24/07/2017
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« Un pont vers le ciel »

Laurent Dandrieu, rédacteur en chef à l’hebdomadaire « Valeurs actuelles« , a publié dans ce magazine une recension, intitulée « Un pont vers le ciel », dans le n° actuellement en kiosque (n°4155), du livre du P. Christophe Levalois La royauté et le sacré  paru il y a quelques semaines aux éditions du Cerf. Pour lire cette recension, cliquez sur ce lien (faire un clic droit pour une meilleure lisibilité).

Le patriarche de Serbie Irénée a envoyé un message de condoléances au président de la République française à l’occasion de l’attentat de Nice

Le patriarche de Serbie Irénée a envoyé le message de condoléances suivant, en date du 15 juillet 2016, au président de la République française à l’occasion de l’attentat de Nice :

« Monsieur le Président,

Nous sommes profondément bouleversés par la nouvelle de la tragédie qui s’est produite cette nuit, au cours de laquelle plusieurs dizaines de personnes ont été tuées, et plus de cent autres ont été blessées, et ce lors de la célébration de la fête nationale française à Nice. Au nom du plérôme de l’Église orthodoxe serbe et en notre propre nom, veuillez recevoir l’expression de nos sincères condoléances. L’Église orthodoxe serbe et le peuple serbe, considèrent avec une tristesse particulière ces souffrances devenues fréquentes. Aussi, nous vous adressons nos souhaits sincères dans la prière et notre soutien moral pour le prompt rétablissement et la consolation spirituelle du peuple de France en ces moments difficiles. Nous prions afin que Dieu accorde le repos aux âmes de tous ceux qui ont péri tragiquement, et qu’Il accorde la consolation à leurs proches et leurs familles dans leur douleur, le prompt rétablissement des blessés, et au peuple français qu’il surmonte les présentes difficultés.

+ Patriarche de Serbie Irénée ».

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Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe au sujet du Concile de Crète

Au titre du protocole N°48 de sa session du 15 juillet 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris la décision suivante au sujet du Concile de Crète :

« Il a été décidé de :

1. Reconnaître que le Concile qui a eu lieu en Crète et auquel ont participé les Primats et les évêques de dix des quinze Églises orthodoxes autocéphales, a constitué un événement important dans l’histoire du processus conciliaire dans l’Église orthodoxe, initié par la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961.
2. Souligner que le fondement de la coopération panorthodoxe au cours de tout le processus conciliaire était constitué par le principe du consensus.
3. Constater que l’accomplissement du Concile en l’absence d’accord de la part de plusieurs Églises orthodoxes autocéphales transgresse ledit principe, en conséquence de quoi le Concile qui a eu lieu en Crète ne peut être considéré comme panorthodoxe, et les documents qui y ont été adoptés [ne peuvent être considérés] comme exprimant le consensus panorthodoxe.
4. Prendre note à ce sujet de la position du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche.
5. Après réception des copies officiellement certifiées des documents approuvés par le Concile de Crète, confier à la Commission biblico-théologique, leur publication et leur étude, prenant également en compte de possibles réactions et remarques de Leurs Excellences les évêques, des institutions ecclésiastiques d’enseignement, des théologiens, clercs, moines et laïcs. À l’issue de leur étude sous tous les aspects, présenter les conclusions au Saint-Synode.

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Attentat de Nice: communiqué de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France


« Tu es, en effet, Seigneur, le secours des sans-secours, l’espérance des désespérés… Sois tout pour tous, toi qui connais chacun, ses prières, sa famille, ses nécessités. » (Extrait de la liturgie de saint Basile)

Paris, le 15 juillet 2016 – La barbarie sans nom a, une nouvelle fois, frappé la France. La ville de Nice est éprouvée depuis hier, le jour de notre fête nationale, par une violence perpétrée contre des innocents, hommes femmes et enfants de tous âges, une violence qu’aucune cause ne peut justifier. Les évêques membres de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, condamnent avec la plus grande fermeté cet attentat terroriste inqualifiable qui n’entame point la volonté de la France d’aller de l’avant. Les évêques orthodoxes de France saluent la continuelle mobilisation des autorités françaises et des forces de l’ordre qui apportent soutien et secours aux citoyens de notre pays. Ils prient pour les victimes blessées et pour les personnes décédées, et expriment leurs condoléances les plus fraternelles et leur solidarité à leurs familles et proches.

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Ajout: le site Parlons d’orthodoxie nous apprend que « parmi les victimes de Nice il y a un lecteur de la cathédrale Saint Nicolas, le serviteur de Dieu, Igor ainsi que deux habitants d’Anvers invités du père Andrey Eliseev. Paix à leurs âmes. »

Recension: Hiéromoine Hilarion (Domratchev), « Sur les monts du Caucase »

CaucaseHiéromoine Hilarion (Domratchev), Sur les monts du Caucase. Traduit du russe par Dom André Louf, Préface du métropolite Hilarion de Volokolamsk, Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 284 p.
On sait peu de choses du moine du grand habit Hilarion Domratchev, sinon qu’il il naquit vers 1845 dans la région de Viatka en Russie, fut enseignant après avoir terminé le séminaire, partit pour le Mont Athos où il vécut vingt-cinq ans, puis alla dans les années 1880 dans les montagnes du Caucase, où il fut rattaché au monastère Saint-Simon-le-Cananéen du Nouvel Athos, mais mena sa vie monastique et fonda des communautés en plusieurs endroits de cette région.
De même que les Récits d’un pèlerin russe faisaient l’éloge de la Prière de Jésus et en exposait les voies à travers les récits d’un vagabond sans doute imaginaire, ce livre fait de même à travers la relation de la rencontre avec un ermite du Caucase (il s’agit du Père Désiré, père spirituel de l’auteur). De même que les Récits d’un pèlerin russe étaient émaillés d’anecdotes pittoresques liées à des rencontres, ce récit est émaillé de magnifiques descriptions de la nature. Comme le remarque le métropolite Hilarion Alfeyev dans sa préface, ce livre est sans doute parmi tous les livres de spiritualité, celui qui accorde la plus grande place à la nature et se montre le plus sensible à sa beauté.
Le hiéromoine Hilarion souligne le caractère didactique de son projet : « Ce livre n’a qu’un but: expliquer aussi complètement que possible en quoi consiste la Prière de Jésus, elle qui, suivant l’enseignement unanime des Saints Pères, est la racine et le fondement en même temps que le sommet et la perfection de la vie spirituelle. Toute l’insistance de nos paroles ne vise qu’à cela. Nous mettons toujours cette Prière au-dessus de toutes les autres vertus, dont aucune ne l’égale lorsqu’elle atteint les degrés les plus élevés ».
L’exposé du hiéromoine Hilarion n’est pas systématique et n’obéit à aucun ordre logique. S’y entrecroisent les évocations de la personnalité de l’ermite Désiré, ses enseignements sur la prière, les commentaires qu’y ajoute le Père Hilarion, des citations des Pères et des descriptions de la nature, et de nombreuses considérations sur la vie spirituelle, ce qui donne à l’ensemble, constitué de courts chapitres, une forme variée et dynamique, propre à maintenir l’intérêt.
L’enthousiasme du hiéromoine Hilarion à l’égard de la Prière de Jésus est tel qu’il se laisse aller à des formules excessives, affirmant notamment que le Nom de Jésus s’identifie au Christ lui-même (voir notamment p. 37-40), que « le nom du Seigneur est le Seigneur lui-même » (p. 45) que « le Nom du Dieu tout-puissant est Dieu lui-même » (p. 45), considérant comme équivalentes la présence du Christ dans son Nom et sa présence dans la sainte eucharistie (p. 44). Il affirme aussi que « par le fait [que le Nom] est Dieu, la toute-puissance qui produit des œuvres grandes et glorieuses, indépendamment de la sainteté de ceux qui le prononcent, lui appartient aussi » (p. 47), ce qui correspond à une conception magique, éloignée de la conception orthodoxe traditionnelle de la synergie entre la grâce de Dieu et les dispositions spirituelles et réceptives de l’homme. Bien que des telles affirmations soient par ailleurs nuancées – par exemple dans les affirmations plus modérées que « le Dieu tout puissant est présent dans son Nom avec toute sa plénitude divine et ses infinies perfections » (p. 46) ou que « la totalité des perfections divines habite dans le très saint Nom de Jésus-Christ » (p. 39), ce qui peut être rapporté aux énergies divines plutôt qu’à la nature même de Dieu –, elles furent l’objet d’une violente controverse où certains accusèrent le hiéromoine Hilarion et ses partisans d’être des onomatolâtres (adorateurs du Nom) tandis que d’autres prenaient leur défense, les considérant seulement comme des « glorificateurs du Nom ». Ce conflit enflamma les monastères et skites russes du Mont-Athos de 1907 à 1914. Il suscita une condamnation de la doctrine des partisans du hiéromoine Hilarion de la part de la Sainte-Communauté du Mont-Athos, du patriarcat de Constantinople et du Saint-Synode de l’Église russe. Il se termina dramatiquement par l’expulsion ou l’exil volontaire de près de 1700 moines russes du Mont-Athos. Le débat se poursuivit en Russie, donnant lieu à une réflexion approfondie de la part de théologiens en vue sur la question de la nature du nom et de son rapport à celui qu’il désigne (une réflexion qui reste d’ailleurs toujours ouverte). L’intervention de diverses personnalités dont l’empereur lui-même amena l’Église russe à adopter une attitude plus tolérante à l’égard des « glorificateurs du Nom ». Plusieurs livres parus en français au cours de ces dernières années ont exposé en détail cet épisode : (Métropolite Hilarion Alfeyev, Le Nom grand et glorieux (Cerf, 2007) et Le mystère sacré de l’Église. Introduction à l’histoire et à la problématique des débats athonites sur la vénération du Nom de Dieu (Presses universitaires de Fribourg, 2007; Antoine Nivière, Les glorificateurs du Nom. Une querelle théologique parmi les moines russes du Mont Athos (1907-1914).
Les formulations controversées du hiéromoine Hilarion sont sans aucun doute inacceptables au regard de la théologie orthodoxe, car elles témoignent d’une série de confusions (notamment entre signifiant et signifié, entre personne et nature, entre nature divine et énergies divines) et donnent vraiement à certains moments l’impression que le Nom de Dieu prend la place de Dieu. Mais elles n’occupent dans ce volumineux ouvrage de 300 pages qu’une place minime (quelques phrases), et il faut savoir les dépasser et apprécier l’exposé de l’auteur, qui reste l’un des meilleurs exposés sur la Prière de Jésus, et comporte par ailleurs de nombreux développements sur la vie spirituelle qui, tout en étant fondés sur l’enseignement de Pères abondamment cités, ont l’avantage de refléter aussi une expérience personnelle dont le saint starets Barsanuphe d’Optina lui-même louait la profondeur. Rappelons qu’avant que quelques-unes de ses formulations maladroites ne suscitent la controverse, l’ouvrage était grandement apprécié en Russie et au Mont-Athos. Il avait été publié en 1907 avec le soutien de la grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna (future moniale et martyre), et avait connu deux rééditions (1910 et 1912) avec l’approbation du comité de censure, le troisième tirage atteignant 10.000 exemplaires.

PS.  Ne pas confondre cette éditon publiée par les Syrtes (qui ne sera en laibrairie qu’à la fin du mois d’août) avec celle, que vient de faire paraître parallèlement, dans une traduction de moins bonne qualité, le monastère catholique Skita Patrum.

Jean-Claude Larchet

L’évêque Irénée de Bačka (Église orthodoxe serbe) : « Pourquoi je n’ai pas signé » (le texte conciliaire « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »)

Dans un texte long et détaillé publié par l’Agence grecque Romfea.gr, l’évêque de Bačka Irénée, membre du Saint-Synode de l’Église orthodoxe serbe, a expliqué pourquoi il n’avait pas signé le texte conciliaire « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Dans l’introduction de sa déclaration, l’évêque Irénée précise « qu’il n’était pas le seul (…) à ne pas avoir signé parmi les 25 évêques serbes présents au Concile, mais que la plupart d’entre eux n’avaient pas signé non plus. En outre, beaucoup d’autres évêques également n’ont pas signé le texte. En conséquence, ce texte est invalide en raison du principe du consensus en vigueur depuis 1961, décidé communément. Et si un évêque ne signe pas (tandis que sa signature est exigée !), le texte est inexistant». Parmi les raisons mentionnées pour son refus, l’évêque Irénée avance qu’au lieu du « principe apostolique d’un homme, un suffrage, était en vigueur [au concile, ndt] le principe : une Église autocéphale, un suffrage, ce que l’on a interprété comme le seul vote des Primats des Églises ». Par conséquent, selon l’évêque Irénée « la seule différence entre l’évêque orthodoxe et l’observateur hétérodoxe [présents au concile, ndt] est que l’un peut parler à volonté, tandis que l’autre reste assis, silencieux. Ni l’un, ni l’autre, ne décident de quoi que ce soit. Dans ce cas, cependant, à quoi sert la signature sous le texte de ceux qui n’ont pas le droit de voter ? Afin de donner l’impression que le système conciliaire fonctionne, tandis qu’il est inactif et transgressé ? Ou bien est-ce pour une autre raison ? Je l’ignore, naturellement, mais je peux au moins ne pas signer ce qui ne correspond pas à mes convictions ». L’évêque Irénée indique ensuite « la raison principale » pour laquelle il n’a pas signé le texte « Relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien » : « Selon moi, tout au moins, il s’agit du contenu équivoque du texte, ambigu du point de vue ecclésiologique, s’approchant par certains points des limites d’une doctrine autre [non orthodoxe ndt] ». L’évêque Irénée déclare ensuite que malgré les améliorations apportées au texte en ce qui concerne « la dénomination historique des autres Églises et confessions chrétiennes », il considère que celui-ci « du début jusqu’à la fin est irrémédiable et inacceptable, car il est un véritable mélange de positions purement orthodoxes et de terminologies à caractère et style œcuméniques ». L’évêque Irénée considère toutefois que le texte aurait dû laisser la dénomination d’Église au « catholicisme romain » pour la raison que « le conflit dogmatique entre celui-ci et nous-mêmes, qui dure plus de mille ans, n’a pas encore été tranché au niveau d’un concile œcuménique, si ce ne sont les pseudo-conciles œcuméniques de Lyon et de Florence ». Quoi qu’il en soit, selon l’évêque Irénée, le texte aurait dû, après avoir confessé, comme il l’a fait, que l’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique, affirmer à l’instar de la constitution de Vatican II, que les chrétiens non-orthodoxes « ont aussi des éléments sains provenant de l’ancienne Tradition commune et des déviations très sérieuses dans le domaine de la foi et de l’ordre (« taxis ») en raison desquelles ils ne sont pas en communion avec l’Église orthodoxe. Particulièrement en ce qui concerne les catholiques-romains, il fallait souligner que non seulement la primauté et l’infaillibilité papales hydrocéphales, mais aussi l’ajout du Filioque dans le Symbole de Foi constituent à la fois des obstacles infranchissables à l’union de l’Orient et de l’Occident, étant au demeurant les thèmes principaux du dialogue théologique ». Abordant l’absence des quatre Églises autocéphales, l’évêque Irénée récuse les accusations de ceux qui considèrent qu’il aurait été leur « avocat » : « Je déclare que leur présence et leur contribution active, dynamique eût été plus utile à l’Église. Néanmoins, j’éprouve de la compréhension et de la compassion lorsque j’entends sonner la cloche du danger de nouveaux schismes, para-synagogues et « d’emmurements » [de groupes qui se referment sur eux-mêmes, ndt] à la suite de textes défectueux, quant au fond des textes pauvres, inférieurs même à ceux du second Concile du Vatican ». Et l’évêque Irénée ajoute : « Je n’ai pas de compréhension et de compassion pour ceux qui disent : ‘Les fanatiques, les obscurantistes, les…, les… ne nous intéressent pas’. Au contraire, tous nous intéressent : les ‘nôtres’, les ‘étrangers’, les proches et les lointains. Il fallait faire ceci sans négliger cela, selon la parole du Seigneur. Si ce n’est rien d’autre, la faiblesse de la conscience du frère, justement ou injustement scandalisé, produit dans nos âmes le sentiment de responsabilité humaine et pastorale, de soutien mutuel et de compassion… ‘Ce n’est pas en paroles, mais en actes qu’est notre piété ‘ [St Grégoire le Théologien, ndt] ». L’évêque Irénée ajoute que « Selon mon humble avis, par sa Toute-sainteté son président [le patriarche œcuménique Bartholomée, ndt], le Concile s’est adressé à juste titre aux observateurs hétérodoxes par des paroles fraternelles et chaleureuses, et a évité en même temps, en raison du dialogue, le style ardu de la confrontation. Or, il fallait cependant, ou plutôt il était nécessaire, de soumettre par le texte [conciliaire, ndt] en question le témoignage de l’identité ecclésiologique et la conscience qu’a d’elle-même [l’Église orthodoxe, ndt] d’une façon plus claire, plus conséquente et plus exacte ». En conclusion, l’évêque Irénée écrit que l’Église orthodoxe serbe espérait que le présent Concile se préoccuperait des « problèmes contemporains de l’Orient, tels que les schismes, qu’ils soient d’inspiration nationaliste ou zélote, de l’absence de communion entre Églises [locales, ndt] et de la conduite anti-canonique d’autres Églises [locales, ndt], de la question de l’autocéphalie (…). Or, rien de tel n’a eu lieu (…). Très malheureusement, l’occasion historique bénie a été perdue d’aborder et de commencer à résoudre toute une quantité de défis et d’épreuves dans la vie de notre sainte Église (…) Je crains que dans l’histoire future de l’Église, le Concile de Crète ne soit mentionné que comme un Concile provincial des Églises qui y ont participé, sans rayonnement et influence plus importante. Mais peut-être est-ce préférable à l’aphasie et l’absence totales d’existence historique ».

Source (texte intégral en grec)

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche du 27 juin

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche

Balamand, 27 juin 2016
« En clôture de sa septième session extraordinaire qui a débuté le 25 mai 2016, le Saint Synode d’Antioche s’est réuni le 27 juin 2016 à Balamand sous la présidence de Sa Béatitude le patriarche Jean X et avec la participation des hiérarques du saint siège antiochien. Les Pères ont adressé leurs souhaits à leurs enfants spirituels à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, chefs des Apôtres et fondateurs du saint siège d’Antioche. C’est dans ce siège que les disciples furent pour la première fois appelés chrétiens et où ses enfants continuent de porter le témoignage du Christ ressuscité, particulièrement dans notre bien-aimée Antioche, dans la Syrie martyre, au Liban tourmenté, dans l’Irak blessé, et dans tous les pays du Golfe arabe et les archevêchés dans la « diaspora », aux Amériques, en Australie et en Europe. Les Pères ont évoqué leur frère le métropolite Paul (Yazigi), archevêque d’Alep, qui a été enlevé depuis plus de trois ans dans l’indifférence volontaire généralisée. Lui-même ainsi que son frère le métropolite Youhanna (Ibrahim) et tous ceux qui ont été enlevés demeurent constamment présents dans les prières et les supplications des fidèles et dans le témoignage quotidien de l’Eglise. Les Pères ont élevé leurs prières pour le repos de ceux qui ont subi le martyre pour avoir eux aussi été appelés chrétiens, et ils ont demandé leurs prières devant le Trône divin, afin que Dieu affermisse Son Eglise et donne à Ses enfants la force et la sagesse de témoigner fidèlement, ici et maintenant, du Christ ressuscité d’entre les morts.

Les pères ont passé en revue la question du grand concile orthodoxe, dont l’Eglise orthodoxe a préparé la tenue depuis plus de cinquante années. L’Eglise d’Antioche avait demandé le report de la tenue de ce Concile, afin que soit consolidée l’unité panorthodoxe, en attendant que soit assurée l’unanimité sur les questions controversées de son agenda, et en attendant aussi que soient remplies les conditions ecclésiologiques permettant la participation de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales à ses travaux.

Etant donné qu’il n’a pas été traité positivement avec la requête antiochienne de report du concile ainsi que les requêtes des Eglises russe, bulgare et géorgienne dans le même sens, et vu que le concile, que l’on voulait originairement « panorthodoxe », s’est réuni en l’absence de quatre Eglises autocéphales représentant environ la moitié des fidèles orthodoxes de par le monde,
Etant donné que l’appel à la tenue de cette réunion a ignoré la nécessité de fonder la conciliarité orthodoxe sur la pleine communion eucharistique entre les Eglises, communion qui constitue l’élément constitutif et le fondement de cette conciliarité, et ce en négligeant la recherche d’une solution avant le concile à l’agression perpétrée par le Patriarcat de Jérusalem sur les frontières canoniques du Siège d’Antioche, le patriarcat œcuménique ayant décidé de reporter la négociation après le Concile,
Etant donné que les communiqués et déclarations publiés par les participants en Crète ont injustement blâmé les Eglises absentes et se sont abstenus de tout blâme envers la partie qui a géré la période préparatoire de Crète 2016,

Et après avoir examiné l’ambiance, les déclarations et positions de la réunion qui s’est tenue sur l’île de Crète, et tous les sophismes qui ont récemment circulé, les pères ont formulé les observations suivantes :
Premièrement : les pères affirment que l’action orthodoxe commune est fondée sur la base de la participation et l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales. Ils rappellent que ce principe n’est pas une position antiochienne novatrice ou récente, mais bien une règle orthodoxe stable établie par le patriarche œcuménique Athénagoras de bienheureuse mémoire, lorsqu’il lança le travail préparatoire en vue du concile. Après lui, cette règle a été suivie par le patriarche Dimitrios, à l’époque duquel le règlement des conférences préparatoires au grand concile a été approuvé et dont les clauses prévoyaient clairement que la convocation à tout travail conciliaire, fût-ce au niveau préparatoire, est faite par le patriarche œcuménique après l’approbation des primats de toutes les Eglises (autocéphales), et que toutes les décisions sont prises à l’unanimité par les Eglises autocéphales pour être transmises au grand concile.
Deuxièmement : Les pères ont rappelé également que sa Sainteté Bartholomée le patriarche œcuménique actuel avait également confirmé cette règle durant les réunions préconciliaires préparatoires, et particulièrement lorsqu’il décida de suspendre les travaux du comité préparatoire en 1999, en raison du retrait d’une seule Eglise de la réunion susmentionnée, ce qui a conduit à l’arrêt du travail préparatoire en vue du grand concile durant dix ans. Dès lors les Pères se demandent alors comment l’absence d’une seule Eglise a pu conduire à la suspension du travail préparatoire au concile, tandis que pour certains le « grand concile » peut se réunir avec ceux qui sont présents et en l’absence de quatre Eglises orthodoxes autocéphales !
Troisièmement : Les pères ont constaté que la règle de l’unanimité a été également réaffirmée lors de la reprise du travail préparatoire au concile en 2009, et que durant la quatrième conférence préparatoire de 2009, la délégation antiochienne, par le biais de son conseiller, Albert Laham de bienheureuse mémoire, avait insisté sur la nécessité de respecter cette règle dans le processus décisionnel, en rappelant qu’en l’absence d’unanimité sur un thème spécifique, ce thème est alors renvoyé au comité préparatoire pour être plus amplement étudié, ainsi que le prescrivent les règles de procédure des conférences panorthodoxes préparatoires au Concile. A cette époque, cette proposition a été accueillie favorablement par toutes les Eglises participantes, y compris par le président de la conférence. C’est sur la base de cette proposition que la décision relative au problème de la diaspora orthodoxe et des assemblées épiscopales, a pu être prise.
Quatrièmement : Les pères ont réaffirmé que la position antiochienne appelant à élaborer un consensus en assurant l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales sur les thèmes de l’agenda, avait pour objectif depuis le début de renforcer l’unité orthodoxe durant la phase préparatoire, conformément à la tradition orthodoxe constante. L’Eglise d’Antioche ne s’attendait pas à ce que ce postulat acquis, qu’elle avait uniquement mentionné à titre de rappel, allait devenir un objet de controverse, ou bien que ce principe bien ancré allait être outrepassé par ceux qui l’avaient initialement établi et qu’ils avaient défendu depuis le début en tant que garant de l’unité orthodoxe ; cette unité ne peut en effet être réalisée si n’importe laquelle des Eglises a été exclue de la participation à la prise de décision ou si ses positions ont été ignorées. Il convient ici d’indiquer que le sommet (synaxe) des primats des Eglises, qui s’est réuni en janvier 2014, a confirmé cette règle en décidant que « durant le concile et durant la phase préparatoire toutes les décisions sont prises par consensus ». Et les Pères de se demander comment ce consensus peut-il être atteint alors que l’Eglise antiochienne a refusé les décisions du sommet précité (2014) et du sommet de Chambésy (2016) ; de se demander aussi comment l’unanimité peut-il être réalisée en Crète en l’absence de quatre Eglises orthodoxes.
Cinquièmement : Les pères insistent de nouveau que la position antiochienne demandant le report de la tenue du grand concile au cas où l’unanimité sur ses thèmes n’a pas été assurée, n’est ni nouvelle ni passagère et conjoncturelle. L’Eglise antiochienne a clairement exprimé cette position durant toutes les phases préparatoires au concile ces deux dernières années, et ce conformément au rôle qu’Antioche a toujours joué, refusant de manière constante qu’une quelconque Eglise puisse être ignorée au sein du travail orthodoxe commun. Par conséquent, tout ce qui a été publié dans les médias sur l’acceptation implicite, par l’Eglise antiochienne, de participer au concile n’est point vrai ; de même, toutes les analyses qui ont circulé sur les dimensions politiques fondant l’absence d’Antioche de la réunion en Crète, restent des analyses politiques qui sont sans fondement aucun. L’acceptation antiochienne de participer « par économie » aux travaux préparatoires ne signifie aucunement une quelconque renonciation de la part d’Antioche à ses positions susmentionnées, mais plutôt une réaffirmation de sa part de la poursuite des efforts afin que soient levés tous les obstacles qui empêchaient, et continuent de l’être, la tenue du concile.
Sixièmement : Les pères ont été surpris par les positions de certaines Eglises qui ont commencé à appeler dernièrement au dépassement du principe de l’unanimité et qui ont commencé à s’étendre dans l’interprétation d’un tel principe contrairement avec ce que prescrit le règlement des conférences orthodoxes préparatoires, qui a été adopté en 1986 et signé par leurs représentants, et que tous ont appliqués y compris lors de la cinquième conférence préparatoire qui s’est tenue en octobre 2015. Les Pères ont également été surpris par toutes les positions qui ont été récemment formulées suggérant que la convocation du concile à la date fixée était plus importante que la conciliarité et l’unité de l’Eglise. A cet égard, il importe à l’Eglise d’Antioche de remercier toutes les Eglises qui ont soutenu sa position juste en l’occurrence, et particulièrement les Eglises de Russie, de Géorgie, de Bulgarie et de Serbie.
Septièmement : Les Pères rappellent à leurs frères réunis en Crète le contenu de l’article 17 du règlement des conférences orthodoxes préparatoires, selon lequel « dans le cas où un thème spécifique qui a été discuté lors de la conférence n’a pas fait l’objet du consensus des délégations, la décision à son propos est alors abandonnée. Il est alors transmis par le secrétariat préparatoire du Saint et grand afin qu’il soit davantage étudié, approfondi et davantage élaboré, conformément au processus en usage au niveau panorthodoxe » ; ils rappellent également le contenu de l’article 4 du même règlement, qui stipule qu’ «il est interdit de retirer ou d’ajouter tout thème sur la liste des thèmes qui ont été préparés et acceptés au niveau panorthodoxe, au moins jusqu’à ce que son étude soit terminée. A la suite de quoi le grand et saint concile se réunit ». Les Pères antiochiens se demandent alors comment le grand concile peut-il être convoqué avant l’achèvement du travail préparatoire sur les thèmes figurant sur l’agenda, et alors que deux Eglises ont émis des réserves relativement au document « Le mariage et ses empêchements », et en présence du refus exprès de l’Eglise antiochienne de retirer trois thèmes fondamentaux de l’agenda du concile (Le calendrier ecclésiastique, les diptyques et l’autocéphalie et la manière de la proclamer).
Huitièmement : Les Pères affirment que face à la réalité connue que vit le monde orthodoxe suite à la réunion en Crète, l’unanimité des Eglises orthodoxes autocéphales demeure la règle d’or pour garantir l’unité du monde orthodoxe. Ils considèrent que ce fondement était et restera la base solide sur laquelle il faudra s’appuyer dans l’avenir, spécialement pour surmonter les répercussions de la réunion en Crète.
Neuvièmement : Quant aux voix qui estiment que la réunion en Crète est un concile œcuménique qui est régi par les règles de tenue des conciles œcuméniques, les Pères du synode antiochien rappellent à ces frères que depuis le début du vingtième siècle les Eglises orthodoxes se sont mises d’accord pour remplacer la convocation d’un concile œcuménique par la convocation d’un concile panorthodoxe dont l’agenda et les procédures de travail ont été clairement établis lors de la conférence de Rhodes en 1961. Le travail préparatoire s’est alors poursuivi durant cinq décennies et demie. Les Eglises se sont mises d’accord aussi, étant donné le caractère extraordinaire de ce concile, que tous les évêques du monde orthodoxe n’y soient pas présents, comme l’exige la tradition orthodoxe, et que toutes ses décisions seraient prise par le consensus de toutes les Eglises autocéphales sur la base d’une seule voix par Eglise autocéphale. Dès lors, ce processus réfute toute prétention qui cherche à considérer la réunion en Crète comme un concile œcuménique auquel s’appliqueraient les procédures suivies par les conciles œcuméniques. Ce processus oblige par conséquent les participants à la réunion de Crète à respecter les règles établies au cas où ils veulent le considérer comme un concile panorthodoxe. Ce qui n’a pas été le cas pour les raisons susmentionnées.

Dès lors, après avoir constaté que la réunion de Crète ne remplissait même pas les conditions requises pour tenir une conférence préparatoire au grand concile, et ce, sur la base du règlement des conférences orthodoxes préparatoires entériné en 1986 et qui demeure en vigueur et applicable jusqu’à ce jour, règlement qui stipule que la tenue de pareille conférence exige l’accord de tous les primats des Eglises orthodoxes locales sur la convocation de la conférence (article 2), et que la prise de décisions lors d’une telle conférence se fait à l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales (article 16), conditions qui n’ont pas été remplies lors de la réunion en Crète,
les Pères du Saint Synode d’Antioche ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préparatoire en vue du grand concile orthodoxe, et donc de considérer ses documents comme non définitifs, et toujours soumis à la discussion et à la modification lors de la tenue du grand concile orthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales ;
2. De refuser l’attribution du caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe à laquelle ne participent pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et d’affirmer que le principe de l’unanimité reste la base fondamentale qui gouverne les relations orthodoxes communes. Par conséquent, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « grand concile orthodoxe » ou « grand et saint concile » ;
3. D’affirmer que tout ce qui est issu de la réunion de Crète, qu’il s’agisse de décisions et autrement, ne lie ni engage d’aucune manière que ce soit le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient ;
4. De la « commission synodale de suivi » (qui dépend du Saint Synode du Patriarcat d’Antioche) d’observer et de suivre les résultats, les conséquences et les répercussions de la réunion de Crète et de faire le nécessaire à leur endroit, et de présenter un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche lors de sa prochaine session synodale ;
5. D’adresser une lettre relative aux présentes décisions du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses des pays de la diaspora.
6. D’appeler les fidèles à accompagner les Pères du Saint Synode antiochien dans la prière pour la préservation et la pleine manifestation de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Le seul texte qui fait foi est le texte arabe ».

Ce communiqué a été traduit du texte original arabe pour Orthodoxie.com.

Déclaration du métropolite de Limassol Athanase au sujet du Concile

Le métropolite de Limassol Athanase (Église de Chypre) a confirmé qu’il n’avait pas signé le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » par le communiqué suivant : « Puisque l’on a pu observer une confusion dans l’information des fidèles, alors que l’on se pose la question si j’avais finalement signé le texte du saint et grand Concile concernant le thème : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je souhaite informer les intéressés que, pour des raisons de conscience, je ne l’ai pas signé, puisque je suis en désaccord avec ce texte, tel qu’il a été finalement constitué. Je donne, pour publication, la version écrite du point de vue que j’ai soumis au saint et grand Concile, en ce qui concerne ce texte. Cela, pour simple information, avec beaucoup de respect et d’estime pour tous ». La version écrite mentionnée est disponible en grec sur le site ci-dessous.

Source

Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée : « Pourquoi je n’ai pas signé le texte sur les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien»

Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a publié la mise au point suivante, expliquant les raisons qui l’on conduit à refuser de signer le texte concernant « les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » :
« Différents commentaires ont été publiés concernant la position que j’ai adoptée concernant le texte du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe intitulé : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Certains écrivent que je ne l’ai pas signé, d’autres que je l’ai signé avec des réserves, et d’autres encore que je l’ai signé. Par la présente déclaration, je confirme qu’effectivement je n’ai pas signé ce texte et que, en outre, j’ai exprimé mes réserves au sujet des textes « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et « Le sacrement du mariage et ses empêchements », relativement à des points concrets que j’ai développés durant les sessions. En particulier, pour ce qui concerne le premier texte, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je veux dire que, réellement, je ne l’ai pas signé et ce après profonde réflexion, sur la base de critères théologiques. Ce n’est pas encore le moment pour moi de développer tous mes arguments historiques et théologiques, ce que je ferai lorsque j’analyserai plus généralement tous les processus et l’atmosphère que j’ai ressentie lors du déroulement des sessions du saint et grand Concile. Je vais mentionner ici, laconiquement, certaines raisons particulières.
1. [En prenant ma décision], j’ai pris en considération le fait que toutes les décisions prises à l’unanimité par la hiérarchie de l’Église de Grèce n’ont pas été retenues, non seulement concernant la phrase « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes », mais aussi dans quatre-cinq autres cas. J’ai choisi dès le début d’accepter de participer au saint et grand Concile en tant que membre de la délégation de l’Église de Grèce, en attendant toutefois les décisions de la hiérarchie [c’est-à-dire de l’assemblée des évêques de l’Église de Grèce] en mai 2016, avant de décider finalement si je serai présent. Lorsque je fus convaincu que les décisions de la hiérarchie étaient significatives et unanimes, j’ai finalement décidé de participer au saint et grand Concile dans le but de les soutenir.

2. J’étais préoccupé depuis le début au sujet de toute la structure et la façon de penser qui se dégageait du texte, car elles provenaient de la réunion de deux textes différents mais, jusqu’à la fin, j’avais espoir dans ses rectifications, avec les propositions également des autres Églises. Finalement, cependant, j’ai observé que les corrections qui avaient été proposées par les Églises ne sont pas toutes introduites dans le texte pour diverses raisons.
Le métropolite de Pergame, manifestement en tant que conseiller, sur l’incitation du patriarche, était l’évaluateur ultime des propositions. Ou bien il les rejetait, ou il les corrigeait ou encore il les adoptait et son évaluation était acceptée par l’Église de Constantinople et les autres Églises. Ainsi, à mon avis, le texte n’était pas mûr pour être édité par le saint et grand Concile puisque, jusqu’au dernier instant précédant sa signature, il était corrigé et modifié, jusque lors de sa traduction dans les trois langues, français, anglais et russe. C’est la raison pour laquelle certaines Églises, dès le début, avaient demandé le retrait du texte pour une révision ultérieure. En outre, le texte était on ne peut plus diplomatique et chacun pouvait l’utiliser selon ses préférences. Comme je l’ai soutenu lors de la session du saint et grand Concile, le texte n’a pas de base ecclésiologique stricte, et la question de savoir qu’est-ce que l’Église et qui en sont membres était l’un de presque cent sujets qui avaient été proposés pour le saint et grand Concile [initialement, dans les années soixante, ndt], mais entre temps, il est tombé à la trappe, dans la perspective d’un débat plus large ainsi que d’un dialogue qui feraient ensuite l’objet d’une décision. Il fallait, par conséquent, que soit d’abord discuté et défini ce qu’est l’Église et qui sont ses membres et ensuite que soit déterminée la place des hétérodoxes. En outre, si j’avais signé ce texte, j’aurais renié dans la pratique tout ce que j’avais écrit de temps à autre au sujet de l’ecclésiologie sur la base des saints Pères de l’Église. Et cela, je ne pouvais le faire.
3. Il est impossible que l’on comprenne pleinement la raison pour laquelle j’ai renoncé à signer, si je ne donne quelques informations sur la raison pour laquelle les représentants de l’Église de Grèce ont changé à cet instant la décision unanime de la hiérarchie de l’Église. Comme on le sait, la décision initiale de la hiérarchie de mai 2016 était que « l’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes », et cela a été modifié par la proposition : « L’Église orthodoxe accepte la dénomination historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes ». La différence entre les deux phrases est évidente. Le vendredi, alors qu’était discuté le texte concret, la discussion a abouti à une impasse au sixième paragraphe, où il était question de la dénomination des hétérodoxes. L’Église de Roumanie a proposé que l’on dise « confessions et communautés hétérodoxes ». L’Église de Chypre a proposé que l’on dise « Églises hétérodoxes ». Et l’Église de Grèce a proposé que l’on dise « confessions et communautés chrétiennes ». Étant donné que l’Église de Roumanie avait retiré sa proposition, la discussion a porté sur la proposition de l’Église de Chypre, qui a été adoptée par d’autres Églises, et celle de l’Église de Grèce. Lors d’une consultation de notre délégation, le vendredi après-midi, il a été décidé que nous resterions fermes dans la décision de la hiérarchie [de l’Église de Grèce, ndt], et que soient proposées des solutions alternatives, à savoir que l’on écrive « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’hétérodoxes » ou « d’autres chrétiens » ou « de chrétiens non orthodoxes ». Étant donné que les propositions de l’Église de Grèce n’avaient pas été acceptées, le patriarche œcuménique, lors de la session de l’après-midi du vendredi a proposé publiquement une rencontre du métropolite de Pergame et de moi-même, afin que soit trouvée une solution. Le métropolite de Pergame ne semblait pas disposé à une telle chose et je déclarai moi-même que ce n’était pas une question personnelle, auquel cas je pourrais prendre seul une telle responsabilité, mais que c’était la question de toute la délégation. C’est alors que le patriarche œcuménique a proposé à l’archevêque d’Athènes de trouver absolument une solution. Le samedi matin, avant la session, notre délégation s’est réunie pour prendre une décision à ce sujet. L’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, se comportant de façon démocratique, a mentionné qu’il existait trois solutions concrètes : la première, que nous en restions à la décision de la hiérarchie ; la deuxième, que nous déposions une nouvelle proposition, dont j’ignore comment elle est venue et qui l’a proposée, à savoir : « l’Église orthodoxe accepte la dénomination historique d’autres Églises chrétiennes hétérodoxes »; et la troisième, que nous acceptions la proposition de l’Église de Chypre, dans laquelle il était question « d’Églises hétérodoxes ». Une discussion s’en est suivie entre les membres de notre délégation au sujet des trois propositions. Personnellement, j’ai soutenu la première proposition avec les formulations alternatives qui avaient été mentionnées préalablement, tandis que les autres présents votèrent en faveur de la deuxième proposition. Je considérai que cette proposition n’était la plus indiquée du point de vue historique et théologique et je déclarai immédiatement devant tous les présents que je ne signerai pas ce texte, si cette proposition est soumise, mais que, en raison de l’unité, je m’abstiendrai de nouvelles discussions. Par conséquent je ne pouvais signer le texte pour cette raison également.
4. Il y a encore une raison, qui, naturellement, n’est pas essentielle, mais qui a un poids particulier : une forte critique verbale a été adressée à l’Église de Grèce et au sujet de sa décision. Naturellement, l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme a rejeté par un discours sensé cette prise de position injurieuse. En fin de compte, cette opposition a joué un rôle psychologique dans la formation de l’autre proposition. J’ai fait l’objet personnellement d’une sérieuse pression et d’une attitude injurieuse de la part d’autres hiérarques en raison de ma position, et j’ai été informé que d’autres évêques de notre Église avaient fait l’objet de pressions. Et du fait que je réagis toujours avec sang-froid, calme et liberté, je ne pouvais accepter de telles pratiques insultantes. Ce sont les raisons les plus fondamentales qui ont fait que je renonce à signer, pour des raisons de conscience et de théologie. Naturellement, dans le texte final qui a été publié, mon nom aussi a été utilisé comme si j’avais signé le texte, de toute évidence parce que j’étais membre de la délégation de l’Église de Grèce. Ce sont ici certains éléments sur ce qui s’est produit à ce sujet. J’écrirai plus tard, lorsque j’analyserai également la problématique – sous l’aspect historique et théologique – de la proposition finale qu’a soumise l’Église de Grèce et qui a été introduite dans le texte officiel.

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Le Patriarcat d’Antioche considère le Concile orthodoxe en Crète non comme un concile, mais comme une réunion préparatoire

FB_IMG_1464452921848_1Dans une déclaration du 27 juin du secrétariat de son Saint-Synode rendant compte d’une réunion de ce dernier, le Patriarcat d’Antioche rappelle les raisons de sa non-participation au Concile en Crète. Il a décidé de considérer la rencontre en Crète non comme un concile, mais comme une réunion préparatoire. Ses documents quant à eux sont donc considérés comme non-définitifs, mais ouverts à la discussions et aux modifications. En conséquence, le Patriarcat d’Antioche refuse que la rencontre en Crète puisse être appelée « grand Concile orthodoxe » ou « grand et saint Concile ».

Extrait :

Les Pères du Saint-Synode ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

  1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préliminaire en vue du Concile pan-orthodoxe, donc de considérer ses documents comme non définitifs, mais toujours ouverts à la discussion et à la modification jusqu’à la convocation du Grand Concile panorthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales.
  1. De refuser l’attribution d’un caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe qui ne comporte pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et de souligner que le principe de l’unanimité reste la base essentielle pour les relations orthodoxes communes. Ainsi, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « Grand Concile orthodoxe » ou « Grand et Saint Concile ».
  1. D’affirmer que tout ce qui a été publié à la réunion de Crète, qu’il s’agisse des décisions et d’autres choses, ne lie d’aucune façon le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient.
  1. De constituer une commission appelée « Comité pour le suivi des questions abordées par le Concile » pour étudier les résultats et les conséquences de la réunion de Crète et offrir un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche dans sa prochaine réunion.
  1. D’envoyez une lettre à propos de la décision du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses à l’étranger.
  1. D’appeler les fidèles à accompagner les pères du Saint-Synode d’Antioche en priant pour la préservation et la manifestation totale de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Source : Patriarcat d’Antioche. Photographie d’une réunion du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche. Une traduction française de cette déclaration est en cours.

Message du métropolite de Kiev Onuphre à l’occasion de la procession pan-ukrainienne

« Très révérends archipasteurs et pasteurs,
Révérends moines et moniales, chers frères et sœurs,

Dans la vie de chaque chrétien surgissent des moments durant lesquels il doit se rappeler qu’il n’est pas simplement un homme croyant, mais une part de l’Église orthodoxe – le corps du Christ. Et le destin de l’Église et du pays dépendent de chacun de nous. L’histoire pluriséculaire de notre terre compte un grand nombre de pages tragiques. Nos compatriotes ont dû subir une multitude d’épreuves, et le plus grand malheur a toujours été la guerre. Et dans les temps les plus difficiles, les hommes se sont unis dans la prière commune à Dieu et la très sainte Mère de Dieu pour demander leur aide. Et nous savons combien de fois, alors qu’il semblait que tout espoir de salut s’était éteint, la Mère de Dieu a préservé nos villes et nos villages de la ruine. La force de la prière de nos compatriotes a maintes fois protégé notre Église également, ainsi que notre terre. Maintenant, c’est de nous qu’une telle prière est nécessaire. Avec grande affliction dans le cœur, nous vivons actuellement une nouvelle tragédie – le conflit armé se poursuit dans l’Est de l’Ukraine, le sang innocent de nos compatriotes est versé. La chose la plus grande que peut accomplir notre Église est d’appeler à la paix et de renforcer les prières afin que soit accordée la paix à notre terre ukrainienne, ce que nous faisons depuis le début des hostilités. Mais, malgré la mission pacificatrice de notre Église, on s’efforce de la rendre détestable aux yeux de la population ukrainienne. Aujourd’hui, sur ce territoire de l’Ukraine qui est en paix, s’enflamme la guerre interconfessionnelle, différentes provocations ont lieu, dirigées contre le clergé et les fidèles en particulier et contre l’Église orthodoxe d’Ukraine dans sa globalité. En même temps, des cas fréquents nous sont connus, lorsque la force réunie de la prière des fidèles a accompli des miracles. Aussi, avec notre bénédiction, une procession pan-ukrainienne organisée par les diocèses de l’Église orthodoxe d’Ukraine aura lieu, avec la prière pour l’Ukraine, et qui commencera le 9 juillet dans l’Ouest de l’Ukraine, depuis la laure de la Dormition de Potchaïev, et le 3 juillet dans l’Est de l’Ukraine, depuis la laure de la Dormition de Sviatogorsk. Le 27 juillet, la veille de la fête du Baptême de la Russie de Kiev et de la mémoire du saint prince Vladimir égal-aux-apôtres, ces processions se rejoindront à Kiev au parc Vladimirskaya Gorka et se dirigeront ensemble à la Laure des Grottes de Kiev, où seront célébrés les offices solennels. Les processions seront accompagnées par les icônes miraculeuses de la Mère de Dieu de Potchaïev et de Sviatogorsk et d’autres saintes icônes et reliques. Cette procession qui commencera simultanément depuis l’ouest et l’est, traversera tout notre État. Elle unira l’Ukraine, car l’Église orthodoxe a toujours été et est une telle force qui réunit tous les hommes de notre pays. La procession n’est pas simplement notre labeur spirituel. C’est l’action consciente, volontaire de chaque âme chrétienne qui suit les commandements évangéliques en actes. Aussi, regarder simplement la procession est insuffisant. C’est le temps de manifester sa conscience chrétienne. Que celui qui peut faire cette procession pendant un long laps de temps, qu’il le fasse. Qui peut le faire seulement dans sa localité, qu’il le fasse. Nourrir les pèlerins, cela constitue également votre participation dans cette grande œuvre. Lorsque le Seigneur a demandé le repentir aux habitants de Ninive, ceux-ci lui ont obéi et ont détourné leur cœur du mal et de la violence. Ils ont renoncé à la nourriture et à l’eau, et pour cet exploit, le Seigneur a eu pitié d’eux. Nous croyons que la Mère de Dieu qui, tant de fois a défendu notre terre, se trouve aujourd’hui aussi, en larmes, près du trône de Son fils et prie pour nous. Nous devons aussi, en rejetant la colère, la haine, la méchanceté, et en nous armant de l’amour et du pardon, renforcer notre labeur de prière : afin que cessent de couler les larmes des mères, afin que les enfants ne restent pas orphelins, que le femmes ne deviennent pas veuves, afin que la jeunesse ne devienne pas invalide, afin que nos villes et villages ne soient pas détruits, et les maisons, désertées. C’est précisément le but de la procession pan-ukrainienne, la marche de la paix, de l’amour et de la prière pour l’Ukraine. J’implore la bénédiction de Dieu sur tous les participants de la Procession, et je leur souhaite l’aide du Tout-Puissant dans cette œuvre agréable à Dieu, + Onuphre, métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine, primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine ».

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Encyclique du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit
Nous adressons une hymne d’action de grâce au Dieu adoré dans la Trinité qui nous a permis de nous réunir en ces jours de Pentecôte sur l’île de Crète, sanctifiée par l’apôtre Paul des nations et son disciple Tite, « véritable enfant dans la foi qui nous est commune » (Tt 1, 4), et d’achever, sous l’inspiration du Saint-Esprit, les travaux du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe – convoqué par Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomaios, avec l’accord de Leurs Béatitudes les Primats des très-saintes Églises orthodoxes autocéphales – à la gloire de son Nom béni, et au profit du peuple de Dieu et du monde entier, confessant avec le divin Paul : « Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu » (I Co 4, 1).
Le saint et grand Concile de l’Église une, sainte, catholique et apostolique constitue un témoignage authentique de la foi dans le Christ Dieu-homme, Fils unique-engendré et Verbe de Dieu qui, par son Ιncarnation, toute son œuvre sur terre, Son Sacrifice sur la Croix et Sa Résurrection, a révélé le Dieu trinitaire en tant qu’Αmour infini. Dès lors, d’une seule voix et d’un seul cœur, nous adressons, en concile, la parole de « notre espérance » (cf. I P 3, 15) non seulement aux fidèles de notre très-sainte Église, mais aussi à tous ceux « qui étaient autrefois éloignés et qui ont été rapprochés » (Ep 2, 13). « Notre espérance » (I Tm 1, 2) le Sauveur du monde fut révélé comme « Dieu avec nous » (Mt 1, 23) et comme « Dieu pour nous » (Rm 8, 32) « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tm 2, 4). Nous proclamons l’amour sans cacher les bienfaits, conscients des paroles du Seigneur : « le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35). Dans la joie nous annonçons la parole de la foi, de l’espérance et de l’amour, attendant « ce jour qui n’a pas de soir, de lendemain ni de fin » (Basile le Grand, Homélies sur l’Hexaéméron II, PG 29, 52, SC 26bis, p. 185). Le fait que notre cité soit « dans les cieux » (Ph 3, 20), n’infirme pas, mais renforce notre témoignage dans le monde.
En cela, nous nous conformons à la tradition des Apôtres et de nos Pères qui annonçaient le Christ et l’expérience salvatrice de la foi de l’Église, faisant de la théologie en vue de « prendre dans les filets » – c’est-à-dire conformément à l’apostolat – les humains de tout temps, pour leur transmettre l’Évangile de la liberté en Christ (cf. Ga 5, 1). L’Église ne vit pas pour soi. Elle s’offre pour l’humanité tout entière, l’élévation et le renouveau du monde dans des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cf. Ap 1, 21). Dès lors, elle donne le témoignage évangélique et elle partage les dons que Dieu dispensa à l’humanité : son amour, la paix, la justice, la réconciliation, la force de la Résurrection et l’espérance de l’éternité.
* * *
I. L’Église en tant que corps du Christ, icône de la Sainte Trinité.
L’Église une, sainte, catholique et apostolique est la communion divino-humaine à l’image de la sainte Trinité ; l’avant-goût et l’expérience des fins dernières vécue dans la divine Eucharistie ; la révélation de la gloire des choses à venir ; en tant que Pentecôte permanente, la voix prophétique qui ne se tait jamais dans le monde ; la présence et le témoignage du Royaume de Dieu « venu avec puissance » (Mc 9, 1). En tant que corps du Christ, l’Église « rassemble » (cf. Mt 23, 37), transfigure et alimente le monde en « eau qui devient en lui une source jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14).
La tradition apostolique et patristique – obéissant aux paroles du Seigneur et fondateur de l’Église lors de la sainte Cène avec ses disciples, instituant le sacrement de la divine Eucharistie – a mis en relief l’attribut de l’Église en tant que « corps du Christ » (Mt 25, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19 ; I Co 10, 16-17 ; 11, 23-29). Elle l’associa toujours au mystère de l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu, du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Dans cet esprit, elle a toujours mis l’accent sur le rapport indéfectible, tant entre le mystère de la divine économie en Christ et celui de l’Église, qu’entre le mystère de l’Église et le sacrement de la divine Eucharistie assuré sans cesse dans la vie sacramentelle de l’Église par l’opération du Saint-Esprit.
L’Église orthodoxe, fidèle à cette tradition apostolique et expérience sacramentelle unanime, est la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Crédo et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. De la sorte, elle ressent la responsabilité majeure qui lui incombe, consistant non seulement à faire vivre au plérôme cette expérience authentique, mais aussi à donner à l’humanité le témoignage crédible de la foi.
Dans son unité et sa catholicité, l’Église orthodoxe est l’Église des Conciles depuis l’Assemblée des Apôtres à Jérusalem (Ac 15, 5-29). L’Église est en soi un Concile établi par le Christ et guidé par le Saint-Esprit, selon la parole apostolique « L’Esprit saint et nous-mêmes, nous avons décidé » (Ac 15, 28). Par les Conciles œcuméniques et locaux, l’Église annonça et annonce le mystère de la sainte Trinité, révélé par l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu. Le travail conciliaire se poursuit sans interruption dans l’histoire par les conciles plus récents possédant une autorité universelle, notamment : le Grand concile (879-880) convoqué par Photius, patriarche de Constantinople ; ceux convoqués au temps de saint Grégoire Palamas (1341, 1351, 1368), où fut confirmée la vérité de la foi, portant surtout sur la participation de l’homme aux énergies divines incréées et sur la procession du Saint-Esprit ; en outre, les saints et grands Conciles réunis à Constantinople : celui de 1484 pour réfuter le concile d’union de Florence (1438-1439) ; ceux des années 1638, 1642, 1672 et 1691 pour réfuter les thèses protestantes, ainsi que celui de 1872 pour condamner l’ethno-phylétisme comme hérésie ecclésiologique.
4. En dehors du corps du Christ « qu’est l’Église » (cf. Ep 1, 23 ; Col 2, 17) la sainteté est inconcevable. La sainteté émane de l’unique Saint ; pour l’humain il s’agit de participer à la sainteté de Dieu dans la « communion des saints », selon l’affirmation du prêtre au cours de la Divine Liturgie. Les saints Dons aux saints » – et selon la réponse des fidèles : « Un seul Saint, un seul Seigneur, Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. Amen. » Dans cet esprit, Cyrille d’Alexandrie souligne aussi à propos du Christ : « Étant aussi lui-même Dieu par nature (…) Il est sanctifié à cause de nous en l’Esprit saint (…) Et il a fait cela à cause de nous, non pas pour Lui, afin que de Lui et par Lui, ayant le premier reçu le principe de la sanctification, la grâce de la sanctification puisse désormais passer à l’humanité…  » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 74, 548).
Par conséquent, selon saint Cyrille, le Christ est notre « personne commune » par la récapitulation dans sa propre humanité de la nature humaine tout entière : « nous étions tous en Christ et la personne commune de l’humanité est régénérée en Lui » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 73, 161). C’est pourquoi il est aussi l’unique source de sanctification de l’humanité. Dans cet esprit, la sainteté est la participation de l’humanité au mystère de l’Église et aussi à ses sacrements sacrés, avec pour centre la divine Eucharistie, en tant que « sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (cf. Rm 12, 1). « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? Selon ce qu’il est écrit : À cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rm 8, 35-37). Les Saints incarnent l’identité eschatologique de l’Église, en tant qu’action de grâce permanente devant le Trône terrestre et céleste du Roi de gloire figurant le Royaume de Dieu.
5. L’Église orthodoxe universelle est composée de quatorze Églises autocéphales locales, reconnues au niveau panorthodoxe. Le principe d’autocéphalie ne saurait opérer au détriment du principe de catholicité et d’unité de l’Église. Nous considérons donc que la création des Assemblées épiscopales dans la Diaspora orthodoxe – composées chacune des évêques canoniques reconnus qui continuent de dépendre des juridictions canoniques dont ils relevaient jusqu’à présent – constitue un pas en avant important vers leur organisation canonique et que leur fonctionnement régulier garantit le respect du principe ecclésiologique de conciliarité.
II. La mission de l’Église dans le monde
6. L’apostolat et l’annonce de l’Évangile – ou l’action missionnaire – appartiennent au noyau de l’identité de l’Église : c’est sauvegarder le commandement du Seigneur et s’y conformer : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). C’est le « souffle de vie » que l’Église dispense à la société humaine et qui ecclésialise le monde au travers de l’établissement de nouvelles Églises locales. Dans cet esprit, les croyants orthodoxes sont et doivent être des apôtres du Christ dans le monde. Cet apostolat doit s’accomplir non pas de façon agressive, mais librement, dans l’amour et le respect envers l’identité culturelle des individus et des peuples. Toutes les Églises orthodoxes doivent participer à cet effort en respectant dûment la discipline canonique.
La participation à la divine Eucharistie est une source d’ardeur apostolique pour évangéliser le monde. Participant à la divine Eucharistie et priant en la sainte assemblée pour toute la terre habitée, nous sommes appelés à prolonger la « liturgie après la Divine Liturgie » ; à témoigner de la vérité de notre foi devant Dieu et les hommes ; à partager les dons de Dieu avec l’humanité tout entière ; tout cela, en obéissant au commandement clair du Seigneur avant son Ascension : « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Les paroles prononcées avant la divine Communion – « L’Agneau de Dieu est fractionné et partagé, Il est fractionné mais non divisé, Il est toujours nourriture et ne s’épuise jamais, mais il sanctifie ceux qui y communient » – suggère que le Christ, en tant qu’ « l’agneau de Dieu » (Jn 1, 29), et en tant que « nourriture de vie » (Jn 6, 48), nous est offert comme l’amour éternel, nous unissant à Dieu et les uns aux autres. Elle nous enseigne à partager les dons de Dieu et à nous offrir nous-mêmes pour tous à la façon du Christ.
La vie des chrétiens est un témoignage irréfutable du renouveau de tout en Christ : « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là » (II Co 5, 17). C’est un appel lancé à l’humanité de participer personnellement, en toute liberté, à la vie éternelle, à la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et à l’amour de Dieu le Père, pour vivre dans l’Église la communion du Saint-Esprit : « Voulant le mystère du salut de plein gré et non pas de force » (Maxime le Confesseur, PG 90, 880). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés contemporaines sécularisées, ainsi que l’évangélisation de ceux qui n’ont pas encore connu le Christ, est pour l’Église un devoir ininterrompu.
III. La Famille – icône de l’amour du Christ pour Son Église
7. L’Église orthodoxe considère l’union indéfectible liant l’homme à la femme dans l’amour comme un « grand mystère … du Christ et de l’Église » (Ep 5, 32) et elle s’intéresse à la famille qui en résulte. C’est la seule garantie pour la naissance et l’éducation d’enfants selon le plan de la divine économie en tant que « petite Église » (Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’épître aux Éphésiens, 20, PG 62, 143), lui apportant le soutien pastoral nécessaire.
La crise contemporaine du mariage et de la famille est issue de la crise de la liberté qui est réduite à une réalisation du soi vouée à la poursuite du bonheur ; qui est assimilée à une fatuité, autarcie et autonomie individuelle ; qui entraîne la perte du caractère sacramentel de l’union de l’homme et de la femme ; et qui oublie l’éthos sacrificiel de l’amour. La société sécularisée de nos jours aborde le mariage sur des critères purement sociologiques et pragmatiques, considérant celui-ci comme une simple forme de relation, parmi tant d’autres, revendiquant un droit égal à bénéficier d’une garantie institutionnelle.
Le mariage est un atelier de vie dans l’amour nourri par l’Église et un don incomparable de la grâce de Dieu. La « main puissante » du Dieu « unificateur » « invisiblement présent unit les conjoints » au Christ et l’un à l’autre. Les couronnes posées sur la tête des époux lors de la célébration du sacrement font référence au sacrifice et au dévouement à Dieu et à celui des époux entre eux. Elles suggèrent aussi la vie du Royaume de Dieu, révélant la référence eschatologique du mystère de l’amour.
8. Le saint et grand Concile s’adresse avec un amour et tendresse particulier aux enfants et à tous les jeunes. Parmi les multiples définitions contradictoires à propos de l’enfance, notre très-sainte Église souligne les paroles de notre Seigneur « si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18, 3) et « qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point » (Lc 18, 17), de même que notre Sauveur le dit à propos de ceux qui « empêchent » (cf. Lc 18, 16) les enfants de venir à Sa suite et de ceux qui les « scandalisent » (Mt 18, 6).
L’Église n’offre pas à la jeunesse seulement de « l’aide », mais la « vérité », celle de la vie nouvelle divino-humaine en Christ. La jeunesse orthodoxe doit prendre conscience qu’elle est porteuse d’une tradition de l’Église orthodoxe multiséculaire et bénie et en même temps la continuatrice de cette tradition qu’il faut préserver avec courage et cultiver avec force les valeurs éternelles de l’Orthodoxie, pour rendre un témoignage chrétien vivifiant. De cette jeunesse sortiront les futurs serviteurs de l’Église du Christ. Ainsi, les jeunes ne sont pas uniquement le « futur » de l’Église, mais aussi l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent.
IV. L’éducation selon le Christ
9. De nos jours, le domaine de la formation et de l’éducation est secoué par d’âpres controverses concernant, non seulement le contenu et les buts de l’éducation, mais aussi la nouvelle perception de l’enfance, du rôle de l’enseignant et de l’élève, ainsi que celui de l’école moderne. Étant donné que l’éducation concerne non pas simplement ce qu’est l’homme, mais ce qu’il doit être, ainsi que la mesure de sa responsabilité, il est évident que l’image que nous nous faisons de l’homme et du sens de son existence détermine aussi notre point de vue concernant son éducation. Individualiste, sécularisé et à la seule recherche du bonheur, le système éducatif dominant aujourd’hui, dont la nouvelle génération fait les frais, préoccupe aussi l’Église orthodoxe
L’éducation occupe le centre de la sollicitude pastorale de l’Église en vue non seulement de la culture intellectuelle, mais aussi de l’édification et du développement de l’être humain dans son ensemble en tant qu’entité psychosomatique et spirituelle, selon la question à trois volets : Dieu, homme, monde. Dans son discours catéchétique, l’Église orthodoxe appelle affectueusement le peuple de Dieu, la jeunesse notamment, à la participation consciente et active à la vie de l’Église, en cultivant chez elle « l’aspiration parfaite » à la vie en Christ. Ainsi, le plérôme chrétien trouve dans la communion divino-humaine de l’Église un soutien existentiel, pour y vivre la perspective pascale de la déification par grâce.
V. L’Église face aux défis contemporains
10. L’Église du Christ est aujourd’hui confrontée à des manifestations extrêmes, voire provocantes du sécularisme, inhérentes aux évolutions politiques, culturelles et sociales du monde moderne. Un élément fondamental du sécularisme fut et demeure l’idée de soustraire totalement l’humain au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église, de surcroît, en assimilant arbitrairement celle-ci au conservatisme et faisant fi de l’histoire, alléguant qu’elle serait un obstacle au progrès et à l’évolution. Dans nos sociétés sécularisées, coupé de ses racines spirituelles, l’homme confond sa liberté et le sens de sa vie avec une autonomie absolue, avec un affranchissement par rapport à sa destination éternelle ; cela produit toute une série de malentendus et d’interprétations fallacieuses de la tradition chrétienne. Ainsi, la liberté en Christ dispensée d’en-haut et le progrès menant « à l’état d’adulte, à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13) sont considérés comme entravant les dispositions auto-salvatrices de l’être humain. L’amour disposé au sacrifice est jugé comme étant incompatible avec l’individualisme, alors que le caractère ascétique de l’éthos chrétien, comme un défi intolérable lancé à la poursuite du bonheur individuel.
Assimiler l’Église à un conservatisme inconciliable avec le progrès de la civilisation est une allégation arbitraire et abusive, puisque la conscience nationale des peuples chrétiens porte la marque indélébile de la contribution séculaire de l’Église non seulement à leur patrimoine culturel, mais aussi au sain développement de la civilisation séculière en général, puisque Dieu a placé l’homme en tant que gérant de la création divine, associé à Son œuvre. À la place de l’« homme-dieu » contemporain, l’Église orthodoxe affirme le « Dieu-homme » comme mesure ultime de tout : « Nous ne parlons pas d’homme déifié, mais de Dieu fait homme » (Jean Damascène, Exposé de la foi orthodoxe, 3, 2, PG 94, 988). Elle expose la vérité de la foi salvatrice du Dieu-homme et Son Corps, l’Église, en tant que lieu et mode de vie en liberté. Elle permet de « confesser la vérité dans l’amour » (cf. Ep 4, 15) ; de participer aussi, déjà sur terre, à la vie du Christ ressuscité. Le caractère divino-humain de l’Église – « qui n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36), qui alimente et dirige sa présence et son témoignage « dans le monde » – lui interdit de se conformer au monde (cf. Rm 12, 2).
11. Le développement actuel des sciences et de la technologie est en train de changer notre vie. Or, tout ce qui engendre un changement dans la vie humaine exige que nous fassions preuve de discernement. Car, hormis les importants bienfaits – par exemple ceux qui facilitent la vie quotidienne, qui permettent de traiter des maladies autrefois incurables et d’aller plus loin dans la recherche spatiale –, nous sommes aussi confrontés aux retombées négatives du progrès scientifique : les risques tels que la manipulation de la liberté humaine, l’instrumentalisation de l’être humain, la perte graduelle de précieuses traditions, la dégradation, voire la destruction de l’environnement naturel.
De par sa nature, la science elle-même ne dispose pas malheureusement de moyens nécessaires pour prévenir ou guérir bon nombre de problèmes qu’elle génère directement ou indirectement. La connaissance scientifique ne mobilise pas la volonté morale de l’humain qui, tout en connaissant les risques, continue d’agir comme s’il n’en avait pas été averti. Sans une approche spirituelle, il est impossible de donner des réponses aux graves problèmes existentiels et éthiques de l’être humain, ni au sens éternel de sa vie et du monde.
12. De nos jours, les progrès impressionnants effectués dans le domaine de la biologie, de la génétique et de la neurophysiologie du cerveau suscitent un enthousiasme généralisé. Il s’agit de conquêtes scientifiques dont l’éventail d’applications est susceptible de générer des dilemmes anthropologiques et éthiques graves. L’usage incontrôlé de la biotechnologie intervenant sur le début, la durée et la fin de la vie, compromet la véritable plénitude de celle-ci. Pour la première fois de son histoire, l’homme se livre à des expérimentations extrêmes et dangereuses sur sa propre nature. Il risque d’être transformé en rouage biologique, en unité sociale ou en appareil de pensée contrôlée.
L’Église orthodoxe ne saurait rester en marge du débat portant sur des questions anthropologiques, éthiques et existentielles d’une telle importance. Elle s’appuie sur les critères dictés par Dieu pour démontrer l’actualité de l’anthropologie orthodoxe face au renversement contemporain des valeurs. Notre Église peut et doit manifester dans le monde sa conscience prophétique en Jésus Christ qui, dans l’Incarnation, assuma toute la condition humaine et qui est le modèle absolu de la restauration du genre humain. Elle affirme que la vie de l’être humain est sacrée et qu’il possède l’attribut de personne dès sa conception. Naître est le premier des droits de l’homme. L’Église – en tant que communion divino-humaine au sein de laquelle chaque homme est une entité unique destinée à communier personnellement avec Dieu – résiste à toute tentative de réduire l’être humain à l’état d’objet, à le transformer en donnée mesurable. Aucune réussite scientifique n’est autorisée à porter atteinte à la dignité et à la destination divine de l’homme. L’être humain n’est pas uniquement déterminé par ses gênes.
C’est sur cette base que la Bioéthique est fondée du point de vue orthodoxe. À une époque d’images contradictoires de l’homme, face à des conceptions séculières, autonomes et réductrices, la Bioéthique orthodoxe affirme la création à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la destination éternelle de l’être humain. Elle contribue de la sorte à enrichir le débat philosophique et scientifique portant sur des questions bioéthiques en y apportant l’anthropologie biblique et l’expérience spirituelle de l’Orthodoxie.
13. Dans une société mondiale axée sur l’ « avoir » et l’individualisme, l’Église orthodoxe universelle propose la vérité de la vie en Christ et selon Christ, librement incarnée dans la vie quotidienne de chaque être humain par son travail accompli « jusqu’au soir » (Ps 103, 23) moyennant lequel celui-ci devient collaborateur du Père éternel – « car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu » (I Co 3, 9) – et de Son Fils [« Mon Père, jusqu’à présent, est à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17)]. La grâce de Dieu sanctifie tous les ouvrages de l’homme coopérant avec Dieu, relevant en eux l’affirmation de la vie et communion humaine. Dans ce contexte est aussi placée l’ascèse chrétienne, radicalement différente de tout ascétisme dual qui isole l’humain de la société et de son prochain. L’ascèse chrétienne et la tempérance, qui relient l’homme à la vie sacramentelle de l’Église, ne concernent pas uniquement la vie monastique, mais ce sont des attributs de la vie ecclésiale dans toutes ses manifestations, un témoignage tangible de la présence de l’esprit eschatologique dans l’existence bénie des fidèles orthodoxes.
14. Les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales. Elles sont inscrites dans le cœur de chaque être humain. Au cours des derniers siècles, cette crise s’aggrave à cause de nombreux clivages générés par les passions humaines, telles que la convoitise, l’avidité, la cupidité, l’égoïsme, l’esprit de prédation et leurs retombées sur la planète comme le changement climatique qui d’ores et déjà menace sérieusement l’environnement naturel, notre « maison » commune. La rupture du rapport liant l’homme à la nature est une aberration par rapport au véritable usage de la création de Dieu. Pour résoudre le problème écologique sur la base des principes de la tradition chrétienne, il faut non seulement faire pénitence pour le péché d’exploiter à outrance les ressources naturelles de la planète, c’est-à-dire changer radicalement de mentalité, mais aussi pratiquer l’ascèse comme antidote au consumérisme, au culte des besoins et au sentiment de possession. Cela présuppose aussi l’immense responsabilité qui nous incombe de léguer aux générations futures un environnement naturel viable et son usage conforme à la volonté et à la bénédiction de Dieu. Dans les sacrements la création est affirmée et l’homme est encouragé à agir en économe, gardien et « officiant » de celle-ci, la présentant au Créateur comme une action de grâce – « Ce qui est à toi, le tenant de toi, nous te l’offrons en tout et pour tout » – et cultivant un rapport eucharistique à la création. Cette approche orthodoxe évangélique et patristique attire aussi notre attention sur les aspects sociaux et les retombées tragiques que représente la destruction de l’environnement naturel.
VI. L’Église face à la globalisation, la violence en tant que phénomène extrême et l’immigration.
15. La théorie contemporaine de globalisation – imposée silencieusement et propagée rapidement – provoque de forts remous dans l’économie et la société à l’échelle mondiale. La globalisation imposée a généré de nouvelles formes d’exploitation systématique et d’injustice sociale. Elle a planifié l’élimination graduelle des obstacles que représentent les traditions nationales, religieuses, idéologiques ou autres qui s’y opposent. Elle a mené à l’affaiblissement en vue de la déstructuration des acquis sociaux au nom de la reconstruction de l’économie mondiale, censée être nécessaire, creusant davantage le fossé séparant riches et pauvres, dynamitant la cohésion sociale des peuples et ravivant de nouveaux foyers de tensions internationales.
Face au processus d’homogénéisation réductrice et impersonnelle promu par la globalisation, face aussi aux aberrations de l’ethno phylétisme, l’Église orthodoxe propose de protéger l’identité des peuples et de renforcer le caractère local. Comme modèle alternatif pour l’unité de l’humanité, elle expose son organisation structurée, basée sur l’égalité de valeur des Églises locales. L’Église s’oppose à la menace provocatrice pesant aujourd’hui sur l’individu et les traditions culturelles des peuples que renferme la globalisation ; elle s’oppose aussi au principe selon lequel l’économie possède sa propre loi ou « économisme », c’est-à-dire l’économie émancipée par rapport aux besoins vitaux de l’humain et transformée en but en soi. Elle propose donc une économie durable, fondée sur les principes de l’Évangile. Axée sur la parole du Seigneur : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » (Lc 4, 4), elle n’associe pas le progrès du genre humain à l’amélioration du seul niveau de vie ou du développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
16. L’Église ne se mêle pas de politique au sens strict du terme. Cependant, son témoignage est essentiellement politique en tant que souci pour l’humain et pour sa liberté spirituelle. Sa parole est bien distincte et restera à jamais un devoir d’intervention en faveur de l’humain. Les Églises orthodoxes locales sont aujourd’hui appelées à établir une nouvelle relation harmonieuse avec l’État de droit dans le nouveau contexte des relations internationales, conformément à l’affirmation biblique : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). Cette coopération doit sauvegarder la singularité de l’Église et celle de l’État, et assurer leur franche coopération au profit de l’unique dignité humaine dont émanent les droits de l’homme, garantir aussi la justice sociale.
Les droits de l’homme sont aujourd’hui au centre de la politique, en tant que réponse aux actuelles crises et bouleversements sociaux et politiques, et destinés à protéger la liberté de l’individu. L’Église orthodoxe fait une approche critique des droits de l’homme craignant que le droit individuel ne dégénère en individualisme et en mouvement revendicatif de droits. Une telle aberration est préjudiciable au contenu communautaire de la liberté ; elle transforme arbitrairement les droits en revendications individuelles de poursuite du bonheur ; elle confond liberté et laxisme de l’individu, érigeant cette licence en « valeur universelle » qui mine les fondements des valeurs sociales, de la famille, de la religion, de la nation et qui menace des valeurs éthiques fondamentales.
La perception orthodoxe de l’homme s’oppose donc tant à l’apothéose arrogante de l’individu et de ses droits, qu’à l’humiliation de la personne humaine écrasée dans les actuelles gigantesques structures économiques, sociales, politiques et communicationnelles. La tradition de l’Orthodoxie est pour l’homme une source intarissable de vérités vitales. Nul autre que le Christ et Son Église n’a autant honoré l’être humain, et pris soin de lui. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
17. Aujourd’hui, nous vivons une recrudescence de la violence au nom de Dieu. Les exacerbations fondamentalistes au sein des religions risquent de faire valoir l’idée que le fondamentalisme appartient à l’essence du phénomène religieux. La vérité est que, en tant que « zèle que la connaissance n’éclaire pas » (Rm 10, 2), le fondamentalisme constitue une manifestation mortifère de religiosité. La véritable foi chrétienne, calquée sur la Croix du Seigneur, se sacrifie sans sacrifier ; c’est pourquoi elle est le juge le plus inexorable du fondamentalisme, quelle qu’en soit l’origine. Le dialogue interreligieux franc contribue au développement d’une confiance mutuelle dans la promotion de la paix et de la réconciliation. L’Église lutte pour rendre plus tangible sur terre la « paix d’en-haut ». La véritable paix n’est pas obtenue par la force des armes, mais uniquement par l’amour qui « ne cherche pas son intérêt » (I Co 13, 5). Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine.
18. L’Église orthodoxe suit, avec douleur et dans la prière, constatant la terrible crise humanitaire qui sévit de nos jours, la propagation de la violence et des conflits armés, la persécution, les déportations et les meurtres commis contre des membres de minorités religieuses, l’expulsion forcée de familles hors de leurs foyers, la tragédie du trafic d’êtres humains, la violation des droits fondamentaux d’individus et de peuples, ainsi que la conversion religieuse forcée. Elle condamne catégoriquement les enlèvements, les tortures, les atroces exécutions. Elle dénonce la destruction d’églises, de symboles religieux et de monuments culturels.
L’Église orthodoxe est particulièrement préoccupée de la situation des chrétiens, ainsi que des autres minorités nationales et religieuses persécutées du Moyen-Orient. Elle lance tout particulièrement un appel aux gouvernements des pays de la région pour protéger les populations chrétiennes, les orthodoxes, les anciens orientaux et les autres chrétiens, ayant survécu dans le berceau du christianisme. Les populations chrétiennes et les autres populations indigènes possèdent le droit imprescriptible de demeurer dans leurs pays en tant que citoyens jouissant de l’égalité de droits.
Nous exhortons donc toutes les parties impliquées, indépendamment de leurs convictions religieuses, à travailler à la réconciliation et au respect des droits de l’homme, et à protéger avant tout le don divin de la vie. Il faut que cessent la guerre et l’effusion de sang, et que prévale la justice, pour faire revenir la paix et rendre possible le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers ancestraux. Nous prions pour la paix et la justice dans les pays éprouvés d’Afrique et l’Ukraine. Réunis en Concile, nous réitérons avec force notre appel aux responsables pour libérer les deux évêques enlevés en Syrie Paul Yazigi et Yohanna Ibrahim. Nous prions en outre pour la libération de tous nos semblables retenus en otages et en captivité.
19. L’imprévisible crise contemporaine des réfugiés et des immigrés pour des raisons économiques, politiques et climatiques s’aggrave continuellement et occupe le centre de l’intérêt mondial. L’Église orthodoxe n’a cessé de considérer ceux qui sont chassés, qui sont en danger et dans le besoin, conformément aux paroles du Seigneur : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Mt 25, 35-36) et « en vérité, je vous le déclare chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 40). Au cours de son histoire, l’Église s’est toujours trouvée aux côtés de « tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau » (cf. Mt 11, 28). De tout temps, la philanthropie de l’Église ne se limite pas simplement à un acte de charité occasionnel envers l’indigent et le souffrant, mais elle cherche à éliminer les causes génératrices des problèmes sociaux. Le « ministère accompli » par l’Église (Ep 4, 12) est reconnu de tous.
Nous lançons donc un appel – avant tout à tous ceux qui sont en mesure d’éradiquer les causes générant la crise des réfugiés – à prendre des décisions adéquates dans ce sens. Nous appelons les autorités politiques, les fidèles orthodoxes et les citoyens des pays d’accueil, vers lesquels les réfugiés ont afflué et continuent d’affluer, de leur procurer toute aide possible dans la mesure de leurs moyens.
VII. L’Église : témoigner dans le dialogue
20. L’Église est sensible à ceux qui l’ont quittée et souffre pour tous ceux qui ne comprennent plus sa voix. Dans sa conscience d’être la présence vivante du Christ dans le monde, elle transpose dans des actions concrètes l’économie divine en utilisant tous les moyens à sa disposition afin de témoigner de la vérité de façon crédible dans la rigueur de la foi apostolique. Partant de cette compréhension du devoir de témoignage et de disponibilité, de tout temps, l’Église orthodoxe accorde une grande importance au dialogue, notamment avec les chrétiens hétérodoxes. Moyennant ce dialogue, les autres chrétiens connaissent désormais mieux l’Orthodoxie et la pureté de sa tradition. Ils savent aussi que l’Église orthodoxe n’a jamais accepté le minimalisme théologique ou la mise en doute de sa tradition dogmatique et de son éthos évangélique. Les dialogues interchrétiens furent une occasion pour l’Orthodoxie de souligner le respect dû à l’enseignement des Pères et de témoigner valablement de la tradition authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Les dialogues engagés par l’Église orthodoxe n’ont jamais signifié et ne signifieront jamais faire des compromis d’aucune sorte en matière de foi. Ces dialogues sont un témoignage de l’orthodoxie étayé sur le message évangélique : « Viens et vois » (Jn 1, 46) et « Dieu est amour » (I Jn 4, 8).
* * *
Dans cet esprit, étant la manifestation en Christ du Royaume de Dieu, l’Église orthodoxe dans le monde entier vit le mystère de la divine économie dans sa vie sacramentelle centrée sur la divine Eucharistie qui nous donne non pas une nourriture périssable et corruptible, mais le Corps du Seigneur Lui-même, source de vie, « le Pain céleste » « qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus Christ pour toujours » (Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens XX, 1, PG 5, 756A). La divine Eucharistie est le noyau central de la fonction conciliaire du corps ecclésial, ainsi que la véritable assurance de l’orthodoxie de la foi de l’Église, comme l’affirme saint Irénée de Lyon : « Pour nous, notre façon de penser (= enseignement) s’accorde avec l’eucharistie, et l’eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (Contre les hérésies, IV, 18, PG 7, 1028).
Évangélisant donc le monde entier, conformément au commandement du Seigneur, et « prêchant la repentance et la rémission des péchés à toutes les nations » (cf. Lc 44, 47), nous devons nous confier les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu ; nous devons nous aimer les uns les autres, confessant dans la concorde « le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible ». Réunis en Concile, adressant ceci aux fidèles de notre très-sainte Église orthodoxe et au monde entier, marchant sur les traces des saints Pères et obéissant aux décisions conciliaires qui prescrivent de sauvegarder la foi apostolique léguée et de nous « conformer au Christ » dans notre vie quotidienne, dans l’espérance de la « résurrection commune », nous rendons gloire à la Divinité en Trois Personnes en chantant :
« Père Tout-Puissant, Verbe et Esprit de Dieu, Nature Unique en Trois Personnes, Essence et Divinité Suprême, en Toi nous avons été baptisés et nous Te bénissons dans tous les siècles » (Canon pascal, ode 8.)

Message du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Message 
du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe
Au peuple orthodoxe 
et à toute personne de bonne volonté

Nous louons et glorifions le Dieu « de compassion et de toute supplication », car il nous a rendus dignes de nous réunir durant cette semaine de Pentecôte (18-26 juin 2016) en Crète, où l’Apôtre Paul et son disciple Tite ont annoncé l’Évangile au cours des premières années de la vie de l’Église. Nous rendons grâce au Dieu trinitaire, car il a permis avec bienveillance que nous cheminions dans un même esprit pour achever les travaux du saint et grand concile de l’orthodoxie, convoqué par Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, en accord avec les Primats des Églises orthodoxes autocéphales locales.
Fidèles à l’exemple des Apôtres et des Pères théophores, nous avons étudié de nouveau l’Evangile de la liberté par lequel « Christ nous a affranchis » (Ga 5, 1). La fondation de nos discussions théologiques constitue l’assurance que l’Église ne vit pas pour elle-même. Elle transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité.
La principale priorité du saint et grand Concile fut de proclamer l’unité de l’Église orthodoxie. Fondée sur l’Eucharistie et la succession apostolique des évêques, l’unité existante a besoin d’être renforcée et de porter de nouveaux fruits. L’Église une, sainte, catholique et apostolique est une communion divino-humaine, un avant-goût et une expérience des eschata dans la sainte Eucharistie. En tant que Pentecôte, elle est une voix prophétique qui ne peut être mise sous silence, une présence et un témoignage du Royaume du Dieu d’amour.
Fidèle à la tradition apostolique unanime et à l’expérience sacramentelle, l’Église orthodoxe constitue la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, comme elle est confessée dans le symbole de foi et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. L’Eglise nous fait connaître le mystère de la sainte Économie par sa vie sacramentelle centrée autour de la divine Eucharistie.
L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. Les Églises orthodoxes autocéphales ne sont pas une fédération d’Église, mais l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Chaque Église locale célébrant la divine Eucharistie est la présence et la manifestation locale de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. De même pour la diaspora orthodoxe, dans différents pays, il a été décidé de continuer le fonctionnement des Assemblées épiscopales jusqu’à l’application de l’acribie canonique. Elles se composent des évêques canoniques qui relèvent et continuent à dépendre d’une Église autocéphale. Le fonctionnement régulier de ses Assemblées épiscopales garantit le respect du principe orthodoxe de conciliarité.
Au cours des travaux du saint et grand Concile a été soulignée l’importance des Synaxes des Primats qui ont eu lieu et décidé de la convocation régulière du saint et grand Concile tous les sept ou dix ans.
En participant à la divine Liturgie et priant pour le monde entier, nous devons continuer la liturgie après la divine liturgie et à rendre témoignage de la foi à ceux qui sont proches ou éloignés, en accord avec le clair commandement du Seigneur avant son Ascension : « et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés modernes et l’évangélisation de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ continuent à être une obligation pour l’Église.
Notre Église réfléchissant à la nécessité de témoigner de la vérité et de la foi apostolique, accorde une grande importance au dialogue, en particulier avec les chrétiens non-orthodoxes. De cette manière, le reste du monde chrétien connaît plus précisément l’authenticité de la tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des orthodoxes. Les dialogues que conduit l’Église orthodoxe ne signifient en rien un compromis en matière de foi.
L’explosion du fondamentalisme observée dans différentes traditions religieuses est l’expression d’une religiosité mortifère. Un dialogue interreligieux sobre contribue de manière significative à favoriser la confiance mutuelle, la paix et la réconciliation. Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine. L’Église orthodoxe condamne sans équivoque l’expansion de la violence militaire, les persécutions, les expulsions et le meurtre des minorités religieuses, les conversions forcées, le trafic des réfugiés, les enlèvements, la torture et les terribles exécutions sommaires. Elle dénonce la destruction des lieux de culte, des symboles religieux et des monuments culturels. Plus particulièrement, elle exprime sa préoccupation pour la situation les chrétiens et des minorités persécutées au Moyen-Orient et ailleurs. Elle appelle la communauté internationale de la région pour la protection des orthodoxes indigènes et des autres chrétiens, ainsi que de toutes les populations de la région qui ont un droit inviolable à demeurer dans leur pays d’origine comme des citoyens jouissant de droits égaux. Notre Concile exhorte toutes les parties à œuvrer sans attente aux efforts systématiques à la résolution des conflits armés au Moyen-Orient, les terminer et permettre le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers.
Elle appelle tout particulièrement tous les puissants de la terre pour que prévalent la paix et la justice dans les pays d’où sont issus les réfugiés. Nous appelons les autorités civiles, les citoyens et les chrétiens orthodoxes dans les pays vers lesquels les réfugiés persécutés cherchent refuge, à continuer à offrir leur aide dans les limites et au-delà de leurs capacités.
Le sécularisme moderne cherche l’autonomie de l’homme par rapport au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église qu’il identifie arbitrairement à du conservatisme. Cependant, la culture occidentale porte l’empreinte indélébile de la contribution dans le temps du christianisme. L’Eglise souligne, en outre, l’importance salvifique du Dieu-homme et de son corps en tant que lieu et mode de vie en liberté.
Dans l’approche contemporaine du mariage, l’Église orthodoxe considère le lien indissoluble d’amour entre un homme et une femme comme « un grand mystère… celui du Christ et de l’Église ». Elle appelle même la famille une « petite église », laquelle résulte du mariage, le seul garant pour élever les enfants.
L’Église insiste constamment sur la valeur de l’abstinence. L’ascèse chrétienne diffère profondément d’une ascèse purement dualiste qui couperait la personne humaine de son prochain. Au contraire, il convient de s’attacher à la vie sacramentelle de l’Église. L’abstinence ne se rattache pas uniquement à la vie monastique. L’éthos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne dans toutes ses expressions.
***
Le saint et grand Concile, mis à part les thèmes au sujet desquels des décisions ont été prises, a étudié les importantes questions contemporaines suivantes :
Sur la question des relations de la foi chrétienne avec la science, l’Église orthodoxe évite de placer la recherche scientifique sous sa tutelle et ne prend pas position sur toutes les questions scientifiques. Elle remercie Dieu qui donne aux scientifiques le charisme d’explorer les secrets de la création divine. Le développement moderne de la science et de la technologie apporte des changements radicaux dans nos vies. Elle est porteuse de bienfaits importants dans notre vie quotidienne : une maladie grave, les gens communiquent plus facilement, la recherche spatiale, etc. Cependant, il existe aussi une variété d’effets négatifs comme : la manipulation de la liberté, la perte progressive de traditions précieuses, la destruction de l’environnement naturel, la contestation des valeurs morales. Bien que la connaissance scientifique évolue très rapidement, elle ne mobilise pas la volonté de la personne humaine, ni ne fournit des réponses aux problèmes éthiques existentiels centraux, à la quête du sens de la vie et du monde. Tout ceci requiert une approche spirituelle que l’Eglise orthodoxe entreprend de promouvoir au travers d’une bioéthique fondée sur l’éthique chrétienne et l’enseignement patristique. Ainsi, dans le respect de la liberté de la recherche scientifique, l’Église orthodoxe insiste sur les dangers que recèlent certains progrès scientifiques et met l’accent sur la dignité de l’homme et sur son destin divin.
La crise écologique actuelle est évidemment due à des causes spirituelles et éthiques. Ses racines sont liées à la cupidité, l’avidité et l’égoïsme, conduisant à une utilisation irrationnelle des ressources naturelles, à la pollution de l’atmosphère par des polluants nuisibles, et au réchauffement climatique. La réponse chrétienne contre ces problèmes exige le repentir (metanoia) par rapport à ces abus, l’abstinence, et l’éthique ascétique comme l’antidote à la surconsommation, tout en prenant conscience de plus en plus que la personne humaine est l’« économe » de la création et non son propriétaire. Elle souligne aussi que les générations futures possèdent elles aussi des droits sur ces biens naturels que nous a remis avec confiance le Créateur. C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe participe activement aux différents efforts internationaux en faveur de l’environnement. Elle a fait du 1er septembre le jour de prière pour la protection de l’environnement naturel.
Face au mouvement d’homogénéisation impersonnelle, qui est favorisé de diverses manières, l’orthodoxie proclame le respect du particularisme des personnes humaines et des peuples. Elle s’oppose à l’autonomie de l’économie face aux besoins fondamentaux des êtres humains et la transformant comme une fin en soi. Le progrès de l’humanité n’est pas seulement lié à l’accroissement du niveau de vie ou au développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
L’Église orthodoxe n’interfère pas dans le politique. Sa parole reste discrète et prophétique et favorise une intervention humaine appropriée. Les droits de l’Homme sont maintenant au centre de la politique en réponse aux crises politiques et sociales et visent à protéger les citoyens contre l’arbitraire de l’État. Notre Église ajoute également les obligations et les responsabilités des citoyens et la nécessité pour ces derniers d’user de leur autocritique afin d’améliorer sensiblement la société. Elle souligne en particulier que l’idéal orthodoxe en faveur de l’être humain dépasse l’horizon des droits de l’Homme établis établis que « plus grand que tout » est l’amour, comme l’a révélé le Christ et le vivent ceux qui le suivent fidèlement. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
L’Église orthodoxe s’adresse aux jeunes, qui sont à la recherche d’une vie complète en toute liberté, justice, création et amour. Elle les exhorte à se joindre consciemment à l’Église qui est la vérité et la vie. Pour venir en offrant au corps ecclésial leur vitalité, leurs soucis, leurs préoccupations et leurs attentes. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, mais aussi une force et une présence créative au niveau local et mondial.
Le saint et grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples. Elle évangélise : « De jour en jour, proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95)
Prions : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (I P 5, 10-11).

Observations sur un article intitulé « Vers la réconciliation et le schisme au sein de l’Église orthodoxe »

logo_cathchDernièrement, Antoine Arjakovsky (1) a publié un article, en ligne sur le site d’information suisse Cath.ch, intitulé « Vers la réconciliation et le schisme au sein de l’Église orthodoxe ». A la suite de cette publication, Bernard Le Caro a adressé au site helvétique des observations que nous reproduisons ci-dessous.

Madame, Monsieur,

Vous avez publié sur votre site un article de M. Antoine Arjakovsky, intitulé « Vers la réconciliation et le schisme au sein de l’Église orthodoxe ». Sans se prononcer naturellement sur les opinions qui sont propres à l’auteur, force est de constater qu’un certain nombre de faits sont inexacts et donnent une image erronée des événements concernant le Concile des Églises orthodoxes présentes actuellement en Crète. Permettez-moi d’énumérer ci-dessous les affirmations de l’auteur, suivies de mes remarques :

1) « La situation actuelle montre un écart grandissant entre les Églises orthodoxes reconnaissant une primauté d’honneur au patriarcat de Constantinople et celles privilégiant le Patriarcat de Moscou »

Toutes les Églises orthodoxes, y compris le Patriarcat de Moscou, reconnaissent la primauté d’honneur du Patriarcat de Constantinople. Le litige porte sur la façon dont cette primauté doit être exercée. Donc, il n’y a pas de querelle de « leadership » en tant que tel. Le Patriarcat de Moscou ne revendique pas – comme cela a pu être le cas dans le passé – la primauté dans le monde orthodoxe, mais exige que les droits qu’il possède sur son territoire canonique ne soient empiétés par aucune autre Église autocéphale.

2) Plus fondamentalement encore, ce schisme résultera de la lutte entre les tenants d’un retour à la civilisation soviétique, “fondée sur les bases morales du christianisme” selon le patriarche Cyrille… »

On peut se demander pourquoi l’auteur de l’article se réfère à l’article d’un journaliste américain en poste à Moscou, plutôt que de citer le texte original. La phrase mentionnée ne se trouve pas dans l’interview du patriarche. Celui-ci a dit textuellement : « Malgré l’athéisme d’État, la société soviétique a pu garder les racines chrétiennes et éviter ces processus destructeurs qui se produisent actuellement en Europe et aux USA ». Le patriarche a dit encore que les autorités communistes de l’Union soviétique n’avaient pas osé « dynamiter le fondement moral de la vie de la société » qui, selon ses paroles, était « restée globalement chrétienne (…) Cela nous a sauvés : notre littérature, notre art figuratif, étaient pénétrés d’idées chrétiennes, et la morale du peuple est restée chrétienne ». Même si l’on peut considérer ces propos comme étant maladroits et optimistes, il n’est pas question ici du « fondement » du régime soviétique sur les bases morales du christianisme. Le patriarche considère que celles-ci avaient pu être conservées, ce qui n’est pas la même chose.

3) … ceci alors que toutes les 14 Eglises sans exception avaient accepté le communiqué de la conférence de Chambésy du 28 janvier 2016 annonçant la tenue du concile pour la fête orthodoxe de la Pentecôte le 19 juin 2016

Il est inexact de prétendre que toutes les Églises sans exception, avaient accepté le communiqué de Chambésy. On peut lire la remarque suivante sur le texte concerné, au-dessus de la signature du représentant du Patriarcat d’Antioche, le métropolite Isaac : « L’Église d’Antioche n’est pas d’accord avec le contenu du document. Nous refusons de le signer » (la photocopie du document original a été publiée sur le site Romfea).

4) Pour le diacre André Kouraiev, l’un des théologiens les plus réputés de l’Eglise russe, il ne fait pas de doute que cette décision [la revendication de la juridiction du Patriarcat de Constantinople sur l’Ukraine] a conduit le patriarcat de Moscou à revenir sur sa décision de janvier de participer au concile.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une décision du Patriarcat de Constantinople ou de son primat, mais des propos du père John Chryssavghis, conseiller du patriarche de Constantinople. Depuis des années, le Patriarcat de Moscou se plaint des agissements officieux de Constantinople en Ukraine, donc il ne s’agit pas là d’un fait nouveau qui aurait conduit le Patriarcat de Moscou à revenir sur sa décision de participer au Concile. Qui plus est, la question de l’Église orthodoxe d’Ukraine ne figure pas à l’ordre du jour. Seuls sont prévus six thèmes, et l’article 8,2 du règlement conciliaire dispose : « ne peuvent être introduits pour être débattus dans le Concile des textes non approuvés à l’unanimité par les conférences panorthodoxes préconciliaires et les synaxes des primats ou de nouveaux thèmes ». Au demeurant, l’archevêque Job de Telmessos, porte-parole du Concile a confirmé, dès le premier jour de celui-ci: « La question ukrainienne n’est pas à l’ordre du jour ».

5) Citant les propos d’Alexandre Soldatov, M. Arjakovsky écrit que « la décision de l’Eglise bulgare le 1er juin de ne pas se rendre en Crète fait suite à la canonisation le 28 mai à Sofia, en association avec le patriarcat de Moscou, de Mgr Serafim Sobolev, un évêque anti-œcuménique et ultra-conservateur ».

Ladite canonisation, qui était préparée depuis longtemps, a été décidée le 2 décembre 2015 en raison des nombreux miracles qui s’étaient produits sur l’intercession de l’archevêque, et a eu lieu officiellement le 3 février 2016 (et non pas le 28 mai, comme l’affirme M. Arjakovsky) et ce  lors de l’Assemblée de l’Église orthodoxe russe. Donc ce n’était pas « pour les besoins de la cause ».

6) Pour finir, selon M. Arjakovsky, « la visite au Mont Athos fin mai du patriarche Cyrille avec Vladimir Poutine a eu exactement le même effet puisque, quelques jours plus tard, les moines de cette presqu’île, très influents en Grèce, ont rejeté vigoureusement les textes préconciliaires ».

Il convient tout d’abord de préciser que la lettre de la Sainte-Communauté du Mont Athos ne « rejette » pas les textes préconciliaires, mais propose un certain nombre d’amendements, ce qui n’est pas la même chose. Elle est en outre datée du 25 mai 2016 , tandis que le patriarche Cyrille est arrivé le 27 mai sur le Mont Athos, donc deux jours après l’envoi de la lettre. En conséquence la réaction des moines athonites n’a aucun rapport avec la visite du patriarche russe. Qui plus est, la date de la  réunion de la « Synaxe double », organe exécutif du Mont Athos, qui a rédigé la lettre susmentionnée, avait été arrêtée plusieurs semaines avant. Pour qui connaît tant soit peu le Mont Athos, avancer que le patriarche de Moscou dicterait ses desiderata aux moines athonites est méconnaître la réalité. Il ne faut pas oublier que sur vingt monastères, un seul est russe ! Insinuer également que le Patriarcat d’Antioche est plus ou moins aux ordres de Moscou ne repose sur aucun fait établi. En outre, l’Église d’Antioche avait prévenu plusieurs fois qu’elle ne viendrait pas au Concile si son différend avec le Patriarcat de Jérusalem sur la juridiction du Quatar n’était pas réglé au préalable. Comme indiqué plus haut, le Patriarcat d’Antioche avait refusé de signer, en janvier 2016, la convocation du Concile et n’a fait récemment que confirmer sa décision.

En conclusion, je dirais qu’il est regrettable qu’un historien fonde toute son argumentation, non sur des faits précis et vérifiés, mais sur des articles de deuxième main, émanant de personnes qui soutiennent une idéologie (Jim Kovpak, cf. son site) ou qui sont en délicatesse avec leur hiérarchie (le diacre André Kouraiev), et n’ont pas ipso facto de raison de donner une appréciation objective de la situation.

Espérant que cette mise au point vous permettra, ainsi qu’à vos lecteurs, de mieux comprendre les événements concernant le Concile de l’Église orthodoxe, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.

Bernard Le Caro

Le Patriarcat de Géorgie maintient son refus de participer au Concile

elie_georgieEn date du 23 juin, le patriarche-catholicos de Géorgie Élie II a envoyé la lettre suivante au patriarche œcuménique Bartholomée :

« À Sa Sainteté l’archevêque de Constantinople – Nouvelle Rome et patriarche œcuménique seigneur Bartholomée, Crète

Toute-Sainteté, cher Frère en Christ,

Nous Vous adressons nos salutations cordiales et prions le Seigneur afin qu’il Vous donne paix, santé et de longues années. Nous avons été informés par les médias qu’une lettre d’invitation de Votre part nous avait été envoyée le 17 juin de cette année. Nous souhaitons Vous informer qu’une telle lettre ne nous est pas parvenue, ce qui explique le retard de notre réponse. Toute-Sainteté, je ne puis répondre à Votre invitation, étant engagé par la décision du Saint-Synode de l’Église de Géorgie en date du 17 juin de cette année. Ladite décision vous a été envoyée ainsi qu’à Leurs Saintetés et Leurs Béatitudes les primats des Églises orthodoxes autocéphales. Ce texte explique les raisons exactes de notre absence du Synode. Aussi, il n’est pas correct d’attribuer l’absence de participation au Concile de la délégation de l’Église de Géorgie à des motifs politiques ou autres. Néanmoins, nous suivons le déroulement des travaux du Concile et nous espérons qu’avec la grâce de Dieu ses résultats finaux seront acceptés par le plérôme de l’Église. Permettez-moi de vous rappeler que l’Église de Géorgie n’a pas signé le projet de texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements », car elle considère inacceptable la transgression du 72è canon du Concile quinisexte, qui a un caractère dogmatique, et interdit les mariages mixtes en raison de la participation de non-orthodoxes à un sacrement de l’Église orthodoxe. Le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a rejeté le texte en question lors de sa session du 8 octobre 1998 et à nouveau le 25 mai 2016. Nous ne l’avons pas signé non plus lors de la synaxe des primats orthodoxes en janvier de cette année. Si certains invoquent notre signature sous les décisions de la synaxe susmentionnée, qui fixe les thèmes de l’ordre du jour, nous répondons que ces décisions ont été signées avant le vote des primats au sujet du texte litigieux. Lorsque nous avons signé les décisions, nous avions l’espoir que l’unanimité serait atteinte, ce qui finalement n’a pas été le cas. Malheureusement, les tractations à ce sujet, qui ont eu lieu en avril passé, lorsque, suite à Votre invitation, une délégation officielle de l’Église de Géorgie s’était rendue au Phanar dans ce but, n’ont pas été non plus fructueuses. À cette occasion avait également été discutée l’élimination de ce sujet de l’ordre du jour du Concile. Et maintenant, une nouvelle fois encore, nous nous adressons à Vous, en demandant que le texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements », étant donné que son approbation unanime n’a point été atteinte, ne soit pas discuté, étant encore donné qu’il n’a pas été accepté par l’Église d’Antioche non plus. Lors de notre dernière rencontre à Chambésy, j’ai dit que les textes pré-conciliaires approuvés jusqu’à maintenant, seraient, après leur publication, soumis au jugement du Concile des évêques de notre Église en vue de sa prise de position définitive. Réuni en date du 25 mai de cette année, le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a décidé que : 1) Le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » nécessite une révision sérieuse, en raison des fautes ecclésiologiques et terminologiques qu’il contient, sans quoi l’Église de Géorgie ne pourrait le signer. 2) Le texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » nécessite absolument certains changements, que notre Église a indiqués. 3) Le texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements » ne peut être accepté sous sa forme actuelle, pour la raison déjà mentionnée. Toute-Sainteté, nous espérons en votre sagesse, et nous exprimons encore une fois notre attente que vous écarterez la création de problèmes au sein de l’Église, et aussi de décisions qui briseront l’unité des orthodoxes. Nous prions pour vous avec beaucoup d’amour en Christ et de respect, Élie II, archevêque de Mtskheta et Tiflis, et catholicos patriarche de toute la Géorgie, et métropolite de  Bichvinta et Ts’khum-Apkhazeti ».

Source (traduit du grec pour Orthodoxie.com): Romfea

 

«L’absence des quatre Églises sera étudiée attentivement au saint et grand Concile», a déclaré le patriarche Bartholomée

DSC_9798Le patriarche de Constantinople Bartholomée a communiqué que les chefs des dix Églises locales réunis en Crète avaient adressé, à la veille du Concile, un télégramme aux primats des quatre Églises orthodoxes absentes – Antioche, Bulgarie, Géorgie et Russie – leur demandant de venir au Concile, mais elles ont refusé. « Nous avons décidé d’adresser des télégrammes à nos quatre frères, à Antioche, Moscou, Bulgarie et Géorgie, les invitant à célébrer la liturgie en la fête de la Pentecôte et à participer aux travaux de notre Concile », a déclaré le patriarche de Constantinople, qui a lu les textes des télégrammes, ainsi que les réponses des primats concernés. Dans la réponse du patriarche de Moscou Cyrille est mentionnée, entre autres, la décision unanime du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 3 juin, laquelle demandait la convocation d’urgence d’une conférence préconciliaire en raison de la « situation extraordinaire » qui s’était constituée au cours de la préparation du Concile. « L’absence de quatre Églises sera étudiée attentivement au saint et grand Concile » a déclaré le patriarche Bartholomée. Selon lui, le Concile présentera l’image de l’orthodoxie actuelle. Ainsi, le Concile discutera de questions importantes concernant la vie de l’Église, ainsi que les problèmes du monde actuel. Il est question des relations entre les hommes, le milieu ambiant, du rapide progrès de la science et de la technologie et les problèmes bioéthique et éthiques qui en résultent, la question de la globalisation et la destruction des valeurs traditionnelles, les conflits armés. Ce sont là une partie des problèmes qui ont été énumérés par le patriarche. « Ils ne peuvent laisser indifférente l’Église orthodoxe. Le Concile abordera ces problèmes au cours des travaux et dans son message à l’issue de ceux-ci », a déclaré le patriarche Bartholomée, exprimant également l’espoir que l’Église, après le Concile, serait plus unie. Selon l’agence roumaine Basilica.ro, se référant à des informations publiées par l’agence grecque neakriti.gr, c’est le patriarche de Serbie Irénée qui a pris l’initiative du télégramme des dix Églises présentes en Crète, adressé le 17 juin aux quatre primats absents. Le métropolite du Monténégro Amphiloque avait même demandé au patriarche Bartholomée, afin de gagner du temps, de communiquer téléphoniquement avec les primats concernés.

Sources: RIA, Basilica (dont photographie)

Homélie du patriarche œcuménique Bartholomée du dimanche de Pentecôte

Hier, les primats des Églises orthodoxes présentes à Crète ont célébré la liturgie de Pentecôte en l’église métropolitaine Saint-Minas d’Héraklion. La liturgie a été présidée par le patriarche Bartholomée, en présence du président de la République hellénique M. Prokópis Pavlópoulos. A cette occasion, la patriarche oecuménique a prononcé une homélie :

divine_liturgie« Béatitudes très-saints frères primats des Églises orthodoxes locales, Théodore d’Alexandrie, Jean d’Antioche, Théophile de Jérusalem, Cyrille de Moscou, Irénée de Belgrade, Daniel de Bucarest, Néophyte de Sofia, Elie de Géorgie, Chrysostome de Chypre, Jérôme d’Athènes, Sava de Varsovie, Anastase de Tirana, Rastislav de Presov, et les vénérables membres des délégations qui vous accompagnent,

Monsieur le président de la République,

Éminence archevêque Irénée, entouré des bien-aimés frères, Leurs Éminences les membres du saint-synode provincial de l’Église de Crète,

Éminences et Excellences saints frères,

clergé et peuple orthodoxes bénis partout sur terre,

Aujourd’hui s’est levé un jour joyeux, où nous célébrons la manifestation historique de l’institution de l’Église que l’Esprit très-saint rassemble tout entière. Tous les frères orthodoxes représentant les Églises autocéphales locales, nous sommes réunis en assemblée liturgique pour accomplir le devoir et la tâche incombant à l’Église orthodoxe Une envers le monde et nos contemporains, en convoquant notre saint et grand Concile.

Aujourd’hui c’est un jour d’unité, étant tous unis dans la foi et les sacrements, grâce à notre assemblée liturgique en un même lieu et notre rencontre « dans la fraction du pain ». La divine eucharistie confirme vraiment l’unité et la catholicité de notre Église orthodoxe.

La Pentecôte, qui a eu lieu à Jérusalem, fut l’événement marquant le début du parcours historique de l’Église et posa les fondements pour la sanctification de l’histoire de l’humanité. Les apôtres et les trois-mille chrétiens baptisés par eux en ce temps ont constitué la première Église qui est une réalité divino-humaine du Christ présente dans tous ses membres. Aujourd’hui, nous sommes aussi comblés par le très-saint Esprit de ce même souffle de langues de feu ; nous sommes une Église, un corps, bien qu’issus de traditions nationales, linguistiques et culturelles différentes. Christ Dieu-homme, « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29), est présent en chacun de nous, ses membres.

Aujourd’hui, le plan entier de la divine économie est accompli. Car, dans et après la Pentecôte « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5). Le Christ est Un et nous en sommes tous les articulations et les membres : « Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut » (I Co 12, 11).

Dans notre diversité, chaque Église orthodoxe, mais aussi chaque croyant, sommes unis en un corps, possédant chacun ses propres charismes ; charismes qu’il ne faut pas envier chez les autres, mais nous en réjouir comme s’ils étaient les nôtres : « Le trésor que mon frère acquiert (…) je le possède aussi », affirme Macaire d’Égypte (Homélies spirituelles 3, 2, ΒΕΠΕΣ, 41, 156).

Chaque Église orthodoxe locale possède son propre trésor et l’offre au Christ. Les yeux ne peuvent pas dire aux mains, ni la tête aux pieds : « nous n’avons pas besoin de vous ». Au sein de l’Église, il n’y a pas d’Église locale qui n’aurait son importance, de sorte que l’Église une, sainte, catholique et apostolique n’ait pas besoin de chacun de ses membres ni qu’aucun membre n’existe de manière autonome et indépendante, comme ceux du dehors tentent de le faire, notamment en ces temps apocalyptiques. L’Église orthodoxe militant dans le monde perpétue la « chambre haute » de la Pentecôte que sont nos Églises locales que nous tous, très-vénérables frères, représentons ici aujourd’hui. Nous composons le corps mystique du Christ, prolongé dans le siècle et délestant le genre humain des tourments multiples et sans issue. Nous nous conformons au plan de l’économie de Dieu, à l’œuvre du salut accomplie en notre faveur, unissant les cieux et la terre (cf. Kontakion de l’Ascension). C’est là que réside précisément la mission de notre Église orthodoxe.

Aujourd’hui, c’est aussi un jour de cri vers le Paraclet de bonté le suppliant de venir et demeurer en nous, nous garder dans Sa vérité et Sa sanctification, selon la prière douloureuse du Seigneur dans le jardin de Gethsémani. Cette demande dominicale – accomplie ici en ce jour de la solennité de Pentecôte – est et reste la demande primordiale de l’humanité dans un monde divisé et entre-déchiré en quête d’unité pour laquelle le Fils de Dieu s’est livré pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.

Ayant été gratifiée de la bénédiction suprême de posséder le trésor de vérité et de sauvegarder intégralement le don du très-saint Esprit « qui remplit la terre » (Sg 1, 7), notre Église orthodoxe doit livrer au monde un témoignage d’amour et d’unité, lui révéler l’espérance gardée comme un trésor secret. Certes, nous ne nous flattons pas de la vérité de notre Église. Nous ressentons sa majesté unique, mais aussi notre faiblesse et incapacité personnelle. Pourtant, ce n’est pas suffisant si cela reste au niveau théorique. Cela exige de nous y conformer au niveau du vécu, sur lequel force est de constater que malheureusement nous sommes très en retard.

Le Seigneur commença sa prédication dans le monde en invitant les hommes au repentir ; et la tâche du chrétien est de faire pénitence sa vie durant. Nous, les dirigeants de l’Église, devons tout spécialement donner le bon exemple et embrasser intégralement la vérité reçue. Car notre adversaire cherche à semer dans nos cœurs de fausses idées censées réfuter la vérité de notre foi. Ces idées erronées – qui se veulent modernistes et dignes d’attention – que nos semblables égarés loin de la vérité prêchent par excès de zèle et répètent habilement parmi les fidèles – parviennent souvent à séduire bon nombre d’entre eux. Dès lors, nous les évêques devons nous réunir pour délibérer de ces questions, auxquelles l’Église orthodoxe est parfois et en divers lieux confrontée, de sorte à prendre les mesures appropriées pour protéger les croyants contre les aberrations existantes. La multitude d’erreurs qui sont aujourd’hui colportées et l’argumentation très élaborée utilisée par leurs instigateurs astreignent les pasteurs de l’Église orthodoxe à un effort concerté pour informer le peuple fidèle. Ce sont par centaines que les sectes religieuses et organisations affiliées cherchent à entraîner les croyants orthodoxes. Les délibérations conciliaires et l’expérience partagée sur la façon de contrecarrer les méthodes de ces organisations profiteront énormément à l’Église orthodoxe.

Le Seigneur de l’Église qui « est le même, hier, et aujourd’hui, et pour l’éternité » coopéra pour nous permettre de parvenir à ce moment historique du saint et grand Concile, à cette assemblée liturgique et à la communion au calice commun. Sans égard pour nos différences de vues, nous Orthodoxes devons souligner que l’unique voie de notre cheminement dans le monde c’est l’unité. Certes, cette voie exige un sacrifice vivant, beaucoup de labeur et il faut durement lutter pour ne pas s’en écarter. Il est certain que notre Concile contribuera dans cette direction, établissant – par la consultation en l’Esprit saint, et le dialogue constructif et franc – un climat de confiance et de compréhension mutuelle.

Notre mission, c’est l’unité de l’Église orthodoxe et de ses fidèles. Vient ensuite le témoignage de notre Église pour que le monde voie briller « ses bonnes œuvres », nos ouvrages, qu’il soit réconforté et rende gloire à « notre Père qui est aux cieux ». Notre unité ecclésiale n’est pas une quelconque forme fédérative, ni ne résulte d’un ralliement autour d’une personne. Elle émane de notre foi commune et s’y accomplit, foi qui est identique au salut et à la vie éternelle. « Or c’est ici la vie éternelle » connaître le Père et Celui qui envoya Jésus Christ, le Roi de ceux qui règnent et le Seigneur de ceux qui dominent, tel que représenté dans notre iconographie orthodoxe.

Béatitudes très-saints frères,
Monsieur le président de la République hellénique,
orthodoxes bénis, clergé, ordres monastiques et peuple partout sur terre,

Nous sommes certains et nous déclarons en ce moment historique depuis l’autel de l’église métropolitaine de la grande île de Crète – qui est un prolongement de celle de la sainte grande Église du Christ : l’église de la sagesse, de la paix et de la puissance divine, c’est-à-dire le saint synthronon de Jean Chrysostome, Grégoire le Théologien et Photius le Grand – que ce n’est qu’en restant unis et vivant notre orthodoxie en tant qu’expérience de foi et de vie, que nous serons en mesure de traverser l’histoire dramatique du monde contemporain et de témoigner du salut devant ceux qui sont près et ceux qui sont loin.

Mettant de côté les problèmes causés par notre origine ethnique différente, nous implorons le Paraclet de descendre aussi sur nous tous, afin qu’éclairés par Lui qui est « Lumière et vie et source spirituelle vivante, Esprit de sagesse, Esprit d’intelligence (…) Esprit souverain, purifiant les péchés, Dieu et déifiant » (cf. stichère de Pentecôte) nous portions au monde entier qui en a soif un message de vérité, de pureté et d’espérance ; afin que nous proclamions que nos Églises en tant qu’institution et nous en tant que personnes en sommes les réceptacles sacrés.

Le Saint Esprit nous unit à l’Église par le « lien de la perfection », l’amour, exprimé et avéré par les personnes de la sainte Trinité qui, tout en étant une par nature, se révèle en trois personnes. De même, par analogie, étant une, l’Église orthodoxe est révélée dans le monde par ses plants locaux liés entre eux pour former un tout, une Église, un corps.

Frères, pères et enfants, aujourd’hui, notre sainte Église orthodoxe, tout entière représentée ici en Crète, s’écrie : « Nous avons vu la lumière véritable, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi en adorant l’indivisible Trinité, car c’est elle qui nous a sauvés. » D’une seule voix et d’un seul cœur, nous bénissons le Seigneur de miséricorde, de compassion et de toute consolation. Car de Lui « nous avons tous l’être, le souffle, l’intelligence, la connaissance de Dieu – le très Saint-Esprit, le Père éternel et son Fils unique-engendré – pour comprendre la beauté du ciel, le parcours du soleil, le cycle de la lune, le bon ordre des étoiles, ainsi que l’harmonie régissant leur mouvement (…) comprendre aussi la succession des heures, les changements de saisons, des vents, des années, des époques (…) espérer gagner le royaume de cieux, égaler les anges, contempler la gloire ».

Car, au tout-saint Esprit appartiennent la mystagogie des bienfaits et de la concélébration d’aujourd’hui, ainsi que le témoignage – en concile et par le Concile – livré au monde ; et c’est à Lui que nous offrons notre chant, comme il convient, avec le Père et le Fils, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. »

Source et photographie ©2016 Sean Hawkey

Interview de l’archidiacre Jean Chrysavghis, directeur du bureau de presse du Patriarcat œcuménique pour le saint et grand Concile, au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe et de ses conséquences

Le père Jean Chysavghis, archidiacre du Trône œcuménique et clerc de l’archevêché grec d’Amérique, a donné l’interview suivante à l’agence grecque Romfea.gr au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe au grand et saint Concile.

– Père Jean, comment commentez-vous la récente décision de l’Église russe de ne pas participer au saint Concile ?

– Je respecte la décision de l’Église de Russie de ne pas venir. Mais je sais aussi, cependant, que beaucoup d’Églises qui participent ont exprimé le sentiment de douleur, non pas seulement pour l’absence de l’Église de Russie, mais aussi pour les autres Églises qui ont changé d’avis. Ce n’est pas moins regrettable lorsqu’une petite Église, comme celle de Bulgarie ou de Géorgie ne participe pas au Concile, que lorsqu’il s’agit d’une Église plus grande comme celles d’Antioche ou de Russie. La différence en nombre, grandeur et puissance n’a jamais eu d’importance pour l’Église orthodoxe. En même temps, cependant, les Églises qui ont déjà envoyé leurs représentants en Crète (qui travaillent durement pour le Concile imminent), et se préparent pour envoyer demain leurs délégations officielles, se sentent confuses au sujet de toute cette situation. Je ne suis pas en mesure de juger les questions internes et les problèmes des Églises individuelles, ni la raison pour laquelle certaines Églises ont choisi de changer d’opinion – alors qu’elles avaient donné leur parole – qu’elles participeraient au Concile. Je suis certain que les Églises de Russie, de Bulgarie et de Géorgie ont probablement eu du mal à prendre cette décision. Cela aurait été bien sûr une bonne chose qu’elles aient respecté le travail difficile, les ressources et les dépenses des autres Églises qui ont majoritairement tenu parole et se trouvent déjà en Crète. Malgré cela, nous ne devons pas perdre le contact avec le but lointain du Concile, c’est-à-dire l’unité, qui est un processus lent et difficile. Et il faut nous rappeler que l’unité est toujours un but et non un point de départ. L’unité est la fin et non le commencement. L’unité est toujours emplie et complétée par le Saint Esprit qui « supplie aux déficiences ». Aucun Concile ne siège jamais pour fêter l’unité. Au contraire, chaque Concile qui s’est réuni dans le passé, a été précisément convoqué pour aboutir à une plus grande unité, alors qu’il existait quelque problème (soit théologique, soit canonico-administratif). C’est un fait, la plupart des conciles, à travers les temps, ont réellement été convoqués pour résoudre des problèmes administratifs, et non des problèmes dogmatiques.
– Maintenant, alors que toutes les Églises ne participent pas, les décisions seront-elles valides ? Puisque, conformément à la logique du règlement (du présent Concile), l’absence d’accord d’une seule Église seulement constitue un empêchement absolu à la convocation du Concile.
– Il n’est dit nulle part dans le règlement que l’absence d’une Église empêche la convocation du Concile. Il est très important de mentionner avec précision les documents officiels. Le règlement dit que le saint et grand Concile peut être convoqué par Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] avec le consentement de toutes les Églises orthodoxes, ce qui est exactement ce qui s’est passé à Genève au mois de janvier de cette année, lorsque toutes les Églises orthodoxes étaient présentes à la synaxe des primats et ont répété, réaffirmé et décidé conjointement la convocation du Concile lors de prochaine fête de la Pentecôte. Je me pose également des questions au sujet de la façon dont les gens se réfèrent à la notion d’unanimité. Dans les règlements conciliaires, Il n’y a aucune référence à l’invalidité d’un Concile et de ses décisions, dans le cas où une Église quelconque ne peut y assister. En réalité, lorsqu’une Église quelconque s’est efforcée au cours de la même synaxe d’inclure ce genre de langage dans les règlements, elle a fait face au rejet massif de toutes les Églises, y compris celle de Russie. Le saint et grand Concile peut encore ne pas avoir de quorum, mais je considère qu’il est très difficile de ne pas l’appeler « panorthodoxe », car dans ce cas concret, il a été précédé par une décision panorthodoxe de convocation du Concile et le consentement des Églises pour y participer. Malheureusement, pour certaines raisons, certaines Églises ont décidé au dernier moment qu’elles ne pouvaient pas être présentes. Quoi qu’il en soit, cela ne change pas la validité du Concile et de ses décisions. En outre, le Concile est assurément un « grand Concile », car il est indubitablement plus officiel que n’importe quel concile local individuel. Sincèrement, je ne puis comprendre que certains se paniquent lorsqu’ils entendent que ce Concile est contraignant ainsi que ses décisions. Où est la confiance dans les dirigeants de notre Église ? En même temps, il nous faut comprendre qu’il existe toujours dans l’Église un processus de réception des décisions d’un Concile, comme c’était exactement le cas pour chaque Concile dans l’histoire, y compris les Conciles œcuméniques. Toutefois, le point de vue selon lequel les décisions d’un Concile sont invalides parce que certaines Églises n’étaient pas présentes, est privé de toutes bases ecclésiologiques, théologiques et encore logiques. Il y a eu beaucoup de Conciles au cours des derniers siècles, auxquels ont participé très peu d’Églises, sans que toutefois quelqu’un ait mis en doute leur validité. Par exemple, l’Église de Russie n’a pas assisté au célèbre Concile de 1872, qui a condamné l’ethnophylétisme, mais je voudrais espérer que ses décisions sont considérées contraignantes pour Moscou aujourd’hui, au même titre que pour les Églises qui participaient.

– Nombreux sont ceux se demandent quel est le sens de discuter l’unité entre tous les chrétiens (catholiques etc), alors même que l’unité des orthodoxes est brisée.

– Il est facile de jouer avec les mots. Mais comment pourrait être brisée l’unité dans le cadre de la tentative concrète d’une plus grande unité entre les Églises ? L’unité peut être brisée uniquement en l’absence d’une telle tentative. La conciliarité et l’unanimité sont des réalités instables. L’autoritarisme est probablement plus simple. Cependant, ce n’est pas la voie ou la méthode orthodoxe. Si le patriarche œcuménique avait en réalité – ou ambitionnait comme on l’en accuse – l’autorité que certaines Églises lui attribuent, on ne se trouverait pas dans cette situation. Ce n’est pas étonnant que l’Église catholique-romaine paraît plus unie que nous. Au-delà du concept occidental de la loi et de l’ordre, qui est souvent absent dans nos cercles, il y a aussi une perception verticale de l’autorité et de la prise des décisions dans l’Église catholique-romaine. Cela n’a jamais constitué une partie de la tradition et de la pratique orthodoxes. Malgré tout cela, nous avons assurément un ordre et une hiérarchie dans l’Église orthodoxe, même si certains refusent à l’accepter pour une raison ou pour une autre. Et cela est la beauté de l’Orthodoxie : même dans les moments de dispersion et de faiblesse, nous sommes unis. Nous pourrions peut-être voir cela de cette façon. C’est-à-dire que [ce concile] est le premier pas de nos Églises vers la conciliarité après plus de mille ans ! Par conséquent, il est très naturel que tout le processus semble maladroit. Mais pour moi, cela est également la grandeur, la beauté de l’événement ! C’est comme si nous observions quelqu’un en train de faire ses premiers pas : nous pouvons sourire d’embarras, mais nous pouvons aussi admirer le courage et la détermination de l’effort.

– Pensez-vous qu’il existait quelque plan des Églises visant à faire échouer le Concile ?

– Ce serait assurément un grand scandale pour tous si cela était la vérité. Je ne voudrais jamais croire à cela. D’autres, peut-être savent mieux les choses. Mais je suis réellement stupéfait de la façon avec laquelle certains parlent des événements concernant le processus de cheminement vers le saint et grand Concile. Par exemple, dans une récente interview avec vous et dans d’autres encore, je me demande si le métropolite Hilarion se réfère aux mêmes séances préconciliaires que celles auxquelles j’ai assisté. Ce qu’il décrit semble être très éloigné de la réalité que j’ai observée. Par exemple, il dénonce que de nombreuses positions de l’Église de Russie n’ont pas été acceptées, ou ont encore été rejetées catégoriquement, et n’ont pas été inclues dans les documents ou les décisions (des séances préconciliaires). Je voudrais déclarer sincèrement que les positions d’aucune autre Église n’ont été acceptées aussi généreusement par les autres Églises (souvent sous une grande pression) que celles de l’Église de Russie. Aucune position d’une autre Église, voire même les mots exacts, ne se reflètent tant dans les décisions que dans les documents, que celles de l’Église de Russie. En particulier, je me rappelle que chaque fois qu’une Église était en désaccord, la réponse de la délégation russe était de menacer de ne pas signer le texte. Une telle conduite ne peut être qualifiée ni d’unanimité ni de logique commune. S’il existe une Église dans le monde qui peut affirmer qu’elle a souvent de façon persistante et certaines fois de façon fastidieuse élaboré les décisions et les textes, c’est bien l’Église de Russie. Aussi, vraiment, c’est une surprise, voire même un choc d’entendre ces protestations. Il est probable qu’aucune autre Église dans le monde ne devrait protester contre les documents. Vous voyez, c’est la vérité – comme l’affirme à nouveau le métropolite Hilarion – que l’unité ne peut être imposée. Néanmoins, l’unité n’est pas le monopole de ceux qui ont changé – soudain et littéralement à l’ultime moment – leur opinion et ne veulent pas maintenant participer au Concile. L’unité, assurément, ne peut jamais être imposée par l’absence et l’isolement. Naturellement, les Églises sont libres et indépendantes dans leurs décisions. Mais l’indépendance ne peut jamais se manifester aux dépens de l’unité. Et la divergence cruciale est ici que chaque Église, sans exception, avait donné son accord à la convocation du saint et grand Concile et à sa participation. Aussi, les affirmations selon lesquelles « une Église s’en va après l’autre » sont injustes et erronées, voire même trompeuses et presque fallacieuses. En réalité, une Église après l’autre a confirmé qu’elle participera, malgré les problèmes et les provocations. Et ce ne seront pas seulement « les Églises grecques » comme cela est avancé dans certains cercles, d’une façon provocante et sensationnelle. Pourquoi les gens ne se souviennent pas et ne soulignent pas la présence, l’engagement et le dévouement des Églises de Pologne, Serbie, Albanie, Roumanie ainsi que de Tchéquie-Slovaquie ? Je ne pense pas qu’il existe une « cabale », comme vous le dites. Mais ma question est la suivante : comment pouvez-vous vous-mêmes ou quelqu’un d’autre expliquer le fait que certaines Églises ont décidé au dernier instant de ne pas participer ? Pour ce qui concerne le cas de l’Église de Russie, cela s’est produit littéralement 48 heures avant la Synaxe des Primats ? Pour dire les choses simplement, comment nos fidèles peuvent comprendre, et qui aurait pu attendre cela de leurs dirigeants ? Comment les gens peuvent ne pas respecter leur parole, exprimée il y a juste quelques mois, leur promesse et leur signature ? Si les gens savaient seulement combien de signatures ont apposées toutes les Églises, sans exception, sous une décision après l’autre, sous un document après l’autre, mais aussi sous une traduction après l’autre, je me réfère littéralement à des centaines de signatures de chaque Église sur des textes concernant les documents et les décisions du Saint et Grand Concile, ils seraient scandalisés, et je trouve très difficile de comprendre comment une quelconque Église peut changer d’avis au dernier moment ! En tout cas, le Saint et Grand Concile sera le rassemblement le plus grand et le plus représentatif de l’Église orthodoxe après plus de mille ans, qui est convoqué après une décision et un consentement panorthodoxes. Je suis heureux de voir que l’Église de Russie en a appelé à la générosité et au discernement du patriarche œcuménique. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus patient que Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] pendant tout ce processus. Je vois avec un sentiment d’humilité tant d’Églises orthodoxes qui se trouvent déjà en Crète, répondant avec amour de l’homme et générosité à l’appel du Saint-Esprit pour l’unité.

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« La miséricorde ou la défaite de l’enfer », le nouveau livre de Bertrand Vergely

8919Les éditions Médiaspaul viennent de publier le nouvel ouvrage de Bertrand Vergely: La miséricorde ou la défaire de l’enfer (couverture ci-contre). Présentation de l’éditeur:

« La miséricorde n’est pas une vertu à la mode. Pour beaucoup, elle respire un misérabilisme qui ne fait pas envie. Dans notre « modernité » de « gagnants » où, pour réussir, il s’agit d’écraser l’autre, sans état d’âme, la miséricorde est souvent ressentie comme un aveu de faiblesse.
Dans ce livre revigorant, le philosophe orthodoxe Bertrand Vergely part de ce triste constat pour mieux entrer en résistance. Non, il n’est pas misérabiliste d’être sensible au malheur du monde ! Quand on est ainsi sensible, on brise la dureté du monde. Ce qui n’est pas rien. « On ne peut pas vivre dans un monde sans pitié où personne ne pardonne rien à personne. » L’enjeu est humain mais peut-être d’abord spirituel. « Vérité difficile à admettre dans un monde où tout est fait pour éliminer la foi. » Car, quand il s’agit de Dieu, la miséricorde a une qualité supplémentaire, celle d’aller là où l’homme n’est pas capable d’aller afin de créer le monde, même en enfer.
On trouvera dans ce livre à la lecture accessible, un formidable plaidoyer pour la miséricorde. Un texte écrit dans l’urgence, par un philosophe qui compte et qui ne fait pas mystère de sa foi chrétienne. À lire et à relire tout au long de cette grande année jubilaire de la Miséricorde à laquelle nous invite le pape François. »

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk : Il n’y a pas de raison de parler de schisme à l’intérieur du monde orthodoxe

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a donné une interview à RIA-« Novosti ».

  • Mgr Hilarion, dans la dernière déclaration du Synode de l’Église orthodoxe russe, on peut relever trois propositions principales : ajourner le Concile panorthodoxe prévu du 18 au 27 juin sur l’île de Crète afin de régler des différends, organiser à cet effet une discussion panorthodoxe, permettre à tous les évêques (ils sont plus de 700) de participer au Concile. Où et quand pourrait avoir lieu cette discussion, suivie du Concile véritablement panorthodoxe ? Quels en seraient les participants et l’ordre du jour ?
  • Je pense qu’il serait relativement facile d’organiser cette discussion, à condition de le souhaiter. Aucune Église locale ne s’est prononcée contre le Concile panorthodoxe en tant que tel. Les désaccords portent uniquement sur le degré de préparation du Concile à l’heure actuelle. Le lieu de possibles concertations panorthodoxes n’est pas tellement important, l’important c’est qu’elles aient lieu. Quant au format de ces discussions, elles pourraient avoir lieu dans le cadre du secrétariat du saint et grand Concile déjà mis en place, comme le propose la déclaration du Saint Synode. Cependant, ce n’est possible que dans le cas où le mode de travail de cet organe sera notablement révisé, car jusqu’à présent, il a été malheureusement inefficace. Quant aux dates possibles du Concile et aux documents qui y seront présentés, on ne pourra en parler que lorsque la préparation au Concile panorthodoxe sera vraiment terminée au niveau de toutes les Églises.
  • Quelle est la probabilité que la délégation de l’Église orthodoxe russe ira en Crète aux dates prévues pour le Concile panorthodoxe ?
  • Jusqu’au dernier moment, nous espérions que les causes ayant incité différentes Églises locales à renoncer à participer au Concile seraient réglées à temps. Pour notre part, nous avions proposé un moyen de résoudre les problèmes en convoquant une conférence préconciliaire panorthodoxe d’urgence. Malheureusement, les problèmes soulevés par les Églises autocéphales ont été ignorés. Aujourd’hui, durant le temps qui reste, ils ne peuvent plus être réglés. Dans ces conditions, je ne vois pas de raison pour que l’Église russe change d’avis.
  • Quant attendez-vous une réaction du Patriarcat de Constantinople à la décision du Synode de l’Église russe, et quelle doit être cette réaction ?
  • Nous attendons bien sûr une réponse à la déclaration de notre Saint Synode et aux lettres adressées aux Primats des Églises orthodoxes locales. Quelle sera cette réponse, nous le saurons dans les jours qui viennent. J’espère que la réaction du Patriarcat de Constantinople et des autres Églises locales sera de s’inspirer de notre aspiration à tous à préserver l’unité de l’Église orthodoxe, à renforcer la compréhension mutuelle et la confiance entre toutes les Églises autocéphales locales.
  • Ces évènements témoignent-ils d’un schisme dans la famille orthodoxe ?
  • Comme je l’ai déjà dit lors du briefing qui a suivi la réunion du Synode, la situation autour de la préparation du Concile panorthodoxe reste ordinaire, bien qu’extrêmement complexe. Il n’y a pas de raison de parler de schisme à l’heure actuelle.
  • A votre avis, quelles sont les raisons profondes des désaccords autour du Concile ? Du point de vue de l’Église orthodoxe russe, qu’est-ce qu’il faut encore retravailler avant le Concile dans le cadre du processus de préparation et de rédaction des documents finaux ?
  • A mon avis, la principale cause de cette situation n’est pas tant dans l’existence de désaccords entre les Églises que dans l’absence d’un mécanisme efficace et permanent pour leur discussion franche et sous tous leurs aspects. Le processus préconciliaire tel qu’il fonctionnait ces dernières années rendait difficile un travail sérieux sur les documents ; les opinions des Églises autocéphales n’étaient pas suffisamment prises en compte. Finalement, ceci a causé le refus de participer au Concile de quatre Églises orthodoxes locales. Je pense que nous devons tirer les leçons de cette situation, afin qu’à l’avenir puisse être convoqué un saint et grand Concile auquel participeront toutes les Églises locales sans exception, et qui sera ce qu’il doit être : un témoignage de notre unité.

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Message du patriarche de Moscou Cyrille aux primats et représentants des Églises orthodoxes locales réunis sur l’île de Crète

Le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille a adressé un message aux primats et représentants des Églises orthodoxes locales réunis sur l’île de Crète. Nous publions ci-dessous le texte intégral de ce message.

À Sa Sainteté, le sanctissime Bartholomée,
Archevêque de Constantinople, la Nouvelle Rome et Patriarche œcuménique,
À Leurs Saintetés les sanctissimes et béatissimes Primats
des saintes Églises de Dieu,
Aux archipasteurs, pasteurs, moines et laïcs,
réunis sur l’île de Crète,

Votre Sainteté, Sanctissime Patriarche Bartholomée,
Vos Saintetés et Béatitudes,
Vos Éminences, confrères archipasteurs,
Respectés représentants des Églises orthodoxes locales,

Je vous salue chaleureusement au nom de l’Église orthodoxe russe, de la part des fidèles orthodoxes de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, Moldavie et des autres pays, constituant le vaste troupeau du Patriarcat de Moscou. Nous tous, frères, sommes le Corps unique du Christ (1 Cor. 12, 27). Nous avons reçu du Seigneur même et Sauveur Jésus-Christ le don inestimable de l’unité. La préservation de ce don est l’une de nos missions principales, c’est le commandement direct du Sauveur (Jn. 17, 21). Que le fait de la division des opinions des Églises-sœurs au sujet de la convocation du Saint et Grand Concile ne nous trouble pas. Selon les paroles du saint apôtre Paul « il faut qu’il y ait des divergences parmi vous, pour permettre aux hommes éprouvés de se manifester parmi vous » (1 Cor. 11,19). Lors de la préparation en vue du Concile, de telles divergences se sont manifestées dans toute leur plénitude, mais nous ne saurions nous permettre d’affaiblir par celles-ci l’unité prescrite par Dieu, ni de les faire dégénérer en un conflit inter-ecclésial et d’introduire la division et le trouble dans nos rangs. Nous demeurons une seule famille orthodoxe et nous portons ensemble la responsabilité pour le destin de la sainte Orthodoxie. Nous sommes profondément convaincus que les Églises, tant celles qui ont décidé de se rendre en Crète, que celles qui s’en sont abstenues, ont pris leurs décisions selon leur conscience, raison pour laquelle il nous faut considérer avec respect la position de chacune d’entre elles. L’Église orthodoxe russe est toujours partie de la conviction que l’on ne peut négliger la voix de quelle Église locale que ce soit, fût-elle petite ou grande, ancienne ou nouvelle. L’absence d’accord de la part de l’Église d’Antioche au sujet de la convocation du Concile signifie que nous ne sommes pas parvenus à un consensus orthodoxe commun. Nous ne pouvons ignorer non plus la voix des Églises géorgienne, serbe et bulgare, qui se sont prononcées en faveur du report du Concile à une date ultérieure. Je crois qu’avec de la bonne volonté, la rencontre en Crète peut devenir un pas important pour surmonter les divergences qui ont surgi. Elle peut fournir son apport à la préparation de ce Saint et Grand Concile qui réunira toutes les Églises locales autocéphales sans exception, et deviendra le reflet visible de l’unité de la Sainte Église orthodoxe du Christ, pour laquelle ont prié et qu’attendaient nos prédécesseurs de bienheureuse mémoire. Nous vous assurons que nos prières vous accompagneront lors de vos travaux imminents. Avec beaucoup d’amour en Christ, + Cyrille, patriarche de Moscou et de toute la Russie.

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Hilarion de Volokolamsk : « J’espère que le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence »

« J’espère que Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence, d’humilité et de quiétude». C’est ce qu’a déclaré le métropolite de Volokolamsk Hilarion, président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, dans une interview accordée à l’agence d’information ecclésiastique Romfea.gr.
Dans cette interview, Mgr Hilarion traite le patriarche oecuménique de charismatique et parle d’un homme de force spirituelle intérieure.
En plus, il énumère les raisons pour lesquelles l’Eglise de Russie ne participera pas au Concile panorthodoxe et déclare que « si le Concile est convoqué malgré l’absence d’au moins quatre Églises orthodoxes locales, cela constituera une transgression brutale du règlement du Concile qui stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique avec l’accord de toutes les Eglises ».

Voici l’intégralité de l’interview à Romfea.gr

Monseigneur, l’Eglise orthodoxe de Russie a annoncé son refus de participer au saint et grand Concile de l’Eglise orthodoxe. Est-ce une preuve de la dégradation de ses relations avec le Patriarcat oecuménique ?

Pas du tout ! J’ai assumé le poste du président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou suite à l’élection au trône patriarcal de Moscou de l’ancien Président du département, le métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad.
Depuis, sept années ont passé et pendant ce temps assez long j’ai eu l’occasion de suivre de près le développement de la coopération entre l’Eglise orthodoxe de Russie et le Patriarcat de Constantinople dans un esprit constructif.
Je garde encore le souvenir de la première visite du patriarche Kirill à Constantinople peu après son élection au trône patriarcal de Moscou.
Je me souviens de la communication fraternelle et des échanges des deux primats ainsi que de leur forte confiance mutuelle qui s’est très rapidement développée.
Je me souviens aussi de l’amour ardent et honnête avec lequel la délégation de l’Eglise orthodoxe de Russie y avait été accueillie.
C’est la même ambiance qui a régné durant la visite de Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée en Russie.
Autant d’honneurs rendus à la personne de Sa Toute Sainteté le patriarche de Constantinople durant ses visites à Moscou et à Saint-Pétersbourg et ensuite au cours de son pélérinage à Valaam. Je ne sais pas si l’Eglise orthodoxe russe ait jamais accordé de tels honneurs à une autre personne. Et encore aujourd’hui, cette visite historique reste forte dans la mémoire.
Depuis, j’ai eu la chance d’avoir de nombreuses rencontres avec Sa Toute Sainteté le Patriarche Bartholomée.
Chaque fois, j’ai eu la possibilité d’apprécier son prestige personnel dû à ses riches charismes et sa force spirituelle intérieure.
J’ai toujours admiré sa sagesse en tant que hiérarque ainsi que son amabilité et son honnêteté.
Je dois avouer que c’est grâce à ces qualités de Sa Toute Sainteté que nos deux Eglises ont eu une collaboration étroite et constructive au cours de la préparation du Concile panorthodoxe.

Pourquoi alors le Patriarcat de Moscou a-t-il émis des critiques concernant le processus préparatoire du Concile panorthodoxe ?

En tant que participant actif au processus préparatoire, l’Eglise orthodoxe de Russie a maintes fois soumis des propositions pour l’amélioration du mécanisme préparatoire du Concile.
Ainsi en 2013, le Saint Synode de la hiérarchie de l’Eglise Russe a pris position en faveur d’une discussion élargie sur les futures décisions du Concile de sorte que les remarques critiques du saint clergé et du peuple croyant soient prises pleinement en compte durant le processus préparatoire.
En plus, il a invité toutes les Eglises orthodoxes locales à une concertation préalable sur les principes de convocation du Concile panorthodoxe, l’ordre des saintes liturgies, les sessions du Concile et les projets des textes conciliaires fondamentaux.
Dans sa communication avec ses frères primats, Sa Sainteté le patriarche Kirill a discuté de ses propositions pour la modification de la méthodologie du processus préparatoire du Concile.
En plus, il a attiré l’attention sur l’organisation et la tenue insuffisantes des conférences panorthodoxes préconciliaires et des commissions panorthodoxes préparatoires.
Les conférences préconciliaires n’étaient pas faciles. La délégation de l’Eglise orthodoxe de Russie n’a pas toujours réussi à assurer que sa voie se fasse entendre. En même temps, nos propositions de modifications ont souvent été rejetées.
On avançait bien sûr mais peut-être pas à la bonne vitesse, celle qu’on désirait pour la préparation réussie du Concile.
Pourtant, malgré la période préparatoire difficile, nous avons eu jusqu’au dernier minute une collaboration constructive avec nos frères du Patriarcat de Constantinople.

La position de l’Eglise orthodoxe russe paraît ambivalente : d’une part elle a approuvé l’ensemble des textes du Concile et d’autre part elle se range du côté des Eglises qui refusent d’y participer. Quel est votre commentaire ?

L’Eglise orthodoxe russe a largement contribué à la convocation réussie du Concile : le Saint Synode de la hiérarchie a voté en faveur de tous les projets de textes et les a approuvés en principe tandis que le Saint Synode permanent a pris la décision d’envoyer une délégation au Concile.
Pourtant, nous étions inquiets de certaines tendances séparatrices qui ont apparu durant la phase préparatoire au sein de la famille des Eglises orthodoxes locales. Ces tendances pourraient avoir des répercussions négatives sur le Concile même.
L’Eglise orthodoxe de Russie a toujours mis en garde contre ce danger et souligné que toutes les décisions devaient être prises à l’unanimité.
En même temps, le Patriarcat de Moscou a toujours interprété l’unanimité en tant qu’accord de toutes les Eglises orthodoxes locales mutuellement reconnues sans exception.
Le premier signal inquiétant a été émis lorsque la délégation du Patriarcat d’Antioche a refusé de signer la décision de convocation du Concile ainsi que le règlement du Concile. La décision de convocation du Concile et le règlement ont été signés par les représentants de l’Eglise orthodoxe de Russie, Sa Sainteté le patriarche Kirill en tête, lors de la synaxe de Chambésy.
Nous étions conscients que l’absence de signature de la part d’au moins une Eglise rendrait les décisions caduques.
Mais nous avons été assurés que l’Eglise d’Antioche signerait tôt ou tard les décisions et ainsi la convocation du Concile serait possible.
Des semaines et des mois ont passé mais rien n’a changé. L’œuvre du secrétariat panorthodoxe avait un caractère purement technique et les questions soulevées par l’Eglise d’Antioche n’ont finalement pas été résolues.
Ensuite, au cours de ces dernières semaines, les Eglises orthodoxes locales ont commencé l’une après l’autre à annoncer leur refus de participer au Concile.
La première qui a annoncé son refus était l’Eglise de Bulgarie ; celle-ci a été suivie de l’Eglise d’Antioche et finalement de celle de Géorgie.
Aussitôt que l’annonce de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie a été connue à Moscou, le Saint Synode a été convoqué afin de délibérer sur la nouvelle situation qui était en train de se former ; effectivement, la convocation du Concile était pour la première fois réellement en danger.
D’ailleurs, nous avons toujours été d’avis que la non participation au Concile d’au moins une Eglise signifierait manque d’unanimité.
Le règlement du Concile panorthodoxe, voté par les primats de toutes les Eglises orthodoxes locales, stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique « avec l’accord de Leurs Béatitudes tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales locales reconnues par tous ».
Selon la logique du règlement, l’absence de l’accord d’au moins une Eglise constitue une entrave absolue pour la convocation du concile panorthodoxe.
Avec trois Eglises annonçant leur abstention et celle de Serbie appelant au report du Concile, l’Eglise orthodoxe de Russie s’est rangée à la proposition de reporter le Concile. Cette proposition a été faite aussi par les trois Eglises qui ont annoncé leur abstention.
On ne voit pas d’autre solution pour une situation dont on n’est pas responsables.

La tenue du Concile panorthodoxe est-elle possible sans la présence de certaines Eglises orthodoxes locales ?

Si le Concile est convoqué sous cette forme il ne sera guère permis de le considérer panorthodoxe ni Saint et Grand ; en plus, ses décisions seront caduques.
De notre point de vue, la seule solution réalisable pour remédier à cette situation serait le report du Saint et Grand Concile ainsi que l’intensification de la préparation préconciliaire dans le but atteindre l’unanimité.
J’ai du mal même à imaginer ce qui va se passer si malgré tout le Concile est convoqué sans la présence d’au moins quatre Eglises orthodoxes locales.
Cela constituera une transgression brutale du règlement du Concile qui stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique avec l’accord de toutes les Eglises.
Inévitablement, un tel Concile aura des conséquences séparatrices car, quelle que soit la décision qu’il va prendre, celle-ci ne sera pas acceptée par les Eglises orthodoxes locales qui n’on pas participé au Concile.
J’espère que Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence, d’humilité et de quiétude.
Cette situation n’est pas un problème que pour le Patriarcat de Constantinople ; elle constitue un problème commun pour toute la communauté orthodoxe. Ce problème doit être résolu par l’ensemble des Eglises orthodoxes locales.
J’espère que l’appel des quatre Eglises va être entendu et que le Concile va être reporté afin qu’il y ait des délibérations nécessaires à la résolution des problèmes survenus.
Je suis convaincu que le Concile va être convoqué en temps voulu.
L’Église orthodoxe russe est toujours disposée à participer à la préparation du Concile en étroite collaboration avec toutes les Eglises orthodoxes locales.
En ce moment difficile pour tous, je place mon espoir dans la sagesse du patriarche oecuménique qui n’a qu’à prendre la seule décision correcte et prudente.

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« La venue du patriarche de Serbie Irénée et des évêques, ainsi que la participation de notre Église au Concile, revêt une importance exceptionnelle, non seulement pour notre propre Église, mais pour l’orthodoxie toute entière » a déclaré le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque au quotidien serbe « Politika »

Le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque participe aux travaux de la commission qui prépare le message du saint et grand Concile. Il explique que ce message sera certainement adopté à la fin de la session et qu’il sera adressé au monde entier. Il s’agit d’un message évangélique dans lequel est confessée la foi de l’Église, il y est question également de la relation de l’Église envers le Concile même et envers la catholicité qui appartient à sa nature. Dans le message sont contenues certaines propositions de l’Église serbe, dont celle demandant que, outre les conciles œcuméniques eux-mêmes, les autres conciles jusqu’au XIXème siècle, reçoivent une signification universelle. De même est inclus dans ce message ce que notre Église a demandé, à savoir qu’il y soit constaté que 14 Églises autocéphales sont reconnues de façon panorthodoxe, a déclaré le métropolite Amphiloque. Il a affirmé également qu’il ressortait de sa discussion avec les évêques qui participent au travail de la commission qu’il existe de la bonne volonté pour que soit adoptée la proposition de l’Église orthodoxe serbe selon laquelle la présente session en Crète constituerait la première session du Concile, lequel se poursuivrait éventuellement l’année prochaine. Il a toutefois souligné que seul le Concile pourra prendre une décision à ce sujet lorsque commencera la session. « Tous attendent que notre Église vienne à la session et considèrent qu’il s’agit d’un rôle historique de l’Église serbe au moment où l’on en vient à nouveau à une confrontation entre les Églises grecques et slaves. Personne ne le souhaite, mais, de toutes façon, cela s’est maintenant produit. Il est évident que cela peut même être utilisé à des fins politiques. Aussi, la venue de notre patriarche et des évêques, et la participation de notre Église, qui est déjà présente par la préparation du texte du message, est d’importance exceptionnelle, non seulement pour notre Église, mais pour l’orthodoxie entière » souligne le métropolite Amphiloque.

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Déclaration de l’Église orthodoxe serbe du 15 juin au sujet du grand et saint Concile

Communiqué

N° 840

declaAvec amour fraternel, de manière responsable et avec espoir, en se préparant pour la venue au saint et grand Concile, qui doit se tenir, Dieu voulant, à l’Académie orthodoxe de Crète, du 17 au 26 juin 2016, le Saint-Synode, lors de sa réunion élargie du 15 juin 2016 convoquée au Patriarcat serbe à Belgrade, compte tenu de la situation créée suite à la réunion ordinaire de l’Assemblée des évêques de l’Église serbe, a décidé ce qui suit :

D’une part, consciente de la grandeur et de l’importance du Concile, notre Église veut y apporter sa contribution, dans un esprit de construction ecclésiale, afin que ce grand et saint Concile remplisse les conditions et les mesures des vrais conciles de l’histoire de l’Église orthodoxe et ainsi justifie son titre.
D’autre part, notre Église exige que les problèmes et les questions posés non seulement par l’Église orthodoxe serbe mais aussi par toutes les autres saintes Églises qui ont annulé leur participation au Concile, soient discutés à ce Concile.
Dans ce but, le grand et saint Concile, doit durer jusqu’à ce que toutes les questions soient discutées, et il ne doit pas être l’otage des règlements rédigés et établis au préalable. Ce ne que sera que si l’on arrive à un plein consensus que ce Concile pourra être considéré comme grand et saint Concile.
Enfin, notre Église insiste pour ce que cette réunion sur l’île de Crète soit le début d’un processus conciliaire, et que les questions posées soient discutées lors de sa tenue dans l’esprit traditionnel de catholicité de l’Église du Christ.
Si les Églises présentes au Concile, et en tête le patriarche œcuménique, persistent à considérer que les Églises absentes boycottent sans raison valables le travail du Concile et si elles refusent de prendre en considération les questions, les problèmes et les désaccords, les représentants de l’Élise orthodoxe serbe seront malheureusement dans l’obligation de quitter le Concile et ainsi de se joindre aux Églises absentes.
Cela n’est pas une menace ni un chantage, mais une mise en œuvre cohérente de la position et de la décision de l’Assemblée des évêques orthodoxes de l’Église serbe du 7 juin dernier.
Dans un esprit de responsabilité ecclésiale et pastorale, nous exposons nos positions avec espoir dans l’action sanctifiante de l’Esprit Saint.

« L’Église orthodoxe de Pologne participera au Grand et Saint Concile » – Mgr Jerzy, évêque-vicaire de Mgr Sawa, primat de l’Eglise orthodoxe de Pologne

Dans une interview donnée au journal « The National Herald », Mgr Jerzy, évêque de Siemiatycze et évêque-vicaire de Mgr Sawa, primat de l’Eglise orthodoxe de Pologne, a annoncé que « son Eglise participera au grand et saint Concile ». D’après Mgr Jerzy, l’arrivée du primat de l’Église orthodoxe de Pologne à l’aéroport de Crète est prévue pour le jeudi 16 juin dans la soirée.

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La lettre du catholicos-patriarche de Géorgie Élie II au patriarche œcuménique Bartholomée

lettre_patrairche_georgieLe site Internet Romfea nous informe que le 13 juin  le patriarche de Géorgie Élie II a envoyé une lettre au patriarche œcuménique Bartholomée, dans laquelle il informe de la décision du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe géorgienne au sujet du Concile panorthodoxe.
« Le Saint-Synode a décidé de ne pas envoyer une délégation de l’Église orthodoxe géorgienne en Crète pour assister au grand et saint Concile, » – dit, entre autres, le patriarche géorgien au patriarche Bartholomée.

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L’Église orthodoxe se réunit en Crète – Le saint et grand Concile se poursuit

Le bureau de presse du saint et grand Concile vient de publier ce communiqué :

L’Église orthodoxe se réunit en Crète – Le saint et grand Concile se poursuit

L’Église orthodoxe dans le monde est sur le point d’initier, en Crète, un mouvement historique en faveur de l’unité. Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée arrivera sur cette île de Grèce à 13h00 le 15 juin, où se tiendra le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, la première rencontre de ce type de responsables d’Églises orthodoxes depuis près de 1000 ans. D’autres représentants d’Églises orthodoxes autocéphales arriveront le 16 juin.Les points à l’ordre du jour ont été préparés pendant plus de 50 ans par des commissions interorthodoxes préparatoires et des conférences panorthodoxes préconciliaires. En préparation du saint et grand Concile, le Patriarche œcuménique Bartholomée avait convoqué la synaxe des primats des Églises orthodoxes autocéphales au Centre du Patriarcat œcuménique, à Chambésy (Genève), du 21 au 28 janvier 2016. De même, une petite synaxe des primats est prévue depuis des mois, le 17 juin. »

Communiqué de la Conférence épiscopale orthodoxe du Bénélux suite à sa réunion du 8 juin à Bruxelles

IMG_3234Bruxelles – La Conférence épiscopale orthodoxe du Benelux (CEOB) s’est réunie, pour la onzième fois, à Bruxelles au siège de la Métropole orthodoxe, avenue Charbo 71, le mercredi 8 juin 2016, sous la présidence de Son Éminence le métropolite Athénagoras de Belgique (Patriarcat oecuménique). Étaient aussi présents l’archevêque Simon, vice-président (Patriarcat de Moscou), l’évêque Dosithée (Patriarcat de Géorgie), l’archevêque Michel (Église russe hors frontières – Patriarcat de Moscou) et l’évêque Pierre de Troas (évêque auxiliaire de la Métropole de Belgique – Patriarcat oecuménique).

Les évêques ont été informés au sujet des réactions et des déclarations de l’Église orthodoxe locale suite aux événements tragiques du 22 mars dernier à Bruxelles qui ont coûté la vie à de nombreuses personnes. Ils ont été informés aussi sur des rencontres interreligieuses et celles entre les chefs de culte et les responsables du gouvernement. Pour une fois de plus, les hiérarques ont fermement condamné les actes de violence et le fanatisme religieux comme contraires à l’enseignement chrétien et à la dignité humaine. Ils se sont interrogés sur les causes de ces actes de terreur et comment la pastorale de l’Église orthodoxe peut aider les fidèles à mieux vivre leur foi et à ne pas céder à la peur.

Les évêques se sont penchés sur les préparations et les derniers développements du saint et grand Concile panorthodoxe, qui doit avoir lieu dans quelques jours seulement. Ils ont examiné les perspectives, les attentes et aussi les problèmes à résoudre concernant ce grand événement. Les évêques ont appris avec regret la décision de certaines des Églises orthodoxes locales de ne pas participer au grand Concile. Cependant, tous ont exprimé leurs vœux pour que ce Concile se tienne et soir vraiment une réussite pour l’ensemble de l’Église orthodoxe, pour qu’il sache donner au monde contemporain un message fort d’unité dans la foi, d’espoir et d’amour chrétien et qu’il puisse conforter l’Église orthodoxe dans son œuvre de salut et de sanctification du monde. A la fin du mois de mai dernier des vêpres ont été chantées en la cathédrale orthodoxe des Saints-Archanges à Bruxelles, suivies par une conférence pour souligner l’importance du saint et grand Concile panorthodoxe.

Les évêques se sont informés sur les activités de l’Église orthodoxe en Belgique et aux Pays-Bas. Ils se sont aussi informés sur l’intrusion d’un petit groupe schismatique du soi-disant «Patriarcat de Kiev» aux Pays-Bas.

Cette onzième réunion de la CEOB s’est conclue avec un échange d’informations utiles concernant la vie et les activités des paroisses orthodoxes dans les trois pays du Benelux.

La Conférence épiscopale orthodoxe du Benelux fut créée sur décision prise par la IVe conférence panorthodoxe préconciliaire, réunie à Chambésy (Genève) en juin 2009.

La prochaine réunion de la CEOB est prévue pour le 24 novembre 2016.

Déclaration de l’Eglise orthodoxe russe qui demande le report du Concile panorthodoxe et annonce sa non-participation au concile prévu en Crète

A propos de la situation autour du refus de plusieurs Églises orthodoxes locales de participer au Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe

Déclaration du Saint Synode de l’Église orthodoxe russe (source: Patriarcat de Moscou). Le 13 juin.

2P20160613-PAL_1919-1200 » Durant des décennies, l’Église orthodoxe russe a pris et continue à prendre une part active à la préparation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Depuis la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961, d’éminents hiérarques et les meilleurs théologiens de notre Église ont apporté leur contribution à l’élaboration de multiples thèmes conciliaires, y compris de ceux qui n’ont pas été inclus à l’ordre du jour du Saint et Grand Concile. Afin d’accélérer la convocation du Concile, l’Église orthodoxe russe a souvent confirmé sa volonté d’élaborer des décisions recevables pour tous les participants du processus préconciliaire, même si ces décisions s’écartaient des règles de préparation du Concile préalablement concertées entre les Églises.

Le principe du consensus panorthodoxe reste néanmoins invariablement la base du processus préconciliaire, depuis la Conférence de Rhodes en 1961, au cours duquel, à l’initiative du Patriarcat de Constantinople, il a été défini que : « Les décisions des assemblées communes sont prises à l’unanimité des délégations des Églises » (Règlement pour le fonctionnement et les travaux de la Conférence panorthodoxe de Rhodes, art. 14). Par la suite, cette règle a été fixée par le Règlement des Conférences préconciliaires panorthodoxes adopté en 1986 : « Les textes de tous les thèmes à l’ordre du jour des Conférences préconciliaires panorthodoxes sont approuvées à l’unanimité » (art. 16). La Synaxe des Primats des Églises orthodoxes de 2014 a confirmé que : « Toutes les décisions, tant pendant le Concile, qu’aux étapes préparatoires, sont prises sur la base du consensus » (Décision de la Synaxe des Primats, art 2.a). Le même principe est fixé dans le Règlement de l’organisation et du travail du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, élaboré par la Synaxe des Primats des Églises orthodoxes, qui a eu lieu à Chambésy du 21 au 28 janvier 2016. Le susdit Règlement prévoit, entre autres, que le Concile « est convoqué par Sa Sainteté le Patriarche œcuménique avec l’accord de Leurs Béatitudes les Primats de toutes les Églises orthodoxes locales autocéphales reconnues de tous » (art 1).

Lors de cette même Synaxe, la majorité des Primats des Églises orthodoxes locales ont approuvé la convocation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe aux dates des 18-27 juin 2016 en Crète. Cependant, la délégation de l’Église orthodoxe d’Antioche n’a pas signé cette décision, non plus que le Règlement du Concile et le projet de document conciliaire « Le Sacrement du Mariage et ses empêchements ». Ce dernier document n’a pas été signé non plus par la délégation de l’Église orthodoxe géorgienne. Les deux Églises susmentionnées ont déclaré avoir de sérieuses raisons pour prendre cette décision.

L’Église orthodoxe russe, malgré tout, afin d’avancer vers la convocation du Concile, a cru possible de signer les documents susmentionnés, exprimant par ailleurs, tant durant cette même Assemblée, que dans sa correspondance ultérieure avec Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople, l’assurance qu’il était nécessaire de faire de sérieux efforts (y compris dans le cadre du Secrétariat panorthodoxe établi par la Synaxe), de parvenir à un accord entre toutes les Églises orthodoxes sur les documents n’ayant pas été signés par une ou deux Églises orthodoxes, ce qui permettrait d’assurer la convocation du Concile. Pour des raisons indépendantes de l’Église orthodoxe russe, il n’a pas été par la suite entrepris de discussion sur la situation au niveau panorthodoxe.

Le Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe, réuni les 2 et 3 février 2016, a approuvé la position de la délégation de l’Église orthodoxe russe énoncée au cours de la Synaxe des Primats des Églises orthodoxes locales à Chambésy et au sein d’autres organes préconciliaires. Il s’est dit satisfait de l’introduction des amendements et des incises nécessaires aux projets de documents du Saint et Grand Concile, et, les ayant préalablement approuvés, a confié au Saint Synode le soin de former la délégation de l’Église orthodoxe russe qui participerait au prochain Concile panorthodoxe, ce qui a été exécuté par le Saint Synode en avril 2016. Le Concile épiscopal a appelé l’ensemble de l’Église orthodoxe russe « à prier ardemment, afin que le Seigneur manifeste Sa volonté aux membres du prochain Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe et pour que sa réunion affermisse l’unité de l’Orthodoxie, serve au bien de l’Église du Christ, à la gloire de Dieu, à la préservation de la foi orthodoxe intacte. »

En même temps, le Concile épiscopal a exprimé sa « certitude que la libre participation des délégations de toutes les Églises orthodoxes autocéphales reconnues de tous était une condition nécessaire à la tenue du Concile panorthodoxe », remarquant qu’« il était particulièrement important de résoudre avant le Concile les difficultés intervenues dans les relations des Patriarcats d’Antioche et de Jérusalem » (Décrets, art.6).

Espérant qu’il serait parvenu à un accord entre toutes les Églises, sans lequel la convocation du Saint et Grand Concile devenait impossible, l’Église orthodoxe russe a immédiatement nommé des représentants aux organes compétents pour la poursuite de sa préparation. Utilisant toutes les possibilités en présence, au moyen de contacts personnels et par la correspondance, elle a pris une part active au processus préconciliaire.

Un travail d’étude des remarques critiques émanant de l’épiscopat, du clergé et des laïcs sur les projets de documents conciliaires, publiés après la Synaxe des Primats de Chambésy à l’initiative de l’Église orthodoxe russe, a été mené en parallèle. Semblables remarques, s’accompagnant souvent d’une critique du processus de préparation du Concile, ont été formulées dans de nombreuses autres Églises orthodoxes locales. Démêlant les critiques constructives de la critique non fondée du prochain Concile et de ses documents, le Département des relations ecclésiastiques extérieures est intervenu pour expliquer et commenter, répondant aux troubles éprouvés par les fidèles. Le 3 juin 2016, le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe, a étudié attentivement les propositions des évêques, des clercs, des moines et des laïcs et approuvé les modifications de l’Église orthodoxe russe aux projets de documents du Concile panorthodoxe « Les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien » et « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain ».

Au cours de la même réunion du Saint Synode, il a été constaté que des modifications importantes aux projets de documents conciliaires, coïncidant pour beaucoup avec les propositions de l’Église orthodoxe russe, avaient été proposées par les Églises orthodoxes géorgienne, serbe, bulgare et grecque, ainsi que par le Sacré Kinote de la Sainte Montagne de l’Athos, ces modifications exigeant un examen approfondi afin de parvenir au consensus nécessaire à la prise de décisions conciliaires.

En même temps, il a été pris acte de la décision du Saint Synode de l’Église orthodoxe bulgare, en date du 1er juin 2016, de la nécessité d’ajourner le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe russe, prévu pour les 18-27 juin. L’Église orthodoxe bulgare annonçait qu’elle n’y participerait pas s’il n’était pas reporté. Le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe a constaté que la non-participation au Concile de ne serait-ce qu’une des Églises orthodoxes autocéphales reconnues de tous « constituait un obstacle insurmontable à la tenue du Saint et Grand Concile ».

Ces circonstances, ainsi que « l’incertitude sur la possibilité de la participation du Patriarcat d’Antioche au Saint et Grand Concile » au moment de la réunion, « de même que l’absence d’un consensus préalable sur le projet de Règlement du Concile et sur le document « Le Sacrement du Mariage et ses empêchements », ont incité le Saint Synode à reconnaître la nécessité d’actions urgentes au niveau panorthodoxe. Il a donc proposé à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople de convoquer au plus tard le 10 juin une Conférence préconciliaire panorthodoxe extraordinaire pour examiner la situation et chercher une sortie à la crise, afin qu’en fonction des résultats de cette conférence, les Églises orthodoxes puissent décider de la possibilité de la tenue du Concile panorthodoxe dans les délais projetés.

Sur décision du Saint Synode, cette proposition a été immédiatement adressée à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople et à tous les Primats des Églises orthodoxes locales.

La réponse de Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée (lettre N°676 du 9 juin 2016) informe que le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople « a estimé impossible de convoquer une nouvelle Conférence préconciliaire panorthodoxe extraordinaire, dans la mesure où il n’existe pas de base normative à sa convocation » et qu’avant « le début des travaux du Saint et Grand Concile il reste très peu de jours ». Quant aux « craintes de certaines Églises sœurs et à l’incertitude de leur participation au Concile », le Primat de l’Église orthodoxe de Constantinople exprime sa certitude « que les efforts employés pour écarter les obstacles seront couronnés de succès et toutes les Églises sans exception prendront part au Saint et Grand Concile. Son report ou son sabotage de dernière minute après des décennies de préparation compromettrait notre Église orthodoxe au niveau inter-ecclésial et international, portant irrémédiablement atteinte à son autorité. »

Un compte-rendu de la réunion extraordinaire du Saint Synode de l’Église de Constantinople du 6 juin, auquel participaient tous les évêques présents à Constantinople, était joint. On y lit que « le Saint Synode a reçu avec étonnement et perplexité les positions et opinions exprimées ces derniers temps par différentes Églises orthodoxes sœurs, et constaté que le réexamen du processus conciliaire déjà programmé sortait du cadre de toutes les normes institutionnelles ». Par ailleurs, la date de la convocation du Concile est dite établie par une décision panorthodoxe, bien que, comme il a été précisé ci-dessus, l’Église orthodoxe d’Antioche n’ait pas signé cette décision.

Dans le même temps, le 6 juin 2016, le Saint Synode de l’Église orthodoxe d’Antioche a décrété à l’unanimité, énumérant en détail les arguments témoignant de la nécessité de reporter la date du Concile :

« 1. Appeler Sa Sainteté le Patriarche œcuménique à déployer durant le temps qui nous sépare de la date de la convocation de ce Concile plus d’efforts pour parvenir à un consensus afin de dissiper les craintes exprimées par les Églises orthodoxes autocéphales à propos du Saint et Grand Concile. Si les efforts pour parvenir à un consensus ne mènent à rien, l’Église d’Antioche demande de reporter la convocation du Saint et Grand Concile à une date ultérieure, lorsque des relations de paix se seront établies entre toutes les Églises autocéphales et qu’un consensus orthodoxe sera atteint sur la question du Concile, de son Règlement et de son organisation.

  1. Le Patriarcat d’Antioche ne participera pas au Saint et Grand Concile tant que ne seront pas écartées les causes empêchant sa participation à la Divine Eucharistie pendant le Concile, lorsque sera trouvée une solution définitive aux problèmes de l’empiétement du Patriarcat de Jérusalem sur le territoire du Patriarcat d’Antioche, qui a causé la rupture de la communion eucharistique avec le Patriarcat de Jérusalem.
  2. Confirmer encore une fois l’importance de la participation au Saint et Grand Concile de toutes les Églises autocéphales et de la prise des décisions sur la base du consensus afin de préserver l’unité de l’Église orthodoxe catholique.
  3. S’adresser à toutes les Églises orthodoxes, les informant de la position de l’Église d’Antioche et expliquant les raisons ayant amené à l’élaboration de cette position.
  4. Appeler tous les croyants à prier avec leurs pasteurs pour que le Saint Esprit inspire l’Église sur le chemin de l’unité afin de témoigner du Christ à ce monde. »

Ce même 6 juin, Sa Sainteté le Patriarche Irénée de Serbie a adressé à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople et à tous les Primats des Églises orthodoxes locales une lettre, dans laquelle, énumérant les problèmes existant à ce jour, il constatait qu’il « serait difficile », eu égard à ces circonstances, pour l’Eglise orthodoxe serbe, « de prendre part au Saint et Grand Concile, dont elle propose d’ajourner la convocation ».

Le 10 juin 2016, le Saint Synode de l’Église orthodoxe géorgienne s’est réuni. Énumérant les difficultés existantes, il a constaté qu’elles pouvaient être résolues par un travail actif, mais a reconnu que « nous sommes tous devant le fait qu’à ce jour l’unité n’a pas été atteinte », alors que « le but de la tenue du Concile était et reste de manifester l’unanimité des orthodoxes ». Pour cette raison, l’Église géorgienne, « comme d’autres Églises, demande le report du Concile, tant que l’unité universelle ne sera pas atteinte ». En conséquence, le Saint Synode a décrété : « La délégation de l’Église orthodoxe géorgienne ne participera pas au Saint et Grand Concile projeté du 18 au 27 juin sur l’île de Crète. »

Ainsi, quatre Églises orthodoxes locales (d’Antioche, de Géorgie, de Serbie, de Bulgarie) se sont prononcées pour le report du Concile, tandis que trois d’entre elles (d’Antioche, de Géorgie et de Bulgarie) ont renoncé à participer au Concile aux dates des 18-27 juin. La proposition de l’Église orthodoxe russe de convoquer une Assemblée préconciliaire panorthodoxe extraordinaire n’a pas été approuvée par le Synode de l’Église de Constantinople. Dans ces conditions, la condition nécessaire à la convocation du Saint et Grand Concile constituant dans l’existence d’un « accord de Leurs Béatitudes les Primats de toutes les Églises orthodoxes autocéphales reconnues de tous » (Règlement de l’organisation et du travail du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, art. 1) n’est visiblement n’est pas remplie.

La seule solution possible, dans ce cas, est de poursuivre le travail de préparation du Saint et Grand Concile et de parvenir à un accord de l’ensemble des Églises orthodoxes sur sa tenue à d’autres dates.

Compte tenu de ce qui précède et en application du décret du Concile épiscopal de l’Église orthodoxe russe en date des 2 et 3 février 2016 (Décrets, art. 6), le Saint Synode détermine :

  • Approuver la proposition des Églises orthodoxes d’Antioche, de Géorgie, de Serbie et de Bulgarie sur le report de la tenue du Concile panorthodoxe à une date qu’il conviendra de fixer ultérieurement, suivant les résultats des discussions au niveau de l’ensemble des Églises, avec pour condition absolue l’accord des Primats de toutes les Églises orthodoxes autocéphales locales officiellement reconnues ;
  • Adresser immédiatement cette proposition à Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople et à tous les Primats des Églises orthodoxes locales ;
  • Au cas où cette proposition ne serait pas agréée de la Sainte Église de Constantinople, et où le Concile en Crète, malgré l’absence de l’accord de plusieurs Églises orthodoxes locales, serait malgré tout convoqué, reconnaître avec un profond regret l’impossibilité de la participation de la délégation de l’Église orthodoxe russe ;
  • Poursuivre intensivement les efforts pour la consolidation de la coopération panorthodoxe dans la préparation du futur Saint et Grand Concile, qui est appelé à être un véritable témoignage d’unité de l’Église Sainte, Catholique et Apostolique ;
  • Déclarer une fois encore que la préparation au Concile pourrait être achevée avec succès si le Secrétariat panorthodoxe intensifiait réellement son activité : dans le cadre de cet organe l’étude des propositions sur la résolution des thèmes posant problème et des désaccords existants est en effet possible, ainsi que la finalisation des documents nécessaires, afin d’écarter tous les obstacles à la convocation et à l’achèvement du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, selon la volonté de Dieu ;
  • Reconnaître hautement souhaitable, en tenant compte des propositions énoncées par de nombreuses Églises orthodoxes locales, que tous les évêques des Saintes Églises de Dieu puissent participer sans limitation au futur Concile, ce qui augmenterait nécessairement l’autorité des décisions prises par le Concile.

« Le nom de l’Église, n’est pas un nom de division, mais d’unité et de concorde » enseigne saint Jean Chrysostome (Homélie sur la première épître aux Corinthiens, 1, 1). Au nom de la concorde et de l’unité, il nous appartient maintenant, dans un esprit d’indulgence et d’amour fraternel, nous abstenant de nous faire des reproches mutuels et de porter de nouvelles blessures au Corps divino-humain de l’Église, nous écoutant les uns les autres, et plus encore la Révélation divine, fixée dans la Sainte Écriture et la Sainte Tradition, d’entendre « ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2, 7), et de tirer les leçons qui s’imposent des erreurs commises par faiblesse humaine durant la préparation du Saint et Grand Concile, afin que, Dieu aidant, nous parvenions à lever les obstacles à ce grand évènement pour la gloire de Dieu et le bien de l’Église orthodoxe.

Le Saint Synode appelle à nouveau les évêques, les clercs, les moines et les laïcs de l’Église orthodoxe russe à prier ardemment pour que notre Seigneur Jésus Christ manifeste ici Son aide toute-puissante et Sa sainte volonté. »

Photographie de la réunion aujourd’hui du Saint-Synode: Patriarcat de Moscou

L’Eglise orthodoxe russe propose de reporter le Concile panorthodoxe

Le Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe a décidé de proposer le report du Concile panorthodoxe, a informé Mgr Hilarion lors de la conférence de presse à l’issue de la session extraordinaire qui s’est tenue aujourd’hui à Moscou. La raison en est le refus d’un certain nombre d’Églises de participer au prochain Concile panorthodoxe et des documents et un Règlement du Concile pas suffisamment élaborés, a précisé le chef du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou. « Nous ne serons pas en mesure de participer au Conseil panorthodoxe… nous demanderons de le reporter » – a déclaré le métropolite Hilarion.

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Mgr Hilarion de Volokolamsk : le Concile dans tous les cas ne devrait pas provoquer la division

hilarionHier, le président du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite Hilarion a célébré la divine liturgie à l’église de l’icône de la Mère de Dieu «Joie de tous les affligés » à Bolshaya Ordynka.

Dans son homélie à la fin de l’office, le métropolite Hilarion a notamment dit :

« Aujourd’hui, nous nous tenons devant la perspective de la convocation du grand et saint Concile de l’Église orthodoxe. A son sujet, ont eu lieu de nombreux conflits, et de malentendus. Et demain lors de la réunion du Saint-Synode, il sera décidé si notre Église participe à ce Concile ou non.

Il se trouve que la préparation du Conseil panorthodoxe s’est déroulé pendant 55 ans. Mais pendant tout ce demi-siècle, cela n’a pas été un processus continu : pendant une période on préparait activement le Concile, puis de nombreuses années la préparation s’arrêtait, puis à nouveau elle commençait. Et plus nous nous rapprochons du Concile, plus nous voyons que sur certaines questions il n’y a pas l’unanimité et le consensus entre les Églises. Dieu merci, ce ne sont pas des questions théologiques – il n’y a pas maintenant une hérésie, pour laquelle nous devrions convoquer un Conseil œcuménique. Toutes les hérésies, avec l’aide de Dieu, ont été rejetées et vaincues par les pères des sept conciles œcuméniques. Mais il y a d’autres questions qui se posent à l’Église et qui demandent une réponse. Et nous voyons que l’absence d’unanimité a déjà conduit au fait que trois des quatorze Églises locales ont refusé de participer au Concile : le patriarcat d’Antioche, l’Église bulgare et plus récemment – l’Église géorgienne. Et maintenant, nous devons décider si nous allons participer ou non. Ceci est une décision très importante, dont dépend en grande partie le destin de l’Église orthodoxe : allons-nous vivre dans la paix et la concorde avec les autres Églises locales ou dans les conflits, les conflits et les querelles.

Nous savons que dans l’histoire de l’Église, le Saint-Esprit a toujours agi et agira encore. Et nous croyons que le Saint-Esprit nous soufflera la bonne décision. Nous savons que si le Concile est convoqué pour approuver à l’unanimité la foi orthodoxe, alors, bien sûr, à ce Conseil se réuniront tous, et personne n’y renoncera. S’il arrive qu’une Église après une autre y renonce, cela signifie que quelque chose est arrivé pendant la préparation du Conseil, qui a fait que tous soient prudents et qu’ils réfléchissent pour savoir si nous pouvons maintenant, à ce stade de la vie de l’Église, résoudre unanimement les questions qui sont à l’ordre du jour du Concile.

Tout au long des 55 années de préparation du Concile panorthodoxe, nous avons parlé du fait que ce Concile doit être un facteur d’unité de l’Église, et qu’en tout cas il ne devrait pas provoquer division. Si nous estimons que la préparation n’est pas encore terminée et que certaines questions n’ont pas encore été clarifiées, il est préférable de reporter ce Conseil et pas le tenir de manière précipitée, et en particulier – sans la participation de plusieurs Églises locales. Le Concile ne peut être panorthodoxe, si une seule des Églises locales ne participerait, et d’autant plus que, dans la situation actuelle ce sont trois Églises locales qui n’y participent pas.

De tout cela, nous devons demain réfléchir et parler, en priant Dieu et demandant à l’Esprit Saint qu’il coopère à prendre les bonnes décisions. Mais quelle que soit la décision, nous savons que le Saint-Esprit conduit toujours son Église, et que le peuple de Dieu est le gardien de la foi orthodoxe, et que les autorités de l’Église sont instaurées par Dieu pour garder de l’unité de l’Église. Donc, nous acceptons tranquillement toute décision par une prière au Seigneur, et nous espérons que l’Église continuera à vivre et à se développer, comme le Seigneur Lui-même a dit à ce sujet : « Je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (Matthieu 16. : 18) » ».

Source: Patriarcat de Moscou . Traduit du russe pour Orthodoxie.com

« Le grand Concile orthodoxe entre Rhodes et la Crète : l’exigence d’un report afin d’éviter davantage de divisions et l’affaiblissement du rôle du Patriarcat œcuménique »

Le quotidien libanais Al-Nahar a publié dans son édition du 11 juin 2016 une réflexion sur le grand Concile orthodoxe, rédigée par George Ghandour, auteur de l’ouvrage La voie vers le grand Concile orthodoxe (en arabe), publié par le patriarcat d’Antioche. Il est spécialiste de droit canonique antiochien.
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Le grand Concile orthodoxe entre Rhodes et la Crète : l’exigence d’un report afin d’éviter davantage de divisions et l’affaiblissement du rôle du patriarcat œcuménique
Au moment où les regards se dirigent vers la Crète durant la période du 19 au 26 juin 2016, où il a été décidé d’y réunir le grand Concile orthodoxe après environ soixante années de travaux préparatoires inaugurés par le patriarche Athénagoras I en 1961 sur l’île de Rhodes, des développements sont intervenus qui présagent soit le report du concile, son annulation ou sa tenue avec ceux qui seront présents. L’Eglise de Bulgarie a demandé au patriarche œcuménique de reporter la tenue du grand concile à une date ultérieure, sinon elle ne participera pas à la date fixée. Le patriarcat d’Antioche a décidé de ne pas participer jusqu’à ce que « prévalent des relations iréniques entre les Eglises autocéphales et que soit assurée l’unanimité orthodoxe quant à l’agenda, aux règles et procédures exécutives et pratiques » et « jusqu’à ce que soient éliminées toutes les raisons qui empêchent la participation à l’Eucharistie durant les travaux du concile », en d’autres mots jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée quant à la violation, par le patriarcat de Jérusalem, de son territoire. De même, l’Eglise de Serbie a annoncé qu’elle ne participerait pas aux travaux du concile à la date fixée en raison de différends sur les thèmes de l’agenda et en l’absence d’Eglises autocéphales. Quant à l’Eglise de Russie, si elle n’a pas encore précisé sa position finale relativement à sa participation au concile, elle a souligné « la nécessité de respecter le principe du consensus via la participation de toutes les Eglises autocéphales dans ce concile » pour qu’elle soit en mesure d’être présente en Crète.
Il est remarquable qu’aucune des Eglises précitées n’a demandé l’annulation du concile, mais toutes ont proposé son report à une date ultérieure jusqu’à ce que les obstacles soient levés. A cet égard, chacune d’elle a formulé des propositions à sa sainteté le patriarche œcuménique de sorte que soit évitée l’annulation du concile tant attendu. L’Eglise de Bulgarie a proposé que se poursuivent les travaux préparatoires au concile, sans proposer de mécanisme. Le patriarcat d’Antioche a agi de manière similaire en proposant que la période précédant la tenue du concile soit mise à profit pour atteindre un consensus, sans préciser en détail un mécanisme à ce sujet. Le patriarcat de Moscou, de son côté, a proposé qu’une invitation soit lancée pour que se tienne « une conférence préparatoire avant la date fixée pour la réunion du grand concile », tandis que l’Eglise de Serbie a proposé de convertir la future rencontre en Crète « en rencontre consultative pré-conciliaire ou en session préliminaire au processus conciliaire».
Par contre, le patriarcat œcuménique a insisté sur le fait que le grand concile se tiendrait à la date fixée et a demandé aux Eglises autocéphales d’être présentes en Crète conformément au programme convenu, afin d’examiner toutes les questions durant le concile. L’Eglise de Roumanie a affirmé qu’elle prendrait part au concile, tandis que l’Eglise d’Albanie a considéré qu’il était inconcevable que chaque Eglise appelle au report de manière individuelle, ajoutant que la décision de report ou d’annulation ne pouvait être prise que par le sommet (synaxe) des primats des Eglises orthodoxes qui avaient décidé de lancer l’invitation au concile, à l’unanimité de ses membres sauf un (à savoir l’Eglise d’Antioche). L’archevêque de Chypre a publié un communiqué dans lequel il a appelé toutes les Eglises à participer et à mettre de côté leurs divergences secondaires, précisant que le concile pouvait traiter directement des questions controversées. L’Eglise de Grèce n’a pas officiellement exprimé sa position, mais l’évêque chargé du suivi du dossier du grand concile a affirmé que tout ce qui se passait était un plan visant à affaiblir le rôle du patriarche œcuménique et à conférer à l’Eglise russe le rôle d’un arbitre qui prend part aux décisions dans le monde orthodoxe.

Il ne fait aucun doute que tout ce qui précède démontre qu’avant même sa tenue, le grand concile peut devenir un facteur de désaccord et de dispersion parmi les Orthodoxes. Si le concile était tenu par les seules Eglises présentes, cela conduirait à un éclatement du monde orthodoxe et ses décisions ne seraient pas acceptées par les Eglises absentes. Tout cela donnerait en outre l’occasion aux mouvements d’opposition à l’intérieur des Eglises participantes de rejeter eux aussi ces décisions et amènerait inévitablement à l’affaiblissement du rôle du patriarche œcuménique qui ne serait plus en mesure, durant une longue période, de présider les réunions au sommet (synaxe) des primats des Eglises orthodoxes. Tout cela inaugurerait une nouvelle étape dans l’histoire de l’Eglise orthodoxe, qui ne serait pas exempte de difficultés, querelles et divisions. Mais le plus grave c’est que la tenue de ce concile sans la participation de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales dans ses travaux mettrait un terme triste et décevant aux promesses que fit le patriarche Athénagoras I en 1961, lorsqu’il fut en mesure d’unifier le monde orthodoxe à l’occasion de la première conférence de Rhodes qui initia les travaux préparatoires au grand concile sur base de la règle d’or que lui-même et ses collaborateurs avaient appelée « sainte unanimité ». Par cette unanimité, il entendait éviter à l’Eglise orthodoxe des divisions semblables à celles que le monde orthodoxe avait connues après le sommet panorthodoxe qui se tint à Istanbul en 1923 en l’absence de certaines Eglises. Tout au long de son patriarcat, le patriarche Athénagoras est resté attaché à cette règle d’or et a œuvré avec acharnement à préserver un accord orthodoxe unanime et à assurer l’unité du monde orthodoxe dans des circonstances historiques difficiles et complexes. Cette règle reçut ensuite sa consécration dans les statuts internes des conférences orthodoxes préparatoires, statuts qui furent acceptés à l’unanimité par les Eglises orthodoxes autocéphales en 1986 et qui exprimaient « la pratique orthodoxe traditionnelle et la sanctionnaient par écrit ».

Néanmoins, avec la reprise des travaux préparatoires au grand concile en 2014, certains faits indiquaient que sa sainteté le patriarche œcuménique actuel n’appliquerait pas cette « pratique orthodoxe traditionnelle » susmentionnée et qu’il penchait pour une réunion du grand concile qui serait fondée sur le principe de « consensus » entre les Eglises participantes et point de « l’unanimité de toutes les Églises autocéphales ». L’Église d’Antioche a rejeté ce projet et proposa, durant les travaux du comité chargé d’établir le règlement interne du concile, d’y ajouter une clause stipulant ce qui suit : « L’annonce de l’ouverture des sessions du grand concile orthodoxe a lieu en présence de tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales. La participation des primats des Églises ou de leurs représentants doit être assurée tout au long des travaux du concile. Dans le cas contraire, les travaux du concile seront suspendus jusqu’à ce que la présence de tous les primats des Églises autocéphales soit à nouveau possible ». Néanmoins, la proposition antiochienne a été l’objet d’une opposition violente de la part du président de la session, le représentant du patriarche œcuménique, qui rejeta cette formulation selon laquelle « le patriarche œcuménique doit veiller à la participation de tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales universellement reconnues ou de leurs représentants dans toutes les procédures et délibérations conciliaires ». Ceci conduisit à la suspension de la réunion qui devait établir les statuts internes et transmettre la question au sommet des primats des Eglises orthodoxes qui s’est tenu à Chambézy en 2016 et qui constitua un comité chargé d’élaborer les statuts internes, sommet au cours duquel le patriarcat œcuménique refusa une fois encore d’inclure la règle de l’unanimité dans le texte des statuts. L’abandon, par le patriarcat œcuménique, de la règle d’or sur laquelle étaient fondés tous les travaux préparatoires au grand concile, contraignit le patriarcat d’Antioche à s’abstenir de signer les statuts internes et les décisions du sommet précité, qui avait perdu l’unanimité des Eglises orthodoxes.

Toutefois, contrairement à tous les usages qui gouvernent le travail orthodoxe commun, sa sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a pris l’initiative de convoquer le grand concile. Cela amena l’Église d’Antioche à prendre à l’unanimité une décision synodale réaffirmant sa position antérieure de ne point participer au grand concile « tant qu’il n’y a pas d’accord » sur tous les mécanismes et thèmes, de sorte que le concile deviendra la cause de morcellement et de dissipation de tout ce que le travail commun a construit ces dernières années, d’autant plus que le grand concile se tiendra à l’ombre de désaccords sur les documents qui lui ont été transmis, ainsi que de la rupture de communion entre deux Églises apostoliques (c’est-à-dire Antioche et Jérusalem).

L’expérience historique du siècle dernier a démontré que le sommet d’Istanbul, convoqué par le patriarche Meletios (Metaxakis) en 1923 a conduit à la dispersion des orthodoxes car d’importantes décisions conciliaires y furent prises en l’absence d’Eglises apostoliques. Le monde orthodoxe a souffert des résultats de ce sommet jusqu’à ce que Dieu envoie Athénagoras Ier qui œuvra sans hâte ni précipitation à construire l’unité en respectant les spécificités et les situations de toutes les Églises autocéphales. Il œuvra patiemment à aboutir un accord orthodoxe sur tous les thèmes du grand concile. Le processus initialisé en 1981 a eu des résultats palpables, que ce soit au niveau de l’unité du monde orthodoxe ou au niveau du dialogue avec le reste du monde chrétien.

Aujourd’hui toutefois, pour que l’Eglise orthodoxe puisse préserver son unité, il faut que le patriarche œcuménique lise clairement les signes du temps, surtout la rigidité et l’affairement avec lesquels le patriarcat œcuménique a dirigé le dernier stade de préparation, au cours duquel les positions des autres Églises étaient traitées de haut et ignorées.

Ce qui est sans doute également nécessaire afin que le grand Concile Orthodoxe de Crète ne devienne pas un autre sommet d’Istanbul qui détruise ce que la Conférence de Rhodes a construit et réduise à néant tout le travail commun qui a suivi entre les Églises orthodoxes, c’est que le patriarcat œcuménique revienne à l’expérience du patriarche Athénagoras. A savoir, ne pas entendre sa primauté comme un leadership rigide et de voir dans son patriarche comme le premier parmi les égaux, et point le primus sine paribus !
Peut-être le moment propice n’est-il pas encore venu pour que le patriarche Bartholomée lui-même soit ce sauveur.
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Traduit de l’arabe pour Orthodoxie.com

Une déclaration de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale concernant la tenue du Concile panorthodoxe

logo-fraterniteLe 5 juin à Bruxelles, à la suite d’une réunion sur le Concile panorthodoxe, présidée par l’archevêque Jean de Charioupolis, la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale a rédigé une déclaration sur la tenue du Concile. Elle est en ligne sur cette page et ici au format PDF.

Photographie (ci-dessus) prise lors du congrès de la Fraternité à Bordeaux (avril-mai 2015)

Le comité en charge du message de l’Église orthodoxe continue son travail en vue du saint et grand Concile

Le comité en charge du message pour le saint et grand Concile s’est réuni pour sa quatrième journée à l’Académie orthodoxe de Crète. Son Éminence, le métropolite Amphiloque du Monténégro, l’un des plus éminents hiérarques de l’Église de Serbie, a présidé ce matin la divine liturgie au monastère patriarcal et stravropégique de « Gonia ».
Son Éminence, le métropolite Amphiloque a expliqué aux fidèles l’importance du saint et grand Concile qui va « se réunir en ce lieu » du 20 au 25 juin à l’Académie orthodoxe de Crète. Il a ajouté que le Concile se tiendra avec la participation des 14 Églises autocéphales orthodoxes.
Les paroles de Son Éminence s’inspiraient du message communiqué par Sa Béatitude, le patriarche Irénée de Serbie à Sa Toute-Sainteté le patriarche oecuménique à l’occasion de sa fête onomastique, dans lequel le patriarche Irénée confirme que l’Église de Serbie « continuera à œuvrer positivement en faveur du saint et grand Concile en Crète ».
Le comité en charge du Message se réunira du 9 au 16 juin à l’Académie orthodoxe de Crète.

Modifications et ajouts aux textes préconciliaires proposés par la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Grèce

Dans un long article daté du mois de juin 2016 et intitulé « Peu avant le saint et grand Concile », le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a souligné que ledit Concile n’est absolument pas le premier concile qui aura lieu dans l’Église orthodoxe depuis le VIIème concile œcuménique, voire après 1054, comme cela est souvent évoqué dans la presse. Le métropolite mentionne que contrairement à cette « fable », l’Église orthodoxe n’est pas demeurée dans une sorte de « sommeil spirituel ». Et de citer les conciles qui se sont tenus sous St Photius le Grand (879-880), les conciles hésychastes (1341-1368), le concile de 1484 qui a invalidé le concile unioniste de Ferrare-Florence, le concile de 1590, qui se caractérisait comme « Concile œcuménique » et sa suite en 1593, qui a reconnu l’autocéphalie de l’Église de Russie, le concile de 1756 au sujet du mode de réception des convertis à l’orthodoxie, la décision synodale des patriarches orientaux de 1848 au sujet du Filioque et de la primauté romaine, et le concile de 1872 au sujet du phylétisme. Le métropolite Hiérothée cite encore des décisions patriarcales importantes au cours des siècles. Après cette mise au point et un long développement sur les confessions hétérodoxes, ainsi que sur le lien entre l’Église, la foi orthodoxe et l’eucharistie, le métropolite a donné des précisions sur les modifications et ajouts proposés par la récente Assemblée des évêques de l’Église orthodoxe de Grèce. Nous reproduisons ci-après ce passage du texte du métropolite Hiérothée :

« Comme j’en avais le devoir, j’ai étudié les textes préparés par les représentants de toutes les Églises et qui avaient été signés par tous les primats. Lors de l’étude des textes par le Saint-Synode et la hiérarchie de l’Église de Grèce, il a été décidé que différents changements seraient apportés, à savoir des corrections et des ajouts, dans la perspective d’amélioration des textes. Ceci s’est passé dans un esprit d’unanimité, d’unité pour ce qui concerne la plupart d’entre eux. Pour certains autres textes, il y a eu toutefois proposition de vote à main levée, en l’absence d’unanimité. C’est ainsi qu’il a été atteint un résultat satisfaisant pour tous les hiérarques, mais également pour ceux qui, absents, ont été informés de la décision. Je vais présenter maintenant les points principaux de ladite décision. Le point fondamental est que dans le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », il était énoncé dans différents paragraphes que l’Église orthodoxe « reconnaît l’existence historique des autres Églises et confessions chrétiennes ». Cela a été remplacé par la phrase : « reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes ». Un autre point important est ce qui concerne l’unité de l’Église. Tandis que dans le texte, il était indiqué que l’unité de l’Église « ne pouvait être perturbée », il était néanmoins question dans la suite d’une tentative de rétablir l’unité entre les chrétiens, ce qui semblait ainsi valider la théorie des branches. Dans ces textes, plusieurs corrections ont été faites, selon lesquelles l’Église orthodoxe croit que « son unité ne peut être perturbée » et participe « au mouvement du rétablissement de l’unité du reste des chrétiens» ou « de l’unité perdue du reste des chrétiens », de même qu’elle œuvre afin que vienne ce jour auquel « le Seigneur accomplira l’espoir de l’Église orthodoxe pour le rassemblement en elle de tous ceux qui sont dispersés, et il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ». Un autre point important est encore le passage où il est question de la perspective « des dialogues théologiques de l’Église orthodoxe avec les autres confessions et communautés chrétiennes », lesdits dialogues étant « déterminés toujours sur la base des principes de l’ecclésiologie orthodoxe et des critères canoniques de la tradition ecclésiale qui a déjà été formée, en conformité avec les saints canons des conciles œcuméniques et des conciles locaux reconnus par les premiers, tels que les 46ème, 47ème et 50ème canons des saints Apôtres, les 8ème et 9ème du Ier concile œcuménique, le 7ème du IIème concile œcuménique, le 95ème du concile quinisexte et les 7ème et 8ème de Laodicée » [ces canons concernent l’interdiction de la prière commune avec les hétérodoxes ou encore le mode de réception de ces derniers dans l’Église, ndt]. Il a été également ajouté une clarification nécessaire : « Il est explicité que lorsque l’on applique la réception des hétérodoxes (dans l’Église orthodoxe) par une confession de foi et la sainte chrismation, cela ne signifie pas que l’Église orthodoxe reconnaît la validité de leur baptême ou de leurs autres sacrements ». Dans le paragraphe où il est question de la condamnation de toute rupture de l’unité de l’Église par des personnes ou des groupes et de la préservation de la foi orthodoxe authentique qui est assurée par le système conciliaire, ont été ajoutés le 6ème canon du IIème concile œcuménique et les 14ème et 15ème du concile Prime-second [ces canons précisent dans quelles conditions on peut se séparer de son évêque, ndt]. Dans un autre paragraphe où il était question de la nécessité du dialogue théologique interchrétien, sans manifestations provocantes d’antagonisme confessionnel, il a été ajouté, entre parenthèse, l’uniatisme, ce qui signifie que l’Église orthodoxe n’accepte pas ce mode hypocrite d’unité des Églises, ce que réalise dans la pratique l’uniatisme. Il y a une correction importante dans le paragraphe dans lequel les Églises orthodoxes locales « sont appelées à la compréhension et la collaboration inter-religieuses », par l’ajout de la phrase « pour la coexistence pacifique et la cohabitation sociale des peuples, sans que cela occasionne un syncrétisme religieux quel qu’il soit ». Il a été longuement question de la participation de l’Église orthodoxe dans le Conseil œcuménique des Églises (COE). La proposition du Saint-Synode permanent était de biffer les paragraphes concernés. Après un intense débat a eu lieu un vote à main levée, d’où il est ressorti que 13 évêques proposaient que ces paragraphes soient biffés, 62 évêques souhaitaient qu’ils soient maintenus, tandis que 2 étaient d’opinion différente. Ainsi, la majorité des hiérarques souhaitaient que demeurent ces paragraphes dans le texte, et l’Église de Grèce participe aux travaux du COE conformément aux conditions préalables nécessaires. Lors de la discussion et au cours du vote, j’ai soutenu qu’il faudrait que nous restions au COE en tant qu’observateurs, mais ce fut la seule proposition dans ce sens. Malgré cela, la phrase selon laquelle les Églises orthodoxes, dans le COE, « contribuent par tous les moyens dont elles disposent au témoignage de la vérité et à la promotion de l’unité des chrétiens » a été corrigée par la phrase « contribuent par tous les moyens dont elles disposent pour la promotion de la coexistence pacifique et de la collaboration au sujet des défis et problèmes majeurs socio-politiques ». Cela signifie que la raison de la participation de notre Église au COE est seulement les raisons sociales et non la promotion de l’unité des chrétiens. Dans le texte portant le titre « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain », il est question de la personne humaine et la communion des personnes. Parallèlement, cependant, il est constamment question de l’homme. Aussi, pour des raisons théologiques et l’unification du texte, la phrase « la valeur de la personne humaine » a été remplacée par « la valeur de l’homme ». Dans le texte « L’autonomie et la manière de la proclamer » a été ajouté un paragraphe : « Les diocèses ecclésiastiques pour lesquels a été accordé un tomos ou un acte patriarcal ne peuvent pas demander l’autonomie, conservant sans changement leur statut ecclésial ». Dans un autre paragraphe du même texte, dans lequel il est question de l’octroi de l’autonomie à un diocèse par l’Église mère, a été ajouté le mot « à l’unanimité ». C’étaient là les propositions de base d’amélioration des textes par la hiérarchie de l’Église de Grèce.

Je voudrais exprimer deux pensées. D’abord, dans ces ajouts et ces changements ressort une ecclésiologie traditionnelle, dans le cadre des possibilités dont disposait la hiérarchie de notre Église pour accomplir cette tâche. Ces décisions étaient unanimes et nul ne peut affirmer que dans la hiérarchie les hiérarques « conservateurs » l’ont emporté sur « les progressistes » ! Il y avait naturellement des propositions visant à retirer le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » afin qu’il soit retravaillé, mais cela n’a pas été accepté par la hiérarchie. Deuxièmement, ces décisions sont contraignantes pour notre Église, car elles ont été acceptées essentiellement à l’unanimité. Cela signifie que notre délégation au saint et grand Concile doit les soutenir pour qu’elles entrent dans le texte et elle n’a pas la possibilité de se rétracter.

Conclusion : après ce qui est mentionné plus haut, j’arrive à la conclusion que le saint et grand Concile, avec toutes les Églises qui s’y présentent, devrait absolument mentionner expressément dans son message les conciles œcuméniques et les grands conciles, et faire que cesse la « fable » à la fois contraire à la vérité historique, a-théologique et anti-ecclésiale, selon laquelle ce concile serait convoqué après 1200 ans, ou qu’il s’agirait du premier concile après le schisme. Avec beaucoup de respect, je supplie les primats des Églises orthodoxe qui, finalement, participeront, particulièrement Sa Toute-Sainteté le patriarche œcuménique Mgr Bartholomée, qui s’est donné du mal pour que les choses en arrivent jusque là, de mentionner expressément que ce Concile est la suite des conciles de Photius le Grand, de saint Grégoire Palamas, saint Marc d’Éphèse, des grands patriarches d’Orient, de leurs prédécesseurs, dont certains ont été martyrisés pour la gloire de Dieu et de l’Église. Autrement, il y aura encore une raison pour que ce concile soit dédaigné dans la conscience du plérôme de l’Église comme un concile anti-Photien, anti-Palamite, anti-Marc (d’Éphèse), antiphilocalique ! Je ressens que pendant les sessions du saint et grand Concile il y aura des pères conciliaires qui ressentiront la voix des prophètes, des apôtres et des Pères, le sang des martyrs pour la foi, les larmes et les luttes des ascètes, les sueurs des missionnaires, la prière des « pauvres du Christ », l’attente du peuple pieux. Ceux qui ne ressentiront ni ne comprendront cela seront des malheureux ».

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L’archevêque d’Athènes s’exprime au sujet de l’absence de certaines Églises au Concile panorthodoxe

L’archevêque d’Athènes a exprimé des reproches indirects aux Églises qui déclarent leur absence au saint et grand Concile en Crète, dans une déclaration recueillie par le journaliste grec Georges Ferdis (diplômé de l’Institut Saint-Serge) pour le site grec Orthodoxia.info. « Puisque nous avons communément décidé que le Concile aurait lieu, comment chacun peut-il décider qu’il ne viendra pas » demande le primat de l’Église de Grèce, depuis Chios, où il se trouve actuellement. Mgr Jérôme se prononce pour que le Concile se déroule normalement, indépendamment des absences, et a clairement fait savoir que l’Église de Grèce participera comme convenu. Ci-après la déclaration en question : « Je suis étonné ! Puisque nous avons communément décidé que le Concile aurait lieu, comment chacun peut-il décider qu’il ne viendra pas. Chacun est libre de décider ce qu’il veut. Mais d’un autre côté, le Concile n’est pas panorthodoxe, il est appelé « saint et grand Concile ». Par conséquent, tous tant que nous sommes, nous ferons ce Concile ».

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Le métropolite Calliste de Diocleia (Ware) : Il faut reporter le Concile panorthodoxe « jusqu’à des temps meilleurs »

Il faut reporter le Concile panorthodoxe jusqu’à « un moment meilleur », étant donné que l’accomplir sans les Églises qui refusent d’y participer serait étrange. C’est ce que considère Mgr Calliste (Ware), théologien connu mondialement et métropolite de l’Église orthodoxe de Constantinople.

« En tenant compte de telles circonstances [i.e. l’absence de plusieurs Églises locales orthodoxes, ndt], il est possible que l’on en vienne à l’ajourner. Procéder à ce Concile sans de telles Églises comme celles d’Antioche, de Serbie et, peut-être de Russie, serait étrange. Ce ne serait plus un Concile panorthodoxe. Sans représentation complète, il est possible que ce soit mieux pour nous de l’ajourner jusqu’à un moment meilleur » a déclaré le métropolite de Diocleia Calliste dans une interview à l’Agence russe RIA Novosti. Selon ses propres termes, tenant compte du refus de plusieurs Églises, l’événement prévu en Crète « serait une conférence et non un Concile fructueux ». Répondant à la question sur l’opportunité de convoquer une telle conférence avant le Concile, comme cela est proposé par certaines Églises, le métropolite a répondu : « Cela dépend qui manifestera le souhait de venir, parce que certaines Églises participeront, d’autres, non, et cela ne renforcera pas notre unité ». « Il me semble que le plus juste serait d’ajourner la rencontre », a-t-il précisé. Concernant l’objet du Concile panorthodoxe et pourquoi il se trouvait au bord du précipice, le métropolite a reconnu qu’ « il est difficile de dire » pourquoi il est malaisé, pour les Églises orthodoxes, de se réunir ensemble, mais il a souligné qu’il « fallait poursuivre les tentatives de le faire ». « Le Concile peut renforcer l’unité orthodoxe. Nous sommes une seule Église, mais des patriarcats différents, et les Églises sont isolées les unes des autres. Aussi, pour moi, la chose la plus importante concernant le Concile, c’est qu’il doit être l’expression de l’unité orthodoxe et renforcer nos liens », a souligné le hiérarque du Patriarcat de Constantinople. Les questions principales, selon lui, ne sont pas celles du jeûne et du calendrier. Au nombre des thèmes du Concile panorthodoxe qu’il serait, selon le métropolite, important de discuter si le Concile, « a lieu malgré tout », il y a deux questions fondamentales. « La première, c’est la question dite de la « diaspora », la situation de l’Église orthodoxe dans le monde occidentale en dehors des pays traditionnellement orthodoxes. Actuellement, il y a beaucoup de juridictions parallèles, et, par exemple, dans les villes comme New York ou Londres, il y a plusieurs évêques orthodoxes, et cela constitue un ordre canonique incorrect, étant donné qu’il ne doit y avoir qu’un évêque en un seul lieu », a souligné le métropolite. « La deuxième question fondamentale que je vois, ce sont les relations de l’Église orthodoxe envers les communautés chrétiennes non-orthodoxes, la question de l’œcuménisme. Ces relations, dans les différentes parties de l’Église orthodoxe, sont très fortement distinctes. Nous devons arriver à une seule opinion au sujet de notre position orthodoxe dans notre dialogue avec les autres chrétiens », affirme le métropolite. Celui-ci a également exprimé l’opinion que la question du jeûne, comme il a été porté dans l’ordre du jour ne présente pas une telle acuité. « Le jeûne est très important dans la vie chrétienne, mais je ne pense pas que nous ayons besoin d’une nouvelle décision à ce sujet, nous savons déjà quelle la valeur du jeûne », selon le métropolite. Commentant la question du calendrier, qui n’a pas été incluse dans l’ordre du jour, mais qui est largement discutée, le hiérarque du Patriarcat de Constantinople a exprimé le point de vue selon lequel il est inopportun de régler ce problème maintenant. « Certains d’entre nous suivent le nouveau calendrier, d’autres l’ancien. Je ne pense pas qu’il faille faire quelque chose actuellement. Il faut simplement continuer avec la situation actuelle », a conclu le métropolite.

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Le comité en charge du message du Concile panorthodoxe : « Les Églises orthodoxes plantent les graines de l’unité en dépit de conditions difficiles »

Kolymbari, Crète, Grèce, 11 juin 2016

Les Églises orthodoxes plantent les graines de l’unité en dépit de conditions difficiles.
Le comité en charge du message, ensemble dans la communion.

Les bourgeons du prochain Saint et Grand Concile ont  commencé à se former lorsque « le comité en charge du message » s’est réuni. Ce rassemblement est l’expression d’une foi qui partage les mêmes racines, malgré une histoire complexe, elles s’étendent sur des centaines d’années et mobilisent des cultures incroyablement différentes. Collaborant à la mise en commun des arguments du Message, les Églises orthodoxes du monde font preuve d’une unité sans précédent par le simple fait de se retrouver autour d’une table pour parler ensemble.
Son Éminence, le Métropolite Georges de Paphos a présidé ce matin la divine liturgie à l’occasion de la fête de l’Ascension au monastère patriarcal et stravropégique de « Gonia », une cérémonie qui a inspiré le comité dans ses délibérations et qu’ils porteront tout au long de la journée.
Le Comité en charge du message se réunit du 9 au 16 juin à l’Académie orthodoxe de Crète, à Kolymbary. Quels sont les points à l’ordre du jour du Saint et Grand Concile ? Ces sujets ont été discutés avec passion et attention pendant plus de 40 ans par de nombreux Primats orthodoxes – mais jamais comme un seul corps.
Le travail du comité en charge du message. Le comité en charge du message préparera un projet comprenant un ensemble de
déclarations qui sera examiné par la Synaxe – ou rencontre – des Primats alors qu’ils travaillent à la réalisation complète du Concile.
Le message aura un impact non seulement sur l’Église orthodoxe dans son ensemble, mais il marquera aussi une étape historique dans l’histoire du christianisme. Au moment où le comité en charge du message se réunit, de nombreuses Églises orthodoxes autocéphales de par le monde traversent des temps de détresse, aux prises avec des conflits les poussant à exprimer leur besoin de solidarité. Ensemble, elles font face à des défis idéologiques, à la confusion spirituelle, aux troubles sociaux, à la stigmatisation et à la discrimination qui ont conduit à leur persécution.
Le comité en charge du message fera la démonstration de ce dont la foi est capable – et des fruits dont elle pourrait être porteuse – en dépit d’un contexte difficile.
Le Saint et Grand Concile sera ouvert officiellement le 20 juin à l’Académie orthodoxe de Crète, en Grèce.

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Jovan Nikoloski