25/07/2017
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Résultats de la recherche : Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien

Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée : « Pourquoi je n’ai pas signé le texte sur les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien»

Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a publié la mise au point suivante, expliquant les raisons qui l’on conduit à refuser de signer le texte concernant « les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » :
« Différents commentaires ont été publiés concernant la position que j’ai adoptée concernant le texte du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe intitulé : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Certains écrivent que je ne l’ai pas signé, d’autres que je l’ai signé avec des réserves, et d’autres encore que je l’ai signé. Par la présente déclaration, je confirme qu’effectivement je n’ai pas signé ce texte et que, en outre, j’ai exprimé mes réserves au sujet des textes « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et « Le sacrement du mariage et ses empêchements », relativement à des points concrets que j’ai développés durant les sessions. En particulier, pour ce qui concerne le premier texte, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je veux dire que, réellement, je ne l’ai pas signé et ce après profonde réflexion, sur la base de critères théologiques. Ce n’est pas encore le moment pour moi de développer tous mes arguments historiques et théologiques, ce que je ferai lorsque j’analyserai plus généralement tous les processus et l’atmosphère que j’ai ressentie lors du déroulement des sessions du saint et grand Concile. Je vais mentionner ici, laconiquement, certaines raisons particulières.
1. [En prenant ma décision], j’ai pris en considération le fait que toutes les décisions prises à l’unanimité par la hiérarchie de l’Église de Grèce n’ont pas été retenues, non seulement concernant la phrase « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes », mais aussi dans quatre-cinq autres cas. J’ai choisi dès le début d’accepter de participer au saint et grand Concile en tant que membre de la délégation de l’Église de Grèce, en attendant toutefois les décisions de la hiérarchie [c’est-à-dire de l’assemblée des évêques de l’Église de Grèce] en mai 2016, avant de décider finalement si je serai présent. Lorsque je fus convaincu que les décisions de la hiérarchie étaient significatives et unanimes, j’ai finalement décidé de participer au saint et grand Concile dans le but de les soutenir.

2. J’étais préoccupé depuis le début au sujet de toute la structure et la façon de penser qui se dégageait du texte, car elles provenaient de la réunion de deux textes différents mais, jusqu’à la fin, j’avais espoir dans ses rectifications, avec les propositions également des autres Églises. Finalement, cependant, j’ai observé que les corrections qui avaient été proposées par les Églises ne sont pas toutes introduites dans le texte pour diverses raisons.
Le métropolite de Pergame, manifestement en tant que conseiller, sur l’incitation du patriarche, était l’évaluateur ultime des propositions. Ou bien il les rejetait, ou il les corrigeait ou encore il les adoptait et son évaluation était acceptée par l’Église de Constantinople et les autres Églises. Ainsi, à mon avis, le texte n’était pas mûr pour être édité par le saint et grand Concile puisque, jusqu’au dernier instant précédant sa signature, il était corrigé et modifié, jusque lors de sa traduction dans les trois langues, français, anglais et russe. C’est la raison pour laquelle certaines Églises, dès le début, avaient demandé le retrait du texte pour une révision ultérieure. En outre, le texte était on ne peut plus diplomatique et chacun pouvait l’utiliser selon ses préférences. Comme je l’ai soutenu lors de la session du saint et grand Concile, le texte n’a pas de base ecclésiologique stricte, et la question de savoir qu’est-ce que l’Église et qui en sont membres était l’un de presque cent sujets qui avaient été proposés pour le saint et grand Concile [initialement, dans les années soixante, ndt], mais entre temps, il est tombé à la trappe, dans la perspective d’un débat plus large ainsi que d’un dialogue qui feraient ensuite l’objet d’une décision. Il fallait, par conséquent, que soit d’abord discuté et défini ce qu’est l’Église et qui sont ses membres et ensuite que soit déterminée la place des hétérodoxes. En outre, si j’avais signé ce texte, j’aurais renié dans la pratique tout ce que j’avais écrit de temps à autre au sujet de l’ecclésiologie sur la base des saints Pères de l’Église. Et cela, je ne pouvais le faire.
3. Il est impossible que l’on comprenne pleinement la raison pour laquelle j’ai renoncé à signer, si je ne donne quelques informations sur la raison pour laquelle les représentants de l’Église de Grèce ont changé à cet instant la décision unanime de la hiérarchie de l’Église. Comme on le sait, la décision initiale de la hiérarchie de mai 2016 était que « l’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes », et cela a été modifié par la proposition : « L’Église orthodoxe accepte la dénomination historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes ». La différence entre les deux phrases est évidente. Le vendredi, alors qu’était discuté le texte concret, la discussion a abouti à une impasse au sixième paragraphe, où il était question de la dénomination des hétérodoxes. L’Église de Roumanie a proposé que l’on dise « confessions et communautés hétérodoxes ». L’Église de Chypre a proposé que l’on dise « Églises hétérodoxes ». Et l’Église de Grèce a proposé que l’on dise « confessions et communautés chrétiennes ». Étant donné que l’Église de Roumanie avait retiré sa proposition, la discussion a porté sur la proposition de l’Église de Chypre, qui a été adoptée par d’autres Églises, et celle de l’Église de Grèce. Lors d’une consultation de notre délégation, le vendredi après-midi, il a été décidé que nous resterions fermes dans la décision de la hiérarchie [de l’Église de Grèce, ndt], et que soient proposées des solutions alternatives, à savoir que l’on écrive « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’hétérodoxes » ou « d’autres chrétiens » ou « de chrétiens non orthodoxes ». Étant donné que les propositions de l’Église de Grèce n’avaient pas été acceptées, le patriarche œcuménique, lors de la session de l’après-midi du vendredi a proposé publiquement une rencontre du métropolite de Pergame et de moi-même, afin que soit trouvée une solution. Le métropolite de Pergame ne semblait pas disposé à une telle chose et je déclarai moi-même que ce n’était pas une question personnelle, auquel cas je pourrais prendre seul une telle responsabilité, mais que c’était la question de toute la délégation. C’est alors que le patriarche œcuménique a proposé à l’archevêque d’Athènes de trouver absolument une solution. Le samedi matin, avant la session, notre délégation s’est réunie pour prendre une décision à ce sujet. L’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, se comportant de façon démocratique, a mentionné qu’il existait trois solutions concrètes : la première, que nous en restions à la décision de la hiérarchie ; la deuxième, que nous déposions une nouvelle proposition, dont j’ignore comment elle est venue et qui l’a proposée, à savoir : « l’Église orthodoxe accepte la dénomination historique d’autres Églises chrétiennes hétérodoxes »; et la troisième, que nous acceptions la proposition de l’Église de Chypre, dans laquelle il était question « d’Églises hétérodoxes ». Une discussion s’en est suivie entre les membres de notre délégation au sujet des trois propositions. Personnellement, j’ai soutenu la première proposition avec les formulations alternatives qui avaient été mentionnées préalablement, tandis que les autres présents votèrent en faveur de la deuxième proposition. Je considérai que cette proposition n’était la plus indiquée du point de vue historique et théologique et je déclarai immédiatement devant tous les présents que je ne signerai pas ce texte, si cette proposition est soumise, mais que, en raison de l’unité, je m’abstiendrai de nouvelles discussions. Par conséquent je ne pouvais signer le texte pour cette raison également.
4. Il y a encore une raison, qui, naturellement, n’est pas essentielle, mais qui a un poids particulier : une forte critique verbale a été adressée à l’Église de Grèce et au sujet de sa décision. Naturellement, l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme a rejeté par un discours sensé cette prise de position injurieuse. En fin de compte, cette opposition a joué un rôle psychologique dans la formation de l’autre proposition. J’ai fait l’objet personnellement d’une sérieuse pression et d’une attitude injurieuse de la part d’autres hiérarques en raison de ma position, et j’ai été informé que d’autres évêques de notre Église avaient fait l’objet de pressions. Et du fait que je réagis toujours avec sang-froid, calme et liberté, je ne pouvais accepter de telles pratiques insultantes. Ce sont les raisons les plus fondamentales qui ont fait que je renonce à signer, pour des raisons de conscience et de théologie. Naturellement, dans le texte final qui a été publié, mon nom aussi a été utilisé comme si j’avais signé le texte, de toute évidence parce que j’étais membre de la délégation de l’Église de Grèce. Ce sont ici certains éléments sur ce qui s’est produit à ce sujet. J’écrirai plus tard, lorsque j’analyserai également la problématique – sous l’aspect historique et théologique – de la proposition finale qu’a soumise l’Église de Grèce et qui a été introduite dans le texte officiel.

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Déclaration du métropolite de Naupacte Hiérothée au sujet du Concile de Crète

Lors de la dernière Assemblée des évêques de l’Église de Grèce (23-24 novembre 2016), Mgr Théologue, métropolite de Serrès, a lu son rapport intitulé « Information sur les travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe », et une très large discussion s’en est suivie sur son contenu ; puis des décisions ont été prises. Le rapport consistait de trois points principaux, premièrement, le système conciliaire de l’Église et la préparation du Saint et Grand Concile, deuxièmement, la contribution continuelle de notre Église dans la préparation et la formation de ses textes et, troisièmement, les propositions à leur sujet. En fait, le rapport était axé sur l’information des membres de l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe grecque] au sujet du Concile de Crète et des décisions que devrait prendre celle-ci. Lors des sessions [de l’Assemblée des évêques], je suis intervenu oralement à deux reprises, et j’ai soumis un texte pour le procès-verbal, dans lequel j’ai analysé plus en détails mes opinions. Je publierai ci-après ma principale intervention qui a eu lieu le premier jour de l’Assemblée.

J’ai écouté attentivement le rapport de S.E. le métropolite de Serrès et de Nigriti Théologue et je le remercie pour la peine qu’il s’est donnée, la confession qu’il a donnée au début et pour ses propositions. Pour ce qui concerne ce que je vais soutenir par la suite, je procèderai à certains développements. J’ai écrit un texte que je déposerai pour le procès-verbal, tandis que j’ai été contraint à souligner certains points essentiels pour le sixième texte, décisif, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ».

1. La préparation de ce Concile n’était pas suffisante. Le texte qui a été élaboré par la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire n’était pas connu de la hiérarchie. Nous l’avons reçu avec les signatures des Primats en janvier 2016. Il convenait qu’il y ait un débat à l’Assemblée des évêques [de l’Église orthodoxe de Grèce] préalablement à leur signature par les Primats. De même, nos délégués à la 5ème Conférence préparatoire préconciliaire ont informé le Synode permanent [de l’Église orthodoxe de Grèce] que le texte final intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », « exprime absolument la position panorthodoxe sur les thèmes concrets, de façon équilibrée et dans le cadre de l’ecclésiologie orthodoxe, telle qu’elle a été formulée et préservée par la Tradition patristique et conciliaire de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Or, ces constatations ne sont pas correctes, parce que le texte, tel que cela a été exprimé par de nombreuses personnes, était problématique, raison pour laquelle il a été corrigé.

2. Le Concile qui s’est réuni en Crète, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises, était un Concile des Primats et de leur suite. Après avoir suivi tout le travail du Concile de Crète, j’observe qu’il existe aussi des points positifs, qui ont été mentionnés dans le rapport [de Mgr Théologue] et je les ai notés dans mon texte qui a été publié. Il est de notre devoir de le souligner. Les cinq premiers textes sont généralement bons, il existe quelques carences, raison pour laquelle il était nécessaire que j’exprime par écrit mes réserves dans deux cas. Les deux des cinq textes, je les ai signés avec des réserves explicites, concernent le sens de la personne et les conséquences ecclésiologiques des mariages mixtes.

3. Le texte qui constituait la base du Concile était le sixième, intitulé « L’Église orthodoxe et le reste du monde chrétien ». Le texte final présente beaucoup de problèmes, malgré quelques bonnes formulations à caractère général. Or, lorsque les procès-verbaux du Concile, où sont reflétés les points de vue authentiques de ceux qui ont décidé et signé les textes, il apparaîtra alors clairement qu’ont dominé au Concile la théorie des branches, la théologie baptismale et principalement le principe de l’inclusion, c’est-à-dire le glissement du principe de l’exclusion [des communautés hétérodoxes du concept d’Église Une, ndt] vers le principe de l’inclusion. Ce sixième texte n’était pas mûr pour la décision et la signature, raison pour laquelle nous avons proposé différentes corrections, lesquelles cependant n’ont pas été adoptées, et que j’ai notées dans le texte que j’ai envoyé à tous les membres de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]. Il est caractéristique que le texte [du Concile] a été corrigé dans les quatre langues après l’achèvement des travaux du Concile. Quoi qu’il en soit, on peut observer des passages contradictoires. À mon avis, ce texte n’est pas théologique, mais diplomatique. Or, l’unité de l’Église ne s’appuie pas sur des textes diplomatiques, comme cela a été manifesté dans l’histoire, par exemple « l’Ecthèse » de l’empereur Héraclius et le « Typos » de l’empereur Constant II. Ensuite, au cours des travaux du Concile en Crète ont été exprimées certaines falsifications de la vérité pour ce qui concerne saint Marc d’Ephèse, le Concile de 1484 et le texte conciliaire des Patriarches d’Orient, en 1848, concernant le mot « Église » utilisé pour les chrétiens qui se sont détachés de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

4. Dans le sixième paragraphe du sixième texte, a été acceptée par les Églises présentes la nouvelle proposition soumise par notre propre Église. Concrètement, la décision [originelle ndt] de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] était : « L’Église orthodoxe connaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Après l’opposition d’autres Églises, notre Église a formulé une nouvelle proposition : « L’Église orthodoxie accepte l’appellation historique des autres Églises et confessions hétérodoxes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Or, nous n’étions pas dotés par la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce] du pouvoir d’altérer les décisions de celle-ci, comme l’ont dit de nombreux hiérarques [de l’Église orthodoxe de Grèce] présents [au Concile]. Ensuite, il n’y a pas eu de discussion pour accepter le changement en question, il y a eu un simple vote et encore en vitesse. D’autres propositions, comme « le reste du monde chrétien », « les non orthodoxes », « ceux qui sont en dehors d’elle [de l’Église] », etc. auraient pu être adoptées. En outre, par la nouvelle proposition ont eu lieu différents changements, qui de mon point de vue sont problématiques, à savoir : la phrase « L’Église orthodoxe connaît » par la phrase « L’Église orthodoxe accepte ».

La phrase « l’existence historique » a été remplacée par la phrase « l’appellation historique ». Il n’y a pas d’appellation sans existence, car autrement est exprimé un nominalisme ecclésiologique. Sinon, acceptons l’appellation « Macédoine » pour l’État de Skoplje, pour avoir prévalu durant de nombreuses années.

La phrase « Communautés et confessions chrétiennes » a été remplacée par la phrase « Églises et confessions chrétiennes hétérodoxes ». Le mot « hétérodoxe » en relation avec l’Église orthodoxe signifie hérétique. En conséquence, attribuer l’adjectif hétérodoxe à l’Église est contradictoire. La parole de saint Marc d’Ephèse est caractéristique : « Ce n’est pas par un juste milieu, ô homme, que les affaires ecclésiastiques ont été corrigées. Il n’y a aucun milieu entre la vérité et le mensonge ». Il faut également mentionner que le terme Église n’est ni un descriptif, ni une image, mais qu’il manifeste le Corps réel du Christ, conformément à l’enseignement de l’Apôtre Paul : « Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Éph. I, 22-23). Cela signifie que l’Église est identifiée avec le Corps divino-humain du Christ et, puisque le Chef est un, le Christ, et le Corps du Christ est un, « Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous » (Éph. 4, 4-6). Ainsi, la nouvelle proposition ne se conforme pas « à l’esprit de la hiérarchie [de l’Église orthodoxe de Grèce]», comme le mentionnait le communiqué de presse [de l’Église orthodoxe de Grèce] du jour concerné (25.6.2016), mais constitue une proposition diplomatique.

5. Ce qui est cependant le plus important dans cette affaire est que la nouvelle proposition, tandis qu’elle semble à première vue sans danger, est néanmoins anti-orthodoxe. Pour soutenir ce point de vue, je mentionnerai deux commentaires théologiques. Le premier est que l’idée selon laquelle une Église peut être caractérisée comme hétérodoxe-hérétique a été condamnée par les Conciles du XVIIème siècle à l’occasion de la « Confession de Loukaris », laquelle semble avoir été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris. Il s’agit de la phrase [dudit patriarche] selon laquelle « il est vrai et certain que l’Église dans son cheminement puisse se tromper et choisir au lieu de la vérité, le mensonge ». Les décisions des Conciles du XVIIème siècle ont statué que l’Église ne peut faire erreur. Ainsi, ou bien il existe une Église sans enseignements hérétiques, ou bien il existe un groupe hérétique qui ne peut être appelé Église. Le deuxième commentaire théologique est que cette nouvelle proposition exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et l’Église visible, qui est une « ecclésiologie nestorienne ». À la fin du texte [du Concile de Crète], il est écrit : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. ». Ici est sous-entendue l’Église invisible qui est unie, c’est ce que signifie « ontologique ». La suite de la phrase, qui est introduite par « cependant», continue ainsi : «l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », cela sous-entendant l’Église visible qui est divisée. Luther, mais principalement Calvin et Zwingli, pour affirmer leur identité lorsqu’ils se détachèrent de Rome, ont développé la théorie d’Église invisible et visible. Conformément à ce point de vue, l’unité de l’Église invisible est acquise, tandis que les Églises visibles sur terre sont divisées et luttent pour trouver l’unité. Vladimir Lossky, commentant cette théorie, affirme que celle-ci est un « nestorianisme ecclésiologique », lorsqu’elle divise l’Église entre celle qui est invisible et celle qui est visible, à l’instar, des natures divine et humaine dans le Christ [selon Nestorius, ndt]. De cette théorie sont dérivées d’autres théories comme celle des branches, la théologie baptismale et autres.

6. Proposition. Après tout ce qui précède, je pense, puisque le texte contient beaucoup de contradictions, que si la hiérarchie ne le rejette pas, qu’elle soit au moins réservée sur son contenu et qu’elle décide que le texte en question soit l’objet d’un réexamen et d’une révision par un autre Concile qui aura lieu dans l’avenir, et ce pour les raisons suivantes :

a) Nombreux sont ceux qui ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et qu’il n’est pas finalisé, étant donné en outre qu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, pendant la divine Liturgie.
b) Le Concile de Crète a exprimé le vœu que de tels Conciles se répètent régulièrement pour régler différents problèmes. Au demeurant, beaucoup de questions sont restées en suspens, lesquelles nécessitent une action immédiate.
c) L’Église d’Antioche a considéré le Concile comme [Synode] préconciliaire, ce que l’Église de Serbie soutient également, et récemment, l’Église de Roumanie a décidé que les textes adoptés en Crète peuvent être retouchés partiellement, développés par un futur Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et perfectionnés, sans pression du temps, et avec le consensus panorthodoxe.
d) Cela est la pratique habituelle dans le système conciliaire orthodoxe. Les Conciles œcuméniques ont connu de nombreuses sessions qui ont duré de nombreuses années. Nous avons également le Concile Quinisexte, qui a complété en droit canon les Vème et VIème Conciles œcuméniques, et encore le Concile Prime-second (861), et les Conciles hésychastes sous St Grégoire Palamas, qui sont considérés comme un seul Concile. Une telle proposition évitera les schismes qui peuvent se produire dans l’Église.

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Déclaration du métropolite de Limassol Athanase au sujet du Concile

Le métropolite de Limassol Athanase (Église de Chypre) a confirmé qu’il n’avait pas signé le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » par le communiqué suivant : « Puisque l’on a pu observer une confusion dans l’information des fidèles, alors que l’on se pose la question si j’avais finalement signé le texte du saint et grand Concile concernant le thème : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je souhaite informer les intéressés que, pour des raisons de conscience, je ne l’ai pas signé, puisque je suis en désaccord avec ce texte, tel qu’il a été finalement constitué. Je donne, pour publication, la version écrite du point de vue que j’ai soumis au saint et grand Concile, en ce qui concerne ce texte. Cela, pour simple information, avec beaucoup de respect et d’estime pour tous ». La version écrite mentionnée est disponible en grec sur le site ci-dessous.

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Le Patriarcat de Géorgie maintient son refus de participer au Concile

elie_georgieEn date du 23 juin, le patriarche-catholicos de Géorgie Élie II a envoyé la lettre suivante au patriarche œcuménique Bartholomée :

« À Sa Sainteté l’archevêque de Constantinople – Nouvelle Rome et patriarche œcuménique seigneur Bartholomée, Crète

Toute-Sainteté, cher Frère en Christ,

Nous Vous adressons nos salutations cordiales et prions le Seigneur afin qu’il Vous donne paix, santé et de longues années. Nous avons été informés par les médias qu’une lettre d’invitation de Votre part nous avait été envoyée le 17 juin de cette année. Nous souhaitons Vous informer qu’une telle lettre ne nous est pas parvenue, ce qui explique le retard de notre réponse. Toute-Sainteté, je ne puis répondre à Votre invitation, étant engagé par la décision du Saint-Synode de l’Église de Géorgie en date du 17 juin de cette année. Ladite décision vous a été envoyée ainsi qu’à Leurs Saintetés et Leurs Béatitudes les primats des Églises orthodoxes autocéphales. Ce texte explique les raisons exactes de notre absence du Synode. Aussi, il n’est pas correct d’attribuer l’absence de participation au Concile de la délégation de l’Église de Géorgie à des motifs politiques ou autres. Néanmoins, nous suivons le déroulement des travaux du Concile et nous espérons qu’avec la grâce de Dieu ses résultats finaux seront acceptés par le plérôme de l’Église. Permettez-moi de vous rappeler que l’Église de Géorgie n’a pas signé le projet de texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements », car elle considère inacceptable la transgression du 72è canon du Concile quinisexte, qui a un caractère dogmatique, et interdit les mariages mixtes en raison de la participation de non-orthodoxes à un sacrement de l’Église orthodoxe. Le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a rejeté le texte en question lors de sa session du 8 octobre 1998 et à nouveau le 25 mai 2016. Nous ne l’avons pas signé non plus lors de la synaxe des primats orthodoxes en janvier de cette année. Si certains invoquent notre signature sous les décisions de la synaxe susmentionnée, qui fixe les thèmes de l’ordre du jour, nous répondons que ces décisions ont été signées avant le vote des primats au sujet du texte litigieux. Lorsque nous avons signé les décisions, nous avions l’espoir que l’unanimité serait atteinte, ce qui finalement n’a pas été le cas. Malheureusement, les tractations à ce sujet, qui ont eu lieu en avril passé, lorsque, suite à Votre invitation, une délégation officielle de l’Église de Géorgie s’était rendue au Phanar dans ce but, n’ont pas été non plus fructueuses. À cette occasion avait également été discutée l’élimination de ce sujet de l’ordre du jour du Concile. Et maintenant, une nouvelle fois encore, nous nous adressons à Vous, en demandant que le texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements », étant donné que son approbation unanime n’a point été atteinte, ne soit pas discuté, étant encore donné qu’il n’a pas été accepté par l’Église d’Antioche non plus. Lors de notre dernière rencontre à Chambésy, j’ai dit que les textes pré-conciliaires approuvés jusqu’à maintenant, seraient, après leur publication, soumis au jugement du Concile des évêques de notre Église en vue de sa prise de position définitive. Réuni en date du 25 mai de cette année, le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a décidé que : 1) Le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » nécessite une révision sérieuse, en raison des fautes ecclésiologiques et terminologiques qu’il contient, sans quoi l’Église de Géorgie ne pourrait le signer. 2) Le texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » nécessite absolument certains changements, que notre Église a indiqués. 3) Le texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements » ne peut être accepté sous sa forme actuelle, pour la raison déjà mentionnée. Toute-Sainteté, nous espérons en votre sagesse, et nous exprimons encore une fois notre attente que vous écarterez la création de problèmes au sein de l’Église, et aussi de décisions qui briseront l’unité des orthodoxes. Nous prions pour vous avec beaucoup d’amour en Christ et de respect, Élie II, archevêque de Mtskheta et Tiflis, et catholicos patriarche de toute la Géorgie, et métropolite de  Bichvinta et Ts’khum-Apkhazeti ».

Source (traduit du grec pour Orthodoxie.com): Romfea

 

Modifications et ajouts aux textes préconciliaires proposés par la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Grèce

Dans un long article daté du mois de juin 2016 et intitulé « Peu avant le saint et grand Concile », le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a souligné que ledit Concile n’est absolument pas le premier concile qui aura lieu dans l’Église orthodoxe depuis le VIIème concile œcuménique, voire après 1054, comme cela est souvent évoqué dans la presse. Le métropolite mentionne que contrairement à cette « fable », l’Église orthodoxe n’est pas demeurée dans une sorte de « sommeil spirituel ». Et de citer les conciles qui se sont tenus sous St Photius le Grand (879-880), les conciles hésychastes (1341-1368), le concile de 1484 qui a invalidé le concile unioniste de Ferrare-Florence, le concile de 1590, qui se caractérisait comme « Concile œcuménique » et sa suite en 1593, qui a reconnu l’autocéphalie de l’Église de Russie, le concile de 1756 au sujet du mode de réception des convertis à l’orthodoxie, la décision synodale des patriarches orientaux de 1848 au sujet du Filioque et de la primauté romaine, et le concile de 1872 au sujet du phylétisme. Le métropolite Hiérothée cite encore des décisions patriarcales importantes au cours des siècles. Après cette mise au point et un long développement sur les confessions hétérodoxes, ainsi que sur le lien entre l’Église, la foi orthodoxe et l’eucharistie, le métropolite a donné des précisions sur les modifications et ajouts proposés par la récente Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce. Nous reproduisons ci-après ce passage du texte du métropolite Hiérothée :

« Comme j’en avais le devoir, j’ai étudié les textes préparés par les représentants de toutes les Églises et qui avaient été signés par tous les primats. Lors de l’étude des textes par le Saint-Synode et la hiérarchie de l’Église de Grèce, il a été décidé que différents changements seraient apportés, à savoir des corrections et des ajouts, dans la perspective d’amélioration des textes. Ceci s’est passé dans un esprit d’unanimité, d’unité pour ce qui concerne la plupart d’entre eux. Pour certains autres textes, il y a eu toutefois proposition de vote à main levée, en l’absence d’unanimité. C’est ainsi qu’il a été atteint un résultat satisfaisant pour tous les hiérarques, mais également pour ceux qui, absents, ont été informés de la décision. Je vais présenter maintenant les points principaux de ladite décision. Le point fondamental est que dans le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il était énoncé dans différents paragraphes que l’Église orthodoxe « reconnaît l’existence historique des autres Églises et confessions chrétiennes ». Cela a été remplacé par la phrase : « reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes ». Un autre point important est ce qui concerne l’unité de l’Église. Tandis que dans le texte, il était indiqué que l’unité de l’Église « ne pouvait être perturbée », il était néanmoins question dans la suite d’une tentative de rétablir l’unité entre les chrétiens, ce qui semblait ainsi valider la théorie des branches. Dans ces textes, plusieurs corrections ont été faites, selon lesquelles l’Église orthodoxe croit que « son unité ne peut être perturbée » et participe « au mouvement du rétablissement de l’unité du reste des chrétiens» ou « de l’unité perdue du reste des chrétiens », de même qu’elle œuvre afin que vienne ce jour auquel « le Seigneur accomplira l’espoir de l’Église orthodoxe pour le rassemblement en elle de tous ceux qui sont dispersés, et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ». Un autre point important est encore le passage où il est question de la perspective « des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres confessions et communautés chrétiennes », lesdits dialogues étant « déterminés toujours sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiale qui a déjà été formée, en conformité avec les saints canons des conciles œcuméniques et des conciles locaux reconnus par les premiers, tels que les 46ème, 47ème et 50ème canons des saints Apôtres, les 8ème et 9ème du Ier concile œcuménique, le 7ème du IIème concile œcuménique, le 95ème du concile quinisexte et les 7ème et 8ème de Laodicée » [ces canons concernent l’interdiction de la prière commune avec les hétérodoxes ou encore le mode de réception de ces derniers dans l’Église, ndt]. Il a été également ajouté une clarification nécessaire : « Il est explicité que lorsque l’on applique la réception des hétérodoxes (dans l’Église orthodoxe) par une confession de foi et la sainte chrismation, cela ne signifie pas que l’Église orthodoxe reconnaît la validité de leur baptême ou de leurs autres sacrements ». Dans le paragraphe où il est question de la condamnation de toute rupture de l’unité de l’Église par des personnes ou des groupes et de la préservation de la foi orthodoxe authentique qui est assurée par le système conciliaire, ont été ajoutés le 6ème canon du IIème concile œcuménique et les 14ème et 15ème du concile Prime-second [ces canons précisent dans quelles conditions on peut se séparer de son évêque, ndt]. Dans un autre paragraphe où il était question de la nécessité du dialogue théologique interchrétien, sans manifestations provocantes d’antagonisme confessionnel, il a été ajouté, entre parenthèse, l’uniatisme, ce qui signifie que l’Église orthodoxe n’accepte pas ce mode hypocrite d’unité des Églises, ce que réalise dans la pratique l’uniatisme. Il y a une correction importante dans le paragraphe dans lequel les Églises orthodoxes locales « sont appelées à la compréhension et la collaboration inter-religieuses », par l’ajout de la phrase « pour la coexistence pacifique et la cohabitation sociale des peuples, sans que cela occasionne un syncrétisme religieux quel qu’il soit ». Il a été longuement question de la participation de l’Église orthodoxe dans le Conseil œcuménique des Églises (COE). La proposition du Saint-Synode permanent était de biffer les paragraphes concernés. Après un intense débat a eu lieu un vote à main levée, d’où il est ressorti que 13 évêques proposaient que ces paragraphes soient biffés, 62 évêques souhaitaient qu’ils soient maintenus, tandis que 2 étaient d’opinion différente. Ainsi, la majorité des hiérarques souhaitaient que demeurent ces paragraphes dans le texte, et l’Église de Grèce participe aux travaux du COE conformément aux conditions préalables nécessaires. Lors de la discussion et au cours du vote, j’ai soutenu qu’il faudrait que nous restions au COE en tant qu’observateurs, mais ce fut la seule proposition dans ce sens. Malgré cela, la phrase selon laquelle les Églises orthodoxes, dans le COE, « contribuent par tous les moyens dont elles disposent au témoignage de la vérité et à la promotion de l’unité des chrétiens » a été corrigée par la phrase « contribuent par tous les moyens dont elles disposent pour la promotion de la coexistence pacifique et de la collaboration au sujet des défis et problèmes majeurs socio-politiques ». Cela signifie que la raison de la participation de notre Église au COE est seulement les raisons sociales et non la promotion de l’unité des chrétiens. Dans le texte portant le titre « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », il est question de la personne humaine et la communion des personnes. Parallèlement, cependant, il est constamment question de l’homme. Aussi, pour des raisons théologiques et l’unification du texte, la phrase « la valeur de la personne humaine » a été remplacée par « la valeur de l’homme ». Dans le texte « L’autonomie et la manière de la proclamer » a été ajouté un paragraphe : « Les diocèses ecclésiastiques pour lesquels a été accordé un tomos ou un acte patriarcal ne peuvent pas demander l’autonomie, conservant sans changement leur statut ecclésial ». Dans un autre paragraphe du même texte, dans lequel il est question de l’octroi de l’autonomie à un diocèse par l’Église mère, a été ajouté le mot « à l’unanimité ». C’étaient là les propositions de base d’amélioration des textes par la hiérarchie de l’Église de Grèce.

Je voudrais exprimer deux pensées. D’abord, dans ces ajouts et ces changements ressort une ecclésiologie traditionnelle, dans le cadre des possibilités dont disposait la hiérarchie de notre Église pour accomplir cette tâche. Ces décisions étaient unanimes et nul ne peut affirmer que dans la hiérarchie les hiérarques « conservateurs » l’ont emporté sur « les progressistes » ! Il y avait naturellement des propositions visant à retirer le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » afin qu’il soit retravaillé, mais cela n’a pas été accepté par la hiérarchie. Deuxièmement, ces décisions sont contraignantes pour notre Église, car elles ont été acceptées essentiellement à l’unanimité. Cela signifie que notre délégation au saint et grand Concile doit les soutenir pour qu’elles entrent dans le texte et elle n’a pas la possibilité de se rétracter.

Conclusion : après ce qui est mentionné plus haut, j’arrive à la conclusion que le saint et grand Concile, avec toutes les Églises qui s’y présentent, devrait absolument mentionner expressément dans son message les conciles œcuméniques et les grands conciles, et faire que cesse la « fable » à la fois contraire à la vérité historique, a-théologique et anti-ecclésiale, selon laquelle ce concile serait convoqué après 1200 ans, ou qu’il s’agirait du premier concile après le schisme. Avec beaucoup de respect, je supplie les primats des Églises orthodoxe qui, finalement, participeront, particulièrement Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée, qui s’est donné du mal pour que les choses en arrivent jusque là, de mentionner expressément que ce Concile est la suite des conciles de Photius le Grand, de saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, des grands patriarches d’Orient, de leurs prédécesseurs, dont certains ont été martyrisés pour la gloire de Dieu et de l’Église. Autrement, il y aura encore une raison pour que ce concile soit dédaigné dans la conscience du plérôme de l’Église comme un concile anti-Photien, anti-Palamite, anti-Marc (d’Éphèse), antiphilocalique ! Je ressens que pendant les sessions du saint et grand Concile il y aura des pères conciliaires qui ressentiront la voix des prophètes, des apôtres et des Pères, le sang des martyrs pour la foi, les larmes et les luttes des ascètes, les sueurs des missionnaires, la prière des « pauvres du Christ », l’attente du peuple pieux. Ceux qui ne ressentiront ni ne comprendront cela seront des malheureux ».

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Communiqué du Saint-Synode permanent de l’Église orthodoxe de Grèce à ses clercs, moines et fidèles, au sujet du Concile panorthodoxe

« Chers Pères et frères,
Le Christ est ressuscité !
Vous savez sûrement que ce mois, à savoir du 17 au 26 juin, le saint et grand Concile des Églises locales orthodoxes, après une préparation qui a duré de nombreuses années, se réunira en Crète pour délibérer dans le Saint Esprit et manifester l’unité de l’Église orthodoxe, à une époque où la société locale et mondiale est pleine de contradictions et d’antagonismes. Le Saint-Synode permanent de l’Église, qui a reçu les pleins pouvoirs de la hiérarchie de l’Église de Grèce, souhaite vous informer de façon responsable au sujet de cet événement significatif. Par principe, l’organisation ecclésiale est conciliaire et hiérarchique. L’élément conciliaire exprime l’existence de nombreuses personnes rassemblées au nom du Christ, et l’élément hiérarchique manifeste qu’il y a une hiérarchisation parmi eux, en fonction des charismes dont disposent celles-ci. À tous les niveaux (Saint-Synode, diocèses métropolitains, paroisses, monastères) fonctionnent les organisations conciliaire et hiérarchique et c’est ainsi qu’est exprimée la vérité de la foi. Cela apparaît de façon prononcée dans la divine eucharistie, qui exprime le mode de fonctionnement de la structure conciliaire, dans laquelle existent l’évêque, comme président de la synaxe eucharistique et docteur de la vérité, les clercs, les moines et les laïcs avec leurs charismes particuliers. C’est ainsi que fonctionnent aussi les conciles des Églises locales et les conciles panorthodoxes. De cette façon est glorifié le Dieu trinitaire. Durant de nombreuses années les Églises orthodoxes locales ont constaté qu’il était nécessaire que fût convoqué le saint et grand Concile pour régler différents problèmes ecclésiastiques persistants qui préoccupent les Églises locales. L’Église orthodoxe délibère toujours conciliairement pour régler les différents problèmes dogmatiques, ecclésiastiques, canoniques et pastoraux. Durant le premier millénaire du christianisme, des conciles œcuméniques et locaux ont été convoqués. Durant le deuxième millénaire également, des grands conciles ont été convoqués, revêtant un caractère universel et panorthodoxe, les plus importants étant ceux qui furent tenus sous saint Grégoire Palamas ainsi que les conciles des patriarches orientaux qui eurent lieu par la suite. En réalité, « l’Église est considérée comme un concile continu », c’est au demeurant ce que signifie le mot Église. C’est dans ce cheminement pérenne de la conciliarité sans interruption que se situe le le saint et grand Concile des Églises orthodoxes. Les quatorze Églises orthodoxes locales, après les sessions de nombreuses commissions conciliaires préparatoires, ont choisi à l’unanimité d’aborder, au saint et grand Concile, six thèmes, à savoir : 1) « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », 2) « La diaspora orthodoxe », 3) « L’autonomie et la méthode de sa proclamation », 4) « Le sacrement du mariage et ses empêchements », 5) « L’importance du jeûne et son observation aujourd’hui », 6) « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Les commissions de toutes les Églises ont préparé les textes, lesquels ont été signés par les primats des Églises orthodoxes et, sous leur forme finale, ont été soumis aux hiérarchies des Églises orthodoxes locales avec la possibilité de proposer des corrections et des ajouts, comme l’impose la structure conciliaire de l’Église. C’est dans ce but qu’a été convoquée récemment la hiérarchie de l’Église de Grèce, les 24 et 25 mai, afin de débattre au sujet de la décision et de la proposition du Saint-Synode permanent, qui faisaient suite aux suggestions envoyées par les hiérarques, sur l’initiative de S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme. La hiérarchie de l’Église de Grèce, dans sa fidélité absolue à l’enseignement des prophètes, des apôtres et des Pères, et avec respect pour le fonctionnement conciliaire de l’Église orthodoxe, a étudié de façon exhaustive les propositions du Synode permanent, l’une après l’autre, et dans un esprit de consensus, de responsabilité et de sérieux, dans l’unanimité sur la plupart des points et avec une majorité absolue sur d’autres. Elle a procédé aux corrections des textes présentés et, où il le fallait, a fait également des ajouts, afin que ceux-ci constituent les décisions finales de notre Église relativement à ces textes. Ces corrections et ces ajouts, qui sont essentiels et sont conformes à l’expérience et la tradition pérennes de l’Église, seront soumis au secrétariat panorthodoxe du saint et grand Concile en Crète et seront soutenus par S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, afin que soient améliorés les textes déjà élaborés par les primats des Églises orthodoxes. Ainsi sera donné au monde contemporain un bon témoignage ecclésial de la foi et de l’unité, conforme à toute la tradition de l’Église. Assurément, il est connu que la hiérarchie de l’Église de Grèce a discuté ces sujets avec responsabilité, calme et en connaissance de cause. Ce qui importe, cependant, est que celle-ci ait gardé son unité. Les points de vue de nombreux hiérarques ont été entendus et les décisions étaient presque unanimes. Étant donné que de l’inquiétude s’était manifestée au préalable, en grande partie justifiée, chez beaucoup de membres du clergé, chez les moines et les laïcs, au sujet des textes que discutera le saint et grand Concile, nous recommandons à tous de s’apaiser, car nous les premiers, hiérarques, avons prononcé la confession de foi lors de notre sacre épiscopal, qui nous enjoint de préserver l’héritage apostolique et patristique que nous avons reçu, et nous veillons sur notre troupeau, pour la gloire de Dieu et de l’Église. Comme on le sait, le saint et grand Concile accomplira ses travaux à partir du jour de la Pentecôte et jusqu’au dimanche de Tous les saints. Cela signifie que les hiérarques et les autres clercs et laïcs qui représenteront l’Église de Grèce à ce concile, comme le feront aussi les autres Églises, s’efforceront d’exprimer l’expérience et la foi du mystère de la Pentecôte et la confession de nos saints, lesquels sont la continuation de la Pentecôte dans l’histoire. Aussi, nous prions le plérôme de notre sainte Église, qui porte le nom du Christ, à prier pour tous, particulièrement pour les évêques, clercs, moines et laïcs qui seront présents au saint et grand Concile, afin qu’ils donnent le bon témoignage de notre foi orthodoxe, et que ce concile avec ses décisions s’avère être un jalon spirituel dans notre vie ecclésiale ».
(Suivent les signatures de l’archevêque d’Athènes Jérôme et de tous les membres du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Grèce).

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Lettre de la Sainte-Communauté du Mont Athos au sujet du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

Karyès, le 12/25 mai 2016

À sa divine Sainteté,
Notre très respecté Père et Maître le Seigneur Bartholomée,
au Phanar

Très saint Père et Maître,

Nous saluons joyeusement, filialement et avec un profond respect, votre divine Sainteté, dans le Christ ressuscité, par la célèbre acclamation « Le Christ est ressuscité ! »

Selon les institutions de notre lieu sacré, nous nous sommes réunis en synaxe double extraordinaire et nous avons pris pieusement en considération :
1) Votre vénérable lettre patriarcale du 11 mars 2016, par laquelle notre Sainte Communauté a été informée au sujet de la convocation du saint et grand Concile, et ont été communiqués à celle-ci, à titre informatif, les six textes préconciliaires qui seront renvoyés devant le saint et grand Concile ;
2) Votre encyclique patriarcale et synodale du 20 mars de cette année, dans laquelle est mentionné que le Concile panorthodoxe a pour but primordial et de première importance de « manifester que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et particulièrement dans la divine eucharistie ainsi que dans la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité », et est porté à notre connaissance que « les textes mis au point au niveau panorthodoxe et soumis au saint et grand Concile sont publiés et mis à disposition de tout fidèle bien disposé dans le but de son information et de sa mise au courant, mais aussi afin qu’il exprime son point de vue sur le saint et grand Concile et ses attentes quant à celui-ci».

Répondant à cette incitation paternelle de votre divine Toute-Sainteté, nous prions instamment, avec tous les pères vivant dans l’ascèse et de façon agréable à Dieu sur la Sainte Montagne, afin que le Seigneur bénisse et couronne de succès l’œuvre élevée du saint et grand Concile, pour le bien de Son Église et manifeste réellement l’unité de notre sainte Église orthodoxe, laquelle est l’Église une, sainte, catholique et apostolique.

Ayant étudié dans ce but et avec l’attention et le soin voulus les textes préconciliaires, nous nous permettons de soumettre respectueusement à votre attention ce qui suit.

Nous respectons et nous vénérons comme il se doit notre Mère la Grande Église du Christ [l’Église de Constantinople, dont dépend le Mont Athos, ndt] et Vous-même, le patriarche oecuménique et notre Père. Nous prions sans cesse pour l’Église primatiale martyre et l’allègement du poids de la croix qu’elle porte depuis des années. Chaque fois que surgissent des questions qui posent problème à la conscience de la sainte Église orthodoxe, nous exprimons nos points de vue et suggestions avec respect et amour, comme le faisaient les pères qui vécurent avant nous.

Nous constatons l’effort efficace et diligent des représentants des très saintes Églises orthodoxes lors des conférences panorthodoxes préconciliaires, en vue de la rédaction des textes préconciliaires concernés, qui ont été publiés sur décision de la synaxe des primats (du 21 au 29 janvier 2016).

Néanmoins, nous pensons que certains points des textes préconciliaires nécessitent une clarification, afin que soient exprimés plus clairement la tradition pérenne des saints Pères et le viatique conciliaire de l’Église. Nous soumettons humblement notre point de vue et nos suggestions concernant ces points, pour leur évaluation et leur mise en valeur par l’Église.

Le premier point concerne l’ecclésiologie. La formulation « l’Église orthodoxe, étant l’Église une, sainte, catholique et apostolique » a été posée à juste titre comme exergue au début du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », dans le sens et dans l’idée qu’elle exprime l’unicité de Celle-ci. Cependant, le saint et grand Concile, en tant qu’organe conciliaire supérieur aux Conférences pré-concilaires, devrait compléter la formulation du texte concerné et éviter le terme « Église » au sujet des hétérodoxes, utilisant au lieu de celui-ci les termes « religions (dogmata) et confessions chrétiennes ». Ainsi, les hétérodoxes connaîtront très clairement ce que nous pensons à leur sujet en tant que leurs sincères interlocuteurs. Dans cette perspective, il serait plus juste d’introduire la formulation suivante dans l’alinéa 2 du paragraphe 6 : « L’Église orthodoxe connaît (au lieu de reconnaît) l’existence historique des autres confessions chrétiennes… » Dans la suite du texte, le concept d’unité de l’Église nécessite également une clarification. Nous croyons qu’appartiennent à son unité uniquement les membres de l’Église orthodoxe, en tant que Corps du Christ, participant à la « gloire » (la grâce déifiante du Saint-Esprit), pour laquelle a prié le Grand-Prêtre – notre Seigneur Jésus-Christ. C’est à leur sujet seulement qu’il est dit « qu’ils soient un, comme nous sommes un », selon le commentaire des Pères théophores (S. Athanase le Grand, S. Jean Chrysostome, S. Cyrille d’Alexandrie). Il est utile pour tous, pour la conscience qu’a de lui même le troupeau orthodoxe, mais aussi pour les hétérodoxes, que nous parlions du retour de ceux qui se sont séparés à l’Église une, sainte, catholique et apostolique, à savoir notre sainte Église orthodoxe, laquelle maintient imperturbablement « le lien indivisible existant entre la véritable foi et la communion sacramentelle », comme cela fut exprimé par les saints Conciles œcuméniques. C’est dans ce sens de son unité que l’Église « a toujours cultivé le dialogue avec ceux qui sont partis, lointains et proches », et qu’elle peut dans ce cadre exprimer sa nature apostolique « dans des conditions historiques nouvelles » avec pour but objectif de préparer le terrain à leur retour dans Son unité dans l’Esprit Saint. Concrètement, nous suggérons que la phrase finale de l’article 5 sur « l’unité perdue des chrétiens », soit formulée comme suit : « le retour dans la vérité des chrétiens qui se sont éloignés d’elle ».

Le deuxième point des textes préconciliaires qui devrait subir des modifications, de telle façon que soit fixée la conscience qu’a d’elle-même l’Église à travers les temps, est ce qui se rapporte aux dialogues interchrétiens bi- ou multilatéraux. Le mode de conduite et de cheminement des dialogues théologiques ne satisfait pas l’ensemble du plérôme de l’Église. Quant à notre Sainte Communauté, elle s’est exprimée, de temps à autre et dans différentes circonstances, par des textes officiels s’opposant aux accords théologiques avec les hétérodoxes, et elle a protesté contre les prières communes et autres pratiques liturgiques (baisers liturgiques, etc.), par lesquels est donnée l’image d’une fausse union avec eux, comme cela a été mentionné dans le texte de notre synaxe double du 9/22 avril 1980. Concrètement, dans l’article 18 du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il doit être dit clairement que l’Église orthodoxe ne peut en aucun cas accepter l’unité de l’Église comme un accommodement interconfessionnel ou comme participation à des prières communes et d’autres pratiques liturgiques qui créent la confusion dans la conscience du plérôme orthodoxe. Aussi, nous ne pouvons pas ne pas exprimer notre vive préoccupation et nos objections fondées quant à la poursuite de la participation des orthodoxes au Conseil oecuménique des Églises.

Troisièmement, en ce qui concerne « le règlement d’organisation et de fonctionnement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe », nous comprenons les difficultés pratiques, aussi nous évitons d’aborder les questions qui se posent au sujet du mode d’organisation et de la participation à titre égal des évêques. En même temps, cependant, dans l’article 22 du texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », où se pose la question de savoir qui est « le juge désigné et ultime en matière de foi », le texte pourrait être plus clair avec la précision que la tradition ecclésiale reconnaît comme juge ultime dans les questions de foi la conscience du plérôme de l’Église, qu’expriment parfois des personnes individuelles ou des conciles de hiérarques ou le peuple fidèle, et qui est validée par des décisions conciliaires. Nous considérons également qu’il doit être fait référence aussi aux grands conciles de l’Église orthodoxe qui ont eu lieu après le VIIème Concile oecuménique (ceux qui ont été tenus sous le patriarche Photius le Grand en 879, sous saint Grégoire Palamas en 1341-1351, et ceux qui ont invalidé les pseudo-conciles unionistes de Lyon et de Florence). En effet, par la référence à ces conciles, les différences dogmatiques et ecclésiologiques avec les hétérodoxes (sur le Filioque, la grâce créée, la primauté papale, etc.) seraient complètement tirées au clair.

Le quatrième et, selon nous, dernier point, concerne l’esprit du texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Le texte se distingue par une sensibilité spirituelle ; cependant, nous pensons, en tant qu’athonites et héritiers de la tradition ascétique hésychaste, qu’il serait complété de la façon la plus approprié (de préférence dans le paragraphe 6,13) par une référence pleinement développée à l’anthropologie et à la cosmologie orthodoxes correspondantes, telle qu’elle ont été formulées principalement par saint Grégoire Palamas. Concrètement, le texte peut être complété de la façon suivante : « Dieu peut se révéler à l’homme par la communion immédiate avec Lui, lorsque ce dernier met en pratique l’ascèse selon le Christ et aspire à Lui continuellement par la prière noétique. Le but de cette spiritualité rigoureuse et mystagogique est la déification, c’est-à-dire l’expérience personnelle de la lumière divine de la Transfiguration par celui qui prie. La condition indispensable pour cela est que la perfection personnelle, la communion avec Dieu et Sa révélation ne peuvent être atteintes que dans le cadre de l’Église. Tout le combat spirituel est réalisé seulement par la grâce de Dieu et non indépendamment d’elle (comme c’est le cas par l’application de diverses techniques rencontrées dans différents courants mystiques anciens et contemporains, ou par le développement autonome de l’intellection et de la connaissance humaines). Dans ce cadre, la place principale est occupée par la distinction entre l’essence et les énergies incréées de Dieu. Dieu ne reste pas inaccessible à l’homme, mais entre en relation directe et personnelle avec lui par Ses énergies incréées. Ainsi, l’homme participe à la vie divine et devient dieu selon la grâce. L’énergie de Dieu n’est pas une quelconque puissance ou surpuissance ; elle est le Dieu vivant personnel et trinitaire, qui devient accessible et participable pour l’homme, et qui entre dans l’histoire et sa vie afin que celui-ci « devienne participant à la nature divine », portant « l’image » et cheminant vers « la ressemblance » par l’ascèse, la vie vertueuse et l’impassibilité (apatheia). Par cette voie susmentionnée de la déification, la paix selon le Christ entre dans l’homme – la « paix qui vient d’en-haut », laquelle doit être distinguée de la notion de paix de ce monde, qui est recherchée par des initiatives et des manifestations inter-religieuses.

Très saint Père et Maître, estimant profondément les labeurs de ceux qui ont travaillé lors des conférences préconciliaires, nous pouvons dire en conclusion que les textes préconciliaires nécessitent certaines améliorations, afin d’exprimer la conviction universelle de notre sainte Église orthodoxe. Nous soumettons cette demande filiale afin, qu’entre autres, vous preniez en compte nos suggestions, que nous exposons avec circonspection, attention et prière, et pour que le Saint et Grand Concile « constitue une expression authentique de la tradition canonique et de la praxis ecclésiastique pérenne pour le fonctionnement du système conciliaire » de l’Église. Alors se produira une grande joie dans les cieux et sur terre, et seront évités les séparations et les schismes éventuels, tandis que le plérôme de l’Église « d’une seule bouche et d’un seul cœur » glorifiera le Dieu très-saint dans la Trinité, l’espoir et le salut du monde entier.

Cela dit, élevant de tout cœur des prières ardentes au Seigneur ressuscité pour votre divine Toute-Sainteté et pour le succès du saint et grand Concile maintenant convoqué, nous vous adressons notre plus profond respect et notre dévouement filial.

Tous les représentants et supérieurs des 20 monastères sacrés et vénérables monastères de la Sainte Montagne de l’Athos, réunis en synaxe double extraordinaire

Copie : aux Églises orthodoxes autocéphales et aux 20 monastères du Mont Athos

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L’évêque de Bačka Irénée (Église orthodoxe serbe) : « Je suis certain que le dialogue sur Stepinac continuera »

Dans une interview au quotidien belgradois « Politika » datée du 20 juillet, l’évêque de Bačka Irénée s’est exprimé sur les suites du dialogue de l’Église orthodoxe serbe et de la Conférence épiscopale croate au sujet de la canonisation par l’Église catholique-romaine du cardinal Stepinac. Nous publions ci-après in extenso l’interview de l’évêque Irénée, précédée du commentaire de « Politika ».

Le communiqué commun de la Commission mixte  qui a examiné la personne et les actes d’Aloïs Stepinac a provoqué différents commentaires. Ce document, publié après la sixième, à savoir la dernière, session au Vatican, est interprété dans une partie de l’opinion publique comme une complaisance des représentants de l’Église orthodoxe serbe [à l’égard de la partie croate], car en sont éludées les formulations qui feraient ressortir pourquoi la canonisation d’Aloïs Stepinac est inadmissible pour la partie serbe. Le détail le plus controversé est que le communiqué commun a été publié dans deux versions. Dans « la rédaction croate », il est mentionné que Stepinac « a vécu et exercé son ministère lors d’une période historique particulièrement difficile », tandis que dans la traduction serbe de l’original en italien, cette période est appelée « particulièrement problématique ». Dans la version du communiqué de la Conférence des évêques croates, Stepinac est « un éminent pasteur catholique », tandis que dans le communiqué publié par l’Église orthodoxe serbe, celui-ci est « un important pasteur catholique ». L’évêque de Bačka Irénée, porte-parole de l’Église orthodoxe serbe, membre de la Commission mixte, s’est entretenu avec « Politika » de la façon dont s’est déroulée la dernière session au Vatican et sur ce que l’on peut attendre à l’avenir sur le sujet.

– Les médias croates affirment que le texte du communiqué final a été composé par le père Bernard Ardura, président du président du Comité pontifical pour les sciences historiques. Cela est-il exact ou le texte a-t-il été mis au point par les représentants des deux Églises ?

– Comme le dit le titre même du texte dont il est question, le Communiqué est commun. Les deux parties, comme cela est la règle, ont participé à sa rédaction. Naturellement, le modérateur, le père Bernard Ardura a apporté une contribution significative. Au demeurant, je considère – c’est ce que vous avez dit quelque part – que le texte est équilibré, qu’aucune des parties, ni nous, ni nos interlocuteurs de l’Église catholique-romaine de Croatie, ne peut affirmer que dans le Communiqué, dans son esprit ou dans sa lettre, la position des uns ou des autres est prédominante. Nous n’avions pas de telles ambitions. Il est suffisant que ce qui suit ait été mentionné : « On en est arrivé à la conclusion que les différents événements, interventions, silences et prises de position sont toujours l’objets d’interprétations différentes. Dans le cas du cardinal Stepinac, les interprétations qu’ont données en substance les catholiques croates et orthodoxes serbes restent toujours différentes [dans le texte original italien « divergentes », ndt]». Les affabulations subséquentes sur l’auteur du texte, ensuite la tentative de changer le sens du communiqué commun par une traduction erronée tendancieuse, pour ne pas dire une falsification, une fausse interprétation comme on le dirait à Zagreb, et les pronostics basés sur de telles interprétations, ont pour but d’encourager les apologètes croates de la canonisation, voire peut-être d’influencer le Vatican. Dans ma conception, tout cela est à courte durée, pour ne pas dire insensé. Bien sûr, pour ce qui concerne la responsabilité envers notre partie de la Commission et nos collègues de Croatie, envers les thèmes dont nous nous sommes occupés durant les douze mois écoulés, ce que certains font à Zagreb par leurs commentaires n’est pas correct. En outre, je ne peux affirmer que le contenu de leur triomphalisme et de leurs pronostics est égal au contenu et à la durée d’un ballon gonflable d’enfant, mais je peux affirmer que les arguments de la partie serbe de la Commission étaient fondés sur des documents et des faits irréfutables, quoi qu’en écrivent ou disent certains à Zagreb.

– Quels sont les arguments qui ont été communiqués par les représentants de l’Église orthodoxe serbe et les historiens serbes sur le rôle controversé d’Aloïs Stepinac durant la Seconde Guerre mondiale et sont-ils suffisants, si l’on prend en compte le fait que le Vatican n’a pas permis l’ouverture de ses archives sur Stepinac ?

– Du point de vue orthodoxe, et je crois du point de vue chrétien en général, nous tous absolument dans notre partie de la Commission, évêques et historiens experts, avons agi de façon responsable et selon notre conscience, sans haine ni parti pris. Les arguments que nous avons présentés, tant historiques que théologiques, sont selon nous plus que suffisants. Par ailleurs, nous comprenons l’intérêt justifié de notre opinion publique et des médias quant aux preuves et arguments que nous avons présentés. Mais il est nécessaire qu’il soit clair pour notre opinion publique et nos médias qu’exposer notre argumentation maintenant serait contre-productif.

– Pourquoi cela serait-il contre-productif, alors que le dialogue est terminé ?

– Parce que nous respectons l’accord selon lequel, jusqu’à l’achèvement du processus, le contenu des discussions ne sera pas publié, et le processus n’est pas terminé, mais dure toujours ! Lorsque viendra le temps, tout le matériel de la Commission sera publié et accessible. L’immixtion médiatique dans toute cette affaire ne peut provoquer que la confusion. Mais néanmoins, si nos partenaires croates au dialogue continuent à publier, parfois fort unilatéralement, le contenu des discussions avant le temps, ce que, malheureusement, certains d’entres eux ont commencé à faire, nous devrons aussi réagir de façon appropriée.

-Donc, l’Église orthodoxe serbe attend la suite des discussions entre les deux Églises ?

– Sur un plan général, l’Église orthodoxe serbe ne vit pas dans une réalité parallèle, ni dans l’isolation par rapport à l’orthodoxie universelle et au monde chrétien dans son intégralité. Nous sommes témoins du dialogue vivant, et dans de nombreux domaines, fructueux, de l’Église orthodoxe avec le catholicisme-romain à différents niveaux, du local jusqu’à l’universel. En septembre prochain, par exemple, se tiendra la session suivante des délégations pour le dialogue théologique officiel entre les deux Églises, auquel participent trente théologiens de toutes les Églises orthodoxes locales et trente théologiens de toute l’Église catholique-romaine. Ce dialogue a pour fonction l’examen des questions clés de l’enseignement sur la sainte Trinité et sur l’Église. Par conséquent, le dialogue des deux Églises n’est pas et ne peut être achevé. Lorsqu’il est question en particulier de la question de Stepinac et du rôle de celui-ci, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, je considère qu’il doit être, dans un cadre institutionnel ou un autre, poursuivi, élargi et approfondi. J’espère qu’il en sera ainsi.

– Le Vatican canonisera-t-il Aloïs Stepinac, ou pensez-vous que le pape François s’en abstiendra, du fait que cela porterait atteinte aux relations non seulement des deux Églises, mais aussi de la Serbie et de la Croatie, ainsi que de la Serbie et du Saint-Siège ?

– Si Stepinac sera « proclamé saint », c’est-à-dire canonisé, je ne le sais pas, de même qu’actuellement nul autre ne le sait. La décision est du ressort du pape François. Ce que pense de cela notre Église, et donc moi personnellement, cela est clair d’après les lettres officielles de notre Église au pape et de la décision étonnante de celui-ci, partant du rejet de la possibilité de la canonisation de Stepinac par l’Église orthodoxe serbe, que celle-ci soit reportée, et que la problématique qui la concerne soit examinée de façon responsable dans le dialogue des évêques et historiens serbes et croates dans le cadre de la Commission mixte. Rappelons qu’en Europe et dans le monde, il existe aussi des catholiques-romains, même un certain nombre de catholiques croates, qui pour des raisons de principe morales s’opposent à cette canonisation, ce qui est en général ignoré chez nous. Les documents d’archives et la littérature scientifique sur ce thème sont pratiquement inépuisables et le délai d’un an est trop court. En outre, cela vaut la peine d’attendre également l’ouverture de toutes les archives vaticanes et autres jusqu’à maintenant fermées. Aussi, je suis certain que le dialogue commencé sera poursuivi, soit sous la forme de la prolongation du mandat de la Commission, soit sous une autre forme. Quoi qu’il en soit, nous verrons. Dans ce cas, il ne faudrait pas que ce soit les relations entre États ou entre nations qui soient décisives. C’est la vérité historique qui compte et seule la vérité. Personne d’autre et rien d’autre !

Source : Église orthodoxe serbe

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1892, grâce au roi de Roumanie, une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1892, grâce au roi de Roumanie, une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

Message de la synaxe double du Mont Athos au sujet des troubles provoqués par le Concile de Crète (2016)

Des moines athonites ayant interrompu la commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée en raison de leur opposition aux décisions du Concile de Crète (2016), la synaxe double de la Sainte Montagne a publié le communiqué suivant :
« La sainte synaxe double de la Sainte Montagne, convoquée pour la 206ème fois le 17/30 juin 2017 à Karyès, constituée des vingt représentants extraordinaires et vingt représentants ordinaires auprès de la Sainte Communauté, pour faire suite aux textes officiels de la Sainte Montagne déjà publiés récemment – tant au sujet de ses positions avant le Saint et Grand Concile que de l’évaluation des textes finaux du Concile – communique ce qui suit, mue par le sentiment de sa responsabilité et de respect envers notre sainte Église et son plérôme. On observe continuellement un trouble sous-jacent, provoqué par des oppositions aux décisions du Saint et Grand Concile (Crète 2016). Des suppressions et des interruptions de la commémoration de nos évêques sont proposées. Puisque nous sommes destinataires de ces manifestations d’inquiétude et que nous nous trouvons dans l’Église, nous adressons à tous la salutation du Christ ressuscité : La paix soit avec vous ! Le trouble est sans raison, puisque le Seigneur ressuscité se trouve à nos côtés. Le Concile a eu lieu après une préparation de nombreuses années. Avant le Concile, les documents préparés ont été portés à la connaissance des fidèles avec la possibilité pour eux d’exprimer quelque point de vue. La Sainte Montagne, pendant de nombreuses années a formulé clairement ses points de vue au sujet des dialogues qui ont eu lieu avec les chrétiens hétérodoxes. Lors des travaux du Concile, les hiérarques ont exprimé leurs opinions personnelles. Certains d’entre eux ont formulé leurs objections de façon correcte, sans interrompre leurs relations avec l’Église. Tout a été consigné. L’Église reste toujours « la colonne et l’affermissement de la vérité ». L’Église, selon saint Jean Chrysostome « est agitée par la tempête, mais elle ne fait jamais naufrage, elle fait face aux tourbillons, mais elle n’est pas engloutie, elle reçoit les flèches, mais elle n’est pas blessée », elle est le Dieu-homme Lui-même. Tous les saints, vivant en Christ, nous dirigent vers l’Église et nous offrent le repos. L’Esprit Saint « soude toute l’institution ecclésiale ». C’est Lui qui « soigne les faiblesses et comble les manquements ». Demeurant dans l’Église et ressentant les manquements et les faiblesses, nous recevons la guérison et la santé. Si, en tant qu’homme, nous avons dévié, la grâce de l’Esprit nous ramène sur la voie droite. C’est pourquoi toute peur est superflue, en tant que manifestation d’un manque de foi, puisque nous nous trouvons à l’intérieur de l’Église du Christ. Au demeurant, les quatre Patriarches d’Orient, par l’encyclique historique de 1848, nous tranquillisent en confessant que « ni les patriarches, ni les Conciles n’ont jamais pu introduire quelque innovation que ce soit car, chez nous, le gardien de la foi est le corps de l’Église, c’est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères ». Par conséquence les troubles et le désespoir ne se justifient pas, lesquels mènent aux schismes. Nous appartenons à l’Église, Corps du Christ. Ce Corps a une telle santé, qu’il accepte toujours et assimile les éléments qu’il reçoit. De même qu’il rejette ceux qu’il considère étrangers. Nous avons confiance dans l’amour du Christ, non dans les opinions personnelles et rances qui mènent en dehors de l’Église et créent les enfers des hérésies. Par tout cela, nous ne voulons pas proposer le quiétisme de l’indifférence, mais souligner la signification de la vigilance et de la foi. Nous considérons comme une ingratitude envers Dieu et un manque d’amour envers tous les frères – ceux qui sont proches et ceux qui sont éloignés – de ne pas mettre l’accent, avec zèle et clarté, sur la richesse de la Grâce que nous recevons en vivant dans l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Et cela n’est pas notre exploit propre mais le don de notre seul Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ qui, d’une façon unique et absolue dit à Son propre sujet : Je suis la voie, la vérité et la vie. Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Je suis le bon pasteur qui sacrifie sa vie pour les brebis. Ceux qui sont venus avant Moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. Elles ne les suivront pas car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. Ceux qui écoutaient étaient dans l’étonnement et dirent : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jn 7, 46). Il n’est pas simplement un homme, mais Il est le Dieu-homme. Il est le seul Saint, Jésus-Christ. « Il n’y a de salut en aucun autre » (Actes 4, 12). Il ne vient pas juger, mais sauver le monde. Il est crucifié pour le salut de ceux qui Le crucifient. Il porte nos péchés et souffre pour nous. Il accepte tout pour sauver l’homme. Il supporte tout pour sauver tous les hommes. Il est venu, nous L’avons vu, nous L’avons entendu et nos mains L’ont touché. Il a souffert, est ressuscité et monté aux cieux. Il a envoyé l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte et tous ont commencé à annoncer « les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité ». L’Église est réunie avec toute la bienséance étonnante et divine. La prison du temps est détruite et nous entrons dans la liberté des choses dernières. Dans chaque sainte Liturgie brille la grâce de la Pentecôte et le Seigneur Dieu-homme est Celui qui « offre et est offert, qui reçoit et qui est distribué » pour le salut du monde entier. L’Église orthodoxe est la manifestation de l’amour ineffable de Dieu envers l’homme. Il nous sauve et nous endette inéluctablement pour ce témoignage d’amour. Au contraire, ceux qui semblent commander les peuples (comme dirigeants religieux ou séculiers) tyrannisent et asservissent les hommes. Les faux pasteurs ne sacrifient pas leurs âmes pour les brebis, mais les brebis pour leur théorie. Ils condamnent et anéantissent les autres comme causes du mal, pour redresser le monde. D’autres dévorent ceux qui sont considérés comme hérétiques et impies. D’autres, les hommes d’origine et de race inférieures, les troisièmes dévorent les ennemis du peuple… Ils règnent tous, mais ne sont pas éternels. Ils tourmentent les hommes et passent, mais retombent dans la même maladie. Par l’incarnation du Verbe de Dieu et la venue du Saint-Esprit est créée l’Église. Et « la demeure de Dieu avec les hommes! » (Apoc. 21,3) est renouvelée, le petit troupeau avec la mission divine. La Divinité Trine et l’unité ecclésiale n’existent pas de façons différentes. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous » (Jean 17,21).Tout est accompli par l’Esprit Saint. « Réunissant tout leur savoir spirituel par le Saint Esprit, les vénérables Père ont divinement défini le dogme de la divinité du Seigneur Jésus et du Saint-Esprit, de même que celui de la Toujours-vierge Marie comme Mère de Dieu ». Tout l’édifice vivant de l’Église est érigé sur le fondement de la foi. Toute altération dans la vérité du dogme provoque des fissures dans le domaine de la vie. Avec l’éloignement de Rome de l’Église une et sainte s’en sont suivies les altérations connues dans le monde occidental : l’Église est comprise et organisée comme un État. La théologie est cultivée comme une philosophie scolastique et la vie spirituelle comme une ascèse morale dans le monde éphémère au moyen de la grâce créée. Il se produit la séparation entre la théologie et la vie, le sacerdoce et le mariage. S’ensuit toute la série des retombées connues… L’Église orthodoxe demeure toujours dans le plérôme de la grâce liturgique. Ici, la théologie n’est pas considérée comme occupation philosophique. Pas plus que l’on n’approche intellectuellement le mystère de la vie, mais on s’immerge entièrement dans les flots de la grâce. Lorsque l’on insiste, dans la prière, à l’instar de saint Grégoire Palamas qui s’exclamait « illumine mes ténèbres !», on reçoit l’illumination divine en tant que repos spirituel et on comprend la scolie du même saint : Autre est la lumière pour les sens, autre pour l’intellect de l’homme. Mais lorsque les hommes deviennent participants à la grâce divine, ils voient par les sens et l’intellect les mystères dépassant tout sens et l’intellect. Comme Dieu le sait et ceux qui vivent cela. Vivant à la Sainte Montagne, nous nous conduisons « selon les théologies inspirées de Dieu des saints et le pieux esprit de l’Église », non pas les théologies académiques des intellectuels et les conceptions de chaque époque. La communion des saints entoure les fidèles, et le pieux esprit de l’Église les dirige. Nous obtenons miséricorde en tant qu’enfants de la Grande Église du Christ, laquelle est crucifiée et de ce fait glorifiée. Nous avons reçu d’elle tous les biens. Nous la voyons constamment ensanglantée avec la multitude de ses martyrs et de ses saints moines. Nous restons reconnaissants et vigilants, gardant les traditions. Nous recevons la grâce de la liberté de l’Esprit et la fraternité en Christ dans l’Église orthodoxe. Si l’empire chrétien est passé en tant qu’événement historique, l’empire de l’amour reste pour toujours, il ne passe jamais. Nous nous trouvons dans ce paradis. Nous confessons la grâce, nous prêchons la miséricorde, nous ne dissimulons pas le bienfait. De même que le Seigneur est unique, Ses disciples ont la mission unique d’annoncer le message joyeux que « la mort est mise à mort ». Tout le reste n’est que relatif et insignifiant pour l’homme. Ceux qui sont dans l’Église chantent, car ils le vivent : « De la mort fêtons la mise à mort, de l’enfer la destruction, le début d’une vie autre et éternelle et, bondissant de joie, chantons Celui qui en est l’auteur ». Ils ne représentent pas une conception religieuse, pas plus qu’il n’est possible qu’on les exhorte à éviter les conversions, car ils sacrifient leur vie pour annoncer au monde que « la mort est tombée aux mains de la mort ». Ce que l’Église orthodoxe a de précieux et ce qui la nourrit est la vérité de la foi. Et elle n’a pas d’autre moyen pour offrir Son amour hors de l’invitation pascale : « Venez tous jouir du banquet de la foi ». « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine ». Il nous faudrait alors que nous sortions sur les routes et les ruelles, en collaborant avec les autres condamnés du pays de l’ombre de la mort, en demandant l’amélioration des conditions du malheur. Mais, loin de nous cette pensée blasphématoire ! « Maintenant, tout est rempli de lumière ! ». Et tous attendent l’aide de ceux qui ont reçu l’expérience de la Résurrection. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur ressuscité, a promis assurément d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles. C’est cette joie de la présence avec nous de Celui qui a anéanti la mort, qu’offre l’Église par ses innombrables saints, martyrs et moines. Et la Sainte Montagne, avec sa vie liturgique et sa présence reste toujours un témoignage de la foi orthodoxe et de l’espérance pour le monde entier. Au Christ notre Dieu ressuscité des morts, soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen. [signé par] Tous les représentants et supérieurs des vingt saints monastères du Mont Athos  réunis en synaxe double »

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9 juin (ancien calendrier) / 22 juin (nouveau)

9 juin (ancien calendrier) / 22 juin (nouveau)
Carême des saints Apôtres
Saint Cyrille, archevêque d’Alexandrie (444) ; saints Prime et Félicien, martyrs à Rome (vers 297) ; saint Vincent, diacre, martyr à Agen (IIIème s.) ; sainte Thècle, Marthe, Marie, Mariamne et Ennathe, martyres en Perse (346) ; saint Cyrille, abbé du Lac Blanc (1427) ; saint Alexandre, abbé de Kouchta (1439) ; saint juste Alexis (Metchev) de Moscou (1923).

VIE DE ST CYRILLE D’ALEXANDRIE
Après saint Athanase, qui fut le défenseur irréductible de l’homoousios (« consubstantiel »), l’Église d’Alexandrie fut pour l’univers le phare de l’orthodoxie grâce à saint Cyrille, le champion du Théotokos (« Mère de Dieu »), la pierre de touche du dogme de l’Incarnation. Né entre 375 et 380, il fut placé très tôt sous la protection de son oncle Théophile, l’archevêque d’Alexandrie, qui lui assura une formation complète dans la rhétorique et la philosophie, mais surtout dans l’Écriture sainte, qu’il connaissait presque par cœur et dont il savait admirablement user. Vers l’âge de dix-huit ans, il fut envoyé par son oncle au désert de Nitrie, afin d’y compléter sa formation théologique par la science ascétique . De retour à Alexandrie au bout de cinq années (vers 399), il mit sa vaste culture au service de l’Église. Théophile lui confia la charge d’enseignement de l’Écriture sainte et l’intégra dans les rangs du clergé, en le préparant pour la succession. Ayant accompagné le bouillant prélat à Constantinople, il assista au conciliabule du Chêne (403), au cours duquel saint Jean Chrysostome fut injustement condamné. Par la suite, il refusa longtemps d’inscrire le nom de ce dernier dans les diptyques — probablement d’avantage par attachement à la mémoire de son oncle que par une opposition doctrinale au saint hiérarque —, et ce ne fut que sur les instances de saint Isidore de Péluse [4 fév.] et, dit-on, après une vision de la Mère de Dieu ayant à ses côtés saint Jean Chrysostome, qu’il consentit à le réintroduire, et devint même un fervent propagateur de son culte (417). À la mort de Théophile (412), il fut aussitôt consacré archevêque d’Alexandrie, malgré l’opposition violente des partisans de l’archidiacre Timothée. De caractère énergique et doté d’un zèle ardent pour la défense de la vérité, saint Cyrille entreprit de consolider l’unité de son Église, qui se trouvait alors en plein épanouissement, mais qui restait menacée par divers éléments de divisions. Prêchant à son peuple l’amour de la vraie foi, préservée par les saints Pères au prix de tant de luttes contre les hérétiques, il prit des mesures d’autorité contre les schismatiques novatiens, qui attiraient beaucoup d’orthodoxes à leur parti, du fait de leur austérité et de leur rigueur morale. Il fit fermer leurs églises et interdit à leur évêque de remplir ses fonctions. Pour lutter contre les résidus de paganisme et contre les superstitions qui restaient tenaces au sein du peuple, il fit transférer les reliques des saints Cyr et Jean [28 juin], d’Alexandrie au sanctuaire païen à Ménouthis, près de Canope, célèbre par ses oracles inspirés du démon, et prit lui-même la tête de la procession qui dura une semaine entière (414).
Pour chrétienne qu’elle fût, la ville d’Alexandrie comportait encore une importante colonie juive, qui en troublait souvent la paix par des émeutes et des agressions contre les chrétiens. Suite à l’un de ces incidents, l’évêque convoqua les chefs juifs et les réprimanda avec menaces. Pour se venger, ceux-ci, faisant croire à un incendie dans l’église de Saint-Alexandre, ameutèrent de nuit les chrétiens et en massacrèrent un grand nombre. Devant l’inertie du préfet Oreste qui, craignant la puissance grandissante de l’évêque dans les affaires civiles, était plutôt favorable aux Juifs, saint Cyrille les fit tous expulser de la ville et transforma les synagogues en églises. C’est ainsi que la colonie juive d’Alexandrie, fameuse depuis le temps d’Alexandre le Grand, prit fin. Mais ces événements envenimèrent les relations de l’archevêque avec le préfet. Un groupe de cinq cents moines de Nitrie, dévoués à Cyrille, se postèrent un jour sur le passage du magistrat et le traitèrent de païen, et l’un d’eux, Ammonios, saisissant une pierre, la lui jeta à la tête. Il fut aussitôt arrêté et torturé avec une telle violence qu’il en mourut. De nouveaux désordres entraînèrent également le meurtre ignoble d’Hypatie, femme vertueuse, de haute autorité en matière de philosophie et que le monde entier vénérait, par un groupe incontrôlé de chrétiens fanatiques qui, la soupçonnant de s’entremettre entre l’évêque et le préfet Oreste, voulaient empêcher leur réconciliation. Au milieu de ces troubles sanglants, saint Cyrille lutta pour faire respecter la justice et il parvint finalement à assurer l’autorité de l’Église dans tous les domaines de la vie de la cité.
Héritier de la fameuse École d’Alexandrie, et ayant probablement eu des contacts avec Didyme l’Aveugle dans sa jeunesse, le saint évêque consacrait une grande part de son temps à la rédaction d’ouvrages exégétiques, commentant de manière systématique, sur le mode allégorique et moral, tous les détails de l’Ancien Testament, dans lesquels il discernait le « Mystère du Christ manifesté en énigmes ». C’est cette vision du Christ Un, terme de la Loi et des Prophètes, qui commandera toute sa vie, et que la Providence allait bientôt requérir de lui qu’il l’appliquât tant sur le plan théologique que sur celui de l’activité ecclésiastique. En 428, on appela d’Antioche à Constantinople, pour l’élever au siège patriarcal, le prêtre Nestorius, réputé pour son éloquence et pour la vie austère dont il faisait profession. Cette élection fut saluée avec grande joie non seulement par le peuple de la capitale, qui espérait recevoir en lui un nouveau Chrysostome, mais aussi par l’épiscopat universel, Cyrille y compris. Cependant, dès son ordination, Nestorius leva son masque de piété et montra un zèle intempestif pour lutter contre les hérétiques, se déclarant prêt à bouleverser toutes les villes pour les en chasser. Il se rendit bientôt odieux par ses violences et son orgueil, et commença à faire d’imprudentes déclarations au sujet de l’Incarnation. Poussant dans ses dernières conséquences la tradition théologique de l’École d’Antioche — qui se plaisait à distinguer dans les actes du Seigneur ceux qui relevaient de sa nature divine de ceux qui appartenaient à sa nature humaine —, Nestorius entreprenait de donner une explication abstraite et rationaliste de l’Incarnation, sans toutefois disposer des concepts adéquats pour expliquer le mode de l’union des natures. Introduisant une dualité de sujets entre le Verbe de Dieu et le Christ, « homme assumé », il prétendait que l’on devait attribuer soit à l’un soit à l’autre les caractères de la nature divine et de la nature humaine. Il en était amené par conséquent à considérer que le Verbe n’avait pris l’humanité que comme une tente, comme un instrument, et que la Vierge Marie n’était pas la « Mère de Dieu » (Théotokos) — terme que la tradition de l’Église avait depuis longtemps consacré —, mais seulement la « Mère du Christ » (Christotokos). Proclamant que l’on ne peut dire que « Dieu soit né de la Vierge, mais seulement qu’Il s’est uni à celui qui est né et qui est mort », il ne voyait au fond dans le Christ qu’un homme exemplaire, théophore, « divinisé » de manière éminente par ses vertus, dans lequel Dieu habitait de manière semblable à celle dont il inspirait les prophètes et les saints, mais en aucune manière le Dieu-Homme qui est pour les hommes la source du Salut, de la vie et de la grâce de la sanctification. Sans jamais parler lui-même de deux « personnes » dans le Christ, il ne cessait de s’attaquer au Théotokos, et l’un de ses disciples, l’évêque Dorothée, proclama même un jour dans un sermon, en présence de Nestorius : « Si quelqu’un dit que Marie est Théotokos, qu’il soit anathème ! » Cela revenait à anathématiser tous les Pères théophores qui avaient usé de ce terme et les évêques du monde entier qui confessaient la maternité divine. Informé de cette hérésie naissante, saint Cyrille exposa solennellement, dans son homélie pascale de l’année suivante (429), que la Vierge a bel et bien enfanté le Fils de Dieu fait homme et qu’elle doit donc être appelée avec raison Théotokos. Il écrivit à Nestorius une lettre de remontrance fraternelle, pour lui demander d’accepter ce terme, sur lequel repose tout le dogme de notre Salut en Christ. Puis, devant le refus hautain et dédaigneux de Nestorius qui, retournant les accusations contre l’archevêque d’Alexandrie, répandait des calomnies à son égard et prétendait le faire traduire en justice, Cyrille se résolut à prendre les armes pour la défense de la vérité et se déclara « prêt à tout souffrir, jusqu’à la mort, plutôt que d’abandonner la foi » . Il adressa à l’empereur Théodose II, à sa femme et à ses sœurs un traité Sur la vraie foi, et fit parvenir au pape de Rome, Célestin [8 avr.], un dossier sur les erreurs de Nestorius. Le pape réunit un concile à Rome, qui les condamna, et il chargea l’archevêque d’Alexandrie de faire exécuter la sentence prononcée contre l’hérétique s’il refusait de se rétracter dans les dix jours (430). Entre-temps saint Cyrille avait réuni un synode des évêques d’Égypte, qui rédigea un exposé de la doctrine christologique, suivi des douze Anathématismes des propositions de Nestorius, que Cyrille avait adressés à l’hérétique dans sa troisième lettre. Dans ces écrits polémiques contre Nestorius, fidèle à l’enseignement de l’Écriture sainte sur le Verbe fait chair (Jn 1,14) et aux Pères du Concile de Nicée, qui avaient confessé que le même Fils de Dieu, demeurant dans le sein du Père, s’est fait homme, est mort et est ressuscité, saint Cyrille soulignait l’unité du mystère du Christ. Il s’attache à montrer que dès le premier moment de sa conception, le Seigneur a uni définitivement la nature humaine et la nature divine ; et il contemple dans cette mystérieuse « union » (hénôsis) — et non point « conjonction » (synapheia) comme le prétendait Nestorius — l’échange des propriétés naturelles et l’unité d’agir du Sauve,ur qui a ouvert à l’homme la possibilité d’une véritable participation à Dieu, de sa divinisation, dont la Mère de Dieu est le prototype et le modèle . Le Seigneur ayant ainsi inauguré un nouveau mode d’existence, divino-humain, en son Corps : l’Église, c’est de Sa chair, devenue vraiment « chair du Verbe », que nous recevons la vie. Le « Christ Un » de saint Cyrille est donc celui de l’Eucharistie et de l’expérience spirituelle, qu’au prix de longues et pénibles controverses l’Église allait définir dans les générations suivantes. Pendant ce temps Nestorius, appuyé sur l’autorité impériale et par ses amis à la cour, tentait d’imposer ses idées dans la capitale par des menaces, par la corruption, des excommunications et des persécutions envers quiconque osait lui résister. La situation devint telle que le clergé orthodoxe supplia Théodose de réunir un concile œcuménique pour mettre fin au « scandale universel » de l’évêque de Constantinople. Mais par un tour habile ce fut l’hérétique qui obtint du souverain la convocation du Concile, à Éphèse pour la Pentecôte de l’année suivante (431), afin de juger saint Cyrille sur ses Anathématismes, taxés d’hérésie. Cyrille et Nestorius étant parvenus à Éphèse à la tête de suites imposantes, on attendit la venue de l’archevêque Jean d’Antioche et des évêques orientaux, que Nestorius avait acquis à sa cause, non pas sur le rejet du Théotokos, mais en leur envoyant les Anathématismes de Cyrille, qu’ils ne pouvaient lire, tirés de leur contexte, que comme une restauration de l’hérésie apollinariste . Comme Jean et sa suite tardaient, on décida finalement d’ouvrir sans eux la première session, le 22 juin 431. Saint Cyrille la présidait, au titre de remplaçant du pape de Rome, dont les légats avaient eux aussi tardé. Après avoir fait lire le Symbole de Nicée, la lettre de Cyrille à Nestorius et la réponse de ce dernier, les quelques deux cents Pères présents proclamèrent la légitimité du Théotokos et déposèrent Nestorius, qui avait refusé à trois reprises de se présenter. Au sortir de l’église, ils furent accueillis par les ovations d’une foule de fidèles attachés à la vénération de la Mère de Dieu, les femmes brûlant de l’encens sur leur passage.
Dès leur arrivée à Éphèse, cinq jours plus tard, Jean d’Antioche et les siens, offensés de ce qu’on ne les avait pas attendus, se réunirent en concile, au nombre de quarante-trois évêques, et accusant Cyrille d’avoir renouvelé l’hérésie d’Apollinaire, ils prononcèrent sa déposition, sans autre forme de procès, ainsi que celle de Mémnon d’Éphèse. Le Concile Œcuménique se trouva ainsi transformé en une lutte violente et passionnée entre deux partis qui essayaient de s’attirer la protection de l’empereur. Éloigné et mal informé, Théodose, après de vaines tentatives de réconciliation, fit arrêter Cyrille et Mémnon, tout en déclarant Nestorius hérétique, et il ordonna de dissoudre l’assemblée. Le seul résultat du Concile était d’avoir proclamé le bien-fondé du terme Théotokos et d’avoir procédé à la déposition de Nestorius, qui fut renvoyé dans son monastère d’Antioche, puis exilé en Lybie (435), où il mourut lamentablement.
On se trouvait néanmoins devant une nouvelle et cruelle division. Au moment où l’Empire, menacé par les barbares, avait besoin de la plus grande cohésion, on ne voyait alors, sous prétexte d’attachement à la vérité, que querelles, anathèmes mutuels et désordres, qui exposaient la sainteté de l’Église à la raillerie de ses ennemis. Pendant les laborieuses tractations qui suivirent, saint Cyrille, qui avait regagné Alexandrie où le peuple l’avait accueilli triomphalement, manifesta non seulement son orthodoxie, mais aussi son humilité et l’abondance de sa vertu. Renonçant à demander justice des mauvais traitements qu’il avait endurés à Éphèse pendant son emprisonnement, il donna aux Orientaux des explications sur les Anathématismes, qui les avaient si fort touchés, précisant qu’ils ne visaient que les dogmes hérétiques de Nestorius, et il se déclara prêt à les corriger, à condition que Jean et son parti consentent à la condamnation de Nestorius. On parvint finalement à un accord, et les Orientaux envoyèrent à Cyrille une confession de foi, que celui-ci accueillit par une lettre aux accents de jubilation. Dans un esprit de paix, mais sans abandonner sa thèse fondamentale, il faisait de justes concessions à la terminologie traditionnelle d’Antioche, et souscrivait à la distinction qui y était faite des deux natures unies, sans confusion ni mélange, dans l’unique Personne de Jésus-Christ . Cet Acte d’Union (avril 433), quoiqu’il ne fût pas une décision du Concile, est pourtant considéré comme la profession de foi du Troisième Concile Œcuménique et la règle de l’Orthodoxie. Il réfutait à l’avance les propositions hérétiques d’Euthychès et des monophysites, qui se réclameront des écrits de saint Cyrille pour soutenir que la nature humaine du Christ a été comme « absorbée » par la divinité ; et le Concile de Chalcédoine (451) ne fera qu’en reprendre et en préciser les termes essentiels . Une paix fragile étant rétablie, saint Cyrille passa les dernières années de son épiscopat à confirmer l’unité de l’Église et à modérer les excès de ses partisans trop zélés, qui l’accusaient d’avoir trahi leur cause par l’union avec les Orientaux. Aguerri par l’expérience des affaires ecclésiastiques et des passions humaines, il se montra en ces circonstances un modèle de modération et de condescendance pastorale. C’est ainsi qu’il réfuta les écrits de Théodore de Mopsueste, le grand théologien de l’École d’Antioche, qui était mort dans la paix de l’Église (+ 428), mais refusa d’exiger sa condamnation , pour ne pas provoquer à nouveau la sensibilité des Orientaux et mettre en danger l’unité de l’Église. Ayant accompli l’œuvre que Dieu lui avait confiée pour l’édification de Son Église, saint Cyrille s’endormit en paix, le 27 juin 444 , pour rejoindre le chœur des saints Pères et siéger, avec saint Jean Chrysostome, aux côtés de la Mère de Dieu. Il fut aussitôt vénéré comme saint et loué comme le « luminaire de l’univers », « le défenseur invincible de l’Orthodoxie » et le « Sceau des Pères » .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de St Cyrille, ton 8
Guide de l’orthodoxie, maître de piété et de sainteté, * luminaire de l’univers, ornement des pontifes inspiré de Dieu, * très-sage Cyrille, tu nous as tous illuminés par tes enseignements, * toi qui fus comme une lyre vibrant au souffle de l’Esprit. * Intercède auprès du Christ notre Dieu pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion de St Cyrille, ton 6
Tu fis jaillir des sources du Sauveur * l’océan des enseignements théologiques * pour balayer les hérésies * et garder en la tempête ton troupeau sain et sauf, * vénérable Cyrille, Père bienheureux, * docteur universel nous révélant les mystères de Dieu.

Évangile DU JOUR
(Matth. X, 23-31)
Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous le dis en vérité, vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme sera venu. Le disciple n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur. Il suffit au disciple d’être traité comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S’ils ont appelé le maître de la maison Béelzébul, à combien plus forte raison appelleront-ils ainsi les gens de sa maison! Ne les craignez donc point; car il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour; et ce qui vous est dit à l’oreille, prêchez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. Ne vend-on pas deux passereaux pour un sou? Cependant, il n’en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux.

9 juin

9 juin
Saint Cyrille, archevêque d’Alexandrie (444) ; saints Prime et Félicien, martyrs à Rome (vers 297) ; saint Vincent, diacre, martyr à Agen (IIIème s.) ; sainte Thècle, Marthe, Marie, Mariamne et Ennathe, martyres en Perse (346) ; saint Cyrille, abbé du Lac Blanc (1427) ; saint Alexandre, abbé de Kouchta (1439) ; saint juste Alexis (Metchev) de Moscou (1923).

VIE DE ST CYRILLE D’ALEXANDRIE
Après saint Athanase, qui fut le défenseur irréductible de l’homoousios (« consubstantiel »), l’Église d’Alexandrie fut pour l’univers le phare de l’orthodoxie grâce à saint Cyrille, le champion du Théotokos (« Mère de Dieu »), la pierre de touche du dogme de l’Incarnation. Né entre 375 et 380, il fut placé très tôt sous la protection de son oncle Théophile, l’archevêque d’Alexandrie, qui lui assura une formation complète dans la rhétorique et la philosophie, mais surtout dans l’Écriture sainte, qu’il connaissait presque par cœur et dont il savait admirablement user. Vers l’âge de dix-huit ans, il fut envoyé par son oncle au désert de Nitrie, afin d’y compléter sa formation théologique par la science ascétique . De retour à Alexandrie au bout de cinq années (vers 399), il mit sa vaste culture au service de l’Église. Théophile lui confia la charge d’enseignement de l’Écriture sainte et l’intégra dans les rangs du clergé, en le préparant pour la succession. Ayant accompagné le bouillant prélat à Constantinople, il assista au conciliabule du Chêne (403), au cours duquel saint Jean Chrysostome fut injustement condamné. Par la suite, il refusa longtemps d’inscrire le nom de ce dernier dans les diptyques — probablement d’avantage par attachement à la mémoire de son oncle que par une opposition doctrinale au saint hiérarque —, et ce ne fut que sur les instances de saint Isidore de Péluse [4 fév.] et, dit-on, après une vision de la Mère de Dieu ayant à ses côtés saint Jean Chrysostome, qu’il consentit à le réintroduire, et devint même un fervent propagateur de son culte (417). À la mort de Théophile (412), il fut aussitôt consacré archevêque d’Alexandrie, malgré l’opposition violente des partisans de l’archidiacre Timothée. De caractère énergique et doté d’un zèle ardent pour la défense de la vérité, saint Cyrille entreprit de consolider l’unité de son Église, qui se trouvait alors en plein épanouissement, mais qui restait menacée par divers éléments de divisions. Prêchant à son peuple l’amour de la vraie foi, préservée par les saints Pères au prix de tant de luttes contre les hérétiques, il prit des mesures d’autorité contre les schismatiques novatiens, qui attiraient beaucoup d’orthodoxes à leur parti, du fait de leur austérité et de leur rigueur morale. Il fit fermer leurs églises et interdit à leur évêque de remplir ses fonctions. Pour lutter contre les résidus de paganisme et contre les superstitions qui restaient tenaces au sein du peuple, il fit transférer les reliques des saints Cyr et Jean [28 juin], d’Alexandrie au sanctuaire païen à Ménouthis, près de Canope, célèbre par ses oracles inspirés du démon, et prit lui-même la tête de la procession qui dura une semaine entière (414).
Pour chrétienne qu’elle fût, la ville d’Alexandrie comportait encore une importante colonie juive, qui en troublait souvent la paix par des émeutes et des agressions contre les chrétiens. Suite à l’un de ces incidents, l’évêque convoqua les chefs juifs et les réprimanda avec menaces. Pour se venger, ceux-ci, faisant croire à un incendie dans l’église de Saint-Alexandre, ameutèrent de nuit les chrétiens et en massacrèrent un grand nombre. Devant l’inertie du préfet Oreste qui, craignant la puissance grandissante de l’évêque dans les affaires civiles, était plutôt favorable aux Juifs, saint Cyrille les fit tous expulser de la ville et transforma les synagogues en églises. C’est ainsi que la colonie juive d’Alexandrie, fameuse depuis le temps d’Alexandre le Grand, prit fin. Mais ces événements envenimèrent les relations de l’archevêque avec le préfet. Un groupe de cinq cents moines de Nitrie, dévoués à Cyrille, se postèrent un jour sur le passage du magistrat et le traitèrent de païen, et l’un d’eux, Ammonios, saisissant une pierre, la lui jeta à la tête. Il fut aussitôt arrêté et torturé avec une telle violence qu’il en mourut. De nouveaux désordres entraînèrent également le meurtre ignoble d’Hypatie, femme vertueuse, de haute autorité en matière de philosophie et que le monde entier vénérait, par un groupe incontrôlé de chrétiens fanatiques qui, la soupçonnant de s’entremettre entre l’évêque et le préfet Oreste, voulaient empêcher leur réconciliation. Au milieu de ces troubles sanglants, saint Cyrille lutta pour faire respecter la justice et il parvint finalement à assurer l’autorité de l’Église dans tous les domaines de la vie de la cité.
Héritier de la fameuse École d’Alexandrie, et ayant probablement eu des contacts avec Didyme l’Aveugle dans sa jeunesse, le saint évêque consacrait une grande part de son temps à la rédaction d’ouvrages exégétiques, commentant de manière systématique, sur le mode allégorique et moral, tous les détails de l’Ancien Testament, dans lesquels il discernait le « Mystère du Christ manifesté en énigmes ». C’est cette vision du Christ Un, terme de la Loi et des Prophètes, qui commandera toute sa vie, et que la Providence allait bientôt requérir de lui qu’il l’appliquât tant sur le plan théologique que sur celui de l’activité ecclésiastique. En 428, on appela d’Antioche à Constantinople, pour l’élever au siège patriarcal, le prêtre Nestorius, réputé pour son éloquence et pour la vie austère dont il faisait profession. Cette élection fut saluée avec grande joie non seulement par le peuple de la capitale, qui espérait recevoir en lui un nouveau Chrysostome, mais aussi par l’épiscopat universel, Cyrille y compris. Cependant, dès son ordination, Nestorius leva son masque de piété et montra un zèle intempestif pour lutter contre les hérétiques, se déclarant prêt à bouleverser toutes les villes pour les en chasser. Il se rendit bientôt odieux par ses violences et son orgueil, et commença à faire d’imprudentes déclarations au sujet de l’Incarnation. Poussant dans ses dernières conséquences la tradition théologique de l’École d’Antioche — qui se plaisait à distinguer dans les actes du Seigneur ceux qui relevaient de sa nature divine de ceux qui appartenaient à sa nature humaine —, Nestorius entreprenait de donner une explication abstraite et rationaliste de l’Incarnation, sans toutefois disposer des concepts adéquats pour expliquer le mode de l’union des natures. Introduisant une dualité de sujets entre le Verbe de Dieu et le Christ, « homme assumé », il prétendait que l’on devait attribuer soit à l’un soit à l’autre les caractères de la nature divine et de la nature humaine. Il en était amené par conséquent à considérer que le Verbe n’avait pris l’humanité que comme une tente, comme un instrument, et que la Vierge Marie n’était pas la « Mère de Dieu » (Théotokos) — terme que la tradition de l’Église avait depuis longtemps consacré —, mais seulement la « Mère du Christ » (Christotokos). Proclamant que l’on ne peut dire que « Dieu soit né de la Vierge, mais seulement qu’Il s’est uni à celui qui est né et qui est mort », il ne voyait au fond dans le Christ qu’un homme exemplaire, théophore, « divinisé » de manière éminente par ses vertus, dans lequel Dieu habitait de manière semblable à celle dont il inspirait les prophètes et les saints, mais en aucune manière le Dieu-Homme qui est pour les hommes la source du Salut, de la vie et de la grâce de la sanctification. Sans jamais parler lui-même de deux « personnes » dans le Christ, il ne cessait de s’attaquer au Théotokos, et l’un de ses disciples, l’évêque Dorothée, proclama même un jour dans un sermon, en présence de Nestorius : « Si quelqu’un dit que Marie est Théotokos, qu’il soit anathème ! » Cela revenait à anathématiser tous les Pères théophores qui avaient usé de ce terme et les évêques du monde entier qui confessaient la maternité divine. Informé de cette hérésie naissante, saint Cyrille exposa solennellement, dans son homélie pascale de l’année suivante (429), que la Vierge a bel et bien enfanté le Fils de Dieu fait homme et qu’elle doit donc être appelée avec raison Théotokos. Il écrivit à Nestorius une lettre de remontrance fraternelle, pour lui demander d’accepter ce terme, sur lequel repose tout le dogme de notre Salut en Christ. Puis, devant le refus hautain et dédaigneux de Nestorius qui, retournant les accusations contre l’archevêque d’Alexandrie, répandait des calomnies à son égard et prétendait le faire traduire en justice, Cyrille se résolut à prendre les armes pour la défense de la vérité et se déclara « prêt à tout souffrir, jusqu’à la mort, plutôt que d’abandonner la foi » . Il adressa à l’empereur Théodose II, à sa femme et à ses sœurs un traité Sur la vraie foi, et fit parvenir au pape de Rome, Célestin [8 avr.], un dossier sur les erreurs de Nestorius. Le pape réunit un concile à Rome, qui les condamna, et il chargea l’archevêque d’Alexandrie de faire exécuter la sentence prononcée contre l’hérétique s’il refusait de se rétracter dans les dix jours (430). Entre-temps saint Cyrille avait réuni un synode des évêques d’Égypte, qui rédigea un exposé de la doctrine christologique, suivi des douze Anathématismes des propositions de Nestorius, que Cyrille avait adressés à l’hérétique dans sa troisième lettre. Dans ces écrits polémiques contre Nestorius, fidèle à l’enseignement de l’Écriture sainte sur le Verbe fait chair (Jn 1,14) et aux Pères du Concile de Nicée, qui avaient confessé que le même Fils de Dieu, demeurant dans le sein du Père, s’est fait homme, est mort et est ressuscité, saint Cyrille soulignait l’unité du mystère du Christ. Il s’attache à montrer que dès le premier moment de sa conception, le Seigneur a uni définitivement la nature humaine et la nature divine ; et il contemple dans cette mystérieuse « union » (hénôsis) — et non point « conjonction » (synapheia) comme le prétendait Nestorius — l’échange des propriétés naturelles et l’unité d’agir du Sauve,ur qui a ouvert à l’homme la possibilité d’une véritable participation à Dieu, de sa divinisation, dont la Mère de Dieu est le prototype et le modèle . Le Seigneur ayant ainsi inauguré un nouveau mode d’existence, divino-humain, en son Corps : l’Église, c’est de Sa chair, devenue vraiment « chair du Verbe », que nous recevons la vie. Le « Christ Un » de saint Cyrille est donc celui de l’Eucharistie et de l’expérience spirituelle, qu’au prix de longues et pénibles controverses l’Église allait définir dans les générations suivantes. Pendant ce temps Nestorius, appuyé sur l’autorité impériale et par ses amis à la cour, tentait d’imposer ses idées dans la capitale par des menaces, par la corruption, des excommunications et des persécutions envers quiconque osait lui résister. La situation devint telle que le clergé orthodoxe supplia Théodose de réunir un concile œcuménique pour mettre fin au « scandale universel » de l’évêque de Constantinople. Mais par un tour habile ce fut l’hérétique qui obtint du souverain la convocation du Concile, à Éphèse pour la Pentecôte de l’année suivante (431), afin de juger saint Cyrille sur ses Anathématismes, taxés d’hérésie. Cyrille et Nestorius étant parvenus à Éphèse à la tête de suites imposantes, on attendit la venue de l’archevêque Jean d’Antioche et des évêques orientaux, que Nestorius avait acquis à sa cause, non pas sur le rejet du Théotokos, mais en leur envoyant les Anathématismes de Cyrille, qu’ils ne pouvaient lire, tirés de leur contexte, que comme une restauration de l’hérésie apollinariste . Comme Jean et sa suite tardaient, on décida finalement d’ouvrir sans eux la première session, le 22 juin 431. Saint Cyrille la présidait, au titre de remplaçant du pape de Rome, dont les légats avaient eux aussi tardé. Après avoir fait lire le Symbole de Nicée, la lettre de Cyrille à Nestorius et la réponse de ce dernier, les quelques deux cents Pères présents proclamèrent la légitimité du Théotokos et déposèrent Nestorius, qui avait refusé à trois reprises de se présenter. Au sortir de l’église, ils furent accueillis par les ovations d’une foule de fidèles attachés à la vénération de la Mère de Dieu, les femmes brûlant de l’encens sur leur passage.
Dès leur arrivée à Éphèse, cinq jours plus tard, Jean d’Antioche et les siens, offensés de ce qu’on ne les avait pas attendus, se réunirent en concile, au nombre de quarante-trois évêques, et accusant Cyrille d’avoir renouvelé l’hérésie d’Apollinaire, ils prononcèrent sa déposition, sans autre forme de procès, ainsi que celle de Mémnon d’Éphèse. Le Concile Œcuménique se trouva ainsi transformé en une lutte violente et passionnée entre deux partis qui essayaient de s’attirer la protection de l’empereur. Éloigné et mal informé, Théodose, après de vaines tentatives de réconciliation, fit arrêter Cyrille et Mémnon, tout en déclarant Nestorius hérétique, et il ordonna de dissoudre l’assemblée. Le seul résultat du Concile était d’avoir proclamé le bien-fondé du terme Théotokos et d’avoir procédé à la déposition de Nestorius, qui fut renvoyé dans son monastère d’Antioche, puis exilé en Lybie (435), où il mourut lamentablement.
On se trouvait néanmoins devant une nouvelle et cruelle division. Au moment où l’Empire, menacé par les barbares, avait besoin de la plus grande cohésion, on ne voyait alors, sous prétexte d’attachement à la vérité, que querelles, anathèmes mutuels et désordres, qui exposaient la sainteté de l’Église à la raillerie de ses ennemis. Pendant les laborieuses tractations qui suivirent, saint Cyrille, qui avait regagné Alexandrie où le peuple l’avait accueilli triomphalement, manifesta non seulement son orthodoxie, mais aussi son humilité et l’abondance de sa vertu. Renonçant à demander justice des mauvais traitements qu’il avait endurés à Éphèse pendant son emprisonnement, il donna aux Orientaux des explications sur les Anathématismes, qui les avaient si fort touchés, précisant qu’ils ne visaient que les dogmes hérétiques de Nestorius, et il se déclara prêt à les corriger, à condition que Jean et son parti consentent à la condamnation de Nestorius. On parvint finalement à un accord, et les Orientaux envoyèrent à Cyrille une confession de foi, que celui-ci accueillit par une lettre aux accents de jubilation. Dans un esprit de paix, mais sans abandonner sa thèse fondamentale, il faisait de justes concessions à la terminologie traditionnelle d’Antioche, et souscrivait à la distinction qui y était faite des deux natures unies, sans confusion ni mélange, dans l’unique Personne de Jésus-Christ . Cet Acte d’Union (avril 433), quoiqu’il ne fût pas une décision du Concile, est pourtant considéré comme la profession de foi du Troisième Concile Œcuménique et la règle de l’Orthodoxie. Il réfutait à l’avance les propositions hérétiques d’Euthychès et des monophysites, qui se réclameront des écrits de saint Cyrille pour soutenir que la nature humaine du Christ a été comme « absorbée » par la divinité ; et le Concile de Chalcédoine (451) ne fera qu’en reprendre et en préciser les termes essentiels . Une paix fragile étant rétablie, saint Cyrille passa les dernières années de son épiscopat à confirmer l’unité de l’Église et à modérer les excès de ses partisans trop zélés, qui l’accusaient d’avoir trahi leur cause par l’union avec les Orientaux. Aguerri par l’expérience des affaires ecclésiastiques et des passions humaines, il se montra en ces circonstances un modèle de modération et de condescendance pastorale. C’est ainsi qu’il réfuta les écrits de Théodore de Mopsueste, le grand théologien de l’École d’Antioche, qui était mort dans la paix de l’Église (+ 428), mais refusa d’exiger sa condamnation , pour ne pas provoquer à nouveau la sensibilité des Orientaux et mettre en danger l’unité de l’Église. Ayant accompli l’œuvre que Dieu lui avait confiée pour l’édification de Son Église, saint Cyrille s’endormit en paix, le 27 juin 444 , pour rejoindre le chœur des saints Pères et siéger, avec saint Jean Chrysostome, aux côtés de la Mère de Dieu. Il fut aussitôt vénéré comme saint et loué comme le « luminaire de l’univers », « le défenseur invincible de l’Orthodoxie » et le « Sceau des Pères » .

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de la fête, ton 8
Béni es-Tu Christ notre Dieu, qui a rendu très-sages les pêcheurs, leur envoyant le Saint-Esprit, et qui par eux, a pris au filet l’univers, Ami des hommes, gloire à Toi !

Tropaire de St Cyrille, ton 8
Guide de l’orthodoxie, maître de piété et de sainteté, * luminaire de l’univers, ornement des pontifes inspiré de Dieu, * très-sage Cyrille, tu nous as tous illuminés par tes enseignements, * toi qui fus comme une lyre vibrant au souffle de l’Esprit. * Intercède auprès du Christ notre Dieu pour qu’il sauve nos âmes.

Kondakion de St Cyrille, ton 6
Tu fis jaillir des sources du Sauveur * l’océan des enseignements théologiques * pour balayer les hérésies * et garder en la tempête ton troupeau sain et sauf, * vénérable Cyrille, Père bienheureux, * docteur universel nous révélant les mystères de Dieu.

Kondakion de la fête, ton 8
Lorsque Tu descendis en confondant les langues, ô Très-Haut, Tu divisas les peuples, lorsque Tu distribuas les langues de feu, Tu appelas tous les hommes à l’unité, et tous d’une seule voix, nous glorifions le Très-Saint Esprit !

Évangile DU JOUR
(Matth. V, 33-41)
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens: Tu ne te parjureras point, mais tu t’acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment. Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c’est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu. Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu’on y ajoute vient du malin. Vous avez appris qu’il a été dit: œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui.

Le métropolite Hilarion est intervenu au Sommet mondial pour la défense des chrétiens persécutés

Le 11er mai 2017, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a présenté un exposé lors de l’assemblée plénière du Sommet mondial pour la défense des chrétiens persécutés, à Washington.

Présentant le métropolite Hilarion, le président de l’association évangélique Billy Graham, F. Graham, a mentionné sa visité en Russie, fin 2015, expliquant que l’idée de ce sommet pour la défense des chrétiens persécutés lui était venue à Moscou, pendant son entretien avec le président du DREE.

Le métropolite Hilarion a salué les participants du sommet au nom de l’Église orthodoxe russe. Il a remercié l’Association Billy Graham et son président Franklin Graham d’avoir organisé un forum de cette ampleur, afin d’attirer l’attention de la communauté internationale sur l’épouvantable tragédie des chrétiens persécutés dans le monde d’aujourd’hui.

Le hiérarque orthodoxe a rappelé que les persécutions contre les disciples du Christ ne sont pas un phénomène nouveau. « Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte d’infamie à cause de Moi », disait le Seigneur Jésus Christ (Mt 5, 10). Le thème des persécutions est un des leitmotivs de sa prédication, revenant sans cesse dans ses entretiens avec les apôtres. « L’apôtre Pierre dit : « Très chers, ne jugez pas étrange l’incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s’il vous survenait quelque chose d’étrange. Mais, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. Heureux, si vous êtes outragés pour le nom du Christ, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous. Que nul de vous n’ait à souffrir comme meurtrier, ou voleur, ou malfaiteur, ou comme délateur, mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas honte, qu’il glorifie Dieu de porter ce nom » (I P 4, 12-16).

L’Église a été persécutée partout durant les trois premiers siècles de son existence, a souligné le métropolite Hilarion. Durant les siècles suivants, les chrétiens ont aussi été soumis à de nombreuses persécutions, sous différentes formes. « Il n’y a pas un siècle dans l’histoire du christianisme où nous n’ayons pas été persécutés, dans une partie du monde ou dans l’autre », a témoigné l’hiérarque.

Poursuivant la même idée, le métropolite Hilarion de Volokolamsk a rappelé que le XX siècle avait posé avec plus que jamais d’acuité la question du prix que les chrétiens devaient payer pour leur foi. Ainsi, la série de révolutions qui a bouleversé tant d’états en Europe, en Asie et en Amérique latine, a provoqué une puissante vague de violences contre les chrétiens. En Turquie, le début du XX siècle a été marqué par une extermination massive des Arméniens, des Assyriens et des représentants d’autres peuples chrétiens. L’état des Jeunes Turcs a lancé un génocide contre la population chrétienne de l’Empire ottoman, qui s’est poursuivi après la chute de l’empire. Les exécutions, particulièrement cruelles, les assassinats, les déportations massives ont touché plus d’un million de personnes. Dans l’Allemagne d’Hitler et dans l’Espagne républicaine des années 30, les chrétiens de différentes confessions ont fait l’objet de persécutions plus ou moins violentes. Les persécutions contre l’Église catholique ont été particulièrement cruelles et sanglantes au Mexique dans les années 1920. Au milieu du XX siècle, la « révolution culturelle » chinoise a entraîné des répressions massives contre le clergé chrétien.

« Cette année, la Russie et les autres pays de ‘l’espace post-soviétique’ commémorent le centenaire de la révolution d’octobre 1917, point de départ d’une époque de cruelles persécutions contre l’Église orthodoxe russe, a rappelé le président du DREE. Le pouvoir, en la personne de Lénine et de Staline, a initié des répressions d’une ampleur sans précédent contre son propre peuple ; des dizaines de millions de personnes ont été victimes de ces répressions. » Durant ces années, a constaté le métropolite, l’Église s’est enrichie d’une multitude de saints qui, selon le mot de l’apôtre, « se sont laissés torturés afin d’obtenir une meilleure résurrection. D’autres subirent l’épreuve des dérisions et des fouets, et même celles des chaînes et de la prison » (Heb 11, 35-36). »

« Au XX siècle, les nouveaux martyrs et confesseurs russes n’étaient pas mis à mort à cause d’actes concrets, à cause de transgressions, de violations de la loi ou de crimes. Ils étaient systématiquement éliminés parce qu’ils croyaient en Jésus Christ, Dieu et Sauveur, a souligné Mgr Hilarion. Les églises chrétiennes étaient dynamitées pour la seule raison qu’elles étaient chrétiennes. Les icônes étaient brûlées parce qu’elles représentaient le Christ. »

Elle est longue, la triste liste des pays où les chrétiens ont été l’objet de persécutions au XX siècle, a constaté l’archipasteur. Le début du XXI siècle s’ouvre sur une nouvelle vague de persécutions de grande envergure contre les chrétiens dans différentes parties du monde. »

« Les chrétiens souffrent surtout aujourd’hui dans les pays du Proche-Orient et d’Afrique, a raconté le métropolite. Depuis près de deux mille ans, les chrétiens vivent dans ces régions. Aujourd’hui, ils entravent la voie d’intérêts politiques ou économiques pour des forces qui ne répugnent pas à employer des terroristes pour atteindre leurs buts, faisant de ces terroristes des combattants pour la liberté et la démocratie. L’ampleur des persécutions contre les chrétiens est obstinément tue dans les médias et au sein de la communauté internationale. »

Mgr Hilarion a cité plusieurs exemples illustrant la détresse des chrétiens dans différents pays du Proche-Orient. Si près d’un million et demi de chrétiens vivaient en Irak avant 2003, ils ne sont plus aujourd’hui que 150 à 250 000, selon les estimations, la plus grande partie de cette population ayant dû quitter le pays après le début du soi-disant « printemps arabe ». En Lybie, le « printemps arabe » a entraîné la quasi-disparition des chrétiens. Les autorités actuelles du pays déclarent ouvertement qu’elles ne souhaitent pas que les chrétiens y restent.

En Égypte, après la venue au pouvoir des « Frères-musulmans », les assassinats de chrétiens et les incendies d’églises étaient devenus systématiques. La population chrétienne a commencé à quitter le pays. Depuis l’arrivée au pouvoir d’As-Sissi, la situation s’est améliorée, mais des explosions meurtrières ont toujours lieu dans les églises d’Égypte, et des dizaines de personnes tombent victimes des bombes des terroristes.

Dans les régions de Syrie tombées aux mains des terroristes pendant la guerre, les chrétiens ont été exterminés sans pitié. Le monde n’aurait sans doute rien su de ces tragédies si les terroristes eux-mêmes n’avaient partagé sur internet les scènes atroces de ces exécutions contre les chrétiens. Ceux des chrétiens qui sont restés en vie sont soumis à des tortures et à différentes humiliations.

Le président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou a constaté : « Nous partageons la position de Leurs Saintetés les Patriarches Jean X (Église orthodoxe d’Antioche) et Ephrem II (Église syro-jacobite), formulée récemment dans un message commun à l’occasion de l’anniversaire de l’enlèvement de deux hiérarques, les métropolites Paul d’Alep et Jean Ibrahim. Ce message témoigne que les chrétiens d’Orient sont désireux de rester sur la terre de leurs ancêtres, que les discours du « monde civilisé » sur la démocratie ne doivent pas distraire des véritables problèmes de la population syrienne et de la nécessité de cesser la guerre, qu’il est aussi nécessaire d’arrêter de financer les groupements terroristes, donnant plutôt du pain aux affamés ». Il faut entendre cette voix et la faire entendre aux grands de ce monde, parce qu’elle exprime l’opinion des chrétiens de Syrie, a souligné l’hiérarque.

Le génocide des chrétiens se poursuit aujourd’hui sous les yeux du monde civilisé, a témoigné le métropolite Hilarion. Jusqu’à une date récente, l’Occident se taisait, les hommes politiques et les médias gardant obstinément le silence sur ce thème. « Aujourd’hui, ce ‘complot du silence’ a été brisé, on commence à parler des persécutions contre les chrétiens au plus haut niveau international. Mais beaucoup de ceux qui évoquent ce thème, aujourd’hui encore, s’efforce de le détourner : « Ne parlons pas des chrétiens, parlons plutôt des minorités ». Ils appellent ainsi à taire le problème, détournant la conversation dans le domaine des discours politiquement corrects sur la tolérance envers n’importe quelle minorité, notamment sexuelle, ou autre » a constaté Mgr Hilarion.

Le président du DREE a aussi rappelé que le monde était peu au courant du génocide des chrétiens en Afrique. Pourtant, au Nigéria et dans les pays limitrophes, les terroristes du groupe « Boko Haram » et les tribus nomades tuent les chrétiens par villages entiers. Rien qu’au Nigéria, les extrémistes ont détruit 900 églises ces derniers temps. Les autorités du Soudan du Nord jettent des bombes sur les chrétiens et les soumettent à des discriminations permanentes. Les attaques contre les chrétiens se poursuivent en Somalie et en Tanzanie.

« Nos frères et sœurs sont aussi soumis à de multiples souffrances et persécutions dans les pays d’Asie, en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en Inde, en Birmanie » a continué le métropolite Hilarion.

L’archipasteur a constaté que l’Église orthodoxe russe avait été l’une des premières à parler publiquement des persécutions contre les chrétiens à une époque où tout le monde se taisait. Le Patriarcat de Moscou a exprimé ses inquiétudes quant au sort de la population chrétienne du Proche-Orient et en Afrique dès le début des évènements du printemps arabe.

En novembre 2011, le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie s’était rendu en Syrie et au Liban pour une visite irénique dont l’objet était, notamment, d’entretenir les liens fraternels entre les Églises chrétiennes dans le contexte d’un conflit pressenti.

Durant les années qui ont suivi, l’Église orthodoxe russe s’est efforcée et continue à s’efforcer d’entreprendre tout ce qui est en son pouvoir pour défendre les droits des chrétiens persécutés, a témoigné le métropolite Hilarion de Volokolamsk. Aucune rencontre de Sa Sainteté le Patriarche de Moscou et de toute la Russie et du président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou avec les hommes politiques étrangers ne se passe sans que soit évoquée la situation des communautés chrétiennes du Proche-Orient et d’Afrique. La hiérarchie et les représentants de l’Église orthodoxe russe participent activement aux forums internationaux et interreligieux consacrés à la situation au Proche-Orient.

Mgr Hilarion a aussi évoqué le rôle du dialogue interreligieux dans l’aide aux chrétiens persécutés. Le 12 février 2016, le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie et le Pape François de Rome se sont rencontrés à La Havane. « Les primats des deux plus grandes Églises chrétiennes ont témoigné de ce que les deux parties comprenaient que la situation dans le monde exigeait des mesures urgentes et, comme il est écrit dans la déclaration commune signée à La Havane, des actions coordonnées » a constaté Mgr Hilarion.

L’Église orthodoxe russe défend aussi les droits des chrétiens persécutés dans le dialogue qu’elle mène avec les autres religions, a poursuivi le métropolite.

« Les manifestations d’agression à l’encontre des chrétiens dans le monde contemporaine, en dehors des violences physiques, prennent souvent la forme de la négation du droit des gens à exprimer publiquement leur foi, à en suivre les valeurs, à porter ouvertement des symboles religieux, a poursuivi le président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. Nous constatons avec affliction et inquiétude le processus de déchristianisation de l’espace public de l’Ancien et du Nouveau monde, historiquement pourtant les bastions les plus importants de la civilisation chrétienne. Les églises et les communautés chrétiennes sont regardées comme des reliquats de l’ancien temps et non comme des acteurs de plein droit des processus sociaux. »

L’archipasteur a rappelé que, dans la société contemporaine, des phénomènes qui contredisent les commandements évangéliques sont de plus en plus souvent considérés comme normaux. La volonté de nombreux états de légaliser la pratique de l’euthanasie suscite de sérieuses inquiétudes. Dans certains pays (Pays-Bas, Belgique, Canada, Luxembourg), le patient est autorisé par la loi à mettre fin à ses jours. Récemment, en Italie, une nouvelle discussion sur la possibilité de l’euthanasie a suscité de vifs débats. Dans beaucoup de pays d’Europe et d’Amérique, les médias et le système éducatif font la promotion d’une idéologie favorable aux minorités sexuelles et à la propagande d’un mode de vie homosexuel.

L’Église orthodoxe russe proclame la sainteté de la vie humaine dès l’instant de la conception jusqu’à la mort naturelle, elle confesse les idéaux évangéliques du mariage et de la famille, a souligné le métropolite de Volokolamsk, rappelant : « La position de notre Église est une position de principe. La société doit préserver les valeurs traditionnelles, apprendre à observer un équilibre entre les droits et les libertés de l’homme, d’une part, et la responsabilité pour le bien-être moral de la personne, de l’autre. Il est triste que la réalisation des droits de l’homme soit de plus en plus souvent synonyme de permissivité et de débauche morale. Cette tendance est une impasse pour le développement social ».

L’hiérarque de l’Église orthodoxe russe a appelé les représentants des différentes confessions chrétiennes à ne pas rester indifférents devant les souffrances de leurs frères et sœurs persécutés. « Aujourd’hui, plus que jamais, les chrétiens doivent être solidaires et intercéder pour ceux qui souffrent, pour les persécutés qui glorifient le Christ par leurs prouesses » a souligné le président du DREE.
« Cette solidarité interchrétienne doit être plus importante au niveau pratique que les divergences entre confessions chrétiennes qui se sont accumulées depuis des siècles. Ces divergences continueront à nous diviser, mais elles ne doivent pas être un obstacle à des actions concertées pour la défense des chrétiens persécutés, indépendamment de la confession à laquelle ils appartiennent » a déclaré l’archipasteur.

Par ailleurs, selon le président du DREE, la coopération interreligieuse revêt aujourd’hui une importance particulière. « Le terrorisme est un défi commun aux chrétiens, aux musulmans et aux représentants d’autres traditions religieuses. Il faut que tous en aient clairement conscience. La bombe du terroriste ne choisit pas qui sera touché par ses éclats : ses victimes seront des hommes de différentes appartenances religieuses » a dit le métropolite.

On peut, a-t-il poursuivi, citer beaucoup d’exemples de construction d’un climat social de paix et d’harmonie interreligieux. Les chrétiens et les musulmans vivent en bon voisinage au Liban et en Jordanie. L’Égypte a choisi la voie du dialogue interreligieux et de l’éradication de l’extrémisme. Il y a aussi l’expérience séculaire de coopération interreligieuse qui est celle de la Russie, où les chrétiens, les musulmans, les juifs et les bouddhistes non seulement ne sont pas en conflit, mais se réunissent dans le cadre du Conseil interreligieux de Russie pour résoudre les problèmes de l’actualité, pour élaborer ensemble une position commune et défendre les valeurs morales et spirituelles.

« Aujourd’hui, le rôle d’une instruction religieuse de qualité devient de plus en plus important, estime le métropolite Hilarion. Le succès des terroristes tient notamment au fait que, dans beaucoup de pays du monde, le niveau de connaissances religieuses est extrêmement bas. Les gens rejoignent les terroristes parce qu’ils ne connaissent pas la vérité ni sur l’islam, ni sur le christianisme. Les idéologues de la terreur affirment à leurs adeptes que les chrétiens sont les suppôts des colonisateurs étrangers, les ennemis de l’islam et qu’il n’y a pas d’autre moyen de défendre l’islam que d’éliminer les chrétiens. Des âmes fragiles se laissent influencer par cette idéologie. »

« Ensemble, nous pouvons faire beaucoup, a souligné le président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. Le monde entier prête aujourd’hui attention à notre sommet. Les confessions chrétiennes doivent témoigner d’une seule voix de notre solidarité avec nos frères et sœurs persécutés, appeler la communauté internationale à intensifier la lutter contre l’extrémisme, le terrorisme et la christianophobie. »

Les travaux du Sommet mondial pour la défense des chrétiens persécutés se poursuivront jusqu’au 13 mai. Le forum est organisé par l’Association évangélique Billy Graham et rassemblé 800 participants venus de plus de 135 pays.

Le métropolite Hilarion : « Ne crachons pas sur notre histoire »

Le 22 avril 2017, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, répondait aux questions d’Ekaterina Gratcheva dans l’émission « L’Église et le monde » sur la chaîne de télévision « Rossia-24 ». Cette émission est diffusée les samedis et les dimanches.

E. Gratcheva : Bonjour ! Le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, commente l’actualité de la semaine.
Le métropolite Hilarion : Bonjour, Ekaterina ! Bonjour, chers frères et sœurs.
E. Gratcheva : Le tribunal de grande instance de notre pays a interdit les « Témoins de Jéhovah » en tant qu’organisation sur l’ensemble du territoire de la Russie. Beaucoup ont salué cette nouvelle, mais certains craignent que le gouvernement perde tout contrôle sur cette organisation, maintenant qu’elle est interdite. Qu’en pensez-vous ?
Le métropolite Hilarion : Je ne pense pas que l’état contrôlait réellement cette organisation, parce qu’il s’agit d’une secte, qui plus est d’une secte totalitaire et nuisible. Je parle en connaissance de cause, car je me suis souvent entretenu avec d’anciens adeptes de cette secte. Dans l’église dont je suis le recteur, nous organisons tous les six mois une cérémonie de réintroduction dans l’Église des personnes l’ayant quittée pour faire partie d’une secte. Parmi elles, il y a d’anciens « Témoins de Jéhovah ».
Il s’agit vraiment d’une secte dangereuse, bien qu’elle se définisse comme confession chrétienne. Lorsque ses adeptes s’approchent des piétons dans la rue et leur proposent de prendre connaissance d’une brochure, ils ne disent pas qu’ils font partie de la secte des « Témoins de Jéhovah », ils se présentent comme chrétiens. Pourtant, ils tordent la doctrine chrétienne, proposent une interprétation inexacte de l’Évangile. La doctrine des Jéhovistes est faussée, ils ne croient pas que Jésus Christ est Dieu et Sauveur, ils n’acceptent pas le dogme de la Sainte Trinité. C’est pourquoi ils ne peuvent pas être appelés chrétiens.
Mais le danger de cette secte n’est pas tant dans ce détournement de la doctrine chrétienne, car ce n’est pas une raison pour mettre des gens en prison ou leur retirer leur licence. Elle est dangereuse parce que c’est une secte totalitaire, dont les agissements sont fondés sur la manipulation de conscience. Ses adeptes détruisent le psychisme des gens, détruisent les familles. Si quelqu’un décide de quitter la secte, ses plus proches parents, même son mari ou sa femme, ses enfants, ses parents, n’ont plus le droit de communiquer avec lui, ni doivent plus s’asseoir à sa table. L’ancien adepte devient paria dans sa propre famille si les membres de celle-ci continuent à faire partie de la secte.
Si, au contraire, quelqu’un fait partie des Témoins de Jéhovah, tandis que sa famille n’en n’est pas membre, il doit pratiquement rompre tout lien avec ses proches. Beaucoup de familles ont été ainsi détruites. Bien plus, les Témoins de Jéhovah, connus pour être contre les transfusions sanguines, sont responsables de la mort des gens qui auraient pu être sauvés par cette méthode de soin. Cela ne concerne pas seulement des vies d’adultes, mais aussi des vies d’enfants. Il y a eu des cas où des enfants sont morts parce qu’on ne leur a pas fait de transfusion sanguine à temps, la doctrine de cette secte l’interdisant.
On ne peut donc que se réjouir de l’interdiction de cette secte en Russie. En même temps, je tiens à souligner que l’Église n’est pour rien dans cette décision. On ne nous a pas consultés. L’Église, d’une façon générale, n’appelle pas à poursuivre en justice les hérétiques, les sectateurs, ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. L’état n’a pas pris sa décision en partant de motifs doctrinaux, mais parce que l’activité de cette secte a une dimension extrémiste. Il ne s’agit pas d’opposition aux fondements de la foi de telle ou telle religion, mais d’infraction au code civil.
Il est indéniable que les membres de la secte continueront leur activité. Je ne pense pas qu’il sera plus difficile de les contrôler, puisqu’on ne les contrôlait pas auparavant. Mais, du moins, ils cesseront de se présenter comme confession chrétienne. Autrement dit, sur le marché des confessions, ce produit ne sera plus présenté, ce qui sauvera certainement bien des familles et même des vies.
E. Gratcheva : En tous cas, ils ne pourront plus louer des Palais de la culture ou d’autres espaces pour leurs réunions.
Le métropolite Hilarion : Ils ne pourront plus louer de Palais de la culture, ni de stades, et leur influence délétère et néfaste diminuera donc.
E. Gratcheva : Nous venons d’apprendre que, pour la première fois depuis 930 ans, les reliques de l’un des saints les plus vénérés dans notre pays, saint Nicolas le Thaumaturge, seront amenées en Russie. Près de la moitié des églises russes lui sont dédiées, il y a des parcelles de ses reliques dans beaucoup d’églises. Alors, quel est le sens, quelle est l’importance de la visite de ces reliques, transportées depuis la ville italienne de Bari ?
Le métropolite Hilarion : Je tiens à parler de l’histoire de cet évènement. Saint Nicolas est sans doute le saint le plus vénéré, non seulement en Russie, mais dans bien d’autres parties du monde. Ses reliques étaient conservées dans la ville dont il fut l’évêque, Myre en Lycie, une ville située sur le territoire de l’actuelle Turquie. Aux VI, VII, VIII siècles, elle a souvent fait l’objet de raids de la part des Arabes, d’abord, puis des Turcs. Comme l’existence même du christianisme était menacée, en 1087, les habitants de de Bari ont pris la décision de transférer les reliques de saint Nicolas dans leur ville. Pour cela, ils ont tout simplement volé les reliques. Ils sont venus à Myre, ont ligoté les moines qui gardaient les reliques, les ont volé, et transporté en bateau. Lorsque les moines ont été libérés, il était trop tard.
Singulièrement, ce vol est célébré comme une fête dans l’Église russe. Le 22 mai, lorsque nous faisons mémoire de saint Nicolas, nous fêtons en fait la translation des reliques de saint Nicolas de Myre en Lycie à Bari. C’est un exemple de ce dont parlait saint Jean Damascène dans son Précis de la foi orthodoxe : Dieu utilise parfois les œuvres mauvaises des hommes pour en tirer un bien. On se demande, en effet, ce que seraient devenues ces reliques si elles n’avaient pas été transférées à temps à Bari. Cela s’est produit il y a 930 ans. Depuis, les reliques n’ont jamais quitté la ville italienne. Lorsque le Patriarche Cyrille a rencontré l’an dernier le Pape François, l’un des sujets de négociations a été la possibilité de transporter en Russie les reliques de saint Nicolas. C’est ainsi qu’une grande partie de ces reliques séjournera dans notre pays. Elles seront exposées à l’église du Christ Sauveur.
Saint Nicolas est un saint qui réagit étonnamment aux prières. Il y a des quantités de témoignages de grâces reçues très rapidement. Il aide dans les circonstances difficiles de la vie, dans les malheurs, et même pour résoudre les petits problèmes du quotidien.
E. Gratcheva : Monseigneur, j’aimerais soulever un thème dont nous discutons rarement dans notre émission : le cinéma. Le film d’Alexeï Outchitel’, « Matilda », qui doit prochainement sortir sur les écrans, a suscité de vives réactions dans la société. Ce film part de faits réels, l’histoire d’amour entre le futur empereur Nicolas II et la ballerine Mathilde Kchessinskaïa. Beaucoup d’orthodoxes, sans avoir vu le film, l’accusent d’offenser les sentiments des croyants. L’Église peut-elle et doit-elle, à votre avis, formuler sa propre opinion sur un film, sur une exposition, sur un livre, si ces œuvres parlent d’une personnalité canonisée ?
Le métropolite Hilarion : L’Église a naturellement déjà formulé sa position, et ce à plusieurs reprises.
Nous approchons du centenaire de la fin tragique du dernier empereur russe et de sa famille. Il y a quelques années, j’ai accompagné le Patriarche Cyrille dans un voyage en Serbie, et nous avons participé à un évènement étonnant : sous une pluie battante, le Primat de l’Église russe et le Patriarche Irénée de Serbie ont consacré un monument au tsar-martyr, le dernier Empereur de Russie, Nicolas II, en plein centre de Belgrade. C’était très touchant, car la Serbie manifestait ainsi sa reconnaissance à l’empereur de Russie, qui avait soutenu le peuple serbe.
Dans notre pays, pour autant que je sache, il n’y a aucun monument au dernier empereur russe. Nous avons des quantités de monuments à Lénine, qui peut à bon droit être critiqué. Nombre de personnages historiques douteux ont leur monument sur nos places ou sont représentés dans la toponymie de nos villes, mais le dernier empereur, pendant le règne duquel beaucoup de bonnes choses ont été faites pour le pays, n’a toujours pas de monument. Le centenaire de sa mort approche, celui de cette atroce exécution perpétrée sans jugement sur lui, sur son épouse et ses enfants mineurs. Comment le pays se prépare-t-il à cette date ? En tournant un film sacrilège, soi-disant basé sur des faits historiques, alors que les faits historiques y sont tous détournés. Ce film est, à mon avis, l’apothéose de la vulgarité.
E. Gratcheva : Vous avez vu le film ?
Le métropolite Hilarion : Oui, je l’ai vu, j’ai été invité par le metteur en scène en personne. Je dois dire qu’il y a deux ou trois ans, il m’avait montré son projet et voulait même que j’y prenne part, il pensait, par exemple, que ma musique pourrait être utilisée dans le film. J’ai dit tout de suite que le scénario me paraissait douteux et que les réactions risquaient d’être assez vives. Malgré tout, après avoir fini le film, Alexeï Efimovitch m’a proposé de le voir.
Après quelques hésitations, j’ai décidé d’aller voir le film, au moins pour ne pas être un de ceux qu’on accuse de critiquer sans avoir vu. Après avoir regardé, j’ai dit à Alexeï Efimovitch que je n’avais rien de bon à dire sur son film. Il a été déçu, peut-être vexé. Malheureusement, comme je l’ai dit, le film détourne les évènements historiques et tout y est présenté de façon caricaturale. Le film s’ouvre sur un cadre de la scène du théâtre Mariïnski : la bretelle du bustier de Mathilde Kchesinskaïa se dégrafe, dénudant le sein… L’héritier du trône, assis dans la loge impérial, se dresse sur son fauteuil, tout excité. Le film commence par cette vulgarité et continue dans le même esprit.
E. Gratcheva : Votre critique concerne le fond même de l’œuvre, donc on ne peut rien arranger au montage ou en post-production ?
Le métropolite Hilarion : Je ne pense pas qu’on puisse arranger quoi que ce soit. Certes, je n’ai vu le film qu’inachevé, il restait des choses à terminer. Mais je ne pense pas qu’on ait changé quoi que ce soit sur le fond. Et je ne pense pas non plus qu’on puisse y changer grand-chose, car c’est l’approche d’une personnalité historique de cette envergure qui est incorrecte. Je ne parle pas des qualités ou des défauts artistiques de ce film.
L’empereur Nicolas II a été canonisé, l’Église a sa façon à elle d’envisager cette personnalité. Le jour de son décès, le jour anniversaire de l’assassinat de la famille impériale, des dizaines de milliers de personnes participent à une procession allant du lieu de la fusillade au lieu présumé de l’inhumation. La procession dure cinq heures, et rassemble soixante, soixante-dix ou quatre-vingt-mille personnes. Vous vous imaginez quelle sera la réaction des fidèles orthodoxes lorsque ce film sortira !
Certes, on peut dire : vous n’avez qu’à ne pas regarder, si ça ne vous plaît pas. Mais il s’agit de notre patrimoine national, de notre histoire. Nous ne devons pas cracher sur notre histoire. Nous ne devons pas humilier de cette façon, publiquement, les gens de ce niveau, de cette envergure, en les représentant comme ce film représente le dernier empereur russe. Je ne parle même pas de la représentation de la dernière impératrice, Alexandra Feodorovna, dont le film fait une véritable sorcière, alors qu’elle aussi a été canonisée.
E. Gratcheva : Monseigneur, mais on pourrait objecter qu’il faut distinguer le personnage historique du saint orthodoxe, le souverain du martyr. Le critique littéraire I. Aïkhenvald disait bien : « Pouchkine, ce n’est pas Alexandre Serguievitch ». Où passe la frontière entre les deux ?
Le métropolite Hilarion : Nicolas II a vécu une histoire d’amour réelle, celle de son amour pour la femme qui est devenue l’impératrice. Il en est tombé amoureux dès l’adolescence, on peut même dire dès l’enfance, lorsqu’ils se sont vus pour la première fois. Et il est resté amoureux d’elle toute sa vie. Son aventure avec Mathilde Kchessinskaïa est un amour de jeunesse, qui n’a pas duré longtemps. Cette aventure s’est terminé après les fiançailles du futur tsar, et Nicolas II n’a jamais trompé sa femme. Pour résumer, il y a bien eu une histoire d’amour entre le tsarévitch et la ballerine. Mais en faire toute une histoire, en tirer une soi-disant œuvre d’art, un film qui cartonne en caisses, et célébrer ainsi le centenaire de l’assassinat de la famille impériale, tout cela est vraiment profondément incorrect.
E. Gratcheva : Le 18 avril, le Conseil d’état réuni à Novgorod a discuté de l’activité de ce qu’on appelle des « organisations de micro-finances », qui prêtent de petites sommes à des taux très élevés. Le Patriarche a publiquement condamné cette pratique, disant qu’il fallait plutôt créer des banques pour les pauvres. Comme l’Église propose-t-elle de lutter contre les usuriers du XXI siècle ?
Le métropolite Hilarion : L’Église s’est toujours prononcée contre l’usure, car l’usure est une forme légale d’exploitation des malheurs. Prenons ce qu’on appelle les « micro-crédits ». De quoi s’agit-il en réalité ? Quelqu’un n’a pas assez d’argent pour vivre jusqu’à sa prochaine paye, il fait un petit emprunt. Puis un second. Le pourcentage à rendre peut excéder plusieurs fois les sommes empruntées. Lorsque vient le moment de rendre l’argent, le créditeur n’a pas de quoi payer. On peut alors lui confisquer ses biens, son appartement, etc.
Il s’agit donc en fait d’un système criminel. Le Patriarche n’en a pas parlé pour rien : les gens viennent nous voir, nous, membres du clergé, ils écrivent au Patriarche. L’état doit contrôler cette activité. Le fait de pouvoir emprunter et rendre ensuite peu à peu une somme n’est pas mauvais en soi, cela aide beaucoup de gens, notamment les jeunes familles, qui peuvent ainsi acheter un appartement. Mais lorsque cela devient un moyen de soutirer aux gens l’argent qu’ils n’ont pas et qu’ils n’auront jamais, il s’agit d’une activité inadmissible qui doit être strictement contrôlée.
Dans la seconde partie de l’émission, le métropolite Hilarion a répondu aux questions postées par les téléspectateurs sur le site du programme « L’Église et le monde » vera.vesti.ru.
Question : Comment Dieu peut-il aider, lorsqu’un proche est à l’article de la mort ? Quelles prières peut-on dire pour que Dieu entende et aide ?
Le métropolite Hilarion : L’Église est très attentive envers les gens qui sont au seuil de la vie éternelle. Elle propose différentes prières et rites, ainsi que des sacrements qui sont célébrés pour que la personne puisse se préparer au mieux à la mort. Nous disons que toute la vie doit être une préparation à la mort, car la mort n’est pas seulement la fin de la vie terrestre, mais un passage à la vie éternelle. De notre vie sur terre dépend notre sort dans la vie éternelle. Si vous savez qu’un de vos parents va bientôt mourir, il faut avant tout se préoccuper de ce qu’il ne meure pas sans confession ni communion.
La confession et la communion sont les sacrements qui nous soutiennent tout au long de notre vie et nous aident à nous préparer à l’heure de la mort. La famille, par pitié envers le mourant, lui cache souvent l’approche de la mort, craint d’inviter le prêtre, de peur que le mourant ne devine sa fin prochaine. A cause de quoi, malheureusement, beaucoup de gens sont privés de la possibilité de se confesser et de communier avant de mourir. C’est pourquoi, si vous savez que quelqu’un va bientôt mourir, appeler le prêtre, sans attendre le moment où la personne aura déjà perdu connaissance et que la visite du prêtre devienne pratiquement inutile.

Le métropolite Hilarion : Chacun doit porter la responsabilité de sa vie et de ses actes

Le 11 mars 2014, le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a répondu aux questions de l’animatrice de télévision Ekaterina Gratcheva dans l’émission L’Église et le monde sur la chaîne Rossia-24. Cette émission est diffusée les samedis et les dimanches.

E.Gratcheva: Bonjour ! Nous nous entretiendrons avec le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. Monseigneur, bonjour.

Métropolite Hilarion : Bonjour, Ekaterina. Chers frères et sœurs, bonjour.

E.Gratcheva: Le 20 février, l’un des startsy les plus vénérés de l’Église orthodoxe russe de ces deux siècles, père spirituel de trois Patriarches, l’archimandrite Cyrille (Pavlov), est décédé. Les fidèles qu’il dirigeait le considèrent comme leur père spirituel. Comment expliquer à tous les autres ce que sont les startsy orthodoxes russes ?

Métropolite Hilarion : Les startsy illustrent un mode de direction spirituel tout à fait particulier dans l’Église orthodoxe. Tout directeur spirituel n’est pas un starets. Le mot « starets » semble renvoyer l’âge de la personne (du mot « stary », ancien, âgé, NDT), mais il renvoie en fait à l’expérience spirituelle.

Dans l’Église orthodoxe russe, n’importe quel prêtre peut être directeur spirituel, y compris un jeune prêtre. Dans l’Église grecque, la règle est différente : les confesseurs reçoivent un document officiel de leur évêque. Chez nous, au contraire, n’importe quel prêtre peut être directeur spirituel, c’est-à-dire un conseiller auquel les gens ont recours non seulement en confession, mais aussi lorsqu’ils éprouvent le besoin d’un conseil spirituel.

Le starets est un homme extraordinaire, doté d’un charisme particulier. Ce n’est pas un ministère pour l’exercice duquel on reçoit un mandat écrit ou une nomination. Le starets est un homme choisi par Dieu pour ce rôle. C’est un directeur spirituel d’un genre spécial, que des foules de gens viennent voir, notamment lorsqu’ils sont confrontés à des situations difficiles. Le starets, possédant une riche expérience intérieure, peut répondre à leurs questions. D’autre part, de nombreux startsy possèdent un don de clairvoyance, c’est-à-dire qu’ils voient l’homme tout entier. Par exemple, un inconnu vient voir un starets, mais celui-ci sait déjà comment il s’appelle, ou lui parle d’emblée des problèmes qu’il était venu exposer. Cela arrive souvent.

C’est ainsi qu’était le père Cyrille. J’ai eu le bonheur de faire sa connaissance lorsque j’avais 12 ans, et cette rencontre, ainsi que celle de plusieurs autres startsy, a joué un rôle déterminant dans mon choix de vie. Ces hommes m’ont tellement inspiré, j’ai vu en eux tant de bonté, de lumière, d’humilité, de beauté spirituelle que j’ai voulu suivre la voie du service de Dieu et de l’Église.

Ce qui frappe toujours, chez ces hommes, c’est qu’ils ont conservé toutes leurs qualités humaines de compassion, de pitié, d’amour, de sollicitude envers ceux qui viennent les voir. En même temps, dans tous leurs actes humains, ils étaient absolument pénétrés de la présence divine. Cette présence divine se faisait sentir à tous ceux qui venaient les voir.

E.Gratcheva: En dépit des stéréotypes, on remarque des représentants de toutes les couches de la société dans les foules qui font la queue à la porte du starets. Parmi eux, il y a des représentants de l’Administration présidentielle qui viennent demander conseil, ainsi que de grands financiers.

Pourquoi l’homme russe a-t-il autant confiance dans les conseils spirituels, dans les startsy orthodoxes lorsqu’il vient chercher la réponse à une question concrète ?

Le métropolite Hilarion : Avoir confiance dans le starets est tout à fait correct et tout à fait naturel. Mais il ne faut pas non plus confondre le don de Dieu, comme qui dirait, avec une omelette. Par exemple, si un homme d’affaires essaye de se décharger sur le starets de ses responsabilités dans ses affaires, je pense qu’il fait fausse route. Ou si un fonctionnaire de l’état vient faire peser sur le starets le poids des affaires gouvernementales, c’est tout à fait incorrect.

Chacun doit porter la responsabilité de sa vie et de ses actes. S’il s’agit d’une question concernant les affaires, mettons vendre ou ne pas vendre telle entreprise, on ne doit pas faire porter la responsabilité de cette décision au starets. Par contre, si le businessman a terminé une affaire et veut continuer dans une autre direction, qu’il a par ailleurs tout préparé à cet effet et veut demander la bénédiction de son directeur spirituel, il peut venir voir son père spirituel ou un starets, lui raconter son histoire, lui demander sa prière et sa bénédiction. Le starets donne généralement sa bénédiction, mais il peut arriver, dans certains cas, que le starets a eu une révélation divine, comme quoi cette nouvelle affaire n’est pas bonne, qu’elle risque de mal finir, et le starets en prévient celui qui vient le voir.

E.Gratcheva: Que pensez-vous du rôle des startsy dans la vie des serviteurs du culte et des fonctionnaires de l’état aujourd’hui en Russie ?

Le métropolite Hilarion : Les obsèques de l’archimandrite Cyrille (Pavlov) ont montré quel rôle ce starets avait joué dans la vie de milliers de personnes. Pas moins de 20 hiérarques, plus d’une centaine de prêtres et des milliers, peut-être même des dizaines de milliers de laïcs sont venus assister aux funérailles. La Laure était aussi pleine que pour les jours de fêtes de saint Serge de Radonège. Et pourtant le père Cyrille était resté alité et malade pendant des années, il ne recevait plus personne. Tous ceux qui sont venus aux obsèques l’ont connu il y a 20, 30 ou 40 ans. Il avait conservé son influence sur eux, le peuple lui conservait son affection. Je pense d’ailleurs que le père Cyrille (Pavlov) et le père Jean (Krestiankine) seront sûrement canonisés un jour par l’Église. C’est un grand bonheur d’avoir pu connaître un saint de son vivant, pas sur les icônes, mais de l’avoir vu de ses yeux.

E.Gratcheva: Et en Grèce, spirituellement proche de la Russie, comment voit-on les startsy ? Y en a-t-il beaucoup là-bas ?

Le métropolite Hilarion : Il y a aussi des startsy en Grèce, très vénérés, notamment sur le Mont Athos. Les gens viennent les voir du monde entier. J’ai eu le bonheur de connaître un starets athonite qui est déjà canonisé. Il s’agit de saint Païssi l’Athonite. Je l’ai rencontré au début des années 90. C’était quelqu’un d’absolument stupéfiant. On faisait la queue pour arriver jusqu’à lui, il recevait un grand nombre de personnes, s’entretenait avec elles des choses les plus variées. Saint Païssi était extrêmement simple dans sa manière d’aborder les gens, comme le père Cyrille. Si l’on s’en tient à leur discours, à leur façon de transmettre leurs pensées, on ne dirait pas tout de suite qu’il y a quelque chose d’extraordinaire en eux. Mais ils rayonnaient de bonté et de charité, et la grâce de Dieu se faisait sentir lorsqu’ils parlaient, ainsi que cette lumière particulière qui émanait d’eux. Je pense que c’est ce qui attirait et continue à attirer des milliers de personnes à eux.

E.Gratcheva: Les paroissiens orthodoxes d’une église située à l’intérieur du monastère Saint-Andronique a adressé au maire de Moscou une requête, demandant de rebaptiser la station de métro toute proche, « Place Ilytch » en station « André Roubliov ». Le 1er mars, l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg a voté le changement de nom du district « Parnas » en district Saint-Serge, en l’honneur de saint Serge de Radonège. Pourquoi l’Église insiste-t-elle sur ces changements de nom ? Et qui doit, à votre avis, décider de ce qui doit rester tel quel et de ce qui doit être rebaptisé ? Il y a eu tout un scandale autour du nom de la station « Voïkovskaïa », par exemple.

Le métropolite Hilarion : C’est le peuple qui doit décider de ce qu’il faut rebaptiser et de ce qu’il faut laisse comme tel, les gens doivent être satisfaits de ces nouvelles dénominations. Mais l’Église n’est pas indifférente à la question, car il s’agit de nos symboles nationaux. Les noms de terroristes, de révolutionnaires, d’assassins et de bourreaux, tous ces noms ont une connotation historique négative, ce que, je l’espère, nous finirons tôt ou tard par comprendre, car les gens sont encore assez divisés sur cette question comme sur la question de retirer Lénine de son mausolée, par exemple. Mais il me semble qu’il n’est possible de changer d’appellation que lorsqu’il existe un consensus à ce sujet.

E.Gratcheva: Quels facteurs, à votre avis, faut-il prendre encore en compte ? Les changements de nom entraînent sans doute d’importantes dépenses de la part de la municipalité, et les gens sont habitués à ces dénominations, il ne vaut pas la peine de les modifier ?

Le métropolite Hilarion : L’argument des dépenses municipales est surestimé : la ville prend constamment soin des rues, on y installe sans arrêt de nouvelles plaques. Changer les plaques, je ne pense pas que ce soit si cher. C’est plutôt un argument qui est mis en avant par les opposants aux changements de nom pour dire aux gens qu’ils les payeront de leur poche alors qu’ils n’en tireront aucun avantage.

De mon point de vue, c’est un argument démagogique, l’argument de l’habitude. Vous savez, l’habitude c’est sérieux. Je ne peux toujours pas m’habituer aux nouveaux noms de certaines stations de métro, alors qu’elles ont été rebaptisées il y a un quart de siècle. Mais je suis prêt à m’y faire pour que les noms de bourreaux et de brigands disparaissent de nos rues, de nos places, de nos stations de métro.

E.Gratcheva: Vladimir Poutine a demandé à perfectionner le programme de prévention du suicide chez les adolescents. Dans notre pays, la statistique en est effrayante. Pour la seule année 2016, on a recensé 700 suicides de mineurs. Il y a en moyenne deux fois plus de suicides en Russie que dans le reste du monde. Qu’est-ce c’est que ce nouveau phénomène des « groupes de la mort », sur les réseaux sociaux, et comment les parents peuvent-ils lutter contre ces groupes et discuter avec leurs enfants, leur expliquer de quoi il s’agit en réalité ?

Le métropolite Hilarion : C’est un phénomène terrible, dangereux et mal étudié. Pour nous, gens d’Église, il est évident qu’il s’agit du même phénomène que celui des sectes.

Certains défenseurs des droits de l’homme disent que les religions et les sectes doivent avoir les mêmes droits. Nous ne cessons de dire que les sectes sont dangereuses pour le psychisme des gens, pour leurs familles, qu’elles détruisent des vies. Ces fameux groupes de la mort sur les réseaux sociaux ont un phénomène du même ordre. Leurs fondateurs n’y voient généralement qu’une distraction, un hobby. Ils entraînent la jeunesse dans des discussions, utilisent les mêmes méthodes que les sectes, autrement dit, ils transforment les gens en zombies, les rendent dépendants du groupe. La victime sort peu à peu de la vie réelle, il lui semble bientôt que l’espace virtuel est la vie réelle. Ensuite, on lui insinue qu’il faut en finir avec la vie, qu’il faut mieux quitter la vie encore jeune afin d’éviter des problèmes.

C’est un phénomène épouvantable, et je suis convaincu que les gens qui créent ce genre de groupe doivent en porter la responsabilité pénale, car il s’agit bien d’un crime. Et il ne faut pas attendre que le suicide se commette. Aujourd’hui, pour autant que je sache, la législation ne reconnaît l’incitation au suicide comme crime que si le suicide a eu lieu ou si une tentative de suicide a été effectuée. Mais il est déjà trop tard. Nous devons pourtant remédier non aux conséquences, mais aux causes, c’est-à-dire que les gens qui font sur les réseaux sociaux la propagande du suicide doivent en porter la responsabilité pénale. Voilà ce dont les services spéciaux devraient s’occuper.

E.Gratcheva: Il y a toujours eu des suicides d’adolescents. Je me souviens que lorsque j’étais à l’école il y avait eu des cas, à cause d’un amour malheureux, ou de l’incompréhension des parents. A l’époque, cependant, il n’y avait pas de réseaux sociaux, Internet n’existait pas. Aujourd’hui, ce qui fait peur, c’est que les gens se suicident pratiquement en direct sur Internet. Qu’est-ce que ce nouveau phénomène ? Est-ce pour les adolescents un jeu dont ils ne mesurent pas les conséquences ? Et comment l’introduction d’un cours de fondements de la culture orthodoxe à l’école pourrait influer sur cette statistique, permettrait d’expliquer aux adolescents ce qu’est le suicide ?

Le métropolite Hilarion : Nous devons d’abord comprendre que nos adolescents font partie d’un groupe à risque, qu’ils ont besoin de l’attention soutenue de leurs parents, de l’école, de la société en général. Si les parents remarquent que leur enfant passe beaucoup de temps sur Internet, ils doivent se demander ce qu’il y fait. Peut-être cherche-t-il des informations intéressantes pour ses cours, ses études, c’est une chose. Mais peut-être va-t-il sur des sites pornographiques, c’est déjà autre chose. Peut-être encore est-il peu à peu happé par une secte, et c’est encore une autre situation. Les parents ne doivent pas rester indifférents.

Quant aux cours de culture orthodoxe, je pense que n’importe quel enseignement sur les traditions religieuses à l’école est l’un des vaccins contre le poison répandu par les sectes ou contre les gens qui se livrent à ces agissements. Les croyants commettent moins de suicides, car le suicide est interdit par l’Église. Du point de vue du Code pénal, le suicide n’est pas un crime ; du point de vue de l’Église, c’est un péché qui ne peut plus être racheté par le repentir. Le croyant sait que le suicide n’est pas une solution à ses problèmes et qu’il faut tâcher de trouver toutes les issues possibles aux situations difficiles, mais sans avoir jamais recours au suicide.

Dans la seconde partie de l’émission, le métropolite Hilarion a répondu aux questions des téléspectateurs postées à l’adresse du site de « L’Église et le monde », vera.vesti.ru.

Question : Un enfant peut-il être baptisé sans en avoir émis le désir et sans comprendre ce qui se passe ? N’est-ce pas lui faire violence que de l’attirer ainsi à l’Église ?

Le métropolite Hilarion : Le baptême des enfants est une tradition très ancienne, remontant aux tout premiers siècles, voire aux premières années de l’existence de l’Église chrétienne. Baptiser un enfant, ce n’est pas lui faire violence. De même que si la mère se met à allaiter son enfant, ce n’est pas l’attirer au sein par la violence.

Lorsque les parents choisissent dans quelle école envoyer leur enfants – école linguistique, école de musique, école de mathématiques ou école publique – ce sont justement généralement les parents qui font le choix. L’enfant ne participe pas au choix. Certes, on lui demande parfois son avis, mais l’initiative revient aux parents. Souvent, ce sont les parents qui décident du cheminement futur de leur enfant : dans les familles de musiciens, les enfants font de la musique, dans les familles de mathématiciens, les enfants deviennent mathématiciens, dans les familles d’hommes d’affaires, les enfants reprennent les affaires. Il y a, certes, des exceptions, mais ce sont quand même les parents qui donnent une orientation générale. Et il n’y a ici nulle violence. Au contraire, les parents doivent transmettre à leurs enfants ce qu’ils ont de meilleur. Ils doivent apprendre à leur enfant ce qu’ils savent faire.

Naturellement, lorsque l’enfant grandira, il pourra choisir sa profession, sa voie et son appartenance religieuse. Il arrive souvent que les parents apprennent la musique à leur enfant, mais il choisit le commerce. Ou les parents lui font apprendre les langues, mais il choisit une autre voie professionnelle. Il en va de même pour la confession religieuse. Il arrive que des gens éduqués dans une foi en choisissent une autre à l’âge adulte. Personne ne peut les en empêcher. Mais les parents ont sans aucun doute la responsabilité non seulement du bien-être matériel de leur enfant, mais aussi de son bien-être spirituel qui dépend avant tout de ce en quoi l’enfant croira et à quel système de repères moraux et spirituels il se référera. C’est pourquoi, non seulement on ne fait pas violence à l’enfant en le baptisant, mais c’est justement ce que les parents, s’ils sont eux-mêmes chrétiens et baptisés, doivent transmettre à leur enfant. Lorsqu’il grandira, qu’il choisisse sa voie lui-même.

Question : Selon quelles règles procède-t-on à une chirotonie ?

Le métropolite Hilarion : Le mot chirotonie est d’origine grecque et signifie « imposition des mains ». On ne peut recevoir les ordres sacrés dans l’Église que par l’imposition des mains de l’évêque. Pour devenir diacre ou prêtre, le candidat va voir l’évêque, qui lui impose les mains. Pour devenir évêque, il doit recevoir l’imposition des mains de plusieurs évêques.

Certes, l’ordination sacerdotale ou diaconale est précédée d’une longue préparation. Il faut suivre une formation dans un séminaire, une académie, et suivre une formation liturgique. En dehors de la formation, il est nécessaire de répondre à certains critères ou, comme disent les hommes d’Église, ne pas avoir d’empêchement canonique. De quels empêchements s’agit-il ? Par exemple, si un homme s’est remarié pour la deuxième fois, il ne peut devenir ni diacre, ni prêtre. Si sa femme l’a épousé en secondes noces, il ne peut pas non plus devenir diacre ou prêtre.

Telles sont les règles instituées par l’Église depuis l’Antiquité. Ces règles sont très sévères, mais elles sont instituées pour que le prêtre soit un modèle pour les fidèles. Comme l’apôtre Paul l’écrivait à Timothée : Montre-toi un modèle pour les croyants par la conduite, la charité, la foi, la pureté » (I Tim 4, 12). De nos jours, l’évêque redit ces mots de saint Paul à chaque prêtre au moment de l’ordination.

Sa Toute-Sainteté Bartholomée Ier, patriarche œcuménique: le patriarche de la solidarité

Marianne Ejdersten,directrice de la Communication du Conseil œcuménique des Églises, s’est entretenue avec le patriarche Bartolomée. Vous trouverez ci-dessous l’interview complète.

Il a été surnommé le «patriarche vert», car cela fait au moins 20 ans qu’il aborde les questions environnementales préoccupantes depuis au moins vingt ans dans son rôle de responsable religieux. En 2008, le magazine Time a classé Sa Toute-Sainteté Bartholomée Ier, patriarche œcuménique, parmi les 100 personnes les plus influentes du monde pour «avoir défini l’écologie comme une responsabilité spirituelle».

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, chef spirituel suprême du monde chrétien orthodoxe et personnalité transnationale d’importance mondiale, joue un rôle de plus en plus essentiel. Il a déployé des efforts considérables pour organiser le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe en Crète cette année. De plus, il continue à promouvoir la liberté religieuse et les droits humains, à œuvrer pour la tolérance entre les différentes religions du monde, et à travailler en faveur de la paix internationale et de la protection de l’environnement. Il est cité, à juste titre, parmi les plus grands visionnaires, artisans de la paix et tisseur de liens au monde, et comme apôtre de l’amour, de la paix et de la réconciliation.

Archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique depuis 25 ans

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, archevêque de Constantinople, a accordé un entretien spécial au centre de presse du Conseil œcuménique des Églises (COE). La discussion s’est déroulée en partie au Patriarcat œcuménique d’Istanbul, début décembre, lorsque le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, s’est entretenu avec le patriarche Bartholomée. La rencontre coïncidait avec la célébration de ses 25 ans en tant qu’archevêque de Constantinople et patriarche œcuménique.

Nous nous retrouvons chez lui, dans son bureau, une pièce accueillante aux couleurs vives, remplie de livres et d’icônes. Cette pièce raconte la vie de Sa Toute-Sainteté. Il nous accueille chaleureusement, nous propose du café et des gâteaux, nous mettant tout de suite à l’aise.

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier est né en 1940 sous le nom de Dimítrios Arkhontónis, sur l’île d’Imbros (aujourd’hui Gökçeada, en Turquie). En octobre 1991, il a été élu 270earchevêque de l’Église fondée il y a 2000 ans par Saint André, et a reçu le titre d’archevêque de Constantinople, nouvelle Rome et patriarche œcuménique.

Q: Votre Toute-Sainteté participe aux activités du Conseil œcuménique des Églises depuis de nombreuses années, en tant que membre de la Commission de Foi et constitution, mais aussi en tant qu’ancien élève de l’Institut de Bossey. Quels sont les événements du mouvement œcuménique qui vous ont le plus marqué, personnellement?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Il est vrai que je participe aux activités du Conseil œcuménique des Églises depuis le tout début de mon ministère. J’ai ensuite été membre de son Comité central et de son Comité exécutif, membre de la Commission de Foi et constitution pendant 15 ans, et vice-président de cette même Commission pendant huit ans (1975-1983). J’occupais d’ailleurs ce dernier poste au moment de l’élaboration du document Baptême, Eucharistie, Ministère sur lequel l’influence orthodoxe a été importante. En tant que représentant ou chef de la délégation du Patriarcat œcuménique, j’ai également participé à trois assemblées générales du COE: à Uppsala (1968), à Vancouver (1983) et à Canberra (1991).»

«Lors de mes études de premier cycle, j’avais déjà rencontré l’Église catholique romaine à Rome et à Munich, mais également les Églises protestantes et plus généralement, le mouvement œcuménique à Bossey, avec de très grands théologiens comme Nikos Nissiotis. Je dois d’ailleurs cette formation à mon vénérable prédécesseur, le patriarche œcuménique Athénagoras Ier qui a ouvert les esprits et les cœurs des jeunes séminaristes et ecclésiastiques du Phanar aux relations et au dialogue inter-chrétiens.»

«Transformer les ténèbres en lumière»

Q: Notre monde évolue rapidement. Nous traversons des moments difficiles, mais le croyant sait que le Seigneur est présent et actif dans le monde. Aujourd’hui, quel est le plus grand défi pour une vie de foi et pour la proclamation de l’Évangile?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Nous traversons en effet une période difficile, et même sombre, où il est complexe de déceler la présence du Christ au milieu des troubles qui agitent notre monde. Nous sommes témoins de douleurs et de souffrance, mais aussi souvent d’incertitude et d’hostilité, tout autour de nous. Pour un chrétien, il est tentant de juger et de condamner le mal évident qui règne dans la société et dans le monde. Pourtant, ce serait une réaction simpliste et contre-productive. Pour nous, chrétiens, le défi consiste à ne pas perdre de vue le Christ afin de transformer les ténèbres en lumière, le désespoir en espoir, et la souffrance en réconciliation.»

«Je me souviens de la prédication de feu le métropolite Méliton de Chalcédoine, le jour de mon ordination au diaconat, il y a 55 ans: « ne quittez jamais des yeux le Seigneur transfiguré, a-t-il dit, transmettez toujours cette lumière qui ne faiblit jamais pour personne. » Voilà ce que nous devons faire lorsque nous proclamons l’Évangile aujourd’hui. Sommes-nous si perturbés par les troubles et l’agitation qui nous entourent que nous prenons peur et perdons de vue notre approche spirituelle? Discernons-nous le visage du Christ chez nos frères et sœurs, lorsque nous voyons des centaines de milliers de personnes persécutées et poussées à chercher refuge parmi nous? Ou choisissons-nous de construire des murs de défense, des murs qui excluent, des murs qui font de l’autre une menace?»

«Les étrangers accueillis à notre table?»

Q: La crise des migrants semble préoccuper l’Europe et durera de nombreuses années. Mais elle a également créé un clivage au sein des Églises entre celles qui s’inquiètent des menaces pour leur identité, et celles qui sont plus accueillantes. À une époque qui met l’accent sur la diversité, comment Votre Toute-Sainteté voit-elle évoluer le projet d’unité? Quel espoir percevez-vous?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Dans l’Église orthodoxe, la conception théologique de Dieu est une image de Dieu comme rencontre et communion, comme hospitalité et inclusion. C’est pourquoi l’icône traditionnelle du Dieu-Trinité est une représentation de trois étrangers sous la forme d’anges accueillis par Abraham sous le chêne de Mamré, comme le décrit le chapitre 18 de la Genèse. Il ne les a pas vus comme un danger ou une menace pour ses habitudes ou ses biens. Au contraire, il a spontanément et ouvertement partagé avec eux son amitié et sa nourriture.»

«C’est en récompense de cette hospitalité désintéressée qu’Abraham se vit promettre ce qui semblait impossible, à savoir la multiplication de cette semence d’amour pendant des générations, malgré la stérilité (littéralement) de sa femme. Avons-nous tort d’espérer que notre volonté de dialogue et de coopération entre peuples aux convictions religieuses différentes et variées permette également la coexistence, apparemment impossible, de l’humanité entière dans un monde en paix? Combien d’étrangers seront accueillis à notre table?»

«Dans un document officiel intitulé « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe qui s’est déroulé en Crète, en juin 2016, a écrit: « l’Église orthodoxe pense qu’il est de son devoir d’encourager tout ce qui est mis réellement au service de la paix et qui ouvre la voie vers la justice, la fraternité, la véritable liberté et l’amour mutuel entre tous les enfants de l’unique Père céleste, ainsi qu’entre tous les peuples qui constituent une seule famille humaine. Elle compatit à tous ceux qui, dans différentes parties du monde, sont privés des biens de la paix et de la justice. »»

«Ouvrir l’horizon sur un monde diversifié»

Q: Votre Toute-Sainteté a organisé le Saint et Grand Concile en juin. Quel a été le plus important résultat de cet événement pour l’Église orthodoxe et pour l’ensemble du mouvement œcuménique?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «En effet, ce fut une grande bénédiction d’avoir l’honneur d’organiser le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe en Crète (juin 2016), avec l’accord de Leurs Béatitudes les primats des Églises orthodoxes autocéphales. Ce grand événement historique a démontré l’identité conciliaire de l’Église orthodoxe et a souligné l’âpre lutte menée pour préserver cette identité au-delà des intérêts nationalistes.»

«À ce sujet, j’exprime ma profonde satisfaction devant le fait que le Saint et Grand Concile ait décidé de maintenir l’ouverture œcuménique et les dialogues bilatéraux de l’Église orthodoxe, car l’inverse aurait représenté un retour en arrière et un repli sur soi en ces temps difficiles et troubles. Ce n’est pas le dialogue qui menace notre identité, mais au contraire le rejet du dialogue et l’auto-enfermement stérile. C’est précisément la raison pour laquelle nous avons toujours encouragé le dialogue interreligieux avec le judaïsme et l’islam qui permet d’obtenir des résultats tangibles pour la réconciliation mondiale et pour cette cause sacrée qu’est la paix.»

«Ce rassemblement sans précédent de nombreuses Églises en Crète « a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme [et] a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. » (Message final.) Comme le précise l’encyclique officielle du Saint et Grand Conseil, l’Église « témoigne dans le dialogue ».»

«Acquérir un cœur compatissant»

Q: Votre Toute-Sainteté pense-t-elle que la peur soit l’outil le plus dissuasif contre la pollution de l’environnement?

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a écrit: «nous ne devrions pas être obligés de modifier nos comportements envers l’environnement à cause de la peur de catastrophes imminentes dues aux changements climatiques. Nous devrions plutôt le faire car nous reconnaissons l’harmonie du cosmos et la beauté originelle qui existe dans le monde. Nous devons apprendre à sensibiliser nos communautés et à adopter des comportements plus respectueux envers la nature. Nous devons acquérir un cœur compatissant, ce que Saint Isaac le Syrien, un mystique du VIIe siècle, appelait «un cœur qui brûle d’amour pour l’ensemble de la création: pour les humains, les oiseaux et les bêtes, pour toutes les créatures de Dieu ».»

Bartholomée Ier a organisé huit symposiums internationaux et interreligieux, ainsi que de nombreux séminaires et sommets pour résoudre les problèmes écologiques des rivières et mers du monde. Ses initiatives lui ont valu le titre de «patriarche vert» ainsi que plusieurs prix environnementaux importants. À présent, l’Accord de Paris a été signé, et les Églises se sont engagées à œuvrer pour la justice climatique.

Q: Comment envisagez-vous l’avenir du travail œcuménique pour l’environnement? Quelle est la vision de Votre Toute-Sainteté concernant la voix du christianisme dans la transition nécessaire vers un avenir durable?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Je suis ravi que l’Accord de Paris ait été signé par un très grand nombre de pays. En effet, j’ai participé aux premières étapes des préparations de la COP 21, à l’invitation du gouvernement français. Dans ce cadre, j’ai accompagné le président Hollande aux Philippines et j’ai participé à un sommet interdisciplinaire à Paris avant la Conférence des Parties en décembre 2015. D’un côté, la 22e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de Marrakech mérite d’être célébrée. Mais d’un autre côté, elle nous rappelle malheureusement que 197 pays viennent seulement de ratifier une convention adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio, en 1992.»

«Vingt-deux ans, c’est une période beaucoup trop longue pour répondre à la crise environnementale, notamment lorsque l’on sait qu’elle entretient des liens étroits avec la pauvreté, les migrations et les troubles à l’échelle mondiale. Quel prix sommes-nous prêts à payer pour le profit? Combien de vies sommes-nous prêts à sacrifier pour un gain matériel ou financier? Et à quel prix renoncerions-nous à la survie de la création de Dieu? Vingt-deux ans plus tard, il est plus que temps pour nous tous de voir les visages des êtres humains qui subissent les conséquences de nos péchés écologiques.»

«De plus, comme je l’ai souvent rappelé, « nous sommes tous dans le même bateau ». Les changements climatiques ne concernent pas une nation, une race ou une religion en particulier. Nous ne pouvons répondre aux exigences et à l’ampleur des changements climatiques que lorsque nous assumons ensemble nos responsabilités de croyants et de citoyens.»

«Promouvoir l’unité chrétienne»

Q: Nous lisons également le texte d’une «lettre encyclique du patriarche œcuménique aux Églises orthodoxes autocéphales sœurs du Conseil œcuménique des Églises» de 1952. Que signifie cette lettre aujourd’hui pour l’Église orthodoxe?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Cette lettre encyclique aux Églises orthodoxes autocéphales sœurs a été écrite en 1952, c’est-à-dire lors des premières étapes, les plus fondamentales, de la création du Conseil œcuménique des Églises, avec le souhait d’encourager les Églises orthodoxes à participer aux activités du COE alors que la méfiance et l’hésitation régnaient, ce qu’elle a réussi à faire lors de la Troisième Assemblée du COE à New Delhi (1961). Elle est rédigée dans le même esprit que les récentes décisions du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. L’Église orthodoxe ne met pas en avant un aspect de sa foi aux dépens d’un autre. Elle cherche toujours à maintenir l’équilibre sacré, mais fragile, entre la foi et la constitution, la doctrine et la discipline, la croyance et les actions.»

«C’est pourquoi, dans son document concernant « les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien », le Saint et Grand Concile affirme sa conviction que l’Église orthodoxe « croit fermement, dans sa conscience ecclésiale profonde, qu’elle occupe une place prépondérante pour la promotion de l’unité chrétienne dans le monde d’aujourd’hui. » De plus, les Églises et évêques assemblés reconnaissent que cet engagement « émane du sentiment de responsabilité et de la conviction que la compréhension mutuelle et la collaboration sont essentielles pour ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du Christ ».»

«Contribution de l’Église orthodoxe au Pèlerinage de justice et de paix»

Q: D’après Votre Toute-Sainteté, quel défi majeur le Conseil œcuménique des Églises doit-il relever? Comment le COE peut-il continuer à être utile pour les Églises membres et l’ensemble du mouvement œcuménique? Et que peut nous enseigner votre Église dans le cadre du Pèlerinage de justice et de paix?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Le Conseil œcuménique des Églises a été fondé sur la proclamation de l’unité des confessions chrétiennes dans leur foi trinitaire tout en affirmant les différences de ses Églises membres. Il est donc important de maintenir et d’équilibrer ces deux pôles: reconnaître les principes essentiels de la foi chrétienne, tout en respectant les enseignements fondamentaux et les traditions particulières de chaque Église. Il est toujours tentant, mais aussi dangereux, de conserver un aspect de ces pôles tout en reprochant aux défenseurs de l’autre d’entraver le processus de réconciliation.»

«Au cours du Saint et Grand Concile, les Églises et les hiérarques ont échangé, parfois avec fougue, mais toujours de manière constructive, sur le travail important du Conseil œcuménique des Églises, et en particulier de la Commission de Foi et constitution. Le document sur « les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien » souligne l’engagement des Églises orthodoxes pour promouvoir l’unité chrétienne tout en contribuant « par tous les moyens dont elles disposent à la promotion de la coexistence pacifique et de la coopération portant sur les principaux enjeux socio­politiques ».»

«Le mouvement œcuménique n’est pas un « rajustement interconfessionnel » mais nous permet de respecter notre obligation d’unité chrétienne sans nous éloigner « de la vraie foi de l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». C’est pourquoi, ce même document du Concile conclut: « Dans cet esprit, l’Église orthodoxe considère qu’il est important que nous les chrétiens, inspirés par les principes fondamentaux communs de l’Évangile, essayions de donner une réponse empressée et solidaire, basée sur le modèle idéal par excellence du nouvel homme en Christ, aux problèmes épineux que nous pose le monde d’aujourd’hui. » Cela pourrait être la contribution unique et précieuse de l’Église orthodoxe au Pèlerinage de justice et de paix.»

«Insuffler l’Esprit de Dieu»

Q: Pouvez-vous décrire le mouvement œcuménique en utilisant des termes qui parlent à la jeune génération?

Patriarche œcuménique Bartholomée Ier: «Votre question contient les prémisses et la promesse de ma réponse. Le mouvement œcuménique n’est pas une allégeance idéologique ou un engagement social. Ce n’est pas une conviction politique ou du militantisme international. C’est un mouvement, et ça doit le rester. Cela signifie qu’il doit toujours être animé et dynamisé par le souffle de l’Esprit de Dieu qui doit brûler dans nos cœurs et dans nos vies. C’est cet Esprit qui réunit tous les aspects de la vie des Églises et leur donne un sens. Ainsi, c’est ce même Esprit qui explique notre engagement envers les principes et traditions de notre religion, et qui illumine notre capacité à « discerner les esprits de notre époque » et notre responsabilité de porter le témoignage de l’Évangile de manière prophétique.»

«Paradoxalement, nous ne voulons pas conseiller la jeune génération ou lui faire la morale. Sur de nombreux aspects, les jeunes ont plus à apprendre à l’ancienne génération sur l’ouverture, la douceur, le pardon et la générosité. Je recommanderais peut-être à la jeune génération de rester fidèle à elle-même malgré les forces et les efforts importants déployés pour discriminer et diviser.»

«Le mouvement œcuménique conserve une utilité dans notre monde si nous revenons aux principes fondamentaux de l’Évangile: aimer son prochain, nourrir ceux qui ont faim et accueillir l’étranger.»

Source

Lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie au sujet du Concile de Crète

Nous publions ci-dessous in extenso la lettre du métropolite de Gortyne et Megalopolis Jérémie (Église orthodoxe de Grèce), laquelle a été envoyée aux prêtres de son diocèse le 12 décembre 2016.

« Chers Frères prêtres et concélébrants,
Du 19 au 26 juin a eu lieu à Kolymbari, en Crète, le Saint et Grand Concile panorthodoxe, ainsi qu’il a été appelé. Je connais votre intérêt pour ce qui s’est passé lors de ce Concile, puisque vous me l’avez demandé au cours d’entretiens privés. Or, je vous avais dit que je vous répondrai à tous par une réponse générale. C’est ce que je fais maintenant, ce qui est mon devoir et mon obligation en tant que votre évêque.
1. En premier lieu, je dois dire ce que vous savez, c’est-à-dire que notre Église s’exprime conciliairement (synodika). Et vous-mêmes, avec votre troupeau, les chrétiens laïcs, vous constituez une Assemblée (synodos), et laquelle ! C’est la divine Liturgie qui est appelée « assemblée » (synodos) puisqu’elle est l’œuvre du peuple (leitos). Vous savez que sans l’élément laïc, vous ne pouvez célébrer la divine Liturgie. Cette Assemblée, la divine Liturgie est réellement « grande et sainte ». « Sainte », car en elle, par votre propre prière – celle du prêtre – qu’accompagnent les chrétiens fidèles pendant l’hymne « Nous Te chantons… », vient le Saint-Esprit, non seulement sur les Dons qui se trouvent sur le saint Autel, pour les transformer en le Corps et le Sang du Christ, mais aussi sur toute l’Assemblée des fidèles. C’est ainsi qu’il est dit dans la prière de la Consécration : « Envoie Ton Esprit Saint sur nous et sur les Dons ici offerts ». Et la divine Liturgie est une « Grande » Assemblée parce que malgré le fait que dans nos villages, il peut se produire que celle-ci ne soit constituée que de cinq femmes âgées, « des milliers d’archanges et des myriades d’anges… » sont présents à l’office, comme nous le disons dans la prière correspondante. Ainsi, l’Église convoque toujours des assemblées et elle a beaucoup tardé, ces dernières années, à se rassembler en Concile. Aussi, nous nous sommes fortement réjouis lorsque nous avons entendu que notre patriarche œcuménique Bartholomée convoquait un Concile panorthodoxe. Un Concile a eu lieu, auquel notre Église de Grèce a été représentée par notre Archevêque avec environ 25 évêques, une sainte délégation de toute la hiérarchie de l’Église de Grèce, que nous avons accompagnée par notre prière et notre anxiété. Beaucoup a été dit, positivement et négativement, et je vais exposer ici mon propre point de vue sur ce qui a été dit et écrit à ce Concile, et ce librement et en bonne conscience, en tant qu’évêque de l’Église de Grèce.
2. Frères dans le sacerdoce, comme nous le savons par l’histoire des Conciles de notre Église, un Concile se rassemble pour condamner une hérésie et naturellement pour régler différentes questions d’ordre et de cheminement de notre Église. Mais, principalement, notre Église se préoccupe particulièrement de la foi de ses enfants, qu’elle formule clairement dans ses Conciles, dissociant celle-ci de l’erreur et de l’hérésie. On entend parler déjà depuis de nombreuses années de l’hérésie de l’œcuménisme, une construction religieuse qui veut l’unité de tous, en dépit des différences dogmatiques. Les racines de cette hérésie se trouve dans le syncrétisme de l’Ancien Testament, qui a été combattu passionnément par ses prophètes. Oui ! Les combats des prophètes de l’Ancien Testament sont des combats contre l’œcuménisme. Par cette hérésie, que ses connaisseurs appellent à juste titre « pan-hérésie », ont été influencés nombre de nos orthodoxes. Ils disent en effet qu’il existe des clercs de haut degré qui sont enthousiastes des mouvements oecuménistes et qui les soutiennent dans leurs paroles. Un immense nombre de nos chrétiens sont scandalisés par les slogans oecuménistes qu’ils entendent. Le papisme constitue aussi une hérésie. Puisque, en raison de nos clercs et laïcs philo-oecuménistes et philopapistes, il y a une confusion dans le monde orthodoxe, il aurait fallu – c’est que nous attendions – que le Concile de Kolymbari en Crète, avec son autorité, éclaircisse les choses et parle clairement de ces deux hérésies de notre époque et en préserve les fidèles. Il ne l’a pas fait, malgré le fait que de nombreux clercs et laïcs l’avaient demandé avant le Concile, et ce avec beaucoup d’insistance et de supplications. Naturellement, les fidèles orthodoxes savent que le papisme est une hérésie, parce que nous avons à son sujet les témoignages des saints Pères et surtout celui de l’illustre Père, saint Grégoire Palamas. Les fidèles savent également que l’œcuménisme est une pan-hérésie. Aussi, en raison du danger menaçant et afin que le peuple fidèle en fût préservé, nous aurions attendu la condamnation du papisme et de l’œcuménisme par le Concile. Or nous ne l’avons pas vu.
3. Mais, paradoxalement, il semble que le Concile de Crète n’a condamné aucune hérésie, ni qu’il ait parlé d’hérésies, qu’il qualifie « d’Églises ». Ici, mes très pieux prêtres, je m’arrêterai pour procéder à une clarification du terme « Église ». Il s’agit d’un mot qui signifie en général le rassemblement, la réunion, l’assemblée des personnes. Ce mot a été utilisé dans l’antiquité. C’est ainsi que les anciens parlaient de « l’ecclesia du peuple ». Dès le début, le christianisme pour manifester sa foi et exprimer ce qu’il faisait, a accepté sans crainte et librement des expressions séculières et politiques, tels que les mots « « royauté », « force » que nous entendons dans l’office divin (« Car à Toi appartient la force, à Toi conviennent la royauté, la puissance et la gloire… »). Pour ce qui concerne notre relation avec Dieu, nous l’exprimons par le mot « foi », et encore mieux par le mot « Église ». Non pas par le mot « religion ». Lorsque nous disons « foi », nous comprenons toute notre vie, toute notre relation avec Dieu. Nous comprenons toute notre famille sacrée que nous appelons « Église ». Lorsque Jacques, le frère de Dieu, dit que « la prière de la foi sauvera le malade » (Jc 5,15), il n’a pas en vue la prière qui est faite avec foi, mais la prière que fait l’Église (c’est elle qui est appelée « foi »), raison pour laquelle elle a la force de sauver. Lorsque l’Église prie lors d’un sacrement, elle est entendue dans tous les cas, bien que le prêtre qui le célèbre soit pécheur. C’est la même chose qu’expriment les mots « Que tous se délectent du banquet de la foi » [discours pascal de St Jean Chrysostome, ndt], c’est-à-dire le « banquet » de l’Église, qui est la divine Eucharistie. Mais l’expression « Église » est encore plus profonde et plus sacrée pour manifester la Famille de Dieu. Pères et Frères, le Fils de Dieu, s’est engendré et est venu dans le monde pour créer Sa famille, laquelle est l’Église. Celle-ci est un Mystère et ne peut être limitée par des définitions. Nous concevons cependant et goûtons ce mystère de l’Église (chacun en fonction de sa pureté) dans la divine Liturgie. C’est la raison pour laquelle St Ignace le Théophore dit que l’Église est « l’Autel », c’est-à-dire la sainte Table sur laquelle est célébrée la divine Liturgie. Puisque la divine Liturgie est l’Église, ceux qui ne participent pas à la Divine Eucharistie ne peuvent y participer. Et puisque nous ne pouvons pas communier avec les catholiques, les protestants et les autres chrétiens hétérodoxes, ceux-ci ne sont pas attitrés à être qualifiés du terme sacré « d’Église ». Ils ne constituent simplement que des communautés religieuses. Cependant, le Concile de Crète les a appelé « Églises ». Naturellement, comme nous l’on dit lors de l’Assemblée [des évêques de l’Église de Grèce, ndt] qui a siégé en novembre, les Pères hiérarques de notre Église de Grèce ayant participé au Concile, le terme « Église » qui a été appliqué aux hétérodoxes, n’a pas été utilisé dans son sens principal, dogmatique mais, abusivement, dans le sens de communauté religieuse. Oui, mais dans nos textes et expressions théologiques, nous avons une autre conception de « l’Église », celle que nous avons présentée ci-dessus. Et puisqu’il s’agit donc de textes du Saint et Grand Concile, il convient que nous soyons très précis dans nos expressions. Après nous, d’autres et d’autres viendront et trouveront « prête » l’utilisation de l’expression « Église » pour les hérétiques et ceux qui sont le plus libéraux à leur égard, avec la justification au demeurant correcte que l’expression a été utilisée précédemment par un Concile. C’est pourquoi des théologiens solides se sont dressés contre cette expression, selon laquelle les hétérodoxes sont appelées « Églises », et l’ont considérée comme très erronée, surtout pour un texte conciliaire.
4. Mais nous, les évêques [de l’Église de Grèce], lors de notre Assemblée de mai de cette année, n’avions pas formulé cette expression erronée. Pourquoi notre texte a-t-il donc été modifié ? Notre texte, suivant la décision de l’Assemblée de mai, disposait : « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’autres Confessions et Communautés chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cette proposition était on ne peut plus orthodoxe. Elle a été acceptée par toute notre hiérarchie et c’est cette proposition que devait soutenir notre délégation, sans modification, devant le Concile. Or, la proposition a été modifiée comme suit : « l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Cette phrase est erronée pour la raison que nous avons indiquée, à savoir que les hétérodoxes y sont appelés « Églises ». L’expression « Églises hétérodoxes » signifie « hérétiques ». Et puisque ces « églises » sont hérétiques, comment les appelons-nous « sœurs » ? Mais l’esprit théologique aguerri du bon Pasteur de notre bien-aimée Patrie, S.E. le métropolite de Naupacte Mgr Hiérothée, qualifie clairement cette expression «d’anti-orthodoxe » ! Je m’efforcerai, Pères, de vous expliquer simplement le contenu anti-orthodoxe de l’expression « Églises hétérodoxes » sur la base de l’interprétation du métropolite de Naupacte : il s’agit d’une expression contradictoire. L’Église dispose de toute la vérité et ne peut faire erreur. Si elle est dans l’erreur, elle ne peut être l’Église. L’hérésie est une erreur. Dire « Églises hétérodoxes », c’est mettre ensemble ces deux opposés, cela signifie que nous acceptons l’erreur dans l’Église et la vérité dans l’hérésie ! C’est grotesque ! Oui, c’est ce que signifie l’expression « Églises hétérodoxes ». Je reconnais cependant que la délégation de notre hiérarchie, en utilisant l’expression « Églises hétérodoxes », de même que le Concile de Crète adoptant celle-ci, ne voulait pas exprimer l’enseignement erroné susmentionné, mais nous savons tous que, dans les textes conciliaires doit exister l’exactitude et la clarté. Il n’est pas permis dans des textes conciliaires d’utiliser de telles expressions erronées. Ceci, selon le rapport du métropolite de Naupacte connaît un précédent historique. Dans la « Confession de Loukaris », qui a été écrite ou adoptée par le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris, il est dit que l’Église dans son cheminement peut tomber dans l’erreur et, au lieu de la vérité, dire le mensonge. Le patriarche formule littéralement la proposition suivante : « Il est vrai et certain que, dans son cheminement, l’Église peut errer et, au lieu de la vérité, choisir le mensonge ». Le sens de l’erreur de cette proposition de Cyrille Loukaris est formulée exactement par l’expression « Églises hétérodoxes » du texte du Concile de Crète, après l’altération de la première expression très orthodoxe de notre hiérarchie. Or, le Concile de Constantinople de 1638 a anathématisé le patriarche Cyrille Loukaris pour son expression anti-orthodoxe susmentionnée, selon laquelle l’Église peut être dans l’erreur. Toujours est-il que l’expression erronée « Églises hétérodoxes » restera maintenant, si le Concile de Crète est reconnu, en tant qu’écrite officiellement dans son texte et sera utilisée bel et bien et très librement comme permise et valide. Comme cela nous est connu, le mot « Église » a été attribué au XXème siècle pour la première fois à des chrétiens qui se trouvent hors d’elle, et ce par la proclamation du Patriarcat œcuménique de 1920. S.E. le métropolite de Naupacte, dans sont texte à la hiérarchie de novembre de cette année se plaint à juste titre que la nouvelle proposition avec l’expression erronée n’a pas été étudiée par la délégation de notre hiérarchie, mais a été faite « pendant la nuit du vendredi au samedi », mentionnant que le rédacteur de la proposition « ne connaît pas la dogmatique de l’Église orthodoxe catholique », et qualifiant la phrase controversée de « diplomatique et non théologique ». C’est une phrase qui facilite l’hérésie et la pan-hérésie de l’œcuménisme, disons-nous.
5. Dans le texte final de la délégation de notre hiérarchie, comme cela a été de nouveau relevé par S.E. le métropolite de Naupacte, il y a une autre faute sérieuse, dogmatique et ecclésiologique. Il est écrit dans le texte : « D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. Cependant, l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle ». Le métropolite de Naupacte considère à nouveau la première phrase du texte « impie et anti-orthodoxe ». Effectivement ! Cette phrase est telle parce qu’elle exprime le point de vue protestant sur l’Église invisible et visible. Lorsque Luther et, avec lui, Calvin et Zwingli, se sont détachés de Rome, ils ont développé la théorie sur l’Église invisible et visible, afin que l’on ne pense pas qu’ils étaient en dehors de l’Église. L’Église invisible, à laquelle ils pensaient appartenir, était selon eux unie, tandis que les Églises visibles sur terre (ils avaient d’abord appartenu à l’une d’entre elles – celle de Rome –) étaient divisées et s’efforçaient de trouver leur unité. Notre théologien Lossky, dénonçant cette ecclésiologie protestante, qui divise l’Église en visible et invisible, la met en parallèle avec l’hérésie de Nestorius, qui a divisé la nature divine et humaine dans la Personne du Christ. De cette théorie des Protestants sur l’Église visible et invisible, qui est sous-jacente dans l’expression du texte conciliaire que nous jugeons, « partent – dit le métropolite de Naupacte – d’autres théories, comme celle des branches, la théologie baptismale et le principe d’inclusivité ». Aussi, nous devons faire très attention. L’expression du Concile «D’après la nature ontologique de l’Église… » est bizarre. Je vais maintenant examiner le sujet d’un autre angle, Pères, pour que vous compreniez l’erreur de l’expression. Je vous le demande, mes frères concélébrants : Pourquoi appelons-nous le miracle de la Divine Eucharistie « changement » des saints Dons et non « transsubstantiation » ? Parce que l’expression « transsubstantiation » rappelle la théorie de Platon et d’Aristote sur les idées, les archétypes, qui selon eux sont la substance des choses terrestres. Ainsi, le terme «transsubstantiation » pour exprimer la Divine Eucharistie manifeste que sont changés non pas le pain et le vin lui-mêmes, mais leurs archétypes dans le monde d’en-haut, les idées. C’est pourquoi, je le répète, le miracle de la Divine Liturgie, est appelé par nous « changement » et non « transsubstantiation ». De même maintenant, l’expression « unité ontologique de l’Église » nous renvoie en quelque sorte à cette théorie de Platon et d’Aristote. Pour cette raison, il ne faut pas l’appliquer à l’Église, afin que l’on ne nous critique pas, par cette expression, de « protestantiser », que l’on ne nous accuse pas de vouloir soi-disant déclarer ainsi la véritable unité de l’Église invisible en opposition à celle qui est visible sur terre. C’est à cela que se réfère le mot « cependant » qui suit.
6. Je ne vous ai pas parlé, mes Pères, de tous les sujets du Concile de Crète, mais d’un seul seulement, le plus sérieux peut-être, parce qu’il est ecclésiologique. Au sujet de ce texte du Concile qui concerne le thème que j’ai exposé, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste [et non « l’ensemble » selon la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien, l’érudit métropolite de Naupacte dit précisément dans son exposé à l’Assemblée de la hiérarchie de l’Église de Grèce au mois de novembre de cette année : « Ce que je puis dire est que ce texte n’est non seulement pas théologique, mais aussi qu’il n’est pas clair, n’a pas de perspectives et de bases claires, qu’il est diplomatique. Comme cela a été écrit, il se distingue par une ambiguïté diplomatique créatrice. Et comme texte diplomatique, il ne satisfait ni les Orthodoxes, ni les hétérodoxes (…) Le texte soulève de nombreux problèmes, malgré certaines bonnes formulations générales. C’est ainsi que lorsque seront publiés les Actes du Concile, où sont reflétés les points de vue réels de ceux qui ont décidé les textes et les ont signés, il apparaîtra clairement que la théorie des branches a dominé au Concile, la théologie baptismale, et principalement le principe d’inclusivité, c’est-à-dire le glissement depuis le principe d’exclusion au principe d’inclusion (…) Beaucoup ont compris que ce texte a été écrit et décidé en vitesse et n’est pas finalisé, puisqu’il a été signé par les évêques le dimanche matin, et encore pendant la sainte Liturgie ! » Ces passages émanant de S.E. Mgr Hiérothée sont très significatifs et il faut les prendre sérieusement en compte et ne pas les négliger.
7. Nombreux sont ceux qui demandent : Reconnaîtrons-nous ce Concile ? Cela sera décidé par tous les les hiérarques de notre Église de Grèce. Notre archevêque Jérôme, accorde toujours la liberté de parole pour chaque point de vue qui s’exprime et il accepte toutes les positions. Nous l’en remercions. Mais nous savons, par l’histoire des Conciles, que beaucoup de sessions avaient lieu lors des Conciles œcuméniques lesquelles duraient des années. L’Église de Roumanie a décidé que les textes du Concile de Kolymbari en Crète peuvent être modifiés sur certains points, être développés par un futur saint et grand Concile de notre Église, être parachevés, et permettre ainsi un accord panorthodoxe. Parce que maintenant, au Concile de Crète, quatre Patriarcats n’ont pas participé, à savoir Antioche, Russie, Bulgarie et Géorgie. Ceci se produisait dans l’histoire des Conciles, nous le répétons. Il y avait beaucoup de sessions qui duraient des années. Et ces sessions étaient par la suite considérées comme un seul Concile.
8. Peut-être, Pères, ce que je vous ai dit peut paraître pour vous des points de détails, cela peut vous sembler quelque peu étrange, et vous pouvez peut-être m’accuser d’attribuer de l’importance aux mots et aux expressions. Cependant, mes Pères, notre foi orthodoxe s’exprime avec la précision des mots, qui sont chargés d’un profond sens théologique. Et comme nous le savons, notre Église a livré de grandes luttes pour la formulation correcte des dogmes de notre foi. Nous avons besoin de beaucoup de prière et de réflexion. Non d’actes précipités. J’attendrai, chers concélébrants et frères, vos questions, objections et désaccords sur ce qui a été dit, et nous parlerons à nouveau du Concile de Kolymbari en Crète. Priez pour moi.
Avec mes meilleurs souhaits et l’amour en Christ,
+ Le métropolite de Gortyne et de Megalopolis Jérémie »

Source

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie a pris position sur le Concile de Crète et le texte « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »

En date du 29 novembre, l’Église orthodoxe de Bulgarie a arrêté sa position sur le Concile de Crète et en particulier le texte de ce Concile intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste [et non pas « l’ensemble » comme il est dit dans la traduction française officielle, ndt] du monde chrétien ». Nous publions ci-dessous le texte intégral du document du Saint-Synode :

« Prise de position du Saint-Synode [de l’Église orthodoxe bulgare] concernant le Concile de Crète (2016) et le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie, lors de sa session du 15 novembre (protocole n° 22), siégeant au complet, a examiné le texte ‘Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien’ adopté par le Concile ayant eu lieu en juin de cette année en Crète, a pris la position suivante :

Lors de la session du 1er juin 2016, protocole n° 12, le Saint-Synode, siégeant au complet, décida de proposer le report du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe, afin que la préparation à sa réalisation fût continuée. Dans le cas contraire, le Saint-Synode avait décidé que l’Église orthodoxe bulgare n’y participerait point.

Par la suite, les Saints-Synodes d’autres Églises orthodoxes locales participant à l’organisation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sont intervenus avec des propositions semblables. Puis quatre Églises locales autocéphales ont déclaré leur non-participation (dans l’ordre chronologique) : l’Église orthodoxe bulgare (décision du 1er juin de cette année), le Patriarcat d’Antioche (décision du 6 juin de cette année), l’Église orthodoxe de Géorgie (décision du 10 juin de cette année), l’Église orthodoxe russe (décision du 13 juin de cette année). Du 16 au 27 juin de cette année, en l’Académie orthodoxe de Crète, République de Grèce, a été réalisé le Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe planifié, mais sans la participation de quatre Églises locales, et en l’absence de l’Église autocéphale orthodoxe en Amérique (OCA) reconnue comme telle par l’Église orthodoxe de Bulgarie et dont la participation, dès le début, n’a pas été prévue, pas même en tant qu’hôte. Au Concile étaient présents les représentants des médias et les invités de communautés religieuses hétérodoxes (catholique-romaine, anglicanes et d’autres).

Le Concile réalisé en Crète, a voté et adopté avec certaines modifications six documents préconciliaires, et également son « Encyclique » ainsi que son « Message ». 33 évêques participant au Concile n’on pas signé le document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », et certains des hiérarques non signataires (parmi eux des théologiens orthodoxes faisant autorité) ont publié des explications de leur position. Par sa lettre, protocole n° 798 du 14.07.2016 (Référence de la réception à la chancellerie du Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie :  n° 498 du 20.09.2016), S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a expédié au Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie les documents votés et adoptés par le Concile. Après une traduction spécialisée, effectuée par un traducteur autorisé dans le but donné, les métropolites diocésains [de l’Église orthodoxe bulgare] ont reçu lesdits documents.

La première conclusion importante est que, par rapport à leur rédaction préconciliaire, les documents votés et adoptés par le Concile de Crète ont subi certaines modifications, mais celles-ci ne sont pas essentielles et elles sont insuffisantes pour que lesdits documents soient adoptés de façon panorthodoxe.

I. Sur le document « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

1. En ce qui concerne le texte du point 4, on peut dire que l’Église orthodoxe sous « l’union de tous » a toujours compris la réunion à elle ou le retour dans son sein, par le saint Baptême, la sainte Chrismation et la Pénitence, conformément aux règles canoniques de l’Église, de tous ceux qui errent selon les éléments de ce monde, et qui se sont séparés d’elle par l’hérésie et le schisme. L’Église une, sainte, catholique et apostolique n’a jamais perdu l’union dans la foi et la communion dans le Saint-Esprit, et ne peut accepter l’expression « rétablissement de l’unité » avec « les autres chrétiens », étant donné que ladite unité existe immuablement dans le Corps du Christ et que seuls l’unité et l’unicité constituent les propriétés essentielles de l’Église. De même que l’Église orthodoxe ne peut pas non plus adopter les différents enseignements et conceptions sur lesquels les hétérodoxes fondent ladite unité. Telles sont les théories sur l’existence d’une quelconque « unité » apparente de toutes les confessions chrétiennes comme, par exemple, l’enseignement sur « l’église invisible », la « théorie des branches », « la théologie baptismale » ou « l’égalité des dénominations ». Toutes ces théories peuvent êtres reliées à l’enseignement scolastique sur la grâce créée du Saint-Esprit, qui a été conciliairement condamné par la Sainte Église. Si au contraire on accepte une telle doctrine, l’existence de la grâce Divine dans les différentes confessions chrétiennes, se différenciant dans différentes dénominations qualitativement et quantitativement, peut alors être fondée. Conformément à cette théorie hétérodoxe, il est admis que pour autant que des actes liturgiques soient accomplis dans une communauté chrétienne, ils peuvent de différentes façons produire la vie dans la grâce, qui varie en fonction de l’état de chaque confession. Cette théorie théologique affirme que soi-disant les actes liturgiques peuvent donner l’accès au salut des chrétiens des communautés correspondantes, auxquelles ils appartiennent. En raison de cette existence supposée de la grâce dans chaque dénomination chrétienne, il conviendrait d’entreprendre des efforts communs afin que soit atteinte la plénitude de l’unité en Christ (cf. décret du l’œcuménisme du Concile Vatican II).

2. En ce qui concerne la recherche « l’unité perdue de tous les Chrétiens », exprimée et confirmée par le point 5, nous considérons que cela est inacceptable et inadmissible, étant donné que l’Église orthodoxe n’a jamais perdu son unité interne, malgré les hérésies et les schismes qui constituent un détachement du Corps de l’Église, par lequel le Corps mentionné ne perd pas son intégrité ontologique initiale, qui est renfermée dans l’indivisibilité ontologique de l’Hypostase du Christ.
3. Dans les points 6, 16 et 20 est reconnue « l’appellation historique » «des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle », malgré le fait que dans le point 1 du document est affirmé autre chose, à savoir qu’aucune communauté hérétique ou schismatique ne peut être appelée « Église ». L’existence d’une pluralité d’Églises est inadmissible, conformément aux dogmes et aux canons de l’Église orthodoxe. En outre, on part initialement du principe, dans le point 2, que « L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et elle a été vécue jusqu’à ce jour en son sein ».
L’addition de l’expression « appellation historique », ainsi que l’explication selon laquelle les confessions hétérodoxes ne se trouvent pas en communion avec l’Église orthodoxe, n’ôte pas le caractère problématique et erroné du texte donné. Dans le passage mentionné au point 6 du document, sont juxtaposées des réalités contradictoires. Est-ce que l’appellation « orthodoxe » rapportée à l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique et qui constitue une appellation historiquement confirmée, diminue sa réalité et sa signification ? Toute appellation juste, surgissant dans l’histoire, reflète une essence définie, une réalité existante. Dans le cas contraire, elle est un concept sans ampleur réelle, simplement quelque nom sans objet réel, qui l’exprimerait ou la refléterait. Un tel nom sans objet réel constitue une fiction.
Dans une telle configuration, il fallait alors mentionner dans le document conciliaire que « l’appellation historique » des « églises », appliqué aux communautés s’étant détachées de l’Église orthodoxe, est une appellation fictive, sans référence réelle à la réalité. Si nous n’émettons pas la réserve en question, l’appellation historique « Églises hétérodoxes » aura une référence historique réelle, à laquelle elle se rapporte. C’est-à-dire que nous reconnaissons l’existence réelle d’autres Églises, distinctes de l’orthodoxe, ce qui entre en contradiction évidente avec le point 1 et les paroles initiales du point 6 du document (L’Église Une et Unique).
4. L’affirmation contenue dans le paragraphe 12 selon laquelle « au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour », est trop simpliste et non exhaustive des dimensions du processus. L’unité suppose l’identité de la foi, l’unanimité et l’unité d’action dans toutes les définitions dogmatiques et les règles ecclésiales, confirmées par les Conciles œcuméniques, de même que dans la tradition liturgique et la vie sacramentelle dans le Saint-Esprit. La façon de réaliser cette unité repose sur la pénitence, la confession de la foi orthodoxe et le Baptême.
5. Dans le point 20, il est indiqué que « les perspectives des dialogues théologiques engagés par l’Église orthodoxe avec les autres chrétiens sont toujours déterminées sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée », mais il serait plus exact de remplacer l’expression « de la tradition ecclésiastique déjà constituée », par « la tradition de l’Église orthodoxe ».
6. L’impression générale du document donné est la suivante : il contient de nombreuses expressions ambiguës et de termes ecclésiologiques impropres. C’est également un fait important que le but fondamental des dialogues théologiques menés avec les confessions hétérodoxes ne soit pas mis en évidence dans le document de façon fondée et exhaustive, à savoir le retour des hétérodoxes selon l’ordre canonique dans le sein de l’Église orthodoxe. De même, les fondements et principes essentiels des dialogues donnés ne sont pas manifestement pas formulés. Au lieu de cela, dans le point 16 et suivants, l’organisation non gouvernementale « Conseil œcuménique des Églises » à laquelle, Dieu soit loué, l’Église orthodoxe bulgare ne participe plus depuis longtemps, est légitimée.
7. Contrairement à l’objectif principal que nous avons mentionné plus haut dans le point 6 du document (points 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15), la méthodologie de conduite des différents dialogues est réglementée de façon cohérente et exhaustive.
8. Le texte du point 22 présuppose l’infaillibilité du Concile qui s’est réuni en Crète et l’attitude non critique envers celui-ci, étant donné que dans le point concerné, il est affirmé que « la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue l’autorité suprême en matière de foi et des règles canoniques ». Mais on pourrait mentionner des périodes entières de l’histoire ecclésiastique qui montrent que le critère définitif de confirmation des Conciles œcuméniques est la conscience dogmatique vigilante de tout le plérôme orthodoxe. Le système des Conciles œcuménique et panorthodoxes ne peut assurer automatiquement et mécaniquement la justesse de la foi confessée par les chrétiens orthodoxes.
II. Conclusion principale
Le Concile qui s’est déroulé en Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe.
1. Et ce, tant en raison de la non participation d’un certain nombre d’Églises locales autocéphales, que des fautes organisationnelles et théologiques qui y ont été permises. Malgré cela, nous respectons et estimons les efforts de tous les organisateurs et participants à sa réalisation.
2. L’examen attentif des documents adoptés au Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d’entre eux contiennent des affirmations non conformes à l’enseignement ecclésial orthodoxe, à la tradition dogmatique et canonique de l’Église, à l’esprit et à la lettre des Conciles œcuméniques et locaux.
3. Les documents adoptés en Crète sont sujets à une nouvelle discussion théologique dans le but de les rectifier, rédiger à nouveau et corriger, ou de les remplacer par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la tradition de l’Église.
L’Église orthodoxe bulgare constitue une partie indissociable, un membre vivant de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. En tant que partie du Corps du Christ, sur le territoire local de la Bulgarie et des diocèses bulgares à l’étranger, l’Église orthodoxe de Bulgarie continuera à l’avenir également à rester en communion eucharistique fraternelle, en communion spirituelle, dogmatique et canonique avec toutes les autres Églises orthodoxes locales – tant avec celles qui ont participé au Concile de Crète que celles qui ses sont abstenues. L’Église n’est pas une organisation séculière, mais un organisme divino-humain. Elle ne doit pas être sujette dans sa vie conciliaire à l’influence des intérêts politiques et séculiers et aux divisions en résultant. Son chef est le Seigneur Jésus-Christ, qui est « la voie, la vérité, et la vie ».
Les principes d’autocéphalie et de conciliarité de la vie ecclésiale non seulement ne se contredisent pas, mais se complètent mutuellement, découlant l’un de l’autre et se trouvant entre eux en pleine unité ».

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L’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce examine la question du Concile de Crète

S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, en tant que président de l’Assemblée des évêques, s’est adressé aux membres de celle-ci, remerciant leurs Éminences les hiérarques pour leur venue à la Réunion, soulignant ce qui suit : « Le simple et seul souvenir de la Parole salvatrice de notre Seigneur selon laquelle « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matth. XVIII, 20), est suffisante pour que l’on comprenne la signification spirituelle énorme que revêt, seulement en lui-même en tant qu’événement, la convocation et la réalisation du Saint et Grand Concile de l’Église en Crète, un Concile de tant de Primats des Églises orthodoxes, de tant d’évêques et autres pères. Si nous prenons en considération que l’antique institution synodale est une institution avec une dynamique exceptionnelle, une institution inextricablement liée à la conscience du plérôme de notre Église, il devient alors clair qu’un Concile [c’est-à-dire l’Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, ndt] après celui-ci doit offrir une Parole spirituelle et ecclésiale fondée et en n’aucun cas ne peut être considérée comme ayant un caractère de constatation, de validation ou de pure procédure formelle. La place de chacun d’entre vous dans le système synodal n’est pas décorative, mais organique et, par voie de conséquence, profondément essentielle. Dans ce cadre de la présence vivante et de l’énergie du Saint-Esprit dans la vie de l’Église, je suis certain qu’en demandant tous l’illumination de Dieu, nous soumettrons de façon responsable nos pensées, nos propositions, notre témoignage personnel, c’est-à-dire ce qu’exigent notre conscience hiérarchique et notre responsabilité épiscopale au sein du Corps de notre Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». S.E. le métropolite de Karystia et de Syros Mgr Séraphim, en tant que vice-président de l’Assemblée, a répondu à l’allocution de l’Archevêque, de la part de leurs Éminences les hiérarques. Ensuite, conformément à l’ordre du jour, le métropolite de Serrès et de Nigriti Mgr Théologue a lu son rapport intitulé « Informations au sujet des travaux effectués par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe ». Dans son rapport, le métropolite s’est référé au fait que la conscience conciliaire, à caractère fondamental, dirige, oriente et illumine toutes les expressions institutionnelles de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Pour cette raison, les décisions des sept saints Conciles œcuméniques du premier millénaire chrétien, reconnus officiellement, de même que les Conciles majeurs à valeur universelle tenus ensuite, constituent le critère indubitable, non pas seulement pour l’exactitude dogmatique, la théologie, la vie liturgique et l’ethos de l’Église orthodoxe, mais aussi pour la vie en et selon le Christ du plérôme de celle-ci. Ensuite, le métropolite a procédé à une revue historique de la préparation, au cours de longues années, du Saint et Grand Concile, laquelle a commencé en 1930 et a été réalisée en juin de cette année. Poursuivant son exposé, il a fait référence à la contribution continuelle de l’Église de Grèce à la préparation du Concile au niveau organisationnel, à sa précieuse participation à la finalisation des textes votés par le Saint et Grand Concile, de même qu’à toute sa présence, qu’il a qualifiée de digne, substantielle, traditionnelle, vigoureuse, féconde par ses interventions, unificatrice, pluraliste, synthétique, souple, réaliste et fraternelle. Abordant plus concrètement la présence de la délégation de l’Église de Grèce au Saint et Grand Concile, il a souligné de façon caractéristique : « Sa Béatitude le président de notre organisme [c’est-à-dire de l’Assemblée des évêques, l’archevêque d’Athènes Jérôme, ndt], a presque quotidiennement convoqué une consultation de tous les membre de notre délégation afin d’évaluer le cheminement des travaux et de tracer une ligne unique en vue du soutien de la lettre et de l’esprit des prises de positions et des décisions de l’Assemblée des évêques [de l’Église de Grèce qui avait défini au préalable la marche à suivre de sa délégation au Concile panorthodoxe, ndt]. La parole était libre pour tous et les prises de positions de tous ont été respectées. La voie vers l’obtention de l’unanimité dans la salle de réunion de l’Assemblée conciliaire n’a été ni facile, ni toujours pavée de roses, selon le rapport de Sa Toute-Sainteté le président du Corps conciliaire [c’est-à-dire le patriarche Bartholomée, ndt] dans son adresse finale. Il y eut des moments et des heures d’anxiété accrue, de stress psychique et de perplexité intense ». Dans la suite de son exposé, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a présenté la liste complète des 162 hiérarques participant et a communiqué en détails le programme des travaux, les propositions, les amendements et modifications soumis par la hiérarchie du Saint-Synode de l’Église de Grèce au sujet des textes à discuter et à voter par le Saint et Grand Concile. Mentionnant les décisions finales du Concile, il a fait remarquer entre autres : « Le saint et grand Concile a travaillé soigneusement et a pris des décisions sur des sujets à caractère pastoral, comme ceux du jeûne agréable à Dieu et les empêchements au mariage, sur des sujets d’ordre canonique et administratif, comme ceux de la diaspora orthodoxe et statut ecclésial de l’autonomie, et finalement sur les questions des relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien et sa mission envers le monde contemporain. Il a édité pour le peuple et le monde deux textes théologiques de témoignage, de morale et d’actualité orthodoxes, à savoir une Encyclique et un Message. Il a été présenté au monde entier le témoignage dans l’Esprit Saint de notre très aimée Mère, l’Église orthodoxe, sur des sujets fort actuels et brûlants comme : 1) la proclamation de la conscience qu’à d’elle-même la sainte Église orthodoxe en tant qu’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ. 2) la nécessité pastorale de la mission, de la ré-évangélisation et de la nouvelle immersion des hommes dans les flots vivifiants de la foi et de la tradition orthodoxes. 3) La formulation des principes nécessaires de déontologie et d’éthique pour la recherche scientifique et technologique qui progresse rapidement, atteignant même aujourd’hui mystère sacré de la vie. 4) La sacralité du mystère du Mariage comme icône de l’amour du Christ envers l’Église et l’institution de la famille. 5) La préoccupation indispensable pour les questions d’instruction et d’éducation chrétienne des jeunes. 6) Le phénomène de la mondialisation. 7) L’horreur de la guerre. 8) le problème brûlant des migrants économiques et des réfugiées. 9) Les relations de l’Église et de la science et de l’Église et de la politique. 10) La crise écologique. 11) La pauvreté, la sécularisation, la solitude et de l’individualisme dans les relations entre les hommes. Le Saint et Grand Concile a également élevé une voix de protestation contre le déplacement impitoyable de leurs foyers ancestraux et les persécutions des populations chrétiennes, et a demandé la protection de la liberté religieuse, a condamné sans appel le fanatisme religieux, soulignant que chaque guerre au nom de quelle religion que ce soit, constitue une guerre contre le fait religieux lui-même. Enfin, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». Le rapporteur a exprimé les remerciements de tous les participants au Saint et Grand Concile à l’Église-hôte de Crète, et par extension, au Patriarcat œcuménique pour la présentation exemplaire et la réalisation de cette brillante organisation panorthodoxe et de portée mondiale. Il a aussi remercié S.E. le secrétaire en chef et les Services synodaux de l’Église de Grèce, pour la préparation en tout point excellente et minutieuse de tout ce qui concernait la participation de notre Église à cette grande organisation panorthodoxe. Le métropolite a ensuite recommandé les propositions suivantes en vue de la valorisation pastorale des Textes-Décisions du Saint et Grand Concile de Crète :
« 1) Le renvoi, par la décision du Saint-Synode permanent, aux Commissions synodales compétentes concernées des décisions du Saint et Grand Concile en vue d’une étude mesurée, de leur approfondissement et leur interprétation, analyse et valorisation selon les saints Pères (par exemple, les Commissions synodales des questions dogmatiques et nomocanoniques, des relations interchrétiennes, de la Pastorale, de l’Office Divin, de la presse, etc). Comme il se doit, les rapports des organes synodaux susmentionnés seront soumis ensuite au Saint-Synode permanent ou à l’Assemblée des évêques pour action.
2. La collaboration avec les Facultés de théologie nationales pour les questions d’étude théologique des textes et de la valorisation des résultats du Saint et Grand Concile.
3. L’information au niveau des diocèses métropolitains, en premier lieu du clergé paroissial, des communautés monastiques et de nos collaborateurs directs, au sujet du Saint et Grand Concile et de Ses décisions en général, et des décisions/prises de positions y relatives de l’Église de Grèce en particulier, en vue de l’édification des fidèles et pour éviter les mauvaises interprétations (Étude attentive et valorisation du matériel concerné. Textes, Encyclique, Message, études scientifiques et analyses).
4. Information, comme il se doit pastoralement, du plérôme de l’Église de Grèce par l’édition d’une Encyclique concise et rédigée dans une langue abordable, comme l’a déjà fait l’Église de Chypre, pour l’édification et l’information responsable (Édition par les soins du Saint-Synode permanent d’un feuillet informatif « pour le peuple »).
5. Développement dans les groupes d’études paroissiaux, équipe catéchétiques et dans les prédications dans le cadre des diocèses métropolitains de l’Église de Grèce, des considérations, de l’œuvre et des résultats du Grand Concile.
6. Présentation d’émissions, par la station radiophonique de l’Église, concernant l’histoire, les buts et les résultats, pour l’organisation ecclésiale, du Saint et Grand Concile. À cette fin, on pourrait faire appel aux hiérarques, professeurs des Facultés théologiques, à des voix sobres et structurées.
7. Mise en ligne sur le site internet de l’Église de Grèce des textes votés du Saint et Grand Concile, des études et des analyses sérieuses.
8. Attribution à la Commission synodale des relations inter-orthodoxes et interchrétiennes de la constitution d’archives complètes et exhaustives sur tout ce qui concerne le Saint et Grand Concile.
9. Enfin, notre très sainte Église pourrait, par les soins et avec l’assistance du Saint-Synode, charger une Commission synodale compétente et spéciale, de l’évaluation des textes fondés ecclésialement et théologiquement, qui ont déjà é

té écrits et qui contiennent des positions, soit positives soit comportant des réserves, au sujet des décisions du Saint et Grand Concile. Il est de notre devoir, en tant que pasteurs responsables et affectueux, d’entendre avec la plus grande attention et la sensibilité pastorale toutes les positions sérieuses et édifiantes. L’aboutissement de cette étude, que je considère comme exprimant fortement un ethos et une qualité conciliaires, peut aider, valoriser adéquatement, essentiellement, notre très sainte Église et le Concile panorthodoxe en général ». Concluant son rapport, S.E. le métropolite de Serrès et Nigriti Théologue a déclaré de façon caractéristique : « Enfin, très respectés Pères, l’approche axiologique, avec toujours des définitions ecclésiologiques, patristiques et pastorales, du Saint et Grand Concile qui s’est réuni à Kolymbari en Crète, l’approche axiologique, avec toujours des limites ecclésiologiques et dans le Saint-Esprit, du Saint et Grand Concile est suspendue à l’histoire qui agit sobrement et intègrement, et principalement à la conscience vigilante et divine du Corps ecclésiastique ». S’en est suivi un large dialogue sur le rapport, au cours duquel de nombreux hiérarques ont pris la parole. Les discussions doivent continuer le 24 novembre 2016.

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L’archevêque Job (Getcha) de Telmessos du Patriarcat de Constantinople : « Le territoire de l’Ukraine est le territoire canonique de l’Église de Constantinople »

ArticleImages_64119_Getcha_puDans une interview en date du 29 juillet 2016 au site ukrainien RISU, que nous publions in extenso ci-dessous, l’archevêque Job (Getcha) s’exprime sur les Églises qui n’ont pas participé au Concile panorthodoxe, le sort des groupes marginaux à tendance eschatologique, la raison du blocage de la question de l’autocéphalie et sur l’espoir éventuel, pour les orthodoxes d’Ukraine, d’obtenir celle-ci.

– Monseigneur, quelles sont les impressions du Concile panorthodoxe en Crète ? Est-on parvenir à faire ce qui était prévu ? L’organisation et les résultats sont-ils satisfaisants ?

– Fondamentalement, le Concile s’est déroulé avec succès, en ce sens que tous les documents qui étaient préparés et coordonnés lors du processus panorthodoxe de préparation, ont été adoptés. Bien sûr, avec quelques corrections, mais celles-ci sont mineures, et ne changent pas le fond du contenu des documents. Aussi, nous considérons que le Concile s’est déroulé avec succès. Il est malheureux, naturellement, que quatre Églises aient refusé d’y participer. Elles ont refusé au dernier moment, alors qu’elles avaient pris part au processus de préparation, elles avaient signé les documents qui étaient préparés, elles avaient même pris part aux rencontres d’organisation, un mois avant le Concile. L’Église orthodoxe russe elle-même était présente, une semaine avant le Concile lors de la réunion du Comité de préparation du message du Concile. Or, elles ont décidé à la dernière minute de ne pas participer au Concile.

– Cela était-il inattendu ?

– Nous ne l’attendions pas, bien entendu. Malheureusement, ces Églises ont pris une telle décision, et maintenant elles en portent la responsabilité. Mais le Concile a eu lieu comme cela était planifié.

– L’absence de ces quatre Églises a donné l’occasion à l’Église orthodoxe russe de déclarer qu’elle ne reconnaît pas le statut panorthodoxe du Concile. Mais, comme nous le savons par l’histoire, les Conciles œcuméniques mêmes n’avaient pas des représentations de toutes les Églises existant alors ainsi que de tous les évêques. À quel point la position de l’Église orthodoxe russe est-elle juste ?

– Dans l’histoire de l’Église, lors de la plupart des Conciles, il n’y avait pas de représentants de nombreuses Églises. Et il faut prendre compte ici du processus de réception du Concile. Bien que lors de nombreux Conciles œcuméniques, il n’y avait pas de représentations de toutes les Églises, l’ensemble de celles-ci ont adopté leurs décisions, ce qui donna aux dits Conciles le statut d’œcuménique.

– C’est-à-dire que participation et réception sont des concepts parallèles, qui ne sont pas forcément liés entre eux ?

– Oui, mais nous savons également par l’histoire qu’il y avait des Églises qui ont refusé de participer à certains Conciles. Et, puisqu’elles avaient refusé de participer aux Conciles, elles sont restées en dehors de l’Église. C’est le cas, par exemple, de l’Église d’Arménie au Vème siècle qui a refusé le IVème Concile œcuménique de Chalcédoine, parce qu’elle considérait que le problème du monophysisme est un problème de l’Église de Constantinople, et que cela ne la concernait pas. Il y avait aussi des problèmes politiques liés à cette position. Mais l’Église arménienne n’est pas maintenant dans l’unité avec l’orthodoxie universelle. Elle est une des Églises non-chalcédoniennes qui, durant des siècles, reste en dehors de l’Église universelle.

– C’est-à-dire que les conséquences historiques d’un tel refus peuvent être n’importe lesquelles ?

– Tout dépend de la réception du Concile. Celui-ci a eu lieu et les Églises qui ont refusé d’y participer en portent maintenant la responsabilité pour leur avenir.

– Maintenant, les porte-paroles du Patriarcat de Moscou font des déclarations selon lesquelles c’est précisément l’Église russe qui a tous les leviers et les mécanismes pour réunir « un véritable » Concile panorthodoxe. À quel point ces déclarations reflète-t-elles la situation réelle des choses ?

– Disons que ce n’est pas la première fois que le Patriarcat de Moscou veut le faire. De telles tentatives ont eu lieu en 1948, alors qu’ils essayaient de faire une rencontre panorthodoxe à Moscou, à l’époque soviétique. Nous savons qu’ils n’ont pas réussi, et pas seulement parce que certaines Églises ont refusé de participer. Mais il faut avoir en vue que l’Église orthodoxe russe n’a pas les bases canoniques pour convoquer un tel Concile.

– On met en avant et activement dans l’Église orthodoxe russe la doctrine politique « Moscou  – Troisième Rome », où est attribué à l’Église le rôle de « rassembleur des Terres russes ». Comment réagit à cela le Patriarcat œcuménique ?

– C’est le mythe de « Moscou – Troisième Rome », construit sur les pensées exprimées par le moine de Russie Philothée, qui vécut au XV-XVIème s. C’est un mythe absolu, parce que dans l’histoire de l’Église et dans le concept des canons, il n’y a pas de première-deuxième-troisième-quatrième Rome. Il y a l’ancienne Rome, qui était le centre de l’Empire romain, le centre de la civilisation européenne, et il y a la nouvelle Rome – la nouvelle capitale de l’Empire romain. Il n’y a pas de première, de deuxième, il y a l’ancienne et la nouvelle Rome. Une troisième, une quatrième, une cinquième, il n’y en aura pas. Et c’est là l’histoire non seulement de l’Église, non seulement l’histoire de l’empire, c’est l’histoire de la civilisation humaine. L’Église de Rome et de Constantinople sont aujourd’hui héritières des deux Églises. Elles sont les héritières de cette histoire politique, ecclésiale, humaine, et son liés canoniquement avec ces fondements et privilèges.

– Dans le monde orthodoxe, et cela est fortement exprimé dans l’Église orthodoxe russe, il y a maintenant un flux de voix qui ont une attitude très agressive, eschatologique, envers le huitième, neuvième et les Conciles œcuménique suivants, et pour ce qui concerne l’organisateur de ce Concile de Crète, le patriarche œcuménique, ils sont, c’est un euphémisme, très critiques. Y a-t-il des courants eschatologiques avec pour implication politique une menace pour l’unité de l’Orthodoxie universelle ? En général, à quel point la ligne « fondamentalisme – œcuménisme » constitue-t-elle un sérieux défit pour l’orthodoxie ?

– De tels courants sont marginaux, malgré le nombre de leurs partisans. Ils ne reflètent pas la position de l’Église.

– Mais, dans l’Église russe on ne les combat pas, mais on les utilise…

– De telles tendances sont très dangereuses et périlleuses. Aussi, l’Église ne peut adopter ces positions marginales. Parce que de telles positions ne reflètent pas la foi et la mission chrétiennes. Vous voyez, certains aiment utiliser le principe des chiffres. Et ils pensent que plus ils ont de partisans, plus ils sont forts et justes. Si nous revenons à l’histoire de l’Église, les Ariens étaient très nombreux au IVème s., ils étaient puissants, et de telles figures éminentes de l’Église, comme saint Grégoire le Théologien, saint Basile le Grand, étaient préoccupés par la survie de l’Église. Mais malgré le nombre des partisans de l’arianisme, l’Église n’a jamais adopté les positions de ceux-ci, de telle façon que la doctrine arienne était marginale et ne correspondait pas à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Plus tard, au moment de la lutte contre le monothélisme, au VIIème s., saint Maxime le Confesseur était presque le seul partisan de la foi chrétienne. Presque tous, la majorité des gens, étaient partisans du monothélisme. Mais finalement, celui-ci a été condamné conciliairement et Maxime le Confesseur, qui était le seul à maintenir sa position, a vaincu. Donc ici, avec des chiffres pour des positions marginales, il ne faut pas construire quelques conceptions, théories ou plans. Et il ne faut pas ici s’inquiéter.

– C’est la vérité qui, historiquement, vainc, et non pas le nombre ou l’agression des marginaux ?

– C’est précisément ainsi.

– Permettez-moi de passer à la question de l’autocéphalie. La question de la proclamation de l’autocéphalie a été mise entre parenthèses par le Concile panorthodoxe en raison de son caractère conflictuel et en l’absence de consensus orthodoxe. Pourquoi cette question déclenche-t-elle tant de conflits ? Or, l’autocéphalie, c’est la seule organisation naturelle d’administration ecclésiale.

– Dans le processus de préparation du Concile panorthodoxe, la question de l’autocéphalie et de sa proclamation était présente et a été discutée. Et il existe même des textes de documents, qui ont été préparés. Je parle en général du processus pour comprendre pourquoi tout s’est arrêté. L’étude de la question a eu pour point de départ le fait que l’on considérait le Patriarcat œcuménique comme unique patriarcat dans le monde orthodoxe, qui ait le droit d’octroyer l’autocéphalie, tant pour des raisons historiques que canoniques. Parce que dans l’histoire, toutes les nouvelles autocéphalies qui sont apparues, à commencer au XVIème s. avec celle de l’Église russe et jusqu’à nos jours, ce furent des territoires du Patriarcat œcuméniques auxquels il a donné l’autocéphalie. Pour ce qui concerne les raisons canoniques, parce que le Patriarcat œcuménique occupe la première place dans le monde orthodoxe. Lors de la discussion de la question de l’autocéphalie au niveau panorthodoxe dans l’esprit du consensus, certains ont dit : « Non ! Constantinople ne peut donner elle seule l’autocéphalie. Il faut ajouter que pour l’octroi de l’autocéphalie, il doit y avoir l’accord et la ratification de l’Église dont quelque partie veut recevoir l’autocéphalie ». Ici, on peut prendre un exemple actuel, à savoir que si l’Ukraine veut recevoir l’autocéphalie, Constantinople ne peut pas elle seule la lui accorder, il faut qu’il y ait une demande de l’Église orthodoxe russe, étant donné que l’Ukraine, à l’heure actuelle, se trouve en son sein. Alors, dans le cadre de la préparation au Concile panorthodoxe, le Patriarcat de Constantinople a accepté le compromis et a donné son accord pour que l’autocéphalie puisse être octroyée par Constantinople seulement avec l’accord et la demande de l’Église, où la partie intéressée se trouve. On est allé ensuite plus loin. On est allé jusqu’à la question du Tomos, le document qui proclame l’autocéphalie de l’Église concernée, et dans lequel sont mentionnés tous les points auxquels doit se tenir la nouvelle Église, toutes les exigences qu’elle doit remplir. La question a alors surgi de savoir qui signe ce Tomos, si c’était seulement le patriarche de Constantinople. Dans le cadre de la discussion, il a été dit : « Non ! Ce sont tous les chefs, tous les primats des Églises locales. Parce qu’ils doivent être d’accord, ils doivent reconnaître cette nouvelle Église ». Le Patriarcat de Constantinople est encore allé au-devant du compromis et a dit : « Bien, tous les primats des Églises locales signeront le Tomos ».

– Et pour chaque signature, cela veut dire des discussions ?

– Oui. Et alors Constantinople a accepté le compromis. On est arrivé jusqu’à la signature du Tomos. Nous savons par l’histoire que les Tomos ont été signés par le patriarche de Constantinople, qui après sa signature apposait le mot « proclame ». Parce que le patriarche œcuménique en tant que premier, en tant que président de son Synode, proclame l’autocéphalie. Et à sa suite apposaient leurs signatures les membres du Synode de l’Église de Constantinople sans aucune mention. Parce ce que ce qui est proclamé par le chef, est simplement confirmé par les autres comme étant un document officiel, valide. Et Constantinople voulait adopter cette pratique et dire : « Le patriarche de Constantinople signe le Tomos avec le mot « proclame », et les autres primats, comme auparavant les membres du Synode, apposent simplement leurs signatures dans l’ordre des diptyques orthodoxes ». Il y eut encore une discussion, et à nouveau une nouvelle exigence : « Non ! Les autres patriarches doivent aussi ajouter un mot quelconque après leur signature ». Et Constantinople a de nouveau accepté un compromis. Et il a dit : « Alors nous ferons comme cela : le patriarche de Constantinople signe et les autres patriarches apposent le mot « co-proclament » sur le principe de l’office orthodoxe ». On sait que lorsque l’on célèbre la divine liturgie, c’est toujours le premier qui célèbre, celui que l’on considère comme présidant l’office, et les autres concélèbrent.

– C’est logique.

– Et, à nouveau, les représentants du Patriarcat de Moscou n’ont pas été d’accord avec le mot « co-proclament ». Ils voulaient que chaque patriarche signe avec le mot « proclame ». Et alors, le Patriarcat œcuménique n’a pas été d’accord. Non en raison de son honneur ou quelque raison politique. Simplement parce que c’est illogique et incorrect. Un seul homme peut proclamer, et les autres, qui sont avec lui, peuvent « co-proclamer ». Mais chacun ne peut pas proclamer à sa façon. Et c’est là que la question a été bloquée. Et depuis, lorsqu’il y a eu ces sessions, en 2009, si je ne fais pas erreur, elle est restée bloquée. C’est-à-dire que cette question de l’autocéphalie a été examinée, que l’on est arrivé à un texte de compromis, mais tout a été bloqué par la question de la signature sous le Tomos. C’est pourquoi il a été décidé de ne pas porter la question à l’ordre du jour. Pour Constantinople, cela signifie que la question de l’autocéphalie reste au statu quo, tel qu’il était au commencement de l’examen de cette question. Parce que toutes les variantes issues des compromis, au sujet desquelles il y avait accord, ne sont pas allées jusqu’à la conclusion.

– Les premières autocéphalies sont appelées anciennes, parce qu’il y a eu ensuite une deuxième vague, les nouvelles autocéphalie, à commencer par l’Église orthodoxe russe et, qualitativement, elles étaient un peu différentes. À votre avis, la nécessité d’une nouvelle vague d’autocéphalies, est-ce un processus naturel, ou le témoignage de certains problèmes à l’intérieur de l’Orthodoxie ? L’Orthodoxie universelle est-elle prête à une troisième, une nouvelle vague d’autocéphalies ?

– Quelle est la différence entre la première et la deuxième vague ? En fait, la deuxième vague commence au XVIème siècle, après l’octroi de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe russe. En quoi diffère la première et la deuxième vague, en quoi leur statut est un peu différent ? En ce sens que les centres anciens, dans lesquels entraient Rome (mais la question de Rome, est une autre question actuellement), Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem et Chypre, ce sont des Églises qui ont été confirmées lors des Conciles œcuméniques. Et comme nous le savons, c’est le principe de l’Église, et les fondamentalistes sont également d’accord avec cela et répètent que l’Église orthodoxe doit s’en tenir aux Conciles œcuméniques. Nous ne pouvons nous considérer orthodoxes si nous renonçons aux dispositions de quelque Concile œcuménique. Ce sont des obligations de l’Église orthodoxe. Ces Églises ont été confirmés par des Conciles œcuméniques. Les autres, la nouvelle vague d’autocéphalies n’a pas été confirmée par un Concile œcuménique. On ne peut dire que leur autocéphalie diffère en quoi que ce soit, mais leur statut n’a pas de confirmation par un Concile œcuménique.

– Leur a-t-on donné l’autocéphalie par économie ou pour des causes politiques ?

– La nouvelle vague d’autocéphalie venait toujours en réponse à des circonstances politiques, la création d’un nouvel État ou d’un nouvel empire. En tenant compte du statut de l’État, l’autocéphalie était accordée, afin de régler un problème administratif. Pour cette raison, cette deuxième vague d’autocéphalies continue jusqu’à nos jours – la majorité de ces autocéphalies ont été proclamées à la fin du XIXème et du XXème s.

– La deuxième vague d’autocéphalies s’est séparée de Constantinople, mais il y a une troisième vague : lorsqu’il y a séparation non pas du Patriarcat de Constantinople, mais de ses Églises-filles. C’est le problème et de l’Église serbe et de l’Église orthodoxe russe. Et Constantinople est déjà passé par là.

– Constantinople considère toujours que le territoire de l’Ukraine est le territoire canonique de l’Église de Constantinople. Il ne faut pas oublier que c’est précisément sur la base du cas de la métropole de Kiev qu’a été accordée l’autocéphalie à l’Église de Pologne en 1924. L’État polonais s’est adressé à Constantinople…

– C’est précisément l’État qui s’est adressé à Constantinople ?

– Oui. Voilà ce qui s’est passé. Dans les années 20, l’État polonais est devenu indépendant. Et l’État a dit : « Nous ne sommes pas contre le fait que vivent en Pologne des chrétiens orthodoxes, qu’ils pratiquent leur foi et aient leur Église. Mais, comme État, nous ne voulons pas qu’il y ait en Pologne une Église qui soit la cinquième colonne d’un État étranger, d’autant plus antagoniste ». Pour cette raison, l’État polonais, en 1924, s’est adressé à Constantinople, afin que celle-ci accorde l’autocéphalie à l’Église de Pologne. C’était la demande de l’État pour résoudre un problème politique.

– C’est-à-dire qu’un problème ecclésiastique peut être simultanément aussi un problème politique ?

– Oui, pour la Pologne, il n’y avait pas de problème de foi orthodoxe, de doctrine orthodoxe, de liturgie orthodoxe, ce sont des questions religieuses qui ne concernent pas l’État. Mais l’État polonais avait un problème politique, il ne voulait pas que l’Église orthodoxe en Pologne serve les intérêts d’un autre État. Et pour cette raison, il s’est adressé à Constantinople afin d’accorder l’autocéphalie et de régler la question politique. Et sur quel fondement, Constantinople a-t-elle accordé le Tomos de 1924 à l’Église orthodoxe de Pologne ? Constantinople considérait l’Église de Pologne comme une ancienne partie de la métropole de Kiev. Et nous savons que sous le métropolite Cyprien Tsamblak, la métropole de Kiev se trouvait dans le cadre de l’État polono-lithuanien, c’est-à-dire que ses limites s’étendaient aussi au territoire de la Pologne et de la Lituanie contemporaine. C’était aussi à peu près la même chose au temps de Pierre Movilă, qui était métropolite de Kiev. La métropole de Kiev était alors soumise à Constantinople. Et parce que la Pologne se trouvait à un certain moment dans le cadre de la métropole de Kiev, et que celle-ci était directement soumise, canoniquement, à Constantinople, c’est Constantinople qui a donné l’autocéphalie à l’Église de Pologne en 1924. Ainsi, si en 1924, Constantinople a accordé l’autocéphalie à l’Église de Pologne sur la base de la métropole de Kiev, pourquoi, aujourd’hui, Constantinople n’aurait-elle pas le droit  d’accorder à la métropole de Kiev elle-même le statut d’autocéphale ? Si cela était possible en 1924, c’est possible aujourd’hui également.

– La délégation ukrainienne dans le cadre de l’Église orthodoxe russe n’a pas participé au Concile panorthodoxe. Une autre partie des orthodoxes ukrainiens est en général laissée sans aucune représentation dans l’Orthodoxie universelle. Qui porte la responsabilité d’une situation aussi lamentable entre les Ukrainiens orthodoxes, n’est-ce pas une situation anormale des choses ?

– Le Patriarche œcuménique a déclaré plus d’une fois que Constantinople est l’Église-Mère de l’Église d’Ukraine. Plus d’une fois, il a souligné qu’il était le père spirituel des Ukrainiens. Et pour cette raison, le Patriarche œcuménique suit constamment et est soucieux de la situation en Ukraine. Qui plus est, après que le parlement ukrainien se soit adressé au Patriarcat de Constantinople pour lui demander d’accorder l’autocéphalie canonique à l’Ukraine, cette demande a été examinée lors du dernier Synode, lequel a décidé de transmettre cette demande à une commission pour un examen sérieux et approprié de ce problème. Ainsi, Constantinople s’en occupe.

– Nombreux sont ceux qui disent que le résultat de cette décision doit être la réunion de toutes les branches orthodoxes ukrainiennes. Mais comment réunir, si l’une des branches ne voit aucune nécessité dans cela, du fait que les autres juridictions orthodoxes sont pour elle inexistantes ? C’est-à-dire que nous avons le phénomène désagréable d’auto-isolation d’une branche canonique en la personne de son épiscopat et d’une partie du clergé. Et ils réagissent même à la venue en Ukraine des représentants du Patriarcat œcuménique de façon très amère. Comment parler de réunion, si une juridiction vit dans sa propre réalité parallèle, où personne à part elle n’existe ? En tenant compte de cela, est-ce que le Patriarcat œcuménique dispose de quelques mécanismes de règlement de la question ukrainienne ? Au niveau des déclarations de l’épiscopat ukrainien de l’Église orthodoxe d’Ukraine du Patriarcat de Moscou les problèmes de changement de statut n’existent même pas.

– Vous avez décrit le problème et ce faisant, vous avez souligné sa complexité. Pour le règlement du problème, il doit y avoir un processus défini, qu’il faut étudier et trouver. Et c’est justement le but du travail de cette commission. S’il y avait une réponse à la question comment régler la question, elle serait résolue depuis longtemps ! Constantinople ne doit pas étudier la question ukrainienne : a-t-elle le droit d’accorder l’autocéphalie ou non ? Ou l’Église d’Ukraine est-elle la fille de l’Église de Constantinople ou non ? Cela, Constantinople le sait parfaitement et l’a souligné plus d’une fois et l’a confirmé. Aussi, l’examen de la question consiste à savoir comment trouver une issue pour la résolution du problème. C’est là le but de la commission. C’est pourquoi, à ce moment, je ne peux vous dire de quelle façon ce problème sera résolu. Nous n’avons pas encore trouvé ce processus qu’il faut suivre, autrement la question serait déjà réglée. Mais il est important de souligner, et c’est un principe canonique, qu’il ne peut y avoir qu’une Église sur un territoire donné. C’est-à-dire que deux Églises autocéphales ne peuvent se trouver simultanément sur un territoire. Et pour proclamer l’autocéphalie, il faut l’unité de l’Église. C’est pourquoi il faut travailler à cette unité.

– Aujourd’hui, dans de nombreuses Églises, il y a un problème de divisions et de juridictions non reconnues. Les représentants du Patriarcat de Moscou en Ukraine considèrent que même le dialogue posé et paisible avec les opposants est non canonique, on ne peut le mener de quelle façon que ce soit.

– Il ne faut pas mener un dialogue ?

– Non, il ne faut pas. Car « Le Patriarcat de Kiev » ce sont des schismatiques et ils n’ont qu’une voie, revenir au sein du Patriarcat de Moscou ». À quel point cette position correspond aux principes canoniques et, en général, à la conscience chrétienne ?

– Je ne vous rappellerai qu’un exemple tiré de la Bible. Ouvrez le livre de Job dans l’Ancien Testament. Dans le premier chapitre, Job raconte le dialogue (« dialogue » en grec, c’est une conversation) en Dieu et le diable. Dans le livre de Job, Dieu mène un dialogue avec satan. Si un tel dialogue est impossible – entre Dieu et le diable ! – pourquoi, aujourd’hui le dialogue serait impossible entre chrétiens, d’autant plus entre chrétiens orthodoxes ?

– Le Patriarcat de Moscou en Ukraine s’efforce de présenter la situation comme une persécution sans précédent contre la seule juridiction reconnue en Ukraine. À quel point les Églises orthodoxes sont-elles informées objectivement, pourquoi des conflits autour de l’appartenance des églises se produisent-ils en Ukraine, pourquoi le niveau de confiance en l’Église orthodoxe d’Ukraine est-il très bas, quel rôle joue l’Église orthodoxe russe dans l’incitation à la haine dans le Donbass ? À quel point cette information est-elle disponible ?

– Vous voulez dire, à quel point les Églises sont-elles informées hors de l’Ukraine ?

– Oui.

– Ici, il faut dire que des informations très différentes et contradictoires sont diffusées. Ce n’est pas nouveau : dans toute question, par exemple, politique, si l’on compare l’information qui est donnée par les journalistes américains, elle peut ne pas coïncider avec celle des journalistes russes. Et même dans un pays, selon les tendances politiques des journaux et des journalistes, l’information est éclairée sous des jours différents dans les différents journaux. Je dirais que le monde est faiblement informé en fait sur ce qui se passe en Ukraine. Par exemple, un évêque du Patriarcat de Constantinople m’a posé la question, avant mon voyage, si les troupes russes se trouvent sur le territoire de l’Ukraine. Il avait l’impression que cette question, après les accords de Minsk, était déjà réglée. C’est là seulement un exemple. Il y a, bien sûr des informations, et il y a différentes contradictions dans cette information, mais pour le dire ouvertement, hors d’Ukraine on écrit très peu sur ce pays.

– Mais comment peut-on régler la question ukrainienne, s’il n’y a pas une information complète, objective sur l’état des choses et des relations entre Ukrainiens ? Est-ce également une question pour la commission ?

– C’est l’une des causes supplémentaires pour lesquelles cette question a été transmise à une commission pour un plus profond examen.

– « L’Église orthodoxe ukrainienne autocéphale » [formation schismatique différente du « Patriarcat de Kiev », ndt] a également soumis un appel au Patriarcat œcuménique pour être reconnue comme en faisant partie ? Cette question a-t-elle été ajoutée à l’examen de la commission ?

– Comme cela est indiqué pour la question ukrainienne, il y est question de l’Église globalement. Ce n’est pas seulement l’examen d’une partie ou d’une branche, mais la question est considérée dans son intégralité. Mais bien sûr, cette question sera également examinée.

– Cela signifie que l’on prévoit de renverser toutes les tendances centralistes dans la direction opposée ?

– Oui, de réunir.

– Une dernière question, Monseigneur. Peut-être vous paraîtra-t-elle une plaisanterie. Mais dans les cercles russes, circulent des déclarations selon lesquelles vous seriez nommé exarque du Patriarcat de Constantinople en Ukraine. Pouvez-vous commentez cela ?

– Premièrement, je ne sais rien du tout de cela. Deuxièmement, il n’a pu être question d’une telle chose à Constantinople, du fait que l’examen de la question commence avec le début et non avec la fin.

– Merci, Monseigneur !

Source (dont photographie): RISU

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche du 27 juin

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche

Balamand, 27 juin 2016
« En clôture de sa septième session extraordinaire qui a débuté le 25 mai 2016, le Saint Synode d’Antioche s’est réuni le 27 juin 2016 à Balamand sous la présidence de Sa Béatitude le patriarche Jean X et avec la participation des hiérarques du saint siège antiochien. Les Pères ont adressé leurs souhaits à leurs enfants spirituels à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, chefs des Apôtres et fondateurs du saint siège d’Antioche. C’est dans ce siège que les disciples furent pour la première fois appelés chrétiens et où ses enfants continuent de porter le témoignage du Christ ressuscité, particulièrement dans notre bien-aimée Antioche, dans la Syrie martyre, au Liban tourmenté, dans l’Irak blessé, et dans tous les pays du Golfe arabe et les archevêchés dans la « diaspora », aux Amériques, en Australie et en Europe. Les Pères ont évoqué leur frère le métropolite Paul (Yazigi), archevêque d’Alep, qui a été enlevé depuis plus de trois ans dans l’indifférence volontaire généralisée. Lui-même ainsi que son frère le métropolite Youhanna (Ibrahim) et tous ceux qui ont été enlevés demeurent constamment présents dans les prières et les supplications des fidèles et dans le témoignage quotidien de l’Eglise. Les Pères ont élevé leurs prières pour le repos de ceux qui ont subi le martyre pour avoir eux aussi été appelés chrétiens, et ils ont demandé leurs prières devant le Trône divin, afin que Dieu affermisse Son Eglise et donne à Ses enfants la force et la sagesse de témoigner fidèlement, ici et maintenant, du Christ ressuscité d’entre les morts.

Les pères ont passé en revue la question du grand concile orthodoxe, dont l’Eglise orthodoxe a préparé la tenue depuis plus de cinquante années. L’Eglise d’Antioche avait demandé le report de la tenue de ce Concile, afin que soit consolidée l’unité panorthodoxe, en attendant que soit assurée l’unanimité sur les questions controversées de son agenda, et en attendant aussi que soient remplies les conditions ecclésiologiques permettant la participation de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales à ses travaux.

Etant donné qu’il n’a pas été traité positivement avec la requête antiochienne de report du concile ainsi que les requêtes des Eglises russe, bulgare et géorgienne dans le même sens, et vu que le concile, que l’on voulait originairement « panorthodoxe », s’est réuni en l’absence de quatre Eglises autocéphales représentant environ la moitié des fidèles orthodoxes de par le monde,
Etant donné que l’appel à la tenue de cette réunion a ignoré la nécessité de fonder la conciliarité orthodoxe sur la pleine communion eucharistique entre les Eglises, communion qui constitue l’élément constitutif et le fondement de cette conciliarité, et ce en négligeant la recherche d’une solution avant le concile à l’agression perpétrée par le Patriarcat de Jérusalem sur les frontières canoniques du Siège d’Antioche, le patriarcat œcuménique ayant décidé de reporter la négociation après le Concile,
Etant donné que les communiqués et déclarations publiés par les participants en Crète ont injustement blâmé les Eglises absentes et se sont abstenus de tout blâme envers la partie qui a géré la période préparatoire de Crète 2016,

Et après avoir examiné l’ambiance, les déclarations et positions de la réunion qui s’est tenue sur l’île de Crète, et tous les sophismes qui ont récemment circulé, les pères ont formulé les observations suivantes :
Premièrement : les pères affirment que l’action orthodoxe commune est fondée sur la base de la participation et l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales. Ils rappellent que ce principe n’est pas une position antiochienne novatrice ou récente, mais bien une règle orthodoxe stable établie par le patriarche œcuménique Athénagoras de bienheureuse mémoire, lorsqu’il lança le travail préparatoire en vue du concile. Après lui, cette règle a été suivie par le patriarche Dimitrios, à l’époque duquel le règlement des conférences préparatoires au grand concile a été approuvé et dont les clauses prévoyaient clairement que la convocation à tout travail conciliaire, fût-ce au niveau préparatoire, est faite par le patriarche œcuménique après l’approbation des primats de toutes les Eglises (autocéphales), et que toutes les décisions sont prises à l’unanimité par les Eglises autocéphales pour être transmises au grand concile.
Deuxièmement : Les pères ont rappelé également que sa Sainteté Bartholomée le patriarche œcuménique actuel avait également confirmé cette règle durant les réunions préconciliaires préparatoires, et particulièrement lorsqu’il décida de suspendre les travaux du comité préparatoire en 1999, en raison du retrait d’une seule Eglise de la réunion susmentionnée, ce qui a conduit à l’arrêt du travail préparatoire en vue du grand concile durant dix ans. Dès lors les Pères se demandent alors comment l’absence d’une seule Eglise a pu conduire à la suspension du travail préparatoire au concile, tandis que pour certains le « grand concile » peut se réunir avec ceux qui sont présents et en l’absence de quatre Eglises orthodoxes autocéphales !
Troisièmement : Les pères ont constaté que la règle de l’unanimité a été également réaffirmée lors de la reprise du travail préparatoire au concile en 2009, et que durant la quatrième conférence préparatoire de 2009, la délégation antiochienne, par le biais de son conseiller, Albert Laham de bienheureuse mémoire, avait insisté sur la nécessité de respecter cette règle dans le processus décisionnel, en rappelant qu’en l’absence d’unanimité sur un thème spécifique, ce thème est alors renvoyé au comité préparatoire pour être plus amplement étudié, ainsi que le prescrivent les règles de procédure des conférences panorthodoxes préparatoires au Concile. A cette époque, cette proposition a été accueillie favorablement par toutes les Eglises participantes, y compris par le président de la conférence. C’est sur la base de cette proposition que la décision relative au problème de la diaspora orthodoxe et des assemblées épiscopales, a pu être prise.
Quatrièmement : Les pères ont réaffirmé que la position antiochienne appelant à élaborer un consensus en assurant l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales sur les thèmes de l’agenda, avait pour objectif depuis le début de renforcer l’unité orthodoxe durant la phase préparatoire, conformément à la tradition orthodoxe constante. L’Eglise d’Antioche ne s’attendait pas à ce que ce postulat acquis, qu’elle avait uniquement mentionné à titre de rappel, allait devenir un objet de controverse, ou bien que ce principe bien ancré allait être outrepassé par ceux qui l’avaient initialement établi et qu’ils avaient défendu depuis le début en tant que garant de l’unité orthodoxe ; cette unité ne peut en effet être réalisée si n’importe laquelle des Eglises a été exclue de la participation à la prise de décision ou si ses positions ont été ignorées. Il convient ici d’indiquer que le sommet (synaxe) des primats des Eglises, qui s’est réuni en janvier 2014, a confirmé cette règle en décidant que « durant le concile et durant la phase préparatoire toutes les décisions sont prises par consensus ». Et les Pères de se demander comment ce consensus peut-il être atteint alors que l’Eglise antiochienne a refusé les décisions du sommet précité (2014) et du sommet de Chambésy (2016) ; de se demander aussi comment l’unanimité peut-il être réalisée en Crète en l’absence de quatre Eglises orthodoxes.
Cinquièmement : Les pères insistent de nouveau que la position antiochienne demandant le report de la tenue du grand concile au cas où l’unanimité sur ses thèmes n’a pas été assurée, n’est ni nouvelle ni passagère et conjoncturelle. L’Eglise antiochienne a clairement exprimé cette position durant toutes les phases préparatoires au concile ces deux dernières années, et ce conformément au rôle qu’Antioche a toujours joué, refusant de manière constante qu’une quelconque Eglise puisse être ignorée au sein du travail orthodoxe commun. Par conséquent, tout ce qui a été publié dans les médias sur l’acceptation implicite, par l’Eglise antiochienne, de participer au concile n’est point vrai ; de même, toutes les analyses qui ont circulé sur les dimensions politiques fondant l’absence d’Antioche de la réunion en Crète, restent des analyses politiques qui sont sans fondement aucun. L’acceptation antiochienne de participer « par économie » aux travaux préparatoires ne signifie aucunement une quelconque renonciation de la part d’Antioche à ses positions susmentionnées, mais plutôt une réaffirmation de sa part de la poursuite des efforts afin que soient levés tous les obstacles qui empêchaient, et continuent de l’être, la tenue du concile.
Sixièmement : Les pères ont été surpris par les positions de certaines Eglises qui ont commencé à appeler dernièrement au dépassement du principe de l’unanimité et qui ont commencé à s’étendre dans l’interprétation d’un tel principe contrairement avec ce que prescrit le règlement des conférences orthodoxes préparatoires, qui a été adopté en 1986 et signé par leurs représentants, et que tous ont appliqués y compris lors de la cinquième conférence préparatoire qui s’est tenue en octobre 2015. Les Pères ont également été surpris par toutes les positions qui ont été récemment formulées suggérant que la convocation du concile à la date fixée était plus importante que la conciliarité et l’unité de l’Eglise. A cet égard, il importe à l’Eglise d’Antioche de remercier toutes les Eglises qui ont soutenu sa position juste en l’occurrence, et particulièrement les Eglises de Russie, de Géorgie, de Bulgarie et de Serbie.
Septièmement : Les Pères rappellent à leurs frères réunis en Crète le contenu de l’article 17 du règlement des conférences orthodoxes préparatoires, selon lequel « dans le cas où un thème spécifique qui a été discuté lors de la conférence n’a pas fait l’objet du consensus des délégations, la décision à son propos est alors abandonnée. Il est alors transmis par le secrétariat préparatoire du Saint et grand afin qu’il soit davantage étudié, approfondi et davantage élaboré, conformément au processus en usage au niveau panorthodoxe » ; ils rappellent également le contenu de l’article 4 du même règlement, qui stipule qu’ «il est interdit de retirer ou d’ajouter tout thème sur la liste des thèmes qui ont été préparés et acceptés au niveau panorthodoxe, au moins jusqu’à ce que son étude soit terminée. A la suite de quoi le grand et saint concile se réunit ». Les Pères antiochiens se demandent alors comment le grand concile peut-il être convoqué avant l’achèvement du travail préparatoire sur les thèmes figurant sur l’agenda, et alors que deux Eglises ont émis des réserves relativement au document « Le mariage et ses empêchements », et en présence du refus exprès de l’Eglise antiochienne de retirer trois thèmes fondamentaux de l’agenda du concile (Le calendrier ecclésiastique, les diptyques et l’autocéphalie et la manière de la proclamer).
Huitièmement : Les Pères affirment que face à la réalité connue que vit le monde orthodoxe suite à la réunion en Crète, l’unanimité des Eglises orthodoxes autocéphales demeure la règle d’or pour garantir l’unité du monde orthodoxe. Ils considèrent que ce fondement était et restera la base solide sur laquelle il faudra s’appuyer dans l’avenir, spécialement pour surmonter les répercussions de la réunion en Crète.
Neuvièmement : Quant aux voix qui estiment que la réunion en Crète est un concile œcuménique qui est régi par les règles de tenue des conciles œcuméniques, les Pères du synode antiochien rappellent à ces frères que depuis le début du vingtième siècle les Eglises orthodoxes se sont mises d’accord pour remplacer la convocation d’un concile œcuménique par la convocation d’un concile panorthodoxe dont l’agenda et les procédures de travail ont été clairement établis lors de la conférence de Rhodes en 1961. Le travail préparatoire s’est alors poursuivi durant cinq décennies et demie. Les Eglises se sont mises d’accord aussi, étant donné le caractère extraordinaire de ce concile, que tous les évêques du monde orthodoxe n’y soient pas présents, comme l’exige la tradition orthodoxe, et que toutes ses décisions seraient prise par le consensus de toutes les Eglises autocéphales sur la base d’une seule voix par Eglise autocéphale. Dès lors, ce processus réfute toute prétention qui cherche à considérer la réunion en Crète comme un concile œcuménique auquel s’appliqueraient les procédures suivies par les conciles œcuméniques. Ce processus oblige par conséquent les participants à la réunion de Crète à respecter les règles établies au cas où ils veulent le considérer comme un concile panorthodoxe. Ce qui n’a pas été le cas pour les raisons susmentionnées.

Dès lors, après avoir constaté que la réunion de Crète ne remplissait même pas les conditions requises pour tenir une conférence préparatoire au grand concile, et ce, sur la base du règlement des conférences orthodoxes préparatoires entériné en 1986 et qui demeure en vigueur et applicable jusqu’à ce jour, règlement qui stipule que la tenue de pareille conférence exige l’accord de tous les primats des Eglises orthodoxes locales sur la convocation de la conférence (article 2), et que la prise de décisions lors d’une telle conférence se fait à l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales (article 16), conditions qui n’ont pas été remplies lors de la réunion en Crète,
les Pères du Saint Synode d’Antioche ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préparatoire en vue du grand concile orthodoxe, et donc de considérer ses documents comme non définitifs, et toujours soumis à la discussion et à la modification lors de la tenue du grand concile orthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales ;
2. De refuser l’attribution du caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe à laquelle ne participent pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et d’affirmer que le principe de l’unanimité reste la base fondamentale qui gouverne les relations orthodoxes communes. Par conséquent, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « grand concile orthodoxe » ou « grand et saint concile » ;
3. D’affirmer que tout ce qui est issu de la réunion de Crète, qu’il s’agisse de décisions et autrement, ne lie ni engage d’aucune manière que ce soit le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient ;
4. De la « commission synodale de suivi » (qui dépend du Saint Synode du Patriarcat d’Antioche) d’observer et de suivre les résultats, les conséquences et les répercussions de la réunion de Crète et de faire le nécessaire à leur endroit, et de présenter un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche lors de sa prochaine session synodale ;
5. D’adresser une lettre relative aux présentes décisions du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses des pays de la diaspora.
6. D’appeler les fidèles à accompagner les Pères du Saint Synode antiochien dans la prière pour la préservation et la pleine manifestation de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Le seul texte qui fait foi est le texte arabe ».

Ce communiqué a été traduit du texte original arabe pour Orthodoxie.com.

Encyclique du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit
Nous adressons une hymne d’action de grâce au Dieu adoré dans la Trinité qui nous a permis de nous réunir en ces jours de Pentecôte sur l’île de Crète, sanctifiée par l’apôtre Paul des nations et son disciple Tite, « véritable enfant dans la foi qui nous est commune » (Tt 1, 4), et d’achever, sous l’inspiration du Saint-Esprit, les travaux du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe – convoqué par Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomaios, avec l’accord de Leurs Béatitudes les Primats des très-saintes Églises orthodoxes autocéphales – à la gloire de son Nom béni, et au profit du peuple de Dieu et du monde entier, confessant avec le divin Paul : « Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu » (I Co 4, 1).
Le saint et grand Concile de l’Église une, sainte, catholique et apostolique constitue un témoignage authentique de la foi dans le Christ Dieu-homme, Fils unique-engendré et Verbe de Dieu qui, par son Ιncarnation, toute son œuvre sur terre, Son Sacrifice sur la Croix et Sa Résurrection, a révélé le Dieu trinitaire en tant qu’Αmour infini. Dès lors, d’une seule voix et d’un seul cœur, nous adressons, en concile, la parole de « notre espérance » (cf. I P 3, 15) non seulement aux fidèles de notre très-sainte Église, mais aussi à tous ceux « qui étaient autrefois éloignés et qui ont été rapprochés » (Ep 2, 13). « Notre espérance » (I Tm 1, 2) le Sauveur du monde fut révélé comme « Dieu avec nous » (Mt 1, 23) et comme « Dieu pour nous » (Rm 8, 32) « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tm 2, 4). Nous proclamons l’amour sans cacher les bienfaits, conscients des paroles du Seigneur : « le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35). Dans la joie nous annonçons la parole de la foi, de l’espérance et de l’amour, attendant « ce jour qui n’a pas de soir, de lendemain ni de fin » (Basile le Grand, Homélies sur l’Hexaéméron II, PG 29, 52, SC 26bis, p. 185). Le fait que notre cité soit « dans les cieux » (Ph 3, 20), n’infirme pas, mais renforce notre témoignage dans le monde.
En cela, nous nous conformons à la tradition des Apôtres et de nos Pères qui annonçaient le Christ et l’expérience salvatrice de la foi de l’Église, faisant de la théologie en vue de « prendre dans les filets » – c’est-à-dire conformément à l’apostolat – les humains de tout temps, pour leur transmettre l’Évangile de la liberté en Christ (cf. Ga 5, 1). L’Église ne vit pas pour soi. Elle s’offre pour l’humanité tout entière, l’élévation et le renouveau du monde dans des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cf. Ap 1, 21). Dès lors, elle donne le témoignage évangélique et elle partage les dons que Dieu dispensa à l’humanité : son amour, la paix, la justice, la réconciliation, la force de la Résurrection et l’espérance de l’éternité.
* * *
I. L’Église en tant que corps du Christ, icône de la Sainte Trinité.
L’Église une, sainte, catholique et apostolique est la communion divino-humaine à l’image de la sainte Trinité ; l’avant-goût et l’expérience des fins dernières vécue dans la divine Eucharistie ; la révélation de la gloire des choses à venir ; en tant que Pentecôte permanente, la voix prophétique qui ne se tait jamais dans le monde ; la présence et le témoignage du Royaume de Dieu « venu avec puissance » (Mc 9, 1). En tant que corps du Christ, l’Église « rassemble » (cf. Mt 23, 37), transfigure et alimente le monde en « eau qui devient en lui une source jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14).
La tradition apostolique et patristique – obéissant aux paroles du Seigneur et fondateur de l’Église lors de la sainte Cène avec ses disciples, instituant le sacrement de la divine Eucharistie – a mis en relief l’attribut de l’Église en tant que « corps du Christ » (Mt 25, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19 ; I Co 10, 16-17 ; 11, 23-29). Elle l’associa toujours au mystère de l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu, du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Dans cet esprit, elle a toujours mis l’accent sur le rapport indéfectible, tant entre le mystère de la divine économie en Christ et celui de l’Église, qu’entre le mystère de l’Église et le sacrement de la divine Eucharistie assuré sans cesse dans la vie sacramentelle de l’Église par l’opération du Saint-Esprit.
L’Église orthodoxe, fidèle à cette tradition apostolique et expérience sacramentelle unanime, est la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Crédo et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. De la sorte, elle ressent la responsabilité majeure qui lui incombe, consistant non seulement à faire vivre au plérôme cette expérience authentique, mais aussi à donner à l’humanité le témoignage crédible de la foi.
Dans son unité et sa catholicité, l’Église orthodoxe est l’Église des Conciles depuis l’Assemblée des Apôtres à Jérusalem (Ac 15, 5-29). L’Église est en soi un Concile établi par le Christ et guidé par le Saint-Esprit, selon la parole apostolique « L’Esprit saint et nous-mêmes, nous avons décidé » (Ac 15, 28). Par les Conciles œcuméniques et locaux, l’Église annonça et annonce le mystère de la sainte Trinité, révélé par l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu. Le travail conciliaire se poursuit sans interruption dans l’histoire par les conciles plus récents possédant une autorité universelle, notamment : le Grand concile (879-880) convoqué par Photius, patriarche de Constantinople ; ceux convoqués au temps de saint Grégoire Palamas (1341, 1351, 1368), où fut confirmée la vérité de la foi, portant surtout sur la participation de l’homme aux énergies divines incréées et sur la procession du Saint-Esprit ; en outre, les saints et grands Conciles réunis à Constantinople : celui de 1484 pour réfuter le concile d’union de Florence (1438-1439) ; ceux des années 1638, 1642, 1672 et 1691 pour réfuter les thèses protestantes, ainsi que celui de 1872 pour condamner l’ethno-phylétisme comme hérésie ecclésiologique.
4. En dehors du corps du Christ « qu’est l’Église » (cf. Ep 1, 23 ; Col 2, 17) la sainteté est inconcevable. La sainteté émane de l’unique Saint ; pour l’humain il s’agit de participer à la sainteté de Dieu dans la « communion des saints », selon l’affirmation du prêtre au cours de la Divine Liturgie. Les saints Dons aux saints » – et selon la réponse des fidèles : « Un seul Saint, un seul Seigneur, Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. Amen. » Dans cet esprit, Cyrille d’Alexandrie souligne aussi à propos du Christ : « Étant aussi lui-même Dieu par nature (…) Il est sanctifié à cause de nous en l’Esprit saint (…) Et il a fait cela à cause de nous, non pas pour Lui, afin que de Lui et par Lui, ayant le premier reçu le principe de la sanctification, la grâce de la sanctification puisse désormais passer à l’humanité…  » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 74, 548).
Par conséquent, selon saint Cyrille, le Christ est notre « personne commune » par la récapitulation dans sa propre humanité de la nature humaine tout entière : « nous étions tous en Christ et la personne commune de l’humanité est régénérée en Lui » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 73, 161). C’est pourquoi il est aussi l’unique source de sanctification de l’humanité. Dans cet esprit, la sainteté est la participation de l’humanité au mystère de l’Église et aussi à ses sacrements sacrés, avec pour centre la divine Eucharistie, en tant que « sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (cf. Rm 12, 1). « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? Selon ce qu’il est écrit : À cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rm 8, 35-37). Les Saints incarnent l’identité eschatologique de l’Église, en tant qu’action de grâce permanente devant le Trône terrestre et céleste du Roi de gloire figurant le Royaume de Dieu.
5. L’Église orthodoxe universelle est composée de quatorze Églises autocéphales locales, reconnues au niveau panorthodoxe. Le principe d’autocéphalie ne saurait opérer au détriment du principe de catholicité et d’unité de l’Église. Nous considérons donc que la création des Assemblées épiscopales dans la Diaspora orthodoxe – composées chacune des évêques canoniques reconnus qui continuent de dépendre des juridictions canoniques dont ils relevaient jusqu’à présent – constitue un pas en avant important vers leur organisation canonique et que leur fonctionnement régulier garantit le respect du principe ecclésiologique de conciliarité.
II. La mission de l’Église dans le monde
6. L’apostolat et l’annonce de l’Évangile – ou l’action missionnaire – appartiennent au noyau de l’identité de l’Église : c’est sauvegarder le commandement du Seigneur et s’y conformer : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). C’est le « souffle de vie » que l’Église dispense à la société humaine et qui ecclésialise le monde au travers de l’établissement de nouvelles Églises locales. Dans cet esprit, les croyants orthodoxes sont et doivent être des apôtres du Christ dans le monde. Cet apostolat doit s’accomplir non pas de façon agressive, mais librement, dans l’amour et le respect envers l’identité culturelle des individus et des peuples. Toutes les Églises orthodoxes doivent participer à cet effort en respectant dûment la discipline canonique.
La participation à la divine Eucharistie est une source d’ardeur apostolique pour évangéliser le monde. Participant à la divine Eucharistie et priant en la sainte assemblée pour toute la terre habitée, nous sommes appelés à prolonger la « liturgie après la Divine Liturgie » ; à témoigner de la vérité de notre foi devant Dieu et les hommes ; à partager les dons de Dieu avec l’humanité tout entière ; tout cela, en obéissant au commandement clair du Seigneur avant son Ascension : « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Les paroles prononcées avant la divine Communion – « L’Agneau de Dieu est fractionné et partagé, Il est fractionné mais non divisé, Il est toujours nourriture et ne s’épuise jamais, mais il sanctifie ceux qui y communient » – suggère que le Christ, en tant qu’ « l’agneau de Dieu » (Jn 1, 29), et en tant que « nourriture de vie » (Jn 6, 48), nous est offert comme l’amour éternel, nous unissant à Dieu et les uns aux autres. Elle nous enseigne à partager les dons de Dieu et à nous offrir nous-mêmes pour tous à la façon du Christ.
La vie des chrétiens est un témoignage irréfutable du renouveau de tout en Christ : « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là » (II Co 5, 17). C’est un appel lancé à l’humanité de participer personnellement, en toute liberté, à la vie éternelle, à la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et à l’amour de Dieu le Père, pour vivre dans l’Église la communion du Saint-Esprit : « Voulant le mystère du salut de plein gré et non pas de force » (Maxime le Confesseur, PG 90, 880). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés contemporaines sécularisées, ainsi que l’évangélisation de ceux qui n’ont pas encore connu le Christ, est pour l’Église un devoir ininterrompu.
III. La Famille – icône de l’amour du Christ pour Son Église
7. L’Église orthodoxe considère l’union indéfectible liant l’homme à la femme dans l’amour comme un « grand mystère … du Christ et de l’Église » (Ep 5, 32) et elle s’intéresse à la famille qui en résulte. C’est la seule garantie pour la naissance et l’éducation d’enfants selon le plan de la divine économie en tant que « petite Église » (Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’épître aux Éphésiens, 20, PG 62, 143), lui apportant le soutien pastoral nécessaire.
La crise contemporaine du mariage et de la famille est issue de la crise de la liberté qui est réduite à une réalisation du soi vouée à la poursuite du bonheur ; qui est assimilée à une fatuité, autarcie et autonomie individuelle ; qui entraîne la perte du caractère sacramentel de l’union de l’homme et de la femme ; et qui oublie l’éthos sacrificiel de l’amour. La société sécularisée de nos jours aborde le mariage sur des critères purement sociologiques et pragmatiques, considérant celui-ci comme une simple forme de relation, parmi tant d’autres, revendiquant un droit égal à bénéficier d’une garantie institutionnelle.
Le mariage est un atelier de vie dans l’amour nourri par l’Église et un don incomparable de la grâce de Dieu. La « main puissante » du Dieu « unificateur » « invisiblement présent unit les conjoints » au Christ et l’un à l’autre. Les couronnes posées sur la tête des époux lors de la célébration du sacrement font référence au sacrifice et au dévouement à Dieu et à celui des époux entre eux. Elles suggèrent aussi la vie du Royaume de Dieu, révélant la référence eschatologique du mystère de l’amour.
8. Le saint et grand Concile s’adresse avec un amour et tendresse particulier aux enfants et à tous les jeunes. Parmi les multiples définitions contradictoires à propos de l’enfance, notre très-sainte Église souligne les paroles de notre Seigneur « si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18, 3) et « qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point » (Lc 18, 17), de même que notre Sauveur le dit à propos de ceux qui « empêchent » (cf. Lc 18, 16) les enfants de venir à Sa suite et de ceux qui les « scandalisent » (Mt 18, 6).
L’Église n’offre pas à la jeunesse seulement de « l’aide », mais la « vérité », celle de la vie nouvelle divino-humaine en Christ. La jeunesse orthodoxe doit prendre conscience qu’elle est porteuse d’une tradition de l’Église orthodoxe multiséculaire et bénie et en même temps la continuatrice de cette tradition qu’il faut préserver avec courage et cultiver avec force les valeurs éternelles de l’Orthodoxie, pour rendre un témoignage chrétien vivifiant. De cette jeunesse sortiront les futurs serviteurs de l’Église du Christ. Ainsi, les jeunes ne sont pas uniquement le « futur » de l’Église, mais aussi l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent.
IV. L’éducation selon le Christ
9. De nos jours, le domaine de la formation et de l’éducation est secoué par d’âpres controverses concernant, non seulement le contenu et les buts de l’éducation, mais aussi la nouvelle perception de l’enfance, du rôle de l’enseignant et de l’élève, ainsi que celui de l’école moderne. Étant donné que l’éducation concerne non pas simplement ce qu’est l’homme, mais ce qu’il doit être, ainsi que la mesure de sa responsabilité, il est évident que l’image que nous nous faisons de l’homme et du sens de son existence détermine aussi notre point de vue concernant son éducation. Individualiste, sécularisé et à la seule recherche du bonheur, le système éducatif dominant aujourd’hui, dont la nouvelle génération fait les frais, préoccupe aussi l’Église orthodoxe
L’éducation occupe le centre de la sollicitude pastorale de l’Église en vue non seulement de la culture intellectuelle, mais aussi de l’édification et du développement de l’être humain dans son ensemble en tant qu’entité psychosomatique et spirituelle, selon la question à trois volets : Dieu, homme, monde. Dans son discours catéchétique, l’Église orthodoxe appelle affectueusement le peuple de Dieu, la jeunesse notamment, à la participation consciente et active à la vie de l’Église, en cultivant chez elle « l’aspiration parfaite » à la vie en Christ. Ainsi, le plérôme chrétien trouve dans la communion divino-humaine de l’Église un soutien existentiel, pour y vivre la perspective pascale de la déification par grâce.
V. L’Église face aux défis contemporains
10. L’Église du Christ est aujourd’hui confrontée à des manifestations extrêmes, voire provocantes du sécularisme, inhérentes aux évolutions politiques, culturelles et sociales du monde moderne. Un élément fondamental du sécularisme fut et demeure l’idée de soustraire totalement l’humain au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église, de surcroît, en assimilant arbitrairement celle-ci au conservatisme et faisant fi de l’histoire, alléguant qu’elle serait un obstacle au progrès et à l’évolution. Dans nos sociétés sécularisées, coupé de ses racines spirituelles, l’homme confond sa liberté et le sens de sa vie avec une autonomie absolue, avec un affranchissement par rapport à sa destination éternelle ; cela produit toute une série de malentendus et d’interprétations fallacieuses de la tradition chrétienne. Ainsi, la liberté en Christ dispensée d’en-haut et le progrès menant « à l’état d’adulte, à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13) sont considérés comme entravant les dispositions auto-salvatrices de l’être humain. L’amour disposé au sacrifice est jugé comme étant incompatible avec l’individualisme, alors que le caractère ascétique de l’éthos chrétien, comme un défi intolérable lancé à la poursuite du bonheur individuel.
Assimiler l’Église à un conservatisme inconciliable avec le progrès de la civilisation est une allégation arbitraire et abusive, puisque la conscience nationale des peuples chrétiens porte la marque indélébile de la contribution séculaire de l’Église non seulement à leur patrimoine culturel, mais aussi au sain développement de la civilisation séculière en général, puisque Dieu a placé l’homme en tant que gérant de la création divine, associé à Son œuvre. À la place de l’« homme-dieu » contemporain, l’Église orthodoxe affirme le « Dieu-homme » comme mesure ultime de tout : « Nous ne parlons pas d’homme déifié, mais de Dieu fait homme » (Jean Damascène, Exposé de la foi orthodoxe, 3, 2, PG 94, 988). Elle expose la vérité de la foi salvatrice du Dieu-homme et Son Corps, l’Église, en tant que lieu et mode de vie en liberté. Elle permet de « confesser la vérité dans l’amour » (cf. Ep 4, 15) ; de participer aussi, déjà sur terre, à la vie du Christ ressuscité. Le caractère divino-humain de l’Église – « qui n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36), qui alimente et dirige sa présence et son témoignage « dans le monde » – lui interdit de se conformer au monde (cf. Rm 12, 2).
11. Le développement actuel des sciences et de la technologie est en train de changer notre vie. Or, tout ce qui engendre un changement dans la vie humaine exige que nous fassions preuve de discernement. Car, hormis les importants bienfaits – par exemple ceux qui facilitent la vie quotidienne, qui permettent de traiter des maladies autrefois incurables et d’aller plus loin dans la recherche spatiale –, nous sommes aussi confrontés aux retombées négatives du progrès scientifique : les risques tels que la manipulation de la liberté humaine, l’instrumentalisation de l’être humain, la perte graduelle de précieuses traditions, la dégradation, voire la destruction de l’environnement naturel.
De par sa nature, la science elle-même ne dispose pas malheureusement de moyens nécessaires pour prévenir ou guérir bon nombre de problèmes qu’elle génère directement ou indirectement. La connaissance scientifique ne mobilise pas la volonté morale de l’humain qui, tout en connaissant les risques, continue d’agir comme s’il n’en avait pas été averti. Sans une approche spirituelle, il est impossible de donner des réponses aux graves problèmes existentiels et éthiques de l’être humain, ni au sens éternel de sa vie et du monde.
12. De nos jours, les progrès impressionnants effectués dans le domaine de la biologie, de la génétique et de la neurophysiologie du cerveau suscitent un enthousiasme généralisé. Il s’agit de conquêtes scientifiques dont l’éventail d’applications est susceptible de générer des dilemmes anthropologiques et éthiques graves. L’usage incontrôlé de la biotechnologie intervenant sur le début, la durée et la fin de la vie, compromet la véritable plénitude de celle-ci. Pour la première fois de son histoire, l’homme se livre à des expérimentations extrêmes et dangereuses sur sa propre nature. Il risque d’être transformé en rouage biologique, en unité sociale ou en appareil de pensée contrôlée.
L’Église orthodoxe ne saurait rester en marge du débat portant sur des questions anthropologiques, éthiques et existentielles d’une telle importance. Elle s’appuie sur les critères dictés par Dieu pour démontrer l’actualité de l’anthropologie orthodoxe face au renversement contemporain des valeurs. Notre Église peut et doit manifester dans le monde sa conscience prophétique en Jésus Christ qui, dans l’Incarnation, assuma toute la condition humaine et qui est le modèle absolu de la restauration du genre humain. Elle affirme que la vie de l’être humain est sacrée et qu’il possède l’attribut de personne dès sa conception. Naître est le premier des droits de l’homme. L’Église – en tant que communion divino-humaine au sein de laquelle chaque homme est une entité unique destinée à communier personnellement avec Dieu – résiste à toute tentative de réduire l’être humain à l’état d’objet, à le transformer en donnée mesurable. Aucune réussite scientifique n’est autorisée à porter atteinte à la dignité et à la destination divine de l’homme. L’être humain n’est pas uniquement déterminé par ses gênes.
C’est sur cette base que la Bioéthique est fondée du point de vue orthodoxe. À une époque d’images contradictoires de l’homme, face à des conceptions séculières, autonomes et réductrices, la Bioéthique orthodoxe affirme la création à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la destination éternelle de l’être humain. Elle contribue de la sorte à enrichir le débat philosophique et scientifique portant sur des questions bioéthiques en y apportant l’anthropologie biblique et l’expérience spirituelle de l’Orthodoxie.
13. Dans une société mondiale axée sur l’ « avoir » et l’individualisme, l’Église orthodoxe universelle propose la vérité de la vie en Christ et selon Christ, librement incarnée dans la vie quotidienne de chaque être humain par son travail accompli « jusqu’au soir » (Ps 103, 23) moyennant lequel celui-ci devient collaborateur du Père éternel – « car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu » (I Co 3, 9) – et de Son Fils [« Mon Père, jusqu’à présent, est à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17)]. La grâce de Dieu sanctifie tous les ouvrages de l’homme coopérant avec Dieu, relevant en eux l’affirmation de la vie et communion humaine. Dans ce contexte est aussi placée l’ascèse chrétienne, radicalement différente de tout ascétisme dual qui isole l’humain de la société et de son prochain. L’ascèse chrétienne et la tempérance, qui relient l’homme à la vie sacramentelle de l’Église, ne concernent pas uniquement la vie monastique, mais ce sont des attributs de la vie ecclésiale dans toutes ses manifestations, un témoignage tangible de la présence de l’esprit eschatologique dans l’existence bénie des fidèles orthodoxes.
14. Les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales. Elles sont inscrites dans le cœur de chaque être humain. Au cours des derniers siècles, cette crise s’aggrave à cause de nombreux clivages générés par les passions humaines, telles que la convoitise, l’avidité, la cupidité, l’égoïsme, l’esprit de prédation et leurs retombées sur la planète comme le changement climatique qui d’ores et déjà menace sérieusement l’environnement naturel, notre « maison » commune. La rupture du rapport liant l’homme à la nature est une aberration par rapport au véritable usage de la création de Dieu. Pour résoudre le problème écologique sur la base des principes de la tradition chrétienne, il faut non seulement faire pénitence pour le péché d’exploiter à outrance les ressources naturelles de la planète, c’est-à-dire changer radicalement de mentalité, mais aussi pratiquer l’ascèse comme antidote au consumérisme, au culte des besoins et au sentiment de possession. Cela présuppose aussi l’immense responsabilité qui nous incombe de léguer aux générations futures un environnement naturel viable et son usage conforme à la volonté et à la bénédiction de Dieu. Dans les sacrements la création est affirmée et l’homme est encouragé à agir en économe, gardien et « officiant » de celle-ci, la présentant au Créateur comme une action de grâce – « Ce qui est à toi, le tenant de toi, nous te l’offrons en tout et pour tout » – et cultivant un rapport eucharistique à la création. Cette approche orthodoxe évangélique et patristique attire aussi notre attention sur les aspects sociaux et les retombées tragiques que représente la destruction de l’environnement naturel.
VI. L’Église face à la globalisation, la violence en tant que phénomène extrême et l’immigration.
15. La théorie contemporaine de globalisation – imposée silencieusement et propagée rapidement – provoque de forts remous dans l’économie et la société à l’échelle mondiale. La globalisation imposée a généré de nouvelles formes d’exploitation systématique et d’injustice sociale. Elle a planifié l’élimination graduelle des obstacles que représentent les traditions nationales, religieuses, idéologiques ou autres qui s’y opposent. Elle a mené à l’affaiblissement en vue de la déstructuration des acquis sociaux au nom de la reconstruction de l’économie mondiale, censée être nécessaire, creusant davantage le fossé séparant riches et pauvres, dynamitant la cohésion sociale des peuples et ravivant de nouveaux foyers de tensions internationales.
Face au processus d’homogénéisation réductrice et impersonnelle promu par la globalisation, face aussi aux aberrations de l’ethno phylétisme, l’Église orthodoxe propose de protéger l’identité des peuples et de renforcer le caractère local. Comme modèle alternatif pour l’unité de l’humanité, elle expose son organisation structurée, basée sur l’égalité de valeur des Églises locales. L’Église s’oppose à la menace provocatrice pesant aujourd’hui sur l’individu et les traditions culturelles des peuples que renferme la globalisation ; elle s’oppose aussi au principe selon lequel l’économie possède sa propre loi ou « économisme », c’est-à-dire l’économie émancipée par rapport aux besoins vitaux de l’humain et transformée en but en soi. Elle propose donc une économie durable, fondée sur les principes de l’Évangile. Axée sur la parole du Seigneur : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » (Lc 4, 4), elle n’associe pas le progrès du genre humain à l’amélioration du seul niveau de vie ou du développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
16. L’Église ne se mêle pas de politique au sens strict du terme. Cependant, son témoignage est essentiellement politique en tant que souci pour l’humain et pour sa liberté spirituelle. Sa parole est bien distincte et restera à jamais un devoir d’intervention en faveur de l’humain. Les Églises orthodoxes locales sont aujourd’hui appelées à établir une nouvelle relation harmonieuse avec l’État de droit dans le nouveau contexte des relations internationales, conformément à l’affirmation biblique : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). Cette coopération doit sauvegarder la singularité de l’Église et celle de l’État, et assurer leur franche coopération au profit de l’unique dignité humaine dont émanent les droits de l’homme, garantir aussi la justice sociale.
Les droits de l’homme sont aujourd’hui au centre de la politique, en tant que réponse aux actuelles crises et bouleversements sociaux et politiques, et destinés à protéger la liberté de l’individu. L’Église orthodoxe fait une approche critique des droits de l’homme craignant que le droit individuel ne dégénère en individualisme et en mouvement revendicatif de droits. Une telle aberration est préjudiciable au contenu communautaire de la liberté ; elle transforme arbitrairement les droits en revendications individuelles de poursuite du bonheur ; elle confond liberté et laxisme de l’individu, érigeant cette licence en « valeur universelle » qui mine les fondements des valeurs sociales, de la famille, de la religion, de la nation et qui menace des valeurs éthiques fondamentales.
La perception orthodoxe de l’homme s’oppose donc tant à l’apothéose arrogante de l’individu et de ses droits, qu’à l’humiliation de la personne humaine écrasée dans les actuelles gigantesques structures économiques, sociales, politiques et communicationnelles. La tradition de l’Orthodoxie est pour l’homme une source intarissable de vérités vitales. Nul autre que le Christ et Son Église n’a autant honoré l’être humain, et pris soin de lui. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
17. Aujourd’hui, nous vivons une recrudescence de la violence au nom de Dieu. Les exacerbations fondamentalistes au sein des religions risquent de faire valoir l’idée que le fondamentalisme appartient à l’essence du phénomène religieux. La vérité est que, en tant que « zèle que la connaissance n’éclaire pas » (Rm 10, 2), le fondamentalisme constitue une manifestation mortifère de religiosité. La véritable foi chrétienne, calquée sur la Croix du Seigneur, se sacrifie sans sacrifier ; c’est pourquoi elle est le juge le plus inexorable du fondamentalisme, quelle qu’en soit l’origine. Le dialogue interreligieux franc contribue au développement d’une confiance mutuelle dans la promotion de la paix et de la réconciliation. L’Église lutte pour rendre plus tangible sur terre la « paix d’en-haut ». La véritable paix n’est pas obtenue par la force des armes, mais uniquement par l’amour qui « ne cherche pas son intérêt » (I Co 13, 5). Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine.
18. L’Église orthodoxe suit, avec douleur et dans la prière, constatant la terrible crise humanitaire qui sévit de nos jours, la propagation de la violence et des conflits armés, la persécution, les déportations et les meurtres commis contre des membres de minorités religieuses, l’expulsion forcée de familles hors de leurs foyers, la tragédie du trafic d’êtres humains, la violation des droits fondamentaux d’individus et de peuples, ainsi que la conversion religieuse forcée. Elle condamne catégoriquement les enlèvements, les tortures, les atroces exécutions. Elle dénonce la destruction d’églises, de symboles religieux et de monuments culturels.
L’Église orthodoxe est particulièrement préoccupée de la situation des chrétiens, ainsi que des autres minorités nationales et religieuses persécutées du Moyen-Orient. Elle lance tout particulièrement un appel aux gouvernements des pays de la région pour protéger les populations chrétiennes, les orthodoxes, les anciens orientaux et les autres chrétiens, ayant survécu dans le berceau du christianisme. Les populations chrétiennes et les autres populations indigènes possèdent le droit imprescriptible de demeurer dans leurs pays en tant que citoyens jouissant de l’égalité de droits.
Nous exhortons donc toutes les parties impliquées, indépendamment de leurs convictions religieuses, à travailler à la réconciliation et au respect des droits de l’homme, et à protéger avant tout le don divin de la vie. Il faut que cessent la guerre et l’effusion de sang, et que prévale la justice, pour faire revenir la paix et rendre possible le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers ancestraux. Nous prions pour la paix et la justice dans les pays éprouvés d’Afrique et l’Ukraine. Réunis en Concile, nous réitérons avec force notre appel aux responsables pour libérer les deux évêques enlevés en Syrie Paul Yazigi et Yohanna Ibrahim. Nous prions en outre pour la libération de tous nos semblables retenus en otages et en captivité.
19. L’imprévisible crise contemporaine des réfugiés et des immigrés pour des raisons économiques, politiques et climatiques s’aggrave continuellement et occupe le centre de l’intérêt mondial. L’Église orthodoxe n’a cessé de considérer ceux qui sont chassés, qui sont en danger et dans le besoin, conformément aux paroles du Seigneur : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Mt 25, 35-36) et « en vérité, je vous le déclare chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 40). Au cours de son histoire, l’Église s’est toujours trouvée aux côtés de « tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau » (cf. Mt 11, 28). De tout temps, la philanthropie de l’Église ne se limite pas simplement à un acte de charité occasionnel envers l’indigent et le souffrant, mais elle cherche à éliminer les causes génératrices des problèmes sociaux. Le « ministère accompli » par l’Église (Ep 4, 12) est reconnu de tous.
Nous lançons donc un appel – avant tout à tous ceux qui sont en mesure d’éradiquer les causes générant la crise des réfugiés – à prendre des décisions adéquates dans ce sens. Nous appelons les autorités politiques, les fidèles orthodoxes et les citoyens des pays d’accueil, vers lesquels les réfugiés ont afflué et continuent d’affluer, de leur procurer toute aide possible dans la mesure de leurs moyens.
VII. L’Église : témoigner dans le dialogue
20. L’Église est sensible à ceux qui l’ont quittée et souffre pour tous ceux qui ne comprennent plus sa voix. Dans sa conscience d’être la présence vivante du Christ dans le monde, elle transpose dans des actions concrètes l’économie divine en utilisant tous les moyens à sa disposition afin de témoigner de la vérité de façon crédible dans la rigueur de la foi apostolique. Partant de cette compréhension du devoir de témoignage et de disponibilité, de tout temps, l’Église orthodoxe accorde une grande importance au dialogue, notamment avec les chrétiens hétérodoxes. Moyennant ce dialogue, les autres chrétiens connaissent désormais mieux l’Orthodoxie et la pureté de sa tradition. Ils savent aussi que l’Église orthodoxe n’a jamais accepté le minimalisme théologique ou la mise en doute de sa tradition dogmatique et de son éthos évangélique. Les dialogues interchrétiens furent une occasion pour l’Orthodoxie de souligner le respect dû à l’enseignement des Pères et de témoigner valablement de la tradition authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Les dialogues engagés par l’Église orthodoxe n’ont jamais signifié et ne signifieront jamais faire des compromis d’aucune sorte en matière de foi. Ces dialogues sont un témoignage de l’orthodoxie étayé sur le message évangélique : « Viens et vois » (Jn 1, 46) et « Dieu est amour » (I Jn 4, 8).
* * *
Dans cet esprit, étant la manifestation en Christ du Royaume de Dieu, l’Église orthodoxe dans le monde entier vit le mystère de la divine économie dans sa vie sacramentelle centrée sur la divine Eucharistie qui nous donne non pas une nourriture périssable et corruptible, mais le Corps du Seigneur Lui-même, source de vie, « le Pain céleste » « qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus Christ pour toujours » (Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens XX, 1, PG 5, 756A). La divine Eucharistie est le noyau central de la fonction conciliaire du corps ecclésial, ainsi que la véritable assurance de l’orthodoxie de la foi de l’Église, comme l’affirme saint Irénée de Lyon : « Pour nous, notre façon de penser (= enseignement) s’accorde avec l’eucharistie, et l’eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (Contre les hérésies, IV, 18, PG 7, 1028).
Évangélisant donc le monde entier, conformément au commandement du Seigneur, et « prêchant la repentance et la rémission des péchés à toutes les nations » (cf. Lc 44, 47), nous devons nous confier les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu ; nous devons nous aimer les uns les autres, confessant dans la concorde « le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible ». Réunis en Concile, adressant ceci aux fidèles de notre très-sainte Église orthodoxe et au monde entier, marchant sur les traces des saints Pères et obéissant aux décisions conciliaires qui prescrivent de sauvegarder la foi apostolique léguée et de nous « conformer au Christ » dans notre vie quotidienne, dans l’espérance de la « résurrection commune », nous rendons gloire à la Divinité en Trois Personnes en chantant :
« Père Tout-Puissant, Verbe et Esprit de Dieu, Nature Unique en Trois Personnes, Essence et Divinité Suprême, en Toi nous avons été baptisés et nous Te bénissons dans tous les siècles » (Canon pascal, ode 8.)

La proposition de l’Église orthodoxe de Grèce au sujet du texte « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » a été acceptée par le Concile

Dans un bulletin de presse, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Grèce cite la prise de position de l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme, lors de la dernière session du Concile : « Dans le texte sensible qui concernait les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien, la délégation de l’Église de Grèce, s’alignant sur l’esprit de sa hiérarchie, a proposé au titre du paragraphe 6 [du document préconcilaire, ndt], au lieu de : « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique d’autres Églises et confessions chrétiennes », la formulation suivante : « L’Église orthodoxe accepte la dénomination historique d’autres Églises et Confessions chrétiennes qui sont hétérodoxes », ce qui a eu pour résultat l’acceptation pleine de la proposition et que l’on parvienne à l’unanimité. Concrètement, Sa Béatitude (l’archevêque d’Athènes), en présentant la proposition a déclaré ce qui suit : « Par cette modification, nous obtenons une décision conciliaire qui, pour la première fois dans l’histoire, limite le cadre historique des relations envers les hétérodoxes non à l’existence, mais seulement à leur appellation historique en tant qu’Églises et confessions chrétiennes hétérodoxes. Les conséquences ecclésiologiques de ce changement sont évidentes. Non seulement, elles n’influencent pas négativement de quelque façon la tradition orthodoxe séculaire, mais au contraire, elle protège de façon claire l’ecclésiologie orthodoxe ».

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200 moines et moniales du diocèse de Moldavie de l’Église orthodoxe roumaine ont adressé une lettre ouverte au métropolite de Moldavie et de Bucovine Théophane, faisant part de leur préoccupation au sujet du Concile panorthodoxe

Dans une lettre ouverte au métropolite de Moldavie et de Bucovine Théophane, 200 moines et moniales du diocèse de Moldavie de l’Église orthodoxe roumaine, on fait part de leur préoccupation au sujet du Concile panorthodoxe :

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Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe demande au patriarche Bartholomée de convoquer une réunion préconcilaire panorthodoxe extraordinaire

2P20160603-VSN_4620-1200Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe demande au patriarche Bartholomée de convoquer une réunion préconcilaire panorthodoxe extraordinaire avant le 10 juin afin d’examiner la faisabilité du Concile panorthodoxe dans les délais prévus.

Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris, au cours de sa session du 3 juin (photographie ci-contre, ndlr), la décision suivante au sujet de la tenue du Concile panorthodoxe :

« Lors de sa session du 3 juin 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a examiné les problèmes importants qui ont surgi au cours de la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe prévu du 18 au 26 juin 2016, notamment le refus de l’Église orthodoxe de Bulgarie de participer au Concile, si ses dates ne sont pas reportées, ainsi que les sérieuses critiques concernant la préparation du Concile et les projets de documents conciliaires, tant dans l’Église orthodoxe russe que dans nombre d’autres Églises orthodoxes locales.

Rappel : Lors de la réunion des primats des Églises orthodoxes locales au Patriarcat de Constantinople du 6 au 9 mars 2014 a été adoptée une décision selon laquelle « le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe sera convoqué par le patriarche œcuménique à Constantinople en 2016, si des circonstances imprévisibles ne l’empêchent pas ». En outre, il a été arrêté que « toutes les décisions, tant lors du déroulement du Concile que lors des étapes préparatoires seraient prises sur la base du consensus ». La réunion des primats des Églises orthodoxes locales, qui s’est tenue du 21 au 28 janvier 2016 au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy, a pris la décision selon laquelle « le saint et grand Concile aura lieu du 18 au 27 janvier 2016 à l’Académie orthodoxe de Crète ». Il fut également décidé de créer un secrétariat panorthodoxe et un comité d’organisation du saint et grand Concile. Les primats des Églises locales ont été d’accord avec la proposition de l’Église orthodoxe russe de publier les projets de documents conciliaires préparés par les conférences et les réunions panorthodoxes préconciliaires, dans le but de leur large discussion. S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée a adressé, le Dimanche du Triomphe de l’orthodoxie, un appel aux fidèles « à exprimer leurs points de vue et leur attente quant au saint et grand Concile ». Manifestant sa pleine disposition à collaborer activement à la préparation du Concile, l’Église orthodoxe russe, a nommé sans tarder ses représentants au secrétariat panorthodoxe et au comité d’organisation du Concile (lettre de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée, sous le N°01/818 du 26 février 2016), mais le représentant de l’Église orthodoxe russe, malgré les rappels, n’a été invité à participer qu’à partir du 7 juin audit Comité (lettre de S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée à S.S. le patriarche de Moscou Cyrille du 31 mai 2016). En avril 2016, la composition de la délégation de l’Église orthodoxe russe au Concile panorthodoxe a été définie (protocole N°34), ce dont S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée a été informé par une lettre de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille.

Simultanément, pour ce qui concerne les projets de documents conciliaires, des remarques critiques ont commencé à être exprimées peu après leur publication, de la part de l’épiscopat, du clergé et des laïcs de l’Église russe. Au Patriarcat de Moscou, au département des relations ecclésiastiques extérieures et aux autres institutions synodales sont parvenues en grand nombre des lettres de fidèles orthodoxes faisant état de critiques des textes conciliaires et du processus même de préparation du Concile. En réponse au trouble parmi les fidèles, le département des affaires ecclésiastiques extérieures a procédé aux éclaircissements et aux commentaires nécessaires en publiant une déclaration appropriée. Dans le but d’une discussion plus large des projets de documents du Concile, s’est tenue le 19 avril à Moscou, à l’Université orthodoxe Saint-Tikhon, avec la bénédiction de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille, une conférence sur le thème « Le Concile panorthodoxe : points de vue et attentes ». À l’issue de la conférence ont été préparés et transmis pour examen à la Hiérarchie, des corrections aux documents « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ».

Malgré le délai toujours plus proche de la convocation du Concile, il reste une multitude de problèmes non réglés qui mettent en question la possibilité de parvenir à un consensus panorthodoxe lors du Concile. Le règlement du Concile, préparé lors de la réunion des primats des Églises orthodoxes qui a eu lieu du 21 au 28 janvier de cette année à Chambésy, n’a pas été signé par la délégation du Patriarche d’Antioche. Le projet de document « Le sacrement du mariage et ses empêchements » n’a pas été signé par les délégations des Patriarches d’Antioche et de Géorgie. La suggestion de S.S. le patriarche Cyrille de procéder à une harmonisation panorthodoxe de ces questions dans le cadre des travaux du secrétariat panorthodoxe «suivi par l’examen des propositions élaborées lors de la réunion des primats des Églises orthodoxes locales » (lettre de S.S. le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée N°01/818 du 26 février 2016), n’a reçu aucun soutien du Patriarcat de Constantinople. Le Secrétariat, pour la période écoulée, ne s’est réuni que deux fois et s’est occupé principalement de questions techniques. La proposition du représentant de l’Église orthodoxe russe de discuter de l’harmonisation des documents dans le cadre du secrétariat panorthodoxe a été déclinée.

Les différends entre les patriarcats d’Antioche et de Jérusalem concernant la juridiction ecclésiastique sur le Qatar restent non résolus, et avec eux l’absence de communion eucharistique entre eux, ce qui constitue un obstacle de taille à la participation de l’Église d’Antioche au Concile.

Au cours de la dernière semaine, plusieurs Églises locales orthodoxes ont fait des déclarations officielles, qui mettent en question la possibilité de procéder au saint et grand Concile de l’Église orthodoxe dans les délais indiqués ou celle de parvenir à un consensus au sujet des thèmes fondamentaux de l’ordre du jour du Concile.

Le 25 mai 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Géorgie a décidé que, dans les documents du Concile « Le sacrement du mariage et ses empêchements » et «La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », des corrections importantes doivent être apportées, tandis que le document « Relation de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » « doit faire l’objet d’une refonte majeure ». Il est mentionné que si les modifications proposées « ne sont pas prises en compte et introduites dans le texte du document, l’Église de Géorgie considère impossible de le signer ».  

Le concile des évêques de l’Église orthodoxe serbe qui s’est terminé le 25 mai 2016 a adopté un document consacré à la préparation du Concile panorthodoxe, lequel « exprime sa position de principe relative à toutes les questions essentielles qui seront débattues et décidées lors du grand Concile ». Dans ledit document, communiqué pour information aux primats et aux synodes des Églises orthodoxes locales est posée la question : « Le prochain Concile correspond-il au critère et à la mesure des véritables conciles connus de l’histoire de l’Église orthodoxe… Le Concile exprime-t-il l’unité de l’Église du Christ dans l’Esprit-Saint à la gloire de Dieu le Père ? » Les évêques de l’Église orthodoxe serbe mentionnent les insuffisances du projet du Règlement du Concile, posent des question quant au rôle et au statut des évêques lors du Concile, sur la limitation injustifiée du nombre des participants au Concile ; ils considèrent indispensable d’examiner lors du Concile la question de l’autocéphalie et son mode de proclamation (ce sur quoi l’Église russe a également insisté, avec d’autres Églises) ; ils expriment l’opinion que les projets de documents conciliaires « nécessitent des modifications et des précisions afin de correspondre aux exigences de la vie et de la mission de l’Église », mentionnant particulièrement cette nécessité relativement aux documents « Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » ; d’autres remarques sont également exprimées.

Le 25 mai 2016 s’est achevée la session du concile des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce, avec pour but, comme cela est communiqué dans sa lettre-encyclique, « de discuter au sujet de la décision et de la proposition du Saint-Synode permanent, après les propositions envoyées par les hiérarques, sur l’initiative de S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme. La hiérarchie de l’Église de Grèce, dans sa fidélité absolue à l’enseignement des prophètes, des apôtres et des Pères, et avec respect envers le fonctionnement conciliaire de l’Église orthodoxe, a étudié de façon exhaustive les propositions du Synode permanent, l’une après l’autre, et dans un esprit de consensus, de responsabilité et de sérieux, avec unanimité sur la plupart des points et une majorité absolue sur d’autres, a procédé aux corrections des textes présentés et, où il le fallait, a fait également des ajouts, afin que ceux-ci soient les décisions finales de notre Église relativement à ces textes. Les corrections et les ajouts qui sont essentiels et qui sont en accord avec l’expérience et la tradition pérennes de l’Église… Les points de vue de nombreux hiérarques ont été entendus et les décisions étaient presque unanimes ». Le texte relève « l’inquiétude qui s’était manifestée au préalable, en grande partie justifiée, chez beaucoup de membres du clergé, chez les moines et les laïcs, au sujet des textes que discutera le saint et grand Concile ».

Le même jour, la Sainte Communauté de la Sainte Montagne de l’Athos, sur la base de la réunion extraordinaire de la synaxe double réunissant les représentants et les higoumènes des vingt monastères de la Sainte Montagne de l’Athos a adressé à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée et aux primats des Églises locales orthodoxes un message, dans lequel il est mentionné que «certains points des textes préconciliaires nécessitent une clarification, afin que soient exprimés plus clairement la tradition pérenne des Saints Pères et le viatique conciliaire de l’Église. Nous soumettons humblement notre point de vue et nos suggestions concernant ces points ». Les points en question touchent les projets de document « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Présentant ces «suggestions, qui ont été le fruit… de réflexions et de prières », les moines du Mont Athos soulignent que la correction des textes préconciliaires est nécessaire, afin que le saint et grand Concile réussisse à « éviter les schismes et les divisions ». 

Le 27 mai 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe d’Antioche a procédé à une déclaration, dans laquelle il est mentionné que les membres du Synode ont « discuté tous les détails et documents du grand Concile orthodoxe », et sont « parvenus à un accord sur une formulation commune de l’attitude de l’Église d’Antioche envers les thèmes portés à l’ordre du jour » et ont « décidé d’adopter toutes les corrections proposées » par une commission désignée précédemment dans ce but, et se sont encore une fois exprimés sur la nécessité « de trouver une solution ecclésiale définitive du conflit avec le Patriarcat de Jérusalem ».

Le 31 mai 2016, le Saint-Synode du Patriarcat de Constantinople a proposé, en vue de l’étude du problème des relations entre les Patriarcats d’Antioche et de Jérusalem et de la recherche d’une solution acceptable par les deux parties, de constituer « immédiatement après le saint et grand Concile », « une commission bilatérale formée de représentants des deux Églises concernées, sous la responsabilité coordinatrice du Patriarcat œcuménique ».

À ce sujet, le secrétariat du Saint Synode du Patriarcat d’Antioche, en date du 1er juin 2016, a déclaré que le Patriarcat d’Antioche avait pris connaissance de ladite proposition  « avec chagrin et stupeur » et reconnu que « les efforts fournis depuis plus de trois ans » depuis le début du conflit, n’ont abouti à rien… Cet état des choses est d’autant plus affligeant que ces efforts, accentués en concomitance avec le processus de convocation du saint et grand Concile, avaient aussi pour but d’arriver avant le début du concile à une solution ecclésiale définitive de cette violation, afin qu’il puisse mieux témoigner de l’unité orthodoxe, cette unité qui trouve sa plus haute expression dans la divine liturgie qui va inaugurer ses travaux, le jour même de la Pentecôte. Car une telle inauguration, avec la participation de toutes les Eglises autocéphales, en ce jour, est la meilleure façon d’aborder les problèmes de l’Eglise orthodoxe dans sa catholicité, et d’exprimer l’unanimité orthodoxe les concernant ».

Le 1er juin 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare, lors de sa session au complet « a procédé à une discussion approfondie concernant les questions liées à la convocation du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe qui se tiendra du 16 au 26 juin 2016 sur l’île de Crète ». Le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare a attiré l’attention sur :

1) l’absence de l’ordre du jour du Concile panorthodoxe de thèmes particulièrement importants pour la sainte orthodoxie, revêtant une importance actuelle et nécessitant une décision commune panorthodoxe en temps opportun

2) les désaccords qui ont surgi et qui ont été déclarés officiellement par des Églises orthodoxes locales concernant des textes conciliaires déjà approuvés.

3) l’impossibilité, selon le règlement déjà adopté du déroulement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, de rédiger des textes au cours des travaux du Concile

4) la place occupée dans la salle par les primats des Églises orthodoxes locales qui, telle qu’elle est proposée et prévue, transgresse le principe d’égalité des primats des Églises orthodoxes autocéphales

5)  l’emplacement des observateurs et hôtes du Concile, qui ne convient pas

6) la nécessité de procéder à des dépenses importantes et injustifiées en cas de participation de l’Église orthodoxe de Bulgarie au Concile

Le Saint-Synode a décidé à l’unanimité, après avoir voté :

  1. D’insister afin que le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe du 16 au 26 juin de cette année soit reporté afin que la préparation à celui-ci soit prolongée
    2. Dans le cas contraire, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare déclare sa décision catégorique de ne pas participer aux travaux du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe planifiés pour le 16-26 juin de cette année. »

Le 2 juin 2016, S.S. le patriarche de Bulgarie Néophyte, par une lettre, a communiqué cette décision aux primats des Églises orthodoxes locales.

Il a été décidé:

  1. D’approuver les efforts entrepris par le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille et par les représentants du Patriarcat de Moscou, en vue de la participation à la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, durant la période qui a suivi le concile des évêques de l’Église orthodoxe russe qui s’est tenu les 2 et 3 février 2016.
  2. De confirmer les propositions de l’Église orthodoxe russe concernant la correction des projets de documents du Concile panorthodoxe « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », formulées sur la base des opinions exprimées par les évêques, clercs, moines et laïcs.
  3. De mentionner que, sur la base des discussions des projets de documents du Concile panorthodoxe par les Églises orthodoxes de Géorgie, de Serbie, de Bulgarie et de Grèce, ainsi que par la Sainte Communauté du Mont Athos, les corrections essentielles présentées, sont en grande partie en accord avec les propositions de l’Église orthodoxe russe. Elles demandent un examen approfondi dans le but de parvenir à un consensus panorthodoxe.
  4. Prenant en compte que les décisions du Concile panorthodoxe ne peuvent être adoptées que sur la base du consensus (Décision de la synaxe des primats des Églises orthodoxes locales qui s’est tenue du 6 au 9 mars 2014, point 2a), c’est-à-dire par une manifestation de volonté unanime de toutes les Églises orthodoxes autocéphales communément reconnues, mentionner que la non-participation au Concile de ne serait-ce qu’une seule d’entre elles constitue un obstacle insurmontable à l’accomplissement du saint et grand Concile.
  5. De constater que la décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare du 1er juin 2016, ainsi que l’incertitude persistante concernant la possibilité de la participation du patriarche d’Antioche au saint et grand Concile, de même que l’absence de consensus préalable sur le projet de règlement du Concile ainsi que sur le document « Le sacrement du mariage et ses empêchements », dénotent que, à l’heure actuelle, alors qu’il reste deux semaines jusqu’à la date fixée pour l’ouverture du Concile, il existe de sérieux problèmes nécessitant des actions orthodoxes communes sans tarder.
  6. Considérer que l’issue de cette situation exceptionnelle pourrait être la tenue d’une conférence préconciliaire panorthodoxe extraordinaire pour examiner la situation telle qu’elle a évolué et examiner les corrections proposées par les Églises orthodoxes locales, dans le but de l’élaboration des propositions unanimes.
  7. Reconnaître que la convocation d’une telle conférence, prenant en considération l’étendue du travail et l’importance des questions soulevées, nécessite qu’elle soit réalisée sans tarder, pas plus tard que 10 juin de cette année, afin que, sur la base de la décision qui sera prise en conclusion, les Églises orthodoxes puissent porter un jugement sur la possibilité de tenir le Concile panorthodoxe dans les délais fixés.
  8. Demander au patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille de s’adresser avec la proposition correspondante à S.S. le patriarche de Constantinople Bartholomée.
  9. Envoyer sans tarder les propositions susmentionnées de l’Église orthodoxe russe aux primats des Églises orthodoxes locales.

Traduit du russe pour Orthodoxie.com.

Sources :  Patriarcat de Moscou, photographies, vidéo.

 

 

 

 

 

 

Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Bulgarie rejetant plusieurs points du document préconciliaire sur les relations avec le reste du monde chrétien

« Aujourd’hui, en date du 21 avril 2016, le Saint-Synode, sous la présidence de S.S. le patriarche de Bulgarie Néophyte a procédé à sa session ordinaire, au cours de laquelle ont été discutés les questions et les documents concernant le prochain Concile panorthodoxe, qui est prévu en Crète du 16 au 27 juin de cette année. À la session étaient présents les évêques synodaux ; Callinique de Vratchane, Joannice de Sliven, Grégoire de Velikotrnovo, Gabriel de Lovetch, Nicolas de Plovdiv, Ambroise de Dorostol, Jean de Varna et de Velikipreslav, Séraphin de Nevrokop et Nahum de Roussé. Les évêques synodaux suivants étaient absents : Dométien de Vidine, Joseph des États-Unis, du Canada et d’Australie, Ignace de Pleven, Galaction de Starozagorsk, Antoine d’Europe occidentale et centrale. Le Saint-Synode a examiné la lettre du métropolite de Lovetch Gabriel, avec en annexe les signatures des prêtres du diocèse de Lovetch concernant le texte intitulé « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien », faisant partie des documents prévus pour examen lors du saint et grand Concile des Églises orthodoxes, qui se déroulera en Crète entre le 16 et le 27 juin de cette année. De même, le Saint-Synode a examiné la lettre du métropolite de Plovdiv Nicolas, avec en annexe les signatures des prêtres du diocèse de Plovdiv, en soutien de l’opinion exprimée par le diocèse de Lovetch au sujet du document susmentionné. Après un vote, le Saint-Synode a décidé à l’unanimité :

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Intervention de l’archevêque de Berlin et d’Allemagne (Église orthodoxe russe hors-frontières) au colloque organisé à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe

À l’occasion du colloque organisé le 19 avril à l’Université Saint-Tikhon de Moscou au sujet du Concile panorthodoxe, l’archevêque de Berlin et d’Allemagne Marc a commenté le message de l’Église orthodoxe russe hors-frontières au sujet des projets de documents préconciliaires destinés à être soumis au futur Concile panorthodoxe :

Éminence, Excellences, révérends Pères, Frères et Sœurs,

Comme nous l’avons entendu dans la conférence de S.E. le métropolite Hilarion [de Volokolamsk, ndt], les documents qui ont été publiés sont passés par des périodes d’élaboration, de discussions, de finalisation ayant duré de nombreuses années, parfois même de nombreuses décennies, et cela se ressent très fortement dans certains documents, tandis que dans d’autres, cela est atténué, probablement parce que les thèmes étaient plus simples. Mais il reste que, à mon avis, ainsi qu’à celui de beaucoup de nos archipasteurs et pasteurs, deux de ces documents causent une certaine préoccupation. Celle-ci est liée à l’absence de clarté que l’on y rencontre, une absence de clarté avant tout terminologique, qui peut donner lieu à des interprétations erronées. Cela concerne les documents « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ». Il y a certaines craintes également en ce qui concerne le règlement du Concile, mais S.E. le métropolite Hilarion a déjà répondu en partie à celles-ci. Avant tout, je vais aborder le document appelé « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Chez nous, ce document appelle une grande vigilance au regard de l’ecclésiologie orthodoxe. La terminologie est confuse dans ce document, elle n’est pas claire et peut donner lieu à toutes les interprétations erronées. Bien qu’au début de ce document figure une phrase très claire, et encourageante pour moi personnellement ainsi que pour beaucoup d’évêques, selon laquelle l’Église orthodoxe est définie comme l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, qui établit son unité, comme cela y est dit, sur le fait qu’elle est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cependant, malheureusement, une telle terminologie claire, non ambiguë, est loin d’être maintenue dans le reste du document, où il est dit, je cite : « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique d’autres églises et confessions chrétiennes ne se trouvant pas en communion avec elle ». Cela, sous une forme différente, sous un aspect différent, fait que l’on rappelle maintes fois la question des autres « Églises ». Pour nous, une telle terminologie est inacceptable. Peut-être dois-je dire que je sens souvent, qu’en Russie, nos archipasteurs et pasteurs ont une attitude plus favorable envers les autres « Églises », les autres confessions, que nous à l’étranger, parce que nous sommes confrontés à celles-ci tous les jours, nous savons de quoi il s’agit et que, en partie, nous sommes issus de ces communautés. C’est pourquoi, nous avons, peut-être, une perception plus aiguë de ce thème mais je sais, néanmoins, que cela inquiète de nombreuses personnes, et ce non pas seulement dans notre Église. En fait, ceux qui ont protesté les premiers contre cette formulation étaient des Grecs. Et cela me réjouit parce que les Grecs constantinopolitains, de toute évidence, considèrent souvent que nous, Église russe, avons toujours été opposés à ce qu’ils proposaient. Dans le cas présent, ce sont les Grecs eux-mêmes des Églises de Grèce et de Chypre qui ont apporté une contribution très intéressante à cette discussion. Lorsqu’il est dit que l’Église est fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, on oublie de toute évidence qu’elle constitue également Son Corps mystique, ce que nous ne saurions omettre. Si un tel fondement du Corps du Christ est clair pour nous, alors il ne peut être question d’une multitude d’Églises. Cela, nous ne pouvons en parler que dans une discussion privée, personnelle, mais non au niveau d’une conférence panorthodoxe. L’unité de l’Église, à notre avis, ne saurait être mise en question. Il n’est dit nulle part dans le texte que la division qui existe à notre époque s’est produite suite à des schismes et des hérésies. Certes, dans la vie de tous les jours, nous pouvons ne pas aller à la rencontre de chaque protestant en lui disant « tu es un hérétique ». Mais lorsque l’on me demande : « Me considérez-vous comme un hérétique ? », je dois le dire. Je dois comprendre que, à la base de ces prétendues « Églises » existant maintenant, se trouve l’hérésie ou le schisme. Mais, dans ce document, on parle constamment d’une mystérieuse unité chrétienne. Il n’est dit nulle part ce dont il s’agit. Est-ce un quelconque méli mélo ? Si nous parlons de la prépondérance de l’Église orthodoxe, de l’unité des fidèles en Christ, de l’Église une sainte, catholique et apostolique etc., alors nous ne pouvons en même temps, dans le même document, parler de la multitude des Églises. Parler de l’unité chrétienne perdue et du rétablissement de celle-ci, est magnifique, Dieu merci, on en parle. Mais le rétablissement de l’unité ne peut se produire par des voies nébuleuses. Là, rien n’est dit au sujet de tous ceux qui ont quitté cette unité avec l’Église orthodoxe, que nous invitons à revenir, il n’est pas dit que nous sommes des témoins, sans orgueil aucun de notre côté (ce n’est pas à nous que revient le mérite d’être orthodoxes, mais le Seigneur nous a appelés dans l’Église Une) et pour cette raison, nous devons témoigner de cette vérité, et ne pas la voiler, comme on le fait ici. Il ressort de ce texte que l’Église orthodoxe est une quelconque petite partie d’un tout, c’est une sorte de fragment, comme tous les autres. Et il n’est pas dit que la perte de l’unité des hétérodoxes, c’est précisément la perte de leur unité avec l’Église orthodoxe. Encore une fois, dans une conversation privée, nous pouvons permettre de telles choses, mais non dans un document panorthodoxe, à mon avis, cela est inacceptable. Il y a encore une chose dangereuse, c’est la déclaration de ce document au sujet de la pratique du prosélytisme. Selon une phrase du document, toute pratique de prosélytisme est exclue ainsi que d’autres actions provoquant des manifestations d’antagonisme interconfessionnel. Il ne faut pas confondre ces deux choses, excusez-moi. On ne peut les laisser à égalité dans une phrase. Une chose est le prosélytisme auquel le Seigneur nous a tous appelés et envoyés, et autre chose est effectivement la manifestation malsaine d’antagonisme interconfessionnel, ce que nous voulons tous éviter. Ici, nous devons distinguer nettement ces deux choses. Parce que si nous les confondons, on arrive à nouveau à une quelconque égalité entre les confessions, nous sommes alors tous égaux et nous devons tous revenir quelque part, on ne sait pas où…

Un autre document qui appelle, peut-être, une vigilance encore plus grande, c’est le document sur la mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain. Là, à mon avis, il y a des erreurs portant sur l’anthropologie. Le passage clé dans ce document est celui où il est question de la personne humaine. Or, comme nous l’avons déjà indiqué, il faut parler ici de l’homme ! « La personne humaine » est une nouvelle expression, non patristique et non liturgique. Ceci étant, ce problème est identique dans toutes les variantes linguistiques de ce texte. Ceci est le plus flagrant dans le texte grec. J’ignore quel texte se trouvait à l’origine de ce document, mais le texte grec est absolument absurde, comme l’ont montré les évêques grecs, parce que l’on y utilise le mot « prosopon », qui est en général utilisé seulement pour les Personnes de la Sainte Trinité, et les Grecs eux-mêmes l’ont relevé. Il y a, dans la traduction russe, la meilleure variante, étant donné qu’à de nombreux endroits, on utilise malgré tout le mot « homme », et non « la personnalité humaine ». Et dans les textes français, grec et anglais, il y a cette terminologie inacceptable. Il faudrait, dans le texte russe, procéder de façon conséquente, et utiliser dans tout le texte le mot « homme », au lieu de « personnalité humaine », qui crée ici une confusion entre ce qui est incréé – la Sainte Trinité – et le créé dans l’homme.

Ce sont donc les éléments qui, à notre avis, demandent des corrections et des définitions précises. Beaucoup de choses importantes sont dites dans ces textes, particulièrement dans ce texte où il est question de la place de l’Église dans le monde contemporain. Il ne faudrait pas, naturellement, tout supprimer mais, à mon avis, il faut préciser et éviter, voire enlever toutes ces contradictions inutiles, qui sont présentes dans ce texte.

Encore un élément important : pour quelles raisons y parle-t-on de « genres », alors que l’on a simplement en vue le sexe. Pourquoi faut-il introduire un quelconque « genre » ? Cela est incompréhensible.

Pour ce qui concerne la procédure du Concile, il y a un passage troublant, c’est la référence au fait que l’esprit conciliaire ou l’institution conciliaire dans l’Église a toujours préservé la vérité de la foi. C’est simplement faux. Les Conciles ont simplement transmis ce qu’ils ont hérité du Seigneur, ils révèlent la volonté divine, mais ils ne l’établissent pas eux-mêmes. Le métropolite Hilarion a déjà parlé au sujet de la décision conciliaire, je lui suis reconnaissant pour cette clarification. Bien sûr, tenant compte de tout cela, ce serait mieux, en fonction de toutes ces lacunes, et cela faciliterait beaucoup les choses, si nous utilisions non pas le mot « Concile », mais « Conférence panorthodoxe ». Cela ferait disparaître toute la tension qui existe dans le peuple et qui, peut-être, est fondée, mais il y a ici un malentendu, parce que nous partons ici de la langue grecque où en fait il n’y a pas de différence fondamentale entre les mots « Concile », « Réunion » et conférence ou consultation. Si nous utilisions le mot « conférence » nous ferions disparaître cette grande tension.

Source

Encyclique patriarcale et synodale au sujet de la convocation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe

+ Bartholomée,
Par la Grâce de Dieu archevêque de Constantinople,
la Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique
À tout le plérôme de l’Église
La grâce et la paix de Dieu soient avec vous !

Notre sainte Église orthodoxe, qui est ornée « comme de velours et de lin fin» par le sang de ses martyrs, les larmes de ses vénérables pères et les combats et sacrifices de ses confesseurs de sa foi, célèbre aujourd’hui sa fête onomastique. Après une période d’un siècle d’âpres combats, c’est à juste titre et avec raison que ce jour a été appelé et désigné comme « dimanche de l’orthodoxie », puisque la vérité a brillé et a triomphé du mensonge, par la vénération des icônes sacrées, comme portant la présence personnelle et la grâce divine du Fils et Verbe de Dieu incarné et de Ses saints. De cette manière a été reconnu et prêché encore une fois que « Le Verbe est devenu chair et a habité parmi nous» (Jean I, 14), honorant ainsi et sanctifiant la création matérielle et notre corps, pour que nous devenions « participants à la nature divine » (cf. II Pierre 1,4), participants à la grâce et la vie divines. Dans cette grande et salvatrice vérité, qui a été attaquée par ceux qui refusaient la vénération des saintes icônes, la voie de la victoire de la vérité sur le mensonge a été, dans ce cas également, celle suivie par l’Église depuis son début et pendant tout le cheminement de son histoire. Celle-ci n’était autre que celle de la conciliarité. La distinction entre la vérité et le mensonge, l’orthodoxie et l’hérésie, n’est pas toujours discernable. Les hérétiques croyaient et croient qu’ils possèdent la vérité, et il y aura toujours ceux qui caractériseront « d’hérétiques » ceux qui ne sont pas d’accord avec leurs vues. L’Église orthodoxe, dans ce cas, ne reconnaît qu’une seule et unique autorité : le concile de ses évêques canoniques. Sans décision conciliaire, la distinction entre orthodoxie et hérésie n’est pas possible. Tous les dogmes de l’Église et les saints canons portent le sceau de la conciliarité. L’Église orthodoxe est l’Église de la conciliarité. L’Église orthodoxe a souligné dès son début ce principe ecclésiologique, et elle l’applique fidèlement au niveau local. Cela a été en vigueur durant de nombreux siècles, au niveau universel et panorthodoxe également, mais a été interrompu en raison des circonstances historiques pendant longtemps. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’agréable position d’annoncer officiellement depuis ce trône sacré et œcuménique que, par la grâce de Dieu, avec l’accord de tous les primats des très saintes Églises orthodoxes, sera réalisé l’événement décidé depuis plus de cinquante ans, le saint et grand Concile et toute l’Église orthodoxe, et ce sur l’île de Crète, du 18 au 27 juin de cette année. Ses travaux commenceront par une divine liturgie panorthodoxe en la sainte église Saint-Ménas d’Héraklion, le jour grand et insigne de la Pentecôte, et se poursuivront à l’Académie orthodoxe de Crète à Kolymvari, près de La Canée. Ce saint et grand Concile sera présidé par Notre Humilité entouré des autres primats des Églises orthodoxes ; les autres hiérarques participeront comme membres du concile par les délégations de toutes ces Églises. Le but premier de ce concile panorthodoxe est d’enseigner que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique, unie dans les sacrements, et en particulier dans la divine eucharistie et la foi orthodoxe, mais aussi dans la conciliarité. C’est pourquoi le concile a été préparé depuis un longue période de temps, par une série de commissions préparatoires et de consultations préconcilaires, de telle façon que les textes de ses décisions soient inspirés d’unanimité et que leur message soit transmis « d’une seule bouche et d’un seul cœur ». Les thèmes dont s’occupera le saint et grand Concile, définis déjà de façon panorthodoxe lors de la décision de sa convocation, concernent principalement les problèmes de structure intérieure et de vie de l’Église orthodoxe, qui nécessitent une résolution immédiate. En outre, il y a les questions concernant les relations de l’orthodoxie avec le reste du monde chrétien et la mission de l’Église à notre époque. Nous savons, bien entendu, que le monde attend d’entendre la voix de l’Église orthodoxe au sujet de nombreux problèmes urgents qui préoccupent l’homme contemporain. Mais il a été jugé nécessaire que l’Église orthodoxe règle en premier lieu ses problèmes internes avant de parler ou de s’adresser au monde, ce qu’elle n’a pas cessé de considérer comme son devoir. Le fait que, après tant de siècles, l’orthodoxie exprime sa conciliarité sur un niveau mondial, constitue le premier pas, décisif, dont on attend, par la grâce de Dieu, qu’il mène à la convocation, Dieu voulant, d’autres conciles panorthodoxes.

Chers frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Les grands événements historiques sont dirigés par la grâce de Dieu. C’est Lui qui, en définitive, est le Maître de l’histoire. Nous semons et peinons, mais Celui qui fait croître est Dieu (cf. I Cor. 3,8). Le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe constitue réellement un événement historique et c’est en Dieu uniquement que nous plaçons sa réussite. Aussi, nous appelons les  fidèles orthodoxes, clercs et laïcs, à la prière au Dieu trinitaire pour qu’Il couronne par Ses bénédictions cet événement, afin que par celui-ci Son Église soit édifiée et que soit glorifié Son très saint Nom. Les temps sont critiques et l’unité de l’Église a pour devoir de constituer un exemple d’unité pour l’humanité déchirée par des divisions et les conflits. Le succès du saint et grand Concile est l’affaire de tous les membres de l’Église qui sont appelés à montrer leur intérêt envers lui. Déjà, les textes qui ont reçu un accord panorthodoxe et qui ont été soumis au saint et grand Concile sont publiés et sont mis à la disposition de chaque fidèle bien intentionné pour qu’il en soit informé et tenu au courant, mais aussi pour exprimer son opinion et ses attentes quant au saint et grand Concile. Annonçant cela à tout le plérôme de l’Église orthodoxe dans tout l’univers en cette fête insigne, nous souhaitons que le Seigneur accorde à Son Église et à nous tous Sa grâce en abondance et Sa bénédiction, et qu’Il donne au monde entier «  la paix en tout temps, de toute manière! » (2 Thess. 3,16).

Le 20 mars de l’année du Seigneur 2016

† Bartholomée, archevêque de Constantinople
Votre fervent suppliant devant le Seigneur

† Métropolite Jean de Pergame

† Métropolite Isaïe de Denver

† Métropolite Alexis d’Atlanta

† Métropolite Jacques des Îles des Princes

† Métropolite Joseph de Prikonisos

† Métropolite Méliton de Philadelphie

† Métropolite Emmanuel de France

† Métropolite Nicétas des Dardanelles

† Métropolite Nicolas de Detroit

† Métropolite Germain de San Francisco

† Métropolite Maxime de Selymbria

† Métropolite Amphiloque d’Adrianopolis

Source: Patriarcat oecuménique

Des prêtres et moines de l’Église orthodoxe bulgare, soutenus par des laïcs, ont fait part au patriarche de Bulgarie Néophyte de leurs inquiétudes au sujet du document préconciliaire concernant les « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien »

Dans une lettre datée du 23 février, des prêtres et moines de l’Église orthodoxe bulgare, soutenus par des laïcs, ont fait part au patriarche de Bulgarie Néophyte et au Saint-Synode de ladite Église de leurs inquiétudes au sujet du document préconciliaire concernant les « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien », entériné lors de la synaxe des primats des Églises locales à Chambésy en janvier de cette année. Parmi les signataires de la lettre se trouvent l’archimandrite Jean (Filippov), du diocèse de Plovdiv, le hiéromoine Dimitri de Zographou, du monastère Saint-Jean-de-Ryla à German, près de Sofia, le hiéromoine Nicanor du monastère Saints-Côme-et-Damien de Tsarnogorski, le prêtre Stelian Tabakov, de l’église Saints-Cyrille-et-Méthode de Sofia, le prêtre Cyrille Didov, confesseur du diocèse de Sofia, l’archiprêtre Jean Koukov de l’église-rotonde Saint-Georges ; le prêtre Georges Ianykov de l’église de la Protection-de-la-Mère de Dieu et d’autres. Des centaines de personnes ont signé cette lettre sur internet : archimandrites, hiéromoines, prêtres, moines, moniales et laïcs. Nous publions ci-après le texte complet :

    « À Sa Sainteté Néophyte, métropolite de Sofia et patriarche de Bulgarie, aux membres du Saint-Synode de l’Église orthodoxe bulgare, lettre ouverte des chrétiens orthodoxes au sujet du Concile panorthodoxe prévu pour juin 2016

Votre Sainteté, Vos Éminences,

En tant que fidèles enfants de la sainte Église orthodoxe, nous attirons humblement votre attention archipastorale sur la question doctrinale importante suivante. Nous référant aux paroles de saint Théodore le Studite, selon lesquelles, « lorsque la pureté de la foi est menacée par un danger, le commandement divin ordonne que personne ne se taise, indépendamment de sa modeste position sociale ou ecclésiastique », nous souhaitons exprimer notre forte inquiétude et notre désaccord avec le contenu d’un projet de document, adopté officiellement aux fins d’examen par le Concile panorthodoxe de juin 2016, intitulé « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien », qui trouble très fortement notre conscience orthodoxe. Voici, ci-après, ce que nous avons en vue. Tout ce document produit l’impression d’une utilisation infondée de la terminologie œcuménique, qui entre en contradiction ouverte avec la théologie orthodoxe traditionnelle et la langue des saints Pères. Parfois sont utilisées des expressions à double sens qui visent non pas à préciser les concepts, à l’instar des Conciles œcuméniques, mais à les obscurcir et les éroder consciemment. Il y a même certaines formulations manifestement non orthodoxes. Citons des exemples concrets.

1. Les expressions du genre « rétablissement de l’unité des chrétiens » ou « la recherche de l’unité perdue », dont il est souvent question dans les paragraphes 4, 5, 6, 7 et 12, etc., sont exceptionnellement importantes et répétées à plusieurs reprises. Il en est de même du concept très général de « monde chrétien », figurant dans le titre même du document qui, à l’instar des expressions précitées, n’est pas défini dans l’esprit de la théologie des saints Pères, et, par voie de conséquence, son utilisation porte un autre caractère. Les saints Pères ne parlaient pas d’un quelque « monde chrétien » non défini, mais, dans un but absolument précis et de façon concrète, ils ont défini de tels concepts comme « fidèles », « croyants orthodoxes » ou « hérétiques », schismatiques », etc. Au contraire, dans ce projet de document, le concept même « d’hérésie » n’est jamais mentionné. Cela signifie-t-il qu’il n’y a déjà plus d’hérésies, où que ce soit, sur la base chrétienne ? S’il y en a de semblables, pourquoi ne sont-elle pas nettement mentionnées ?

2. Dans le projet de document, on remarque une inconséquence dogmatique indubitable ainsi qu’une contradiction, ce que l’on peut clairement constater dans l’utilisation du concept d’ « Église », lequel revêt une signification primordiale et fondamentale non seulement pour ce qui concerne le document en question, mais en général pour tout le Concile panorthodoxe. C’est ainsi que, par exemple, dans le paragraphe 1, on parle à juste titre de l’Église orthodoxe comme « l’Église une, sainte, catholique et apostolique », mais après, sans que l’on sache pourquoi, on commence à mentionner dans les paragraphes 6, 16, 17, 18, 19 et 20, d’autres « Églises chrétiennes », sans donner en général quelle explication que ce soit de cette absurdité dogmatique. Il s’agit là d’une omission inadmissible pour un document panorthodoxe de ce haut niveau et d’importance doctrinale. Parce qu’il y a une grande différence entre une discussion humaine qui ne mène à aucun engagement, dans laquelle le groupe de mots « Église catholique-romaine », par exemple, est utilisé pour faciliter le dialogue, mais sans pour autant qu’un quelconque contenu dogmatique soit introduit dans cette expression. Or, c’est tout autre chose lorsqu’il s’agit d’un document ecclésial officiel du Concile panorthodoxe, qui doit être signé par de nombreux patriarches et métropolites orthodoxes, représentants de toute l’Église, et dans lequel le statut unique d’ « Église une, sainte, catholique et apostolique » acquiert soudain un caractère pluriel et qui commence à être attribué à des communautés hérétiques. En outre, il est mentionné à plusieurs reprises « l’unité chrétienne » qui, en fait, constitue le message fondamental du projet de document. Or, jamais, lors des conciles œcuméniques, on a parlé du rétablissement de l’unité entre orthodoxes, ariens, macédoniens, nestoriens, monophysites, origénistes, monothélites, iconoclastes, et. C’est parce que la présence d’hérétiques, indépendamment de leur nombre, ne porte pas atteinte à l’unité interne de l’Église du Christ, étant donné que les hérétiques ont toujours été considérés comme extérieurs par rapport à l’Église. Au contraire, les membres fidèles de l’Église se trouvent toujours dans l’unité chrétienne parce qu’ils sont unis par leur foi orthodoxe commune, les sacrements et le Christ Lui-même, le chef de l’Église. C’est pourquoi les saints Pères n’ont jamais parlé de rétablissement de l’unité entre orthodoxes et hérétiques, mais ont seulement appelé les hérétiques au repentir et à leur retour, après avoir confessé la foi orthodoxe, dans l’Église. Or, dans ce projet de document, on ne parle nulle part du repentir des hérétiques contemporains (catholiques-romains, protestants, communautés monophysites, etc.) et de leur retour dans l’Église du Christ. Et, comme on le sait de l’histoire de l’Église, celle-ci ne s’est jamais unie aux hérétiques qui ne se repentent pas de leurs erreurs.
3. Comme il ressort du projet de document discuté, par exemple, des paragraphes 10 et 14, le patriarche de Constantinople est appelé à coordonner les efforts œcuméniques des Églises orthodoxes locales qui, de leur côté, sont liées à l’organisme dit « Conseil œcuménique des Églises », considéré sous un éclairage positif. De notre côté, nous voudrions rappeler la position catégorique du saint hiérarque Séraphim (Sobolev), thaumaturge de Sofia, récemment canonisé, à l’égard de l’œcuménisme. Il y a presque 70 ans, dans son rapport à la Conférence panorthodoxe de Moscou de 1948, le hiérarque a mis en garde contre la nuisance spirituelle énorme causée par les dialogues œcuméniques sur la conscience qu’ont d’eux-mêmes les participants orthodoxes, et il les a exhorté à ne pas participer à ce mouvement. Maintenant, après le passage du temps, nous pouvons dire avec certitude que ses paroles ont été confirmées. En ce qui concerne le présent projet de document, nous aimerions attirer votre attention sur la méthode psychologique de substitution qui a été utilisée sous les points 16, 17, 18, 19 et 21, afin de donner une appréciation positive au COE et ses buts non orthodoxes. Même la critique partielle du COE dans les paragraphes 18 et 21 est très bien construite pour qu’en cas de besoin, les défenseurs de l’œcuménisme puissent se référer à une telle critique insignifiante et apaiser la conscience de croyants superficiels que le Seigneur Jésus Christ appelle ni tièdes, ni froids, disant qu’Il les «  vomirait de Sa bouche » (cf. Apoc. 3,16). Mais l’amère vérité est celle-ci : justement là où auraient pu être écrites des milliers de pages avec des témoignages théologiques sur les actes gravement anti-canoniques, voire même anti-dogmatiques de nombreux représentants des Églises locales orthodoxes au COE, c’est précisément là que la théologie des saints Pères est remplacée par la psychologie mondaine du syncrétisme religieux. Précisément là où la dogmatique et la sainte Tradition devraient définir la foi, c’est là que commence à résonner l’appel facilement assimilé à « l’unité des chrétiens » au nom de l’amour par lequel les œcuménistes voudraient, en pratique et en théorie, justifier les lourdes transgressions des dogmes et des canons. Mais nous répétons à nouveau les paroles inspirées de St Jean Chrysostome : « N’acceptez aucun faux dogme que ce soit, en vous dissimulant derrière l’amour ». Récemment, nous avons lu avec plaisir et joie spirituelle la déclaration officielle du métropolite de Limassol Athanase de l’Église de Chypre, qui a protesté vigoureusement contre les nombreuses altérations et contradictions dogmatiques se trouvant dans le projet de document examiné. Nous soutenons totalement cette protestation, de même que la critique bien fondée du professeur D. Tselengidis http://orthodoxie.com/remarques-sur-le-texte-preconciliaire-intitule-relations-de-leglise-orthodoxe-avec-le-reste-du-monde-chretien/, et enfin la position de l’archiprêtre Théodore Zisis, exposée dans sa communication à l’occasion de la conférence « Syncrétisme international » à Chișinău les 21 et 22 janvier 2016. Nous voulons tous suivre l’esprit des saints Pères.

4. Il y a d’autres passages qui sont inexacts et troublants dans le projet de document. Par exemple, le point 22, où il est dit que « L’Église orthodoxe juge condamnable toute tentative de division de l’unité de l’Église, de la part de personnes ou de groupes, sous prétexte d’une présumée défense de la pure Orthodoxie. Comme en témoigne toute la vie de l’Église orthodoxe la préservation de la foi orthodoxe pure n’est sauvegardée que par le système conciliaire, qui, depuis toujours au sein de l’Église, constitue le critère désigné et ultime en matière de foi ». Ce texte donne l’impression d’être absolument juste mais, malheureusement, il contient une inexactitude théologique, que nous allons nous efforcer d’expliciter. Cette inexactitude aboutit, en pratique, à ce que le paragraphe 22 soit compris de telle façon que les décisions du Concile panorthodoxe de 2016 soient aussi « le critère ultime dans les questions de foi » et, par voie de conséquence, une menace non dissimulée est proférée à l’égard de chaque personne qui exprimerait un désaccord argumenté avec des positions [du futur Concile panorthodoxe] clairement opposées à l’esprit et à l’enseignement des Conciles œcuméniques, considérant ladite personne comme condamnable. Cela est fondé sur l’affirmation que « toute la vie de l’Église » témoignerait soi-disant que seules les décisions conciliaires constituent le critère désigné et ultime en matière de foi ». Or, cela n’est pas l’enseignement authentique relatif à cette question. Les auteurs du document omettent un fait bien connu, à savoir que même des « Conciles œcuméniques » ont été définis par la suite comme « brigandages » par le plérôme ecclésial. Et on omet également le fait qu’il y eut des moments difficiles, lorsque l’enseignement conciliaire de l’Église était exprimé non par des Conciles auxquels participaient de nombreuses personnes, mais par des confesseurs individuels, tels saint Maxime le Confesseur et saint Marc d’Ephèse. Et non seulement eux, mais aussi de tels grands saints comme Athanase le Grand, Jean Chrysostome, Flavien de Constantinople, Jean Damascène, Photius de Constantinople, Grégoire Palamas etc., furent exposés à des condamnations de la part des autorités ecclésiales officielles, dont des patriarches et des conciles avec de nombreux évêques. Que cela soit clair, nous croyons et nous confessons que les Conciles ecclésiaux sont particulièrement importants. À la seule différence qu’ils sont importants, valables et revêtus d’autorité à la seule condition immuable : qu’ils doivent obligatoirement être en accord avec les sept Conciles œcuméniques et les Conciles locaux canoniques ainsi qu’avec la tradition sacrée de l’Église en général. C’est pourquoi nous considérons que les décisions du futur Concile ne pourraient avoir une valeur légale pour tous qu’à la condition qu’elles soient en accord avec l’esprit et la lettre des Conciles œcuméniques précédents, inspirés par l’Esprit Saint. C’est précisément ce que proclame le célèbre texte de l’encyclique des patriarches orientaux de 1848, qui commence par les mots : « Chez nous, ni les patriarches, ni les conciles ne pouvaient introduire quelque chose de nouveau, parce que le gardien de la piété, chez nous, est le corps même de l’Église, c’est-à-dire le peuple même, qui souhaite toujours garder sa foi immuable et en accord avec la foi des saints Pères… »

5. Le contenu des points 20 et 23 est également inacceptable. Il est dit dans le point 20 : « Les perspectives des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres Églises et confessions chrétiennes sont toujours déterminées sur la base des critères canoniques de la tradition ecclésiastique déjà constituée (canon 7 du IIème et 95 du Quinisexte Conciles œcuméniques). Ce texte a un contenu inexact et peut facilement égarer ceux qui ne connaissent pas les canons mentionnés, qui décrivent seulement la façon selon laquelle les différents hérétiques repentants sont acceptés dans l’Église. Ils ne parlent aucunement d’une quelque tradition ecclésiale ancienne de dialogues interchrétiens – celle-ci n’existe pas et n’a jamais existé. En outre, dans le texte susmentionné, on parle, dans un esprit manifestement œcuménique du dialogue théologique avec « les autres Églises et Confessions chrétiennes », afin d’éviter le concept « d’hérétiques » formulé par les saints Pères. Le professeur D. Tselengidis a écrit plus en détails à ce sujet, et, pour cette raison nous souhaiterions attirer votre attention sur le point 23. Hormis la formulation inexacte selon laquelle il y aurait une conscience orthodoxe commune de la nécessité du dialogue théologique interchrétien et d’autres expressions semblables (selon lesquelles, le saint apôtre Paul serait un chrétien insuffisamment conscient, puisqu’il a dit : « Éloigne de toi, après un premier et un second avertissement, celui qui provoque des divisions [hairetikon], sachant qu’un homme de cette espèce est perverti, et qu’il pèche, en se condamnant lui-même » (Tit. 3, 10-11), le point 23 exclut catégoriquement « tout acte de prosélytisme ou autre action d’antagonisme confessionnel provocante ». Dans quel sens le mot « prosélytisme » est-il utilisé ici ? Nous considérons que ce texte pose un obstacle canonique évident aux chrétiens orthodoxes pour la prédication de la foi orthodoxe, à quels hérétiques que ce soit. Rappelons les paroles de saint Cyprien de Carthage que « les hérétiques ne reviendront jamais à l’Église si nous les renforçons nous-mêmes dans la conviction qu’ils ont l’Église et les sacrements ». En général, comment est-il possible de faire concorder l’interdiction du « prosélytisme » avec la Tradition apostolique et patristique millénaire qui considère catégoriquement que les hérétiques sont en dehors du navire de l’Église et, par voie de conséquence, hors du salut, raison pour laquelle ils ont encore plus besoin de notre service missionnaire parmi eux ? Ce serait bien si, dans le point 23, était uniquement posée la question du « prosélytisme non-évangélique », ce qui permettrait de condamner l’agression, la violence et les méthodes non-ecclésiales de prédication. Mais le point 23, semble-t-il, est dirigé contre autre chose. Nous avons des fondements suffisants pour supposer que l’extensibilité de la formulation citée rend possible également une interprétation non orthodoxe du concept de « prosélytisme », ce que l’on peut conclure des paroles du patriarche Bartholomée, prononcées lors de la fête patronale de Saint André, le 30 novembre 1998, en présence des représentants de « l’Église » catholique-romaine avec, à leur tête, le cardinal William H. Keeler, où le thème principal, cela est clair, était la réunion de l’Église orthodoxe à la communauté hérétique papale : « Le dialogue qui aspire à rétablir l’unité perdue des Églises suppose que la pratique se conforme aux principes communément acceptés comme corrects : étant donné qu’une Église reconnaît que l’autre Église est détentrice de la grâce divine et guide du salut, la tentative de détacher des fidèles d’une Église afin qu’ils en joignent une autre est exclu, comme contrevenant à cette reconnaissance. Car chaque Église locale n’est pas une compétitrice des autres Églises locales, mais constitue un seul corps avec elles et souhaite qu’elle vive de cette unité en Christ, c’est-à-dire le rétablissement de ce qui avait été troublé dans le passé, et non l’absorption de l’autre. Aussi, certaines formes de prosélytisme dans l’activité ecclésiale, adoptées en tant qu’héritage du temps, remontant au passé, mais sujettes au changement, ne peuvent se développer sous la protection de l’une des Églises en dialogue aux dépens de l’autre, parce que cela signifie un rejet en pratique d’un accord théorique que l’on a atteint… ». En bref, il ressort du texte mentionné, que les Églises orthodoxes locales et la communauté hérétique papale doivent se considérer comme des Églises sœurs pareillement salvatrices, et, par voie de conséquence, il ne faut pas prêcher l’orthodoxie aux catholiques-romains. On peut percevoir ici la conception du prosélytisme chez le patriarche œcuménique Bartholomée, et la nuisance qui en découle. C’est pourquoi, en revenant sur le texte du point 23, nous considérons que la conception de « prosélytisme », d’après la manière dont il est formulé, laisse une large possibilité d’interprétations, qui sont ouvertement non-orthodoxes et contredisent la volonté Divine qui veut que « tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2,4).
–––––
Votre Sainteté,
Vos Éminences,
La conclusion succincte de tout ce qui précède est que, dans tout ce projet de document, il y a beaucoup de choses qui troublent fortement la conscience orthodoxe et qui sont absolument inacceptables pour elle. Il en est de même pour la possibilité offerte dans le point 5a de la deuxième partie du document intitulé « Le mystère du mariage et ses empêchements », d’autoriser le sacrement du mariage d’un orthodoxe avec un hérétique (sous condition que les enfants dudit mariage soient baptisés et éduqués dans l’Église orthodoxe) : si les saints canons leur interdisent même de prier ensemble, comment peut-on appeler le Saint-Esprit à sanctifier leur union (de laquelle il se peut qu’il n’y ait pas d’enfants) ? Cela est manifestement interdit par le 72ème canon du VIème concile œcuménique et si, dans des cas individuels exceptionnels, il a été montré de l’économie envers ce canon (par exemple lors de mariages dynastiques), cela ne signifie pas que l’on puisse légaliser cette exception et la permettre massivement. Comme le souligne le professeur D. Tselengidis, l’idée même que « les enfants issus de ce mariage soient baptisés et élevés dans l’Église orthodoxe » contredit le fondement théologique du mariage comme mystère de l’Église orthodoxe, car la naissance de l’enfant (événement futur incertain) et le baptême orthodoxe des enfants ne peuvent fonder l’accomplissement du mystère du mariage – c’est là quelque chose de nettement interdit par le 72ème canon susmentionné. Le Concile, n’ayant pas le rang d’œcuménique, continue le professeur D. Tselengidis, ne peut mettre en doute ou priver de sa validité la règle absolument claire du VIème concile oecuménique : le mariage mixte n’est pas permis et, s’il est accompli, il est considéré inexistant.

C’est pourquoi nous vous demandons humblement à vous, Sainteté, ainsi qu’à vos confrères les métropolites, auxquels est confiée la direction du peuple orthodoxe bulgare, de considérer avec bienveillance tout ce qui précède et d’exprimer devant les autres Églises locales votre désaccord argumenté avec ce projet de document «Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien », lequel est non orthodoxe dans son intégralité, ainsi qu’avec le point 5a, deuxième proposition, de la deuxième partie du document « Le mystère du mariage et ses empêchements ». Ainsi, votre position, fondée sur la sainte tradition millénaire de l’Église orthodoxe, deviendra une lumière spirituelle véritable, afin que vous acheminiez le peuple de Dieu sur les traces de nos grands saints Pères et confesseurs orthodoxes vers le royaume de Dieu. Nous embrassons votre sainte dextre patriarcale et demeurons, Sainteté et Eminences, vos enfants spirituels fidèles dans le Christ.

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Lettre du métropolite de Limassol Athanase au Saint-Synode de l’Église de Chypre concernant le document adopté par la synaxe des primats au sujet des « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien » 

Le métropolite de Limassol Athanase a adressé la lettre suivante au Saint-Synode de l’Église de Chypre concernant le document adopté par la synaxe des primats au sujet des « Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien ».

Béatitude, saints Pères,

J’ai reçu les textes qui ont été approuvés en tant que décisions des différentes conférences préconciliaires, qui ont eu lieu de temps à autre pour la préparation du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, lesquels textes entérinent officiellement les sujets qui seront soumis au saint et grand Concile, afin d’y être adoptés. Je vous remercie chaleureusement de leur envoi.

Puisque, conformément au règlement d’organisation et de fonctionnement du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe qui nous a été envoyé, et concrètement dans l’article 12, paragraphes 2 et 3, il est mentionné que nous pouvons exprimer nos vues à notre synode local tout d’abord, je soumets humblement au Saint-Synode de notre très sainte Église, sur l’injonction de ma conscience, mes opinions et mes convictions au sujet des questions ci-dessous.

En ce qui concerne le texte de la Vème conférence préconciliaire orthodoxe, qui a eu lieu du 10 au 17 octobre 2015 à Genève-Chambésy, et qui est intitulé « Les Relations des Églises orthodoxes avec l’ensemble du monde chrétien », je dois déclarer ce qui suit :

Je suis absolument en accord avec les trois premiers articles du texte. Cependant, pour ce qui concerne les articles 4 et suivants, je dois observer ce qui suit : lorsque l’Église orthodoxe prie – ce qu’elle fait toujours – « pour l’union de tous », je pense qu’elle a en vue le retour dans l’union avec elle de tous ceux qui s’en sont retranchés et qui s’en sont éloignés, à savoir les hérétiques et les schismatiques. Ce retour a lieu après qu’ils aient renié leur hérésie ou leur schisme. Après avoir quitté cela, ils s’incorporent à l’Église orthodoxe et la rejoignent – s’unissent à elle – par la pénitence et la procédure prévue par les saints canons.

L’Église orthodoxe du Christ n’a jamais perdu « l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit » et n’accepte pas la théorie du rétablissement de l’unité de « ceux qui croient dans le Christ », parce qu’elle croit que ladite unité existe déjà dans celle de ses enfants baptisés. Cette unité existe entre eux et avec le Christ, dans la foi droite [de l’Église], laquelle n’existe pas chez les hérétiques et les schismatiques. C’est pourquoi l’Église souhaite à ces derniers leur retour au sein de l’orthodoxie dans la pénitence.

Je crois que ce qui est mentionné dans l’article 5 au sujet de « l’unité perdue des chrétiens » constitue une faute, car l’Église, comme peuple des fidèles de Dieu unis entre eux et avec le chef de l’Église qui est le Christ, n’a jamais perdu cette unité, qui est la sienne et n’a donc pas besoin d’être retrouvée, voire encore à être recherchée, et ce parce qu’elle a toujours existé et existera, étant donné que l’Église du Christ n’a jamais cessé ou ne cessera pas d’exister. Il s’est produit que des groupes ou des peuples, ou encore des personnes isolées, soient partis du corps de l’Église. Or, celle-ci souhaite et doit s’efforcer, dans un esprit missionnaire, que ceux-ci reviennent tous dans la pénitence par la voie canonique dans l’Église orthodoxe. Cela signifie qu’il n’existe pas d’autres Églises, mais seulement des hérésies et des schismes, si nous voulons être exacts dans nos formulations. La formule « pour la restauration de l’unité chrétienne» est erronée parce que l’unité des chrétiens – à savoir les membres de l’Église du Christ – n’a jamais été rompue, du fait que ces derniers restent unis avec l’Église. La séparation d’avec l’Église et l’abandon de l’Église a malheureusement eu lieu de nombreuses fois par les hérésies et les schismes, mais la perte de l’unité interne de l’Église ne s’est jamais produite.

Je me demande pourquoi il est question dans le texte d’une référence multiple aux « Églises » et aux « Confessions » ? Quelle est la différence entre elles et quel élément les caractérise pour que certaines soient appelées « Églises » et les autres « Confessions » ? Quelle Église est celle qui est hérétique, quelle est celle qui constitue un groupe ou une confession schismatique ? Quant à nous, nous confessons une seule Église, et toutes les autres sont des hérésies et des schismes.

Je considère que l’attribution du titre « Église » à des communautés hérétiques ou schismatiques sont, théologiquement, dogmatiquement et canoniquement, absolument erronées, car une est l’Église du Christ, comme cela est mentionné dans l’article 1, et une communauté ou groupe hérétique ou schismatique ne peut être appelé par nous Église. Seule l’Église orthodoxe peut l’être.

Rien, dans ce texte, ne mentionne que la seule voie qui conduit à l’unité avec l’Église est seulement le retour des hérétiques et des schismatiques, dans la pénitence, à l’Église une, sainte, catholique et apostolique du Christ, qui, conformément à l’article 1 est notre Église orthodoxe.

La référence à la compréhension « de la tradition de l’Église ancienne » donne l’impression qu’il existe une différence ontologique entre l’Église ancienne des saints sept conciles œcuméniques et sa continuation authentique jusqu’à aujourd’hui, laquelle est notre Église orthodoxe. Nous croyons qu’absolument aucune différence n’existe entre l’Église du XXIème siècle et celle du premier siècle, car l’un des traits distinctifs de l’Église est le fait que nous confessons dans le Credo que celle-ci est apostolique.

Dans l’article 12, il est mentionné que le but commun des dialogues théologiques est « le rétablissement final de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour ». L’impression est donnée que nous, orthodoxes, cherchons notre rétablissement dans la foi vraie et l’unité de l’amour, comme si nous l’avions perdue et que nous cherchions à la trouver par des dialogues théologiques avec les hétérodoxes. Je considère que cette théorie est théologiquement inadmissible par nous tous.

La référence du texte au « Conseil oecuménique des Églises » me donne l’occasion de définir ma position à l’égard de différents événements syncrétistes anti-canoniques qui s’y sont produits de temps à autre, et aussi de son appellation, puisque, en lui, l’Église orthodoxe est considérée comme « l’une des Églises », ou une branche de l’Église une, qui cherche et lutte pour sa réalisation en lui. Mais pour nous, la seule et unique Église du Christ est celle que nous confessons dans le Credo.

Pour ce qui concerne l’idée selon lequel la sauvegarde de la foi orthodoxe authentique n’est assurée seulement que par le système conciliaire qui « constitue le juge désigné et ultime en matière de foi » contient une dose d’exagération et n’est pas conforme à la vérité. En effet, dans l’histoire ecclésiastique, de nombreux conciles ont professé et légalisé des dogmes erronés et hérétiques, tandis que le peuple fidèle les a rejetés et a sauvegardé la foi orthodoxe, faisant triompher la confession orthodoxe. Ni un concile sans le peuple fidèle – le plérôme de l’Église – ni le peuple sans concile des évêques peuvent se considérer comme le corps et l’Église du Christ, et exprimer correctement l’expérience et le dogme de l’Église.

Je comprends, Béatitude et saints frères synodaux, que des expressions dures et outrageantes ne peuvent figurer dans des textes ecclésiastiques contemporains, et que personne, je pense, ne veut des expressions de ce type. Cependant, la vérité doit être exprimée avec exactitude et clarté, toujours, naturellement, avec discernement pastoral et amour réel envers tous. Nous avons un devoir également envers nos frères qui se trouvent dans les hérésies et les schismes, d’être absolument sincères avec eux et, avec amour et peine, de prier et de faire tout pour leur retour dans l’Église du Christ.

Je pense humblement que des textes d’une telle importance et d’un tel poids émanant du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, doivent être rédigés avec soin et formulés avec toute l’exactitude théologique et canonique, de telle façon qu’il n’en surgissent pas des définitions et des déclarations qui ne sont pas claires et appropriées théologiquement, ainsi que des formulations erronées qui peuvent mener à de mauvaises interprétations et à des altérations du vrai point de vue de l’Église orthodoxe. Par ailleurs, un concile, pour être valide et canonique, ne doit en rien se départir de l’esprit et de la doctrine des saints conciles qui l’ont précédé, ainsi que de l’enseignement des saints Pères et des saintes Écritures, et il ne doit peser aucune ombre sur la formulation de la vraie foi.

Quand les groupes hérétiques et schismatiques ont-ils été appelés Églises par nos saints Pères, quand et où dans les textes des saints canons et les définitions des conciles œcuméniques ou locaux ? Si les hérésies sont des Églises, où est la seule et Une Église du Christ et des saints Apôtres ?

En outre, j’exprime humblement mon désaccord au sujet de l’abolition de la pratique de tous les saints conciles locaux et œcuméniques en vigueur jusqu’ici, laquelle voulait que chaque évêque disposât de son propre suffrage. Il n’a jamais été question de ce schéma : un suffrage par Église – ce qui rend les membres du saint et grand Concile, excepté les primats, de simples éléments décoratifs, leur ôtant le droit de vote.

J’ai encore certains autres désaccords et objections sur d’autres points des textes, mais je ne veux pas vous fatiguer plus avec cela, et je me limite aux thèmes que je considère de plus grande importance, au titre desquels j’exprime mon désaccord, mon point de vue et ma foi.

Je ne veux, par ce que j’ai écrit, attrister personne, et je ne souhaite pas que l’on considère que je donne une leçon ou que je juge mes frères et mes pères en Christ. Simplement, je ressens le besoin d’exprimer ce que ma conscience m’impose.

Je demande que mes opinions soient inclues dans les actes du Saint-Synode.

En demandant vos saintes prières, je reste votre humble frère dans le Christ,
+ Athanase de Limassol.

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Déclaration commune du pape François et du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie

Déclaration commune

du pape François

et du patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie

« La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous » (2 Co 13, 13).

  1. Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l’Esprit Saint Consolateur, nous, pape François et Kirill, patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd’hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l’histoire.

Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se « parler de vive voix » (2 Jn 12), de cœur à cœur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

  1. Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. De cette île, symbole des espoirs du « Nouveau Monde » et des événements dramatiques de l’histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d’Amérique latine et des autres continents.

Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l’Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l’expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d’un grand avenir pour cette région.

  1. Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l’« Ancien Monde », nous sentons avec une force particulière la nécessité d’un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).
  1. Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d’innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus « semence de chrétiens ».
  1. Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d’un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l’explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes – Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l’unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s’est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur : « Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous » (Jn17, 21).
  1. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples ! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d’espérance pour tous les hommes de bonne volonté !
  1. Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Evangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.
  1. Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d’Afrique du Nord, nos frères et sœurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d’autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l’exode massif des chrétiens de la terre d’où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d’autres communautés religieuses.
  1. Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l’éviction des chrétiens du Proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d’autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.
  1. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins.

Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d’Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

  1. Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est « le fruit de la justice » (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Eglises et religions qui s’y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l’âme des innocents tués.

Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu’elles fassent preuve de bonne volonté et s’asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l’aide d’actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu’ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu’il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l’Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

  1. Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l’Evangile, préférant la mort à l’apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Eglises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l’unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s’adresse la parole de l’apôtre : « Très chers !… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse » (1 P 4, 12-13).
  1. En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d’autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d’actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, « car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Co 14, 33).
  1. Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d’Europe de l’Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd’hui les fers de l’athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d’établissements d’enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques œuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.
  1. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l’idéologie d’un sécularisme si souvent agressif, s’efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.
  1. Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l’Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d’Orient et d’Occident à s’unir pour témoigner ensemble du Christ et de l’Evangile, pour que l’Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.
  1. Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d’extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l’humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l’on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L’inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d’injustice à l’égard du système des relations internationales qui s’est institué.
  1. Les Eglises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1, 27-29).
  1. La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l’éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.
  1. La famille est fondée sur le mariage, acte d’amour libre et fidèle d’un homme et d’une femme. L’amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l’un l’autre comme don. Le mariage est une école d’amour et de fidélité. Nous regrettons que d’autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l’homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.
  1. Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d’enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu(cf. Gn 4, 10).

Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général.

Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l’existence de l’homme, créé à l’image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l’immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l’homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.

  1. Nous voulons adresser aujourd’hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d’utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l’amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d’aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

 

  1. Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez lalumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N’oubliez pas que vous « avez été rachetés à un cher prix » (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l’Homme-Dieu Jésus Christ.
  1. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Eglise du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Evangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.

Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir « les uns pour les autres la même aspiration » (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : « Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui » (Rm 15, 20).

  1. Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd’hui que la méthode de l’« uniatisme » du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Eglise, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d’exister et d’entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.
  1. Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d’innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s’abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.
  1. Nous exprimons l’espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d’Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d’Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.
  1. Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l’existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l’Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l’avenir de l’humanité.
  1. Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l’Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) !

Le Christ est la source de la joie et de l’espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l’homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s’appliquer les paroles de l’apôtre Pierre : « Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde » (1 P 2, 10).

  1. Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l’invoquant par les paroles de l’antique prière : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu ». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu’ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité !
Kirill

Patriarche de Moscou

et de toutes la RussieFrançois

Évêque de Rome,

Pape de l’Eglise catholique

L’archiprêtre Vsevolod Tchapline, au sujet de la rencontre du pape et du patriarche : « Notre foi est différente »

Dans une interview à la BBC publiée le 9 février, l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, qui supervisait le dialogue orthodoxe-catholique dans le département des relations inter-ecclésiales de l’Église orthodoxe russe dans les années 2003-2009 et qui, récemment, a été démis de ses fonctions de chef du département synodal pour les relations entre l’Église et la société  du Patriarcat de Moscou, fait part de ses réflexions au sujet de la prochaine rencontre du patriarche de Moscou Cyrille et du pape François.

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La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain

La contribution de l’Église orthodoxe à la réalisation de la paix, de la justice, de la liberté, de la fraternité et de l’amour entre les peuples et à la suppression des discriminations raciales et autres

Projet de document du Concile panorthodoxe, approuvé par la Synaxe des Primats des Eglises orthodoxes locales à Chambésy, 21-28 janvier 2016.
Publié conformément à une résolution de la Synaxe des Primats

L’Eglise du Christ vit ‘dans le monde’, mais elle ‘n’est pas de ce monde’ (Jn. 17,11 et 14-15). L’Eglise constitue le signe et l’image du royaume de Dieu dans l’histoire, car elle annonce une ‘nouvelle créature’ (II Cor 5, 17), ‘des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habite’ (II P 3, 13), un monde dans lequel Dieu ‘ essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus, il n’y aura ni deuil, ni cri, ni souffrance’ (Ap 21, 4-5)
Cette attente est déjà vécue et goûtée d’avance dans l’Eglise, par excellence chaque fois qu’elle célèbre la divine Eucharistie et que  se réunissent  ‘en assemblée’  (I Cor 11, 17) les enfants dispersés de Dieu (Jn 11, 52), en un corps sans distinction de race, de sexe, d’âge, d’origine sociale ou toute autre forme de distinction , là ou ‘il n’y a plus ni Juif, ni Grec, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme’ (Gal  3, 28, Col 3, 11), dans un monde de réconciliation, de paix et d’amour.
L’Eglise vit aussi cet avant-goût de la ‘nouvelle créature’, du monde transformé à travers ses Saints  qui, par l’ascèse et par leur vertu, sont déjà devenus dans cette vie des  images du royaume de Dieu, montrant et assurant ainsi que l’attente  d’un monde de paix, de justice et d’amour  n’est pas une utopie, mais, « la ferme assurance des choses qu’on espère » (Hb, 11, 1) qui est possible avec la grâce de Dieu et la lutte spirituelle de l’homme.
Continuellement inspirée par l’attente et par cet avant-goût du Royaume de Dieu,  l’Eglise ne reste pas indifférente aux problèmes de l’homme à toutes les époques, tout au contraire elle partage son inquiétude et ses problèmes vitaux, se chargeant, comme son Seigneur, de la douleur, des blessures, suscitées  par le mal qui agît dans le monde et  comme le bon Samaritain, panse ses plaies,  en versant de l’huile et du vin (Lc 10,34) « par la parole de patience et de consolation » (Rom 15, 4, Hb 13, 22) et par l’amour actif. Sa parole envers le monde n’a pas pour but de dénoncer, de juger ou de condamner le monde (Jn 3,17 et 12, 47), mais de lui procurer comme guide l’Evangile du Royaume de Dieu, l’espoir et la certitude que le mal, sous n’importe quelle forme, n’a pas le dernier mot dans l’histoire et qu’il ne faut pas lui laisser  diriger son cours.
Se basant sur ces principes et sur l’ensemble de l’expérience et de l’enseignement de sa tradition patristique, liturgique et ascétique, l’Eglise orthodoxe partage les soucis et les angoisses de l’homme de notre époque confronté aux problèmes existentiels qui préoccupent le monde moderne, désirant contribuer à leur résolution afin d’offrir au monde la paix de Dieu « laquelle surpasse toute intelligence » (Phil 4, 7) la réconciliation et l’amour.

A. La valeur de la personne humaine

1. La sainteté de la personne humaine, découlant de la création de l’homme à l’image de Dieu et de sa mission dans le plan de Dieu pour l’homme et le monde, fut la source d’inspiration pour les Pères de l’Église orthodoxe qui se sont penchés sur le mystère de l’économie divine. Saint Grégoire le Théologien souligne dans ce contexte que le Créateur a placé l’homme sur terre, tel un second monde, macrocosme dans le microcosme, tel un autre ange, un être double crée pour L’adorer, un surveillant de la création visible, un initié du monde intelligible, un être régnant sur les êtres de la terre (…) un être vivant dans ce monde et aspirant à un autre, l’achèvement du mystère, s’approchant de Dieu par la théosis (Grégoire le Théologien, Oratio 45,7. PG 36, 632AB). La création trouve son fondement et son aboutissement dans l’incarnation du Logos de Dieu et la divinisation de l’homme. Le Christ, en renouvelant en Lui-même l’ancien Adam (cf.Eph. 2,15), « divinisait, ce faisant, l’homme entier, ce qui constituait le début de l’accomplissement de notre espérance » (Eusèbe, Demostr. Evang. 4, 14. PG 22, 289A). Cet enseignement de l’Eglise est la source de tout effort chrétien pour sauvegarder la dignité et la grandeur de la personne humaine.
2. Sur cette base, il est indispensable de promouvoir dans toutes les directions la collaboration interchrétienne pour sauvegarder la dignité de la personne humaine et la paix, de manière à ce que les efforts pacifiques de tous les chrétiens acquièrent plus de poids et de force.
3. La reconnaissance commune de la valeur éminente de la personne humaine peut servir de prémisse à une collaboration plus large en ce domaine.  Les Églises orthodoxes sont appelées à contribuer à la concertation et à la collaboration interreligieuses et, par ce biais, à la suppression de toute manifestation de fanatisme ; par-là elles œuvreront en faveur de la réconciliation des peuples et du triomphe des biens que constituent la liberté et la paix dans le monde, au service de l’homme, indépendamment des races et des religions. Il va de soi que cette collaboration exclut tout syncrétisme ainsi que toute tentative d’une religion de s’imposer aux autres.
4. Nous sommes convaincus que, associés à l’œuvre de Dieu (I Cor 3, 9), nous pouvons progresser dans ce ministère en commun avec tous les hommes de bonne volonté qui se consacrent à la recherche de la paix véritable pour le bien de la communauté humaine, au niveau local, national et international. Ce ministère est un commandement de Dieu. (Mt 5, 9.)

B. Liberté et responsabilité

1. Le don de la liberté est l’un des plus grands dons de Dieu à l’homme, aussi bien en tant que porteur concret de l’image d’un Dieu personnel, aussi bien qu’en tant que membre de la communion des personnes reflétant par la grâce, à travers l’unité du genre humain, la vie en la Sainte Trinité et la communion des Trois Personnes. « Dieu a créé   l’homme initialement libre et lui a donné le libre arbitre, avec comme seul restriction la loi du commandement » (Grégoire le Théologien, Oratio XIV, 25. PG 35, 892A). La liberté rend l’homme capable de progresser indéfiniment vers la perfection spirituelle, mais, en même temps, implique le danger de la désobéissance, le risque de l’insoumission envers Dieu et, par conséquent, de la chute, d’où les conséquences tragiques du mal dans le monde.
2. Les conséquences de ce mal sont les imperfections et les manquements qui sont l’apanage de notre temps, comme la sécularisation, la violence, le relâchement des mœurs, les phénomènes malsains engendrées par le fléau de drogues et d’autres addictions chez une partie de la jeunesse contemporaine, le racisme, la course à l’armement, les guerres et les maux sociaux causés par eux, l’oppression de groupes sociaux, de communautés religieuses, de peuples entiers,  les inégalités sociales, la limitation des droits de l’homme dans le domaine de la liberté de conscience et tout particulièrement de la liberté religieuse, la désinformation et la manipulation de l’opinion publique, la misère économique, l’injustice dans la répartition des biens élémentaires pour la vie ou leur absence totale, la famine de millions d’hommes, les déportations forcées de population ou le commerce des hommes,  l’afflux des réfugiés, la destruction de l’environnement, l’utilisation incontrôlée de la biotechnologie génétique et de la biomédecine sur le commencement, la durée et la fin de la vie humaine,  – tout cela entretient l’angoisse infinie dans laquelle se débat l’humanité de nos jours.
3. Face à cette situation, qui a conduit à une dégradation du concept de personne humaine, le devoir de l’Église orthodoxe consiste aujourd’hui à faire valoir, à travers sa prédication, sa théologie, son culte et son activité pastorale, la vérité de la liberté en Christ.  « Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout n’édifie pas. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais que chacun cherche celui d’autrui. Je parle ici, non de votre conscience, mais de celle de l’autre. Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par une conscience étrangère ? » (I Cor. 10, 23-24. 10, 29). La liberté sans responsabilité et sans amour mène finalement à la perte de la liberté.

C. De la paix et de la justice

1. L’Église orthodoxe reconnait et souligne diachroniquement la place centrale de la paix et de la justice dans la vie humaine. La révélation même en Christ est caractérisée comme évangile de paix (Ep 6, 15), car le Christ en instaurant la paix par le sang de sa Croix (Col 1, 20), est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin, paix pour ceux qui étaient proches (Eph 2, 17). Il est devenu notre paix (Ep2, 14). Cette paix qui surpasse toute intelligence (Ph 4, 7), est, comme le Christ lui-même l’a dit à ses apôtres avant sa Passion, plus large et plus essentielle que celle promise par le monde : Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne (Jn14, 27). Car la paix du Christ est le fruit mûr de la récapitulation de toutes choses en Lui ; de la dignité et de la grandeur de la personne humaine, en tant qu’image de Dieu ; de la manifestation de l’unité organique du genre humain et du monde en Christ ; de l’universalité dans le corps du Christ des idéaux de la paix, de la liberté et de la justice sociale ; et enfin de la fécondité de l’amour chrétien entre les hommes et les peuples. La véritable paix est le fruit du triomphe sur terre de tous ces idéaux chrétiens. C’est la paix qui vient d’en haut que l’Église orthodoxe appelle toujours de ses vœux dans ses prières quotidiennes, en la demandant à Dieu qui peut tout et qui exauce les prières de ceux qui viennent à Lui avec foi.
2. Ce qui précède montre clairement pourquoi l’Église, en tant que corps du Christ (I Co 12, 27), prie toujours pour la paix du monde entier laquelle, selon Clément d’Alexandrie, est synonyme de la justice (Stromates, 4, 25. PG 8, 1369B-72A).  Basile le Grand ajoute : « Je ne peux me convaincre que je suis digne d’être appelé serviteur de Jésus-Christ si je ne suis pas à même d’aimer les autres et de vivre en paix avec tout le monde – au moins en ce qui dépend de moi » (Epist. 203, 1. PG 32, 737B). Cela est, comme le même Père mentionne, tellement naturel pour le chrétien qu’on pourrait affirmer qu’il n’y a rien d’aussi spécifiquement chrétien que d’œuvrer en faveur de la paix (Epist. 114. PG 32, 528B). La paix du Christ est la force mystique qui prend sa source dans la réconciliation de l’homme avec Son Père céleste, grâce à la providence de Jésus qui opère tout en tous, crée une paix indicible prédestinée depuis le début des siècles, nous réconcilie avec lui-même et, à travers lui-même, avec le Père (Denys Aréopagite, De nom. div.. 11, 5. PG 3, 953AB).
3. Nous devons souligner en même temps que les dons spirituels de la paix et de la justice dépendent aussi de la synergie humaine. Le Saint-Esprit accorde les dons spirituels, lorsque l’homme cherche dans le repentir la paix et la justice de Dieu.  Ces dons de la paix et de la justice se réalisent là où les chrétiens font des efforts en faveur de la foi, de l’amour et de l’espérance en Jésus-Christ notre Seigneur (I Th 1, 3).
4. Le péché est une maladie spirituelle dont les symptômes visibles sont les conflits, les discordes, les crimes et les guerres avec leurs conséquences tragiques. L’Église essaie de guérir non seulement les symptômes visibles de cette maladie, mais aussi la maladie même, le péché.

5. En même temps, l’Église orthodoxe pense qu’il est de son devoir d’encourager tout ce qui est mis réellement au service de la paix (cf. Rm 14, 19) et qui ouvre la voie vers la justice, la fraternité, la véritable liberté et l’amour mutuel de tous les enfants de l’unique Père céleste, ainsi que de tous les peuples qui constituent une famille humaine. Elle compatit avec tous les gens qui, dans différentes parties du monde, sont privés des biens de la paix et de la justice.

D. La paix et la prévention de la guerre

1. L’Église du Christ condamne la guerre de manière générale, car elle la considère comme conséquence du mal et du péché dans le monde ; D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres ? (Jc 4,1).Chaque guerre constitue une menace destructive pour la création et la vie.

Surtout, en cas de guerres menées avec des armes de destruction massive, les conséquences seraient terrifiantes, non seulement parce qu’elles causeraient la mort d’un nombre incalculable d’êtres humains, mais en plus parce que la vie des survivants deviendrait insupportable. Des maladies incurables apparaîtront, des mutations génétiques et d’autres maux seront provoqués qui affecteront gravement les générations futures.
Ce n’est pas seulement l’armement nucléaire qui est très dangereux, mais l’armement chimique et biologique et aussi toute forme d’armement qui suscite une illusion de suprématie et de domination sur le monde environnant. Ce type d’armement entretient un climat de peur et de manque de confiance et devient la cause d’une nouvelle course aux armements.

2. L’Église du Christ, considérant principalement la guerre comme une conséquence du mal et du péché dans le monde, encourage chaque initiative et chaque effort pour éviter ou prévenir la guerre à travers le dialogue et tout autre moyen approprié. Au cas où la guerre deviendrait inévitable, l’Église continue de prier et de prendre soin pastoralement de ses enfants qui sont impliqués dans les conflits guerriers pour défendre leur vie et leur liberté, faisant toutes sortes d’efforts pour que le rétablissement de la paix soit la plus rapide.

3. L’Église orthodoxe condamne fermement toute sorte de conflits et de guerres, motivées par le fanatisme dérivant de principes religieux. La tendance sans cesse croissante à l’augmentation des répressions et des persécutions des chrétiens et d’autres communautés à cause de leur foi, au Moyen Orient et ailleurs, ainsi que le déracinement du christianisme de son berceau historique suscite une préoccupation profonde. Ainsi sont menacées les relations interreligieuses et interethniques existantes, en même temps que beaucoup de chrétiens sont forcés de quitter leurs patries. Les orthodoxes du monde entier compatissent à leurs frères chrétiens et à tous les autres persécutés dans cette région et appellent à trouver une solution équitable et permanente des problèmes de la région.

L’Eglise orthodoxe condamne aussi les guerres suscitées par le nationalisme et celles qui provoquent des épurations ethniques, des changements de frontières étatiques et l’occupation de territoires.

E. L’Eglise Orthodoxe face aux discriminations

1. Le Seigneur, Roi de justice (cf. He 7, 2-3), désapprouve la violence et l’injustice (cf. Ps 10, 5), condamne le comportement inhumain envers son prochain (cf. Mc 25, 41-46 et Jc 2, 15-16). Dans Son royaume – l’image et la présence de celui-ci dans ce monde étant l’Eglise – il n’y a aucune place ni pour les haines entre les nations, ni pour l’inimitié et l’intolérance d’aucune sorte (cf. Es 11, 6 et Rm 12, 10).
2. La position de l’Eglise orthodoxe sur ce sujet est tout à fait claire : l’Église orthodoxe croit que Dieu à partir d’un seul homme a créé tous les peuples pour habiter toute la surface de la terre (Ac 17, 26) et que, en Christ, il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un (Gal 3, 28). À la question, qui est mon prochain ? , le Christ a répondu par la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 25-37). Il nous a ainsi appris à abolir toute barrière d’inimitié et de préjugé. L’Eglise Orthodoxe confesse que chaque être humain – indépendamment de sa couleur, de sa religion, de sa race, de son sexe, de sa nationalité et de sa langue – est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et est ainsi un membre à part égale de la communauté humaine. Conformément à sa foi, l’Église rejette la discrimination sous les formes énumérées ci-dessus, supposant une distinction dans la dignité entre personnes.
3. L’Eglise, respectant les principes des droits de l’homme et d’égalité de traitement des hommes, envisage l’application de ces principes à la lumière de sa doctrine sur les sacrements, la famille, la place de l’homme et de la femme dans l’Eglise et les valeurs de la tradition ecclésiale en général. L’Eglise se réserve le droit de porter et porte le témoignage de sa doctrine dans l’espace public.

F. La mission de l’Eglise orthodoxe comme témoignage d’amour dans la diaconie

1. Accomplissant sa mission de salut dans le monde, l’Église orthodoxe prend activement soin de tous ceux qui ont besoin d’aide, des affamés, des nécessiteux, des malades, des handicapés, des personnes âgées, des opprimés, des captifs, des prisonniers, des sans-abris, des orphelins, des victimes des catastrophes et des conflits armés, du trafic des êtres humains et des formes modernes d’esclavage. Les efforts de l’Église orthodoxe pour surmonter l’extrême misère et l’injustice sociale sont une expression de sa foi et un service rendu au Seigneur Lui-même, qui s’identifie à tous les hommes, et plus encore aux nécessiteux : « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). L’Église peut coopérer avec toutes les institutions sociales dans toute la diversité de son ministère social.
2. Les antagonismes et les hostilités qui règnent dans le monde suscitent en outre l’injustice et l’inégalité dans la participation des hommes et des nations aux biens de la divine Création. Ils privent des millions d’hommes des biens de première nécessité et conduisent à l’appauvrissement de la personnalité humaine. Ils provoquent des migrations massives de populations, font naître des conflits ethniques, religieux et sociaux qui menacent la cohésion interne des sociétés.
3. L’Église ne peut rester indifférente aux processus économiques qui influencent de manière négative l’humanité entière. Elle insiste sur la nécessité non seulement de bâtir l’économie sur des principes moraux, mais aussi de servir activement l’homme par elle, suivant l’enseignement de l’apôtre Paul, « c’est en peinant qu’il faut venir en aide aux faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35). Saint Basile le Grand écrit que « le but que chacun doit avoir dans son travail est donc de venir en aide aux indigents et non de parer à ses propres besoins » (Saint Basile le Grand, Grandes Règles, 42. PG 31, 1025 A).
4. L’écart entre riches et pauvres s’élargit dramatiquement en raison de la crise économique qui est d’ordinaire le résultat d’une spéculation effrénée des représentants des cercles financiers, de la concentration de la richesse entre les mains d’un petit nombre des personnes et d’une activité économique faussée, qui, étant privée de justice et de  sensibilité  humaine, ne sert finalement pas la satisfaction des véritables besoins de l’humanité. Une économie viable est une économie qui combine l’efficacité à la justice et à la solidarité sociale.
5. Dans ces conditions tragiques, on peut comprendre l’immense responsabilité de l’Eglise dans la lutte contre la faim et toute forme de misère qui sévit dans le monde. Ce phénomène de notre époque, où les pays vivent dans un système d’économie mondialisée révèle la grave crise d’identité du monde moderne. La faim ne met pas seulement en danger le don divin de la vie chez des peuples entiers, mais affecte aussi l’éminente dignité de la personne humaine, et, par là, outrage Dieu lui-même. Pour cette raison, si le soin de notre propre alimentation est un sujet matériel, le soin de la nourriture de notre prochain est un sujet d’ordre spirituel (Jc 2, 14-18). Il constitue donc un devoir pour toutes les Eglises orthodoxes de se montrer solidaires et d’organiser leur aide de manière efficace aux frères nécessiteux.
6. La Sainte Église du Christ dans son corps catholique qui inclut en son sein de nombreux peuples, met en avant le principe de la solidarité humaine et approuve une plus large collaboration des peuples et des états pour la résolution pacifique des conflits.
7. L’imposition croissante à l’humanité d’un mode de vie de plus en plus consumériste, privé de tout appui sur les valeurs morales chrétiennes, suscite la préoccupation à l’Eglise. Dans ce sens, ce consumérisme combiné à la globalisation sécularisée tend à amener les peuples à la perte de leurs racines spirituelles, de leur mémoire historique et à l’oubli des traditions.
8. Les médias tombent souvent sous le contrôle de l’idéologie du globalisme libéral et deviennent les promoteurs d’une idéologie de consommation et d’immoralité. Les cas de traitement irrespectueux, voire blasphématoire, de valeurs religieuses, provoquant discordes et révoltes dans la société, suscitent une inquiétude particulière. L’Église prévient ses fidèles du danger de manipulation des consciences par les médias, de leur utilisation non pour le rapprochement des hommes et des peuples, mais pour les manipuler.
9. L’Église est de plus en plus confrontée dans la diffusion de sa doctrine et l’accomplissement de sa mission salvatrice auprès de l’humanité à des manifestations de l’idéologie de sécularisation. L’Eglise du Christ dans le monde est invitée à exprimer et à mettre en avant son témoignage prophétique au monde en s’appuyant sur l’expérience de la foi et en rappelant de cette façon sa vraie mission envers le peuple, en «proclamant» le Royaume de Dieu et en cultivant la conscience d’unité de son troupeau. De larges perspectives s’ouvrent ainsi devant elle, car c’est en tant qu’élément essentiel de son enseignement ecclésiologique qu’elle présente au monde fragmenté la communion et l’unité eucharistique.
10. La volonté d’une croissance constante du bien-être et la consommation effrénée entraînent inévitablement une utilisation disproportionnée des ressources naturelles et l’épuisement des ressources naturelles. Le monde, créé par Dieu pour être cultivé et gardé par l’homme (cf. Gen 2, 15), subit les conséquences du péché humain : « Si elle fut assujettie à la vanité – non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise – c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. » (Rm 8, 20-22). La crise écologique actuelle est liée aux changements climatiques et au réchauffement de la terre et rend impérative l’obligation de l’Eglise de contribuer, par les moyens spirituels dont elle dispose, à la protection de la création de Dieu contre les effets de l’avidité humaine.
L’avidité de satisfaire les besoins matériels amène à l’appauvrissement spirituel de l’homme et à la destruction de l’environnement. Il ne faut pas oublier que la richesse naturelle de la terre n’est pas la propriété de l’homme, mais du Créateur : «C’est au Seigneur qu’appartient la terre, avec tout ce qui s’y trouve, le monde avec tous ceux qui l’habitent» (Ps 23,1).
Ainsi, l’Eglise orthodoxe souligne la nécessité de protéger la création de Dieu en cultivant le sens de responsabilité envers l’environnement, qui est don de Dieu, découvrant la valeur des vertus de frugalité et de modération. Nous devons nous souvenir que ce ne sont pas seulement les générations actuelles mais aussi celles à venir qui ont droit aux richesses naturelles que nous a données le Créateur.
11. Pour l’Eglise orthodoxe, la faculté d’étudier scientifiquement le monde constitue un don de Dieu à l’homme. Mais en même temps, l’Eglise souligne les périls que recèle l’utilisation de certains progrès scientifiques.  L’Eglise considère que le scientifique est libre non seulement de faire des recherches, mais aussi d’y mettre un terme quand, les principes chrétiens et humains qui sont violés. (St Paul : «« Tout m’est permis », mais tout ne convient pas» (1 Co 6,12) et Grégoire le Théologien : « Le bien n’est plus bien si les moyens sont mauvais » (Or. Théol. I, 4. PG 36, 16 C). Ce point de vue de l’Eglise s’avère à divers titres indispensable pour délimiter correctement la liberté et pour mettre en valeur les fruits de la science, pour laquelle on prévoit des réussites dans presque tous les domaines, en particulier celui de la biologie, mais non dépourvus de dangers. Nous soulignons en même temps le caractère incontestablement sacré de la vie humaine, de sa conception à sa mort naturelle.
12. On remarque au cours de ces dernières années le développement fulgurant des biosciences et de la biotechnologie qui est liée avec elles, avec de nombreux exploits, dont un grand nombre est considéré bénéfiques pour l’homme, tandis que d’autres posent des dilemmes de nature morale ou doivent être rejetés. L’Eglise orthodoxe affirme que l’homme n’est pas simplement un ensemble de cellules, de tissus et d’organes, et qu’il n’est pas uniquement déterminé par des facteurs biologiques. L’homme est créé à l’image de Dieu (Gn 1, 27) et on doit le traiter avec le respect qui lui revient. La reconnaissance de ce principe fondamental amène à la conclusion que, tant lors des recherches scientifiques que lors de l’application pratique des nouvelles découvertes et inventions, il faut que soit sauvegardé le droit absolu de tout homme à être traité avec respect à chaque stade de sa vie, ainsi que la volonté de Dieu, telle que celle-ci fut révélée dans la création. La recherche doit tenir compte des principes moraux et spirituels de la vie et des valeurs et coutumes chrétiennes. Il faut également manifester le respect indispensable à toute la création de Dieu, tant lors de son usage par l’homme que lors de la recherche, suivant le commandement que Dieu lui a donné (cf. Gn 2,15).
13. En ces temps de sécularisation, on voit tout particulièrement apparaître le besoin d’exalter l’importance de la sainteté de la vie dans l’optique de la crise spirituelle qui caractérise la civilisation moderne. La confusion entre liberté et vie licencieuse conduit à l’augmentation de la criminalité, à la destruction et à la profanation des sanctuaires et à la disparition du respect pour la liberté de son prochain et pour la sacralité de la vie. La tradition orthodoxe, s’étant formée à travers l’expérience pratique des vérités chrétiennes, est porteuse de spiritualité et de morale ascétique, qu’il faut exalter et promouvoir tout particulièrement de nos jours.
14. Le soin pastoral spécial de l’Eglise pour la jeunesse et l’enfance se poursuit sans faillir ayant comme but leur éducation en Christ. Le prolongement de la responsabilité pastorale de l’Eglise à l’institution divine de la famille va de soi, car elle s’est toujours et nécessairement appuyée sur la sainteté du sacrement du mariage chrétien, en tant qu’union d’un homme et d’une femme, qui représente l’union du Christ et de Son Eglise (Eph 5, 32). Ceci est particulièrement d’actualité devant les tentatives de légalisation dans certains pays et de justification théologique dans certaines communautés chrétiennes de formes de cohabitation contredisant la tradition et la doctrine chrétiennes.
15. A l’époque contemporaine, comme de tous temps, la voix prophétique et pastorale de l’Église s’adresse au cœur de l’homme et l’exhorte, avec l’apôtre Paul, à adopter et  vivre « tout ce qui est noble, juste, pur, digne d’être aimé, d’être honoré » (Ph 4,7), l’amour sacrificiel de son Seigneur Crucifié, la seule voie vers un monde de  paix, de  justice , de liberté et d’amour entre les hommes et les peuples.

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« Vous avez des frères qui vous aiment. Ne nous oubliez pas ! » Interview de l’évêque Qais (Sadiq) d’Erzurum (Patriarcat d’Antioche)

Du 28 au 30 novembre a eu lieu la visite à Odessa du vicaire du patriarche d’Antioche, l’évêque Qais (Sadiq) d’Erzurum. Le dernier jour du séjour de l’évêque en Ukraine, Fares Nofal, correspondant du site Pravoslavie.ru (Moscou), a eu l’occasion de s’entretenir avec lui de la guerre au Moyen Orient, des activités du Patriarcat d’Antioche, du destin du christianisme arabe, ainsi que des raisons du conflit juridictionnel entre les Patriarcats de Jérusalem et d’Antioche.

Votre Excellence, vous êtes le témoin direct de ce qui se produit aujourd’hui dans les lieux saints du Moyen Orient, le berceau du Christ et du christianisme. Mais avant de commencer, pourriez-vous parler un peu de vous-même à nos lecteurs ?

– D’abord, je veux rendre grâce à Dieu de m’avoir permis de me trouver avec vous dans ces terres saintes, bénies, qui nous ont donné tant de saints maîtres et guides. Le peuple lui-même, l’Église orthodoxe russe, nous a toujours soutenus, tant par la prière que matériellement, et les fidèles de Syrie, d’Irak, de Palestine et de Jordanie se rappellent de l’aide russe qui leur a été accordée aux jours de l’occupation ottomane. Mais aujourd’hui aussi, les chrétiens – russes et ukrainiens – n’oublient pas de prier pour nous, nous donnant leur amour fraternel, luttant pour notre présence chrétienne dans les pays arabes. Je suis devenu évêque, il y a presqu’un an, avec le titre d’évêque d’Erzurum. Ce lieu peut être trouvé aujourd’hui sur la carte politique de la Turquie. Comme de nombreux autres diocèses historiques d’Antioche, cette métropole a été témoin de l’expulsion massive des fidèles chrétiens arabes et arméniens. Jugez par vous-même : selon différentes estimations, environ 25.000 à 30.000 chrétiens orthodoxes vivaient à Erzurum en 1917. Or, en 1925, le nombre des chrétiens y a été réduit à zéro. Ils furent tous victimes du massacre turc ; et, malheureusement, les ambitions ottomanes, de même que leurs méthodes politiques, sont aussi cruelles et brutales aujourd’hui. Hormis mon obédience de vicaire, assistant de S.B. le patriarche Jean X, j’exerce, par la miséricorde de Dieu, la fonction de directeur du Centre orthodoxe de recherches œcuméniques, fondé par nous à Amman, il y a vingt ans. La devise du centre est « Service et témoignage ». Celle-ci reflète ses buts missionnaires. Nous nous efforçons d’élever le niveau d’instruction religieuse de nos paroissiens arabes qui, par la force des choses, se trouvent dans l’Église de Jérusalem. Hélas, de nombreux fidèles se plaignent à juste titre que Jérusalem se trouve entièrement dans les mains des Grecs qui, à leur tour, préfèrent à la mission et au service du peuple arabe, la poursuite de leurs propres buts, qui nous sont incompréhensibles. Je m’occupe également de notre troupeau en Roumanie, qui s’est accru fortement durant ces dernières années. À ce jour, dans la seule ville de Bucarest vivent près de 150 familles arabes, et sur le territoire de ce pays sont dispersées 50 familles. Précédemment, du temps du défunt patriarche Ignace IV, j’occupais les fonctions de conseiller du Tribunal supérieur ecclésiastique de l’Église d’Antioche et de chef du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat d’Antioche, et ce en tant que professeur de droit canon et de théologie liturgique de l’Université de Balamand. Cette expérience s’est avérée pour moi fort utile par la suite, lorsque que je commençai à représenter la Jordanie dans les comités d’éthique de l’UNESCO et de l’UNICEF, ainsi que l’Église d’Antioche dans plus de 92 pays du monde, dans lesquels vivent de façon permanent des fils et des filles de l’Orient arabe.

– Votre journée du dimanche, hier, a été riche en événements : vous avez rencontré l’évêque diocésain d’Odessa, le métropolite Agathange, vous avez prié pour la première fois avec les membres de la communauté locale orthodoxe arabe. Quelles sont vos premières impressions ? Et comment voyez-vous l’avenir des Arabes orthodoxes de cette ville ?

– Mgr Agathange nous a reçus très chaleureusement. Nous avons discuté très longtemps des questions qui nous préoccupent dont, en partie, celle du passé et de l’avenir des relations de nos Églises-sœurs, et ses paroles m’ont simplement attaché à cette terre bénie ! Le matin, lorsque nous avons assisté à la divine liturgie en la cathédrale de la Sainte –Trinité, je ne pouvais cesser d’observer les innombrables enfants et adolescents qui s’approchaient du Calice, c’est quelque chose que l’on peut difficilement voir aujourd’hui dans les églises en Europe… C’est en cela que je vois la preuve principale que la foi ardente vit jusqu’à maintenant dans ce peuple bon, pieux, dont l’espérance, après des années d’oppression et de persécutions, est préservée dans ses enfants, les futurs membres de l’Église vivante. Pour ce qui concerne notre troupeau, je suis venu ici seulement pour écouter leurs souhaits, leurs voix et, à ce sujet, je remercie spécialement le métropolite Niphon [Saykali], représentant du patriarche d’Antioche auprès du patriarche de Moscou, qui m’a soutenu dans mon souhait de venir ici). Hélas, nombreux sont nos fidèles qui ne comprennent pas la langue liturgique, le slavon de l’Église russe, et je suis content qu’ils aient la possibilité de prier ici dans leur langue maternelle ; cela les maintient ensemble, leur donne de l’aise dans leur communication avec le Créateur. Malheureusement, je n’ai eu que très peu de temps pour converser avec eux, mais demain ou après-demain, je me ferai l’écho de leurs besoins auprès de S.B. le métropolite Onuphre ce qui, je l’espère, constituera le premier pas dans l’aménagement de la vie ecclésiale ici, à Kiev et Odessa.

Comme on le sait, toute le plérôme de l’Église orthodoxe a condamné avec détermination les premiers fruits du « printemps arabe », et voici que cinq années se sont déjà écoulées depuis le début de la soi-disant « révolution syrienne ». Comment les chrétiens d’Antioche voient-ils le résultat de cette « révolution » ? Quel est, généralement parlant, la nature de leur lutte quotidienne?

– « Le printemps arabe », à mon avis, n’est pas une révolution, mais plutôt un « automne arabe » détruisant notre civilisation. Et, de toute évidence, derrière les coulisses de cet « automne », se trouvent des mains étrangères, absolument pas arabes. J’espérais que des micro-révolutions auraient lieu dans les pays arabes et les amèneraient à certains changements positifs ; mais ce que nous voyons, par exemple, en Syrie, ce n’est pas une micro-révolution, mais un véritable jeu sur le sang des gens, dirigé à distance. Le président Bahar al Assad est un homme instruit, comprenant bien les problèmes de son État. Dès le début de sa présidence, il s’est efforcé d’ouvrir la Syrie au monde, sous sa direction a commencé la renaissance culturelle et économique du pays, il s’est efforcé comme on le dit « de changer le système ». Et il est absolument naturel que le processus « de changement du système » dure non pas 24 heures, non pas même deux ou trois ans. Mais ses efforts ont été enterrés par les fruits de la conférence coloniale de Londres de 1907, qui a démembré et affaibli le monde arabe depuis de nombreuses années. Tout ce qui se produit au Moyen Orient aujourd’hui, c’est le cadeau tardif de l’Occident à ses satellites dans la région. Ainsi ce « cadeau » a détruit notre héritage chrétien, nos musées ont été pillés, nos lieux saints détruits. Les Mongols qui s’étaient accaparés des terres du Califat, ont fait ce qu’ils voulaient, mais ils n’ont pas touché à ses pierres et à son esprit ; or, maintenant, les combattants de L’État islamique, soutenus par les wahhabites d’Arabie Saoudite et du Qatar, les radicaux de Turquie et les géopoliticiens américains, déploient de grands efforts pour effacer de la face de la terre la culture chrétienne de l’Orient – naturellement avec ceux qui en sont les porteurs vivants. Il n’est pas étonnant que le but suivant de cette force est devenu la Russie. Les commanditaires de cette terreur ne le cachent pas : même Kissinger a déclaré que « la chute du mur européen de la paix » constituait un moyen efficace de s’opposer à la présence russe… Des migrants de Turquie séjournent en Europe, alors que les véritables chrétiens syriens constituent moins de 10% du nombre total des réfugiés. Il en résulte que tous profitent de notre sang, le sang des véritables victimes, alors que nous souffrons plus que tous !

Vous avez rappelé l’émigration forcée – une véritable tragédie de la culture arabe. Mais la Russie orthodoxe est passé par quelque chose de semblable au début du XXème siècle. « Les bateaux des philosophes» [allusion aux philosophes russes expulsés par bateaux d’URSS en 1922, ndt] ont fait connaître à nouveau l’Orthodoxie à l’Occident. Que pensez-vous, est-ce que la tragédie actuelle de l’Orthodoxie arabe a une chance de devenir le début d’une nouvelle étape de son existence ? Peut-être nous faut-il nous préparer à l’apparition d’un « Saint-Serge » arabe en Europe ?

– Bien sûr, notre histoire se rappelle aussi de ses « bateaux des philosophes» à sa manière. La deuxième partie du XIXème siècle, comme on le sait, a été marquée par une série de génocides au Liban et à Damas, forçant de nombreux penseurs et artistes arabes à émigrer en Égypte, puis en Amérique du Nord et Latine. C’est ainsi qu’est apparu tout un mouvement dans la littérature arabe, appelée « Littérature de la diaspora », qui s’est créée, en partie, dans les publications arabe d’Amérique, dans les « clubs arabes » du Brésil et d’Argentine. Et cette littérature est principalement chrétienne. Le XXème siècle a apporté à l’Orient de nouvelles guerres, éloignant toujours plus de leur patrie historique de nouveaux philosophes, poètes, théologiens et musiciens. Beaucoup de médecins, savants et professeurs éminents en Occident aujourd’hui sont des intellectuels arabes chrétiens, contraints de fuir de leurs foyers. Nous espérons que ceux de nos frères qui sont devenus les victimes de la force aveugle des islamistes, ne chasseront pas le Christ des terres de leurs cœurs et resteront Ses témoins fidèles. Quant à nous, naturellement, c’est là notre devoir : qui, si ce n’est l’Église-mère, rassemblera ses fils dans les pays de la diaspora ? Nous devons rester les apôtres de l’amour et de la vérité et reconnaître sans honte notre christianisme, notre Orthodoxie. Nous ne pouvons être « une minorité », nous sommes la pincée de sel qui rend une nourriture abondante appropriée pour un repas.

Il y a quelques jours, l’État islamique a appelé l’Ukraine, après la Russie, « son ennemi ». La Russie, comme on le sait, est intervenue dans la situation politique dans la région, et comme l’estiment certains critiques parmi les politologues, publicistes et même des clercs de l’Église orthodoxe russe, elle a fait là une sérieuse faute. D’un autre côté, le métropolite Luc (al Khoury), après sa récente prière en la cathédrale orthodoxe « Mariamite » de Damas, a soutenu l’assistance militaire russe dans le combat contre l’islamisme. Comment pouvez-vous estimer la situation ? Quel est le rôle de l’aide russe dans le combat des chrétiens syriens ?

– Bien sûr, nous devons différencier les relations politiques et ecclésiastiques. Pour ce qui concerne les dernières, l’Église orthodoxe russe ne nous a jamais abandonnés : les nombreuses prières des peuples russe et ukrainiens, leurs dons abondants on atteint leur but. Grâce à ce soutien, nous sentons que nous ne sommes pas isolés. En outre, l’an dernier, l’Église orthodoxe roumaine a décidé également de nous aider. Elle a fait un don à l’Église d’Antioche de 500.000 Euros pour l’aide aux nécessiteux. Mais cependant, il n’y a pas de plus grand don que les saintes prières pour la paix en Orient, élevées dans vos maisons et vos églises. Du point de vue politique, tout est bien plus simple : chaque État a ses intérêts. L’Église ne peut soutenir la guerre et ou les mener, mais elle est obligée de bénir les défenseurs de sa patrie. Pour nous, en tant que chrétiens, la patrie est l’espace de notre témoignage sur le Christ. Il est connu que le bienheureux Augustin d’Hippone bénissait les soldats qui défendaient leur ville, disant : « Comme chacun de nous a une mère qu’il est appelé à protéger, nous devons défendre notre mère commune – la patrie ». Défendre notre État, est notre obligation bénie. La Syrie a ses intérêts, liés à ceux de la Russie, et la Russie a ses intérêts, liés à la Syrie. Mais en fin de compte, l’armée syrienne reçoit de l’aide, et c’est l’armée de la vérité qui se bat contre les meurtriers de notre histoire, de notre pensée. Et elle va tenir.

Voici déjà quelques années que les médias mondiaux décrivent les souffrances des chrétiens d’Orient, et cela, bien entendu, correspond à la réalité, car l’Église d’Antioche, indubitablement, est une Église souffrante. Mais certains peuvent soudain la considérer faussement comme morte, sans force. Ne pourriez-vous pas, pour que personne ne puisse avoir de doutes sur l’authenticité de la vie du christianisme orthodoxe en Syrie et en Irak, nous raconter les principaux événements de la chronique de l’Église d’Antioche, qui ont eu lieu durant les deux-trois dernières années ?

– Indubitablement, notre Église n’est pas morte – elle est l’Église des témoins, l’Église du martyre. En confessant le Christ crucifié et ressuscité, elle traverse aujourd’hui Son chemin de Croix depuis le Golgotha jusqu’à la résurrection des morts. Nous sommes fiers qu’Antioche enfante jusqu’à maintenant des martyrs, vivant éternellement devant le Trône du Très-Haut : c’est précisément eux qui sont la vie authentique de l’Église. Et, si ce ne sont les enfants fidèles de l’Église russe, qui comprendra et ressentira tout cela ? Eux qui gardent avec tremblement les saintes reliques de centaines et de centaines de leurs martyrs ? Cependant, comme l’a dit le Sauveur, que l’incroyant « vienne et voit ». Malgré toutes les adversités, malgré l’absence d’un minimum de financement, l’Église d’Antioche continue à servir les chrétiens et les musulmans de Syrie, de Jordanie, du Liban et d’Irak par ses écoles, hôpitaux et organisations caritatives. S.B. le patriarche d’Antioche Jean X a insufflé personnellement une nouvelle vie à nombre de ces projets, et bien qu’il soit lui-même dans une situation extrêmement non enviable (il suffit de se rappeler des malheurs du troupeau qui lui a été confié et l’enlèvement de son frère cadet Paul, métropolite d’Alep), il continue son ministère avec espérance, foi et dans la prière. En grande partie grâce à lui, une nouvelle université orthodoxe du monde arabe ouvre ses portes à Al-Khumaira, la seconde après l’université de Balamand qui accueille plus de 70 étudiants ayant déjà reçu une première éducation universitaire. Par les prières de nombreux fidèles s’achève la construction de l’hôpital patriarcal de la Vierge Marie de Balamand. Il n’est pas moins important pour nous de donner aux jeunes orthodoxes d’Antioche une autre chance de rester sur leurs terres, aussi nous vendons à crédit des terrains, près de Beyrouth, aux jeunes familles chrétiennes du Liban avec des maisons clés en mains et ce à leur prix de revient. J’espère qu’à l’avenir également, notre Église continuera à servir son troupeau, en renforçant le lien de celui-ci avec sa sainte patrie.

La nouvelle de la cessation de la communion eucharistique entre Damas et Jérusalem a choqué beaucoup de fidèles orthodoxes dans le monde entier. Quelles sont les véritables racines de ce conflit ? Quels pas ont été entrepris par les deux parties pour le surmonter ?

– C’est une question très douloureuse. En fait, la décision [de nommer un évêque au Qatar, ndt] prise par l’Église de Jérusalem, qui foule aux pieds les bases mêmes du droit canonique, a été pour nous absolument imprévue. C’est le signe, premièrement, d’un rejet profond du droit de l’Église-sœur à être présente dans les pays du Golf persique, et, deuxièmement, du déclin de l’amour dans les cœurs de nos frères évêques. Tout a commencé, comme d’habitude, par la politique. Souhaitant « acquitter sa dette » au monde, les dirigeants du Qatar ont décidé de démontrer leur ouverture au dialogue en général et au dialogue religieux, en particulier. En donnant aux confessions des terrains pour construire des lieux de culte, les autorités du Qatar n’ont pas pour autant oublié leur aversion envers le clergé orthodoxe arabe, auquel il était interdit de séjourner de façon permanente sur le territoire du pays (ce que je sais de par mon expérience personnelle). C’est ainsi que dans les années 1990, la question de la présence orthodoxe au Qatar a été réglée par le directeur du département régional du renseignement américain, dans le passé ambassadeur des États-Unis à Amman, sur la base de sa propre origine familiale : l’identité grecque de sa mère a donné lieu à ce que le fonctionnaire s’adresse au patriarche de Jérusalem. C’est précisément l’actuel patriarche de la Ville Sainte, alors archimandrite, qui a été envoyé à l’ambassade des États-Unis, et c’est sous sa direction qu’a été construite l’église orthodoxe, dont la première pierre a été posée par le défunt patriarche de Jérusalem Diodore, à l’encontre de toutes les normes juridiques en vigueur de l’Église. Contrairement à l’Église de Jérusalem, absolument toutes les Églises, dont l’Église russe, selon la discipline ecclésiale, ont sollicité la permission du défunt patriarche d’Antioche Ignace pour construire des églises, par exemple dans les Émirats Arabes Unis. « Votre séjour sur ces terres est précieux pour notre propre présence sur celles-ci », c’est ainsi que le patriarche d’Antioche a répondu à la demande du primat de l’Église russe de bâtir une église à Sharjah. Mais les hiérarques de Jérusalem ne l’ont pas fait. En 1999, en ma présence, à Amman, le patriarche Ignace a demandé au patriarche Diodore : « Monseigneur, lorsque vous rendez visite à votre frère, est-ce que vous ne frappez pas d’abord à sa porte ou ne lui-demandez vous pas une invitation ? Pourquoi n’avez-vous pas frappé à notre porte ? » Aucune réponse compréhensible, bien sûr, n’a suivi. Toujours est-il que nous avons accepté le fait accompli, bien que les Arabes orthodoxes du Qatar, pour parler posément, n’étaient guère enchantés par le prêtre hellénophone qui les desservait. Mais visiblement, tout cela n’était pas suffisant pour Jérusalem. La mort du patriarche Ignace IV et la situation catastrophique en Syrie et en Irak ont poussé les dirigeants de l’Église de Jérusalem (avec, indubitablement le soutien du Qatar, qui est intéressé dans la politique de la région) à choisir un évêque pour ce territoire ; et malgré notre appel à ne permettre un tel acte barbare, Jérusalem a néanmoins ordonné un évêque avec un titre correspondant. On peut légitimement se poser alors la question suivante : comment pouvons-nous parler d’unité lorsque nos frères font tout pour piétiner celle-ci ? Les Églises russe et antiochienne, hélas, ont fait une amère expérience semblable : nous n’avons pas encore oublié l’immixtion du Patriarcat œcuménique dans le schisme ukrainien. Dans de tels cas, nous devons nous rappeler, si ce n’est de notre amour, à tout le moins du droit canon, qui réglemente précisément toutes les procédures de ce genre. J’espère que Jérusalem, à la veille du Concile panorthodoxe, oubliera sa politique grecque, que le Trône œcuménique accomplira ses obligations concernant la cessation du présent conflit, et que les Églises orthodoxes russes et roumaines se prononceront – prononceront la parole de vérité – en ce qui concerne la situation qui s’est créée.

Quelles paroles voudriez-vous adresser à nos lecteurs, en tant que bon pasteur, frère fidèle et fils du Saint Orient ?

– Votre terre, est une terre sainte, sanctifiée par vous. Vous l’avez reconquise vous-mêmes. Vos innombrables martyrs, ce sont votre grand trésor. Votre Église a été crucifiée, et maintenant vous témoignez de sa résurrection. Préservez vos fidèles, ne préservez pas les pierres : ce sont justement les hommes qui sont « les temples de l’Esprit Saint », qui insufflent la vie aux églises de pierre par leurs métanies (prosternations) à terre. Vous, membres vivants de l’Église, pourrez garder votre foi et la transmettre au futur, à la postérité non encore née. Et bien sûr, n’oubliez pas que loin de vos pays, vous avez des frères qui vous aiment, qui n’ont pas cessé de le faire même lorsque les communistes persécutaient vos saints. Aujourd’hui, à l’aide de vos prières, votre amour, il nous faut surmonter les mêmes épreuves. Ne nous oubliez pas !

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« Les défis de l’avenir »: une interview de Jean-Claude Larchet dans le mensuel orthodoxe russe « Foma »

JC_Larchet_WikipediaLe mensuel orthodoxe russe Foma a interrogé différentes personnalités sur la façon dont elles voient le monde dans 20 ou 30 ans. Nous reproduisons ci-dessous la version française de l’interview de Jean-Claude Larchet, intitulée « Il faut munir les enfants d’une boussole intérieure qui leur indique la bonne direction dans un monde déboussolé ».
La traduction russe dans sa version Internet se trouve ici.


Comment voyez-vous le monde du futur – dans 20-30 ans?

Je ne le vois pas du tout. L’avenir est imprévisible, non seulement à une aussi longue échéance, mais souvent à courte échéance. Qui aurait pu prévoir la première guerre mondiale en 1913? Qui aurait pu prévoir en 1916 la Révolution russe et l’installation pour près de 60 ans d’un régime communiste qui allait s’étendre à toute l’Europe de l’Est? Il suffit parfois d’un événement, lui-même imprévisible, pour changer le cours de l’histoire. D’un tout autre point de vue, qui aurait pu prévoir, il y a vingt ans, la révolution technologique que nous connaissons aujourd’hui grâce aux ordinateurs, aux téléphones portables, à l’Internet, aux réseaux sociaux, et qui a un impact considérable sur la vie des individus partout dans le monde?
Les scientifiques font des prévisions, mais elles sont peu fiables. Même les prévisions météorologiques qui ne portent pourtant que sur les prochains jours se révèlent souvent fausses.
Il y a certes des tendances, des orientations qui peuvent donner une certaine idée de l’avenir, mais leur évolution reste incertaine. Les situations les plus favorables peuvent rapidement dégénérer, et dans les situations défavorables, l’homme a une capacité de résilience surprenante.
Dans le cas de notre petite personne, l’avenir est également incertain, et nos projets souvent vains, comme nous le rappelle dans l’Évangile la parabole de l’homme riche (Lc 12, 16-21). Un proverbe dit : « Quand l’homme fait des plans, Dieu rit. » La sagesse des Pères a toujours invité chacun à se concentrer sur le présent et même à vivre chaque jour comme s’il était le dernier. Mais il est vrai que cette conception radicale doit être modulée selon les âges et les fonctions dans la société : un jeune doit faire des études en vue d’avoir plus tard un métier, un homme politique doit planifier ou un entrepreneur investir pour faire face aux besoins des prochaines années…

Quels seront-ils les défis les plus importants pour l`homme et l`humanité?

Si l’on veut parler de l’humanité en général, le principal défi sera de préserver son existence dans un monde viable. Cette existence est actuellement mise en péril. On sait que l’exploitation à outrance des ressources naturelles (eau, pétrole, gaz, etc.) risque de provoquer une pénurie dans les prochaines décennies. Le fonctionnement irresponsable de certaines industries (notamment l’absence de traitement correct des rejets et des déchets) crée une pollution de l’eau et de l’air qui menace la santé et la vie des habitants non seulement de certaines régions, mais de toute la terre. La pollution de l’air diminue dans l’atmosphère la couche d’ozone, ce qui a des conséquences de plus en plus graves : élévation de la température, élévation du niveau des mer, crises climatiques (multiplication des tempêtes, des ouragans, des pluies, des canicules…) changements de la structure du sol (comme la fonte du permafrost), disparition de certaines espèces… L’un des défis urgents est donc de nature écologique. Il s’agit de préserver les équilibres naturels de la planète.
Un autre défi important me semble être le chômage qui affecte une partie de plus en plus importante de la population dans certaines parties du monde. Le chômage a des conséquences catastrophiques non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan psychologique, moral et spirituel.
Pour nous chrétiens, le grand défi est de maintenir notre existence dans un monde de plus en plus envahi 1) par l’islam, 2) par l’agnosticisme et la mentalité laïque antireligieuse, et 3) par un spiritualisme sans Dieu et surtout sans le Christ.
1) Au Moyen Orient (Irak, Syrie), les chrétiens sont éliminés, soit en étant tués, soir en étant forcés à l’exil. L’Europe se déchristianise massivement, tandis que dans certains pays comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne l’islam se développe de plus en plus. En France, pays traditionnellement chrétien (depuis le IIe siècle !), l’islam est devenu au cours des dernières décennies la deuxième religion du pays après le catholicisme, et selon les prévisions elle sera la première autour de 2030.
2) Il y a par ailleurs dans les pays d’Europe de l’Ouest un développement de la mentalité antireligieuse, qui dans certains cas est provoqué par le souci de limiter l’influence grandissante de l’islam, mais dont la christianisme est la première victime. Avec l’appui des autorités du gouvernement européen de Bruxelles, on élimine de plus en plus de l’espace public les signes religieux chrétiens, et certaines associations mènent une lutte ouverte contre les valeurs chrétiennes, concernant en particulier la famille.
Une partie du monde chrétien est entré dans une nouvelle ère de persécution (rappelons que le christianisme est la religion la plus persécutée dans le monde), mais je pense que dans plusieurs décennies cela affectera à un degré plus ou moins grand l’ensemble du monde chrétien. Cela ne sera pas une vraie surprise, car le martyre est inhérent depuis les origines à l’existence du christianisme. Regardez le Synaxaire : près de 90% des saints ont été des martyrs…
3) La spiritualité a un certain succès (les livres qui en traitent se vendent bien), mais il s’agit en général d’une spiritualité très générale, inspirée par le New Age et un bouddhisme de vulgarisation. C’est une spiritualité sans Dieu et surtout sans le Christ. Loin d’aller dans le sens du christianisme, elle s’y oppose donc elle aussi en se substituant à lui.

On parle souvent aujourd’hui d’un « avenir sombre » en relation avec les changements de la structure sociale de l`humanité et même de la nature humaine sur les plans physique et mental. À quel point la peur de ces perspectives est-elle raisonnable?

Il est vrai qu’il y a maintenant dans le monde occidental déchristianisé une crise de la famille.
Il a tout d’abord une crise générale du mariage : de plus en plus de couples mariés divorcent (près de 1 sur 2 dans la plupart des pays européens) et de plus en plus de jeunes vivent en couple sans être mariés, ni religieusement, ni même civilement. Et cela commence à affecter des pays traditionnellement orthodoxes comme la Grèce, où cela n’était pas imaginable il y a vingt ans. Cela s’explique en grande partie par le fait que le mariage signifie un engagement pour la vie et que les jeunes ont de plus en plus de mal à s’engager ou à respecter leurs engagements, non seulement dans ce cadre mais dans d’autres. La difficulté à s’engager tient pour une part à l’instabilité générale de la société. Beaucoup de gens craignent de fonder une famille alors que l’avenir (notamment sur le plan du travail et des revenus) est incertain pour soi-même et son conjoint, et aussi pour les enfants que l’on peut avoir. Il y a aussi au divorce et au refus du mariage d’autres causes, d’ordre spirituel : l’individualisme et le désir de liberté absolue qu’a développé l’humanisme moderne, et aussi une forme d’égoïsme caractérisé par la difficulté pour les gens de renoncer à une part de leur volonté propre, renoncement impliqué par toute forme de vie communautaire.
Un autre sujet de préoccupation est la banalisation, et en conséquence le développement de l’homosexualité, qui met en cause la structure traditionnelle du couple et de la famille telle que la concevaient jusqu’à présent les sociétés chrétiennes. Les associations et les lobbies (groupes de pression) homosexuels cherchent à imposer (dans les institutions sociales et jusque dans les écoles), dans tous les pays du monde, l’idée que l’homosexualité est une chose normale, et que l’orientation sexuelle n’est pas définie par la nature mais est une question de choix personnel. Leur volonté militante pour institutionnaliser le mariage homosexuel témoigne moins d’un intérêt pour le mariage que d’un souci de reconnaissance sociale officielle et, dans un deuxième temps, de bénéficier de diverses mesures leur permettant d’avoir des enfants. Ce deuxième point implique diverses pratiques inacceptables pour l’éthique chrétienne, comme la procréation médicalement assistée avec donneur hétérologue ou le recours à des mères de substitution. Un autre problème grave qui se pose, y compris pour des enfants adoptés, concerne le plan psychologique: c’est un fait connu depuis toujours des psychologues qu’un enfant, pour se construire psychologiquement, a besoin d’un père et d’une mère; l’éducation d’enfants par des couples homosexuels ne peut avoir pour ces enfants que des conséquences psychologiques graves, dont on mesurera toute l’ampleur dans les prochaines générations.
Un autre sujet de préoccupation est le développement énorme qu’ont connu, au cours des dix dernières années, les nouveaux médias (la télévision, les jeux vidéos, Internet et les réseaux sociaux) avec un impact négatif sur la vie sociale, personnelle, psychique, intellectuelle et spirituelle de leurs utilisateurs: investissement important en temps et en énergie, perte de relations avec les proches (malgré l’impression d’être en relation avec tout le monde), affaiblissement des capacités de réflexion et d’attention (dû aux sollicitations permanentes et au flux incessant de textes, d’images et de sons), appauvrissement culturel (lié notamment à la diminution de la quantité et de la qualité de la lecture malgré l’omniprésence de textes), etc. Beaucoup de spécialistes de médias ont montré combien ceux-ci ne se limitent pas à nous transmettre des contenus, mais, par leur structure et leur mode de fonctionnement, reformatent notre vie intérieure et le mode de nos relations avec nous-même, avec les autres et avec Dieu, créant une sorte d’homme nouveau, l’homo connecticus qui en bien des points fait concurrence à l’homo religiosus.
Un dernier point que l’on peut évoquer en rapport avec votre question est celui de l’apparition, dans le futur, d’un homme « augmenté » par les technologies, et même de la création d’un homme bionique, constituant un nouveau modèle d’humanité ne comportant plus les imperfections de l’homme actuel. Les Américains ont depuis longtemps développé des théories et financé des recherches à ce sujet. Mais elles me semblent relever – en dehors d’applications particulières, notamment dans le domaine des prothèses – de la science-fiction. Un danger plus sérieux est constitué, dans le domaine biologique, par la création, au moyen de la génétique, de nouvelles espèces qui peuvent mettre en péril l’équilibre naturel des espèces existantes. Un danger plus grand encore est constitué par l’eugénisme dont certaines pratiques ont commencé à se répandre dans certains pays, selon lesquelles l’homme s’attribue le pouvoir et le droit de déformer et de reformer selon ses désirs la nature humaine définie et créée par Dieu.

Quelle doit-elle être l`attitude chrétienne envers ces dangers? Est-ce qu`on doit les négliger et vivre sa vie comme si rien ne se passait, se concentrer sur le moment présent ? Ou doit-on y apporter une réponse concrète, y compris au niveau de l`Église?  

En tant que chrétiens, étant minoritaires dans les pays d’Europe de l’Ouest, nous n’avons que peu de pouvoir face à ces problèmes. Nous pouvons évidemment protester par rapport à certaines dérives, proposer des perspectives conformes à notre éthique, et soutenir par notre vote les gouvernants et les partis qui mènent une politique conforme aux valeurs chrétiennes. Mais c’est parfois compliqué: par exemple en Europe de l’Ouest, les partis écologistes qui sont les plus actifs pour préserver l’avenir de la planète, ce qui est aussi un souci pour le christianisme, sont aussi les plus engagés pour soutenir les réformes sociétales – comme le droit à l’avortement, à l’euthanasie ou au mariage homosexuel – qui s’opposent aux valeurs chrétiennes.
L’Église doit quant à elle éviter de s’engager directement dans la politique. Mais elle doit être la conscience d’un monde qui a souvent perdu toute conscience, et faire entendre sa voix face aux dangers qu’encourent les hommes, face aux lois, aux créations, aux actions contraires aux valeurs chrétiennes, pour rappeler quelles sont ces valeurs et inviter à les respecter. Elle doit rappeler avec constance et courage (c’est-à-dire même si cela va à l’encontre de la ligne officielle ou de l’opinion commune) ce que sont ces valeurs, et aussi quelle est sa conception de la nature de l’homme et de sa dignité, de la personne et de sa valeur absolue qui tient à sa relation inaliénable avec Dieu dont elle est l’image.
Il n’en reste pas moins que les Pères conseillent aux croyants de travailler avant tout à la construction et au développement de leurs propre vie spirituelle. C’est notre vie intérieure avec ses valeurs et ses dispositions, qui nous rend capables, en tout temps, d’affronter correctement et positivement les problèmes de toute sorte, prévisibles ou imprévisibles. Les Pères ont toujours enseigné que c’est en nous changeant nous-même positivement que nous sommes le plus capables de changer le monde autour de nous, avec non seulement nos propres forces, mais aussi la force de la grâce que Dieu nous donne.

À quels problèmes qui affecteraient directement leur vie spirituelle nos enfants seront-ils confrontés?

Je pense que pour les enfants le principal problème – qui affecte déjà depuis longtemps les pays d’Europe occidentale, mais affecte aussi de plus en plus les pays traditionnellement orthodoxes – est de pouvoir garder leur foi, leurs valeurs et leur éthique chrétiennes dans un monde sécularisé qui les ignore et leur a substitué d’autres croyances, d’autres valeurs, d’autres éthiques, ou bien qui est agnostique, totalement indifférent à la religion, ou encore qui est hostile au christianisme.

Comment faut-il éduquer les enfants pour les aider à faire face spirituellement à l`avenir?

Il faut avant tout les munir de repères dans un monde sans repères, d’une boussole intérieure qui leur indique la bonne direction dans un monde déboussolé.
Il faut les éduquer dans la foi, les valeurs et l’éthique chrétiennes, de manière à ce qu’elles s’ancrent profondément en eux et leur deviennent en quelque sorte connaturelles. Il faut leur apprendre à comprendre le monde, à discerner en toutes circonstances le bien et le mal, à affronter les difficultés et à trouver des solutions aux problèmes en référence aux valeurs chrétiennes. J’ai envie de citer ici les paroles de saint Paul (Eph 6, 17): « C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en œuvre, rester fermes. Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’Évangile de la paix ; ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. » Celui qui dispose de toute cette panoplie est capable d’affronter victorieusement n’importe quelle situation.
Il est important que, dans un milieu indifférent ou hostile à la religion, face aux jugement négatifs, aux critiques ou aux moqueries, les enfants et les jeunes orthodoxes soient fiers de leur identité, aient conscience que leur foi est une richesse immense, qu’elle ne les diminue pas mais leur donne « un plus » par rapport à ceux qui en sont dépourvus. Les parents et l’Église ont un rôle important pour leur donner une telle fierté, qui n’a rien à voir avec de l’orgueil, car en étant chrétiens c’est du Christ que nous sommes fiers, de Sa victoire sur le monde, et non de nous-mêmes : « Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage! J’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).

Propos recueillis par Constantin Matsan
Фома, 7 (147), Juillet 2015

Discours du patriarche œcuménique Bartholomée à la synaxe de la hiérarchie du Trône (le 29 août) – 2ème partie

Fidèle à ce devoir devant l’ensemble de l’humanité, le patriarcat œcuménique a entrepris des initiatives d’une très grande importance pour l’homme contemporain comme la protection de l’environnement, qui se trouve aujourd’hui face à l’ultime danger, à cause du comportement irrationnel et égoïste de l’homme. Ainsi, depuis déjà 1989, par l’encyclique de notre vénérable prédécesseur le patriarche œcuménique Démétrios, notre patriarcat, en premier parmi les institutions religieuses du monde, a souligné l’importance cruciale du problème écologique et la nécessité que l’Église contribue avec ses forces spirituelles et théologiques à la formation d’une conscience et d’un comportement respectueux envers la création de Dieu, qui a été donné à l’homme « pour la cultiver et la préserver » (Gen. 2.15). A cette fin, avec une encyclique synodale, il a instauré le premier septembre, début de l’indiction et de l’année ecclésiastique, comme un jour de prière pour la protection de la création.

Cette initiative du feu patriarche Démétrios a été poursuivie et développée plus par notre humble personne à travers toute une série d’activités comme l’organisation de symposiums scientifiques internationaux entre leaders religieux et spécialistes scientifiques pour la résolution de problèmes écologiques spécifiques, mais aussi avec d’autre activités qui ont fait de notre patriarcat un pionnier mondial dans la lutte contre un problème qui est aujourd’hui reconnu parmi les problèmes le plus sérieux et urgents de l’humanité, comme en témoigne le fait que les leaders politiques de l’humanité prennent aujourd’hui des initiatives pour sa résolution urgente. Une des ces initiatives, prise par le président de la République française, est l’organisation au mois de décembre prochain d’une conférence internationale à Paris à laquelle notre humble personne a été conviée à participer. Notons que l’Église catholique romaine aussi, reconnaissant le caractère crucial de la question, participe à cet effort à travers la publication récente d’une encyclique papale spéciale, à la présentation officielle de laquelle fut invité pour la première fois un hiérarque du Trône œcuménique en tant qu’unique commentateur théologique.

Ainsi, malgré ses ressources humbles et limitées le patriarcat œcuménique se montre pionnier dans la lutte contre les problèmes cruciaux de l’homme, lesquels ne peuvent laisser l’Église indifférente. L’importance de ce fait pour le prestige et la reconnaissance internationale de notre institution sacrée doit être soulignée. Gloire au Dieu saint pour cela et pour toute autre chose !

Un autre domaine où le patriarcat œcuménique a développé des initiatives et continue à jouer un rôle de leader est celui de la réconciliation entre les chrétiens et les autres religions. Ce domaine d’initiatives du patriarcat œcuménique subit une campagne de dénigrement et de diffamation par certains cercles qui l’accusent de trahison de la foi orthodoxe. Mais la réconciliation entre les hommes et avec Dieu constitue la raison même de l’incarnation de la Parole de Dieu et de Sa sacrifice sur la croix (Rom. 5.10, 2 Cor. 5.19) ; ainsi notre sainte Église orthodoxe ne cesse de prier « pour l’unité de tous ». Le patriarcat œcuménique a été un pionnier dans la création du mouvement œcuménique moderne avec les encycliques de Joachim III en 1902 et du Synode patriarcal en 1920 et nous n’avons guère de raisons pour avoir des regrets. Notre participation au mouvement œcuménique, soit sous forme de dialogues théologiques soit par notre engagement dans les organisations interconfessionnelles, ne se heurte point à notre conviction que l’Église orthodoxe est l’Église une, sainte, catholique et apostolique que nous confessons dans notre Symbole de Nicée et ne suggère ni ne signifie la négation ou l’altération des doctrines de notre foi ni ne conduit, comme certains disent de manière malveillante, au « syncrétisme » et à l’établissement d’une super-église. Au contraire, à travers notre participation au mouvement œcuménique et surtout par le biais des dialogues théologiques, nous donnons témoignage de la foi orthodoxe et démontrons la primauté de l’orthodoxie, le respect pour laquelle s’est visiblement accru de nos jours en Occident, grâce notamment à cette promotion et participation. En « professant la vérité dans la charité », selon l’exhortation apostolique (Eph. 4.15), nous n’avons rien à perdre.

Notre réconciliation avec les autres chrétiens devient particulièrement urgente dans l’espace de ladite diaspora orthodoxe, où vit une grande partie des fidèles de notre patriarcat. Dans de nombreuses métropoles du patriarcat œcuménique en Europe et en Amérique nos relations avec les catholiques romains et les protestants qui y vivent sont et doivent rester harmonieuses ; pour cela il faut féliciter les frères hiérarques de ces régions pour leur contribution au développement et à la promotion de ces bonnes relations qui sont particulièrement bénéfiques pour leurs fidèles. Grâce à ces relations, le troupeau orthodoxe peut avoir ses lieux de culte nécessaires et peuvent faire face à d’autres besoins nécessaires pour leur survie. Cela aurait été un signe d’ingratitude de notre part de ne pas reconnaître le respect et l’amour désintéressés avec lesquels les frères chrétiens membres des autres Églises et confessions entourent nos fidèles et de ne pas nous le leur rendre pas les mêmes sentiments et les mêmes actes.

Nous sommes tous obligés de reconnaître que le temps des sociétés et des nations « pures » est déjà révolu et que les peuples sont appelés à accepter la diversité comme un élément constitutif de leurs sociétés s’ils ne veulent pas être amenés à des situations de conflit et de tourment. La coexistence et la symbiose des orthodoxes avec les autres chrétiens sont déjà dans l’espace de la diaspora une réalité incontournable qui s’étend rapidement même à l’intérieur de pays et de sociétés autrefois entièrement orthodoxes ; cela oblige l’Église à ajuster par économie toute sa vie pastorale. Ainsi par exemple, l’augmentation du nombre des mariages mixtes est déjà une réalité qui oblige l’Église à accepter la prière et la célébration communes avec les hétérodoxes, ce qu’elle pratique dans toutes les Églises orthodoxes. Cela ne constitue point une dérogation de l’élément fondamental de la séparation des orthodoxes des autres chrétiens ; cet élément réside dans la sainte Eucharistie qui est conditionnée par l’accord parfait dans la foi de l’Église. Sur ce point il n’y a aucune place pour l’économie.

Cela pris en considération, le patriarcat œcuménique développe de bonnes relations avec les autres chrétiens à tous les niveaux, de la plus petite paroisse et évêché jusqu’à son autorité suprême. Ainsi, c’est avec joie, amour et honneur que notre humble personne accueille tous les représentants et même les leaders des autres Églises et confessions chrétiennes et leur rend courtoisement visite à son tour, comme il convient à un comportement civilisé et chrétien. Cela est tout particulièrement vrai sans le cas de l’Église catholique romaine qui est la plus grande communauté chrétienne et dont les liens historiques de communion parfaite avec nous dans la foi et dans les sacrements pendant tout un millénaire ne cessent de constituer un héritage commun ; c’est sur cette base que nous devons retrouver et reconstruire la communion parfaite que nous avons malheureusement perdue. Dans ce but, nous poursuivons le dialogue théologique officiel, qui a fait l’objet d’un accord panorthodoxe, à propos duquel le co-président de ce corps sacré donnera des informations. En plus, nous échangeons des visites au plus haut niveau où les deux côtés affirment leur désir de marcher en amour et en vérité vers la pleine communion entre eux. Ainsi, outre les visites de coutume entre représentations officielles lors des fêtes patronales des deux Églises, notre humble personne assista personnellement à l’intronisation du nouveau pape François à Rome il y a deux ans, rencontra celui-ci à Jérusalem à l’occasion du cinquantième anniversaire de la rencontre historique de notre prédécesseur feu le patriarche Athénagoras avec le pape Paul VI et nous avons reçu la visite officielle du pape actuel à notre siège lors de la fête patronale de notre patriarcat en novembre dernier. Ces rencontres et les déclarations communes signées à ces occasions eurent un retentissement mondial et promurent la présence et l’importance du patriarcat œcuménique sur le plan international. Ainsi le patriarcat œcuménique et l’Église orthodoxe, au lieu de s’isoler, sont mises en valeur et se font connaître dans le monde entier, ce qui est bénéfique tant à nous qu’à notre peuple.

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Conclusions de la première conférence sur les médias numériques et la pastorale orthodoxe, tenue à Vouliagmeni, près d’Athènes, du 7 au 9 mai 2015

« Voyez, qu’il est bon, qu’il est doux, d’habiter en frères tous ensemble » (Ps. 132,1). C’est réellement une bénédiction de Dieu, lorsque des frères en Christ se rencontrent dans le même lieu et ont la possibilité de discuter, de collaborer, de communiquer, de dialoguer au sujet des thèmes importants qui préoccupent les chrétiens de notre temps. Nous glorifions Dieu adoré dans la Trinité, car nous sommes arrivés au terme de la présente conférence, parvenant à mener à sa fin une belle performance : à savoir organiser une conférence internationale sur les médias numériques et la pastorale orthodoxe, mettant en contacts et en relations des chrétiens orthodoxes de toutes les régions du monde. À notre conférence ont participé 72 intervenants, évêques, hiéromoines, prêtres, diacres, moines, moniales, universitaires, professeurs d’université, juristes et spécialistes de l’utilisation d’internet, en provenance de 21 pays.

D’une part, l’organisation de la conférence, comme vous le comprendrez, a été particulièrement laborieuse. Néanmoins, d’autre part, nous devons reconnaître que nous regretterons d’être privés de votre présence physique. Aussi, nous espérons maintenant, alors que nous avons fait proche connaissance, que nous continuerons notre collaboration au moyen d’Internet. Les fondements de cette collaboration ont été posés durant ces trois jours, pendant les exposés, les discussions, des pauses et notre participation à la forme la plus élevée de communication, la divine liturgie. Les responsables de « Pemptousia », d’« Orthodox Christian Network » et de « Bogoslov.ru » qui ont constitué le premier noyau de la collaboration, croient que la présente conférence constitue un point de départ. Une route importante reste à parcourir et nous souhaitons encore avoir d’autres compagnons de voyage dans notre cheminement.

Les travaux de la conférence se sont déroulés sous la haute autorité de Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée et ont été bénis par l’évêque local, S.E. le métropolite de Glyphada Paul, qui a adopté notre initiative et l’a soutenue de différentes façons.

Plus de vingt métropolites et évêques de Grèce et de l’étranger ont participé à notre conférence. Il y avait parmi eux, S.E. le métropolite de Kissamos et Selinos Mgr Amphiloque, représentant de Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique, S.E. le métropolite de Thermopyles Jean, représentant S.B. l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, S.E. l’évêque de Mésorée Mgr Grégoire, représentant S.B. l’archevêque de Chypre Chrysostome, le représentant de S.B. l’archevêque de Tirana et de toute l’Albanie, ainsi que les représentants d’autres Églises orthodoxes et un grand nombre de clercs et laïcs.

De nombreuses questions ont été posées lors des travaux de la conférences concernant l’utilisation d’Internet, lequel constitue une grande réalisation humaine, un moyen et un instrument facilitant les relations entre les gens. Ce moyen peut être utilisé au mieux et de telle façon que la parole de Dieu « courre et porte ses fruits ». Lors des conférences et des tables rondes qui ont eu lieu durant ces trois jours, les problèmes et les dangers qui sont créés par son utilisation irraisonnable ont été identifiés mais, parallèlement, son aspect positif a été souligné.

Concrètement, les côtés négatifs de l’utilisation abusive d’Internet ont été déterminés, à savoir le mauvais usage de celui-ci, mais aussi les attentes exagérées que créée encore la simple utilisation des moyens contemporains de communication et d’information numériques. Les dangers qui menacent la personne humaine et la relation du fidèle envers Dieu et l’Église, dans la réalité que créent ces possibilités nouvelles, ont été également mentionnés. Dans ce cadre, les avertissements de l’enseignement patristique quant aux conséquences de la fragmentation de la condition humaine acquièrent une nouvelle actualité.

Il a été constaté maintes fois que les éléments distinctifs de notre époque sont « la numérisation » de la vie, c’est-à-dire l’entrée de la technologie dans toutes ses manifestations : le travail, l’information, l’éducation, l’amitié, les relations intra-humaines et encore d’autres domaines. Tout cela change aussi « l’identité » de la personne qui au-delà de sa dignité réelle, reçoit une dimension virtuelle. Par conséquent, il est question d’une nouvelle anthropologie. Par exemple, un petit dispositif d’un téléphone mobile « intelligent » peut constituer l’extension et le compagnon inséparable de l’homme. La société elle-même devient numérisée et se présente comme un organisme vivant et les réseaux techniques comme son système nerveux.

D’un autre côté, de nombreux participants ont mis en évidence le défit missionnaire qui résulte des nouvelles données sociales que constituent les technologies contemporaines. C’est-à-dire que l’on a évoqué le devoir pastoral multidimensionnel qu’exigent les composantes numériques de notre vie. Dans le même esprit, a été présentée le bon accueil du peuple fidèle de Dieu aux initiatives qui sont prises localement pour le faire accéder aux trésors de la spiritualité chrétienne.

Ainsi, notre rencontre a donné l’occasion à nombre de frères et sœurs, de tous les coins de la terre, de présenter leur œuvre numérique, leurs réflexions et leurs regrets, leurs expérimentations et leurs blocages, ainsi que leur vision. En bref, ils nous ont apporté leur riche expérience générale et le plaisir résultant des fruits de leurs efforts. Ils ont présenté les moyens d’utilisation des médias numériques dans la formation d’une conscience chrétienne authentique, dans la création de bibliothèques numériques pour donner les sources véritables de la tradition chrétienne à ceux qui veulent acquérir des connaissances. Le numérique permet en outre d’établir les typologies des auditoires et les conclusions découlant des demandes de l’homme contemporain.

De tout cela a ressorti, pour les participants, la possibilité de connaître une dimension qui n’était pas encore conscientisée dans son ensemble : à savoir la relation du monachisme orthodoxe envers internet, son apport depuis l’espace de la tradition ascétique et les propositions apportées par les moines et moniales dans l’œuvre missionnaire et la (ré)évangélisation du monde.

Les participants étaient absolument d’accord sur le fait que « la sortie » sur le cyberespace ne peut être faite sans préparation et sans conditions. Les aptitudes spirituelles appropriés sont exigées, de même qu’une conception élevée de la responsabilité pastorale que comporte l’utilisation de ce moyen et, dans tous les cas, la pertinence et l’ethos évangélique dans l’expression médiatique. En outre, il ne faut pas oublier qu’internet n’est qu’un moyen et par conséquent, nous ne devons pas l’utiliser de manière insensée, mais d’une façon ascétique, ce qui signifie que nous devons être guidés par un esprit de prudence, de tempérance et de responsabilité à son égard. Ce n’est seulement que de cette façon que nous surmonterons les illusions de la virtualisation et que nos actions produiront des conséquences tangibles et bienfaisantes dans la vie réelle.

Nombre d’intervenants ont fait des suggestions très utiles quant aux perspectives de développement et de coordination du travail des portails ecclésiastiques. Ainsi a-t-il été proposé une continuation de cet événement de trois jours que nous avons vécu ici, par d’autres réunions, mais aussi la création d’un organe permanent qui pourra promouvoir la consultation, la formation et l’information mutuelle des responsables des sites internet qui, et il faut le mentionner, fonctionnent la plupart du temps sur une base bénévole et sont animés par le seul zèle missionnaire. La question a été aussi posée de la nécessité d’une certification, par un organe indépendant, des médias qui présentent des éléments valables et de véritable édification spirituelle de leur public.

Lors de nos travaux, nous avons eu la joie de discuter encore d’autres questions pertinentes, comme la fiabilité de l’information ecclésiastique et la nécessité de la retransmission des offices. En outre, des spécialistes nous ont éclairé en ce qui concerne des problèmes spécifiques qui sont étroitement liés à l’utilisation de la toile. C’est ainsi qu’ont été soulevés les effets secondaires et les menaces de nature sociale, médicale, psychologique, délictuelle qui se trouvent dans le cyberespace.

Il est vrai qu’internet s’est développé en dehors de l’Église, raison pour laquelle une certaine sorte d’embarras se manifeste concernant sa compréhension et sa bonne utilisation. Cela, toutefois n’empêche aucunement la pensée orthodoxe contemporaine de mettre en valeur ses possibilités, de réussir à l’intégrer dans la dynamique de ses activités et de le sanctifier dans la mesure du possible pour la gloire du Dieu trinitaire. Les trois jours de travaux intensifs l’ont prouvé ».

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Document de la conférence des évêques de l’Église orthodoxe russe sur « La participation des fidèles à l’eucharistie »

Du 2 au 3 février s’est réunie la conférences des évêques de l’Église orthodoxe russe en la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. 259 évêques y ont participé avec, à leur tête, le patriarche de Moscou Cyrille. Plusieurs documents ont été approuvés, dont celui que nous publions in extenso ci-après, intitulé « De la participation des fidèles à l’eucharistie ». Ce document donne des directives aux archipasteurs, pasteurs et laïcs de l’Église orthodoxe russe au sujet des différents problèmes liés à la communion et à la préparation à celle-ci.

De la participation des fidèles à l’eucharistie
L’eucharistie est le principal mystère de l’Église, institué par le Seigneur Jésus-Christ à la veille de Ses souffrances salvatrices, de Sa mort sur la Croix et de Sa résurrection. La participation à l’eucharistie et la communion au corps et au sang du Christ constituent un commandement du Sauveur qui, par Ses disciples, a dit à tous les chrétiens : «Prenez, mangez, ceci est mon corps» et «Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de la Nouvelle Alliance » (Matth. 26, 26-28). L’Église même est le corps du Christ et, pour cette raison, le mystère du corps et du sang du Christ manifeste de façon visible la nature mystique de l’Église, créant la communauté ecclésiale.
La vie spirituelle du chrétien orthodoxe est impensable sans la communion aux saints mystères. En communiant aux saints dons, les fidèles sont sanctifiés par la force de l’Esprit Saint et sont unis avec le Christ Sauveur et les uns avec les autres, constituant ainsi le corps unique du Christ.
Le mystère de l’eucharistie nécessite une préparation particulière. Dans l’Église, le temps même, qu’il s’agisse de celui de la vie humaine ou de l’histoire de toute l’humanité, est l’attente et la préparation à la rencontre avec le Christ, tandis que tout le rythme de la vie liturgique constitue l’attente et la préparation de la divine liturgie et par conséquent de la communion, raison pour laquelle elle est célébrée.

I.
La pratique de la communion et la préparation à celle-ci a changé et a revêtu différentes formes dans l’histoire de l’Eglise.
À l’époque apostolique déjà, la tradition s’est établie dans l’Église de célébrer l’eucharistie chaque dimanche (et si possible, plus souvent ; par exemple le jour de la mémoire des martyrs), afin que les chrétiens puissent demeurer continuellement en communion avec le Christ et aussi les uns avec les autres (cf. par exemple, I Cor. 10, 16-17 ; Actes 2, 46 et 20,7). Tous les membres de la communauté locale participaient à l’eucharistie hebdomadaire et communiaient, tandis que le refus de participer à l’eucharistie sans motifs suffisants était exposé à la réprobation : « Tous les fidèles qui restent dans l’église et entendent les Écritures, mais ne restent pas à la prière et à la sainte communion, doivent être excommuniés, comme causant du désordre dans l’Église » (9ème canon apostolique). La pratique primitive chrétienne de la communion à chaque divine liturgie reste l’idéal pour notre époque aussi, ladite pratique constituant une partie de la tradition de l’Église.
En même temps, la croissance quantitative de l’Église au IIIème et particulièrement au IVème siècle a abouti à des changements, y compris dans la vie liturgique. Avec l’augmentation du nombre de jours dédiés à la mémoire des martyrs et des fêtes, les assemblées eucharistiques ont eu lieu toujours plus souvent, et la présence de chaque chrétien à celles-ci a commencé à être considérée par beaucoup comme souhaitable, mais non obligatoire, de même que la participation à la communion. L’Église a opposé à cela la norme canonique suivante : « Ceux qui viennent à l’église et écoutent la lecture des saints livres, mais ne veulent pas prendre part à la prière liturgique avec le peuple ou, par une sorte d’indiscipline, se détournent de la communion à la sainte eucharistie, qu’ils soient exclus de l’Église, jusqu’à ce que, s’étant confessés et ayant produit des fruits de repentir et demandé le pardon, ils aient ainsi obtenu celui-ci » (2ème canon du concile d’Antioche).
Néanmoins, l’idéal élevé d’être prêt en permanence à recevoir les saints mystères s’est avéré difficilement réalisable pour de nombreux chrétiens. Aussi, déjà dans les œuvres des saints Pères du IVème siècle, on trouve des témoignages au sujet de la coexistence de pratiques différentes concernant le rythme de la communion. C’est ainsi que saint Basile le Grand parle de la communion quatre fois dans la semaine comme d’une norme : « Communier même tous les jours et participer au saint Corps et au précieux Sang du Christ est chose bonne et profitable, car Lui-même dit clairement : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (…) Nous, cependant, nous communions quatre fois par semaine : le dimanche, le mercredi, le vendredi et le samedi, et aussi les autres jours, si l’on y fait mémoire de quelque saint » (Lettre 93).
Moins d’un demi-siècle plus tard, saint Jean Chrysostome remarque que beaucoup – dont des moines et moniales – se sont mis à communier une ou deux fois par an : « Beaucoup, en toute une année, ne participent qu’une fois à ce sacrifice; d’autres, deux fois; d’autres, plusieurs fois. Je m’adresse donc à tous, non seulement à ceux qui sont présents ici, mais encore à ceux qui demeurent dans le désert ; car ceux-ci [également] communient une fois par an, et ce n’est pas rare qu’ils le fassent une fois en deux ans. Quoi donc ? Qui approuverons-nous ? Ceux qui [communient] une fois [l’an], ceux qui communient souvent, ou ceux qui [communient] rarement? Ni les uns, ni les autres, ni les troisièmes, mais ceux-là seuls qui communient avec un cœur pur et une vie irréprochable. Que ces derniers s’approchent toujours [des saints mystères] ; quant à ceux qui ne sont pas tels [ils ne doivent pas communier], pas même une fois [dans l’année] » (Homélie sur l’épître aux Hébreux, 17,4).
Au IVème siècle a été fixée définitivement la norme qui s’était constituée, à l’époque pré-nicéenne, du jeûne eucharistique obligatoire, à savoir l’abstinence totale de nourriture et boisson le jour de la communion jusqu’à la réception des saints mystères du Christ : « Que le saint Mystère de l’autel ne soit accompli que par des hommes à jeun » (41ème canon du Concile de Carthage ; confirmé par le 29ème canon In Trullo). Cependant, à la limite des IVème et Vème siècles, certains chrétiens lièrent la communion non seulement à l’observance de l’abstinence eucharistique avant la Liturgie, mais aussi, selon le témoignage de saint Jean Chrysostome, avec le temps du grand carême. Le saint hiérarque appelle à une communion plus fréquente : « Dites-moi, lorsque vous participez à la communion une fois par an, pensez-vous que quarante jours vous suffisent pour purifier les péchés de toute cette période? Et même encore, à peine une semaine se sera-t-elle écoulée que vous vous livrerez à vos anciens excès! Or, si après quarante jours à peine de convalescence d’une longue maladie, vous vous permettiez sans mesure tous les aliments qui engendrent les maladies, ne perdriez-vous pas votre peine et vos efforts passés? Car si [la santé] physique est réglée ainsi, d’autant plus [la santé] morale ! ( …) Vous accordez quarante jours, peut-être même moins, à la santé de votre âme, et vous croyez avoir apaisé votre Dieu ! (…) Je parle ainsi, non pour vous interdire d’approcher [les saints mystères] une fois par an, mais plutôt parce que je souhaiterais que vous vous en approchiez toujours » (Homélie sur l’épître aux Hébreux, 17,4).
Dans le milieu monastique de Byzance, vers les XIème et XIIème siècles s’est établie la tradition de ne communier qu’après une préparation comprenant le jeûne, l’examen de sa conscience devant le père spirituel du monastère, la récitation d’une règle particulière de prières avant la communion. Cette règle est née et a commencé à se développer précisément à cette époque. C’est vers cette tradition qu’ont commencé à s’orienter également les pieux laïcs, étant donné que la spiritualité monastique, dans l’orthodoxie, a toujours été reçue comme un idéal. Cette tradition est représentée sous sa forme la plus stricte, par exemple, dans les rubriques du Typicon russe (chapitre 32) qui, à la différence du Typicon grec, mentionne le jeûne obligatoire d’une semaine avant la communion.
En 1699, dans la rédaction du liturgicon [služebnik] russe a été incluse une rubrique intitulée « Avis didactique ». Celle-ci comprend aussi, entre autres, une indication sur le délai obligatoire de préparation à la sainte communion, à savoir que, durant les quatre carêmes, tous ceux qui le souhaitent peuvent communier, tandis qu’en dehors de ces périodes il convient de jeûner sept jours, ledit délai pouvant être réduit : « Si donc, en dehors des quatre carêmes habituels, on souhaite s’approcher de la sainte communion, que l’on jeûne sept jours auparavant ; en cas de nécessité, que l’on ne jeûne que trois jours, ou un seul jour ».
En pratique, cette approche extrêmement stricte envers la préparation à la sainte communion, qui avait des côtés spirituels positifs, a néanmoins amené au fait que certains chrétiens ne communiaient pas pendant longtemps, en se référant à la nécessité d’une préparation digne. Contre une telle pratique de communion peu fréquente était dirigée, en partie, la norme de la communion obligatoire de tous les chrétiens de l’Empire russe, au moins une fois par an, contenue dans le « Règlement spirituel » : « Chaque chrétien doit communier souvent à la sainte eucharistie, ne serait-ce qu’une fois par an. Celle-ci constitue notre action de grâces la plus belle envers Dieu pour tant de choses accomplies pour notre salut par la mort du Sauveur… Aussi, si un quelconque chrétien montre qu’il s’éloigne fort de la sainte communion, il manifeste ainsi qu’il n’est pas dans le corps du Christ, c’est-à-dire qu’il ne participe pas à l’Église ».
Au XIXème et début du XXème siècle, les gens pieux aspiraient à communier au moins lors des quatre carêmes. Beaucoup de saints de cette époque, parmi lesquels saint Théophane le Reclus, saint Jean de Cronstadt et d’autres saints appelaient à s’approcher des saints mystères encore plus souvent. Selon les paroles de saint Théophane, « le rythme [de la communion] à raison d’une ou deux fois par mois, est le plus raisonnable», bien qu’on «ne puisse rien dire de désapprobateur» de la communion plus fréquente . Chaque fidèle peut se diriger par les paroles suivantes de ce saint : « Communiez aux saints mystères plus souvent, selon ce que le père spirituel l’autorise, mais efforcez-vous seulement de vous en approcher avec la préparation convenable et, encore plus, avec crainte et tremblement, afin, qu’en s’y habituant, on ne s’en approche pas avec indifférence» .
L’exploit de la confession de la foi de l’Église pendant les années de persécutions du XXème siècle a incité de nombreux prêtres et fidèles à repenser la pratique qui existait précédemment de la communion peu fréquente. Entre autres, en 1931, le Synode patriarcal provisoire, dans son décret du 13 mai, a décidé de «Reconnaître recevable le souhait concernant la possibilité de la communion fréquente des chrétiens orthodoxes et, pour ceux qui sont le plus avancés parmi eux, la communion chaque dimanche».
Actuellement, de nombreux orthodoxes communient bien plus souvent que la majorité des chrétiens dans la Russie prérévolutionnaire. Néanmoins, la pratique de la communion fréquente ne peut être étendue automatiquement à tous les fidèles sans exception, étant donné que la fréquence de la communion dépend directement de l’état spirituel et moral de l’homme afin que, selon les paroles de St Jean Chrysostome, les fidèles s’approchent des saints Mystères « avec une conscience pure, autant que cela nous soit possible » (Contre les Juifs, Discours III, 4).

II.

Les exigences de la préparation à la sainte communion sont définies pour chaque fidèle par les dispositions et les normes ecclésiales, qui sont appliquées par le père spirituel, en tenant compte de la régularité de la communion aux saints mystères, de l’état spirituel, moral et corporel, des circonstances extérieures de la vie telles que, par exemple, celles de la profession, la surcharge due au souci des autres.
Le père spirituel du fidèle est le prêtre chez lequel il se confesse de façon régulière, qui connaît les circonstances de sa vie et son état spirituel. Néanmoins, les fidèles peuvent se confesser chez d’autres prêtres dans le cas d’impossibilité de se confesser à leur père spirituel. S’il n’en a pas, le fidèle doit s’adresser avec ses questions concernant la communion au prêtre de l’église où il souhaite communier.
À l’instar du père spirituel, qui se dirige par les dispositions et les normes ecclésiales et qui, sur leur base, guide le chrétien, le fidèle qui va communier doit, à son tour, avoir conscience que le but de la préparation n’est pas l’accomplissement extérieur de conditions formelles, mais l’acquisition d’un état de repentir pour son âme, le pardon des offenses et la réconciliation avec le prochain, l’union avec le Christ dans les saints mystères. La prière et le jeûne sont appelés à aider celui qui se prépare à la communion et à l’acquisition de cet état intérieur.
En se rappelant des paroles du Sauveur fustigeant ceux qui imposent aux hommes des fardeaux pesants et insupportables (cf. Matth. 23,4), les pères spirituels doivent prendre conscience qu’une sévérité injustifiée, de même qu’une condescendance exagérée peuvent constituer un obstacle à l’union de l’homme avec le Christ Sauveur, lui causer un préjudice spirituel.
La préparation des moines et moniales à la participation au mystère de l’eucharistie est réalisée conformément au Règlement [de l’Église orthodoxe russe] concernant les monastères et le monachisme ainsi qu’aux règles internes des monastères.
1. La pratique du jeûne préparatoire est réglementée par la tradition ascétique de l’Église. Le jeûne, sous la forme d’abstinence de nourriture grasse et de l’éloignement des distractions, accompagné par la prière ardente et le repentir, précède traditionnellement la communion aux saints mystères. La durée et la mesure du jeûne peuvent être différents en fonction de l’état intérieur du chrétien, et aussi des circonstances objectives de sa vie. En partie, en cas de maladies aiguës ou chroniques, exigeant un régime alimentaire particulier, et pour les femmes qui sont enceintes ou allaitent, le jeûne peut être abrégé, allégé ou abrogé. Cela concerne aussi les chrétiens qui, provisoirement ou de façon permanente séjournent dans des foyers ou institutions civils qui offrent la même nourriture pour tous (unités militaires, hôpitaux, internats, écoles spéciales, lieux de détention).
La pratique qui s’est constituée de nos jours, selon laquelle celui qui communie quelques fois dans l’année jeûne trois jours avant la communion, correspond pleinement à la tradition de l’Église. Il convient également de reconnaître comme acceptable la pratique selon laquelle celui qui communie chaque semaine ou quelques fois par mois et qui, ce faisant, observe également les jeûnes et carêmes d’un ou plusieurs jours indiqués par le Typicon, s’approche du saint calice sans jeûne complémentaire, ou en observant un jeûne d’une journée ou encore en jeûnant le soir, la veille de la communion. La décision à ce sujet doit être prise avec la bénédiction du père spirituel. Les exigences de préparation à la sainte communion adressées aux laïcs qui communient souvent concernent également les clercs.
La Semaine lumineuse, celle qui suit la fête de Pâques, constitue un cas particulier pour ce qui concerne la pratique de la préparation à la sainte communion. La norme canonique ancienne sur la participation obligatoire de tous les fidèles à l’eucharistie du dimanche, a été étendue, au VIIème siècle, à la divine liturgie célébrée tous les jours au cours de la Semaine lumineuse : « Depuis le saint jour de la résurrection du Christ notre Dieu jusqu’au Nouveau Dimanche , les fidèles doivent fréquenter toute la semaine les saintes églises, se réjouissant dans le Christ et chantant des psaumes et des cantiques et des chants spirituels, s’appliquant à la lecture des saintes Écritures et faisant leurs délices de la communion aux saints mystères; en effet, nous serons ainsi ressuscités et exaltés avec le Christ » (66ème canon du Concile In Trullo). Il ressort clairement de ce canon que les laïcs sont appelés à communier aux liturgies de la Semaine lumineuse. Étant donné que lors de la Semaine lumineuse, le Typicon ne prévoit pas de jeûne et que ladite semaine est précédée des sept semaines du grand carême et de la Semaine sainte, il convient de reconnaître conforme à la tradition canonique la pratique qui s’est constituée dans de nombreuses paroisses de l’Église orthodoxe russe, selon laquelle les chrétiens qui ont observé le grand carême s’approchent de la sainte communion pendant la Semaine lumineuse, limitant le jeûne à ne pas prendre de nourriture après minuit. Une pratique analogique peut être étendue à la période qui s’étend de la Nativité du Christ jusqu’à la Théophanie. Celui qui se prépare à la communion en ces jours doit, avec une attention particulière, se garder de la consommation immodérée de nourriture et de boisson.

2. Il convient de différencier le jeûne eucharistique dans le sens strict, du jeûne de préparation. Il s’agit dans le premier cas de l’abstinence totale de nourriture et de boisson, à partir de minuit jusqu’à la sainte communion. Ce jeûne est canoniquement obligatoire (cf. le 41ème canon de Carthage cité plus haut). Toutefois, l’exigence de ce jeûne eucharistique n’est pas appliquée aux nourrissons, ainsi qu’aux personnes souffrant de maladies soudaines ou chroniques, nécessitant la prise systématique de médicaments ou de nourriture (comme par exemple en cas de diabète), et aux mourants. En outre, cette exigence, à la discrétion du père spirituel, peut être atténuée en ce qui concerne les femmes enceintes ou allaitant.

Le droit canon prescrit de s’abstenir des relations conjugales lors de la période de préparation à la sainte communion. Le 5è canon de Timothée d’Alexandrie parle de l’abstinence à la veille de la communion.

L’Église appelle les chrétiens exposés à la nocive habitude du tabagisme d’y renoncer. À ceux qui n’ont pas encore la force de le faire, il appartient de s’abstenir de fumer depuis minuit et, ci cela est possible, depuis le soir, la veille de la communion.

Étant donné que la liturgie des dons présanctifiés est réunie aux vêpres, sa célébration le soir est une norme découlant du Typicon (au demeurant, en pratique, cette liturgie est habituellement célébrée le matin). Conformément à la décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 28 novembre 1968, « lors de la célébration de la divine liturgie des dons présanctifiés le soir, l’abstinence de nourriture et de boisson pour les communiants ne doit pas être inférieure à six heures, étant toutefois entendu que l’abstinence avant la communion, depuis minuit, au commencement de la journée concernée, est fort louable, et qu’elle peut être observée par ceux qui en ont la force physique ».

Il convient aussi de s’orienter vers une abstinence non inférieure à six heures lors de la préparation à la communion pour la divine liturgie célébrée la nuit (par exemple, pour les fêtes de Pâques ou de la Nativité du Christ).

3. La préparation à la communion consiste non seulement à renoncer à une nourriture définie, mais aussi à une assistance plus fréquente aux offices, ainsi qu’à l’accomplissement de la règle de prière.
Une partie intégrante de la préparation dans la prière à la réception des saints dons, est constituée par l’office de la sainte communion, composé du canon correspondant et des prières. La règle de prière comprend habituellement les canons au Sauveur, à la Mère de Dieu, à l’Ange gardien et encore d’autres prières (cf. « Règle pour ceux qui se préparent à célébrer et ceux qui veulent communier aux saints mystères divins du corps et du sang de notre Seigneur Jésus-Christ », dans le « Psautier complet » . Pendant la Semaine lumineuse, la règle de prière est constituée du canon pascal, ainsi que du canon et des prières de la sainte communion. La règle personnelle de prière doit être accomplie hors de l’office ecclésial, qui présuppose toujours une prière universelle. Une attention pastorale particulière est requise à l’égard des gens dont le cheminement spirituel ne fait que commencer et qui ne sont pas encore habitués à de longues règles de prières, ainsi qu’à l’égard des enfants et des malades. Le « Psautier complet » propose la possibilité de remplacer les canons et les acathistes par la prière de Jésus et les métanies. Dans l’esprit de cette indication, avec la bénédiction du père spirituel, la règle susmentionnée peut être remplacée par d’autres prières.
Étant donné que la liturgie est l’apogée du cercle liturgique entier, la présence aux offices qui la précèdent, en premier lieu les vêpres et les matines (ou les vigiles) constitue une partie importante de la préparation à la réception du saint corps et du saint sang du Christ.
Dans le cas où la personne était absente à l’office du soir la veille de la communion, ou si elle n’a pas accompli la règle de prière dans son intégralité, le père spirituel ou le confesseur doit inciter celle-ci à une préparation minutieuse à la communion, tout prenant en compte les circonstances de sa vie et les causes valables possibles.
En se préparant à la réception des saints mystères du Christ lors de la divine liturgie, les enfants de l’Église doivent venir à l’église au début de l’office. L’arrivée en retard à la divine liturgie constitue une négligence envers le mystère du Corps et du sang du Christ, particulièrement lorsque les fidèles arrivent à l’église après les lectures de l’épitre et de l’Évangile. En cas d’un tel retard, le confesseur ou le père spirituel peut prendre la décision de ne pas permettre à la personne de communier. Une exception peut être faite pour les personnes aux capacités physiques restreintes, les mères qui allaitent, les enfants en bas âge et les adultes qui les accompagnent.
À l’issue de la divine liturgie, le chrétien doit écouter ou lire les prières d’actions de grâces après la sainte communion. Le chrétien doit faire tous les efforts pour que, après avoir rendu grâces au Seigneur dans la prière pour le don reçu, il garde celui-ci dans la paix et la piété, l’amour envers Dieu et le prochain.
Eu égard au lien indissociable entre la communion et la divine liturgie, le clergé ne doit pas tolérer la pratique en vigueur dans certaines églises, consistant à interdire aux fidèles de communier les jours des fêtes de Pâques, de la Nativité du Christ, de la Théophanie, les samedis des défunts [pendant le Grand Carême] et le jour des défunts, le mardi de la deuxième semaine pascale.

III.
Celui qui se prépare à la sainte communion accomplit un examen de sa conscience, ce qui suppose un repentir sincère des péchés commis et leur révélation devant le prêtre lors du mystère de la pénitence. Dans des conditions où beaucoup de ceux qui viennent dans les églises ne sont pas encore suffisamment enracinés dans la vie ecclésiale, moyennant quoi ils ne comprennent pas, parfois, la signification du mystère de l’eucharistie ou n’ont pas conscience des conséquences morales et canoniques de leurs péchés, la confession permet au confesseur de juger de la possibilité de permettre à celui qui se repent d’accéder aux saints mystères du Christ.
Dans des cas individuels, conformément à la pratique qui s’est créée dans de nombreuses paroisses, le père spirituel peut bénir le laïc pour communier au corps et au sang du Christ plusieurs fois au cours de la semaine (par exemple, durant la Semaine sainte et la Semaine lumineuse) sans confession préalable avant chaque communion, sauf dans la situation où celui qui souhaite communier ressent la nécessité de se confesser.
Lorsqu’ils accordent la bénédiction correspondante, les pères spirituels doivent particulièrement se rappeler de leur grande responsabilité envers les âmes des ouailles, qui leur est confiée dans le mystère du sacerdoce.
Dans certaines paroisses se produit une longue attente jusqu’au commencement de la communion des laïcs. La raison en est la longue communion du clergé lors d’offices concélébrés ou les confessions effectuées après le chant de communion. Un tel état de fait doit être considéré comme non souhaitable. Le mystère de la pénitence doit être effectué si possible en dehors de la divine liturgie, afin de ne pas priver celui qui confesse et celui qui se confesse de la pleine participation à la prière eucharistique commune. La confession des fidèles par un prêtre au moment de la lecture de l’Évangile et du canon eucharistique est inacceptable. Il est souhaitable de procéder à la confession de préférence la veille au soir ou avant le commencement de la liturgie. En outre, il est important d’instituer des jours et des horaires fixes dans les paroisses dans lesquelles un prêtre est sans faute présent pour rencontrer ceux qui souhaitent parler à un pasteur.

IV.
Il n’est pas permis de communier dans un état d’emportement, de colère, de péchés non confessés ou d’offenses non pardonnées. Ceux qui osent s’approcher des dons eucharistiques dans une telle situation s’exposent eux-mêmes au jugement de Dieu, selon les paroles de l’apôtre : « Celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit un jugement contre lui-même. C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup d’infirmes et de malades, et qu’un grand nombre sont morts » (1 Cor. 11, 29-30).
En cas de péchés graves, l’application des canons relative à l’excommunication pour de longues périodes (supérieures à un an) ne peut être pratiquée qu’avec la bénédiction de l’évêque diocésain. En cas d’utilisation abusive de sanctions par le prêtre, la question peut être transmise pour examen au tribunal ecclésiastique.
Les canons interdisent aux femmes en période menstruelle de communier (2ème canon de saint Denys d’Alexandrie, 7ème canon de Timothée d’Alexandrie). Exception peut être faite en cas de danger mortel, et aussi lorsque la perte de sang continue pendant une longue période, en raison d’une maladie chronique ou soudaine.
V.
Comme cela est mentionné dans « Les bases de la conception sociale de l’Église orthodoxe russe » (ch. X,2) et dans les décisions du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 28 décembre 1998, l’Église insiste sur la nécessité du mariage religieux, tout en ne privant pas de la communion aux saints mystères les époux vivant en union matrimoniale [civile], conclue en acceptant tous les droits et obligations légales en découlant et qui est reconnue en tant que mariage juridiquement valide, mais qui pour quelques raisons n’a pas été sanctifiée par l’office religieux. Cette mesure d’économie ecclésiale, qui s’appuie sur les paroles du saint apôtre Paul (1 Cor. 7,14) et le 72ème canon du Concile In Trullo, a pour but de faciliter la l participation à la vie de l’Église pour les chrétiens orthodoxes qui se sont mariés avant de participer de façon consciente aux mystères de l’Église. À la différence de la cohabitation lascive, qui constitue un empêchement à la communion, une telle union aux yeux de l’Église se présente comme un mariage légal (à l’exception des cas de « mariages » permis légalement tels que, par exemple, l’union entre parents proches ou la cohabitation de personnes de même sexe reconnus dans certains pays, lesquels sont inacceptables du point de vue de l’Église). Cependant, le devoir des pasteurs est de rappeler aux fidèles de la nécessité non seulement de la conclusion d’un mariage juridiquement valable, mais de la sanctification de celui-ci dans le cadre de l’acte sacré ecclésial.
Doivent être soumis à un examen individuel les cas où des personnes vivent ensemble depuis longtemps, ont souvent des enfants communs, mais ne sont mariés ni ecclésialement ni civilement, l’une des parties à cette cohabitation ne souhaitant ni l’une, ni l’autre forme de mariage. De telles cohabitations sont peccamineuses et leur propagation dans le monde constitue une opposition au dessein divin concernant l’homme, dangereuse pour l’institution du mariage, et elles ne peuvent recevoir aucune reconnaissance de la part de l’Église. Cela dit, le père spirituel, connaissant les circonstances de la vie de la personne concrète, par condescendance à la faiblesse humaine, peut, dans des cas exceptionnels, permettre la communion à la partie qui est consciente du caractère peccamineux d’une telle cohabitation et aspire à conclure un mariage légal. Le concubin à cause duquel le mariage n’est pas conclu, n’est pas admis à la communion. Si ne serait-ce que l’un des deux concubins se trouve marié par ailleurs, les deux parties ne peuvent être admises à la communion sans régularisation canonique de la situation et l’accomplissement d’une nécessaire pénitence.
VI.
La préparation des enfants à la sainte communion a ses spécificités. Sa durée et son contenu sont définis par les parents après avoir consulté le père spirituel et doivent prendre en compte l’âge, l’état de santé et le degré d’ecclésialisation de l’enfant.
Il est nécessaire que les parents qui amènent régulièrement leurs enfants au saint calice, ce qui est bien en soi, s’efforcent à communier avec eux (si cela est impossible que les deux parents communient en même temps, que l’un des deux parents le fassent à tour de rôle). La pratique selon laquelle les parents font communier les enfants, mais s’approchent eux même rarement de la sainte communion, constitue un obstacle au renforcement, dans la conscience des enfant, de la nécessité de participer à la table eucharistique.
La première confession avant la communion, conformément au 18ème canon de Timothée d’Alexandrie, a lieu lorsque l’enfant atteint l’âge de dix ans, mais dans la tradition de l’Église orthodoxe russe, la première confession, en règle générale, s’effectue dès l’âge de sept ans. Ce faisant, l’âge de la première confession et aussi la fréquence de la confession pour l’enfant âgé de sept à dix ans doit être déterminée, dans le cas de la communion chaque dimanche, conjointement par le père spirituel et les parents, en tenant compte des particularités individuelles et du développement de l’enfant, ainsi que de sa compréhension de la vie ecclésiale.
Pour les enfants jusqu’à trois ans, le jeûne eucharistique n’est pas obligatoire. Selon la tradition, dès qu’ils ont atteint l’âge de trois ans, on apprend graduellement aux enfants dans les familles orthodoxes à s’abstenir de nourriture et de boisson avant la communion aux saints mystères. Vers l’âge de sept ans, l’enfant doit s’habituer à communier strictement à jeun. Dès cet âge, on doit apprendre à l’enfant à lire les prières préparatoires à la sainte communion, dont le contenu et l’étendue sont définis par les parents en fonction de l’âge, du développement spirituel et intellectuel de l’enfant.
Les parrains doivent prendre une pleine participation à l’éducation des enfants dans la piété, les incitant notamment à communier régulièrement aux saints mystères du Christ et aidant les parents à les amener au saint calice.

* * *
L’eucharistie est le mystère central de l’Église. La communion régulière est nécessaire à l’homme pour son salut, conformément aux paroles de notre Seigneur Jésus-Christ : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn. 6, 53-54).

Source ; Photographie : OrthPhoto.net

Discours du patriarche œcuménique Bartholomée adressé au pape François lors de la divine liturgie célébrée à l’occasion de la fête de l’apôtre André en l’église patriarcale (30 novembre)

Nous vous invitons à lire le discours du patriarche Bartholomée prononcé mors de la divine liturgie célébrée au Phanar, en l’église patriarcale Saint-George, le dimanche 30 novembre, pour la fête de saint André, saint patron du Patriarcat œcuménique, en présence du pape François.

« Votre Sainteté François, bien-aimé frère en Christ, évêque de l’ancienne Rome,

Nous rendons gloire et louange à notre Dieu en la Trinité qui nous a gratifiés de la joie ineffable et de l’honneur particulier de la présence en personne, cette année, de Votre Sainteté, à la célébration de la mémoire de l’apôtre André, le Premier appelé qui, par sa prédication, a fondé notre Église. Nous remercions du fond du cœur Votre Sainteté de ce précieux don que constitue Votre présence bénie parmi nous à la tête d’une honorable délégation. Avec amour profond et grand respect nous Vous embrassons en Vous adressant le salut cordial de paix et de charité : « grâce et paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » (Rm1, 7). « Car l’amour du Christ nous étreint » (IICo 5, 14).

Nous gardons encore dans notre cœur le souvenir vivace de notre rencontre avec Votre Sainteté en Terre sainte pour effectuer un pèlerinage commun au lieu où est né, a vécu, a enseigné, a souffert et est ressuscité le chef de notre foi. Nous gardons aussi le souvenir reconnaissant de l’événement historique que fut la rencontre au même endroit de nos illustres prédécesseurs, le pape Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras. Leur rencontre d’alors dans la ville sainte, il y a cinquante ans, a changé le cours de l’histoire. Les marches parallèles, parfois conflictuelles de nos Églises se sont jointes dans la vision commune de retrouver notre unité perdue. L’amour qui s’était refroidi a été ranimé. Notre volonté a été forgée de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que notre communion se réalise à nouveau dans la même foi et le même calice. Depuis, le chemin vers Emmaüs s’est ouvert, peut-être long et parfois ardu, mais néanmoins sans retour, le Seigneur faisant route ensemble avec nous, jusqu’à ce qu’Il se révèle à nous « à la fraction du pain » (cf. Lc 24, 35).

Depuis, tous les successeurs de ces chefs inspirés suivent le même chemin, ayant établi, béni et soutenu le dialogue de charité et de vérité entre nos Églises en vue de lever les obstacles qui, durant un millénaire, s’étaient dressés dans nos relations ; dialogue entre frères et non, comme autrefois, entre adversaires, dispensant avec droiture et franchise la parole de la vérité, tout en nous respectant mutuellement en tant que frères.

Dans cette ambiance de marche commune dans laquelle nos dits prédécesseurs se sont engagés, nous Vous recevons, très saint Frère, comme porteur de la charité de l’apôtre Pierre à son frère l’apôtre André le Premier appelé dont nous fêtons aujourd’hui solennellement la mémoire. Selon une coutume sacrée, établie et suivie déjà depuis des décennies par les Églises de l’ancienne et de la nouvelle Rome, leurs délégations officielles échangent des visites lors de leurs fêtes patronales pour déclarer de la sorte la fraternité des deux apôtres coryphées qui ont connu ensemble Jésus et cru en Lui comme Dieu et sauveur. Ils ont transmis cette foi partagée aux Églises qu’ils ont fondées par leur prédication et sanctifiées par leur martyre. Cette foi, les Pères communs de nos Églises, réunis de l’Orient et de l’Occident dans des conciles œcuméniques, l’ont vécue et dogmatisée, la léguant à nos Églises comme fondement inébranlable de notre unité. Cette foi, que nous avons préservée en tant que foi commune en Orient et en Occident durant un millénaire, nous sommes à nouveau appelés à la poser comme base de notre unité, pour que « vivant en plein accord (…) d’un même cœur » (cf. Ph 2, 2), nous allions de l’avant avec Paul « oubliant le chemin parcouru et tout tendus en avant » (cf. Ph 3, 14).

Car, de fait, très saint frère, notre devoir ne s’épuise pas dans le passé, mais s’étend principalement, surtout de nos jours, à l’avenir. Car, à quoi sert de rester fidèles au passé, si cela ne signifie rien pour l’avenir ? À quoi sert de s’enorgueillir de ce que nous avons reçu, si cela ne se traduit en termes de vie pour l’être humain, et pour le monde d’aujourd’hui et de demain ? « Jésus Christ est le même, hier, et aujourd’hui ; il le sera pour l’éternité » (He13, 8). Et Son Église est appelée à avoir les yeux fixés plutôt sur le présent et l’avenir que sur le passé. L’Église existe pour le monde et pour l’être humain, et non pas pour elle-même.

Le regard tourné au présent, nous ne pouvons éviter d’être anxieux pour l’avenir : « Combats au dehors, craintes au dedans » (2 Co 7, 5). Ce constat de l’apôtre sur son époque vaut entièrement aujourd’hui pour nous aussi. Car, le monde vit la crainte pour sa survie, l’angoisse du lendemain. Comment l’humanité survivra-t-elle demain, alors qu’elle est aujourd’hui déchirée par de multiples divisions, conflits et hostilités, souvent même perpétrés au nom de Dieu ? Comment la richesse de la terre sera-t-elle répartie plus équitablement pour que l’humanité ne vive demain la servitude la plus odieuse qu’elle n’ait jamais connue ? Quelle planète trouveront les générations futures pour y habiter, alors que, dans son avidité, l’homme moderne la détruit de façon impitoyable et irréversible ?

D’aucuns placent aujourd’hui leur espoir dans la science ; d’autres dans la politique ; d’autres encore dans la technologie. Mais aucune d’elles ne peut garantir l’avenir, si l’homme ne fait sien le kérygme de la réconciliation, de l’amour, de la justice, de l’acceptation d’autrui, de ce qui est différent, voire de l’ennemi. L’Église du Christ, le premier à avoir enseigné et vécu cette prédication, doit en premier la pratiquer elle-même « afin que le monde croie » (Jn 17, 21). Voilà pourquoi, la marche vers l’unité de ceux qui invoquent le nom du grand pacificateur est plus impérieuse que jamais. Voilà pourquoi notre responsabilité de chrétiens est suprême vis-à-vis de Dieu, de l’être humain et de l’histoire.

Sainteté,

Votre parcours relativement court à la tête de votre Église a déjà fait de vous dans la conscience de nos contemporains un héraut de la charité, de la paix et de la réconciliation. Vous prêchez par vos paroles, mais avant tout et surtout par la simplicité, l’humilité et l’amour envers tous, charismes moyennant lesquels vous exercez votre haut ministère. Vous inspirez de la confiance aux méfiants, de l’espoir aux désespérés, des expectatives à ceux qui attendent une Église affectueuse envers tous. En outre, vous donnez l’espoir à vos frères orthodoxes qu’au cours de votre pontificat le rapprochement de nos deux Églises anciennes se poursuivra, construit sur les bases solides de notre tradition commune qui depuis toujours respecte et reconnaît dans la structure de l’Église le primat de charité, d’honneur et de service dans le contexte de l’institution conciliaire, de sorte que le Dieu en la Trinité soit confessé « d’un même cœur et d’une seule voix » (Rm 15, 6) et que Son amour soit diffusé dans le monde.

Sainteté,

L’Église de la ville de Constantin qui vous reçoit aujourd’hui avec grand amour et honneur, mais aussi avec profonde gratitude, est chargée d’un lourd héritage, mais aussi d’une responsabilité pour le présent et l’avenir. La providence divine, par la discipline établie par les conciles œcuméniques, a confié à cette Église la fonction de coordonner et exprimer le consensus des très saintes Églises orthodoxes locales. Dans le contexte de cette responsabilité, nous travaillons avec circonspection pour préparer le saint et grand concile de l’Église orthodoxe, que nous avons décidé de réunir ici, si Dieu le veut, en 2016. Les commissions compétentes travaillent déjà assidûment afin d’organiser ce grand événement dans l’histoire de l’Église orthodoxe pour la réussite duquel nous demandons aussi Vos prières. Malheureusement, la communion eucharistique rompue entre nos Églises, il y a mille ans, ne permet pas encore de réunir ensemble un grand concile œcuménique. Prions pour qu’une fois leur pleine communion rétablie, ce grand jour glorieux ne tarde pas à se lever. Jusqu’à ce que ce jour béni vienne, la participation de chacune de nos Églises à la vie conciliaire de l’autre s’exprimera par l’envoi d’observateurs, comme c’est déjà le cas, grâce à votre aimable invitation, aux synodes de votre Église et, comme, nous l’espérons, ce sera aussi le cas au moment de réaliser notre saint et grand concile.

Sainteté,

Les problèmes que la conjoncture historique dresse aujourd’hui devant nos Églises nous prescrivent de surmonter l’introversion et y faire face en collaborant le plus étroitement possible. Nous n’avons plus le luxe d’agir séparément. Les persécuteurs contemporains des chrétiens ne demandent pas à quelle Église appartiennent leurs victimes. L’unité qui occupe tant nos réflexions est en train de se réaliser dans certaines régions, malheureusement, par le martyre. Tendons ensemble la main à l’être humain de notre temps, la main de Celui qui seul peut le sauver par Sa croix et Sa résurrection.

Par ces réflexions et ces sentiments, nous exprimons encore une fois notre joie pour la présence parmi nous de Votre Sainteté, La remerciant et priant le Seigneur pour que, par l’intercession de celui que nous fêtons aujourd’hui, l’apôtre Premier appelé et frère du premier coryphée Pierre, protège Son Église et la mène à l’accomplissement de Sa sainte volonté.

Soyez le bienvenu parmi nous, frère bien-aimé ! »

Source et photographie

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Jovan Nikoloski