmes [« à la manière du monde » (Jn 14,27)], mais de laisser se manifester la manière dont le Seigneur, qui vit en nous, résout les problèmes. Lorsque cela s’accomplit, la sérénité règne sur tous.

Personne ne peut résister au Dieu-Homme qui ne provoque personne mais qui Lui-même « supporte tout » pour le salut de tous.

Il vient pour se sacrifier par amour pour ses amis.

Ce ne sont point ceux qui L’aime qu’Il considère comme ses amis, mais bien ceux qu’Il aime Lui. Il les aime tous, et ceux qui le renient, le haïssent et le crucifient. Telle est la révolution de l’amour, « la seule nouveauté sous le soleil » (St Jean Damascène).

Il sait qu’au fond tous L’aime et L’attendent. Il n’y a pas d’autre salut en dehors de cet amour unique qui a tout créé. Qui supporte tout pour le salut de tous. Il n’y a pas d’amour plus grand que cet amour.

Il ne se plaint pas parce qu’ils ne font pas montre de compréhension. Il sait ce qui se passe en eux ; comment ils considèrent la vérité et le mensonge, comment ils se voient eux-mêmes et voient les autres. C’est Lui qui porte tout le poids.

Si certains, dans un concile, parlent en s’appuyant sur leur propre sagesse et leur intelligence, ils entraînent les autres à agir de même et si, avec leur sagesse et leur intelligence, ils promeuvent leurs positions, mettent en avant leur supériorité et s’imposent, alors nous vivons la réalité de la querelle. Nous demeurons dans le champ de la corruption et nous redonnons vie au conflit connu et stérile (qui soumettra qui).

Lorsque nous demandons que soit faite la volonté de l’Un, pas la nôtre, il en va autrement.

Si ma dernière parole et mon désir se trouvent dans la demande : « Que se réalise non point ma volonté mais la Tienne » (Lc 22,2), alors je suis serein. Je gagne en force. Je transmets aux autres la paix. Et même si certains veulent me frapper pour n’importe quelle raison et de n’importe quelle manière, ils me font du bien. Ils m’aident à connaître la volonté de Dieu le Père. Et aussi de passer outre à ma propre opinion, relative et inefficace.

Dès lors, dans le premier cas, celui où je veux faire ma volonté, je manifeste ma faiblesse et je me jette dans la prison de ma condamnation.

Dans le second cas, celui où je demande que la volonté de Dieu soit faite, je me revêts d’une autre force et je transforme tout un chacun, que je le veuille ou non, en collaborateur qui contribue à l’œuvre unique du salut du monde entier.

L’Eglise n’est pas de ce monde, mais elle vient lui donner le témoignage de la vie et du royaume à venir. Ceci se réalise car elle ne fait pas sa volonté mais celle du Père céleste. D’emblée cette obéissance définit la raison et le mode de son existence.

La Vierge Marie, lors de son entretien avec l’archange Gabriel de l’’Annonciation aboutit à : « Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1,38). Et elle est manifestée comme Mère de Dieu.

Jésus, à Gethsémani, clôt sa prière en disant : « Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise » (Lc 22,42). Et il vainc la mort par la mort.

L’Eglise demande chaque jour avec la prière dominicale « que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » (Mt 8,10) et elle chemine vers la plénitude des choses dernières. « Que ta volonté soit faite » est l’aboutissement d’un combat personnel. Et le début d’un cheminement avec une autre force invincible.

Nous vivons la réalité qui naît de l’obéissance à la volonté divine. « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné de surcroît » (Mt. 6,33).

Ici se trouve la primauté. Nous recherchons une chose, et toutes les autres suivent.

Tous les problèmes sont résolus bien qu’ils semblent insolubles. Car le Seigneur ressuscité se trouve parmi nous, Lui qui nous communique la grâce de la divinité trinitaire.

Il ne nous abandonne pas comme des orphelins, sans la présence de l’Esprit Saint ; ni ne résout les problèmes de manière mécanique, en sous-estimant notre existence.

Le grand devoir des orthodoxes n’est pas de tenir ou non un concile général. Mais de laisser se manifester le concile perpétuel du ciel et de la terre, que nous vivons liturgiquement comme mystagogie théologique. Et c’est un don de l’incarnation du Verbe de Dieu ainsi que de la présence du Saint Esprit qui construit tout l’édifice de l’Eglise.

Il n’y a pas un mode d’existence propre à la divinité trinitaire et un autre mode qui serait propre à l’unité ecclésiale. « Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin que tous soient un » (Jn 17, 21).

L’Eglise n’a pas un mode d’existence différent de son enseignement ou de sa théologie. Son mode d’existence manifeste la source de sa vie et proclame sa théologie. La théologie est un témoignage de foi. Et l’Eglise, l’affirmation que Dieu aime le monde.

Le mode de vie de l’Eglise ne diffère pas du mode de vie de chaque croyant. Tout comme dans la vie de l’Eglise la Pentecôte est « l’ultime fête et l’accomplissement de la promesse » et le jour de la naissance de l’Eglise, ainsi aussi dans la vie du croyant, les vertus ne sont pas le but mais bien l’humilité, qui naît des vertus, qui attire la grâce de l’Esprit Saint (Abba Isaac le Syrien). Les véritables saints, par l’humilité, deviennent dignes de vivre la liberté du siècle à venir tel un jour de naissance.

Au jour de la Pentecôte, nous avons le premier concile liturgique, la création de l’Eglise, l’illumination du Saint Esprit sur chaque apôtre.

Tous se mettent à annoncer les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité (Matines de la Pentecôte). Ces choses étranges et étonnantes sont familières et intelligibles. Tous sont en paix et se nourrissent spirituellement. Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa propre langue.

Avec Babel, l’audace de la construction d’une tour qui s’élèverait jusqu’au ciel, a amené la confusion des langues et la séparation entre les hommes. A la Pentecôte, les langues de feu unifièrent les peuples pour la connaissance divine.

« Jadis, en punition, fut abrogé le mutisme ; maintenant est renouvelée l’harmonie pour le salut de nos âmes » (Matines de la Pentecôte).

L’Orthodoxie est une bénédiction pour tous, par-dessus les paroles et les pensées. « Pure Mère de Dieu, ton miracle s’élève au-dessus de la force des paroles » (Office de la Dormition).

Dans sa vie liturgique, elle a incorporé la vérité tout entière du Dieu-Homme ; l’incarnation, la croix, la résurrection, l’ascension. Ceci tu le discernes sur le corps transfiguré de son existence.

Toute chose est transformée par la grâce divine : la théologie des théologiens, l’iconographie des peintres d’icônes, la mélodie des compositeurs, la vie des fidèles. Cette divine transformation, comme conséquence de la constitution trinitaire de l’Eglise, convainc ceux qui ont soif de la vérité que Dieu n’abandonne pas mais aime le monde, comme Il aime son Fils unique.

L’Eglise orthodoxe chemine dans l’histoire comme le Christ ressuscité épanchant la paix et l’allégresse.

Tu dois te sentir affamé et assoiffé pour les choses éternelles et indifférent aux choses éphémères. Alors tu Le verras comme Dieu parfait et homme parfait qui te conduit vers la plénitude de la vie d’ici-bas et à venir.

« Le Verbe que rien ne contient était tout entier dans le monde d’en-bas sans avoir quitté celui d’en-haut. Car ce qui se produisit ce fut une condescendance divine, point un déplacement dans l’espace » (Hymne Acathiste).

Il nous offre ce qu’il est. Il nous élève là où il se tient.

Tel est le principe de la théologie. Ce n’est pas un « déplacement dans l’espace » que tu peux suivre par les sens, contrôler par la pensée et régler par ta volonté. Mais une « condescendance divine » qui transforme et transfigure ta vie.

La condescendance divine t’offre la bénédiction de l’ascension que l’on atteint par la grandeur de l’humilité.

Il est Dieu parfait et devient homme parfait. Il n’apporte pas quelque chose de relatif et éphémère parmi les choses que nous avions, mais quelque chose de divin, éternel et accompli dans l’Esprit. « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre » (Lc 12, 49).

Tel est le nouveau mode qui apporte la vie et la paix dans le monde. Chaque saint authentique, par l’humilité et la grâce de l’Esprit, est une visite divine et une consolation pour tous les faibles.

Le Seigneur descend à notre niveau. Il parle notre langue. Il entend la peine et résout nos problèmes. Rassasie notre faim. Ressuscite nos morts. Nous console.  Guérit nos maladies. Nous libère des esprits impurs.

Il ne reste pas là. Il descend dans l’Hadès. Abolit la mort. Relève tous ceux qui se sont endormis. « Et il n’est plus de mort au tombeau » (Homélie pascale de Saint Jean Chrysostome).

Tous Il nous unit dans l’espace infini de la liberté du siècle à venir.

Après la Passion et la Résurrection, il trouve les apôtres apeurés, enfermés dans des lieux étroits. Il leur accorde la paix et la joie. Ils le voient et se réjouissent. Ils croient pour L’avoir touché (Lc 24, 39).

Ils croient pour l’avoir vu (Jn20,29). Ils croient car ils sont vivants (Jn 14,19). Ils restent constamment ensemble. Il les envoie dans le monde pour prêcher l’Evangile.

Dans la Divine Liturgie, ils trouvent l’Eglise comme une théophanie incarnée. Dieu « s’est manifesté dans la chair …, Il s’est élevé dans la gloire » (I Tim. 3,16). Et Il demeure sans cesse avec nous par l’Esprit Saint.

Il est venu et nous a visités. Il est parti et alors Il s’est manifesté. Sanctifiés l’arrivée et le départ, l’incarnation et l’ascension, la présence et l’absence.

Lorsque tu demandes que sa volonté soit faite, une lumière intemporelle illumine ta vie. Qui abolit les séparations et les distances. Au milieu de la houle des problèmes, tu entends le Seigneur qui dit : « C’est Moi. Ne craignez point ».

La sérénité se déploie autour de toi et en toi. Pour rien tu ne t’inquiètes. Tu as confiance dans son amour. C’est Lui ta vie et la vie de tous.

Ce qui est mensonger est troublé et infondé car il recherche ce qui est à lui et non ce qui est au grand nombre afin qu’ils fussent sauvés. Ce qui est vrai est serein et tout-puissant, car il naît du sacrifice de tous.

Le croyant a conscience de sa propre faiblesse et de la force de l’amour du Fort. Il ne s’interroge pas sur la façon dont les choses vont évoluer, car en vivant en Christ il se trouve au commencement et à la fin de la création.

Dans l’Eglise nous ne commémorons pas des événements historiques, mais nous vivons liturgiquement le salut qui par Jésus-Christ est venu et qui vient. Tous sont présents. Le ciel et la terre se réjouissent ensemble.

« Maintenant les Puissances célestes invisiblement célèbrent avec nous … Voici que s’avance, escorté, le sacrifice mystique, parfait » (Liturgie des Saints Dons Présanctifiés).

Il est escorté et entouré par ceux qui se sont endormis dans la foi, Ancêtres, Pères, Patriarches … et tout esprit juste.

Sont présents tous ceux qui sont authentiques, qui ont été sanctifiés en s’offrant tout entiers au Dieu de l’amour.

Tu vis dans un monde inaliénable et tu envisages autrement les choses altérées.

Lorsque l’Eglise se rassemble, « toute chair humaine fait silence » (Divine Liturgie du Grand Jeudi). Et l’on entend le Verbe de Dieu incarné par l’Esprit Saint qui était, qui est et qui sera.

Ceux qui disent : jadis il y avait des grands Pères et théologiens, aujourd’hui il n’y en a plus, parlent comme s’ils n’avaient jamais fait l’expérience de la vie liturgique. Ceux qui sont vraiment authentiques en Esprit, une fois qu’ils ont existé, jamais ils ne sont perdus. Ils entrent dans la concélébration de la vie éternelle. Ils sont toujours présents. Plus ils s’éloignent dans le temps, plus ils s’approchent de nous de manière plus évidente.

Personne ne peut museler celui qui parle en se taisant. Ni oblitérer sa présence qui se meut en s’absentant.

C’est cela que nous vivons et chantons tous dans la Divine Liturgie.

Ainsi, le prêtre, par la force du Saint Esprit,

– revêtu de la grâce du sacerdoce,

– entouré par le peuple chrétien, sans lequel la Divine Liturgie ne peut être célébrée,

– entouré par l’univers, pour lequel la Divine Liturgie est offerte,

sert le mystère, non pas en paroles, mais en acte.

Il transfuse sans bruit le sang de la vie à tout le corps de l’Eglise. Ici l’homme rencontre la ferveur de l’empathie qui porte l’espoir caché de la liberté finale.

Tu as confiance en Celui qui est amour. Tu demeures dans le lieu de la tendresse divine et tu mûris. Tu fais silence et apprends à parler. Tes problèmes sont résolus avant même de les formuler. Tu es récompensé pour un travail que tu n’as pas accompli.

Autrement, en dehors de la Divine Liturgie, tu ne trouves pas de solutions car tu te positionnes de manière erronée. Tu cherches que ta volonté soit faite.

L’aboutissement conscient de ton angoisse t’amène à dire « que Ta volonté soit faite » et ouvre le chemin de la vie.

« Le Bon Pasteur appelle ses brebis chacune par son nom et il les emmène dehors » (Jn 10,3). Cette sortie est tout à la fois entrée dans un autre lieu, plus vaste et plus illuminé.

L’Eglise n’est pas la communauté de ceux qui, à la manière du monde, ont réussi et sont bien organisés pour la vie passagère. Mais l’ensemble de ceux qui sont authentiques et désespérés par les réussites et bonheurs du monde, indignes de l’homme. Ils trouvent refuge dans le Donateur de vie qui est « l’aide des démunis, l’espoir des désespérés, le sauveur des affligés, le port des navigateurs, le médecin des malades » (divine liturgie de saint Basile).

Dans l’esprit de bouleversement de la conception séculière des choses, dans le « Il ne doit pas en être ainsi parmi vous » du Seigneur (Mt 20, 26), se situe la parole de l’Apôtre : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ». (2 Cor 12,10) et le témoignage de la primauté qui lui appartient (point du pouvoir mais de la contrition). « Le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier» (I Tim 1, 15).

Celui qui peut intérieurement arriver à cette primauté jouit de la quiétude du siècle à venir pour le bien de tous.

Le Seigneur a demandé que nous fussions unis selon le monde trinitaire. Que nous vivions de manière conciliaire, en demandant que se fasse la volonté de Dieu. Ainsi nous goûtons à la joie du paradis. C’est seulement cela qui parle sans voix et convainc le monde de la valeur de la vie.

Si notre vie ne donne pas le témoignage du salut, alors notre parole ne convaincra pas de la vérité de notre théologie.

Point de concile ni d’Eglise en dehors de la divine liturgie. Nous n’offrons pas la divine liturgie au début et à la fin de nos travaux puis laissons notre théologie et notre vie sans expérience liturgique. Cela revient à dire que nous réglons tout selon notre propre logique.

Qu’un concile soit ou non appelé œcuménique et quelle place il occupera dans la vie de l’Eglise, ce n’est point là une décision humaine, mais l’œuvre de la conscience ecclésiale vive en Esprit, qui juge et classe parfaitement tout concile et tout théologien selon la place qui lui revient (grand est l’exemple des conciles du 14e siècle avec saint Grégoire Palamas).

Que nous vivions la liturgie lorsque nous y participons, toute la question est là.

Si comme l’Apôtre nous pouvons dire (autant que possible) : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est  le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20).

Si avec audace, sans condamnation, nous osons appeler Dieu le Père céleste et dire : « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Alors nous vivons le concile du ciel et de la terre, qui sans cesse est célébrée dans l’Eglise qui confesse : « Pour nous, notre façon de penser s’accorde avec l’Eucharistie, et l’Eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (saint Irénée, Contre les hérésies). Alors nous disons spontanément : « Le Saint Esprit et nous-mêmes avons décidé». Et nous perpétuons l’unique tradition, dans le cénacle liturgique où le Dieu-Homme a conduit son Eglise.

Si tu désires des choses éphémères et des préséances, Il te dit : tu ne sais point ce que tu demandes (Mc 10, 36-38). Si tu recherches les choses précieuses qui concernent le salut de l’homme, alors Il t’accompagne et, au milieu de mille tourments, Il t’amène vers la lumière. Tu saisis ce qu’il a dit : « Il fallait que le Christ souffrit et qu’Il entrât dans sa gloire » (Lc 24, 26).

Il fallait que toi aussi tu souffres ; que tu traverses toutes les épreuves qui bien souvent t’accablent. Pour que tu comprennes qu’Il était avec toi même lorsque tu ne le savais point.

A présent tu Le reconnais à la fraction du Pain, et à la rupture de ta résistance Il apparaît comme le Ressuscité. Et toi tu es transformé par un éclat secret. Tu acquiers un sentir et une certitude autres. La vie continue.

Toutes choses sont transfigurées et réunies. Il ne cesse le cheminement qui semble comme un arrêt ; ni la parole qui est confinée dans le silence. Tout est rassemblé dans l’infime qui est immensité. Dans un instant qui est l’éternité. Dans une perle sainte qui est le Christ tout entier.

L’homme trouve l’un qu’il recherche, lorsqu’en un instant toutes choses lui sont révélées ; lorsqu’il parvient au sommet liturgique (« pour nous élever jusqu’au ciel ») et reconnaît le Seigneur comme Dieu-Homme. Alors dans l’éclair de la divinité il voit ce qui a précédé et ce qui va suivre. En une fois il se trouve partout. Sa conduite est scellée. Son cœur est apaisé. Il connaît celui qui est l’Alpha et l’Oméga. Il est humilié de joie comme un indigne pour l’honneur qui lui est fait : voir les choses invisibles. Et se voir interpréter les choses incompréhensibles de l’amour divin.

Lorsqu’à Emmaüs le Seigneur est devenu invisible lors de la fraction du pain, ils ne pouvaient le « forcer » à demeurer avec eux. Car Il ne « feignit » (Lc 24, 28) pas d’aller autre part, comme cela survint antérieurement, mais Il est réellement parti et est resté avec eux comme Ressuscité. Ils sont arrivés au terme ; là où les amena l’Inconnu. Ils sont arrivés à Lui qui est le commencement et la fin.

Alors se réalise ce qu’il avait demandé : « Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (Jn 17, 24).

A présent se réalise aussi son autre demande au Père céleste : Je ne demande pas de les ôter du monde, mais de les protéger face au Malin (voir Jean, 17,15), au danger de la tentation de saisir les choses célestes de la création nouvelle et de la théologie à la manière du monde.

A présent tu comprends la parole : « Là où est Jésus Christ là est l’Eglise catholique » (Saint Irénée de Lyon, Aux Ephésiens). Tout existe et est saisi d’une manière autre.

La valeur de la vie ne s’évalue pas humainement à l’aune d’éléments mesurables, mais elle se situe, par la grâce, dans l’infime qui se dilate à l’infini.

Tu reçois le peu qu’Il t’offre et tu jouis du tout qui « n’est pas monté au cœur de l’homme » (I Cor 2, 9).

L’abondance ne se trouve ni ne croît par la quantité mais se perpétue par la gratitude.

Tu gagnes ce que tu perds en l’offrant par amour à Celui qui est don perpétuel.

Et Lui qui se manifeste en devenant invisible te prend avec Lui dans la Cité nouvelle.

Le Verbe s’incarne et la théologie se vit « en pensant et en agissant » liturgiquement.

La présence du Seigneur est une théophanie. « C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé » (Jn 8,42). Je vous transmets la vie et la grâce de la divinité trinitaire. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour » (Jn. 15,9).

Je ne viens pas, à l’instar du monde, apporter une paix éphémère et un amour factice. Je suis venu pour apporter la santé et la vie éternelle. « Celui qui est de la terre est terrestre et parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tout et témoigne de ce qu’il a vu et entendu » (Jn 3, 31-32).

Je veux vous transmettre ce que j’ai vu et entendu de mon Père : « Je dis ce que j’ai vu auprès de mon Père » (Jn 8,38). Et « Je vous ai fait connaître ce que j’ai entendu auprès de mon Père » (Jn 15,15).

« Père saint », je veux qu’ils voient la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès l’origine du monde.

Qu’ils voient le lien de la gloire avec l’amour. Qu’ils jouissent de la liberté dans l’obéissance. Qu’ils soient un, comme nous sommes un. Qu’ils voient la gloire qui était mienne avant l’origine du monde et qui sera mienne quand le monde passera. Et c’est avec elle que je viendrai « juger les vivants et les morts ».

Qu’ils voient ma gloire pour rassasier leur faim. « Je me rassasierai en contemplant ta gloire » (Ps. 16,15).

Qu’ils soient convaincus de la vérité de l’amour. Et qu’ils trouvent le repos après le labeur et les croix de la vie.

Que brille la lumière. « Sur qui a soufflé la grâce qui s’épanche de Dieu » (Canon de la Pentecôte).

Que point ne leur soit donné quelque chose d’illusoire, qui n’étanche pas la soif de l’homme.

Que soit greffée la bouture de leur existence sur le bon olivier de l’amour qui jamais ne faillit. Que soit sauvée « la grande blessure, l’homme » (Vêpres du Dimanche de Thomas).

Un saint authentique, alors même qu’il semble être une exception quant à la pureté de l’esprit et la grandeur de sa mission, devient, par l’humilité qui le distingue, une visite divine et une consolation pour tous ceux qui sont faibles et méprisés.

Il ne se remplit pas d’orgueil à cause de ses exploits ; mais il atteint l’humilité pour la grâce qui l’a transformé. Il transmet l’expérience du Paradis qu’il vit. Et il console tout un chacun par sa seule existence. Il participe au combat complexe de pacification de l’univers, alors même qu’il n’apparaît nulle part.

L’Eglise, par son existence trinitaire, diffuse des messages de vie et d’espoir. Les reçoivent ceux qui en ont vraiment besoin.

Nombreux sont partout les vrais affligés qui recherchent les choses précieuses et subissent de grands tourments. Lorsqu’ils reçoivent le message de l’Eglise, ils sont une bénédiction pour tous.

Beaucoup sont sacrifiés et immolés. Ceux-là trouvent le Seigneur qui « une fois pour toutes s’est offert en sacrifice. Toujours immolé, il sanctifie ceux qui participent à son immolation ». (Prières du soir avant la divine Communion)

Et Lui il les trouve là où l’on ne l’imaginerait pas et il confesse : « Même en Israël je n’ai pas trouvé une telle foi » (Lc 7, 9). Divines sont les dimensions de l’Eglise.

Ce qui est vrai (fût-il infime), ceux qui sont affamés le trouvent et le reçoivent à distance. Ce qui est faux (même s’il est beaucoup vanté) ceux qui sont authentiques le rejettent.

Le saint se meut et parle d’une autre manière, inhabituelle et salutaire. Il dit : « Je veux partir, me perdre, ne pas exister », échouer. Elle ne me contient pas la gloire qui passe ni non plus la réussite du monde qui me place au-dessus des autres. Elle n’étanche pas ma soif. Elle ne rassasie pas ma faim.

Je ne désire pas être glorifié, sauver mon âme par mes propres forces dans le champ de la corruption. Je veux la perdre pour l’unique Verbe de Dieu qui supporte tout pour sauver tout le monde. Qui se manifeste en devenant invisible. Et qui est honoré dans l’Eglise orthodoxe comme Roi de Gloire, Crucifié en toute sérénité, et qui est couché sur le dos, mort, sur l’Epitaphios (icône du Christ au tombeau, brodée sur un tissu et vénérée dans les églises orthodoxes les Grands Vendredi et Samedi).

Je veux me perdre, ne pas faire le saint avec les farces de mes exploits, mais être rendu digne de Ta propre gloire.

« Qui perd son âme à cause de moi, celui-là la sauvera » (Lc 9,24). Le salut qui est digne de l’homme revêt les dimensions de la perte.

La perte l’enveloppe maternellement. Et le salut qui lui est offert l’assume sur un autre niveau et le rend proche de nous.

Il est une bénédiction pour tous les affligés qui se rassemblent auprès de lui. Et pour lui, tous les tourments sont une bénédiction.

Un saint, qui trouve son âme en la perdant à cause du Seigneur, trouve la paix dans l’Esprit. Il ne se dispute avec personne, car le vécu est au-dessus de la force des paroles. Ses apories ont été résolues.

Il reçoit intérieurement le changement étonnant et diffuse par toute son existence un indicible parfum qui nourrit le monde. « Tous nous avons été nourris par un arôme indicible qui ne nous rassasie point » (Martyre de Sainte Perpétue).

Il en est beaucoup qui, alors même qu’ils font les théologiens ou les faiseurs de miracles, sont dans le trouble et la ténèbre. Cette ténèbre du trouble ils ne peuvent la réfréner, mais ils la répandent en créant un climat de confusion sous la forme d’une théologie qui te serre le cœur et te cause un malaise. Elle ne conduit pas à la source de la vie et de la quiétude.

Au lieu de voir dans leur invalidité humaine et la lourdeur de leur cœur une occasion de repentir, ils la considèrent comme une possibilité de témoignage théologique. Au lieu de se réfugier chez le Médecin des âmes et des corps, ils mettent en évidence leur maladie psychique comme une inquiétude spirituelle qui est provoquée par l’éloignement du monde de Dieu. Mais le mensonge est évident et la maladie ne se dissimule pas. Tout cela n’a aucun lien avec le repos que l’Eglise prodigue par ses Saints crucifiés.

Ce n’est pas ainsi que les problèmes sont résolus ni notre maladie guérie.

La parole du salut de l’unique Verbe de Dieu vient comme consolation de l’Esprit qui vivifie tout le monde et préserve sa quintessence. Tous nous avons besoin de la miséricorde du Dieu-Homme, et point des actions et des interventions humaines.

Tout comme le soleil n’est point touché par les turbulences atmosphériques de la terre, ainsi la vie trinitaire de la divinité et la structure conciliaire de l’Eglise ne sont point altérées par des troubles et des turbulences historiques.

Le peuple croyant vit dans la sérénité du mystère accompli, peu importe que viennent et disparaissent les empires et idéologies qui ont menacé et tourmenté le monde. Et qui croyaient changer à jamais la vie des hommes.

Si aujourd’hui certains terrorisent le monde avec des attaques meurtrières et des mises en scène de massacres, le Dieu-Homme demeure immuablement le Maître de l’amour et de la compréhension. Il est la solution dernière de tous nos problèmes, même si notre superficialité l’ignore.

Il reçoit pacifiquement « toute la cohorte » (Mc 15, 16) de l’histoire qui se moque de Lui, lui pose sur la tête une couronne d’épines. Il fait face avec amour à tous ceux qui viennent s’opposer à Lui.

Il ne frappe personne, sauf la haine et l’inimitié. Dans tout criminel il voit la victime d’autres crimes et de la dépravation spirituelle. De cela nous sommes tous responsables.

Il ne considère pas comme innocents ceux qui, à l’instar de Pilate, se lavent les mains et confessent « Je suis innocent de ce sang » (Mt 27, 24).

Il est venu pour que cesse l’hypocrisie et le glissement de la corruption, la pulsion irrésistible de mort.

« Seigneur, par ta mort vivifiante tu as brisé le cours de la mort et la corruption » (Matines, Dimanche du 2e ton).

L’Eglise orthodoxe a l’ampleur de l’Esprit qui embrasse l’univers. Voilà le mode et le but de sa vie.

Par cette Liturgie, elle a fait face aux tourments des épreuves et des menaces. Dangers de voleurs, dangers de nations, dangers avec les brebis galeuses. Elle les a tous dépassés. Elle est restée reconnaissante pour les épreuves. Elle se réjouit des tentations et des tourments.

Et ceux qui se sont opposés à elle, de n’importe quelle façon ou intention, pour la frapper, l’aliéner et s’imposer à elle, elle les considère comme des victimes de l’égarement. Elle voit en eux des frères vulnérables qui ont besoin d’aide.

Elle a seulement appris à aimer. Elle a vécu et vit l’amour et la tolérance du Dieu-Homme. Elle a reçu une nourriture et une conduite céleste.

Nous arrivons à notre époque. Nous vivons dans l’ère des dialogues. Nous les chrétiens nous essayons de rétablir l’unité que le Dieu-Homme nous a donnée et qu’Il souhaite.

Parmi nous il y a les dits progressistes, enclins au dialogue. Et aussi ceux qui sont considérés comme des conservateurs qui généralement refusent les contacts.

C’est ici qu’est jugée l’authenticité et la force de notre foi, car nous ne préservons pas la vérité en maudissant les égarés ni n’offrons avec de fallacieuses affabilités ce que recherche l’âme de l’homme.

Ici sont requis les véritables héros de la foi, qui sauvent leur âme en la perdant à cause du Seigneur (Lc 9, 24).

Eux, ils sont sereins comme inexistants. Ils se réjouissent en n’étant pas. Alors ils voient qu’existe Celui qui appelle « ce qui n’est pas (ceux qui ne sont pas) pour réduire à rien ce qui est » (1 Cor 1, 28), les extrait de leur réussite imaginaire, qui est une vie fallacieuse et une véritable maladie.

Même s’il semble que les oecuménistes superficiels et les zélotes fanatiques ont des positions opposées, dans la réalité ils partagent la même indigence ; ils sont enfermés dans la même prison. Ils commencent et finissent dans leur propre conception. Il leur manque l’audace de la foi et la vérité de l’amour qui libèrent l’homme.

Ils tourmentent et se tourmentent avec des menaces sans signification ou des affabilités sans contenu. La présence de l’un nourrit l’existence de l’autre. Et il ne cesse point le désordre de la dispute des autorités imaginaires.

Aux deux parties se fait entendre la parole de Dieu : « Je ne les ai pas envoyés, je ne leur ai rien ordonné, je ne leur ai point parlé ; visions de mensonge … et rêveries de leurs cœurs, voilà ce qu’ils vous prophétisent » (Jér. 14, 14).

Considérons les choses avec sérénité ; dans le dialogue entre chrétiens, nous avons trébuché :

  • avec les catholiques-romains, en abordant la question de l’uniatisme,
  • avec les protestants, en constatant qu’ils se divisent perpétuellement, que sans cesse de nouvelles confessions sont créées. Alors, humainement, tu reconnais ta faiblesse. Mais « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18, 27).

Revenons brièvement en arrière ; nous voyons l’évènement du schisme. Puis vient la tentative de prosélytisme à l’égard des orthodoxes. Ils n’arrivent pas à grand-chose. L’uniatisme naît, phase caractéristique de l’histoire.

C’est comme si l’Occident s’adressait à la partie orthodoxe en disant :

« Tu prétends avoir le Christ de ton côté. Tout le climat de ta Tradition apparaît altéré. Il est palpable dans un monde transfiguré.

Tout ce qui apparaît et est palpable est rempli de grâce divine. La grâce, je ne puis la saisir, l’enfermer.

Je veux te dire : Moi je suis une grande puissance. Je ne toucherai pas à ce qui apparaît ; je vais même te le garantir. Je te demande seulement quelque chose d’infime : de croire que j’ordonne tout infailliblement : (c’est ainsi que je le comprends et le vis à ma propre façon).

Je t’ôte le danger de la liberté et le tourment de la responsabilité qui engendrent des problèmes.

Toutes les autres choses que tu vois et que tu as, nous les conserverons telles quelles. Tu ne distingueras aucune différence. Seulement ils ne pousseront pas de la racine de ton être. Toute cette création ne sera pas engendrée par ton mode de vie ; sacrifie-les totalement pour le Seigneur. Vois-les reprendre vie de manière incorruptible. Cela seul tu ne l’auras pas. Tu auras néanmoins l’icône de la Résurrection.

Moi je vais te peindre la plus belle icône de la Résurrection qui existe pour que tu n’oublies point ce que tu avais. Je vais t’imprimer les meilleures copies. Tu les honoreras. Ce ne seront pas des créations de ta vie. Tu seras cependant couvert par la puissance de Rome. Ainsi, comme si nous étions unis, tous les Chrétiens nous ferons face aux ennemis communs ».

A une telle proposition, la conscience orthodoxe réagit immanquablement, par amour pour tous les hommes :

Il s’agit d’une moquerie et d’un refus du nouveau mode de vie qu’offre au monde entier la Résurrection du Seigneur. De la sorte, nous devenons tous des copies humaines, ni authentiques ni libres en Christ.

Ce que vit et dit l’Eglise orthodoxe, c’est qu’existe la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit, qui nous invite et nous offre la vie : « Que celui qui a soif vienne. Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement » (Apoc. 22, 17).

Nous nous divisons nous-mêmes en mille morceaux qui sans cesse se multiplient. Le Christ ressuscité demeure notre salut à tous. Seuls, malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons les rassembler.

D’ailleurs, le drame des divisions, que nous voulons guérir, a pour origine une « bonne intention ».

D’aucuns, « bien intentionnés », se sont considérés comme infaillibles. Cela a  modifié leur comportement et leurs exigences.

Les autres ont réagi pour échapper à la soumission, inconnue dans l’Eglise du Christ. De nouveaux groupes se sont créés avec des individualismes partiels infaillibles.

Et nous arrivons à la situation actuelle. Le Christ est la solution.

La réaction des Protestants est naturelle. Elle est le signe d’une santé spirituelle et elle est utile pour tous, pourvu qu’elle soit envisagée avec intelligence « selon le Christ ».

L’homme recherche l’unité et la liberté afin d’atteindre la plénitude de la vie, qui est l’amour.

C’est cela qui est offert par l’Eglise, dans laquelle nous nous nourrissons du Pain céleste « qui est rompu sans être divisé » (Divine Liturgie).

Nous vivons le fait que le Dieu-Homme est indivisible. Et Son Eglise non plus ne se divise pas. Nous jouissons de l’union et de la liberté.

Chaque croyant, au moment de la sainte Communion, reçoit en lui le Christ tout entier. Et l’Eglise entière est le Christ Lui-même.

Ceux qui sont dispersés … ne seront pas égarés mais ils seront rassemblés par le Seigneur (voir Is. 35, 8-10). La dispersion a la grâce du rassemblement, et l’unité la liberté de l’Esprit.

« Ayant demandé l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit, offrons-nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu » (Divine Liturgie).

Nous parlons la langue maternelle de l’homme, la langue de la vérité et de l’amour, qui préserve la liberté et l’unité comme prérequis de vie.

Lorsque nous disons que dans le saint des saints de l’Eglise se trouve l’unique vérité, le Christ qui se manifeste en devenant invisible, ce n’est pas quelque chose qui flatte certains et dévalorise d’autres (sinon nous serions tous raillés).

Il n’y a point de confrontation engendrant des vainqueurs et des vaincus ; il s’agit là des passions du siècle présent. Ici, existe l’amour de l’Un qui sauve tous les hommes.

Les Orthodoxes ne sont pas victorieux dans le dialogue ; est victorieux le Dieu-Homme qui a vaincu la mort par Sa mort pour le salut de tout le genre humain.

Les orthodoxes sont les vaincus (c’est ainsi que nous le vivons liturgiquement) par l’amour du Christ. Ce ne sont pas l’Eglise et les saints qui vivent, mais le Christ qui vit en eux. Eux, ils ne vivent plus. C’est le Christ qui est tout en tous. C’est Lui leur vie, et pas leur existence biologique ou des ambitions mondaines ou séculières.

Tu vis cette réalité : c’est Lui la Résurrection, moi je suis la chute. C’est Lui qui est l’unique vérité de la vie et du sacrifice. Il s’offre comme joie pour que tous soient vainqueurs, se réjouissent, se divinisent. Que personne ne reste en dehors du banquet de la foi et de la joie du Seigneur. Que personne ne perde la possibilité d’offrir le peu qu’il a pour jouir, « avec  tous les saints », du tout qui est indescriptible.

Personne n’est une créature sans volonté, ni un accessoire de machine. Nous sommes tous, par la grâce, enfants de Dieu. Tout ce que Dieu a, l’homme l’acquiert par la grâce, sauf l’identité de l’essence.

Le devoir sacré des orthodoxes est de manifester le mystère du salut qui sans cesse est accompli par la présence du Seigneur Dieu-Homme, qui offre et est offert dans l’unique Liturgie du salut du monde entier.

C’est une bénédiction qui s’épanche sur tout homme qui est véritablement affamé et assoiffé de la vérité de la vie.

A l’instar de la lumière du soleil qui illumine tout l’univers, comme surabondance de vie et de bénédiction ; vivifie tout ce qui vit et décompose les corps morts.

La présence du Christ agit avec amour et énergie. Elle bénit et juge tout le monde.

Personne ne peut éteindre le soleil en jetant des pierres en l’air. Et personne ne peut abolir les actions du Médecin des âmes et des corps par une quelconque frivolité ou méchanceté.

Sa présence discrète agit dans l’histoire en libérant l’homme. Elle guérit tout. Il suffit que nous ne nous pressions pas et ne donnions pas nos propres solutions.

L’Evangile est vraiment la bonne nouvelle, car il dit toute la vérité. Il ne cache point les faiblesses humaines ni n’ignore la présence salutaire du Dieu-Homme.

Judas, après avoir trahi le Maître, s’étant rapidement repenti, a apporté sa propre solution, « et alla se pendre » (Mt 27, 5).

Pierre, après sa chute, a donné une autre solution. Il trouva un endroit et pleura amèrement. Il a reçu le repos du pardon. Et il est devenu la pierre de la foi pour avoir fondu en pleurs.

Les choses sont simples dans la mesure où nous croyons dans le Christ et déposons en Lui toute notre vie.

Tu es rempli de stupeur devant la toute-puissance de Son amour et la délicatesse de Son comportement ; Il s’en va dès qu’il semble que tu ne désires pas Sa présence.

Lorsqu’il alla au pays des Géraséniens, là où les possédés d’un esprit impur circulaient nus et terrorisaient les gens, Il ne les a pas réprimandés pour leur comportement inadéquat qui provoquait la répugnance, ni ne leur a formulé des vérités théologiques. Ceux-là non seulement étaient insensibles à la parole mais ils déchirèrent leurs vêtements et brisèrent leurs chaînes (voir Mc 5,1).

Il les a libérés des esprits impurs et ils se tenaient à ses côtés, vêtus et assagis. Et quand Il autorisa la légion des démons à entrer dans le troupeau de porcs et à se noyer dans la mer, les habitants de la région furent saisis d’une « grande peur » et demandèrent au Seigneur de quitter « leur territoire » (Mt 8,34). En effet sa présence causait des dommages aux unités de production et une récession économique.

Le Seigneur ne leur parla pas de leurs propres écarts, mais Il monta sur la barque et s’en alla. Cette conduite nous juge et nous sauve.

Que la grâce de Dieu nous illumine pour que nous puissions nous tenir en présence de Jésus, non point avec la question : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » (Mt 8, 29), mais avec la certitude qu’Il est celui qui vient pour nous libérer des tourments.

3 février 2016″

Un article du P. Jivko Panev : « L’Église orthodoxe aujourd’hui, entre cadre juridique et structure canonique : le cas français »

istina_4_2015Dans le numéro 4 de l’année 2015 de la revue Istina, le P. Jivko Panev a publié un article intitulé : « L’Église orthodoxe aujourd’hui, entre cadre juridique et structure canonique : le cas français ». En voici le résumé :
« Cent dix ans après la promulgation de la loi de séparation de l’Église et de l’État du 9 décembre 1905, l’auteur se demande sous quelle forme juridique l’Église orthodoxe doit être représentée en France, tant du point de vue de ses intérêts que de son ordre canonique. Après un rappel de l’évolution de la législation et de son application, précisant comment les confessions ont le choix entre plusieurs structures juridiques, l’auteur expose l’organisation de l’orthodoxie française, fragmentée à cause de sa répartition en communautés nationales. En distinguant deux périodes, il montre comment certaines Églises ont tenté de rapprocher le plus possible les structures juridiques et canoniques de leurs juridictions, alors que d’autres cherchaient, à partir de 1997, à profiter de certains éléments des associations diocésaines utilisées par l’Église catholique (patriarcats serbe, russe et roumain). Une partie conclusive envisage quelle pourrait être une réponse conciliaire à cette question de la forme juridique de représentation sous l’égide de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France ». Nous vous proposons à lire quelques extraits de l’article. Vous pouvez acheter le numéro ou vous abonner à la revue depuis cette page.

« Ecologie intérieure : la crise est spirituelle » – des textes de Michel Maxime Egger

Michel-Maxime-Egger-800x450Sur le « blog-notes » du site Trilogies, Michel Maxime Egger (dernier ouvrage paru) a publié dernièrement plusieurs textes sur l’écologie intérieure. Les textes sont en ligne ici. Il est à noter que les positions de Michel Maxime Egger, qui sont fortement influencées par l’hindouisme et s’apparentent souvent à une forme de monisme panthéiste et de néo-paganisme, ont été sévèrement critiquées par Jean-Claude Polet dans la revue orthodoxe « Contacts », vol. LXIV, n° 240, octobre-décembre 2012, p. 506-514.

Source de la photographie: Cath.ch

« L’écologie et la spiritualité orthodoxe, une vision biblique et patristique du sens de la Création »

Pere_Andre_JacquemotSur le site de la paroisse des Trois-Saints-Hiérarques à Metz: le texte de l’intervention le 24 novembre dernier du père André Jacquemot (photographie ci-contre), recteur de la paroisse, sur « L’écologie et la spiritualité orthodoxe, une vision biblique et patristique de la Création » (au format PDF).

« COP 21 : le logiciel de l’Église est-il toujours adapté à la surchauffe de l’état du monde d’aujourd’hui ? »

COP21serie1-34Carol Saba a publié dans le quotidien libanais L’Orient-Le Jour une tribune intitulée « Cop 21: le logiciel de l’Église est-il toujours adapté à la surchauffe de l’état du monde d’aujourd’hui ? ».

Patriarche Bartholomée : « Les défis spirituels auxquels notre société contemporaine est confrontée »

Le 16 novembre, le patriarche Bartholomée Ier est venue à Bruxelles pour donner une conférence intitulée « Les défis spirituels auxquels notre société contemporaine est confrontée » aux Grandes conférences catholiques devant un public très nombreux. Vous pouvez lire l’intégralité de la conférence en cliquant ICI !

« De l’urgence d’un sommet mondial des consciences pour arrêter l’escalade vers l’abîme en Orient », une tribune de Carol Saba

Carolsaba Une tribune de Carol Saba a été publiée dans le quotidien libanais L’Orient-Le Jour. Consacrée aux tragédies qui se déroulent au Moyen-Orient, elle s’intitule « De l’urgence d’un sommet mondial des consciences pour arrêter l’escalade vers l’abîme en Orient« .

« La primauté du spirituel sur le politique ! Les défis des orthodoxes serbes du Kosovo »

CarolsabaLors de l’émission « Lumière de l’orthodoxie » (Radio Notre-Dame) du dimanche 20 septembre, la chronique de Carol Saba portait sur « La primauté du spirituel sur le politique ! Les défis des orthodoxes serbes du Kosovo ». Pour lire le texte de cette chronique, cliquez ici. L’enregistrement de l’émission et les autres textes se trouvent sur cette page.

Entretien: « Quelle est l’originalité de la vision chrétienne sur la communication ? « 

BannerLogoLa rédaction du portail catholique international Aleteia a interrogé le P. Christophe Levalois pour sa rubrique « Questions de fond » sur le thème « Quelle est l’originalité de la vision chrétienne sur la communication ?« . La présentation de l’entretien et des différentes parties se trouve ici. La totalité de l’entretien est sur cette autre page. Pour d’autres développements sur cette question, voir le livre du P. Christophe Levalois: « Prendre soin de l’autre – Une vision chrétienne de la communication » aux éditions du Cerf (La Procure, Éditeurs réunislibrairies de proximité, Amazon).

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Une chronique consacrée à l’affaire de la juridiction canonique sur le Qatar

CarolsabaDans sa chronique dans l’émission « Lumière de l’orthodoxie« , sur Radio Notre-Dame, du 5 juillet, Carol Saba a évoqué l’affaire de la juridiction canonique sur le Qatar qui a entrainé récemment une rupture de la communion ecclésiastique entre le Patriarcat d’Antioche et le Patriarcat de Jérusalem. Pour lire cette chronique, cliquez ici (le podcast de l’émission se trouve ).

« Le point de vue orthodoxe sur la traduction Notre-Père ». Un article de Jean-Claude Larchet dans le n°1 de « Ressources », la nouvelle revue de l’Église protestante unie de France

RessourcesL’Église protestante unie de France a consacré le premier numéro de sa nouvelle revue Ressources au thème : « Prier ensemble le Notre-Père », et a demandé à une vingtaine de repésentants des diverses confessions chrétiennes de participer à une réflexion sur différents aspects de « la prière du Seigneur ». L’un des points en débat est depuis longtemps la traduction de la 6e demande. Rompant avec la traduction œcuménique qui avait été adoptée en 1966 par les autorités catholiques, protestantes et orthodoxes – « ne nous soumets pas à la tentation » –, l’Église catholique a adopté officiellement en 2013 la traduction « ne nous laisse pas entrer en tentation », tandis que protestants et orthodoxes ont gardé jusqu’à présent la formule précédente et ne se sont pas prononcés sur cette dernière traduction, si bien que l’on peut dire qu’il n’y a plus aujourd’hui de traduction œcuménique du Notre-Père. Le comité de rédaction de la revue a interrogé Jean-Claude Larchet sur la position orthodoxe. Dans son article que nous reproduisons ici en PDF, il passe en revue toutes les traductions existantes dans le monde orthodoxe francophone, avant de proposer une solution pour la 6e demande, mais aussi pour la quatrième et la dernière demande qui posent également problème.

« Ressources. Pour une Église de témoins », n°1, Avril 2015, « Prier ensemble le Notre-Père », Éditions Olivétan (www.editions-olivetan.com – contact@editions-olivetan.com).

La chronique de l’émission « Lumière de l’orthodoxie » (Radio Notre-Dame) du 24 mai

1958_11_2_Cassas_PalmyreDans sa chronique, dans l’émission Lumière de l’orthodoxie, sur Radio Notre-Dame, du 24 mai (podcast audio sur cette page), Carol Saba a évoqué la ville de Palmyre en Syrie (illustration: les ruines antiques de Palmyre), qui vit des moments tragiques et dont le riche patrimoine est menacé, ainsi que la parution de deux ouvrages du père Serge Boulgakov. Pour lire cette chronique, cliquez ici.

« Interrogations sur l’unité des peuples orthodoxes ? De quoi parlons-nous ? Unité « essentielle » ou unité « de façade » ? »

SaintSauveurPour lire la chronique de Carol Saba, dans l’émission « Lumière de l’orthodoxie » du 15 mars sur Radio Notre-Dame, cliquez sur ce lien. Elle s’intitule: « Interrogations sur l’unité des peuples orthodoxes ? De quoi parlons-nous ? Unité « essentielle » ou unité « de façade » ? L’aggiornamento orthodoxe, de plus en plus, une nécessité viatique dans l’aujourd’hui de l’Église « pour que le monde croie » (Jean 17,21) ».

« Une si petite Eglise dans la grande Europe », par le métropolite Stéphanos de Tallinn et de toute l’Estonie

metropolite_StephanosLe 18 février à Paris, le métropolite Stéphanos de Tallinn et de toute l’Estonie a donné une conférence sur l’histoire de l’Estonie et l’histoire de l’Église orthodoxe dans ce pays, dans le cadre de l’association France-Estonie. Elle s’intitulait « Une si petite Église dans la grande Europe ». Avec l’aimable autorisation de son auteur, nous vous proposons le texte de cette conférence auquel vous pouvez accéder en cliquant ici.

Photographie: le métropolite Stéphanos au 2e Salon du livre orthodoxe à Paris en 2014.

« Toi, Paul, évêque d’Alep, en captivité, quelque part là-bas en Orient, depuis deux ans »

PaulLe 15 février, dans sa chronique de l’émission Lumière de l’orthodoxie, sur Radio Notre-Dame, Carol Saba, a rappelé et évoqué la captivité, depuis deux ans, de Mgr Paul (Yazigi) d’Alep (photographie ci-contre). Pour lire cette chronique, cliquez ici.

« Réflexions sur les silences des écritures »

logothatpetit3La Revue des études tardo-antiques, dans sa dernière livraison (RET 4, 2014-2015) a publié un compte rendu en français (p.21-33) d’un ouvrage récemment paru en italien d’Emmanuel Albano intitulé I silenzi delle sacre scritture. Limiti e possibilità di rivelazione del Logos negli scritti di Filone, Clemente e Origene (Ist. Patristico Augustinianum, Rome, 2014). Avec l’accord de la revue et l’aimable autorisation de l’auteur de l’article, Bianca Maria Altomare (Université de Reims – Champagne-Ardenne), nous vous proposons ce compte rendu intitulé « Réflexions sur les silences des écritures ». Extrait de l’introduction: « La problématique qui est à la base de la longue et rigoureuse recherche d’Emmanuel Albano porte donc sur la Parole Divine. Mais, comme l’indique le titre, l’auteur a choisi d’aborder ce thème dans la perspective des silences, c’est-à-dire de ce que le Texte Sacré ne dit pas. Il est question de la valeur ontologique du Texte, enjeu crucial en s’agissant de la Parole de Dieu révélée : que peut-on saisir de cette parole en tant qu’êtres humains ? Jusqu’où pousser une éventuelle tentative d’exégèse d’un texte sacré ? Peut-on transmettre ce qui a été révélé ? Comment ? Quel statut donner à ce Texte, contenant limité d’un contenu infini ? ». Pour lire ce compte rendu, cliquez sur ce lien.

« Chances et limites des moyens de communication aujourd’hui pour la liturgie »

DSCN2535Le 25 juin dernier, le P. Christophe Levalois (au centre sur la photographie ci-contre) est intervenu lors de la 61e Semaine d’études liturgiques, à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, sur le thème « Chances et limites des moyens de communication aujourd’hui pour la liturgie ». Il présente ainsi les questions abordées dans son exposé: « La première est celle du reportage d’un office, filmé ou photographié. Comment peut-il être fidèle à ce qui s’y déroule ? Peut-il y avoir réelle communication ou, au contraire, déformation du sens de l’action liturgique ? La seconde question est celle de la validité d’une télétransmission de la liturgie. Peut-elle remplacer la présence effective à l’office ? ». Pour lire le texte de cet exposé, cliquez ici.

Photographie: lors de la table ronde à l’Institut Saint-Serge qui a suivi l’exposé (source).

Kairos – Une chronique de Jean-François Colosimo : « Un orthodoxe au service secret de la France : Constantin Melnik »

colosimo_slo2014Kairos est une nouvelle chronique de Jean-François Colosimo sur Orthodoxie.com.

Ce 14 septembre 2014 mourait Constantin Melnik. Le temps des funérailles passé, Jean-François Colosimo revient sur  la destinée de cet homme qui, par son engagement au cœur de la République, s’est montré résolument orthodoxe et pleinement français.  

    C’est le 27 octobre 1927, une décennie après la Révolution bolchévique, et à des milliers de kilomètres du Palais d’Hiver, à La Tronche, en Isère, que naît Constantin Melnik. La Roue rouge a jeté ses parents, désignés comme des ennemis du Peuple, sur les routes de l’Europe. Sa  mère, Tatiana, est  la fille du docteur Eugène Botkine, le médecin du dernier tsar, assassiné avec la famille impériale qu’il accompagna jusque dans l’ordalie de la maison Ipatiev. Son père, lui- même prénommé Constantin Semionovitch, issu d’une lignée de militaires ukrainiens, ancien officier de la Garde, a servi l’amiral Koltchak comme chef du contre-espionnage durant la Guerre civile. Les jeunes gens se sont rencontrés  au cours de leur fuite qui les a menés de la Sibérie à la Yougoslavie avant qu’ils ne gagnent la France et les vallées industrieuses des Alpes. Dans ces terres traditionnelles d’accueil s’est formée une importante colonie russe dont témoignent aujourd’hui encore des chapelles orthodoxes désaffectées en bordure d’usines abandonnées. Seul garçon d’une fratrie de trois enfants, le petit Costia grandit dans ce monde reconstruit où la quotidienneté des jours se nourrit de souvenirs apocalyptiques et où la quiétude du temps qui passe ne saurait apaiser une inquiétude morale que redouble chaque nouvelle arrachée au silence mortuaire qui a recouvert l’URSS. Bientôt éprouvé par le divorce de Tatiana et de Constantin, dont le couple a été corrodé par l’acide de l’exil, il se sait, se veut et devient tôt un homme engagé dans l’histoire au nom de la vérité. Tandis que la vie de l’émigration à Paris est d’abord artistique et religieuse, la sienne sera placée d’emblée sous ce signe de l’action qui compose tout son héritage.
Français, Constantin Melnik le devient par le baptême républicain que lui procure la Résistance alors que, à peine âgé de dix-huit ans, il sert d’agent de liaison entre les maquis grenoblois et niçois. Son anticommunisme ne l’a pas rendu, à la différence d’autres, aveugle sur le nazisme. Son combat demeurera  fondamentalement antitotalitaire. Animé par l’urgence de la reconstruction, il entre à l’Institut de Sciences politiques dont il sort major en 1949. Les deux admirations et amitiés majeures qu’il a contractées durant ses études vont dominer son parcours : la première, philosophique, avec Raymond Aron, le pendant à droite de Sartre et penseur de la société ouverte contre l’hégémonie marxiste alors régnante ; la seconde, politique, avec Michel Debré, l’épigone du général de Gaulle et futur initiateur de la Ve République.

    C’est sur leur double conseil qu’il rejoint, comme secrétaire, le groupe sénatorial des Radicaux de gauche, formation d’inspiration centriste qui rassemble les démocrates et les  libéraux, dont un certain François Mitterrand. Peu après, sous l’impulsion du maréchal Juin et de Jacques Soustelle, les légataires du Deuxième bureau de la France libre, il noue relation avec les services puis est employé, à ce titre, comme conseiller dans les cabinets des Communications et de l’Intérieur. Sorti du rang par l’engagement clandestin, il commence à mener une carrière prometteuse à la lisière du renseignement.
Mais les promesses de la haute-fonction publique ne sauraient le satisfaire. La conscience de la faiblesse des démocraties le hante. En 1955, Constantin Melnik, fort de son don des langues, est à Stanford, en Californie où il travaille à la Rand Corporation, analyse les mutations du bloc de l’Est et met à profit ce séjour américain pour parfaire son cursus en géopolitique auprès de camarades tels qu’Henry Kissinger. Il acquiert ainsi une parfaite maîtrise des dessous de la Guerre froide et des méthodes américaines de lutte contre le communisme, la Rand n’étant jamais qu’un faux-nez du Département d’Etat.
Sur l’autre rive de l’Atlantique, la spirale des décolonisations bat son plein tandis que la IVe République s’enferre dans le régime des partis. Le retour de Charles de Gaulle au pouvoir sonne celui de Constantin Melnik à Paris. L’affaire d’Algérie est à son acmé et Michel Debré, nommé Premier ministre, va faire de lui son conseiller pour la sécurité, en charge des services secrets que composent le SDECE, le Service de documentation et contre-espionnage, et la DST, la Direction de surveillance du territoire, ainsi que de leur liaison avec la police et l’armée. En ce sens, il est avant l’heure, le premier Coordonnateur du  Conseil national du renseignement qui ne sera officiellement instauré qu’en 2008.
Pendant quatre ans, de 1959 à 1962, dans le mystère des soupentes retirées et des comités restreints de l’Elysée ou de Matignon, mais aussi dans la confidence des tête-à-tête avec le général de Gaulle,  il lui revient de maintenir l’ordre au sein d’une guerre civile attisée par les attentats terroristes du FLN et de l’OAS ainsi que par les tentatives de déstabilisation du KGB et de la CIA. On lui ordonne de répondre à la terreur par la terreur : c’est lui qui orchestre les décisions du pouvoir politique qui scandent ce combat de l’ombre, qu’il s’agisse de déclencher les opérations Omo (pour homicides), confiées à une unité spéciale de commandos parachutistes, ou d’instrumentaliser des officines, telles que la Main Rouge, destinées à pallier les interventions que s’interdit dans le principe un Etat de droit. On lui demande de gérer l’information et l’opinion : c’est encore lui qui place systématiquement sous écoute les activistes de tous bords, les intermédiaires militants ou véreux ainsi que les journalistes et éditorialistes prédominants en créant le Groupement interministériel de contrôle et encore lui qui finance en sous-main des organes proches du pouvoir comme Le Nouveau Candide. On le requiert de préparer la paix : c’est enfin lui qui entame sur le terrain les négociations occultes avec le FLN qui conduiront aux Accords d’Evian.
constantin-melnik-2827951-jpg_2461877_652x284   Son rôle est si crucial que la presse antigaulliste le voue aux gémonies et les journaux satiriques le brocardent, au regard de ses origines et de son allure massive, au crâne rasé, comme « le SDECE tartare », « l’empereur Constantin » ou encore « le Serbo-croate de service », toutes appellations qu’il jugera détestables car empreintes d’une insoutenable xénophobie au regard de sa seule volonté de servir la France, sa patrie, en tant que nation libre mais menacée. Car Constantin Melnik ne s’arrangera jamais de la barbouzerie ambiante et ne cessera de vouloir contrer son principal adversaire, Jacques Foccart, à l’origine des réseaux parallèles tels que le SAC, le Service d’action civique, et des dérives, mêlant complaisances, mallettes et coups d’Etat,  de la Françafrique. Surtout, guerrier plutôt qu’espion, il ne cessera de professer que le respect est dû à l’adversaire et ne se lassera pas de reconnaître les mérites de ceux qu’il a combattus. Dès que les fragiles débuts de la Ve République sont surmontés, il quitte, en 1962, les allées du pouvoir et, gardant sa fidélité à de Gaulle et Debré, n’en rompt pas moins avec leurs entourages.
L’homme d’action le cède alors à l’homme de lettres.  Constantin Melnik se fait l’un des écrivains et éditeurs majeurs de ce genre nouveau qu’est la littérature d’espionnage. Il promeut John Le Carré, Graham Greene, publie chez Fayard des livres d’expertises ou de révélations qui voient se côtoyer acteurs, témoins, chroniqueurs et impose l’histoire contemporaine  dans la liste des best-sellers en impulsant des ouvrages tels que Treblinka de Jean-François Steiner, L’Orchestre rouge de Gilles Perrault ou La Brigade Frankreich de Jean Mabire.  Lui- même signe des romans à clés et des essais informés qui connaissent le succès dont, chez Plon,  La mort était leur mission, Lettres à une jeune espionne, ou Politiquement incorrect. Dans le même temps, il s’affirme sur la scène internationale comme un spécialiste de la géostratégie et anime des rencontres de haut-niveau avec ses anciens homologues, dont Allan Dules de la CIA ou, après la chute du mur de Berlin,  Vladimir Krioutchkov du KGB. La Russie libérée, si ce n’est encore libre, revient à ce moment comme son ultime engagement dans une plaidoirie passionnée pour la Grande Europe.
Cette deuxième vie découle de la première en tant qu’elle en constitue le versant critique. C’est un Constantin Melnik, gardien d’une mémoire sans égale et jouant volontiers entre secrets dicibles et indicibles, voire de sa légende, que consultent régulièrement les journalistes d’investigation. Ecoutes de l’Elysée ? Il détaille l’ancienneté du système. Le Rainbow Warrior, un échec surprenant ? Il précise que non au vu des séries calamiteuses d’opérations ratées. Charles Hernu, agent soviétique ? Il dénonce l’approximation ignorante des vrais ressorts du recrutement. La réalité de la répression de la manifestation du FLN par la police le 17 octobre 1961 à Paris ? Il est le premier à donner le vrai nombre des morts, cent, et non pas trois comme le veut le bilan officiel.
Adversaire de la violence totalitaire, Constantin Melnik continue en effet le combat de toute son existence en tâchant de prévenir l’abus d’autorité  en démocratie, cette alerte fondant sa réflexion sur à la fois la nécessité absolue et l’encadrement non moins absolu des services de renseignement en régime de droit et de liberté. La tragédie de l’histoire est en quelque façon irrémissible mais le Bien se juge lui-même en refusant de confondre avec le Mal contre lequel il lutte.
Cette leçon lui venait de sa Russie native, celle de la Kitège immaculée et des bas-fonds de Dostoïevski, mais il croyait ardemment aussi qu’elle était celle de la France, sans cesse relevée de l’abîme par une Pucelle ou un Connétable surgis de nulle part, contre toute espérance. C’est cette idée qu’il avait tenu à servir. Elle ne serait restée qu’un idéal voué à la désillusion sans l’Eglise qui  a conféré à cet engagement terrestre une plus haute fidélité, celle envers le Christ souffrant en tout homme crucifié. A l’heure de la Terreur globale qui frappe les corps et étreint les esprits, son exemple n’en revêt que plus de force. En nous quittant le 14 septembre 2014, Constantin Melnik a emporté avec lui quantité de secrets, petits et grands, désormais déposés sur le trébuchet céleste, mais il nous a livré le plus essentiel : c’est autour de la dépouille mortelle et de la conviction immortelle d’un orthodoxe consumé par  le service de son pays que sont réunis ses frères d’arme et ses frères de foi, communiant avec lui dans le sentiment d’être tous d’humbles Français.

Jean-François Colosimo 

Photographie de Constantin Melnik: Le Point

Mgr Hilarion (Alfeyev) : « Primauté et synodalité d’un point de vue orthodoxe »

Nous présentons ci-après la conférence du métropolite de Volokolamsk Hilarion (Alfeyev), prononcée le 8 novembre au Séminaire théologique Saint-Vladimir de New York, au sujet de la primauté et de la synodalité d’un point de vue orthodoxe. Le métropolite y aborde notamment la question du « Document de Ravenne » et les raisons pour lesquelles le Patriarcat de Moscou a refusé de le signer.

Primauté et synodalité d’un point de vue orthodoxe.

Votre Béatitude,
Vos Éminences et Excellences,
Chers pères, frères et sœurs,
Chers invités,

En premier lieu, je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Séminaire théologique Saint-Vladimir pour m’avoir accordé le titre honoraire de docteur en théologie. Cela a été un grand privilège pour moi d’être un ami du Séminaire pendant de nombreuses années, d’avoir connu ses doyens et chanceliers, à commencer par le père Jean Meyendorff de bienheureuse mémoire, d’avoir fait éditer mes livres par « Seminary Press » et d’avoir participé au Conseil d’administration du Séminaire. À une époque où les relations entre la Russie et l’Amérique sont à nouveau tendues, je pense qu’il est particulièrement important de développer des relations fortes entre l’Église orthodoxe russe et l’Orthodoxie américaine. Je crois que le Séminaire Saint-Vladimir avec sont large rayonnement inter-orthodoxe peut jouer un rôle crucial dans la restauration de la confiance entre différentes parties du globe.
Aujourd’hui, je souhaiterais parler de la question de la synodalité et de la primauté. Ce sujet a revêtu une importance particulière durant les années récentes en raison des travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique-romaine et l’Église orthodoxe. Cette question est également pertinente pour ce qui est des relations inter-orthodoxes, particulièrement dans le contexte des préparatifs du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe. Plus particulièrement, cela est approprié en raison de la façon dont la primauté est exercée actuellement dans l’Église orthodoxe à un niveau universel, ce qui fait que les hiérarques et les théologiens de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) ne participent ni au dialogue entre catholiques et orthodoxes, ni aux préparatifs du Concile panorthodoxe.
Permettez-moi de commencer en clarifiant la signification des différents termes. Le terme « synodalité », ou « conciliarité », est la traduction du mot russe « sobornost’ », qui est lui-même un néologisme créé par les slavophiles du XIVème siècle, tels que Kireïevsky et Khomiakov, afin de désigner la communion de tous les fidèles du monde entier dans le sein de l’Église une. Cette communion incluait à la fois les vivants et les morts. Selon Kireïevsky, « la totalité de tous les chrétiens de toutes les époques, passées et présentes, constitue une assemblée une, indivisible, éternelle et vivante des fidèles, maintenue ensemble précisément tant par l’unité de conscience que par la communion de prières » .
Dans un sens plus étroit, le terme de synodalité, ou conciliarité, venant du mot « concile » (synodos en grec, concilium en latin), désigne « une assemblée d’évêque qui exercent une responsabilité particulière ». C’est ainsi que la déclaration controversée de Ravenne de la Commission mixte de dialogue entre catholiques et orthodoxes interprète le terme . Le document déclare que « cette dimension conciliaire de la vie de l’Église appartient à sa nature la plus profonde» et que ladite dimension « doit être présente aux trois niveaux – local, régional et universel – de la communion ecclésiale : au niveau local du diocèse confié à l’évêque ; au niveau régional d’un ensemble d’Églises locales avec leurs évêques qui « reconnaissent celui qui est le premier entre eux » (Canon apostolique 34) ; et au niveau universel, où ceux qui sont les premiers (protoi) dans les diverses régions, avec tous les évêques, collaborent dans ce qui concerne la totalité de l’Église. À ce niveau également, les protoi doivent reconnaître celui qui, parmi eux, est le premier» .
Le terme de primauté dans ce contexte désigne le leadership d’une personne, qui a un rang hiérarchique à chacun des trois niveaux susmentionnés. La déclaration de Ravenne déclare que la primauté et la conciliarité sont mutuellement interdépendantes . Selon le document «Dans l’histoire de l’Orient et de l’Occident, tout au moins jusqu’au IXe siècle, une série de prérogatives, toujours dans le contexte de la conciliarité et selon les conditions des temps, a été reconnue au protos ou kephale à chacun des niveaux ecclésiastiques établis : localement, pour l’évêque comme protos de son diocèse par rapport à ses presbytres et à ses fidèles ; régionalement, pour le protos de chaque métropolie par rapport aux évêques de sa province, et pour le protos de chacun des cinq patriarcats par rapport aux métropolites de chaque circonscription ; et universellement, pour l’évêque de Rome en tant que protos parmi les patriarches » .
Le document de Ravenne ne fait mention d’aucune différence dans l’ecclésiologie entre Orthodoxes et Catholiques ; il induit ainsi en erreur les lecteurs. Parlant de la manière dont l’Église est organisée administrativement dans les traditions occidentale et orientale, le document ne mentionne nulle part qu’il s’agit de deux modèles très différents d’administration ecclésiale ; l’un, centralisé et basé sur le concept de la juridiction papale universelle ; l’autre, décentralisé et basé sur la notion de communion d’Églises locales autocéphales.
Il y a une tentative, dans le document de Ravenne, de présenter les structures ecclésiales des deux traditions comme quasiment identiques sur les trois niveaux. S’il y a beaucoup de traits similaires pour ce qui concerne le niveau local (diocésain), il y a réellement une différence énorme entre l’Orient et l’Occident pour ce qui concerne la façon dont les structures ecclésiales sont formées au niveau régional et universel. Dans la tradition orthodoxe, au niveau régional, ou plutôt au niveau d’une Église autocéphale, il y a un synode et un primat avec des prérogatives claires. Dans l’Église catholique, il n’y a pas de primauté au niveau régional. Qui, par exemple, est le primat de l’Église catholique en Pologne ? Est-ce le métropolite de Gniezno, qui a un titre honoraire de « primat », mais n’exerce aucune primauté ? Ou bien est-ce le président de la Conférence des évêques, qui change par rotation tous les quatre ans ? Ou encore est-ce l’un des cardinaux doyens ? Réellement, les Conférences épiscopales catholiques qui se sont réunies récemment ne peuvent que très vaguement être comparées aux Synodes des Églises orthodoxes locales.
Il n’y a en fait qu’une seule primauté dans l’Église catholique, celle du pape. Cette primauté est présumée comme instituée jure divino et comme émanant directement de la primauté de St Pierre dans le collège des Apôtres. C’est le pape qui confirme les décisions des Conciles, tant régionaux qu’universels, c’est lui qui donne son accord à chaque nomination épiscopale, et qui incarne l’intégralité du pouvoir ecclésial. Aucune primauté de cette sorte n’a jamais existé dans la tradition orthodoxe, il y a seulement chez elle une taxis établie, par laquelle l’un des primats dispose de la première place.
Aucune de ces différences manifestes n’est mentionnée dans le document de Ravenne qui a été adopté en 2007 sans consensus et en l’absence de la délégation de l’Église orthodoxe russe. Le document a ignoré les critiques exprimées au cours du processus de rédaction par les représentants du Patriarcat de Moscou à ce dialogue. Après Ravenne, la Commission mixte pour le dialogue entre catholiques et orthodoxes a continué à examiner la question de la primauté et de la synodalité lors de ses séances plénières à Vienne en 2010 et à Amman en 2014, ainsi qu’au cours de plusieurs réunions des comités de coordination et de rédaction entre 2008 et 2013. Après avoir travaillé sur ce sujet pendant sept ans, la Commission n’est toujours pas parvenue à produire un document satisfaisant pour tous les membres.
La Commission a tenté d’approcher le sujet de la primauté à la fois d’un point de vue historique et théologique. En particulier, une tentative a été faite de placer la question de la primauté dans le contexte de la théologie trinitaire. Il a été avancé que la Sainte Trinité est une image à la fois de la primauté et de la conciliarité, car il y a en Elle la monarchie de Dieu le Père, mais aussi la communion des trois Personnes divines : Père, Fils et Saint-Esprit. Certains théologiens sont allés jusqu’à insister sur une « hiérarchie » parmi les trois Personnes, ayant trouvé un soutien à leur thèse dans les passages de St Basile le Grand qui parle d’une taxis (ordre) dans la Trinité. Ils ont prétendu que cette ordre, ou hiérarchie, doit être reflété dans la structure administrative de l’Église aux trois niveaux : local, régional, et universel.
En ce qui concerne le niveau local, une référence à St Ignace d’Antioche a été faite, laquelle confirme en apparence ces idées. C’est le célèbre passage : « Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ suit son Père, et le presbyterium comme les apôtres ; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu » . Ici, l’évêque diocésain est comparé à Dieu le Père, et les fidèles sont appelés à lui être obéissants de la même façon que Jésus était obéissant à Son Père. L’argument de St Ignace, néanmoins, n’a rien à faire avec le domaine de la spéculation théologique. St Ignace n’a pas non plus tenté de projeter un modèle trinitaire sur l’administration ecclésiale au niveau diocésain (Il n’y a là aucune mention du Saint-Esprit). Il était plutôt préoccupé par la question de l’ordre ecclésial, insistant sur la place centrale de l’évêque dans toute la circonscription d’une Église locale.
La comparaison trinitaire est encore moins convaincante lorsque nous passons du niveau diocésain à ce que le document de Ravenne appelle « le niveau régional » (un groupement des diocèses sous un métropolite ou patriarche). L’interaction entre le métropolite (ou patriarche) et ses collègues dans l’épiscopat est décrit par le 34ème canon apostolique : « Les évêques de chaque province (ethnos) doivent reconnaître celui qui est le premier (protos) parmi eux et le considérer comme leur chef (kephale) ; ne rien faire d’important sans son avis (gnome) et que chaque évêque ne s’occupe que de ce qui regarde son propre diocèse (paroikia) et les campagnes dépendant de son diocèse. Mais que le premier (protos) ne fasse rien sans le consentement de tous ; car la concorde (homonoia) règnera et ainsi sera glorifié le Père, le Fils et le Saint-Esprit ».
Certains prétendent, sur la base de cette glorification trinitaire que la structure administrative de l’Église au niveau régional reflète aussi (ou devrait refléter) la communion entre les Personnes divines de la Trinité. Or, le texte du canon ne permet pas en réalité une telle comparaison : en fait, c’est le «consentement » ou l’harmonie qui règne entre les trois Hypostases de la Trinité qui est cité ici comme un exemple que les évêques, au niveau régional, doivent suivre. Pour ce qui concerne la glorification trinitaire elle-même, elle est semblable à de nombreuses autres glorifications qui concluent les textes canoniques, dogmatiques et liturgiques, et elle n’est certainement pas destinée à tirer une comparaison directe entre les Hypostases de la Sainte Trinité et les rangs de l’ordre ecclésiastique.
Au XVème siècle, le grand réformateur monastique, St Serge de Radonège, a dédié son monastère à la Sainte Trinité, utilisant la communion des trois Hypostases divines comme un modèle d’unité et de concorde pour sa communauté monastique. L’un des disciples de St Serge, St André Roublev, a peint une icône célèbre qui est devenue un exemple classique de l’incarnation iconographique d’une notion morale et théologique importantes. Au contraire de beaucoup d’autres icônes, celle-ci ne se réfère à aucune commémoration liturgique. Elle suit les modèles traditionnels connus depuis la haute antiquité (notamment des mosaïques des Vème-VIème siècles), selon lesquels les trois voyageurs apparus à Abraham symbolisaient la Sainte Trinité. Les voyageurs sont présentés sous la forme d’anges, dont l’un est toujours au milieu.
Dans l’iconographie plus ancienne, l’ange assis au milieu était habituellement identifié à Dieu le Père, tandis que les deux autres personnes sur l’icône étaient interprétées comme les anges qui l’accompagnent. Dans l’icône de Roublev, la figure centrale doit aussi, très probablement, être identifiée avec Dieu le Fils, mais les deux autres figures semblent représenter les deux autres Personnes de la Trinité. Les érudits contemporains diffèrent dans leur interprétation de la figure centrale : certains tendent à l’identifier avec le Père, émettant l’hypothèse que la Première Personne de la Trinité doit occuper la place centrale dans la composition.
Il me semble que c’est à dessein que St André ne nous clarifie pas quelle figure symbolise quelle Personne de la Trinité. Son icône, d’une façon stupéfiante décrit le mystère de la Tri-unité sans entrer dans des détails supplémentaires. C’est la concorde des Personnes de la sainte Trinité qui est représentée dans cette merveilleuse icône, plutôt que la « structure » du Dieu Trinitaire et Un, qui indéniablement n’a ni structure ni subdivision en Lui, étant simple et indivisible.
La synodalité ou conciliarité qui existe dans l’Église et qui a son expression particulière dans l’institution des synodes ou conciles peut vraiment être comparée à l’harmonie et la concorde régnant parmi les Personnes de la Trinité. Mais on ne doit pas aller plus loin que cela en tentant de comparer les structures ecclésiales humaines avec la communion Divine Trinitaire. Il n’est pas non plus approprié d’interpréter les interrelations entre primauté et synodalité dans l’Église en utilisant des analogies Trinitaires et, ce faisant, se référer à la « primauté » du Père en relation avec le Fils et le Saint-Esprit.
Le document de Ravenne mentionne les trois niveaux de l’administration ecclésiale, impliquant en quelque sorte que ce qui est vrai pour un niveau peut être transféré à un autre niveau. Or, cela est fortement discutable. C’était précisément la confusion entre les trois niveaux de l’administration dans le document de Ravenne et une tentative de transférer les arguments propres à un niveau à l’autre, qui a incité la Commission synodale biblique et théologique du Patriarcat de Moscou à entreprendre une étude exhaustive du sujet de la primauté dans l’Église universelle. Suite à cette étude, un document a été produit et adopté par le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe le 26 décembre 2013 .
Au début, le document indique que la primauté à chacun des trois niveaux de l’Église a des sources différentes. La source de la primauté d’un évêque dans son diocèse est la succession apostolique qui est transmise par la consécration épiscopale. La source de la primauté au niveau du groupement régional des diocèses est « l’élection de l’évêque-primat par un Concile (ou un Synode) qui dispose de la plénitude du pouvoir ecclésial ». Au niveau universel, il y a une primauté d’honneur qui est basé sur les diptyques sacrées, c’est-à-dire, l’ordre officiel des Églises établies par les conciles œcuméniques .

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Rapport du métropolite de Messinia Chrysostome (Église orthodoxe de Grèce) au sujet de la préparation du saint et grand concile de l’orthodoxie

Au cours de la séance du 8 octobre du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Grèce, conformément à l’ordre du jour, le métropolite de Messinia Chrysostome, qui représentait ladite Église lors de la conférence préconciliaire à Chambésy, a présenté un exposé intitulé « Information au sujet du futur saint et grand concile qui se réunira en 2016 ». Entre autres, le métropolite a mentionné que pour l’Église orthodoxe le dialogue a toujours été et restera un élément essentiel et inaliénable, tant de sa mission sotériologique que de sa responsabilité pastorale, raison pour laquelle elle confesse et proclame inébranlablement qu’elle constitue la continuité authentique de l’Église Une, Sainte, Catholique et l’arche du salut pour ceux qui sont prêts et ceux qui sont éloignés. Par le saint et grand concile de l’Église catholique orthodoxe qui se réunira la semaine de la Pentecôte 2016, l’unité de l’Église orthodoxe sera affirmée et exprimée de façon panorthodoxe. Cette unité, à souligné le métropolite, ne sera pas exprimée par l’abolition et l’inactivation du caractère local des Églises orthodoxes et la recherche de solutions de compromis, mais par un processus de résolution à l’unanimité des problèmes qui ont influencé et influencent de façon destructrice la manifestation de l’Église orthodoxe comme un seul corps, et font vaciller la possibilité d’expression de la conscience conciliaire commune des Églises orthodoxes locales entre elles et dans l’unité. Relativement au dialogue théologique dans le cadre du Conseil oecuménique des Églises, la nécessité a été soulignée d’éviter toute forme de prière commune et de déterminer le mode de participation des membres orthodoxes dans les organes de prises de décision. Au demeurant, aucun texte du COE n’a été signé ou adopté par l’Église de Grèce. Le métropolite a abordé également le dialogue avec les différentes confessions. Il a mentionné que les perspectives du dialogue théologique avec les anglicans s’étaient affaiblies, que l’évaluation du dialogue avec les Vieux-catholiques avait été interrompue, que le dialogue avec les anciennes Églises orientales anti-chalcédoniennes comportait une évaluation critique en cours des questions pastorales et liturgiques, que le dialogue avec les Catholiques-romains était assombri tant par le prosélytisme des uniates que par la difficulté de compréhension concernant le fonctionnement et l’application de la primauté dans le cadre du Synode et des structures ecclésiales, tandis que les perspectives des dialogues avec les luthériens et les réformés ont reculé en raison de l’ordination des femmes. Terminant son exposé, le métropolite de Messinia Chrysostome a dit : « Sur la base de tout ce qui précède, il se confirme que le cheminement vers l’achèvement de la préparation en vue de la convocation du saint et grand concile de l’Église catholique orthodoxe est un événement qui marquera et confirmera la conscience de soi de l’Église orthodoxe comme l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, fondée sur la foi commune, telle que celle-ci a été préservée et définie dans la sainte Écriture et la tradition liturgique, canonique, conciliaire et patristique, et exprimera l’unité de celle-ci au sujet de questions qui ont parfois perturbé l’expression de ladite unité, et elle se décidera unanimement sur des problèmes brûlants qui préoccupent aujourd’hui toute l’humanité. Le futur saint et grand concile de l’Église catholique orthodoxe qui se réunira constitue un événement historique pour la vie de l’Église orthodoxe. En même temps, cependant, il devra confirmer qu’il sera un concile réellement orthodoxe et non « un rassemblement de préposés ecclésiastiques » de l’orthodoxie, coupés de la vie réelle et des problèmes de l’Église orthodoxe et de son plérôme ».

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Le métropolite Hilarion (Kapral) : « La Russie n’est pas votre ennemie mais votre amie »

« Je dis chaque jour : connaissez la Russie, et vous comprendrez qu’elle n’est pas votre ennemie, mais votre amie ». Interview du métropolite Hilarion (Kapral), primat de l’Église orthodoxe russe hors frontières. 

Au cours de sa visite au monastère de Saint-Paphnuce de Borovo en Russie, en été de cette année, avec un groupe de pèlerins venant des États-Unis et d’Australie, le métropolite Hilarion a répondu à une interview que nous publions ci-dessous :

Monseigneur, je pense que la réception de ce jour au monastère illustre bien l’attitude des Russes envers tous les hommes dans le monde. Nous sommes ouverts, accueillants et honnêtes à l’égard de tous ceux qui viennent à nous. Des Américains et des Australiens sont venus, c’est bien. Nous montrons nos saintes reliques, nous invitons à déjeuner. Récemment des Amérindiens sont venus de Fort Ross, en Californie, lequel avait été fondé par les missionnaires russes. Nous les avons reçus comme les nôtres. Demain que des Allemands ou des Chinois viennent ici, nous les recevrons de même. Mais vous savez parfaitement comment on parle de nous en Occident.

– Chaque jour, je suis en contact avec des gens qui, malheureusement, non seulement ne connaissent rien de la Russie, mais ne veulent pas non plus en savoir quelque chose. Les images négatives qu’ils reçoivent de la télévision et des journaux leur suffisent. La plupart d’entre eux [des Américains] ne savent même pas où se trouve l’Ukraine, ni ce que ce pays représente, aussi ils ont parfaitement assimilé que la Russie, c’est l’ennemi. Je leur demande : « Que savez vous de la Russie, de son peuple, de sa culture ? Comment cette Russie vit-elle, que veut-elle ? » Ils répondent : « La Russie, ce sont des tyrans qui asservissent les peuples pacifiques qui veulent vivre en démocratie ». Je leur demande à mon tour : « Pour avoir une réelle idée de quelqu’un, il faut en faire la connaissance. Peu importe de ce que qu’une personne dit sur une autre. Vous, essayez de faire connaissance des Russes eux-mêmes, de connaître de quoi ils vivent, ce qu’ils aiment, ce qu’ils veulent. Même avec ceux qui vivent ici, en Amérique. Peut-être, ils ne s’y retrouvent pas bien dans la situation politique en Russie, mais ils gardent et aiment leur culture, leur histoire, leurs traditions. N’importe quel Russe donnerait sa dernière chemise pour aider l’autre. Les Russes ont cela dans le sang, aider les autres. Chez qui voyez-vous cela ? Une telle chaleur, une telle bonté, un tel goût du sacrifice ? Ce sont tous des traits moraux chrétiens, qui sont devenus l’âme, le caractère du peuple russe. La générosité, la douceur, la compassion de l’âme russe, tout cela naît de la foi du peuple. Les Russes veulent que leur pays soit orthodoxe, pour eux c’est une idée populaire qui va de soi. Bien sûr, lorsqu’ils apprennent ce qui se produit en Occident, qui légalise les unions de même sexe, autorise l’euthanasie, qui met sur un même niveau les religions traditionnelles et les sectes, cela les effraye et les repousse. Ils disent, non, nous n’avons pas besoin de cela. La réaction à cela est celle-ci : « Ah ! ces Russes mauvais et ignorants, ils sont contre la liberté, contre les valeurs libérales, contre la démocratie ! » C’est la logique du péché. Et moi, je dis aux Américains : « Comprenez, les Russes ne sont pas contre, ils sont pour. Les Russes sont pour la moralité chrétienne traditionnelle et le concept chrétien de la liberté, ne pas imposer les choses par la force, comme on le fait aujourd’hui dans notre société. Lorsque les Russes apprennent que l’on peut imposer aux enfants, dans les écoles, sans l’accord des parents, des connaissances sur des relations non-traditionnelles et autres choses semblables, il est naturel que cela les effraye. Ils ne veulent pas de cela et ne le permettront jamais. Il y a pour eux des concepts saints, immuables, qu’ils ne permettront jamais à quiconque de changer. C’est la foi orthodoxe, grâce à laquelle la Russie est devenue un grand État européen, c’est la famille et le respect des parents, dans lesquels on éduque traditionnellement dans les familles russes, et l’orgueil pour son pays. Il ne plait pas aux Russes, de même qu’aux Américains, que l’on s’efforce d’accuser, d’humilier leur pays, de l’exposer à la vindicte. Les Russes peuvent partager des points de vue différents, des intérêts différents, mais lorsque quelqu’un offense leur pays, ils oublient tous les désaccords et alors s’unissent. Mais si vous venez chez les Russes avec la paix, de bonnes intentions, ils s’adresseront à vous comme à des frères. Chaque jour, je dis : « Connaissez la Russie, et vous comprendrez qu’elle n’est pas votre ennemi, mais votre ami. Un ami fidèle et fiable, qui ne vous trahira jamais, qui ne vous lâchera pas dans l’adversité, comme l’a démontré la Russie à travers toute son histoire ». La Russie est un pays amical et pacifique, qui ne souhaite de mal à personne. Là-bas, en Amérique, je dis toujours que pour juger de la Russie, écoutez l’autre son de cloche. Malheureusement, on ne donne en Amérique qu’un seul avis, un seul point de vue sur la Russie. Je dis que l’information unilatérale ne peut être objective. Cela, les gens sensés le comprennent. Mais naturellement, la propagande exerce une très grande influence sur les opinions des gens. Les journaux trompent, comme la télévision, et imposent un certain point de vue. La foi, de son côté, donne à l’homme la possibilité d’avoir un regard juste sur les événements, sans inventions mensongères. Bien sûr, c’est plus simple pour les croyants. Ils dépendent moins des médias et sont ouverts à la vérité. En regardant le monde à travers le Christ, il nous est plus facile de détecter les tentatives de satan, le mensonge semé par lui, visant à diviser et amener les gens à se disputer les uns avec les autres. Or le Christ agit dans le sens contraire : Il les unit tous par Son amour, en fait des frères.


– Monseigneur, je ne peux pas ne pas demander quelle est votre attitude envers les événements en Ukraine ?

– Nous sommes tous aussi très affectés par ce qui se produit avec nos frères en Ukraine. Lors de chaque Liturgie, nous prions avec toute notre Église afin que Dieu raisonne et réconcilie le peuple ukrainien, afin que cesse cette terrible guerre fratricide. Nous prions pour que la paix revienne sur la terre d’Ukraine et dans les cœurs des hommes. Nous prions pour tous les innocents qui ont été tués, pour tous ceux qui ont souffert, qui ont été blessés et emprisonnés, pour tout le peuple ukrainien très éprouvé.

– Monseigneur, quels sont à votre avis les problèmes principaux des chrétiens du monde entier ?

– C’est la sécularisation, l’adaptation à l’esprit de ce monde qui est contraire à notre foi. Derrière les grands mots de liberté, de tolérance, notamment religieuse, se déroule une guerre ouverte contre les institutions fondamentales de la société humaine. Et les croyants se trouvent aussi impliqués dans cela. On propage ouvertement les vices, les péchés mortels, comme une norme de vie. Les gens disent : c’est normal, c’est bien. Certaines communautés protestantes copient aveuglément les mœurs antichrétiennes de la société contemporaine, se mêlant en définitive avec elle. Nous, chrétiens contemporains, devons nous souvenir que le principal dans notre vie est le Christ. C’est selon Lui que nous devons bâtir notre vie, et seuls les commandements qu’Il a établis doivent être le critère de vie pour tout homme croyant. Heureusement, le Seigneur peut tourner en bien même les actes de satan pour le bien de notre salut. En voyant la Sodome que l’on crée dans notre société, beaucoup de gens viennent à la foi  orthodoxe, trouvant en elle la Vérité et le Salut. Malgré une autre culture, une autre langue et des habitudes différentes, les gens s’efforcent de trouver la véritable foi. Et c’est le témoignage authentique de la force vivante et pleine de grâce de l’Orthodoxie.

– Monseigneur, qu’est-ce qui vous a fait venir en Russie et au monastère de Saint Paphnuce à Borovo ?

– Nous sommes des fidèles orthodoxes américains et australiens qui, durant de longues années, des dizaines d’années, vivent hors des frontières de la Russie, dans différents pays et continents, parmi des gens de différentes cultures et traditions, mais qui confessent la foi orthodoxe et gardent la culture et les traditions russes. Nous sommes venus en Russie afin de vénérer les lieux saints russes, les grands saints russes. C’est un pèlerinage aux lieux saints, aux monastères de l’Église orthodoxe russe. La première halte, le premier lieu saint que nous avons choisi est le saint monastère de saint Paphnuce de Borovo, ce grand saint de Dieu et thaumaturge de toute la Russie. Nous avons lu chez nous les vies de saint Paphnuce, de saint Serge et d’autres saints russes. C’est une grande grâce de Dieu que nous puissions prier sous les voûtes de l’église qui abrite ses saintes reliques, et nous inspirer du zèle et de la foi de saint Paphnuce. C’est très important, d’avoir la possibilité d’être en contact avec le saint.

– Et que représente pour le chrétien un tel contact ? Pour quelles raisons l’homme devrait-il traverser toute la terre pour aller auprès d’un saint ?

– Nous nous adressons toujours aux saints de Dieu afin qu’ils prient pour nous. Premièrement, pour notre salut, afin que le Seigneur nous donne le temps de nous repentir, pour se consacrer aux exploits spirituels. Afin de préparer notre âme à l’éternité. Afin de nous purifier de tous les péchés et des passions, afin de devenir des récipients de la grâce Divine, afin que le Seigneur demeure toujours en nous. Afin que nous soyons rendus dignes d’une bonne réponse lors du Jugement redoutable. Nous considérons les exploits des saints de Dieu et pouvons les imiter dans leur dévouement au Christ. Je suis ici pour la première fois et j’en suis heureux. J’avais lu avant au sujet du saint, mais lorsqu’on arrive là, où il a vécu dans l’ascèse et pria, il devient plus proche de nous, et c’est un grand bonheur que de se trouver dans un tel lieu. En premier lieu, nous avons demandé au grand saint de Dieu de nous renforcer, de nous donner son aide et d’augmenter notre foi, afin de faire face à l’esprit de ce siècle et de servir le Christ en tout lieu de notre vie. Saint Paphnuce s’est consacré entièrement à Dieu et le Seigneur l’a glorifié par de nombreux dons, dont celui de guérir de nombreuses maladies spirituelles. Nous croyons que, par ses prières, notre vie trouvera une nouvelle profondeur, une nouvelle dimension sur la voie de la vérité et du royaume divin. Je demande les prières de la communauté monastique pour tout notre groupe. Il y a parmi nous des gens qui construisent chez eux une église orthodoxe et ont besoin de vos prières pour la bonne issue de cette construction. Ils croient sincèrement que l’aide spirituelle des frères russes les aidera. Pour eux, c’est important.

Source et photographie : Pravmir.ru

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Jovan Nikoloski