17/10/2017
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Résultats de la recherche : Léonide Ouspensky

« L’art sacré, un des sujets du futur préconcile – une prise de position importante de Léonide Ouspensky » par Emilie Van Taack, iconographe

Nous vous invitons à lire la communication présentée par Emilie Van Taack au colloque international « L’image chrétienne » que nous publions avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Chers Pères et Frères, chers amis,
Merci de me donner l’occasion aujourd’hui, alors que nous attendons le Concile panorthodoxe annoncé pour 2016, d’aborder un thème d’une extrême importance : l’Art sacré dans l’Eglise orthodoxe en tant que question dogmatique.

Dessin de Léonide Ouspensky pour une icône de la Mère de Dieu

Dessin de Léonide Ouspensky pour une icône de la Mère de Dieu

Je voudrais rappeler un article publié par Léonide Ouspensky à ce sujet, dans le cadre de la préparation de ce qui était à l’époque le « futur Préconcile ». Après la publication en russe dans le n°49 du Messager de l’Exarque du Patriarche de Moscou en Europe occidentale en 1965, cet article est paru au premier trimestre de 1966 en français, dans la revue Contacts, sous le titre : « A propos d’un des sujets du futur Préconcile : la question de l’art sacré »
Les circonstances de la parution
Cette question fit son apparition dans l’ordre du jour, lors de la Première Conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961. Cette liste fut traduite en russe et portée à la connaissance des fidèles dans le Journal du Patriarcat de Moscou, en novembre de la même année .
Voici comment est formulée la question, au deuxième paragraphe des sujets concernant la Liturgie, sous la lettre G : selon la traduction d’Ouspensky, « Etude des moyens pour affermir et développer la vie liturgique de l’Eglise orthodoxe et l’art byzantin traditionnel et orthodoxe en général dans ses diverses expressions (musique ecclésiastique, iconographie, architecture, vases et ornements sacrés, etc.) »
En ce qui concerne l’icône à proprement parler, on demandait donc au Concile de rectifier l’usage ecclésiastique alors en vigueur où coexistait, écrit Ouspensky, « deux arts, ou, si l’on veut, deux courants qu’on appelle ‘le style iconographique’ ou, suivant les termes de la liste, ‘byzantin traditionnel’, et le style ‘artistique-réaliste’, [nommé en Russie, ‘style italien’]. On entend par le premier l’art traditionnel orthodoxe qui existe dans l’Eglise depuis les premiers siècles chrétiens, et par le second, l’art qui y domine depuis le XVIIIième siècle. »
1- Les raisons de l’intervention d’Ouspensky
Dans un dossier rassemblé récemment sur les étapes de la préparation du Concile , Vladimir Golovanov nous rapporte qu’entre 1961 et 1986, eut lieu « une première phase très active où les principales structures furent mises en place, l’ordre du jour déterminé et un certain nombre de documents préliminaires mis au point. Cette période connut une mobilisation des Orthodoxes, en particulier en France.»
C’est au début de cette période qu’Ouspensky jugea utile de s’exprimer, lorsque certaines données furent portées à sa connaissance. « Certains, en effet, écrit-il, considèrent l’art ‘artistique-réaliste’ comme un développement normal de l’art traditionnel, conformément aux exigences de l’époque et, par conséquent, comme plus accessible à la compréhension de l’homme moderne. C’est pourquoi la possibilité de la coexistence dans l’Eglise de deux arts distincts est souvent considérée comme normale. On propose donc au Préconcile de trancher cette question en reconnaissant l’un et l’autre courant, légitimant ainsi la situation actuelle. » Ouspensky poursuit sa citation : « L’une et l’autre expression des vérités chrétiennes, dit-on, a droit d’existence dans l’Eglise du Christ lorsque, dans les deux courants, est présent l’Esprit vivifiant. » Ces dernières paroles ne livrent-elles pas l’image, indépendamment du courant auquel elle appartient, à une évaluation purement subjective, demande Ouspensky ? L’affirmation de la légitimité d’une telle coexistence s’accompagne généralement, il est vrai, d’une réserve : ‘L’icône, toutefois, doit être vénérée de préférence comme reflétant l’Orthodoxie de façon plus entière et exhaustive’. Mais de telles réserves n’ont aucune signification pratique et la préférence reste purement théorique, puisque la majorité écrasante des images dans les églises orthodoxes appartient actuellement au courant dit ‘artistique-réaliste’. »
A cette époque, Ouspensky voyait se dessiner en Europe de l’Ouest, sous l’influence de théologiens tels que Lossky et Florovsky d’abord, puis Schmemann et Meyendorf par la suite, ce qu’il décrit comme « un profond processus de purification de la science théologique, sa libération des influences hétérodoxes occidentales et, en même temps, une prise de conscience plus profonde de la théologie patristique. »
« Dans le domaine de l’Art sacré, écrit-il, ce processus [de purification] ne fait que commencer et se heurte au conservatisme et parfois à l’ignorance, surtout parmi les Orthodoxes eux-mêmes. Cette prise de conscience est plus intense aux points de rencontre entre l’Orthodoxie et les confessions occidentales, c’est-à-dire précisément là où l’icône se manifeste comme une expression visible de l’Orthodoxie et acquiert ainsi une importance sur le plan œcuménique .»
Ce dont témoigne, par exemple, une réaction protestante à la publication de L’essai sur la théologie de l’icône dans l’Eglise orthodoxe en 1960: « Le présent ouvrage est salutaire et dur à lire pour tous ceux des Protestants qui s’imaginent trop facilement qu’entre l’Orthodoxie orientale et nous il n’existe finalement aucune opposition fondamentale et décisive. Beaucoup de thèses historiques de l’auteur pourraient être contestées, et il n’en disconviendrait sans doute pas puisqu’il revendique le droit de reconstituer le passé « non en vertu de quelque preuve formelle et évidente » mais sur la seule base de ses présupposés dogmatiques. La valeur du livre vient de ce qu’il nous présente bien ce qu’est la pensée orthodoxe contemporaine. Ses analyses sur les différences fondamentales entre l’art religieux occidental et l’iconographie orientale sont riches et éclairantes. » Entre temps les progrès de la philologie religieuse et de l’archéologie chrétienne donnèrent raison à Ouspensky.
« Là (dans ces points de rencontre), poursuit-il, (…) il n’y a pas deux façons de voir l’Art sacré : le ‘style iconographique’ est considéré comme la seule expression artistique possible de l’Orthodoxie, de sa doctrine et de son expérience spirituelle. Chez les non-orthodoxes, d’autre part, la tendance se fait jour de plus en plus de comprendre l’essence de l’icône et, par elle, l’Orthodoxie [elle-même]. Quant au ‘courant artistique-réaliste’ ou ‘style italien’, (…) on y voit une pâle imitation d’un art catholique-romain appartenant déjà au passé, et cela même dans l’Eglise romaine qui lui donna naissance. Non seulement on n’y voit pas une ‘expression des vérités chrétiennes’, mais on considère qu’il s’est écarté de ces vérités. »

« Cette situation montre avec évidence, poursuit Ouspensky, que la question de l’icône n’est pas une question de goût personnel, qu’on ne la pose pas pour sacrifier à une mode ou par un désir de retour au passé. Des objections de cette sorte n’ont aucun fondement réel. (…) En réalité, cette question est bien plus sérieuse et profonde : elle se pose et exige sa solution dans le cadre d’une prise de conscience dogmatique au sein de l’Orthodoxie. »
2- Le fond du problème
Avant d’aborder la réponse à cette question, Ouspensky analyse les raisons de la situation.
1- D’abord, écrit-il, « on ne saurait fermer les yeux sur le fait que l’usage actuel, c’est-à-dire la coexistence des deux formes d’art, s’est affermie dans l’Eglise orthodoxe en rapport étroit avec une décadence générale de la vie spirituelle au cours des siècles passés. »
2- Il évoque ensuite l’influence exercée par l’Occident sur l’orthodoxie et la décadence théologique qui l’a accompagnée, reprenant pour cela une citation de l’archevêque Basile (Krivochéine) : « Dans la lutte contre le protestantisme et le catholicisme romain, la théologie orthodoxe, on le sait, ‘fut forcée d’utiliser les armes d’une pensée scolastique et ceci, en retour, la soumit à l’influence étrangère et dangereuse non seulement d’un langage théologique qui n’était pas le sien, mais aussi de conceptions théologiques et spirituelles contestables. Il se passa ce que certains théologiens, comme le P. Georges Florovsky, appellent une pseudomorphose de l’Orthodoxie , c’est-à-dire son revêtement par des formes de pensée et d’expression impropres. »
« Ce qui se passa dans la théologie exprimée par la parole, poursuit Ouspensky, arriva aussi dans celle qu’exprime l’image avec cette différence toutefois que, dans cette dernière, cela se traduisit d’une façon bien plus profonde, plus durable et, par conséquent, plus grosse de conséquences. Les influences latines se manifestèrent d’abord dans l’iconographie (c’est-à-dire dans le choix des sujets) : des sujets catholiques-romains commencèrent à pénétrer dans l’art orthodoxe. [Ensuite,] la pénétration des idées amena un changement du caractère même de l’image parce que, petit à petit, on commença à adopter les formes d’expression de l’art occidental étrangères à l’Orthodoxie, ces formes qui, en Occident, servaient déjà à représenter indifféremment des sujets profanes ou religieux. C’était en réalité un art profane à sujets religieux. C’est ce processus qui amena dans l’Eglise orthodoxe ce qu’on appelle le style ou le courant ‘artistique-réaliste’. Tout comme en théologie, c’était une décadence, malgré le [prétendu] progrès extérieur d’un art désormais tourné vers une conception naturaliste du monde. »
3- « Néanmoins, écrit-il, l’apparition de ce courant et la légitimité de son existence dans l’Eglise sont considérées comme d’autant plus normales que l’icône canonique n’aurait soi-disant jamais été définie comme l’unique expression picturale possible de la doctrine orthodoxe. Le Septième Concile Œcuménique n’aurait jamais précisé le caractère de l’image sacrée, il n’aurait donc légitimé aucun style . Par conséquent, en admettant une variété de styles, au lieu de nous en tenir à un seul, nous n’entrerions pas en contradiction avec la doctrine orthodoxe. »
3- L’icône représente la nature humaine déifiée
C’est en réfutant cette affirmation, fondée, nous dit-il, « sur un malentendu provenant d’une lecture insuffisante des Actes et de l’Horos du Concile », qu’Ouspensky aborde alors proprement la solution. Une lecture attentive nous prouve que ce Concile a marqué de manière très précise la différence entre l’icône et l’art profane. Déjà au VIIième siècle, en effet, c’est la pénétration de l’art profane dans l’icône qui fut à l’origine de l’iconoclasme. Mais il faut définir et faire comprendre correctement – c’est là toute la difficulté – ce qui fait exactement le caractère profane ou sacré d’une image.
Pour ce faire, Ouspensky cite les Actes : « De même que celui qui représente par la peinture un homme ne le rend pas par là inanimé, mais l’homme au contraire demeure animé et l’image est appelée son portrait à cause de sa ressemblance, de même nous, lorsque nous faisons l’icône du Seigneur, nous confessons Sa chair déifiée et ne reconnaissons dans l’icône rien d’autre qu’une image représentant la ressemblance du prototype. C’est pour cela qu’elle reçoit Son nom ; c’est uniquement pour cela qu’elle y participe et pour cela qu’elle est vénérable et sainte. »
Il me semble ici nécessaire de paraphraser quelque peu la sentence des Pères afin de rendre l’argument d’Ouspensky plus clair. De même, en effet, disent-ils, que le portrait, bien qu’il soit fabriqué d’une matière inanimée, représente un vivant comme vivant, parce que le peintre lui donne, grâce à son art, les couleurs de la vie, de même le peintre d’icône, parvenant par son art à exprimer la chair incorruptible et transfigurée du Sauveur, confesse ainsi que l’homme représenté est bien déifié et Dieu incarné Lui-même. Ainsi l’icône porte-t-elle légitimement Son Nom et se trouve réellement ressemblante à son Prototype. L’image ne représente donc la ressemblance qu’à la condition de faire voir la chair déifiée du Sauveur.
Ouspensky ajoute une citation plus explicite de saint Théodore Stoudite. « La présentation du Christ n’est pas dans la ressemblance d’un homme corruptible, ce qui est blâmé chez l’Apôtre, mais dans la ressemblance de l’homme non corruptible (…). Car, ainsi que le dit le grand Pierre, ‘Son âme n’est pas demeurée aux limbes et Son corps ne connut pas la corruption’ parce que le Christ n’est pas simplement un homme, mais Dieu devenu homme. »
Ce qu’Ouspensky commente en ces termes: « la vénération est témoignée à l’icône en vertu de son lien avec le prototype, à [l’unique condition que ce lien soit manifeste dans la représentation elle-même, c’est-à-dire que l’icône lui soit fidèle – à l’unique] condition que la peinture soit le reflet d’une chair non seulement animée mais déifiée, transfigurée, car le Prototype lui-même se distingue d’un homme ordinaire. L’icône n’imite pas la chair humaine corruptible, semblable à la nôtre [et qui se décomposera]. Elle montre une chair sans péché, soustraite à la corruption, [telle qu’elle est ressuscitée. L’icône peint] ‘le corps de Dieu, éclatant de gloire divine, incorruptible, saint, vivifiant’, [encore selon saint Théodore Stoudite] . Autrement dit, poursuit Ouspensky, tout comme l’Evangile, l’icône transmet l’image du Christ telle qu’elle est ‘gardée non seulement dans la mémoire historique de l’Eglise, mais dans la mémoire charismatique de la foi’ .»
« Une telle tâche, écrit-il, refléter la chair déifiée, montrer Dieu devenu homme et l’homme devenu dieu dans la grâce, c’est-à-dire le sens salutaire de la révélation évangélique n’a pu être réalisée que par un art unique en son genre, l’icône canonique orthodoxe, langage symbolique de couleurs, de lignes et de formes, élaboré par l’expérience catholique de l’Eglise. »
4- L’icône est l’œuvre des Pères
« De là, continue Ouspensky, le parallèle que tracent les Pères avec tant d’insistance entre l’icône et l’Evangile, tant dans les Actes du Concile que dans l’Horos. A leurs yeux le récit évangélique et l’icône annoncent, tous les deux, dans un cadre historique, la révélation divine : ayant le même sujet, ils expriment aussi la même chose. Comme le dit l’Horos : ‘Ils se désignent mutuellement l’un l’autre et, sans aucun doute, s’expliquent l’un par l’autre ’, ‘par ces deux moyens… nous obtenons la connaissance de la même réalité’ . Par conséquent, tant l’icône que l’Evangile, en transmettant un fait historique, révèlent l’un comme l’autre son sens salutaire dans la grâce et se distinguent par-là de toute autre œuvre littéraire et de toute autre image . »
« L’un et l’autre, poursuit Ouspensky, sont une expression des vérités de la foi, vérités connues par expérience, reçues par des hommes devenus dieux selon la grâce. C’est pour cela précisément que les Pères du Septième Concile Œcuménique affirment que l’art de l’icône « n’a pas été inventé par les artistes ; il est au contraire une règle confirmée et une tradition de l’Eglise. (…) Il dépend évidemment des Saints Pères ».
Le texte des Actes précise : « C’est à ceux qui adressent au Seigneur, le Dieu de toutes choses, les prières agréées par Dieu et le sacrifice non sanglant, qu’appartient l’invention et la composition (des icônes), ainsi qu’à la Tradition, mais certainement pas au peintre. Au peintre, appartient l’art seul. »
Cette affirmation a quelque chose d’étrange, – puisque les Pères ne sont pas forcément eux-mêmes des artistes, – et les Pères du Concile éprouvent en effet le besoin d’ajouter brièvement que si cela est possible, c’est « révélant aux artistes des indications ».
Cette affirmation des Actes doit être comprise dans l’esprit du livre de l’Exode, où le Seigneur s’adresse à Moïse pour lui expliquer comment sera réalisé le modèle du tabernacle, bien qu’il n’ait été révélé qu’à lui seul. « J’ai appelé nommément Béséléêl… Je l’ai rempli d’un esprit divin d’habileté, d’intelligence et de science, en tout travail… Et moi, j’ai placé Eliab, fils d’Akhisamakh, de la tribu de Dan, et à tout intelligent de cœur, j’ai donné l’intelligence, et ils feront tout ce que je t’ai ordonné… Selon tout ce que moi, je t’ai ordonné, ils feront. » C’est-à-dire que des artistes d’abord intelligents de cœur, s’ils sont missionnés par Dieu, recevront, par Sa bénédiction, un charisme supplémentaire, l’intelligence donnée par Dieu, c’est-à-dire l’intuition de ce qu’à vu Moïse et lui-seul. On notera ici qu’il n’est pas, et ne peut être, question d’imagination. Ce qui signifie que Moïse seul est capable de dire si les objets fabriqués par Béséléêl et Eliab sont ou non conformes au modèle qu’il a vu sur la montagne. Mais ceux-ci, en retour, doués qu’ils sont de l’intelligence donnée par Dieu, sont seuls capables de comprendre ce qu’à vu Moïse.
Le peintre qui a l’intelligence comprend (il est illuminé par Dieu pour cela) ces indications révélées par les Pères et la manière de les mettre en pratique. C’est en ce sens que la peinture des icônes est également elle-même une prophétie.
De même, dans l’affirmation du Concile que « l’art de l’icône dépend évidemment des Saints Pères » – il faut insister sur le mot « saint », c’est-à-dire devenus dieux selon la grâce, ils ont connu par expérience les vérités de la foi, [seuls ils ont vu ce que Dieu demande] et sont donc les seuls à pouvoir juger si une image manifeste bien la chair transfigurée du Sauveur ou non.
Malheureusement, la décadence spirituelle dont parlait Ouspensky s’est encore accentuée de nos jours. Déjà, à la fin du XVIIIième siècle, saint Séraphin de Sarov affirmait à Motovilov : « A l’époque où nous vivons, nous sommes parvenu à une telle tiédeur dans la foi, à une telle insensibilité à l’égard de la communion avec Dieu, qu’on s’est éloigné presque totalement de la vraie vie chrétienne. (…) Sous prétexte d’instruction et de science, nous nous sommes engagés dans une telle obscurité d’ignorance que nous trouvons inconcevable tout ce dont les anciens avaient une notion assez claire pour pouvoir parler entre eux des manifestations de Dieu aux hommes comme de choses connues de tous et nullement étranges. (…) Au lieu de rechercher la grâce, nous l’empêchons, par orgueil intellectuel, de venir habiter nos âmes et de nous éclairer comme le sont ceux qui de tout leur cœur cherchent la vérité. »
Or la création des icônes suppose une telle intimité avec la grâce. Les Pères des Conciles ne disent-ils pas : « Il a plu au Saint Esprit et à nous…» ? C’est ainsi que s’établissait l’autorité de la Tradition, par « de mutuels accroissements ». Les Pères pouvaient témoigner de la Volonté de Dieu, jusque dans les moindres détails de la vie de l’Eglise, a fortiori quand il s’agissait de confesser « l’Incarnation en vérité et non imaginaire de Dieu le Verbe» !
Aujourd’hui, sans doute, c’est de nouveau à des Prophètes que l’Esprit Saint peut donner l’expérience et la vision de la nature humaine déifiée qui accorde sa sainteté à l’icône. Aussi notre conviction est-elle qu’Ouspensky lui-même, ainsi que moine le Grégoire (Kroug) chacun à sa façon, doivent être pleinement compté parmi ces Prophètes et également placés au rang des Pères.
5- Transfigurer ne veut pas dire idéaliser
L’icône étant donc une révélation reçue de Dieu, toute image ayant une autre origine est une imposture, elle ment, elle trompe les croyants.
Qu’elle ne soit pas une ‘invention’ de l’artiste, signifie qu’elle n’a pas pour origine son imagination, ni dans son sujet ni dans sa composition (j’aimerais même ajouter : ni dans son exécution…); l’imagination de l’artiste ne doit pas intervenir; elle s’efface devant la Réalité pour la transmettre, elle témoigne de la Vérité : elle « s’accorde à la lettre du message de l’Evangile » sans rien ajouter.
L’icône est une représentation d’après nature, comme le disait Ouspensky dans un premier écrit : « l’icône est un témoignage (…) de la plénitude de la vie spirituelle, une communication par l’image de ce qu’est l’homme en état de prière sanctifié par la grâce. C’est en quelque sorte de la peinture d’après nature, mais d’après la nature rénovée… », telle qu’elle est révélée seulement aux Saints, à ceux qui ont déjà, ici et maintenant, accès au Royaume de Dieu, le monde plus réel et plus vrai que notre monde. Elle n’est pas une image forgée par l’imagination, une illusion qui se substitue à la réalité, ni même une vision de la réalité déchue améliorée par les peintres. Le monde dont témoigne l’icône n’a rien à voir avec un monde virtuel. Transfigurer ne veut pas dire idéaliser.
A l’appui de cette affirmation, il faut rappeler ici ce texte essentiel de la deuxième Epître de saint Pierre : « Aucune prophétie de l’Ecriture ne peut être un objet d’interprétation individuelle, car ce n’est pas par une volonté d’homme qu’aucune prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par le Saint Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu. »
En effet, écrit Ouspensky, « quelque génial que soit un peintre appartenant au courant ‘artistique-réaliste’, son génie individuel ne peut certainement pas remplacer l’expérience catholique de l’art sacré orthodoxe. Sa création a un fondement tout autre. Même lorsque le point de départ, un fait de l’Histoire Sainte, est le même dans l’icône et dans une peinture ‘artistique-réaliste’, l’icône le traduit comme le fait la Sainte Ecriture, à la lumière de la Révélation divine qui lui donne tout son sens et le remplit d’un contenu spirituel autre que celui de notre actualité immédiatement accessible. Par contre, dans une peinture ‘artistique-réaliste’, ce même fait historique sert de prétexte à exprimer le point de vue individuel du peintre : celui-ci crée suivant l’idée qu’il a de ce fait, » selon une « interprétation particulière ».
« Il le traduit à la lumière précisément de l’actualité visible dont il parle le langage. Ainsi disparaît l’aspect capital qui caractérise l’icône orthodoxe et la place au même niveau que l’Evangile : l’indication de la réalité divine à l’aide de symboles. En fait, ce n’est plus une icône, mais une illustration naturaliste de l’Ecriture. Au mieux, ce que peut donner une telle image (outre une satisfaction esthétique), c’est une expression du monde émotionnel naturel de l’homme. »
Mais « comme le langage de l’actualité est incapable d’indiquer la réalité divine, cette incapacité est compensée dans l’image par une idéalisation. C’est ce qui explique l’émotion religieuse factice, la sentimentalité étrangère à l’Orthodoxie, des expressions, des gestes, des positions artificielles que l’on voit généralement dans les images du courant ‘artistique-réaliste’. C’est pourquoi il est tout à fait impropre de le nommer ainsi : une telle image peut être ou ne pas être artistique, mais elle ne peut certainement pas être réaliste. Son aspect religieux fait en réalité de ce courant une sorte de naturalisme idéalisant. »
« De plus, en créant son image, l’artiste peut recourir à sa propre imagination ou à n’importe quel modèle allant d’une icône à un modèle vivant. Si les limites de l’icône sont définies par le canon, c’est-à-dire par la correspondance de l’image à son prototype, dans ce courant « naturaliste idéalisé » en revanche, il ne peut y avoir aucune limite : l’image peut se rapprocher de l’icône, elle peut aussi aller jusqu’à un véritable blasphème .»
« L’apparition de ce courant n’a pas seulement entraîné l’envahissement de l’Église par des images essentiellement profanes à sujets religieux, continue Ouspensky, c’est la conception même de l’image sacrée qui fut dénaturée. Sa compréhension spirituelle s’estompa à tel point que le langage évangélique de l’icône cessa d’être accessible et que le contenu même de l’image devint indifférent . Le nestorianisme latent de l’art catholique-romain, pénétrant dans l’Orthodoxie, fut interprété comme une forme d’art plus accessible à notre époque, ‘du lait pour le peuple simple’ .»
« On ne saurait cependant ignorer que ce ‘lait’ fut jadis imposé au peuple croyant orthodoxe par les couches supérieures de la société avides de nouveautés venant d’Occident. »
« Le fait est bien connu qu’aux XVIIIième-XIXième siècles, des quantités incroyables d’icônes furent détruites de façon barbare et remplacées par des images ‘artistiques’ et ce n’est certes pas le ‘peuple simple’ qui le fit. En ce qui concerne les icônes, cette attitude barbare n’est malheureusement pas encore complètement abandonnée de nos jours. »
6- Après l’intervention d’Ouspensky

Ainsi s’achevait l’argumentation d’Ouspensky.
Nous devons nous interroger brièvement sur la suite qui fut donnée à cet article.
En 1976, dans la liste de la Première Réunion Préconciliaire, soit dix ans après cette intervention, la question de l’Art sacré avait disparu de l’ordre du jour.
Que s’était-il passé ?
Comme nous l’avons vu, la préparation du Concile donna lieu en France à une grande activité. Ce sont essentiellement Paul Evdokimov et Olivier Clément qui animèrent les débats. Selon ces théologiens, le futur Concile devait adresser au monde tout entier un message universel comme l’avait fait le Concile de Vatican II et par son retentissement hausser l’audience de l’Eglise Orthodoxe au même niveau. Dans un Appel à l’Eglise, ils affirmaient : « Le Concile ne doit pas être un évènement local ni une affaire intérieure à l’Eglise Orthodoxe mais la respiration même de l’universel. »
On se rappelle qu’à l’époque florissait le mouvement charismatique. Tout était analysé dans les termes d’une spontanéité spirituelle exaltée. Paul Evdokimov avait une affinité marquée pour ce mouvement. Ainsi, comme pour répondre non seulement à l’article d’Ouspensky mais aussi à la première édition de La théologie de l’icône, publiée en 1960, il écrivit un livre intitulé L’art de l’icône, théologie de la beauté, et publié juste quelques temps avant sa mort en septembre 1970 .
Sans aucune allusion directe sinon bibliographique, par les positions qu’il adoptait, Paul Evdokimov entendait remettre les choses à leur place et reléguait le travail d’Ouspensky non seulement au deuxième plan mais dans l’inessentiel. « La Théologie de l’icône », n’était qu’un aspect secondaire, un peu technique, d’une vaste réflexion consacrée à « La Beauté » sous toutes ses formes. Après quelques évocations historiques très générales, « le Fondement dogmatique de l’Icône » apparaissait comme un avant-propos à « l’Apophase ou la voie ascendante de l’Icône. » Pour résumer, la théologie de l’icône était une évidence sur laquelle, seuls les esprits particulièrement étroits devaient s’appesantir. En réalité : « Les précisions dogmatiques qui sont éparpillées dans l’enseignement des Pères (cet état de fait, faux bien sûr, serait la conséquence de leur caractère prétendument inessentiel), se dégagent surtout de l’icône elle-même, de son évidence lumineuse, de sa vie prodigieuse où l’on peut suivre pas à pas le dynamisme de la Tradition. » L’icône était donc une évidence pour n’importe quel chrétien un peu inspiré.
N’était-ce pas justement une démarche analogue qu’Ouspensky dénonçait, lorsqu’il reprochait aux inspirateurs du Concile de vouloir se fonder sur la présence du Saint l’Esprit pour décider de la canonicité d’une image ? N’était-ce pas ici aussi « livrer l’image à une évaluation purement subjective? »
Paul Evdokimov, alors, comme Olivier Clément à sa suite, pensait plus utile d’insister sur l’ »Apophase » que de chercher la rigueur dogmatique. En effet, écrivait-il, « l’icône est une voie par laquelle il faut passer pour la dépasser. Il ne s’agit pas de la supprimer, mais de découvrir sa dimension transcendante. Elle rencontre l’Hypostase et introduit à l’expérience de la Présence dépouillée de formes empiriques », ce qu’il appelle ailleurs la « méta-icône » ou l’« hyper-icône », et qui n’est autre que Dieu lui-même.
L’icône et son analyse dogmatique ayant été relativisées, à l’instar de l’Orthodoxie elle-même, Paul Evdokimov pouvait ensuite conseiller aux théologiens, tout emporté qu’il était par son ivresse charismatique, de s’intéresser plus à la culture humaine en général afin de manifester sa sainteté : « Ce sont les irruptions fulgurantes du « tout autre » venant des profondeurs du même, (…) c’est le passage de l’ « avoir terrestre » à l’« être » du Royaume. Le monde dans l’Eglise, c’est le buisson ardent posé au cœur de l’existence. »
C’est cette même philosophie qui s’exprime dans l’Appel à l’Eglise, cité plus haut.
« Devant la gravité de l’enjeu, y lit-on, à côté de la sauvegarde légitime de la Tradition par le magistère, il importe de laisser aussi s’exprimer « l’instinct d’Orthodoxie », l’esprit prophétique du peuple de Dieu. Pour libérer les sources, il faut d’abord dépasser certaines limitations historiques de l’Orthodoxie, se libérer du fondamentalisme des traditions humaines qui n’expriment pas – ou n’expriment plus aujourd’hui – la Tradition. » Précisons que « l’esprit prophétique » dont il est ici question ne faisait l’objet d’aucun discernement ni d’aucune vérification .
Ainsi, dans le paragraphe intitulé par lui « Orthopraxie », l’auteur de l’Appel à l’Eglise précisait encore sa pensée : « C’est au-delà des controverses stéréotypées, (…) et non au ras des mots, qu’il faudrait aborder les divergences dogmatiques entre chrétiens ; (…) contre le culte de la lettre, il faudrait retrouver la diversité légitime des traditions locales, non seulement liturgiques mais canoniques et théologiques. »
On comprend qu’un saint Justin Popovitch se soit inquiété de l’issue d’un tel Concile. « Si un tel Concile avait lieu, écrit-il, – ce qu’à Dieu ne plaise – on n’en peut attendre que le schisme et l’hérésie et la perte d’âmes innombrables.»
7- De nos jours.
A l’époque où Ouspensky fut rappelé à Dieu, la question n’avait pas perdu de son actualité.
On dissociait bien, en Russie, l’art italien et l’Icône, mais on plaçait tous les styles iconographiques sur le même plan, associant Saint André Roubliov et Simon Ouchakov, par exemple , dont Ouspensky avait analysé longuement les erreurs.
Aujourd’hui encore, la question reste plus actuelle que jamais.
Avec la libération du pouvoir soviétique, en effet, les vieux reflexes ont repris le dessus en Russie, c’est-à-dire l’affirmation de la coexistence pure et simple de l’Art italien et de l’Icône. Le style italien s’est trouvé, en un sens, canonisé parce qu’il caractérisait la période qui avait précédé la révolution. De cela, nous avons une démonstration éclatante avec la reconstruction de l’église du Saint Sauveur à Moscou, achevée en 1883 et dynamitée comme on sait par Staline en 1931. Elle fut reconstruite à l’identique, entre 1995 et 2000. La coexistence des deux styles est donc plus que jamais d’usage et ‘l’Art italien’ toujours considéré comme plus accessible au simple peuple.
Dans les autres pays orthodoxes, la situation est un peu différente. Après un recentrement sur l’art iconographique, c’est l’icône elle-même qui a été pénétrée par un art profane, allant du folklore ethnique à l’art moderne, allant même jusqu’à la limite de l’abstraction.
Bien que cet art profane soit multiple et très différent de ‘l’art italien’ dont parlait Ouspensky, le problème est identique : l’Icône véritable disparait au profit d’un art profane à sujet religieux, où même pire, un art profane à sujet iconographique.
Avec la même pertinence aujourd’hui qu’alors, Ouspensky concluait son article par ces mots : « la question de l’art sacré orthodoxe n’est pas, nous le répétons, une question de goût ni de préférence personnels ni de fantaisie des artistes, mais une question dogmatique. Ce sont donc les fondements de la doctrine orthodoxe et les décisions conciliaires qui doivent servir de principes pour déterminer les jugements à son sujet, et non l’usage admis dans l’Eglise à tel ou tel moment de son histoire. »

Emilie van Taack
Le 1er mars 2015

Recension: Parution de l’édition américaine du livre du P. Simon Doolan sur le vie et l’œuvre de Léonide Ouspensky.

Recovering
Patrick Doolan, «Recovering the Icon. The Life and Work of Leonid Ouspensky». Foreword by Anthony Bloom, Metropolitan of Sourozh. Biography by Lydia Ouspensky, St Vladimir’s Seminary Press, Crestwood, 2008, 104 p.
Les éditions St Vladimir’s Seminary Press viennent de publier le livre du Père Simon Doolan sur la vie et l’œuvre de Léonide Ouspensky. Il s’agit du texte original dont la traduction française avait paru par anticipation en 2001 aux éditions du Cerf, où elle est toujours disponible, sous le titre «La redécouverte de l’icône». Cette édition américaine a été réalisée au même format que l’édition française et est de la même excellente qualité ; seuls varient la pagination et quelques détails de présentation (dont la couverture).

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Une journée commémorative consacrée à Léonide Ouspensky

À l’occasion de la 20ème année du rappel à Dieu du grand iconographe Léonide Alexandrovitch Ouspensky le diocèse de Chersonèse organise une journée commémorative.
La divine liturgie pour le repos de son âme sera célébrée à 8h00, en l’église cathédrale des Trois Saints Hiérarques, 5 rue Pétel, à Paris (75015). Le même jour, une panikhide sera célébrée sur sa tombe au cimetière de Sainte Geneviève des Bois (vers 11h30)
Le soir vers 19H00, après l’office des vigiles, un petit colloque est organisé dans la salle paroissiale de l’église cathédrale des Trois Saints Hiérarques, avec la présentation du livre Théologie en couleurs (Diffusion-distribution Cerf) suivi d’un vin d’honneur.
Interventions de frère Nicolas-Jean Sed, père Nicolas Lossky, père Nicolas Ozoline, Grégoire Aslanoff, Anne Bogenhart-Philippenko, Marie-Chantal Savinkov.

Théologie en couleur. Les fresques des fêtes en la Cathédrale des Trois Saints Hiérarques à Paris. Ouvrage publié à l’occasion de la 20e année du repos de Léonide A. Ouspensky

Ouspensky_hommage
Théologie en couleur. Les fresques des fêtes en la Cathédrale des Trois Saints Hiérarques à Paris. Ouvrage publié à l’occasion de la 20e année du repos de Léonide A. Ouspensky. Publications de l’Église orthodoxe russe en France, Patriarcat de Moscou, Paroisse des Trois Saints Hiérarques, Paris, 2007, 22 X 32 cm, 72 p. (Diffusion-distribution Cerf).
Nous avons ici même (1, 2, 3, et 4) souligné plusieurs fois l’importance de l’œuvre et de l’enseignement d’Ouspensky pour le renouveau (c’est-à-dire pour un retour à la pure Tradition) de l’iconographie au XXe siècle non seulement en France et en Russie, mais dans l’ensemble du monde orthodoxe.
Ce très beau volume, réalisé, avec la bénédiction de Mgr Innocent de Chersonèse, sous la direction d’Émilie van Taack, rend un hommage légitime au grand iconographe à l’occasion du trentième anniversaire de son décès.
Le corps de l’ouvrage est constitué par les magnifiques photographies, prises par Fabian Da Costa, des fresques des fêtes qui recouvrent la frise surmontant l’iconostase de l’église des Trois Saints Hiérarques, située 5 rue Pétel à Paris. Vis-à-vis de chaque reproduction figurent le tropaire, le mégalynaire et le condakion de la fête.

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Vient de paraître: Émilie van Taack (dir.), « In memoriam Lydia Ouspensky »

Lydia_OuspenskyLes éditions Sainte-Geneviève (éditions du Séminaire orthodoxe russe en France) viennent de publier un ouvrage de 204 pages, sous la direction d’Émilie van Taack, In memoriam Lydia Ouspensky (couverture ci-contre). Présentation de l’éditeur :   » Ce livre, publié à l’occasion du 10e anniversaire du rappel à Dieu de Lydia Alexandrovna Ouspensky, rassemble plusieurs écrits dont le principal – « Une vie comme une autre » – est le récit autobiographique que Lydia a laissé de son émigration hors de Russie et de sa vie entre les deux guerres. Dans sa brièveté, ce récit en dit beaucoup sur elle, sur sa famille, et sur la survie des Russes au cours de cette période redoutable.  Des portraits, ensuite, écrits par ses amis, Galina Makhrova, Véronique Lossky, Marie-Chantal Savinkov, Valery Sergueev, Emilie Van Taack, composent une image de Lydia et du couple qu’elle formait avec son époux — uni jusqu’à la fin de leur vie, définitivement, en un seul être. Il est impossible de parler de Lydia, en effet, sans évoquer Léonide Alexandrovitch qui fut, dès qu’elle l’eut rencontré, comme la cause à laquelle elle se dévoua, corps et âme. Lydia Alexandrovna Ouspensky est la veuve du célèbre iconographe et théologien de l’icône, Léonide Ouspensky, qui fut rappelé à Dieu en décembre 1987. Elle lui survécut près de vingt ans, jusqu’en octobre 2006. Celle qui s’était effacée volontairement durant toute sa vie derrière son époux, est apparue involontairement, pendant cette période, aux yeux de tous, dans toute sa grandeur, non seulement digne de lui mais semblable à lui et son émule spirituelle. L’existence de Lydia, hors son intérêt propre, a modelé la vie quotidienne de cet iconographe exceptionnel et constitue, en cela, un trésor pour ceux qui s’intéressent à l’icône ou veulent s’y consacrer. C’est un témoignage irremplaçable du mode de vie exigé d’un peintre d’icône et de ses proches pour que l’œuvre parvienne au niveau du commandement de Dieu, dans le sillage de l’adage patristique : « Donne ton sang et reçois l’Esprit ! » « 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

«Le mystère et le sens théologique des icônes de la Résurrection», une interview de Jean-Claude Larchet dans l’hebdomadaire de l’Église roumaine « Lumina de Duminica »

« Lumina de Duminică », version hebdomadaire du quotidien de l’Église roumaine  « Ziarul Lumina » a publié hier, dimanche 14 mai, une nouvelle interview de Jean-Claude Larchet sur les icônes de la Résurrection. On en trouvera ici la version roumaine et ci-dessous la version française.

Le mystère et le sens théologique des icônes de la Résurrection

Interview de Jean-Claude Larchet par Ionuţ Aurelian Marinescu

  1. Pourquoi au sein de l’Orthodoxie l’icône de la Résurrection du Christ présente-t-elle la descente de Notre Seigneur aux Enfers et non pas Sa sortie du tombeau ?

Il y a eu un débat à ce sujet: le célèbre iconographe et iconologue Léonide Ouspensky a consacré un article spécial à cette question à cause de son caractère problématique.
En fait la vraie icône de la résurrection est la seconde, qui représente les femmes myrophores devant le tombeau vide, avec un ange qui leur annonce la Résurrection. C’est d’ailleurs la plus ancienne: le plus ancien exemplaire qu’on en connaît date du IIIe siècle, tandis que le plus ancien exemplaire de l’icône de la Descente aux enfers ne date que du VIe.
Il est paradoxal que l’icône relative à la plus grande de Ses fêtes (et au plus grand événement de Son Économie salvatrice – car « si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (1 Co 15, 17) – le Christ ne soit pas représenté, alors qu’Il est représenté sur toutes les autres icônes des fêtes qui célèbrent les autres étapes de cette Économie.
Le Christ ressuscité n’apparaît pas pour plusieurs raisons:
1) en signe du caractère inouï de l’événement;
2) parce que les quatre Évangiles ne fournissent aucune explication du mode de la résurrection et que les icônes sont toujours fidèles au récit évangélique; la Tradition reste également muette à ce sujet;
3) du fait que le corps ressuscité n’est pas immédiatement perceptible: Marie de Magdala ne reconnaît pas le Christ près du tombeau avant qu’Il ne Se révèle à elle (Jn 20, 14-16) ; les disciples à Emmaüs ne l’identifient pas non plus: « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24, 16); même les anges ne le perçoivent pas, comme le dit un stichère des matines du ton 5 : « Tes anges incorporels ne perçurent pas Ta résurrection »).

  1. Quels sens théologiques doit donner le chrétien orthodoxe aux éléments iconographiques mis ensemble dans la représentation de la Résurrection de Notre Seigneur?

1) La Descente aux enfers est un fait très important. C’est le point le plus bas de la kénose du Fils de Dieu. C’est une étape majeure de Son Économie salvatrice, puisqu’il fait bénéficier tous les justes de l’Ancien Testament (autrement dit de tous les siècles qui ont précédé Son incarnation) du salut qu’Il a acquis à toute l’humanité, les libérant du pouvoir du diable, du péché et de la mort, et donnant aussi à tous les hommes qui ont vécu avant Sa venue parmi nous de pouvoir ressusciter.
Alors que l’icône des myrophores devant le tombeau vide est factuelle, l’icône de la Descente aux enfers présente surtout les effets spirituels de cette dernière. Elle a une forte dimension symbolique.
a) Le Christ est représenté avec Son corps, alors que les textes liturgiques nous disent qu’Il est descendu aux enfers avec Son âme tandis que Son corps reposait dans le tombeau (voir la Liturgie de saint Jean Chrysostome: « Dans le tombeau avec Ton corps, dans les enfers avec Ton âme, en tant que Dieu, au paradis avec le Larron, et sur le trône aussi Tu étais avec le Père et l’Esprit, ô Christ, Toi qui emplis tout et qu’aucun lieu ne peut contenir »).
b) L’enfer est représenté par un espace noir (qui signifie « les ténèbres extérieures », un monde imperméable à la Lumière divine). Ses portes sont à terre, croisées, foulées aux pieds par le Christ; des clés, des verrous ouverts, des chaînes déployées, y sont répartis, tout cela signifiant que le Christ a ouvert les portes de l’Hadès qui étaient jusqu’alors verrouillées pour en faire sortir ceux qui y étaient enfermés, qu’il a libérés de leurs chaînes ceux qu’il retenait captifs. Sur certains icônes, on voit à terre, les mains et les pieds liés, un homme qui représente le diable désormais réduit à l’impuissance.
c) L’icône représente en son centre Adam et Ève qui sont tirés par le Christ de leurs tombeaux comme si le Christ les ressuscitait. Or Il ne les ressuscite pas; Il les libère de l’Hadès et l’icône annonce leur résurrection future, en même temps que celui de tous les autres hommes (car ils sont, en tant que premiers parents, les racines de toute l’humanité).
Les Évangiles ne mentionnent pas la descente du Christ aux enfers (de même qu’ils ne mentionnent pas les modalités de Sa résurrection), mais saint Pierre y fait deux allusions (Ac 2, 24-32; 1 P 3, 19), et les services liturgiques du Grand Samedi en parlent beaucoup.

2) L’icône des myrophores devant le tombeau vide est riche de contenu: le fait que le Christ ne soit pas représenté montre que Sa Résurrection fait l’objet de notre foi, ce que souligne d’ailleurs fortement aussi l’épisode de Thomas: « parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20, 29). Un autre enseignement de cette icône est que ce sont les femmes qui se rendent les premières au tombeau, et que c’est à elles et non aux disciples qu’est annoncée en premier la Résurrection (une belle expression de la valorisation des femmes par le christianisme et du fait qu’elles surpassent souvent les hommes en piété!). À leur tête Marie de Magdala, la pécheresse repentie. Un autre enseignement fort, qui coïncide avec plusieurs enseignements des Évangiles (Lc 15, 7 ; Mt 21, 31-32)!

  1. Quels repères iconographiques soulignent la divinité de Jésus-Christ dans la représentation de la Résurrection du Christ?

Dans l’icône des femmes myrophores devant le tombeau vide, la présence du Christ qui a vaincu la mort par la toute-puissance de Sa divinité, est paradoxalement signifiée par son absence. C’est une représentation que l’on peut qualifier d’apophatique.
Dans l’icône de la descente aux enfers, la divinité du Christ est affirmée par la mandorle ou le triple cercle et leur rayonnement lumineux (souligné aussi par le vêtement blanc ou doré du Christ), mais aussi par le dynamisme de Sa posture et la force de Son geste lorsqu’il tire Adam et Ève de leurs tombeaux.

  1. Comment peut l’icône peut-elle aider celui qui est faible dans la foi et comment peut-elle être correctement comprise par quelqu’un qui ne la pratique pas?

Les icônes expriment par des images les récits des Évangiles ou d’écrits apocryphes reçus par l’Église (comme dans l’icône de la Dormition, qui suit le récit du Protoévangile de Jacques). De même que les Saintes Écritures, elles n’agissent pas de façon magique, automatique, mais supposent un minimum d’adhésion de celui qui les aborde. Comme dans toutes les réalités ecclésiales dans lesquelles la grâce se transmet, vaut le principe de la synergie cher à la spiritualité orthodoxe (la grâce n’agit qu’à proportion de la réceptivité de l’homme, de manière à préserver sa liberté). Il est clair en particulier que l’icône des myrophores devant le tombeau vide fait appel à notre foi, comme le tombeau vide lui-même a fait appel à la foi des femmes myrophores puis des apôtres. Néanmoins, parfois une grâce est donnée sans que l’homme fasse quelque chose pour la recevoir. Certains hommes reçoivent des révélations (ou du moins des signes divins) non parce qu’ils en sont dignes, mais de manière gratuite, parce que Dieu juge que c’est la façon la plus appropriée de les convaincre ou de réorienter leur vie. Les non-croyants bénéficient de plus de miracles que les croyants (les premiers chrétiens s’en étonnaient déjà), parce que, comme l’expliquent saint Jean Chrysostome et saint Jean Cassien, chez les croyants la foi rend les signes inutiles. Sans aller jusque-là, l’icône bénéficie d’un pouvoir particulier, celui de l’image, qui est supérieur, pour emporter la conviction, à celui des concepts et des mots. Ceux-ci nous mettent en face d’une idée, tandis que l’image nous met en face d’une réalité.
On dit souvent que les fresques qui couvrent l’intérieur (et parfois, comme en Roumanie, l’extérieur) des églises, ont été conçues comme des catéchismes à l’intention des enfants et des illettrés. Mais elles sont pour tous un complément des Saintes Écritures qui nous donne, d’une autre façon qu’elles, un certain accès à la Révélation. Par son cadre, par sa perspective inversée, l’icône est une interface dont le contenu va vers le spectateur et en même temps l’entraîne à l’intérieur d’elle-même. Autrement dit toute icône établit une communion. Le mode de représentation propre à l’icône (si celle-ci est conforme à la tradition) permet à celui qui la regarde de transcender la dimension naturelle de la réalité représentée et lui donne accès à la dimension surnaturelle dont elle est porteuse. Elle n’est pas une représentation simplement humaine, mais une représentation divino-humaine. Même si la dimension divine ne peut être exprimée que par des moyens symboliques, elle se manifeste néanmoins avec une certaine force, qui touche à un certain degré toute personne qui la regarde avec respect. L’icône transmet une grâce: au niveau le plus élémentaire elle interpelle, à un niveau moyen elle appelle, au niveau supérieur elle révèle et unit dans une communion spirituelle.

Recension: Georges Kordis, « L’icône comme communion »

kordisGeorges Kordis, L’icône comme communion. Les idéaux et les principes de composition dans l’exécution d’une icône. Préface de Jean-Claude Larchet. Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 134 pages, nombreuses illlustrations.
Georges Kordis est depuis plusieurs décennies, l’un des meilleurs iconographes du monde orthodoxe. Son style, reconnaissable entre tous jusque dans chaque détail (ce qui est la marque du génie), témoigne d’une originalité et d’une créativité remarquables, tout en s’insérant parfaitement dans la Tradition iconographique orthodoxe dont il respecte le critères fondamentaux.
Altérée à partir du XVIIe siècle par diverses influences de la peinture occidentale, l’iconographie orthodoxe à retrouvé ses sources et sa pureté au milieu du XXe siècle grâce aux travaux de plusieurs pionniers qui ont été à la fois des peintres et des théoriciens de l’icône, en particulier Photios Kontoglou dans le monde grec et Léonide Ouspensky dans le monde slave (et bien au-delà puisqu’il a eu, à Paris, des élèves venus du monde entier). Mais ceux qui les ont suivis à juste titre dans les voies d’un retour à la Tradition ont le plus souvent été soit des copistes serviles, soit des dessinateurs et des peintres incertains, et si l’iconogaphie a retrouvé dans l’ensemble du monde orthodoxe sa pureté originelle, elle reste souvent purement technique, formelle, et pour cela assez froide dans ses expressions.
Grâce à une parfaite maîtrise des techniques picturales (qu’il sait aussi manifester dans une grande variété de créations séculières qui l’ont également rendu célèbre dans le monde entier), mais aussi grâce à une compréhension et une appropriation en profondeur des modes de représentation des meilleurs maîtres et écoles de l’iconographie byzantine du passé, Kordis a su être le représentant d’une iconographie à la fois parfaite sur le plan technique, traditionnelle dans son contenu et ses intentions profondes, novatrice autant que les règles de base l’autorisent, et surtout expressive et vivante. Il est pour notre époque ce que fut en son temps un Manuel Pansélinos.
Ce caractère vivant de l’iconographie de Kordis est lié à une conception bien définie du dynamisme des lignes du dessin qui précède la peinture (et lui donne, comme il le dit lui-même, son existence et son sens), qu’il a su déchiffrer comme un dénominateur commun des grands maîtres du passé, comprendre, synthétiser, systématiser, appliquer et expliquer.
L’icône comme communion que viennent de publier les édtions des Syrtes fait depuis longtemps autorité en matière d’iconologie et a déjà été traduit en cinq langues. L’ouvrage présente une synthèse de la compréhension et de l’expérience de l’auteur. Il ne se propose pas seulement comme un manuel permettant aux iconographes d’apprendre ou de perfectionner leur art, mais comme le moyen pour tous ceux qui s’intéressent à l’icône, de comprendre en profondeur la façon dont sont élaborées les meilleures icônes pour réaliser au mieux les buts qu’elles poursuivent, dans une perspective où l’art est au service de la spiritualité.
De manière magistrale, avec une grande cohérence et une grande rigueur, Kordis montre comment la ligne, son dynamisme et son rythme – l’édition grecque originale du livre est Ἐν ῥυθμῷ, « en rythme » – sont les principes de base de l’iconographie, et comment ils définissent une forme à la fois unifiée et en mouvement, qui doit finalement réaliser le but principal de l’icône: ne pas rester enfermée sur elle-même dans sa surface mais faire entrer en communion la représentation avec le spectateur. Ce qui en un premier temps apparaît comme purement technique se révèle vite comme s’intégrant à la théologie et à la spiritualité orthodoxes de l’icône. Kordis rejoint ici le mouvement de la théologie néo-grecque qui a fortement insisté sur la dimension relationnelle et communionnelle de la vie spirituelle, et c’est tout naturellement que ses ouvrages (qui comportent des essais théoriques, des manuels pratiques et des catalogues) ont trouvé leur place aux éditions Armos qui, en Grèce, publient les représentants de ce courant (et de la revue Synaxis qui les a rassemblés). Mais Kordis a aussi été fortement marqué par la théologie patristique et par les enseignement et témoignages des grands spirituels grecs contemporains, auxquels s’est consacré avec brio Stylianos Papadopoulos, professeur à la faculté de théologie d’Athènes, auquel la dédicace de ce livre rend hommage.
Que Kordis ait parfaitement intégré dans la pratique les principes qu’il définit, et que ces principes s’enrichissent en retour de sa pratique, se voit de manière spectaculaire dans les icônes qu’il a réalisées en direct et en seulement quelques heures pour des étudiants de divers pays (Grèce, États-Unis, Canada, Russie, Ukraine…), les enregistrements de plusieurs de ses « performances » pouvant être visionnées sur plusieurs sites Internet. Mais cela peut se constater surtout dans les nombreuses icônes portables qu’il a réalisées et dans les fresques de nombreux monastères et églises qu’il a peintes. Une série de vidéos particulièrement impressionnantes ont suivi son travail lorsque, avec son équipe, il couvrait de fresques l’église de la Sainte-Trinité à Pittsburgh [1, 2, 3, 4, 5, 6].
La publication de ce livre original et fort, qui permet de comprendre en profondeur – non dans la simple constatation d’un état mais dans le dynamisme d’une pratique – la composition passée et actuelle des meilleures icônes en rapport avec leur fonction spirituelle, est un événement de première importance dans un domaine où rien d’équivalent n’avait encore été publié.
Né en Grèce en 1956, Georges Kordis a étudié la théologie à l’Université d’Athènes. Il a ensuite poursuivi des études en théologie et en esthétique de la peinture byzantine à l’École supérieure de théologie de Holy Cross à Boston (USA), où il a obtenu une maîtrise en théologie. En 1991, il a reçu le titre de docteur en théologie de l’Université d’Athènes. En 2003, il a été chargé de cours, et en 2008 nommé professeur d’iconologie et d’iconographie dans cette même faculté. Il a en outre été professeur invité aux universités de Yale (Connecticut) et de Caroline du Sud, à l’École supérieure de théologie à Holy Cross à Boston (Massachussetts) et à l’Université de Notre-Dame à South Bend (Indiana), aux facultés de théologie de Cluj-Napoca et de Bucarest (Roumanie), à l’Université pédagogique d’Odessa (Ukraine), à l’Institut de théologie et d’arts sacrés de Saint-Pétersbourg (Russie) et au Centre nord-américain d’art byzantin à Ottawa (Canada).
Auteur de nombreuses icônes portatives, dont certaines ont été exposées dans plusieurs pays (Grèce, Crète, États-Unis, Bulgarie, Canada, France) il a peint les fresques de plusieurs églises et monastères (neuf en Grèce, une au Mont-Athos, cinq aux États-Unis, deux au Liban, une en Australie, une en Allemagne), Georges Kordis est reconnu comme l’un des meilleurs iconographes actuels. Il est parallèlement l’auteur d’une œuvre artistique séculière multiforme (peintures sur différents supports, gravures, lithographies…), inspirée de certains éléments de l’art byzantin, qui a fait l’objet d’expositions internationales (en Grèce, aux États-Unis, au Canada, en Italie et en France) et l’ont fait reconnaître, dans le domaine de l’art figuratif également, comme l’un des artistes les plus inspirés et originaux de notre époque.
Les lecteurs anglophones pourront trouver ici une recension de la version anglaise du livre, et ici une interview très intéressante de  l’auteur.

Jean-Claude Larchet

Recension: « La ressemblance retrouvée. Icônes et fresques de la paroisse orthodoxe de Vezelay »

Ressemblance_retrouveeLa ressemblance retrouvée. Icônes et fresques de la paroisse orthodoxe de Vezelay, Éditions de la paroisse de Vézelay, Vézelay, 2015, 96 p.
La paroisse orthodoxe de Vézelay (diocèse de Chersonèse) vient d’éditer un volume d’hommage à tous ceux qui ont contribué à sa fondation et à sa vie jusqu’à présent, au premier rang desquels Anne Everett-Headley – l’épouse du recteur, l’archiprêtre Séphane Headley –, qui est décédée à la fin de l’année 2013.
L’historique de la paroisse, fondée il y a une trentaine d’années et dédiée à saint Étienne et saint Germain de Vézelay, est suivi d’une présentation photographique de la série de fresques représentant des scènes de la vie de saint Germain d’Auxerre, réalisées dans la nef de l’église par le père Patrick Doolan, l’un des meilleurs iconographes américains actuels.
Le reste du volume, qui en constitue la plus grande partie, présente l’œuvre iconographique de matushka Anne. Après une introduction élogieuse de l’iconologue Grégoire Aslanov intitulée « Le défi de l’icône », sont présentées les reproductions des icônes du Christ, de la Mère de Dieu et des grandes fêtes de l’année liturgique réalisées par cette iconographe qui fut l’élève de Léonide Ouspensky, mais eut auparavant une formation artistique qu’elle a fait valoir parallèlement dans de nombreux tableaux qui ont récemment été présentés dans une exposition récapitulative à Vezelay. Un témoignage du père Patrick Doolan sur son travail aux côtés de matushka Anne, alors qu’il était venu plusieurs années de suite étudier l’iconographie à Paris auprès de Léonide Ouspensky et avait été hébergé par la famille Headley, vient clore ce volume d’hommage au grand format et aux reproductions de qualité.
Le livre est en vente sur le site de la paroisse de Vezelay et à La Procure.
Jean-Claude Larchet

Recension: Louis Schittly, « L’homme qui voulait voir la guerre de près: Médecin au Biafra, Vietnam, Afghanistan, Sud-Soudan »

51MLT6uR1pL._SL500_AA300_Louis Schittly, « L'homme qui voulait voir la guerre de près: Médecin au Biafra, Vietnam, Afghanistan, Sud-Soudan », Arthaud, Paris, 2011, 380 p.
Louis Schittly est un laïc orthodoxe qui a construit dans sa propriété de Bernwiller (au sud de l’Alsace, dans la région du Sundgau, près de la frontière suisse) une petite église byzantine (dont l’iconostase a été peinte par Léonide Ouspensky et les fresques par le disciple américain de celui-ci, le père Simon Doolan) où se réunissent périodiquement les fidèles de la région pour participer aux liturgies que vient y célébrer le père Christos Filiotis, recteur de l’église grecque de Strasbourg.
Vivant aujourd’hui une retraite paisible au milieu des animaux de la ferme familiale, ce médecin, fils de paysans, qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 1999 avec Médecins sans Frontières dont il fut, avec Bernard Kouchner, l’un des fondateurs, vient de publier, chez Arthaud, l’éditeur des aventuriers,  ses mémoires, d’un bout à l’autre passionnantes et écrites dans le beau style que pouvaient avoir les médecins du temps où la base de leur formation n’était pas les mathématiques mais les lettres classiques.

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Travaux dans la chapelle du Séminaire orthodoxe russe à Epinay-sous-Sénart

Fresques_seminaire D'importants travaux de rénovation ont commencé à la chapelle du Séminaire à Epinay-sous-Sénart. Des fresques dans le sanctuaire seront peintes par l'atelier iconographique du séminaire, sous la direction de Emilie Van Taack. Derrière l'autel se trouvera une grande fresque de la Mère de Dieu du Signe. Elle sera entourée des icônes de saint Grégoire le Théologien (de Nazianze), des saints Jean Chrysostome et Basile le Grand (les Trois saints docteurs) et de saint Maxime le Confesseur, ainsi que des archanges et des chérubins. Emilie Van Taack est ancienne élève de Léonide Ouspensky et enseigne l'iconographie au Séminaire. Elle a peint également le sanctuaire de la paroisse Notre-Dame Souveraine à Chaville.

Source et photo : Seminaria.fr

Recension: « L’église des Trois-Saints-Hiérarques à Paris (1931-2011): une histoire en photos »

Sans titre-1 « L’église des Trois-Saints-Hiérarques à Paris (1931-2011): Une histoire en photos », publication du Centre de l’orthodoxie russe en France, 2011, 24 p.
Le « Centre de l’orthodoxie russe en France », rattaché au diocèse de Chersonèse (Patriarcat de Moscou), a publié, à l’occasion du 80e anniversaire de la paroisse des Trois-Saints-Hiérarques (5 rue Pétel, Paris, 15e), où fut fondée la première église du diocèse et où reste jusqu’à ce jour son église-cathédrale, une brochure fort bien présentée et très richement illustrée. On y retouve, à plusieurs époques de leur vie, les grandes figures qui ont contribué à la fondation et à la vie de cette église, et qui, par la suite, ont illustré le diocèse, mais aussi, au-delà de lui, l’orthodoxie en France et dans le monde grâce à leur rayonnement dans les domaines de la théologie (Vladimir Lossky), de la spiritualité (l’archimandrite Athanase [Netchaev], le starets Sophrony [Sakharov], le starets Serge [Chévitch], la moniale Théodosie [Orlova], le métropolite Antoine [Bloom]), de l’iconographie et de l’iconologie (le moine Grégoire [Kroug], Léonide Ouspensky), de l’édition de textes patristiques, de l’histoire de l’Église et de la patrologie (l’archevêque Basile [Krivochéine]), de la musique liturgique (Maxime Kovalevsky), et du droit canonique (l’évêque Pierre [L’Huillier]).

 

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80ème anniversaire de l’église cathédrale des Trois-saints-hiérarques à Paris

 TroisdocteursLe samedi 12 février, jour de la fête des Trois saints docteurs (Basile le Grand, Grégoire le Théologien, Jean Chrysostome), a eu lieu la festivité  du 80ème anniversaire de la fondation de l’église cathédrale des Trois-saints-hiérarques à Paris. Le matin, Mgr Nestor, évêque de Chersonèse (Patriarcat de Moscou), a présidé la liturgie, accompagné de Mgr Michel de Genève et assisté de 24 concélébrants de différentes juridictions orthodoxes. A la liturgie ont été présents aussi, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, l'ambassadrice Eleonora Mitrofanova, déléguée permanente de la Fédération de Russie auprès de l’UNESCO, ainsi que de nombreux fidèles orthodoxes. Pendant la liturgie, Mgr Nestor a remis au diacre Nicolas Rehbinder, en signe de reconnaissance pour ses efforts au sein de la paroisse, le double orarion diaconal.

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Compte-rendu du colloque international « Paul Evdokimov (1900-1970), témoin de la beauté de Dieu »

Coloque_evdokimovUn colloque international sur le thème « Paul Evdokimov (1900-1970), témoin de la beauté de Dieu » s'est déroulé les 10 et 11 décembre 2010, dans les locaux de l'Institut de théologie orthodoxe de Paris (Institut Saint-Serge), afin de proposer une relecture de l’œuvre de l'un des plus célèbres théologiens orthodoxes du XXe siècle, qui enseigna à l'Institut Saint-Serge de 1951 à 1970. Coorganisé par l’Institut Saint-Serge et la revue de théologie orthodoxe Contacts à l'occasion du 40e anniversaire de la mort de Paul Evdokimov, ce colloque a réuni près de quatre-vingt-dix personnes. Dans son allocution d'ouverture, l’archevêque Gabriel, recteur de l'Institut Saint-Serge, a souligné l’actualité de l’œuvre de Paul Evdokimov et son importance pour le rayonnement de l’orthodoxie. Au cours des deux journées du colloque, quatorze intervenants, venus de France, des Etats-Unis d’Amérique, de Grèce, d’Italie et de Russie ont présenté des communications dans le cadre de quatre sessions thématiques : « Pensée éthique et engagement social », « Anthropologie et ecclésiologie », « De la lecture des Ecritures à l’expression des vérités révélées », « Esthétique et eschatologie : dire la beauté de Dieu ». La dernière session du colloque s'est achevée par la célébration, dans l'église Saint-Serge, d'un office des défunts à la mémoire de Paul Evdokimov, présidé par le P. Michel Evdokimov son fils. Pour visiualiser l'album de photographies, cliquez ICI !

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Recension : « Synaxis. An Anthology of the Most Significant Orthodox Theology in Greece Appearing in the Journal Synaxi from 1982 to 2002 »

Synaxis
Synaxis. An Anthology of the Most Significant Orthodox Theology in Greece Appearing in the Journal Synaxi from 1982 to 2002, Alexander Press, Montréal, Canada, 2006, 3 vol. , 264 p., 187 p. et 226 p.

Peu de temps après sa fondation en 1982 par Panayiotis Nellas, la revue Synaxis s’est imposée en Grèce comme l’une des principales revues théologiques, avec comme orientation une volonté de dialogue avec la société moderne. Cette revue est devenue le prinicipal vecteur, en Grèce, du courant dit « néo-orthodoxe ».
Les dynamiques éditions orthodoxes Alexander Press de Montréal ont pris l’initiative de rassembler, dans un coffret de trois volumes magnifiquement illustrés par le grand artiste et iconographe grec Georges Kordis, ce qui leur est apparu comme les meilleurs articles publiés par la revue au cours des vingt années s’étendant de 1982 à 2002, afin de les rendre accessibles, en traduction anglaise, à un public qui ne lit pas le grec moderne.

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Recension : "Synaxis. An Anthology of the Most Significant Orthodox Theology in Greece Appearing in the Journal Synaxi from 1982 to 2002"

Synaxis
Synaxis. An Anthology of the Most Significant Orthodox Theology in Greece Appearing in the Journal Synaxi from 1982 to 2002, Alexander Press, Montréal, Canada, 2006, 3 vol. , 264 p., 187 p. et 226 p.

Peu de temps après sa fondation en 1982 par Panayiotis Nellas, la revue Synaxis s’est imposée en Grèce comme l’une des principales revues théologiques, avec comme orientation une volonté de dialogue avec la société moderne. Cette revue est devenue le prinicipal vecteur, en Grèce, du courant dit « néo-orthodoxe ».
Les dynamiques éditions orthodoxes Alexander Press de Montréal ont pris l’initiative de rassembler, dans un coffret de trois volumes magnifiquement illustrés par le grand artiste et iconographe grec Georges Kordis, ce qui leur est apparu comme les meilleurs articles publiés par la revue au cours des vingt années s’étendant de 1982 à 2002, afin de les rendre accessibles, en traduction anglaise, à un public qui ne lit pas le grec moderne.

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Luxembourg : exposition d’icônes serbes contemporaines

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Du 1er au 7 mai 2006, avec la bénédiction de Mgr
Luka, évêque du diocèse d’Europe occidentale de l’Église serbe et de Mgr
Grégoire, évêque de Zahumlje et d’Herzégovie, la paroisse orthodoxe serbe
Saints-Constantin-et-Hélène de Luxembourg présente une exposition d’icônes
serbes contemporaines au Centre Convict, 5 avenue Marie-Thérèse,
Luxembourg-ville.
Cette exposition est organisée en collaboration
avec la galerie Crkvina de Trebinje (Herégovine), le Cercle culturel Serbe,
l’Association humanitaire orthodoxe serbe Ozren et l’Association Vidovdan de
Luxembourg.
Toutes les pièces exposées sont des réalisations
récentes d’iconographes appartenant à l’Église orthodoxe serbe et exerçant leur
art dans différents pays ou régions de l’ex-Yougoslavie : Serbie, Kosovo et
Métochie, Monténégro, Bosnie et Herzégovine. Elles sont représentatives du
renouveau actuel de l’iconographie serbe en même temps que de sa fidélité aux
sources byzantines.

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Gaetano Passarelli : Icônes des grandes fêtes byzantines

Passarelli1 Gaetano Passarelli, Icônes des grandes fêtes byzantines, Paris, Éditions du Cerf, 2005, 272 p.

En cette période de fin d’année, qui est aussi celle des cadeaux, paraissent beaucoup de « beaux livres », parmi lesquels figurent toujours quelques volumes consacrés aux icônes.

 

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« L’icône comme Évangile », une conférence d’Emilie Van Taack

Alors que jusqu’au 20ème siècle l’Occident a totalement ignoré l’icône et ne l’a découverte que grâce à l’immigration russe, dans l’Eglise orthodoxe en revanche elle a été toujours vue comme présence et manifestation du Christ Vivant au même titre que l’Evangile. Mais, quelles sont les relations qui unissent l’Écriture et l’icône ? C’est justement ce à quoi s’est efforcé de répondre, parmi d’autres thèmes, Emilie Van Taack, iconographe et élève de Léonide Ouspensky, dans sa conférence « L’icône comme Évangile », donnée le 16 avril 2003 à la paroisse roumaine des Stes-Parascève et Geneviève (crypte de l’église Saint-Sulpice à Paris). Vous pouvez télécharger la conférence sous format PDF en cliquant ICI !

Recension : Le monde des icônes (VIII)

Troissainthierarques_1
L’iconographie de l’église des Trois Saints Hiérarques. L’œuvre de Léonide A. Ouspensky et du moine Grégoire Krug
. Éditions du Diocèse de Chersonèse (5 rue Pétel, 75015 Paris), 2001, 143 p.

 

Le Père Grégoire Krug et Léonide Ouspensky se trouvent réunis dans un volume édité à l’occasion du 70e anniversaire de la paroisse des Trois Saints Hiérarques située 5 rue Pétel, Paris XVe), où sont reproduites les fresques de l’église qu’ils ont peintes l’un et l’autre à la même époque. Figurent aussi dans ce livre les reproductions de nombreuses icônes qu’Ouspensky a peintes par la suite pour cette même église.

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Recension : Le monde des icônes (VI)

PeregregoireUn peintre d’icônes : le Père Grégoire Krug. Textes réunis par Jean-Claude Marcadé, Institut d’Études Slaves, Paris, 2001, 59 p. (« Cahiers de l’émigration russe » n° 6 / « Cultures et sociétés de l’Est » n° 35). Disponible à La Procure ou à l’Institut d’Études Slaves, 9 rue Michelet, 75006 Paris.

Ce petit volume richement illustré contient les Actes du colloque consacré au grand iconographe Grégoire Krug, qui s’est tenu à la Sorbonne le 5 juin 1999.

Une première étude, due à Jean-Claude Marcadé, l’un des organisateurs de ce colloque, qui est aussi l’un des meilleurs spécialistes actuels de l’art russe du XXe siècle, montre avec de nombreuses illustrations inédites à l’appui, que le Père Grégoire, avant de devenir iconographe sous l’influence de son ami Léonide Ouspensky, fut un graveur et un peintre de grand talent.

Catherine Aslanov évoque les difficultés psychologiques que connut, avant de devenir moine et iconographe, le Père Grégoire, avant de les transcender grâce au soutien et à l’accompagnement de son père spirituel le Starets Serge (Chévitch).

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Recension : Le monde des icônes (V)

Higoumene_barsanupheHigoumène Barsanuphe (éd.), Le Père Grégoire, Moine iconographe du Skit du Saint-Esprit (1908-1969). Éditions du Monastère de Korssoun (Doumérac, 16380 Grassac), 1999, 95 p.

Le Père Grégoire Krug (1908-1969) fut avec Léonide Ouspensky et Photios Kontoglou, l’un des plus grands iconographes du siècles dernier. Alors que ces deux derniers firent école et eurent de nombreux élèves et imitateurs et contribuèrent de manière décisive à une restauration de l’iconographie traditionnelle dans l’ensemble du monde orthodoxe, le Père Grégoire n’eut pas de disciple mais laisse une œuvre géniale, à la fois parfaitement traditionnelle et profondément originale qui constitue à notre époque un véritable miracle, à tel point que la création du Père Grégoire a été souvent comparée à celle de Théophane le Grec. Ses Carnets d’un peintre d’icônes, publiés aux éditions L’Âge d’Homme, nous montrent qu’il fut aussi un profond et subtil théologien.

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Recension : Le monde des icônes (IV)

Moine_gregoireMoine Grégoire (G. I. Krug), Carnets d’un peintre d’icônes, 3e édition, Lausanne, L’Age d’Homme, 2000, 161 p. (« Slavica – Écrits sur l’art »).

Le Père Grégoire Krug, moine d’origine russe qui vécut à l’ermitage du Saint-Esprit à Le Mesnil-Saint-Denis, dans la vallée de Chevreuse, est aujourd’hui considéré avec Léonide Ouspensky comme l’un des plus grands iconographes du siècle dernier.

Nous parlerons dans de prochaines recensions de sa remarquable œuvre picturale. Le présent ouvrage nous montre qu’il fut aussi un brillant théologien de l’icône.

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Recension : Le monde des icônes (III)

RedecouverteiconeLa
Redécouverte de l’icône. La vie et l’œuvre de Léonide Alexandrovitch Ouspensky
. Préface de Mgr Antoine
Bloom ; biographie par L. A. Ouspensky ; photographies du Père Simon
Doolan ; commentaires du Père Simon Doolan, Paris, Éditions du Cerf, 2001,
94 pages (« Beaux livres »).

Léonide
Ouspensky (1902-1987), venu s’établir en France à la suite de la révolution
russe, s’y fit connaître comme un peintre de talent avant de découvrir l’icône
et de lui consacrer toute sa vie.

Alors
que l’iconographie orthodoxe, influencée par l’art naturaliste occidental,
était depuis le XVIIIe siècle en pleine décadence, il s’attacha à en
redécouvrir les sources authentiques, et fut dans le monde orthodoxe
l’initiateur d’un retour à la Tradition.

Cette
redécouverte de l’icône se fit pour Ouspensky sur le plan théologique, par
l’étude approfondie des fondements dogmatiques de l’icône : son livre
majeur, Théologie de l’icône, publié
une première fois aux éditions du Cerf en 1980 puis traduit en anglais,
italien, grec, roumain, polonais et édité en russe, a été et reste en la
matière une référence majeure, et son rayonnement est immense bien au-delà du
monde orthodoxe. Mais cette redécouverte se fit aussi sur le plan pratique, par
l’étude minutieuse des œuvres anciennes les plus représentatives.

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Le monde des icônes (II)

SensiconesLéonide Ouspensky et Vladimir
Lossky
, Le Sens des icônes,
Paris, Éditions du Cerf, 2003, 202 pages (« Beaux livres »).

Ce
livre, qui constitue un complément indispensable à La théologie de l’icône de Léonide Ouspensky, n’est pas
nouveau : il a été publié en 1952 simultanément en anglais et en allemand.
Des obstacles posés à la fois par l’éditeur américain et par un éditeur
français relativement à l’iconographie de l’ouvrage, avaient empêché jusqu’à
présent sa publication en langue française. Ces obstacles ayant été levés, on
dispose maintenant de cet excellent traité avec un texte français qui est, pour
les textes de V. Lossky, le texte original et, pour les textes de L. Oupsensky,
le fruit d’une traduction de l’original russe fidèlement réalisée par son
épouse Lydia Alexandrovna.

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Recension : Le monde des icônes (I)

SensdeliconeLéonide Ouspensky, La
Théologie de l’icône
, Paris Éditions du Cerf, 2e édition, 2003,
530 pages (« Patrimoines – Orthodoxie »).

La
réédition par les éditions du Cerf de La
Théologie de l’icône
de Léonide Ouspensky est un heureux événement. Ce
magistral traité, qui est devenu un classique et a été traduit en de nombreuses
langues, reste, depuis sa première ébauche parue en 1960 et sa première édition
complète parue en 1980, la meilleure introduction historique et dogmatique à la
théologie de l’icône, écrite par celui qui fut un théologien de qualité, ami
intime de Vladimir Lossky, mais aussi l’un des plus grands iconographes du
siècle dernier.

L’iconologie
était jusque-là envisagée soit d’un point de vue purement historique, soit d’un
point de vue purement esthétique, et dans les deux cas, malgré une prétention
de neutralité scientifique ou philosophique, elle n’évitait pas les dérives
consistant souvent dans le premier cas dans une complaisance (aujourd’hui très
à la mode) envers l’iconoclasme et dans le second cas dans une confusion de
l’icône avec un objet d’art. Léonide Ouspensky a été au XXe siècle
le fondateur d’une iconologie qui a su redonner à l’icône son véritable sens en
la resituant dans son véritable contexte, celui de la Tradition orthodoxe, et
par rapport à ses véritables fondements, dogmatiques et ecclésiaux.

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La première exposition du centre culturel et spirituel orthodoxe russe du quai Branly à Paris

exposition-kroug-ouspenskyDes icônes parmi les chefs-d’œuvre du père Grégoire (Kroug) et de Léonide Ouspensky seront exposées au Centre culturel et spirituel orthodoxe russe, 2, avenue Rapp, Paris 7e, du samedi 26 novembre au mercredi 14 décembre 2016 (de 10h à 17h tous les jours sauf lundi).

Calendrier orthodoxe 2011 (comput julien)

Calendrier2011 À l’occasion du 80ème anniversaire de l’église cathédrale des Trois Saints Hiérarques à Paris, un calendrier orthodoxe (comput julien) a été publié. Le calendrier est illustré des photographies des oeuvres du moine Grégoire (Krug) et Léonide A. Ouspensky. Il est en vente auprès le diocèse de Chersonèse (20 €). Pour visualiser quelques pages du calendrier sous format PDF, cliquez ICI !

Calendrier orthodoxe 2006

Calendrier_petel
A
l’occasion du 75ème anniversaire de l’Église Cathédrale des Trois Saints Hiérarques à
Paris
, le diocèse de Chersonèse
du Patriarcat de Moscou a publié un calendrier orthodoxe (comput
julien) pour l’année 2006. Le calendrier est illustré des photographies des peintures
murales du moine Grégoire (Krug) et Léonide A. Ouspensky. Les peintures
murales, restaurées par Michel Epstein et Bernard Frinking, ont été photographiées
par Fabien da Costa. Le calendrier est désormais en vente  à la paroisse des
Trois Saints Hiérarques à
Paris
. Prix 20 €.

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Jovan Nikoloski