22/09/2017
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Vidéo de présentation: « La royauté et le sacré » (éditions du Cerf)

Ci-dessous: la vidéo de présentation du livre du P. Christophe Levalois, La royauté et le sacré, paru en juin aux éditions du Cerf. L’ouvrage a fait dernièrement l’objet de deux recensions dans deux hebdomadaires: dans Valeurs actuelles (n°4155, paru le 14 juillet), « Un pont vers le ciel« , par Laurent Dandrieu, et dans Famille chrétienne (n° 2015, paru le 27 août), « Pouvoir et transcendance« , par Christophe Dickès.

Vient de paraître dans la collection Apostolia Junior: « Un martyr après les persécutions. Saint Jean Chysostome »

Jean ChrysostomeLa collection « Apostolia Junior », des éditions de la Métropole roumaine d’Europe occidentale et méridionale, destinée aux enfants et adolescents, s’enrichit d’un nouveau titre : « Un martyr après les persécutions. Saint Jean Chysostome ». Le contenu est moins restrictif que le titre puisqu’il s’agit d’un récit de toute la vie, riche et pleine de rebondissements, de saint Jean Chrysostome, qui a été adapté par Ghisaine Brunet au style des ouvrages destinés à la jeunesse. Ce livre de 138 pages au format de poche et à la graphie aérée, a été publié avec la bénédiction du métropolite Joseph.

Recension: Saint Nicolas Vélimirovitch, « Vie de saint Sava »

SavaSaint Nicolas Vélimirovitch, Vie de saint Sava, 2e édition revue et corrigée, traduction par Lioubomir Mihailovitch, introduction par Jean-Claude Larchet, collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle », L’Âge d’Homme, Lausanne, 2016, 198 pages.
Il y a de nombreuses années, les éditions L’Age d’Homme avaient publié simultanément deux traductions différentes de La Vie de saint Sava de saint Nicolas Vélimirovitch. Alors qu’elles sont épuisées depuis longtemps, la meilleure d’entre elles vient d’être reprise dans la collecion « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle » dans une 2e édition revue, corrigée et légèrement augmentée par les soins de Lioubomir Mihailovitch.
Le talent exceptionnel d’orateur et d’écrivain de l’évêque Nicolas, qui lui a valu le surnom de « Chrysostome serbe », se manifeste de manière particulièrement brillante dans cette Vie somptueuse, consacrée à celui qui, par un destin exceptionnel ménagé par la Providence divine, joua un rôle primordial pour développer le monachisme au Mont-Athos et dans les Balkans, et surtout pour donner à l’Église serbe ses premières et plus solides fondations, contribuant aussi considérablement à son rayonnement dans le monde orthodoxe. Grand organisateur de la vie ecclésiale en général et monastique en particulier, saint Sava ne fut pas seulement un héritier de sang royal mettant toute sa fortune au service de l’Église, devenant ainsi le prototype en Serbie d’une longue lignée de saints rois et princes faisant de même avant, souvent, de couronner spirituellement leur existence terrestre par le choix de la vie monastique. Il fut aussi un très grand spirituel, héritier de la tradition hésychaste, qui constitue un modèle pour l’Orthodoxie universelle.
Débutant comme un conte merveilleux (« Il y a fort longtemps, vivait un jeune prince. Il était exceptionnellement intelligent, riche et beau… »), écrite dans un style lyrique très poétique et empreinte d’une profonde spiritualité, cette Vie se lit de bout en bout comme un roman passionnant.
Fils du roi de Serbie Nemanja, le prince Rastko (1174-1235), pourvu de tous les dons et de tous les biens de ce monde, renonça au brillant avenir auquel il était promis dans le monde et s’enfuit du palais paternel à l’âge de dix-sept ans pour devenir moine au Mont-Athos sous le nom de Sava. Mettant à profit l’autorité que lui conférait sa prestigieuse ascendance ainsi que les nombreux dons que lui faisait parvenir sa famille, il s’activa très tôt à développer le monastère de Vatopaidi, qui l’avait accueilli, et à soutenir d’autres monastères dans le besoin. Dix ans plus tard, son père, le roi Nemanja qui avait de son côté œuvré avec succès à l’unification de la Serbie jusqu’à en faire l’un des plus puissants royaumes d’Europe centrale, renonça au pouvoir et aux privilèges de son état pour embrasser la vie monastique sous le nom de Syméon, s’installant quelques mois au monastère de Studenica avant de rejoindre son fils au monastère de Vatopaidi ; il était alors âgé de quatre-vingt quatre ans. Tous deux se mirent à restaurer le monastère de Chilandar, dépendance de Vatopaidi alors abandonnée, acquirent son indépendance auprès de leur parent l’empereur de Byzance, et en firent l’un des plus beaux et des plus grands monastères de l’Athos. Après avoir mené une vie monastique courte mais exemplaire, Syméon s’endormit dans le Seigneur, âgé de quatre vingt-sept ans ; le myrrhon qui s’écoula depuis lors de ses reliques témoignant visiblement de sa sainteté. Sava de son côté n’était pas seulement un bâtisseur : il menait une vie ascétique particulièrement exigeante et aimait à se retirer dans l’hésychastère (appelé Mislionica) qu’il fit construire près de Karyès à l’intention des moines de Chilandar qui souhaitaient mener une vie plus isolée et plus austère. C’est contre son gré qu’il dut continuer à participer à la gestion du monastère de Chilandar et qu’il dut œuvrer à régler les conflits qui opposèrent ses frères Stéphane et Vukan à la suite de l’abdication de leur père. Il fut ensuite appelé par son frère Stéphane, devenu roi, à développer l’Église serbe. Il devint d’abord higoumène du monastère de Studenica, près duquel il bâtit un hésychastère semblable à celui qu’il avait fondé sur la Sainte Montagne et dans lequel il avait également l’habitude de se retirer pour se consacrer entièrement à la prière. Puis il construisit le monastère de Žiča, avant de retourner au Mont-Athos. Face à deux forces qui menaçaient la religion du peuple serbe – à l’extérieur la pression des Latins partis à la conquête de l’Orient, à l’intérieur celle de l’hérésie bogomile (une résurgence du messalianisme) qui se développait dangereusement –Sava ressentit la nécessité de fonder une Église serbe indépendante et forte. Il obtint de l’empereur et du patriarche de Constantinople qu’un archevêque y fût nommé (il fut lui-même désigné, contre son gré, pour remplir cette fonction), puis que fussent créés des diocèses sur le territoire du royaume, et enfin que l’Église serbe devînt autocéphale, ce qui fut accordé en 1219. Il fut consacré primat de l’Église serbe au monastère de Žiča tandis que le même jour son frère Stéphane était solennellement intronisé roi de Serbie. Stéphane devait malheureusement mourir en 1228, et Sava eut fort à faire pour empêcher que le royaume ne fût disloqué par les rivalités qui opposaient ses neveux. Il réussit à sauvegarder ce que son père et son frère avaient réalisé, et entreprit alors un long pèlerinage en Terre Sainte et dans tout le Moyen-Orient. C’est au retour de ce pèlerinage, en 1235, alors qu’il traversait la Bulgarie et s’apprêtait à rentrer en Serbie, qu’il tomba malade et mourut. Il fut vénéré immédiatement comme un saint. Durant sa vie monastique, non seulement il avait toujours mené une vie irréprochable et gardé la même règle de vie austère dans toutes les circonstances, mais il avait manifesté de nombreux charismes et accompli beaucoup de miracles. Son tombeau, au monastère de Mileševa fut l’objet d’une grande vénération de la part non seulement du peuple orthodoxe des Balkans, mais de la population musulmane elle-même, et cela pendant trois siècles et demi, avant qu’un pacha moins éclairé et tolérant que ses prédécesseurs n’en prenne ombrage et n’ordonne, en 1595, de brûler le corps du saint. Le souhait qu’avait toujours eu saint Sava de mourir en martyr pour le Christ se réalisa ainsi après sa mort.
La Vie de saint Sava par l’évêque Nicolas est un chef-d’œuvre littéraire, qui se lit avec beaucoup de plaisir et d’émotion. C’est en même temps un récit historique qui nous instruit sur la situation politique et religieuse de l’époque, et sur l’édification du royaume et de l’Église de Serbie. C’est aussi et surtout une œuvre spirituelle qui évoque de manière détaillée le mode de vie monastique (en particulier au Mont-Athos, saint Sava ayant transposé en Serbie le typikon liturgique et la règle monastique athonites) et qui présente l’exemple édifiant d’un homme qui sut renoncer à tout ce que les hommes recherchent généralement dans ce monde – la richesse, le pouvoir et la gloire – pour consacrer toute sa vie à Dieu.

Jean-Claude Larchet

NB : La librairie de L’Âge d’Homme sise à Paris rue Férou ayant été fermée suite à la vente des locaux, c’est le dépôt de la maison d’édition, sis à Levier dans le département du Doubs, qui gère désormais les commandes, qui peuvent toujours être faites par le site internet de la maison d’édition. Commander les livres directement à la maison d’édition permet de la soutenir en lui évitant le prélèvement de 60% du prix du livre pratiqué par les diffuseurs et distibuteurs extérieurs.

Lettre de l’évêque Irénée de Batchka, à propos du Concile de Crête: « Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête »

Evêque Irénée de Batchka  (Patriarcat de Serbie)

Pourquoi je n’ai pas signé le texte du Concile réuni en Crête à propos des relations de l’Eglise orthodoxe
avec le reste du monde chrétien

A propos du « Saint et Grand Concile » achevé dernièrement à Kolymbari en Crête, avec des accents de triomphe mais de façon peu convaincante selon notre Eglise, et déjà non reconnu comme tel par les Eglises absentes, Concile mieux caractérisé par elles comme « Réunion de Crête », [et ce] à cause de la contestation soulevée par de très nombreux évêques orthodoxes participants, – ont été publiés et continuent d’être publiés une grande quantité de commentaires, bienveillants ou très peu bienveillants, autant que possible objectifs ou subjectifs, véridiques ou qui altèrent plus ou moins franchement la vérité, spontanés ou commandés, intéressés ou désintéressés, apologétiques ou polémiques, théologiquement corrects ou théologiquement incohérents…
Dans la surproduction d’informations et de commentaires sur ce sujet, se trouve un thème parmi d’autres restés flous [jusqu’à présent], celui du refus de certains évêques de signer le texte litigieux proposé au Concile, même s’il fut quelque peu amélioré [au cours des séances]: « Les relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien ».

(p. 2) Puisqu’un défaut de clarté et une incertitude ont été évoqués sur la question [de savoir] si certains évêques déterminés auraient ou n’auraient pas signé et pourquoi, ceux-ci ont publié des déclarations dans lesquelles ils répondent à cette question et expliquent pourquoi – et justifient – leur refus de co-signer le texte en question. En ce qui concerne l’auteur de la présente, a circulé la nouvelle correcte selon laquelle j’étais l’un de ceux qui n’avaient pas signé; cependant restait inexpliqué pour beaucoup de frères comment et pourquoi – étant donné qu’il avait en effet lui-même, avec énergie et sans interruption depuis plusieurs décennies, pris part à la préparation du Synode et à l’effort d’élaboration et de correction des textes ratifiés pour la discussion conciliaire.
Avant de continuer à donner la réponse à laquelle je suis tenu, j’en profite pour faire remarquer en passant que, contrairement à ce qu’ont laissé entendre certaines publications « bien intentionnées », je n’ai pas été le seul, sur les vingt cinq évêques Serbes présents au Concile, à ne pas signer mais que [c’est] la plus grande partie d’entre eux [qui] n’a pas signé. En dehors de ceux-ci, il y eut encore de nombreux autres évêques pour ne pas signer non plus.
Ce texte, par conséquent, est sans effet légal, pour autant que, conformément au principe d’unanimité en vigueur depuis 1961, il suffit qu’un seul évêque ne signe pas (alors que sa signature est exigée!) pour que le document soit sans validité ecclésiale.

L’une des raisons pour les quelles je n’ai pas signé le texte concernant « Les relations de l’Eglise Orthodoxe avec le reste du monde chrétien », mais ce n’est cependant pas encore la plus grave, est le fait qui s’est avéré que les évêques membres du (3) Concile, avaient le droit à la parole mais pas le droit de vote. Dans le Concile, au lieu du principe apostolique et patristique, conservé depuis toujours, « un homme – une voix (vote) », était en vigueur ce principe-ci : « une Eglise autocéphale – une voix (vote) », ce qui signifie que seuls les Primats des Eglises votaient. Les conséquences évidentes pour tous de ce principe sont les suivantes:
-1 Le Concile n’apparait plus comme l’institution de l’Un et Unique Corps de l’Eglise, mais comme une sorte d’organe parlementaire d’Eglises qui sont indépendantes les unes des autres, chacune formant pour elle-même un tout complet;
-2 Le collège des Primats fonctionne dans la pratique comme une sorte de pape collectif, soit que nous acceptions de le reconnaitre honnêtement soit que nous ayons pris l’habitude de nous aveugler nous-mêmes [sur ce sujet], et
-3 le Concile, qu’il le veuille ou non, est abaissé [au niveau] d’une réunion de Présidents, ayant simplement [autour d’eux] une cour élargie, comme il a été très justement remarqué.

En conséquence, la seule différence entre un évêque orthodoxe et un observateur hétérodoxe au Concile consiste dans le fait que l’un a la possibilité de s’exprimer selon sa volonté et que l’autre au contraire est assis en silence: ni l’un ni l’autre ne décide rien. Dans cette situation, cependant, à quoi sert la signature de ceux qui [par ailleurs] n’ont pas le droit de voter les textes? Cherche-t-on à donner l’impression que le système conciliaire fonctionne alors qu’il est inactif – puisqu’il est annulé? Ou bien pour quelle autre raison? Je l’ignore, évidement, mais j’ai au moins la possibilité de ne pas signer ce qui n’exprime pas mes convictions.

(4) La raison la plus grave, cependant, pour laquelle je n’ai pas signé, c’est, selon moi, le contenu du texte pour le moins ecclésiologiquement ambigu et suspect, sur certains points s’approchant des frontières de l’hétérodoxie. Son caractère problématique ne se focalise pas seulement dans sa proposition plus discutable et qui a provoqué les plus nombreuses objections et réfutations des Pères conciliaires, selon laquelle l’Eglise Orthodoxe reconnait ( dans une variante ultérieure connait) « l’existence historique des autres Eglises et confessions chrétiennes » et laquelle a été remplacée, à l’instigation de l’Eglise de Grèce, par cette phrase que l’Eglise Orthodoxe accepte  » l’appellation historique des autres Eglises chrétiennes et confessions ». D’un côté, oui, la formulation hellénique se trouve [en effet] plus prudente et moins dangereuse en tant qu’elle évite judicieusement l’éventualité d’une équation entre « l’appellation historique » et le contenu ontologique de la définition Eglise; d’un autre côté, elle ne diffère pas de la première formulation en cela que [déjà] « l’existence historique » n’équivalait pas automatiquement à la reconnaissance de la nature ecclésiale et de l’hypostase des réalités ecclésiastiques visées sous ces dénominations ou, si vous préférez, de ces organismes ecclésio-morphes. Est simplement levée et exclue par une telle formulation la possibilité qu’une double interprétation [puisse être donnée à la formule] à savoir [aussi bien] la définition dogmatique orthodoxe selon l’akribie que l’autre expression, obscure et dans une certaine mesure amphibologique.

(5) Je déclare sincèrement et sans détour que j’ai eu l’intention de signer le texte tel qu’il était, dans ses deux versions, par conséquent malgré l’ambigüité sémantique de la version antérieure, pour autant seulement que le point présent devait constituer le « talon d’Achille » de son contenu dans son entier. Malheureusement, cependant, le texte est, depuis le début jusqu’à la fin – toujours selon mon opinion – difficile à amender et inacceptable, parce que c’est un mélange de choses qui ne peuvent pas se mélanger, des thèses purement orthodoxes avec des postures œcuméniques et de belle phrases élevées. Mais « le temps de raconter me manquerait  » si je tentais de justifier mon allégation par des citations.

Je pense personnellement que, dans ce cas précis, nous devions réserver le terme Eglise seulement au catholicisme romain (qui, étrangement, n’est pas mentionné dans le texte isolément, alors qu’il est jusqu’à satiété la référence du Conseil Œcuménique des Eglises) parce que la querelle dogmatique de plus d’un millénaire entre eux et nous n’a pas été tranchée jusqu’à présent au niveau d’un Concile Œcuménique, sinon uniquement dans les Conciles pseudo-œcuméniques de Lyon et de Ferrare-Florence. En principe, cependant, – au moins théoriquement – il est permis de nourrir l’espoir que l’un ou l’autre des futurs Conciles Œcuméniques s’occupera du thème de cette division de position et que se produira la levée des « pierres de scandale » que sont le Filioque et la primauté postérieure et hypertrophiée en même temps que la fameuse « infaillibilité » de l’évêque de Rome. Dans cette perspective (6) seule, il serait possible qu’il y ait une raison [de parler] d’Eglise de l’ancienne Rome, dont les différences dogmatiques, à savoir les déviations triadologiques et les innovations ecclésiologiques, ne sont nullement [encore] relativisées ni abandonnées ni, tant s’en faut, ignorées ou amnistiées. Il faut remarquer d’autre part que les communautés ecclésiastiques qui, avec la Réforme, sont issues de Rome par apostasie, se sont éloignées encore plus – et s’éloignent encore continuellement, hélas, jusqu’aujourd’hui de plus en plus – autant de l’Eglise de Rome que de notre Eglise.

Nous avions la possibilité, bien plus, nous avions le devoir, de faire ce qu’à fait le Deuxième Concile du Vatican (c’est à dessein que je ne remonte pas au type et au modèle des conciles orthodoxes du passé le plus ancien). Le concile en question a commencé par proclamer se foi que l’Eglise est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Dans la continuité de cette affirmation, il a donc montré que, chez ceux qui ne sont pas catholiques romains, on trouve, à la fois, plus ou moins d’éléments authentiques appartenant au christianisme primitif et, à la fois, des dérives et des manques. Il met l’accent particulièrement sur le fait que l’Eglise Orthodoxe, bien que ses membres soient des « frères séparés » (fratres separati, disiuncti), possède d’un côté les caractéristiques essentielles de l’Eglise (Eucharistie, mystères, prêtrise, succession apostolique…), et ensuite, principalement, qu’elle ne reconnait pas pleinement et suffisamment la primauté du Pape. Notre concile aussi aurait du s’exprimer d’une façon analogue: après le postulat de la confession fondamentale de la foi que l’Eglise Orthodoxe est l’Eglise Une, Sainte, (7) Catholique et Apostolique, confession inscrite expressément et sans périphrase au commencement du présent texte, il fallait que soit ajouté immédiatement et catégoriquement que les chrétiens qui ne sont pas orthodoxes possèdent, à la fois, des éléments sains, appartenant à la Tradition ancienne commune et, à la fois, des glissements extrêmement graves sur le plan de la foi et de la discipline et que, pour cette raison, ils n’ont pas de communion avec l’Eglise Orthodoxe.

Particulièrement à l’intention des catholiques romains, il fallait que soit clairement mis en relief que non seulement le dogme de la primauté papale hydrocéphale et infaillible, mais aussi l’adjonction du Filioque dans le Symbole de foi, constituent des empêchements indépassables à l’unité de l’Orient et de l’Occident, au même titre que les thèmes principaux du dialogue théologique inter-ecclésiastique. Si nous nous étions exprimés de cette manière, la nécessité de la phraséologie maigre et pas-exprimée-jusqu’au-bout (hemilektou) de « l’existence historique » des Eglises et des confessions non orthodoxes aurait été superflue ainsi que la nécessité de la dialectique sur les « dénominations historiques ».

Si, dans ces conditions également, certaines Eglises avaient été absentes du Concile, la recherche d’autres motifs de leur absence, aussi bien ecclésiastiques qu’extra-ecclésiastiques, aurait été légitime. Selon moi, les actes d’accusation publiés aujourd’hui contre les Eglises absentes du Concile, comme ayant soit disant refusé de participer sans raison ou bien intentionnellement, dans des buts étrangers et de manière préméditée, constituent un faux-fuyant sinon aussi une grande injustice. Afin de ne pas être mal compris et accusé pour la énième fois, « d’être passé à l’ennemi » (!) (8) ou de jouer à « l’avocat » qui s’invite lui-même des Pères et des frères qui, pour des causes raisonnables ou déraisonnables, étaient absents, je déclare que leur présence et leur contribution puissante et énergique aurait, au plus haut point, été utile pour l’Eglise.

J’ai, de cela, compréhension et perception, lorsque j’entends [sonner] la cloche du danger de nouveaux schismes, d’assemblées illégales qui manquent par conséquent de « fortifications », de textes essentiellement indigents, inférieurs aux textes du Deuxième Concile de Vatican eux-mêmes, ou [même] en conséquence de tentatives inconsidérées et imprécises d’intervention dans les thèmes du mariage, du jeûne, du calendrier et d’autres institutions similaires.

Mais en même temps, je n’ai ni compréhension ni sympathie pour ceux qui disent « les fanatiques, les obscurantistes, les…, les… ne nous intéressent pas ». Au contraire, tous nous intéressent: et « les nôtres » et les « étrangers », ceux qui sont proches et ceux qui sont loin.  » [Le plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité:] c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses » (Saint Matthieu, 23, 23), selon la Parole du Seigneur. Et s’il n’y avait que cela, la faiblesse de la conscience de notre frère, justement ou injustement scandalisé, ne remplirait-elle pas le sentiment pastoral de notre âme, la responsabilité humaine, la solidarité, la sympathie… « Notre piété n’est pas dans les mots mais dans les choses ». Si elle est aussi cherchée dans des mots, alors elle doit être recherchée exclusivement dans « les mots étrangers, les enseignements étrangers, c’est-à-dire dans les dogmes étrangers de la Sainte Trinité ».

(9) Les Pères de l’Eglise discernent deux sortes de langue théologique, la « parole dogmatique » et la « parole agonistique » (ou « parole de réfutation »), ils utilisent aussi souvent également une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), une langue de-pensée-et-de-sentiment-subtils (avrophrosynis), de noblesse, d’affabilité, de délicatesse. Un exemple classique en est la manière dont s’exprime saint Marc d’Ephèse: dans le prologue du « Dialogue entre Latins et Grecs », il parle une langue de-pensée-et-de-sentiment-amicaux (philophrosynis), touchant indirectement et avec discernement les différences dogmatiques, comme il est manifeste dans le Préambule introductif au Pape Eugène IV; dans la suite du dialogue, il poursuit dans un langage d’acribie et de clarté dogmatique, sans abandonner l’élévation de bienveillance et de douceur; [puis,] à la fin, après l’issue affligeante du concile d’unité, il fait appel [en dernier recours], pour des besoins de responsabilité pastorale, au jugement d’une langue polémique et réfutative.
Sous ce prisme, notre Concile, d’une manière correcte d’un côté, selon mon humble point de vue, s’est adressé aux observateurs hétérodoxes, par l’intermédiaire de son tout saint Président, avec des paroles fraternelles et cordiales en évitant en même temps, au nom du dialogue, la dure hauteur de la confrontation. Il aurait fallu cependant, – bien plus, c’était un devoir – rendre témoignage à son identité et à sa conscience ecclésiologique propres par le moyen du texte dont nous parlons, de la manière la plus nette, la plus fidèle et la plus exacte.
Cela, malheureusement, il n’a pas été possible de le faire, parce que la plupart des réunions préparatoires de Genève, malgré la désapprobation de beaucoup en ce qui concerne (10) ce texte et la critique la plus pertinente qui en fut faite, – pour des raisons qui furent honorée par le silence – n’a pas été ré-examiné en profondeur et dans toute son extension, malgré le désir [exprimé] et l’incitation des Premiers-délégués des Eglises autocéphales, mais il a été renvoyé, sans être essentiellement retouché, au Concile où, par manque de temps et d’accord, il a subi des changement qui relèvent seulement de l’ornementation, si l’on excepte la reformulation de l’Eglise de Grèce sur le point le plus contesté et porteur de malentendus.

Ne nous trompons pas et ne nous cachons pas ceci à nous-mêmes: ce texte problématique est la première et la principale cause du refus des quatre Patriarcats Orthodoxes de participer au Concile. Alors que l’Eglise de Serbie à éprouvé de l’embarras et a hésité jusqu’aux derniers instants en ce qui regarde sa participation, elle est venue finalement pour deux raisons: par amour pour son Eglise Mère martyre, l’Eglise de Constantinople, d’abord, et ensuite, dans l’espoir que les manques et les faiblesses de la période préparatoire seraient guéris et compensés par les travaux du Concile, c’est-à-dire dans l’espoir que, ce texte mis à part, le Concile se pencherait aussi sur les graves problèmes contemporains de notre Orient, comme les schismes, qu’ils soient d’inspiration nationaliste ou « zélote », le manque de communication entre certaines Eglises et le comportement anti-canonique d’autres Eglises, l’autocéphalie qui est devenu le mal de tête de l’Eglise, et certains autres.
Cependant, rien de tel n’a eu lieu: et cela parce que la proposition de l’Eglise de Serbie, [à savoir que] les travaux conciliaires en Crête (11) soient considérés [seulement ] comme la première phase du processus conciliaire d’ensemble et que le parcours accompli par le Concile ne soit annoncé qu’ultérieurement, au moment opportun, après des discussions « sur toute la matière » et avec la participation de toutes les autres Eglises, [parce que cette proposition donc] a été rejetée, et que le Concile a limité lui-même son activité à quelques jours, en dissipant la plus grande part du peu de temps imparti dans l’analyse et quelques corrections des choses évoquées dans ce même texte, sans qu'[ait eu lieu] un échange d’opinions vivant, spontané et libre au sujet des questions brûlantes de l’Orthodoxie contemporaine.

L’occasion historique bénie, très malheureusement, s’est évanouie de la possibilité d’affronter la multitude de provocations et de tentations dans la vie de notre sainte Eglise et le commencement de leur solution; [s’est évanouie également] l’occasion d’un témoignage sur sa Tradition vivante et génératrice de vie, sur son unité, sa catholicité et sa conciliarité. Un miracle de Dieu, aurait été que Concile puisse recevoir en partage son héritage désirable pan-ecclésial en tant que Saint et Grand Concile! Nous craignons, au contraire, que ce Concile ne soit retenu dans l’histoire future de l’Eglise que comme le Concile de Crête, un concile régional des Eglises qui y participèrent, sans rayonnement et sans influence plus significatifs. Peut-être cela est-il malgré tout préférable au mutisme et à l’absence complets, [comme le serait de tomber] hors de l’histoire.

Source

Vient de paraître: Émilie van Taack (dir.), « In memoriam Lydia Ouspensky »

Lydia_OuspenskyLes éditions Sainte-Geneviève (éditions du Séminaire orthodoxe russe en France) viennent de publier un ouvrage de 204 pages, sous la direction d’Émilie van Taack, In memoriam Lydia Ouspensky (couverture ci-contre). Présentation de l’éditeur :   » Ce livre, publié à l’occasion du 10e anniversaire du rappel à Dieu de Lydia Alexandrovna Ouspensky, rassemble plusieurs écrits dont le principal – « Une vie comme une autre » – est le récit autobiographique que Lydia a laissé de son émigration hors de Russie et de sa vie entre les deux guerres. Dans sa brièveté, ce récit en dit beaucoup sur elle, sur sa famille, et sur la survie des Russes au cours de cette période redoutable.  Des portraits, ensuite, écrits par ses amis, Galina Makhrova, Véronique Lossky, Marie-Chantal Savinkov, Valery Sergueev, Emilie Van Taack, composent une image de Lydia et du couple qu’elle formait avec son époux — uni jusqu’à la fin de leur vie, définitivement, en un seul être. Il est impossible de parler de Lydia, en effet, sans évoquer Léonide Alexandrovitch qui fut, dès qu’elle l’eut rencontré, comme la cause à laquelle elle se dévoua, corps et âme. Lydia Alexandrovna Ouspensky est la veuve du célèbre iconographe et théologien de l’icône, Léonide Ouspensky, qui fut rappelé à Dieu en décembre 1987. Elle lui survécut près de vingt ans, jusqu’en octobre 2006. Celle qui s’était effacée volontairement durant toute sa vie derrière son époux, est apparue involontairement, pendant cette période, aux yeux de tous, dans toute sa grandeur, non seulement digne de lui mais semblable à lui et son émule spirituelle. L’existence de Lydia, hors son intérêt propre, a modelé la vie quotidienne de cet iconographe exceptionnel et constitue, en cela, un trésor pour ceux qui s’intéressent à l’icône ou veulent s’y consacrer. C’est un témoignage irremplaçable du mode de vie exigé d’un peintre d’icône et de ses proches pour que l’œuvre parvienne au niveau du commandement de Dieu, dans le sillage de l’adage patristique : « Donne ton sang et reçois l’Esprit ! » « 

Réaction du Service de communication du DREE aux déclarations de l’Église greco-catholique d’Ukraine

Un évènement sans précédent sur le plan spirituel et national s’est achevé le 27 juillet 2016 à Kiev : il s’agit de la Marche nationale ukrainienne de paix, d’amour et de prière en Ukraine, organisée à l’initiative de l’Église orthodoxe ukrainienne. Selon différentes estimations, plus de 80 000 fidèles orthodoxes ont pris part à cette procession dans la prière, partant en même temps de la Laure de la Dormition de Potchaïev à l’Ouest et de la Laure de la Dormition de Sviatogorsk, à l’Est, afin de se joindre le jour de la célébration du Baptême de la Rus’ et de la fête de saint Vladimir aux nombreux habitants de Kiev à la Laure de la Dormition des Grottes pour assister à la Divine liturgie.

Marchant des centaines et des milliers de kilomètres, rencontrant sur leur route de nombreuses difficultés à cause du conflit civil qui se poursuit dans le pays, les fidèles ont avancé en priant à la rencontre les uns des autres, afin de demander ensemble au Seigneur et à la Sainte Mère de Dieu la fin de la guerre civile, le triomphe de l’amour, de la paix, du bien et de la concorde interconfessionnelle pour la terre d’Ukraine durement éprouvée.

Cependant, même cette bonne œuvre, appelée à surmonter les divisions dans la société ukrainienne, a suscité des attaques cyniques et d’injustes accusations de la part de la direction de l’Église gréco-catholique ukrainienne, qui a utilisé cet évènement pour lancer de nouvelles accusations hargneuses et cyniques à l’adresse de l’Église canonique orthodoxe ukrainienne. L’archevêque suprême de l’EGCU, Sviatoslav Chevtchouk, a donné le 24 juillet une interview au Département d’information de l’EGCU, dans laquelle il déclarait que la Marche nationale était une action politique pro-russe. « Le Patriarcat de Moscou », selon l’archevêque, « est souvent utilisé comme instrument entre les mains de l’agresseur ». Le chef de l’EGCU compare la marche à « un bouclier vivant de civils » et prévient que « si des slogans anti-ukrainiens et des provocations se font entendre parmi les participants de cette procession, ce sera la fin du Patriarcat de Moscou en Ukraine ». L’archevêque ne craint pas d’affirmer que parmi le clergé du Patriarcat de Moscou, « il y a beaucoup de cas de conduite incompatible avec le nom de citoyen de l’Ukraine, et les Services de sécurité ukrainiens doivent s’occuper d’eux ».

Ces déclarations du chef de l’EGCU, indignes non seulement d’un archevêque, mais plus généralement d’un chrétien, visent à attiser les discordes entre confessions, et sont prononcées dans le style des dénonciations politiques ; elles ne peuvent pas ne pas susciter l’indignation et le dégoût dans les cœurs des fidèles orthodoxes. L’uniatisme, implanté par le feu et par le glaive durant de nombreux siècles, démontre encore une fois aujourd’hui son hostilité envers l’Orthodoxie. Encore et encore, malgré les accords atteints au prix de tant d’efforts au plus haut niveau entre les Églises orthodoxe et catholique, l’union apparaît comme une force semant l’inimitié et la haine, empêchant systématiquement et de façon conséquente la réconciliation entre l’Orient et l’Occident.

Le 19 juillet, le site officiel de l’EGCU a publié une interview de l’ancien chef de cette église, le cardinal Lubomyr Husar, qui a accusé la Hiérarchie de l’Église orthodoxe ukrainienne de manquer de sincérité et de poursuivre des objectifs politiques : « Ces processions sont annoncées et organisées par l’Église orthodoxe ukrainienne… Tout cela a l’air d’une vile ruse. C’est du cynisme, tout ce qu’il y a de pire. »

Ces déclarations respirant la haine démontrent à l’évidence que l’Orthodoxie canonique reste toujours la cible des violentes attaques des leaders uniates. Durant des siècles, les uniates ont tenté d’en finir avec l’Orthodoxie, avec l’aide des autorités civiles lorsque c’était possible, ou au moyen de différentes insinuations, fraudes et tromperies. Aujourd’hui, par leurs déclarations politisées, les dirigeants grecs-catholiques tentent encore une fois de mettre orthodoxes et catholiques dans l’impasse, d’empêcher la normalisation des relations et du développement du dialogue en Ukraine. Il est clair que les dirigeants de l’EGCU ne sont pas disposés à poursuivre aucune espèce de dialogue constructif avec l’Orthodoxie canonique afin de parvenir à la paix et à la compréhension mutuelle. Toute initiative de l’Église orthodoxe ukrainienne, même une initiative aussi noble que la Marche nationale, ne suscite chez les gréco-catholiques que de furieuses attaques.

La nature même de l’uniatisme, tel qu’il est apparu au XVI siècle pour des raisons politiques, transparaît ainsi avec toute son évidence dans les actions des gréco-catholiques. Comme le remarque le document de la Commission spéciale pour le dialogue théologique entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine « L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion » (Balamand, 1993), les « initiatives (uniatistes) ont conduit à l’union de certaines communautés avec le Siège de Rome et ont entraîné, comme conséquence, la rupture de la communion avec leurs Églises-mères d’Orient. Cela se produisit non sans l’intervention d’intérêts extra-ecclésiaux. Ainsi sont nées des Églises orientales catholiques et s’est créée une situation qui est devenue source de conflit et de souffrances d’abord pour les orthodoxes mais aussi pour les catholiques. » Le principe de division et de conflit, présent dès l’origine dans l’union, a été une source de souffrances pour de nombreuses personnes et établit un mur empêchant d’atteindre à une compréhension entre orthodoxes et catholiques.

Dans la Déclaration commune du Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie et du Pape François de Rome, signée à La Havane le 12 février 2016, à côté d’une reconnaissance du fait que « la méthode de l’«uniatisme» du passé, comprise comme la réunion d’une communauté à une autre, en la détachant de son Église, n’est pas un moyen pour recouvrir l’unité », contient un appel à la réconciliation et à trouver des formes ce coexistence acceptables entre orthodoxes et gréco-catholiques (art. 25). Cependant, la direction de l’EGCU non seulement n’a pas entendu cet appel, mais, en attaquant la Déclaration commune et ses auteurs, le Pape François et le Patriarche Cyrille, continue à approfondir la division dans la société ukrainienne et à assombrir les relations entre orthodoxes et catholiques.

Compte tenu de la rhétorique agressive sans précédent de l’archevêque suprême de l’EGCU, Sviatoslav Chevtchouk, et du cardinal Lubomyr Husar à l’encontre de l’Église orthodoxe ukrainienne canonique et du Patriarcat de Moscou en général, le Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou considère comme une affaire de première urgence de revenir sur le thème des conséquences canoniques et pastorales de l’uniatisme dans le cadre de la prochaine séance plénière de la Commission mixte pour le dialogue orthodoxe-catholique, prévue du 15 au 22 septembre 2016 à Chieti (Italie). Peut-on dialoguer avec l’église catholique romaine sur d’autres questions théologiques alors que le thème de l’uniatisme continue à rester une plaie sanglante, et que les leaders de l’uniatisme ne cessent pas de recourir à une rhétorique blasphématoire et politisée ? Le dialogue sur la question des conséquences canoniques et pastorales de l’union, violemment interrompu par la faute des gréco-catholiques, doit être rétabli au plus tôt.

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Communiqué du Saint-Synode de l’Église de Grèce au sujet de l’incursion d’un groupe d’anarchistes dans l’église Saint-Grégoire-Palamas à Thessalonique

Le Saint-Synode de l’Église de Grèce a publié le communiqué suivant au sujet de l’incursion d’un groupe d’anarchistes dans l’église Saint-Grégoire-Palamas de Thessalonique :

« Nous souhaitons remercier tous les partis parlementaires qui se sont empressés de condamner fermement l’incursion [des anarchistes], l’interruption de la Divine Liturgie et les actes de violences contre les célébrants et les fidèles dans l’église Saint-Grégoire-Palamas, hier à Thessalonique (31.7.2016). Nous avons bien pris note de l’absence, jusqu’à maintenant, de toute condamnation de l’attaque par les ministres concernés, compétents pour les droits de l’homme, la défense des citoyens et les affaires religieuses. Le silence éloquent des associations et conseils activistes qui ont pour objectif d’intervenir publiquement et politiquement pour les droits de l’homme dans notre pays, montre qu’ils ne sont pas choqués par les violences lorsqu’elles sont orientées contre la majorité chrétienne orthodoxe. Nous leur devons, à tout le moins, de reconnaître leur sincérité. Enfin, aux « anarchistes » qui pensaient qu’en profanant la prière dominicale, ils porteraient un coup à l’autorité, nous n’adresserons pas les habituelles déclarations de condamnation dans ces circonstances. À partir du moment où personne n’a réussi à leur inspirer du respect pour quoi que ce soit dans leur vie, nous n’exprimons que notre tristesse, leur disant : vous êtes notre échec. Notre échec comme société, comme école, comme famille, comme démocratie ».

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Recension: Marina Paliaki, La vie de notre Seigneur Jésus-Christ

PaliakiMarina Paliaki, La vie de notre Seigneur Jésus-Christ, collection « Apprendre par l’icône », éditions Apostolia, Paris, 2016, 26 pages illustrées.
Publié originellement en grec par les excellentes éditions pour enfants Athos Paidika, puis en roumain, ce petit livre, maintenant traduit en français par les infatigables sœurs de Solan et publié par les éditions Apostolia de la Métropole roumaine, est destiné à la formation religieuse des enfants à partir de 3 ans.
La série, qui comporte aussi un volume sur la vie de la Mère de Dieu et un autre sur la naissance du Christ (dont on espère qu’Apostolia entreprendra aussi la publication) propose une catéchèse qui se caractérise par un texte simple, et surtout par une remarquable iconographie. Celle-ci est empruntée aux magnifiques fresques de l’église du monastère de Dionysiou au Mont-Athos. Ces fresques, peintes dans la première moitié du XVIe siècle par Théophane le Crétois, figurent parmi celles du plus bel et plus pur art byzantin. Elles sont in situ dans un excellent état de conservation, mais pour cette édition les photographies ont été retouchées et détourées, et les rares dégradations du temps en ont été gommées, si bien qu’elles paraissent neuves et sont présentées dans tout leur éclat. Ces illustrations contribuent puissamment à la formation de l’esprit des jeunes lecteurs quant aux scènes et personnages évangéliques représentés, mais aussi habituent leur œil à une iconographie traditionnelle pas toujours présente dans nos églises et assez rare dans les cathéchismes.
Le texte et les reproductions sont imprimés sur un papier glacé épais qui non seulement donne au livret la qualité et l’éclat d’un luxueux petit livre d’art, mais le protège des salissures et des maltraitances auxquels les enfants soumettent involontairement leurs objets familiers.
On ne peut que féliciter les éditions Apostolia pour cette belle réussite, et les encourager à poursuivre le beau travail de publication qu’elles ont récemment développé en faveur des enfants et des adolescents, en comprenant bien que leur catéchèse, dans la société actuelle, mérite une attention et des efforts soutenus.

Jean-Claude Larchet

Communiqué de l’Amitié judéo-chrétienne de France

Pour la première fois en France, des chrétiens sont assassinés à cause de leur foi, rejoignant par là le tragique sort de leurs frères chrétiens d’Orient (et comment ne pas penser aux martyrs d’Algérie, en ce 20e anniversaire de l’assassinat des moines de Thibérine et de l’évêque d’Oran, Pierre Claverie ?).
De nombreux amis juifs, qui savent depuis si longtemps ce qu’il peut en coûter d’être Juifs, ont envoyé aux membres chrétiens de l’AJCF des messages de sympathie qui ont été pour eux comme un baume.
Comment taire son émotion ?
Qu’un prêtre soit sauvagement assassiné dans son église alors qu’il célébrait la messe, et que cet acte soit commis par des hommes osant se réclamer de Dieu est doublement sacrilège. Les authentiques croyants, juifs, chrétiens, musulmans, pleurent la mort du serviteur d’un Dieu qu’ils savent Dieu d’amour et de miséricorde. Tous les hommes de paix et de bonne volonté pleurent un homme de dialogue et de fraternité.
L’AJCF tient à exprimer sa compassion et sa solidarité à la communauté catholique si éprouvée, comme à tous les chrétiens blessés par la haine destructrice dont ils sont l’objet. On sait bien ce que visent les djihadistes : ruiner, par ces assassinats, tant d’efforts de dialogue et de respect mutuel entrepris en tant de lieux de France entre musulmans et chrétiens. St Etienne du Rouvray était justement l’un de ces lieux, et le P. Hamel et les religieuses qui l’entouraient de fervents artisans du dialogue islamo-chrétien local.
L’AJCF, qui fut fondée pour combattre la haine et le mépris et promouvoir l’estime mutuelle et la réconciliation, redit avec force sa détermination à rester fidèle à sa mission. Non, la haine n’aura pas le dernier mot ! Ensemble, Juifs et chrétiens, côte à côte avec les musulmans et les hommes de bonne volonté, nous continueront à la combattre et à favoriser le dialogue et l’amitié, réaffirmant que notre Dieu est amour et miséricorde pour tous les hommes.

Jacqueline Cuche
Le 28 juillet 2016

Les éditions du Désert sont relancées

banner-blueLes éditions du Désert « mises en veille en 2006, ont repris en février 2016 ». Toutefois, aujourd’hui, elles proposent principalement des livres numériques (« e-books ») sur des figures de sainteté orthodoxes et des homélies.

« Les orthodoxes doivent cesser leurs compétitions internes », un entretien avec Carol Saba

concile_niceeL’hebdomadaire Réforme a publié un entretien avec Carol Saba intitulé « Les orthodoxes doivent cesser leurs compétitions internes ». Il s’agit d’une analyse du concile qui s’est déroulé en Crète. Carol Saba était le porte-parole de la délégation du Patriarcat d’Antioche qui ne s’est pas rendue au concile. En ligne ici.

Icône du concile de Nicée en 325 (source: Wikimedia)

« Un pont vers le ciel »

Laurent Dandrieu, rédacteur en chef à l’hebdomadaire « Valeurs actuelles« , a publié dans ce magazine une recension, intitulée « Un pont vers le ciel », dans le n° actuellement en kiosque (n°4155), du livre du P. Christophe Levalois La royauté et le sacré  paru il y a quelques semaines aux éditions du Cerf. Pour lire cette recension, cliquez sur ce lien (faire un clic droit pour une meilleure lisibilité).

Le patriarche de Serbie Irénée a envoyé un message de condoléances au président de la République française à l’occasion de l’attentat de Nice

Le patriarche de Serbie Irénée a envoyé le message de condoléances suivant, en date du 15 juillet 2016, au président de la République française à l’occasion de l’attentat de Nice :

« Monsieur le Président,

Nous sommes profondément bouleversés par la nouvelle de la tragédie qui s’est produite cette nuit, au cours de laquelle plusieurs dizaines de personnes ont été tuées, et plus de cent autres ont été blessées, et ce lors de la célébration de la fête nationale française à Nice. Au nom du plérôme de l’Église orthodoxe serbe et en notre propre nom, veuillez recevoir l’expression de nos sincères condoléances. L’Église orthodoxe serbe et le peuple serbe, considèrent avec une tristesse particulière ces souffrances devenues fréquentes. Aussi, nous vous adressons nos souhaits sincères dans la prière et notre soutien moral pour le prompt rétablissement et la consolation spirituelle du peuple de France en ces moments difficiles. Nous prions afin que Dieu accorde le repos aux âmes de tous ceux qui ont péri tragiquement, et qu’Il accorde la consolation à leurs proches et leurs familles dans leur douleur, le prompt rétablissement des blessés, et au peuple français qu’il surmonte les présentes difficultés.

+ Patriarche de Serbie Irénée ».

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Décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe au sujet du Concile de Crète

Au titre du protocole N°48 de sa session du 15 juillet 2016, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe a pris la décision suivante au sujet du Concile de Crète :

« Il a été décidé de :

1. Reconnaître que le Concile qui a eu lieu en Crète et auquel ont participé les Primats et les évêques de dix des quinze Églises orthodoxes autocéphales, a constitué un événement important dans l’histoire du processus conciliaire dans l’Église orthodoxe, initié par la Première conférence panorthodoxe de Rhodes en 1961.
2. Souligner que le fondement de la coopération panorthodoxe au cours de tout le processus conciliaire était constitué par le principe du consensus.
3. Constater que l’accomplissement du Concile en l’absence d’accord de la part de plusieurs Églises orthodoxes autocéphales transgresse ledit principe, en conséquence de quoi le Concile qui a eu lieu en Crète ne peut être considéré comme panorthodoxe, et les documents qui y ont été adoptés [ne peuvent être considérés] comme exprimant le consensus panorthodoxe.
4. Prendre note à ce sujet de la position du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche.
5. Après réception des copies officiellement certifiées des documents approuvés par le Concile de Crète, confier à la Commission biblico-théologique, leur publication et leur étude, prenant également en compte de possibles réactions et remarques de Leurs Excellences les évêques, des institutions ecclésiastiques d’enseignement, des théologiens, clercs, moines et laïcs. À l’issue de leur étude sous tous les aspects, présenter les conclusions au Saint-Synode.

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Attentat de Nice: communiqué de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France


« Tu es, en effet, Seigneur, le secours des sans-secours, l’espérance des désespérés… Sois tout pour tous, toi qui connais chacun, ses prières, sa famille, ses nécessités. » (Extrait de la liturgie de saint Basile)

Paris, le 15 juillet 2016 – La barbarie sans nom a, une nouvelle fois, frappé la France. La ville de Nice est éprouvée depuis hier, le jour de notre fête nationale, par une violence perpétrée contre des innocents, hommes femmes et enfants de tous âges, une violence qu’aucune cause ne peut justifier. Les évêques membres de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, condamnent avec la plus grande fermeté cet attentat terroriste inqualifiable qui n’entame point la volonté de la France d’aller de l’avant. Les évêques orthodoxes de France saluent la continuelle mobilisation des autorités françaises et des forces de l’ordre qui apportent soutien et secours aux citoyens de notre pays. Ils prient pour les victimes blessées et pour les personnes décédées, et expriment leurs condoléances les plus fraternelles et leur solidarité à leurs familles et proches.

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Ajout: le site Parlons d’orthodoxie nous apprend que « parmi les victimes de Nice il y a un lecteur de la cathédrale Saint Nicolas, le serviteur de Dieu, Igor ainsi que deux habitants d’Anvers invités du père Andrey Eliseev. Paix à leurs âmes. »

Recension: Hiéromoine Hilarion (Domratchev), « Sur les monts du Caucase »

CaucaseHiéromoine Hilarion (Domratchev), Sur les monts du Caucase. Traduit du russe par Dom André Louf, Préface du métropolite Hilarion de Volokolamsk, Éditions des Syrtes, Genève, 2016, 284 p.
On sait peu de choses du moine du grand habit Hilarion Domratchev, sinon qu’il il naquit vers 1845 dans la région de Viatka en Russie, fut enseignant après avoir terminé le séminaire, partit pour le Mont Athos où il vécut vingt-cinq ans, puis alla dans les années 1880 dans les montagnes du Caucase, où il fut rattaché au monastère Saint-Simon-le-Cananéen du Nouvel Athos, mais mena sa vie monastique et fonda des communautés en plusieurs endroits de cette région.
De même que les Récits d’un pèlerin russe faisaient l’éloge de la Prière de Jésus et en exposait les voies à travers les récits d’un vagabond sans doute imaginaire, ce livre fait de même à travers la relation de la rencontre avec un ermite du Caucase (il s’agit du Père Désiré, père spirituel de l’auteur). De même que les Récits d’un pèlerin russe étaient émaillés d’anecdotes pittoresques liées à des rencontres, ce récit est émaillé de magnifiques descriptions de la nature. Comme le remarque le métropolite Hilarion Alfeyev dans sa préface, ce livre est sans doute parmi tous les livres de spiritualité, celui qui accorde la plus grande place à la nature et se montre le plus sensible à sa beauté.
Le hiéromoine Hilarion souligne le caractère didactique de son projet : « Ce livre n’a qu’un but: expliquer aussi complètement que possible en quoi consiste la Prière de Jésus, elle qui, suivant l’enseignement unanime des Saints Pères, est la racine et le fondement en même temps que le sommet et la perfection de la vie spirituelle. Toute l’insistance de nos paroles ne vise qu’à cela. Nous mettons toujours cette Prière au-dessus de toutes les autres vertus, dont aucune ne l’égale lorsqu’elle atteint les degrés les plus élevés ».
L’exposé du hiéromoine Hilarion n’est pas systématique et n’obéit à aucun ordre logique. S’y entrecroisent les évocations de la personnalité de l’ermite Désiré, ses enseignements sur la prière, les commentaires qu’y ajoute le Père Hilarion, des citations des Pères et des descriptions de la nature, et de nombreuses considérations sur la vie spirituelle, ce qui donne à l’ensemble, constitué de courts chapitres, une forme variée et dynamique, propre à maintenir l’intérêt.
L’enthousiasme du hiéromoine Hilarion à l’égard de la Prière de Jésus est tel qu’il se laisse aller à des formules excessives, affirmant notamment que le Nom de Jésus s’identifie au Christ lui-même (voir notamment p. 37-40), que « le nom du Seigneur est le Seigneur lui-même » (p. 45) que « le Nom du Dieu tout-puissant est Dieu lui-même » (p. 45), considérant comme équivalentes la présence du Christ dans son Nom et sa présence dans la sainte eucharistie (p. 44). Il affirme aussi que « par le fait [que le Nom] est Dieu, la toute-puissance qui produit des œuvres grandes et glorieuses, indépendamment de la sainteté de ceux qui le prononcent, lui appartient aussi » (p. 47), ce qui correspond à une conception magique, éloignée de la conception orthodoxe traditionnelle de la synergie entre la grâce de Dieu et les dispositions spirituelles et réceptives de l’homme. Bien que des telles affirmations soient par ailleurs nuancées – par exemple dans les affirmations plus modérées que « le Dieu tout puissant est présent dans son Nom avec toute sa plénitude divine et ses infinies perfections » (p. 46) ou que « la totalité des perfections divines habite dans le très saint Nom de Jésus-Christ » (p. 39), ce qui peut être rapporté aux énergies divines plutôt qu’à la nature même de Dieu –, elles furent l’objet d’une violente controverse où certains accusèrent le hiéromoine Hilarion et ses partisans d’être des onomatolâtres (adorateurs du Nom) tandis que d’autres prenaient leur défense, les considérant seulement comme des « glorificateurs du Nom ». Ce conflit enflamma les monastères et skites russes du Mont-Athos de 1907 à 1914. Il suscita une condamnation de la doctrine des partisans du hiéromoine Hilarion de la part de la Sainte-Communauté du Mont-Athos, du patriarcat de Constantinople et du Saint-Synode de l’Église russe. Il se termina dramatiquement par l’expulsion ou l’exil volontaire de près de 1700 moines russes du Mont-Athos. Le débat se poursuivit en Russie, donnant lieu à une réflexion approfondie de la part de théologiens en vue sur la question de la nature du nom et de son rapport à celui qu’il désigne (une réflexion qui reste d’ailleurs toujours ouverte). L’intervention de diverses personnalités dont l’empereur lui-même amena l’Église russe à adopter une attitude plus tolérante à l’égard des « glorificateurs du Nom ». Plusieurs livres parus en français au cours de ces dernières années ont exposé en détail cet épisode : (Métropolite Hilarion Alfeyev, Le Nom grand et glorieux (Cerf, 2007) et Le mystère sacré de l’Église. Introduction à l’histoire et à la problématique des débats athonites sur la vénération du Nom de Dieu (Presses universitaires de Fribourg, 2007; Antoine Nivière, Les glorificateurs du Nom. Une querelle théologique parmi les moines russes du Mont Athos (1907-1914).
Les formulations controversées du hiéromoine Hilarion sont sans aucun doute inacceptables au regard de la théologie orthodoxe, car elles témoignent d’une série de confusions (notamment entre signifiant et signifié, entre personne et nature, entre nature divine et énergies divines) et donnent vraiement à certains moments l’impression que le Nom de Dieu prend la place de Dieu. Mais elles n’occupent dans ce volumineux ouvrage de 300 pages qu’une place minime (quelques phrases), et il faut savoir les dépasser et apprécier l’exposé de l’auteur, qui reste l’un des meilleurs exposés sur la Prière de Jésus, et comporte par ailleurs de nombreux développements sur la vie spirituelle qui, tout en étant fondés sur l’enseignement de Pères abondamment cités, ont l’avantage de refléter aussi une expérience personnelle dont le saint starets Barsanuphe d’Optina lui-même louait la profondeur. Rappelons qu’avant que quelques-unes de ses formulations maladroites ne suscitent la controverse, l’ouvrage était grandement apprécié en Russie et au Mont-Athos. Il avait été publié en 1907 avec le soutien de la grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna (future moniale et martyre), et avait connu deux rééditions (1910 et 1912) avec l’approbation du comité de censure, le troisième tirage atteignant 10.000 exemplaires.

PS.  Ne pas confondre cette éditon publiée par les Syrtes (qui ne sera en laibrairie qu’à la fin du mois d’août) avec celle, que vient de faire paraître parallèlement, dans une traduction de moins bonne qualité, le monastère catholique Skita Patrum.

Jean-Claude Larchet

L’évêque Irénée de Bačka (Église orthodoxe serbe) : « Pourquoi je n’ai pas signé » (le texte conciliaire « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien »)

Dans un texte long et détaillé publié par l’Agence grecque Romfea.gr, l’évêque de Bačka Irénée, membre du Saint-Synode de l’Église orthodoxe serbe, a expliqué pourquoi il n’avait pas signé le texte conciliaire « Relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien ». Dans l’introduction de sa déclaration, l’évêque Irénée précise « qu’il n’était pas le seul (…) à ne pas avoir signé parmi les 25 évêques serbes présents au Concile, mais que la plupart d’entre eux n’avaient pas signé non plus. En outre, beaucoup d’autres évêques également n’ont pas signé le texte. En conséquence, ce texte est invalide en raison du principe du consensus en vigueur depuis 1961, décidé communément. Et si un évêque ne signe pas (tandis que sa signature est exigée !), le texte est inexistant». Parmi les raisons mentionnées pour son refus, l’évêque Irénée avance qu’au lieu du « principe apostolique d’un homme, un suffrage, était en vigueur [au concile, ndt] le principe : une Église autocéphale, un suffrage, ce que l’on a interprété comme le seul vote des Primats des Églises ». Par conséquent, selon l’évêque Irénée « la seule différence entre l’évêque orthodoxe et l’observateur hétérodoxe [présents au concile, ndt] est que l’un peut parler à volonté, tandis que l’autre reste assis, silencieux. Ni l’un, ni l’autre, ne décident de quoi que ce soit. Dans ce cas, cependant, à quoi sert la signature sous le texte de ceux qui n’ont pas le droit de voter ? Afin de donner l’impression que le système conciliaire fonctionne, tandis qu’il est inactif et transgressé ? Ou bien est-ce pour une autre raison ? Je l’ignore, naturellement, mais je peux au moins ne pas signer ce qui ne correspond pas à mes convictions ». L’évêque Irénée indique ensuite « la raison principale » pour laquelle il n’a pas signé le texte « Relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien » : « Selon moi, tout au moins, il s’agit du contenu équivoque du texte, ambigu du point de vue ecclésiologique, s’approchant par certains points des limites d’une doctrine autre [non orthodoxe ndt] ». L’évêque Irénée déclare ensuite que malgré les améliorations apportées au texte en ce qui concerne « la dénomination historique des autres Églises et confessions chrétiennes », il considère que celui-ci « du début jusqu’à la fin est irrémédiable et inacceptable, car il est un véritable mélange de positions purement orthodoxes et de terminologies à caractère et style œcuméniques ». L’évêque Irénée considère toutefois que le texte aurait dû laisser la dénomination d’Église au « catholicisme romain » pour la raison que « le conflit dogmatique entre celui-ci et nous-mêmes, qui dure plus de mille ans, n’a pas encore été tranché au niveau d’un concile œcuménique, si ce ne sont les pseudo-conciles œcuméniques de Lyon et de Florence ». Quoi qu’il en soit, selon l’évêque Irénée, le texte aurait dû, après avoir confessé, comme il l’a fait, que l’Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique, affirmer à l’instar de la constitution de Vatican II, que les chrétiens non-orthodoxes « ont aussi des éléments sains provenant de l’ancienne Tradition commune et des déviations très sérieuses dans le domaine de la foi et de l’ordre (« taxis ») en raison desquelles ils ne sont pas en communion avec l’Église orthodoxe. Particulièrement en ce qui concerne les catholiques-romains, il fallait souligner que non seulement la primauté et l’infaillibilité papales hydrocéphales, mais aussi l’ajout du Filioque dans le Symbole de Foi constituent à la fois des obstacles infranchissables à l’union de l’Orient et de l’Occident, étant au demeurant les thèmes principaux du dialogue théologique ». Abordant l’absence des quatre Églises autocéphales, l’évêque Irénée récuse les accusations de ceux qui considèrent qu’il aurait été leur « avocat » : « Je déclare que leur présence et leur contribution active, dynamique eût été plus utile à l’Église. Néanmoins, j’éprouve de la compréhension et de la compassion lorsque j’entends sonner la cloche du danger de nouveaux schismes, para-synagogues et « d’emmurements » [de groupes qui se referment sur eux-mêmes, ndt] à la suite de textes défectueux, quant au fond des textes pauvres, inférieurs même à ceux du second Concile du Vatican ». Et l’évêque Irénée ajoute : « Je n’ai pas de compréhension et de compassion pour ceux qui disent : ‘Les fanatiques, les obscurantistes, les…, les… ne nous intéressent pas’. Au contraire, tous nous intéressent : les ‘nôtres’, les ‘étrangers’, les proches et les lointains. Il fallait faire ceci sans négliger cela, selon la parole du Seigneur. Si ce n’est rien d’autre, la faiblesse de la conscience du frère, justement ou injustement scandalisé, produit dans nos âmes le sentiment de responsabilité humaine et pastorale, de soutien mutuel et de compassion… ‘Ce n’est pas en paroles, mais en actes qu’est notre piété ‘ [St Grégoire le Théologien, ndt] ». L’évêque Irénée ajoute que « Selon mon humble avis, par sa Toute-sainteté son président [le patriarche œcuménique Bartholomée, ndt], le Concile s’est adressé à juste titre aux observateurs hétérodoxes par des paroles fraternelles et chaleureuses, et a évité en même temps, en raison du dialogue, le style ardu de la confrontation. Or, il fallait cependant, ou plutôt il était nécessaire, de soumettre par le texte [conciliaire, ndt] en question le témoignage de l’identité ecclésiologique et la conscience qu’a d’elle-même [l’Église orthodoxe, ndt] d’une façon plus claire, plus conséquente et plus exacte ». En conclusion, l’évêque Irénée écrit que l’Église orthodoxe serbe espérait que le présent Concile se préoccuperait des « problèmes contemporains de l’Orient, tels que les schismes, qu’ils soient d’inspiration nationaliste ou zélote, de l’absence de communion entre Églises [locales, ndt] et de la conduite anti-canonique d’autres Églises [locales, ndt], de la question de l’autocéphalie (…). Or, rien de tel n’a eu lieu (…). Très malheureusement, l’occasion historique bénie a été perdue d’aborder et de commencer à résoudre toute une quantité de défis et d’épreuves dans la vie de notre sainte Église (…) Je crains que dans l’histoire future de l’Église, le Concile de Crète ne soit mentionné que comme un Concile provincial des Églises qui y ont participé, sans rayonnement et influence plus importante. Mais peut-être est-ce préférable à l’aphasie et l’absence totales d’existence historique ».

Source (texte intégral en grec)

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche du 27 juin

Communiqué du secrétariat du Saint-Synode d’Antioche

Balamand, 27 juin 2016
« En clôture de sa septième session extraordinaire qui a débuté le 25 mai 2016, le Saint Synode d’Antioche s’est réuni le 27 juin 2016 à Balamand sous la présidence de Sa Béatitude le patriarche Jean X et avec la participation des hiérarques du saint siège antiochien. Les Pères ont adressé leurs souhaits à leurs enfants spirituels à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, chefs des Apôtres et fondateurs du saint siège d’Antioche. C’est dans ce siège que les disciples furent pour la première fois appelés chrétiens et où ses enfants continuent de porter le témoignage du Christ ressuscité, particulièrement dans notre bien-aimée Antioche, dans la Syrie martyre, au Liban tourmenté, dans l’Irak blessé, et dans tous les pays du Golfe arabe et les archevêchés dans la « diaspora », aux Amériques, en Australie et en Europe. Les Pères ont évoqué leur frère le métropolite Paul (Yazigi), archevêque d’Alep, qui a été enlevé depuis plus de trois ans dans l’indifférence volontaire généralisée. Lui-même ainsi que son frère le métropolite Youhanna (Ibrahim) et tous ceux qui ont été enlevés demeurent constamment présents dans les prières et les supplications des fidèles et dans le témoignage quotidien de l’Eglise. Les Pères ont élevé leurs prières pour le repos de ceux qui ont subi le martyre pour avoir eux aussi été appelés chrétiens, et ils ont demandé leurs prières devant le Trône divin, afin que Dieu affermisse Son Eglise et donne à Ses enfants la force et la sagesse de témoigner fidèlement, ici et maintenant, du Christ ressuscité d’entre les morts.

Les pères ont passé en revue la question du grand concile orthodoxe, dont l’Eglise orthodoxe a préparé la tenue depuis plus de cinquante années. L’Eglise d’Antioche avait demandé le report de la tenue de ce Concile, afin que soit consolidée l’unité panorthodoxe, en attendant que soit assurée l’unanimité sur les questions controversées de son agenda, et en attendant aussi que soient remplies les conditions ecclésiologiques permettant la participation de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales à ses travaux.

Etant donné qu’il n’a pas été traité positivement avec la requête antiochienne de report du concile ainsi que les requêtes des Eglises russe, bulgare et géorgienne dans le même sens, et vu que le concile, que l’on voulait originairement « panorthodoxe », s’est réuni en l’absence de quatre Eglises autocéphales représentant environ la moitié des fidèles orthodoxes de par le monde,
Etant donné que l’appel à la tenue de cette réunion a ignoré la nécessité de fonder la conciliarité orthodoxe sur la pleine communion eucharistique entre les Eglises, communion qui constitue l’élément constitutif et le fondement de cette conciliarité, et ce en négligeant la recherche d’une solution avant le concile à l’agression perpétrée par le Patriarcat de Jérusalem sur les frontières canoniques du Siège d’Antioche, le patriarcat œcuménique ayant décidé de reporter la négociation après le Concile,
Etant donné que les communiqués et déclarations publiés par les participants en Crète ont injustement blâmé les Eglises absentes et se sont abstenus de tout blâme envers la partie qui a géré la période préparatoire de Crète 2016,

Et après avoir examiné l’ambiance, les déclarations et positions de la réunion qui s’est tenue sur l’île de Crète, et tous les sophismes qui ont récemment circulé, les pères ont formulé les observations suivantes :
Premièrement : les pères affirment que l’action orthodoxe commune est fondée sur la base de la participation et l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales. Ils rappellent que ce principe n’est pas une position antiochienne novatrice ou récente, mais bien une règle orthodoxe stable établie par le patriarche œcuménique Athénagoras de bienheureuse mémoire, lorsqu’il lança le travail préparatoire en vue du concile. Après lui, cette règle a été suivie par le patriarche Dimitrios, à l’époque duquel le règlement des conférences préparatoires au grand concile a été approuvé et dont les clauses prévoyaient clairement que la convocation à tout travail conciliaire, fût-ce au niveau préparatoire, est faite par le patriarche œcuménique après l’approbation des primats de toutes les Eglises (autocéphales), et que toutes les décisions sont prises à l’unanimité par les Eglises autocéphales pour être transmises au grand concile.
Deuxièmement : Les pères ont rappelé également que sa Sainteté Bartholomée le patriarche œcuménique actuel avait également confirmé cette règle durant les réunions préconciliaires préparatoires, et particulièrement lorsqu’il décida de suspendre les travaux du comité préparatoire en 1999, en raison du retrait d’une seule Eglise de la réunion susmentionnée, ce qui a conduit à l’arrêt du travail préparatoire en vue du grand concile durant dix ans. Dès lors les Pères se demandent alors comment l’absence d’une seule Eglise a pu conduire à la suspension du travail préparatoire au concile, tandis que pour certains le « grand concile » peut se réunir avec ceux qui sont présents et en l’absence de quatre Eglises orthodoxes autocéphales !
Troisièmement : Les pères ont constaté que la règle de l’unanimité a été également réaffirmée lors de la reprise du travail préparatoire au concile en 2009, et que durant la quatrième conférence préparatoire de 2009, la délégation antiochienne, par le biais de son conseiller, Albert Laham de bienheureuse mémoire, avait insisté sur la nécessité de respecter cette règle dans le processus décisionnel, en rappelant qu’en l’absence d’unanimité sur un thème spécifique, ce thème est alors renvoyé au comité préparatoire pour être plus amplement étudié, ainsi que le prescrivent les règles de procédure des conférences panorthodoxes préparatoires au Concile. A cette époque, cette proposition a été accueillie favorablement par toutes les Eglises participantes, y compris par le président de la conférence. C’est sur la base de cette proposition que la décision relative au problème de la diaspora orthodoxe et des assemblées épiscopales, a pu être prise.
Quatrièmement : Les pères ont réaffirmé que la position antiochienne appelant à élaborer un consensus en assurant l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales sur les thèmes de l’agenda, avait pour objectif depuis le début de renforcer l’unité orthodoxe durant la phase préparatoire, conformément à la tradition orthodoxe constante. L’Eglise d’Antioche ne s’attendait pas à ce que ce postulat acquis, qu’elle avait uniquement mentionné à titre de rappel, allait devenir un objet de controverse, ou bien que ce principe bien ancré allait être outrepassé par ceux qui l’avaient initialement établi et qu’ils avaient défendu depuis le début en tant que garant de l’unité orthodoxe ; cette unité ne peut en effet être réalisée si n’importe laquelle des Eglises a été exclue de la participation à la prise de décision ou si ses positions ont été ignorées. Il convient ici d’indiquer que le sommet (synaxe) des primats des Eglises, qui s’est réuni en janvier 2014, a confirmé cette règle en décidant que « durant le concile et durant la phase préparatoire toutes les décisions sont prises par consensus ». Et les Pères de se demander comment ce consensus peut-il être atteint alors que l’Eglise antiochienne a refusé les décisions du sommet précité (2014) et du sommet de Chambésy (2016) ; de se demander aussi comment l’unanimité peut-il être réalisée en Crète en l’absence de quatre Eglises orthodoxes.
Cinquièmement : Les pères insistent de nouveau que la position antiochienne demandant le report de la tenue du grand concile au cas où l’unanimité sur ses thèmes n’a pas été assurée, n’est ni nouvelle ni passagère et conjoncturelle. L’Eglise antiochienne a clairement exprimé cette position durant toutes les phases préparatoires au concile ces deux dernières années, et ce conformément au rôle qu’Antioche a toujours joué, refusant de manière constante qu’une quelconque Eglise puisse être ignorée au sein du travail orthodoxe commun. Par conséquent, tout ce qui a été publié dans les médias sur l’acceptation implicite, par l’Eglise antiochienne, de participer au concile n’est point vrai ; de même, toutes les analyses qui ont circulé sur les dimensions politiques fondant l’absence d’Antioche de la réunion en Crète, restent des analyses politiques qui sont sans fondement aucun. L’acceptation antiochienne de participer « par économie » aux travaux préparatoires ne signifie aucunement une quelconque renonciation de la part d’Antioche à ses positions susmentionnées, mais plutôt une réaffirmation de sa part de la poursuite des efforts afin que soient levés tous les obstacles qui empêchaient, et continuent de l’être, la tenue du concile.
Sixièmement : Les pères ont été surpris par les positions de certaines Eglises qui ont commencé à appeler dernièrement au dépassement du principe de l’unanimité et qui ont commencé à s’étendre dans l’interprétation d’un tel principe contrairement avec ce que prescrit le règlement des conférences orthodoxes préparatoires, qui a été adopté en 1986 et signé par leurs représentants, et que tous ont appliqués y compris lors de la cinquième conférence préparatoire qui s’est tenue en octobre 2015. Les Pères ont également été surpris par toutes les positions qui ont été récemment formulées suggérant que la convocation du concile à la date fixée était plus importante que la conciliarité et l’unité de l’Eglise. A cet égard, il importe à l’Eglise d’Antioche de remercier toutes les Eglises qui ont soutenu sa position juste en l’occurrence, et particulièrement les Eglises de Russie, de Géorgie, de Bulgarie et de Serbie.
Septièmement : Les Pères rappellent à leurs frères réunis en Crète le contenu de l’article 17 du règlement des conférences orthodoxes préparatoires, selon lequel « dans le cas où un thème spécifique qui a été discuté lors de la conférence n’a pas fait l’objet du consensus des délégations, la décision à son propos est alors abandonnée. Il est alors transmis par le secrétariat préparatoire du Saint et grand afin qu’il soit davantage étudié, approfondi et davantage élaboré, conformément au processus en usage au niveau panorthodoxe » ; ils rappellent également le contenu de l’article 4 du même règlement, qui stipule qu’ «il est interdit de retirer ou d’ajouter tout thème sur la liste des thèmes qui ont été préparés et acceptés au niveau panorthodoxe, au moins jusqu’à ce que son étude soit terminée. A la suite de quoi le grand et saint concile se réunit ». Les Pères antiochiens se demandent alors comment le grand concile peut-il être convoqué avant l’achèvement du travail préparatoire sur les thèmes figurant sur l’agenda, et alors que deux Eglises ont émis des réserves relativement au document « Le mariage et ses empêchements », et en présence du refus exprès de l’Eglise antiochienne de retirer trois thèmes fondamentaux de l’agenda du concile (Le calendrier ecclésiastique, les diptyques et l’autocéphalie et la manière de la proclamer).
Huitièmement : Les Pères affirment que face à la réalité connue que vit le monde orthodoxe suite à la réunion en Crète, l’unanimité des Eglises orthodoxes autocéphales demeure la règle d’or pour garantir l’unité du monde orthodoxe. Ils considèrent que ce fondement était et restera la base solide sur laquelle il faudra s’appuyer dans l’avenir, spécialement pour surmonter les répercussions de la réunion en Crète.
Neuvièmement : Quant aux voix qui estiment que la réunion en Crète est un concile œcuménique qui est régi par les règles de tenue des conciles œcuméniques, les Pères du synode antiochien rappellent à ces frères que depuis le début du vingtième siècle les Eglises orthodoxes se sont mises d’accord pour remplacer la convocation d’un concile œcuménique par la convocation d’un concile panorthodoxe dont l’agenda et les procédures de travail ont été clairement établis lors de la conférence de Rhodes en 1961. Le travail préparatoire s’est alors poursuivi durant cinq décennies et demie. Les Eglises se sont mises d’accord aussi, étant donné le caractère extraordinaire de ce concile, que tous les évêques du monde orthodoxe n’y soient pas présents, comme l’exige la tradition orthodoxe, et que toutes ses décisions seraient prise par le consensus de toutes les Eglises autocéphales sur la base d’une seule voix par Eglise autocéphale. Dès lors, ce processus réfute toute prétention qui cherche à considérer la réunion en Crète comme un concile œcuménique auquel s’appliqueraient les procédures suivies par les conciles œcuméniques. Ce processus oblige par conséquent les participants à la réunion de Crète à respecter les règles établies au cas où ils veulent le considérer comme un concile panorthodoxe. Ce qui n’a pas été le cas pour les raisons susmentionnées.

Dès lors, après avoir constaté que la réunion de Crète ne remplissait même pas les conditions requises pour tenir une conférence préparatoire au grand concile, et ce, sur la base du règlement des conférences orthodoxes préparatoires entériné en 1986 et qui demeure en vigueur et applicable jusqu’à ce jour, règlement qui stipule que la tenue de pareille conférence exige l’accord de tous les primats des Eglises orthodoxes locales sur la convocation de la conférence (article 2), et que la prise de décisions lors d’une telle conférence se fait à l’unanimité de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales (article 16), conditions qui n’ont pas été remplies lors de la réunion en Crète,
les Pères du Saint Synode d’Antioche ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préparatoire en vue du grand concile orthodoxe, et donc de considérer ses documents comme non définitifs, et toujours soumis à la discussion et à la modification lors de la tenue du grand concile orthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales ;
2. De refuser l’attribution du caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe à laquelle ne participent pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et d’affirmer que le principe de l’unanimité reste la base fondamentale qui gouverne les relations orthodoxes communes. Par conséquent, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « grand concile orthodoxe » ou « grand et saint concile » ;
3. D’affirmer que tout ce qui est issu de la réunion de Crète, qu’il s’agisse de décisions et autrement, ne lie ni engage d’aucune manière que ce soit le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient ;
4. De la « commission synodale de suivi » (qui dépend du Saint Synode du Patriarcat d’Antioche) d’observer et de suivre les résultats, les conséquences et les répercussions de la réunion de Crète et de faire le nécessaire à leur endroit, et de présenter un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche lors de sa prochaine session synodale ;
5. D’adresser une lettre relative aux présentes décisions du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses des pays de la diaspora.
6. D’appeler les fidèles à accompagner les Pères du Saint Synode antiochien dans la prière pour la préservation et la pleine manifestation de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Le seul texte qui fait foi est le texte arabe ».

Ce communiqué a été traduit du texte original arabe pour Orthodoxie.com.

Déclaration du métropolite de Limassol Athanase au sujet du Concile

Le métropolite de Limassol Athanase (Église de Chypre) a confirmé qu’il n’avait pas signé le texte « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » par le communiqué suivant : « Puisque l’on a pu observer une confusion dans l’information des fidèles, alors que l’on se pose la question si j’avais finalement signé le texte du saint et grand Concile concernant le thème : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je souhaite informer les intéressés que, pour des raisons de conscience, je ne l’ai pas signé, puisque je suis en désaccord avec ce texte, tel qu’il a été finalement constitué. Je donne, pour publication, la version écrite du point de vue que j’ai soumis au saint et grand Concile, en ce qui concerne ce texte. Cela, pour simple information, avec beaucoup de respect et d’estime pour tous ». La version écrite mentionnée est disponible en grec sur le site ci-dessous.

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Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée : « Pourquoi je n’ai pas signé le texte sur les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien»

Le métropolite de Nafpaktos Hiérothée (Église orthodoxe de Grèce) a publié la mise au point suivante, expliquant les raisons qui l’on conduit à refuser de signer le texte concernant « les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » :
« Différents commentaires ont été publiés concernant la position que j’ai adoptée concernant le texte du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe intitulé : « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien ». Certains écrivent que je ne l’ai pas signé, d’autres que je l’ai signé avec des réserves, et d’autres encore que je l’ai signé. Par la présente déclaration, je confirme qu’effectivement je n’ai pas signé ce texte et que, en outre, j’ai exprimé mes réserves au sujet des textes « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et « Le sacrement du mariage et ses empêchements », relativement à des points concrets que j’ai développés durant les sessions. En particulier, pour ce qui concerne le premier texte, intitulé « Relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien », je veux dire que, réellement, je ne l’ai pas signé et ce après profonde réflexion, sur la base de critères théologiques. Ce n’est pas encore le moment pour moi de développer tous mes arguments historiques et théologiques, ce que je ferai lorsque j’analyserai plus généralement tous les processus et l’atmosphère que j’ai ressentie lors du déroulement des sessions du saint et grand Concile. Je vais mentionner ici, laconiquement, certaines raisons particulières.
1. [En prenant ma décision], j’ai pris en considération le fait que toutes les décisions prises à l’unanimité par la hiérarchie de l’Église de Grèce n’ont pas été retenues, non seulement concernant la phrase « L’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres confessions et communautés chrétiennes », mais aussi dans quatre-cinq autres cas. J’ai choisi dès le début d’accepter de participer au saint et grand Concile en tant que membre de la délégation de l’Église de Grèce, en attendant toutefois les décisions de la hiérarchie [c’est-à-dire de l’assemblée des évêques de l’Église de Grèce] en mai 2016, avant de décider finalement si je serai présent. Lorsque je fus convaincu que les décisions de la hiérarchie étaient significatives et unanimes, j’ai finalement décidé de participer au saint et grand Concile dans le but de les soutenir.

2. J’étais préoccupé depuis le début au sujet de toute la structure et la façon de penser qui se dégageait du texte, car elles provenaient de la réunion de deux textes différents mais, jusqu’à la fin, j’avais espoir dans ses rectifications, avec les propositions également des autres Églises. Finalement, cependant, j’ai observé que les corrections qui avaient été proposées par les Églises ne sont pas toutes introduites dans le texte pour diverses raisons.
Le métropolite de Pergame, manifestement en tant que conseiller, sur l’incitation du patriarche, était l’évaluateur ultime des propositions. Ou bien il les rejetait, ou il les corrigeait ou encore il les adoptait et son évaluation était acceptée par l’Église de Constantinople et les autres Églises. Ainsi, à mon avis, le texte n’était pas mûr pour être édité par le saint et grand Concile puisque, jusqu’au dernier instant précédant sa signature, il était corrigé et modifié, jusque lors de sa traduction dans les trois langues, français, anglais et russe. C’est la raison pour laquelle certaines Églises, dès le début, avaient demandé le retrait du texte pour une révision ultérieure. En outre, le texte était on ne peut plus diplomatique et chacun pouvait l’utiliser selon ses préférences. Comme je l’ai soutenu lors de la session du saint et grand Concile, le texte n’a pas de base ecclésiologique stricte, et la question de savoir qu’est-ce que l’Église et qui en sont membres était l’un de presque cent sujets qui avaient été proposés pour le saint et grand Concile [initialement, dans les années soixante, ndt], mais entre temps, il est tombé à la trappe, dans la perspective d’un débat plus large ainsi que d’un dialogue qui feraient ensuite l’objet d’une décision. Il fallait, par conséquent, que soit d’abord discuté et défini ce qu’est l’Église et qui sont ses membres et ensuite que soit déterminée la place des hétérodoxes. En outre, si j’avais signé ce texte, j’aurais renié dans la pratique tout ce que j’avais écrit de temps à autre au sujet de l’ecclésiologie sur la base des saints Pères de l’Église. Et cela, je ne pouvais le faire.
3. Il est impossible que l’on comprenne pleinement la raison pour laquelle j’ai renoncé à signer, si je ne donne quelques informations sur la raison pour laquelle les représentants de l’Église de Grèce ont changé à cet instant la décision unanime de la hiérarchie de l’Église. Comme on le sait, la décision initiale de la hiérarchie de mai 2016 était que « l’Église orthodoxe reconnaît l’existence historique des autres Confessions et Communautés chrétiennes », et cela a été modifié par la proposition : « L’Église orthodoxe accepte la dénomination historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes ». La différence entre les deux phrases est évidente. Le vendredi, alors qu’était discuté le texte concret, la discussion a abouti à une impasse au sixième paragraphe, où il était question de la dénomination des hétérodoxes. L’Église de Roumanie a proposé que l’on dise « confessions et communautés hétérodoxes ». L’Église de Chypre a proposé que l’on dise « Églises hétérodoxes ». Et l’Église de Grèce a proposé que l’on dise « confessions et communautés chrétiennes ». Étant donné que l’Église de Roumanie avait retiré sa proposition, la discussion a porté sur la proposition de l’Église de Chypre, qui a été adoptée par d’autres Églises, et celle de l’Église de Grèce. Lors d’une consultation de notre délégation, le vendredi après-midi, il a été décidé que nous resterions fermes dans la décision de la hiérarchie [de l’Église de Grèce, ndt], et que soient proposées des solutions alternatives, à savoir que l’on écrive « L’Église orthodoxe connaît l’existence d’hétérodoxes » ou « d’autres chrétiens » ou « de chrétiens non orthodoxes ». Étant donné que les propositions de l’Église de Grèce n’avaient pas été acceptées, le patriarche œcuménique, lors de la session de l’après-midi du vendredi a proposé publiquement une rencontre du métropolite de Pergame et de moi-même, afin que soit trouvée une solution. Le métropolite de Pergame ne semblait pas disposé à une telle chose et je déclarai moi-même que ce n’était pas une question personnelle, auquel cas je pourrais prendre seul une telle responsabilité, mais que c’était la question de toute la délégation. C’est alors que le patriarche œcuménique a proposé à l’archevêque d’Athènes de trouver absolument une solution. Le samedi matin, avant la session, notre délégation s’est réunie pour prendre une décision à ce sujet. L’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Jérôme, se comportant de façon démocratique, a mentionné qu’il existait trois solutions concrètes : la première, que nous en restions à la décision de la hiérarchie ; la deuxième, que nous déposions une nouvelle proposition, dont j’ignore comment elle est venue et qui l’a proposée, à savoir : « l’Église orthodoxe accepte la dénomination historique d’autres Églises chrétiennes hétérodoxes »; et la troisième, que nous acceptions la proposition de l’Église de Chypre, dans laquelle il était question « d’Églises hétérodoxes ». Une discussion s’en est suivie entre les membres de notre délégation au sujet des trois propositions. Personnellement, j’ai soutenu la première proposition avec les formulations alternatives qui avaient été mentionnées préalablement, tandis que les autres présents votèrent en faveur de la deuxième proposition. Je considérai que cette proposition n’était la plus indiquée du point de vue historique et théologique et je déclarai immédiatement devant tous les présents que je ne signerai pas ce texte, si cette proposition est soumise, mais que, en raison de l’unité, je m’abstiendrai de nouvelles discussions. Par conséquent je ne pouvais signer le texte pour cette raison également.
4. Il y a encore une raison, qui, naturellement, n’est pas essentielle, mais qui a un poids particulier : une forte critique verbale a été adressée à l’Église de Grèce et au sujet de sa décision. Naturellement, l’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce Mgr Jérôme a rejeté par un discours sensé cette prise de position injurieuse. En fin de compte, cette opposition a joué un rôle psychologique dans la formation de l’autre proposition. J’ai fait l’objet personnellement d’une sérieuse pression et d’une attitude injurieuse de la part d’autres hiérarques en raison de ma position, et j’ai été informé que d’autres évêques de notre Église avaient fait l’objet de pressions. Et du fait que je réagis toujours avec sang-froid, calme et liberté, je ne pouvais accepter de telles pratiques insultantes. Ce sont les raisons les plus fondamentales qui ont fait que je renonce à signer, pour des raisons de conscience et de théologie. Naturellement, dans le texte final qui a été publié, mon nom aussi a été utilisé comme si j’avais signé le texte, de toute évidence parce que j’étais membre de la délégation de l’Église de Grèce. Ce sont ici certains éléments sur ce qui s’est produit à ce sujet. J’écrirai plus tard, lorsque j’analyserai également la problématique – sous l’aspect historique et théologique – de la proposition finale qu’a soumise l’Église de Grèce et qui a été introduite dans le texte officiel.

Source

Le Patriarcat d’Antioche considère le Concile orthodoxe en Crète non comme un concile, mais comme une réunion préparatoire

FB_IMG_1464452921848_1Dans une déclaration du 27 juin du secrétariat de son Saint-Synode rendant compte d’une réunion de ce dernier, le Patriarcat d’Antioche rappelle les raisons de sa non-participation au Concile en Crète. Il a décidé de considérer la rencontre en Crète non comme un concile, mais comme une réunion préparatoire. Ses documents quant à eux sont donc considérés comme non-définitifs, mais ouverts à la discussions et aux modifications. En conséquence, le Patriarcat d’Antioche refuse que la rencontre en Crète puisse être appelée « grand Concile orthodoxe » ou « grand et saint Concile ».

Extrait :

Les Pères du Saint-Synode ont décidé à l’unanimité ce qui suit :

  1.  De considérer la réunion de Crète comme une réunion préliminaire en vue du Concile pan-orthodoxe, donc de considérer ses documents comme non définitifs, mais toujours ouverts à la discussion et à la modification jusqu’à la convocation du Grand Concile panorthodoxe avec la présence et la participation de toutes les Églises orthodoxes autocéphales.
  1. De refuser l’attribution d’un caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe qui ne comporte pas toutes les Églises orthodoxes autocéphales, et de souligner que le principe de l’unanimité reste la base essentielle pour les relations orthodoxes communes. Ainsi, l’Eglise d’Antioche refuse que la réunion en Crète soit appelée « Grand Concile orthodoxe » ou « Grand et Saint Concile ».
  1. D’affirmer que tout ce qui a été publié à la réunion de Crète, qu’il s’agisse des décisions et d’autres choses, ne lie d’aucune façon le Patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient.
  1. De constituer une commission appelée « Comité pour le suivi des questions abordées par le Concile » pour étudier les résultats et les conséquences de la réunion de Crète et offrir un rapport détaillé au Saint-Synode d’Antioche dans sa prochaine réunion.
  1. D’envoyez une lettre à propos de la décision du Saint Synode d’Antioche à toutes les Eglises orthodoxes autocéphales, ainsi qu’aux autorités civiles et religieuses à l’étranger.
  1. D’appeler les fidèles à accompagner les pères du Saint-Synode d’Antioche en priant pour la préservation et la manifestation totale de l’unité du témoignage chrétien orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.

Source : Patriarcat d’Antioche. Photographie d’une réunion du Saint-Synode du Patriarcat d’Antioche. Une traduction française de cette déclaration est en cours.

Message du métropolite de Kiev Onuphre à l’occasion de la procession pan-ukrainienne

« Très révérends archipasteurs et pasteurs,
Révérends moines et moniales, chers frères et sœurs,

Dans la vie de chaque chrétien surgissent des moments durant lesquels il doit se rappeler qu’il n’est pas simplement un homme croyant, mais une part de l’Église orthodoxe – le corps du Christ. Et le destin de l’Église et du pays dépendent de chacun de nous. L’histoire pluriséculaire de notre terre compte un grand nombre de pages tragiques. Nos compatriotes ont dû subir une multitude d’épreuves, et le plus grand malheur a toujours été la guerre. Et dans les temps les plus difficiles, les hommes se sont unis dans la prière commune à Dieu et la très sainte Mère de Dieu pour demander leur aide. Et nous savons combien de fois, alors qu’il semblait que tout espoir de salut s’était éteint, la Mère de Dieu a préservé nos villes et nos villages de la ruine. La force de la prière de nos compatriotes a maintes fois protégé notre Église également, ainsi que notre terre. Maintenant, c’est de nous qu’une telle prière est nécessaire. Avec grande affliction dans le cœur, nous vivons actuellement une nouvelle tragédie – le conflit armé se poursuit dans l’Est de l’Ukraine, le sang innocent de nos compatriotes est versé. La chose la plus grande que peut accomplir notre Église est d’appeler à la paix et de renforcer les prières afin que soit accordée la paix à notre terre ukrainienne, ce que nous faisons depuis le début des hostilités. Mais, malgré la mission pacificatrice de notre Église, on s’efforce de la rendre détestable aux yeux de la population ukrainienne. Aujourd’hui, sur ce territoire de l’Ukraine qui est en paix, s’enflamme la guerre interconfessionnelle, différentes provocations ont lieu, dirigées contre le clergé et les fidèles en particulier et contre l’Église orthodoxe d’Ukraine dans sa globalité. En même temps, des cas fréquents nous sont connus, lorsque la force réunie de la prière des fidèles a accompli des miracles. Aussi, avec notre bénédiction, une procession pan-ukrainienne organisée par les diocèses de l’Église orthodoxe d’Ukraine aura lieu, avec la prière pour l’Ukraine, et qui commencera le 9 juillet dans l’Ouest de l’Ukraine, depuis la laure de la Dormition de Potchaïev, et le 3 juillet dans l’Est de l’Ukraine, depuis la laure de la Dormition de Sviatogorsk. Le 27 juillet, la veille de la fête du Baptême de la Russie de Kiev et de la mémoire du saint prince Vladimir égal-aux-apôtres, ces processions se rejoindront à Kiev au parc Vladimirskaya Gorka et se dirigeront ensemble à la Laure des Grottes de Kiev, où seront célébrés les offices solennels. Les processions seront accompagnées par les icônes miraculeuses de la Mère de Dieu de Potchaïev et de Sviatogorsk et d’autres saintes icônes et reliques. Cette procession qui commencera simultanément depuis l’ouest et l’est, traversera tout notre État. Elle unira l’Ukraine, car l’Église orthodoxe a toujours été et est une telle force qui réunit tous les hommes de notre pays. La procession n’est pas simplement notre labeur spirituel. C’est l’action consciente, volontaire de chaque âme chrétienne qui suit les commandements évangéliques en actes. Aussi, regarder simplement la procession est insuffisant. C’est le temps de manifester sa conscience chrétienne. Que celui qui peut faire cette procession pendant un long laps de temps, qu’il le fasse. Qui peut le faire seulement dans sa localité, qu’il le fasse. Nourrir les pèlerins, cela constitue également votre participation dans cette grande œuvre. Lorsque le Seigneur a demandé le repentir aux habitants de Ninive, ceux-ci lui ont obéi et ont détourné leur cœur du mal et de la violence. Ils ont renoncé à la nourriture et à l’eau, et pour cet exploit, le Seigneur a eu pitié d’eux. Nous croyons que la Mère de Dieu qui, tant de fois a défendu notre terre, se trouve aujourd’hui aussi, en larmes, près du trône de Son fils et prie pour nous. Nous devons aussi, en rejetant la colère, la haine, la méchanceté, et en nous armant de l’amour et du pardon, renforcer notre labeur de prière : afin que cessent de couler les larmes des mères, afin que les enfants ne restent pas orphelins, que le femmes ne deviennent pas veuves, afin que la jeunesse ne devienne pas invalide, afin que nos villes et villages ne soient pas détruits, et les maisons, désertées. C’est précisément le but de la procession pan-ukrainienne, la marche de la paix, de l’amour et de la prière pour l’Ukraine. J’implore la bénédiction de Dieu sur tous les participants de la Procession, et je leur souhaite l’aide du Tout-Puissant dans cette œuvre agréable à Dieu, + Onuphre, métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine, primat de l’Église orthodoxe d’Ukraine ».

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Encyclique du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit
Nous adressons une hymne d’action de grâce au Dieu adoré dans la Trinité qui nous a permis de nous réunir en ces jours de Pentecôte sur l’île de Crète, sanctifiée par l’apôtre Paul des nations et son disciple Tite, « véritable enfant dans la foi qui nous est commune » (Tt 1, 4), et d’achever, sous l’inspiration du Saint-Esprit, les travaux du saint et grand Concile de notre Église orthodoxe – convoqué par Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomaios, avec l’accord de Leurs Béatitudes les Primats des très-saintes Églises orthodoxes autocéphales – à la gloire de son Nom béni, et au profit du peuple de Dieu et du monde entier, confessant avec le divin Paul : « Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu » (I Co 4, 1).
Le saint et grand Concile de l’Église une, sainte, catholique et apostolique constitue un témoignage authentique de la foi dans le Christ Dieu-homme, Fils unique-engendré et Verbe de Dieu qui, par son Ιncarnation, toute son œuvre sur terre, Son Sacrifice sur la Croix et Sa Résurrection, a révélé le Dieu trinitaire en tant qu’Αmour infini. Dès lors, d’une seule voix et d’un seul cœur, nous adressons, en concile, la parole de « notre espérance » (cf. I P 3, 15) non seulement aux fidèles de notre très-sainte Église, mais aussi à tous ceux « qui étaient autrefois éloignés et qui ont été rapprochés » (Ep 2, 13). « Notre espérance » (I Tm 1, 2) le Sauveur du monde fut révélé comme « Dieu avec nous » (Mt 1, 23) et comme « Dieu pour nous » (Rm 8, 32) « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (I Tm 2, 4). Nous proclamons l’amour sans cacher les bienfaits, conscients des paroles du Seigneur : « le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Mt 24, 35). Dans la joie nous annonçons la parole de la foi, de l’espérance et de l’amour, attendant « ce jour qui n’a pas de soir, de lendemain ni de fin » (Basile le Grand, Homélies sur l’Hexaéméron II, PG 29, 52, SC 26bis, p. 185). Le fait que notre cité soit « dans les cieux » (Ph 3, 20), n’infirme pas, mais renforce notre témoignage dans le monde.
En cela, nous nous conformons à la tradition des Apôtres et de nos Pères qui annonçaient le Christ et l’expérience salvatrice de la foi de l’Église, faisant de la théologie en vue de « prendre dans les filets » – c’est-à-dire conformément à l’apostolat – les humains de tout temps, pour leur transmettre l’Évangile de la liberté en Christ (cf. Ga 5, 1). L’Église ne vit pas pour soi. Elle s’offre pour l’humanité tout entière, l’élévation et le renouveau du monde dans des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cf. Ap 1, 21). Dès lors, elle donne le témoignage évangélique et elle partage les dons que Dieu dispensa à l’humanité : son amour, la paix, la justice, la réconciliation, la force de la Résurrection et l’espérance de l’éternité.
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I. L’Église en tant que corps du Christ, icône de la Sainte Trinité.
L’Église une, sainte, catholique et apostolique est la communion divino-humaine à l’image de la sainte Trinité ; l’avant-goût et l’expérience des fins dernières vécue dans la divine Eucharistie ; la révélation de la gloire des choses à venir ; en tant que Pentecôte permanente, la voix prophétique qui ne se tait jamais dans le monde ; la présence et le témoignage du Royaume de Dieu « venu avec puissance » (Mc 9, 1). En tant que corps du Christ, l’Église « rassemble » (cf. Mt 23, 37), transfigure et alimente le monde en « eau qui devient en lui une source jaillissant en vie éternelle » (Jn 4, 14).
La tradition apostolique et patristique – obéissant aux paroles du Seigneur et fondateur de l’Église lors de la sainte Cène avec ses disciples, instituant le sacrement de la divine Eucharistie – a mis en relief l’attribut de l’Église en tant que « corps du Christ » (Mt 25, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19 ; I Co 10, 16-17 ; 11, 23-29). Elle l’associa toujours au mystère de l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu, du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Dans cet esprit, elle a toujours mis l’accent sur le rapport indéfectible, tant entre le mystère de la divine économie en Christ et celui de l’Église, qu’entre le mystère de l’Église et le sacrement de la divine Eucharistie assuré sans cesse dans la vie sacramentelle de l’Église par l’opération du Saint-Esprit.
L’Église orthodoxe, fidèle à cette tradition apostolique et expérience sacramentelle unanime, est la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, telle qu’elle est confessée dans le Crédo et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. De la sorte, elle ressent la responsabilité majeure qui lui incombe, consistant non seulement à faire vivre au plérôme cette expérience authentique, mais aussi à donner à l’humanité le témoignage crédible de la foi.
Dans son unité et sa catholicité, l’Église orthodoxe est l’Église des Conciles depuis l’Assemblée des Apôtres à Jérusalem (Ac 15, 5-29). L’Église est en soi un Concile établi par le Christ et guidé par le Saint-Esprit, selon la parole apostolique « L’Esprit saint et nous-mêmes, nous avons décidé » (Ac 15, 28). Par les Conciles œcuméniques et locaux, l’Église annonça et annonce le mystère de la sainte Trinité, révélé par l’Incarnation du Fils et Verbe de Dieu. Le travail conciliaire se poursuit sans interruption dans l’histoire par les conciles plus récents possédant une autorité universelle, notamment : le Grand concile (879-880) convoqué par Photius, patriarche de Constantinople ; ceux convoqués au temps de saint Grégoire Palamas (1341, 1351, 1368), où fut confirmée la vérité de la foi, portant surtout sur la participation de l’homme aux énergies divines incréées et sur la procession du Saint-Esprit ; en outre, les saints et grands Conciles réunis à Constantinople : celui de 1484 pour réfuter le concile d’union de Florence (1438-1439) ; ceux des années 1638, 1642, 1672 et 1691 pour réfuter les thèses protestantes, ainsi que celui de 1872 pour condamner l’ethno-phylétisme comme hérésie ecclésiologique.
4. En dehors du corps du Christ « qu’est l’Église » (cf. Ep 1, 23 ; Col 2, 17) la sainteté est inconcevable. La sainteté émane de l’unique Saint ; pour l’humain il s’agit de participer à la sainteté de Dieu dans la « communion des saints », selon l’affirmation du prêtre au cours de la Divine Liturgie. Les saints Dons aux saints » – et selon la réponse des fidèles : « Un seul Saint, un seul Seigneur, Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. Amen. » Dans cet esprit, Cyrille d’Alexandrie souligne aussi à propos du Christ : « Étant aussi lui-même Dieu par nature (…) Il est sanctifié à cause de nous en l’Esprit saint (…) Et il a fait cela à cause de nous, non pas pour Lui, afin que de Lui et par Lui, ayant le premier reçu le principe de la sanctification, la grâce de la sanctification puisse désormais passer à l’humanité…  » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 74, 548).
Par conséquent, selon saint Cyrille, le Christ est notre « personne commune » par la récapitulation dans sa propre humanité de la nature humaine tout entière : « nous étions tous en Christ et la personne commune de l’humanité est régénérée en Lui » (Commentaire sur l’évangile de saint Jean, 11. PG 73, 161). C’est pourquoi il est aussi l’unique source de sanctification de l’humanité. Dans cet esprit, la sainteté est la participation de l’humanité au mystère de l’Église et aussi à ses sacrements sacrés, avec pour centre la divine Eucharistie, en tant que « sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » (cf. Rm 12, 1). « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? Selon ce qu’il est écrit : À cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés » (Rm 8, 35-37). Les Saints incarnent l’identité eschatologique de l’Église, en tant qu’action de grâce permanente devant le Trône terrestre et céleste du Roi de gloire figurant le Royaume de Dieu.
5. L’Église orthodoxe universelle est composée de quatorze Églises autocéphales locales, reconnues au niveau panorthodoxe. Le principe d’autocéphalie ne saurait opérer au détriment du principe de catholicité et d’unité de l’Église. Nous considérons donc que la création des Assemblées épiscopales dans la Diaspora orthodoxe – composées chacune des évêques canoniques reconnus qui continuent de dépendre des juridictions canoniques dont ils relevaient jusqu’à présent – constitue un pas en avant important vers leur organisation canonique et que leur fonctionnement régulier garantit le respect du principe ecclésiologique de conciliarité.
II. La mission de l’Église dans le monde
6. L’apostolat et l’annonce de l’Évangile – ou l’action missionnaire – appartiennent au noyau de l’identité de l’Église : c’est sauvegarder le commandement du Seigneur et s’y conformer : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). C’est le « souffle de vie » que l’Église dispense à la société humaine et qui ecclésialise le monde au travers de l’établissement de nouvelles Églises locales. Dans cet esprit, les croyants orthodoxes sont et doivent être des apôtres du Christ dans le monde. Cet apostolat doit s’accomplir non pas de façon agressive, mais librement, dans l’amour et le respect envers l’identité culturelle des individus et des peuples. Toutes les Églises orthodoxes doivent participer à cet effort en respectant dûment la discipline canonique.
La participation à la divine Eucharistie est une source d’ardeur apostolique pour évangéliser le monde. Participant à la divine Eucharistie et priant en la sainte assemblée pour toute la terre habitée, nous sommes appelés à prolonger la « liturgie après la Divine Liturgie » ; à témoigner de la vérité de notre foi devant Dieu et les hommes ; à partager les dons de Dieu avec l’humanité tout entière ; tout cela, en obéissant au commandement clair du Seigneur avant son Ascension : « vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Les paroles prononcées avant la divine Communion – « L’Agneau de Dieu est fractionné et partagé, Il est fractionné mais non divisé, Il est toujours nourriture et ne s’épuise jamais, mais il sanctifie ceux qui y communient » – suggère que le Christ, en tant qu’ « l’agneau de Dieu » (Jn 1, 29), et en tant que « nourriture de vie » (Jn 6, 48), nous est offert comme l’amour éternel, nous unissant à Dieu et les uns aux autres. Elle nous enseigne à partager les dons de Dieu et à nous offrir nous-mêmes pour tous à la façon du Christ.
La vie des chrétiens est un témoignage irréfutable du renouveau de tout en Christ : « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là » (II Co 5, 17). C’est un appel lancé à l’humanité de participer personnellement, en toute liberté, à la vie éternelle, à la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et à l’amour de Dieu le Père, pour vivre dans l’Église la communion du Saint-Esprit : « Voulant le mystère du salut de plein gré et non pas de force » (Maxime le Confesseur, PG 90, 880). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés contemporaines sécularisées, ainsi que l’évangélisation de ceux qui n’ont pas encore connu le Christ, est pour l’Église un devoir ininterrompu.
III. La Famille – icône de l’amour du Christ pour Son Église
7. L’Église orthodoxe considère l’union indéfectible liant l’homme à la femme dans l’amour comme un « grand mystère … du Christ et de l’Église » (Ep 5, 32) et elle s’intéresse à la famille qui en résulte. C’est la seule garantie pour la naissance et l’éducation d’enfants selon le plan de la divine économie en tant que « petite Église » (Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’épître aux Éphésiens, 20, PG 62, 143), lui apportant le soutien pastoral nécessaire.
La crise contemporaine du mariage et de la famille est issue de la crise de la liberté qui est réduite à une réalisation du soi vouée à la poursuite du bonheur ; qui est assimilée à une fatuité, autarcie et autonomie individuelle ; qui entraîne la perte du caractère sacramentel de l’union de l’homme et de la femme ; et qui oublie l’éthos sacrificiel de l’amour. La société sécularisée de nos jours aborde le mariage sur des critères purement sociologiques et pragmatiques, considérant celui-ci comme une simple forme de relation, parmi tant d’autres, revendiquant un droit égal à bénéficier d’une garantie institutionnelle.
Le mariage est un atelier de vie dans l’amour nourri par l’Église et un don incomparable de la grâce de Dieu. La « main puissante » du Dieu « unificateur » « invisiblement présent unit les conjoints » au Christ et l’un à l’autre. Les couronnes posées sur la tête des époux lors de la célébration du sacrement font référence au sacrifice et au dévouement à Dieu et à celui des époux entre eux. Elles suggèrent aussi la vie du Royaume de Dieu, révélant la référence eschatologique du mystère de l’amour.
8. Le saint et grand Concile s’adresse avec un amour et tendresse particulier aux enfants et à tous les jeunes. Parmi les multiples définitions contradictoires à propos de l’enfance, notre très-sainte Église souligne les paroles de notre Seigneur « si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18, 3) et « qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera point » (Lc 18, 17), de même que notre Sauveur le dit à propos de ceux qui « empêchent » (cf. Lc 18, 16) les enfants de venir à Sa suite et de ceux qui les « scandalisent » (Mt 18, 6).
L’Église n’offre pas à la jeunesse seulement de « l’aide », mais la « vérité », celle de la vie nouvelle divino-humaine en Christ. La jeunesse orthodoxe doit prendre conscience qu’elle est porteuse d’une tradition de l’Église orthodoxe multiséculaire et bénie et en même temps la continuatrice de cette tradition qu’il faut préserver avec courage et cultiver avec force les valeurs éternelles de l’Orthodoxie, pour rendre un témoignage chrétien vivifiant. De cette jeunesse sortiront les futurs serviteurs de l’Église du Christ. Ainsi, les jeunes ne sont pas uniquement le « futur » de l’Église, mais aussi l’expression active de sa vie au service de l’homme et de Dieu dans le présent.
IV. L’éducation selon le Christ
9. De nos jours, le domaine de la formation et de l’éducation est secoué par d’âpres controverses concernant, non seulement le contenu et les buts de l’éducation, mais aussi la nouvelle perception de l’enfance, du rôle de l’enseignant et de l’élève, ainsi que celui de l’école moderne. Étant donné que l’éducation concerne non pas simplement ce qu’est l’homme, mais ce qu’il doit être, ainsi que la mesure de sa responsabilité, il est évident que l’image que nous nous faisons de l’homme et du sens de son existence détermine aussi notre point de vue concernant son éducation. Individualiste, sécularisé et à la seule recherche du bonheur, le système éducatif dominant aujourd’hui, dont la nouvelle génération fait les frais, préoccupe aussi l’Église orthodoxe
L’éducation occupe le centre de la sollicitude pastorale de l’Église en vue non seulement de la culture intellectuelle, mais aussi de l’édification et du développement de l’être humain dans son ensemble en tant qu’entité psychosomatique et spirituelle, selon la question à trois volets : Dieu, homme, monde. Dans son discours catéchétique, l’Église orthodoxe appelle affectueusement le peuple de Dieu, la jeunesse notamment, à la participation consciente et active à la vie de l’Église, en cultivant chez elle « l’aspiration parfaite » à la vie en Christ. Ainsi, le plérôme chrétien trouve dans la communion divino-humaine de l’Église un soutien existentiel, pour y vivre la perspective pascale de la déification par grâce.
V. L’Église face aux défis contemporains
10. L’Église du Christ est aujourd’hui confrontée à des manifestations extrêmes, voire provocantes du sécularisme, inhérentes aux évolutions politiques, culturelles et sociales du monde moderne. Un élément fondamental du sécularisme fut et demeure l’idée de soustraire totalement l’humain au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église, de surcroît, en assimilant arbitrairement celle-ci au conservatisme et faisant fi de l’histoire, alléguant qu’elle serait un obstacle au progrès et à l’évolution. Dans nos sociétés sécularisées, coupé de ses racines spirituelles, l’homme confond sa liberté et le sens de sa vie avec une autonomie absolue, avec un affranchissement par rapport à sa destination éternelle ; cela produit toute une série de malentendus et d’interprétations fallacieuses de la tradition chrétienne. Ainsi, la liberté en Christ dispensée d’en-haut et le progrès menant « à l’état d’adulte, à la taille du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13) sont considérés comme entravant les dispositions auto-salvatrices de l’être humain. L’amour disposé au sacrifice est jugé comme étant incompatible avec l’individualisme, alors que le caractère ascétique de l’éthos chrétien, comme un défi intolérable lancé à la poursuite du bonheur individuel.
Assimiler l’Église à un conservatisme inconciliable avec le progrès de la civilisation est une allégation arbitraire et abusive, puisque la conscience nationale des peuples chrétiens porte la marque indélébile de la contribution séculaire de l’Église non seulement à leur patrimoine culturel, mais aussi au sain développement de la civilisation séculière en général, puisque Dieu a placé l’homme en tant que gérant de la création divine, associé à Son œuvre. À la place de l’« homme-dieu » contemporain, l’Église orthodoxe affirme le « Dieu-homme » comme mesure ultime de tout : « Nous ne parlons pas d’homme déifié, mais de Dieu fait homme » (Jean Damascène, Exposé de la foi orthodoxe, 3, 2, PG 94, 988). Elle expose la vérité de la foi salvatrice du Dieu-homme et Son Corps, l’Église, en tant que lieu et mode de vie en liberté. Elle permet de « confesser la vérité dans l’amour » (cf. Ep 4, 15) ; de participer aussi, déjà sur terre, à la vie du Christ ressuscité. Le caractère divino-humain de l’Église – « qui n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36), qui alimente et dirige sa présence et son témoignage « dans le monde » – lui interdit de se conformer au monde (cf. Rm 12, 2).
11. Le développement actuel des sciences et de la technologie est en train de changer notre vie. Or, tout ce qui engendre un changement dans la vie humaine exige que nous fassions preuve de discernement. Car, hormis les importants bienfaits – par exemple ceux qui facilitent la vie quotidienne, qui permettent de traiter des maladies autrefois incurables et d’aller plus loin dans la recherche spatiale –, nous sommes aussi confrontés aux retombées négatives du progrès scientifique : les risques tels que la manipulation de la liberté humaine, l’instrumentalisation de l’être humain, la perte graduelle de précieuses traditions, la dégradation, voire la destruction de l’environnement naturel.
De par sa nature, la science elle-même ne dispose pas malheureusement de moyens nécessaires pour prévenir ou guérir bon nombre de problèmes qu’elle génère directement ou indirectement. La connaissance scientifique ne mobilise pas la volonté morale de l’humain qui, tout en connaissant les risques, continue d’agir comme s’il n’en avait pas été averti. Sans une approche spirituelle, il est impossible de donner des réponses aux graves problèmes existentiels et éthiques de l’être humain, ni au sens éternel de sa vie et du monde.
12. De nos jours, les progrès impressionnants effectués dans le domaine de la biologie, de la génétique et de la neurophysiologie du cerveau suscitent un enthousiasme généralisé. Il s’agit de conquêtes scientifiques dont l’éventail d’applications est susceptible de générer des dilemmes anthropologiques et éthiques graves. L’usage incontrôlé de la biotechnologie intervenant sur le début, la durée et la fin de la vie, compromet la véritable plénitude de celle-ci. Pour la première fois de son histoire, l’homme se livre à des expérimentations extrêmes et dangereuses sur sa propre nature. Il risque d’être transformé en rouage biologique, en unité sociale ou en appareil de pensée contrôlée.
L’Église orthodoxe ne saurait rester en marge du débat portant sur des questions anthropologiques, éthiques et existentielles d’une telle importance. Elle s’appuie sur les critères dictés par Dieu pour démontrer l’actualité de l’anthropologie orthodoxe face au renversement contemporain des valeurs. Notre Église peut et doit manifester dans le monde sa conscience prophétique en Jésus Christ qui, dans l’Incarnation, assuma toute la condition humaine et qui est le modèle absolu de la restauration du genre humain. Elle affirme que la vie de l’être humain est sacrée et qu’il possède l’attribut de personne dès sa conception. Naître est le premier des droits de l’homme. L’Église – en tant que communion divino-humaine au sein de laquelle chaque homme est une entité unique destinée à communier personnellement avec Dieu – résiste à toute tentative de réduire l’être humain à l’état d’objet, à le transformer en donnée mesurable. Aucune réussite scientifique n’est autorisée à porter atteinte à la dignité et à la destination divine de l’homme. L’être humain n’est pas uniquement déterminé par ses gênes.
C’est sur cette base que la Bioéthique est fondée du point de vue orthodoxe. À une époque d’images contradictoires de l’homme, face à des conceptions séculières, autonomes et réductrices, la Bioéthique orthodoxe affirme la création à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la destination éternelle de l’être humain. Elle contribue de la sorte à enrichir le débat philosophique et scientifique portant sur des questions bioéthiques en y apportant l’anthropologie biblique et l’expérience spirituelle de l’Orthodoxie.
13. Dans une société mondiale axée sur l’ « avoir » et l’individualisme, l’Église orthodoxe universelle propose la vérité de la vie en Christ et selon Christ, librement incarnée dans la vie quotidienne de chaque être humain par son travail accompli « jusqu’au soir » (Ps 103, 23) moyennant lequel celui-ci devient collaborateur du Père éternel – « car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu » (I Co 3, 9) – et de Son Fils [« Mon Père, jusqu’à présent, est à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17)]. La grâce de Dieu sanctifie tous les ouvrages de l’homme coopérant avec Dieu, relevant en eux l’affirmation de la vie et communion humaine. Dans ce contexte est aussi placée l’ascèse chrétienne, radicalement différente de tout ascétisme dual qui isole l’humain de la société et de son prochain. L’ascèse chrétienne et la tempérance, qui relient l’homme à la vie sacramentelle de l’Église, ne concernent pas uniquement la vie monastique, mais ce sont des attributs de la vie ecclésiale dans toutes ses manifestations, un témoignage tangible de la présence de l’esprit eschatologique dans l’existence bénie des fidèles orthodoxes.
14. Les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales. Elles sont inscrites dans le cœur de chaque être humain. Au cours des derniers siècles, cette crise s’aggrave à cause de nombreux clivages générés par les passions humaines, telles que la convoitise, l’avidité, la cupidité, l’égoïsme, l’esprit de prédation et leurs retombées sur la planète comme le changement climatique qui d’ores et déjà menace sérieusement l’environnement naturel, notre « maison » commune. La rupture du rapport liant l’homme à la nature est une aberration par rapport au véritable usage de la création de Dieu. Pour résoudre le problème écologique sur la base des principes de la tradition chrétienne, il faut non seulement faire pénitence pour le péché d’exploiter à outrance les ressources naturelles de la planète, c’est-à-dire changer radicalement de mentalité, mais aussi pratiquer l’ascèse comme antidote au consumérisme, au culte des besoins et au sentiment de possession. Cela présuppose aussi l’immense responsabilité qui nous incombe de léguer aux générations futures un environnement naturel viable et son usage conforme à la volonté et à la bénédiction de Dieu. Dans les sacrements la création est affirmée et l’homme est encouragé à agir en économe, gardien et « officiant » de celle-ci, la présentant au Créateur comme une action de grâce – « Ce qui est à toi, le tenant de toi, nous te l’offrons en tout et pour tout » – et cultivant un rapport eucharistique à la création. Cette approche orthodoxe évangélique et patristique attire aussi notre attention sur les aspects sociaux et les retombées tragiques que représente la destruction de l’environnement naturel.
VI. L’Église face à la globalisation, la violence en tant que phénomène extrême et l’immigration.
15. La théorie contemporaine de globalisation – imposée silencieusement et propagée rapidement – provoque de forts remous dans l’économie et la société à l’échelle mondiale. La globalisation imposée a généré de nouvelles formes d’exploitation systématique et d’injustice sociale. Elle a planifié l’élimination graduelle des obstacles que représentent les traditions nationales, religieuses, idéologiques ou autres qui s’y opposent. Elle a mené à l’affaiblissement en vue de la déstructuration des acquis sociaux au nom de la reconstruction de l’économie mondiale, censée être nécessaire, creusant davantage le fossé séparant riches et pauvres, dynamitant la cohésion sociale des peuples et ravivant de nouveaux foyers de tensions internationales.
Face au processus d’homogénéisation réductrice et impersonnelle promu par la globalisation, face aussi aux aberrations de l’ethno phylétisme, l’Église orthodoxe propose de protéger l’identité des peuples et de renforcer le caractère local. Comme modèle alternatif pour l’unité de l’humanité, elle expose son organisation structurée, basée sur l’égalité de valeur des Églises locales. L’Église s’oppose à la menace provocatrice pesant aujourd’hui sur l’individu et les traditions culturelles des peuples que renferme la globalisation ; elle s’oppose aussi au principe selon lequel l’économie possède sa propre loi ou « économisme », c’est-à-dire l’économie émancipée par rapport aux besoins vitaux de l’humain et transformée en but en soi. Elle propose donc une économie durable, fondée sur les principes de l’Évangile. Axée sur la parole du Seigneur : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » (Lc 4, 4), elle n’associe pas le progrès du genre humain à l’amélioration du seul niveau de vie ou du développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
16. L’Église ne se mêle pas de politique au sens strict du terme. Cependant, son témoignage est essentiellement politique en tant que souci pour l’humain et pour sa liberté spirituelle. Sa parole est bien distincte et restera à jamais un devoir d’intervention en faveur de l’humain. Les Églises orthodoxes locales sont aujourd’hui appelées à établir une nouvelle relation harmonieuse avec l’État de droit dans le nouveau contexte des relations internationales, conformément à l’affirmation biblique : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). Cette coopération doit sauvegarder la singularité de l’Église et celle de l’État, et assurer leur franche coopération au profit de l’unique dignité humaine dont émanent les droits de l’homme, garantir aussi la justice sociale.
Les droits de l’homme sont aujourd’hui au centre de la politique, en tant que réponse aux actuelles crises et bouleversements sociaux et politiques, et destinés à protéger la liberté de l’individu. L’Église orthodoxe fait une approche critique des droits de l’homme craignant que le droit individuel ne dégénère en individualisme et en mouvement revendicatif de droits. Une telle aberration est préjudiciable au contenu communautaire de la liberté ; elle transforme arbitrairement les droits en revendications individuelles de poursuite du bonheur ; elle confond liberté et laxisme de l’individu, érigeant cette licence en « valeur universelle » qui mine les fondements des valeurs sociales, de la famille, de la religion, de la nation et qui menace des valeurs éthiques fondamentales.
La perception orthodoxe de l’homme s’oppose donc tant à l’apothéose arrogante de l’individu et de ses droits, qu’à l’humiliation de la personne humaine écrasée dans les actuelles gigantesques structures économiques, sociales, politiques et communicationnelles. La tradition de l’Orthodoxie est pour l’homme une source intarissable de vérités vitales. Nul autre que le Christ et Son Église n’a autant honoré l’être humain, et pris soin de lui. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
17. Aujourd’hui, nous vivons une recrudescence de la violence au nom de Dieu. Les exacerbations fondamentalistes au sein des religions risquent de faire valoir l’idée que le fondamentalisme appartient à l’essence du phénomène religieux. La vérité est que, en tant que « zèle que la connaissance n’éclaire pas » (Rm 10, 2), le fondamentalisme constitue une manifestation mortifère de religiosité. La véritable foi chrétienne, calquée sur la Croix du Seigneur, se sacrifie sans sacrifier ; c’est pourquoi elle est le juge le plus inexorable du fondamentalisme, quelle qu’en soit l’origine. Le dialogue interreligieux franc contribue au développement d’une confiance mutuelle dans la promotion de la paix et de la réconciliation. L’Église lutte pour rendre plus tangible sur terre la « paix d’en-haut ». La véritable paix n’est pas obtenue par la force des armes, mais uniquement par l’amour qui « ne cherche pas son intérêt » (I Co 13, 5). Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine.
18. L’Église orthodoxe suit, avec douleur et dans la prière, constatant la terrible crise humanitaire qui sévit de nos jours, la propagation de la violence et des conflits armés, la persécution, les déportations et les meurtres commis contre des membres de minorités religieuses, l’expulsion forcée de familles hors de leurs foyers, la tragédie du trafic d’êtres humains, la violation des droits fondamentaux d’individus et de peuples, ainsi que la conversion religieuse forcée. Elle condamne catégoriquement les enlèvements, les tortures, les atroces exécutions. Elle dénonce la destruction d’églises, de symboles religieux et de monuments culturels.
L’Église orthodoxe est particulièrement préoccupée de la situation des chrétiens, ainsi que des autres minorités nationales et religieuses persécutées du Moyen-Orient. Elle lance tout particulièrement un appel aux gouvernements des pays de la région pour protéger les populations chrétiennes, les orthodoxes, les anciens orientaux et les autres chrétiens, ayant survécu dans le berceau du christianisme. Les populations chrétiennes et les autres populations indigènes possèdent le droit imprescriptible de demeurer dans leurs pays en tant que citoyens jouissant de l’égalité de droits.
Nous exhortons donc toutes les parties impliquées, indépendamment de leurs convictions religieuses, à travailler à la réconciliation et au respect des droits de l’homme, et à protéger avant tout le don divin de la vie. Il faut que cessent la guerre et l’effusion de sang, et que prévale la justice, pour faire revenir la paix et rendre possible le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers ancestraux. Nous prions pour la paix et la justice dans les pays éprouvés d’Afrique et l’Ukraine. Réunis en Concile, nous réitérons avec force notre appel aux responsables pour libérer les deux évêques enlevés en Syrie Paul Yazigi et Yohanna Ibrahim. Nous prions en outre pour la libération de tous nos semblables retenus en otages et en captivité.
19. L’imprévisible crise contemporaine des réfugiés et des immigrés pour des raisons économiques, politiques et climatiques s’aggrave continuellement et occupe le centre de l’intérêt mondial. L’Église orthodoxe n’a cessé de considérer ceux qui sont chassés, qui sont en danger et dans le besoin, conformément aux paroles du Seigneur : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (Mt 25, 35-36) et « en vérité, je vous le déclare chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 40). Au cours de son histoire, l’Église s’est toujours trouvée aux côtés de « tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau » (cf. Mt 11, 28). De tout temps, la philanthropie de l’Église ne se limite pas simplement à un acte de charité occasionnel envers l’indigent et le souffrant, mais elle cherche à éliminer les causes génératrices des problèmes sociaux. Le « ministère accompli » par l’Église (Ep 4, 12) est reconnu de tous.
Nous lançons donc un appel – avant tout à tous ceux qui sont en mesure d’éradiquer les causes générant la crise des réfugiés – à prendre des décisions adéquates dans ce sens. Nous appelons les autorités politiques, les fidèles orthodoxes et les citoyens des pays d’accueil, vers lesquels les réfugiés ont afflué et continuent d’affluer, de leur procurer toute aide possible dans la mesure de leurs moyens.
VII. L’Église : témoigner dans le dialogue
20. L’Église est sensible à ceux qui l’ont quittée et souffre pour tous ceux qui ne comprennent plus sa voix. Dans sa conscience d’être la présence vivante du Christ dans le monde, elle transpose dans des actions concrètes l’économie divine en utilisant tous les moyens à sa disposition afin de témoigner de la vérité de façon crédible dans la rigueur de la foi apostolique. Partant de cette compréhension du devoir de témoignage et de disponibilité, de tout temps, l’Église orthodoxe accorde une grande importance au dialogue, notamment avec les chrétiens hétérodoxes. Moyennant ce dialogue, les autres chrétiens connaissent désormais mieux l’Orthodoxie et la pureté de sa tradition. Ils savent aussi que l’Église orthodoxe n’a jamais accepté le minimalisme théologique ou la mise en doute de sa tradition dogmatique et de son éthos évangélique. Les dialogues interchrétiens furent une occasion pour l’Orthodoxie de souligner le respect dû à l’enseignement des Pères et de témoigner valablement de la tradition authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Les dialogues engagés par l’Église orthodoxe n’ont jamais signifié et ne signifieront jamais faire des compromis d’aucune sorte en matière de foi. Ces dialogues sont un témoignage de l’orthodoxie étayé sur le message évangélique : « Viens et vois » (Jn 1, 46) et « Dieu est amour » (I Jn 4, 8).
* * *
Dans cet esprit, étant la manifestation en Christ du Royaume de Dieu, l’Église orthodoxe dans le monde entier vit le mystère de la divine économie dans sa vie sacramentelle centrée sur la divine Eucharistie qui nous donne non pas une nourriture périssable et corruptible, mais le Corps du Seigneur Lui-même, source de vie, « le Pain céleste » « qui est remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus Christ pour toujours » (Ignace d’Antioche, Lettre aux Éphésiens XX, 1, PG 5, 756A). La divine Eucharistie est le noyau central de la fonction conciliaire du corps ecclésial, ainsi que la véritable assurance de l’orthodoxie de la foi de l’Église, comme l’affirme saint Irénée de Lyon : « Pour nous, notre façon de penser (= enseignement) s’accorde avec l’eucharistie, et l’eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (Contre les hérésies, IV, 18, PG 7, 1028).
Évangélisant donc le monde entier, conformément au commandement du Seigneur, et « prêchant la repentance et la rémission des péchés à toutes les nations » (cf. Lc 44, 47), nous devons nous confier les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu ; nous devons nous aimer les uns les autres, confessant dans la concorde « le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible ». Réunis en Concile, adressant ceci aux fidèles de notre très-sainte Église orthodoxe et au monde entier, marchant sur les traces des saints Pères et obéissant aux décisions conciliaires qui prescrivent de sauvegarder la foi apostolique léguée et de nous « conformer au Christ » dans notre vie quotidienne, dans l’espérance de la « résurrection commune », nous rendons gloire à la Divinité en Trois Personnes en chantant :
« Père Tout-Puissant, Verbe et Esprit de Dieu, Nature Unique en Trois Personnes, Essence et Divinité Suprême, en Toi nous avons été baptisés et nous Te bénissons dans tous les siècles » (Canon pascal, ode 8.)

Message du saint et grand Concile du 26 juin 2016

Message 
du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe
Au peuple orthodoxe 
et à toute personne de bonne volonté

Nous louons et glorifions le Dieu « de compassion et de toute supplication », car il nous a rendus dignes de nous réunir durant cette semaine de Pentecôte (18-26 juin 2016) en Crète, où l’Apôtre Paul et son disciple Tite ont annoncé l’Évangile au cours des premières années de la vie de l’Église. Nous rendons grâce au Dieu trinitaire, car il a permis avec bienveillance que nous cheminions dans un même esprit pour achever les travaux du saint et grand concile de l’orthodoxie, convoqué par Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, en accord avec les Primats des Églises orthodoxes autocéphales locales.
Fidèles à l’exemple des Apôtres et des Pères théophores, nous avons étudié de nouveau l’Evangile de la liberté par lequel « Christ nous a affranchis » (Ga 5, 1). La fondation de nos discussions théologiques constitue l’assurance que l’Église ne vit pas pour elle-même. Elle transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité.
La principale priorité du saint et grand Concile fut de proclamer l’unité de l’Église orthodoxie. Fondée sur l’Eucharistie et la succession apostolique des évêques, l’unité existante a besoin d’être renforcée et de porter de nouveaux fruits. L’Église une, sainte, catholique et apostolique est une communion divino-humaine, un avant-goût et une expérience des eschata dans la sainte Eucharistie. En tant que Pentecôte, elle est une voix prophétique qui ne peut être mise sous silence, une présence et un témoignage du Royaume du Dieu d’amour.
Fidèle à la tradition apostolique unanime et à l’expérience sacramentelle, l’Église orthodoxe constitue la continuité authentique de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, comme elle est confessée dans le symbole de foi et confirmée par l’enseignement des Pères de l’Église. L’Eglise nous fait connaître le mystère de la sainte Économie par sa vie sacramentelle centrée autour de la divine Eucharistie.
L’Église orthodoxe exprime son unité et sa catholicité dans le Concile. Sa conciliarité façonne son organisation, la manière par laquelle elle prend des décisions et la détermination de son destin. Les Églises orthodoxes autocéphales ne sont pas une fédération d’Église, mais l’Église une, sainte, catholique et apostolique. Chaque Église locale célébrant la divine Eucharistie est la présence et la manifestation locale de l’Église une, sainte, catholique et apostolique. De même pour la diaspora orthodoxe, dans différents pays, il a été décidé de continuer le fonctionnement des Assemblées épiscopales jusqu’à l’application de l’acribie canonique. Elles se composent des évêques canoniques qui relèvent et continuent à dépendre d’une Église autocéphale. Le fonctionnement régulier de ses Assemblées épiscopales garantit le respect du principe orthodoxe de conciliarité.
Au cours des travaux du saint et grand Concile a été soulignée l’importance des Synaxes des Primats qui ont eu lieu et décidé de la convocation régulière du saint et grand Concile tous les sept ou dix ans.
En participant à la divine Liturgie et priant pour le monde entier, nous devons continuer la liturgie après la divine liturgie et à rendre témoignage de la foi à ceux qui sont proches ou éloignés, en accord avec le clair commandement du Seigneur avant son Ascension : « et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). La réévangélisation du peuple de Dieu dans les sociétés modernes et l’évangélisation de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ continuent à être une obligation pour l’Église.
Notre Église réfléchissant à la nécessité de témoigner de la vérité et de la foi apostolique, accorde une grande importance au dialogue, en particulier avec les chrétiens non-orthodoxes. De cette manière, le reste du monde chrétien connaît plus précisément l’authenticité de la tradition orthodoxe, la valeur de l’enseignement patristique, l’expérience liturgique et la foi des orthodoxes. Les dialogues que conduit l’Église orthodoxe ne signifient en rien un compromis en matière de foi.
L’explosion du fondamentalisme observée dans différentes traditions religieuses est l’expression d’une religiosité mortifère. Un dialogue interreligieux sobre contribue de manière significative à favoriser la confiance mutuelle, la paix et la réconciliation. Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine. L’Église orthodoxe condamne sans équivoque l’expansion de la violence militaire, les persécutions, les expulsions et le meurtre des minorités religieuses, les conversions forcées, le trafic des réfugiés, les enlèvements, la torture et les terribles exécutions sommaires. Elle dénonce la destruction des lieux de culte, des symboles religieux et des monuments culturels. Plus particulièrement, elle exprime sa préoccupation pour la situation les chrétiens et des minorités persécutées au Moyen-Orient et ailleurs. Elle appelle la communauté internationale de la région pour la protection des orthodoxes indigènes et des autres chrétiens, ainsi que de toutes les populations de la région qui ont un droit inviolable à demeurer dans leur pays d’origine comme des citoyens jouissant de droits égaux. Notre Concile exhorte toutes les parties à œuvrer sans attente aux efforts systématiques à la résolution des conflits armés au Moyen-Orient, les terminer et permettre le retour de ceux qui ont été bannis de leurs foyers.
Elle appelle tout particulièrement tous les puissants de la terre pour que prévalent la paix et la justice dans les pays d’où sont issus les réfugiés. Nous appelons les autorités civiles, les citoyens et les chrétiens orthodoxes dans les pays vers lesquels les réfugiés persécutés cherchent refuge, à continuer à offrir leur aide dans les limites et au-delà de leurs capacités.
Le sécularisme moderne cherche l’autonomie de l’homme par rapport au Christ et à l’influence spirituelle de l’Église qu’il identifie arbitrairement à du conservatisme. Cependant, la culture occidentale porte l’empreinte indélébile de la contribution dans le temps du christianisme. L’Eglise souligne, en outre, l’importance salvifique du Dieu-homme et de son corps en tant que lieu et mode de vie en liberté.
Dans l’approche contemporaine du mariage, l’Église orthodoxe considère le lien indissoluble d’amour entre un homme et une femme comme « un grand mystère… celui du Christ et de l’Église ». Elle appelle même la famille une « petite église », laquelle résulte du mariage, le seul garant pour élever les enfants.
L’Église insiste constamment sur la valeur de l’abstinence. L’ascèse chrétienne diffère profondément d’une ascèse purement dualiste qui couperait la personne humaine de son prochain. Au contraire, il convient de s’attacher à la vie sacramentelle de l’Église. L’abstinence ne se rattache pas uniquement à la vie monastique. L’éthos ascétique est caractéristique de la vie chrétienne dans toutes ses expressions.
***
Le saint et grand Concile, mis à part les thèmes au sujet desquels des décisions ont été prises, a étudié les importantes questions contemporaines suivantes :
Sur la question des relations de la foi chrétienne avec la science, l’Église orthodoxe évite de placer la recherche scientifique sous sa tutelle et ne prend pas position sur toutes les questions scientifiques. Elle remercie Dieu qui donne aux scientifiques le charisme d’explorer les secrets de la création divine. Le développement moderne de la science et de la technologie apporte des changements radicaux dans nos vies. Elle est porteuse de bienfaits importants dans notre vie quotidienne : une maladie grave, les gens communiquent plus facilement, la recherche spatiale, etc. Cependant, il existe aussi une variété d’effets négatifs comme : la manipulation de la liberté, la perte progressive de traditions précieuses, la destruction de l’environnement naturel, la contestation des valeurs morales. Bien que la connaissance scientifique évolue très rapidement, elle ne mobilise pas la volonté de la personne humaine, ni ne fournit des réponses aux problèmes éthiques existentiels centraux, à la quête du sens de la vie et du monde. Tout ceci requiert une approche spirituelle que l’Eglise orthodoxe entreprend de promouvoir au travers d’une bioéthique fondée sur l’éthique chrétienne et l’enseignement patristique. Ainsi, dans le respect de la liberté de la recherche scientifique, l’Église orthodoxe insiste sur les dangers que recèlent certains progrès scientifiques et met l’accent sur la dignité de l’homme et sur son destin divin.
La crise écologique actuelle est évidemment due à des causes spirituelles et éthiques. Ses racines sont liées à la cupidité, l’avidité et l’égoïsme, conduisant à une utilisation irrationnelle des ressources naturelles, à la pollution de l’atmosphère par des polluants nuisibles, et au réchauffement climatique. La réponse chrétienne contre ces problèmes exige le repentir (metanoia) par rapport à ces abus, l’abstinence, et l’éthique ascétique comme l’antidote à la surconsommation, tout en prenant conscience de plus en plus que la personne humaine est l’« économe » de la création et non son propriétaire. Elle souligne aussi que les générations futures possèdent elles aussi des droits sur ces biens naturels que nous a remis avec confiance le Créateur. C’est pour cette raison que l’Église orthodoxe participe activement aux différents efforts internationaux en faveur de l’environnement. Elle a fait du 1er septembre le jour de prière pour la protection de l’environnement naturel.
Face au mouvement d’homogénéisation impersonnelle, qui est favorisé de diverses manières, l’orthodoxie proclame le respect du particularisme des personnes humaines et des peuples. Elle s’oppose à l’autonomie de l’économie face aux besoins fondamentaux des êtres humains et la transformant comme une fin en soi. Le progrès de l’humanité n’est pas seulement lié à l’accroissement du niveau de vie ou au développement économique au détriment des valeurs spirituelles.
L’Église orthodoxe n’interfère pas dans le politique. Sa parole reste discrète et prophétique et favorise une intervention humaine appropriée. Les droits de l’Homme sont maintenant au centre de la politique en réponse aux crises politiques et sociales et visent à protéger les citoyens contre l’arbitraire de l’État. Notre Église ajoute également les obligations et les responsabilités des citoyens et la nécessité pour ces derniers d’user de leur autocritique afin d’améliorer sensiblement la société. Elle souligne en particulier que l’idéal orthodoxe en faveur de l’être humain dépasse l’horizon des droits de l’Homme établis établis que « plus grand que tout » est l’amour, comme l’a révélé le Christ et le vivent ceux qui le suivent fidèlement. La protection du principe de liberté religieuse dans toutes ses perspectives est un droit fondamental, c’est-à-dire la liberté de conscience, de foi, de culte et toutes les manifestations individuelles et collectives de la liberté religieuse, y compris de droit de chaque croyant de pratiquer librement ses devoirs religieux, sans immixtion d’aucune sorte de la part des pouvoirs publics, ainsi que la liberté d’enseigner publiquement la religion et assurer les conditions de fonctionnement des communautés religieuses.
L’Église orthodoxe s’adresse aux jeunes, qui sont à la recherche d’une vie complète en toute liberté, justice, création et amour. Elle les exhorte à se joindre consciemment à l’Église qui est la vérité et la vie. Pour venir en offrant au corps ecclésial leur vitalité, leurs soucis, leurs préoccupations et leurs attentes. Les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Église, mais aussi une force et une présence créative au niveau local et mondial.
Le saint et grand Concile a ouvert notre horizon sur le monde contemporain diversifié et multiforme. Il a souligné que notre responsabilité dans l’espace et le temps est toujours dans la perspective de l’éternité. L’Église orthodoxe, garante intacte du caractère mystique et sotériologique, est sensible à la douleur, aux angoisses et au cri pour la justice et la paix des peuples. Elle évangélise : « De jour en jour, proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95)
Prions : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (I P 5, 10-11).

Observations sur un article intitulé « Vers la réconciliation et le schisme au sein de l’Église orthodoxe »

logo_cathchDernièrement, Antoine Arjakovsky (1) a publié un article, en ligne sur le site d’information suisse Cath.ch, intitulé « Vers la réconciliation et le schisme au sein de l’Église orthodoxe ». A la suite de cette publication, Bernard Le Caro a adressé au site helvétique des observations que nous reproduisons ci-dessous.

Madame, Monsieur,

Vous avez publié sur votre site un article de M. Antoine Arjakovsky, intitulé « Vers la réconciliation et le schisme au sein de l’Église orthodoxe ». Sans se prononcer naturellement sur les opinions qui sont propres à l’auteur, force est de constater qu’un certain nombre de faits sont inexacts et donnent une image erronée des événements concernant le Concile des Églises orthodoxes présentes actuellement en Crète. Permettez-moi d’énumérer ci-dessous les affirmations de l’auteur, suivies de mes remarques :

1) « La situation actuelle montre un écart grandissant entre les Églises orthodoxes reconnaissant une primauté d’honneur au patriarcat de Constantinople et celles privilégiant le Patriarcat de Moscou »

Toutes les Églises orthodoxes, y compris le Patriarcat de Moscou, reconnaissent la primauté d’honneur du Patriarcat de Constantinople. Le litige porte sur la façon dont cette primauté doit être exercée. Donc, il n’y a pas de querelle de « leadership » en tant que tel. Le Patriarcat de Moscou ne revendique pas – comme cela a pu être le cas dans le passé – la primauté dans le monde orthodoxe, mais exige que les droits qu’il possède sur son territoire canonique ne soient empiétés par aucune autre Église autocéphale.

2) Plus fondamentalement encore, ce schisme résultera de la lutte entre les tenants d’un retour à la civilisation soviétique, “fondée sur les bases morales du christianisme” selon le patriarche Cyrille… »

On peut se demander pourquoi l’auteur de l’article se réfère à l’article d’un journaliste américain en poste à Moscou, plutôt que de citer le texte original. La phrase mentionnée ne se trouve pas dans l’interview du patriarche. Celui-ci a dit textuellement : « Malgré l’athéisme d’État, la société soviétique a pu garder les racines chrétiennes et éviter ces processus destructeurs qui se produisent actuellement en Europe et aux USA ». Le patriarche a dit encore que les autorités communistes de l’Union soviétique n’avaient pas osé « dynamiter le fondement moral de la vie de la société » qui, selon ses paroles, était « restée globalement chrétienne (…) Cela nous a sauvés : notre littérature, notre art figuratif, étaient pénétrés d’idées chrétiennes, et la morale du peuple est restée chrétienne ». Même si l’on peut considérer ces propos comme étant maladroits et optimistes, il n’est pas question ici du « fondement » du régime soviétique sur les bases morales du christianisme. Le patriarche considère que celles-ci avaient pu être conservées, ce qui n’est pas la même chose.

3) … ceci alors que toutes les 14 Eglises sans exception avaient accepté le communiqué de la conférence de Chambésy du 28 janvier 2016 annonçant la tenue du concile pour la fête orthodoxe de la Pentecôte le 19 juin 2016

Il est inexact de prétendre que toutes les Églises sans exception, avaient accepté le communiqué de Chambésy. On peut lire la remarque suivante sur le texte concerné, au-dessus de la signature du représentant du Patriarcat d’Antioche, le métropolite Isaac : « L’Église d’Antioche n’est pas d’accord avec le contenu du document. Nous refusons de le signer » (la photocopie du document original a été publiée sur le site Romfea).

4) Pour le diacre André Kouraiev, l’un des théologiens les plus réputés de l’Eglise russe, il ne fait pas de doute que cette décision [la revendication de la juridiction du Patriarcat de Constantinople sur l’Ukraine] a conduit le patriarcat de Moscou à revenir sur sa décision de janvier de participer au concile.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une décision du Patriarcat de Constantinople ou de son primat, mais des propos du père John Chryssavghis, conseiller du patriarche de Constantinople. Depuis des années, le Patriarcat de Moscou se plaint des agissements officieux de Constantinople en Ukraine, donc il ne s’agit pas là d’un fait nouveau qui aurait conduit le Patriarcat de Moscou à revenir sur sa décision de participer au Concile. Qui plus est, la question de l’Église orthodoxe d’Ukraine ne figure pas à l’ordre du jour. Seuls sont prévus six thèmes, et l’article 8,2 du règlement conciliaire dispose : « ne peuvent être introduits pour être débattus dans le Concile des textes non approuvés à l’unanimité par les conférences panorthodoxes préconciliaires et les synaxes des primats ou de nouveaux thèmes ». Au demeurant, l’archevêque Job de Telmessos, porte-parole du Concile a confirmé, dès le premier jour de celui-ci: « La question ukrainienne n’est pas à l’ordre du jour ».

5) Citant les propos d’Alexandre Soldatov, M. Arjakovsky écrit que « la décision de l’Eglise bulgare le 1er juin de ne pas se rendre en Crète fait suite à la canonisation le 28 mai à Sofia, en association avec le patriarcat de Moscou, de Mgr Serafim Sobolev, un évêque anti-œcuménique et ultra-conservateur ».

Ladite canonisation, qui était préparée depuis longtemps, a été décidée le 2 décembre 2015 en raison des nombreux miracles qui s’étaient produits sur l’intercession de l’archevêque, et a eu lieu officiellement le 3 février 2016 (et non pas le 28 mai, comme l’affirme M. Arjakovsky) et ce  lors de l’Assemblée de l’Église orthodoxe russe. Donc ce n’était pas « pour les besoins de la cause ».

6) Pour finir, selon M. Arjakovsky, « la visite au Mont Athos fin mai du patriarche Cyrille avec Vladimir Poutine a eu exactement le même effet puisque, quelques jours plus tard, les moines de cette presqu’île, très influents en Grèce, ont rejeté vigoureusement les textes préconciliaires ».

Il convient tout d’abord de préciser que la lettre de la Sainte-Communauté du Mont Athos ne « rejette » pas les textes préconciliaires, mais propose un certain nombre d’amendements, ce qui n’est pas la même chose. Elle est en outre datée du 25 mai 2016 , tandis que le patriarche Cyrille est arrivé le 27 mai sur le Mont Athos, donc deux jours après l’envoi de la lettre. En conséquence la réaction des moines athonites n’a aucun rapport avec la visite du patriarche russe. Qui plus est, la date de la  réunion de la « Synaxe double », organe exécutif du Mont Athos, qui a rédigé la lettre susmentionnée, avait été arrêtée plusieurs semaines avant. Pour qui connaît tant soit peu le Mont Athos, avancer que le patriarche de Moscou dicterait ses desiderata aux moines athonites est méconnaître la réalité. Il ne faut pas oublier que sur vingt monastères, un seul est russe ! Insinuer également que le Patriarcat d’Antioche est plus ou moins aux ordres de Moscou ne repose sur aucun fait établi. En outre, l’Église d’Antioche avait prévenu plusieurs fois qu’elle ne viendrait pas au Concile si son différend avec le Patriarcat de Jérusalem sur la juridiction du Quatar n’était pas réglé au préalable. Comme indiqué plus haut, le Patriarcat d’Antioche avait refusé de signer, en janvier 2016, la convocation du Concile et n’a fait récemment que confirmer sa décision.

En conclusion, je dirais qu’il est regrettable qu’un historien fonde toute son argumentation, non sur des faits précis et vérifiés, mais sur des articles de deuxième main, émanant de personnes qui soutiennent une idéologie (Jim Kovpak, cf. son site) ou qui sont en délicatesse avec leur hiérarchie (le diacre André Kouraiev), et n’ont pas ipso facto de raison de donner une appréciation objective de la situation.

Espérant que cette mise au point vous permettra, ainsi qu’à vos lecteurs, de mieux comprendre les événements concernant le Concile de l’Église orthodoxe, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments.

Bernard Le Caro

Le Patriarcat de Géorgie maintient son refus de participer au Concile

elie_georgieEn date du 23 juin, le patriarche-catholicos de Géorgie Élie II a envoyé la lettre suivante au patriarche œcuménique Bartholomée :

« À Sa Sainteté l’archevêque de Constantinople – Nouvelle Rome et patriarche œcuménique seigneur Bartholomée, Crète

Toute-Sainteté, cher Frère en Christ,

Nous Vous adressons nos salutations cordiales et prions le Seigneur afin qu’il Vous donne paix, santé et de longues années. Nous avons été informés par les médias qu’une lettre d’invitation de Votre part nous avait été envoyée le 17 juin de cette année. Nous souhaitons Vous informer qu’une telle lettre ne nous est pas parvenue, ce qui explique le retard de notre réponse. Toute-Sainteté, je ne puis répondre à Votre invitation, étant engagé par la décision du Saint-Synode de l’Église de Géorgie en date du 17 juin de cette année. Ladite décision vous a été envoyée ainsi qu’à Leurs Saintetés et Leurs Béatitudes les primats des Églises orthodoxes autocéphales. Ce texte explique les raisons exactes de notre absence du Synode. Aussi, il n’est pas correct d’attribuer l’absence de participation au Concile de la délégation de l’Église de Géorgie à des motifs politiques ou autres. Néanmoins, nous suivons le déroulement des travaux du Concile et nous espérons qu’avec la grâce de Dieu ses résultats finaux seront acceptés par le plérôme de l’Église. Permettez-moi de vous rappeler que l’Église de Géorgie n’a pas signé le projet de texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements », car elle considère inacceptable la transgression du 72è canon du Concile quinisexte, qui a un caractère dogmatique, et interdit les mariages mixtes en raison de la participation de non-orthodoxes à un sacrement de l’Église orthodoxe. Le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a rejeté le texte en question lors de sa session du 8 octobre 1998 et à nouveau le 25 mai 2016. Nous ne l’avons pas signé non plus lors de la synaxe des primats orthodoxes en janvier de cette année. Si certains invoquent notre signature sous les décisions de la synaxe susmentionnée, qui fixe les thèmes de l’ordre du jour, nous répondons que ces décisions ont été signées avant le vote des primats au sujet du texte litigieux. Lorsque nous avons signé les décisions, nous avions l’espoir que l’unanimité serait atteinte, ce qui finalement n’a pas été le cas. Malheureusement, les tractations à ce sujet, qui ont eu lieu en avril passé, lorsque, suite à Votre invitation, une délégation officielle de l’Église de Géorgie s’était rendue au Phanar dans ce but, n’ont pas été non plus fructueuses. À cette occasion avait également été discutée l’élimination de ce sujet de l’ordre du jour du Concile. Et maintenant, une nouvelle fois encore, nous nous adressons à Vous, en demandant que le texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements », étant donné que son approbation unanime n’a point été atteinte, ne soit pas discuté, étant encore donné qu’il n’a pas été accepté par l’Église d’Antioche non plus. Lors de notre dernière rencontre à Chambésy, j’ai dit que les textes pré-conciliaires approuvés jusqu’à maintenant, seraient, après leur publication, soumis au jugement du Concile des évêques de notre Église en vue de sa prise de position définitive. Réuni en date du 25 mai de cette année, le Saint-Synode de l’Église de Géorgie a décidé que : 1) Le texte « Les relations de l’Église orthodoxe envers le reste du monde chrétien » nécessite une révision sérieuse, en raison des fautes ecclésiologiques et terminologiques qu’il contient, sans quoi l’Église de Géorgie ne pourrait le signer. 2) Le texte « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » nécessite absolument certains changements, que notre Église a indiqués. 3) Le texte « Le sacrement du mariage et ses empêchements » ne peut être accepté sous sa forme actuelle, pour la raison déjà mentionnée. Toute-Sainteté, nous espérons en votre sagesse, et nous exprimons encore une fois notre attente que vous écarterez la création de problèmes au sein de l’Église, et aussi de décisions qui briseront l’unité des orthodoxes. Nous prions pour vous avec beaucoup d’amour en Christ et de respect, Élie II, archevêque de Mtskheta et Tiflis, et catholicos patriarche de toute la Géorgie, et métropolite de  Bichvinta et Ts’khum-Apkhazeti ».

Source (traduit du grec pour Orthodoxie.com): Romfea

 

Une réflexion de Séraphin Rehbinder, président de l’Oltr, sur les réactions au Concile panorthodoxe

logoSéraphin Rehbinder, président de l’Oltr (Mouvement pour une orthodoxie locale de tradition russe en Europe occidentale) a publié une analyse des réactions au Concile panorthodoxe que l’on peut trouver en ligne ici.

«L’absence des quatre Églises sera étudiée attentivement au saint et grand Concile», a déclaré le patriarche Bartholomée

DSC_9798Le patriarche de Constantinople Bartholomée a communiqué que les chefs des dix Églises locales réunis en Crète avaient adressé, à la veille du Concile, un télégramme aux primats des quatre Églises orthodoxes absentes – Antioche, Bulgarie, Géorgie et Russie – leur demandant de venir au Concile, mais elles ont refusé. « Nous avons décidé d’adresser des télégrammes à nos quatre frères, à Antioche, Moscou, Bulgarie et Géorgie, les invitant à célébrer la liturgie en la fête de la Pentecôte et à participer aux travaux de notre Concile », a déclaré le patriarche de Constantinople, qui a lu les textes des télégrammes, ainsi que les réponses des primats concernés. Dans la réponse du patriarche de Moscou Cyrille est mentionnée, entre autres, la décision unanime du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 3 juin, laquelle demandait la convocation d’urgence d’une conférence préconciliaire en raison de la « situation extraordinaire » qui s’était constituée au cours de la préparation du Concile. « L’absence de quatre Églises sera étudiée attentivement au saint et grand Concile » a déclaré le patriarche Bartholomée. Selon lui, le Concile présentera l’image de l’orthodoxie actuelle. Ainsi, le Concile discutera de questions importantes concernant la vie de l’Église, ainsi que les problèmes du monde actuel. Il est question des relations entre les hommes, le milieu ambiant, du rapide progrès de la science et de la technologie et les problèmes bioéthique et éthiques qui en résultent, la question de la globalisation et la destruction des valeurs traditionnelles, les conflits armés. Ce sont là une partie des problèmes qui ont été énumérés par le patriarche. « Ils ne peuvent laisser indifférente l’Église orthodoxe. Le Concile abordera ces problèmes au cours des travaux et dans son message à l’issue de ceux-ci », a déclaré le patriarche Bartholomée, exprimant également l’espoir que l’Église, après le Concile, serait plus unie. Selon l’agence roumaine Basilica.ro, se référant à des informations publiées par l’agence grecque neakriti.gr, c’est le patriarche de Serbie Irénée qui a pris l’initiative du télégramme des dix Églises présentes en Crète, adressé le 17 juin aux quatre primats absents. Le métropolite du Monténégro Amphiloque avait même demandé au patriarche Bartholomée, afin de gagner du temps, de communiquer téléphoniquement avec les primats concernés.

Sources: RIA, Basilica (dont photographie)

Homélie du patriarche œcuménique Bartholomée du dimanche de Pentecôte

Hier, les primats des Églises orthodoxes présentes à Crète ont célébré la liturgie de Pentecôte en l’église métropolitaine Saint-Minas d’Héraklion. La liturgie a été présidée par le patriarche Bartholomée, en présence du président de la République hellénique M. Prokópis Pavlópoulos. A cette occasion, la patriarche oecuménique a prononcé une homélie :

divine_liturgie« Béatitudes très-saints frères primats des Églises orthodoxes locales, Théodore d’Alexandrie, Jean d’Antioche, Théophile de Jérusalem, Cyrille de Moscou, Irénée de Belgrade, Daniel de Bucarest, Néophyte de Sofia, Elie de Géorgie, Chrysostome de Chypre, Jérôme d’Athènes, Sava de Varsovie, Anastase de Tirana, Rastislav de Presov, et les vénérables membres des délégations qui vous accompagnent,

Monsieur le président de la République,

Éminence archevêque Irénée, entouré des bien-aimés frères, Leurs Éminences les membres du saint-synode provincial de l’Église de Crète,

Éminences et Excellences saints frères,

clergé et peuple orthodoxes bénis partout sur terre,

Aujourd’hui s’est levé un jour joyeux, où nous célébrons la manifestation historique de l’institution de l’Église que l’Esprit très-saint rassemble tout entière. Tous les frères orthodoxes représentant les Églises autocéphales locales, nous sommes réunis en assemblée liturgique pour accomplir le devoir et la tâche incombant à l’Église orthodoxe Une envers le monde et nos contemporains, en convoquant notre saint et grand Concile.

Aujourd’hui c’est un jour d’unité, étant tous unis dans la foi et les sacrements, grâce à notre assemblée liturgique en un même lieu et notre rencontre « dans la fraction du pain ». La divine eucharistie confirme vraiment l’unité et la catholicité de notre Église orthodoxe.

La Pentecôte, qui a eu lieu à Jérusalem, fut l’événement marquant le début du parcours historique de l’Église et posa les fondements pour la sanctification de l’histoire de l’humanité. Les apôtres et les trois-mille chrétiens baptisés par eux en ce temps ont constitué la première Église qui est une réalité divino-humaine du Christ présente dans tous ses membres. Aujourd’hui, nous sommes aussi comblés par le très-saint Esprit de ce même souffle de langues de feu ; nous sommes une Église, un corps, bien qu’issus de traditions nationales, linguistiques et culturelles différentes. Christ Dieu-homme, « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29), est présent en chacun de nous, ses membres.

Aujourd’hui, le plan entier de la divine économie est accompli. Car, dans et après la Pentecôte « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5). Le Christ est Un et nous en sommes tous les articulations et les membres : « Mais tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut » (I Co 12, 11).

Dans notre diversité, chaque Église orthodoxe, mais aussi chaque croyant, sommes unis en un corps, possédant chacun ses propres charismes ; charismes qu’il ne faut pas envier chez les autres, mais nous en réjouir comme s’ils étaient les nôtres : « Le trésor que mon frère acquiert (…) je le possède aussi », affirme Macaire d’Égypte (Homélies spirituelles 3, 2, ΒΕΠΕΣ, 41, 156).

Chaque Église orthodoxe locale possède son propre trésor et l’offre au Christ. Les yeux ne peuvent pas dire aux mains, ni la tête aux pieds : « nous n’avons pas besoin de vous ». Au sein de l’Église, il n’y a pas d’Église locale qui n’aurait son importance, de sorte que l’Église une, sainte, catholique et apostolique n’ait pas besoin de chacun de ses membres ni qu’aucun membre n’existe de manière autonome et indépendante, comme ceux du dehors tentent de le faire, notamment en ces temps apocalyptiques. L’Église orthodoxe militant dans le monde perpétue la « chambre haute » de la Pentecôte que sont nos Églises locales que nous tous, très-vénérables frères, représentons ici aujourd’hui. Nous composons le corps mystique du Christ, prolongé dans le siècle et délestant le genre humain des tourments multiples et sans issue. Nous nous conformons au plan de l’économie de Dieu, à l’œuvre du salut accomplie en notre faveur, unissant les cieux et la terre (cf. Kontakion de l’Ascension). C’est là que réside précisément la mission de notre Église orthodoxe.

Aujourd’hui, c’est aussi un jour de cri vers le Paraclet de bonté le suppliant de venir et demeurer en nous, nous garder dans Sa vérité et Sa sanctification, selon la prière douloureuse du Seigneur dans le jardin de Gethsémani. Cette demande dominicale – accomplie ici en ce jour de la solennité de Pentecôte – est et reste la demande primordiale de l’humanité dans un monde divisé et entre-déchiré en quête d’unité pour laquelle le Fils de Dieu s’est livré pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance.

Ayant été gratifiée de la bénédiction suprême de posséder le trésor de vérité et de sauvegarder intégralement le don du très-saint Esprit « qui remplit la terre » (Sg 1, 7), notre Église orthodoxe doit livrer au monde un témoignage d’amour et d’unité, lui révéler l’espérance gardée comme un trésor secret. Certes, nous ne nous flattons pas de la vérité de notre Église. Nous ressentons sa majesté unique, mais aussi notre faiblesse et incapacité personnelle. Pourtant, ce n’est pas suffisant si cela reste au niveau théorique. Cela exige de nous y conformer au niveau du vécu, sur lequel force est de constater que malheureusement nous sommes très en retard.

Le Seigneur commença sa prédication dans le monde en invitant les hommes au repentir ; et la tâche du chrétien est de faire pénitence sa vie durant. Nous, les dirigeants de l’Église, devons tout spécialement donner le bon exemple et embrasser intégralement la vérité reçue. Car notre adversaire cherche à semer dans nos cœurs de fausses idées censées réfuter la vérité de notre foi. Ces idées erronées – qui se veulent modernistes et dignes d’attention – que nos semblables égarés loin de la vérité prêchent par excès de zèle et répètent habilement parmi les fidèles – parviennent souvent à séduire bon nombre d’entre eux. Dès lors, nous les évêques devons nous réunir pour délibérer de ces questions, auxquelles l’Église orthodoxe est parfois et en divers lieux confrontée, de sorte à prendre les mesures appropriées pour protéger les croyants contre les aberrations existantes. La multitude d’erreurs qui sont aujourd’hui colportées et l’argumentation très élaborée utilisée par leurs instigateurs astreignent les pasteurs de l’Église orthodoxe à un effort concerté pour informer le peuple fidèle. Ce sont par centaines que les sectes religieuses et organisations affiliées cherchent à entraîner les croyants orthodoxes. Les délibérations conciliaires et l’expérience partagée sur la façon de contrecarrer les méthodes de ces organisations profiteront énormément à l’Église orthodoxe.

Le Seigneur de l’Église qui « est le même, hier, et aujourd’hui, et pour l’éternité » coopéra pour nous permettre de parvenir à ce moment historique du saint et grand Concile, à cette assemblée liturgique et à la communion au calice commun. Sans égard pour nos différences de vues, nous Orthodoxes devons souligner que l’unique voie de notre cheminement dans le monde c’est l’unité. Certes, cette voie exige un sacrifice vivant, beaucoup de labeur et il faut durement lutter pour ne pas s’en écarter. Il est certain que notre Concile contribuera dans cette direction, établissant – par la consultation en l’Esprit saint, et le dialogue constructif et franc – un climat de confiance et de compréhension mutuelle.

Notre mission, c’est l’unité de l’Église orthodoxe et de ses fidèles. Vient ensuite le témoignage de notre Église pour que le monde voie briller « ses bonnes œuvres », nos ouvrages, qu’il soit réconforté et rende gloire à « notre Père qui est aux cieux ». Notre unité ecclésiale n’est pas une quelconque forme fédérative, ni ne résulte d’un ralliement autour d’une personne. Elle émane de notre foi commune et s’y accomplit, foi qui est identique au salut et à la vie éternelle. « Or c’est ici la vie éternelle » connaître le Père et Celui qui envoya Jésus Christ, le Roi de ceux qui règnent et le Seigneur de ceux qui dominent, tel que représenté dans notre iconographie orthodoxe.

Béatitudes très-saints frères,
Monsieur le président de la République hellénique,
orthodoxes bénis, clergé, ordres monastiques et peuple partout sur terre,

Nous sommes certains et nous déclarons en ce moment historique depuis l’autel de l’église métropolitaine de la grande île de Crète – qui est un prolongement de celle de la sainte grande Église du Christ : l’église de la sagesse, de la paix et de la puissance divine, c’est-à-dire le saint synthronon de Jean Chrysostome, Grégoire le Théologien et Photius le Grand – que ce n’est qu’en restant unis et vivant notre orthodoxie en tant qu’expérience de foi et de vie, que nous serons en mesure de traverser l’histoire dramatique du monde contemporain et de témoigner du salut devant ceux qui sont près et ceux qui sont loin.

Mettant de côté les problèmes causés par notre origine ethnique différente, nous implorons le Paraclet de descendre aussi sur nous tous, afin qu’éclairés par Lui qui est « Lumière et vie et source spirituelle vivante, Esprit de sagesse, Esprit d’intelligence (…) Esprit souverain, purifiant les péchés, Dieu et déifiant » (cf. stichère de Pentecôte) nous portions au monde entier qui en a soif un message de vérité, de pureté et d’espérance ; afin que nous proclamions que nos Églises en tant qu’institution et nous en tant que personnes en sommes les réceptacles sacrés.

Le Saint Esprit nous unit à l’Église par le « lien de la perfection », l’amour, exprimé et avéré par les personnes de la sainte Trinité qui, tout en étant une par nature, se révèle en trois personnes. De même, par analogie, étant une, l’Église orthodoxe est révélée dans le monde par ses plants locaux liés entre eux pour former un tout, une Église, un corps.

Frères, pères et enfants, aujourd’hui, notre sainte Église orthodoxe, tout entière représentée ici en Crète, s’écrie : « Nous avons vu la lumière véritable, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi en adorant l’indivisible Trinité, car c’est elle qui nous a sauvés. » D’une seule voix et d’un seul cœur, nous bénissons le Seigneur de miséricorde, de compassion et de toute consolation. Car de Lui « nous avons tous l’être, le souffle, l’intelligence, la connaissance de Dieu – le très Saint-Esprit, le Père éternel et son Fils unique-engendré – pour comprendre la beauté du ciel, le parcours du soleil, le cycle de la lune, le bon ordre des étoiles, ainsi que l’harmonie régissant leur mouvement (…) comprendre aussi la succession des heures, les changements de saisons, des vents, des années, des époques (…) espérer gagner le royaume de cieux, égaler les anges, contempler la gloire ».

Car, au tout-saint Esprit appartiennent la mystagogie des bienfaits et de la concélébration d’aujourd’hui, ainsi que le témoignage – en concile et par le Concile – livré au monde ; et c’est à Lui que nous offrons notre chant, comme il convient, avec le Père et le Fils, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. »

Source et photographie ©2016 Sean Hawkey

Interview de l’archidiacre Jean Chrysavghis, directeur du bureau de presse du Patriarcat œcuménique pour le saint et grand Concile, au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe et de ses conséquences

Le père Jean Chysavghis, archidiacre du Trône œcuménique et clerc de l’archevêché grec d’Amérique, a donné l’interview suivante à l’agence grecque Romfea.gr au sujet de l’absence de l’Église orthodoxe russe au grand et saint Concile.

– Père Jean, comment commentez-vous la récente décision de l’Église russe de ne pas participer au saint Concile ?

– Je respecte la décision de l’Église de Russie de ne pas venir. Mais je sais aussi, cependant, que beaucoup d’Églises qui participent ont exprimé le sentiment de douleur, non pas seulement pour l’absence de l’Église de Russie, mais aussi pour les autres Églises qui ont changé d’avis. Ce n’est pas moins regrettable lorsqu’une petite Église, comme celle de Bulgarie ou de Géorgie ne participe pas au Concile, que lorsqu’il s’agit d’une Église plus grande comme celles d’Antioche ou de Russie. La différence en nombre, grandeur et puissance n’a jamais eu d’importance pour l’Église orthodoxe. En même temps, cependant, les Églises qui ont déjà envoyé leurs représentants en Crète (qui travaillent durement pour le Concile imminent), et se préparent pour envoyer demain leurs délégations officielles, se sentent confuses au sujet de toute cette situation. Je ne suis pas en mesure de juger les questions internes et les problèmes des Églises individuelles, ni la raison pour laquelle certaines Églises ont choisi de changer d’opinion – alors qu’elles avaient donné leur parole – qu’elles participeraient au Concile. Je suis certain que les Églises de Russie, de Bulgarie et de Géorgie ont probablement eu du mal à prendre cette décision. Cela aurait été bien sûr une bonne chose qu’elles aient respecté le travail difficile, les ressources et les dépenses des autres Églises qui ont majoritairement tenu parole et se trouvent déjà en Crète. Malgré cela, nous ne devons pas perdre le contact avec le but lointain du Concile, c’est-à-dire l’unité, qui est un processus lent et difficile. Et il faut nous rappeler que l’unité est toujours un but et non un point de départ. L’unité est la fin et non le commencement. L’unité est toujours emplie et complétée par le Saint Esprit qui « supplie aux déficiences ». Aucun Concile ne siège jamais pour fêter l’unité. Au contraire, chaque Concile qui s’est réuni dans le passé, a été précisément convoqué pour aboutir à une plus grande unité, alors qu’il existait quelque problème (soit théologique, soit canonico-administratif). C’est un fait, la plupart des conciles, à travers les temps, ont réellement été convoqués pour résoudre des problèmes administratifs, et non des problèmes dogmatiques.
– Maintenant, alors que toutes les Églises ne participent pas, les décisions seront-elles valides ? Puisque, conformément à la logique du règlement (du présent Concile), l’absence d’accord d’une seule Église seulement constitue un empêchement absolu à la convocation du Concile.
– Il n’est dit nulle part dans le règlement que l’absence d’une Église empêche la convocation du Concile. Il est très important de mentionner avec précision les documents officiels. Le règlement dit que le saint et grand Concile peut être convoqué par Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] avec le consentement de toutes les Églises orthodoxes, ce qui est exactement ce qui s’est passé à Genève au mois de janvier de cette année, lorsque toutes les Églises orthodoxes étaient présentes à la synaxe des primats et ont répété, réaffirmé et décidé conjointement la convocation du Concile lors de prochaine fête de la Pentecôte. Je me pose également des questions au sujet de la façon dont les gens se réfèrent à la notion d’unanimité. Dans les règlements conciliaires, Il n’y a aucune référence à l’invalidité d’un Concile et de ses décisions, dans le cas où une Église quelconque ne peut y assister. En réalité, lorsqu’une Église quelconque s’est efforcée au cours de la même synaxe d’inclure ce genre de langage dans les règlements, elle a fait face au rejet massif de toutes les Églises, y compris celle de Russie. Le saint et grand Concile peut encore ne pas avoir de quorum, mais je considère qu’il est très difficile de ne pas l’appeler « panorthodoxe », car dans ce cas concret, il a été précédé par une décision panorthodoxe de convocation du Concile et le consentement des Églises pour y participer. Malheureusement, pour certaines raisons, certaines Églises ont décidé au dernier moment qu’elles ne pouvaient pas être présentes. Quoi qu’il en soit, cela ne change pas la validité du Concile et de ses décisions. En outre, le Concile est assurément un « grand Concile », car il est indubitablement plus officiel que n’importe quel concile local individuel. Sincèrement, je ne puis comprendre que certains se paniquent lorsqu’ils entendent que ce Concile est contraignant ainsi que ses décisions. Où est la confiance dans les dirigeants de notre Église ? En même temps, il nous faut comprendre qu’il existe toujours dans l’Église un processus de réception des décisions d’un Concile, comme c’était exactement le cas pour chaque Concile dans l’histoire, y compris les Conciles œcuméniques. Toutefois, le point de vue selon lequel les décisions d’un Concile sont invalides parce que certaines Églises n’étaient pas présentes, est privé de toutes bases ecclésiologiques, théologiques et encore logiques. Il y a eu beaucoup de Conciles au cours des derniers siècles, auxquels ont participé très peu d’Églises, sans que toutefois quelqu’un ait mis en doute leur validité. Par exemple, l’Église de Russie n’a pas assisté au célèbre Concile de 1872, qui a condamné l’ethnophylétisme, mais je voudrais espérer que ses décisions sont considérées contraignantes pour Moscou aujourd’hui, au même titre que pour les Églises qui participaient.

– Nombreux sont ceux se demandent quel est le sens de discuter l’unité entre tous les chrétiens (catholiques etc), alors même que l’unité des orthodoxes est brisée.

– Il est facile de jouer avec les mots. Mais comment pourrait être brisée l’unité dans le cadre de la tentative concrète d’une plus grande unité entre les Églises ? L’unité peut être brisée uniquement en l’absence d’une telle tentative. La conciliarité et l’unanimité sont des réalités instables. L’autoritarisme est probablement plus simple. Cependant, ce n’est pas la voie ou la méthode orthodoxe. Si le patriarche œcuménique avait en réalité – ou ambitionnait comme on l’en accuse – l’autorité que certaines Églises lui attribuent, on ne se trouverait pas dans cette situation. Ce n’est pas étonnant que l’Église catholique-romaine paraît plus unie que nous. Au-delà du concept occidental de la loi et de l’ordre, qui est souvent absent dans nos cercles, il y a aussi une perception verticale de l’autorité et de la prise des décisions dans l’Église catholique-romaine. Cela n’a jamais constitué une partie de la tradition et de la pratique orthodoxes. Malgré tout cela, nous avons assurément un ordre et une hiérarchie dans l’Église orthodoxe, même si certains refusent à l’accepter pour une raison ou pour une autre. Et cela est la beauté de l’Orthodoxie : même dans les moments de dispersion et de faiblesse, nous sommes unis. Nous pourrions peut-être voir cela de cette façon. C’est-à-dire que [ce concile] est le premier pas de nos Églises vers la conciliarité après plus de mille ans ! Par conséquent, il est très naturel que tout le processus semble maladroit. Mais pour moi, cela est également la grandeur, la beauté de l’événement ! C’est comme si nous observions quelqu’un en train de faire ses premiers pas : nous pouvons sourire d’embarras, mais nous pouvons aussi admirer le courage et la détermination de l’effort.

– Pensez-vous qu’il existait quelque plan des Églises visant à faire échouer le Concile ?

– Ce serait assurément un grand scandale pour tous si cela était la vérité. Je ne voudrais jamais croire à cela. D’autres, peut-être savent mieux les choses. Mais je suis réellement stupéfait de la façon avec laquelle certains parlent des événements concernant le processus de cheminement vers le saint et grand Concile. Par exemple, dans une récente interview avec vous et dans d’autres encore, je me demande si le métropolite Hilarion se réfère aux mêmes séances préconciliaires que celles auxquelles j’ai assisté. Ce qu’il décrit semble être très éloigné de la réalité que j’ai observée. Par exemple, il dénonce que de nombreuses positions de l’Église de Russie n’ont pas été acceptées, ou ont encore été rejetées catégoriquement, et n’ont pas été inclues dans les documents ou les décisions (des séances préconciliaires). Je voudrais déclarer sincèrement que les positions d’aucune autre Église n’ont été acceptées aussi généreusement par les autres Églises (souvent sous une grande pression) que celles de l’Église de Russie. Aucune position d’une autre Église, voire même les mots exacts, ne se reflètent tant dans les décisions que dans les documents, que celles de l’Église de Russie. En particulier, je me rappelle que chaque fois qu’une Église était en désaccord, la réponse de la délégation russe était de menacer de ne pas signer le texte. Une telle conduite ne peut être qualifiée ni d’unanimité ni de logique commune. S’il existe une Église dans le monde qui peut affirmer qu’elle a souvent de façon persistante et certaines fois de façon fastidieuse élaboré les décisions et les textes, c’est bien l’Église de Russie. Aussi, vraiment, c’est une surprise, voire même un choc d’entendre ces protestations. Il est probable qu’aucune autre Église dans le monde ne devrait protester contre les documents. Vous voyez, c’est la vérité – comme l’affirme à nouveau le métropolite Hilarion – que l’unité ne peut être imposée. Néanmoins, l’unité n’est pas le monopole de ceux qui ont changé – soudain et littéralement à l’ultime moment – leur opinion et ne veulent pas maintenant participer au Concile. L’unité, assurément, ne peut jamais être imposée par l’absence et l’isolement. Naturellement, les Églises sont libres et indépendantes dans leurs décisions. Mais l’indépendance ne peut jamais se manifester aux dépens de l’unité. Et la divergence cruciale est ici que chaque Église, sans exception, avait donné son accord à la convocation du saint et grand Concile et à sa participation. Aussi, les affirmations selon lesquelles « une Église s’en va après l’autre » sont injustes et erronées, voire même trompeuses et presque fallacieuses. En réalité, une Église après l’autre a confirmé qu’elle participera, malgré les problèmes et les provocations. Et ce ne seront pas seulement « les Églises grecques » comme cela est avancé dans certains cercles, d’une façon provocante et sensationnelle. Pourquoi les gens ne se souviennent pas et ne soulignent pas la présence, l’engagement et le dévouement des Églises de Pologne, Serbie, Albanie, Roumanie ainsi que de Tchéquie-Slovaquie ? Je ne pense pas qu’il existe une « cabale », comme vous le dites. Mais ma question est la suivante : comment pouvez-vous vous-mêmes ou quelqu’un d’autre expliquer le fait que certaines Églises ont décidé au dernier instant de ne pas participer ? Pour ce qui concerne le cas de l’Église de Russie, cela s’est produit littéralement 48 heures avant la Synaxe des Primats ? Pour dire les choses simplement, comment nos fidèles peuvent comprendre, et qui aurait pu attendre cela de leurs dirigeants ? Comment les gens peuvent ne pas respecter leur parole, exprimée il y a juste quelques mois, leur promesse et leur signature ? Si les gens savaient seulement combien de signatures ont apposées toutes les Églises, sans exception, sous une décision après l’autre, sous un document après l’autre, mais aussi sous une traduction après l’autre, je me réfère littéralement à des centaines de signatures de chaque Église sur des textes concernant les documents et les décisions du Saint et Grand Concile, ils seraient scandalisés, et je trouve très difficile de comprendre comment une quelconque Église peut changer d’avis au dernier moment ! En tout cas, le Saint et Grand Concile sera le rassemblement le plus grand et le plus représentatif de l’Église orthodoxe après plus de mille ans, qui est convoqué après une décision et un consentement panorthodoxes. Je suis heureux de voir que l’Église de Russie en a appelé à la générosité et au discernement du patriarche œcuménique. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus patient que Sa Toute-Sainteté [le patriarche de Constantinople, ndt] pendant tout ce processus. Je vois avec un sentiment d’humilité tant d’Églises orthodoxes qui se trouvent déjà en Crète, répondant avec amour de l’homme et générosité à l’appel du Saint-Esprit pour l’unité.

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« La miséricorde ou la défaite de l’enfer », le nouveau livre de Bertrand Vergely

8919Les éditions Médiaspaul viennent de publier le nouvel ouvrage de Bertrand Vergely: La miséricorde ou la défaire de l’enfer (couverture ci-contre). Présentation de l’éditeur:

« La miséricorde n’est pas une vertu à la mode. Pour beaucoup, elle respire un misérabilisme qui ne fait pas envie. Dans notre « modernité » de « gagnants » où, pour réussir, il s’agit d’écraser l’autre, sans état d’âme, la miséricorde est souvent ressentie comme un aveu de faiblesse.
Dans ce livre revigorant, le philosophe orthodoxe Bertrand Vergely part de ce triste constat pour mieux entrer en résistance. Non, il n’est pas misérabiliste d’être sensible au malheur du monde ! Quand on est ainsi sensible, on brise la dureté du monde. Ce qui n’est pas rien. « On ne peut pas vivre dans un monde sans pitié où personne ne pardonne rien à personne. » L’enjeu est humain mais peut-être d’abord spirituel. « Vérité difficile à admettre dans un monde où tout est fait pour éliminer la foi. » Car, quand il s’agit de Dieu, la miséricorde a une qualité supplémentaire, celle d’aller là où l’homme n’est pas capable d’aller afin de créer le monde, même en enfer.
On trouvera dans ce livre à la lecture accessible, un formidable plaidoyer pour la miséricorde. Un texte écrit dans l’urgence, par un philosophe qui compte et qui ne fait pas mystère de sa foi chrétienne. À lire et à relire tout au long de cette grande année jubilaire de la Miséricorde à laquelle nous invite le pape François. »

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk : Il n’y a pas de raison de parler de schisme à l’intérieur du monde orthodoxe

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, a donné une interview à RIA-« Novosti ».

  • Mgr Hilarion, dans la dernière déclaration du Synode de l’Église orthodoxe russe, on peut relever trois propositions principales : ajourner le Concile panorthodoxe prévu du 18 au 27 juin sur l’île de Crète afin de régler des différends, organiser à cet effet une discussion panorthodoxe, permettre à tous les évêques (ils sont plus de 700) de participer au Concile. Où et quand pourrait avoir lieu cette discussion, suivie du Concile véritablement panorthodoxe ? Quels en seraient les participants et l’ordre du jour ?
  • Je pense qu’il serait relativement facile d’organiser cette discussion, à condition de le souhaiter. Aucune Église locale ne s’est prononcée contre le Concile panorthodoxe en tant que tel. Les désaccords portent uniquement sur le degré de préparation du Concile à l’heure actuelle. Le lieu de possibles concertations panorthodoxes n’est pas tellement important, l’important c’est qu’elles aient lieu. Quant au format de ces discussions, elles pourraient avoir lieu dans le cadre du secrétariat du saint et grand Concile déjà mis en place, comme le propose la déclaration du Saint Synode. Cependant, ce n’est possible que dans le cas où le mode de travail de cet organe sera notablement révisé, car jusqu’à présent, il a été malheureusement inefficace. Quant aux dates possibles du Concile et aux documents qui y seront présentés, on ne pourra en parler que lorsque la préparation au Concile panorthodoxe sera vraiment terminée au niveau de toutes les Églises.
  • Quelle est la probabilité que la délégation de l’Église orthodoxe russe ira en Crète aux dates prévues pour le Concile panorthodoxe ?
  • Jusqu’au dernier moment, nous espérions que les causes ayant incité différentes Églises locales à renoncer à participer au Concile seraient réglées à temps. Pour notre part, nous avions proposé un moyen de résoudre les problèmes en convoquant une conférence préconciliaire panorthodoxe d’urgence. Malheureusement, les problèmes soulevés par les Églises autocéphales ont été ignorés. Aujourd’hui, durant le temps qui reste, ils ne peuvent plus être réglés. Dans ces conditions, je ne vois pas de raison pour que l’Église russe change d’avis.
  • Quant attendez-vous une réaction du Patriarcat de Constantinople à la décision du Synode de l’Église russe, et quelle doit être cette réaction ?
  • Nous attendons bien sûr une réponse à la déclaration de notre Saint Synode et aux lettres adressées aux Primats des Églises orthodoxes locales. Quelle sera cette réponse, nous le saurons dans les jours qui viennent. J’espère que la réaction du Patriarcat de Constantinople et des autres Églises locales sera de s’inspirer de notre aspiration à tous à préserver l’unité de l’Église orthodoxe, à renforcer la compréhension mutuelle et la confiance entre toutes les Églises autocéphales locales.
  • Ces évènements témoignent-ils d’un schisme dans la famille orthodoxe ?
  • Comme je l’ai déjà dit lors du briefing qui a suivi la réunion du Synode, la situation autour de la préparation du Concile panorthodoxe reste ordinaire, bien qu’extrêmement complexe. Il n’y a pas de raison de parler de schisme à l’heure actuelle.
  • A votre avis, quelles sont les raisons profondes des désaccords autour du Concile ? Du point de vue de l’Église orthodoxe russe, qu’est-ce qu’il faut encore retravailler avant le Concile dans le cadre du processus de préparation et de rédaction des documents finaux ?
  • A mon avis, la principale cause de cette situation n’est pas tant dans l’existence de désaccords entre les Églises que dans l’absence d’un mécanisme efficace et permanent pour leur discussion franche et sous tous leurs aspects. Le processus préconciliaire tel qu’il fonctionnait ces dernières années rendait difficile un travail sérieux sur les documents ; les opinions des Églises autocéphales n’étaient pas suffisamment prises en compte. Finalement, ceci a causé le refus de participer au Concile de quatre Églises orthodoxes locales. Je pense que nous devons tirer les leçons de cette situation, afin qu’à l’avenir puisse être convoqué un saint et grand Concile auquel participeront toutes les Églises locales sans exception, et qui sera ce qu’il doit être : un témoignage de notre unité.

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Message du patriarche de Moscou Cyrille aux primats et représentants des Églises orthodoxes locales réunis sur l’île de Crète

Le patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille a adressé un message aux primats et représentants des Églises orthodoxes locales réunis sur l’île de Crète. Nous publions ci-dessous le texte intégral de ce message.

À Sa Sainteté, le sanctissime Bartholomée,
Archevêque de Constantinople, la Nouvelle Rome et Patriarche œcuménique,
À Leurs Saintetés les sanctissimes et béatissimes Primats
des saintes Églises de Dieu,
Aux archipasteurs, pasteurs, moines et laïcs,
réunis sur l’île de Crète,

Votre Sainteté, Sanctissime Patriarche Bartholomée,
Vos Saintetés et Béatitudes,
Vos Éminences, confrères archipasteurs,
Respectés représentants des Églises orthodoxes locales,

Je vous salue chaleureusement au nom de l’Église orthodoxe russe, de la part des fidèles orthodoxes de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie, Moldavie et des autres pays, constituant le vaste troupeau du Patriarcat de Moscou. Nous tous, frères, sommes le Corps unique du Christ (1 Cor. 12, 27). Nous avons reçu du Seigneur même et Sauveur Jésus-Christ le don inestimable de l’unité. La préservation de ce don est l’une de nos missions principales, c’est le commandement direct du Sauveur (Jn. 17, 21). Que le fait de la division des opinions des Églises-sœurs au sujet de la convocation du Saint et Grand Concile ne nous trouble pas. Selon les paroles du saint apôtre Paul « il faut qu’il y ait des divergences parmi vous, pour permettre aux hommes éprouvés de se manifester parmi vous » (1 Cor. 11,19). Lors de la préparation en vue du Concile, de telles divergences se sont manifestées dans toute leur plénitude, mais nous ne saurions nous permettre d’affaiblir par celles-ci l’unité prescrite par Dieu, ni de les faire dégénérer en un conflit inter-ecclésial et d’introduire la division et le trouble dans nos rangs. Nous demeurons une seule famille orthodoxe et nous portons ensemble la responsabilité pour le destin de la sainte Orthodoxie. Nous sommes profondément convaincus que les Églises, tant celles qui ont décidé de se rendre en Crète, que celles qui s’en sont abstenues, ont pris leurs décisions selon leur conscience, raison pour laquelle il nous faut considérer avec respect la position de chacune d’entre elles. L’Église orthodoxe russe est toujours partie de la conviction que l’on ne peut négliger la voix de quelle Église locale que ce soit, fût-elle petite ou grande, ancienne ou nouvelle. L’absence d’accord de la part de l’Église d’Antioche au sujet de la convocation du Concile signifie que nous ne sommes pas parvenus à un consensus orthodoxe commun. Nous ne pouvons ignorer non plus la voix des Églises géorgienne, serbe et bulgare, qui se sont prononcées en faveur du report du Concile à une date ultérieure. Je crois qu’avec de la bonne volonté, la rencontre en Crète peut devenir un pas important pour surmonter les divergences qui ont surgi. Elle peut fournir son apport à la préparation de ce Saint et Grand Concile qui réunira toutes les Églises locales autocéphales sans exception, et deviendra le reflet visible de l’unité de la Sainte Église orthodoxe du Christ, pour laquelle ont prié et qu’attendaient nos prédécesseurs de bienheureuse mémoire. Nous vous assurons que nos prières vous accompagneront lors de vos travaux imminents. Avec beaucoup d’amour en Christ, + Cyrille, patriarche de Moscou et de toute la Russie.

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Hilarion de Volokolamsk : « J’espère que le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence »

« J’espère que Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence, d’humilité et de quiétude». C’est ce qu’a déclaré le métropolite de Volokolamsk Hilarion, président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, dans une interview accordée à l’agence d’information ecclésiastique Romfea.gr.
Dans cette interview, Mgr Hilarion traite le patriarche oecuménique de charismatique et parle d’un homme de force spirituelle intérieure.
En plus, il énumère les raisons pour lesquelles l’Eglise de Russie ne participera pas au Concile panorthodoxe et déclare que « si le Concile est convoqué malgré l’absence d’au moins quatre Églises orthodoxes locales, cela constituera une transgression brutale du règlement du Concile qui stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique avec l’accord de toutes les Eglises ».

Voici l’intégralité de l’interview à Romfea.gr

Monseigneur, l’Eglise orthodoxe de Russie a annoncé son refus de participer au saint et grand Concile de l’Eglise orthodoxe. Est-ce une preuve de la dégradation de ses relations avec le Patriarcat oecuménique ?

Pas du tout ! J’ai assumé le poste du président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou suite à l’élection au trône patriarcal de Moscou de l’ancien Président du département, le métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad.
Depuis, sept années ont passé et pendant ce temps assez long j’ai eu l’occasion de suivre de près le développement de la coopération entre l’Eglise orthodoxe de Russie et le Patriarcat de Constantinople dans un esprit constructif.
Je garde encore le souvenir de la première visite du patriarche Kirill à Constantinople peu après son élection au trône patriarcal de Moscou.
Je me souviens de la communication fraternelle et des échanges des deux primats ainsi que de leur forte confiance mutuelle qui s’est très rapidement développée.
Je me souviens aussi de l’amour ardent et honnête avec lequel la délégation de l’Eglise orthodoxe de Russie y avait été accueillie.
C’est la même ambiance qui a régné durant la visite de Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée en Russie.
Autant d’honneurs rendus à la personne de Sa Toute Sainteté le patriarche de Constantinople durant ses visites à Moscou et à Saint-Pétersbourg et ensuite au cours de son pélérinage à Valaam. Je ne sais pas si l’Eglise orthodoxe russe ait jamais accordé de tels honneurs à une autre personne. Et encore aujourd’hui, cette visite historique reste forte dans la mémoire.
Depuis, j’ai eu la chance d’avoir de nombreuses rencontres avec Sa Toute Sainteté le Patriarche Bartholomée.
Chaque fois, j’ai eu la possibilité d’apprécier son prestige personnel dû à ses riches charismes et sa force spirituelle intérieure.
J’ai toujours admiré sa sagesse en tant que hiérarque ainsi que son amabilité et son honnêteté.
Je dois avouer que c’est grâce à ces qualités de Sa Toute Sainteté que nos deux Eglises ont eu une collaboration étroite et constructive au cours de la préparation du Concile panorthodoxe.

Pourquoi alors le Patriarcat de Moscou a-t-il émis des critiques concernant le processus préparatoire du Concile panorthodoxe ?

En tant que participant actif au processus préparatoire, l’Eglise orthodoxe de Russie a maintes fois soumis des propositions pour l’amélioration du mécanisme préparatoire du Concile.
Ainsi en 2013, le Saint Synode de la hiérarchie de l’Eglise Russe a pris position en faveur d’une discussion élargie sur les futures décisions du Concile de sorte que les remarques critiques du saint clergé et du peuple croyant soient prises pleinement en compte durant le processus préparatoire.
En plus, il a invité toutes les Eglises orthodoxes locales à une concertation préalable sur les principes de convocation du Concile panorthodoxe, l’ordre des saintes liturgies, les sessions du Concile et les projets des textes conciliaires fondamentaux.
Dans sa communication avec ses frères primats, Sa Sainteté le patriarche Kirill a discuté de ses propositions pour la modification de la méthodologie du processus préparatoire du Concile.
En plus, il a attiré l’attention sur l’organisation et la tenue insuffisantes des conférences panorthodoxes préconciliaires et des commissions panorthodoxes préparatoires.
Les conférences préconciliaires n’étaient pas faciles. La délégation de l’Eglise orthodoxe de Russie n’a pas toujours réussi à assurer que sa voie se fasse entendre. En même temps, nos propositions de modifications ont souvent été rejetées.
On avançait bien sûr mais peut-être pas à la bonne vitesse, celle qu’on désirait pour la préparation réussie du Concile.
Pourtant, malgré la période préparatoire difficile, nous avons eu jusqu’au dernier minute une collaboration constructive avec nos frères du Patriarcat de Constantinople.

La position de l’Eglise orthodoxe russe paraît ambivalente : d’une part elle a approuvé l’ensemble des textes du Concile et d’autre part elle se range du côté des Eglises qui refusent d’y participer. Quel est votre commentaire ?

L’Eglise orthodoxe russe a largement contribué à la convocation réussie du Concile : le Saint Synode de la hiérarchie a voté en faveur de tous les projets de textes et les a approuvés en principe tandis que le Saint Synode permanent a pris la décision d’envoyer une délégation au Concile.
Pourtant, nous étions inquiets de certaines tendances séparatrices qui ont apparu durant la phase préparatoire au sein de la famille des Eglises orthodoxes locales. Ces tendances pourraient avoir des répercussions négatives sur le Concile même.
L’Eglise orthodoxe de Russie a toujours mis en garde contre ce danger et souligné que toutes les décisions devaient être prises à l’unanimité.
En même temps, le Patriarcat de Moscou a toujours interprété l’unanimité en tant qu’accord de toutes les Eglises orthodoxes locales mutuellement reconnues sans exception.
Le premier signal inquiétant a été émis lorsque la délégation du Patriarcat d’Antioche a refusé de signer la décision de convocation du Concile ainsi que le règlement du Concile. La décision de convocation du Concile et le règlement ont été signés par les représentants de l’Eglise orthodoxe de Russie, Sa Sainteté le patriarche Kirill en tête, lors de la synaxe de Chambésy.
Nous étions conscients que l’absence de signature de la part d’au moins une Eglise rendrait les décisions caduques.
Mais nous avons été assurés que l’Eglise d’Antioche signerait tôt ou tard les décisions et ainsi la convocation du Concile serait possible.
Des semaines et des mois ont passé mais rien n’a changé. L’œuvre du secrétariat panorthodoxe avait un caractère purement technique et les questions soulevées par l’Eglise d’Antioche n’ont finalement pas été résolues.
Ensuite, au cours de ces dernières semaines, les Eglises orthodoxes locales ont commencé l’une après l’autre à annoncer leur refus de participer au Concile.
La première qui a annoncé son refus était l’Eglise de Bulgarie ; celle-ci a été suivie de l’Eglise d’Antioche et finalement de celle de Géorgie.
Aussitôt que l’annonce de l’Eglise orthodoxe de Bulgarie a été connue à Moscou, le Saint Synode a été convoqué afin de délibérer sur la nouvelle situation qui était en train de se former ; effectivement, la convocation du Concile était pour la première fois réellement en danger.
D’ailleurs, nous avons toujours été d’avis que la non participation au Concile d’au moins une Eglise signifierait manque d’unanimité.
Le règlement du Concile panorthodoxe, voté par les primats de toutes les Eglises orthodoxes locales, stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique « avec l’accord de Leurs Béatitudes tous les primats des Églises orthodoxes autocéphales locales reconnues par tous ».
Selon la logique du règlement, l’absence de l’accord d’au moins une Eglise constitue une entrave absolue pour la convocation du concile panorthodoxe.
Avec trois Eglises annonçant leur abstention et celle de Serbie appelant au report du Concile, l’Eglise orthodoxe de Russie s’est rangée à la proposition de reporter le Concile. Cette proposition a été faite aussi par les trois Eglises qui ont annoncé leur abstention.
On ne voit pas d’autre solution pour une situation dont on n’est pas responsables.

La tenue du Concile panorthodoxe est-elle possible sans la présence de certaines Eglises orthodoxes locales ?

Si le Concile est convoqué sous cette forme il ne sera guère permis de le considérer panorthodoxe ni Saint et Grand ; en plus, ses décisions seront caduques.
De notre point de vue, la seule solution réalisable pour remédier à cette situation serait le report du Saint et Grand Concile ainsi que l’intensification de la préparation préconciliaire dans le but atteindre l’unanimité.
J’ai du mal même à imaginer ce qui va se passer si malgré tout le Concile est convoqué sans la présence d’au moins quatre Eglises orthodoxes locales.
Cela constituera une transgression brutale du règlement du Concile qui stipule que le Concile est convoqué par le patriarche oecuménique avec l’accord de toutes les Eglises.
Inévitablement, un tel Concile aura des conséquences séparatrices car, quelle que soit la décision qu’il va prendre, celle-ci ne sera pas acceptée par les Eglises orthodoxes locales qui n’on pas participé au Concile.
J’espère que Sa Toute Sainteté le patriarche Bartholomée fera preuve de prudence, d’humilité et de quiétude.
Cette situation n’est pas un problème que pour le Patriarcat de Constantinople ; elle constitue un problème commun pour toute la communauté orthodoxe. Ce problème doit être résolu par l’ensemble des Eglises orthodoxes locales.
J’espère que l’appel des quatre Eglises va être entendu et que le Concile va être reporté afin qu’il y ait des délibérations nécessaires à la résolution des problèmes survenus.
Je suis convaincu que le Concile va être convoqué en temps voulu.
L’Église orthodoxe russe est toujours disposée à participer à la préparation du Concile en étroite collaboration avec toutes les Eglises orthodoxes locales.
En ce moment difficile pour tous, je place mon espoir dans la sagesse du patriarche oecuménique qui n’a qu’à prendre la seule décision correcte et prudente.

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« La venue du patriarche de Serbie Irénée et des évêques, ainsi que la participation de notre Église au Concile, revêt une importance exceptionnelle, non seulement pour notre propre Église, mais pour l’orthodoxie toute entière » a déclaré le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque au quotidien serbe « Politika »

Le métropolite du Monténégro et du Littoral Amphiloque participe aux travaux de la commission qui prépare le message du saint et grand Concile. Il explique que ce message sera certainement adopté à la fin de la session et qu’il sera adressé au monde entier. Il s’agit d’un message évangélique dans lequel est confessée la foi de l’Église, il y est question également de la relation de l’Église envers le Concile même et envers la catholicité qui appartient à sa nature. Dans le message sont contenues certaines propositions de l’Église serbe, dont celle demandant que, outre les conciles œcuméniques eux-mêmes, les autres conciles jusqu’au XIXème siècle, reçoivent une signification universelle. De même est inclus dans ce message ce que notre Église a demandé, à savoir qu’il y soit constaté que 14 Églises autocéphales sont reconnues de façon panorthodoxe, a déclaré le métropolite Amphiloque. Il a affirmé également qu’il ressortait de sa discussion avec les évêques qui participent au travail de la commission qu’il existe de la bonne volonté pour que soit adoptée la proposition de l’Église orthodoxe serbe selon laquelle la présente session en Crète constituerait la première session du Concile, lequel se poursuivrait éventuellement l’année prochaine. Il a toutefois souligné que seul le Concile pourra prendre une décision à ce sujet lorsque commencera la session. « Tous attendent que notre Église vienne à la session et considèrent qu’il s’agit d’un rôle historique de l’Église serbe au moment où l’on en vient à nouveau à une confrontation entre les Églises grecques et slaves. Personne ne le souhaite, mais, de toutes façon, cela s’est maintenant produit. Il est évident que cela peut même être utilisé à des fins politiques. Aussi, la venue de notre patriarche et des évêques, et la participation de notre Église, qui est déjà présente par la préparation du texte du message, est d’importance exceptionnelle, non seulement pour notre Église, mais pour l’orthodoxie entière » souligne le métropolite Amphiloque.

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Déclaration de l’Église orthodoxe serbe du 15 juin au sujet du grand et saint Concile

Communiqué

N° 840

declaAvec amour fraternel, de manière responsable et avec espoir, en se préparant pour la venue au saint et grand Concile, qui doit se tenir, Dieu voulant, à l’Académie orthodoxe de Crète, du 17 au 26 juin 2016, le Saint-Synode, lors de sa réunion élargie du 15 juin 2016 convoquée au Patriarcat serbe à Belgrade, compte tenu de la situation créée suite à la réunion ordinaire de l’Assemblée des évêques de l’Église serbe, a décidé ce qui suit :

D’une part, consciente de la grandeur et de l’importance du Concile, notre Église veut y apporter sa contribution, dans un esprit de construction ecclésiale, afin que ce grand et saint Concile remplisse les conditions et les mesures des vrais conciles de l’histoire de l’Église orthodoxe et ainsi justifie son titre.
D’autre part, notre Église exige que les problèmes et les questions posés non seulement par l’Église orthodoxe serbe mais aussi par toutes les autres saintes Églises qui ont annulé leur participation au Concile, soient discutés à ce Concile.
Dans ce but, le grand et saint Concile, doit durer jusqu’à ce que toutes les questions soient discutées, et il ne doit pas être l’otage des règlements rédigés et établis au préalable. Ce ne que sera que si l’on arrive à un plein consensus que ce Concile pourra être considéré comme grand et saint Concile.
Enfin, notre Église insiste pour ce que cette réunion sur l’île de Crète soit le début d’un processus conciliaire, et que les questions posées soient discutées lors de sa tenue dans l’esprit traditionnel de catholicité de l’Église du Christ.
Si les Églises présentes au Concile, et en tête le patriarche œcuménique, persistent à considérer que les Églises absentes boycottent sans raison valables le travail du Concile et si elles refusent de prendre en considération les questions, les problèmes et les désaccords, les représentants de l’Élise orthodoxe serbe seront malheureusement dans l’obligation de quitter le Concile et ainsi de se joindre aux Églises absentes.
Cela n’est pas une menace ni un chantage, mais une mise en œuvre cohérente de la position et de la décision de l’Assemblée des évêques orthodoxes de l’Église serbe du 7 juin dernier.
Dans un esprit de responsabilité ecclésiale et pastorale, nous exposons nos positions avec espoir dans l’action sanctifiante de l’Esprit Saint.

« L’Église orthodoxe de Pologne participera au Grand et Saint Concile » – Mgr Jerzy, évêque-vicaire de Mgr Sawa, primat de l’Eglise orthodoxe de Pologne

Dans une interview donnée au journal « The National Herald », Mgr Jerzy, évêque de Siemiatycze et évêque-vicaire de Mgr Sawa, primat de l’Eglise orthodoxe de Pologne, a annoncé que « son Eglise participera au grand et saint Concile ». D’après Mgr Jerzy, l’arrivée du primat de l’Église orthodoxe de Pologne à l’aéroport de Crète est prévue pour le jeudi 16 juin dans la soirée.

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La lettre du catholicos-patriarche de Géorgie Élie II au patriarche œcuménique Bartholomée

lettre_patrairche_georgieLe site Internet Romfea nous informe que le 13 juin  le patriarche de Géorgie Élie II a envoyé une lettre au patriarche œcuménique Bartholomée, dans laquelle il informe de la décision du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe géorgienne au sujet du Concile panorthodoxe.
« Le Saint-Synode a décidé de ne pas envoyer une délégation de l’Église orthodoxe géorgienne en Crète pour assister au grand et saint Concile, » – dit, entre autres, le patriarche géorgien au patriarche Bartholomée.

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Jovan Nikoloski