18/10/2017
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Résultats de la recherche : P. Christophe Levalois

Atelier littéraire avec le P. Christophe Levalois le samedi 8 avril sur la royauté et le sacré

royaute_sacreL’atelier littéraire « Littéramorphose » recevra Christophe Levalois pour évoquer son livre La royauté et le sacré, éditions du Cerf, coll. Lexio, 2016. Quels sont les liens entre la royauté et le sacré ? Quels sont également les liens entre la vie spirituelle, la royauté et l’organisation des sociétés dans l’histoire ? En quoi la royauté est aussi l’image de l’être relié au ciel ? Quels sont ses symboles ? Dans quelle mesure cette institution est universelle ? Quelle est l’histoire de la royauté ? Des textes seront lus et des images projetées pour illustrer cette présentation. L’atelier (Facebook) aura lieu le samedi 8 avril de 16h à 18h – paroisse orthodoxe roumaine dans la crypte Saint-François de L’église Saint-Sulpice 33-35, rue Saint-Sulpice, 75006 Paris. Entrée libre.
Christophe Levalois est enseignant, prêtre orthodoxe (paroisse Saint-Séraphin de Sarov, 15e), rédacteur en chef d’Orthodoxie.com.
Ses deux ouvrages aux éditions du Cerf, Prendre soin de l’autre – Une vision chrétienne de la communication et La royauté et le sacré pourront être acquis et dédicacés.

P. Christophe Levalois : « La vitalité orthodoxe ne peut qu’être stimulante pour l’Occident »

Le web magazine PHILITT, consacré à la philosophie, à la littérature et au cinéma, s’est entretenu avec le P. Christophe Levalois sur le rapport de l’orthodoxie à l’Occident, quelques jours après l’inauguration de la nouvelle cathédrale orthodoxe russe à Paris.

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p. Christophe Levalois

PHILITT : L’Eglise orthodoxe, plus particulièrement l’Eglise orthodoxe russe s’est récemment retrouvée au centre de polémiques diplomatiques avec la France. Est-ce pour vous le symptôme d’une tension plus profonde, spirituelle, culturelle, et non pas seulement politique, entre Orient et Occident ?

Christophe Levalois : Oui, d’une tension profonde et ancienne, mais surtout d’une incompréhension. À part des spécialistes, des chercheurs remarquables et quelques personnes, en France l’Orient est peu connu, c’est également vrai pour l’Europe orientale. Cela s’explique notamment par le fait que l’enseignement scolaire n’offre qu’une place très limitée aux cultures orientales et à leur histoire. C’est également vrai pour la Russie. Certains n’hésitent pas à faire remonter cette situation à Charlemagne ! Même si Anne de Kiev fut reine de France au XIe siècle. La recréation d’un empire en Occident (conçu comme étant la résurgence de l’Empire romain, l’empereur portait le titre d’empereur des Romains) a suscité une opposition à l’Empire romain d’Orient (un intitulé que nous préférons à Empire byzantin, une création occidentale du XVIe siècle). Déjà, peu d’années auparavant, au concile de Francfort, en 794, sous l’impulsion de Charlemagne qui n’était pas encore empereur, le deuxième concile de Nicée, en 787, fut condamné. L’opposition était là principalement théologique, mais la rivalité politique n’est pas à exclure.

Cet éloignement est en fait un lent processus qui a duré tout le Moyen Âge, du début à sa fin. Le théologien catholique Yves Congar, dans un ouvrage passionnant sur cette question, paru en 1954, Neuf cents ans après – Notes sur le « Schisme oriental » (Chevetogne), évoque cet « estrangement », cette ignorance réciproque qui progresse lentement au fil du temps, pour toute une série de raisons, dont on peut relever les étapes, les périodes de confrontation, d’éloignement, ou, au contraire, les moments où des efforts sont faits pour renouer le dialogue. Nul doute que la tension que vous évoquez, l’incompréhension et la distance que l’on peut observer, ont là leurs racines.

Malgré le sac de Constantinople en 1204 et la volonté occidentale d’implanter par la force un empire latin à Constantinople (qui existe de 1204 à 1261), le dialogue, bien que difficile, parfois suspendu, n’était pas encore rompu. Par contre, la chute de Constantinople, en 1453, consacre définitivement une rupture entre l’Occident et l’Orient chrétien. Dans les années qui suivent, la Russie, État indépendant, alors que la plupart des pays de tradition orthodoxe sont sous la domination de l’Empire ottoman, a voulu reprendre le flambeau de l’orthodoxie (troisième Rome) et de cet héritage oriental. Ce faisant, elle a aussi reçu et repris cet « estrangement ». Par la suite, elle fut regardée à la fois comme une puissance redoutable, mais aux marges de l’Europe, y compris culturellement, en dépit des efforts de ses élites pour s’occidentaliser. La concurrence religieuse entre catholicisme et orthodoxie s’est transportée en Europe de l’Est et a aussi laissé des blessures, comme en témoigne aujourd’hui encore en Ukraine et en Roumanie la question uniate [les Églises uniates étaient des Églises de la communion orthodoxe, désormais ralliées à l’autorité du pape de Rome, ndlr]. La IIIe République s’est rapprochée de la Russie à la fin du XIXe siècle pour former après la Triple entente contre l’Allemagne, mais l’installation du communisme dans ce qui est devenu l’URSS a ravivé pour le moins la méfiance et un clivage considérable, sinon une coupure. Actuellement, on peut constater que des positions et réflexes acquis durant l’entre-deux-guerres et lors de la Guerre froide demeurent.

Le résultat aujourd’hui est que les Russes connaissent mieux la culture française que les Français la culture russe. Cette situation est vraiment regrettable, car non seulement, nous mettons des distances avec des populations qui ont un préjugé très favorable vis-à-vis de nous, notamment en raison de notre héritage historique et culturel, mais aussi parce que nous sommes complémentaires, on le voit dans nos approches intellectuelles, la rigueur française d’un côté, l’ampleur et l’illimité russes de l’autre, qui produisent une fascination réciproque pouvant être fructueuse pour chacun.

Le dernier ouvrage du p. Christophe Levalois

Le dernier ouvrage du p. Christophe Levalois

Le christianisme oriental — malgré les persécutions récentes — semble s’être régénéré au sortir de la Guerre froide tandis qu’en Occident, la pratique a décliné durant les dernières décennies. Voyez-vous dans la vitalité spirituelle orientale un espoir pour l’Occident ?

Cela fait penser à la phrase de Léon Bloy en 1916 (dans Au Seuil de l’Apocalypse), « J’attends les Cosaques et le Saint-Esprit » ! Ce qu’il faut comprendre concernant cette vitalité, en effet remarquable, c’est que malgré les terribles et régulières persécutions — le mois dernier le métropolite d’Oufa en Russie a estimé que les martyrs pour la foi s’élèvent à 500 000 rien que pour l’URSS — le christianisme a résisté. Il y a d’une part une sorte de rattrapage, car l’Église était très sévèrement corsetée. Aussi, sa croissance durant ces 25 dernières années est phénoménale. Le Patriarcat de Moscou comptait 7 000 églises en 1991, elles sont maintenant environ 35 000, avec, il faut le remarquer, une partie importante, environ la moitié, en dehors du territoire de la Russie, notamment en Ukraine et en Biélorussie. En Roumanie, ce fut aussi le cas. Sait-on que les Roumains sont l’un des peuples les plus pieux d’Europe aujourd’hui avec 85% de la population qui se rattache à l’Eglise orthodoxe ? À ce pourcentage, il faut ajouter celui des autres confessions, au moins 10% ! Ou encore, autre exemple peu connu, l’Albanie où l’Église orthodoxe renaît de ses cendres et rassemble 11% de la population (certains pourcentages montent jusqu’à 20%).

D’autre part, en Russie, l’Église orthodoxe est la seule institution historique qui a traversé la tourmente soviétique. Désireux de renouer avec leur histoire, les Russes trouvent dans l’Église un lien organique vivant avec celle-ci. Enfin, pour l’État et le pays en reconstruction, l’Église est une institution solide, bien organisée, très présente, sur laquelle les pouvoirs publics peuvent compter. En effet, cette vitalité ne peut qu’être stimulante pour l’Occident. L’Église catholique ne s’y est pas trompée. Elle multiplie les collaborations avec les Églises orthodoxes, y compris dans les domaines culturel et artistique. Cette synergie s’exprime aussi vis-à-vis des organisations internationales comme les instances européennes où catholiques et orthodoxes tâchent de défendre des valeurs communes. Religieusement et spirituellement, les contacts sont aussi très stimulants. Ainsi, les catholiques, depuis déjà un bon nombre d’années, ont découvert l’icône. Les chants orthodoxes ont aussi inspiré des communautés catholiques.

La présence orthodoxe en France n’est pas nouvelle, on pense notamment aux migrations russes de 1917. Mais celle-ci est toujours restée discrète. Est-ce le symptôme d’une incompatibilité réelle ou supposée entre deux cultures, ou une volonté de préserver un particularisme ?

La présence de l’orthodoxie en France remonte au XIXe siècle. Il est vrai qu’il s’agissait alors de communautés étrangères : russe, à Paris, la cathédrale Saint-Alexandre Nevsky est consacrée en 1861, et sur la côte d’azur, roumaine, à Paris, l’église des Saints-Archanges dans le Ve arrondissement est consacrée en 1892, grecque, à Marseille depuis la première moitié de ce siècle. Ce furent des communautés d’exilés et à part quelques personnes, elles se voyaient comme telles. Elles ne se sentaient pas une vocation à essaimer et à diffuser leur foi dans la société française. Donc, en effet, cela tenait plus de la préservation du particularisme avec le désir pour ses membres de conserver un rattachement à une communauté malmenée par l’histoire. Cependant, une orthodoxie francophone s’est développée au XXe siècle (la première paroisse francophone date de 1928), d’une part avec les générations suivantes, qui se sont pleinement intégrées à la société française, d’autre part avec des convertis.

Jean-Claude Larchet

Jean-Claude Larchet

Y a-t-il en Orient un regard particulier sur les orthodoxes occidentaux ? Existe-t-il, malgré la communion, une fracture, et peut-être un malaise d’être à la fois orthodoxe et occidental ?

Je ne crois pas. C’est même le contraire. En France, ce que l’on a appelé l’École de Paris, notamment autour de l’Institut Saint-Serge, fondé en 1925, a joué un rôle très important, à l’échelle internationale, dans la continuation d’une dynamique, née en Russie au XIXe siècle, qui a redécouvert les fondements de la foi orthodoxe, l’héritage théologique des Pères de l’Eglise et la tradition hésychaste, c’est-à-dire mystique. De nombreux responsables d’églises en Orient sont passés par Paris et y ont beaucoup appris. Des auteurs orthodoxes ayant vécu en France ont toujours une grande influence dans toute l’orthodoxie, et par-delà, c’est le cas de Serge Boulgakov, de Vladimir Lossky, de Paul Evdokimov, d’Alexandre Schmemann, de Jean Meyendorff, d’Olivier Clément, et aujourd’hui de Jean-Claude Larchet, pour ne prendre que quelques exemples. Il est vrai qu’il existe aussi, parfois, une défiance vis-à-vis de l’Occident et de la société occidentale, voire une hostilité, qui se traduit entre autres par une méfiance dans les relations œcuméniques, mais pas à l’encontre des orthodoxes en Occident.

Nous avons évoqué la question de l’influence de l’Orient sur l’Occident. À l’inverse, qu’est-ce que le catholicisme et le protestantisme — en ce qu’ils sont de véritables marqueurs de l’esprit ouest-européen — peuvent apporter à l’orthodoxie ?

Les catholiques et les protestants apportent aux orthodoxes leur expérience de la société occidentale que les pays d’Europe de l’Est découvrent sous toutes ses facettes. D’autre part, les Églises orthodoxes à l’époque communiste n’avaient pas en charge les problèmes sociaux et les grandes questions sociétales, comme les questions de bioéthique, ce qui est le cas aujourd’hui. Les travaux et les réflexions, ou encore les démarches pastorales, des catholiques et des protestants sur tous ces sujets sont très utiles pour elles.

L’Occident et l’Orient européen, incluant la Russie, sont-ils confrontés au même défi spirituel ? Le nihilisme, l’athéisme et un certain laïcisme menacent-ils également l’Orient ?

Oui, bien sûr. C’est le cas en Russie et plus généralement en Europe de l’Est. La modernité occidentale s’étend partout, mais les Églises orthodoxes ont souvent des positions plus fortes que les différentes églises en Occident. Elles sont bien plus écoutées dans la société, également par les responsables politiques et les pouvoirs publics. Néanmoins, il est difficile de prévoir l’évolution à moyen terme. Les critiques, parfois vives, à l’encontre des églises existent également. La modernité avec ses mirages consuméristes et ses asservissements, avec la fragmentation individualiste et ses désespérances, gagne du terrain tout en trouvant sur sa route des résistances vigoureuses.

Source ; Crédits photo Коля Саныч

Vient de paraître: « Prendre soin de l’autre – Une vision chrétienne de la communication », par le P. Christophe Levalois

Levalois 2_premièreVient de paraître aux éditions du Cerf : Prendre soin de l'autre – Une vision chrétienne de la communication par le P. Christophe Levalois (160 pages, site dédié). Texte de présentation de la 4ème de couverture: " Quel peut être l’apport de la tradition chrétienne à la communication aujourd’hui ? Alors que les interrogations sur la « société de communication » se multiplient, ce livre invite à puiser dans la tradition chrétienne pour apporter une vision en mesure de répondre aux défis actuels dans ce domaine. Après avoir examiné les réflexions et les pratiques des trois grandes confessions chrétiennes, il pose les grandes lignes d’une vision théologique de la communication à partir des Ecritures, mais aussi des écrits des Pères de l’Eglise et de la conception chrétienne de la personne. Cet ouvrage apporte, pour la première fois, un éclairage sur la compréhension de cette question au sein des Eglises orthodoxes et sur les actions entreprises par celles-ci.
Un « essai novateur » signale Jean-François Colosimo dans sa «Préface», en ajoutant notamment : « Le panorama sans précédent qu’offre Christophe Levalois ouvre à de cruciales interrogations ».

Présentation de l'ouvrage en anglais, en russe et en roumain.

Livre: « Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle » par le P. Philippe Dautais (Nouvelle Cité)

eroslibertePhilippe Dautais, Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle, Nouvelle Cité, 2016.

Après Le chemin de l’homme selon la Bible (Desclée de Brouwer, 2009), puis Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle (Nouvelle Cité, 2013), Philippe Dautais, prêtre orthodoxe qui dirige avec son épouse Elianthe le Centre Sainte-Croix en Dordogne, dans la juridiction de la Métropole roumaine, vient de publier un nouvel ouvrage passionnant et très éclairant eu égard aux défis qui se posent aujourd’hui à nos sociétés, Éros et liberté – Clefs pour une mutation spirituelle. Les trois ouvrages ont en commun ce qui est très bien résumé par l’injonction dite à Abraham : « Va vers toi » (Genèse 12,1), qui peut aussi être traduit par « Va pour toi » (André Chouraqui), qui l’est plus souvent par « Pars » ou « Sors », en sachant qu’aller vers soi permet aussi d’aller vraiment à la rencontre de l’autre et de la Création selon le projet de Dieu pour l’être humain, en conjuguant construction d’une liberté véritable avec la  responsabilité.

Dans le premier ouvrage (Le chemin de l’homme selon la Bible) différentes figures bibliques étaient saisies chacune « comme le type même d’une étape dans la croissance spirituelle » laquelle « trouve son accomplissement en Jésus Christ ». Le second (Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle), s’appuyant sur les Évangiles et la tradition philocalique, tout comme les deux autres, abordait le « processus thérapeutique » de mutation de la personne prenant conscience et dépassant ses blessures et ses souffrances pour entrer dans une « dynamique d’accomplissement » et d’ « unité intérieure » afin d’accéder à la « vraie vie » dont le pardon est la « clé d’accès ». Le dernier ouvrage paru (Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle), dans le prolongement des deux précédents et en intégrant leurs apports, aborde non seulement la question du chemin de chaque personne, mais aussi de sa relation à l’autre, et par-delà les conséquences sur la société et la Création, car tout est lié.

En effet, ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage que de montrer combien la fermeture spirituelle, sa sécheresse et son non-accomplissement entraînent des dégâts et même des catastrophes majeures pour la société. Le mal intérieur de chacun, lorsque ce phénomène se multiplie, ce qui est le cas aujourd’hui, s’étend alors non seulement à la personne et à ses relations, mais aussi à l’ensemble de la société et à ses rapports avec la Création, dont l’environnement. Finalement, les processus mortifères qui touchent les individus se répercutent à grande échelle dans toute la société. Ce qui est convoitise, avidité, cupidité, illusion, concupiscence et désir de toute-puissance chez l’individu se traduit à l’échelle de la société par l’association de l’individualisme avec la société de consommation, la prédation, l’utilisation de l’autre pour son propre profit, par la pornographie, où l’autre est une chose, un « objet de plaisir » et une « matière sans âme », par la destruction des milieux naturels, la frénésie du consumérisme qui décentre l’être et « met en péril l’avenir de l’humanité », par l’ivresse de la démesure qui n’accepte aucune limite, par la violence, la pauvreté et l’injustice pour un très grand nombre, ou encore de nouvelles formes d’esclavage, etc. L’auteur montre bien que la racine de ces questions aujourd’hui cruciales est spirituelle, « c’est donc dans le cœur de l’Homme que doit s’opérer une mutation pour l’avenir de l’humanité. Cette mutation est d’ordre spirituel, elle inclut la manière de comprendre la Parole biblique ».

A la base de toutes les possibilités se trouve l’éros « puissance et moteur de vie ». Il est au centre de l’ouvrage. Mais, prévient tout de suite l’auteur cette énergie de vie « peut fleurir dans l’amour, comme plénitude de la relation ou au contraire être facteur de destruction ». C’est la question de la déviation des énergies de vie, des passions, tant développée par les pères ascètes et la tradition philocalique, qui est au cœur du riche et très éclairant exposé du P. Philippe Dautais. Comment ce qui n’est pas révélé à soi-même, ce qui n’est pas nommé, comme Adam a nommé les animaux au Paradis (Genèse 2, 19-20), ce qui n’est pas guéri, devient non pas force de vie ascendante, positive, constructive et transfiguratrice, également fondement de relations justes et authentiques, ce qui est le projet de Dieu pour l’être humain, mais, au contraire ténèbres et destruction de toutes sortes ? L’être humain devient alors extérieur à lui-même, à sa réalité profonde, et même étranger à lui-même, c’est « l’homme de l’exil ». Aussi ne manque-t-il pas d’examiner la question du mal, à laquelle il consacre un chapitre, en soulignant le lien étroit avec les passions et en affirmant que seul l’amour sauve, y compris « de la perversion de l’amour ».

Pour éclaircir tout cela, l’auteur est aussi amené à expliquer un certain nombre de termes d’usage courant, mais au fond très mal compris aujourd’hui et, de ce fait, porteurs d’ambiguïtés souvent dévastatrices. C’est le cas de ce l’on entend avec le mot amour. L’amour est « la finalité de toute vie spirituelle », mais « la voie de l’amour est exigeante et suppose conjointement un processus de transformation intérieure et de maturité ». Aujourd’hui, on constate surtout une « perversion de l’éros », car « au lieu de s’appliquer à sa finalité naturelle : la croissance selon l’être intérieur, il s’investit dans l’horizon existentiel et extérieur ». Le sens de la profondeur est perdu. « L’univers se réduit  alors au visible, à l’audible et au palpable (…) Le vivant  est réduit à une collection d’objets. » Aussi, le désir « au lieu de s’ouvrir sur ce qui échappe, sur une transcendance, (…) se replie vers un besoin sécuritaire de prédation. Esprit de prédation jamais assouvi car le désir en l’Homme est infini. La rapacité pousse à utiliser l’autre pour son propre profit ».

C’est également le cas de la question de la liberté. « Selon la tradition spirituelle, nous ne sommes pas des êtres libres mais en capacité de nous libérer ». Or, concernant la liberté de nombreuses incompréhensions mènent sur des voies sans issues et mortifères. Ainsi, elle est souvent confondue avec la licence. Là également, sans transformation intérieure, pas de véritable libération possible. «  Par la liberté, l’Homme est appelé à devenir une personne responsable, co-acteur avec Dieu de son propre destin par un dialogue continu ».

Mais l’ouvrage ne dresse pas seulement un constat de la situation actuelle. Il décrypte les processus et les mécanismes mortifères, mais également il explicite les voies de guérison intérieure et de réorientation salvatrice de l’être. Il s’agit tout d’abord de revenir à soi-même pour emprunter le chemin de la vie, ce qui « implique de retrouver le chemin du cœur » qui ouvre à une vie spirituelle libératrice en s’appuyant sur l’attention et la vigilance. Le P. Philippe Dautais expose les enseignements des pères ascètes du premier millénaire dont les trois étapes de cette libération intérieure sont : la praxis ou purification, la contemplation de la nature ou théoria, l’union directe, personnelle à Dieu ou théologia.

Pour l’être humain comme pour la société, l’enjeu se résume à « muter ou mourir ». L’auteur y consacre des pages fortes en constatant que « ce saut qualitatif est à vivre maintenant » car, avec « une culture de mort », « nous nous précipitons vers l’impasse ». Dans cette perspective, il examine le rapport au cosmos, tout d’abord par l’alimentation et la sobriété, puis de manière plus générale par l’écologie, en rappelant la dimension écologique de la Bible, mais aussi en observant que l’être humain est « tissé de la même substance que le cosmos » et que « ce que nous faisons au cosmos rejaillit de facto sur l’humain ». Prenant l’exemple du Buisson ardent, il remarque : « Le Buisson ardent nous enseigne que le cosmos visible est la parure de l’invisible. Ce que l’on voit du cosmos n’est que l’apparaître des choses, les apparences sont le voile d’une réalité plus profonde », car Dieu œuvre en l’Homme et dans sa création. Cette réflexion le conduit au Christ, qui est « la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9) et à la transfiguration de la matière, laquelle passe par l’eucharistie, communion à la vie divine, au corps et au sang du Christ par « les substances matérielles du pain et du vin ». Il reprend une phrase du théologien grec Nikos Nissiotis : « Dieu a créé le monde (cosmos) pour s’unir à l’humanité à travers toute la chair cosmique devenant chair eucharistique ». En lui, dit-il, « le cosmos est devenu eucharistique. Non fermé sur lui-même, mais rayonnement de la Présence mystérieuse de Dieu ». Car, c’est en participant à Celui qui est la vie même, en étant illuminé par Lui, que l’être humain devient pleinement vivant et pleinement une personne ouverte à une ascension.

L’éclosion intérieure et la libération qu’elle amène rendent possible une relation avec l’autre juste, positive, s’inscrivant dans une dynamique de croissance. Cela conduit Philippe Dautais à la dernière partie de son ouvrage, sur l’amour conjugal, qui constitue, peut-on dire, son apothéose. Dans cette partie, son écriture, toujours limpide, devient quasiment poétique par endroit. Evoquant l’élan d’amour, il observe : « exaltant, stimulant, il transporte les êtres de telle manière que rien n’est plus pareil même si tout est semblable. La dilatation du cœur transforme tout et fait toucher la dimension vivante de la vie. Expérience qui ouvre sur les capacités de dépassement et de transcendance que chacun porte dans sa profondeur ». En effet, « la résonance profonde entre deux êtres est certainement ce que nous pouvons éprouver de plus essentiel en ce monde. Elle correspond à notre soif la plus intime, à notre attente la plus secrète ». Seulement, « être amoureux est une chose, aimer en est une autre », remarque-t-il aussi. Aujourd’hui, constatant le nombre impressionnant de divorces, « les couples se forment mais peinent à surmonter l’épreuve de la différence et à transfigurer l’état amoureux en art d’aimer ». Le couple est face à deux voies, dont il analyse les racines : une croissance en commun de deux personnes qui se respectent dans la vie conjugale ou un échec. Au passage, il met utilement en avant le mot « chasteté » qui n’est pas la continence, mais « le respect de l’autre dans son intégrité », « la chasteté conjugale s’inscrit dans la considération de l’autre en tant que personne créée à l’image de Dieu ».

Les dernières pages, très belles, sont consacrées au mariage, « voie royale vers l’accomplissement spirituel et la réalisation de la personne », ce « sacrement de l’amour ». L’auteur souligne que « le sens profond du mariage est le passage de la soumission aux lois de la nature vers l’avènement du sujet libre et responsable. (…) Cette expérience nous fait toucher d’une part la dimension essentielle de l’être et d’autre part la vertu transcendante de la relation. Dans l’amour, nous accédons à la profondeur de notre humanité et à la part la plus sublime de notre singularité » Il donne en illustration les étapes du mariage orthodoxe dont il explique la signification, en prolongement de ce qui précède dans l’ouvrage.

La conclusion est une ouverture à l’accomplissement de l’être humain conduit par le Christ à l’amour vrai et fécond, l’amour don que traduit le mot grec agapè, qui porte les potentialités de l’éros au plus haut : « Dans la reconnaissance que tout est don, il n’y a plus de place pour la peur de perdre. Au contraire, plus on se dépouille, plus on s’enrichit. On s’appauvrit de ce que l’on ne donne pas et on s’enrichit de ce que l’on donne. Telle est la loi de l’amour. L’amour-agapè est kénotique. Il est effacement et non affirmation du soi contre l’autre, il est retrait pour que l’autre soit. Non plus moi mais toi. Il nous fait accéder à la révélation ultime du « Je » et du « Tu », l’un n’existant pas sans l’autre. Dans l’amour chacun est révélé à lui-même par l’autre. Communion des visages, avènement de la personne dans son unicité inaliénable. L’amour devient la possibilité pour chaque être humain d’accéder à son mystère profond, à sa dimension la plus originelle fondée en Dieu de toute éternité ».

    Un livre précieux, car très utile pour tous, non seulement à connaître, mais aussi à faire connaître.

P. Christophe Levalois

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

« Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ? »

Le P. Christophe Levalois a publié une tribune sur le site Aleteia intitulée « Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ?« .

 » Il est un sujet qu’abordent très rarement les hommes politiques, sinon jamais, qui est absent des débats électoraux, et qui pourtant affecte en profondeur et négativement la société : la grossièreté et la vulgarité, sous toutes leurs formes possibles, ainsi que les conséquences de celles-ci, dont la violence et la pornographie. C’est pourtant aujourd’hui une réalité massive, omniprésente et profondément destructrice.

« Sa bouche est pleine de malédiction,
De tromperie et de violence ;
Il a sous la langue forfait et méfait. »
(Psaume 10 (9) ,7)

La grossièreté gangrène les relations humaines

La grossièreté gangrène les relations humaines. Elle fait partie du paysage sonore quotidien que chacun subit. Elle s’est installée dans le langage à tel point qu’elle n’est guère remarquée, sauf s’il s’agit d’un excès, et semble aller de soi pour le plus grand nombre. Mieux, ou plutôt pire, elle devient posture, voire snobisme, un passage obligé pour faire montre d’un parler supposé vrai et authentique ! (…) »

La suite de ce texte.

Vidéo: un nouvel entretien sur « La royauté et le sacré »

Le P. Christophe Levalois a donné un nouvel entretien sur son livre La royauté et le sacré (Cerf, 2016) que l’on peut trouver en ligne ici (vidéo).

Présentation: « Traversant les âges et les civilisations, il y expose les principes intemporels sur lesquelles la royauté s’est élaborée et développée dans plupart des cultures.
Un livre important qui démontre comment les questions de la tradition, de l’autorité et de la légitimité demeurent d’une surprenante actualité. Un livre qui permet de se hisser au niveau de compréhension de la politique telle qu’elle était vécue dans les civilisations traditionnelles.« 

Podcast audio: “Orthodoxie” (France-Culture), « Livres »

510_pc140450L’émission Orthodoxie sur France-Culture (podcast audio ci-dessous) du 8 janvier avait pour thème: « Livres ». Elle présentait deux ouvrages récemment parus: La royauté et le sacré du P. Christophe Levalois, aux éditions du Cerf, et Ils sont pleins de vin doux de François Orfeuil aux éditions Saint-Léger. Présentation: “La royauté et le sacré : le rapport entre ces deux notions ; le sacré comme contenu du pouvoir royal ; le sens pour notre époque d’un livre sur la royauté. Ils sont pleins de vin doux : le vin et la vigne, deux notions très présentes dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; le vin, sang de l’eucharistie ; un poème de Venance Fortunat (6e siècle). La royauté, le sacré, le vin et la vigne comme symboles.”

Radio (« Orthodoxie », France Culture): “Livres”

510_pc140450L’émission de radio “Orthodoxie” sur France-Culture, du dimanche 8 janvier à partir de 8h07 heures sera consacrée à deux livres récemment parus: La royauté et le sacré du P. Christophe Levalois, aux éditions du Cerf, et Ils sont pleins de vin doux de François Orfeuil aux éditions Saint-Léger. Présentation: « La royauté et le sacré : le rapport entre ces deux notions ; le sacré comme contenu du pouvoir royal ; le sens pour notre époque d’un livre sur la royauté. Ils sont pleins de vin doux : le vin et la vigne, deux notions très présentes dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; le vin, sang de l’eucharistie ; un poème de Venance Fortunat (6e siècle). La royauté, le sacré, le vin et la vigne comme symboles. »

« Les peintres de l’invisible »

9782204116701-58089b0a90ba9Le P. Christophe Levalois a publié sur son blog une recension du dernier livre de Laurent Dandrieu publié aux éditions du Cerf, Les peintres de l’invisible – Le Greco, Rembrandt, Vermeer et autres messagers de l’infini.

Il y observe notamment : « Récemment, au sein de l’Église orthodoxe russe, Vladimir Légoyda, président du département synodal pour les relations de l’Église avec la société et les médias, a observé à propos de l’opéra-rock « Jésus-Christ superstar » : « L’Église ne réprime pas la créativité, en bénissant les artistes qui s’inspirent de sujets évangéliques ». Il a complété son propos en expliquant qu’il existe une nette différence entre des représentations blasphématoires et des représentations non-canoniques des choses saintes. Cela rappelle que l’Église orthodoxe ne rejette pas des formes artistiques qui, si elles ne s’insèrent pas dans l’espace liturgique, comme les icônes (sur ce sujet: L’iconographe et l’artiste de Jean-Claude Larchet aux éd. du Cerf), n’en témoignent pas moins de la lumière du message chrétien dans le monde selon leur démarche propre. La problématique évoquée dans l’ouvrage en question, à savoir l’expression de la présence de l’invisible et du divin dans la peinture, est au cœur de la démarche de nombreux artistes de confession orthodoxe. Nous le savons par maintes discussions. Cet ouvrage leur apportera de précieux éclairages et nourrira leur réflexion et, par-delà, leur expression artistique. »

Pour lire la totalité de la recension, cliquez ici.

Storiavoce: « Royauté et sacré dans les civilisations »

Storiavoce, la première web radio exclusivement dédiée à l’histoire, qui vient d’être lancée, propose un entretien (et ci-dessous) avec le P. Christophe Levalois sur son ouvrage récent intitulé La royauté et le sacré (Cerf, 2016). L’entretien a été réalisé par l’écrivain et journaliste Christophe Dickès.

Vidéo de présentation: « La royauté et le sacré » (éditions du Cerf)

Ci-dessous: la vidéo de présentation du livre du P. Christophe Levalois, La royauté et le sacré, paru en juin aux éditions du Cerf. L’ouvrage a fait dernièrement l’objet de deux recensions dans deux hebdomadaires: dans Valeurs actuelles (n°4155, paru le 14 juillet), « Un pont vers le ciel« , par Laurent Dandrieu, et dans Famille chrétienne (n° 2015, paru le 27 août), « Pouvoir et transcendance« , par Christophe Dickès.

« Un pont vers le ciel »

Laurent Dandrieu, rédacteur en chef à l’hebdomadaire « Valeurs actuelles« , a publié dans ce magazine une recension, intitulée « Un pont vers le ciel », dans le n° actuellement en kiosque (n°4155), du livre du P. Christophe Levalois La royauté et le sacré  paru il y a quelques semaines aux éditions du Cerf. Pour lire cette recension, cliquez sur ce lien (faire un clic droit pour une meilleure lisibilité).

Une performance artistique

Le P. Christophe Levalois donnera, avec l’artiste Irina Kotova et le compositeur Kirill Zaborov au piano, une nouvelle performance artistique en interaction (affiche ci-dessous) mardi 21 juin à 20h30 à l’auditorium Chanorier à Croissy-sur-Seine (y accéder). Cette performance, qui s’intitule « La Ville lumière sur la Seine », s’inscrit dans la série de manifestations intitulée « La Russie à Croissy-sur-Seine » en juin-juillet (catalogue des manifestations).

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8e anniversaire de la présence sur l’Internet de l’agence de presse du Patriarcat de Roumanie, Basilica

article-photoHier, l’agence de presse du Patriarcat de Roumanie Basilica a fêté son 8e anniversaire de sa présence sur l’Internet. Plusieurs personnalités ont adressé à cette occasion leurs félicitations, en ligne ici, dont le P. Christophe Levalois pour Orthodoxie.com.

Orthodoxie.com classé « autorité » n°1 pour le thème « chrétiens d’Orient » par la société Agilience

aglienceLa société de services Agilience classe l’influence des sites sur l’Internet en fonction de thèmes. C’est ainsi qu’Orthodoxie.com est « autorité » n°1 pour le thème « chrétiens d’Orient« , le n°2 étant le compte Twitter du P. Christophe Levalois. Orthodoxie.com est aussi classé dans les 10 premiers sites pour le thème « Théologie« , dans les cent premiers pour « Moscou« , comme le P. Christophe Levalois.

Vient de paraître: « La royauté et le sacré »

004091264Les éditions du Cerf viennent de publier un nouvel ouvrage du P. Christophe Levalois intitulé La royauté et le sacré dans la collection de poche LeXio (128 pages, 10 euros). Présentation de l’éditeur : « Qu’est-ce qu’un roi ? Au nom de quoi règne-t-il ? Quelles relations entretient-il avec ces autres pouvoirs que sont le clergé, l’armée, le peuple ? Et, surtout, peut-on édifier une théorie de la royauté par-delà la diversité des temps et des lieux ?
S’appuyant sur les fondements et les légendes, les récits et les rites de la monarchie, mais aussi sur les faits de l’histoire, Christophe Levalois répond à ces questions avec simplicité, pédagogie et érudition. Puisant à travers les âges et les continents, il met en évidence la permanence et l’universalité de la fonction royale, les différentes façons de l’exercer, mais aussi les conflits politiques et les débats religieux, philosophiques ou juridiques qui ont pu en résulter.
Un livre fort, interpellant, enrichissant, qui montre comment les questions de la tradition et de la filiation, de l’autorité et de la légitimité, liées à la figure du Prince, demeurent d’une surprenante actualité.« 

L’ouvrage est aussi disponible au format numérique (4,99 euros) kindle et epub.

L’ouvrage d’Antoine Arjakovsky « En attendant le concile de l’Eglise orthodoxe » publié en ukrainien et en russe par l’Universtié catholique d’Ukraine

SoboryOBKL! .inddL’ouvrage d’Antoine Arjakovsky intitulé En attendant le concile de l’Église orthodoxe (Cerf, 2011) a été publié en ukrainien, en deux volumes (illustration: le premier) et en russe (cliquez ici pour lire le pdf de la version russe) aux Éditions de l’Université catholique d’Ukraine de Lviv. La préface de l’ouvrage, du P. Christophe Levalois (en français ici), a également été traduite dans les deux langues.

« Chrétiens, pourquoi témoigner de la beauté de la Création ? »

Le P. Christophe Levalois est intervenu le 15 janvier dernier au 4e Festival du Beau sur le thème « Chrétiens, pourquoi témoigner de la beauté de la Création ? ». Ce festival est organisé en l’église Saint-Ferdinand des Ternes à Paris (17e) en partenariat avec l’association Art, culture et foi. Ci-dessous la vidéo de son intervention (filmée par François Régis Salefran).

« Les dimensions de l’altérité – Qui est l’autre dans le christianisme ? »

Levalois 2Le P. Christophe Levalois a donné un entretien – ci-dessous – pour l’émission « Sur les sentiers de l’orthodoxie » du 14 février à Radio-Présence sur « Les dimensions de l’altérité – Qui est l’autre dans le christianisme ? », en relation avec son ouvrage Prendre soin de l’autre – Une vision chrétienne de la communication (Cerf, 2012). L’émission hebdomadaire « Sur les sentiers de l’orthodoxie » est animée par le diacre Pascal Scordino. Les précédentes émissions peuvent être écoutées à partir de cette page.

Au Festival du Beau à Paris (15-16 janvier)

logoVendredi 15 janvier et samedi 16, plusieurs orthodoxes participeront au Festival du Beau à l’église catholique Saint-Ferdinand des Ternes à Paris (27, rue d’Armaillé, 17e arrondissement). Vendredi 15, ce sera le P. Christophe Levalois qui interviendra dans une table ronde sur le thème « Chrétiens, pourquoi témoigner de la beauté de la Création ? ». Une exposition, des intermèdes musicaux et un concert de la chanteuse libanaise Patricia Atallah seront aussi proposés lors de cette soirée. Le samedi 16, David De Boer, laïc orthodoxe, responsable du Service orthodoxe des funérailles, participera à une table ronde sur le thème « Que la lumière soit, et la lumière fut ». L’après-midi, Antoine Arjakovsky parlera de « La révolution de la dignité en Ukraine » (programme).

Entretien: « Quelle est l’originalité de la vision chrétienne sur la communication ? « 

BannerLogoLa rédaction du portail catholique international Aleteia a interrogé le P. Christophe Levalois pour sa rubrique « Questions de fond » sur le thème « Quelle est l’originalité de la vision chrétienne sur la communication ?« . La présentation de l’entretien et des différentes parties se trouve ici. La totalité de l’entretien est sur cette autre page. Pour d’autres développements sur cette question, voir le livre du P. Christophe Levalois: « Prendre soin de l’autre – Une vision chrétienne de la communication » aux éditions du Cerf (La Procure, Éditeurs réunislibrairies de proximité, Amazon).

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« Le retour à l’Un selon Plotin »

CouvertureLe P. Christophe Levalois a mis en diffusion, dans deux formats numériques, une courte étude intitulée Le retour à l’Un selon Plotin (couverture ci-contre). Présentation: synthèse sur le cheminement spirituel vers l’Un selon l’enseignement de Plotin. L’influence du philosophe néo-platonicien sur certains Pères de l’Église, notamment Grégoire de Nysse, y est notamment évoquée. L’étude est disponible gratuitement pour les différents Kindles sur cette page (cliquez ici pour télécharger l’application de lecture gratuite pour ordinateur). Elle est également en ligne sur la plateforme Smashwords où elle peut être téléchargée, également gratuitement, au format ePub (pour liseuse, tablette, smartphone, ordinateur avec un lecteur, comme celui d’Adobe, iPhone, iPad, iPod touch).

Une rencontre interreligieuse sur la prière

banner interfaith meeting 2015Le P. Christophe Levalois participera le samedi 27 juin à une rencontre interreligieuse sur la prière organisée par le Centre védantique Ramakrishna près de Paris. Les intervenants représentent les différentes traditions chrétiennes (catholique, protestante et orthodoxe), mais aussi juive, musulmane, bouddhiste, hindouiste et baha’ie. Une soirée musicale aura lieu le samedi. L’entrée est libre pour les interventions. Les repas (cuisine végétarienne hindoue) sont payants.

« Solidarité et religion », une rencontre le jeudi 18 juin à Paris

imageLe P. Christophe Levalois participera le jeudi 18 juin dans l’après-midi à Paris à la rencontre organisée par l’association Webassoc sur le thème : « Solidarité & religion – Comment prendre la parole sur internet quand on est une association humanitaire ou solidaire avec des racines religieuses ?« , par l’animation d’une des trois tables rondes. L’association Webassoc est « une communauté de professionnels du web qui aident bénévolement les associations humanitaires, caritatives ou environnementales, à utiliser les nouvelles technologies », notamment par des rencontres, des conférences, des tables rondes et des ateliers. Pour connaître le programme complet, les intervenants, les associations y participent, les coordonnées et pour s’inscrire, voir cette page.

Vidéo de la performance artistique « Par-delà l’horizon » (Paris, le 5 février 2015)

Le 5 février dernier, dans l’auditorium Jean XXIII à Paris, le P. Christophe Levalois (textes), Irina Kotova (dessin) et Nana Péradzé (piano) ont donné une performance artistique en interaction intitulée « Par-delà l’horizon » (dossier de presse, présentation et programme).
Ci-dessous: la vidéo de la performance.

« Par-delà l’horizon »

Affiche_Performance_Paris_2015Le P. Christophe Levalois ainsi qu’Irina Kotova et Nana Péradzé donneront une performance artistique (affiche ci-contre) le jeudi 5 février en début de soirée à l’auditorium Jean XXIII à Paris (5e arrondissement). Intitulée « Par-delà l’horizon« , cette performance associe la poésie, le dessin et la musique (piano). Pour plus d’informations, voir le dossier de presse de l’évènement. Libre participation aux frais. La performance sera suivie d’un cocktail.

Les « Lettres de direction spirituelle » de saint Théophane le Reclus

La chronique du P. Christophe Levalois, dans l'émission Lumière de l'orthodoxie du 2 mars, sur Radio Notre-Dame, présentait un ouvrage récemment paru aux éditions des Syrtes, les Lettres de direction spirituelle de saint Théophane le Reclus. Ci-dessous: le texte de cette chronique.

St_TheophaneSaint Théophane le Reclus est un évêque russe du XIXe siècle. Il est l’une des grandes figures du renouveau de la spiritualité orthodoxe russe au XIXe siècle. Son nom, le Reclus, vient de ce que les 22 dernières années de sa vie, il a vécu en isolement, à sa demande. Les éditions des Syrtes viennent de publier la traduction des Lettres de direction spirituelle du saint évêque Théophane. Le livre vient tout juste d’être mis en librairie. Cette édition comporte aussi une introduction et des notes de Bernard le Caro. L’ouvrage constitue un excellent compagnon de route pour le Carême qui commence. L’édition russe a pour titre, également révélateur, Qu’est-ce que la vie spirituelle et comment y disposer son cœur ?

Georges Govorov, le futur Théophane est né en 1815. Après le séminaire, il étudia la théologie à l’Académie de Kiev, puis il devint moine, diacre et prêtre l’année où il finit ses études. Il fut ensuite enseignant à Novgorod, puis à Saint-Pétersbourg. Envoyé à la mission russe de Jérusalem, il y accomplit un important travail de traduction, notamment des Pères ascètes grâce à des manuscrits rares conservés à Jérusalem, à la laure  de Saint-Sabas ou encore au Mont-Athos. Il occupa par la suite différents postes, dont un à Constantinople, puis en Russie où il fut nommé recteur de l’Académie ecclésiastique de Saint-Pétersbourg en 1857. Deux ans plus tard, il fut consacré évêque pour Tambov, puis pour Vladimir. Durant toutes ces années, il écrit, exercice où tout jeune déjà il avait révélé son talent. Il se montre aussi très bon prédicateur. Il dynamisa la vie des diocèses dont il avait la responsabilité. Mais il désirait, de plus en plus, se retirer dans un monastère pour s’y adonner à la prière et à l’écriture d’ouvrages. Cela fut accepté. Il mena d’abord la vie communautaire, puis vécut dans l’isolement jusqu’à sa naissance au ciel, le 6 janvier 1894. De son vivant, il était déjà considéré comme un saint. Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient présentes lors de ses funérailles malgré les difficultés climatiques de la saison. Il a été canonisé en 1988.

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La fête de Noël dans notre société

L'enregistrement et les textes de l'émission Lumière de l'orthodoxie, du 26 janvier, sur Radio Notre-Dame, se trouvent ici. La chronique du P. Christophe Levalois avait pour sujet la fête de Noël dans notre société. Voici ci-dessous le texte de cette chronique.

Aujourd’hui, je souhaite partager une réflexion sur la dernière fête de Noël, plus précisément sur l’étrange impression qu’elle m’a laissée. En observant la façon dont Noël était annoncé, fêté dans notre société française, j’ai eu, pour la première fois de manière très nette, la perception d’un vide et d’une grande tristesse. Beaucoup de lumières, de l’agitation bien artificielle, mais, derrière, rien, le néant qui masque mal l’ennui et le non-sens, aucune résonance, un manque d’âme.

On l’aura compris, depuis longtemps Noël est un rendez-vous commercial, un moyen pour vendre. Aujourd’hui, il n’y a plus que cela. Il s’en dégage la désespérance des choses qui n’ont pas de signification profonde.

La naissance de l’enfant de la réconciliation de la terre et du ciel n’est plus fêtée. Pourtant, que l’on soit croyant ou pas, quelle belle réalité ! Quel beau symbole ! Une naissance au cœur de l’hiver, au moment où les nuits sont les plus longues. L’espoir renaît, le futur recommence à s’écrire. Il me semble que même des non-chrétiens peuvent comprendre l’immense et vitale portée de cette image et cela pour toute société. S’en priver est catastrophique. C’est tout ce que représente cette image, cette vie renouvelée, ce futur, à la fois tant attendu et inespéré, que l’on écarte.

Il est vrai qu’aujourd’hui même le sapin de Noël, bien peu chrétien, mais signifiant, semble effrayer !

Le résultat de ce processus d’amnésie, qui s’est accéléré ces dernières années, est cette agitation privée de sens qui n’est plus qu’un vent sans lendemain.

Il est symptomatique qu’une société qui prétend s’affranchir de tout en arrive à se priver de l’essentiel qui justement ouvre sur tout. Finalement, on ne peut constater qu’une tragique diminution de notre humanité et de ses possibilités.

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La fête de Noël dans notre société

L'enregistrement et les textes de l'émission Lumière de l'orthodoxie, du 26 janvier, sur Radio Notre-Dame, se trouvent ici. La chronique du P. Christophe Levalois avait pour sujet la fête de Noël dans notre société. Voici ci-dessous le texte de cette chronique.

Aujourd’hui, je souhaite partager une réflexion sur la dernière fête de Noël, plus précisément sur l’étrange impression qu’elle m’a laissée. En observant la façon dont Noël était annoncé, fêté dans notre société française, j’ai eu, pour la première fois de manière très nette, la perception d’un vide et d’une grande tristesse. Beaucoup de lumières, de l’agitation bien artificielle, mais, derrière, rien, le néant qui masque mal l’ennui et le non-sens, aucune résonance, un manque d’âme.

On l’aura compris, depuis longtemps Noël est un rendez-vous commercial, un moyen pour vendre. Aujourd’hui, il n’y a plus que cela. Il s’en dégage la désespérance des choses qui n’ont pas de signification profonde.

La naissance de l’enfant de la réconciliation de la terre et du ciel n’est plus fêtée. Pourtant, que l’on soit croyant ou pas, quelle belle réalité ! Quel beau symbole ! Une naissance au cœur de l’hiver, au moment où les nuits sont les plus longues. L’espoir renaît, le futur recommence à s’écrire. Il me semble que même des non-chrétiens peuvent comprendre l’immense et vitale portée de cette image et cela pour toute société. S’en priver est catastrophique. C’est tout ce que représente cette image, cette vie renouvelée, ce futur, à la fois tant attendu et inespéré, que l’on écarte.

Il est vrai qu’aujourd’hui même le sapin de Noël, bien peu chrétien, mais signifiant, semble effrayer !

Le résultat de ce processus d’amnésie, qui s’est accéléré ces dernières années, est cette agitation privée de sens qui n’est plus qu’un vent sans lendemain.

Il est symptomatique qu’une société qui prétend s’affranchir de tout en arrive à se priver de l’essentiel qui justement ouvre sur tout. Finalement, on ne peut constater qu’une tragique diminution de notre humanité et de ses possibilités.

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L’émission de radio « Lumière de l’orthodoxie » du 19 janvier

L'enregistrement et les textes de l'émission Lumière de l'orthodoxie, du 19 janvier, sur Radio Notre-Dame, se trouvent ici. La chronique du P. Christophe Levalois évoquait la confrontation de la société occidentale avec les sociétés non occidentales à partir de la déclaration du patriarche Elie de Géorgie pour la fête de la Nativité. Ci-dessous: le texte de cette chronique.

Dernièrement, le patriarche de Géorgie Elie II, dans son message pour la fête de la Nativité, a demandé à l’Union européenne de prendre en compte l’aspiration de son pays à préserver ses valeurs traditionnelles. Il a souligné que l’Union européenne ne doit pas essayer d’implanter des idéaux étrangers à la Géorgie comme le mariage de personnes de même sexe. Ce n’est pas la première fois qu’il évoque cette question et fait cette demande. Pour comprendre la portée de son propos, son poids et sa représentativité, il faut savoir que, selon les sondages, le patriarche Elie de Géorgie est la personne la plus populaire du pays.

Cette question ne concerne pas seulement la Géorgie et pas seulement la question du mariage de personnes de même sexe. Dans de nombreux pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique, des voix s’élèvent, des masses protestent avec vigueur, contre un modèle de société, à la fois libéral, occidental et consumériste, qui est imposé à ces pays en dépit de la protestation du plus grand nombre. Sans doute faut-il employer le terme de néo-colonialisme, mais à la différence des colonialismes d’antan, il ne se fait pas au nom d’une nation, mais d’un type de société et d’intérêts trans-nationaux.

Le patriarche Elie II a simplement demandé que l’on respecte ce que pensent les Géorgiens. Il a ajouté que ce respect permettrait d’approfondir l’attachement de son pays à l’Europe.

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Performance artistique : « Eternité de l’instant »

Intitulée "Eternité de l'instant", cette performance artistique originale a été réalisée le 10 janvier 2014 dans l'auditorium Jean XXIII, de la Mutuelle Saint-Christophe assurances, à Paris dans le 5e arrondissement. Cette création a rassemblé trois démarches artistiques mises en interaction : le dessin, la musique et la parole poétique, avec l'artiste biélorusse Irina Kotova, le compositeur et pianiste Kirill Zaborov et le P. Christophe Levalois.

Performance artistique : « Eternité de l’instant »

Intitulée "Eternité de l'instant", cette performance artistique originale a été réalisée le 10 janvier 2014 dans l'auditorium Jean XXIII, de la Mutuelle Saint-Christophe assurances, à Paris dans le 5e arrondissement. Cette création a rassemblé trois démarches artistiques mises en interaction : le dessin, la musique et la parole poétique, avec l'artiste biélorusse Irina Kotova, le compositeur et pianiste Kirill Zaborov et le P. Christophe Levalois.

Vendredi 10 janvier à Paris: performance artistique, nocturne de l’exposition « De l’Incarnation à la Résurrection », présentation d’icônes

Le vendredi 10 janvier à Paris, en soirée, aura lieu une nocturne de l'exposition "De l'Incarnation à la Résurrection" (affiche) de l'artiste biélorusse Irina Kotova, de 20 heures à 21h30, dans la galerie d'Orthodoxie.com (286, rue Saint-Jacques dans le 5e). Y seront également proposées, pour la première fois, une série de 5 icônes véritables, de taille moyenne, à un prix moins élevé que celui qui est généralement demandé. La nocturne sera précédée par une performance artistique originale (affiche) dans l'auditorium Jean XXIII, au 277, rue Saint-Jacques dans le 5e, à 19 heures, en partenariat avec la Mutuelle Saint-Christophe assurances. Elle rassemblera, pour la première fois, trois démarches artistiques qui seront mises en interaction (une présentation) : le dessin, la musique et la parole poétique. Elle s'intitule "Eternité de l'instant". Elle sera réalisée par Irina Kotova, le compositeur et pianiste Kirill Zaborov et le P. Christophe Levalois. Elle sera suivie d'un cocktail. L'entrée est libre dans la limite des places disponibles.

Parution de l’édition italienne de « Prendre soin de l’autre – Une vision chrétienne de la communication » en livre numérique

9788821582318g_26342Prendersi cura dell'altro – Uno sguardo cristiano sulla comunicazione, l'édition italienne de l'ouvrage du P. Christophe Levalois paru aux éditions du Cerf en 2012, vient d'être publiée, il y a quelques jours, en livre numérique (livre électronique, e-book), au format EPUB, par les éditions San Paolo, qui avaient édité la version papier en mai dernier (vente en ligne: 1, 2). Amazon le propose pour le Kindle (1) (Amazon Italie).

« Sainte de l’Eglise orthodoxe et « Juste parmi les nations », une rue de Paris portera bientôt son nom »

Dans sa chronique du 24 novembre dans l'émission Lumière de l'orthodoxie (textes, podcast audio), sur Radio Notre-Dame, le P. Christophe Levalois a évoqué l'attribution par la mairie de Paris du nom Marie Skobtsov à une rue du 15e arrondissement de la capitale. Voici le texte de sa chronique:

Mere_MarieJ’ai la joie de vous annoncer aujourd’hui une excellente nouvelle qui est aussi un évènement : la mairie de Paris a décidé de donner à une voie du 15e arrondissement le nom de rue Marie Skobtsov. Le 4 novembre le Conseil du 15e a voté la décision et le 12 novembre ce fut au tour du Conseil de Paris, les deux à l’unanimité. Pour comprendre la portée de cet évènement, il faut connaître quelques éléments de la vie étonnante de Marie Skobtsov, que nous appelons plus volontiers en orthodoxie Mère Marie (photographie ci-contre).
 
Née Elisabeth Pilenko, en 1891, à Riga, alors dans l’Empire russe, issue d’une famille aristocratique, avec des origines françaises, elle révèle très tôt à Saint-Pétersbourg ses dons de poétesse et fréquente les salons littéraires en vue. Militante, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes d’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. Tous les matins, très tôt, elle part en trainant une charrette jusqu’aux Halles pour récupérer les invendus et ce que l’on veut bien lui donner afin de nourrir tous les déshérités qui viennent à son foyer. C’est aussi un lieu de célébrations, une église s’y trouve, mais également de rencontres intellectuelles où se rend entre autres Nicolas Berdiaev. Mère Marie fait montre d’une activité débordante et multiple : elle nourrit, écrit, brode, dessine.
 
Durant la Seconde Guerre mondiale, le centre accueille des réfugiés, mais aussi délivre des faux certificats de baptême, aide certains à échapper aux recherches de l’occupant. En juillet 1942, mère Marie parvient à sauver des enfants enfermés au Vélodrome d’hiver, où elle a pu entrer, en les dissimulant dans des poubelles. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial de Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Ayant eu la chance de rencontrer une de ses proches compagnes de captivité, Jacqueline Pery-d'Alincourt (deux entretiens avec elle sur ces pages: 1, 2), membre de ce groupe de prière, j’ai appris combien la présence et le rayonnement de mère Marie ont été précieux pour ses compagnes pour survivre dans cet enfer. Mais, le 31 mars 1945, qui est cette année-là le vendredi saint, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. En 2004, elle a été canonisée par le Patriarcat œcuménique de Constantinople en même temps que son fils Georges, que le prêtre Dimitri Klépinine et Ilya Fondaminsky, un juif converti à l’orthodoxie, tous œuvrant avec mère Marie, tous morts en déportation.

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« Présent et histoire de l’Eglise orthodoxe en France »

Dans sa chronique, dans l'émission Lumière de l'orthodoxie du 17 novembre (podcast et textes sur cette page), sur Radio Notre-Dame, le P. Christophe Levalois a abordé le présent et l'histoire de l'Eglise orthodoxe en France. Ci-dessous: le texte de cette chronique.

couverture_annuaire_ 2013La très récente parution de la deuxième édition de l’Annuaire de l’Eglise orthodoxe de France, publié par le monastère de Cantauque, grâce au labeur considérable du père Samuel, nous donne l’occasion de continuer l’évocation du présent et de l’histoire de l’Eglise orthodoxe en France qui étaient déjà les objets de ma précédente chronique.

On trouve dans cet annuaire très utile le nom des membres de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, la liste des diocèses orthodoxes présents en France, les noms et adresses, avec différents renseignements, des paroisses, la liste du clergé, une liste des monastères, des écoles de théologie, des mouvements et institutions, des médias, des librairies, des ateliers iconographiques, etc. En outre, une grande carte dépliable permet de visualiser la localisation des paroisses dans les différentes régions.

Selon le père Samuel, la France compterait aujourd’hui de 400 000 à 500 000 baptisés orthodoxes, environ 240 paroisses, plus une bonne vingtaine de communautés monastiques, 300 prêtres et diacres. Le nombre des paroisses tend à s’accroitre doucement actuellement.

Cela fait presque deux siècles que l’Eglise orthodoxe est présente en France. En 1816, un lieu de culte, de tradition russe, est ouvert à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. En 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe pour la communauté grecque voit le jour. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe est construite. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle ont lieu plusieurs constructions d’églises pour l’Eglise russe : à Paris, à Biarritz, à Cannes, à Menton, puis à Nice au début du XXe siècle. En 1892, l’église des Saints-Archanges à Paris, est consacrée pour les orthodoxes roumains. Mais ce sont les migrations du XXe siècle qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France : l’émigration russe, bien sûr, qui constitue longtemps le plus grand nombre, l’émigration grecque également, mais aussi roumaine et balkanique. D’autre part, des Français d’origine deviennent orthodoxes. La situation évolue très vite après 1990 et la chute des régimes communistes en Europe de l’Est. Les vagues de migrants sont plus massives, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie. Les besoins pastoraux sont immenses. Pour des pays limitrophes, le bouleversement est encore plus important, avec des retombées dans la sociologie du pays. Ainsi, en Italie, en raison de l’importance numérique des communautés roumaines, ukrainiennes et moldaves, l’orthodoxie est devenue la deuxième confession religieuse du pays devant l’islam. 

Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique par ailleurs très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

La création en 1997 de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France permet une concertation très régulière entre les évêques, la mise en place d’une coopération entre les diocèses et la prise de décisions communes. Elle assure aussi une représentativité auprès des autres confessions religieuses, des autorités civiles et de tous les organismes qui souhaitent un contact avec l’orthodoxie.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, le dialogue avec les autres confessions chrétiennes et les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société.

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Jovan Nikoloski