Le métropolite Antoine, chancelier de l’Église orthodoxe d’Ukraine : « Toutes les épreuves nous sont nécessaires, à nos âmes en premier lieu »
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Dans une interview, le métropolite Antoine (Pakanitch), chancelier de l’Église orthodoxe d’Ukraine sous l’omophore du métropolite de Kiev Onuphre, répond aux inquiétudes des fidèles quant à la situation ecclésiale dans le pays et sur la façon d’y répondre.

– Monseigneur, nous observons un approfondissement du schisme : le patriarche d’Alexandrie a rejoint ceux qui commémorent « le primat » de l’Église ukrainienne schismatique. Les fidèles sont alarmés, certains s’exclament que le monde s’effondre. Que pouvons-nous attendre à l’avenir ?

– Du point de vue terrestre, la situation est réellement critique : sous nos yeux, on tente de légaliser un groupuscule schismatique. Et nos frères des Églises locales, à notre regret, participent à cette opération insidieuse. Nous sommes les témoins de l’introduction de nouveaux principes ecclésiologiques, que l’Église n’a jamais connus jusque maintenant. Le papisme sous toutes ses formes est étranger à la conscience orthodoxe. En outre, il est difficile de se souvenir d’une pression telle sur les hiérarques orthodoxes de la part de structures séculières des différents États. Comme si tous avaient subitement oublié que la liberté religieuse et la non-immixtion dans les affaires religieuses constituaient l’un des principes fondamentaux de la démocratie. Or, nous n’avons pas affaire ici à un oubli, mais à deux poids et deux mesures : le puissant « a le droit » de dicter sa volonté à ceux qui sont plus faibles et dépendants. On essaye d’impliquer l’Église orthodoxe dans de grands plans géopolitiques. Et l’un de nos frères orthodoxes a accepté cette logique politique à l’encontre de la préservation de l’unité de l’orthodoxie universelle. Il en résulte que pour beaucoup, l’idée générale de justice, de vérité, s’effondre. Mais c’est là une vue humaine, terre-à-terre. Il y a une autre vision, celle qui est évangélique. Rappelons-nous du figuier, que le Christ a maudit alors qu’Il cheminait vers Jérusalem : « Tôt le lendemain matin, en revenant vers la ville, il eut faim.  Il aperçut un figuier sur le bord de la route et s’en approcha ; mais il n’y trouva que des feuilles. Alors, il dit à l’arbre : Tu ne porteras plus jamais de fruit ! Et à l’instant le figuier sécha.…» (Matth. 21, 18-19). Il n’y avait pas de fruits sur le figuier, il était vide, inutile et ne faisait qu’induire en erreur les passants par sa beauté. Quelque chose de semblable, apparemment, se produit dans la vie ecclésiale : une splendeur extérieure, des paroles belles et douces de certains serviteurs de l’Églises dissimulaient l’absence de fruits spirituels, dont le principal est l’amour désintéressé du Christ. La malédiction du figuier symbolise le rejet par le Christ de ceux qui Le rejettent. Et jusqu’à maintenant, Il rencontre sur son chemin des figuiers stériles, recouverts des feuilles de la piété formelle, et non du repentir intérieur, sincère. Et Il les dénonce et les retranche de Lui : « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Matth. 7, 21). Pour ce qui concerne le fait qu’aux yeux de certains, le monde s’effondre… Si le monde de l’homme a pour fondement la foi dans le Christ et la soumission à Sa volonté et Ses commandements, il ne peut s’effondrer dans aucune circonstance. L’effondrement du monde témoigne du fait que ce monde n’est pas bâti sur ces valeurs. Il faut, dans ce cas, reconnaître que le Christ n’est pas le centre de notre vie. Il n’y a pas en elle de place correspondante, il y a peut-être une place quelque part dans un coin et une petite place réservée, disons pour la forme. Dans la situation présente, cela est un test pour nous tous. Elle démontre ce que chacun de nous a construit : une maison sur le roc, comme l’homme sensé, qui écoute la parole du Sauveur et l’accomplit. Aussi, aucun vent ni tempête ne détruisent sa maison. Quant à celui qui a construit sa maison sur le sable, comme un insensé ayant écouté la parole du Christ mais ne l’ayant pas mis en pratique, sa maison, à la première rafale de vent et suite à l’inondation, sera détruite. Donc, dans n’importe quelle situation de crise, il y a aussi des côtés positifs. L’Église s’auto-purifie.

– Monseigneur, quelle doit être notre relation envers ceux qui ont rejoint les schismatiques ?

– De façon chrétienne. Pensez-vous que l’homme qui a trahi le Christ, l’Église, les gens qui avaient confiance en eux, se sente bien et en paix ? J’en doute. Je pense que nombreux sont ceux, parmi eux, qui ressentent pleinement la souffrance par les tourments de leur conscience. Prions pour que le Seigneur amène les égarés à la lumière. Ceux qui ont agi ainsi – en rejoignant le schisme – contraints ou librement, se sont déjà punis, en se coupant de Dieu et de Sa miséricorde. Et c’est le pire châtiment et le plus terrible destin. Il nous faut seulement plaindre ces infortunés et ces insensés. « La haine et la rancune annihilent la grâce de Dieu dans l’homme » disait S. Nil le Myroblite.

– Dans un cercle restreint de fidèles, on observe des sentiments de panique, certains accusent la hiérarchie d’inaction. Que pouvez-vous répondre à cela ?

– Malheureusement, nombreux sont ceux qui ignorent l’histoire ecclésiastique. Nombreux sont ceux qui ont une représentation dorée de l’Église et de sa vie. Mais cela est loin d’être toute l’histoire. Au cours de toute l’existence de l’Église, il y a eu une quantité de situation complexes et même critiques, dont des schismes entre différentes Églises. Il s’est passé non pas une année, mais parfois des décennies, des siècles, avant qu’une crise soit surmontée. Nous voulons que tout se passe comme nous le voulons, ici et maintenant, mais tout dépend non de notre souhait, mais du Seigneur et de Sa volonté. Toutes les épreuves sont nécessaires à nous, à notre âme en premier lieu. Elles sont toujours un test d’humanité, de fidélité, d’honnêteté et de courage. N’attendez pas de solutions rapides, il ne faut pas trancher hâtivement. Il y a de nombreuses personnes qui œuvrent dans le domaine de la diplomatie ecclésiastique, et il est même difficile de se représenter quels efforts cela nécessite. Il est facile de critique et d’accuser les autres, il est plus difficile d’être patient et de travailler sur soi, de lutter contre ses défauts et ses péchés. Il est nécessaire de prendre conscience de cela : la lutte actuelle est menée au niveau spirituel, et non politique. Et c’est la lutte contre le diable qui tente autant les gens simples que les patriarches. Certains perdent cette bataille. Il est nécessaire de dénoncer et d’appeler les choses par leur nom, mais il n’est pas moins indispensable de lutter contre le mal en soi, et ne pas juger, sans avoir pleinement compris le sujet.

– Que pouvons-nous attendre à l’avenir ? Que doivent entreprendre les fidèles ?

– Il faut suivre le Christ, s’unir dans le Christ. « Ne te laisse pas emporter par le courant général, mais suis, dans la voie étroite, les saints Pères », conseillait saint Ignace Briantchaninov. Le Christ est le guide suprême de la vie. Il faut s’occuper de sa propre édification, ne pas se créer des illusions sur les autres, mais se plonger davantage en soi, examiner son âme, et alors il y aura moins de douloureuses déceptions. Il est dit « tout homme est menteur » (Ps. 115). Par conséquent, il ne faut chercher la justice que chez Dieu, et non chez les hommes. Tout homme est faible et est tenté même lorsqu’il a atteint un haut degré d’élévation spirituelle. Pratiquement dans chacune de ses interviews, le métropolite Onuphre de Kiev conseille aux fidèles de partir dans leur ermitage intérieur. Lorsque nous libérons l’âme des maladies spirituelles, elle devient un ermitage spirituel. Et là, l’homme doit y accéder par son intellect : même s’il ni vit pas constamment, mais de temps à autre, il peut y aller et accomplir la prière, se réconcilier avec Dieu, demander la grâce, afin que le Seigneur lui donne la force d’aimer le prochain, même ses ennemis et ceux qui nous haïssent. C’est un conseil spirituel important et précieux. Si nous, chrétiens, n’apprenons pas à nous distancer du monde, si nous ne préférons pas ce qui est divin à ce qui est humain, nous ne construirons pas nos relations personnelles avec Dieu et le monde nous engloutira avec ses passions et ses nouvelles. Apprenez l’œuvre intérieure, la prière ! C’est cela la vie avec Dieu et l’Église.

Source (dont photographie du métropolite Antoine) : Pravlife

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À propos de l'auteur

Christophe Levalois

Christophe Levalois

Professeur d'histoire et de géographie, auteur, derniers ouvrages parus : "La royauté et le sacré" (Cerf, 2016) ; "Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale" (Cerf, 2018).

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