26/05/2017
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Recension : Anca Vasiliu, Monastères de Moldavie (XIVe-XVIe siècles). Les architectures de l’image

MoldavieAnca Vasiliu, Monastères de Moldavie (XIVe-XVIe siècles). Les architectures de l’image,
Préface d’Olivier Clément, Éditions Paris-méditerranée, Paris, 1998, 328 p.

Ce livre d’art n’est pas un
simple recueil de photographies commentées. C’est un essai iconologique de
grande envergure qui complète et prolonge celui que l’auteur avait publié en
1994, aux éditions Desclée de Brouwer, sous le titre La traversée de l’image. Art et théologie dans les églises moldaves au
XVIe siècle
. La principale lacune de ce dernier
ouvrage est ici comblée : un grand nombre de reproductions en noir et blanc et
surtout en couleur viennent illustrer le propos de l’auteur.

Dans une réflexion tout à
la fois historique, philosophique et théologique, Anca Vasiliu se montre ici
particulièrement sensible à l’influence du contexte politique et de ses
changements sur l’évolution du style iconographique. Elle fait voir comment,
pendant la période de créativité intense qu’a connu l’art moldave du xive au xvie siècle, celui-ci, tout en gardant le meilleur
de l’art byzantin, s’en est affranchi pour acquérir ce qui fait sa spécificité.
Comme dans son précédent essai, elle excelle, dans une perspective que l’on
pourrait qualifier de structuraliste, à situer les représentations
particulières par rapport aux ensembles figuratifs dans lesquelles elles
s’intègrent, mais aussi par rapport à l’architecture des églises. Auteur d’une
thèse sur « le diaphane » dans l’art médiéval, elle ne manque pas
d’évoquer le rôle et les jeux de l’ombre et de la lumière.

La réflexion est bien
documentée, savante, profonde, mais on pourra la juger souvent trop abstraite,
surtout par rapport à des représentations iconographiques qui se veulent aussi
« une pédagogie pour les illettrés » et qui exigent, selon leur nature
et leur finalité véritables, une approche plus intuitive que rationnelle, plus
contemplative et spirituelle que philosophique. Mais il n’est pas mauvais de
faire voir, à l’intention surtout des historiens de l’art, que cet art, souvent
considéré comme naïf, obéit en fait (quoique inconsciemment) à des structures
complexes et savamment harmonisées.

Les photographies en noir
et blanc, visiblement réalisées avec des moyens techniques limités, manquent
trop souvent de définition et présentent parfois des défauts de cadrage. Mais
les photographies en couleur des fresques sont magnifiques, et celles des
ensembles architecturaux, grâce au format généreux du livre (34×25), sont
particulièrement somptueuses.

Étant donné la rareté des
ouvrages sur ce sujet en dehors de la Roumanie, la publication de ce beau livre
constitue un événement et rend enfin justice à ce que l’on peut appeler
« le miracle moldave ».

 

Jean-Claude Larchet

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