23/10/2017
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Recension: Moniale Silouana, « Abbesse Eudoxie. Fondatrice du monastère de Bussy »

EudoxieMoniale Silouana, Abbesse Eudoxie. Vie de l’abbesse Eudoxie, fondatrice du monastère Notre-Dame-de-Toute-Protection à Bussy-en-Othe, traduit du russe par Laurence Guillon et Élisabeth Mouravieff, Bussy-en-Othe et Zwierki, 2014, 255 p.
Ce livre est consacré à Mère Eudoxie, fondatrice et higoumène, de 1946 à 1977, du monastère de la Protection de la Mère de Dieu à Bussy-en-Othe.
Il présente l’ensemble de sa vie d’une manière détaillée, et réunit à son sujet de nombreux témoignages et documents photographiques. Il donne aussi la traduction d’un certain nombre de ses lettres, qui précisent le portrait qui se dessine au long des pages.
Mère Eudoxie (dans le monde Catherine Courtin) est née à Moscou, le 23 novembre 1895, d’un père français installé en Russie et d’une mère russe, fille du général Borisoglebsky. En 1920, en pleine tourmente révolutionnaire, elle se maria avec un jeune historien, Alexandre Mechtcheriakoff, qui se destinait à recevoir la prêtrise. Mais, deux ans plus tard, sur la route qui le conduisait à Moscou pour être ordonné, celui-ci mourut du typhus. Attirée par la vie monastique et avec le soutien de son père spirituel, le père Serge Stchoukine, elle se rendit, durant les mois suivants, dans différentes communautés monastiques à Moscou, Optino, Gomel, et Kiev. Revenue en Crimée, elle prononça clandestinement, en 1927, ses vœux monastiques auprès d’un starets réputé, le hiéromoine Sophrony, à l’ermitage de Kiziltash, situé dans la montagne au dessus de Yalta.
Arrêtée en 1932 par les autorités soviétiques lors d’une campagne antireligieuse, Mère Eudoxie dut la vie à son passeport français qui lui permit, ainsi qu’à sa sœur aînée et à sa mère, de pouvoir émigrer en France. À son arrivée à Paris, elle fut accueillie par le métropolite Euloge qui l’installa à l’Institut Saint-Serge, où elle enseigna l’anglais pendant deux ans. En 1934, elle intégra la communauté du foyer russe de la rue de Lourmel, fondée par Mère Marie (Skobtzov) autour du mouvement l’ « Action Orthodoxe ». Mais les différences de vues entre Mère Marie (favorable à un monachisme social, engagé dans le monde) et Mère Eudoxie (attachée au monachisme traditionnel) conduisirent cette dernière à quitter le foyer de la rue de Lourmel en 1938, pour fonder, avec trois autres moniales (Mère Dorothée, Mère Théodosie et Mère Blandine), une petite communauté dédiée à l’icône Notre-Dame-de-Kazan, à Moisenay, près de Melun. La communauté traversa l’épreuve de la guerre dans un grand dénuement, mais bénéficia de la précieuse direction spirituelle des Pères Euthyme (Vendt) et Cyprien (Kern).
En 1946, Mère Eudoxie et trois autres sœurs (Mère Théodosie, Mère Blandine et Mère Glaphyre) vinrent s’installer à Bussy-en-Othe, un petit village de Bourgogne situé à 150 km de Paris, dans une grande maison que leur avait léguée un ancien professeur de droit, Boris Eliachévitch, dont l’épouse était très proche des sœurs. Elles y fondèrent alors un monastère dédié à la fête de la Protection de la Mère de Dieu. Elles commencèrent par installer une chapelle de fortune dans l’ancienne étable de la propriété, où la Liturgie fut célébrée pour la première fois, le 2 juillet 1946, avec la bénédiction du métropolite Euloge. Le 25 novembre 1948, le métropolite Vladimir vint présider la consécration solennelle de l’église et, au cours de la Liturgie, il éleva mère Eudoxie au rang d’higoumène.
Rapidement la communauté s’agrandit : des moniales qui avaient pu quitter l’Union soviétique à la fin de la deuxième guerre mondiale la rejoignirent (Mère Iia, Mère Sergia). Des femmes issues de l’émigration russe vinrent prononcer leurs vœux à Bussy (Mère Jeanne, Mère Thaïsse, Mère Parascève, Mère Séraphima), ainsi que des femmes issues de divers pays, parmi lesquelles une Grecque (Mère Glaphira), une Anglaise (Mère Marie), une Roumaine (Mère Alexandra). Cette multiplicité d’origines devait rester l’un des traits caractéristiques du monastère de Bussy-en-Othe, conforme à l’esprit de sa fondatrice dont l’objectif a toujours été de favoriser le développement d’une communauté à la fois traditionnelle, liée à la tradition russe, et en même temps ouverte au monde, sans barrières ethniques ou nationalistes.
Les deux dernières années de la vie de mère Eudoxie furent difficiles. Diminuée par la maladie, elle ne quittait pratiquement plus sa cellule. Elle mourut le 24 juin 1977. Ses obsèques furent célébrées le 27 juin, dans l’église du monastère, par Mgr Georges (Wagner), à l’époque évêque auxiliaire, entouré de l’archimandrite Job (Nikitine) – qui résidait à l’ermitage de Tous les Saints Russes de Mourmelon et était depuis de nombreuses années le confesseur de la communauté –, de l’archiprêtre Nicolas Obolensky, et des Pères Gabriel (Patasci) et Pierre Nivière, qui desservaient à l’époque l’église du monastère. Mère Eudoxie repose dans le cimetière communal de Bussy-en-Othe.
Ce livre ne présente pas seulement la figure et le destin exceptionnels de Mère Eudoxie : on y trouve aussi, à travers l’évocation de celui-ci, tout un pan de l’histoire de la Russie prérévolutionnaire, puis de la vie de l’émigration russe en France. On y rencontre les sœurs qui ont animé le monastère autour de Mère Eudoxie pendant la période concernée, les évêques et prêtres qui ont été en relation avec le monastère, les personnalités religieuses connues qu’a rencontrées Mère Eudoxie au cours de son parcours (comme le Père Serge Boulgakov, Mère Marie Skobtsov, le Père Cyprien Kern, etc.), de grandes figures du monde culturel (comme Boris Zaïtsev, le poète Ivan Chméliov, qui est décédé au monastère, où Alexandre Soljenitsine dont la visite en 1974 marqua le monastère), auxquels l’auteure a pris soin de consacrer des pages entières ou des notes biographiques. L’ouvrage est donc aussi une mine de renseignements sur une partie importante de la vie de l’immigration russe en France.
Sous l’impulsion de ses higoumènes successives, Mère Eudoxie, Mère Théodosie, Mère Olga et aujourd’hui Mère Aimiliani, le monastère de Bussy, caractérisé par son sens de l’universalité de l’orthodoxie et sa culture de l’accueil du prochain, a acquis et garde dans tout le monde orthodoxe un grand rayonnement.
On peut se procurer le livre au monastère de Bussy et à la librairie Les Éditeurs réunis.
Jean-Claude Larchet

Recension: Jean Chrysostome, « Trop occupé pour t’occuper de ta vie ? Le guide au quotidien d’un Père de l’Église »

ChrysostomeJean Chrysostome, « Trop occupé pour t’occuper de ta vie ? Le guide au quotidien d’un Père de l’Église ». Textes choisis et présentés par Guillaume Bady, collection « Épiphanie », Éditions du Cerf, Paris, 2015, 214 p.
Ce livre, qui est une anthologie de textes de saint Jean Chrysostome, renouvelle le genre en faisant voir, par ses choix et par ses titres et sous-titres, combien la parole de l’illustre prédicateur du IVe siècle, loin d’être attachée à un contexte géographique, historique, sociologique et culturel qui lui ferait perdre tout rapport avec notre époque et nos conditions d’existence présentes, reste actuelle par sa forme et son contenu, et peut aujourd’hui encore alimenter notre vie spirituelle.
Laissons l’auteur présenter lui-même son travail : « Progression des textes, regroupements et titres proposent ici un parcours qui est comme un chantier de construction en plusieurs étapes. Joyeusement destructrice, la première est iconoclaste et anticonformiste : contre l’hypocrisie religieuse (“Halte au pharisaïsme”), contre les conventions trop humaines (“Dieu se moque des conventions”), contre les idées toutes faites (“Dieu n’est pas celui qu’on croit”). La deuxième déblaie et creuse le terrain: on se débarrasse des faux prétextes (“Nul obstacle pour vivre avec Dieu”) pour laisser la liberté à nu (“Libres comme Dieu”). La troisième pose de nouvelles fondations: l’amour (“Hymne à l’amour”), base de la vie d’une maison (“Un foyer sans foi?”). À partir de là grandit l’édifice : la quatrième fait apparaître le plan d’une Église (“Un peuple imparfait”) qui ne se limite pas à l’église (“Le sacerdoce quotidien des fidèles”). La cinquième dresse des piliers (“Prier, même quand on ne sait pas”) et donne du volume intérieur (“La liturgie, un temps peu ordinaire”). La sixième ouvre des portes (“L’eucharistie du frère”) et des fenêtres (“Le pardon est plus grand que le péché”). La septième, enfin, laisse le toit ouvert sur le ciel (“Un voyage sans fin”) …et le chantier inachevé. Les travaux, on sait quand ça commence… C’est pourquoi, sans respecter les étapes, l’ensemble se prête volontiers aussi à une lecture “à sauts et à gambades”, au gré de l’envie ou de la curiosité. »
Les sous-titres sont plus accrocheurs encore que les titres, quitte à friser parfois la trivialité. Citons-en quelques-uns : « Une vie de péplum et d’Évangile », « Un saint ou une brute? », « Le scandale du siècle », « Une course de chars vers le salut », « Des morceaux de vertu pour les affamés », « Du sel pour l’universel », « Le ras-le-bol du pasteur », « Halte au piston », « Trop occupé pour lire les Écritures? », « Une femme comme maître! », « Laisse l’âne faire le mulet », « Foin du jeunisme », « Dieu est amoureux », « Dieu le Père a-t-il une barbe blanche? », « Une femme libre », « Comment dire “Je t’aime” », « Quelles femmes on trouve chez les chrétiens! », « Le catéchisme, pas l’enfantillage », « Marie, mère possessive », « La mécanique des fluides spirituels », « Éloignez de moi le tapage de vos cantiques (Am 5, 23) », « Une terreur, un insoutenable plaisir », « Diogène, sors de ton tonneau! », « Petit cours d’agronomie spirituelle ».
Certains de ces sous-titres sont, en tant que résumés, déjà riches d’enseignement, notamment en réveillant l’intelligence par leur caractère paradoxal ou leur questionnement qui reflètent bien l’esprit évangélique : « Si l’un de vous semble être sage, qu’il devienne fou », « Le temple le plus précieux, c’est ton frère », « Pas de moment inopportun », « Où fuis-tu? », « La croix, une honte? », « Une dette qui enrichit », « Un et un font vingt », « Cessons cette guerre en nous-même », « Des statues vivantes », « La famille suffit-elle ? », « Veux-tu te décharger de tout sur l’Église ? », « Chaque jour est une fête », « Les pieds marchent-ils sans le corps? », « Un seul frère vous manque et tout est dépeuplé », « On ne possède vraiment que ce que l’on donne », « Le pire des malheurs, c’est de faire le mal », « L’ivraie pourrait devenir du bon grain », « Le pardon, un geste de première urgence », « Ce qui est pire que la faute, c’est de s’y maintenir », « Comme l’étincelle au contact de l’océan », « L’espérance ne trompe pas », « Accomplir nous-mêmes ce que nous demandons », « La nature du chrétien est de rayonner »
Il faut féliciter Guillaume Bady – ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé de Lettres classiques, docteur en études grecques, ancien élève titulaire de l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, et chargé de recherche au CNRS (Institut des « Sources chrétiennes »), qui développe parallèlement une œuvre patrologique très sérieuse – d’avoir pris le risque de s’engager sur cette voie de vulgarisation que la plupart de ses collègues non seulement évitent d’emprunter, mais méprisent.
C’est pourtant l’une des des voies dans lesquelles doit s’engager aujourd’hui la pastorale si elle veut que les Pères n’apparaissent pas comme des écrivains d’un passé révolu ou des sujets d’études spécialisées réservées à une élite, mais bien comme des maîtres à penser et à vivre qui ont, aujourd’hui encore, des choses pertinentes à nous dire dans un langage qui nous est parfaitement accessible.
On peut espérer que cette anthologie attrayante incitera ses lecteurs à lire des œuvres plus développées de saint Jean Chrysostome. Ses œuvres complètes, disponibles sur Internet dans une traduction qui n’a pas la rigueur des traductions actuelles, mais souvent beaucoup plus d’élégance qu’elles, offrent de vastes perspectives.
Jean-Claude Larchet

Recension: « La ressemblance retrouvée. Icônes et fresques de la paroisse orthodoxe de Vezelay »

Ressemblance_retrouveeLa ressemblance retrouvée. Icônes et fresques de la paroisse orthodoxe de Vezelay, Éditions de la paroisse de Vézelay, Vézelay, 2015, 96 p.
La paroisse orthodoxe de Vézelay (diocèse de Chersonèse) vient d’éditer un volume d’hommage à tous ceux qui ont contribué à sa fondation et à sa vie jusqu’à présent, au premier rang desquels Anne Everett-Headley – l’épouse du recteur, l’archiprêtre Séphane Headley –, qui est décédée à la fin de l’année 2013.
L’historique de la paroisse, fondée il y a une trentaine d’années et dédiée à saint Étienne et saint Germain de Vézelay, est suivi d’une présentation photographique de la série de fresques représentant des scènes de la vie de saint Germain d’Auxerre, réalisées dans la nef de l’église par le père Patrick Doolan, l’un des meilleurs iconographes américains actuels.
Le reste du volume, qui en constitue la plus grande partie, présente l’œuvre iconographique de matushka Anne. Après une introduction élogieuse de l’iconologue Grégoire Aslanov intitulée « Le défi de l’icône », sont présentées les reproductions des icônes du Christ, de la Mère de Dieu et des grandes fêtes de l’année liturgique réalisées par cette iconographe qui fut l’élève de Léonide Ouspensky, mais eut auparavant une formation artistique qu’elle a fait valoir parallèlement dans de nombreux tableaux qui ont récemment été présentés dans une exposition récapitulative à Vezelay. Un témoignage du père Patrick Doolan sur son travail aux côtés de matushka Anne, alors qu’il était venu plusieurs années de suite étudier l’iconographie à Paris auprès de Léonide Ouspensky et avait été hébergé par la famille Headley, vient clore ce volume d’hommage au grand format et aux reproductions de qualité.
Le livre est en vente sur le site de la paroisse de Vezelay et à La Procure.
Jean-Claude Larchet

Recension: Père Michel Quenot, « Les prophètes, clairons de Dieu, et leur icône »

Les prophètesPère Michel Quenot, « Les prophètes, clairons de Dieu, et leur icône », Orthdruk, Bialystok, 2014, 198 p. Diffusion La Procure.
L’archiprêtre Michel Quenot poursuit sa série thématique relative aux grandes catégories de l’iconographie orthodoxe. Après le Dieu-homme, la Mère de Dieu, le 12 grandes fêtes, les anges, les miracles, les paraboles ou les Pères de l’Église, il dédie ce volume aux prophètes.
Après avoir présenté les prophètes et le prophétisme en général, l’auteur évoque les diverses finalités des prophéties. Un chapitre sur les faux prophètes permet de faire d’emblée le ménage, et est une bonne occasion de définir les critières d’authenticité d’une prophétie. L’auteur présente ensuite les premiers prophètes (Abraham, Moïse, Aaron, Josué, Gédéon, Samuel, Élie, Élisée). Le chapitre suivant évoque les figures trop peu connues de quelques femmes prophètes (Miryam, Déborah, et Houlda). Puis vient le tour des rois prophètes (David, Nathan, Gad, Salomon), auxquels sont adjoints deux « redresseurs de rois » : Ahiyya de Silo et Semelas. Le chapitre suivant est dédié aux auteurs d’écrits prophétiques (il aurait été intéressant que l’auteur nous dise pourquoi il ne les appelle pas « prophètes » et quelle différence il fait entre eux ces derniers) : Amos, Osée, Isaïe, Michée, Sophonie, Jérémie, Baruch, Nahum, Habaquq, Ézéchiel, Aggée, Zacharie, Malachie, Joël, Abdias, Daniel, Jonas.
L’avant-dernier chapitre est consacré à Zacharie, le père de saint Jean Baptiste, et à saint Jean Baptiste lui-même,  « prophète plus que prophète », car il lui est donné de voir et de toucher Celui que tous les autres ont annoncé : le Christ Sauveur, et il est le lien entre l’Ancien et le Nouveau Testaments.
Le chapitre conclusif est occupé par le Christ, qui est le contenu et la réalité des prophéties, et qui S’est en outre Lui-même présenté comme prophète (Lc 13, 33).
Ce livre, écrit de la même manière simple et avec la même visée catéchétique et pastorale que les précédents, constitue une récapitulation utile, car les prophètes ne sont généralement connus que de manière partielle et ponctuelle, à travers des références et des lectures éparses, tant est vaste l’univers de la Bible dont ils occupent une grande partie.
Comme toujours dans les ouvrages du père Michel Quenot, les nombreuses icônes qui illustrent ses propos autant que son propos les rend familières, sont admirablement choisies. Elles sont en outre remarquablement reproduites grâce au professionnalisme de l’imprimerie orthodoxe Orthdruk de Bialystok en Pologne, à laquelle l’auteur confie désormais l’édition de ses livres, et qui est capable de produire ce genre de livre d’art relié à un prix très abordable.
Jean-Claude Larchet

Recension: Higoumène Nikon Vorobiev, « Lettres spirituelles »

Nikon VorobievHigoumène Nikon Vorobiev, Lettres spirituelles. Avant-propos de Jean-Claude Larchet. Introduction d’Alexei Ossipov, professeur à l’Académie théologique de Moscou. Collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », Lausanne, 2015, 469 p.
L’higoumène Nikon Vorobiev (1894-1963) est l’un des pères spirituels les plus célèbres de la période communiste en Russie. Il fut notamment le père spirituel du célèbre professeur de l’Académie théologique de Moscou Alexei Ossipov, et de Mère Magdalena (Nekrassova) du monastère de Bussy.
De ses trois cent quarante lettres qui ont été conservées et sont publiées ici, se dégage un enseignement spirituel fort, cohérent, profondément ancré dans la Tradition ascétique de l’Église orthodoxe, mais qui sait cependant tenir compte des particularités et des difficultés de notre époque. Par le biais de la diversité de ceux à qui il s’adresse (prêtres, moines ou moniales, laïcs, hommes ou femmes, jeunes et vieux, personnes menant une vie pieuse ou en difficulté et en recherche…), cet enseignement aborde une grande variété de sujets concrets relatifs à la vie spirituelle et peut contribuer à aider pratiquement tous les types de lecteurs dans leur propre cheminement.
Le thème central et récurrent de ces lettres est la pénitence, qui est avant tout, selon le Père Nikon, la conscience douloureuse permanente que l’homme doit prendre de son état d’éloignement de Dieu. C’est là, selon lui, le seul moyen de parvenir à l’humilité et de développer un amour authentique de Dieu et du prochain.
Mais bien d’autres thèmes parcourent ce livre qui révèle une conception de la vie chrétienne « selon l’esprit » et non « selon la lettre », sachant allier la modération dans l’ascèse bien comprise à l’exigence la plus rigoureuse dans la pratique des idéaux chrétiens.

Un ouvrage idéal pour cette période du Grand carême.

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Recension: Hiéromoine Grégoire du Mont Athos, « La divine liturgie de saint Jean Chrysostome »

Grgoire_LiturgieHiéromoine Grégoire du Mont Athos, La divine liturgie de saint Jean Chrysostome, Traduit du grec par Bernard Le Caro, Éditions des Syrtes, Genève, 2015, 304 p.
Ce livre, dès sa première publication Grèce il y a plus de quarante ans, a été considéré comme un ouvrage de référence. Il a été amélioré au cours de ses éditions successives, et il est heureux que nous en disposions maintenant en français grâce à l’excellent travail de Bernard Le Caro, bien connu notamment comme traducteur de textes liturgiques.
Son auteur, le hiéromoine Grégoire (Chatziemmanouil) est né à Mytilène en 1936. Après des études de théologie à l’université d’Athènes, il s’est spécialisé en patristique à l’université de Strasbourg. Devenu moine et ordonné prêtre à Mytilène en 1966, il est allé s’installer la même année à la skite d’Iviron au Mont-Athos. En 1968, il aide son ami l’archimandrite Basile, avec le soutien de leur père spirituel saint Païssios, à restaurer la vie cénobitique au monastère athonite de Stavronikita, et à faire de ce monastère un centre spirituel qui attire très rapidement de nombreux intellectuels orthodoxes de Grèce et de toute l’Europe. Depuis 1980, il vit avec sa petite communauté monastique dans le kellion Saint-Jean-le-Théologien du monastère athonite de Koutloumoussiou.
Le projet du père Grégoire est de commenter ici la liturgie de saint Jean Chrysostome, la plus souvent célébrée parmi les quatre (si l’on compte la liturgie de saint Jacques) qui sont en usage dans l’Église orthodoxe.
Il le fait à la lumière de quelques considérations historiques – sur la construction de la liturgie, l’origine des textes utilisés, et les parties qui se sont ajoutées au cours des siècles –, mais aussi et surtout de ce qu’en ont dit les Pères de l’Église. Saint Jean Chrysostome qui est pour une part importante l’auteur de cette liturgie est très souvent cité. Mais parce qu’elle a des racines anciennes, des Pères antérieurs comme saint Cyrille de Jérusalem sont invoqués. Et parce qu’elle a continué à être développée et commentée dans les siècles suivants, l’auteur fait appel à saint Maxime le Confesseur, saint Germain de Constantinople, saint Grégoire Palamas, saint Nicolas Cabasilas, saint Syméon de Thessalonique, saint Nicodème l’Hagiorite et jusqu’à des moines athonites contemporains. Il voit dans leurs commentaires moins des réflexions abstraites de liturgistes que des expressions de leur propre expérience liturgique, qui n’est rien d’autre, fait-il remarquer, qu’une expérience de la présence du Christ.
Il le fait aussi à la lumière de sa propre expérience de célébrant et des réflexions qu’il a par ailleurs développées, puisqu’il est l’auteur d’une vingtaine d’autres livres sur des thèmes liturgiques.
L’ouvrage n’est pas – et ne se veut pas – exhaustif : il se centre sur le texte et l’usage grecs athonites (qui présentent quelques variantes avec le texte et l’usage russe), et n’entre pas dans tous les détails du texte ni des rites. Suivant le déroulement chronologique de la liturgie, il découpe le texte de celle-ci en des citations encadrées qui donnent lieu ensuite à des petits chapitres thématiques qui en sont non seulement des commentaires, mais des méditations allant bien au-delà,  pour montrer les présupposés ou les implications théologiques et spirituelles des différents contenus.
Le but est d’amener le lecteur à une meilleure intelligence de la liturgie – comme le souhaitait saint Jean Chrysostome dont cette affirmation est mise en exergue : « Il est nécessaire de comprendre le miracle des Mystères ; ce qu’il est, pourquoi il a été donné, et quelle est son utilité » –, et par là à une plus profonde participation à celle-ci. Dans son introduction, l’auteur résume ainsi l’esprit de son approche : « Puisque la divine liturgie est le Christ avec nous, tout commentaire à son sujet est en fait une homélie sur le Christ. »
Jean-Claude Larchet

Recension: Agnès Pierron, « Après moi le déluge. Petit dictionnnaire d’expressions bibliques »

PierronAgnès Pierron, Après moi le déluge. Petit dictionnnaire d’expressions bibliques, Éditions du Cerf, Paris, 2014, 319 p.
« Il faut rendre à César ce qui appartient à César », « Qui sème le vent récolte la tempête », « Nul n’est prophète en son pays », « Après moi le déluge », « être pauvre comme Job », « s’en laver les mains », « ne pas changer d’un iota », « un fils prodigue », « la porte étroite », « semer la zizanie », « l’abominaton de la désolation », « la pomme d’Adam », « de joyeuses agapes », « prendre sous son aile », « un bon apôtre », « le benjamin de la famille », « être blanc comme neige », « garder sous le boisseau », « un bouc émissaire », « une bebis égarée », « un calvaire », « un capharnaüm », « un déluge de pluie », « passer au crible » : autant de proverbes, de dictons, d’expressions ou de mots utilisés dans le langage courant, mais qui – beaucoup n’en sont pas conscients – ont directement ou indirectement une origine biblique. Certains d’entre eux ont donné lieu à des variantes, des déformations, des extrapolations ou des interpolations qui laissent cependant toujours entrevoir leur racine.
Linguiste, Agnès Pierron a rassemblé dans ce dictionnaire, au format de poche et au prix léger, plus de deux-cents de ces expressions, des plus banales aux plus surprenantes, et nous dévoile avec simplicité et humour, mais sur la base d’une large enquête, leurs origines et leurs évolutions.
Ces dernières leur ont souvent fait perdre leur connotation spirituelle d’origine pour les intégrer à un contexte profane, tantôt raffiné tantôt trivial, appartenant parfois à la langue littéraire, parfois à la langue ordinaire, et parfois à l’argot. Le mot « ange », pour ne prendre qu’un exemple, s’est prêté aux variations les plus diverses dans les domaines les plus variés : « être aux anges », « rire aux anges », « c’est un ange », « qui veut faire l’ange fait la bête », « un mauvais ange », « une faiseuse d’anges », « le saut de l’ange », « un ange passe », « la part des anges », « discuter sur le sexe des anges », etc.
Cet ouvrage qui se présente comme un dictionnaire mais que l’on est tenté de lire en continuité comme un essai captivant, nous permet de revisiter la Bible, mais aussi la littérature –  qui fait de celle-ci, un abondant usage, même quand elle se veut agnostique – à travers de nombreuses citations d’auteurs anciens et modernes.
Il nous montre combien notre langue, à ses différents niveaux, reste imprégnée de la culture chrétienne, et il nous rappelle combien celle-ci a contribué à former celle-là.

Jean-Claude Larchet

Recension: «Le secret du Tsar», un film documentaire de Marc Jeanson paru en DVD

Secret_du_tsarL’Église orthodoxe russe à célébré le 2 février la fête du saint starets de Tomsk, Théodore Kouzmitch.
Dans un film réalisé l’année dernière, qui a passé sur la chaîne KTO et est depuis peu disponible en DVD, Marc Jeanson (dèjà bien connu comme le réalisateur d’un beau film sur la vie monastique dans les déserts d’Égypte, La lumière du désert) s’est livré à une vaste enquête qui montre que le saint n’était autre que l’empereur Alexandre Ier qui, à la suite d’une crise spirituelle et d’un besoin d’expier un péché de jeunesse, s’est fait passer pour mort afin de mener, en Sibérie, la vie d’un ascète errant entièrement consacré à Dieu.

1. La vie de saint Théodore Kouzmitch.

Au début de l’automne 1836 près de la ville de Krasnooufimsk, dans la région de Perm, un inconnu, passant à cheval attelé à une charrette, fut interpellé. Le pèlerin attirait l’attention par son aspect hors du commun et son comportement inexplicable. Les apparences augustes et vénérables et les manières raffinées trahissant des origines nobles contrastaient avec les vêtements rudes de paysan. Il évitait de répondre aux questions, ce qui augmenta la méfiance des paysans qui l’avaient arrêté et qui l’avaient emmené en ville sans aucune protestation de sa part.
Interrogé par le tribunal local, l’inconnu affirma se nommer Théodore Kouzmitch, être âgé de soixante-dix ans, illettré, de confession orthodoxe, célibataire, ne se souvenant pas de ses origines, recevant sa nourriture de gens divers, et cherchant à se rendre en Sibérie. Il n’avait sur lui aucun papier d’identité.
Malgré une sympathie extrême de la part des juges et leurs demandes réitérées de révéler son vrai nom (car Théodore Kouzmitch est deux prénoms – Théodore fils de Côme – plutôt qu’un prénom et un nom de famille) et son état civil afin d’éviter une punition, le starets continuait à s’appeler obstinément « Théodore Kouzmitch » ou encore « vagabond ». Selon les lois existant à l’époque, le tribunal le condamna à vingt coups de cravache pour vagabondage et, parce qu’il était inapte au service militaire ou aux travaux forcés, à l’exil en Sibérie. Théodore parut satisfait de cette condamnation.
En septembre 1836 avec un groupe de détenus sous escorte, il fut envoyé dans le district de Tomsk où il a fut enregistré dans le village Zertsaly, dans le district de Bogotol, arrondissement d’Atchinsk, où il arriva le 26 mars 1837.
Durant ce long voyage sur les chemins enneigés de Sibérie, Théodore Kouzmitch, par son comportement, son souci d’aider les prisonniers faibles et malades et par ses conversations cordiales et bienfaisantes, sut attirer vers lui non seulement le groupe de prisonniers, mais aussi celui des officiers et des soldats de la garde qui lui témoignèrent leur respect, le protégèrent des ennuis et des gens malveillants, et lui procurèrent même une place à part pour se reposer la nuit. On fit aussi pour lui une exception particulière à la règle générale du transport des exilés : il ne fut pas enchaîné comme les autres.
Arrivé au lieu de son exil, Théodore fut affecté à la distillerie de Krasnoretchensk, où travaillaient d’autres exilés, à quinze verstes du village Zertsaly, où il vécut durant les premières années. Par la suite, désireux d’éviter les éloges que s’attirait son comportement vertueux, il changea souvent de domicile, restant à Zertsaly ou dans des villages voisins – Béloyarskaya, Krasnoretchenskoyé, Korobeïnikovo –, en choisissant toujours, quand c’était possible, un endroit calme et retiré.
Les six dernières années de sa vie, le starets les passa à Tomsk, cédant aux demandes insistantes d’un négociant de la ville, Syméon Théophanovitch Khromov, qui avait une grande admiration pour lui et qui le logea d’abord dans une petite maison de la banlieue de Tomsk, puis à Tomsk même.
L’exploit ascétique (podvig) dont le starets se chargeait est connu depuis la haute antiquité chrétienne sous le nom d’ « exil volontaire » (en russe strannitchestvo, en grec xeniteia, littéralement: le fait de se rendre étranger au monde, ce qui se traduisait souvent dans l’ancienne Russie par un vagabondage, une errance ou un pèlerinage permanent, comme celui du célèbre « pèlerin russe » des Récits).
L’exil volontaire, nous dit saint Jean Climaque, est l’abandon sans retour de tout ce qui, dans notre environnement ordinaire, s’oppose à notre aspiration à la piété. Selon le même saint Père, l’ascèse de l’exil volontaire s’accomplit dans le but de concentrer toute sa pensée en Dieu. En s’éloignant de toutes les façons possibles du monde et tout ce qui est du monde, le starets Théodore menait une vie rude, remplie de privations volontaires. Une maison toute petite, composée d’une cellule étroite et d’une petite entrée, lui servait de logement. Il dormait sur une planche, qui a été par la suite et sur sa demande couverte de toile rêche, afin que « cela soit plus dur pour le corps ». Une bûche taillée lui tenait lieu d’oreiller. La pièce était meublée d’une simple table et de quelques bancs pour les visiteurs. Dans le « beau coin », des icônes étaient accrochées, et sur les murs des représentations des lieux saints, cadeaux de ses nombreux admirateurs. Ses vêtements, comme son logement, étaient extrêmement simples. En été il portait une chemise longue en toile de paysan avec, à la taille, une ceinture étroite ou une corde, et un pantalon large. En hiver il mettait par-dessus la chemise une robe de chambre longue bleu-marine, ou, quand il sortait au froid, une vieille pelisse délavée comme on en porte en Sibérie. Aux pieds il portait des chaussures simples en cuir.
Ce qui distinguait le starets Théodore est que ses vêtements, de même que sa personne, étaient toujours propres. Il tenait son logement en même propreté et ne supportait aucun désordre.
Ses vêtements misérables ne portaient cependant pas préjudice à son maintien majestueux et à sa belle apparence. D’après les descriptions des archimandrites du monastère Bogoroditsé-Alexéievsky, les pères Victor (Lébédev) et Lazare (Guénérozov), du négociant Khromov et d’autres contemporains de saint Théodore, il était grand, avait une belle carrure, une apparences majestueuse, un visage remarquablement beau, le tein clair et lumineux, les yeux bleus, les cheveux frisés, la barbe longue, ondulée, toute blanche.
Le starets parlait à voix basse, gravement et d’une façon imagée. Parfois il paraissait sévère et autoritaire, mais cela arrivait très rarement. En général, il avait un caractère bon et doux. Il possédait une grande force physique. Il soulevait tout seul une meule de foin, et avec un autre ermite, le starets Daniel (Atchinsky), il soulevait de très gros rondins.
Le starets se levait très tôt et consacrait tout son temps libre à la prière. Après sa mort on a découvert que ses genoux étaient couverts de grosses callosités témoignant de prières prolongée à genoux.
Pendant son séjour dans les villages de Béloyarskoyé et Krasnoretchenskoyé, il assistait régulièrement aux services religieux, se mettant toujours du côté droit au plus près de la porte. À Tomsk, il venait souvent pendant les fêtes à l’église de la maison de l’archiprêtre, qui se trouvait sur le territoire du monastère Bogoroditsé-Alexéievsky. Le vénérable évêque de Tomsk Parthène proposa au starets de se mettre dans une petite pièce à côté de l’autel, mais le starets Théodore refusa cet honneur et prenait toujours place près du poêle. Quand il remarqua que l’on faisait trop attention à lui, il cessa de se rendre dans cette église.
Durant sa vie en Sibérie, il avait plusieurs pères spirituels chez qui il se confessait.
Le starets se nourrissait de manière très frugale. Son déjeuner était composé habituellement de pain noir ou de biscuits trempés dans de l’eau qu’il mettait dans un récipient en écorce de bouleau. Les admirateurs de Théodore Kouzmitch lui apportaient presque tous les jours de quoi se nourrir, et pour les fêtes le comblaient de galettes, gâteaux, petits pâtés, etc. Le starets acceptait tout volontiers, mais après en avoir mangé un peu, laissait tout, comme il disait, « pour les invités » et le distribuait aux pèlerins.
Respectant un jeûne sévère, il évitait cependant de le montrer. Un jour, l’une de ses visiteuses lui apporta une tourte au poisson tout en lui a exprimant son doute qu’il allait la manger. « Pourquoi ne la mangerais-je pas? répliqua-t-il, je ne suis pas le jeûneur que tu crois! »
D’habitude il mangeait toute sorte de nourriture en citant le texte de l’Écriture Sainte que toute nourriture doit être prise avec reconnaissance, mais demandait néanmoins qu’on ne lui apportât pas de mets riches parce qu’il n’avait plus l’habitude de manger des repas gras et bons. En visitant les personnes qu’il aimait, le starets ne refusait aucun des plats proposés. Il aimait boire du thé, mais n’en buvait jamais plus de deux verres. Il ne touchait jamais au vin.
Les jours de grandes fêtes, après la Liturgie, Théodore Kouzmitch passait ordinairement chez des petites vieilles, Marie et Marthe, et buvait le thé chez elles. Les vieilles dames avaient été envoyées en exil par leurs maîtres pour une faute quelconque, et étaient arrivées en Sibérie dans le même groupe que le starets Théodore. Le jour de la Saint Alexandre Nevski, on préparait à la maison de bonnes choses. Le starets y passait tout l’après-midi et pendant toute cette journée il était particulièrement réjoui, et se permettait de manger un peu plus que d’habitude ; il parlait de Saint-Pétersbourg, et derrière ses souvenirs on sentait quelque chose de familier.
Le starets Théodore cachait soigneusement ses origines, ne parlant jamais de ses parents même aux personnes religieuses haut placées. Il demandait juste que la sainte Église priât pour eux. À l’évêque Athanase d’Irkoutsk, qui le fréquentait souvent, le starets Théodore, dévoila qu’il avait eu la bénédiction de Sa Sainteté le métropolite Philarète de Moscou pour accomplir son exploit ascétique.
Certaines personnes, devinant que Théodore Kouzmitch avait eu une autre vie, lui demandaient pourquoi il préférait sa vie présente, pleine de privations. Le starets répondait ainsi: « Pourquoi pensez-vous toujours que ma situation est pire qu’avant? Aujourd’hui je suis libre, indépendant, et surtout en paix. Avant, ma tranquillité et mon bonheur dépendaient de beaucoup de conditions: je devais me préoccuper de ce que mes proches jouissent du même bonheur que moi, que mes amis ne me trompent pas… Maintenant tout cela n’existe plus : ne restent que la Parole de mon Dieu, l’amour du Sauveur et l’amour du prochain. Maintenant je n’ai ni malheur ni déception parce que je ne dépends plus de rien de mondain, de rien qui ne soit pas en mon pouvoir. Vous ne comprenez pas le bonheur qu’il y a dans cette liberté de l’esprit, dans cette joie céleste. Si vous me faisiez retrouver ma situation antérieure et faisiez de moi un gardien de richesses terrestres, périssables et dont je n’ai plus besoin, alors je serais malheureux. Plus notre corps est choyé et efféminé, plus faible devient notre esprit. N’importe quel luxe affaiblit notre corps et amollit notre âme. »
L’amour de Dieu que le saint starets avait acquis dans son cœur ne pouvait pas ne pas se refléter dans ses rapports envers les gens. « Dieu est amour, et celui qui est dans l’amour est en Dieu et Dieu est en lui », dit saint Jean, « et si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son Amour est parfait en nous». Le starets était rempli de cet amour divin, fruit de sa haute vie spirituelle, et base d’un autre exploit ascétique de saint Théodore: le startchestvo sous la direction de la Providence divine.
Le starets accueillait chez lui tous ceux qui venaient lui demander conseil, et refusait rarement son assistance. Mais sa particulière sympathie, le starets la montrait à un petit nombre de personnes, simples, au cœur pur, chez qui il acceptait de loger, en passant d’un endroit à l’autre. Il donnait toute sorte de conseils sans jamais accepter d’argent de quiconque. Il parlait toujours debout ou en se promenant dans la pièce. Avec ses visiteurs il se tenait sobrement, avec discrétion, sans familiarité. Il n’acceptait pas les signes de respect que l’on accorde aux prêtres, n’aimait pas qu’on lui baise la main et ne donnait jamais la bénédiction de la façon dont un prêtre le fait. S’il voulait exprimer sa bienveillance à quelqu’un, soit il tapotait doucement avec amour sur la joue, comme il le faisait aux enfants et aux femmes, soit il embrassait trois fois les personnes âgées et vénérables; devant les autres, il s’inclinait simplement.
Le starets n’appréciait jamais une personne en fonction de ses grades et titres, mais uniquement d’après ses qualités personnelles et ses actes. En même temps, il apprenait à tous à respecter les autorités, « le tsar, les généraux ou les archiprêtres sont des humains, comme nous, disait-il, mais Dieu a voulu munir les uns d’un grand pouvoir, et a destiné les autres à vivre sous leur protection ».
Ayant un cœur compatissant et plein d’amour, le starets pendant sa vie au village Zertsaly, situé sur le grand chemin de Sibérie, sortait chaque samedi hors du village pour y rencontrer des groupes de prisonniers qui passaient, et il leur distribuait en aumône tout ce que ses admirateurs lui avaient apporté.
Parmi tous les groupes sociaux, il donnait sa préférence aux agriculteurs. Il connaissait bien la vie des paysans et donnait des consignes précieuses aux villageois venant lui demander conseil sur le choix et la culture de la terre, l’aménagement des jardins et le choix des semences. Les paysans voyaient la sollicitude du starets à leur égard et lui confiaient toutes leurs peines.
Il est connu par le biais de divers pèlerins que le starets avait une abondante correspondance et était au courant de tous les événements principaux de la vie publique. Il est arrivé qu’il aidât les gens s’adressant à lui pour résoudre leurs problèmes quotidiens, en leur donnant une lettre cachetée destinée à une personne importante, en les priant de ne montrer le courrier qu’au destinataire, ajoutant: «  sinon, tu es perdu». Et l’intervention de Théodore Kouzmitch produisait l’effet désiré.
Le starets apprenait à lire et à écrire aux enfants des paysans, leur découvrait l’Écriture sainte, la géographie et l’histoire. Les adultes, il les captivait par des conversations spirituelles, mais aussi par les récits relatifs à l’histoire russe.
Toutes les informations et les enseignements exposés par lui se distinguaient par leur profondeur et leur vérité, et découvraient aux interlocuteurs le sens de la Providence divine dans les destins grands et petits de la vie des humains et du monde extérieur, et ils restaient pour longtemps en mémoire.
Dans ses récits le starets témoignait de sa connaissance remarquable de la vie de la cour de Saint-Pétersbourg et de l’étiquette, ainsi que des évènements de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles. Il connaissait tous les personnages politiques et en donnait des appréciations très justes. Le starets parlait avec beaucoup de vénération du métropolite Philarète, de l’archimandrite Photius et d’autres. Il parlait d’Araktchéev, de ses colonies militaires, de son activité, et évoquait Souvorov. Tous ces souvenirs et opinions sur des gens étaient exprimés avec neutralité et douceur.
Le plus souvent le starets Théodore aimait parler des campagnes militaires et des combats, et sans le remarquer il entrait dans de menus détails – par exemple, pour les épisodes de la guerre de 1812 – et suscitait ainsi la perplexité des gens instruits – prêtres, exilés intellectuels – qui l’écoutaient.
Sur Koutouzov il disait que c’était un grand général en chef et qu’Alexandre Ier l’enviait.
« Quand les Français s’approchaient de Moscou, racontait un jour Théodore Kouzmitch, l’empereur Alexandre Ier s’est prosterné devant les reliques de saint Serge de Radonèje et l’a prié avec des larmes. Au moment de la prière, il a entendu une voix intérieure qui lui a dit : “Va, Alexandre, donne carte blanche à Koutouzov, et que Dieu t’aide à chasser les Français de Moscou. Comme le pharaon dans la Mer Rouge, ainsi les Français périront dans la Bérézina…»
Il faut dire que Théodore Kouzmitch ne mentionnait pas l’empereur Paul Ier et n’exprimait pas son opinion sur son fils et héritier Alexandre Ier. D’ailleurs, une fois, quand on a parlé de la mort tragique de l’empereur Paul Ier, le starets a dit à son interlocuteur, le négociant Khromov : « Alexandre ne savait pas qu’ils iraient jusqu’à l’étranglement. » Khromov a entendu un autre récit du starets : quand en Russie, surtout dans les milieux hauts placés, s’est répandu l’intérêt pour les loges maçonniques, l’empereur Alexandre a réuni des ecclésiastiques et de hautes personnalités ; presque tous voulaient adhérer à une loge maçonnique; à ce moment précis, l’archimandrite Photius est entré et a dit : « Que les impurs soient condamnés au silence. » L’assistance ne put ajouter mot et se dispersa.
Quand on a appris, à Tomsk, l’attentat contre l’empereur Alexandre II, le starets Théodore a fait une remarque en parlant à Khromov : « Oui, mon cher, le service du tsar n’est pas sans peine. » Il disait aussi: « La maison des Romanov s’est bien enracinée et sa racine est profonde… Par la grâce de Dieu sa racine est bien profonde… » Après la mort de l’empereur Nicolas Ier, le starets a fait célébrer une pannychide et a beaucoup prié avec des larmes.
Le saint starets Théodore a reçu de Dieu le don de clairvoyance qui accompagne toujours le service de starets envers le prochain.
Par sa vie sainte, le starets Théodore a mérité de recevoir encore un autre don de Dieu : celui de guérison. En guérissant les maladies physiques, le saint indiquait toujours à la personne la vraie raison de sa maladie : le péché.
Au village de Béloyarskoyé, tout au début du séjour du starets, le prêtre ne le voyant pas à la confession, croyait qu’il était vieux-croyant et conseillait aux paysans de se tenir à distance de lui. Un jour, fâché par la conduite du starets, incompréhensible pour le prêtre, il l’a traité devant tout le monde d’athée. Le même jour le prêtre s’est senti mal, et vers le soir, il a du s’aliter. Le médecin venu de Atchinsk a constaté son état désespéré. Alors, sur le conseil des villageois, la famille du prêtre s’est adressée à Théodore Kouzmitch et l’a supplié, en larmes, de pardonner au mourant et de prier pour lui. Ayant rendu visite au malade, le starets lui a fait une remontrance au sujet de l’attitude envers les gens qui ne font de mal à personne, lui a dit à quel point il faut être prudent en jugeant les gens ; ensuite il a ajouté que le malade serait bientôt guéri. Un certain temps après, le prêtre a effectivement guéri et est devenu un admirateur sincère de saint Théodore.
Le négociant Syméon Khromov, chez qui le starets a vécu les dernières six années à Tomsk, respectait profondément le starets. Il a été guéri par ses prières d’une maladie des yeux et jusqu’à sa vieillesse avancée il a pu lire ensuite sans lunettes.
Par ses conversations, remplies de force spirituelle, le starets dirigeait ceux qui venaient le voir sur la voie de la réforme de leur vie pécheresse ; il persuadait les autres de ne pas s’attacher aux biens terrestres ; il inspirait à d’autres encore l’abandon total du monde.
Par sa vie juste et son soin du prochain, le starets Théodore confirmait la parole de l’Apôtre en étant « la bonne odeur du Christ Dieu » (2 Co 2, 15). Comme preuve réelle, chacun pouvait constater constamment que l’air de sa cellule était embaumé, et chacun savait que le starets n’avait jamais de produits aromatiques chez lui. Plus d’une fois, la nuit, on remarqua qu’il y avait de la lumière dans sa cellule, alors que la starets n’allumait jamais ni veilleuse ni bougie.
La vie hors du commun de l’ascète de Sibérie, le mystère de ses origines, donnaient parfois prétexte à une fausse interprétation de la personnalité du starets, surtout pour les gens dénués d’expérience spirituelle. On le prenait pour un « sectaire ». Mais ceux des croyants pieux qui le connaissaient mieux le considéraient starets comme grand serviteur de Dieu.
L’évêque d’Irkoutsk Athanase venait souvent voir le starets dans la région d’Atchinsk, en restant chez lui quelques jours parfois, pour profiter de sa parole instructive.
Saint Innocent de Moscou, apôtre de l’Amérique et de l’Extrême Orient, le visitait et lui témoignait un profond respect.
L’archiprêtre de l’église du cimetière, le Père Pierre Popov, homme menant une vie ascétique, très instruit, ardemment aimé par ses paroissiens (et qui est par la suite, devenu évêque Paul d’Iénisseï), qui fut toujours le père spirituel du starets Théodore, passait chez lui deux à trois fois par an, parfois restait très longtemps chez lui, et recommandait aux paysans de la région de témoigner un respect particulier à saint Théodore car il était « un grand serviteur de Dieu ».
Le célèbre starets Parthène, de la Laure de Kiev racontait qu’une fois une jeune paysanne, fille spirituelle du starets Théodore, était venue lui demander sa bénédiction et qu’il lui avait répondu: « Pourquoi viens-tu demander ma bénédiction, quand vous avez chez vous, à Krasnoretchenskoyé, un grand ascète et serviteur de Dieu ? Il deviendra un pilier entre la terre et le ciel. »
L’évêque de Tomsk Parthène, voulant vérifier les dires selon lesquels le starets ne se confessait et ne communiait jamais, eut une conversation avec lui, après laquelle il a exprimé son opinion à Khromov. D’après lui « le starets était dans l’illusion ». Le starets l’apprenant, dit à Khromov: « Votre évêque est un homme instruit, mais quant à la vie spirituelle, il n’a pas beaucoup d’expérience; je communie tous les jours au pain céleste. » Quelque temps après l’évêque Parthène vit dans un rêve que le saint évêque thaumaturge Innocent d’Irkoutsk lui donnait la communion ainsi qu’au starets Théodore avec le même calice. Après ce rêve l’éminent prélat est devenu bien disposé envers le starets, l’a aimé, et est venu souvent le voir pour parler avec lui de sujets spirituels.
Les dernières années de sa vie, à Tomsk, le starets venait régulièrement au couvent Bogoroditsé-Alexéievsky, et après les offices, il passait chez l’higoumène, l’archimandrite Victor (Lébédev). Le Père Victor estimait beaucoup le starets et n’entreprenait aucune action importante sans son conseil et sa bénédiction.
Les autorités civiles estimaient de leur devoir d’aller voir le starets Théodore et lui témoignaient leur extrême respect. Chaque gouverneur récemment nommé lui rendait visite et ils discutaient longtemps de sujets de vie spirituelle comme d’organisation sociale, que le starets connaissait si bien.
Vraiment le Saint-Esprit reposait sur lui et lui faisait porter beaucoup de fruits. « Il s’est fait tout à tous » (1 Co 9, 22), pour sauver le prochain quel que fut son statut, grade, état civil, niveau spirituel.
Ayant vécu plus de 80 ans, le juste starets Théodore est arrivé à la limite de la vie terrestre. Pour purifier et affiner encore ses sens et faciliter le passage dans l’éternité, le Seigneur accorda au starets une maladie, qui s’aggravait tous les jours. À l’été 1863, au grand regret de toute la famille Khromov, le starets, très malade, a quitté leur maison hospitalière pour aller s’installer au village Béloyarskaya, où il a vécu un certain temps, reclus chez Syméon Sidorov.
Durant la maladie Dieu réconforta son serviteur par des manifestations exceptionnelles.
En décembre Khromov est venu à Béloyarskaya et le starets lui a annoncé qu’il avait l’intention de revenir à Tomsk. Théodore Kouzmitch était tellement malade qu’il ne pouvait pas se déplacer sans l’aide d’autrui.
Avant l’aube du deuxième jour du voyage le starets et les personnes l’accompagnant sont arrivés au village Tourountaïévo, à 60 km de Tomsk. Ils ont quitté le lieu au lever du soleil. Tout à coup, près de Tourountaïévo, des deux côtés du chemin deux piliers lumineux éblouissants, reliant la terre et le ciel, sont apparus. Ces piliers précédèrent la voiture du starets Théodore jusqu’à Tomsk même et devinrent invisibles sur le mont Voskressenskaya. Tous les accompagnants ont vu le phénomène. La fille de Khromov a dit au starets : « Père, il y a des piliers qui nous accompagnent. » Le saint a répondu: « Ô Dieu très pur, je Te remercie… », et il a beaucoup prié discrètement. Après l’arrivée à Tomsk, le hiéromoine Raphaël, du couvent Bogoroditsé-Alexéievsky de Tomsk, fut appelé auprès du starets et l’a confessé et communié.
À partir du début janvier 1864 le starets s’affaiblit de plus en plus. La famille de Khromov s’attristait beaucoup en voyant les souffrances du starets et prenait toutes les mesures possibles pour les atténuer. En voyant leurs larmes, saint Théodore leur disait: « Ne pleurez pas et ne me plaignez pas. Les souffrances et les maladies sont propres à l’homme et ne doivent pas être dures pour un chrétien, parce qu’il ne doit pas choyer son corps et lui donner du repos, mais il doit se souvenir toujours que le corps mourra et pourrira, et voilà pourquoi il faut supporter tranquillement la douleur et attendre la fin inévitable – la mort. »
Le 19 janvier, il est devenu clair que la fin arrivait. À nouveau, le Père Raphaël est venu et a communié le starets.
Même sur son lit de mort, le starets refusait de dire son vrai nom. Il y a, d’ailleurs, un récit de Khromov où il transmet une de ses conversations avec saint Théodore.
À la veille de la mort du saint, Khromov est venu dans sa cellule et, après avoir prié, s’est mis à genoux devant le starets et lui a dit: « Permets-moi, père, de te demander une chose très importante. » « Parle, Dieu te bénira », a répondu le starets. « On dit, – a continué Syméon Théophanovitch Khromov, que tu es Alexandre [Ier] le Béni. Est-ce vrai? » Le starets entendant cela, a commencé à se signer en disant: « Merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur! Il n’y a pas de mystère qui ne soit un jour révélé. » Le lendemain, le starets a continué par les paroles suivantes: « Mon petit Monsieur, même si tu sais qui je suis, ne me rends pas hommage, enterre-moi d’une façon simple. »
Dès le matin du 20 janvier les souffrances du starets ont augmenté. On voyait clairement que le starets luttait contre la mort : tantôt il se couchait sur un côté, tantôt il se soulevait, puis encore se recouchait sur un autre côté, en se signant tout le temps du signe de la croix. Peu avant la mort, les souffrances sont devenues moins fortes, et à 8h45, sans gémissement et paisiblement, il a rendu son âme juste à Dieu. Sa main droite était posée sur sa poitrine comme pour faire un dernier signe de croix. Les voisins des Khromov étant, au moment de la mort du starets, à Verkhnaya, ont vu à trois reprises, une grande flamme sortir de la maison des Khromov. Ils ont cru qu’un incendie avait envahi la maison, mais à leur retour, ils ont appris qu’il n’y avait pas eu d’incendie. Alors ils ont eu l’idée que quelque chose est arrivé au starets. Au même moment, quand ils ont vu la flamme, les pompiers du village l’ont aussi constatée depuis leur tour de guet. Ils ont fait plusieurs fois le tour du village mais n’ont rien trouvé.
La triste nouvelle de la mort du starets s’est vite répandue à Tomsk et ses environs. Plusieurs personnes se sont précipitées vers la maison des Khromov où reposait en paix le corps du juste starets, Théodore Kouzmitch. La pannychide a été célébrée par l’higoumène archimandrite Victor avec d’autres ecclésiastiques au couvent Bogoroditsé-Alexiyevskiy. Les représentants de l’administration de Tomsk et un grand nombre de gens ont assisté à l’enterrement.
Le starets, selon son désir, a été enterré sur le territoire du monastère, vers le nord-est de l’autel principal de la cathédrale du couvent. Par la suite, au-dessus de la tombe du Juste, on a construit une chapelle, qui a été détruite après la révolution, et a été reconstruite il y a quelques années.
Theodore KouzmitchLa cellule et la tombe du starets après sa mort sont devenus des lieux de pèlerinage pour les gens de toutes les couches sociales. On sait qu’en 1891 pendant son séjour à Tomsk, la tombe du starets a été visitée non officiellement par le futur empereur, mais à l’époque tsarevitch, Nicolas II. Avant encore, en 1873, le grand-duc Alexis Alexandrovitch avait visité la tombe et la cellule du Juste Théodore.
À Tomsk on a constaté de nombreuses guérisons de malades, venus prier à la tombe du starets.
La vénération du saint starets Théodore de Tomsk augmentait chaque année. Au début on célébrait régulièrement les pannychides à sa tombe et dans sa cellule, par la suite on a commencé à le faire tous les jours.
Au début du XXe siècle grâce aux efforts de la population de la ville de Tomsk, une chapelle a été érigée sur la tombe de Théodore Kouzmitch. Un cercle de fidèles du starets auprès du monastère a été organisé, avec pour objectif de rechercher et rassembler les documents concernant sa vie pour les publier. On garde précieusement les objets lui ayant appartenu. Sa sainteté et la nécessité de sa canonisation étaient évidentes pour tous. Néanmoins, la canonisation n’a été célébrée qu’en 1984. Le nom du juste Théodore de Tomsk a été porté sur la liste des saints de Sibérie. Le 5 juillet 1995 un événement remarquable se produisit : les reliques du serviteur de Dieu furent retrouvées et placées dans un reliquaire en bois richement travaillé, dans la cathédrale du couvent Bogoroditsé-Alexéievsky.
La mémoire du saint juste Théodore est célébrée chaque année le jour de sa mort, le 20 janvier/2 février et le 5/18 juillet  – jour de la découverte de ses reliques –, et aussi avec tous les saints de Sibérie, le 23 juin.
L’aide miraculeuse de Dieu reçue par les prières du juste Théodore ne cesse pas de nos jours, surtout auprès de ses reliques ouvertement exposées au couvent Bogoroditsé-Alexéivsky de Tomsk.

2. Le tsar Alexandre Ier

Intensément préoccupé de spiritualité dans les dernières années de sa vie, hanté par le meutre de son père le tsar Paul Ier dont il se sentait complice, le tsar Alexandre Ier (le vainqueur de Napoléon qui avait conduit ses troupes jusqu’à Paris et y avait été acclamé) se désintéresse de la politique. Lors d’un voyage destiné à rejoindre un climat plus propice à la santé de l’impératrice, il attrape froid et s’éteint le 2 décembre 1825 à Taganrog, une ville portuaire de la mer d’Azov, au sud de la Russie.
Cette disparition dans une ville si éloignée de Saint-Pétersbourg fait naître de nombreuses spéculations: le corps reposant dans un cercueil clos (contrairement à la tradition orthodoxe) dans la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg ne serait pas le sien mais celui d’un soldat ayant avec lui une certaine ressemblance. Onze ans après la disparition de l’empereur, Théodore Kouzmitch est identifié par de nombreux témoins comme étant le tsar disparu. L’ermite frappe par l’étendue de sa culture, pas sa connaissance de l’histoire, de la politique et des batailles des dernières décennies, par sa connaissance d’épisodes personnels de la vie du tsar Alexandre Ier et de hauts personnages de la cour impériale, par sa prestance et par ses manières raffinées. Plusieurs personnes qui le rencontrent croient reconnaître en lui le Alexandre Ier. Avant sa mort, interrogé par Khromov, il ne dément pas clairement être l’empereur disparu. Lorsqu’il meurt, Khromov fait parvenir un portrait de Théodore au tsar Alexandre III qui, ébranlé par la ressemblance, fait ouvrir le cercueil d’Alexandre Ier. Celui-ci est vide. Un message codé retrouvé sur Théodore qui le portait en permanence sur lui fait allusion à la participation du futur tsar Alexandre Ier au complot qui allait tuer son père et explique assez clairement la raison de son changement d’état: consacrer le reste de sa vie à la pénitence pour expier le péché commis dans sa jeunesse.

3. Le film

Tourné en France, à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Tomsk, dans les lieux mêmes où Alexandre 1er et Théodore Kouzmitch ont vécu, le documentaire de Marc Jeanson, reprend à nouveaux frais l’enquête sur cette énigme de l’histoire (qui avait intéressé Tolstoï et à laquelle André Castelot et Alain Decaux avaient consacré un film, « La double mort du tsar Alexandre 1er »), et pendant une heure et quinze minutes donne la parole à de nombreux témoins indirects et spécialistes : descendants des Romanov ou de proches d’Alexandre, historiens russes et français, archivistes, autorités religieuses, habitants de Tomsk, etc…
Marie-Pierre Rey, professeur d’histoire à la Sorbonne, auteur de la biographie Alexandre 1er, accompagne de sa compétence scientifique cette passionnante enquête dont le but est de lever définitivement le voile sur la véritable identité de Théodore Kouzmitch, saint de Sibérie…
On peut acheter le DVD du film sur le site DCX.

Jean-Claude Larchet

Recension: Hiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, « Le Synaxaire. Vie des saints de l’Église orthodoxe », nouvelle édition des tomes 3, 4 et 5

SynaxaireHiéromoine Macaire de Simonos-Pétra, Le Synaxaire. Vie des saints de l’Église orthodoxe, 2e édition française, corrigée et augmentée, Simonos-Pétra (Mont-Athos), 2014 : tome 3, janvier-février, 690 p. ; tome 4, mars-avril, 560 p. ; tome 5, mai-juin, 656 p.
L’un des événements éditoriaux de la fin de l’année 2014 a été la nouvelle édition de trois volumes du Synaxaire (recueil des Vies des saints de l’Église orthodoxe, classées au jour le jour) réalisé par le Père Macaire, moine d’origine française établi depuis près de trente-cinq ans au monastère de Simonos-Pétra au Mont-Athos. Ils viennent compléter le tome 1, septembre-octobre, paru en 2008, et le tome 2, novembre-décembre, paru en 2010, en attendant le dernier volume de la série (juillet-août), annoncé pour le milieu de cette année 2015.
Il ne s’agit pas d’une simple réimpression de la première édition, publiée dans les années 90, qui a connu un grand succès et est depuis longtemps épuisée, mais d’une édition refondue où les notices ont été révisées, corrigées et complétées, et où de nouvelles notices sont venues s’ajouter, concernant notamment un grand nombre de saints occidentaux et de nombreux saints récemment canonisés appartenant aux diverses Églises orthodoxes locales, ou encore de saints de celles-ci qui avaient été oubliés et dont l’introduction a été suggérée à l’auteur.
Cette nouvelle édition améliore aussi la présentation de la précédente puisque les volumes sont maintenant reliés, que le texte a un rendu typographique excellent, et comportent de nombreuses illustrations de qualité en noir et blanc et en couleur (tirées notamment du superbe Ménologe de Basile II).
Le Synaxaire du Hiéromoine Macaire reprend les notices de grands synaxaires précédemment publiés, en particulier celui de Constantinople (réalisé au milieu du Xe siècle) et celui de saint Nicodème l’Hagiorite (datant du XVIIIe siècle). Mais il les a souvent allongées en puisant dans les Vies des saints. Profitant des progrès de la connaissance historique et des éditions critiques des sources, il a corrigé un certain nombre d’inexactitudes ou précisé certaines approximations que comportaient les textes anciens, travail que fit aussi, avec les moyens de son époque, saint Nicodème l’Hagiorite. Il a également enrichi de nombreuses notices de connaissances nouvelles, s’informant soigneusement auprès des diverses sources hagiographiques. Il a introduit des saints nouvellement canonisés par l’Église, et fait une large place aux saints spécifiquement vénérés par toutes les Églises locales orthodoxes, sans oublier les saints d’Occident d’avant le IXe siècle.
Le Synaxaire du père Macaire est maintenant traduit et publié dans la plupart des pays orthodoxes et y est devenu un ouvrage de référence. Il est lu à table dans de nombreux monastères, car les notices courtes, à la différence de la plupart des Vies des saints, peuvent être parcourues pendant la durée des repas sans subir de coupures.
Son usage est d’une grande utilité aussi dans le cadre de la vie journalière des fidèles orthodoxes, en complément de la prière et des autres lectures spirituelles.
La vénération des saints occupe en effet une place importante dans l’Église orthodoxe, et implique leur commémoration quotidienne. Leurs vertus sont célébrées dans les hymnes des « Ménées », qui s’intègrent aux services liturgiques de chaque jour. Le but des Synaxaires est, d’une manière plus courte que les Vies des saints, de nous faire connaître les grandes étapes de leur existence, les grands traits de leur personnalité, et les actions (intérieures et extérieures) dans lesquelles s’est réalisée ou manifestée leur sainteté. Les Synaxaires nous permettent d’avoir une connaissance précise et concrète de ceux dont le calendrier liturgique se borne à nous donner les noms, et de préciser certaines généralités ou allusions des chants liturgiques. Ils les situent dans leur contexte historique (car le christianisme s’inscrit toujours dans l’histoire concrète de l’humanité), social et religieux. Ils dessinent leur portait et sont un peu comme des icônes écrites. Saint Basile le Grand écrit à ce sujet : « Les Vies des Bienheureux sont comme des images animées de la vie selon Dieu, proposées à l’imitation en leurs bonnes œuvres. De même que les peintres, quand ils peignent une image d’après une autre image, jettent fréquemment les yeux sur le modèle et s’efforcent d’en faire passer les traits dans leur propre ouvrage, de même l’homme qui s’applique à se rendre parfait dans toutes les parties de la vertu doit jeter les yeux sur la vie des saints comme sur des statues qui se meuvent et qui agissent, et par l’imitation faire sien le bien qui était le leur. »
Le but des synaxaires n’est pas de nous faire acquérir un savoir abstrait, mais de nous rendre les saints plus familiers, et de compléter, dans une démarche également contemplative et orante, leur célébration hymnographique. Leur usage n’est pas récent : ils sont les héritiers directs des anciens « Martyrologes » que, dans les premiers siècles, on lisait au cours des réunions de la communauté chrétienne (appelées « synaxes »). Au IVe siècle, cette lecture fut remplacée par des hymnes. Mais la crise iconoclaste, où les attaques contre les icônes furent perçues comme une atteinte portée à la vénération des saints, eut pour issue la réhabilitation non seulement des icônes, mais de la lecture des Vies des saints. Les hymnographes du monastère de Stoudion, qui ont pour une grande part donné aux offices orthodoxes la forme qu’ils ont aujourd’hui, laissèrent, après la sixième ode du Canon des Matines, une place pour la lecture d’un résumé de la vie du saint du jour, appelé « synaxaire ». Du IXe au XIe siècle, on développa la rédaction de ces courtes notices. On les inséra par la suite dans les Ménées, mais on les rassembla aussi dans des éditions séparées, où on les développa souvent davantage.

Le rôle important que jouent les Vies des saints dans la vie spirituelle des chrétiens est souligné dans ce très beau texte de saint Justin Popović (†1979) :
« Qu’est-ce que la Vie des saints ? Rien d’autre qu’une façon de poursuivre les Actes des apôtres. On y retrouve le même Évangile, la même vie, la même vérité, la même justice, le même amour, la même foi, la même éternité, la même force qui vient d’En-Haut, le même Dieu et Seigneur ; car le Seigneur Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui et pour les siècles (He 13, 8), le même pour tous les hommes de tous les temps, accordant les mêmes charismes et les mêmes énergies divines à tous ceux qui croient en Lui. Cette transmission de toutes les forces divines vivifiantes dans l’Église du Christ à travers les siècles et les générations constitue la sainte tradition vivante. Cette sainte tradition se transmet sans discontinuer, en tant que vie charismatique, à tous les chrétiens en qui, par les saints mystères et par les saintes vertus, vit le Seigneur Jésus-Christ qui est tout entier présent dans Son Église, qui est Sa plénitude, la plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout (Ep 1, 23). Le Dieu-homme Seigneur Jésus-Christ est la plénitude très parfaite de la Divinité car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité (Col 2, 9). Les chrétiens doivent, par les saints mystères et par les saintes vertus, s’emplir de toute la plénitude de Dieu (Ep 3, 19). Les Vies des saints font justement apparaître ces êtres pleins du Christ-Dieu, ces êtres christophores, ces personnes saintes en qui est gardée et par qui est transmise la sainte tradition de la vie dans la grâce, gardée et transmise par leur conduite sainte et évangélique. Les Vies des saints, ce sont les saintes vérités évangéliques, transférées dans notre vie humaine par la grâce et les ascèses. Il n’est pas de vérité évangélique qui ne puisse être changée en vie. Toutes ces vérités ont été données par le Christ dans un but unique : devenir notre vie, notre réalité, notre propriété, notre joie. Les saints, sans exception, vivent ces vérités divines comme la quintessence de leur vie et l’essence de leur être. Ainsi les Vies des saints sont à la fois la preuve et le témoignage que notre origine est céleste, que nous ne sommes pas de ce monde mais de l’autre, que l’homme n’est un homme véritable qu’avec Dieu, que si nous vivons sur la terre, c’est par le ciel, car notre cité se trouve dans les cieux (Ph 3, 20).
Les Vies des saints sont des témoignages sacrés de la puissance thaumaturgique du Seigneur Jésus-Christ. Il s’agit en fait de témoignages des saints Actes des apôtres, simplement prolongés à travers les siècles. Les saints ne sont rien d’autre que des témoins saints, comme les saints Apôtres ont été les premiers témoins. Témoins de qui ? Mais du Christ Dieu-homme, crucifié, ressuscité, monté au ciel et éternellement vivant. Ils sont les témoins de l’Évangile source de tout salut, qui continue d’être écrit, sans interruption, de génération en génération car le Seigneur Jésus-Christ, qui est le même pour tous les siècles, continue par la même puissance divine, à faire des miracles par Ses saints témoins. Les saints Apôtres ont été les premiers témoins du Seigneur Jésus-Christ et de Son économie divino-humaine du salut du monde ; leurs Vies constituent des témoignages vivants et immortels de l’Évangile du Sauveur en tant que vie nouvelle, vie pleine de grâce, vie sainte et divino-humaine et donc toujours thaumaturgique et véritable, tout comme est thaumaturgique et véritable la vie même du Sauveur.
Avec les Vies des saints, nous voici au ciel, car avec les saints de Dieu, la terre devient ciel. Nous voici parmi des anges de chair, parmi les christophores. Là où ils sont, le Seigneur tout entier est en eux, avec eux et parmi eux ; là se trouvent toute la Vérité éternelle de Dieu, toute la Justice éternelle de Dieu, tout l’Amour éternel de Dieu, toute la Vie éternelle de Dieu.
Avec les Vies des saints, nous voici au paradis, là où pousse et s’épanouit tout ce qui est divin, saint, immortel, éternel, juste, vrai, évangélique ; en chaque saint a fleuri, par la Croix, l’arbre de la vie éternelle, divine et immortelle qui a donné beaucoup de fruits. La Croix conduit au paradis, elle nous y conduit à la suite du Larron qui, pour nous entraîner, y est entré le premier avec le Christ, le tout-puissant et divin, porteur de la Croix ; il est entré avec la croix du repentir.
Avec les Vies des saints, nous voici dans l’éternité : le temps n’existe plus, parce que chez les saints de Dieu, règnent la vérité divine et éternelle, la justice divine et éternelle, l’amour divin et éternel, la vie divine et éternelle. Pour eux, la mort n’existe plus : tout leur être est empli des forces divines du Christ Ressuscité, de l’unique Vainqueur de la mort, de toutes les morts dans l’ensemble des mondes. La mort n’existe pas pour eux : tout leur être est plein du Seul Immortel, du Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, le plus qu’immortel. Parmi eux, sur la terre, nous nous trouvons parmi les seuls vrais immortels, qui ont vaincu toute mort, tout péché, toute passion, tout démon, tout enfer. Quand nous sommes avec eux, aucune mort ne peut nous atteindre, parce que les saints sont comme des paratonnerres contre la mort. Il n’existe pas de tonnerre qui puisse nous frapper à mort quand nous sommes avec eux, parmi eux, en eux.
Les saints sont des hommes qui vivent sur la terre les vérités saintes, éternelles et divines. Les Vies des saints sont, en réalité, de la dogmatique appliquée, car en eux toutes les saintes et éternelles vérités dogmatiques ont été vécues dans toute leur force vivifiante et créatrice. Elles montrent de toute évidence que les dogmes ne sont pas seulement des vérités ontologiques en elles-mêmes et pour elles-mêmes, mais que chaque dogme est source de vie éternelle et de sainte spiritualité, conformément à l’Évangile plus que vrai de l’unique et irremplaçable Sauveur et Seigneur qui a dit : Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie (Jn 6, 63), car chacune d’elles répand une force salvatrice, sanctificatrice, qui remplit de grâce, vivifie et transfigure.
Les saints sont vraiment des saints parce qu’ils ne cessent de revivre le Seigneur Jésus comme âme de leur âme, conscience de leur conscience, pensée de leur pensée, être de leur être, vie de leur vie. Et chacun d’eux crie avec le saint Apôtre cette vérité : ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (Ga 2, 20).
Plongez-vous dans les Vies des saints : chacune de ces vies répand la force charismatique, vivifiante et salvatrice de la Très-Sainte Mère de Dieu qui les a conduits d’ascèse en ascèse, de vertu en vertu, de la victoire sur le péché à la victoire sur la mort, de la victoire sur la mort à la victoire sur le diable et les amène à la joie spirituelle, là où il n’y a ni maux, ni peines, ni soupirs, mais seulement paix et joie dans l’Esprit Saint (Rm 14, 17), paix et joie issues de la victoire remportée sur tous les péchés, toutes les passions, toutes les morts, tous les esprits mauvais. Tout cela sans aucun doute atteste, par la vie et l’expérience, la vérité du saint dogme sur la Très-Sainte Mère de Dieu plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins, un dogme que les saints serrent dans leur cœur et dans un amour embrasé par la foi. – Si toutefois vous souhaitez avoir mille, deux mille ou des milliers de témoignages incontestables sur la réalité vivante et vivifiante de la très vénérable Croix du Seigneur et obtenir ainsi une confirmation empirique de la vérité absolue du saint dogme sur le caractère salvateur de la mort sur la Croix du Sauveur, alors entrez avec foi dans les Vies des saints. Alors vous pourrez comprendre et voir que pour chaque saint en particulier comme pour tous les saints dans leur ensemble, la force de la croix est une arme qui triomphe de tout, leur permettant de vaincre tous les adversaires de leur salut, qu’ils soient visibles ou invisibles ; vous pourrez ainsi voir la présence de la croix tout au long de leur vie, dans leur âme, leur cœur, leur conscience, dans leur esprit, dans leur volonté et leur corps ; vous la verrez, telle une source intarissable de forces salvatrices et sanctifiantes, les mener sans faille, de perfection en perfection, de joie en joie, et les introduire dans l’éternel Royaume des cieux, là où ne cessent les chants de ceux qui célèbrent et contemplent la beauté inexprimable de la Face du Seigneur. Par leur sainte vie et leurs saintes personnes, les saints de Dieu confirment également, de manière absolument convaincante, non seulement les dogmes cités ci-dessus, mais aussi tous les autres saints dogmes : sur l’Église, la grâce, les saints mystères, les saintes vertus, l’homme lui-même, le péché, les saintes reliques, les saintes icônes, la vie future, tout ce qui constitue l’économie divino-humaine de notre salut. En vérité, les Vies des saints sont une dogmatique empirique ; c’est la dogmatique vécue, dogmatique devenue vie dans la sainte vie des saints hommes de Dieu.
En outre, les Vies des saints portent en elles toute l’éthique orthodoxe, la morale orthodoxe, dans tout l’éclat de sa splendeur divino-humaine et de sa force vivifiante et immortelle. Les Vies des saints ont démontré et prouvé de la façon la plus convaincante que les saints mystères sont la source des saintes vertus, que les saintes vertus sont des fruits des saints mystères : elles en sont issues, elles se développent grâce à eux, elles s’en nourrissent, elles en vivent, elles s’y épanouissent, elles y trouvent leur immortalité et leur éternité. Toutes les lois morales divines sont issues des saints mystères et sont réalisées par les saintes vertus. Voilà pourquoi les « Vies des saints » constituent une éthique vécue, une éthique appliquée. En fait, les Vies des saints démontrent de façon irréfutable que l’éthique n’est rien d’autre qu’une dogmatique appliquée. Toute vie de saint se compose de saints mystères et de saintes vertus, fruits du Saint-Esprit qui opère tout en tous (1 Co 12, 4.6.11).
Que sont encore les Vies des saints ? C’est l’unique pédagogie de l’Orthodoxie. Car elles montrent, et de manière innombrable, parfaitement éprouvée au cours d’une expérience multiséculaire, comment se construit et se développe la personnalité humaine la plus achevée, l’homme idéal le plus achevé, et comment grâce aux saints mystères et aux saintes vertus dans l’Église du Christ, on parvient à constituer cet Homme parfait… qui réalise la plénitude du Christ (Ep 4, 13).
En fait, les Vies des saints constituent une sorte d’encyclopédie orthodoxe. On peut y trouver tout ce qu’une âme affamée, assoiffée de justice éternelle et de vérité éternelle peut désirer en ce monde, affamée et assoiffée d’immortalité et de vie divine. Si tu as soif de foi, tu la trouveras en abondance dans les « Vies des saints » et ton âme rassasiée de cette nourriture n’aura jamais plus faim. Si tu désires l’amour, la vérité, la justice, l’espérance, la douceur, l’humilité, la pénitence, la prière ou toute autre vertu ou ascèse, tu trouveras dans les « Vies des saints » une infinité de maîtres saints pour chaque ascèse et tu recevras le secours de la grâce pour chaque vertu. Si tu souffres le martyre pour ta foi en Christ, les Vies des saints te consoleront, t’encourageront, te fortifieront, te donneront des ailes, au point que tes souffrances se changeront en joie. Es-tu soumis à des tentations ? Les Vies des saints t’aideront à en venir à bout, dès maintenant et pour toujours. Et si tu es menacé par les ennemis invisibles de ton salut, tu pourras grâce aux Vies des saints revêtir l’armure de Dieu (Ep 6, 11.13) de façon à les briser tous, dès maintenant et pour toujours. Si tu te trouves au milieu d’ennemis visibles et persécuteurs de l’Église du Christ, les Vies te donneront le courage et la force de confesser, sans crainte, le seul vrai Dieu et Seigneur Jésus-Christ dans l’ensemble des mondes ; tu te tiendras inébranlable jusqu’à la mort, quelle qu’elle soit, pour Son Évangile, et tu sentiras ton être plus fort que toute mort, et que tout ennemi du Christ ; en souffrant pour le Christ, tu jubileras de joie, sentant que tout ton être, que toute ta vie se trouve dans les cieux, au-delà de toutes les morts, cachée avec le Christ en Dieu (Col 3, 3).
Les Vies des saints montrent d’innombrables mais toujours infaillibles voies de salut, d’illumination, d’initiation, de régénération, de transfiguration, de christification, de déification ; elles nous indiquent également toutes les manières par lesquelles la nature humaine triomphe du péché, de tout péché, comment elle vient à bout de la passion, de toute passion, comment elle triomphe de la mort, de toute mort, comment elle triomphe du démon, de tout démon. On y trouve le remède à tout péché, la guérison de toute passion, la résurrection de toute mort, la délivrance de tout démon, le salut contre tous les maux. Il n’est pas de passion, il n’est pas de péché dont on ne puisse trouver dans les Vies des saints la manière de les vaincre, de les mettre à mort, de les déraciner. Les Vies des saints montrent clairement et de façon évidente qu’il n’est pas de mort spirituelle de laquelle on ne pourrait ressusciter par la force divine du Seigneur Jésus ressuscité et monté au ciel ; il n’est pas de malheur, de tristesse, d’affliction ou de souffrance que le Seigneur, ne change progressivement ou instantanément, en joie paisible et douce, selon la foi que nous avons en Lui… » (Extraits de: Saint Justin Popović, Vies des saints serbes, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Âge d’Homme, Lausanne, 2013, traduction de Lioubomir Mihailovitch).

Ces trois nouveaux volumes du Synaxaire du Père Macaire (vendus maintenant à un prix très abordable), ainsi que les deux précédents de cette nouvelle édition, peuvent être commandés dans les métochia français du monastère de Simonos-Pétra:
— le Monastère de Solan, F-30330 La-Bastide-D’Engras (tel. 04 66 82 94 25 ; www.monasteredesolan.com)
— le Monastère Saint-Antoine-le-Grand, F-26190 Saint-Laurent en Royans (tel. 04 75 47 72 02 ; www.monasteresaintantoine.fr) ;
— le Monastère de la Transfiguration, Néguirat, F-24120 Terrasson (tel. 05 53 50 23 94 ; www.monastere-transfiguration.fr).
L’achat en ligne est possible sur ces deux derniers sites à la rubrique « Librairie ».

Jean-Claude Larchet

Recension: Hélène Bléré, « Le langage de l’icône. Lumière joyeuse »

BlereHélène Bléré, Le langage de l’icône. Lumière joyeuse, éditions Racine, Bruxelles, 2014, 336 p.
Diplômée de l’Écoles supérieure des Arts appliqués, iconographe orthodoxe depuis plus de trente ans, et déjà connue pour les expositions et les conférences qu’elle a faites au cours de ces dix dernières années, Hélène Bléré nous livre dans ce fort et beau volume les réflexions qu’elle a développées et accumulées au fil de son expérience et de l’enseignement qu’elle dispense au sein de l’Atelier Saint-Joseph qu’elle a fondé à Paris en 2005.
Ce livre n’est pas du tout technique; on n’y apprendra pas comment peindre une icône; on y trouvera en revanche un grand nombre d’éléments qui aident à comprendre la nature et la structure d’une icône en général et des différents types d’icônes en particulier.
L’éditeur présente ainsi le projet de l’auteur: « Ce livre offre une vision panoramique et spirituelle du message chrétien à travers le langage spécifique de l’icône. Il a pour but de donner quelques clés de lecture du langage esthétique de l’icône en vue d’une meilleure compréhension de son contenu spirituel. Il cherche à montrer l’adéquation parfaite qui s’établit entre le message chrétien et sa forme visible dans l’icône. »
Le premier chapitre souligne que l’icône est axée sur la personne; tout en insistant sur le visage qui révèle celle-ci, l’auteur présente les autres éléments significatifs que sont le corps en général, les mains, les vêtements… Il présente ensuite les icônes du Christ, de la Trinité et de la Pentecôte, et de quelques saints.
Le deuxième chapitre a pour thème la lumière, manifestation de la gloire divine, qui constitue un des principes fondamentaux du langage de l’icône et permet d’en présenter divers aspects. Partant du prototype que constitue l’icône de la Transfiguration, il montre la différence entre la lumière naturelle et la Lumière divine incréée, la façon dont l’icône exprime symboliquement cette dernière par l’or (ou à défaut des couleurs claires qui s’en approchent), avant de décrire le processus de montée des lumières qui s’accomplit progressivement dans la réalisation de toute icône, de s’intéresser à la dualité ténèbres-lumières (qui s’exprime dans le noir et le blanc) et de décrire (d’une manière nuancée) les significations symboliques des principales couleurs utilisées en iconographie, lesquelles sont différentes formes de vibration de la lumière.
Le troisième chapitre s’intéresse au cosmos transfiguré dont divers éléments (montagnes et rochers, plantes, animaux…) figurent dans l’icône d’une manière particulière que l’auteur aide le lecteur à déchiffrer.
Le quatrième chapitre traite de l’espace et du temps dans l’icône, dont l’auteur montre qu’ils sont une expression de l’espace-temps particulier du Royaume qui transcende l’espace et le temps ordinaires.
Le chapitre cinq est tout entier dédié à la Mère de Dieu, modèle parfait de l’être humain déifié, dont les représentations ont constitué progressivement différents types iconographiques.
Au fil des pages, on trouve de nombreuses autres réflexions, par exemple sur les représentations de la Croix et des anges (auxquels est dédiée une longue section), sur le sens de l’inscription du nom de l’icône, sur la signification du voile rouge ou de la mandorle que l’on trouve dans certaines icônes, sur les relations des icônes et de la liturgie… On trouve aussi, au fur et à mesure que les thèmes abordés les appellent, des commentaires analytiques de nombreuses icônes, accompagnés de citations empruntées aux Pères de l’Église, aux théologiens, aux iconographes et aux historiens de l’art, et illustrés par des reproductions d’icônes contemporaines de belle facture, dont Hélène Bléré, selon la tradition orthodoxe qui veut que l’individualité de l’iconographe s’efface, ne cite pas les auteurs. L’iconographie entièrement originale de ce livre témoigne du fait que des iconographes continuent à œuvrer à notre époque au sein d’une tradition chrétienne bimillénaire qui sait rester fidèle à ses principes fondamentaux, dont le premier est d’exprimer adéquatement, autant que les permettent les formes, les couleurs et les autres moyens symboliques de l’icône, la foi de l’Église orthodoxe.
La structure du livre est peu rigoureuse à l’intérieur des chapitres, mais cela ne constitue pas un handicap, car les différentes sections peuvent être lues comme autant d’études indépendantes. Le style est clair, la pensée juste, les réflexions riches. On a ici l’un des meilleurs livres actuels pour comprendre le monde des icônes.

Jean-Claude Larchet

Recension: Archimandrite Aimilianos de Simonos-Pétra, « Discours ascétiques. Commentaires d’Abba Isaïe »

Aimilianos_Discours_ascetiquesArchimandrite Aimilianos de Simonos-Pétra, Discours ascétiques. Commentaires d’Abba Isaïe. Introduction et traduction française par les moniales d’Ormylia. Préface de l’archimandrite Placide Deseille, Ormylia, 2014, 478 p.
Ce volume rassemble des enseignements dispensés en 1978-1979 par l’higoumène Aimilianos, lors de synaxes qu’il tenait régulièrement à l’intention de la jeune communauté athonite de Simonos-Pétra.
Ils prennent pour base les Discours ascétiques d’Abba Isaïe, un ascète mal identifié mais qui vécut probablement à Scété à la fin du IVe siècle et au début du Ve siècle, et dont l’enseignement (dont une traduction française a été publiée sous le titre Recueil ascétique en 1970 par l’abbaye de Bellefontaine dans la collection « Spiritualité orientale », avec une introduction qui situe l’auteur et sa doctrine spirituelle), s’inspire de l’enseignement des Pères du désert, en particulier d’Évagre et de saint Macaire, tout lui ajoutant la dimension d’une expérience personnelle profonde.
Ces commentaires ne sont pas littéraux, mais s’inspirent à leur tour de la réflexion et de l’expérience personnelle de géronda Aimilianos, ainsi que de sa fine connaissance des problèmes particuliers que peuvent rencontrer à notre époque les jeunes gens qui décident de s’engager dans la voie monastique.
Le père Aimilianos a retenu douze discours sur les trente qui constituent l’œuvre d’Abba Isaïe: 1) Préceptes aux frères qui vivent avec lui; 2) Du statut des débutants et de ceux qui vivent en cellule; 3) De la conscience de ceux qui vivent en cellule; 4) Préceptes sûrs et édification de ceux qui veulent habiter ensemble en paix ; 5) De ceux qui veulent vivre dans une bonne solitude; 6) Sur les vertus; 7) Apophtegmes ; 8) Apophtegmes sur la pratique de l’affliction; 9) Préceptes destinés à ceux qui ont renoncé au monde; 10) De la joie qui advient à l’âme qui veut servir Dieu; 11) Des pensées que doit éprouver celui qui a renoncé au monde et qui vit en étranger; 12) Sur le repentir.
Certains thèmes, on le voit, sont spécifiquement monastiques, d’autres s’adressent plus largement à tous les fidèles désireux de mener une vie spirituelle approfondie.
L’enseignement d’Abba Isaïe est très exigeant, et celui de géronda Aimilianos ne l’est pas moins. Mais chacun, moine ou laïc, peut en tirer profit à sa mesure propre. Comme l’écrit le père Placide Deseille dans sa préface : « C’est à des moines, certes, que géronda Aimilianos, comme Isaïe, s’adressait directement. Mais la vie spirituelle est une. Le moine et le chrétien qui vit dans le monde poursuivent le même but, et les moyens qu’ils doivent utiliser sont identiques, seules les proportions diffèrent selon les divers états de vie. »

Jean-Claude Larchet

« Autres figures athonites du début du XXe siècle », un nouveau volume de la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »

Autres figures athonitesArchimandrite Chérubim Karampélas, Autres figures athonites du début du XXe siècle. Traduction de Maurice-Jean Monsaingeon et des moniales de Solan, introduction de Jean-Claude Larchet, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Age d’Homme, Lausanne, 2014, 184 p.
Ce volume est la suite de celui, paru dans la même collection, intitulé Figures athonites du début du xxe siècle et a été rédigé dans le même esprit et dans le même style – à la fois sobre, frais et vivant – que le précédent.
Il nous présente un nouveau type de moine: celui du confesseur et du père spirituel, représenté par trois grandes figures athonites: l’Ancien Sabbas le Confesseur (1821-1908), l’Ancien Ignace le Confesseur (1827-1927) et l’Ancien Codrat de Karakallou (1859-1940).
Les deux premiers vivaient, entourés de quelques disciples, dans des kalyves; le troisième était l’higoumène d’un grand monastère cénobitique. Leur activité et leurs charismes (notamment de discernement, de clairvoyance et de pré-voyance) les apparentent aux grands startsi qui vivaient à la même époque en Russie. Mais avant cela l’auteur fait bien apparaître leurs qualités spirituelles plus ordinaires, liées à leur charité et à leur humilité: leur sens de l’accueil, la finesse dont ils font preuve dans les relations avec les personnes, leur absence de jugement à l’égard du prochain, leur compassion profonde, mais aussi leur sens de la mesure et leur sagesse dans les conseils donnés aux pénitents pour les aider à s’améliorer.
On voit bien dans ce livre comment s’exerce normalement, dans l’Église orthodoxe, la pratique de la confession et de la direction spirituelle, qui, se révèle être au fond, loin de toute approche juridique, une thérapeutique, un moyen de progresser spirituellement et un soutien paternel, lesquels s’accomplissent dans une relation d’amour mutuel.
Les récits que contient ce livre sont très concrets. Les saints pères qu’ils présentent nous instruisent spirituellement moins par leurs paroles que par leur mode de vie et leur façon d’être, qui nous sont dévoilés par des anecdotes édifiantes, souvent pittoresques, rapportées par des personnes qui les ont connus et fréquentés.
Le livre sera prochainement en librairie; il est déjà disponible à la librairie L’Age d’Homme (5 rue Férou, Paris 6e) et peut être commandé sur le site de la maison d’édition.

« La vie sacramentelle », un nouveau livre de Jean-Claude Larchet aux éditions du Cerf

Larchet_La_Vie_sacramentelleLes éditions du Cerf viennent de publier, sous le titre La vie sacramentelle, un nouveau livre de Jean-Claude Larchet, qui s’inscrit dans la continuité de ses deux précédents ouvrages consacrés à l’Église (L’Église, corps du Christ, tome 1, Nature et structure; tome 2, Les relations entres les Églises): « c’est seulement dans l’Église du Christ, parce qu’elle est Son corps et parce que l’Esprit Saint y est présent et actif, que l’homme peut recevoir la plénitude de la grâce, qui est pour lui la source de tous les biens spirituels présents et futurs. Cette grâce lui est d’abord communiquée, dans le Christ, par l’Esprit, au moyen des sacre­ments ».
Dans ce volume de 600 pages, l’auteur analyse chacun des principaux sacrements dans sa nature, ses fondements historiques, et la riche signification symbolique de sa forme actuelle. Il montre à la fois ses relations avec la vie communautaire et ses implications pour la vie personnelle du chrétien.
La plupart des débats actuels (interchrétiens ou intraorthodoxes) sont abordés en profon­deur, concernant par exemple: les modalités de dispen­sation du baptême; le moment de la chrismation; la nature de l’eucharistie ; la fréquence et les conditions de la communion; la nature et la finalité du mariage; la possibilité du divorce et les conditions du remariage; les problèmes posés par les mariages mixtes; la façon de traiter pastoralement l’union libre; la nature, le sens, le rôle et les formes de la confession et ses relations avec la communion; le domaine d’application de l’onction des malades; la nature de l’ordination et les exigences et responsabilités du ministère sacerdotal.
L’auteur répond à beaucoup de questions concrètes: les sacrements ont-ils une fonction thérapeutique? à quelle fréquence et comment faut-il se confesser? comment doit-on se préparer à la communion? à qui s’adresse le sacrement de l’onction des malades? y a-t-il un mariage pour tous? à quelles conditions le divorce est-il tolérable? quelles sanctions pour les clercs qui ont fauté? les sacrements agissent-ils par eux-mêmes? que doit faire le fidèle pour bénéficier concrètement de la grâce qu’ils dispensent?
Ce livre qui s’appuie largement sur l’Écriture, les Pères et la tradition canonique et liturgique de l’Église orthodoxe, constitue un véritable manuel de vie ecclésiale, qui sera complété par un volume consacré à la vie liturgique.

« Les hommes en trop. La malédiction des chrétiens d’Orient », un nouveau livre de Jean-François Colosimo

coloJean-François Colosimo, « Les hommes en trop. La malédiction des chrétiens d’Orient », Paris, Fayard, 312 p.
Les éditions Fayard viennent de publier un nouveau livre de Jean-François Colosimo, directeur des éditions du Cerf, professeur à l’Institut Saint-Serge, chroniqueur et essayiste dans le domaine de la géopolitique et de la sociologie des religions. Cet ouvrage qui se situe dans la ligne des précédents essais de l’auteur (Dieu est américain, L’Apocalypse russe et Le Paradoxe persan).
Présentation de l’éditeur:
« Coptes, Chaldéens, Arméniens… Nul ne peut plus ignorer leur tragédie. Les journalistes en font leur une, l’opinion s’en émeut, les publicistes l’exploitent. Nul ne sait pourtant vraiment qui ils sont. Hier encore médiateurs entre l’Orient et l’Occident, ces chrétiens des origines sont devenus les otages de la globalisation. Retour du religieux en politique, choc des civilisations, implosion des cultures, éradication des mémoires, sort des minorités, liberté de conscience, avenir de la démocratie, universalité de la laïcité: les voilà placés au cœur des plus graves enjeux planétaires. Or, de notre crise, ils ne sont pas que le signe, mais aussi le prisme.
En rappelant combien ils incarnent le christianisme des sources, en reprenant les heures glorieuses et terribles de leur chronique deux fois millénaire, en montrant comment ils ont résisté aux invasions et aux massacres, aux croisades et aux djihads, et comment seul le règne des idéologies au XXe siècle a inauguré leur déclin, c’est toute une page méconnue de notre histoire que livre ici Jean-François Colosimo. Mais aussi de notre présent le plus brûlant. À l’heure où la sécularisation semble triompher au Nord, et l’intégrisme au Sud, à l’heure aussi où les urnes paraissent consacrer l’islamisme tandis que l’islam lui-même sombre dans une guerre civile entre sunnites et chiites, il n’est d’autre urgence que de renouveler la traditionnelle “Question d’Orient” qui, aujourd’hui comme hier, commande notre vision du monde. Et notre action sur lui. Car c’est aussi de l’avenir des chrétiens d’Orient que dépend notre futur. »
Présentation de l’auteur:
« Qu’ont à nous dire les petites filles aux prénoms tirés de l’Évangile, aux boucles d’oreille arrachées, aux lendemains sans avenir, qui fuient Mossoul dans les bras de leurs parents pour échapper aux djihadistes? 
Que, cette fois, c’en est fini des chrétiens à l’endroit même où est né le christianisme.
Que, pendant des siècles, ils ont survécu en vain comme otages de la domination musulmane, mais aussi du colonialisme européen. 
Que la mondialisation a brisé leur résistance. Que nous venons de les sacrifier à la guerre impériale de l’Amérique contre l’islam, à la guerre civile qui dévore sunnites et chiites. 
Que leur catastrophe est la nôtre, car avec eux sont anéantis notre plus ancienne mémoire, notre seul espoir de médiation entre l’Occident et l’Orient.
Et que nos croisades revanchardes comme nos lamentations humanitaires leur sont amères car, jusque dans leur agonie, nous continuons à les instrumentaliser dans la négation de notre dette de civilisation à leur égard. 
Irak, Syrie, Égypte, Israël, Palestine, Liban, Jordanie, Turquie, Arménie: ce livre éclaire l’actualité à travers vingt siècles d’histoire et permet de comprendre pourquoi cette tragédie signe notre suicide moral. »

Recension: Philippe Henne, « Le vertige divin. La saga des stylites »

HennePhilippe Henne, « Le vertige divin. La saga des stylites », Paris, éditions du Cerf, 2014, 311 p.
Le dominicain Philippe henne, professeur à l’Université catholique de Lille, est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages de vulgarisation sur des Pères de l’Église, grecs et surtout latins.
Dans ce livre, il présente la vie de stylites bien connus qui ont vécu entre le Ve et le VIIIe siècles, comme Siméon l’Ancien, Daniel ou Siméon le Jeune, et moins connu comme Alypius (cependant très populaire dans l’Église serbe où de nombreuses familles l’ont adopté comme saint patron de leur lignée), Luc, Lazare le Galésiote, Josué, Serge.
Une introduction présente la vie monastique en général et ses divers contextes (politique, religieux, économique, ascétique)  au IVe siècle.
Le stylisme, né au début du Ve siècle en Syrie, est une forme d’ascèse très rigoureuse qui consiste à vivre en permanence sur l’espace restreint du chapiteau d’une colonne ou d’une plateforme un peu plus large posée dessus. Les stylites généralement vivaient (et dormaient) debout, et pour garder en permanence cette position ils s’attachaient parfois à des cordes ou à des chaines, et allaient jusqu’à se suspendre par leurs cheveux. Lorsqu’ils devaient s’étendre, ils disposaient à peine de la place pour le faire. Pour les empêcher de chuter, l’espace dont ils disposaient était parfois clôturé, comme le montrent certaines icônes.
Certains stylites, comme saint Alypius, ont mené ce genre de vie pendant plus d’un demi siècle.
Dans son introduction, l’auteur évoque quelques précurseurs des stylites: les moines stationnaires, qui restaient immobiles, le plus  souvent debout, pendant de longues périodes (ce type d’ascèse est pratiqué aujourd’hui encore, dans un autre contexte spirituel, par certains ascètes hindous).
Dans les siècles qui ont suivi la grande période du stylisme, les stylites vivaient parfois sur d’autres supports plus larges. L’auteur mentionne les dendrites qui vivaient sur des arbres, le plus souvent dans des abris ou de petites cabanes qu’ils y avaient construits.
Mais il faudrait ajouter ceux qui vivaient sur d’étroits pics rocheux (comme le montre la vidéo que l’on pourra voir ici et qui présente un stylite actuel), ou dans une petite cellule située au sommet d’une tour: ce fut le cas d’ascètes de Géorgie, marqués par l’influence des treize Pères syriens qui, au VIe siècle, vinrent s’établir dans le pays et y importèrent des pratiques monastiques de leur région d’origine, et cela explique la présence de tours, qui ne sont pas des clochers ni des tours de guet, à côté d’anciennes églises géorgiennes.
Les stylites sont en général des hommes, mais l’auteur signale qu’il y eut aussi quelques femmes stylites, dont la rigueur de vie ne fut pas moindre.
Le stylisme est une forme d’ascèse propre à l’Orient, puisqu’il n’y eut en Occident qu’un seul stylite, saint Walfroy, qui vécut au VIe siècle dans les Ardennes.
Quelques stylites vivaient au milieu d’une communauté de moines. D’autres avaient choisi une vie érémitique, mais cet érémitisme était relatif.
D’une part, ils dépendaient, pour leur nourriture en particulier, de choses apportées par d’autres moines ou par des visiteurs qui les leur faisaient parvenir au moyen de cordes ou d’échelles.
D’autre part, la forme spectaculaire de leur mode de vie – leur élévation au-dessus de sol qui leur assurait une certaine visibilité, et la rudesse de leur ascèse, qui était très impressionnante – a rapidement attiré les foules autour d’eux, et certains stylites sont devenus de véritables « vedettes ». Beaucoup d’entre eux ont ainsi été amenés à consacrer une partie de leur activité à la prédication, à l’exhortation et aux conseils spirituels, et plusieurs ont été des thaumaturges.
Pour écrire ce livre, l’auteur a puisé aux sources principales: les Vies de ces saint ascètes. Son style est très accessible et vivant, et la présentation du livre, qui obéit aux nouvelles normes de l’éditeur suite à une réorganisation générale de la maison d’édition, est aérée et agréable.

Jean-Claude Larchet

Recension: « Divine liturgie de saint Jacques, Frère du Seigneur en slavon et en français »

Liturgie de saint JacquesDivine liturgie de saint Jacques, Frère du Seigneur en slavon et en français, éditions du Séminaire russe orthodoxe en France, Épinay sur Sénard, 2013, 79 p.
Les éditions du Séminaire russe orthodoxe en France (devenues depuis les éditions Sainte-Geneviève), proposent une édition de la liturgie de saint Jacques en version bilingue slavon-français, avec les rubriques en russe et en français, réalisée par le hiéromoine Alexandre Siniakov.
Il s’agit de l’une des plus anciennes liturgies conservées par l’Église orthodoxe. Elle n’est cependant célébrée que le jour de la fête de saint Jacques, « frère » du Seigneur, le 23 octobre, sur l’île de Zakynthos (Zante), et le dimanche après la Nativité (consacré aux ancêtres du Seigneur, où saint Jacques est de nouveau commémoré aux côtés du prophète David et de saint Joseph) à Jérusalem. L’Église russe a découvert cette liturgie au XXe siècle, grâce à l’Église russe hors frontières qui en a publié une édition en 1938, rééditée par le monastère de Jordanville en 1970, et sur cette base le métropolite Nicodème (Rotov) en a institué l’usage, aux fêtes précédemment mentionnées, dans une paroisse de son diocèse de Saint-Pétersbourg. En Europe, elle est célébrée également le jour de la fête de saint Jacques dans la paroisse russe de Frankfurt (ERHF), ainsi que dans la paroisse russe de Göttingen (PM), laquelle en propose un enregistrement audio intégral sur son site Web. On peut également voir sur YouTube des vidéos des célébrations en grec et en slavon. On peut trouver sur internet le texte grec ici, et le texte slavon ici.
La célébration de cette liturgie pose divers problèmes, car il y a de notables différences d’ordo et de texte entre ses différentes éditions disponibles (outre les éditions en slavon précédemment citées, il existe trois éditions grecques: l’une réalisée en  1886 sur l’île de Zante par l’évêque du lieu Mgr Dionysios Latas  – avec cependant des aménagements divers par rapport au texte des manuscrits que l’on utilisait jusque-là –, une deuxième réalisée par les éditions synodales de l’Église de Grèce en 1952, et une troisième publiée par le séminaire de Holy Cross à Boston en 1988). On ne peut pas par ailleurs se référer de manière absolue à la pratique, car elle ne reflète pas une tradition stable et ininterrompue : la liturgie célébrée sur l'île de Zante a fait l'objet, au cours du temps, de diverses modifications, et celle célébrée à Jérusalem a connu des interruptions plus ou moins longues.
La présente édition adopte une position mixte par rappport aux deux principales éditions existantes : elle suit l’ordre de l’édition de l’Église russe hors frontières, mais propose une traduction des prières à partir de l’édition grecque (on aurait aimé que le P. Alexandre Sinaikov, dont l'introduction reste très sommaire, donne davantage de précisions sur ses références et sur ses choix).
Il est à noter qu’une édition critique a été réalisée par Dom B.-Ch. Mercier et publiée dans le tome 26 de la Patrologia orientalis en 1950. Bien qu’inutilisable pour la pratique, cette édition savante devrait normalement pouvoir servir de référence pour l’élaboration d’une édition commune unifiée et fiable si les orthodoxes qui s’intéressent à ce sujet avaient le désir de collaborer et d’harmoniser leurs pratiques… Malheureusement, ici comme ailleurs, chacun fait sa « petite cuisine » dans son coin, sans indiquer clairement ce qu’il a aménagé, ce qui aboutit finalement à jeter le doute sur les différentes versions…
Le nom de cette liturgie et sa réputation d’ancienneté ne doivent pas laisser croire qu’il s’agirait d’une liturgie, conservée jusqu’à nos jours, composée par saint Jacques ou même célébrée à l’époque de l’apôtre Jacques. Il s’agit de la liturgie qui a été, durant les premiers siècles, en usage dans l’Église de Jérusalem dont l’apôtre Jacques a été le premier évêque, mais qui, selon les spécialistes, semble bien avoir une origine antiochienne (comme les liturgies de saint Jean Chrysostome et de saint Basile). Elle est assez proche de la liturgie décrite par saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchèses mystagogiques au IVe siècle, mais elle a subi au siècle suivant, en sa partie centrale, une modification sur le modèle de la prière eucharistique des Pères cappadociens. Le plus ancien manuscrit qui en contient le texte (le Vaticanus graecus 2282) date du IXe siècle. Au témoignage du canoniste Théodore Balsamon (XIIe s.), son usage a été abandonné à Jérusalem au XIIe siècle au profit des liturgies de saint Jean Chrysostome et de saint Basile.
La liturgie de saint Jacques présente la même structure globale que les autres liturgies. Elle s’en distingue par différents  points dont : l’absence de proscomidie (ce qui implique en principe l’usage d’un pain plat, quadrillé pour faciliter son partage) ; la disposition spatiale particulière des célébrants au début de la liturgie ; la participation, dans une proportion importante, de l’assemblée des fidèles (et non du seul chœur) au dialogue avec les célébrants ; la présence d’une lecture de l’Ancien Testament avant la lecture de l’Evangile, laquelle précède la lecture de l’épître ; le chant de l’alleluia avant et après les différentes lectures; une référence substantielle, dans plusieurs prières, à l’Ancien Testament; la communion au corps et au sang du Christ successivement et non simultanément ; une très longue commémoration des saints à la fin de l’anaphore. Les différentes éditions de la liturgie de saint Jacques l’ont écourtée sur ce dernier point et sur quelques autres, car si elle était célébrée dans son intégralité, elle durerait plus de trois heures.
Jean-Claude Larchet

Recension: Patriarche Cyrille de Moscou, « La conversion au Royaume de Dieu. Méditations de carême »

Patriarche Cyrille La conversionPatriarche Cyrille de Moscou, « La conversion au Royaume de Dieu. Méditations de carême », Éditions Sainte-Geneviève, Épinay-sous-Sénart, 2014, 304 p.
L’entrée dans le carême des saints Apôtres rend de nouveau actuel le recueil d’homélies récemment publié par les jeunes éditions Sainte-Geneviève du séminaire russe d’Épinay-sous-Sénart.
Le commentaire de la prière de saint Éphrem le Syrien, qui en constitue les premiers chapitres, est certes plus approprié pour le Grand Carême où cette prière est dite de nombreuses fois chaque jour, mais ses demandes faites à Dieu d’éloigner de nous l’esprit de paresse, d’abattement, de domination et de vaines paroles, et de nous donner un esprit de chasteté, d’humilité de patience et de charité, de nous donner aussi de voir nos péchés et de ne pas juger nos frères, restent valables chaque jour de l’année, et plus encore pendant les temps des quatre carêmes où un effort particulier est demandé à chacun par l’Église. Le jeûne, dont un autre chapitre explique le sens, est quant à lui une pratique qui, dans l’Église orthodoxe, occupe plus de la moitié de l’année. Enfin, les autres thèmes abordés : la prière, la miséricorde, l’espérance, la lecture de la Sainte Écriture, l’apatheia ou quiétude, la synergie entre Dieu et l’homme, l’actualisation des promesses du baptême et l’amour, sont des exigences permanentes de la vie chrétienne sur lesquelles on ne doit pas se lasser de méditer en vue d’une meilleure application quotidienne. Les méditations sur la Semaine sainte qui constituent la dernière partie ont également une portée qui dépasse cette période : le Lundi saint donne lieu ici à une méditation sur la stérilité et la fertilité spirituelles, le mardi sur le jugement de Dieu, le mercredi sur la trahison, le jeudi sur la communion eucharistique, le vendredi sur la miséricorde divine et le sentiment d’abandon, le samedi et le dimanche sur l’espérance et la foi dans le Christ ressuscité.
À travers ses déplacements incessants dans les différents diocèses du pays et ses interventions fréquentes et actives dans les médias, le patriarche Cyrille de Moscou est bien connu en Russie comme un orateur et un prédicateur talentueux. Son sens pastoral s’exprime bien dans ce recueil d’homélies qui restent proches des sources évangéliques tout en abordant un certain nombre de problèmes actuels, qui comportent à chaque fois un enseignement spirituel bien ciblé et directement appliquable, et qui, par la simplicité et la vivacité de leur style, sont accessible à tout public. Ces homélies sont en même temps pour les prêtres un bon modèle de ce que devraient être les homélies dans les paroisses…
Nous donnons ici deux extraits: l’un concerne le jeûne, l’autre la prière.

« LE JEÛNE est une pratique durement mise à l’épreuve à l’époque moderne. Le jeûne a pratiquement disparu de la culture chrétienne occidentale. Dans notre pays, à l’époque de l’athéisme officiel, il n’était pratiqué que par une infime minorité de croyants qui cherchaient à imiter le Sauveur.
Aujourd’hui, le jeûne revient doucement dans notre vie. Cependant, nombreux sont ceux qui jeûnent parce qu’ils croient dans la vertu d’une diète, d’une alimentation allégée pour leur état physique. Certes, le jeûne est bénéfique à tout point de vue. N’importe quel médecin confirmera que l’allégement de notre alimentation agit positivement sur notre organisme et le stimule. En ce sens l’Église de Dieu qui, à la suite du Seigneur, veille au salut des hommes, contribue aussi à leur bien-être physique, notamment en leur conseillant la pratique du jeûne.
Mais les bénéfices du jeûne vont bien au-delà de l’état corporel. Le croyant doit bien comprendre sa signification spirituelle. Étant double par sa constitution – à la foi charnel et spirituel – l’être humain interagit avec son environnement dans ces deux dimensions. Par ailleurs, il y a une forte corrélation entre l’esprit et le corps.
Il est bien connu que par ses facultés intellectuelles et sa volonté l’homme peut contribuer à fortifier son état physique. Par exemple, quand quelqu’un s’affranchit des dépendances et des mauvaises habitudes, notamment de l’usage de l’alcool, du tabac; il lui faut pour cela des forces spirituelles, le résultat, en revanche, bénéficie au corps. Et inversement, en entraînant son corps par des exercices physiques, on contribue à développer la volonté et la force de l’esprit, car cela suppose de vaincre la paresse et le penchant au confort.
Ainsi, nos capacités spirituelles influent sur l’état de notre corps, de même que nos forces physiques se répercutent sur notre état d’esprit. C’est sur ce principe qu’est fondée la pratique du jeûne. En nous limitant et en nous contrôlant dans la consommation de la nourriture, nous entraînons nos sens, nous les rendons plus fins, plus réceptifs, plus sensibles. Notre état spirituel devient ainsi mieux préparé et plus ouvert à l’action de la grâce de Dieu.

« LA PRlÈRE peut transfigurer radicalement la personne humaine.
Certains ne comprennent pas tout à fait ce qu’est la prière. On peut s’interroger: si la prière est une requête adressée à Dieu ou une action de grâce pour ses bienfaits, pourquoi faut-il demander ou remercier aussi longuement et aussi souvent? Pourquoi ne pas faire cela en quelques minutes plutôt que d’y passer des heures?
Peut-on des heures entières, des jours entiers répéter les mêmes paroles, les mêmes prières? C’est au-delà des capacités humaines. On ne peut pas répéter sans cesse la même chose, parce qu’une telle répétition prive les paroles de leur sens; un tel radotage mécanique vide l’homme au lieu de l’enrichir. La prière continue est donc autre chose qu’une simple répétition des mêmes mots.
Aussi bien les liturgies interminables, surtout pendant la période du Carême, que les chrétiens orthodoxes célèbrent des heures durant, ou les exemples de l’oraison continuelle des grandes figures de sainteté, tels Macaire d’Égypte, Marie l’Égyptienne, Séraphin de Sarov, qui passaient des jours, des mois en recueillement, montrent que la prière ne consiste pas dans la reproduction de certaines formules, mais qu’elle est un état particulier de l’esprit humain.
L’Ancien Testament parle des justes et des prophètes comme de ceux qui marchent devant Dieu, qui se tiennent devant sa face (cf. 1 R 9, 4). C’est, bien sûr, une allégorie, mais elle décrit bien l’état d’esprit, très inhabituel, qui caractérise les saints de Dieu: ils se tiennent constamment en présence du Seigneur. Cette exposition au regard de Dieu, l’unité avec lui, qui s’accompagnent d’une joie incomparable, c’est la prière du juste, par laquelle il entre en contact, en communion, avec son Père céleste.
Bien sûr, ce que je viens de décrire est un idéal, difficile à atteindre, mais néanmoins offert à tous, à la portée de tout un chacun. Même si cela ne dure pas des jours et des semaines, mais quelques instants, au cours desquels nous pouvons ressentir vraiment la présence de Dieu, je suis certain que cette expérience bouleverse toujours notre vie; elle la rend meilleure, plus heureuse.
Par quoi faut-il commencer pour marcher devant Dieu, pour aller vers cet idéal de la prière authentique? L’oraison signifie communion avec Dieu, mais elle comporte aussi la dimension d’une conversation: nous pouvons converser avec Dieu, comme nous le faisons avec nos amis, à qui nous racontons notre vi ….. , nos peines et nos joies. Un simple échange avec quelqu’un qu’on aime soulage. C’est le premier degré, le premier pas de la prière: la conversation avec Dieu. Il ne faut pas être gêné de raconter à Dieu notre vie, les événements qui nous ont bouleversés; il ne faut pas hésiter à lui demander l’aide et le conseil. Et quand nous avons obtenu de Dieu ce que nous lui demandions, il ne faut pas oublier de le remercier, d’une manière simple, spontanée, avec les premières paroles qui nous viennent à l’esprit. Ce qui est important, c’est que cela soit fait avec un cœur pur et avec une foi solide. La foi et la confiance en Dieu sont les fondements de la prière.
Qu’est-ce que l’être humain ne demanderait pas à son Dieu! Nous lui ouvrons notre côté le plus intime, nous lui demandons d nous guérir de nos faiblesses spirituelles et physiques, de nous préserver des épreuves, de nous aider dans des circonstances difficiles, de nous guider dans nos rapports avec les autres personnes. Nous parlons avec Dieu de tout ce qui nous préoccupe, de tout ce qui est important pour nous. Cependant, il est évident qu’on ne peut parler, avec des mots ou des idées, pendant des heures!
Le pas suivant dans la pratique de la prière est la louange liturgique, faite en Église. Elle est portée par les paroles des psaumes, des hymnes. C’est la conversation de l’Église, Corps du Christ, avec son Chef, son Sauveur. Cette adresse communautaire à Dieu concentre la sagesse plurimillénaire, l’expérience des générations et des générations de croyants. La liturgie chrétienne révèle le sens de la prière: il est donc important de bien comprendre la signification des textes liturgiques. La liturgie de l’Église est la véritable école de la prière. »

La présentation de l’ouvrage est belle et agréable, et l’édition de bonne facture. On ne peut qu’admirer la traduction du P. Alexandre Siniakov dont le français n’est pas la langue maternelle. Remarquons seulement que pour la prière de saint Ephrem: 1) « esprit de paresse » serait préférable à « esprit d’oisiveté », car l’oisiveté consiste à ne rien faire, tandis que la paresse recouvre aussi le manque de zèle dans les activités spirituelles ; 2) « esprit de goût de pouvoir » est incorrect et redondant, tandis « qu’esprit de domination » est plus correct, a un sens plus large et convient pmieux pour les relations interpersonnelles ; 3) « voir mes péchés » serait préférable à « voir mes fautes », car la notion de péché a une connotation plus spirituelle et une extension plus large que celle de faute (c’est non seulement ce que l’on a fait de mal, mais ce que l’on a mal fait ou ce que l’on n’a pas fait…).

Jean-Claude Larchet

Recension: Messager de l’Église orthodoxe russe, n° 24

Messager 24Messager de l’Église orthodoxe russe, n° 24, janvier-mars 2014, 67 p.
Après plusieurs années d’interruption, le Messager de l’Église orthodoxe russe paraît de nouveau, avec le projet de devenir une publication trimestrielle.
Malgré une présentation qui ressemble un peu trop à celle d’une revue de luxe avec ses pages ultra-glacées au fond entièrement marbré, cette nouvelle version du Messager affiche des ambitions prometteuses puisque ce numéro 24, qui vient de paraître, propose, après une première partie relative à la vie du diocèse, un dossier assez fourni sur une question très actuelle de bioéthique : celle des « mères porteuses ».
Ce dossier est inauguré par un exposé du métropolite Hilarion Alfeyev sur « la pastorale orthodoxe face à la gestation pour autrui », qui rappelle les réflexions sur ce thème du document officiel intitulé Fondements de la doctrine sociale de l’Église orthodoxe russe (un document important en matière d’éthique, qui a été publié en traduction française par les éditions du Cerf en 2007) et les conclusions d’une réunion récente de la Société orthodoxe des médecins [russes].
Il reproduit ensuite la Déclaration du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe datée du 25 décembre 2013, intitulée « Du baptême des enfants nés de mères porteuses » (dont orthodoxie.com avait donné, lors de sa parution, une traduction française en la munissant de sous-titres qui en éclairaient le sens).
Puis vient un article de l’archiprêtre Maxime Kozlov (vice-président du Comité pédagogique du Patriarcat de Moscou) intitulé « Le marché de la GPA ne doit pas se répandre dans notre pays » (la loi en effet, autorise en Russie le recours aux mères-porteuses, et la Russie comme l’Ukraine est devenue le lieu d’un marché lucratif pour de nombreuses officines occidentales qui proposent leurs services aux couples européens ou américains (notamment homosexuels) en quête de cette forme de procréation, qui reste interdite dans de nombreux pays ou moins abordable financièrement.
La réflexion se poursuit par un court article de Vladimir Legoïa, président du Département synodal d’information de l’Église orthodoxe russe, qui commente l’attitude de l’Église russe et rappelle que d’autres Églises locales (de Roumanie, de Serbie, de Bulgarie et de Géorgie en particulier, sont en accord avec elle sur ce point).
Le dossier se clôt par un article de synthèse du Dr Marc Andronikof, chef du service des urgences à l’hôpital Antoine Béclère de Clamart, qui rappelle notamment les contributions de plusieurs théologiens orthodoxes français à la réflexion sur diverses questions actuelles de bioéthique, réflexion à laquelle il a lui-même apporté de nombreuses contributions.
La revue publie ensuite un entretien avec l’évêque Panteleïmon d’Orekhovo-Zouïevo intitulé « Y a-t-il une place pour Dieu dans le monde de la souffrance ? » Sa perspective est intéressante, car au lieu d’aborder la question de la souffrance du point de vue de ceux qui souffrent, comme c’est presque toujours le cas, il évoque ici les devoirs de ceux qui sont épargnés par la souffrance, notamment ceux de mettre l’énergie et les moyens sociaux ou financiers dont ils disposent au service des plus défavorisés. Il rappelle que dans la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare, le riche a été condamné non pour ses richesses, mais pour son refus d’aider Lazare et de lui laisser les miettes qui tombaient de sa table. La question du sens de la souffrance dans le monde trouve une réponse aussi dans l’appel, qu’elle constitue, à la compassion et à l’aide – matérielle, psychologique et spirituelle – du prochain.
Le numéro se clôt avec une belle homélie du saint évêque Hilarion (Troitsky) de Véréia, un nouveau martyr du XXe siècle, qui fut un grand évêque et un grand théologien (connu notamment pour ses travaux d’ecclésiologie). Cette homélie rejoint l’actualité parce qu’elle a été prononcée, en 1913, à l’occasion du 1600e anniversaire de l’édit de Milan dont nous avons célébré l’an dernier le 1700e anniversaire, et que préserver son existence et sa liberté reste pour l’Église une tâche essentielle dans un monde qui devient de plus en plus tolérant à l’égard de toutes les déviations et de plus en plus intolérant vis-à-vis du christianisme.
Pour recevoir ce numéro, on peut s’adresser aux Éditions Sainte-Geneviève, 4, rue Sainte-Geneviève, 91860 Épinay-sur-Sénard (email : editions@seminaria.fr).

Jean-Claude Larchet

Recension: Mgr Justinian Chira, « Les paroles du père spirituel. Un guide de beauté intérieure »

Justinian ChiraMgr Justinian Chira, Les paroles du père spirituel. Un guide de beauté intérieure, Éditions Apostolia, Paris 2013, 83 p.
Ce petit livre au format de poche, publié par les jeunes éditions Apostolia de la Métropole orthodoxe roumaine, présente de courtes réflexions de  Mgr Justinian Chira, évêque retraîté des Maramures.
Portant sur les sujets les plus divers, elles sont empreintes de sagesse et souvent de poésie, et témoignent de l’expérience vaste, riche et profonde de celui qui fut pendant de nombreuses décennies, un moine, un pasteur et un père spirituel apprécié.
En voici quelques extraits:

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Recension: Michel Quenot, « La Maison de Dieu sur terre. Oasis de lumière et de paix »

QuenotMichel Quenot, La Maison de Dieu sur terre. Oasis de lumière et de paix, Orthodruk, Bialystok (Pologne), 2014, 190 p.
L’archiprêtre Michel Quenot – qui est décidément très prolifique puisque c’est le troisième livre qu’il publie en cinq mois – propose dans ce volume des réflexions sur l’église en tant que bâtiment (autrement dit sur le temple chrétien). Comme d’habitude, il s’agit de courtes et libres méditations, écrites dans un style simple, avec une visée avant tout pastorale.
L’ouvrage a d’abord une structure chronologique, réfléchissant sur les temples de l’Antiqité, avant de s’intéresser aux lieux de culte dans l’Ancien Testament, aux relations de Jésus puis des premiers chrétiens et des Pères avec le temple. Prennent place ensuite des réflexions mélangées sur les rapports de l’église à l’Église, au culte et à la vie spirituelle.
L’icône, thème de prédilection de l’auteur conserve dans ce livre une place importante puisque l’église n’est pas seulement un lieu qui renferme des fresques et des icônes, mais a par sa nature et sa structure une fonction iconique.

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Un nouveau livre de Jean-Claude Larchet: « Le patriarche Paul de Serbie. Un saint de notre temps »

Patriarche_PaulJean-Claude Larchet, « Le patriarche Paul de Serbie. Un saint de notre temps », éditions L’Age d’Homme, 2014, 114 p. (collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »).
Le patriarche Paul de Serbie (1914-2009) a acquis, par ses vertus personnelles, une grande popularité dans l’ensemble du monde orthodoxe et bien au-delà. De son vivant déjà, il était vénéré comme un saint, et l’on voit aujourd’hui se multiplier dans les églises des fresques et des icônes qui le représentent.
Ce livre, qui s’appuie sur différents documents et témoignages, présente la biographie et la personnalité de cet homme petit et frêle, qui voulut toujours mener la vie d’un moine pauvre, qui se soumit en tout temps et en toutes circonstances à une stricte discipline ascétique, et qui simple, humble et plein d’amour, resta toujours proche du peuple, faisant de l’Évangile le seul programme de son ministère épiscopal et patriarcal.
Ce portrait spirituel se tient délibérément à l’écart de toute considération politique et ethnique et s’attache avant tout à faire apparaître le patriarche Paul dans la dimension universelle de sa sainteté. Écrit de manière simple et vivante, il est illustré de nombreuses anecdotes pittoresques et savoureuses, ainsi que de paroles du patriarche pleines d’humour et de sagesse, qui rappellent souvent les célèbres apophtegmes des Pères du désert (un chapitre est d’ailleurs intitulé « Apophtegmes»). Un cahier central présente de magnifiques photos dues au diacre Dragan Tanasijević, qui a pu approcher le patriarche au cours de nombreuses célébrations liturgiques, et a réalisé des portraits qui s’apparentent à de véritables icônes.
Source: Éditeur

Recension: Saint Théophane le Reclus, « Lettres de direction spirituelle »

St_TheophaneSaint Théophane le Reclus, Lettres de direction spirituelle. Traduit du russe par Anne Kichilov ; introduction de Bernard Le Caro, Éditions des Syrtes, Paris, 2014, 269 p.
Les éditions des Syrtes publient sous le titre Lettres de direction spirituelle un ouvrage du célèbre évêque et ascète russe saint Théophane le Reclus (1815-1894). Il s’agit à l’origine de lettres adressées à une jeune femme de la haute société russe, à travers lesquelles saint Théophane lui a enseigné progressivement la vie spirituelle, pour laquelle elle montrait des dispositions mais dont elle n’avait pas au départ de connaissance précise. L’ensemble présentant une suite cohérente, Théophane a réécrit ses lettres pour en faire une sorte de traité d’initiation à la vie spirituelle sous forme épistolaire, d’où le titre qui lui a été donné en russe: Qu’est ce que la vie spirituelle et comment y disposer son cœur? Ce livre a eu un grand succès en Russie où il a été publié la première fois en 1878 et a connu ensuite six éditions jusqu’à la Révolution.
Saint Théophane veut tout d’abord poser des bases anthropologiques; autant avertir tout de suite le lecteur que les quinze premières lettres où elles sont exposées n’entrent pas dans le vif du sujet et peuvent même paraître fastidieuses et sans intérêt, puisqu’elle reposent sur des catégories psychologiques et physiologiques de la fin du XIXe siècle qui paraissent aujourd’hui très datées.
C’est à partir de la lettre XVI que Théophane déploie son exposé de la vie spirituelle, abordant pédagogiquement ses différentes étapes et ses divers aspects. Sont ainsi successivement traités, dans un style simple et vivant, les thèmes suivants: le vrai but de la vie présente; l’Unique nécessaire; le péché originel; le dérèglement dans la nature de l’homme; la nécessité de l’union avec Dieu; le relèvement rédempteur de l’homme tombé; le zèle spirituel; le renouveau et la purification de soi-même; l’action cachée de la grâce; la concentration intérieure; la patience et la constance; comment soutenir l’aspiration initiale; la préparation à la sainte communion; la préparation à la confession; les dispositions du cœur; le mystère du repentir et la communion; comment être en harmonie avec la volonté de Dieu; comment l’ennemi essaye de nous égarer; les différentes causes du refroidissement spirituel; le souvenir constant de Dieu; la paix intérieure; la prière sans distraction; comment faire jaillir en soi le souvenir incessant de Dieu; comment transformer le fardeau de la vie en profit spirituel; brûler d’amour pour Dieu; les passions comme obstacle à l’esprit; la lutte contre les passions; les mouvements les plus subtiles des passions; les étapes dans le développement des passions; la prière dans la lutte avec les pensées passionnées; comment purifier le cœur; comment garder l’ouïe et la vue; la lutte active contre les passions; au sujet du chant et de la musique; la solitude; la nécessité d’avoir un bon conseiller; la dépression et la peur; sur la lecture de livres spirituels et des livres séculiers; sur la froideur dans la prière; le vœu de renonciation au monde; le vœu de chasteté; l’aspiration à la vie monastique; les ruses de l’ennemi; les tentations venant des incroyants; l’obéissance aux parents; comment supporter les injustices et les fausses accusations; les anxiétés et les troubles de la fin; le repos après la tempête.
L’œuvre de Théophane est précédée d’une excellente introduction biographique de Bernard Le Caro, basée sur des documents authentiques, pour la plupart inédits en français.
La vie de saint Théophane est particulièrement intéressante.

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Recension: Alexandre Schmemann, « Le Grand Carême »

SchmemannRecension: Alexandre Schmemann, Le Grand Carême, éditions de l’Abbaye de Bellefontaine, Bégrolles-en-Mauges, 1999, 136 p. (Spiritualité orientale n° 13).
En ce début de Grand Carême, le petit livre du Père Alexandre Schmemann qui lui est consacré est particulièrement utile pour comprendre l’organisation, les particularités et le sens de ce temps fort de la vie liturgique et ascétique.
Après une introduction qui présente le Grand Carême comme un « voyage vers Pâques », l’auteur souligne le message essentiel des cinq dimanches préparatoires: le désir pour le dimanche de Zachée, l’humilité pour le dimanche du Publicain et du Pharisien, le retour d’exil pour le dimanche du Fils prodigue, la consicence du Jugement dernier pour le dimanche de Carnaval, et le pardon pour le dimanche de la Tyrophagie que l’Église célèbre aujourd’hui.
Il présente ensuite les prières, lectures et chants propres au Grand Carême, période imprégnée d’une « radieuse tristesse »: la prière de saint Éphrem le Syrien (qui est commentée), les lectures de l’Ancien Testament adaptées à ce temps liturgique (Genèse, Isaïe, Proverbes), et l’hymnologie du Triode (livre liturgique propre à cette période).
Une troisième partie de l’ouvrage est consacrée à la Liturgie des Présanctifiés, qui a la particularité d’être célébrée le soir, les mercredis et vendredis, avec les Saints Dons consacrés à la Liturgie du dimanche précédent. L’auteur y explique les deux significations de la communion (fête et réjouissance de la présence du Christ d’une part, source et force soutenant notre effort spirituel d’autre part), les deux significations du jeûne (total et ascétique), la communion du soir, et enfin l’ordonnance de l’office.
La quatrième partie présente l’esprit du Grand canon de saint André de Crète (chanté les quatre premiers jours de la première semaine et le jeudi de la cinquième semaine), ainsi que les particularités des différents samedis et dimanches de Carême.
L’auteur montre enfin ce que doit être « le carême pour nos vies », soulignant la nécessité de prendre le carême au sérieux, l’importance de la participation aux services liturgiques, de la prière et du jeûne, et montrant comment doit s’instaurer en cette période un « style de vie » particulier.
Une annexe dresse un bref historique du carême.

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Recension: Alexandre Schmemann, « Le Grand Carême »

SchmemannRecension: Alexandre Schmemann, Le Grand Carême, éditions de l’Abbaye de Bellefontaine, Bégrolles-en-Mauges, 1999, 136 p. (Spiritualité orientale n° 13).
En ce début de Grand Carême, le petit livre du Père Alexandre Schmemann qui lui est consacré est particulièrement utile pour comprendre l’organisation, les particularités et le sens de ce temps fort de la vie liturgique et ascétique.
Après une introduction qui présente le Grand Carême comme un « voyage vers Pâques », l’auteur souligne le message essentiel des cinq dimanches préparatoires: le désir pour le dimanche de Zachée, l’humilité pour le dimanche du Publicain et du Pharisien, le retour d’exil pour le dimanche du Fils prodigue, la consicence du Jugement dernier pour le dimanche de Carnaval, et le pardon pour le dimanche de la Tyrophagie que l’Église célèbre aujourd’hui.
Il présente ensuite les prières, lectures et chants propres au Grand Carême, période imprégnée d’une « radieuse tristesse »: la prière de saint Éphrem le Syrien (qui est commentée), les lectures de l’Ancien Testament adaptées à ce temps liturgique (Genèse, Isaïe, Proverbes), et l’hymnologie du Triode (livre liturgique propre à cette période).
Une troisième partie de l’ouvrage est consacrée à la Liturgie des Présanctifiés, qui a la particularité d’être célébrée le soir, les mercredis et vendredis, avec les Saints Dons consacrés à la Liturgie du dimanche précédent. L’auteur y explique les deux significations de la communion (fête et réjouissance de la présence du Christ d’une part, source et force soutenant notre effort spirituel d’autre part), les deux significations du jeûne (total et ascétique), la communion du soir, et enfin l’ordonnance de l’office.
La quatrième partie présente l’esprit du Grand canon de saint André de Crète (chanté les quatre premiers jours de la première semaine et le jeudi de la cinquième semaine), ainsi que les particularités des différents samedis et dimanches de Carême.
L’auteur montre enfin ce que doit être « le carême pour nos vies », soulignant la nécessité de prendre le carême au sérieux, l’importance de la participation aux services liturgiques, de la prière et du jeûne, et montrant comment doit s’instaurer en cette période un « style de vie » particulier.
Une annexe dresse un bref historique du carême.

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Recension: Jean Chrysostome, « Homélies sur la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte », tome 1

Chrysostome_ResurrectionJean Chrysostome, Homélies sur la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte, tome 1. Introduction, texte critique, traduction notes et index par Nathalie Rambault, Éditions du Cerf, Paris, 2013, 322 p., « Sources chrétiennes » n° 561.
La collection « Sources chrétiennes »  a entrepris la publication, en deux volumes, des homélies de saint Jean Chrysostome sur la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte.
Ce premier tome rassemble quatre homélies sur la Résurrection. Les deux premières datent des années que Jean Chrysostome a passées comme prêtre à Antioche, soit de 386 à 397 (date à laquelle il est devenu patriarche de Constantinople) ; la suivante (présentée sous une forme longue et sous une forme brève ») est une compilation postérieure de deux siècles.
L’homélie « Sur la résurrection des morts » est très longue (la durée de sa prononciation est évaluée à environ quarante minutes), si bien que l’on peut supposer qu’elle a été conçue comme une préparation à la fête de Pâque plutôt que comme une homélie pour la Liturgie de Pâque. Elle  consiste essentiellement en une exégèse de 2 Co 4, 8-9.14-18 et 5, 1-5, qui vise à conforter la foi de l’auditoire en la résurrection des corps face aux négations gnostiques et manichéennes ; après avoir argumenté en faveur de cette résurrection, saint Jean Chrysostome s’efforce d’en préciser les modalités, et souligne qu’elle est au centre de l’économie du salut (« Tout dépend de la Résurrection » dira-t-il ailleurs) ; puis il montre comment le Saint-Esprit en est le garant, avant d’inviter ses auditeurs à mener une vie digne de leur foi en cet événement déterminant pour l'existence humaine.
L’homélie « Contre l’ivresse et sur la Résurrection » a probablement été prononcée à Pâque, lors de l’office de l’aube auquel participaient les nouveaux baptisés. Saint Jean Chrysostome  commence par mettre en garde son auditoire contre les débordements qui suivent habituellement la rupture du jeûne. Il stimagtise en particulier l’ivresse, après en avoir examiné les différentes formes et les divers effets néfastes. Il invite ensuite les fidèles à préférer à l’ivresse physique, l’ivresse  spirituelle que l’on reçoit par l’euchariste au jour très joyeux de la fête de la Résurrection, après la rude préparation du grand carême. Après avoir montré l’importance de la résurrection du Christ pour l’humanité tout entière, il montre que le baptême est une première résurrection (qui relève l’homme déchu de la mort du péché) et une seconde création, et expose les exigences ascétiques qui permettent de conserver et developper en soi la grâce de ce sacrement.

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Recension: Saint Silouane, « Écrits » – 3 CD audio d’extraits des écrits de saint Silouane lus par S. E. le métropolite Joseph.

SilouaneLa Métropole roumaine de France et d’Europe occidentale, qui avait publié il y a deux ans, un beau CD contenenant la lecture d’extraits des écrits de saint Silouane de l’Athos publiés par l’archimandrite Sophrony (Saint Silouane l'Athonite (1866-1938) Vie, doctrine et écrits, Cerf, 2010) poursuit cette belle entreprise par la pulication de deux nouveaux CD (vol. 1 et 3). Les trois volumes couvrent maintenant les trois-quarts des écrits du célèbre saint russe du Mont-Athos.
Bien que son nom ne soit pas mentionné par modestie, on reconnaît immédiatement le lecteur: monseigneur Joseph, métropolite de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, qui, malgré le grand nombre de ses occupations, ajoute une nouvelle dimension à sa remarquable activité pastorale, et fait bénéficier les auditeurs de sa voix paisible et chaleureuse.
Cette édition sera utile aux malvoyants, mais aussi à ceux qui souhaitent occuper leur esprit pas des textes spirituels lorsqu’ils se livrent à des travaux manuels, ou encore à ceux qui souhaitent recevoir d’une nouvelle manière ces enseignements et témoignages qui sont devenus des classiques de la spiritualité orthodoxe contemporaine.
Le CD1 contient les chapitres suivants: Nostalgie de Dieu; De l’humilité; De la paix; Du repentir; De l’amour; Des pensées pasionnelles et de l’illusion spirituelle; Récits d’expériences vécues et de quelques rencontres et conversations avec des ascètes.
Le CD2: De la grâce; De la volonté de Dieu et de la liberté; Des moines; Du combat spirituel.
Le CD3: De la prière; Les lamentations d’Adam; Récits d’expériences vécues et de quelques rencontres et conversations avec des ascètes; Pensées ascétiques, conseils et observations.

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Recension: Saint Silouane, « Écrits » – 3 CD audio d’extraits des écrits de saint Silouane lus par S. E. le métropolite Joseph.

SilouaneLa Métropole roumaine de France et d’Europe occidentale, qui avait publié il y a deux ans, un beau CD contenenant la lecture d’extraits des écrits de saint Silouane de l’Athos publiés par l’archimandrite Sophrony (Saint Silouane l'Athonite (1866-1938) Vie, doctrine et écrits, Cerf, 2010) poursuit cette belle entreprise par la pulication de deux nouveaux CD (vol. 1 et 3). Les trois volumes couvrent maintenant les trois-quarts des écrits du célèbre saint russe du Mont-Athos.
Bien que son nom ne soit pas mentionné par modestie, on reconnaît immédiatement le lecteur: monseigneur Joseph, métropolite de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, qui, malgré le grand nombre de ses occupations, ajoute une nouvelle dimension à sa remarquable activité pastorale, et fait bénéficier les auditeurs de sa voix paisible et chaleureuse.
Cette édition sera utile aux malvoyants, mais aussi à ceux qui souhaitent occuper leur esprit pas des textes spirituels lorsqu’ils se livrent à des travaux manuels, ou encore à ceux qui souhaitent recevoir d’une nouvelle manière ces enseignements et témoignages qui sont devenus des classiques de la spiritualité orthodoxe contemporaine.
Le CD1 contient les chapitres suivants: Nostalgie de Dieu; De l’humilité; De la paix; Du repentir; De l’amour; Des pensées pasionnelles et de l’illusion spirituelle; Récits d’expériences vécues et de quelques rencontres et conversations avec des ascètes.
Le CD2: De la grâce; De la volonté de Dieu et de la liberté; Des moines; Du combat spirituel.
Le CD3: De la prière; Les lamentations d’Adam; Récits d’expériences vécues et de quelques rencontres et conversations avec des ascètes; Pensées ascétiques, conseils et observations.

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Recension: Michel Quenot, « Des flambeaux de lumière et leur icône. Nos Pères dans la foi »

Quenot FlambeauxMichel Quenot, Des flambeaux de lumière et leur icône. Nos Pères dans la foi, Éditions Orthdruk et Éditions du Signe, Bialystok et Strasbourg, 2013, 224 p.
Le protopresbytre Michel Quenot propose dans ce nouveau livre une série de chapitres consacrés à trente Pères de l’Église, grecs et latins, des huit premiers siècles:  Clément de Rome, Polycarpe, Justin, Irénée de Lyon, Origène, Cyprien de Carthage, Antoine le Grand, Pachôme, Athanase d'Alexandrie, Hilaire de Poitiers, Éphrem le Syrien, Basile le Grand, Grégoire le Théologien, Grégoire de Nysse, Cyrille de Jérusalem, Macaire le Grand, Ambroise de Milan, Jean Chysostome, Cyrille d'Alexandrie, Augustin d’Hippone, Jean Cassien, Diadoque de Photicé, Pseudo-Denys l’Aréopagite, Benoît de Nursie, Grégoire le Grand,  Dorothée de Gaza, Jean Climaque, Maxime le Confesseur, Isaac le Syrien et Jean Damascène.
Ces chapitres brefs (de 2 à 4 pages) sont un libre hommage, s’appuyant sur quelques traits marquants de leur vie et de leur œuvre, à ces grandes figures du christianisme qui furent et restent des « flambeaux de lumière » pour l’Église et pour le monde.

 

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Recension: Le monastère orthodoxe serbe de Devič. Textes rassemblés et traduits par Lioubomir Mihailovitch

Monastere-de-DevicLe monastère orthodoxe serbe de Devič. Textes rassemblés et traduits par Lioubomir Mihailovitch, Paris, 2013, 88 p. 3€ (disponible à l’église orthodoxe serbe Saint-Sava, 23 rue du Simplon, Paris 18e)
Lioubomir Mihailović, traducteur de plusieurs ouvrages de spiritualité orthodoxe, dont les Vies des saints serbes de St Justin de Tchélié, retrace dans le présent opuscule, à l’aide de différents textes parus dans des ouvrages, périodiques ou émissions en langue serbe, l’histoire mouvementée du monastère serbe de Devič, situé au Kosovo.
Le monastère de Devič doit sa célébrité à saint Joannice (Joanikije).
La première partie de ce petit livre est la traduction d’un article écrit par le patriarche Paul de Serbie (qui séjournait souvent dans ce monastère, alors qu’il était évêque de Prizren), qui évoque la vie de saint Joannice. Originaire de la région serbe de Dioclée, d’une famille très pieuse, celui-ci naquit dans la seconde moitié du XIVe siècle, peu de temps avant le début de l’occupation turque. Très jeune, il prit la décision de se consacrer à Dieu ; il quitta donc le tumulte du monde et se fixa dans une grotte isolée, située sur la Crna Reka (Rivière noire) près du fleuve Ibar, où il pratiqua l’ascèse dans une solitude totale. Quand les gens entendirent parler de l’ascèse sévère à laquelle il se livrait et qu’ils vinrent en grand nombre pour le voir et prendre conseil auprès de lui, saint Joanikije quitta le lieu où il vivait et s’enfuit dans la contrée inhospitalière de la Drenica, où il se cacha dans la forêt profonde de Devič. Il s’y établit dans le vallon d’un ruisseau de montagne et y vécut au creux d’un hêtre. La grandeur de son ascèse n’est connue que de Dieu, mais l’importance de ses dons de thaumaturge montre combien elle fut agréable au Seigneur. C’est à Devič que saint Joanikije construisit une église dédiée à la Présentation de la Très Sainte Mère de Dieu au Temple, devenant ainsi le fondateur de ce monastère. Par la suite, le second fondateur du monastère de Devič fut le souverain serbe de l’époque, le despote Djuradj Branković (1427-1456), en signe de gratitude envers saint Joanikije pour la guérison miraculeuse de sa fille malade, Mara. Plus tard, ce monastère abrita une importante communauté monastique masculine, qui acheva la construction du monastère et de son église. À la suite de la présentation de saint Joanikije devant le Seigneur, le 2 décembre 1430, on édifia une petite chapelle sur sa tombe, demeurée intacte jusqu’à nos jours. Peu après la dormition du saint, des guérisons se produisirent auprès de ses reliques, et cela continua dans les siècles qui suivirent.

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Recension: Archimandrite Chéruvim Karampelas, « Figures athonites du début du XXe siècle »

Figures athonitesArchimandrite Chéruvim Karampelas, Figures athonites du début du xxe siècle. Introduction de Jean-Claude Larchet, traduction de Maurice-Jean Monsaingeon revue par les moniales de Solan, Éditions L’Age d’Homme, Lausanne 2013 (collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »).
Ce nouveau volume de la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » est un recueil de cinq Vies d’ascètes remarquables du Mont-Athos dont la sainteté s’est révélée lors des premières décennies du xxe siècle : l’Ancien Joachim de la skite de Sainte-Anne (1895-1950), l’Ancien Athanase de Grigoriou (1873-1953), l’Ancien Callinique l’Hésychaste (1853-1930), l’Ancien Daniel de Katounakia (1846-1929) et l’Ancien Isaac de Dionysiou (1850-1932). L’auteur – l’archimandrite Chérubim (Karampelas), un ancien moine athonite qui a fondé le monastère bien connu du Paraclet à Oropos, près d’Athènes – a pu rencontrer plusieurs d’entre eux ou recueillir auprès de ceux qui les ont connus des témoignages de première main.
Ces spirituels sont très différents par leur forme d’intégration dans le monachisme et constituent pour ainsi dire un « échantillon représentatif » des divers modes de vie du Mont-Athos : cénobitisme pour l’Ancien Athanase et l’Ancien Isaac, vie en toute petite communauté – constituée d’un Ancien et d’un, deux ou trois moines – pour l’Ancien Joachim et l’Ancien Daniel, érémitisme pour l’Ancien Callinique.
Ces spirituels sont également très différents par leurs personnalités. Ils ont la même foi, le même idéal, la même ascèse, les mêmes vertus, le même parfum de la grâce divine, mais les expriment de façon variée, témoignant une fois de plus que la vie chrétienne conforme à la tradition, tout en étant profondément unifiée, en reposant sur les mêmes principes et les mêmes pratiques, ne nivelle pas les personnalités, mais permet au contraire à chaque personne de s’épanouir en Dieu selon sa propre identité, d’accom­plir par Sa grâce le meilleur d’elle-même, et de révéler plei­nement sa vraie personnalité.
Ces Vies ont d’abord une valeur spirituelle: ces moines sont des exemples de chrétiens qui ont totalement consacré leur vie au Christ, qui sont parvenus, par leurs efforts conjugués avec la grâce divine, au faîte des vertus et qui ont reçu de l’Esprit divers charismes (de discernement, de guérison, de prophétie…) qu’ils ont mis au service du prochain.
Elles ont aussi une valeur historique. On a beaucoup parlé du renou­veau athonite provoqué, dans les années 1960-1970, par l’afflux de jeunes moines venus repeupler des monastères qui n’étaient plus habités que par quelques moines âgés, et y restaurer le cénobitisme sous la conduite d’higoumènes jeunes et cultivés. Mais cet apport fut surtout quantitatif, et le premier souci de ces higoumènes ne fut pas d’innover ou de rénover, mais de se mettre à l’école de quelques Anciens renommés qui continuaient à entretenir discrètement mais fidè­lement la tradition athonite.

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Recension: Archimandrite Chéruvim Karampelas, « Figures athonites du début du XXe siècle »

Figures athonitesArchimandrite Chéruvim Karampelas, Figures athonites du début du xxe siècle. Introduction de Jean-Claude Larchet, traduction de Maurice-Jean Monsaingeon revue par les moniales de Solan, Éditions L’Age d’Homme, Lausanne 2013 (collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »).
Ce nouveau volume de la collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » est un recueil de cinq Vies d’ascètes remarquables du Mont-Athos dont la sainteté s’est révélée lors des premières décennies du xxe siècle : l’Ancien Joachim de la skite de Sainte-Anne (1895-1950), l’Ancien Athanase de Grigoriou (1873-1953), l’Ancien Callinique l’Hésychaste (1853-1930), l’Ancien Daniel de Katounakia (1846-1929) et l’Ancien Isaac de Dionysiou (1850-1932). L’auteur – l’archimandrite Chérubim (Karampelas), un ancien moine athonite qui a fondé le monastère bien connu du Paraclet à Oropos, près d’Athènes – a pu rencontrer plusieurs d’entre eux ou recueillir auprès de ceux qui les ont connus des témoignages de première main.
Ces spirituels sont très différents par leur forme d’intégration dans le monachisme et constituent pour ainsi dire un « échantillon représentatif » des divers modes de vie du Mont-Athos : cénobitisme pour l’Ancien Athanase et l’Ancien Isaac, vie en toute petite communauté – constituée d’un Ancien et d’un, deux ou trois moines – pour l’Ancien Joachim et l’Ancien Daniel, érémitisme pour l’Ancien Callinique.
Ces spirituels sont également très différents par leurs personnalités. Ils ont la même foi, le même idéal, la même ascèse, les mêmes vertus, le même parfum de la grâce divine, mais les expriment de façon variée, témoignant une fois de plus que la vie chrétienne conforme à la tradition, tout en étant profondément unifiée, en reposant sur les mêmes principes et les mêmes pratiques, ne nivelle pas les personnalités, mais permet au contraire à chaque personne de s’épanouir en Dieu selon sa propre identité, d’accom­plir par Sa grâce le meilleur d’elle-même, et de révéler plei­nement sa vraie personnalité.
Ces Vies ont d’abord une valeur spirituelle: ces moines sont des exemples de chrétiens qui ont totalement consacré leur vie au Christ, qui sont parvenus, par leurs efforts conjugués avec la grâce divine, au faîte des vertus et qui ont reçu de l’Esprit divers charismes (de discernement, de guérison, de prophétie…) qu’ils ont mis au service du prochain.
Elles ont aussi une valeur historique. On a beaucoup parlé du renou­veau athonite provoqué, dans les années 1960-1970, par l’afflux de jeunes moines venus repeupler des monastères qui n’étaient plus habités que par quelques moines âgés, et y restaurer le cénobitisme sous la conduite d’higoumènes jeunes et cultivés. Mais cet apport fut surtout quantitatif, et le premier souci de ces higoumènes ne fut pas d’innover ou de rénover, mais de se mettre à l’école de quelques Anciens renommés qui continuaient à entretenir discrètement mais fidè­lement la tradition athonite.

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Recension: Jean Paquereau, « Au jardin des plantes de la Bible.
Botanique, symboles et usages »

 PaquereauJean Paquereau, Au jardin des plantes de la Bible.
Botanique, symboles et usages. Préface du pasteur Jean Adnet Jean Adnet, Institut pour le Développement Forestier, Paris, 2013, 416 p.
Jean Paquereau, membre de la communauté protestante d’Orléans, est un passionné de plantes qui, pendant sa longue carrière d’horticulteur-pépiniériste, a introduit, multiplié et cultivé de très nombreuses plantes, originaires de tous les continents. À la retraite il s’est particulièrement intéressé aux plantes de la Bible et a consacré plusieurs années à à préparer le présent livre, qui rend hommage aux plantes en expliquant leur valeur « agronomique » ou artisanale; mais aussi symbolique, par le prisme des espèces citées dans la Bible.
À chaque espèce correspond une fiche décrivant ses noms en différentes langues, son espèce selon la classification scientifique, ses critères de reconnaissance, des conseils de culture ou d’utilisation, ainsi que, le cas échéant, ses vertus médicinales; sans oublier les légendes et traditions qui l’entourent, agrémentées d’anecdotes qui permettent de la découvrir, ou de la redécouvrir.
Le livre resitue aussi les éspèces par des citations bibliques qui révèlent leur symbolisme, leur sens spirituel, ou le regard porté sur elles il y a plusieurs milliers d’années. Cent-dix espèces sont répertoriées, classées par type (arbres, arbres à fruits, arbrisseaux, céréales, légumes, condiments, fleurs, aquatiques, désertiques, épineuses, baumes, parfums, poisons) et bénéficiant d’une iconographie abondante (photos, souvent prises par l’auteur in situ, et dessins).
Finalement cet ouvrage permet non seulement de prêter une attention plus grande à certaines mentions de la Bible, mais encore invite à voyager hors du temps au sein de la flore moyen-orientale, pour revenir ensuite « cultiver son jardin » extérieur et intérieur, en acclimatant les plantes découvertes et en méditant sur les épisodes bibliques qu’elles rappellent.

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Recension: Michel Quenot, « L’Ami des hommes »

L_Ami_des_hommesMichel Quenot, L’Ami des hommes. Invitation à la rencontre de Celui qui est, Éditions du Signe, Strasbourg, 2013, 129 p.
Le protopresbytre Michel Quenot, bien connu pour ses nombreux ouvrages – dont la plupart sont consacrés aux icônes – nous donne ici un recueil de courtes méditations sur ce que peut apporter le Christ à l’homme contemporain désorienté dans sa quête de liberté et de bonheur.
Il part de la constatation que nous vivons dans un monde déshumanisé, où règnent les machines (aujourd’hui électroniques), où la personne est oubliée, où notre identité est menacée, et où « l’interreligieux » mêle les religions en une nouvelle Babel où finit par se perdre toute notion du vrai Dieu. Il constate parallèlement que tous les hommes aspirent au bonheur mais échouent souvent à le trouver faute de prendre la bonne direction, tandis que dans notre société post-chrétienne peu de chrétiens sont capables de l’indiquer faute de témoigner authentiquement des valeurs chrétiennes.
Il propose alors, face à l’impasse d’un monde sans Dieu, une redécouverte du Christ, qui est, « Celui qui est » vraiment (Ex 3, 14), mais aussi, selon une expression mainte fois répétée dans les prières liturgiques, « l’Ami des hommes ».
Cette redécouverte prend la forme de brèves réflexions aux titres évocateurs: « L’Invisible devenu visible », « Le Visage des visages », « L’amour en acte », « Un Dieu personnel », « L’expérience de Dieu », « Le désir réorienté », « Un visage de Lumière », « La tragédie assumée et vaincue », « Un seuil vers le Royaume », « La Lumière du monde », « Une société plus humaine », « Une parabole pour notre temps », « Connais-toi toi-même », « Deviens ce que tu es », « Naître avec et entrer dans la lumière », « L’unification de la personne », « Le don du face à face véritable », « À la source de la Vie », « Un choix pour la vie », « La beauté du monde spirituel, « La bonne odeur du Christ », « Le Seul toujours fidèle », « La vraie richesse », « La mort apprivoisée », La vie après la mort », « Du néant à l’être », « De la vie à la Vie », etc.

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Recension: Michel Quenot, « L’Ami des hommes »

L_Ami_des_hommesMichel Quenot, L’Ami des hommes. Invitation à la rencontre de Celui qui est, Éditions du Signe, Strasbourg, 2013, 129 p.
Le protopresbytre Michel Quenot, bien connu pour ses nombreux ouvrages – dont la plupart sont consacrés aux icônes – nous donne ici un recueil de courtes méditations sur ce que peut apporter le Christ à l’homme contemporain désorienté dans sa quête de liberté et de bonheur.
Il part de la constatation que nous vivons dans un monde déshumanisé, où règnent les machines (aujourd’hui électroniques), où la personne est oubliée, où notre identité est menacée, et où « l’interreligieux » mêle les religions en une nouvelle Babel où finit par se perdre toute notion du vrai Dieu. Il constate parallèlement que tous les hommes aspirent au bonheur mais échouent souvent à le trouver faute de prendre la bonne direction, tandis que dans notre société post-chrétienne peu de chrétiens sont capables de l’indiquer faute de témoigner authentiquement des valeurs chrétiennes.
Il propose alors, face à l’impasse d’un monde sans Dieu, une redécouverte du Christ, qui est, « Celui qui est » vraiment (Ex 3, 14), mais aussi, selon une expression mainte fois répétée dans les prières liturgiques, « l’Ami des hommes ».
Cette redécouverte prend la forme de brèves réflexions aux titres évocateurs: « L’Invisible devenu visible », « Le Visage des visages », « L’amour en acte », « Un Dieu personnel », « L’expérience de Dieu », « Le désir réorienté », « Un visage de Lumière », « La tragédie assumée et vaincue », « Un seuil vers le Royaume », « La Lumière du monde », « Une société plus humaine », « Une parabole pour notre temps », « Connais-toi toi-même », « Deviens ce que tu es », « Naître avec et entrer dans la lumière », « L’unification de la personne », « Le don du face à face véritable », « À la source de la Vie », « Un choix pour la vie », « La beauté du monde spirituel, « La bonne odeur du Christ », « Le Seul toujours fidèle », « La vraie richesse », « La mort apprivoisée », La vie après la mort », « Du néant à l’être », « De la vie à la Vie », etc.

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Recension: Grégoire de Nysse, « Contre Eunome », II

Contre Eunome IIGrégoire de Nysse, « Contre Eunome », II. Texte grec de W. Jaeger (GNO I). Introduction, traduction, notes et index par Raymond Winling, Éditions du Cerf, Paris, 2013, 560 p. (Sources chrétiennes n° 551).
Le « Contre Eunome II » de saint Grégoire de Nysse, bien que constituant une partie essentielle de la réfutation de l’« Apologie de l’apologie » d’Eunome à laquelle s’est livré le grand Cappadocien prenant la suite de son frère Basile de Césarée, a été relégué par ses éditeurs anciens à la fin du « Contre Eunome III », en raison de son caractère très technique. C’est à juste titre que dans cette édition il reprend sa vraie place. Ce traité est en effet l’un des plus remarquables jamais écrits, par les écrivains et les philosophes religieux sur la nature du langage, et il retient aujourd’hui encore l’attention des linguistes. Ayant à la base comme but de contrer la doctrine d’Eunome selon laquelle le nom d’ « inengendré » exprimerait l’essence même du Père et les noms seraient révélés, l’évêque de Nysse examine de manière approfondie le rapport du langage aux réalités qu’il exprime (quelles soient naturelles ou divines) et à la raison humaine, et il tente de préciser ce qu’il doit à celles-là et à celle-ci. L’une des questions essentielles abordées ici est : dans quelle mesure peut-on adéquatement parler de Dieu ? C’est notamment dans cette partie du Contre Eunome que saint Grégoire montre, à la suite de saint Basile de Césarée, que Dieu est inconnaissable dans Son essence mais est en revanche connaissable dans Ses énergies. On peut voir ici, comme dans le Contre Eunome de saint Basile, que la distinction de l’essence et des énergies divines, souvent considérée par des théologiens occidentaux comme une innovation de saint Grégoire Palamas, est déjà ici nettement posée avec une argumentation forte. Mais la question est abordée ici aussi de savoir dans quelle mesure les Noms divins, qui correspondent pour la plupart aux énergies divines, expriment adéquatement la réalité auxquelles ils se rapportent. Saint Grégoire de Nysse a une réponse mitigée : nous connaissons bien et nommons bien quelque chose de Dieu, mais notre connaissance et les noms qui l’expriment, tout en étant véridiques, ne sont pas un pur reflet des réalités divines connaissables, mais doivent quelque chose à notre raison et à la capacité créative que Dieu lui a donnée. Comme l’a exprimé de son côté saint Jean Chrysostome en des termes moins techniques, l’apophatisme ne concerne pas seulement l’essence divine, mais porte aussi dans une certaine mesure sur les énergies qui, si elles sont connaissables et exprimables, ne le sont pas pleinement, l’arrière-fond mystérieux de celles-ci correspondant à ce qui les rattache à l’essence. Comme l’avait déjà fait remarquer saint Basile, il est d’autant plus vrai, en ce qui concerne Dieu, que les concepts et les mots restent en deçà de la réalité, que la réalité matérielle elle-même ne peut être pleinement connue ni exprimée.
L’ouvrage suit un plan assez compliqué, non du fait de Grégoire lui-même, mais du fait que sa réfutation épouse les méandres de l’argumentation d’Eunome.
Cette édition est munie d’une riche introduction due à Raymond Winling – professeur émérite à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg – à qui l’on doit aussi une traduction claire et précise.

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Recension: Jean Chrysostome, « L’impuissance du diable »

Chrysostome.DiableJean Chrysostome , « L’impuissance du diable ». Introduction, texte critique, traduction et notes par Sœur Adina Peleanu, Éditions du Cerf, 2013, 240 p. (« Sources chrétiennes » n° 560).
Ce nouveau volume de la collection « Sources chrétiennes » est la publication d’une thèse de doctorat soutenue en 2007 à l’EPHE par œur Adana Peleanu, moniale du monastère de la Protection de la Mère de Dieu à Limours (patriarcat de Roumanie).
Le volume est doté d’une longue introduction qui présente le texte dans son histoire et son contenu.
On considérait, depuis l’édition de Montfaucon au début du XVIIIe siècle, qu’il existait une série de trois homélies sous le thème De la tentation du diable. Sœur Adina montre la première homélie de cette série doit en réalité se rattacher à la série De l’obscurité. Elle édite donc ici les homélies 2 et 3 en les regroupant sous un nouveau titre: L’impuissance du diable.
Ces deux homélies ont été prononcées par Jean Chrysostome à Antioche peu après le début de son sacerdoce en 386. Saint Jean Chrysostome, partant d’une analyse de ce qu’est le diable, justifie l’existence de celui-ci en montrant le profit spirituel que l’on peut tirer en vainquant ses tentations ; mais il souligne en même temps que le pouvoir du diable est limité. D’une part, celui-ci ne peut accomplir que ce que Dieu lui permet de faire ; d’autre part il n’a pas d’accès dans l’âme du chrétien dont la volonté n’entre pas en connivence avec lui.

Saint Jean Chrysostome montre que les véritables causes du mal ne sont pas le diable ni la nature (sur ce second point, il vise le manichéisme), mais la négligence (rathumia) et le mauvais choix. Dieu a créé l’homme libre, et c’est la façon dont ce dernier use de son libre arbitre qui est déterminante pour l’accomplissement du bien ou du mal. Pour cette raison le diable est impuissant devant le libre choix humain, et son existence n’a d’autre but que de l’éprouver, ce dont le fidèle peut tirer un grand profit spirituel en faisant, chaque fois qu’il est tenté, le choix de Dieu. Parmi les exemples bibliques  que fournit saint Jean Chrysostome, se détache la figure de Job, qui, contrairement à Adam et Ève, a fait le bon choix. Il propose alors, sur ces bases, à ses auditeurs, des moyens d’obtenir le pardon et la purification de leurs péchés. Il énonce à cet effet cinq voies de conversion: la reconnaissance de ses propres péchés; le pardon des ennemis; la prière zélée et attentive; l’aumône; la modération et l’humilité. Il invite aussi ses auditeurs à la vigilance intérieure (nepsis) qui est un moyen essentiel pour remarquer et affronter les tentations, et pour faire en toutes circonstance le bon choix. Il leur propose enfin de prendre exemple sur la grande figure biblique de Job, pour y puiser consolation et patience face aux épreuves, mais aussi constance dans la confiance en Dieu.

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Recension: « La cathédrale de Monreale.
 La splendeur des mosaïques »

Monreale« La cathédrale de Monreale. La splendeur des mosaïques ». Introduction Cataldo Naro, textes introductifs de David Abulafia et Massimo Naro, photographies de Daniele De Lonti, Santo Eduardo Di Miceli et Jurij Gallegra, Éditions du Cerf, Paris, 2013, 333 p. (Images et beaux livres).
Dans la collection « Images et beaux livres », les éditions du Cerf publient un ouvrage magnifique dédié aux mosaïques byzantines de la cathédrale de Monreale (Sicile). Cet ouvrage correspond à un réel besoin, puisque toutes les publication antérieures ne présentaient qu’un choix de mosaïques alors que celui-ci les présente toutes.
Cette église fut inaugurée le 15 août 1176. Sa construction avait été ordonnée par le dernier souverain normand Guillaume II, et réalisée entre 1172 et 1176. Le bâtiment lui-même (dont on a quelques photos dans la partie introductive de l’ouvrage) est une combinaison des trois styles présents à cette époque en Sicile : arabe, roman-normand et byzantin. Il  a une longueur de 102 mètres, une largeur de 40 mètres et une hauteur de 35 mètres.
Les murs et le sol de la cathédrale sont recouverts de marbre dans leur partie inférieure, dans le style islamique. La partie supérieure des murs est entièrement couverte de mosaïques byzantines sur fond d’or, sur une superficie totale de 6 340 m2.
L'abside est entièrement occupée par la figure d’un immense Christ Pantocrator. Sous le Christ, est représentée la Mère de Dieu, avec, à ses côtés, les archanges Gabriel et Michel, ainsi que les apôtres Pierre et Paul avec les autres apôtres. La rangée inférieure représente différents saints.
Les mosaïques de la nef et du mur ouest présentent deux rangées de scènes de la Genèse : dans la rangée du haut, la Création en six jours, jusqu'à l’expulsion du paradis, et dans la rangée du bas, des scènes de la vie des patriarches Noé, Abraham, Isaac et Jacob.
Les mosaïques du chœur et du transept représentent des scènes de la vie du Christ, de l’Annonciation à l’Ascension, et la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Sur les murs de la nef sont représentés les miracles du Christ. Les mosaïques de la chapelle et de l’abside latérale nord représentent des scènes de la vie des Apôtres, tandis que la chapelle et l’abside du côté sud montrent des scènes de la vie de saint Pierre.

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Recension: « La cathédrale de Monreale.
 La splendeur des mosaïques »

Monreale« La cathédrale de Monreale. La splendeur des mosaïques ». Introduction Cataldo Naro, textes introductifs de David Abulafia et Massimo Naro, photographies de Daniele De Lonti, Santo Eduardo Di Miceli et Jurij Gallegra, Éditions du Cerf, Paris, 2013, 333 p. (Images et beaux livres).
Dans la collection « Images et beaux livres », les éditions du Cerf publient un ouvrage magnifique dédié aux mosaïques byzantines de la cathédrale de Monreale (Sicile). Cet ouvrage correspond à un réel besoin, puisque toutes les publication antérieures ne présentaient qu’un choix de mosaïques alors que celui-ci les présente toutes.
Cette église fut inaugurée le 15 août 1176. Sa construction avait été ordonnée par le dernier souverain normand Guillaume II, et réalisée entre 1172 et 1176. Le bâtiment lui-même (dont on a quelques photos dans la partie introductive de l’ouvrage) est une combinaison des trois styles présents à cette époque en Sicile : arabe, roman-normand et byzantin. Il  a une longueur de 102 mètres, une largeur de 40 mètres et une hauteur de 35 mètres.
Les murs et le sol de la cathédrale sont recouverts de marbre dans leur partie inférieure, dans le style islamique. La partie supérieure des murs est entièrement couverte de mosaïques byzantines sur fond d’or, sur une superficie totale de 6 340 m2.
L'abside est entièrement occupée par la figure d’un immense Christ Pantocrator. Sous le Christ, est représentée la Mère de Dieu, avec, à ses côtés, les archanges Gabriel et Michel, ainsi que les apôtres Pierre et Paul avec les autres apôtres. La rangée inférieure représente différents saints.
Les mosaïques de la nef et du mur ouest présentent deux rangées de scènes de la Genèse : dans la rangée du haut, la Création en six jours, jusqu'à l’expulsion du paradis, et dans la rangée du bas, des scènes de la vie des patriarches Noé, Abraham, Isaac et Jacob.
Les mosaïques du chœur et du transept représentent des scènes de la vie du Christ, de l’Annonciation à l’Ascension, et la descente de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Sur les murs de la nef sont représentés les miracles du Christ. Les mosaïques de la chapelle et de l’abside latérale nord représentent des scènes de la vie des Apôtres, tandis que la chapelle et l’abside du côté sud montrent des scènes de la vie de saint Pierre.

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Recension : Archimandrite Michel Kozlov, « Récits d’un pèlerin russe à la recherche de la prière »

Pèlerin russeArchimandrite Michel Kozlov, Récits d’un pèlerin russe à la recherche de la prière. Nouvelle traduction du russe de Chantal Crespel-Houlon, postface d’Alexis Pentkovski, Paris, Editions du Cerf, 2013, 197 p.
On se réjouit de voir enfin paraître ce livre qui était en préparation depuis plus d’un an aux éditions du Cerf. Il nous donne en effet à relire avec bonheur, dans son texte original, les fameux Récits d’un pèlerin russe, un grand classique de la spiritualité orthodoxe qui a orienté beaucoup de ses lecteurs vers la pratique de la Prière de Jésus, la lecture de la Philocalie, et l’Église orthodoxe elle-même.
Ces Récits ont été connus pour la première fois, dans leur version française, par une traduction du philosophe Jean Laloy, qui les a publiés en 1943 (sous le pseudonyme de Jean Gauvain) dans les Cahiers du Rhône ; ils ont ensuite été réédités en livre de poche par les éditions du Seuil où ils ont connu une très large diffusion. Cette édition se basait sur une édition russe publiée à Kazan en 1870, puis, avec des améliorations, en 1881, 1882 et 1884. Les recherches du père (aujourd’hui archimandrite et higoumène) Basile Grolimund, menées d’abord sur les notes du P. Paul Florensky, lui ont permis d’avancer l’hypothèse que l’auteur des récits pourrait être l’higoumène Michel (Kozlov) du monastère de la Trinité de Selenginsk. La poursuite de ses recherches au monastère Saint-Panteleïmon au Mont-Athos, lui a permis d’établir qu’un manuscrit découvert dans ce monastère et qui avait servi de base à deux autres éditions russes (monastère Saint-Panteleïmon, 1882 et monastère Saint-Michel-Archange, 1884) n’était pas l’original comme l’avait pensé S. Bolchakoff en 1971. La poursuite de ces recherches a permis de découvrir ce texte original au monastère d’Optino, et d’établir que son auteur était bien l’higoumène Michel Kozlov. C’est sur le texte de ce manuscrit d’Optino (Opt 456) que se fonde cette nouvelle version française.

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Recension: Jean Emériau, « Guide de la faune et de la flore bibliques »

EmériauJean Emériau, « Guide de la faune et de la flore bibliques », Paris, Desclée de Brouwer, Paris, 2013, 324 p.
Cet ouvrage, après un exposé général de la situation géographique et du climat des terres bibliques, nous présente, dans une première partie, plus de soixante-dix animaux évoqués dans la Bible, dans une deuxième partie, approximativement le même nombre d’arbres, d’arbustes ou de végétaux, et dans une annexe, une dizaine de minéraux et d’autres éléments de la nature. Chacun d’eux fait l’objet d’un chapitre donnant ses noms en hébreu, en grec et en latin, analysant son utilisation dans la Bible, citant largement un passage de l’Écriture qui en fait mention de manière caractétristique, ainsi qu’un passage d’un auteur ancien, grec ou latin, historien ou naturaliste, qui l’évoque, et proposant, dans un encadré, une petit commentaire libre de l’auteur. Un glossaire, quatre tableaux, sept cartes et des index complètent cet ouvrage qui se présente comme un guide.
Ce livre permet de mieux connaître certaines plantes, animaux ou minéraux qui nous sont peu familiers, ou de les redévouvrir sous un nouveau jour à la lumière de leur contexte biblique.

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Jovan Nikoloski