25/04/2017
Actualités
Page d'accueil > Lire > Recensions > Recension : Église orthodoxe russe, Les fondements de la doctrine sociale

Recension : Église orthodoxe russe, Les fondements de la doctrine sociale

Fondements
Église orthodoxe russe, Les fondements de la doctrine sociale
. Introduction par le Métropolite Cyrille de Smolensk et de Kaliningrad, traduction du russe par Hyacinthe Destivelle, Alexandre Siniakov et Claire Jouniévy, coédition Cerf – Istina, Paris, 2007, 194 p.
Comme l’explique le Métropolite Cyrille de Smolensk dans son introduction, ce document a pour but d’apporter une réponse théologique de principe aux problèmes que posent les rapports entre l’Église et l’État et la société.
Son contenu est le fruit du travail d’un groupe de vingt-six personnes désignées par le Saint-Synode de l’Église russe, comprenant des évêques, des professeurs de théologie et des laïcs. Ce groupe a commencé ses travaux en 1997 et les a poursuivis au cours de trente séances de travail. Les premiers résultats ont été discutés lors d’un colloque et d’un symposium tenus en l’an 2000 ; le texte qui en a résulté a été examiné et approuvé avec quelques amendements cette même année par le Saint-Synode qui lui a donné son titre actuel, avant d’être soumis le 15 août 2000 à l’examen du concile des évêques de l’Église orthodoxe russe et promulgué comme document officiel de l’Église.
Élaboré par des experts qui ont été choisis à dessein avec des opinions diverses, puis approuvé par l’ensemble des évêques, ce document cherche à présenter, à l’écart de tout parti (de doite ou de gauche est-il précisé), la position commune de l’Église ; il veut être un guide pratique pour tous les membres de l’Église (évêques, prêtres et laïcs), leur permettant en particulier d’avoir une position commune dans le dialogue avec les autorités civiles et la société.

Ce document ne se laisse pas résumer pour la raison qu’il aborde près
de quatre-vingt-dix sujets, concernant entre autres : les rapports de
l’Église et de l’État, l’Église et la nation, l’Église et la politique,
l’éthique chrétienne et le droit civil, le travail, la propriété, la
guerre et la paix, la criminalité et les peines, l’éthique personnelle,
familiale et sociale, la santé, la bioéthique, l’écologie, la science,
la culture et l’éducation, les rapports de l’Église et des médias et
enfin les relations internationales et les problèmes posés par la
mondialisation et la sécularisation.
Le texte aborde, dans un style simple, des problèmes concrets et actuels. Certains accents sont manifestement liés au contexte russe (l’Église russe, après la fin de la dictature communiste, a dû redéfinir ses relations avec l’État et avec une société soumise pendant longtemps à l’idéologie matérialiste athée, puis faire face à l’invasion du libéralisme occidental et à son amoralisme). Il a néanmoins une portée universelle, car beaucoup de problèmes abordés sont communs à la Russie et aux pays occidentaux, et les fidèles orthodoxes de toutes origines tireront un grand profit à le lire ou à le consulter, y compris ceux qui, pour justifier leur persévérance dans la dissidence, entretiennent artificiellement des préjugés à l’encontre de l’ Église russe. Il ne prétend pas être un traité de droit ou de morale, et encore moins un texte réglementaire s’imposant à tous (car à la différence de l’Église catholique, l’Église orthodoxe n’a pas de Magistère, dont les promulgations auraient force de lois), mais veut offrir des repères inspirés des valeurs chrétiennes propres à éclairer la conscience de fidèles ou même de membres du clergé dont la formation, suite l’explosion de la pratique religieuse en Russie, est souvent insuffisante, et que l’évolution rapide des institutions et des mœurs laisse souvent désorientés. Les positions exprimées reflètent généralement — et cela malgré la brièveté des chapitres — le caractère nuancé et souple de l’approche orthodoxe, qui pose avec fermeté les principes, mais sait, dans leur application, tenir compte de la faiblesse et de la souffrance des personnes. C’est dans cette dimension « économique » (dans le sens ecclésial) de l’approche orthodoxe plutôt que sur les grands principes, que se manifeste, en matière d’éthique sociale, familiale ou médicale, sa spécificité par rapport à l’approche catholique romaine (on le vérifiera en particulier sur des sujets comme le divorce ou la contraception).

Jean-Claude Larchet

Print Friendly
Revenir en haut de la page
Jovan Nikoloski