19/10/2017
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L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

Le livret 2017-2018 de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Le livret 2017-2018, qui comprend 77 pages, de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris, est en ligne ici. Il présente l’établissement, son calendrier académique annuel, les enseignements proposés et différentes informations.

Les chrétiens orthodoxes en Europe centrale et orientale sont en faveur d’un rôle fort de la Russie dans la géopolitique et la religion

Environ un quart de siècle après la fin de l’ère soviétique, la Russie conserve une influence substantielle dans un grand nombre de parties de l’Europe centrale et orientale. La Russie est largement considérée par les chrétiens orthodoxes de cette région comme un important contrepoids aux influences occidentales et comme une protectrice globale des populations orthodoxes et des Russes ethniques, selon un nouveau rapport du Pew Research Center concernant 18 pays en Europe centrale et orientale. Dans pratiquement tous les pays majoritairement orthodoxes, objets du rapport, la majorité ou un grand nombre sont d’accord pour affirmer qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident et qu’elle a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes et les Russes ethniques hors de leurs frontières. Ce sentiment domine même dans trois pays majoritairement orthodoxes faisant l’objet du rapport et qui sont membres de l’Union Européenne : la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Mais le sentiment pro-russe a tendance à être le plus fort dans les Républiques ex-soviétiques qui sont majoritairement orthodoxes et ne font pas partie de l’Union Européenne, y compris l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie. Le soutien en faveur du rôle géopolitique et religieux de la Russie est nettement plus faible en Ukraine, un pays à majorité orthodoxe qui est toujours engagé dans un conflit avec les séparatistes pro-russes dans la partie Est du pays, après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. En outre, dans les pays à majorité catholique ou avec une diversité de religions en Europe centrale ou orientale, tels que la Pologne et la Hongrie, on est beaucoup moins enclin à soutenir le rôle fort de la Russie. À l’exception de l’Ukraine, le soutien pour le rôle de la Russie est répandu à travers tous les autres pays à majorité orthodoxe dans lesquels le Pew Research Center a enquêté. Par exemple, sept personnes sur dix, voire plus, en Grèce (70%), Biélorussie (76%), Serbie (80%), l’Arménie (83%) et la Russie elle-même (85%) sont d’accord, complètement ou en grande partie, avec cette affirmation : « Une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident ». D’autres analystes montrent que les gens qui sont d’accord sur le fait qu’il existe un conflit entre les valeurs occidentales et les valeurs traditionnelles de leur propre pays sont plus enclins que les autres à dire qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident. Il y a également un point de vue qui domine parmi les chrétiens orthodoxes selon lequel la Russie a une obligation de protéger au niveau international les populations orthodoxes. Dans chaque pays à majorité orthodoxe objet de l’enquête, à l’exception de l’Ukraine, la plupart disent qu’ils sont en accord avec la déclaration selon laquelle la « Russie a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes hors de ses frontières ». La majorité de chaque population orthodoxe concernée par l’enquête dans les pays autres que l’Ukraine dit aussi que la Russie a une obligation de protéger les Russes ethniques dans le monde entier. La Russie est également perçue comme le siège de l’autorité religieuse orthodoxe. Parmi les chrétiens orthodoxes, le patriarche de Moscou, qui est le chef de l’Église orthodoxe russe, est plus largement perçu comme une plus haute autorité de l’orthodoxie que le patriarche de Constantinople, malgré le statut de celui-ci de « premier parmi les égaux », les leaders orthodoxes. En fait, dans chaque pays avec une population orthodoxe significative mais qui ne dispose pas d’une Église nationale auto-administrée, les gens sont bien plus enclins à dire qu’ils considèrent le patriarche de Moscou comme la plus grande autorité dans l’orthodoxie. Ce n’est pas une surprise si la majorité en Russie (qui a sa propre Église nationale) considère également le patriarche de Moscou comme l’autorité orthodoxe la plus haute. Dans quatre des six pays étudiés qui disposent de leur Église autocéphale, à savoir la Géorgie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie, la plus grande partie des gens disent qu’ils perçoivent le chef de leur Église nationale comme la plus haute autorité orthodoxe. Il n’y a qu’en Grèce où la majorité voit dans le patriarche de Constantinople la plus haute autorité dans l’Église orthodoxe. Nonobstant le sentiment pro-russe, les chrétiens orthodoxes sont largement d’accord avec les autres Européens du Centre et de l’Est de l’Europe sur le fait que leurs pays devraient avoir des relations étroites avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. La majorité ou la plupart des gens le disent dans chaque pays étudié. Cela est même vrai dans les pays qui sont en faveur d’une Russie forte. Par exemple, une majorité d’adultes en Arménie (66%), Grèce (62%) et Serbie (61%) disent qu’il est de l’intérêt de leur pays de travailler étroitement avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. Cela dit, les sentiments étaient partagés lorsque le Pew Research Center a demandé aux gens dans les ex-républiques soviétiques s’il était plus important pour leur pays d’avoir des « liens forts » avec l’Union Européenne ou avec la Russie. La question n’a pas été posée aux Russes, mais dans trois des cinq pays à majorité orthodoxe où cela a été demandé, l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie, la majorité ou la plupart ont dit qu’il était plus important d’être allié avec la Russie, tandis que la Géorgie est très divisée à ce sujet. Dans les anciennes républiques soviétiques étudiées qui n’ont pas une majorité orthodoxe, les adultes sont plus enclins à dire qu’il est plus important d’avoir des liens forts avec l’Union européenne plutôt qu’avec la Russie.

Source (avec tableaux détaillés)

« Allez, faites de toutes les nations des disciples : évangélisation et mission externe dans les paroisses orthodoxes aux États-Unis », un rapport publié par l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis 

La première étude jamais réalisée aux États-Unis sur l’évangélisation et la mission externe dans les paroisses orthodoxes de ce pays a été publiée par l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis. Un résumé et le rapport complet sont disponibles en anglais. Le rapport « « Allez, faites de toutes les nations des disciples : évangélisation et mission externe dans les paroisses orthodoxes aux États-Unis » examine les pratiques et les stratégies développées par certaines paroisses orthodoxes qui peuvent être considérées comme « exemplaires » dans leurs efforts missionnaires et de mission externe. Le lecteur trouvera, par exemple, ce qui suit dans le rapport :
– « Les secrets » pour être une paroisse qui attire et accueille les nouveaux membres
– Huit bonnes pratiques d’accueil de ceux qui visitent la paroisse pour la première fois et de ceux qui posent des questions sur la foi
– Comment les paroisses « exemplaires » atteignent un degré élevé d’engagement de leurs membres dans la vie paroissiale
– Quatre traits distinctifs de l’instruction religieuse dans les paroisses « exemplaires »
– Six « leçons » que la direction de l’Église (les évêques) peut apprendre des paroisses « exemplaires ».
Les paroisses de sept juridictions orthodoxes des États-Unis ont participé à cette étude. Le rapport a été préparé par Alexei Krindatch, coordinateur des recherches de l’Assemblée, en coopération avec le père Eric Tosi (OCA), le père John Parker (OCA) et Adam Roberts (Archevêché d’Antioche). L’étude a été lancée et financée par le Comité pour les Agences et les Organisations agréées (comité de l’Assemblée de l’Assemblée des évêques canoniques des États-Unis, présidé par l’évêque de Nysse Grégoire).

Source

Entretien avec Jean-Claude Polet : « Le père Sophrony m’a donné la force »

Ci-dessous entretien de Raluca Prelipceanu avec Jean-Claude Polet, secrétaire de l’association Saint-Silouane, paru dans la revue roumaine Lumea Credintei, (n°4 – 165 – avril 2017). Entretien réalisé en novembre dernier à l’occasion du colloque « La rencontre avec le père spirituel. Le père Sophrony » organisé à Iassy (Roumanie). Dans cet entretien Jean-Claude Polet évoque sa conversion à l’orthodoxie, sa rencontre avec le père Sophrony (Sakharov), les différences entre les liturgies orthodoxe et catholique.

Photographie du P. Iulian Nistea (source) : Jean-Claude Polet

Raluca Prelipceanu : Comment avez-vous connu le monastère de Maldon ?
Jean-Claude Polet : C’est une longue histoire, mais je vais être court. En fait, pendant plusieurs années j’étais en recherche spirituelle et je naviguais dans tous les domaines religieux : de l’hindouisme jusqu’au christianisme en passant par l’islam. Je n’avais pas de détermination particulière, même si, au départ, j’étais catholique de naissance et de formation, mais j’éprouvais quand même la nécessité de trouver autre chose de meilleur. Un de mes amis m’avait dit : « la solution n’est pas dans une institution religieuse, quelle qu’elle soit, mais dans un maître spirituel, et il faut que tu le cherches ». Et c’est ainsi que je suis allé, avec lui, voir un maître spirituel musulman, soufi en l’occurrence, mais un Occidental converti, qui, après m’avoir écouté, m’a dit : « Si vous ne voulez pas plus que d’être chrétien, et que vous cherchez un maître spirituel, vous ne pouvez rien faire de mieux que d’aller voir le père Sophrony. »

RP : Donc, c’est un musulman qui vous a dit ça ?
J-CL Polet : C’était un chrétien d’origine, converti à l’islam, devenu maître soufi, qui m’a dit ça, mais ce maître soufi avait connu le père Syméon, celui qui était devenu disciple du père Sophrony et qui, depuis l’installation du père Sophrony en Angleterre, était devenu le moine de référence pour les francophones qui se rendaient dans son monastère. Et c’est ainsi que, d’une certaine manière, il m’a dirigé dans une direction qu’il avait déjà indiquée auparavant.

RP : Et comment s’est passée votre première rencontre avec le père Sophrony ?
J-CL Polet : Très simple. Je suis d’abord allé voir Monseigneur Antoine Bloom à Londres parce que je pensais que lui pourrait devenir mon père spirituel. J’y suis allé deux fois, et Monseigneur Antoine, après le deuxième entretien, m’a dit : « Ecoutez, moi je ne vous conviens pas, allez voir le père Sophrony ! ». Ça faisait une deuxième indication : première indication par un maître soufi, deuxième indication par un évêque orthodoxe. Et je suis allé voir le père Sophrony. Enfin, je suis allé au monastère. Je n’ai rien fait comme démarche particulière que d’être là. Il a bien vu que j’étais là, car c’était une époque où il n’y avait pas beaucoup de monde : c’était en 1974. Il m’a vu. Il s’est bien rendu compte que j’étais là pour la première fois. Je suis resté trois jours, et rien ne s’est passé. Je suis reparti. Il ne m’a rien dit : ni bonjour, ni au revoir. Il m’a simplement regardé, quand nous étions à table pour les repas. Je suis retourné une deuxième fois et, à la deuxième fois, il est venu vers moi et il m’a dit : « Vous souhaiteriez me rencontrer ? ». J’ai dit oui, et il m’a convoqué alors. Nous avons eu un premier entretien et, à ce moment-là, je me suis dit : « C’est quelqu’un d’important ». Mais ce n’est qu’à la troisième, ou peut-être à la quatrième fois, je ne sais plus, parce que je suis revenu régulièrement, je venais pratiquement tous les deux mois. Ce n’est donc qu’à la troisième ou à la quatrième entrevue que j’ai senti, précisément, profondément, définitivement, que le père Sophrony assurait en moi la présence de l’Esprit Saint et que, par conséquent, il n’y avait plus à chercher ailleurs, ni mieux.

RP : Et comment en êtes-vous arrivé à être baptisé, en fait, parce que je pense, d’après ce que vous avez raconté à une conférence, que ce n’était pas une décision facile ?
J-CL Polet : Non, je n’ai pas été rebaptisé. Le père Sophrony ne rebaptisait pas, il chrismait. J’ai attendu pratiquement huit ans, je pense, sept ou huit ans, avant de franchir le pas, pour la raison très simple que ma femme, mes enfants, mes parents, mes frères et sœurs, les frères et sœurs de ma femme, tout le monde est catholique et très pratiquant dans ma famille. Il y a des prêtres et des religieuses parmi mes oncles et tantes, etc., et donc c’était très difficile pour moi de créer un élément de rupture, et le père Sophrony m’a toujours dit : « Ne devenez pas orthodoxe tant que vous ne sentez pas le besoin impérieux de le devenir. Restez catholique. Il ne faut pas créer des problèmes, il ne faut pas créer des tragédies. » Mais, au bout d’un certain temps, je n’ai plus pu m’empêcher de le devenir et je me suis enfui, si j’ose dire, du catholicisme pour me réfugier chez le père Sophrony en lui demandant de devenir orthodoxe. Et il me l’a accordé, et il est devenu mon parrain, et c’est le père Syméon qui a célébré la cérémonie de la chrismation.

RP : Je pense que le père Syméon a eu une grande influence sur le monde francophone, n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Tout à fait. Le père Sophrony a eu une très grande influence sur le monde francophone, car il faut savoir qu’en 1974, quand le livre du père Sophrony sur saint Silouane est paru, ce livre a surtout été lu dans le monde francophone par les catholiques. Le monde orthodoxe n’était pas très, très enthousiaste ; le monde protestant, un peu, mais le monde catholique beaucoup. Et ça a fait que le père Syméon, qui est le traducteur en français du père Sophrony, a joué un rôle décisif dans la diffusion de saint Silouane et de la pensée du père Sophrony dans le monde francophone. Et, très vite après que j’avais rencontré le père Sophrony, il m’a désigné le père Syméon comme interlocuteur courant.

RP : D’accord. Et est-ce que vous avez rencontré le père Raphaël, là-bas, au monastère ?
J-CL Polet : Oui, dès le début. Il y était déjà, et donc nous nous sommes rencontrés de multiples fois. Nous avons toujours entretenu des relations très amicales, très sympathiques, mais il n’a jamais été mon père spirituel. Ce n’était pas possible : moi j’avais envie d’avoir le père Sophrony et j’avais aussi le père Syméon, que le père Sophrony m’avait délégué en quelque sorte.

RP : Comment votre famille a reçu votre décision ?
J-CL Polet : Ça a été et ça reste un peu difficile, mais j’assume et tout le monde assume. Si tous ne m’ont pas suivi, je me dis, au fond, que c’est parce que je suis un mauvais mari, un mauvais père, que ça n’a pas fonctionné. Il y a un de mes fils qui est devenu orthodoxe à l’âge de 35 ans, parce qu’il avait fait, lui-même, un cheminement dans ce sens. J’ai une de mes filles qui pourrait le devenir aussi, mais elle hésite et, globalement, il y a quand même une certaine difficulté de dialogue. Cette difficulté de dialogue tient probablement à l’insuffisance de mon témoignage ou, carrément, à la défectuosité de mon témoignage. Mais je pense que ce sont des choses qui vont se régler, un jour ou l’autre, providentiellement, comme beaucoup de choses se sont faites providentiellement à mon point de vue.

RP : Oui, en fait on ne peut pas forcer la liberté des autres n’est-ce pas ?
J-CL Polet : Non, et le père Sophrony m’a toujours dit :« Ne jamais, jamais forcer ! ». Mais, d’une certaine manière je l’ai fait quand même en mettant les gens devant le fait accompli, n’est-ce pas ? Et donc c’est, là, peut-être, l’erreur que j’ai commise, mais je ne voyais pas de moyen de faire autrement.

RP : Si vous pensez à l’héritage que le père Sophrony vous a laissé, en quoi cela pourrait-il consister ?
J-CL Polet : L’héritage du père Sophrony est majeur et massif, en ce sens que je crois, peut-être d’ailleurs d’une façon un peu vaniteuse, avoir bien saisi sa pensée et sa spiritualité. Mais saisir sa pensée est sans doute moins important. Il me semble surtout qu’il y a en moi quelque chose de sa présence, car c’est le Saint-Esprit qu’il m’a révélé et le Saint-Esprit continue à me donner connaissance de lui. Il y a donc, si vous voulez, comme une espèce de convention établie entre le père Sophrony, les énergies du Saint-Esprit et moi-même : donc, nous sommes en lien permanent. C’est surtout ça. C’est pour ça que je vous dis que c’est majeur et massif. C’est massif parce que je suis tout entier pris par ça, c’est majeur parce qu’il n’y a rien de supérieur, rien de plus important, et en même temps c’est mystérieux parce que je pourrais difficilement exprimer les choses autrement.

RP : Vous pensez que votre relation s’est déroulée sous le feu du Saint-Esprit ?
J-CL Polet : Ça ne fait aucun doute ! Parce qu’avec le père Sophrony, à travers évidemment sa sainteté et la sainteté de saint Silouane, j’ai pris conscience de la présence de l’Esprit Saint. Et chaque fois, quand je voyais le père Sophrony, j’étais situé dans ce que j’appelle la poésie de la présence du Saint-Esprit, une poésie qui, comme l’étymologie du mot le signifie, est un agir, un faire, une fabrique. Il y avait en moi quelque chose qui était fabriqué par le Saint-Esprit. Il s’établissait donc, par cette relation, une espèce de production spirituelle suscitée par son intermédiaire, qui permettait au Saint-Esprit d’agir sur moi. Et j’ai pris conscience du Saint-Esprit et donc, autant qu’une prise de conscience est une prise de connaissance, j’ai pris connaissance de l’existence de l’Esprit Saint, un peu comme saint Silouane lui-même qui dit à peu près dans ses écrits : « je ne savais même pas que le Saint-Esprit existait et maintenant j’ai pris conscience et maintenant je le ressens ». Ça, c’est l’élément décisif. Quand j’ai parlé de l’héritage majeur et massif, l’élément décisif se trouve là.

RP : J’ai une autre petite question. Comment voyez-vous les différences entre les célébrations, disons la liturgie orthodoxe et celle catholique, parce que moi j’ai participé aussi à plusieurs liturgies catholiques. Comment est-ce que vous ressentez cette différence ?
J-CL Polet : Il y a une différence dogmatique qui est claire, notamment dans le Credo. Le père Sophrony disait qu’il préférait mourir plutôt que d’admettre le Filioque dans la constitution théologique orthodoxe. Il y a donc une différence dogmatique. Mais je dirais qu’il y a, au-delà ou en deçà, une différence qui est celle de la plénitude symbolique et de la plénitude de l’intégration de la personne humaine dans sa totalité. Et pour prendre une image un peu triviale, je dirais que la liturgie orthodoxe c’est un poisson complet, et que la liturgie catholique, ce n’est plus que l’arête du poisson.

RP : Et comment voyez-vous le rapprochement entre les catholiques et les orthodoxes ? Est-ce qu’il y a un futur ? Il y a beaucoup de discussions aujourd’hui. Enfin, il a toujours eu des discussions, je crois, et il y en a encore.
J-CL Polet : Il faut espérer et, pour espérer, il faut prier et travailler. Alors il faut prier d’abord, c’est le plus important. Il faut espérer encore et travailler donc. Il faut que le travail se fasse sur la conscience intérieure, la conscience spirituelle. Plus on approfondit, par la prière de Jésus et par d’autres prières, mais la prière de Jésus est privilégiée évidemment, plus on approfondit par la prière de Jésus la réalité profonde qui gît dans le cœur, plus on rencontre les énergies de l’Esprit Saint et plus l’Esprit Saint nous conduit vers la vérité tout entière, qui est le Christ. Et si dans le monde orthodoxe et dans le monde catholique, il y a suffisamment de gens qui font ce travail intérieur, ils vont arriver jusqu’au fond de leurs profondeurs et faire émerger là les énergies de l’Esprit Saint, et alors l’unité ne va pas se faire, elle va simplement se constater. Et elle se constatera de l’intérieur, par l’intérieur, pour l’intérieur. Et une fois que l’intérieur est accompli, l’extérieur peut suivre. Le problème, c’est les résistances de l’extérieur. Aujourd’hui, il y a dans l’Église catholique, comme dans l’Église orthodoxe et comme partout dans l’humanité, des résistances qui se font par l’extérieur pour interdire l’entrée dans l’intériorité, pour interdire à l’intériorité d’exprimer ce qu’elle peut comprendre et ce qu’elle peut vouloir.

RP : En fait, c’est le travail du Saint-Esprit…
J-CL Polet : Ce n’est pas nous, n’est-ce pas ? Ce n’est pas nous qui pouvons nous retrouver. C’est le Saint-Esprit qui nous fera nous retrouver, et pour nous retrouver il faut se retrouver dans le Saint-Esprit. L’œcuménisme diplomatique, si vous voulez, a autant des chances que l’O.N.U. en a d’éviter la guerre.

RP : Est-ce que vous avez des regrets par rapport à votre vie ?
J-CL Polet : À ma vie personnelle ?
RP : Oui.
J-CL Polet : Mon principal regret, c’est de ne pas avoir pu persuader mon entourage immédiat de suivre cette voie que j’ai moi-même suivie. Ça, c’est plus qu’un regret, c’est un échec.

RP : Et une dernière question. Je pense que c’est quand même difficile pour quelqu’un de faire ce chemin de la conversion, comme ça l’a été par exemple pour David Balfour. Est-ce que vous avez eu des doutes, ou est-ce que vous avez eu peur que vous pourriez perdre la vraie voie ?
J-CL Polet : Non, non. C’est la grâce du père Sophrony qui m’a donné cette certitude. Quand je l’ai rencontré, je me suis dit : c’est ça !c’est ça !c’est ça ! et ça ne sera plus jamais autre chose que ça ! Et donc, autant que je ne serai tenté au-delà de mes forces, je resterai fidèle. Je dirais que je ne vois pas la possibilité de ne pas rester fidèle.
RP : C’est aussi la grâce de Dieu qui nous tient sur cette voie.
J-CL Polet : Je n’y peux rien. Le père Sophrony m’a donné la force, et c’est sa force.
RP : Merci beaucoup.

Parution de la nouvelle édition de l’ « Annuaire de l’Église orthodoxe »

La nouvelle édition de l’Annuaire de l’Église orthodoxe en France vient de paraître (format 15 x 21 cm – 100 pages).
S’y trouvent:
Une carte avec les 280 lieux de culte orthodoxe en France.
La présentation de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
Une liste de tous les lieux de culte par département avec vos références.
La liste des évêques, des prêtres et des diacres au nombre de 340.
Les monastères et les écoles de théologie.
Les mouvements, institutions et médias.
Les revues, maisons d’éditions, librairies et ciergeries.
Les ateliers de chant liturgique et d’iconographie.
La liste des membres du clergé décédé depuis 2014.

Commande et règlement à adresser au père Samuel,
Monastère de Cantauque – 11250 Villebazy
Tél : 04 68 31 69 61 – Courriel : aofrance@nordnet.fr
Chèque libellé à l’ordre de : ”Association monastère de Cantauque”
Page dédié

Tarifs port compris :
1 exemplaire : 15€
3 exemplaires : 30€
5 exemplaires : 40€
Pour la vente en paroisse ou en magasin
(à partir de 10 ex.), demandez les tarifs.

Édition de printemps du site Musique-orthodoxe.com

Dans son édition de printemps, le site Musique-orthodoxe, créé et animé par le père Michel Fortounatto, s’adresse particulièrement aux chefs de chœur pour présenter des aspects assez techniques du chant d’Eglise. Il doit être évident que celui-ci ou celle-là portent une charge plus lourde que le reste des chanteurs en présence aux offices. ‘Donner le ton’ et assurer le déroulement de l’ordo sont leurs premières tâches. Or il n’y a pas de limites dans le panorama des compétences. Ici le chef de chœur œuvre à être, lui-même, elle-même, un chanteur accompli. La clarté intelligente et la beauté, la profondeur de la liturgie offrent un large champ pour l’expérience. Pour retrouvez donc les quatre nouveaux ‘billets’, cliquez ICI !

Témoignage : « De la Terre Sainte à Liège en passant par la Bretagne : notre chemin vers l’Église »

Nous vous invitons à lire le témoignage d’Anne et Nicolas Van Cranenbroeck sur leur cheminement spirituel. Cet article a été publié dans Nadejda/Espérance (bulletin de la paroisse Saints Alexandre Nevsky et Séraphin de Sarov de Liège (N° 28, janvier-février-mars 2017).

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Ntre chrismation en l’église orthodoxe de Quimper (Bretagne) par le Père Yannick Provost.

« C’est le dimanche 28 août 2016 que nous avons été chrismés, Anne et moi, par le Père Yannick (Provost), recteur de la paroisse orthodoxe de Quimper (Bretagne) faisant partie de l’Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, Exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Ce fut l’aboutissement, pour moi, Nicolas, d’un long chemin remontant à mon enfance et qui m’a fait découvrir, étape par étape et avec la grâce de l’Esprit Saint, l’église orthodoxe.

C’est enfant que j’ai été pour la première fois en vacances avec mes parents et mon jeune frère dans le village voisin du monastère (catholique) bénédictin de Chevetogne. C’est là que j’ai visité avec admiration l’église byzantine avec ses merveilleuses fresques et ses icônes. C’est aussi à Chevetogne que mes parents m’ont offert ma première icône (que je conserve précieusement).

Nos familles respectives, à Anne et à moi, nous ont offert comme cadeau de naissance une Foi catholique vivante. Depuis notre mariage, le 29 mai 1982, nous avons essayé de continuer à la vivre de notre mieux, entourés des vivants et des défunts. Lors de la Révolution française, mes ancêtres paternels ont caché un prêtre. Ma famille maternelle a quitté Reims au début du XXème siècle pour revenir en Belgique afin de pouvoir continuer à élever les enfants dans la Foi. L’un de ces sept enfants est devenu Père Jésuite. Anne a eu la grâce d’avoir un oncle moine à l’abbaye trappiste Notre-Dame d’Orval.

Adolescent, j’ai pris conscience de la situation dramatique des chrétiens d’URSS et des pays communistes d’Europe de l’Est grâce la lecture des Cahiers du Samizdat, du mensuel Catacombes (dont le rédacteur en chef était Sergiu Grossu), du bulletin d’informations de l’Aide à l’église en Détresse (AED), association catholique internationale animée par le Père Werenfried van Straaten, et par les publications du Foyer Oriental Chrétien de Bruxelles. De la lecture à l’action, il n’y avait qu’un pas. C’est ainsi que j’ai signé des pétitions, envoyé des lettres et même manifesté devant l’ambassade d’URSS à Bruxelles avec Maman (je me souviens même des agents qui nous photographiaient avec des téléobjectifs depuis l’ambassade).

En même temps, j’ai écouté, parfois durant des soirées entières, les premiers 33 tours des chants liturgiques russes du monastère de Chevetogne.

Puis ce fut la rencontre avec l’œuvre d’Alexandre Soljenitsyne. À la fin de mes études secondaires, j’avais écrit un article élogieux dans la revue étudiante sur le livre Soljenitsyne, le croyant – lettres, discours, témoignages d’André Martin (1973) que j’avais lu sur les conseils de mes parents et fort apprécié. Dans l’édition suivante de la revue étudiante, un professeur, fortement influencé par l’idéologie marxiste, écrivait un article en réponse critiquant mes propos. Il y affirmait qu’Alexandre Soljenitsyne était un authentique communiste qui cherchait avant tout par ses écrits à réformer le socialisme. Piqué au vif par cette attaque à laquelle je ne m’attendais pas, j’ai alors décidé de lire les ouvrages du Prix Nobel de Littérature de l’année 1970. J’y ai découvert non seulement un grand homme mais aussi un grand chrétien orthodoxe. Alexandre Soljenitsyne m’a aussi fait palper ce que l’on appelle « l’âme russe ». C’est Alexandre Soljenitsyne, lors d’une émission de télévision Apostrophes avec Bernard Pivot, qui m’a appris ce qu’était le repentir orthodoxe : celui-ci repose sur la prise de conscience dans tout son être de son état de pécheur et sur la nécessité du retournement (metanoia) qui en découle pour revenir sans cesse dans la plus grande humilité à Dieu.

Le film d’Andreï Tarkovski consacré à Andreï Roublev (1966) m’a fasciné (je ne compte plus le nombre de fois que je l’ai ensuite revu, au cinéma ou en vidéo) et m’a ouvert un grand nombre d’autres portes grâce aux autres films de ce grand réalisateur russe. C’est lui également qui m’a confirmé l’importance du repentir pour un chrétien orthodoxe. C’est aussi le premier film que nous avons été voir ensemble, Anne et moi, lorsque nous étions fiancés.

Mes parents, catholiques pratiquants, m’ont toujours encouragé dans cette découverte de l’Orthodoxie. C’est grâce à eux que j’ai pu lire (et relire) les Récits d’un pèlerin russe. Et de là, je suis parti à la recherche de la Philocalie (l’Amour de la Beauté). La Prière de Jésus m’est alors devenue familière.

À la fin de l’année 2011, Maman (veuve depuis 1995) entend une présentation sur RCF (radio catholique française diffusée notamment en Belgique francophone) d’un nouveau livre consacré au monastère des sœurs orthodoxes de Solan dans le Gard (sud de la France) : Le Monastère de Solan – Une aventure agroécologique. Connaissant mon grand intérêt et mon engagement pour la protection de la nature et la sauvegarde de la création depuis 1973 mais aussi ma grande sensibilité pour l’Orthodoxie, Maman s’empresse de me signaler la sortie de presse de ce livre. Je l’achète immédiatement et je le lis et le relis.

Peu de temps après, je parle avec enthousiasme de ce livre à un collègue orthodoxe qui me dit avoir déjà été à Solan. En mars 2012, il me propose de nous rendre à deux à Solan en passant par le monastère (orthodoxe) de Saint-Antoine-le-Grand dans le Vercors, fondé par le Père Placide (Deseille), moine du monastère de Simonos Petra (Sainte Montagne de l’Athos). C’est alors que ma découverte de l’Orthodoxie s’est amplifiée et que ma vision du monachisme catholique actuel s’est ouverte sur une tradition infiniment plus ancienne et plus authentique (celle des Pères de l’église et des Pères du Désert). À Solan, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Père Placide et de me procurer ses nombreux petits fascicules que j’ai lus et relus.

Le soleil que je voyais alors comme catholique était certes le soleil mais il était voilé et sa chaleur était amoindrie. Je commençais à percevoir que le soleil était en réalité plus lumineux et plus chaud que ce que je ressentais alors.

Puis, ce fut le grand cadeau de la Mère de Dieu et d’Anne : ce sont elles qui m’ont permis d’aller huit jours en pèlerinage à la Saint Montagne de l’Athos avec mon collègue orthodoxe et un autre collège catholique. Ce pèlerinage m’a profondément bouleversé (retourné au sens de la metanoia). L’église orthodoxe devenait de plus en plus tangible. N’ayant pas emporté de rasoir, j’ai laissé pousser ma barbe (je la porte toujours aujourd’hui). Je n’avais pas non plus emmené mon appareil photographique, préférant tout conserver en mon cœur, comme la Mère de Dieu.

Depuis ma première visite à Solan, Anne et moi avons pu correspondre par la voie postale (les sœurs n’utilisent en effet pas internet) avec la révérende Mère Hypandia, l’higoumène de cette belle communauté, et la spiritualité orthodoxe est encore devenue plus enthousiasmante, notamment grâce aux livres qu’elle m’avait conseillé de lire. Grand lecteur, d’autres nombreux beaux et bons livres m’ont permis de progresser dans la connaissance de l’Orthodoxie. Et internet m’a ouvert de nombreuses portes et fenêtres (et plus spécifiquement le site internet www.orthodoxie.com que je consulte chaque jour).

En août 2015, Anne et moi sommes partis passer quelques jours à Uzès dans le Gard, à proximité du saint monastère de Solan. Nous avons participé à la Journée de prières pour la Sauvegarde de la Création organisée depuis plus de deux décennies par les sœurs de Solan et l’association des Amis de Solan (dont nous faisons partie, Anne et moi). Cette association a pour objectif d’aider les sœurs dans leur démarche agroécologique et son président n’est autre que Pierre Rabhi, agriculteur bio, essayiste et poète français d’origine algérienne. La démarche de Solan m’a alors permis de découvrir, sur le terrain, l’engagement pris en 1989 par sa sainteté Dimitrios Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, en faveur de la Sauvegarde de la Création. C’est lui en effet, mû par l’Esprit Saint, qui a institué la Journée de prières pour la Sauvegarde de la Création le 1er septembre de chaque année, premier jour du nouvel an ecclésial (tout un programme). Et c’est seulement en 2015 que le Pape François a proposé aux catholiques de s’associer à l’église orthodoxe pour prier ensemble durant cette journée. Pour moi qui était et reste engagé en matière de protection de la nature et de sauvegarde de la création, la position précoce de l’église orthodoxe dans ce domaine m’a ouvert les yeux et le cœur sur sa solidité théologique, basée sur les saintes écritures tout autant que sur les Pères de l’église et sur les nombreux saints qui ont montré, durant leur vie, qu’il était possible de retrouver, sur terre, la création d’origine, celle qui existait avant la chute.

En décembre 2015, nous nous rendons, Anne et moi, dans une grande librairie catholique de Bruxelles pour y admirer l’exposition des sœurs orthodoxes du monastère Sainte-élisabeth de Minsk en Biélorussie. Nous les avions écoutées à plusieurs reprises lors de concerts en Belgique et connaissions leur remarquable engagement, à la fois spirituel et social. En échangeant avec une sœur parlant français sur mes lectures orthodoxes, celle-ci m’a demandé de manière très directe : « Mais pourquoi n’êtes-vous pas orthodoxe ? » Je lui ai répondu que l’Esprit Saint saurait bien m’indiquer le moment de ce choix car je ne voulais en aucun cas forcer mon épouse à me suivre.

Mont des Oliviers (Jérusalem) – Avril 2016

Mont des Oliviers (Jérusalem) – Avril 2016

Durant l’année 2015, grâce au site internet www.orthodoxie.com, j’apprends l’organisation par l’Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale d’un pèlerinage orthodoxe en Terre Sainte en octobre de la même année. En prenant connaissance du programme, j’en ai aussitôt parlé à Anne en ces termes : « Regarde ce beau programme : nous sommes à présent pensionnés et si nous devons faire un jour ce pèlerinage, je pense que ce sera celui-ci. Mais serons-nous acceptés en tant que catholiques ? » La réponse du Père Yannick (Provost), organisateur et guide, ne s’est pas fait attendre : nous étions non seulement acceptés mais aussi fraternellement accueillis. Par suite des tensions sévissant à Jérusalem, le pèlerinage a été reporté de l’automne 2015 au printemps 2016, en plein Carême orthodoxe. C’est ce pèlerinage qui nous a ouvert les yeux du cœur et de l’âme : c’est en Terre Sainte, là où le Christ a vécu, que nous avons compris que l’église orthodoxe était réellement l’église indivise, celle qui a été fondée par le Christ sur ses apôtres, sur leurs successeurs et sur le peuple de Dieu. Les prières et la fraternité des pèlerins tout autant que celles des nombreux chrétiens orthodoxes rencontrés (dont des évêques, des prêtres, des moines, des moniales et de pieux fidèles) nous ont assurément menés sur ce chemin de vérité.

Au retour du vol Tel Aviv-Paris, au moment de nous séparer, plusieurs pèlerins ont été surpris d’apprendre que nous étions catholiques. Nous nous étions en effet faits tout petits, dans un profond respect mutuel.

Rencontre des pèlerins avec le 9atriarche Théophile III de Jérusalem

Rencontre des pèlerins avec le 9atriarche Théophile III de Jérusalem

Ce pèlerinage en Terre Sainte [1] restera l’un des moments les plus forts de notre vie. La présence du Père Yannick et de son épouse Anastasia, du Père Stephen (Headley), recteur de la paroisse de Vézelay, et de Monseigneur Jean de Charioupolis a contribué à ce retournement vécu en couple.

De retour en Belgique, nous avons été invités par une amie orthodoxe à participer à la Divine Liturgie du jour de Pâques célébrée par Monseigneur Jean de Charioupolis en l’église des Saints-Côme-et-Damien à Ixelles (Bruxelles) : nous avons vécu la fête des fêtes comme l’aboutissement de notre pèlerinage (lequel, rappelons-le, a eu lieu en partie en Carême).

Anne et moi n’avons ensuite pas dû nous parler beaucoup : l’illumination reçue en Terre Sainte était totalement partagée. Cependant, jamais je n’aurais voulu forcer Anne à me suivre dans la demande d’entrée en communion de l’église. Après avoir accepté il y a 34 ans de m’épouser et après avoir mis au monde nos deux enfants, Marie et François, Anne m’a fait un nouveau et magnifique cadeau en me proposant de demander notre entrée à deux dans la communion de l’église.

Lors de notre chrismation par le Père Yannick, nous étions entourés des paroissiens de Quimper, de notre fils François (notre fille Marie et son mari Jean-Michel n’avaient pu nous rejoindre) mais aussi de tous les pèlerins bretons de Terre Sainte. La « bonne odeur de l’Esprit Saint » s’est alors emparée de tout notre être et le soleil est enfin devenu brillant et chaud.

Nous avons choisi pour commencer notre vie de « bébés orthodoxes » (nous avons en effet beaucoup à découvrir et c’est une grande grâce) de nous insérer dans la paroisse russe de Liège. Et, cadeau du ciel, c’est Monseigneur Jean de Charioupolis qui est devenu de ce fait notre Archevêque. Merci au Père Guy (Fontaine) et au Père Alexandre (Galaka) mais aussi à tous les paroissiens de nous accueillir et de nous aider à poursuivre notre chemin qui mène à Dieu.

Merci aussi  à toutes celles et tous ceux qui nous ont conduits vers Dieu depuis notre Baptême : c’est dans le face à face qui suivra notre naissance au ciel que nous saurons tout ce que nous leur devons.

Nicolas Van Cranenbroeck

En la fête de saint Nicolas, le 6 décembre 2016″

[1] Monique De Vaere-Descamps en a parlé dans son article intitulé « Quelques jours en terre sainte – Pèlerinage organisé par notre archevêché » publié dans Nadejda/Espérance N° 26, juillet-août-septembre 2016, pp. 21 à 23.

« L’après Crète » par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster)

L’institution « Eglise orthodoxe » va demeurer dans l’état d’inertie qui était le sien avant le concile de Crète qui s’est tenu récemment, si les responsables ecclésiastiques ne s’activent pas à tirer les leçons des fautes qu’ils ont commises dans le passé, et ce en forgeant une vision d’avenir « commune » destinée à surmonter les cassures qui frappent les Orthodoxes et à prendre des mesures audacieuses pour aviver leur vie ecclésiale. Certains diront peut-être que nous exagérons. Pourtant, les événements de ces derniers mois ont montré, d’une manière incontestable, que les Orthodoxes sont encore toujours en-deçà, plus de quinze ans après leur entrée dans le troisième millénaire, de l’esprit conciliaire dont ils ne cessent de s’enorgueillir. Ils sont, sans doute aucun, en-deçà de l’esprit conciliaire que l’Eglise catholique a manifesté pendant le concile de Vatican II, ce concile qui a changé le visage du catholicisme et l’a poussé en avant sur la voie de sa transformation en une Eglise qui est sérieusement en intelligence avec la situation de l’homme contemporain, ses préoccupations et ses aspirations.
A peine le concile de Crète venait-il de s’achever, que les milieux de l’Eglise constantinopolitaine se mirent à l’afficher comme un « succès » éclatant. Ce faisant, ils passent sous silence le fait qu’au moins la moitié du monde orthodoxe n’était pas représentée en Crète, et que les délégations participantes, exception faite des Eglises de Roumanie et de Serbie, ont un caractère essentiellement grec, et adhèrent à la tradition hellénophone, non seulement comme un universalisme culturel – c’est le cas de tous les Orthodoxes –, mais comme le fondement d’un nationalisme hypertrophié et maladif. Certes, le traitement du chancre nationaliste qui aujourd’hui déchire le monde orthodoxe ne se fera pas en le remplaçant par un autre, russe, roumain, serbe ou arabe, non moins maladif et pléthorique, mais bien en critiquant et en brisant le penchant nationaliste et en retournant à l’esprit de l’Evangile. C’est ce que de grands théologiens ne cessent de répéter depuis soixante-cinq ans. Mais l’autre malheur qui ravage notre Eglise, c’est l’énorme cassure, absolument sans précédent, entre l’autorité ecclésiastique et la pensée théologique, au point qu’il semble à l’observateur que l’Eglise orthodoxe se compose d’agrégats fragmentés, à savoir une autorité ecclésiastique qui se considère comme « l’Eglise », d’un peuple en grande partie indifférent, et d’une troupe de théologiens qui le plus souvent se trouve en plein désarroi entre l’autoritarisme des chefs et le désintérêt du peuple.
Certes, l’Eglise de Constantinople s’emploie à présenter le concile de Crète comme une grande réalisation qui contribue à renforcer l’image que les milieux de cette Eglise s’efforce de forger ces derniers temps, en particulier en ce qui concerne le rôle du patriarche de Constantinople : pour notre part, notre propos n’est pas ici de discuter de ce rôle, de son étendue et de son cadre. C’est là une question que les Orthodoxes se doivent d’examiner « ensemble » et de lui trouver une formule acceptable, loin de toute concurrence, prise de bec et vocifération. Tel n’est donc pas ici le problème. Le problème réside dans le mépris de l’intelligence humaine lorsque le concile de Crète est présenté comme une « réalisation » et « un succès », alors que tout un chacun connaît l’inconsistance des documents qu’il a publiés et le style hautain qui a dominé le message qu’il a adressé au « monde ». Tout le monde se rend compte que ce qui a été présenté comme une « ouverture » aux autres Eglises et aux autres religions n’était rien d’autre qu’une tentative pour arrondir les angles, et cela alors que les pères conciliaires se heurtèrent, premièrement, à leur division sur les grandes questions qui touchent à la modernité, à la mondialisation et à la relation à l’autre, et, deuxièmement, au manque du temps nécessaire pour lancer le chantier d’un authentique dialogue sur ces questions. L’évêque Calliste (Ware), qui était présent en Crète, a reconnu que la tâche des pères conciliaires se limitait, la plupart du temps, à entériner des documents qui laissaient à désirer, préparés à l’avance, à l’exception de légères modifications, dont quelques-unes sont peut-être à propos, mais qui ne désaltèrent pas des millions d’Orthodoxes assoiffés d’une parole de vie.
Mais qu’en est-il de l’après Crète ? L’importance de tout concile, quelles que soient les fautes et les failles qui accompagnèrent sa tenue, réside dans la capacité des Eglises orthodoxes à l’ « assimiler » de manière positive. Cette assimilation ne signifie pas l’acceptation des documents du concile dans leur forme actuelle. En effet, l’expérience historique nous enseigne que la réception des grands conciles était un processus fécond comportant souvent la critique, l’interrogation et le remaniement, voire même l’accord sur une nouvelle formulation. Il se peut que certains s’attendent à ce que l’Eglise de Constantinople, qui est le parrain du concile et son propagateur, s’empresse à transmettre ses travaux et ses documents à toutes les Eglises orthodoxes, en leur demandant de les étudier et de les entériner. Il convient de rappeler ici que ceci ne s’applique pas seulement aux Eglises qui ont boycotté le concile, mais encore celles qui y étaient également représentées, étant donné que l’entreprise de réception n’est pas limitée à une délégation, mais concerne l’ensemble du corps ecclésial, et surtout le peuple croyant. Mais qui a dit que ce rôle devait être limité à l’Eglise de Constantinople ? Et qu’en serait-il si cette Eglise ne s’empressait pas ou tardait à le remplir ? Et qui a dit que le traitement du malaise existant dans le monde orthodoxe se limite à « assimiler » les travaux et les documents du concile de Crète ? La blessure qui fissure le corps de l’Eglise orthodoxe n’est-elle pas bien plus profonde que ce qui fut dit en Crète ? Ce qui n’y a pas été dit, ou ce que les pères conciliaires se contentèrent de survoler rapidement, n’est-il pas bien ô combien plus important que ce qu’ils ont déclaré et consigné par écrit ? Eh bien oui ! L’avenir de l’Eglise orthodoxe est plus important que le concile de Crète. Et les défis qu’elle affronte dépassent les textes qui y ont été entérinés. Et les grandes questions qui mettent toute notre identité orthodoxe à l’épreuve, elles n’ont aucunement été abordées sur l’île grecque. Où a-t-il été question de ce qu’il y a d’immuable et de mouvant dans la tradition ? Où a-t-il été question du rôle des charismes dans l’Eglise, y compris le monachisme, et le rôle des femmes ? Où a-t-il été question de la liturgie et de sa réforme ? Où a-t-il été question de l’éducation théologique ? Où a-t-il été question de la réhabilitation du diaconat ? Où a-t-il été question des relations entre l’autorité ecclésiastique et la politique après la chute de Constantinople et l’effacement du monde byzantin ? Où a-t-il été question de la position face à la modernité et ses défis, et en particulier la liberté de l’individu et de la pensée, ainsi que des réalisations dans le domaine des sciences humaines ? L’importance du concile de Crète ne réside ni dans sa tenue ni dans ses documents, mais en ce qu’elle nous indique la profondeur de la crise qui aujourd’hui meurtrit notre Eglise. La responsabilité de la sortie de cette crise n’incombe pas uniquement à l’Eglise de Constantinople ; ce n’est pas non plus la responsabilité de la seule Eglise russe, ni d’ailleurs celle de la seule Eglise roumaine et qu’on voudrait la voir porter, à savoir jouer un rôle « conciliateur » entre Istanbul et Moscou, selon le vœu de l’évêque Calliste (Ware). C’est véritablement la responsabilité commune de tous les Orthodoxes et la responsabilité de tous ceux que l’Esprit du Seigneur a appelés à jouer un rôle positif en aidant notre belle Eglise à sortir de son inhibition et de sa régression.
Sur cette base, notre Eglise antiochienne est appelée elle aussi à dépasser le retrait « inéluctable » qui a découlé de son boycott du concile de Crète, et cela malgré la légitimité de sa position et la sincérité de son interrogation critique à l’endroit de ce concile. Et ce dépassement ne sera effectif qu’en élaborant un plan d’avenir, dont nous devons dès à présent dessiner les grandes lignes. Inutile de dire que ce plan exige, de prime abord, que nous rassemblions les ressources intellectuelles dans cette Eglise, y compris théologiques et juridiques, et celles spécialisées dans les sciences humaines, et qu’en bénéficie tout un chacun selon le charisme qui lui a été prodigué, ce qui n’est pas le cas jusqu’à présent malgré les promesses qui ont été faites à plus d’une reprise sur l’importance d’aviver les charismes dans l’aire antiochienne. Il va de soi que ce plan doit comporter une vision claire sur la manière de surmonter le complexe du concile de Crète et d’œuvrer à sa diffusion en établissant des canaux de communication avec toutes les Eglises orthodoxes. Mais ce qui est plus important que le concile de Crète en soi, c’est de préparer un futur concile qui incitera les Eglises orthodoxes à affronter les grandes questions en apportant un témoignage vivant et unique de l’Evangile de Jésus crucifié et ressuscité d’entre les morts, ce qui n’est quasiment pas le cas aujourd’hui. Ne méritons-nous pas, nous Antiochiens, d’être les pionniers de cette vision, nous qui fûmes les premiers à critiquer le concile de Crète à juste titre et à en indiquer les défauts ? Ne convient-il pas que nous nous inspirions de notre glorieux héritage sans invoquer notre petit nombre et des guerres et des malheurs qui nous ont fait souffrir ces dernières années ? L’Evangile de Jésus, qui a jailli en notre sein, ne nous incite-t-il point à tirer notre force de notre faiblesse et de nous transformer en une ruche bourdonnante afin que nous disions aux Orthodoxes ce qui doit être dit, et d’indiquer ce qui doit être fait ?
Que celui qui a des oreilles entende, et que celui qui en est dépourvu ne s’en prenne qu’à lui-même…

(Al-Nour, Beyrouth, vol. 6, 2016 Traduction de l’arabe par Marcel Pirard)

Message du Saint-Synode de l’Église de Grèce à tous ses fidèles au sujet du Concile de Crète

En date du 27 janvier 2016, le Saint-Synode de l’Église de Grèce a adressé le message suivant à tous les fidèles au sujet du Concile de Crète :
« Le Saint-Synode de l’Église de Grèce s’adresse à tous les fidèles afin de les informer sur le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes, qui s’est réuni en juin 2016 en Crète. Le but principal du Saint et Grand Concile était le renforcement et la manifestation de l’unité de toutes les Églises orthodoxes, mais aussi la façon de faire face à différents problèmes pastoraux.
• Sur la base des conclusions du Saint et Grand Concile :
• L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité par les Saints Mystères. La conciliarité sert l’unité et anime l’organisation de l’Église, la façon dont sont prises ses décisions et détermine son cheminement. Il convient de mentionner également que le Saint Concile ne s’est pas référé seulement à l’autorité des Conciles œcuméniques mais, pour la première fois, lors de celui-ci, ont été reconnus comme Conciles « d’une validité universelle », c’est-à-dire comme œcuméniques, le Grand Concile qui siégea sous le Photius le Grand, patriarche de Constantinople (879-880), les Grands Conciles (de 1341, 1351, 1368) sous saint Grégoire Palamas, et les Grands et Saints Conciles de Constantinople qui ont rejeté le Concile unioniste de Florence (1438-1439), les croyances protestantes (1638, 1642, 1672, 1691) et l’ethnophylétisme, en tant qu’hérésie ecclésiologique (1872).
• Les Églises orthodoxes autocéphales ne constituent pas une fédération d’Églises, mais l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour ce qui concerne la diaspora orthodoxe dans différents pays du monde, il a été décidé que continue le fonctionnement des Assemblées épiscopales avec des représentants des Églises autocéphales, afin que soit sauvegardé le principe de conciliarité, jusqu’à ce que soit appliquée l’acribie canonique.
• Pour l’Église orthodoxe, la famille constitue le fruit de l’union sacramentelle « dans le Christ et dans l’Église » d’un homme et d’une femme et elle la seule garantie de la naissance et de l’éducation des enfants.
• L’Église souligne continuellement la valeur de la tempérance, de l’ascèse chrétienne. L’ascèse chrétienne n’interrompt pas la relation de l’homme avec la vie et le prochain, mais elle le relie à la vie sacramentelle de l’Église. Elle ne concerne pas seulement les moines. L’ethos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne.
• L’Église orthodoxe condamne les persécutions, l’expulsion et le meurtre de membres des communautés religieuses, la contrainte dans le vue de changer de foi religieuse, le commerce des réfugiés, les enlèvements, les tortures, les exécutions inhumaines, les catastrophes matérielles. Elle exprime particulièrement son inquiétude pour la situation des chrétiens et de toutes les minorités persécutés au Moyen Orient et dans d’autres endroits du monde.
• L’œuvre fondamentale de l’Église est la mission, c’est-à-dire la lutte pour donner constamment le témoignage de la foi et la prédication de l’Évangile soit aux fidèles qui vivent dans les sociétés contemporaines sécularisées, soit à ceux qui n’ont pas encore connu le Christ.
Le dialogue, principalement avec les chrétiens hétérodoxes (les autres confessions chrétiennes – les hérésies) a lieu sur la base du devoir de l’Église de témoigner dans toutes les directions la vérité et la foi apostolique. C’est ainsi que devient connue à ceux-ci l’authenticité de la Tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des Orthodoxes. Les dialogues ne signifient ni ne signifieront jamais quel compromis que ce soit dans les questions de foi. L’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Symbole de Foi. La sainteté est inconcevable en dehors du Corps du Christ, c’est-à-dire en dehors de l’Église (Eph. I, 23). La sainteté est participation dans le mystère de l’Église et dans ses saints sacrements avec pour épicentre la sainte Eucharistie. Les saints représentent le Royaume de Dieu. L’Église est une, c’est l’Église orthodoxe. Selon saint Basile le Grand « tous ceux qui espèrent dans le Christ ne forment qu’un seul peuple, et les fidèles du Christ ne forment maintenant qu’une seule Église, bien qu’on l’appelle par des noms de lieu différents ». L’Église attend toujours le retour de tous les hommes en son sein, des hétérodoxes et des membres des autres religions. Les textes du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont l’objet d’un approfondissement et d’une étude ultérieure. Cela est valable pour tous les Synodes de l’Église. Le dialogue théologique n’est pas interrompu. La précondition nécessaire est naturellement que soit maintenue intacte la vérité théologique et que ce dialogue soit réalisé sans fanatismes et divisions, sans parasynagogues et schismes, qui blessent l’unité de l’Église. Les schismes sont des maladies spirituelles difficiles à guérir. Selon saint Jean Chrysostome : « diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même de l’assemblée [еcclésiale] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (PG 48, 872). Pour cette raison, les fidèles sont exhortés à ne pas donner de donner de poids au paroles de ceux qui les incitent à s’éloigner de l’Église dans le but de constituer un groupe séparé hors du plérôme de celle-ci, invoquant des causes imaginaires d’acribie dogmatique. En terminant ce message, nous souhaitons vous assurer que tous les évêques de l’Église de Grèce veillent, restent inébranlables dans la foi orthodoxe et sont dévoués envers l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. « Au reste, frères, soyez dans la joie, perfectionnez-vous, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix; et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous » (II Cor. XIII,11) ».

Source

Le rapport de Mgr Athénagoras de Belgique sur «La cohésion sociale et le phénomène de la peur. La mission des dirigeants et la contribution de l’Eglise. L’Etat de droit»

Pour lire le rapport  de Mgr Athénagoras de Belgique (Patriarcat de Constantinople) lors du Ve Forum européen catholique-orthodoxe, qui s’est tenu à Paris du 9 au 12 janvier, cliquez ICI !

Le rapport de Mgr Hilarion de Volokolamsk sur «Violation des droits et des libertés religieuses : intolérance, discrimination et pressions»

img_7584Le rapport, en français, de métropolite Hilarion de Volokolamsk (Patriarcat de Moscou) lors du Ve Forum européen catholique-orthodoxe, qui s’est tenu à Paris du 9 au 12 janvier, sur le thème: « Violation des droits et des libertés religieuses: intolérance, discrimination et pression », est en ligne sur cette page dans son intégralité.

Photographie: Mgr Hilarion (à droite) lors de la lecture de son rapport (source)

Jean-Claude Larchet: Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

jean-claude-larchetLa conférence de Jean-Claude Larchet « Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain », donnée à Moscou le 21 septembre 2016 dans le cadre des célébrations des « Mille ans de la présence russe au Mont-Athos », vient d’être publiée en russe sur le site du Département synodal des monastères et du monachisme de l’Église orthodoxe russe et sur le site du Monastère de Sretenski Pravoslavie.ru, et en anglais sur ce dernier site et sur le site Orthodox Ethos. Nous en donnons ici la version française.


Le rôle prophétique du Mont-Athos dans le monde contemporain

Le monachisme n’est au fond qu’une façon de mener la vie chrétienne avec un engagement total dans le renoncement à ce monde et la consécration de soi à Dieu. Pour cela, le monachisme est partout le même, et chaque monastère, chaque skite ou chaque ermitage constitue un lieu privilégié, un centre de référence pour la vie monastique et pour la vie chrétienne. Pour une grande part, ce qui peut être dit du monachisme peut être dit du Mont-Athos, et ce qui peut être dit du Mont-Athos peut être dit du monachisme.
Pourtant le Mont-Athos est depuis longtemps un lieu fascinant, qui attire l’attention non seulement des Orthodoxes, mais de personnes appartenant à d’autres religions et même de non-croyants. En témoignent le nombre important de livres, d’articles consacrés au Mont-Athos, mais aussi le flux incessant de pélerins et de visiteurs venus du monde entier. Cette fascination n’est pas nouvelle, mais elle est sans aucun doute plus grande à notre époque que par le passé. Il y a à cela plusieurs raisons.

1) La première raison est que le Mont-Athos est une république autonome – et pour cela comme un pays – habité seulement par des moines et entièrement consacré à la vie monastique. Bien que chaque pays orthodoxe ait au moins une région qui regroupe plusieurs monastères, il n’y aucune autre région qui regroupe un nombre aussi important de monastères, de skites et d’ermitages, et qui constitue un pays gouverné par des moines, avec une vraie frontière qui le délimite par rapport aux pays ou régions environnants. C’est une zone protégée non seulement politiquement, administrativement et géographiquement (en étant une péninsule), mais aussi spirituellement, puisque le Mont-Athos est couramment appelé « Le jardin de la Mère de Dieu » et considéré comme un lieu qui lui appartient et où elle est particulièrement présente. Par le fait qu’il est un pays entièrement peuplé de moines, qu’il ne permet pas « la libre circulation des personnes » exigées par les lois européennes, n’accepte pas l’afflux des touristes et n’accepte pas non plus l’entrée des femmes, mais étend la clôture monastique à l’échelon d’un pays, le Mont-Athos est un pays pas comme les autres.

2) Deuxièmement, le Mont-Athos est un témoignage du Royaume déjà présent parmi nous.
C’est le lieu qui abrite les plus nombreuses et importantes reliques du monde orthodoxe. Ces reliques y rendent présents et actifs par leurs miracles presque tous les grands saints chrétiens.
Le Mont-Athos en tant que concentration monastique et lieu particulièrement propice à la sanctification a lui-même produit des milliers de saints, connus ou inconnus. Certains à notre époque ont un rayonnement mondial, comme saint Silouane, Joseph l’Hésychaste et ses disciples, ou saint Païssios. À travers ses nombreux saints du passé et du présent, le Mont-Athos apparaît, selon les paroles du Psalmiste, comme « la montagne fertile », « la montagne féconde », « la montagne où il a plu au Seigneur d’habiter » et où Il « habitera à jamais » (Ps 67, 16-17).

3) Le Mont-Athos est un rappel du paradis perdu et une annonce du Paradis retrouvé.
Ce n’est pas seulement à travers ses saints, mais en tant que lieu béni, institution sacrée que le Mont-Athos témoigne prophétiquement d’un autre monde qui donne son sens au monde actuel. Le Mont-Athos, encore appelé « Montagne Sainte », ou « Jardin de la Vierge », est une image du Paradis, un rappel du Paradis perdu par nos premiers parents, et une préfiguration symbolique du Paradis promis aux justes.

  1. a) Le Mont-Athos offre l’image d’une nature paradisiaque parce que, dans la variété des paysages qui s’échelonnent depuis le niveau de la mer jusqu’aux deux mille mètres où culmine la montagne Athos, ce sont de très nombreuses espèces végétales et animales qui vivent et constituent un microcosme résumant le monde entier. Une autre raison est que cette nature reste inviolée, préservée de l’exploitation économique et de la pollution technique. Sa seule existence dans notre monde moderne a une valeur exemplaire. Elle est un modèle d’écologie spirituelle ; elle témoigne de la sauvegarde de la création qui a été confiée à l’origine par Dieu à l’homme pour qu’il en use pour ses besoins, tout en en faisant un instrument de contemplation et d’action de grâce.
  2. b) L’espace du Mont-Athos témoigne de l’espace paradisiaque, et annonce l’espace du Royaume des cieux. À la différence de l’espace de tous les autres pays (réparti entre sacré et profane, voire même parfois entièrement profane), l’espace du Mont-Athos apparaît totalement sacré, non seulement par la présence d’une multiplicité de monastères, de skites, d’ermitages, d’églises et de chapelles, mais aussi parce qu’il est tout entier sanctifié par les saints qui le parcourent ou l’ont parcouru, l’ont rempli de la voix de leur prière, et l’ont baigné des énergies divines dont ils rayonnaient. Chaque fois que l’on marche sur un sentier du Mont-Athos, on a la certitude de mettre ses pieds sur les traces de saints qui nous y ont précédés. Beaucoup de lieux dans la nature gardent la mémoire d’apparitions du Christ, de la Mère de Dieu ou de saints. Il n’y a pas ici de monastère, de skite, d’ermitage, de chapelle, ni de source ou de fontaine dont la présence ne s’explique par une vision céleste ou par un miracle.
  3. c) Il faut dire quelques mots aussi sur la signification prophétique du temps athonite. L’une des choses qui matériellement frappent le plus le visiteur du Mont-Athos, et dans une certaine mesure le désoriente, c’est le changement d’heure. La plupart des monastères gardent l’heure byzantine, qui ne sert plus de référence que dans cet endroit du monde. Notre heure à nous, les moines l’appellent kosmiki ora : l’heure du monde. L’heure byzantine n’est pas une simple survivance des temps anciens ; elle témoigne d’une autre modalité du temps, d’un temps spirituel, sanctifié parce que entièrement consacré à Dieu, subdivisé et organisé pour répondre à Sa volonté. Symboliquement cela rappelle le temps paradisiaque et annonce le temps du Royaume.

4) Un quatrième point important est que la vie collective telle qu’elle est organisée dans l’ensemble du Mont-Athos et dans chaque monastère, constitue un appel à l’unité de tous les hommes, et un témoignage qu’une telle unité est possible dans le Christ. Dans un monde déchiré par les guerres, les nationalismes, les conflits ethniques, le racisme, ce témoignage et cet appel sont véritablement prophétiques.
Le Mont-Athos dans son ensemble témoigne depuis de nombreux siècles de la bonne entente de communautés d’origines ethniques différentes qui non seulement coexistent pacifiquement, mais vivent harmonieusement dans le lien de la charité.
C’est dans ce lien de la charité que la Sainte Communauté, constituée de représentants des principaux monastères, gouverne le Mont-Athos non selon les principes démocratiques du monde, mais dans l’esprit de la conciliarité (sobornost) chrétienne. Chaque monastère athonite en témoigne pareillement, étant dirigé par un Conseil des Anciens avec à sa tête un higoumène élu par les moines.

5) Comme cinquième point, on peut mentionner le rôle fondamental qu’a joué le Mont-Athos dans l’histoire de l’Orthodoxie et qui se révèle aujourd’hui peut-être plus que jamais d’une importance capitale : celui du maintien de la Tradition et de la défense de la foi orthodoxe. Il s’agit là encore d’un rôle prophétique, car le prophète est traditionnellement quelqu’un qui rappelle les hommes à la fidélité à Dieu et qui est un défenseur de la foi face à tout ce qui peut l’altérer ou la pervertir.
Dans un monde soumis à des changements de plus de plus nombreux et de plus en plus rapides, le Mont-Athos donne l’exemple d’un monde stable, immuable, à l’image du monde divin. Préservé de la soif de changement et du vertige du mouvement qui habitent les hommes vivant dans le monde, à l’abri de la pression sociologique qui porte à se conformer en tout point au mode de vie des sociétés modernes, les moines athonites conservent scrupuleusement les prescriptions canoniques, le typikon liturgique et le mode de vie ascétique que nos Pères se sont transmis de génération en génération.
Le maintien scrupuleux même des plus infimes traditions a été la condition pendant plus d’un millénaire d’une parfaite préservation la Tradition orthodoxe. Les moines athonites ont aussi grandement contribué à préserver la foi orthodoxe dans tous les moments difficiles de l’Histoire où elle était menacée, et le font aujourd’hui encore. Et ils jouissent toujours pour cela d’un prestige particulier et d’une grande autorité.
Le rôle prophétique de vigie et de phare que joue traditionnellement le Mont-Athos dans le monde orthodoxe pour rappeler aux gens quelle est la vraie foi est particulièrement important à notre époque où l’on peut observer un affaiblissement considérable de la conscience dogmatique.

6) Un sixième et dernier point est que le Mont-Athos contribue également, d’une manière fondamentale, à maintenir à la fois inchangée et vivante la spiritualité orthodoxe. Constituée par les moines de Palestine, de Syrie, du Sinaï et du Stoudion de Constantinople, les Pères athonites en sont devenus, à partir du XIIIe siècle, les principaux héritiers et dépositaires. Le Mont-Athos est devenu une référence absolue en matière d’ascétisme et de spiritualité, et a attiré de nombreux moines de tous les pays. Lors de leurs visites ou de leur retour dans leurs pays d’origine, ces moines ont contribué fortement à la diffusion de cette spiritualité. En particulier, le Mont-Athos a toujours été un centre de la pratique de la prière de Jésus et de la spiritualité hésychaste. Et c’est toujours à la Sainte Montagne que cette pratique a, si l’on peut dire, son centre.
Les Pères athonites ont comme tâche de le communiquer aux hommes d’aujourd’hui cet héritage séculaire et comme responsabilité de le transmettre aux générations futures. En cela aussi réside le rôle prophétique et eschatologique du monachisme athonite.

Jean-Claude Larchet

L’Église orthodoxe de Géorgie se prononce définitivement sur le Concile de Crète

Le 22 décembre 2016 s’est tenue la session ordinaire du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie, sous la présidence du Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Élie II. Le métropolite de Zugididi et de Tsaïshi (Sharashenidzé) a été nommé secrétaire. Lors de la session a été examiné, entre autres, la question du Concile de Crète. Le Saint-Synode a pris la décision suivante : « En ce qui concerne les documents adoptés en Crète, le métropolite de Gori et d’Ateni André (Gvazava) a lu un rapport mentionnant ce qui suit : ‘Comme on le sait, du 17 au 26 juin, en Crète, a eu lieu le Concile, aux travaux duquel ont pris part les représentants de dix Églises locales orthodoxes. Un tel concile était prévu depuis plusieurs décennies, et sa tenue constitue un fait de la plus grande importance dans la vie de l’Église orthodoxe. Dès le début, la préparation du concile a été présidée par le Patriarcat de Constantinople, et toutes les Églises officielles ont été impliquées dans ce processus. Depuis 1961, les délégués du Patriarcat de Géorgie ont également participé aux rencontres de travail préconciliaires. Cela va sans dire que la contribution apportée par le clergé de l’ancienne génération au cours de plusieurs décennies est inestimable. Comme cela a été mentionné précédemment, de sérieux obstacles lors de la dernière étape de préparation au concile ont empêché plusieurs Églises locales de participer aux travaux du Concile de Crète. C’est pourquoi nous exprimons à nouveau notre regret, considérant toujours que l’étude et l’examen des questions soulevées par toutes les Églises était de rigueur, ce qui n’a pas été mis en œuvre’. Le Saint-Synode a décrété au sujet du thème concerné que : ‘Étant donné que les représentants de quatre Églises locales orthodoxes n’ont pas participé aux travaux du Concile de Crète, celui-ci ne peut être appelé Concile général, panorthodoxe ; lors de la préparation et du déroulement du Concile de Crète, le principe de consensus, établi et reconnu par les Églises orthodoxes, a été transgressé. Pour cette raison, les résolutions du Concile de Crète ne peuvent être contraignantes pour l’Église orthodoxe de Géorgie. Dans les documents confirmés par le Concile de Crète ne sont pas exprimées, en substance, les remarques fondamentales présentées par les Églises. C’est la raison pour laquelle la poursuite de leur remaniement et de leur correction sont indispensables. Il n’est pas exclu, dans certains cas, qu’il y ait lieu à la création de nouveaux documents. Aussi, il est indispensable que les textes traduits et envoyés par le secrétariat du Concile de Crète soient accessibles au clergé de l’Église de Géorgie, aux théologiens et aux fidèles laïcs et, en prenant en compte de leurs remarques fondées, qu’il soit conféré aux documents le caractère conforme, dogmatique et canonique, de l’Église orthodoxe. La réunion qui a eu lieu du 17 au 26 juin en Crète, peut être considérée comme une étape de la plus haute importance pour la tenue du Saint et Grand Concile qui doit permettre la prise de décisions sur le fondement de l’enseignement commun orthodoxe, un, catholique et apostolique. Le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a décidé de mettre en place une commission théologique constituée comme suit par : 1) Le métropolite de Gori et d’Ateni André (Gvazava), président, 2) le métropolite de Poti et Khobi Grigol (Berbitchachvili), 3) le métropolite de Senaki et Tchkhorotskhu Chio (Mudjiri), 4) le métropolite de Rustavi Jean (Gamrekeli), 5) l’évêque de Markveti et Ubisa Melchisédek (Khatchidzé) 6) le protopresbytre Georges (Zviadadzé) ».

Source

Lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie au sujet du Concile de Crète

Nous publions ci-dessous in extenso la lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie (Église orthodoxe de Grèce), laquelle a été envoyée aux prêtres de son diocèse le 12 décembre 2016.

« Chers Frères prêtres et concélébrants,
Du 19 au 26 juin a eu lieu à Kolymbari, en Crète, le Saint et Grand Concile panorthodoxe, ainsi qu’il a été appelé. Je connais votre intérêt pour ce qui s’est passé lors de ce Concile, puisque vous me l’avez demandé au cours d’entretiens privés. Or, je vous avais dit que je vous répondrai à tous par une réponse générale. C’est ce que je fais maintenant, ce qui est mon devoir et mon obligation en tant que votre évêque.
1. En premier lieu, je dois dire ce que vous savez, c’est-à-dire que notre Église s’exprime conciliairement (synodika). Et vous-mêmes, avec votre troupeau, les chrétiens laïcs, vous constituez une Assemblée (synodos), et laquelle ! C’est la divine Liturgie qui est appelée « assemblée » (synodos) puisqu’elle est l’œuvre du peuple (leitos). Vous savez que sans l’élément laïc, vous ne pouvez célébrer la divine Liturgie. Cette Assemblée, la divine Liturgie est réellement « grande et sainte ». « Sainte », car en elle, par votre propre prière – celle du prêtre – qu’accompagnent les chrétiens fidèles pendant l’hymne « Nous Te chantons… », vient le Saint-Esprit, non seulement sur les Dons qui se trouvent sur le saint Autel, pour les transformer en le Corps et le Sang du Christ, mais aussi sur toute l’Assemblée des fidèles. C’est ainsi qu’il est dit dans la prière de la Consécration : « Envoie Ton Esprit Saint sur nous et sur les Dons ici offerts ». Et la divine Liturgie est une « Grande » Assemblée parce que malgré le fait que dans nos villages, il peut se produire que celle-ci ne soit constituée que de cinq femmes âgées, « des milliers d’archanges et des myriades d’anges… » sont présents à l’office, comme nous le disons dans la prière correspondante. Ainsi, l’Église convoque toujours des assemblées et elle a beaucoup tardé, ces dernières années, à se rassembler en Concile. Aussi, nous nous sommes fortement réjouis lorsque nous avons entendu que notre patriarche œcuménique Bartholomée convoquait un Concile panorthodoxe. Un Concile a eu lieu, auquel notre Église de Grèce a été représentée par notre Archevêque avec environ 25 évêques, une sainte délégation de toute la hiérarchie de l’Église de Grèce, que nous avons accompagnée par notre prière et notre anxiété. Beaucoup a été dit, positivement et négativement, et je vais exposer ici mon propre point de vue sur ce qui a été dit et écrit à ce Concile, et ce librement et en bonne conscience, en tant qu’évêque de l’Église de Grèce.
2. Frères dans le sacerdoce, comme nous le savons par l’histoire des Conciles de notre Église, un Concile se rassemble pour condamner une hérésie et naturellement pour régler différentes questions d’ordre et de cheminement de notre Église. Mais, principalement, notre Église se préoccupe particulièrement de la foi de ses enfants, qu’elle formule clairement dans ses Conciles, dissociant celle-ci de l’erreur et de l’hérésie. On entend parler déjà depuis de nombreuses années de l’hérésie de l’œcuménisme, une construction religieuse qui veut l’unité de tous, en dépit des différences dogmatiques. Les racines de cette hérésie se trouve dans le syncrétisme de l’Ancien Testament, qui a été combattu passionnément par ses prophètes. Oui ! Les combats des prophètes de l’Ancien Testament sont des combats contre l’œcuménisme. Par cette hérésie, que ses connaisseurs appellent à juste titre « pan-hérésie », ont été influencés nombre de nos orthodoxes. Ils disent en effet qu’il existe des clercs de haut degré qui sont enthousiastes des mouvements oecuménistes et qui les soutiennent dans leurs paroles. Un immense nombre de nos chrétiens sont scandalisés par les slogans oecuménistes qu’ils entendent. Le papisme constitue aussi une hérésie. Puisque, en raison de nos clercs et laïcs philo-oecuménistes et philopapistes, il y a une confusion dans le monde orthodoxe, il aurait fallu – c’est que nous attendions – que le Concile de Kolymbari en Crète, avec son autorité, éclaircisse les choses et parle clairement de ces deux hérésies de notre époque et en préserve les fidèles. Il ne l’a pas fait, malgré le fait que de nombreux clercs et laïcs l’avaient demandé avant le Concile, et ce avec beaucoup d’insistance et de supplications. Naturellement, les fidèles orthodoxes savent que le papisme est une hérésie, parce que nous avons à son sujet les témoignages des saints Pères et surtout celui de l’illustre Père, saint Grégoire Palamas. Les fidèles savent également que l’œcuménisme est une pan-hérésie. Aussi, en raison du danger menaçant et afin que le peuple fidèle en fût préservé, nous aurions attendu la condamnation du papisme et de l’œcuménisme par le Concile. Or nous ne l’avons pas vu.
3. Mais, paradoxalement, il semble que le Concile de Crète n’a condamné aucune hérésie, ni qu’il ait parlé d’hérésies, qu’il qualifie « d’Églises ». Ici, mes très pieux prêtres, je m’arrêterai pour procéder à une clarification du terme « Église ». Il s’agit d’un mot qui signifie en général le rassemblement, la réunion, l’assemblée des personnes. Ce mot a été utilisé dans l’antiquité. C’est ainsi que les anciens parlaient de « l’ecclesia du peuple ». Dès le début, le christianisme pour manifester sa foi et exprimer ce qu’il faisait, a accepté sans crainte et librement des expressions séculières et politiques, tels que les mots « « royauté », « force » que nous entendons dans l’office divin (« Car à Toi appartient la force, à Toi conviennent la royauté, la puissance et la gloire… »). Pour ce qui concerne notre relation avec Dieu, nous l’exprimons par le mot « foi », et encore mieux par le mot « Église ». Non pas par le mot « religion ». Lorsque nous disons « foi », nous comprenons toute notre vie, toute notre relation avec Dieu. Nous comprenons toute notre famille sacrée que nous appelons « Église ». Lorsque Jacques, le frère de Dieu, dit que « la prière de la foi sauvera le malade » (Jc 5,15), il n’a pas en vue la prière qui est faite avec foi, mais la prière que fait l’Église (c’est elle qui est appelée « foi »), raison pour laquelle elle a la force de sauver. Lorsque l’Église prie lors d’un sacrement, elle est entendue dans tous les cas, bien que le prêtre qui le célèbre soit pécheur. C’est la même chose qu’expriment les mots « Que tous se délectent du banquet de la foi » [discours pascal de St Jean Chrysostome, ndt], c’est-à-dire le « banquet » de l’Église, qui est la divine Eucharistie. Mais l’expression « Église » est encore plus profonde et plus sacrée pour manifester la Famille de Dieu. Pères et Frères, le Fils de Dieu, s’est engendré et est venu dans le monde pour créer Sa famille, laquelle est l’Église. Celle-ci est un Mystère et ne peut être limitée par des définitions. Nous concevons cependant et goûtons ce mystère de l’Église (chacun en fonction de sa pureté) dans la divine Liturgie. C’est la raison pour laquelle St Ignace le Théophore dit que l’Église est « l’Autel », c’est-à-dire la sainte Table sur laquelle est célébrée la divine Liturgie. Puisque la divine Liturgie est l’Église, ceux qui ne participent pas à la Divine Eucharistie ne peuvent y participer. Et puisque nous ne pouvons pas communier avec les catholiques, les protestants et les autres chrétiens hétérodoxes, ceux-ci ne sont pas attitrés à être qualifiés du terme sacré « d’Église ». Ils ne constituent simplement que des communautés religieuses. Cependant, le Concile de Crète les a appelé « Églises ». Naturellement, comme nous l’on dit lors de l’Assemblée [des évêques de l’Église de Grèce, ndt] qui a siégé en novembre, les Pères hiérarques de notre Église de Grèce ayant participé au Concile, le terme « Église » qui a été appliqué aux hétérodoxes, n’a pas été utilisé dans son sens principal, dogmatique mais, abusivement, dans le sens de communauté religieuse. Oui, mais dans nos textes et expressions théologiques, nous avons une autre conception de « l’Église », celle que nous avons présentée ci-dessus. Et puisqu’il s’agit donc de textes du Saint et Grand Concile, il convient que nous soyons très précis dans nos expressions. Après nous, d’autres et d’autres viendront et trouveront « prête » l’utilisation de l’expression « Église » pour les hérétiques et ceux qui sont le plus libéraux à leur égard, avec la justification au demeurant correcte que l’expression a été utilisée précédemment par un Concile. C’est pourquoi des théologiens solides se sont dressés contre cette expression, selon laquelle les hétérodoxes sont appelées « Églises », et l’ont considérée comme très erronée, surtout pour un texte conciliaire.
4. Mais nous, les évêques [de l’Église de Grèce], lors de notre Assemblée de mai de cette année, n’avions pas formulé cette expression erronée. Pourquoi notre texte a-t-il donc été modifié ? Notre texte, suivant la décision de l’Assemblée de mai, disposait : « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cette proposition était on ne peut plus orthodoxe. Elle a été acceptée par toute notre hiérarchie et c’est cette proposition que devait soutenir notre délégation, sans modification, devant le Concile. Or, la proposition a été modifiée comme suit : « l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Cette phrase est erronée pour la raison que nous avons indiquée, à savoir que les hétérodoxes y sont appelés « Églises ». L’expression « Églises hétérodoxes » signifie « hérétiques ». Et puisque ces « églises » sont hérétiques, comment les appelons-nous « sœurs » ? Mais l’esprit théologique aguerri du bon Pasteur de notre bien-aimée Patrie, S.E. le métropolite de Naupacte Mgr Hiérothée, qualifie clairement cette expression «d’anti-orthodoxe » ! Je m’efforcerai, Pères, de vous expliquer simplement le contenu anti-orthodoxe de l’expression « Églises hétérodoxes » sur la base de l’interprétation du métropolite de Naupacte : il s’agit d’une expression contradictoire. L’Église dispose de toute la vérité et ne peut faire erreur. Si elle est dans l’erreur, elle ne peut être l’Église. L’hérésie est une erreur. Dire « Églises hétérodoxes », c’est mettre ensemble ces deux opposés, cela signifie que nous acceptons l’erreur dans l’Église et la vérité dans l’hérésie ! C’est grotesque ! Oui, c’est ce que signifie l’expression « Églises hétérodoxes ». Je reconnais cependant que la délégation de notre hiérarchie, en utilisant l’expression « Églises hétérodoxes », de même que le Concile de Crète adoptant celle-ci, ne voulait pas exprimer l’enseignement erroné susmentionné, mais nous savons tous que, dans les textes conciliaires doit exister l’exactitude et la clarté. Il n’est pas permis dans des textes conciliaires d’utiliser de telles expressions erronées. Ceci, selon le rapport du métropolite de Naupacte connaît un précédent historique. Dans la « Confession de Loukaris », qui a été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris, il est dit que l’Église dans son cheminement peut tomber dans l’erreur et, au lieu de la vérité, dire le mensonge. Le patriarche formule littéralement la proposition suivante : « Il est vrai et certain que, dans son cheminement, l’Église peut errer et, au lieu de la vérité, choisir le mensonge ». Le sens de l’erreur de cette proposition de Cyrille Loukaris est formulée exactement par l’expression « Églises hétérodoxes » du texte du Concile de Crète, après l’altération de la première expression très orthodoxe de notre hiérarchie. Or, le Concile de Constantinople de 1638 a anathématisé le patriarche Cyrille Loukaris pour son expression anti-orthodoxe susmentionnée, selon laquelle l’Église peut être dans l’erreur. Toujours est-il que l’expression erronée « Églises hétérodoxes » restera maintenant, si le Concile de Crète est reconnu, en tant qu’écrite officiellement dans son texte et sera utilisée bel et bien et très librement comme permise et valide. Comme cela nous est connu, le mot « Église » a été attribué au XXème siècle pour la première fois à des chrétiens qui se trouvent hors d’elle, et ce par la proclamation du Patriarcat œcuménique de 1920. S.E. le métropolite de Naupacte, dans sont texte à la hiérarchie de novembre de cette année se plaint à juste titre que la nouvelle proposition avec l’expression erronée n’a pas été étudiée par la délégation de notre hiérarchie, mais a été faite « pendant la nuit du vendredi au samedi », mentionnant que le rédacteur de la proposition « ne connaît pas la dogmatique de l’Église orthodoxe catholique », et qualifiant la phrase controversée de « diplomatique et non théologique ». C’est une phrase qui facilite l’hérésie et la pan-hérésie de l’œcuménisme, disons-nous.
5. Dans le texte final de la délégation de notre hiérarchie, comme cela a été de nouveau relevé par S.E. le métropolite de Naupacte, il y a une autre faute sérieuse, dogmatique et ecclésiologique. Il est écrit dans le texte : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. Cependant, l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Le métropolite de Naupacte considère à nouveau la première phrase du texte « impie et anti-orthodoxe ». Effectivement ! Cette phrase est telle parce qu’elle exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et visible. Lorsque Luther et, avec lui, Calvin et Zwingli, se sont détachés de Rome, ils ont développé la théorie sur l’Église invisible et visible, afin que l’on ne pense pas qu’ils étaient en dehors de l’Église. L’Église invisible, à laquelle ils pensaient appartenir, était selon eux unie, tandis que les Églises visibles sur terre (ils avaient d’abord appartenu à l’une d’entre elles – celle de Rome –) étaient divisées et s’efforçaient de trouver leur unité. Notre théologien Lossky, dénonçant cette ecclésiologie protestante, qui divise l’Église en visible et invisible, la met en parallèle avec l’hérésie de Nestorius, qui a divisé la nature divine et humaine dans la Personne du Christ. De cette théorie des Protestants sur l’Église visible et invisible, qui est sous-jacente dans l’expression du texte conciliaire que nous jugeons, « partent – dit le métropolite de Naupacte – d’autres théories, comme celle des branches, la théologie baptismale et le principe d’inclusivité ». Aussi, nous devons faire très attention. L’expression du Concile «D’après la nature ontologique de l’Église… » est bizarre. Je vais maintenant examiner le sujet d’un autre angle, Pères, pour que vous compreniez l’erreur de l’expression. Je vous le demande, mes frères concélébrants : Pourquoi appelons-nous le miracle de la Divine Eucharistie « changement » des saints Dons et non « transsubstantiation » ? Parce que l’expression « transsubstantiation » rappelle la théorie de Platon et d’Aristote sur les idées, les archétypes, qui selon eux sont la substance des choses terrestres. Ainsi, le terme «transsubstantiation » pour exprimer la Divine Eucharistie manifeste que sont changés non pas le pain et le vin lui-mêmes, mais leurs archétypes dans le monde d’en-haut, les idées. C’est pourquoi, je le répète, le miracle de la Divine Liturgie, est appelé par nous « changement » et non « transsubstantiation ». De même maintenant, l’expression « unité ontologique de l’Église » nous renvoie en quelque sorte à cette théorie de Platon et d’Aristote. Pour cette raison, il ne faut pas l’appliquer à l’Église, afin que l’on ne nous critique pas, par cette expression, de « protestantiser », que l’on ne nous accuse pas de vouloir soi-disant déclarer ainsi la véritable unité de l’Église invisible en opposition à celle qui est visible sur terre. C’est à cela que se réfère le mot « cependant » qui suit.
6. Je ne vous ai pas parlé, mes Pères, de tous les sujets du Concile de Crète, mais d’un seul seulement, le plus sérieux peut-être, parce qu’il est ecclésiologique. Au sujet de ce texte du Concile qui concerne le thème que j’ai exposé, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste [et non « l’ensemble » selon la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien, l’érudit métropolite de Naupacte dit précisément dans son exposé à l’Assemblée de la hiérarchie de l’Église de Grèce au mois de novembre de cette année : « Ce que je puis dire est que ce texte n’est non seulement pas théologique, mais aussi qu’il n’est pas clair, n’a pas de perspectives et de bases claires, qu’il est diplomatique. Comme cela a été écrit, il se distingue par une ambiguïté diplomatique créatrice. Et comme texte diplomatique, il ne satisfait ni les Orthodoxes, ni les hétérodoxes (…) Le texte soulève de nombreux problèmes, malgré certaines bonnes formulations générales. C’est ainsi que lorsque seront publiés les Actes du Concile, où sont reflétés les points de vue réels de ceux qui ont décidé les textes et les ont signés, il apparaîtra clairement que la théorie des branches a dominé au Concile, la théologie baptismale, et principalement le principe d’inclusivité, c’est-à-dire le glissement depuis le principe d’exclusion au principe d’inclusion (…) Beaucoup ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et n’est pas finalisé, puisqu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, et encore pendant la sainte Liturgie ! » Ces passages émanant de S.E. Mgr Hiérothée sont très significatifs et il faut les prendre sérieusement en compte et ne pas les négliger.
7. Nombreux sont ceux qui demandent : Reconnaîtrons-nous ce Concile ? Cela sera décidé par tous les les hiérarques de notre Église de Grèce. Notre archevêque Jérôme, accorde toujours la liberté de parole pour chaque point de vue qui s’exprime et il accepte toutes les positions. Nous l’en remercions. Mais nous savons, par l’histoire des Conciles, que beaucoup de sessions avaient lieu lors des Conciles œcuméniques lesquelles duraient des années. L’Église de Roumanie a décidé que les textes du Concile de Kolymbari en Crète peuvent être modifiés sur certains points, être développés par un futur saint et grand Concile de notre Église, être parachevés, et permettre ainsi un accord panorthodoxe. Parce que maintenant, au Concile de Crète, quatre Patriarcats n’ont pas participé, à savoir Antioche, Russie, Bulgarie et Géorgie. Ceci se produisait dans l’histoire des Conciles, nous le répétons. Il y avait beaucoup de sessions qui duraient des années. Et ces sessions étaient par la suite considérées comme un seul Concile.
8. Peut-être, Pères, ce que je vous ai dit peut paraître pour vous des points de détails, cela peut vous sembler quelque peu étrange, et vous pouvez peut-être m’accuser d’attribuer de l’importance aux mots et aux expressions. Cependant, mes Pères, notre foi orthodoxe s’exprime avec la précision des mots, qui sont chargés d’un profond sens théologique. Et comme nous le savons, notre Église a livré de grandes luttes pour la formulation correcte des dogmes de notre foi. Nous avons besoin de beaucoup de prière et de réflexion. Non d’actes précipités. J’attendrai, chers concélébrants et frères, vos questions, objections et désaccords sur ce qui a été dit, et nous parlerons à nouveau du Concile de Kolymbari en Crète. Priez pour moi.
Avec mes meilleurs souhaits et l’amour en Christ,
+ Le métropolite de Gortyne et de Megalopolis Jérémie »

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Le patriarche œcuménique Bartholomée menace de cesser la communion avec deux hiérarques de l’Église de Grèce qui critiquent le Concile de Crète

S’adressant à l’archevêque d’Athènes Jérôme par une lettre datée du 18 novembre 2016 publiée ces derniers jours dans les médias grecs, le patriarche œcuménique menace de cesser la communion avec deux hiérarques de l’Église de Grèce qui critiquent le Concile de Crète, à savoir les métropolites Ambroise de Kalavryta et Aigialea et Séraphim du Pirée. Nous publions ci-dessous la traduction intégrale de cette lettre :

« Votre Béatitude l’Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, Frère très aimé et affectionné dans le Christ Dieu et concélébrant de Notre Humilité, seigneur Jérôme, Président du Saint-Synode de l’Église de Grèce, embrassant fraternellement Votre vénérable Béatitude, nous vous saluons avec une joie extrême.

Il est confessé par tous que notre Sainte Église orthodoxe, l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, se prononce et décide, pour se qui concerne son dogme et son administration, lors des saints Conciles, locaux, élargis, Majeurs ou Grands et Saints, et des Conciles œcuméniques. Quant aux décisions conciliaires prises par l’invocation du Saint-Esprit et en Lui, elles constituent une seule voix, comme saint Chrysostome le déclare en écrivant qu’ « il convient qu’il y ait toujours une seule voix dans l’Église » (Homélies sur la Ière épître aux Corinthiens 36, PG 61, 3315).

Ce principe ecclésiologique et canonique de la consultation et de la décision conciliaires étant la pierre d’angle dans la vie, la mission salvatrice, et le témoignage de notre Église orthodoxe dans le monde, nous communiquons avec Votre Très aimée et Très chère Béatitude et avec la très sainte Église de Grèce et, eu égard à notre responsabilité de Patriarche œcuménique et Président du Saint et Grand Concile qui s’est réuni en Crète, ainsi que gardien du dogme et de l’ordre canonique de l’Église d’Orient, nous attirons votre attention sur notre sérieuse préoccupation personnelle et celle du Synode de l’Église-Mère réuni autour de nous.

Des informations émanant de différentes sources d’information parviennent chaque jour à notre Patriarcat œcuménique et à Notre Humilité personnellement, selon lesquelles le protopresbytre Théodore Zisis [professeur émérite de la Faculté de théologie de Thessalonique, ndt] avec les clercs et laïcs partageant ses opinions, atteignant par l’internet et les divers moyens d’information les autres Églises orthodoxes sœurs, appellent les frères Primats et pasteurs et particulièrement le pieux peuple orthodoxe, à se rebeller contre et à mettre en doute les décisions du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe qui s’est réuni avec bénédictions et succès en Crète, et durant lequel la contribution de Votre très chère Béatitude et de la délégation de la très sainte Église de Grèce a été constructive et utile.

Comme si cette corruption des consciences et la provocation de scandales par cette œuvre impie de ces nombreux clercs et de laïcs dans la juridiction de la très sainte Église de Grèce ne suffisait pas, ces informations, non démenties à ce jour, mentionnent que des délégations dirigées par le clerc susmentionné, a visité les très saintes Églises de Bulgarie et de Géorgie, ainsi que l’éparchie ecclésiastique de Moldavie [c’est-à-dire l’Église orthodoxe de Moldavie, auto-administrée au sein du Patriarcat de Moscou, ndt], où elle en a soulevé le plérôme, tout en étant malheureusement reçue par les frères Primats et hiérarques desdites Églises. En outre, selon cette information, ce groupe s’est présenté lui-même pendant sa présence en Géorgie comme y transmettant la conscience de l’Église de Grèce.

Votre Béatitude et le Saint Synode de la très sainte Église de Grèce approuvent aussi, assurément, que les choses diffusées et propagées à dessein et de façon scandaleuse par ces clercs et laïcs constituent, selon les paroles de saint Basile le Grand, « … les poisons des âmes (…) et que ces cerveaux… » des personnes mentionnées « … crient, pleins d’imagination provoquée par leur passion » (Lettre 210 aux premiers citoyens de Néocésarée P.G. 32,777Α). En outre « … diviser l’Église, se tenir dans des dispositions querelleuses, faire naître des dissensions, se priver constamment soi-même du concile [il s’agit ici du Concile de Nicée, ndt] : voilà ce qui est impardonnable, digne d’accusation et puni d’une grande peine » (St Jean Chrysostome, Contre les Juifs 3, PG 48,872).

Malheureusement, le groupe connu constituant le front contre l’Église canonique et les décisions du Saint et Grand Concile réuni en Crète est renforcé également par des frères hiérarques de la très sainte Église de Grèce, comme par exemple les très saints métropolites de Kalavryta et Aigialea Mgr Ambroise et du Pirée Mgr Séraphim, et ce au moyen d’écrits rédigés à temps et à contretemps, avant et après la convocation du Grand Concile, ainsi que par leur parole inconsidérée à tout sujet. Ceux qui agissent de cette façon oublient assurément que « ce qui a été pensé et décidé conciliairement est préférable et supérieur aux jugements portés individuellement » (Jean de Crète, Réponses à Constantin Cabasilas, archevêque de Dyrrachion, Ralli et Potli, Concordance des divins et saints canons », tome V, p. 403).

Aussi, nous prions Votre Béatitude et le Saint-Synode de l’Église de Grèce qui ont participé au Saint et Grand Concile de Crète et qui ont co-décidé et co-signé tous les textes conciliaires, de prendre, en application de la décision de ce Concile, selon laquelle ces textes sont contraignants pour tous les fidèles orthodoxes, clercs et laïcs (cf. Règlement de l’organisation et du fonctionnement du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, article 13, paragraphe 2), les mesures appropriées et de procéder aux recommandations nécessaires aux clercs mentionnés et aux dirigeants concrets de ce groupe, afin qu’ils cessent d’agir de façon anti-ecclésiale et anti-canonique ainsi que de scandaliser les âmes « pour lesquelles le Christ est mort » et de provoquer des problèmes dans l’Église orthodoxe unie. Sachant tous bien que « rien ne provoque la colère de Dieu comme le fait de diviser l’Église » (St Jean Chrysostome, Sur l’épître aux Éphésiens, PG 62,85), comme cela se produit malheureusement par la conduite des personnes mentionnées, nous n’avons aucun doute que Votre Béatitude et le Saint-Synode de la très sainte Église de Grèce agirez comme il le faut, selon l’acribie canonique, et que vous procéderez aux recommandations et aux exhortations ecclésiastiques aux clercs et laïcs mentionnés, afin qu’ils ne donnent plus lieu à des « scandales », et ce sous menace d’application, s’ils ne reviennent pas à la raison, des sanctions prévues par les divins et saints canons, pour la guérison des meurtrissures provoquées par leur conduite dans le corps de l’Église.

Aussi, nous supplions chaleureusement Votre Béatitude afin qu’elle attire particulièrement l’attention des frères hiérarques de la très sainte Église de Grèce qui ont provoqué l’agitation dans le peuple de Dieu par leurs actions, comme les métropolites susmentionnés de Kalavryta et Aigialea, et du Pirée, déclarant que s’ils ne reviennent pas eux, le Patriarcat œcuménique fera face au problème créé, par la cessation de la communion ecclésiastique et sacramentelle avec eux, comme portant atteinte à la responsabilité et au devoir de tous les Pasteurs orthodoxes envers la sauvegarde de l’unité, de la paix et du témoignage unique de l’Église orthodoxe.

Dénonçant ce qui précède avec peine dans l’âme et douleur dans notre cœur, avant que cette œuvre impie, outrepassant le droit de liberté d’expression et de critique constructive, prenne des dimensions plus grandes et difficiles à guérir, nous nous en remettons, pour ce qui a été dit, à la conscience de Votre Béatitude bien-aimée et celle de la vénérable Hiérarchie de l’Église de Grèce, et vous prions d’agréer l’expression de notre profond amour dans le Seigneur et de notre hommage approprié.

Le 18 novembre 2016

Le frère aimé en Christ de Votre respectée Béatitude,

Bartholomée de Constantinople »

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Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris position sur le Concile de Crète et le texte « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

En date du 29 novembre, l’Église orthodoxe de Bulgarie a arrêté sa position sur le Concile de Crète et en particulier le texte de ce Concile intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste [et non pas « l’ensemble » comme il est dit dans la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien ». Nous publions ci-dessous le texte intégral du document du Saint-Synode :

« Prise de position du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe bulgare] concernant le Concile de Crète (2016) et le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, lors de sa session du 15 novembre (protocole n° 22), siégeant au complet, a examiné le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’ adopté par le Concile ayant eu lieu en juin de cette année en Crète, a pris la position suivante :

Lors de la session du 1er juin 2016, protocole n° 12, le Saint-Synode, siégeant au complet, décida de proposer le report du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe, afin que la préparation à sa réalisation fût continuée. Dans le cas contraire, le Saint-Synode avait décidé que l’Église orthodoxe bulgare n’y participerait point.

Par la suite, les Saints-Synodes d’autres Églises orthodoxes locales participant à l’organisation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont intervenus avec des propositions semblables. Puis quatre Églises locales autocéphales ont déclaré leur non-participation (dans l’ordre chronologique) : l’Église orthodoxe bulgare (décision du 1er juin de cette année), le Patriarcat d’Antioche (décision du 6 juin de cette année), l’Église orthodoxe de Géorgie (décision du 10 juin de cette année), l’Église orthodoxe russe (décision du 13 juin de cette année). Du 16 au 27 juin de cette année, en l’Académie orthodoxe de Crète, République de Grèce, a été réalisé le Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe planifié, mais sans la participation de quatre Églises locales, et en l’absence de l’Église autocéphale orthodoxe en Amérique (OCA) reconnue comme telle par l’Église orthodoxe de Bulgarie et dont la participation, dès le début, n’a pas été prévue, pas même en tant qu’hôte. Au Concile étaient présents les représentants des médias et les invités de communautés religieuses hétérodoxes (catholique-romaine, anglicanes et d’autres).

Le Concile réalisé en Crète, a voté et adopté avec certaines modifications six documents préconciliaires, et également son « Encyclique » ainsi que son « Message ». 33 évêques participant au Concile n’on pas signé le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », et certains des hiérarques non signataires (parmi eux des théologiens orthodoxes faisant autorité) ont publié des explications de leur position. Par sa lettre, protocole n° 798 du 14.07.2016 (Référence de la réception à la chancellerie du Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie :  n° 498 du 20.09.2016), S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a expédié au Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie les documents votés et adoptés par le Concile. Après une traduction spécialisée, effectuée par un traducteur autorisé dans le but donné, les métropolites diocésains [de l’Église orthodoxe bulgare] ont reçu lesdits documents.

La première conclusion importante est que, par rapport à leur rédaction préconciliaire, les documents votés et adoptés par le Concile de Crète ont subi certaines modifications, mais celles-ci ne sont pas essentielles et elles sont insuffisantes pour que lesdits documents soient adoptés de façon panorthodoxe.

I. Sur le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

1. En ce qui concerne le texte du point 4, on peut dire que l’Église orthodoxe sous « l’union de tous » a toujours compris la réunion à elle ou le retour dans son sein, par le saint Baptême, la sainte Chrismation et la Pénitence, conformément aux règles canoniques de l’Église, de tous ceux qui errent selon les éléments de ce monde, et qui se sont séparés d’elle par l’hérésie et le schisme. L’Église une, sainte, catholique et apostolique n’a jamais perdu l’union dans la foi et la communion dans le Saint-Esprit, et ne peut accepter l’expression « rétablissement de l’unité » avec « les autres chrétiens », étant donné que ladite unité existe immuablement dans le Corps du Christ et que seuls l’unité et l’unicité constituent les propriétés essentielles de l’Église. De même que l’Église orthodoxe ne peut pas non plus adopter les différents enseignements et conceptions sur lesquels les hétérodoxes fondent ladite unité. Telles sont les théories sur l’existence d’une quelconque « unité » apparente de toutes les confessions chrétiennes comme, par exemple, l’enseignement sur « l’église invisible », la « théorie des branches », « la théologie baptismale » ou « l’égalité des dénominations ». Toutes ces théories peuvent êtres reliées à l’enseignement scolastique sur la grâce créée du Saint-Esprit, qui a été conciliairement condamné par la Sainte Église. Si au contraire on accepte une telle doctrine, l’existence de la grâce Divine dans les différentes confessions chrétiennes, se différenciant dans différentes dénominations qualitativement et quantitativement, peut alors être fondée. Conformément à cette théorie hétérodoxe, il est admis que pour autant que des actes liturgiques soient accomplis dans une communauté chrétienne, ils peuvent de différentes façons produire la vie dans la grâce, qui varie en fonction de l’état de chaque confession. Cette théorie théologique affirme que soi-disant les actes liturgiques peuvent donner l’accès au salut des chrétiens des communautés correspondantes, auxquelles ils appartiennent. En raison de cette existence supposée de la grâce dans chaque dénomination chrétienne, il conviendrait d’entreprendre des efforts communs afin que soit atteinte la plénitude de l’unité en Christ (cf. décret du l’œcuménisme du Concile Vatican II).

2. En ce qui concerne la recherche « l’unité perdue de tous les Chrétiens », exprimée et confirmée par le point 5, nous considérons que cela est inacceptable et inadmissible, étant donné que l’Église orthodoxe n’a jamais perdu son unité interne, malgré les hérésies et les schismes qui constituent un détachement du Corps de l’Église, par lequel le Corps mentionné ne perd pas son intégrité ontologique initiale, qui est renfermée dans l’indivisibilité ontologique de l’Hypostase du Christ.
3. Dans les points 6, 16 et 20 est reconnue « l’appellation historique » «des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », malgré le fait que dans le point 1 du document est affirmé autre chose, à savoir qu’aucune communauté hérétique ou schismatique ne peut être appelée « Église ». L’existence d’une pluralité d’Églises est inadmissible, conformément aux dogmes et aux canons de l’Église orthodoxe. En outre, on part initialement du principe, dans le point 2, que « L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et elle a été vécue jusqu’à ce jour en son sein ».
L’addition de l’expression « appellation historique », ainsi que l’explication selon laquelle les confessions hétérodoxes ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, n’ôte pas le caractère problématique et erroné du texte donné. Dans le passage mentionné au point 6 du document, sont juxtaposées des réalités contradictoires. Est-ce que l’appellation « orthodoxe » rapportée à l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique et qui constitue une appellation historiquement confirmée, diminue sa réalité et sa signification ? Toute appellation juste, surgissant dans l’histoire, reflète une essence définie, une réalité existante. Dans le cas contraire, elle est un concept sans ampleur réelle, simplement quelque nom sans objet réel, qui l’exprimerait ou la refléterait. Un tel nom sans objet réel constitue une fiction.
Dans une telle configuration, il fallait alors mentionner dans le document conciliaire que « l’appellation historique » des « églises », appliqué aux communautés s’étant détachées de l’Église orthodoxe, est une appellation fictive, sans référence réelle à la réalité. Si nous n’émettons pas la réserve en question, l’appellation historique « Églises hétérodoxes » aura une référence historique réelle, à laquelle elle se rapporte. C’est-à-dire que nous reconnaissons l’existence réelle d’autres Églises, distinctes de l’orthodoxe, ce qui entre en contradiction évidente avec le point 1 et les paroles initiales du point 6 du document (L’Église Une et Unique).
4. L’affirmation contenue dans le paragraphe 12 selon laquelle « au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour », est trop simpliste et non exhaustive des dimensions du processus. L’unité suppose l’identité de la foi, l’unanimité et l’unité d’action dans toutes les définitions dogmatiques et les règles ecclésiales, confirmées par les Conciles œcuméniques, de même que dans la tradition liturgique et la vie sacramentelle dans le Saint-Esprit. La façon de réaliser cette unité repose sur la pénitence, la confession de la foi orthodoxe et le Baptême.
5. Dans le point 20, il est indiqué que « les perspectives des dialogues théologiques engagés par l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens sont toujours déterminées sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée », mais il serait plus exact de remplacer l’expression « de la tradition ecclésiastique déjà constituée », par « la tradition de l’Église orthodoxe ».
6. L’impression générale du document donné est la suivante : il contient de nombreuses expressions ambiguës et de termes ecclésiologiques impropres. C’est également un fait important que le but fondamental des dialogues théologiques menés avec les confessions hétérodoxes ne soit pas mis en évidence dans le document de façon fondée et exhaustive, à savoir le retour des hétérodoxes selon l’ordre canonique dans le sein de l’Église orthodoxe. De même, les fondements et principes essentiels des dialogues donnés ne sont pas manifestement pas formulés. Au lieu de cela, dans le point 16 et suivants, l’organisation non gouvernementale « Conseil œcuménique des Églises » à laquelle, Dieu soit loué, l’Église orthodoxe bulgare ne participe plus depuis longtemps, est légitimée.
7. Contrairement à l’objectif principal que nous avons mentionné plus haut dans le point 6 du document (points 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15), la méthodologie de conduite des différents dialogues est réglementée de façon cohérente et exhaustive.
8. Le texte du point 22 présuppose l’infaillibilité du Concile qui s’est réuni en Crète et l’attitude non critique envers celui-ci, étant donné que dans le point concerné, il est affirmé que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue l’autorité suprême en matière de foi et des règles canoniques ». Mais on pourrait mentionner des périodes entières de l’histoire ecclésiastique qui montrent que le critère définitif de confirmation des Conciles œcuméniques est la conscience dogmatique vigilante de tout le plérôme orthodoxe. Le système des Conciles œcuménique et panorthodoxes ne peut assurer automatiquement et mécaniquement la justesse de la foi confessée par les chrétiens orthodoxes.
II. Conclusion principale
Le Concile qui s’est déroulé en Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe.
1. Et ce, tant en raison de la non participation d’un certain nombre d’Églises locales autocéphales, que des fautes organisationnelles et théologiques qui y ont été permises. Malgré cela, nous respectons et estimons les efforts de tous les organisateurs et participants à sa réalisation.
2. L’examen attentif des documents adoptés au Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d’entre eux contiennent des affirmations non conformes à l’enseignement ecclésial orthodoxe, à la tradition dogmatique et canonique de l’Église, à l’esprit et à la lettre des Conciles œcuméniques et locaux.
3. Les documents adoptés en Crète sont sujets à une nouvelle discussion théologique dans le but de les rectifier, rédiger à nouveau et corriger, ou de les remplacer par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la tradition de l’Église.
L’Église orthodoxe bulgare constitue une partie indissociable, un membre vivant de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. En tant que partie du Corps du Christ, sur le territoire local de la Bulgarie et des diocèses bulgares à l’étranger, l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues. L’Église n’est pas une organisation séculière, mais un organisme divino-humain. Elle ne doit pas être sujette dans sa vie conciliaire à l’influence des intérêts politiques et séculiers et aux divisions en résultant. Son chef est le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité, et la vie ».
Les principes d’autocéphalie et de conciliarité de la vie ecclésiale non seulement ne se contredisent pas, mais se complètent mutuellement, découlant l’un de l’autre et se trouvant entre eux en pleine unité ».

Source

Déclaration du métropolite de Naupacte Hiérothée au sujet du Concile de Crète

Lors de la dernière Assemblée des évêques de l’Église de Grèce (23-24 novembre 2016), Mgr Théologue, métropolite de Serrès, a lu son rapport intitulé « Information sur les travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe », et une très large discussion s’en est suivie sur son contenu ; puis des décisions ont été prises. Le rapport consistait de trois points principaux, premièrement, le système conciliaire de l’Église et la préparation du Saint et Grand Concile, deuxièmement, la contribution continuelle de notre Église dans la préparation et la formation de ses textes et, troisièmement, les propositions à leur sujet. En fait, le rapport était axé sur l’information des membres de l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe grecque] au sujet du Concile de Crète et des décisions que devrait prendre celle-ci. Lors des sessions [de l’Assemblée des évêques], je suis intervenu oralement à deux reprises, et j’ai soumis un texte pour le procès-verbal, dans lequel j’ai analysé plus en détails mes opinions. Je publierai ci-après ma principale intervention qui a eu lieu le premier jour de l’Assemblée.

J’ai écouté attentivement le rapport de S.E. le métropolite de Serrès et de Nigriti Théologue et je le remercie pour la peine qu’il s’est donnée, la confession qu’il a donnée au début et pour ses propositions. Pour ce qui concerne ce que je vais soutenir par la suite, je procèderai à certains développements. J’ai écrit un texte que je déposerai pour le procès-verbal, tandis que j’ai été contraint à souligner certains points essentiels pour le sixième texte, décisif, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ».

1. La préparation de ce Concile n’était pas suffisante. Le texte qui a été élaboré par la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire n’était pas connu de la hiérarchie. Nous l’avons reçu avec les signatures des Primats en janvier 2016. Il convenait qu’il y ait un débat à l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe de Grèce] préalablement à leur signature par les Primats. De même, nos délégués à la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire ont informé le Synode permanent [de l’Église orthodoxe de Grèce] que le texte final intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », « exprime absolument la position panorthodoxe sur les thèmes concrets, de façon équilibrée et dans le cadre de l’ecclésiologie orthodoxe, telle qu’elle a été formulée et préservée par la Tradition patristique et conciliaire de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Or, ces constatations ne sont pas correctes, parce que le texte, tel que cela a été exprimé par de nombreuses personnes, était problématique, raison pour laquelle il a été corrigé.

2. Le Concile qui s’est réuni en Crète, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises, était un Concile des Primats et de leur suite. Après avoir suivi tout le travail du Concile de Crète, j’observe qu’il existe aussi des points positifs, qui ont été mentionnés dans le rapport [de Mgr Théologue] et je les ai notés dans mon texte qui a été publié. Il est de notre devoir de le souligner. Les cinq premiers textes sont généralement bons, il existe quelques carences, raison pour laquelle il était nécessaire que j’exprime par écrit mes réserves dans deux cas. Les deux des cinq textes, je les ai signés avec des réserves explicites, concernent le sens de la personne et les conséquences ecclésiologiques des mariages mixtes.

3. Le texte qui constituait la base du Concile était le sixième, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ». Le texte final présente beaucoup de problèmes, malgré quelques bonnes formulations à caractère général. Or, lorsque les procès-verbaux du Concile, où sont reflétés les points de vue authentiques de ceux qui ont décidé et signé les textes, il apparaîtra alors clairement qu’ont dominé au Concile la théorie des branches, la théologie baptismale et principalement le principe de l’inclusion, c’est-à-dire le glissement du principe de l’exclusion [des communautés hétérodoxes du concept d’Église Une, ndt] vers le principe de l’inclusion. Ce sixième texte n’était pas mûr pour la décision et la signature, raison pour laquelle nous avons proposé différentes corrections, lesquelles cependant n’ont pas été adoptées, et que j’ai notées dans le texte que j’ai envoyé à tous les membres de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]. Il est caractéristique que le texte [du Concile] a été corrigé dans les quatre langues après l’achèvement des travaux du Concile. Quoi qu’il en soit, on peut observer des passages contradictoires. À mon avis, ce texte n’est pas théologique, mais diplomatique. Or, l’unité de l’Église ne s’appuie pas sur des textes diplomatiques, comme cela a été manifesté dans l’histoire, par exemple « l’Ecthèse » de l’empereur Héraclius et le « Typos » de l’empereur Constant II. Ensuite, au cours des travaux du Concile en Crète ont été exprimées certaines falsifications de la vérité pour ce qui concerne saint Marc d’Ephèse, le Concile de 1484 et le texte conciliaire des Patriarches d’Orient, en 1848, concernant le mot « Église » utilisé pour les chrétiens qui se sont détachés de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

4. Dans le sixième paragraphe du sixième texte, a été acceptée par les Églises présentes la nouvelle proposition soumise par notre propre Église. Concrètement, la décision [originelle ndt] de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] était : « L’Église orthodoxe connaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Après l’opposition d’autres Églises, notre Église a formulé une nouvelle proposition : « L’Église orthodoxie accepte l’appellation historique des autres Églises et confessions hétérodoxes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Or, nous n’étions pas dotés par la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] du pouvoir d’altérer les décisions de celle-ci, comme l’ont dit de nombreux hiérarques [de l’Église orthodoxe de Grèce] présents [au Concile]. Ensuite, il n’y a pas eu de discussion pour accepter le changement en question, il y a eu un simple vote et encore en vitesse. D’autres propositions, comme « le reste du monde chrétien », « les non orthodoxes », « ceux qui sont en dehors d’elle [de l’Église] », etc. auraient pu être adoptées. En outre, par la nouvelle proposition ont eu lieu différents changements, qui de mon point de vue sont problématiques, à savoir : la phrase « L’Église orthodoxe connaît » par la phrase « L’Église orthodoxe accepte ».

La phrase « l’existence historique » a été remplacée par la phrase « l’appellation historique ». Il n’y a pas d’appellation sans existence, car autrement est exprimé un nominalisme ecclésiologique. Sinon, acceptons l’appellation « Macédoine » pour l’État de Skoplje, pour avoir prévalu durant de nombreuses années.

La phrase « Communautés et confessions chrétiennes » a été remplacée par la phrase « Églises et confessions chrétiennes hétérodoxes ». Le mot « hétérodoxe » en relation avec l’Église orthodoxe signifie hérétique. En conséquence, attribuer l’adjectif hétérodoxe à l’Église est contradictoire. La parole de saint Marc d’Ephèse est caractéristique : « Ce n’est pas par un juste milieu, ô homme, que les affaires ecclésiastiques ont été corrigées. Il n’y a aucun milieu entre la vérité et le mensonge ». Il faut également mentionner que le terme Église n’est ni un descriptif, ni une image, mais qu’il manifeste le Corps réel du Christ, conformément à l’enseignement de l’Apôtre Paul : « Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Éph. I, 22-23). Cela signifie que l’Église est identifiée avec le Corps divino-humain du Christ et, puisque le Chef est un, le Christ, et le Corps du Christ est un, « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous » (Éph. 4, 4-6). Ainsi, la nouvelle proposition ne se conforme pas « à l’esprit de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]», comme le mentionnait le communiqué de presse [de l’Église orthodoxe de Grèce] du jour concerné (25.6.2016), mais constitue une proposition diplomatique.

5. Ce qui est cependant le plus important dans cette affaire est que la nouvelle proposition, tandis qu’elle semble à première vue sans danger, est néanmoins anti-orthodoxe. Pour soutenir ce point de vue, je mentionnerai deux commentaires théologiques. Le premier est que l’idée selon laquelle une Église peut être caractérisée comme hétérodoxe-hérétique a été condamnée par les Conciles du XVIIème siècle à l’occasion de la « Confession de Loukaris », laquelle semble avoir été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris. Il s’agit de la phrase [dudit patriarche] selon laquelle « il est vrai et certain que l’Église dans son cheminement puisse se tromper et choisir au lieu de la vérité, le mensonge ». Les décisions des Conciles du XVIIème siècle ont statué que l’Église ne peut faire erreur. Ainsi, ou bien il existe une Église sans enseignements hérétiques, ou bien il existe un groupe hérétique qui ne peut être appelé Église. Le deuxième commentaire théologique est que cette nouvelle proposition exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et l’Église visible, qui est une « ecclésiologie nestorienne ». À la fin du texte [du Concile de Crète], il est écrit : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. ». Ici est sous-entendue l’Église invisible qui est unie, c’est ce que signifie « ontologique ». La suite de la phrase, qui est introduite par « cependant», continue ainsi : «l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », cela sous-entendant l’Église visible qui est divisée. Luther, mais principalement Calvin et Zwingli, pour affirmer leur identité lorsqu’ils se détachèrent de Rome, ont développé la théorie d’Église invisible et visible. Conformément à ce point de vue, l’unité de l’Église invisible est acquise, tandis que les Églises visibles sur terre sont divisées et luttent pour trouver l’unité. Vladimir Lossky, commentant cette théorie, affirme que celle-ci est un « nestorianisme ecclésiologique », lorsqu’elle divise l’Église entre celle qui est invisible et celle qui est visible, à l’instar, des natures divine et humaine dans le Christ [selon Nestorius, ndt]. De cette théorie sont dérivées d’autres théories comme celle des branches, la théologie baptismale et autres.

6. Proposition. Après tout ce qui précède, je pense, puisque le texte contient beaucoup de contradictions, que si la hiérarchie ne le rejette pas, qu’elle soit au moins réservée sur son contenu et qu’elle décide que le texte en question soit l’objet d’un réexamen et d’une révision par un autre Concile qui aura lieu dans l’avenir, et ce pour les raisons suivantes :

a) Nombreux sont ceux qui ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et qu’il n’est pas finalisé, étant donné en outre qu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, pendant la divine Liturgie.
b) Le Concile de Crète a exprimé le vœu que de tels Conciles se répètent régulièrement pour régler différents problèmes. Au demeurant, beaucoup de questions sont restées en suspens, lesquelles nécessitent une action immédiate.
c) L’Église d’Antioche a considéré le Concile comme [Synode] préconciliaire, ce que l’Église de Serbie soutient également, et récemment, l’Église de Roumanie a décidé que les textes adoptés en Crète peuvent être retouchés partiellement, développés par un futur Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et perfectionnés, sans pression du temps, et avec le consensus panorthodoxe.
d) Cela est la pratique habituelle dans le système conciliaire orthodoxe. Les Conciles œcuméniques ont connu de nombreuses sessions qui ont duré de nombreuses années. Nous avons également le Concile Quinisexte, qui a complété en droit canon les Vème et VIème Conciles œcuméniques, et encore le Concile Prime-second (861), et les Conciles hésychastes sous St Grégoire Palamas, qui sont considérés comme un seul Concile. Une telle proposition évitera les schismes qui peuvent se produire dans l’Église.

Source

L’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce examine la question du Concile de Crète

S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, en tant que président de l’Assemblée des évêques, s’est adressé aux membres de celle-ci, remerciant leurs Éminences les hiérarques pour leur venue à la Réunion, soulignant ce qui suit : « Le simple et seul souvenir de la Parole salvatrice de notre Seigneur selon laquelle « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 20), est suffisante pour que l’on comprenne la signification spirituelle énorme que revêt, seulement en lui-même en tant qu’événement, la convocation et la réalisation du Saint et Grand Concile de l’Église en Crète, un Concile de tant de Primats des Églises orthodoxes, de tant d’évêques et autres pères. Si nous prenons en considération que l’antique institution synodale est une institution avec une dynamique exceptionnelle, une institution inextricablement liée à la conscience du plérôme de notre Église, il devient alors clair qu’un Concile [c’est-à-dire l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, ndt] après celui-ci doit offrir une Parole spirituelle et ecclésiale fondée et en n’aucun cas ne peut être considérée comme ayant un caractère de constatation, de validation ou de pure procédure formelle. La place de chacun d’entre vous dans le système synodal n’est pas décorative, mais organique et, par voie de conséquence, profondément essentielle. Dans ce cadre de la présence vivante et de l’énergie du Saint-Esprit dans la vie de l’Église, je suis certain qu’en demandant tous l’illumination de Dieu, nous soumettrons de façon responsable nos pensées, nos propositions, notre témoignage personnel, c’est-à-dire ce qu’exigent notre conscience hiérarchique et notre responsabilité épiscopale au sein du Corps de notre Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». S.E. le métropolite de Karystia et de Syros Mgr Séraphim, en tant que vice-président de l’Assemblée, a répondu à l’allocution de l’Archevêque, de la part de leurs Éminences les hiérarques. Ensuite, conformément à l’ordre du jour, le métropolite de Serrès et de Nigriti Mgr Théologue a lu son rapport intitulé « Informations au sujet des travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe ». Dans son rapport, le métropolite s’est référé au fait que la conscience conciliaire, à caractère fondamental, dirige, oriente et illumine toutes les expressions institutionnelles de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour cette raison, les décisions des sept saints Conciles œcuméniques du premier millénaire chrétien, reconnus officiellement, de même que les Conciles majeurs à valeur universelle tenus ensuite, constituent le critère indubitable, non pas seulement pour l’exactitude dogmatique, la théologie, la vie liturgique et l’ethos de l’Église orthodoxe, mais aussi pour la vie en et selon le Christ du plérôme de celle-ci. Ensuite, le métropolite a procédé à une revue historique de la préparation, au cours de longues années, du Saint et Grand Concile, laquelle a commencé en 1930 et a été réalisée en juin de cette année. Poursuivant son exposé, il a fait référence à la contribution continuelle de l’Église de Grèce à la préparation du Concile au niveau organisationnel, à sa précieuse participation à la finalisation des textes votés par le Saint et Grand Concile, de même qu’à toute sa présence, qu’il a qualifiée de digne, substantielle, traditionnelle, vigoureuse, féconde par ses interventions, unificatrice, pluraliste, synthétique, souple, réaliste et fraternelle. Abordant plus concrètement la présence de la délégation de l’Église de Grèce au Saint et Grand Concile, il a souligné de façon caractéristique : « Sa Béatitude le président de notre organisme [c’est-à-dire de l’Assemblée des évêques, l’archevêque d’Athènes Jérôme, ndt], a presque quotidiennement convoqué une consultation de tous les membre de notre délégation afin d’évaluer le cheminement des travaux et de tracer une ligne unique en vue du soutien de la lettre et de l’esprit des prises de positions et des décisions de l’Assemblée des évêques [de l’Église de Grèce qui avait défini au préalable la marche à suivre de sa délégation au Concile panorthodoxe, ndt]. La parole était libre pour tous et les prises de positions de tous ont été respectées. La voie vers l’obtention de l’unanimité dans la salle de réunion de l’Assemblée conciliaire n’a été ni facile, ni toujours pavée de roses, selon le rapport de Sa Toute-Sainteté le président du Corps conciliaire [c’est-à-dire le patriarche Bartholomée, ndt] dans son adresse finale. Il y eut des moments et des heures d’anxiété accrue, de stress psychique et de perplexité intense ». Dans la suite de son exposé, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a présenté la liste complète des 162 hiérarques participant et a communiqué en détails le programme des travaux, les propositions, les amendements et modifications soumis par la hiérarchie du Saint-Synode de l’Église de Grèce au sujet des textes à discuter et à voter par le Saint et Grand Concile. Mentionnant les décisions finales du Concile, il a fait remarquer entre autres : « Le saint et grand Concile a travaillé soigneusement et a pris des décisions sur des sujets à caractère pastoral, comme ceux du jeûne agréable à Dieu et les empêchements au mariage, sur des sujets d’ordre canonique et administratif, comme ceux de la diaspora orthodoxe et statut ecclésial de l’autonomie, et finalement sur les questions des relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien et sa mission envers le monde contemporain. Il a édité pour le peuple et le monde deux textes théologiques de témoignage, de morale et d’actualité orthodoxes, à savoir une Encyclique et un Message. Il a été présenté au monde entier le témoignage dans l’Esprit Saint de notre très aimée Mère, l’Église orthodoxe, sur des sujets fort actuels et brûlants comme : 1) la proclamation de la conscience qu’à d’elle-même la sainte Église orthodoxe en tant qu’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ. 2) la nécessité pastorale de la mission, de la ré-évangélisation et de la nouvelle immersion des hommes dans les flots vivifiants de la foi et de la tradition orthodoxes. 3) La formulation des principes nécessaires de déontologie et d’éthique pour la recherche scientifique et technologique qui progresse rapidement, atteignant même aujourd’hui mystère sacré de la vie. 4) La sacralité du mystère du Mariage comme icône de l’amour du Christ envers l’Église et l’institution de la famille. 5) La préoccupation indispensable pour les questions d’instruction et d’éducation chrétienne des jeunes. 6) Le phénomène de la mondialisation. 7) L’horreur de la guerre. 8) le problème brûlant des migrants économiques et des réfugiées. 9) Les relations de l’Église et de la science et de l’Église et de la politique. 10) La crise écologique. 11) La pauvreté, la sécularisation, la solitude et de l’individualisme dans les relations entre les hommes. Le Saint et Grand Concile a également élevé une voix de protestation contre le déplacement impitoyable de leurs foyers ancestraux et les persécutions des populations chrétiennes, et a demandé la protection de la liberté religieuse, a condamné sans appel le fanatisme religieux, soulignant que chaque guerre au nom de quelle religion que ce soit, constitue une guerre contre le fait religieux lui-même. Enfin, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». Le rapporteur a exprimé les remerciements de tous les participants au Saint et Grand Concile à l’Église-hôte de Crète, et par extension, au Patriarcat œcuménique pour la présentation exemplaire et la réalisation de cette brillante organisation panorthodoxe et de portée mondiale. Il a aussi remercié S.E. le secrétaire en chef et les Services synodaux de l’Église de Grèce, pour la préparation en tout point excellente et minutieuse de tout ce qui concernait la participation de notre Église à cette grande organisation panorthodoxe. Le métropolite a ensuite recommandé les propositions suivantes en vue de la valorisation pastorale des Textes-Décisions du Saint et Grand Concile de Crète :
« 1) Le renvoi, par la décision du Saint-Synode permanent, aux Commissions synodales compétentes concernées des décisions du Saint et Grand Concile en vue d’une étude mesurée, de leur approfondissement et leur interprétation, analyse et valorisation selon les saints Pères (par exemple, les Commissions synodales des questions dogmatiques et nomocanoniques, des relations interchrétiennes, de la Pastorale, de l’Office Divin, de la presse, etc). Comme il se doit, les rapports des organes synodaux susmentionnés seront soumis ensuite au Saint-Synode permanent ou à l’Assemblée des évêques pour action.
2. La collaboration avec les Facultés de théologie nationales pour les questions d’étude théologique des textes et de la valorisation des résultats du Saint et Grand Concile.
3. L’information au niveau des diocèses métropolitains, en premier lieu du clergé paroissial, des communautés monastiques et de nos collaborateurs directs, au sujet du Saint et Grand Concile et de Ses décisions en général, et des décisions/prises de positions y relatives de l’Église de Grèce en particulier, en vue de l’édification des fidèles et pour éviter les mauvaises interprétations (Étude attentive et valorisation du matériel concerné. Textes, Encyclique, Message, études scientifiques et analyses).
4. Information, comme il se doit pastoralement, du plérôme de l’Église de Grèce par l’édition d’une Encyclique concise et rédigée dans une langue abordable, comme l’a déjà fait l’Église de Chypre, pour l’édification et l’information responsable (Édition par les soins du Saint-Synode permanent d’un feuillet informatif « pour le peuple »).
5. Développement dans les groupes d’études paroissiaux, équipe catéchétiques et dans les prédications dans le cadre des diocèses métropolitains de l’Église de Grèce, des considérations, de l’œuvre et des résultats du Grand Concile.
6. Présentation d’émissions, par la station radiophonique de l’Église, concernant l’histoire, les buts et les résultats, pour l’organisation ecclésiale, du Saint et Grand Concile. À cette fin, on pourrait faire appel aux hiérarques, professeurs des Facultés théologiques, à des voix sobres et structurées.
7. Mise en ligne sur le site internet de l’Église de Grèce des textes votés du Saint et Grand Concile, des études et des analyses sérieuses.
8. Attribution à la Commission synodale des relations inter-orthodoxes et interchrétiennes de la constitution d’archives complètes et exhaustives sur tout ce qui concerne le Saint et Grand Concile.
9. Enfin, notre très sainte Église pourrait, par les soins et avec l’assistance du Saint-Synode, charger une Commission synodale compétente et spéciale, de l’évaluation des textes fondés ecclésialement et théologiquement, qui ont déjà é

té écrits et qui contiennent des positions, soit positives soit comportant des réserves, au sujet des décisions du Saint et Grand Concile. Il est de notre devoir, en tant que pasteurs responsables et affectueux, d’entendre avec la plus grande attention et la sensibilité pastorale toutes les positions sérieuses et édifiantes. L’aboutissement de cette étude, que je considère comme exprimant fortement un ethos et une qualité conciliaires, peut aider, valoriser adéquatement, essentiellement, notre très sainte Église et le Concile panorthodoxe en général ». Concluant son rapport, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a déclaré de façon caractéristique : « Enfin, très respectés Pères, l’approche axiologique, avec toujours des définitions ecclésiologiques, patristiques et pastorales, du Saint et Grand Concile qui s’est réuni à Kolymbari en Crète, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». S’en est suivi un large dialogue sur le rapport, au cours duquel de nombreux hiérarques ont pris la parole. Les discussions doivent continuer le 24 novembre 2016.

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Le patriarche de Moscou Cyrille : « L’Église orthodoxe russe n’a pas participé au Concile de Crète afin d’éviter un schisme »

L’Église orthodoxe russe s’est abstenue au dernier moment, au mois de juillet de cette année, de participer au Concile de Crète, afin de ne pas provoquer un nouveau schisme. C’est ce qu’a communiqué aux journalistes le patriarche de Moscou Cyrille, au cours d’une interview à la veille de son soixante-dixième anniversaire. « Dans l’histoire, des divisions ont eu lieu après presque chaque Concile. Des divisions se sont même produites après les Conciles œcuméniques, aussi, à notre époque, nous ne devons pas risquer l’apparition de nouvelles scissions. C’est précisément pourquoi nous nous étions mis d’accord pour adopter toutes les décisions par consensus, mais il s’est avéré, déjà lors de la réunion des primats à Genève, que deux Églises – celles d’Antioche et de Géorgie – n’avaient pas signé des documents très importants, et qu’il n’y avait plus alors de consensus » a expliqué le patriarche. « Ensuite, l’Église serbe a déclaré qu’elle considérait nécessaire de reporter le Concile. L’Église de Géorgie a également déclaré qu’elle ne se rendrait pas au Concile, et l’Église de Bulgarie a refusé de même», a poursuivi le patriarche. « Aussi, lorsque nous avons reçu cette information, nous avons adressé une lettre à Constantinople, proposant de convoquer d’urgence une Conférence panorthodoxe, afin de définir nos actions, et décider quelle devait être notre approche du Concile, parce que sans consensus il ne fallait pas convoquer un Concile ». Un accord fondamental entre primats prévoyait que l’adoption des documents ne se ferait que par un vote unanime. Cela permettait d’exclure les différends et de ne pas provoquer les divisions. « Nous avons dit encore une fois que les documents tels qu’ils devaient être présentés au Concile, ne nous convenaient pas, que nous avions des amendements sérieux à y apporter. Nous avons reçu une réponse très impolie, où il était dit : le Concile aura lieu, c’est tout», a poursuivi le patriarche Cyrille. « Si le Concile a lieu en l’absence de consensus, cela signifie que nous renonçons aux principes que nous avons approuvés ensemble », a-t-il clarifié. « En outre, cela signifierait pour nous, tout simplement, une division programmée dans l’Orthodoxie ». Le patriarche a rappelé que les représentants de certaines Églises se sont néanmoins rendus en Crète et ont pris part au Concile, tandis que d’autres ont refusé, ce qui a privé celui-ci du statut de « panorthodoxe ». « Dans une telle situation, notre Église a pris la décision de ne pas aller au Concile », a déclaré le patriarche. « Mais nous avons une attitude respectueuse envers ce qui s’est passé en Crète. Nous avons bien sûr nos réserves et nos amendements. Notre Commission biblique et théologique a déjà étudié ces documents, et a formulé ses amendements », a ajouté le patriarche, qui a annoncé que, lors de la prochaine Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe russe, ndt], ces amendements seront examinés attentivement et que « certaines suggestions seront faites ». « Nous considérons ce Concile de Crète comme une partie du processus conciliaire. À ce jour, en l’absence de tout un nombre d’Églises, mais il ne faut pas le dramatiser. Nous sommes sur la voie de ce Concile [panorthodoxe, ndt], qui sera convoqué selon toutes les règles et qui présentera à l’Église orthodoxe et au monde entier des documents orthodoxes communément acceptés », assure le patriarche Cyrille.

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« Le concile de Crète : en espérant que nous apprenions » par Assaad Elias Kattan

Nous vous invitons à lire la traduction français d’un article, écrit par Assaad Elias Kattan (Centre d’études religieuses, Université de Münster) paru dans le dernier numéro de la revue Al-Nour, (Beyrouth, vol. 5, 2016).

Les questions restées en suspens après la réunion du concile de Crète sont peut-être plus nombreuses que celles qui furent soulevées avant sa tenue. Comment les orthodoxes agiront ils, par exemple, pour remédier à leur cassure interne ? La perspective que les Pères du concile ont manifestée, à savoir la tenue d’un « grand » concile orthodoxe tous les sept ou dix ans, deviendra-t-elle réalité ou bien restera-t-elle uniquement un vœu pieux ? Mais ce qui est plus important que toutes ces questions, ce sont les leçons que l’on peut tirer de l’expérience de Crète. En réalité, si les orthodoxes ne se hâtent pas de s’engager dans ce processus, la division qui les affecte aujourd’hui non seulement ne régressera pas, mais il est vraisemblable qu’elle va s’implanter et se transformer en émiettement.

La première leçon du concile de Crète c’est que la synodalité orthodoxe, dont si souvent nous nous prévalons, nécessite une opération chirurgicale ; en effet, elle a besoin de structures unitaires dont nous avons échoué à poser les fondations. Le problème des orthodoxes c’est qu’ils parlent énormément de la synodalité orthodoxe et de la pluralité qu’elle reflète. Mais à ces paroles ne correspond aucune structure ecclésiale claire qui fonde et ancre l’unité. Cette constatation n’est pas nouvelle. Des penseurs orthodoxes ont perçu ce problème et l’ont signalé alors que la préparation du grand concile orthodoxe n’en était encore qu’à ses débuts. Mais l’expérience de la tenue du concile de Crète, précédée par l’abstention de quelques Eglises orthodoxes et la décision des autres Eglises de se rendre sur l’île grecque « sans les frères », tout cela indique que la synodalité orthodoxe, dans son état actuel est dysfonctionnelle, car il lui manque les structures ecclésiales indispensables pour préserver l’unité lorsque des problèmes surgissent. Quel sens a donc la synodalité si elle ne dispose pas de mécanismes structurels permettant aux orthodoxes de dépasser leurs différends ? Et ils sont légion ! Dès lors, le concile de Crète aurait dû avoir été précédé d’un dialogue orthodoxe franc sur ces mécanismes. Il est en outre possible que si ce dialogue avait eu lieu, il aurait évité aux Eglises d’être entraînées dans la discussion, qui dure depuis des décennies, relativement aux prérogatives du patriarche de Constantinople et du degré de notre capacité à les puiser dans les anciens canons. L’embourbement des orthodoxes dans leurs discussions « byzantines » quant à savoir si la primauté revient à l’Eglise de Constantinople, ou s’il convient de la transférer au patriarcat de Moscou en sa qualité d’Eglise orthodoxe la plus grande et la plus importante, aujourd’hui, quant au nombre des fidèles, a fait perdre à l’Eglise orthodoxe l’occasion d’un dialogue véritable sur la relation entre la synodalité et l’unité, étant entendu que cette discussion constitue le cœur du problème, non seulement au sein du monde orthodoxe, mais encore avec l’Eglise romaine d’Occident. Ainsi le concile de Crète fut-il indicatif de l’existence de ce problème auquel nous autres orthodoxes n’avons pas été à même de remédier durant notre période « moderne », à savoir après la chute de Constantinople en 1453. Voici donc que l’histoire se venge de nous lors de notre première tentative sérieuse en cette période de nous rassembler et de parler d’une seule voix devant Dieu et les hommes.
La seconde leçon que l’on peut tirer de l’expérience de Crète, c’est que nous avons hélas tenté de réunir un concile « contemporain » mais avec un ordre du jour révolu. Et ceci, dirait-on, est le scandale des scandales. En vérité, celui qui examine la plupart des documents issus du concile qui s’est tenu sur l’île grecque, et qui traitent de thèmes tels que le jeûne, le mariage et la famille, ne peut manquer de constater que dans le fond ils ne disent rien ou bien ne font qu’effleurer les défis véritables auxquels les orthodoxes sont confrontés. Et lorsqu’ils ont abordé ces défis et tenté d’y apporter quelque réponse, ils l’ont fait la plupart du temps avec superbe, ce qui ne traduit aucune disposition à s’ouvrir aux nouvelles expériences des hommes ou à les assimiler. En effet, le style des textes du concile de Crète, de manière générale, est un style ecclésiastique orthodoxe dense « possédant » la vérité, qui entend enseigner le monde et le ré-évangéliser, au lieu de tirer profit des expériences de ceux qui y vivent. Tout ce l’on peut dire à propos de ces textes, c’est qu’ils essaient de traiter certains défis modernes avec une mentalité des siècles passés, comme s’il y avait, dans l’entendement orthodoxe, un modèle sociétal unique qui ne peut être ni questionné ni changé, celui-là même qui était le propre des sociétés rurales qui prédominaient dans les périodes antérieures à la modernité. A ce propos, voici quelques exemples :
Ces textes insistent, par exemple, sur « la famille » en tant que structure sociale idéale (Encyclique, 7), mais sans prendre en considération les milliers de femmes orthodoxes qui élèvent seules leurs enfants en Russie et dans les Balkans. Ils s’abstiennent de nous informer si ce modèle « nouveau » de société est couvert par la définition de la famille ou s’il est « anormal ». De même, les textes du concile évitent d’aborder le problème de la cohabitation ainsi que de l’éducation des enfants hors de l’institution maritale, si ce n’est en rejetant tout cela dans la sphère du « péché » (Le sacrement du mariage et ses empêchements, 10), ignorant le fait que des milliers de jeunes orthodoxes engagés dans leur Eglise en Europe, en Russie et aux Etats-Unis vivent aujourd’hui dans des cellules collectives existant hors du cercle du mariage religieux. Ajoutons à cela que certains textes du concile reflètent une conception ambiguë de la liberté. Si, d’une part, ils disent des choses positives sur la dignité humaine et la liberté religieuse (Encyclique, 12. 16), ils font mine d’oublier, d’autre part, que cette dignité comporte aussi la liberté de pensée et la liberté sociale. Et l’ambiguïté atteint son comble lorsqu’il est question des droits de l’homme (Encyclique 16) ; en effet, dans ce qui est affirmé il y a une tendance manifeste à diluer les droits individuels et à les remplacer par un « contenu communautaire » non-défini de la liberté, à tel point que l’on rencontre un passage considérant les droits de l’homme individuels comme une menace pour la famille, la religion et la nation. Il s’agit là, me semble-t-il, de paroles dangereuses, car elles contiennent les germes de glorification des entités collectives comme la famille, la société et la nation au détriment de l’individu, mais encore contribuent-elles au renforcement du chancre nationaliste dont souffrent la plupart des peuples orthodoxes. Ce qu’il importe de souligner, c’est que ce mode d’ambiguïté ne s’applique pas seulement à ce que nous avons mentionné, mais il s’étend encore à d’autres domaines tels que la sécularisation et les sciences. La « civilisation séculière » est tantôt le fruit de « la contribution séculaire » de l’Eglise (Encylique, 10), sans que cela soit accompagné d’une quelconque explication, tantôt un grand mal auquel il convient de faire face (Encyclique, 7. 9. 10). Quant aux sciences biologiques, elles ne sont pas en mesure d’apporter une solution aux problèmes éthiques (Encyclique, 11-12), et ceci est certes bien vrai. Mais les textes du concile passent totalement sous silence la contribution apportée par les sciences humaines, comme la philosophie, la sociologie, la psychologie et l’histoire, à la connaissance de l’univers, comme si ces sciences étaient inexistantes ou comme si elles ne constituaient pour la conscience de l’Eglise un quelconque défi. Ceci est naturellement une goutte d’eau dans la mer. Car les textes du concile s’embrouillent également dans ce qu’ils disent sur les jeunes et leur rôle, malgré leur insistance sur le fait qu’ils ne sont pas seulement « le futur » de l’Eglise, mais aussi « l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent » (Encyclique, 8). Et lorsqu’ils abordent la coopération et la collaboration entre l’Eglise et l’Etat (Encyclique, 16), ils ont négligé le rôle critique que l’Eglise joue vis-à-vis de l’Etat qui commet des injustices et se conduit en tyran ou tente d’apporter une solution aux problèmes éthiques de manière inhumaine.
Il ressort de tout cela que ce qui attend les Eglises orthodoxes après le concile de Crète est de loin plus important que ce qui l’a précédé. Les orthodoxes se trouvent donc encore au début du chemin lorsqu’il s’agit des grandes questions et des grands défis dans notre monde contemporain. Dans ce sens, le concile de Crète était indispensable pour que nous apprenions. En espérant, bien sûr, que nous apprenions …

(Traduit de l’arabe pour Orthodoxie.com par Marcel Pirard)

Conclusions du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Roumanie concernant les procédures et les décisions du saint et grand Concile des Églises orthodoxes en Crète (16-26 juin 2016)

Suite aux discussions qui se sont déroulées dans le cadre de la séance de travail du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine le 29.10.2016, présidée par le patriarche Daniel, les membres du Synode ont formulé et exprimé les conclusions suivantes concernant les procédures et les décisions du saint et grand Concile des Églises orthodoxes en Crète (16-26 juin 2016) :
– Est pris acte avec appréciation de la participation et de l’implication substantielles du patriarche de Roumanie et des autres membres de la délégation de l’Église orthodoxe roumaine dans les travaux du saint et grand Concile des Églises orthodoxes.
– Est pris acte du contenu des documents dans leur forme approuvée dans le cadre des travaux du saint et grand Concile des Églises orthodoxes, à savoir la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ; la diaspora orthodoxe ; l’autonomie et le mode de sa proclamation ; le saint mystère du mariage et ses empêchements ; l’importance du jeûne et son observance aujourd’hui ; les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, auxquels s’ajoutent l’encyclique et le message du Concile. Le saint et grand Concile des Églises orthodoxes n’a pas formulé de dogmes nouveaux, de canons nouveaux ou de modifications liturgiques, mais a témoigné le fait que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique du Christ. En outre, il a été pris acte du fait que les textes peuvent être expliqués, nuancés ou développés par un futur saint et grand Concile des Églises orthodoxes. Leur explication et la rédaction d’autres textes conciliaires sur différents sujets ne doivent néanmoins pas êtres réalisées sous la pression du temps, mais au cas où il n’existe pas de consensus panorthodoxe, ils doivent être reportés et améliorés jusqu’à ce que le consensus soit réalisé.
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Une thèse en ligne: « Les relations entre chrétiens orthodoxes et musulmans en Europe du sud-est durant le XIVe et XVe siècle »

udes_iconLa thèse d’Aleksandar Prascevic, « Les relations entre chrétiens orthodoxes et musulmans en Europe du sud-est durant le XIVe et XVe siècle« , à l’Université de Sherbrooke (Canada), est en ligne sur cette page.

Le document commun « Synodalité et primauté pendant le premier millénaire : Vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église »

Le document commun « Synodalité et primauté pendant le premier millénaire : Vers une compréhension commune au service de l’unité de l’Église » approuvé par la Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine à Chieti le 21 septembre 2016 a été traduit entièrement en français et est disponible sur le site suivant.

Extrait du discours de l’archevêque Dimitri d’Amérique (Patriarcat œcuménique) au sujet du Concile panorthodoxe, prononcé lors de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis

Une partie du discours de l’archevêque d’Amérique Dimitri (Patriarcat œcuménique) à l’occasion de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis était consacrée au Concile de Crète, auquel il participait. L’archevêque retrace l’histoire de ce Concile et donne son point de vue sur l’attitude que doivent adopter les évêques orthodoxes en Amérique malgré leur différend au sujet de la reconnaissance de celui-ci par leurs Églises locales respectives. Nous publions ci-dessous l’extrait en question : « Permettez-moi de commencer avec le Saint et Grand Concile qui s’est réuni sur l’île de Crète en juin dernier (18-26 juin 2016). Comme vous le savez, la décision de réunir un Concile panorthodoxe a été prise par les représentants des Églises orthodoxes autocéphales en 1961, il y a 55 ans, et pendant une réunion spéciale tenue sur l’île de Rhodes, en Grèce (20 septembre – 5 octobre 1961). Plusieurs réunions relatives à la décision mentionnée ont suivi. Il y a eu des réunions panorthodoxes intitulées « Commissions préparatoires inter-orthodoxes) ou « Consultations préparatoires préconciliaires ». Les dates de ces réunions sont 1963 (Rhodes, Grèce), 1964 (Rhodes), 1966 (Belgrade), 1968, 1976, 1982, 1986, 1990 et 1993 (toutes à Genève). La tâche des Commissions ou Consultations était la création d’une liste de sujets devant être discutés par le Concile panorthodoxe lorsqu’il se réunirait et la préparation de textes correspondant aux sujets sélectionnés. Des événements importants en Europe et au Moyen Orient ont provoqué une pause temporaire du processus mentionné. En 2008 (10-12 octobre 2008), au cours d’une Synaxe à Constantinople des Chefs et représentants de toutes les Églises orthodoxes autocéphales, les travaux de préparation du Concile panorthodoxe ont redémarré. Ainsi, six ans plus tard (6-9 mars 2014), la décision historique a été prise de convoquer le Saint et Grand Concile des Églises orthodoxes au printemps 2016 en l’église Sainte-Irène (lieu du Second Concile Œcuménique) à Constantinople. La Sainte Synaxe préconciliaire des Primats et représentants de toutes les Églises orthodoxes autocéphales a eu lieu à Genève cette année (21-26 janvier 2016). Au cours de cette Synaxe, trois choses importantes se sont produites : 1) Le lieu du Saint et Grand Concile a été transféré de Constantinople, en Turquie, à l’île de Crète, pour des raisons bien connues, 2) Le règlement des travaux au Concile a été discuté et approuvé et 3) Les textes des six sujets finaux ont été discutés en détails et approuvés avec quelques modifications. Le Saint et Grand Concile, après 55 années de préparation a été convoqué comme prévu du dimanche de la Pentecôte (Juin 2016) au dimanche de Tous les Saints (Juin 26, 2016). Dix des quatorze Églises orthodoxes autocéphales ont participé, à savoir : le Patriarche œcuménique de Constantinople, le Patriarcat d’Alexandrie, le Patriarcat de Jérusalem, le Patriarcat de Serbie, le Patriarcat de Roumanie, l’Église de Chypre, l’Église de Grèce, l’Église de Pologne, l’Église des Terres tchèques et de Slovaquie, et l’Église d’Albanie. Quatre des quatorze Églises orthodoxes autocéphales n’ont pas participé au Saint et Grand Concile, à savoir le Patriarcat d’Antioche, le Patriarcat de Moscou, le Patriarcat de Bulgarie et le Patriarcat de Géorgie. Douze évêques de notre Assemblée ont eu le grand honneur de participer au Saint et Grand Concile et de faire l’expérience d’une semaine de discussions pleines de dignité, honnêtes, libres et productives, dans un esprit d’amour, d’unité et de respect mutuel. Je ne connais pas d’autre événement de l’histoire ecclésiastique récente qui ait attiré l’attention d’autant de personnes et qui ait exposé l’Église à tant d’éloges et de critiques. En effet, à défaut d’autre chose, nous pouvons certainement dire que le Concile nous a aidés à acquérir une meilleure perception de ce que nous sommes, et nous sommes devenus plus conscients de la nécessité de lutter constamment pour l’unité. Pour certains, le Concile n’était pas l’expression de l’unité orthodoxe qu’ils envisageaient et qu’ils espéraient. C’est compréhensible. Le programme, la mission, les travaux et les documents du Saint Concile révèlent cependant l’engagement de l’Église orthodoxe dans la conciliarité. Bien sûr, l’absence de quatre Églises orthodoxes au Concile a été et reste un événement douloureux à bien des égards. Cela, néanmoins, n’est pas un signe de notre désunion, mais nous encourage à rester patients l’un avec l’autre et à cultiver l’unité par tous les moyens. En dépit de nos propres faiblesses et de nos imperfections, nous devons tous insister pour rester et croître dans l’unité du Christ. Notre tâche première, en tant que hiérarques aux États-Unis n’est pas de débattre sur le Concile de Crète. Nous ne pouvons nous payer le luxe de tels débats. En tant que pasteurs du troupeau du Seigneur, nous devons rester liés les uns aux autres, fermes dans notre mission et engagés à dépasser tout défi et à utiliser toutes les occasions de façon fraternelle, fructueuse, véridique et conciliaire. Nous sommes une Assemblée d’évêques orthodoxes ; nul ne peut redire à cela ou le changer. Nous sommes un dans le Christ. Si nous ne vivons pas notre responsabilité de travailler comme un seul corps, chers Frères, nous laissons les fidèles à la merci d’un monde froid et impitoyable. Et nous pouvons rester assurés que la société ne demandera pas si quelqu’un est grec ou bulgare, russe ou ukrainien, serbe ou roumain, géorgien ou antiochien, converti ou orthodoxe de naissance. Notre peuple finira par devenir la proie des attaques et des railleries. Ma prière est que nous, dans les conditions et les défis présents, puissions tous renouveler notre engagement les uns envers les autres en tant qu’Assemblée d’évêques ».

Sources

Exclusivité : message du saint et grand Concile du 26 juin 2016 avec les signatures des participants

A partir d’aujourd’hu,i nous publions en exclusivité les documents adoptés lors du Concile panorthodoxe qui s’est tenu du 16 au 27 juin 2016 à l’Académie orthodoxe de Crète

Message 
du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

Au peuple orthodoxe 
et à toute personne de bonne volonté

Nous louons et glorifions le Dieu « de compassion et de toute supplication », car il nous a rendus dignes de nous réunir durant cette semaine de Pentecôte (18-26 juin 2016) en Crète, où l’Apôtre Paul et son disciple Tite ont annoncé l’Évangile au cours des premières années de la vie de l’Église. Nous rendons grâce au Dieu trinitaire, car il a permis avec bienveillance que nous cheminions dans un même esprit pour achever les travaux du saint et grand concile de l’orthodoxie, convoqué par Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, en accord avec les Primats des Églises orthodoxes autocéphales locales.
Fidèles à l’exemple des Apôtres et des Pères théophores, nous avons étudié de nouveau l’Evangile de la liberté par lequel « Christ nous a affranchis » (Ga 5, 1). La fondation de nos discussions théologiques constitue l’assurance que l’Église ne vit pas pour elle-même. Elle transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité.
La principale priorité du saint et grand Concile fut de proclamer l’unité de l’Église orthodoxie. Fondée sur l’Eucharistie et la succession apostolique des évêques, l’unité existante a besoin d’être renforcée et de porter de nouveaux fruits. L’Église une, sainte, catholique et apostolique est une communion divino-humaine, un avant-goût et une expérience des eschata dans la sainte Eucharistie. En tant que Pentecôte, elle est une voix prophétique qui ne peut être mise sous silence, une présence et un témoignage du Royaume du Dieu d’amour.
Fidèle à la tradition apostolique unanime et à l’expérience sacramentelle, l’Église orthodoxe constitue la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, comme elle est confessée dans le symbole de foi et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. L’Eglise nous fait connaître le mystère de la sainte Économie par sa vie sacramentelle centrée autour de la divine Eucharistie.
L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. Les Églises orthodoxes autocéphales ne sont pas une fédération d’Église, mais l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Chaque Église locale célébrant la divine Eucharistie est la présence et la manifestation locale de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. De même pour la diaspora orthodoxe, dans différents pays, il a été décidé de continuer le fonctionnement des Assemblées épiscopales jusqu’à l’application de l’acribie canonique. Elles se composent des évêques canoniques qui relèvent et continuent à dépendre d’une Église autocéphale. Le fonctionnement régulier de ses Assemblées épiscopales garantit le respect du principe orthodoxe de conciliarité.
Au cours des travaux du saint et grand Concile a été soulignée l’importance des Synaxes des Primats qui ont eu lieu et décidé de la convocation régulière du saint et grand Concile tous les sept ou dix ans.
En participant à la divine Liturgie et priant pour le monde entier, nous devons continuer la liturgie après la divine liturgie et à rendre témoignage de la foi à ceux qui sont proches ou éloignés, en accord avec le clair commandement du Seigneur avant son Ascension : « et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés modernes et l’évangélisation de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ continuent à être une obligation pour l’Église.
Notre Église réfléchissant à la nécessité de témoigner de la vérité et de la foi apostolique, accorde une grande importance au dialogue, en particulier avec les chrétiens non-orthodoxes. De cette manière, le reste du monde chrétien connaît plus précisément l’authenticité de la tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des orthodoxes. Les dialogues que conduit l’Église orthodoxe ne signifient en rien un compromis en matière de foi.
L’explosion du fondamentalisme observée dans différentes traditions religieuses est l’expression d’une religiosité mortifère. Un dialogue interreligieux sobre contribue de manière significative à favoriser la confiance mutuelle, la paix et la réconciliation. Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine. L’Église orthodoxe condamne sans équivoque l’expansion de la violence militaire, les persécutions, les expulsions et le meurtre des minorités religieuses, les conversions forcées, le trafic des réfugiés, les enlèvements, la torture et les terribles exécutions sommaires. Elle dénonce la destruction des lieux de culte, des symboles religieux et des monuments culturels. Plus particulièrement, elle exprime sa préoccupation pour la situation les chrétiens et des minorités persécutées au Moyen-Orient et ailleurs. Elle appelle la communauté internationale de la région pour la protection des orthodoxes indigènes et des autres chrétiens, ainsi que de toutes les populations de la région qui ont un droit inviolable à demeurer dans leur pays d’origine comme des citoyens jouissant de droits égaux. Notre Concile exhorte toutes les parties à œuvrer sans attente aux efforts systématiques à la résolution des conflits armés au Moyen-Orient, les terminer et permettre le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers.
Elle appelle tout particulièrement tous les puissants de la terre pour que prévalent la paix et la justice dans les pays d’où sont issus les réfugiés. Nous appelons les autorités civiles, les citoyens et les chrétiens orthodoxes dans les pays vers lesquels les réfugiés persécutés cherchent refuge, à continuer à offrir leur aide dans les limites et au-delà de leurs capacités.
Le sécularisme moderne cherche l’autonomie de l’homme par rapport au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église qu’il identifie arbitrairement à du conservatisme. Cependant, la culture occidentale porte l’empreinte indélébile de la contribution dans le temps du christianisme. L’Eglise souligne, en outre, l’importance salvifique du Dieu-homme et de son corps en tant que lieu et mode de vie en liberté.
Dans l’approche contemporaine du mariage, l’Église orthodoxe considère le lien indissoluble d’amour entre un homme et une femme comme « un grand mystère… celui du Christ et de l’Église ». Elle appelle même la famille une « petite église », laquelle résulte du mariage, le seul garant pour élever les enfants.
L’Église insiste constamment sur la valeur de l’abstinence. L’ascèse chrétienne diffère profondément d’une ascèse purement dualiste qui couperait la personne humaine de son prochain. Au contraire, il convient de s’attacher à la vie sacramentelle de l’Église. L’abstinence ne se rattache pas uniquement à la vie monastique. L’éthos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne dans toutes ses expressions.
***
Le saint et grand Concile, mis à part les thèmes au sujet desquels des décisions ont été prises, a étudié les importantes questions contemporaines suivantes :
Sur la question des relations de la foi chrétienne avec la science, l’Église orthodoxe évite de placer la recherche scientifique sous sa tutelle et ne prend pas position sur toutes les questions scientifiques. Elle remercie Dieu qui donne aux scientifiques le charisme d’explorer les secrets de la création divine. Le développement moderne de la science et de la technologie apporte des changements radicaux dans nos vies. Elle est porteuse de bienfaits importants dans notre vie quotidienne : une maladie grave, les gens communiquent plus facilement, la recherche spatiale, etc. Cependant, il existe aussi une variété d’effets négatifs comme : la manipulation de la liberté, la perte progressive de traditions précieuses, la destruction de l’environnement naturel, la contestation des valeurs morales. Bien que la connaissance scientifique évolue très rapidement, elle ne mobilise pas la volonté de la personne humaine, ni ne fournit des réponses aux problèmes éthiques existentiels centraux, à la quête du sens de la vie et du monde. Tout ceci requiert une approche spirituelle que l’Eglise orthodoxe entreprend de promouvoir au travers d’une bioéthique fondée sur l’éthique chrétienne et l’enseignement patristique. Ainsi, dans le respect de la liberté de la recherche scientifique, l’Église orthodoxe insiste sur les dangers que recèlent certains progrès scientifiques et met l’accent sur la dignité de l’homme et sur son destin divin.
La crise écologique actuelle est évidemment due à des causes spirituelles et éthiques. Ses racines sont liées à la cupidité, l’avidité et l’égoïsme, conduisant à une utilisation irrationnelle des ressources naturelles, à la pollution de l’atmosphère par des polluants nuisibles, et au réchauffement climatique. La réponse chrétienne contre ces problèmes exige le repentir (metanoia) par rapport à ces abus, l’abstinence, et l’éthique ascétique comme l’antidote à la surconsommation, tout en prenant conscience de plus en plus que la personne humaine est l’« économe » de la création et non son propriétaire. Elle souligne aussi que les générations futures possèdent elles aussi des droits sur ces biens naturels que nous a remis avec confiance le Créateur. C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe participe activement aux différents efforts internationaux en faveur de l’environnement. Elle a fait du 1er septembre le jour de prière pour la protection de l’environnement naturel.
Face au mouvement d’homogénéisation impersonnelle, qui est favorisé de diverses manières, l’orthodoxie proclame le respect du particularisme des personnes humaines et des peuples. Elle s’oppose à l’autonomie de l’économie face aux besoins fondamentaux des êtres humains et la transformant comme une fin en soi. Le progrès de l’humanité n’est pas seulement lié à l’accroissement du niveau de vie ou au développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
L’Église orthodoxe n’interfère pas dans le politique. Sa parole reste discrète et prophétique et favorise une intervention humaine appropriée. Les droits de l’Homme sont maintenant au centre de la politique en réponse aux crises politiques et sociales et visent à protéger les citoyens contre l’arbitraire de l’État. Notre Église ajoute également les obligations et les responsabilités des citoyens et la nécessité pour ces derniers d’user de leur autocritique afin d’améliorer sensiblement la société. Elle souligne en particulier que l’idéal orthodoxe en faveur de l’être humain dépasse l’horizon des droits de l’Homme établis établis que « plus grand que tout » est l’amour, comme l’a révélé le Christ et le vivent ceux qui le suivent fidèlement. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
L’Église orthodoxe s’adresse aux jeunes, qui sont à la recherche d’une vie complète en toute liberté, justice, création et amour. Elle les exhorte à se joindre consciemment à l’Église qui est la vérité et la vie. Pour venir en offrant au corps ecclésial leur vitalité, leurs soucis, leurs préoccupations et leurs attentes. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, mais aussi une force et une présence créative au niveau local et mondial.
Le saint et grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples. Elle évangélise : « De jour en jour, proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95)
Prions : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (I P 5, 10-11).

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Discours du patriarche œcuménique Bartholomée à l’issue de la doxologie solennelle à Zagreb, le 9 septembre 2016

« Votre Béatitude, très cher frère archevêque de Peć, métropolite de Belgrade-Karlovci et patriarche de Serbie, Mgr Irénée, Votre Éminence le métropolite de Zagreb et Ljubljana Mgr Porphyre, Vos Éminences et Excellences nos frères évêques, honorables représentants des autorités civiles, Vos Excellences, pères, frères, sœurs et enfants bénis dans le Seigneur,
Avec une émotion particulière, nous venons aujourd’hui à Zagreb avec pour intention, en tant qu’Église Mère de Constantinople, de rendre honneur et vénération, avec l’Église sœur orthodoxe serbe, aux néomartyrs orthodoxes qui ont été glorifiés dans ces contrées du temps du totalitarisme nazi. Le souvenir des néomartyrs est particulièrement actuel, ainsi que le message qu’ils nous adressent. Ces nouveaux martyrs de Dieu présentent un témoignage durable, centenaire, un exemple de patience pour tous les chrétiens, où qu’ils se trouvent. À travers tous les siècles, le lot de l’Église orthodoxe a été la Croix de la souffrance. Si nous regardons l’histoire des peuples orthodoxes, nous constaterons qu’ils se sont toujours trouvés sous le glaive de la souffrance et du martyre. Ils ont toujours subi des persécutions, des injustices et ont souffert le martyre. C’est ce que nous prouve l’histoire de tous les peuples orthodoxes : les peuples grec, russe, serbe, roumain, géorgien, syrien et les autres, comme l’histoire des saints lieux en Palestine. Le peuple grec et les autres peuples chrétiens orthodoxes des Balkans ont offert à Dieu et à l’Église, du XVème au XIXème siècle, une innombrable multitude de néomartyrs, qui ont représenté et représentent son visage, son orgueil et sa gloire. De même, tous les peuples orthodoxes qui se sont trouvés sous les régimes athées en Europe de l’Est au vingtième siècle, sont aussi passés par le martyre des catacombes.

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Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe au sujet du Concile de Crète

Au titre du protocole N°48 de sa session du 15 juillet 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris la décision suivante au sujet du Concile de Crète :

« Il a été décidé de :

1. Reconnaître que le Concile qui a eu lieu en Crète et auquel ont participé les Primats et les évêques de dix des quinze Églises orthodoxes autocéphales, a constitué un événement important dans l’histoire du processus conciliaire dans l’Église orthodoxe, initié par la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961.
2. Souligner que le fondement de la coopération panorthodoxe au cours de tout le processus conciliaire était constitué par le principe du consensus.
3. Constater que l’accomplissement du Concile en l’absence d’accord de la part de plusieurs Églises orthodoxes autocéphales transgresse ledit principe, en conséquence de quoi le Concile qui a eu lieu en Crète ne peut être considéré comme panorthodoxe, et les documents qui y ont été adoptés [ne peuvent être considérés] comme exprimant le consensus panorthodoxe.
4. Prendre note à ce sujet de la position du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche.
5. Après réception des copies officiellement certifiées des documents approuvés par le Concile de Crète, confier à la Commission biblico-théologique, leur publication et leur étude, prenant également en compte de possibles réactions et remarques de Leurs Excellences les évêques, des institutions ecclésiastiques d’enseignement, des théologiens, clercs, moines et laïcs. À l’issue de leur étude sous tous les aspects, présenter les conclusions au Saint-Synode.

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Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée : « Pourquoi je n’ai pas signé le texte sur les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien»

Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a publié la mise au point suivante, expliquant les raisons qui l’on conduit à refuser de signer le texte concernant « les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » :
« Différents commentaires ont été publiés concernant la position que j’ai adoptée concernant le texte du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe intitulé : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Certains écrivent que je ne l’ai pas signé, d’autres que je l’ai signé avec des réserves, et d’autres encore que je l’ai signé. Par la présente déclaration, je confirme qu’effectivement je n’ai pas signé ce texte et que, en outre, j’ai exprimé mes réserves au sujet des textes « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et « Le sacrement du mariage et ses empêchements », relativement à des points concrets que j’ai développés durant les sessions. En particulier, pour ce qui concerne le premier texte, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je veux dire que, réellement, je ne l’ai pas signé et ce après profonde réflexion, sur la base de critères théologiques. Ce n’est pas encore le moment pour moi de développer tous mes arguments historiques et théologiques, ce que je ferai lorsque j’analyserai plus généralement tous les processus et l’atmosphère que j’ai ressentie lors du déroulement des sessions du saint et grand Concile. Je vais mentionner ici, laconiquement, certaines raisons particulières.
1. [En prenant ma décision], j’ai pris en considération le fait que toutes les décisions prises à l’unanimité par la hiérarchie de l’Église de Grèce n’ont pas été retenues, non seulement concernant la phrase « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes », mais aussi dans quatre-cinq autres cas. J’ai choisi dès le début d’accepter de participer au saint et grand Concile en tant que membre de la délégation de l’Église de Grèce, en attendant toutefois les décisions de la hiérarchie [c’est-à-dire de l’assemblée des évêques de l’Église de Grèce] en mai 2016, avant de décider finalement si je serai présent. Lorsque je fus convaincu que les décisions de la hiérarchie étaient significatives et unanimes, j’ai finalement décidé de participer au saint et grand Concile dans le but de les soutenir.

2. J’étais préoccupé depuis le début au sujet de toute la structure et la façon de penser qui se dégageait du texte, car elles provenaient de la réunion de deux textes différents mais, jusqu’à la fin, j’avais espoir dans ses rectifications, avec les propositions également des autres Églises. Finalement, cependant, j’ai observé que les corrections qui avaient été proposées par les Églises ne sont pas toutes introduites dans le texte pour diverses raisons.
Le métropolite de Pergame, manifestement en tant que conseiller, sur l’incitation du patriarche, était l’évaluateur ultime des propositions. Ou bien il les rejetait, ou il les corrigeait ou encore il les adoptait et son évaluation était acceptée par l’Église de Constantinople et les autres Églises. Ainsi, à mon avis, le texte n’était pas mûr pour être édité par le saint et grand Concile puisque, jusqu’au dernier instant précédant sa signature, il était corrigé et modifié, jusque lors de sa traduction dans les trois langues, français, anglais et russe. C’est la raison pour laquelle certaines Églises, dès le début, avaient demandé le retrait du texte pour une révision ultérieure. En outre, le texte était on ne peut plus diplomatique et chacun pouvait l’utiliser selon ses préférences. Comme je l’ai soutenu lors de la session du saint et grand Concile, le texte n’a pas de base ecclésiologique stricte, et la question de savoir qu’est-ce que l’Église et qui en sont membres était l’un de presque cent sujets qui avaient été proposés pour le saint et grand Concile [initialement, dans les années soixante, ndt], mais entre temps, il est tombé à la trappe, dans la perspective d’un débat plus large ainsi que d’un dialogue qui feraient ensuite l’objet d’une décision. Il fallait, par conséquent, que soit d’abord discuté et défini ce qu’est l’Église et qui sont ses membres et ensuite que soit déterminée la place des hétérodoxes. En outre, si j’avais signé ce texte, j’aurais renié dans la pratique tout ce que j’avais écrit de temps à autre au sujet de l’ecclésiologie sur la base des saints Pères de l’Église. Et cela, je ne pouvais le faire.
3. Il est impossible que l’on comprenne pleinement la raison pour laquelle j’ai renoncé à signer, si je ne donne quelques informations sur la raison pour laquelle les représentants de l’Église de Grèce ont changé à cet instant la décision unanime de la hiérarchie de l’Église. Comme on le sait, la décision initiale de la hiérarchie de mai 2016 était que « l’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes », et cela a été modifié par la proposition : « L’Église orthodoxe accepte la dénomination historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes ». La différence entre les deux phrases est évidente. Le vendredi, alors qu’était discuté le texte concret, la discussion a abouti à une impasse au sixième paragraphe, où il était question de la dénomination des hétérodoxes. L’Église de Roumanie a proposé que l’on dise « confessions et communautés hétérodoxes ». L’Église de Chypre a proposé que l’on dise « Églises hétérodoxes ». Et l’Église de Grèce a proposé que l’on dise « confessions et communautés chrétiennes ». Étant donné que l’Église de Roumanie avait retiré sa proposition, la discussion a porté sur la proposition de l’Église de Chypre, qui a été adoptée par d’autres Églises, et celle de l’Église de Grèce. Lors d’une consultation de notre délégation, le vendredi après-midi, il a été décidé que nous resterions fermes dans la décision de la hiérarchie [de l’Église de Grèce, ndt], et que soient proposées des solutions alternatives, à savoir que l’on écrive « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’hétérodoxes » ou « d’autres chrétiens » ou « de chrétiens non orthodoxes ». Étant donné que les propositions de l’Église de Grèce n’avaient pas été acceptées, le patriarche œcuménique, lors de la session de l’après-midi du vendredi a proposé publiquement une rencontre du métropolite de Pergame et de moi-même, afin que soit trouvée une solution. Le métropolite de Pergame ne semblait pas disposé à une telle chose et je déclarai moi-même que ce n’était pas une question personnelle, auquel cas je pourrais prendre seul une telle responsabilité, mais que c’était la question de toute la délégation. C’est alors que le patriarche œcuménique a proposé à l’archevêque d’Athènes de trouver absolument une solution. Le samedi matin, avant la session, notre délégation s’est réunie pour prendre une décision à ce sujet. L’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, se comportant de façon démocratique, a mentionné qu’il existait trois solutions concrètes : la première, que nous en restions à la décision de la hiérarchie ; la deuxième, que nous déposions une nouvelle proposition, dont j’ignore comment elle est venue et qui l’a proposée, à savoir : « l’Église orthodoxe accepte la dénomination historique d’autres Églises chrétiennes hétérodoxes »; et la troisième, que nous acceptions la proposition de l’Église de Chypre, dans laquelle il était question « d’Églises hétérodoxes ». Une discussion s’en est suivie entre les membres de notre délégation au sujet des trois propositions. Personnellement, j’ai soutenu la première proposition avec les formulations alternatives qui avaient été mentionnées préalablement, tandis que les autres présents votèrent en faveur de la deuxième proposition. Je considérai que cette proposition n’était la plus indiquée du point de vue historique et théologique et je déclarai immédiatement devant tous les présents que je ne signerai pas ce texte, si cette proposition est soumise, mais que, en raison de l’unité, je m’abstiendrai de nouvelles discussions. Par conséquent je ne pouvais signer le texte pour cette raison également.
4. Il y a encore une raison, qui, naturellement, n’est pas essentielle, mais qui a un poids particulier : une forte critique verbale a été adressée à l’Église de Grèce et au sujet de sa décision. Naturellement, l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme a rejeté par un discours sensé cette prise de position injurieuse. En fin de compte, cette opposition a joué un rôle psychologique dans la formation de l’autre proposition. J’ai fait l’objet personnellement d’une sérieuse pression et d’une attitude injurieuse de la part d’autres hiérarques en raison de ma position, et j’ai été informé que d’autres évêques de notre Église avaient fait l’objet de pressions. Et du fait que je réagis toujours avec sang-froid, calme et liberté, je ne pouvais accepter de telles pratiques insultantes. Ce sont les raisons les plus fondamentales qui ont fait que je renonce à signer, pour des raisons de conscience et de théologie. Naturellement, dans le texte final qui a été publié, mon nom aussi a été utilisé comme si j’avais signé le texte, de toute évidence parce que j’étais membre de la délégation de l’Église de Grèce. Ce sont ici certains éléments sur ce qui s’est produit à ce sujet. J’écrirai plus tard, lorsque j’analyserai également la problématique – sous l’aspect historique et théologique – de la proposition finale qu’a soumise l’Église de Grèce et qui a été introduite dans le texte officiel.

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Message du patriarche de Moscou Cyrille aux primats et représentants des Églises orthodoxes locales réunis sur l’île de Crète

Le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille a adressé un message aux primats et représentants des Églises orthodoxes locales réunis sur l’île de Crète. Nous publions ci-dessous le texte intégral de ce message.

À Sa Sainteté, le sanctissime Bartholomée,
Archevêque de Constantinople, la Nouvelle Rome et Patriarche œcuménique,
À Leurs Saintetés les sanctissimes et béatissimes Primats
des saintes Églises de Dieu,
Aux archipasteurs, pasteurs, moines et laïcs,
réunis sur l’île de Crète,

Votre Sainteté, Sanctissime Patriarche Bartholomée,
Vos Saintetés et Béatitudes,
Vos Éminences, confrères archipasteurs,
Respectés représentants des Églises orthodoxes locales,

Je vous salue chaleureusement au nom de l’Église orthodoxe russe, de la part des fidèles orthodoxes de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, Moldavie et des autres pays, constituant le vaste troupeau du Patriarcat de Moscou. Nous tous, frères, sommes le Corps unique du Christ (1 Cor. 12, 27). Nous avons reçu du Seigneur même et Sauveur Jésus-Christ le don inestimable de l’unité. La préservation de ce don est l’une de nos missions principales, c’est le commandement direct du Sauveur (Jn. 17, 21). Que le fait de la division des opinions des Églises-sœurs au sujet de la convocation du Saint et Grand Concile ne nous trouble pas. Selon les paroles du saint apôtre Paul « il faut qu’il y ait des divergences parmi vous, pour permettre aux hommes éprouvés de se manifester parmi vous » (1 Cor. 11,19). Lors de la préparation en vue du Concile, de telles divergences se sont manifestées dans toute leur plénitude, mais nous ne saurions nous permettre d’affaiblir par celles-ci l’unité prescrite par Dieu, ni de les faire dégénérer en un conflit inter-ecclésial et d’introduire la division et le trouble dans nos rangs. Nous demeurons une seule famille orthodoxe et nous portons ensemble la responsabilité pour le destin de la sainte Orthodoxie. Nous sommes profondément convaincus que les Églises, tant celles qui ont décidé de se rendre en Crète, que celles qui s’en sont abstenues, ont pris leurs décisions selon leur conscience, raison pour laquelle il nous faut considérer avec respect la position de chacune d’entre elles. L’Église orthodoxe russe est toujours partie de la conviction que l’on ne peut négliger la voix de quelle Église locale que ce soit, fût-elle petite ou grande, ancienne ou nouvelle. L’absence d’accord de la part de l’Église d’Antioche au sujet de la convocation du Concile signifie que nous ne sommes pas parvenus à un consensus orthodoxe commun. Nous ne pouvons ignorer non plus la voix des Églises géorgienne, serbe et bulgare, qui se sont prononcées en faveur du report du Concile à une date ultérieure. Je crois qu’avec de la bonne volonté, la rencontre en Crète peut devenir un pas important pour surmonter les divergences qui ont surgi. Elle peut fournir son apport à la préparation de ce Saint et Grand Concile qui réunira toutes les Églises locales autocéphales sans exception, et deviendra le reflet visible de l’unité de la Sainte Église orthodoxe du Christ, pour laquelle ont prié et qu’attendaient nos prédécesseurs de bienheureuse mémoire. Nous vous assurons que nos prières vous accompagneront lors de vos travaux imminents. Avec beaucoup d’amour en Christ, + Cyrille, patriarche de Moscou et de toute la Russie.

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Déclaration de l’Église orthodoxe serbe du 15 juin au sujet du grand et saint Concile

Communiqué

N° 840

declaAvec amour fraternel, de manière responsable et avec espoir, en se préparant pour la venue au saint et grand Concile, qui doit se tenir, Dieu voulant, à l’Académie orthodoxe de Crète, du 17 au 26 juin 2016, le Saint-Synode, lors de sa réunion élargie du 15 juin 2016 convoquée au Patriarcat serbe à Belgrade, compte tenu de la situation créée suite à la réunion ordinaire de l’Assemblée des évêques de l’Église serbe, a décidé ce qui suit :

D’une part, consciente de la grandeur et de l’importance du Concile, notre Église veut y apporter sa contribution, dans un esprit de construction ecclésiale, afin que ce grand et saint Concile remplisse les conditions et les mesures des vrais conciles de l’histoire de l’Église orthodoxe et ainsi justifie son titre.
D’autre part, notre Église exige que les problèmes et les questions posés non seulement par l’Église orthodoxe serbe mais aussi par toutes les autres saintes Églises qui ont annulé leur participation au Concile, soient discutés à ce Concile.
Dans ce but, le grand et saint Concile, doit durer jusqu’à ce que toutes les questions soient discutées, et il ne doit pas être l’otage des règlements rédigés et établis au préalable. Ce ne que sera que si l’on arrive à un plein consensus que ce Concile pourra être considéré comme grand et saint Concile.
Enfin, notre Église insiste pour ce que cette réunion sur l’île de Crète soit le début d’un processus conciliaire, et que les questions posées soient discutées lors de sa tenue dans l’esprit traditionnel de catholicité de l’Église du Christ.
Si les Églises présentes au Concile, et en tête le patriarche œcuménique, persistent à considérer que les Églises absentes boycottent sans raison valables le travail du Concile et si elles refusent de prendre en considération les questions, les problèmes et les désaccords, les représentants de l’Élise orthodoxe serbe seront malheureusement dans l’obligation de quitter le Concile et ainsi de se joindre aux Églises absentes.
Cela n’est pas une menace ni un chantage, mais une mise en œuvre cohérente de la position et de la décision de l’Assemblée des évêques orthodoxes de l’Église serbe du 7 juin dernier.
Dans un esprit de responsabilité ecclésiale et pastorale, nous exposons nos positions avec espoir dans l’action sanctifiante de l’Esprit Saint.

La lettre du catholicos-patriarche de Géorgie Élie II au patriarche œcuménique Bartholomée

lettre_patrairche_georgieLe site Internet Romfea nous informe que le 13 juin  le patriarche de Géorgie Élie II a envoyé une lettre au patriarche œcuménique Bartholomée, dans laquelle il informe de la décision du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe géorgienne au sujet du Concile panorthodoxe.
« Le Saint-Synode a décidé de ne pas envoyer une délégation de l’Église orthodoxe géorgienne en Crète pour assister au grand et saint Concile, » – dit, entre autres, le patriarche géorgien au patriarche Bartholomée.

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Modifications et ajouts aux textes préconciliaires proposés par la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Grèce

Dans un long article daté du mois de juin 2016 et intitulé « Peu avant le saint et grand Concile », le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a souligné que ledit Concile n’est absolument pas le premier concile qui aura lieu dans l’Église orthodoxe depuis le VIIème concile œcuménique, voire après 1054, comme cela est souvent évoqué dans la presse. Le métropolite mentionne que contrairement à cette « fable », l’Église orthodoxe n’est pas demeurée dans une sorte de « sommeil spirituel ». Et de citer les conciles qui se sont tenus sous St Photius le Grand (879-880), les conciles hésychastes (1341-1368), le concile de 1484 qui a invalidé le concile unioniste de Ferrare-Florence, le concile de 1590, qui se caractérisait comme « Concile œcuménique » et sa suite en 1593, qui a reconnu l’autocéphalie de l’Église de Russie, le concile de 1756 au sujet du mode de réception des convertis à l’orthodoxie, la décision synodale des patriarches orientaux de 1848 au sujet du Filioque et de la primauté romaine, et le concile de 1872 au sujet du phylétisme. Le métropolite Hiérothée cite encore des décisions patriarcales importantes au cours des siècles. Après cette mise au point et un long développement sur les confessions hétérodoxes, ainsi que sur le lien entre l’Église, la foi orthodoxe et l’eucharistie, le métropolite a donné des précisions sur les modifications et ajouts proposés par la récente Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce. Nous reproduisons ci-après ce passage du texte du métropolite Hiérothée :

« Comme j’en avais le devoir, j’ai étudié les textes préparés par les représentants de toutes les Églises et qui avaient été signés par tous les primats. Lors de l’étude des textes par le Saint-Synode et la hiérarchie de l’Église de Grèce, il a été décidé que différents changements seraient apportés, à savoir des corrections et des ajouts, dans la perspective d’amélioration des textes. Ceci s’est passé dans un esprit d’unanimité, d’unité pour ce qui concerne la plupart d’entre eux. Pour certains autres textes, il y a eu toutefois proposition de vote à main levée, en l’absence d’unanimité. C’est ainsi qu’il a été atteint un résultat satisfaisant pour tous les hiérarques, mais également pour ceux qui, absents, ont été informés de la décision. Je vais présenter maintenant les points principaux de ladite décision. Le point fondamental est que dans le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il était énoncé dans différents paragraphes que l’Église orthodoxe « reconnaît l’existence historique des autres Églises et confessions chrétiennes ». Cela a été remplacé par la phrase : « reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes ». Un autre point important est ce qui concerne l’unité de l’Église. Tandis que dans le texte, il était indiqué que l’unité de l’Église « ne pouvait être perturbée », il était néanmoins question dans la suite d’une tentative de rétablir l’unité entre les chrétiens, ce qui semblait ainsi valider la théorie des branches. Dans ces textes, plusieurs corrections ont été faites, selon lesquelles l’Église orthodoxe croit que « son unité ne peut être perturbée » et participe « au mouvement du rétablissement de l’unité du reste des chrétiens» ou « de l’unité perdue du reste des chrétiens », de même qu’elle œuvre afin que vienne ce jour auquel « le Seigneur accomplira l’espoir de l’Église orthodoxe pour le rassemblement en elle de tous ceux qui sont dispersés, et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ». Un autre point important est encore le passage où il est question de la perspective « des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres confessions et communautés chrétiennes », lesdits dialogues étant « déterminés toujours sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiale qui a déjà été formée, en conformité avec les saints canons des conciles œcuméniques et des conciles locaux reconnus par les premiers, tels que les 46ème, 47ème et 50ème canons des saints Apôtres, les 8ème et 9ème du Ier concile œcuménique, le 7ème du IIème concile œcuménique, le 95ème du concile quinisexte et les 7ème et 8ème de Laodicée » [ces canons concernent l’interdiction de la prière commune avec les hétérodoxes ou encore le mode de réception de ces derniers dans l’Église, ndt]. Il a été également ajouté une clarification nécessaire : « Il est explicité que lorsque l’on applique la réception des hétérodoxes (dans l’Église orthodoxe) par une confession de foi et la sainte chrismation, cela ne signifie pas que l’Église orthodoxe reconnaît la validité de leur baptême ou de leurs autres sacrements ». Dans le paragraphe où il est question de la condamnation de toute rupture de l’unité de l’Église par des personnes ou des groupes et de la préservation de la foi orthodoxe authentique qui est assurée par le système conciliaire, ont été ajoutés le 6ème canon du IIème concile œcuménique et les 14ème et 15ème du concile Prime-second [ces canons précisent dans quelles conditions on peut se séparer de son évêque, ndt]. Dans un autre paragraphe où il était question de la nécessité du dialogue théologique interchrétien, sans manifestations provocantes d’antagonisme confessionnel, il a été ajouté, entre parenthèse, l’uniatisme, ce qui signifie que l’Église orthodoxe n’accepte pas ce mode hypocrite d’unité des Églises, ce que réalise dans la pratique l’uniatisme. Il y a une correction importante dans le paragraphe dans lequel les Églises orthodoxes locales « sont appelées à la compréhension et la collaboration inter-religieuses », par l’ajout de la phrase « pour la coexistence pacifique et la cohabitation sociale des peuples, sans que cela occasionne un syncrétisme religieux quel qu’il soit ». Il a été longuement question de la participation de l’Église orthodoxe dans le Conseil œcuménique des Églises (COE). La proposition du Saint-Synode permanent était de biffer les paragraphes concernés. Après un intense débat a eu lieu un vote à main levée, d’où il est ressorti que 13 évêques proposaient que ces paragraphes soient biffés, 62 évêques souhaitaient qu’ils soient maintenus, tandis que 2 étaient d’opinion différente. Ainsi, la majorité des hiérarques souhaitaient que demeurent ces paragraphes dans le texte, et l’Église de Grèce participe aux travaux du COE conformément aux conditions préalables nécessaires. Lors de la discussion et au cours du vote, j’ai soutenu qu’il faudrait que nous restions au COE en tant qu’observateurs, mais ce fut la seule proposition dans ce sens. Malgré cela, la phrase selon laquelle les Églises orthodoxes, dans le COE, « contribuent par tous les moyens dont elles disposent au témoignage de la vérité et à la promotion de l’unité des chrétiens » a été corrigée par la phrase « contribuent par tous les moyens dont elles disposent pour la promotion de la coexistence pacifique et de la collaboration au sujet des défis et problèmes majeurs socio-politiques ». Cela signifie que la raison de la participation de notre Église au COE est seulement les raisons sociales et non la promotion de l’unité des chrétiens. Dans le texte portant le titre « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », il est question de la personne humaine et la communion des personnes. Parallèlement, cependant, il est constamment question de l’homme. Aussi, pour des raisons théologiques et l’unification du texte, la phrase « la valeur de la personne humaine » a été remplacée par « la valeur de l’homme ». Dans le texte « L’autonomie et la manière de la proclamer » a été ajouté un paragraphe : « Les diocèses ecclésiastiques pour lesquels a été accordé un tomos ou un acte patriarcal ne peuvent pas demander l’autonomie, conservant sans changement leur statut ecclésial ». Dans un autre paragraphe du même texte, dans lequel il est question de l’octroi de l’autonomie à un diocèse par l’Église mère, a été ajouté le mot « à l’unanimité ». C’étaient là les propositions de base d’amélioration des textes par la hiérarchie de l’Église de Grèce.

Je voudrais exprimer deux pensées. D’abord, dans ces ajouts et ces changements ressort une ecclésiologie traditionnelle, dans le cadre des possibilités dont disposait la hiérarchie de notre Église pour accomplir cette tâche. Ces décisions étaient unanimes et nul ne peut affirmer que dans la hiérarchie les hiérarques « conservateurs » l’ont emporté sur « les progressistes » ! Il y avait naturellement des propositions visant à retirer le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » afin qu’il soit retravaillé, mais cela n’a pas été accepté par la hiérarchie. Deuxièmement, ces décisions sont contraignantes pour notre Église, car elles ont été acceptées essentiellement à l’unanimité. Cela signifie que notre délégation au saint et grand Concile doit les soutenir pour qu’elles entrent dans le texte et elle n’a pas la possibilité de se rétracter.

Conclusion : après ce qui est mentionné plus haut, j’arrive à la conclusion que le saint et grand Concile, avec toutes les Églises qui s’y présentent, devrait absolument mentionner expressément dans son message les conciles œcuméniques et les grands conciles, et faire que cesse la « fable » à la fois contraire à la vérité historique, a-théologique et anti-ecclésiale, selon laquelle ce concile serait convoqué après 1200 ans, ou qu’il s’agirait du premier concile après le schisme. Avec beaucoup de respect, je supplie les primats des Églises orthodoxe qui, finalement, participeront, particulièrement Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée, qui s’est donné du mal pour que les choses en arrivent jusque là, de mentionner expressément que ce Concile est la suite des conciles de Photius le Grand, de saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, des grands patriarches d’Orient, de leurs prédécesseurs, dont certains ont été martyrisés pour la gloire de Dieu et de l’Église. Autrement, il y aura encore une raison pour que ce concile soit dédaigné dans la conscience du plérôme de l’Église comme un concile anti-Photien, anti-Palamite, anti-Marc (d’Éphèse), antiphilocalique ! Je ressens que pendant les sessions du saint et grand Concile il y aura des pères conciliaires qui ressentiront la voix des prophètes, des apôtres et des Pères, le sang des martyrs pour la foi, les larmes et les luttes des ascètes, les sueurs des missionnaires, la prière des « pauvres du Christ », l’attente du peuple pieux. Ceux qui ne ressentiront ni ne comprendront cela seront des malheureux ».

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Théodore II, patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique demande à toutes les Églises orthodoxes de participer au Concile panorthodoxe

Théodore II, patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique demande à toutes les Églises orthodoxes de participer au Concile panorthodoxe nous informe le site internet Romfea.gr. Dans une interview donnée à la station de radio 98,4, le patriarche a qualifié d’historique le Concile panorthodoxe. Le patriarche a déclaré que l’Église orthodoxe devrait être loin d’intérêts politiques, nationaux et raciaux. À titre d’exemple, il a cité l’Église catholique et le pape François. « Il est impossible d’imaginer que, au dernier moment en raison des aspirations personnelles et de l’amertume envers la place de primauté et le rôle de coordinateur dont joui le patriarche de Constantinople, de ne pas venir au Concile, bien que la décision ait été prise à l’unanimité ! » a dit le patriarche Théodore. Il a estimé que la Bulgarie ne changera guère sa décision, à la différence des trois autres Églises qui n’avaient pas catégoriquement dit non. Selon lui, la Bulgarie ne devrait pas changer sa décision, à la différence des trois autres Églises, qui n’ont pas définitivement dit «non». « Il est impensable aujourd’hui, quand le monde souffre, de poser la question de savoir qui siège où. Il est difficile pour toute Église à dire « non », à révoquer sa décision », a dit le patriarche. Il a proposé aux primats qui expriment des vues sur la supériorité de certains peuples de se lever de leurs chaises ornées et de visiter l’Afrique pour comprendre la signification des pauvres et des humbles du Christ. »

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Message de l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe serbe au sujet du saint et grand Concile, à tous les primats et saints-synodes des Églises orthodoxes locales

Le site de l’Église orthodoxe serbe a maintenant publié le message du l’Assemblée de ses évêques, daté du 7 juin/25 mai 2016, et envoyé à tous les primats et saints-synodes des Églises orthodoxes locales, au sujet du Concile panorthodoxe. Ce message précédait la lettre synodale au patriarche Bartholomée. Nous publions sous format PDF le texte de ce message in extenso.

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Lettre synodale de l’Église orthodoxe serbe au patriarche œcuménique Bartholomée, avec copie à tous les primats des Églises orthodoxes et leurs saints-synodes

Le Saint-Synode des évêques de l’Église orthodoxe serbe
N°793
À Belgrade, le 6 juin 2016

À Sa Sainteté
l’archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique
Mgr Bartholomée
à Constantinople

Objet : le saint et grand Concile

Le Christ est ressuscité !

Très saint archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique, bien-aimé frère en Christ et concélébrant de notre humilité, seigneur Bartholomée, embrassant Votre respectée Sainteté fraternellement dans le Seigneur, nous vous saluons très chaleureusement.

Nous considérons superflu de souligner avec quel espoir, engagement et apport, à la mesure de nos possibilités, notre Église a participé à la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe catholique.

Considérant, cependant :

1. L’insatisfaction et les remarques critiques de certaines Églises locales relativement à différents textes préparés au cours de la période préconciliaire

2. La décision irrévocable des patriarcats d’Antioche et de Bulgarie de s’abstenir de participer au Concile

3. Les problèmes des relations et de la communion entre Églises (Jérusalem – Antioche en raison du Qatar ; l’aggravation des relations entre nous et le Patriarcat de Roumanie, qui peut déjà difficilement être surmontée, en raison de l’intrusion anti-canonique dudit Patriarcat en Serbie orientale et de la création par lui d’un évêché parallèle, ce qui mènera à la rupture de la communion liturgique et canonique de deux Églises sœurs voisines, dans la mesure où il ne sera pas mis un terme au comportement susmentionné, etc) ; tout cela dans la perspective que ces problèmes ne soient pas discutés et résolus au Concile, mais encore reportés à la période postconciliaire, comme si quelle commission que ce soit puisse constituer un organe supérieur au Concile panorthodoxe et,

4. L’absence de volonté chez notre Église mère de Constantinople d’inclure au moins une proposition de notre Église (comme la discussion sur [l’octroi de, ndt] l’autocéphalie, le droit des évêques de voter lors du Concile, le traitement des conciles du IXème et XIVème siècle comme œcuméniques, ce qu’ils sont déjà dans la conscience et la pratique de l’Église orthodoxe, et encore d’autres questions, peut-être de moindre importance) dans la thématique et l’ordre du jour du Concile, et dans la mesure où nous sommes liés par les positions du saint Concile des évêques de notre Église, qui ont été formulées officiellement il y a deux ans et récemment, à la fin du mois de mai écoulé, nous sommes contraints, avec tristesse, mais en même temps avec le plein sentiment de notre responsabilité pastorale et, en général, ecclésiale, d’informer Votre Sainteté qui nous est chère et respectée, ainsi que votre Saint-Synode que, les choses étant ainsi, notre Église ressent qu’il lui est difficile de participer au saint et grand Concile convoqué et propose son ajournement, durant un certain temps. Notre prochaine réunion en Crète, avec l’aide de Dieu, serait alors considérée comme une consultation préconciliaire inter-orthodoxe dans le but de la préparation complémentaire du Concile et de l’amélioration de ses textes ou, qui plus est, comme la phase initiale de tout le processus conciliaire qu’il faut parfaire par la suite, dans la phase suivante, après que soient éliminés les désaccords et que soient atteints l’unanimité et le consensus des Églises. De cette façon, avec l’aide de Dieu, le fruit du Concile sera le témoignage de notre foi immaculée, la réponse sur l’espérance qui est en nous et le message du salut en Christ, adressé à tous, à ceux qui sont proches et ceux qui sont éloignés de nous, et en aucun cas, à Dieu ne plaise, la germination de nouveaux schismes et para-synagogues indésirables et nuisibles sous le motif d’un zèle mensonger et de la soi-disant préservation de l’orthodoxie.

Cela dit, nous demeurons l’humble frère et concélébrant de Votre Sainteté, dans le Christ ressuscité

L’archevêque de Peć, métropolite de Belgrade et Karlovci, et patriarche de Serbie
Irénée, président du Saint-Synode des évêques

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Les moines de la laure de Potchaïev (Ukraine) s’expriment au sujet du Concile panorthodoxe

La communauté monastique de la Laure de Potchaïev est solidaire avec l’opinion du clergé et des moines qui ont exprimé leurs remarques et leurs propositions pour corriger les projets de documents préparés pour le Concile panorthodoxe de 2016. C’est ce qui ressort du message publié sur le site officiel du monastère. C’est le document intitulé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien qui soulève le plus de questions et de remarques », soulignent les moines de la laure de Potchaïev. Ceux-ci assurent les paroissiens et les pèlerins de leur attachement aux dogmes de l’Église « qui ne nécessitent aucune sorte de changement ». Les moines appellent les fidèles à la prière ardente pour la préservation et le renforcement de tous les enfants de l’Église du Christ dans la pureté de la foi orthodoxe. Ci-après le texte complet du message :

« Appel des communautés du monastère de la laure de la Sainte-Dormition de Potchaïev et de la skite du Saint-Esprit, dépendant de la laure, au sujet du futur Concile panorthodoxe.

Bien-aimés pères, frères et sœurs dans le Christ,

Du 16 au 27 juin 2016 se réunira sur l’île de Crète le Concile panorthodoxe qui, malheureusement, ne sera pas annulé. Les documents suivants y seront examinés :

– L’autonomie et la manière de la proclamer
– L’importance du jeûne et son importance aujourd’hui
– Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien
– La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain
– La diaspora orthodoxe
– Le sacrement du mariage et ses empêchements

C’est le document intitulé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien « qui soulève le plus de questions et de remarques. Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare, le Synode des évêques de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, la Sainte-Communauté du Mont Athos, le diocèse de Kamenets-Podolsk de l’Église orthodoxe d’Ukraine, le métropolite de Limassol Athanase (Église orthodoxe de Chypre) ont exprimé leurs remarques et leurs propositions pour modifier ledit document et ce de façon très argumentée et solide du point de vue théologique. Les moines de la laure de la Sainte-Dormition de Potchaïev partagent la préoccupation de leurs confrères moines, des évêques, prêtres, des pieux laïcs, qui sont soucieux de leur salut et du destin de l’Église du Christ. Nous sommes reconnaissants à ceux qui se sont donné de la peine et ont exprimé leurs remarques et suggestions pour la correction des documents concernés. La communauté de la Laure de Potchaïev est solidaire et en accord avec l’opinion du Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare, du Synode des évêques de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, de la Sainte-Communauté du Mont Athos, du diocèse de Kamenets-Podolsk de l’Église orthodoxe d’Ukraine, du métropolite de Limassol Athanase (Église orthodoxe de Chypre). Pour nous, l’opinion exprimée par Mgr Benjamin, métropolite de Vladivostok et de Primorsk, dans sa lettre aux participants à la conférence « Concile panorthodoxe : points de vue et attentes », qui s’est déroulée le 19 avril 2016 à l’Université orthodoxe Saint-Tikhon de Moscou, est également très importante. Quant à nous, nous souhaitons assurer les paroissiens et les pèlerins de notre Laure que, espérant en la miséricorde divine, la protection et l’intercession de la reine des cieux, et affermis par les prières et les exemples de nos Pères qui vécurent dans l’ascèse, Job et Amphiloque, thaumaturges de Potchaïev, et fixant les exploits de nos maîtres qui subirent les plus violentes persécutions et outrages à l’époque de l’athéisme, les moines de la Montagne de Potchaïev feront à l’avenir également tout ce qui est possible afin que le peuple fidèle reçoivent dans les églises du monastère la grâce divine dans les sacrements de la sainte Église orthodoxe qui a été fondée par le Christ Sauveur Lui-même, dont les dogmes ont été fixés par les saints Pères et les décisions des sept Conciles œcuméniques et n’ont besoin d’aucun changement. La vérité divine est parfaite et immuable. Et le Sauveur du monde nous a confié de la garder et de la proclamer, et non de « la mettre au point ». Nous croyons fermement que le notre Seigneur Jésus-Christ gardera Son Église inébranlable et invincible « et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre Elle » (Matth. 16,18). Nous appelons le pieux peuple à élever ses prières ardentes, afin que le Seigneur très-miséricordieux continue à nous renforcer dans la pureté de la foi orthodoxe, dans laquelle seulement est possible le salut éternel ».

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Jovan Nikoloski