17/10/2017
Actualités

Archives de catégorie : Lire

Souscrire au flux

Recension: Isidore de Péluse, « Lettres », tome III

Isidore de Péluse, « Lettres, tome III, Lettres 1701-2000 ». Texte critique, traduction et notes par Pierre Évieux avec la collaboration de Nicolas Vinel. Collection « Sources chrétiennes » n° 586, Paris, Cerf, 2017, 488 p.
Saint Isidore de Péluse est l’auteur de 2000 lettres que la collection « Sources chrétiennes » publie peu à peu. Ce troisième volume comporte les lettres 1701 à 2000, tandis que le volume 1 (n° 422, 1997) comportait les lettres 1214 à 1413 et le volume 2 (n° 454, 2000) les lettres 1414 à 1700. Il reste donc à publier plus de la moitié de cette vaste correspondance.
Cette édition a été préparée par Pierre Évieux, mais son décès en 2007 a exigé pour le présent volume la collaboration de Nicolas Vinel.
Le tome 1 comporte une remarquable introduction de Pierre Évieux (180 pages), dans laquelle il livre un résumé de ses savantes recherches sur l’auteur, qui ont été intégralement exposées dans un livre de référence (Isidore de Péluse, « Théologie historique », Paris, Beauchesne, 1995).
Alors que beaucoup de spécialistes avaient dans les décennies précédentes douté de l’attribution de ce corpus de lettres à Isidore de Péluse et avaient même douté de l’existence du Pélusiote, les recherches de Pierre Évieux ont établi avec de solides bases argumentaires la réalité de l’une et de l’autre.

Né vers 355, issu d’une famille aisée et pieuse, Isidore passa par toute la formation grecque classique (incluant notamment la connaissance des poètes, des orateurs antiques et des philosophes); cela explique à la fois sa vaste culture (on disait de lui qu’il était tout une bibliothèque) et la grande qualité de son style. Après avoir été formé à Péluse puis à Alexandrie où il se perfectionna dans l’art de la rhétorique, il obtint la chaire de sophiste à Péluse. Vers 385, il embrassa la vie monastique au désert de Nitrie, où il s’imprégna de la spiritualité des Pères du désert, ce qui valut à certains de ses enseignements de figurer parmi les Apophtegmes de la collection alphabétique, et se traduit dans ses lettres par des références aux cadres classiques de la spiritualité de cette époque fondatrice de l’ascétique chrétienne orientale, qui fut aussi son âge d’or. Après quelque temps, il retourna à Péluse où il fut ordonné prêtre par l’évêque Ammonios qui lui confia les fonctions de didascale. Les mœurs de certains membres du clergé étaient alors très dégradées. Isidore multiplia les remontrances (on en trouve de nombreuses traces dans sa correspondance), et finit, par entrer en conflit avec le nouvel évêque du lieu, Eusèbe, qui le chassa du presbyterium. Il se retira alors (vers 413) dans un monastère situé à environ 20 km de la ville, où il termina sa vie dans l’ascèse et la prière, tout en continuant sa correspondance. Il mourut aux environs de 435-440.

Les 2000 lettres écrites par Isidore s’adressent à 426 destinataires, appartenant à divers milieux: 172 clercs (à qui sont adressées 1239 lettres); 63 moines (150 lettres), 138 laïcs (549 lettres), parmi lesquels 104 sont dans l’administration impériale (413 lettres) et 34 sont impliqués dans la vie municipale (136 lettres); à noter que l’on trouve au moins 24 païens parmi les destinataires. On peut comprendre à partir de là que ces lettres apportent une foule de renseignements sur la situation de l’Église et de la société de l’époque, et qu’elles abordent les sujets les plus divers, répondant le plus souvent aux questions de correspondants dont les conditions sont différentes et le niveau spirituel variable. Isidore traite volontiers de questions exégétiques, mais, en rapport avec la situation et les interrogations de son milieu, il aborde le plus souvent des thèmes ascétiques et moraux. La théologie est peu présente dans ces lettres, mais Isidore manifesta aussi sa compétence dans ce domaine: contemporain du concile d’Éphèse, il fut en correspondance avec saint Cyrille d’Alexandrie, et Sévère d’Antioche mentionne ses positions.

Les lettres d’Isidore se caractérisent par leur brièveté (elles n’ont parfois que quelques lignes). Leur style est sobre et concis, jusqu’à prendre la forme de maximes, ce qui lui donne souvent une forme percutante, mais ne l’empêche pas d’être d’une grande élégance et de manifester un grand sens de la mesure. L’intelligence s’y conjugue avec une haute qualité spirituelle. Elles sont empreintes d’une profonde sagesse, reflet de celle des Pères du désert, mais intégrant aussi dans une perspective chrétienne le meilleur de la sagesse antique, stoïcienne en particulier.

Nous en donnons ci-dessous quelques exemples, tiré du volume 3 qui vient de paraître:

Lettre 1779, à Nil
« Le juste tombera sept fois » (Pr 24, 16) n’est pas dit au sens premier, mais parce que celui qui lutte en respectant la Loi tombe nécessairement, tel un athlète. Or cela n’est pas forcément la cause d’une défaite, mais souvent d’une victoire: beaucoup, dans leur chute, ont déséquilibré ceux qui semblaient stables en projetant, par le pied, tout le corps au sol et en arrachant la victoire. Voilà pourquoi on ne dit pas seulement qu’il tombera, mais on ajoure aussi qu’il se relèvera, pour annoncer son couronnement. L’homme qui, même quand il chutera, se redressera vite, considère-le comme excellent.

Lettre 1795, à Léontjos
La vertu est si loin d’être prise en défaut par les vicissitudes de l’existence que, en leur appliquant des rênes adaptées, elle garde la direction qui convient. En effet, elle associe la parcimonie à la richesse, la mesure à la gloire, la modestie au pouvoir et le courage à la pauvreté. Si donc elle triomphe des revirements de situation, si elle acquiert ici-bas une renommée vénérable et qu’elle doive la conserver dans l’au-delà, pourquoi ne l’embrassons-nous pas?

Lettre 1803, à Cyros, prêtre
Bien que le sacerdoce soit plus éminent et plus digne que toute royauté, ceux qui l’ont reçu ne doivent pas pour autant se croire au-dessus des autres, mais estimer que la douceur mêlée d’intelligence en est l’ornement le plus convenable et le plus approprié, en songeant qu’il est supérieur à toute distinction et toute dignité humaines, que c’est par la grâce et la disposition divines qu’ils l’ont reçu en vue d’aider les autres, et qu’ils ne sauraient avoir le droit de l’outrager par la tyrannie.

Lettre 1806, à Harpocras, sophiste
Quand une armée allie la prudence, la discipline et l’ordre à un général vertueux, alors elle paraît redoutable à ses adversaires et remporte souvent les trophées avant l’assaut, car les ennemis cherchent à négocier et envoient des ambassadeurs. Dès lors, puisque routes ces qualités, dont nous aurions besoin contre les démons, nous font défaut (au lieu de nous liguer contre eux, nous nous liguons avec eux les uns contre les autres), notre défaite n’a rien d’étonnant: ce qui serait étonnant, c’est plutôt que, sans rien faire de ce qui convient aux vainqueurs, nous soyons dignes la victoire.

Lettre 1840, à Hirakléios
Combien de gens, pour avoir désiré plus, ont tout perdu? Pour avoir accumulé le superflu, combien ont perdu même le nécessaire? Pour avoir outrepassé les limites légitimes, combien ont été dépouillés d’une fortune moyenne? Il faut donc retrancher le superflu, afin d’être riches du nécessaire: la plus grande richesse, ce n’est pas d’avoir la richesse, mais de ne pas en avoir besoin.

Lettre 1847, à Paul
Il faut garder sa langue bienveillante et noble: puisqu’il s’agit d’extraire de l’abîme du vice ceux qui y ont sombré, et qu’il semble parfaitement absurde que la personne censée en relever d’autres chute elle-même, elle sera fondée, autant que possible, à voiler la turpitude de leurs actes par la noblesse de ses mots, pour éviter de salir sa propre langue en voulant les réprimander, et de se souiller elle-même en souhaitant les débarrasser d’une souillure. Si tu déclares qu’il est impossible de toucher l’auditeur en disant les choses avec noblesse, je déclare pour ma part que l’homme qui méprise un reproche modéré fait encore moins de cas d’un reproche immodéré et brut : si la douceur de la voix et la noblesse des mots sont sans utilité, il y a peu de chances que l’exposition brute des actes soit utile.

Lettre 1859, à Théodore, Augustale.
Le signe d’un tempérament d’homme d’État n’est pas, comme tu le crois, la vanité et l’orgueil, mais la douceur, l’affabilité et un comportement clément envers tous. La première attitude est celle d’une bête sauvage et d’un serpent, la seconde est propre à commander et très utile aux sujets. En effet, ce n’est pas l’orgueil, mais la prudence des chefs qui règle les affaires des sujets. L’un est dangereux pour eux-mêmes et pour leurs subordonnés, l’autre est sûre pour tous: pour les uns, s’ils amènent le pouvoir à se faire plus proche du peuple ; pour les autres, s’ils changent la clémence des chefs en une affection supérieure il la crainte.

Lettre 1901, à Stratégios, moine
Celui qui constate en philosophe que la nature des choses n’est rien de plus que le courant d’un fleuve, une fumée dispersée dans l’air et une ombre fuyante – voire moins que cela –, ne saurait être ni exalté par les événements heureux ni accablé par les malheurs: au milieu de ces changements, il gardera son esprit inchangé. En effet, celui qui ne s’attache pas aux bonheurs présents ne sera pas non plus affligé s’ils disparaissent.

Jean-Claude Larchet

 

Le métropolite d’Amérique orientale et de New York Hilarion et l’archevêque de San Francisco et d’Amérique Cyrille (Église russe hors-frontières) ont adressé un message archipastoral au clergé et aux fidèles de la cathédrale de la Sainte-Croix à Genève

Note de la rédaction du Synode hors-frontières : Relativement à la suspension temporaire de l’archevêque Michel de l’administration du diocèse d’Europe occidentale de l’Église russe hors-frontières, le président et le secrétaire du Synode des évêques se sont adressés par un message au clergé et aux fidèles de la cathédrale de l’Exaltation de la Croix à Genève, qui a été lu dans les églises du diocèse d’Europe occidentale le dimanche 18 septembre / 1er octobre. Lors d’une réunion exceptionnelle du Synode des évêques, qui a eu lieu le lundi 19 septembre / 2 octobre de cette année, l’administration temporaire du diocèse d’Europe occidentale a été confiée au métropolite d’Amérique occidentale et de New York Hilarion, primat de l’Église russe hors-frontières. Pendant que la situation à la cathédrale de l’Exaltation de la Croix est sous investigation, le Synode des évêques a désigné le couvent féminin russe de Sainte-Elisabeth à Buchendorf (Allemagne) comme lieu de résidence de l’archevêque Michel. L’archiprêtre Paul Tzvetkoff est nommé remplaçant du recteur de la cathédrale à Genève, et l’archiprêtre Émilien Pocinoc, administrateur de la chancellerie du Diocèse d’Europe occidentale. L’archevêque Michel est invité à la session du Synode des évêques, qui aura lieu le 19 novembre / 2 décembre.

Message archipastoral au clergé et aux fidèles de la cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix à Genève :

« Chers pères, frères et sœurs en Christ,
De tout cœur nous vous saluons tous à l’occasion de la fête de l’Exaltation de la Croix, votre fête patronale, qui continue. En ces jours, dans la prière, nous souhaitons à tous l’aide divine qui renforce tout, dans les labeurs, et particulièrement, dans le port de la croix, tant personnel qu’ecclésial. En effet, le Seigneur confie à tous une croix dans la vie qui, comme nous le croyons, mène l’homme à la vie éternelle. « Où est la croix, là est la résurrection », écrit Dostoïevski. Et maintenant, le Seigneur confie une croix particulière non seulement à toute la communauté de la cathédrale de Genève, mais aussi au clergé, aux fidèles enfants du diocèse de l’Église russe hors-frontières. En continuant à étudier les questions complexes, liées à l’administration de la cathédrale de l’Exaltation de la Croix à Genève, le Synode des évêques, lors de sa dernière session, a décidé de libérer temporairement l’archevêque Michel de ses obédiences archipastorales en Europe occidentale, accordant un congé à Son Éminence. Ce faisant, l’archiprêtre Paul Tzvetkoff, l’un des clercs les plus anciens de notre Église russe hors-frontières,  est nommé, par intérim, recteur de la cathédrale et administrateur du diocèse d’Europe occidentale. Dans son activité, le père Paul sera soumis à la commission synodale spéciale créée lors du concile des évêques, qui a eu lieu en juin de cette année en Allemagne. Le Synode des évêques appelle le clergé et les fidèles à aider père Paul dans son ministère, lui manifestant confiance et obéissance [à partir du lundi 19 septembre / 2 octobre, l’administration du diocèse d’Europe occidentale est confiée au métropolite d’Amérique occidentale et de New York Hilarion, NDLR du site du Synode].
Nous considérons qu’il est important de souligner que le Synode des évêques, n’accuse personne dans la situation actuelle. Le seul but de notre décision est de rétablir, après avoir étudié la situation sous tous ses aspects, la paix prescrite par Dieu dans notre paroisse de la cathédrale de Genève, qui est chère à nos cœurs. Selon les paroles de l’apôtre Paul, tous les fidèles, qui forment dans l’Église du Christ un seul corps, doivent garder «  l’unité de l’esprit par le lien de la paix » (Éph. 4,3), ne pas approfondir les différends, ne pas s’abstenir de la prière et de relations les uns avec les autres, ainsi que de ne pas refuser la bonne entente ecclésiale par la manifestation de la désobéissance à la hiérarchie. Aussi, nous devons tous aspirer au but élevé du rétablissement de la paix, du calme et de l’union fraternelle en Christ, nous souvenant que les épreuves dans la vie ecclésiale sont permises par Dieu pour notre propre utilité, afin que les communautés ecclésiales se renforcent spirituellement, se rapprochent de Dieu et l’une avec l’autre, afin que les hommes choisissent ensemble la voie évangélique et ecclésiale. Une telle sorte d’épreuves ou de tribulations constituent en quelque sorte un appel à ce que les membres des paroisses deviennent véritablement l’Église du Christ. Le premier pas dans notre travail commun sera l’assemblée paroissiale qui aura lieu le 15 octobre 2017. L’archevêque Marc de Berlin et d’Allemagne, membre permanent du Synode des évêques la présidera. Dans son « Homélie sur l’obéissance », l’archevêque de Genève et d’Europe Occidentale Antony d’éternelle mémoire (Bartochevitch +1993), écrit : « L’exemple d’obéissance nous a été donné par la Mère de Dieu, lorsque l’archange Gabriel non seulement La salua à l’occasion de la nativité de Son Fils Divin, mais Lui révéla alors toutes les tribulations et les difficultés du cheminement de Sa vie, comme Mère de notre Sauveur. La Vierge Marie n’a été en rien effrayée, mais, modestement et humblement, elle répondit : « Je suis la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta parole! » Et notre œuvre, bien-aimés frères et sœurs, est de soumettre notre volonté à celle de Dieu, Lui dire, comme Il le dit au moment le plus difficile de Sa vie terrestre, au Père céleste : Père que Ta volonté soit faite ! Par ces paroles, nous devons terminer chacune de nos prières. Combien de fois, dans la prière, nous voulons soumettre notre volonté non pas à celle de Dieu, mais au contraire soumettre la volonté de Dieu à notre volonté. Nous demandons avec force, nous exigeons, et même, lorsque le Seigneur n’accomplit pas notre volonté, nous en voulons en quelque sorte à notre Créateur ». Aussi, manifestons de l’obéissance envers la sainte Église, au Synode des évêques et au clergé de la cathédrale avec, à sa tête, le père Paul, suivant l’exemple de notre Seigneur Jésus-Christ, dont l’apôtre Paul écrit qu’Il « s’est humilié Lui-même, se rendant obéissant à Son Père jusqu’à la mort » (Phil. 2,8). Et alors, que Dieu le fasse, nous trouverons ensemble la voie juste pour l’édification de notre vie ecclésiale. Que la force pleine de grâce de la croix du Christ nous y aide. Amen. Avec amour dans le Seigneur,

+ Hilarion, métropolite d’Amérique orientale et de New York, primat de l’Église russe hors-frontières,

+ Cyrille, archevêque de San Francisco et d’Amérique occidentale, secrétaire du Synode des évêques, 1er octobre 2017.

Source

Parution prochaine d’un livre de l’archimandrite Placide (Deseille), « De l’Orient à l’Occident – orthodoxie et catholicisme »

Les Editions des Syrtes annoncent la parution prochaine d’un livre du père archimandrite Placide (Deseille) intitulé De l’Orient à l’Occident – orthodoxie et catholicisme. L’ouvrage de 450 pages (couverture ci-contre), qui comprend un avant-propos de Bernard Le Caro, sera disponible à partir du 16 novembre au prix de 20 euros.

Présentation de l’éditeur: « Si les divergences principales entre l’orthodoxie et les confessions occidentales sont aujourd’hui connues, les racines de celles-ci, ainsi que leurs implications sur la vie spirituelle ont été peu traitées en langue française. Peu de choses sont connues sur la période qui a précédé le schisme de 1054 et qui l’a préparé. C’est, entre autres, cette lacune que vient compléter l’ouvrage du père Placide, de façon positive et avec discernement, en cherchant « la confession et non la confrontation ». Dans cet esprit, il sait déceler également ce qui, en Occident, a gardé un parfum d’orthodoxie après le schisme.

En même temps qu’une œuvre, ces pages retracent le parcours de l’archimandrite Placide Deseille. Ayant vécu depuis son adolescence dans un monastère cistercien et ayant étudié en profondeur les sources bibliques et patristiques, il est devenu orthodoxe au Mont Athos et porte en Occident, depuis plus de quarante ans, le témoignage de la tradition de l’Église des dix premiers siècles, toujours vivante dans l’orthodoxie. Comme le dit l’higoumène du monastère de Simonos Petras, il s’agit d’un « témoignage authentique de la vie orthodoxe et du monachisme athonite dans un environnement quasiment déchristianisé et dans une société en décomposition ».

L’ouvrage part de l’Orient des premiers siècles pour arriver en Occident au XXIe siècle : des racines chrétiennes de la France avec une foi commune à l’Occident et à l’Orient, puis ses déviations, notamment au niveau de son repli sur l’augustinisme, pour arriver à la Révolution française. Mais ce livre ne se cantonne pas à l’histoire ancienne, abordant les problèmes actuels de l’Église orthodoxe et sa façon de les résoudre. La sincérité et la profondeur de la démarche du père Placide, sa connaissance approfondie de la tradition spirituelle et théologique occidentale, et son expérience de l’orthodoxie donnent à sa parole une autorité unique.

L’archimandrite Placide (Deseille), né en 1926, entre à l’abbaye cistercienne de Bellefontaine en 1942 à l’âge de seize ans. Il fonde en 1966 avec d’autres moines un monastère de rite byzantin à Aubazine en Corrèze. En 1977, les moines décident de devenir orthodoxes et en février 1978, ils deviennent moines au Mont Athos. Rentré en France peu après, père Placide fonde le monastère Saint-Antoine-le-Grand, à Saint-Laurent-en-Royans (Drôme) dans le Vercors, et en devient l’higoumène. Dans son sillage naît le monastère de la Protection de la Mère de Dieu, plus connu aujourd’hui sous le nom de monastère de Solan. Il a enseigné à l’Institut Saint-Serge, et est également auteur et traducteur de plusieurs ouvrages sur la spiritualité et le monachisme orthodoxes. »

Vient de paraître: « Résurrection 1917-2017 »

Résurrection 1917-2017. Texte de Lilya Tourkina. Photographies de Charles Xelot, Cerf, 2017, 203 p.
Cent ans après la révolution d’octobre 1917, ce livre, centré sur un choix d’une quinzaine de monastères représentatifs, oppose à des photographies et à d’autres documents (comme des affiches de propagande) publiés pendant les premières décennies des persécutions religieuses en Russie, des photos prises récemment dans les mêmes lieux par Charles Xelot, et qui témoignent de la reconstruction architecturale et accessoirement de la restauration iconographique et du renouveau de la vie monastique qu’a connues l’Église russe au cours des trois dernières décennies. Cette mise en regard est accompagnée de citations tirées des propos de personnalités des deux partis, et surtout de commentaires de Lilya Tourkina pour ce qui est de l’histoire des monastères et de leur restauration.

Lettre pastorale de Jean X, patriarche d’Antioche: « La grâce nous grandit, le service nous élève, l’amour nous unit »

Par la grâce de Dieu, Jean X patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, à tous les bien-aimés dans le Seigneur Jésus les fidèles, clercs et laïcs du Saint Siège d’Antioche

« Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nos péchés »
(Galates 1 : 3-4)

Bien-aimés,

Vous n’êtes pas sans vous souvenir que j’ai adopté cette phrase « La grâce nous grandit, le service nous élève, l’amour nous unit » comme devise du service patriarcal qui m’a été confié par le Saint-Esprit, à travers l’élection de mes frères les évêques du Saint Synode antiochien. En choisissant cette devise j’ai voulu insister sur le fait que nous sommes conviés, en tant qu’Église déployée dans tout l’espace antiochien, à acquérir la grâce et la traduire en service du Corps du Christ, selon le charisme de chacun de nous, dans un climat d’amour qui est le seul « lien de la perfection », selon l’enseignement de l’Apôtre. Nous avons essayé ensemble, durant les dernières années, de mettre en pratique cette devise, souvent avec succès, mais nous avons parfois rencontré des obstacles. Nous continuerons cependant dans la même voie pour que l’Église d’Antioche, cette épouse du Christ nous apparaisse « sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible » (Éphésiens 5: 27). C’est pour cela que je m’adresse à vous, rendus membres responsables de l’Église du Christ par votre Baptême et l’onction du sacrement de la chrismation, pour vous informer des affaires de votre Église afin de vous en souvenir dans vos prières, et de les considérer comme faisant partie intégrante de vos préoccupations.

1- Nous rendons en tant qu’Église grâce à Dieu qui nous a donné « un esprit de force, d’amour et de sagesse » (2 Timothée 1: 7) pour Lui porter témoignage dans les circonstances difficiles que vit notre monde et en particulier nos pays, qui nous ont causé beaucoup de souffrances du fait des guerres des autres sur notre terre, lesquelles non seulement ont détruit la pierre mais ont tué les humains et les ont jeté sur les chemins de l’exil.
2- Nous avons constaté avec consternation que les forces du mal se sont prises à notre Église, en kidnappant notre frère Boulos (Yazigi), métropolite d’Alep depuis plus de 4 ans. Ce qui nous consterne davantage est que malgré de nombreux et continuels contacts avec les organismes internationaux et régionaux, nous sommes restés sans aucune nouvelle de lui. Nous vous invitons à joindre vos prières aux nôtres afin que Dieu nous le rende ainsi qu’à son peuple d’Alep sain et sauf. Nous prions aussi pour son compagnon de captivité, l’évêque Youhanna et pour tous les kidnappés, prêtres et laïcs, et nous implorons Dieu de les soutenir et demandons au monde civilisé de se souvenir de leur tragédie et d’agir en vue de leur libération afin de les rendre à ceux qui les aiment.
3- Nous avons souffert avec vous de l’absurdité des guerres qui ont assailli notre Orient et nos pays avec tout ce qui les a accompagnées de violence, de terreur, de destructions, de ravages, de déplacements de populations, de pauvreté, de faim et de peur de l’avenir. Ces guerres ne servent que les intérêts des puissants de ce monde. Nous avons multiplié nos efforts pour susciter des initiatives afin de fortifier notre présence sur notre terre et la rendre plus efficace, et pour alléger la dureté des circonstances que nous vivons. Nous agissons avec les hommes de bonne volonté pour subvenir aux besoins vitaux de notre peuple et garantir l’avenir de nos jeunes en leur assurant une vie dans l’honneur et la sécurité dans leurs pays. À ce propos, nous avons approché nombre d’instances sur la scène internationale leur demandant d’agir pour arrêter cette guerre destructrice en Syrie et assurer l’unité du pays. Nous avons aussi porté partout le souci du Liban et de son peuple, afin que s’affermisse le travail constitutionnel et institutionnel qui s’y fait, s’accroisse son développement et se maintienne son haut degré d’évolution.
4- Vu ces circonstances difficiles, nous avons fait de l’aide aux nécessiteux la première de nos priorités, et nous continuons à lui donner grande importance dans notre travail quotidien. À travers les institutions patriarcales et les évêchés nous veillons à activer le service de la charité et lui trouver des organes nouveaux plus flexibles encourageant la solidarité entre les fils d’un même corps pour qu’il ne reste parmi nous un seul nécessiteux ou quelqu’un qui ressent qu’il est exclu du cœur des fidèles dans l’Église du Christ. Nous rendons grâces à Dieu pour l’unité antiochienne qui s’est manifestée durant cette crise par des paroisses et des évêchés en Syrie et au Liban qui ont pris en charge les déplacés et ont œuvré dans l’amour à alléger leurs souffrances. De même les diocèses d’outremer ont mis tous leurs moyens au service de ceux qui les ont rejoints et offrent leur support au travail d’entraide fourni par l’Église de nos pays.
5- Vu que le monde est devenu un grand village, nous avons consacré aux problèmes de l’information et de la communication une part importante de notre travail. Le « Centre Orthodoxe Antiochien d’information » a vu le jour, ainsi que la « Voix de la Grâce » sur les ondes. Nous avons aussi augmenté notre présence sur le net et les réseaux sociaux, afin de mieux transmettre la Bonne Nouvelle qui reste le but ultime de toute information chrétienne. Des fidèles de l’ensemble du Patriarcat d’Antioche se sont investis dans ces initiatives et travaillent à augmenter leur succès et leur utilité. À cet effet, je ne peux ne pas mentionner les possibilités qu’offrent à notre travail d’évangélisation les moyens modernes de communication. Si nous savons bien les utiliser et à bon escient, ils deviennent des outils efficaces et probants pour promouvoir le travail pastoral et notre témoignage de la joie de la Résurrection et de la beauté du Christianisme. Mais il nous faut éviter de les utiliser comme plateforme pour étaler nos doléances et des critiques destructives ainsi qu’un lieu de calomnie et d’insultes.
6- Nous avons œuvré à renforcer l’unité antiochienne en la rendant plus efficace. Nous avons veillé à ce que le témoignage du Christ ressuscité et vainqueur de la mort soit le même partout dans l’espace antiochien et tout l’Orient, dans cette région où Dieu nous a voulu, justement pour y témoigner. Pour cela, nous avons augmenté nos rencontres avec nos frères des autres Églises chrétiennes, auxquelles nous sommes unis dans une unité de vie et de devenir, et nous avons encouragé le travail commun entre les fidèles.
7- Nous avons aussi amplifié le travail avec nos frères musulmans, avec qui nous partageons les mêmes patries et le même devenir, afin de promouvoir une culture de paix, de fraternité et de convivialité, et de nous opposer ensemble à ceux qui utilisent la religion pour susciter des conflits et des guerres.
8- Nous avons consolidé la coopération avec les Églises Orthodoxes à travers le monde. À cet effet, nous avons effectué des visites iréniques à nombre de patriarcats, et un pèlerinage à la Sainte Montagne de l’Athos où nous avons demandé la prière de ses moines pour notre peuple, et nous avons placé ses souffrances et son devenir entre les mains de la Toute Sainte Vierge Marie, Protectrice de la Montagne et Médiatrice auprès du Sauveur. Des délégations de notre Église ont participé à toutes les rencontres panorthodoxes pour consolider l’unité entre les Églises et assurer un témoignage orthodoxe commun dans le monde d’aujourd’hui. Nous avons consacré de grands efforts et beaucoup de ressources en vue de préparer le grand Concile orthodoxe en Crète durant l’été 2016 que le monde orthodoxe attendait de ses vœux, mais nous n’avons pu y participer pour les raisons dont nous vous avions alors informées. La violation du patriarcat de Jérusalem du territoire canonique antiochien, dans l’Emirat de Qatar, nous a beaucoup préoccupé et nous avons présenté plusieurs propositions iréniques pour éviter la rupture de communion entre les deux Sièges apostoliques. Mais toutes nos initiatives ont été repoussées par l’attitude intransigeante du patriarcat de Jérusalem. Et nos divers contacts avec les autorités religieuses et politiques concernées sont restés sans effet.
9- Après la mise à la retraite de certains de nos vieux évêques et le décès d’autres, nous avons dû, ces dernières années, renouveler le corps épiscopal antiochien par de jeunes évêques cultivés et d’expérience. Le choix des nouveaux évêques a exprimé clairement l’unité antiochienne parce que tous ont été élus à d’autres évêchés que ceux dont ils venaient. Le Saint Synode a basé ces choix sur les exigences de l’Évangile, les Canons de l’Église et les Statuts du Siège d’Antioche sans tenir compte d’une quelconque considération politique, nationale ou raciale. Nous sommes heureux de vous annoncer que ces frères évêques sont en train de continuer dans leurs nouveaux diocèses le travail entrepris par leurs prédécesseurs, et que les fidèles leur apportent aide et soutien.
10- L’élection de ces frères s’est accompagnée par l’activation du travail synodal. Nous sommes une seule Église, non une fédération de diocèses limitrophes sans réelle rencontre. Le Saint Synode est le lieu de notre rencontre où chaque évêque communique l’esprit de l’Église qu’il préside, et où le témoignage de l’ensemble des diocèses modèle l’esprit de la seule Église d’Antioche. L’évêque est élu par le Synode et il se réunit en Synode où il contrôle et est contrôlé. Et c’est le Synode qui le juge s’il enfreint le donné de la foi. C’est là le dépôt reçu des Apôtres qui ont stipulé que « les évêques de chaque nation doivent reconnaitre leur primat et le considérer comme leur chef, et ne rien faire d’importance sans son avis, mais que chacun d’entre eux ne s’occupe que de ce qui concerne son diocèse et les campagnes en dépendant. Et le premier ne doit rien faire sans l’avis de tous. Ainsi régnera par le Seigneur la concorde dans l’Esprit Saint, et sera glorifié le Père, le Fils et le Saint Esprit » (Canon apostolique 34).
11- Le même esprit élaboré par l’Église entière doit être appliqué par tous, clercs et laïcs, comme nous exhorte l’Apôtre, à tenir « tous un même langage » (1 Corinthiens 1: 10), c’est à dire en d’autres termes à travers notre enracinement dans l’illumination spirituelle et l’effort d’acquisition de la grâce et de sa mise en pratique dans un enseignement orthodoxe et des actions de service et d’amour fraternel.
12- Nous traduisons aussi ce même esprit à travers notre unité et notre coopération qui nous permettent d’accomplir le souhait de Notre Seigneur de nous aimer comme Il aime Son Père. L’unité et la coopération sont des conditions indispensables pour soutenir notre existence et diminuer l’émigration des ressources humaines que connaissent nos pays et notre Église. À ce propos, nous avons œuvré et ne cessons de le faire à affermir la coopération avec nos frères dans les pays de la diaspora, ces apôtres de l’esprit antiochien et de sa tradition envers le monde entier, qui ont tenu à conserver, dans leurs nouveaux pays, leur engagement chrétien et y ont bâti leurs églises en même temps que leurs maisons. Leurs liens profonds avec l’Église d’Antioche nous donnent des forces et nous encouragent réciproquement. Nous ne cessons de voir en eux le souffle apostolique de l’Église d’Antioche qui s’ouvre au monde pour l’évangéliser, et s’enrichit de l’apport de ses fidèles d’autres pays et d’autres continents. Le langage commun d’Antioche s’exprime maintenant dans de nombreuses langues mondiales, et il continuera d’appeler à l’enracinement dans la Tradition et à une ouverture sur le monde d’aujourd’hui, traduisant notre fidélité au Seigneur qui nous enjoint de faire parvenir Sa Bonne Nouvelle et Sa Paix aux confins du monde.
13- Œuvrer à avoir un même esprit s’accomplira par notre effort incessant à résoudre les différends qui se mettent au travers de notre route, par la consultation et l’entente, ainsi que le recours à l’avis de la communauté en vue d’arriver à un consensus et à l’unité au sein même de nos différends. La vie de l’Église est basée sur la concertation et non la négociation, la complémentarité et non l’antagonisme, une franche confrontation et non un affrontement destructeur, le pardon de l’autre et non le laisser s’engluer dans ses fautes, sur la franchise et non sur un jugement d’intentions, et enfin sur le sacrifice et le don de soi et non la répartition de gains et d’intérêts.
14- Pour cela, il nous faut adopter cette spiritualité dans nos relations pour renforcer notre unité, cette unité qui débute par le rassemblement des membres de chaque paroisse autour de leur pasteur et leur coopération pour son développement dans une transparence totale. Cette unité se vit aussi au niveau du diocèse où les fidèles se doivent de participer avec leur évêque et sous sa présidence à l’embrigadement de toutes les compétences spirituelles et matérielles qui s’y trouvent et leur développement dans un esprit de coopération et de communion. Cette unité trouve son apogée au niveau du Saint Synode dans son travail commun pour le bien de l’Église d’Antioche, pour renforcer son unité et activer son témoignage dans le monde d’aujourd’hui.
Tout ce qui précède évoque une spiritualité qui a été la base sur laquelle ont été fondés nos statuts approuvés au début des années 70 du siècle passé, et qui stipulent la formation d’un conseil pour chaque paroisse, d’un congrès pour chaque diocèse groupant les représentants des prêtres, des moines et des laïcs et qui élit un conseil du diocèse. Ces statuts stipulent aussi la convocation d’un Congrès Général du Siège d’Antioche qui a été convoqué en 2014.
De nombreuses circonstances ont empêché, ici et là, l’entière formation de ces divers organismes prévus au Règlement intérieur de notre Patriarcat, ce qui a réduit la participation efficace des fils de l’Église dans la direction de leurs paroisses et de leurs diocèses. Ce manque a amené beaucoup à se plaindre de cette situation, ou à former des organes équivalents pour exprimer leurs opinions. C’est pourquoi il nous faut, en tant qu’Église, dépasser les différends autour des statuts qui durent depuis le milieu du siècle passé, et nous soucier d’affermir notre unité et unifier notre parole par la formation des organes prévus et d’appliquer enfin les décisions du dernier Congrès antiochien. Nos statuts ont été établis il y a près de cinquante ans, et il ne fait de doute qu’ils doivent être amendés et complétés pour se mettre au diapason du renouveau que nous voulons tous pour notre Siège d’Antioche. Cependant, notre engagement à mettre maintenant en pratique les statuts actuels est un gage de notre sincérité, tout en prenant le soin de noter les expériences utiles à leur amendement plus tard, car les lois sont établies pour éviter que la communauté soit sujette aux sautes d’humeur et à l’individualisme.
15- Nous avons concrétisé ce même esprit qui nous unit dans un « même langage » dans notre approche des problèmes humains qui ont confronté la conscience de notre Église dans nos patries et outremer. Nous avons œuvré partout à défendre l’intérêt de l’homme, de tout homme et celui de l’humanité entière. Nous avons toujours veillé à ne pas adopter des approches politiques utilisant le langage des gens de ce monde, et de ne pas imposer à nos ouailles des options politiques définies. Mais nous les avons toujours orienté à baptiser leur esprit politique à l’aune de la vérité de l’Évangile et de la charité chrétienne qui a pour mission de se donner et de sauver tous les hommes.

Je vous ai écrit ce qui précède pour vous dire ma joie de ce que nous avons réalisé ensemble et mon intention de multiplier les efforts dans l’amour afin de compléter « l’édification du Corps du Christ » pour parvenir « à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Éphésiens 4: 13). Je rends grâces à Dieu qui nous a donné des pasteurs aimant leur Église, plaçant ses intérêts et son unité au-dessus de tout, emplis de la foi qui témoigne de la joie de la Résurrection et œuvrant, chacun selon les charismes et les talents qui lui ont été donnés, au renouveau de l’Église.

Bien-aimés,

Je sais que le monde d’aujourd’hui attend de nous une « parole de vie », et que l’homme d’aujourd’hui a besoin de guérison que seul le témoignage de ceux qui ont ressuscité des morts avec leur Seigneur peut lui donner. C’est ainsi qu’ont agi nos Pères avant nous, quand ils ont transmis notre Tradition vivante dans la langue de leur temps. Et c’est ce que nous devons faire aussi aujourd’hui. C’est pourquoi je vous invite :
1- À approfondir la connaissance des sciences de ce siècle pour lui transmettre la nouvelle éternelle dans une langue nouvelle qui l’interpelle.
2- À travailler ensemble pour évangéliser les membres de notre communauté, surtout ceux qui s’en sont éloignés influencés par une sécularisation galopante.
3- À transmettre à ceux de nos jeunes qui ne se marient plus à l’église et dont certains ne baptisent plus leurs enfants le sens du sacrement de l’amour et celui de la communauté.
4- À dépasser les apparences extérieures de la piété pour rendre notre réflexion théologique capable en profondeur d’éveiller le monde à la réalité de notre Dieu qui est un Dieu vivant et vivifiant, un Dieu de liberté et d’amour qui nous aime d’un grand amour et qui veut que nous devenions des dieux par adoption.
5- À coopérer avec l’agir divin pour transformer le monde en église et la terre en ciel.
6- À rendre compte de la présence de Dieu partout et en tout ce que nous faisons afin que le monde sache que nous sommes les disciples du Maître.
7- À étendre l’Autel en dehors de l’église là où se trouvent les pauvres, les déplacés, ceux qui vivent dans le désespoir et la tristesse et qui ont besoin de notre sollicitude et de notre amour pour les sauver de la mort.
8- À ne pas nous suffire des prières, mais faire de notre présence dans l’histoire une prière quotidienne qui sauve le monde et l’histoire.
9- À nous éloigner des procédés du monde et les empêcher d’envahir notre vie ecclésiale. À ne pas nous créer des ennemis pour les rendre responsables de notre angoisse, car le Christ ne connaît pas l’inimitié, mais nous a commandé de nous aimer les uns les autres.
10- À purifier nos cœurs pour qu’ils deviennent un terreau fertile à l’éclosion de la Parole de Dieu et à porter des fruits, et pour qu’ils ne se dessèchent et ne soient étouffés par les ronces.
11- À témoigner de notre familiarité avec Jésus et la joie de l’Évangile qui emplit nos cœurs, transforme notre vie et nous libère de toute tristesse, souci et solitude.
12- À adopter tous le même langage, et combattre tout différend et parti pris qui nous séparent, pour que nous soyons « parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment… avec les mêmes sentiments les uns envers les autres selon Jésus-Christ, afin que tous ensemble d’une seule bouche (nous) glorifions le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Corinthiens 1: 10 et Romains 15 5-6).

Bien-aimés,

Vous êtes les gardiens de la foi que nous ont transmise vos pères et vos aïeuls et que nous ont léguée les saints. Vous êtes responsables de témoigner du Christ ressuscité là où vous êtes. Faites en sorte que le Christ soit toujours au milieu de l’Église. Conviez-le par la prière à ne pas abandonner la barque de l’Église au milieu de la tempête. Ayez confiance qu’Il aura pitié de nous comme Il l’a fait avec la foule au désert. Soyez sûrs qu’Il est avec nous et ressent notre douleur, notre faim, notre soif et notre tristesse. Il ne nous délaissera pas même si nous traversons un désert, loin de Lui. Tournez-vous vers Lui, Bien-aimés, et vous Le trouverez avec vous, et ainsi vous aurez le même esprit et le même langage, et ils seront compris par tous.

Aimez beaucoup et comprenez que notre responsabilité en tant que pasteurs et la vôtre en tant que croyants sont d’affirmer que seul le Christ est maître de Son Église, » afin que la croix de Christ ne soit pas rendue vaine’(1 Corinthiens 1: 17).

Que la bénédiction du Seigneur soit avec vous tous.

Publié par le Patriarcat à Damas
En la fête de la Dormition de la Mère de Dieu, 2017

Jean X
Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient

 

Recension: Rod Dreher, « Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin »

Rod Dreher, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin, Artège, Paris, 2017, 372 p.
Né en 1967, Rod Dreher, qui vit à Bâton Rouge (Louisiane), est actuellement journaliste pour le magazine The American Conservative. Il a auparavant collaboré à des journaux prestigieux comme le New York Times (il y collabore encore périodiquement), le New York Post, la National Review et la National Review Online, The Weekly Standard, The Wall Street Journal, Touchstone, Men’s Health, le Los Angeles Times, le Dallas Morning News. Il a été également analyste à CNN, Fox News, MSNBC, Court TV. Il a été nommé plusieurs fois pour le prix Pulitzer. Originaire d’une famille méthodiste, il s’est converti au catholicisme en 1993 puis à l’Orthodoxie en 2006. Il a raconté dans un article intitulé « Qu’y a-t-il de si attirant dans l’Orthodoxie? », récemment traduit sur l’excellent site orthodoxologie.blogspot.fr., les raisons de sa conversion à l’Orthodoxie.
Ce premier livre qu’il publie en français, s’est vendu – sous le titre The Benedict Option – à 40.000 exemplaires aux États-Unis et y a suscité de vifs débats, bien que l’idée du « pari bénédictin » qui est son thème central, soit avancée par l’auteur depuis une quinzaine d’années, notamment dans un blog éponyme.
Dreher part d’une constatation de base: le christianisme et ses valeurs deviennent minoritaires dans nos sociétés occidentales, et les chrétiens risquent dans un proche avenir d’être soumis à des principes, des règles et des modes de vie qui sont non seulement étrangers à leur éthique, mais incompatibles avec elle et avec la foi qui les fonde, et d’être persécutés s’ils ne s’y plient pas, car ce véritable « déluge » (titre du 1er chapitre), s’accompagne de pressions sociales diverses (politiques, médiatiques, juridiques, psychologiques, etc.).
L’un des points de départ de la réflexion de Rod Dreher, est la place exorbitante prise dans les sociétés occidentales contemporaines par le mouvement LGBT (Lesbien-Gay-Bisexuel-Transsexuel), qui dispose d’importants moyens de propagande, peut légalement infiltrer le système scolaire et former les jeunes cerveaux à sa « théorie du genre » (gender theory), a fait voter des lois qui font condamner comme raciste toute critique, même théorique, de ses principes, se montre d’une intolérance extrême au nom de la tolérance, et parvient avec arrogance à imposer ses vues minoritaires à la majorité avec l’appui des lobbies médiatiques et politiques. Ce fait sociétal a été pour Rod Dreher – avec d’autres facteurs (comme la sécularisation galopante, le développement de l’individualisme et du consumérisme…) qui témoignent d’une décadence profonde du monde chrétien (qu’il compare à celle de l’Empire romain) et d’un changement de paradigme de notre civilisation (en particulier de ses bases familiales et de ses références éthiques) – un moteur important de sa décision de proposer aux chrétiens de réagir concrètement. Cette réaction a peu de chance, selon l’auteur, de réussir sous la forme d’un engagement politique – un engagement à droite peut en partie ralentir, mais non empêcher ce mouvement de décadence. Elle peut en revanche réussir par la construction, par tous les chrétiens, d’une société fondée sur leurs valeurs morales communes et, s’inspirant, quant à son mode d’organisation, de la règle monastique de saint Benoît d’où le sous-titre du livre (qui est son titre principal dans l’édition américaine): « Le pari bénédictin ». Cette construction doit d’abord prendre la forme d’un retrait par rapport aux éléments toxiques des sociétés post-modernes, non dans la fuite et l’isolement, mais par rapport à tous les facteurs – notamment médiatiques et éducatifs – qui contribuent à éloigner les hommes (avant tout les enfants et les adolescents) des valeurs chrétiennes. Il s’agit, autrement dit, d’organiser la résistance. Mais il s’agit en même temps d’élaborer sur la base des valeurs fondamentales du christianisme, un modèle communautaire solide, capable de constituer une alternative aux modèles sociétaux actuels, voire, s’il se développe (comme ce fut le cas de la civilisation chrétienne après la chute de l’Empire romain), de s’y substituer. Selon l’auteur, il faut repenser la nature et la structure des communautés chrétiennes et les revivifier, car « les Églises » actuelles sont très faibles, largement contaminées par les valeurs post-modernes extérieures au christianisme, et inaptes à opposer la résistance et l’alternative souhaitables.
Je laisse la place à l’auteur pour présenter l’origine et le sens de sa démarche telle qu’il les expose dans son introduction:

« Je me rendis compte que les Églises, dont la mienne, se montraient incapables de lutter efficacement contre les forces du déclin culturel. Le christianisme historique et traditionnel – aussi bien protestant que catholique ou orthodoxe – avait pour devoir d’être une véritable puissance de résistance à l’individualisme et au sécularisme radicaux du monde moderne. On racontait volontiers que les chrétiens conservateurs menaient une guerre culturelle, mais, à part contre l’avortement et le mariage homosexuel, le combat des miens me paraissait inexistant. Nous semblions nous satisfaire d’endosser le rôle de chapelains d’une culture acquise au consumérisme, qui avait perdu toute notion de la réalité du christianisme.
Dans mon livre Crunchy Cons, publié en 2006, j’explorai cette sensibilité conservatrice que l’on peut qualifier de “contre-culture par la tradition”. J’y citai l’œuvre du philosophe Alasdair MacIntyre, pour qui la civilisation occidentale avait perdu ses amarres philosophiques. Le temps approchait, disait-il, où les hommes et les femmes de bien comprendraient qu’il ne serait plus possible à ceux qui désirent une existence en accord avec les vertus de la tradition de participer activement à la société contemporaine. Il leur faudrait trouver de nouvelles manières de vivre en communauté, à l’exemple de saint Benoît qui, au VIe siècle, donna naissance au monachisme occidental, offrant ainsi une réponse à l’effondrement de la civilisation romaine.
J’avais nommé ce retrait stratégique appelé de ses vœux par MacIntyre le « pari bénédictin ». L’idée principale en était que les chrétiens conservateurs sérieux ne pouvaient plus mener une existence légère, ordinaire ; qu’il fallait développer des solutions innovantes, collectives, pour nous aider à maintenir notre foi et nos convictions au milieu d’un monde qui y était de plus en plus hostile. Il allait falloir choisir avec radicalité un christianisme de contre-culture, un nouveau mode de vie, sous peine de condamner nos enfants et leurs enfants à l’assimilation.
Une décennie durant, j’ai beaucoup écrit sur ce pari bénédictin, sans que jamais l’idée dépasse un cercle plutôt restreint de chrétiens conservateurs. Pendant ce temps, la “génération du millénaire” se mit à abandonner l’Église, dans des proportions encore jamais vues. Et il est presque certain qu’elle ne savait même pas ce qu’elle rejetait : de récentes recherches sociologiques ont montré que les jeunes adultes ignorent, quasiment tous, les enseignements et usages de la foi chrétienne historique.
Le déclin constant du christianisme et la montée proportionnelle de l’hostilité vis-à-vis des valeurs traditionnelles ont atteint un point critique en avril 2015, lorsque l’État de l’Indiana a fait passer une version locale de l’acte fédéral de restauration de la liberté religieuse. La loi se contentait de permettre que l’argument d’atteinte à la liberté religieuse soit entendu en justice dans le cadre de procès en discrimination. Elle n’affirmait pas que cet argument ferait nécessairement gagner les accusés, mais les militants des droits homosexuels la décrivirent comme “sectaire”. Et pour la première fois, le monde des affaires prit parti dans la guerre culturelle en défendant avec fermeté les droits de la communauté gay. Sous la pression des grandes entreprises, l’Indiana fit machine arrière. Une semaine plus tard, c’était au tour de l’Arkansas.
Cette affaire fut un tournant: elle démontrait que, si les grandes entreprises faisaient opposition, les responsables républicains, même dans des États où ils avaient la majorité, préféraient ne pas prendre position pour la liberté religieuse. Défendre l’orthodoxie chrétienne sur les questions de sexualité devenait, dans l’esprit de tous, un acte inacceptable de bigoterie. C’était la débâcle pour les chrétiens conservateurs. Nous vivions dans un nouveau pays.
Deux mois plus tard, la Cour Suprême faisait du mariage entre personnes de même sexe un droit constitutionnel. Ce fut aux États-Unis une décision populaire: l’opinion, en l’espace d’une décennie, avait radicalement changé sur la question des droits des homosexuels et du mariage gay. Sitôt ce droit acquis, les militants et leurs alliés politiques, les démocrates, se remirent à la lutte, cette fois pour les droits des transgenres.
Depuis l’arrêt Obergefell, les chrétiens qui restent attachés à l’enseignement de la Bible sur la sexualité et le mariage ont acquis, de l’avis général (et, de plus en plus, avec l’appui de la loi), le même statut que les racistes. La guerre culturelle entamée avec la révolution sexuelle des années 1960 s’est soldée par une défaire des chrétiens conservateurs. La gauche culturelle – autrement dit, le courant de pensée dominant – n’a nullement l’intention de vivre en paix après sa victoire. Au contraire, elle continue de pousser pour établir une occupation dure et impitoyable, aidée par le désarroi des chrétiens, qui ne comprennent pas ce qui se passe. Qu’on ne s’y trompe pas: l’élection surprise de Donald Trump n’empêchera rien. Tout au plus est-elle un sursis.
Si j’ai écrit ce livre, c’est pour réveiller l’Église, l’encourager à agir, à se renforcer tant qu’il est encore temps. Si nous voulons survivre, il nous faut retourner aux racines de notre foi, dans nos pensées comme dans nos actes. Il va nous falloir renouer avec des habitudes intérieures que les croyants occidentaux ont délaissées. Il va nous falloir radicalement changer nos vies, notre vision du monde. En un mot, il va nous falloir être l’Église, sans compromis, quel qu’en soit le coût.
Ce livre n’est pas un programme politique, ni un manuel pratique de spiritualité, ni une énième lamentation sur la décadence. Certes, il propose une critique de la société moderne d’un point de vue chrétien traditionnel, mais il a d’abord pour but de présenter les initiatives de ces chrétiens qui cherchent, de manière créative, à vivre leur foi en dehors de la culture dominante, dans la joie et malgré les ténèbres. J’espère vous donner l’envie de vous en inspirer, de collaborer avec les chrétiens de votre entourage, de votre région, pour bâtir des réponses aux défis que ce monde lance à l’Église. Pour que le sel ne perde pas sa saveur, nous devons agir. Il se fait tard, et ce n’est pas un exercice.
Pour Alasdair Maclntyre, nous sommes dans l’attente d’ « un nouveau saint Benoît, sans doute très différent du premier ». Le philosophe veut parler d’un chef inspiré, novateur, qui trouvera une nouvelle façon de vivre la tradition en communauté, qui permettra la survie dans un temps d’épreuve. Le pape émérite Benoît XVI prédit un monde dans lequel l’Église vivra en petits cercles composés de chrétiens engagés, dévoués à leur foi et se tenant à l’écart de la société contemporaine pour l’amour de la vérité. Lisez ce livre, apprenez de ceux que vous y rencontrerez, soyez inspiré par le témoignage des moines. Laissez-les parler à votre cœur, à votre raison, puis agissez localement, renforcez-vous, renforcez votre famille, votre église, votre école, votre communauté.
Dans la première partie de ce livre, j’exposerai, tel que je le conçois, le défi de l’Amérique post-chrétienne. J’y chercherai les racines philosophiques et théologiques de la fragmentation de notre société, puis expliquerai quel soutien les croyants d’aujourd’hui peuvent trouver dans les vertus que contient la règle de saint Benoît, un guide pratique pour la vie monastique qui joua un grand rôle dans la préservation de la culture chrétienne, au cours de ce que certains appellent l’Age sombre.
Je décrirai dans la deuxième comment le mode de vie chrétien prescrit par la Règle peut être adapté à l’existence des laïcs chrétiens modernes, quelle que soit leur confession. La Règle propose des pistes pour aborder la politique, la foi, la famille, la communauté, l’éducation et le travail. Je montrerai comment ces pistes se manifestent concrètement chez beaucoup de chrétiens dont on devrait écouter ce qu’ils ont à dire. Enfin, j’analyserai l’importance cruciale de ces croyants qui se confrontent avec résolution, en pensée et en acte, aux deux phénomènes les plus puissants du monde moderne, qui déstabilisent l’Église dans ses fondements: la sexualité et la technologie.
J’espère que vous finirez par convenir que les chrétiens sont entrés dans un temps de grandes décisions. Les choix que nous faisons aujourd’hui auront des conséquences sur la vie de nos descendants, sur notre nation, sur notre civilisation. Jésus-Christ a promis que les portes de l’Enfer ne sauraient atteindre Son Église, mais Il n’a pas promis qu’elles ne la vaincraient pas en Occident. Tout dépend de nous, de ce que nous allons décider, ici et maintenant. »

Tandis que le premier chapitre de l’essai, intitulé « le déluge », présente l’irruption des valeurs anti-chrétiennes au cours de ces dernières décennies, le chapitre 2 analyse les racines anciennes de la crise que vivent les sociétés occidentales (le nominalisme, la Renaissance, la Réforme, les Lumières, la démocratie, la capitalisme et le romantisme, le triomphe de l’Eros). Le chapitre 9 approfondit la question de la révolution sexuelle et propose quelques solutions pour l’affronter, tandis que le chapitre 10 décrit les méfaits des techniques modernes, notamment numériques, et propose une limitation de l’usage de la télévision, d’Internet et des réseaux sociaux. Le chapitre 3 présente quelques éléments de la règle bénédictine dont l’application serait salutaire pour l’homme post-moderne : ordre, prière, travail, ascèse, stabilité, communauté, hospitalité, équilibre… Le chapitre 4 invite à construire une nouvelle forme de politique qui serait anti-politique et prendrait la forme d’une communauté chrétienne organisée, avec ses propres institutions (notamment scolaires) permettant d’échapper aux institutions délétères de nos sociétés actuelles. Le chapitre 5 propose quelques principes d’un mode de vie nouveau, inspiré par l’Église: redécouvrir la valeur du passé (au lieu de le nier au nom de la modernité et du prétendu progrès), redécouvrir la liturgie, renouer avec l’ascèse, renforcer la discipline de l’Église, évangéliser par la bonté et la beauté, accepter l’exil et la possibilité du martyre. Le chapitre 7 quant à lui présente les principe qui devraient participer à la constitutions d’un « village chrétien » à l’échelle de nos sociétés : faire de son foyer un petit monastère, faire savoir aux enfants que leur famille est différente des autres (et en être fier), s’assurer qu’ils ont un bon groupe d’amis, vivre à proximité des membres de sa communauté, faire vivre le réseau social de l’Église, nouer des relations entre Églises, aimer la communauté… Le chapitre 7 redéfinit l’éducation comme formation chrétienne et en énonce les principes: donner à sa famille une éducation bien ordonnée, enseigner l’Écriture aux enfants, enseigner aux jeunes l’histoire de la civilisation occidentale (dénigrée et méprisée par le système scolaire actuel), retirer ses enfants de l’enseignement public (qui contribue à l’étouffement des valeurs chrétiennes), ne pas se faire d’illusion sur les écoles chrétiennes existantes (qui très souvent s’assimilent au modèle libéral moderne), monter des écoles chrétiennes classiques, faire l’école à la maison, revenir aux classiques… Le chapitre 8 concerne les changements à apporter au monde de l’économie et du travail: « acheter chrétien » même si c’est plus cher, constituer un réseau professionnel chrétien, redécouvrir les métiers, se préparer à la pauvreté et à la marginalisation.

On le voit, ce livre se situe dans la ligne d’un conservatisme décomplexé, à la fois religieux et politique. L’auteur travaille d’ailleurs dans un journal qui, comme son nom l’indique, se situe dans la ligne politique des conservateurs américains, autrement dit des « Républicains », et il est habituel aux États-Unis de classer les chrétiens en libéraux ou conservateurs, et de parler de « gauche chrétienne » et de « droite chrétienne », comme nous le faisons en France pour les partis politiques et leurs sympathisants.

Ce n’est pas seulement en se positionnant par rapport à ce type de catégories qui situent la religion à proximité de la politique mais par son style (journalistique et usant constamment de la première personne) et par son contexte (celui de la société américaine actuelle) que ce livre est très américain dans son esprit et dans sa forme, et pour une part en décalage avec la mentalité et le contexte européens.
Il n’en reste pas moins vrai que la sécularisation de la société et tous les problèmes sociétaux qui remettent en cause les valeurs chrétiennes aux États-Unis, touchent de plus en plus nos sociétés européennes, les processus de globalisation et de mondialisation qui affectent l’ensemble des sociétés contemporaines tendant à uniformiser celles-ci à l’échelle du monde.
Tout en n’étant pas (encore) un reflet de ce que nous vivons, et tout en ayant une tonalité pessimiste et une tendance à la dramatisation, ce livre nous concerne et nous parle.
Il est vrai que si les valeurs antichrétiennes gagnent rapidement du terrain dans le même temps que les sociétés occidentales se déchristianisent à grande vitesse, ce n’est pas seulement en raison des moyens de diffusion dont elles disposent, mais aussi en raison du manque d’activité et de réactivité des chrétiens eux-mêmes, de leur faiblesse à affirmer leur foi et leur identité, de l’insuffisance de leur conviction dans l’expression et l’incarnation de leur éthique, de leur manque d’esprit apostolique et missionnaire dans la société où ils vivent (jusque dans la crainte de s’afficher comme chrétiens), et de leur incapacité de proposer par leur propre exemple un modèle de vie personnelle et de communauté enviables. La sécularisation inhérente au protestantisme depuis ses origines et qui a gravement affecté le catholicisme depuis le concile Vatican II et continue à l’affecter – malgré un certain retour de celui-ci, depuis Jean-Paul II et Benoît XVI, à des formes plus conformes à ses traditions antérieures –, a une grande part de responsabilité dans la sécularisation que connaissent les sociétés occidentales depuis plusieurs décennies, dans la perversion et l’oubli des valeurs chrétiennes de référence, et dans l’irruption de pseudo-valeurs de substitution. Selon la parabole de l’évangile (Mt 12, 44-45), quand on laisse la maison vide, de méchants démons y entrent…
Le renforcement de l’Église comme communauté, mettant à la disposition des fidèles, comme ce fut le cas dans le passé, des institutions (en particulier éducatives) transmettant et diffusant ses valeurs, et aussi (comme dans les institutions caritatives) les incarnant est un projet essentiel pour son maintien et sa reviviscence.
Les chrétiens doivent-ils pour autant se couper de la société et de ses institutions au risque de former un ghetto? Cela ne risquerait-il pas d’accentuer et d’institutionnaliser leur mise à l’écart et leur mise en minorité? La communautarisation telle qu’elle existe par exemple au Canada (avec l’appui officiel de l’État, qui préfère ce modèle d’intégration au modèle d’assimilation américain) où chaque communauté a ses propres institutions (écoles, collèges, lycées, universités, hôpitaux, maison de retraite, etc.) est-elle une solution? De tous temps les chrétiens ont eu pour tâche de préserver leur foi, leur éthique et leur mode de vie, à travers la vie et les institutions ecclésiales et au sein de leurs familles, ces « églises domestiques » comme les appelait saint Jean Chrysostome. Mais ils ne se sont pas pour autant coupés et séparés du monde environnant, à l’exception des moines, dont c’était la vocation particulière. Le Christ n’a jamais prétendu fonder en ce monde une société parallèle à la société civile, et il a commandé à ses disciples « de rendre à César ce qui est à César ». Il a affirmé clairement: « mon royaume n’est pas de ce monde ». Il a demandé aux chrétiens de témoigner de leur foi dans la société et pas à côté d’elle. Et s’il est vrai que l’Église constitue une société, celle-ci est de nature spirituelle et, dans sa plénitude, eschatologique. Porter témoignage de leur foi, coûte que coûte, au sein de la société où ils vivaient lors même qu’elle était antichrétienne, leur a d’ailleurs coûté cher pendant de longues périodes de l’Histoire où dans de vastes espaces géographiques, que ce soit au temps des persécutions des premiers siècles, au temps des conquêtes et de l’oppression persanes et ottomanes, sous le régime communiste, et plus récemment dans les zones dominées par l’intégrisme islamiste, où des millions de chrétiens ont, dans le martyr, payé de leurs souffrances, de leur sang et de leur mort.
Un autre problème majeur du livre de Dreher est que, tout en préconisant une société chrétienne faite de « petites communautés », il considère le christianisme comme un ensemble unifié, dont les membres seraient tous susceptibles d’adopter sans tarder le modèle qu’il propose. Il parle souvent de « l’Église » au singulier, mais dans la situation actuelle ce terme ne peut, pour différentes raisons, inclure les différentes confessions chrétiennes que l’auteur a en vue dans son projet global.
On ne peut que s’associer au souhait de Dreher de voir un jour les chrétiens réunis, mais outre que les divergences dogmatiques et ecclésiologiques qui les séparent sont loin de pouvoir trouver une solution, ils restent fortement divisés quant aux valeurs morales elles-mêmes. Réunir les chrétiens conservateurs en tant que tels risque de constituer une base à tous égards insuffisante.
Un autre trait frappant du livre de Dreher est qu’il comporte de multiples références à des auteurs catholiques et protestants, mais ne cite aucun auteur orthodoxe (excepté Schmemann sur la question du jeûne). Peut-être est-ce parce qu’il considère que le modèle bénédictin, qui a conservé beaucoup des valeurs et de traits de la vie spirituelle sur lesquelles tous les chrétiens s’entendaient au cours du premier millénaire, suffit à ses yeux (non au sens strict, en tant qu’ordre monastique, mais au sens large, par les valeurs qu’il incarne) à représenter le modèle orthodoxe (et donc peut-être est-ce là que nous trouverons une réponse aux questions que nous avons posées précédemment). C’est ce que semble indiquer ce passage du 1er chapitre:

« Vous ferez dans ce livre la connaissance d’hommes et de femmes qui sont les Benoît d’aujourd’hui. Certains vivent à la campagne, d’autres à la ville. D’autres encore sont dans les banlieues. Tous sont des chrétiens orthodoxes convaincus c’est-à-dire, théologiquement, des conservateurs appartenant à l’une des trois branches principales du christianisme historique – qui savent que les chrétiens doivent quitter Babylone, s’en séparer soit métaphoriquement, soit littéralement, sans quoi leur foi ne tiendra plus guère que le temps d’une génération ou deux dans cette culture de mort. Ils ont, au contraire de bien d’autres, accepté de reconnaître cette vérité que la politique ne nous sauvera pas. Plutôt que d’essayer de rafistoler l’ordre établi, ils ont reconnu que le royaume auquel ils appartiennent n’est pas de ce monde, et ont décidé de ne pas compromettre cette citoyenneté. Ces chrétiens orthodoxes font ce que j’appelle le “pari bénédictin”, une stratégie tirée de l’enseignement de l’Écriture et de la sagesse de l’Église des premiers temps, qui consiste à embrasser l’ “exil sur place” pour former une contre-culture vivace. Conscients de la dangerosité du sécularisme moderne et de la fragmentation causée par le relativisme, les chrétiens partis sur la voie de Benoît cherchent dans la Bible et la Règle les pratiques et modes de vie communautaires qui régiront leur vie. Plutôt que la panique ou la complaisance, ils choisissent la raison: le nouvel ordre n’est pas un problème à résoudre, mais une réalité avec laquelle il faut vivre. Ces chrétiens apprennent à survivre avec foi et inspiration, à approfondir leur vie de prière, à changer leur manière d’être, à se recentrer sur leur famille et leur communauté plutôt que sur la politique partisane, à construire des églises, des écoles et d’autres institutions dans lesquelles la foi chrétienne pourra survivre et s’épanouir pendant le déluge. »

Il est cependant évident que le modèle bénédictin, quelles que soient ses vertus, est trop limité et lié à un contexte historique occidental pour représenter le mode de vie orthodoxe dans toute son ampleur. Mais il est vrai que par leur conservatisme religieux (qui leur est souvent reproché dans un monde devenu liquide et presque entièrement gagné au libéralisme et au modernisme) les Orthodoxes traditionnels (qui sont la majorité des fidèles dans les pays orthodoxes) sont, parmi les chrétiens, ceux qui ont le plus fidèlement conservé l’esprit, les valeurs et le mode de vie du christianisme tel qu’il a été fondé par le Christ et transmis par les Apôtres et les Pères, et, en conséquence, il est vrai aussi que l’Église orthodoxe est actuellement, parmi toutes les communautés se réclamant du christianisme, particulièrement bien placée pour résister aux assauts anti-chrétiens du monde séculier post-moderne, et pour proposer, par sa capacité à englober spirituellement toutes les dimensions de la vie quotidienne, un modèle de vie alternatif fondé sur les valeurs chrétiennes authentiques. C’est d’ailleurs ce qui a convaincu Rod Dreher et sa famille de rejoindre l’Église orthodoxe, comme il l’explique dans son article déjà cité : « Qu’y a-t-il de si attirant dans l’Orthodoxie ? »

Rod Dreher sera en France du 28 septembre au 6 octobre. Il présentera son livre le dimanche 1er octobre à 11h30 à la Paroisse Ste Parascève-Ste Geneviève, Crypte St François (sous l’église St Sulpice), 35 rue St-Sulpice, Paris 6e, Métro St-Sulpice ou Odéon.

Jean-Claude Larchet

Parution du n°114 (septembre 2017) de la revue “Apostolia”

Le n°114  (septembre 2017, couverture ci-contre) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître. Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine. Courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu. Sommaire ci-dessous.

Déclaration conjointe des patriarches et des chefs des Églises de Jérusalem «Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur» (Isaïe 1,17)

En juillet 2017, nous, les chefs des Églises de Jérusalem, avons été obligés de publier un communiqué de presse concernant les violations du Statu quo qui régit les lieux saints et assure les droits et privilèges des Églises. Ce Statu quo est universellement reconnu par les autorités religieuses et les gouvernements, et a toujours été soutenu par les autorités civiles de notre région.
Nous nous trouvons unis une nouvelle fois encore pour condamner un nouvel empiétement sur ce Statu quo. En pareil cas, les chefs des Églises sont résolus et unis pour s’opposer à toute action de quelque autorité que ce soit ou de tout groupe qui porte atteinte à ces lois, accords et règlements qui ont ordonné notre vie depuis des siècles.
De nouvelles actions sont une violation flagrante du Statu quo. Le jugement dans l’affaire « Jaffa Gate » contre le Patriarcat orthodoxe grec de Jérusalem, que nous considérons comme injuste, ainsi qu’un projet de loi à la Knesset, qui est politiquement motivé et qui restreindrait les droits des Églises sur leurs propres propriétés, sont des agressions supplémentaires sur les droits que le Statu quo a toujours garantis.
Nous voyons dans ces actions une tentative systématique de saper l’intégrité de la ville sainte de Jérusalem ainsi que de la Terre Sainte et d’affaiblir la présence chrétienne. Nous affirmons, dans les termes les plus clairs possibles, qu’une communauté chrétienne vivante et dynamique est un élément essentiel dans la composition de notre société  si diversifiée, et les menaces sur la communauté chrétienne ne peuvent qu’accroître les inquiétantes tensions qui ont émergé dans ces périodes troublées.
De telles tentatives pour saper la communauté chrétienne de Jérusalem et de Terre Sainte ne touchent pas qu’une seule Église ; elles nous touchent tous, et elles affectent les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté à travers le monde. Nous avons toujours été fidèles à notre mission de veiller à ce que Jérusalem et les lieux saints soient ouverts à tous, sans distinction ni discrimination, et nous soutenons unanimement les actions, y compris un appel de la Haute cour, contre le jugement du « Jaffa Gate » et nous nous opposons à toute loi proposée qui restreindrait les droits des Églises sur leurs propriétés.

Par conséquent, nous, à qui la divine providence a confié le soin des lieux saints et la garde pastorale des communautés vivantes et chrétiennes originaires de Terre Sainte, faisons appel aux responsables et fidèles des Églises chrétiennes dans le monde entier, ainsi qu’aux chefs des gouvernement et toutes les personnes de bonne volonté, pour nous soutenir afin de s’assurer qu’aucune autre tentative ne soit faite de n’importe quelle part que ce soit pour changer se Statu quo historique, ses dispositions et son esprit.
Nous ne pouvons pas souligner assez fortement la gravité des conséquences qu’a eu la récente et systématique attaque du Statu quo sur l’intégrité de Jérusalem et sur le bien-être des communautés chrétiennes de Terre Sainte, ainsi que sur la stabilité de notre société.
Nous, les chefs des Églises de Jérusalem, restons résolument unis pour travailler pour la réconciliation et pour une paix juste et durable dans notre région, et nous demandons les bénédictions de Dieu sur tous les peuples de notre bien-aimée Terre Sainte.
Les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem
+ Patriarche Théophile III, Patriarcat grec-orthodoxe
+ Patriarche Norhan Manougian, Patriarcat de l’Église apostolique arménienne orthodoxe
+ Mgr Pierbattista Pizzaballa, administrateur apostolique du Patriarcat latin
+ Père Francesco Patton, ofm, custode de Terre Sainte
+ Mgr Anba Antonius, Patriarcat copte orthodoxe, Jérusalem
+ Mgr Swerios Malki Mourad, Patriarcat syrien orthodoxe
+ Mgr Aba Embakob, Patriarcat orthodoxe éthiopien
+ Mgr Joseph- Jules Zerey, Patriarcat melkite
+ Archevêque Mosa El -Hage, Exarchat maronite
+ Mgr Souheil Dawani, Eglise épiscopale de Jérusalem et du Moyen-Orient
+ Mgr Munib Younan, Eglise évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte
+ Mgr Pierre Malki, Exarchat syrien catholique
+ Mgr Georges Dankaye, Exarchat arménien catholique
(publié le 3 septembre 2017)

Source: Patriarcat orthodoxe de Jérusalem

Vient de paraître: « Comme l’éclair part de l’Orient. Itinéraire d’un pèlerin russe »

Le P. Alexandre Siniakov, recteur du Séminaire orthodoxe russe en France, vient de publier un ouvrage intitulé Comme l’éclair part de l’Orient. Itinéraire d’un pèlerin russe aux éditions Salvator. Une recension a été publiée sur cette page. L’agence de presse Zenit a mis en ligne un entretien avec le P. Alexandre.

Encyclique du patriarche Bartholomée pour le début du nouvel an ecclésiastique et la journée de prière pour la sauvegarde de la Création

No de protocole 702

† Bartholomée par la grâce de dieu archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique que la grâce, la paix et la miséricorde de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus Christ, auteur de toute la création, soient avec tout le plérôme de l’Église

Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Par la grâce de Dieu, nous entamons aujourd’hui la nouvelle année ecclésiastique, continuant « par l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ » de témoigner et justifier « notre espérance » , vivant dans l’Église, vivant en Christ Qui a promis d’être avec nous « tous les jours jusqu’à la fin des temps » .

Il y a vingt-huit ans, par décision synodale, le Patriarcat Œcuménique a fixé le fête de l’Indiction comme « Journée de protection de l’environnement » au cours de laquelle, des prières et des suppliques « pour la création tout entière » sont adressées depuis le Centre sacré de l’Orthodoxie. L’encyclique patriarcale diffusée à cette occasion a invité le monde orthodoxe et l’ensemble du monde chrétien à adresser, en ce jour, des prières pour remercier le Créateur de toutes choses du « grand don de la Création » et Le supplier de protéger celle-ci.

Nous exprimons humblement notre joie et satisfaction pour l’écho et la fructification de cette initiative de l’Église constantinopolitaine. Nous avons montré les racines spirituelles de la crise écologique, la nécessité aussi de faire pénitence et de procéder à une nouvelle hiérarchisation des valeurs de l’homme moderne. Il s’est avéré que l’exploitation et la destruction de la création est une perversion et altération de l’ethos chrétien ; que ce n’est pas une conséquence inéluctable du commandement biblique « soyez féconds et prolifiques » ; que le comportement anti-écologique est une insulte au Créateur et une transgression à Ses commandements, et que ce comportement va à l’encontre de la vraie destination de l’être humain. Il ne saurait y avoir de développement viable aux dépens des valeurs spirituelles et de l’environnement naturel.

La sainte Grande Église du Christ ne cesse de mettre en relief le potentiel écophile de notre foi orthodoxe, montrant l’usage eucharistique de la création, la fonction du croyant en tant qu’« officiant » de la Création qui sans repos ni trêve réfère celle-ci au Créateur de tout et la valeur incomparable de l’esprit ascétique comme antidote à l’eudémonisme contemporain. Effectivement, le respect de la création appartient au noyau de la tradition orthodoxe.

Nous sommes très préoccupés du fait qu’alors que la crise écologique va indubitablement en s’aggravant, l’humanité fasse semblant, au nom du développement économique et des applications technologiques, de ne pas entendre les appels pour changer radicalement de comportement envers la création. Manifestement, la dégradation déjà subie par l’environnement naturel est une conséquence d’un modèle concret de développement économique qui se désintéresse de ses retombées anti-écologiques. Les bénéfices à court terme, associés à l’amélioration du niveau de vie dans certaines régions de la terre, ne font que dissimuler la déraison que constituent l’exploitation et le pillage de la création. L’activité économique qui ne respecte pas la maison de la vie, c’est de l’anti-économie et non pas de l’éco-nomie. L’économisme effréné pratiqué par la globalisation va aujourd’hui de pair avec le développement fulgurant de la science et de la technologie qui, malgré ses bénéfices, est assorti d’une attitude orgueilleuse à l’égard de la création et de l’exploitation diverse de celle-ci. Notre contemporain sait, mais il agit comme s’il ne savait pas. Il sait que la nature ne se renouvelle pas indéfiniment, mais il se désintéresse des conséquences négatives sur l’environnement du « marché technologique ». Ce mélange vraiment explosif de l’économisme débridé et du scientifisme, c’est-à-dire de la confiance illimitée placée dans le pouvoir de la science et de l’économie, accroît les risques pesant sur l’intégrité de la création et sur l’être humain.

Le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe a sagement et clairement nommé les risques de la « loi de l’économie », c’est-à-dire l’économie émancipée par rapport aux besoins vitaux de l’être humain qui ne peuvent être valablement servis que dans un environnement naturel viable ; il a proposé une économie durable « fondée sur les principes de l’Évangile » et la solution au problème écologique contemporain « sur la base des principes de la tradition chrétienne » . Face aux menaces contemporaines, la tradition de l’Église exige de changer radicalement « de mentalité et de comportement » à l’égard de la création, d’adopter l’esprit ascétique « de frugalité et de modération » , pour affronter « l’avidité » , « le culte des besoins et le sentiment de possession » . Le saint et grand Concile a aussi mis l’accent sur « les aspects sociaux et les retombées tragiques que représente la destruction de l’environnement naturel » .

Nous conformant aux décisions de ce Concile, dans notre présente encyclique, nous soulignons le rapport étroit liant les problèmes environnementaux et sociaux ; le fait qu’ils puisent leur racine dans le « cœur insensé » sans Dieu, dans la chute et le péché, dans l’abus de la liberté humaine accordée par Dieu. La destruction de l’environnement et de la société est toujours précédée d’un « bouleversement des valeurs » venant de l’intérieur, d’une déchéance spirituelle et morale. Lorsque l’avoir domine notre intelligence et notre cœur, notre attitude tant envers notre prochain qu’à l’égard de la création est inévitablement possessive et impropre. Selon l’Évangile, « L’arbre malade » produit toujours « de mauvais fruits » .

Nous soulignons respectivement que la considération vouée à la création et à l’être humain ont la même source et point de départ, c’est-à-dire le renouveau en Christ de l’homme et sa liberté bénie. De même la destruction de l’environnement et l’injustice sociale vont de pair, de même le comportement écophile et la solidarité sociale sont indissociables.

Il va de soi que pour faire face à la crise plurivalente à laquelle l’humanité, sa civilisation et sa maison sont confrontées de nos jours, une mobilisation de toutes parts et un effort commun s’imposent. De même s’agissant des problèmes majeurs, de même des crises qui sévissent et s’interpénètrent de l’environnement naturel et de la société, il est impossible d’en venir à bout sans une coopération interchrétienne et interreligieuse. Le dialogue est en l’occurrence le terrain propice pour mettre en relief les traditions écophiles et sociales, la sensibilisation écologique et sociale ; pour faire aussi une critique constructive du progrès exclusivement technologique et économique, et des modèles individualistes et sociocentriques, opérant au détriment de la création et de la civilisation de la personne humaine.

En concluant, nous soulignons encore une fois le respect irréductible envers la création et la personne humaine, nous appelons tous les êtres humains de bonne volonté à s’engager dans le bon combat pour protéger l’environnement naturel et pour consolider la solidarité, et nous prions le Seigneur dispensateur de tout bien, par l’intercession de la toute-Sainte Mère de Dieu Pammakaristos, de gratifier ses enfants d’« un cœur se consumant pour toute la création » et « excité à la charité et aux œuvres bonnes » . 1er septembre 2017

† Bartholomée de Constantinople votre fervent intercesseur devant Dieu.

Message du patriarche de Moscou Cyrille aux archipasteurs, pasteurs, diacres, moines et moniales et à tous les enfants fidèles de l’Église orthodoxe russe à l’occasion du centenaire du Concile de 1917-1918

Message du patriarche de Moscou Cyrille aux archipasteurs, pasteurs, diacres, moines et moniales et à tous les enfants fidèles de l’Église orthodoxe russe à l’occasion du centenaire du Concile de 1917-1918

« Vos Éminences les archipasteurs, Révérends pères et diacres, Révérends moines et moniales, Chers frères et sœurs,

Cent ans se seront écoulés cette année depuis le début des travaux du Concile local de 1917-1918, qui est devenu une étape éminemment importante dans l’histoire de l’Orthodoxie russe. Malgré le siècle qui est passé et qui nous sépare des événements de cette époque, le sens du Concile de 1917-1918 n’est pas encore pleinement saisi et estimé par le peuple ecclésial. Je suis profondément convaincu que son héritage nécessite une étude sérieuse et réfléchie, et qu’un grand nombre d’idées qui ont alors été exprimées seraient utiles et sollicitées aujourd’hui. Actuellement, de gros efforts sont entrepris pour diffuser des éléments sur l’activité du Concile ; en particulier, la première édition fondamentale et scientifique des documents du Concile a été réalisée, laquelle est fort importante pour préserver la mémoire de cet événement réellement grand, à la charnière des siècles. Le Concile a connu une période prolongée de préparation, au cours de laquelle a été accomplie une collecte d’informations, tandis qu’étaient demandées leurs opinions aux archipasteurs, théologiens, canonistes et historiens au sujet des questions les plus essentielles de la vie ecclésiale. Dans la presse – tant ecclésiastique que séculière – des débats avaient lieu sur les thèmes les plus actuels et sujets à controverses. De nombreux articles ont été publiés, donnant le ton et déterminant les vecteurs des discussions qui devaient suivre.  Quelques années avant le Concile a été créé un organe spécial, appelé « Commission préconciliaire », dont le but était de rassembler les données nécessaires à l’organisation correcte des discussions sur les thèmes actuels. L’héritière spirituelle de cet organe de nature conciliaire est la « Commission inter-conciliaire »  qui fonctionne actuellement, et aux travaux de laquelle participent activement non seulement les archipasteurs, mais les prêtres et aussi les laïcs. Les documents préparés par les efforts conjoints des membres de cette Commission, et  à la discussion desquels est convié un large public, sont proposés pour un examen complémentaire par le Saint-Synode ou l’Assemblée des évêques. Cela marque ainsi le triomphe indéniable de l’esprit de conciliarité dans la vie de l’Orthodoxie russe contemporaine. Ce ne sont pas toutes les décisions prises il y a un siècle, loin s’en faut, qui ont été incarnées dans la vie. Et les causes en sont diverses. L’obstacle le plus évident fut l’éclatement de la guerre civile qui suivit les événements révolutionnaires et les persécutions sans précédent contre l’Église et les fidèles qui s’en sont suivies. Nous accomplissons notre ministère dans des conditions historiques absolument différentes. La majorité de nos concitoyens, par la miséricorde divine, n’ont pas eu à faire l’expérience des persécutions pour confesser la foi. Aujourd’hui, nous pouvons réfléchir, dans la prière, au bilan des actes conciliaires, répondre à la question pourquoi certaines décisions conciliaires, malgré une multitude d’obstacles, ont été appliquées et ont trouvé leur place dans la vie de l’Église, tandis que d’autres, au contraire ne se sont pas avérées viables et n’ont pas été adoptées par la conscience ecclésiale. De nombreux participants au Concile ont témoigné de leur fidélité à l’Évangile par leur martyre ou l’exploit de la confession de la foi, manifestant pour nous, leurs descendants, un exemple de fermeté et de courage dans les épreuves. Il nous faut agir selon la parole de l’Écriture, qui nous appelle à considérer la fin de leur vie et à vénérer ceux qui ont œuvré sur le champ du Seigneur avant nous, imitant leur espoir immuable dans le Christ (Hébr. 13,7), afin de ne pas être ébranlé par l’incrédulité dans les promesses Divines, mais rester forts dans la foi, en donnant gloire à Dieu (Rom. 4,20). Amen ».

Source

Message de l’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis d’Amérique au sujet des violences racistes à Charlottesville

« Le vendredi 18 août 2017

L’Assemblée des évêques orthodoxes canoniques des États-Unis d’Amérique est aux côtés de tous les gens de bonne volonté pour condamner la violence odieuse et déplorer le décès qui a résulté des tentatives honteuses de promouvoir l’intolérance ainsi que l’idéologie suprémaciste à Chalottesville, en Virginie. L’Église orthodoxe déclare catégoriquement qu’elle ne promeut, ni protège ou approuve la participation à de tels actes répréhensibles de haine, de racisme et de discrimination, et proclame que de telles convictions et conduites n’ont pas leur place dans toute communauté basée sur le respect de la loi et la foi dans un Dieu aimant. L’essence de l’Évangile chrétien et l’esprit de la Tradition orthodoxe sont entièrement et de toute évidence incompatibles avec les idéologies qui déclarent la supériorité d’une race sur une autre. Notre Dieu ne fait pas acception de personnes et ne fait pas de favoritisme (Deutéronome 10:17, Romains 2:11). Notre Seigneur Jésus-Christ « a renversé le mur de séparation, l’inimitié, de ce qui était divisé, il a fait une unité » (Éph. 2,14). En Christ Jésus, l’Église proclame qu’il ne peut y avoir « ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme, mais que tous sont un » (Gal. 3,28). En outre, nous appelons à « ne point prendre part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais plutôt à les condamner » (Éph. 5,11). Et que sont les ténèbres si ce n’est pas la haine ? « Celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres » (I Jn 2,11). En outre, en 1872, des hiérarques venus du monde entier se sont assemblés à Constantinople et ont dénoncé toutes formes de xénophobie et de chauvinisme (phylétisme). Ils se sont accordés sur le fait que la promotion de la suprémacie raciale ou nationale ainsi que le préjugé ou les dissensions ethniques dans l’Église du Christ doivent être prohibés en tant que contraires aux enseignements sacrés de l’Évangile chrétien et des saints canons de l’Église. Cela est condamné formellement comme hérésie, la catégorie la plus haute des faux enseignements. Enfin, de telles actions, comme nous en sommes les témoins ces jours récents, par des gens qui se veulent suprémacistes blancs, néo-nazis, et racistes et fascistes de toutes sortes, trahissent les valeurs humaines fondamentales d’amour et de solidarité. Cela dit, nous prions de tout notre cœur pour les familles de ceux qui ont perdu la vie ou ont souffert durant ces tragiques événements. De même, nous ne pouvons accepter aucune forme de revanche ou de représailles par tout groupe ou toute personne. Aussi, nous appelons ardemment chaque personne de bonne volonté, et particulièrement les dirigeants de notre grande nation,  à envisager et adopter des moyens de concilier les divergences afin de s’élever au-dessus de toute discrimination dans notre histoire, présente et future ».

Source :

Message du Saint-Synode de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) au sujet des tragiques événements récents de Charlottesville

« Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Il est la tête du corps de l’Église; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier » (Col. I, 16-18).

Le 16 août 2017

Au clergé, aux moines et moniales, et aux fidèles de l’Église orthodoxe en Amérique.

Les tragiques événements récents à Charlottesville, en Virginie, ont mis en évidence la présence d’une rhétorique non chrétienne et d’actions violentes dans notre société. En même temps, la réponse à ces événements par nos autorités civiles a débridé un débat à l’échelle de la nation, qui a créé une certaine ambiguïté morale, ce qui a favorisé une division supplémentaire. Un tel climat exige une réponse claire de l’Église. Le Saint-Synode des évêques de l’Église orthodoxe en Amérique se joint aux gens de foi et de bonne volonté qui, à travers les États-Unis, le Canada et le Mexique, rejettent, sans équivoque, sans réserve et sans ambiguïté, les paroles et les actions qui perpètrent, soutiennent et encouragent la haine, la violence, le racisme, la suprématie blanche, le nationalisme blanc ou le néonazisme. En tant que chrétiens orthodoxes, nous croyons que chaque être humain est un enfant de Dieu, créé à Son image et à Sa ressemblance et, pour cette raison, nous sommes tous frères et sœurs, quelle que soient notre race, notre nationalité et notre foi. En même temps, nous rejetons également le climat de condamnation des individus accomplissant ces activités odieuses. En fait, Jésus a réprimandé Ses disciples lorsqu’ils Lui suggérèrent d’user de représailles violentes contre Ses ennemis : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l’homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » (Lc 9, 55-56). L’Église offre à tous – sans exception – non la condamnation, mais la voie du pardon et de la paix en Christ. Comme le dit la prière orthodoxe de la confession : « Ô Seigneur, Dieu du salut de Tes serviteurs, miséricordieux, compatissant et longanime; Qui regrette nos mauvaises actions, ne voulant pas la mort du pécheur, mais qu’il se détourne de sa voie et qu’il vive, aie pitié maintenant de Tes serviteurs et accorde-leur la repentance, le pardon des péchés et la délivrance, en pardonnant tous leurs péchés, volontaires ou involontaires… » Nous rejetons la haine et la violence et, en tant que chrétiens orthodoxes, nous sommes aussi attachés au ministère de la réconciliation. Nous encourageons notre clergé et nos fidèles à s’en tenir fermement au message de la guérison, du salut et de l’amour offerts par le Christ, qui est la Voie, la Vérité et la Vie. En même temps, nous exhortons notre clergé et nos fidèles à rejeter toute tentative par des individus ou des groupes de se réclamer du nom de « chrétiens orthodoxes » pour promouvoir le racisme, la haine, la suprématie blanche, le nationalisme blanc ou le néonazisme. Ceci est conforme au saint Évangile, aux décisions des saints Conciles et à l’expérience des saints. Nous rappelons aux fidèles que l’Église orthodoxe en Amérique ne restreint pas l’appartenance à celle-ci à ceux d’une race ou nationalité particulière. Historiquement, elle a reçu tous les hommes, depuis la Mission en Alaska qui a adopté les peuples indigènes de ce pays et jusqu’à ce jour, où elle continue de le faire dans le contexte multiculturel et multi-ethnique de l’Amérique du Nord. Frères et sœurs, le saint martyr Justin, écrivant à un temps où les chrétiens étaient persécutés, au IIème siècle, a dit : « alors qu’auparavant, nous nous haïssions et nous tuions les uns les autres et que la différence des mœurs et des institutions ne nous permettait pas de recevoir l’étranger à notre foyer ; aujourd’hui, après la venue du Christ, nous vivons ensemble, nous prions pour nos ennemis ». Avec notre amour paternel et nos bénédictions, + S.B. le métropolite Tikhon, archevêque de Washington, métropolite de toute l’Amérique et du Canada » (suivent les signatures de tous les autres membres du Saint-Synode de l’OCA).

Source

Les vieux-croyants unis à l’Église orthodoxe russe (« edinovertsy ») : hier, aujourd’hui et demain

Au XVIIème siècle, des fidèles se sont séparés de l’Église orthodoxe russe en raison de la réforme liturgique introduite par le patriarche Nikon (+1681) et ont fondé le mouvement des « vieux-croyants » qui s’est séparé de l’Église officielle et existe encore de nos jours, dirigé par le métropolite Corneille. Toutefois, certains d’entre eux se sont réunis au XVIIIème siècle à l’Église orthodoxe russe, tout en gardant leurs rites anciens. Ce mouvement, qui subsiste encore de nos jours, est désigné en russe par le terme « edinovérié », littéralement « partageant la même foi ». Les membres de ce mouvement sont appelés « edinovertsy » Nous publions ci-dessous un article de Vladimir Basenkov, paru sur le site Pravoslavie.ru sur l’histoire de cette communauté, sa vie présente et les perspectives d’avenir que lui prête l’auteur de l’article.

Les vieux-croyants edinovertsy constituent un phénomène intéressant et profond dans l’Église russe, dont on n’a pas encore entièrement saisi le sens jusqu’à nos jours. C’est une sorte de pont entre la Russie et l’État russe, depuis Pierre le Grand jusqu’à maintenant. Prêtons attention à la définition de l’edinovérié donnée par le hiéromartyr Simon (Chleïev), le premier évêque de ces vieux-croyants unis à l’Église russe : « Opposé au au schisme, l’edinovérié est l’ensemble des paroisses de l’Église russe, unies avec celle-ci dans la foi, mais différentes par rapport à elle quant au rite. L’edinovérié est une section du vieux-ritualisme, acceptée dans la communion de l’Église de Russie sur la base de l’unité de la foi … L’edinovérié est le vieux-ritualisme réconcilié avec l’Église russe et universelle ». Le « vieux-ritualisme », il est important de prêter attention à ce terme. Ce ne serait pas un péché de qualifier les membres de l’edinovérié de « vieux-croyants » si l’on s’adresse à un large public. Oui, ce sont des paroisses dans lesquelles est maintenu l’ordo liturgique en vigueur jusqu’aux réformes du patriarche Nikon. Les membres de l’edinovérié sont des vieux-croyants qui sont dans l’Église, dans sa plénitude.

On considère habituellement que ce mouvement remonte à 1800. Le 27 octobre de cette année-là, les conditions auxquelles les vieux-croyants pouvaient être reçus dans la communion de l’Église orthodoxe russe, avec les remarques du métropolite de Moscou Platon (Levchine), ont été confirmées par l’empereur Paul Ier. Toutefois, ces règles contenaient une série de restrictions, dans le but d’éviter que les orthodoxes passent à l’edinovérié. Par exemple, le paroissien d’une église orthodoxe habituelle ne pouvait communier chez le prêtre appartenant à l’edinovérié qu’en cas de danger de mort. Il convient de mentionner que du côté du Saint-Synode, l’edinovérié était conçue comme un projet missionnaire et que le métropolite Platon considérait les vieux-croyants comme « se trouvant dans l’erreur par ignorance ». Et naturellement, il escomptait que dans un certain temps, les paroisses d’ancien rite fusionneraient complètement avec l’Église, passant même au rite nouveau. Toutefois, les choses ne se produisirent pas ainsi. Les vieux-croyants qui s’étaient prononcés volontairement pour l’unité, comprenaient le préjudice que comportait le fait de se trouver en dehors de la communion eucharistique avec l’Église-mère. Les offices selon les livres vieux-ritualistes et l’observance indéfectible de l’ancien mode de vie paroissial russe, à l’église, dans la famille et la vie personnelle, constituaient pour « les zélateurs de l’ancienne piété » un monolithe avec les dogmes. Sous le règne de l’empereur Nicolas Ier, les positions de l’edinovérié se renforcèrent de façon significative. Hélas, non sans immixtion administrative et pression sur les représentants des factions des vieux-croyants. Il est erroné d’accuser les membres habituels de l’edinovérié des méthodes violentes de « libération » des églises et des monastères appartenant aux vieux-croyants (schismatiques). L’approche administrative, bureaucratique et militaire du gouvernement pour « la guérison du schisme » en est responsable. Les monastères vieux-croyants dans les régions d’Irgiz, de Tchernigov, Nijni-Novgorod et d’autres endroits de l’empire sont passés à l’edinovérié. Des paroisses de ce dernier mouvement sont apparues à Moscou, aux cimetières Rogojsky et Preobrajensky, dans les centres vieux-croyants. À la fin du règne de Nicolas Ier, il y avait 179 paroisses de l’edinovérié, 200.000 personnes déclaraient y appartenir.

Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, les membres de l’edinovérié s’adressèrent au Saint-Synode avec une série de demandes concernant non seulement des modifications de points individuels des règles de 1800, mais proposant la révision radicale des relations du gouvernement envers les vieux-croyants et les membres de l’edinovérié. Il y avait là aussi des propositions de création d’une Église commune de vieux rite, et des demandes de révision des règles de 1800, ainsi que la demande d’obtenir un évêque de rite ancien. La majeure partie de toutes les questions fondamentales sont restées sans suite, à l’exception de quelques corrections portant sur des points secondaires. Toutefois, en 100 ans, l’edinovérié s’était déjà transformée en une force certaine, avec ses principes et ses traditions, ses positions actives et son souhait de voir ses membres devenir des membres à part entière de l’Église, ce qui, si l’on veut être honnête, ne se ressentait pas encore complètement. Indubitablement, le premier quart du XXème siècle est une période florissante pour l’edinovérié et cette époque est liée indissociablement au nom du hiéromartyr Simon (Chleïev), le premier évêque de rite ancien qui fut une personnalité infatigable au service du vieux-ritualisme orthodoxe. En ces années fut activement discutée la question de l’épiscopat pour les membres de l’edinovérié, lesquels eurent une série de congrès diocésains, puis trois congrès pan-russes. À la même époque ont été nommés d’abord un seul, puis plusieurs évêques pour le rite ancien. Les membres de l’edinovérié n’étaient plus alors « un projet missionnaire », mais ils appartenaient au plérôme de l’Église.

Les troubles révolutionnaires contraignirent le patriarche Tikhon à nommer des évêques de l’ancien rite dans les diocèses ordinaires de l’Église russe, et il fut par la suite convaincu de leur zèle, de leur courage, de leur pratique pastorale et de leur disposition à donner leur vie pour le Christ. En 1927 a eu lieu le congrès des membres de l’edinovérié, au cours duquel, entre autres questions, a été discutée la nécessité de constituer de nouveaux diocèses pour les tenants de l’ancien rite. En outre, le congrès s’est prononcé négativement au sujet du schisme de « l’Église vivante ». Et bientôt, en 1929, le Saint-Synode leva les malédictions sur les anciens rites. Malheureusement, les circonstances dans le pays ont amené à ce que les paroisses de rite ancien fusionnent avec les autres orthodoxes.

Extrêmement peu de choses nous sont connues sur la vie des communautés de rite ancien pendant la période soviétique. Au début des années 1990 et jusqu’à nos jours, à partir des trois paroisses qui avaient survécu sur l’espace post-soviétique, leur nombre a atteint maintenant une quarantaine. Les paroisses se développent principalement au détriment d’une migration des paroissiens conservateurs de l’Église orthodoxe russe, attirés par l’histoire et la culture russes. Il y a également des passages à l’edinovérié de familles de vieux-croyants, voire même de communautés entières. Chaque année, lors des « Conférences internationales de Noël » à Moscou, une section est consacrée au rite ancien dans l’Église orthodoxe russe, au sein de laquelle, en règle générale, se réunissent des représentants de la majorité des communautés de l’espace post-soviétique (et parfois de l’étranger lointain, par exemple des États-Unis). Les prêtres et les fidèles orthodoxes qui suivent les offices selon le nouveau rite ne restent pas indifférents à de tels événements. En outre, des représentants des vieux-croyants sont souvent les hôtes, voire les conférenciers lors de ces manifestations. La section des « Conférences de Noël » consacrée au vieux-ritualisme, tenue en janvier 2017, a rassemblé un assez grand nombre de représentants des paroisses suivant l’ancien rite au sein du Patriarcat de Moscou, dont de nouvelles paroisses, ce qui témoigne de l’intérêt croissant pour les « préceptes des saints temps anciens ». La question a été soulevée de la nomination d’un évêque pour l’edinovérié, ce qui n’existe pas actuellement…

Et maintenant que résultera-t-il de tout cela ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui l’edinovérié, le rite ancien de l’Église orthodoxe russe, et pourquoi nous faut-il tout cela ? Il convient de répondre ouvertement à ces questions, dans le but de montrer aux gens qui l’ignorent toute la valeur d’un tel mouvement au sein de l’Église. De nos jours, l’edinovérié, de même qu’il y a 200 ans, se présente comme l’ensemble des paroisses de l’Église orthodoxe russe où est maintenu l’office antérieur au schisme des vieux-croyants et l’ancienne piété russe. Il s’agit naturellement du même christianisme, mais qui élève la barre des exigences spirituelles et morales pour chacun. Les offices, dans ces paroisses, sont célébrés sans raccourcissement ; les chants, les icônes et toute l’atmosphère de prière dénotent une certaine concentration, stricte, ascétique, qui donnent à l’office un caractère quasi-monastique. Les paroisses de l’edinovérié sont des communautés réelles et non pas seulement juridiques, étant donné que tous les paroissiens se connaissent, ont des contacts et s’aident mutuellement. Il y a une aspiration consciente à un certain idéal de vie chrétienne. Cela fonctionne, bien sûr, comme pour toutes les personnes, peut-être de différentes façons, mais la présence d’une aspiration se manifeste. L’edinovérié permet à l’homme de se détacher réellement de la vanité mondaine, de se plonger dans une ambiance forte de prière, d’avoir un regard sur la foi orthodoxe à travers le prisme d’une grande sévérité envers lui-même, d’aspirer à s’élever spirituellement. Dans une paroisse de l’edinovérié, l’homme ressent une définition vivante de la communauté, ce qui n’est pas sans importance de nos jours. Dans les communautés sont intégrées des familles entières, les enfants grandissent dans une tradition chrétienne intégrale. Indubitablement, cette expérience spirituelle, conservée par les membres de l’edinovérié, est utile de nos jours à tous les enfants de l’Église orthodoxe russe. Cela ne signifie aucunement qu’il soit nécessaire que les paroisses doivent passer du jour au lendemain à l’ancien ordo de l’office. Les rites, cela va de soi, sont salvifiques de façon égale, du fait qu’un développement et certains changements sont inévitables dans l’Église. Mais ce trésor d’énergie spirituelle qui a été conservé soigneusement au cours de nombreux siècles, doit devenir l’héritage de tous les chrétiens et tous peuvent utiliser cette expérience. Certains sont attirés par le chant, d’autres y voient mieux la structure pratique de la communauté, pour d’autres encore deviennent compréhensibles les éléments essentiels de la vie du chrétien, éprouvés par l’expérience d’un grand nombre de générations. L’edinovérié, née dans des circonstances complexes, après un siècle et demi de persécutions contre les partisans de « l’Église du temps jadis » est parvenu un siècle après à obtenir son égalité en droit dans l’Église orthodoxe. Il a mérité le respect au XXème siècle, où avec tous les chrétiens, il a éprouvé la violence des persécutions. Il semblait avoir péri, mais, renaissant comme un phénix de ses cendres, il accomplit son ministère silencieusement, se relevant graduellement, se préparant à décoller, et montrer à la Russie le triomphe de l’esprit russe.

On peut visionner ici  un film documentaire (en russe) sur les vieux-croyants et l’edinovérié, notamment des extraits de la célébration du métropolite Hilarion (Alfeyev) selon l’ancien rite.

Source (dont photographie) : Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com

La vénération de saint Séraphin de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine

Le site orthodoxe russe Pravoslavie.ru a publié récemment un article de Ionuț-Daniel Barbu sur la vénération de saint Séraphin de Sarov en Roumanie, que nous reproduisons ci-après.

Saint Séraphin est connu et vénéré en Roumanie. Quatorze livres sur le saint ont été publiés en langue roumaine. Treize d’entre eux ont été traduits du russe, de l’anglais, du français et du grec. La traduction la plus connue est celle de l’archimandrite anglais Lazare (Moore) : « Saint Séraphin de Sarov, une biographie spirituelle ». Il existe un site internet roumain dédié à saint Séraphin où l’on peut lire des articles récemment écrits à son sujet. Ces derniers temps, en Roumanie, sont créés des monastères, des skites, des paroisses et des institutions caritatives portant le nom de saint Séraphin, par exemple le couvent féminin d’Eșanca, près de Iași. Dans le célèbre monastère de Sihăstria Putnei, il y a des fragments de reliques de ce saint russe, tout comme dans d’autres skites et paroisses roumaines. Saint Séraphin a été représenté sur des fresques, pour la première fois, au monastère bucarestois de la Sainte-Trinité de Radu Vodă, à l’époque du patriarche de Roumanie Justinien (Marina, 1948-1977), qui entretenait des relations étroites avec le Patriarcat de Moscou et qui a rendu visite à l’Église orthodoxe russe à plusieurs reprises. Actuellement, les fidèles roumains connaissent la vie et l’enseignement du saint, et certains d’entre eux témoignent des miracles dont ils ont eux-mêmes été l’objet. La vie et les enseignements du saint sont entrés dans la tradition orthodoxe roumaine non pas par des monographies publiées, mais par des copies diffusées parmi les fidèles (à l’époque communiste) qui les lisaient avec grande admiration. Ces copies dactylographiées étaient des traductions à partir du russe ou du français et étaient entrées secrètement en Roumanie à partir des années cinquante du XXème siècle.

Mais c’est en Bessarabie que les fidèles roumains ont commencé à connaître le saint. Entre 1908 et 1914, le diocèse de Chişinău et Khotinsk [faisant alors partie de l’Empire russe] avait à sa tête le hiéromartyr Séraphin (Tchitchagov, 1856-1937). Peu avant, il avait constitué le recueil le plus complet de documents concernant saint Séraphin, publié alors sous le titre de « Chronique du monastère de Séraphino-Diveyevo » (disponible en français). Le hiéromartyr Séraphin œuvra activement à la canonisation du saint. Il avait donc une grande vénération pour le saint et utilisait souvent, dans son travail pastoral parmi les Roumains vivant en Bessarabie, des enseignements et des exemples de sa vie. Les émigrés politiques qui avaient fui la Russie et s’étaient réfugiés en Roumanie ont également participé à la diffusion de la vénération du saint. Ainsi, en 1930, quelques émigrés russes qui avaient trouvé refuge à Piatra Neamț avaient apporté avec eux une icône de saint Séraphin. Elle avait été peinte en Russie au XIXème siècle. On peut voir sur celle-ci des traces de balles du temps des persécutions athées en Russie. Plus tard, pendant la seconde guerre mondiale, les soldats roumains cantonnés en Bessarabie et en Ukraine ont découvert saint Séraphin et en ont parlé de retour dans leur patrie. Ainsi, l’archimandrite Dositej (Morariu, 1913-1990) a amené d’Ukraine en Roumanie le livre « La vie de saint Séraphin de Sarov » et l’a traduit en 1944. Par la suite, sur la base de ce livre, il a écrit sa thèse de premier cycle « Saint Séraphin de Sarov : vie, ascèse, et enseignements », qu’il a défendue en 1947 à la faculté orthodoxe de Sibiu. Mais en raison de la situation politique difficile, il ne put alors la publier. Ce travail n’a été publié qu’en 2004, après la mort de l’archimandrite Dosithée († 1990), par l’archimandrite et prédicateur roumain Joannice Bălan aux éditions du monastère roumain de Sihăstria. En 1943, le métropolite de Rostov Nicolas a été déporté en Roumanie et, avec lui, son père spirituel, un ancien moine d’Optino, le hiéromoine Jean (Kouliguine). Le fondateur de la revue « Floarea de Foc » (« Le Buisson ardent ») et du mouvement religieux du même nom, Sandu (Tudor), et son groupe a rencontré le père Jean au monastère de Cernica. Ce monastère est glorifié par les labeurs du saint hiérarque Callinique de Râmnicu (1767-1868) et du saint archimandrite Georges (Ardeleanu, 1730-1806), des acètes et des rénovateurs de la tradition hésychaste en Roumanie aux XVIIIème-XIXème siècles, et des contemporains de saint Séraphin. Le père Jean est devenu le père spirituel de Sandu (Tudor) et du cercles d’intellectuels, de prêtres, de moines et de laïcs, qui s’étaient formés autour de lui, pour lesquels la vie spirituelle, la théologie, le lien de l’homme avec Dieu et le but de la déification sont devenus ce qu’il y a de plus important dans la vie. Le moine russe a traduit leurs recherches intellectuelles en actes, leur enseignant la prière continuelle de Jésus, la prière du cœur. Par son propre exemple, il témoignait de la prière de Jésus, dont il avait appris la pratique chez les startsy d’Optino. Le staretz roumain Sofian (Bogiu, 1912-2002), qui a connu de près ce prêtre russe, a écrit dans ses mémoires qu’il avait beaucoup appris auprès du hiéromoine Jean (Kouligiuine) sur l’hésychasme en Russie, qui était présent non seulement dans les monastères, mais aussi chez les laïcs dans ce pays.

Lors des réunions du mouvement « Le Buisson ardent », il était normal d’évoquer la vie et des labeurs spirituels du saint au nom « brûlant » (étymologie de Séraphin), qui avait commencé ses instructions spirituelles par les mots : « Dieu est un feu qui réchauffe et enflamme les cœurs et les entrailles ». Plus tard, également sous le régime communiste, des témoignages sur la vie et l’enseignement de saint Séraphin ont pu venir depuis l’occident, notamment par des étudiants roumains qui étudiaient la théologie dans les universités européennes, principalement en France. C’est précisément là que l’émigration russe a laissé des traces importantes, influençant la vie et la théologie orthodoxes en occident. L’un de ces étudiants fut l’actuel patriarche de Roumanie lui-même. Dans le cadre de la thèse qu’il défendit en 1979 à l’Université de Strasbourg, il mentionne à plusieurs reprises l’enseignement de saint Séraphin. La vénération du saint de Sarov dans l’Église orthodoxe roumaine est également exprimée sous une forme poétique. C’est ainsi que saint Jean (Jacques) le Nouveau Chozébite (1913-1960) a dédié, en 1957, de profonds vers spirituels intitulés « Larmes devant l’icône de saint Séraphin » : « Saint Séraphin, ange terrestre, abaisse son regard depuis les hauteurs sur ceux qui souffrent ! Regarde comme gémit ton peuple, oppressé par les tyrans, et comment errent beaucoup de tes enfants devenus orphelins. Il n’y a pas aujourd’hui de route vers Sarov et Diveevo, et l’obscurité règne dans ta clairière. Et des pauvres orphelins, comme des abeilles de « l’ours » [jeu de mots avec URSS], se sont dispersés dans des pays étrangers et la source s’est tarie. Des « bêtes » qui parlent ont ravagé ton jardin, et les malades ne peuvent plus boire de ton eau. Réapprivoise « l’ours », en lui versant ta grâce ; libère ton peuple de l’esclavage du mal. De la Sarov céleste, verse de ta source l’eau de la foi sainte sur ceux qui languissent en prison. Illumine vers le bien les pauvres abeilles dispersées de leur communauté, afin qu’elles reconnaissent leur reine. Donne-nous Petit Père, de ta joie céleste et fais revenir avec amour enflammé ceux qui ont dévié. Et à ceux qui sont dans les tourments, donne de voir la gloire de Jérusalem, ô vénérable Séraphin. Affermis le pasteur [l’évêque] pour œuvrer ensemble avec sa sainte assemblée [des prêtres] au salut du peuple tourmenté. Et comme tu étais la source de la paix ici, sur terre, ainsi intercède aujourd’hui sans cesse pour la paix du monde ! » [le texte original roumain est disponible ici].

Cette tradition de la vénération de saint Séraphin de Sarov, instaurée en Roumanie dès le début du siècle passé, a donné ses fruits à la fin du XXème et début du XXIème siècle. Après 1990, les fidèles roumains ont commencé à faire des pèlerinages à Diveevo, des nouvelles traductions de la vie du saint sont parues, des églises ont été érigées en son honneur. Le saint staretz de Sarov demeure en Roumanie, et les prêtres, moines et fidèles l’aiment beaucoup. Les commentaires des pèlerins roumains qui ont visité le monastère de Diveevo et vénéré ses saintes reliques sont élogieux. On ressent à Diveevo le zèle apostolique tel qu’il était aux débuts du christianisme. Dans ce monastère et ses skites vivent des centaines de sœurs, ce qui est rare aujourd’hui lorsque s’est affaiblie l’aspiration au monachisme. « Si tu souhaites devenir moine, deviens comme le feu » a dit le grand staretz roumain Arsène (Boca, 1910-1989), que l’on compare à saint Séraphin. Le monastère de Diveevo est vivant, comme le Buisson ardent, héritant cette flamme de la foi de son père spirituel, dont le nom monastique, Séraphin, signifie « enflammé ». Les prêtres qui officient au monastère, les moniales lors des offices et es obédiences, les églises resplendissant de pureté, les fleurs qui poussent partout, les jardins luxuriants et ombragés et particulièrement les merveilleuses tombes des moniales qui sont parties vers le Seigneur, témoignent continuellement de la joie de servir le Créateur. Et bien sûr, marcher dans le canal [autour du monastère, dans lequel la Mère de Dieu était apparu], est quelque chose d’extraordinaire. Parcourant dans le silence cette voie de la Mère de Dieu, tandis que personne ne se hâte. Au canal, il semble que le temps n’existe plus et qu’il n’y est plus nécessaire de dire quoi que ce soit. Ici, on peut comprendre à quel point est précieux le silence, une vertu qui est si absente du monde contemporain bruyant.

Source (dont icône de saint Séraphin) : Pravoslavie, traduit du russe pour Orthodoxie.com.

Reprise de l’ « Histoire de la littérature grecque chrétienne, des origines à 451 » (Les Belles Lettres)

Le tome III de l’Histoire de la littérature grecque chrétienne, des origines à 451, aux éditions Les Belles Lettres, est en librairie depuis le mois dernier.

« Ce tome couvre toute la production littéraire du IIIe siècle. L’exégèse, l’historiographie, la pastorale, mais également les spéculations théologiques et la polémique religieuse, y occupent une place essentielle. Parmi les auteurs les plus importants ici présentés figurent Clément d’Alexandrie, Origène, Hippolyte de Rome (ainsi que le corpus attaché à son nom), Méthode d’Olympe et Eusèbe de Césarée, qui, dans la diversité de leurs écrits, ont donné non seulement à la pensée, mais aussi à la littérature chrétienne ses premières lettres de noblesse. »

Source (dont photographie) et présentation de la série : Les Belles Lettres – le blog

 

Vient de paraître: « Les 12 grandes fêtes de Notre Seigneur et de la Mère de Dieu »

Les 12 grandes fêtes de Notre Seigneur et de la Mère de Dieu, monastère du Buisson Ardent, éditions Parole et Silence, 2017.

Les moniales de la Résurrection, au monastère du Buisson Ardent, ont une vive conscience de l’immense richesse du patrimoine liturgique de l’Église byzantine, et particulièrement des douze grandes fêtes de l’année liturgique. Elles ont voulu mettre à la disposition de tous, en un recueil très accessible, la traduction de ces textes qu’elles utilisent pour leurs célébrations. Cette traduction a été améliorée par leurs soins au cours des 50 dernières années, depuis qu’elles célèbrent en français tous ces offices. Il ne s’agit donc pas d’une traduction savante, mais de textes qui ont été polis par l’usage et la prière d’une communauté monastique. Cela est perceptible dans la simplicité de la langue qui reste cependant fidèle au grec et à la richesse théologique de ces textes fondamentaux pour notre foi.
Cette traduction peut être très utile pour les paroisses orthodoxes lors de la célébration des grandes fêtes et pour tous les fidèles orthodoxes qui trouveront dans la méditation de ces textes si riches une véritable nourriture spirituelle. Ce livre peut être aussi l’occasion pour des chrétiens non orthodoxes de se familiariser aisément avec un patrimoine patristique élaboré avant le Xe siècle et que la liturgie nous rend vivant sous forme poétique.
Le livre est complété par un encart comportant des reproductions des icônes de ces fêtes. On peut regretter que les explications de ces icônes soient regroupées en fin de volume et non en vis-à-vis des reproductions. Un lexique permet aussi de mieux comprendre les termes liturgiques.

P. Nicolas Cernokrak

Vient de paraître : « Renouveau patristique et œcuménisme »

Présentation : « Les éditions Beauchesne viennent de faire paraître un livre intitulé Renouveau patristique et œcuménisme, sous la direction de Marie-Anne Vannier.

Les Pères de l’Église sont le trésor de l’Église indivise et ils ont toujours permis d’opérer un discernement dans les dialogues œcuméniques. Aujourd’hui, alors que le renouveau des études patristiques est réel, tant sur le plan de l’édition critique, des traductions que des commentaires, sans oublier la redécouverte de textes d’Origène, d’Augustin, de Chromace d’Aquilée…, les Pères peuvent avoir un rôle accru dans le dialogue œcuménique, comme le montre, par exemple, le document de la Commission mixte orthodoxe-catholique sur Le mystère de l’Église et de l’eucharistie à la lumière de la sainte Trinité. Ils permettent de reprendre ensemble le commentaire de l’Écriture, les grandes questions théologiques…, d’où leur actualité.

Œuvre de patrologues engagés dans le dialogue œcuménique, cet ouvrage aborde un certain nombre de questions actuelles, comme l’ecclésiologie de communion et ouvre les voies de l’unité. »

Source (et table des matières) : Séminaire orthodoxe russe

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

La nouvelle cathédrale de la Sainte-Trinité (source: Wilmotte et associés)

Nous vous proposons ci-dessous un texte du P. Christophe Levalois (dernier livre paru, son blog) sur l’histoire et la situation présente de l’orthodoxie en France. Cette synthèse évoque les deux siècles d’implantation et de développement du christianisme orthodoxe en France, son rayonnement spirituel et théologique, ainsi que sa croissance actuelle : « A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement ». (Le texte au format pdf).

 

L’orthodoxie en France : histoire et situation présente

    L’actualité récente a rapporté des évènements importants concernant le christianisme orthodoxe (note en fin de texte) en France : l’inauguration en deux temps, à l’automne dernier, du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris, celle du centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Strasbourg, le 19 mai, la Journée de l’orthodoxie, le 5 juin à Paris ; dans un avenir proche, en 2018, se tiendront le 3e Salon du livre orthodoxe, à Paris, et, dans le sud-est de la France, le XVIe Congrès orthodoxe d’Europe occidentale. Avec la parution de l’Annuaire 2017 de l’Église orthodoxe, c’est l’occasion de revenir sur les deux siècles d’histoire de l’orthodoxie en France et d’évoquer sa situation présente.

Il y a deux siècles

Aux époques moderne et contemporaine, jusqu’au XIXe siècle, les célébrations orthodoxes en France furent exceptionnelles, à l’occasion du déplacement d’un souverain, comme lors du séjour du tsar Alexandre 1er à Paris en 1814, ou dans le cadre de l’ambassade de Russie au XVIIIe siècle. Une communauté grecque s’est installée en Corse au XVIIe siècle, puis s’est fixée à Cargèse au XVIIIe siècle où elle a édifié l’église Saint-Spiridon au siècle suivant. Le rite orthodoxe y est toujours célébré, mais la communauté a été rattachée à l’Église catholique.

C’est en 1816, qu’un lieu de culte, de tradition orthodoxe russe, est ouvert durablement à Paris, rue de Berri, dans le 8e arrondissement. Peu après, en 1821, à Marseille, une chapelle orthodoxe est ouverte pour la communauté grecque de la cité phocéenne. Toujours à Marseille, en 1834, une première église orthodoxe grecque, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu, est construite, puis reconstruite en 1845.

La deuxième moitié du XIXe siècle voit la construction de plusieurs églises, essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur où l’aristocratie russe séjournait volontiers, tout d’abord à Nice en 1859, l’église Saint-Nicolas-et-Sainte-Alexandra. Elle fut suivi par l’édification de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris, rue Daru dans le 8e arrondissement, terminée en 1861. D’autres constructions suivirent, en majorité russes : à Pau (1867), à Menton et à Biarritz (1892), à Cannes (1894), puis la cathédrale Saint-Nicolas à Nice en 1912. La communauté orthodoxe roumaine à Paris ouvre une première paroisse en 1853, puis acquiert en 1882 une église rue Jean-de-Beauvais dans le Quartier latin, laquelle fut consacrée en 1892 aux Saints-Archanges. Les orthodoxes grecs font bâtir à Paris, en 1895, la cathédrale Saint-Étienne, rue Bizet dans le 16e arrondissement.

Un développement rapide au XXe siècle

Mais ce sont les migrations du XXe siècle, provoquées par les aléas de l’histoire et des évènements tragiques, qui amènent un enracinement durable et une diffusion de l’orthodoxie en France. C’est d’abord l’émigration russe, après la Révolution de 1917, qui constitue longtemps le plus grand nombre d’orthodoxes. On estime qu’environ 200 000 réfugiés se sont établis en France et l’on compte jusqu’à 200 lieux de culte de tradition russe ouverts, une partie notable provisoirement, durant la période de l’Entre-deux-guerres. S’y ajoute l’émigration grecque, notamment de l’Asie Mineure et du Pont-Euxin dans les années 1920, ainsi qu’une petite communauté géorgienne qui s’installe aussi à la même période à Paris, puis, après la Seconde Guerre mondiale, des nouveaux-venus viennent des Balkans, notamment de Yougoslavie et de Roumanie. Durant les années 1980 un nouveau courant venant du Proche-Orient, principalement du Liban, amène de nouveaux orthodoxes rattachés au Patriarcat d’Antioche.

Un rayonnement théologique et intellectuel mondial

Cette émigration apporte avec elle un enrichissement culturel considérable pour la France, on le connait dans le domaine artistique, mais l’apport est aussi philosophique, avec Nicolas Berdiaev par exemple et son influence sur le personnalisme, mais également théologique avec des retombées œcuméniques. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris, fondé en 1925, au sein de l’Archevêché russe, le premier établissement d’enseignement orthodoxe en Europe occidentale, a un rayonnement à l’échelle mondiale au sein de l’orthodoxie, celui-ci s’étend même par-delà les frontières du christianisme orthodoxe. C’est ce que l’on a appelé « l’Ecole de Paris », avec les remarquables figures, entre autres, des pères Serge Boulgakov, Nicolas Afanassiev, Georges Florovsky, Alexandre Schmemann, Jean Meyendorff, mais aussi de Paul Evdokimov et d’Olivier Clément, ou encore, en-dehors de l’Institut Saint-Serge, de Vladimir Lossky et de Léonide Ouspensky. Toutes ces personnes ont œuvré en France à une redécouverte des racines de l’orthodoxie. De nombreux ouvrages ont été publiés, notamment en français. Un héritage prestigieux qui est devenu aujourd’hui universel.

Cette dynamique a favorisé les relations œcuméniques et de nombreux échanges avec les catholiques et les protestants qui découvrent les icônes et les traditions vocales orthodoxes, polyphoniques et monodiques. C’est ainsi que Paul Evdokimov et le père Nicolas Afanassiev furent des observateurs invités au concile de Vatican II, et qu’en 1998, Olivier Clément a écrit la méditation pour le chemin de croix du vendredi saint effectué par le pape à Rome.

Des saints qui illustrent un rayonnement également spirituel

Mère Marie Skobtsov (1891-1945)

Cet enracinement a aussi produit de beaux fruits dans l’ordre de la sainteté. Plusieurs figures orthodoxes ayant vécu en France ont été canonisées, tandis que d’autres ont laissé un souvenir de très grande spiritualité, voire de sainteté. C’est ainsi qu’en 2004, le Patriarcat de Constantinople a canonisé Mère Marie Skobtsov, son fils Georges, le père Dimitri Klépinine, Ilya Fondaminsky, tous les quatre morts en déportation lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le père Alexis Medvedkov, prêtre à Ugine, en Savoie, jusqu’à son décès en 1934, dont la dépouille fut retrouvée incorrompue 22 ans plus tard. D’autres saints ont séjourné quelques années en France, comme le père Grégoire Péradzé, premier prêtre de la paroisse géorgienne Sainte-Nino à Paris, de 1931 à 1939, qui meurt fin 1942 à Auschwitz, qui a été canonisé par les Églises de Géorgie et de Pologne ; c’est aussi le cas de saint Jean (Maximovitch) de Shanghai et de San Francisco, archevêque russe, connu pour ses dons dont celui de thaumaturge, qui demeura en France dans les années cinquante. En 2017, l’Église orthodoxe serbe a canonisé Jacques de Tuman, qui vécut en France où il obtint deux doctorats, l’un à Paris, l’autre à Montpellier, puis devint moine dans les années 1930 en Serbie où il mourut en 1946 des suites de violences qui lui furent infligées notamment de la part de communistes. De nombreuses figures orthodoxes de grande spiritualité ont aussi vécu en France, comme l’archimandrite Sophrony (Sakharov), disciple de saint Silouane de l’Athos, qui séjourna à Paris de 1922 à 1925, puis se rendit au Mont-Athos où il devint moine ; en 1947, il revint en France, d’où il partit en 1959 pour fonder un monastère à Maldon en Angleterre.

Parmi ces figures, le parcours et la personnalité marquante de Mère Marie Skobtsov ont touché de très nombreuses personnes de différentes confessions et par-delà des non croyants. Née en 1891 dans une famille aristocratique, elle devient lors de la Révolution de 1917, la première femme maire d’une ville en Russie. Mais opposante au régime, elle se retrouve sur les routes de l’Europe avec son second mari et ses enfants. Elle arrive finalement à Paris en 1923. Différents évènements et sa foi l’amènent à devenir moniale en 1932 sous le nom de Mère Marie. Elle choisit de rester à Paris pour y exercer une action caritative envers les démunis de l’émigration russe. C’est ainsi qu’elle crée en 1935 un foyer au 77 rue de Lourmel dans le 15e. C’est aussi un centre religieux, une petite église y est construite, et intellectuel. Mère Marie nourrit, écrit, brode, dessine. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le centre aide les réfugiés et les persécutés. En juillet 1942, Mère Marie parvient à sauver des enfants du Vélodrome d’hiver. Toutes ces actions lui vaudront, bien des années après, le titre de « Juste parmi les nations » décerné par le mémorial Yad Vashem. En 1943, suite à une dénonciation, elle est arrêtée et déportée au camp de Ravensbrück. Là, elle est au cœur d’un groupe de prière dans lequel se trouve notamment Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Mère Marie soutient, réconforte, prie. Mais le vendredi saint de l’année 1945, le 31 mars, elle est gazée, peut-être en prenant la place d’une autre personne. Le 31 mars 2016, la mairie de Paris a inauguré une rue à son nom dans le 15e arrondissement, ainsi la mémoire de l’émigration russe, de sa foi, de son rayonnement et de ses sacrifices, à travers la vie de Mère Marie Skobtsov, est publiquement reconnue et inscrite dans la géographie de la capitale française.

Naissance et développement de l’orthodoxie francophone

L’orthodoxie en France manifeste la diversité de ses origines, même si la tradition russe est prédominante. Si la foi est la même, si les offices religieux sont les mêmes, si le cycle liturgique est le même, il existe par contre des usages différents qui jouent sur des détails et des traditions chorales distinctes allant des polyphonies russes et ses nombreuses écoles aux monodies byzantines, orientales et arabes, en passant par des intermédiaires balkaniques, jusqu’à des traditions particulières comme le chant géorgien.

Elle s’est acclimatée au pays et à la langue. Les textes ont été traduits, à plusieurs reprises, afin d’être compris par les générations nées en France et par les Français qui sont devenus orthodoxes. Un énorme travail a été accompli et se poursuit pour l’adaptation du chant liturgique, de nombreuses personnes, citons juste Maxime Kovalevsky, y investirent leurs compétences. La première paroisse francophone fut créée en 1928. Son premier recteur était le père Lev Gillet, qui signait ses ouvrages « un moine de l’Eglise d’Orient ». Parmi les fidèles se trouvaient Paul Evdokimov, Evgraph et Maxime Kovalevsky, Vladimir Lossky, Elisabeth Behr-Sigel, qui vient du protestantisme où elle fut quelques temps pasteur. Le nombre des paroisses francophones augmentent doucement après la Seconde Guerre mondiale, elles forment le plus grand nombre aujourd’hui, tandis que l’on rencontre le bilinguisme dans d’autres, un bon nombre également, alors que d’autres encore maintiennent la langue de la tradition d’origine. Il existe aussi quelques groupes non-canoniques, c’est-à-dire non reconnus par les Eglises orthodoxes historiques dans le monde, qui se réclament de l’orthodoxie.

Dans le même temps, les différentes juridictions canoniques présentent en France mettent en place une instance de coopération et de représentation à l’échelle nationale. En 1967 est fondé le Comité inter-épiscopal orthodoxe qui devient, en 1997, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, laquelle est présidée par le métropolite à la tête de la Métropole grecque qui relève du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

La situation actuelle : une croissance qui se poursuit

L’effondrement du communisme en Europe de l’Est au début des années 1990 bouleverse et dynamise aussi le monde orthodoxe, dont la France. Les frontières s’ouvrent et un nombre important de personnes originaires de pays de tradition orthodoxe dans la partie orientale de l’Europe, notamment de Roumanie, de Moldavie, d’Ukraine, de Russie, de Bulgarie, viennent s’installer de manière temporaire ou définitive en Europe occidentale. Cette évolution de la situation suscite de nouveaux défis : l’encadrement pastoral, la formation de nouvelles paroisses, l’adaptation des paroisses existantes à une nouvelle donne sociologique très diversifiée, les questions caritatives et plus simplement d’assistance liées à une intégration dans le pays, parfois compliquée, en sachant que la plupart des clercs et des fidèles actifs dans les paroisses orthodoxes sont des bénévoles. D’autres questions se posent, comme celle de la langue, mais aussi des relations entre les paroisses dont les membres ont des origines géographiques et culturelles différentes.

Cette croissance se traduit par la construction d’églises ou l’achat de chapelles ou d’églises non utilisées par les catholiques. En outre, deux nouveaux centres d’enseignement ont été fondés : le Séminaire orthodoxe russe en France, en 2009, par le Patriarcat de Moscou, le Centre Dumitru Staniloae, inauguré la même année au sein de la Métropole roumaine.

Vers un doublement du nombre des lieux de culte en une génération ?

Les conséquences les plus visibles de cet essor sont l’augmentation du nombre des fidèles et de celui des lieux de culte en France. Au début des années 2000, on comptait environ 160 paroisses et lieux monastiques. Le nombre s’est accru rapidement. Selon l’Annuaire de l’Église orthodoxe publié en 2017, on recense actuellement 278 lieux de culte, monastères inclus (une vingtaine), ils étaient 238 en 2010. A ce rythme, on est fondé à estimer qu’en une génération, depuis le début du présent siècle, le nombre des lieux de célébration orthodoxe doublera, peut-être même largement. Le nombre des évêques (10), ainsi que des prêtres et des diacres (330 pour les deux) a lui aussi augmenté. La juridiction ayant aujourd’hui le plus grand nombre de paroisses est la Métropole roumaine (91).

La question du nombre des croyants est très discutée. Le chiffre de 200 000 était avancé jusque dans les années 1990 pour la France. Il est incontestablement supérieur aujourd’hui. L’Annuaire 2017 pose celui de 500 000. Dernièrement, un article du quotidien La Croix mentionnait même 700 000 orthodoxes. Bien sûr, comme dans toutes les confessions, tout dépend des critères de ce que l’on nomme un croyant. Si l’on recense juste ceux qui se rendent régulièrement à une célébration religieuse, ils sont moins nombreux, sans doute plusieurs dizaines de milliers. Ensuite, s’y ajoutent ceux qui y viennent occasionnellement, ou exceptionnellement, mais qui se considèrent orthodoxes, d’autres encore fréquentent l’Église surtout, voire uniquement, dans leur pays d’origine où le lien avec celle-ci est vivace pour la grande majorité de la population comme en Roumanie (plus de 80%), d’autres enfin sont baptisés, en France ou ailleurs, et ne fréquentent pas l’Église et ses offices ou très rarement. C’est pourquoi, en prenant l’acception du mot orthodoxe au sens le plus large, le chiffre de 500 000 est un ordre de grandeur pertinent.

Une intégration à la société française

Arrivée avec des personnes de nationalités étrangères, l’orthodoxie s’est acclimatée et intégrée peu à peu à la société française. Bien que discrète, sa présence s’est solidement établie et son rayonnement est incontestable, l’intérêt pour l’iconographie, le chant orthodoxe et plus généralement pour les différents aspects de sa tradition ainsi que pour sa pratique liturgique, en témoignent.

Elle est aussi présente dans les médias : pour la télévision, Orthodoxie, émission mensuelle sur France 2, existe depuis 1963, L’orthodoxie, ici et maintenant, émission mensuelle sur KTO a été lancée en 2012; à la radio, sur France-Culture, Orthodoxie, est diffusée depuis 1964, au rythme bimensuelle, sur Radio-Notre-Dame, Lumière de l’orthodoxie, propose son rendez-vous hebdomadaire depuis 2012, les radios locales du réseau RCF diffusent aussi des émissions orthodoxe ; sur l’Internet, depuis 2005, le site d’information sur l’actualité de l’orthodoxie en France et dans le monde, avec une mise à jour quotidienne, Orthodoxie.com, est le premier site orthodoxe francophone.

Aujourd’hui, les défis concernent la poursuite de l’enracinement local et de la coopération entre les différentes paroisses et diocèses, l’intensification du dialogue avec les autres confessions chrétiennes ainsi que les différentes traditions religieuses, mais aussi avec l’ensemble de la société. Une histoire déjà longue et riche donc, qui se poursuit et continue ainsi d’apporter, à la France, la voix particulière d’une tradition plurimillénaire.

Christophe Levalois

Note: Par orthodoxe, il faut entendre les Églises orthodoxes chalcédoniennes (qui ont accepté les décisions du IVe concile œcuménique de Chalcédoine en 451), qui sont quatorze à être autocéphales, c’est-à-dire pleinement indépendantes tout en étant en communion, dans le monde. On y adjoint parfois, à tort, les Églises dites orthodoxes orientales, ou préchalcédoniennes, comme les Églises arménienne, copte, éthiopienne et syriaque, qui ne sont pas en communion avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

Le livret 2017-2018 de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Le livret 2017-2018, qui comprend 77 pages, de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris, est en ligne ici. Il présente l’établissement, son calendrier académique annuel, les enseignements proposés et différentes informations.

Message de la synaxe double du Mont Athos au sujet des troubles provoqués par le Concile de Crète (2016)

Des moines athonites ayant interrompu la commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée en raison de leur opposition aux décisions du Concile de Crète (2016), la synaxe double de la Sainte Montagne a publié le communiqué suivant :
« La sainte synaxe double de la Sainte Montagne, convoquée pour la 206ème fois le 17/30 juin 2017 à Karyès, constituée des vingt représentants extraordinaires et vingt représentants ordinaires auprès de la Sainte Communauté, pour faire suite aux textes officiels de la Sainte Montagne déjà publiés récemment – tant au sujet de ses positions avant le Saint et Grand Concile que de l’évaluation des textes finaux du Concile – communique ce qui suit, mue par le sentiment de sa responsabilité et de respect envers notre sainte Église et son plérôme. On observe continuellement un trouble sous-jacent, provoqué par des oppositions aux décisions du Saint et Grand Concile (Crète 2016). Des suppressions et des interruptions de la commémoration de nos évêques sont proposées. Puisque nous sommes destinataires de ces manifestations d’inquiétude et que nous nous trouvons dans l’Église, nous adressons à tous la salutation du Christ ressuscité : La paix soit avec vous ! Le trouble est sans raison, puisque le Seigneur ressuscité se trouve à nos côtés. Le Concile a eu lieu après une préparation de nombreuses années. Avant le Concile, les documents préparés ont été portés à la connaissance des fidèles avec la possibilité pour eux d’exprimer quelque point de vue. La Sainte Montagne, pendant de nombreuses années a formulé clairement ses points de vue au sujet des dialogues qui ont eu lieu avec les chrétiens hétérodoxes. Lors des travaux du Concile, les hiérarques ont exprimé leurs opinions personnelles. Certains d’entre eux ont formulé leurs objections de façon correcte, sans interrompre leurs relations avec l’Église. Tout a été consigné. L’Église reste toujours « la colonne et l’affermissement de la vérité ». L’Église, selon saint Jean Chrysostome « est agitée par la tempête, mais elle ne fait jamais naufrage, elle fait face aux tourbillons, mais elle n’est pas engloutie, elle reçoit les flèches, mais elle n’est pas blessée », elle est le Dieu-homme Lui-même. Tous les saints, vivant en Christ, nous dirigent vers l’Église et nous offrent le repos. L’Esprit Saint « soude toute l’institution ecclésiale ». C’est Lui qui « soigne les faiblesses et comble les manquements ». Demeurant dans l’Église et ressentant les manquements et les faiblesses, nous recevons la guérison et la santé. Si, en tant qu’homme, nous avons dévié, la grâce de l’Esprit nous ramène sur la voie droite. C’est pourquoi toute peur est superflue, en tant que manifestation d’un manque de foi, puisque nous nous trouvons à l’intérieur de l’Église du Christ. Au demeurant, les quatre Patriarches d’Orient, par l’encyclique historique de 1848, nous tranquillisent en confessant que « ni les patriarches, ni les Conciles n’ont jamais pu introduire quelque innovation que ce soit car, chez nous, le gardien de la foi est le corps de l’Église, c’est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères ». Par conséquence les troubles et le désespoir ne se justifient pas, lesquels mènent aux schismes. Nous appartenons à l’Église, Corps du Christ. Ce Corps a une telle santé, qu’il accepte toujours et assimile les éléments qu’il reçoit. De même qu’il rejette ceux qu’il considère étrangers. Nous avons confiance dans l’amour du Christ, non dans les opinions personnelles et rances qui mènent en dehors de l’Église et créent les enfers des hérésies. Par tout cela, nous ne voulons pas proposer le quiétisme de l’indifférence, mais souligner la signification de la vigilance et de la foi. Nous considérons comme une ingratitude envers Dieu et un manque d’amour envers tous les frères – ceux qui sont proches et ceux qui sont éloignés – de ne pas mettre l’accent, avec zèle et clarté, sur la richesse de la Grâce que nous recevons en vivant dans l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Et cela n’est pas notre exploit propre mais le don de notre seul Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ qui, d’une façon unique et absolue dit à Son propre sujet : Je suis la voie, la vérité et la vie. Sans Moi, vous ne pouvez rien faire. Je suis le bon pasteur qui sacrifie sa vie pour les brebis. Ceux qui sont venus avant Moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. Elles ne les suivront pas car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. Ceux qui écoutaient étaient dans l’étonnement et dirent : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jn 7, 46). Il n’est pas simplement un homme, mais Il est le Dieu-homme. Il est le seul Saint, Jésus-Christ. « Il n’y a de salut en aucun autre » (Actes 4, 12). Il ne vient pas juger, mais sauver le monde. Il est crucifié pour le salut de ceux qui Le crucifient. Il porte nos péchés et souffre pour nous. Il accepte tout pour sauver l’homme. Il supporte tout pour sauver tous les hommes. Il est venu, nous L’avons vu, nous L’avons entendu et nos mains L’ont touché. Il a souffert, est ressuscité et monté aux cieux. Il a envoyé l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte et tous ont commencé à annoncer « les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité ». L’Église est réunie avec toute la bienséance étonnante et divine. La prison du temps est détruite et nous entrons dans la liberté des choses dernières. Dans chaque sainte Liturgie brille la grâce de la Pentecôte et le Seigneur Dieu-homme est Celui qui « offre et est offert, qui reçoit et qui est distribué » pour le salut du monde entier. L’Église orthodoxe est la manifestation de l’amour ineffable de Dieu envers l’homme. Il nous sauve et nous endette inéluctablement pour ce témoignage d’amour. Au contraire, ceux qui semblent commander les peuples (comme dirigeants religieux ou séculiers) tyrannisent et asservissent les hommes. Les faux pasteurs ne sacrifient pas leurs âmes pour les brebis, mais les brebis pour leur théorie. Ils condamnent et anéantissent les autres comme causes du mal, pour redresser le monde. D’autres dévorent ceux qui sont considérés comme hérétiques et impies. D’autres, les hommes d’origine et de race inférieures, les troisièmes dévorent les ennemis du peuple… Ils règnent tous, mais ne sont pas éternels. Ils tourmentent les hommes et passent, mais retombent dans la même maladie. Par l’incarnation du Verbe de Dieu et la venue du Saint-Esprit est créée l’Église. Et « la demeure de Dieu avec les hommes! » (Apoc. 21,3) est renouvelée, le petit troupeau avec la mission divine. La Divinité Trine et l’unité ecclésiale n’existent pas de façons différentes. « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous » (Jean 17,21).Tout est accompli par l’Esprit Saint. « Réunissant tout leur savoir spirituel par le Saint Esprit, les vénérables Père ont divinement défini le dogme de la divinité du Seigneur Jésus et du Saint-Esprit, de même que celui de la Toujours-vierge Marie comme Mère de Dieu ». Tout l’édifice vivant de l’Église est érigé sur le fondement de la foi. Toute altération dans la vérité du dogme provoque des fissures dans le domaine de la vie. Avec l’éloignement de Rome de l’Église une et sainte s’en sont suivies les altérations connues dans le monde occidental : l’Église est comprise et organisée comme un État. La théologie est cultivée comme une philosophie scolastique et la vie spirituelle comme une ascèse morale dans le monde éphémère au moyen de la grâce créée. Il se produit la séparation entre la théologie et la vie, le sacerdoce et le mariage. S’ensuit toute la série des retombées connues… L’Église orthodoxe demeure toujours dans le plérôme de la grâce liturgique. Ici, la théologie n’est pas considérée comme occupation philosophique. Pas plus que l’on n’approche intellectuellement le mystère de la vie, mais on s’immerge entièrement dans les flots de la grâce. Lorsque l’on insiste, dans la prière, à l’instar de saint Grégoire Palamas qui s’exclamait « illumine mes ténèbres !», on reçoit l’illumination divine en tant que repos spirituel et on comprend la scolie du même saint : Autre est la lumière pour les sens, autre pour l’intellect de l’homme. Mais lorsque les hommes deviennent participants à la grâce divine, ils voient par les sens et l’intellect les mystères dépassant tout sens et l’intellect. Comme Dieu le sait et ceux qui vivent cela. Vivant à la Sainte Montagne, nous nous conduisons « selon les théologies inspirées de Dieu des saints et le pieux esprit de l’Église », non pas les théologies académiques des intellectuels et les conceptions de chaque époque. La communion des saints entoure les fidèles, et le pieux esprit de l’Église les dirige. Nous obtenons miséricorde en tant qu’enfants de la Grande Église du Christ, laquelle est crucifiée et de ce fait glorifiée. Nous avons reçu d’elle tous les biens. Nous la voyons constamment ensanglantée avec la multitude de ses martyrs et de ses saints moines. Nous restons reconnaissants et vigilants, gardant les traditions. Nous recevons la grâce de la liberté de l’Esprit et la fraternité en Christ dans l’Église orthodoxe. Si l’empire chrétien est passé en tant qu’événement historique, l’empire de l’amour reste pour toujours, il ne passe jamais. Nous nous trouvons dans ce paradis. Nous confessons la grâce, nous prêchons la miséricorde, nous ne dissimulons pas le bienfait. De même que le Seigneur est unique, Ses disciples ont la mission unique d’annoncer le message joyeux que « la mort est mise à mort ». Tout le reste n’est que relatif et insignifiant pour l’homme. Ceux qui sont dans l’Église chantent, car ils le vivent : « De la mort fêtons la mise à mort, de l’enfer la destruction, le début d’une vie autre et éternelle et, bondissant de joie, chantons Celui qui en est l’auteur ». Ils ne représentent pas une conception religieuse, pas plus qu’il n’est possible qu’on les exhorte à éviter les conversions, car ils sacrifient leur vie pour annoncer au monde que « la mort est tombée aux mains de la mort ». Ce que l’Église orthodoxe a de précieux et ce qui la nourrit est la vérité de la foi. Et elle n’a pas d’autre moyen pour offrir Son amour hors de l’invitation pascale : « Venez tous jouir du banquet de la foi ». « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine ». Il nous faudrait alors que nous sortions sur les routes et les ruelles, en collaborant avec les autres condamnés du pays de l’ombre de la mort, en demandant l’amélioration des conditions du malheur. Mais, loin de nous cette pensée blasphématoire ! « Maintenant, tout est rempli de lumière ! ». Et tous attendent l’aide de ceux qui ont reçu l’expérience de la Résurrection. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur ressuscité, a promis assurément d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles. C’est cette joie de la présence avec nous de Celui qui a anéanti la mort, qu’offre l’Église par ses innombrables saints, martyrs et moines. Et la Sainte Montagne, avec sa vie liturgique et sa présence reste toujours un témoignage de la foi orthodoxe et de l’espérance pour le monde entier. Au Christ notre Dieu ressuscité des morts, soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen. [signé par] Tous les représentants et supérieurs des vingt saints monastères du Mont Athos  réunis en synaxe double »

Source

Vient de paraître: « Le chapelet orthodoxe »

Le monastère Notre-Dame de Toute Protection à Bussy en Othe vient de faire paraître un livret de poche de 25 pages Le chapelet orthodoxe qui fournit des explications sur la composition et les origines du chapelet. Il apporte des conseils sur la prière, ainsi sur la manière de se servir d’un chapelet, de pratiquer la prière de Jésus, la prière à la Mère de Dieu, la prière aux saint(e)s, ou encore la prière pour les autres. Orné de très belles illustrations iconographiques provenant du monastère orthodoxe grec Saint-Nectaire à Roscoe dans l’État de New-York, cet ouvrage nous fait découvrir, ou nous rappelle, des éléments essentiels sur la prière établis sur l’expérience spirituelle séculière. Il renferme de profondes citations des Pères pour nous aider sur cette voie et nous en montre les fruits.

On peut se procurer l’ouvrage sur commande au monastère Notre-Dame de Toute Protection, 11, rue de la Forêt, 89400 Bussy en Othe, France.
Courriel: monastere.bussy@wanadoo.fr
Le prix du livret est de 5€ (frais de port 1,46€ pour 1 à 2 livrets, jusqu’à 5 livrets 2,92€, jusqu’à 10 livrets 4,38€ à ajouter sur l’ensemble du prix.)

Traduction française et édition : monastère orthodoxe Notre-Dame de Toute Protection, Bussy en Othe, France. Livret original réalisé par le monastère orthodoxe grec Saint-Nectaire – Roscoe, État de New-York – États-Unis.

Plus de 14 500 manuscrits rares sont accessibles sur le site de la Laure de la Trinité-Saint-Serge

14.568 manuscrits rares sont désormais accessibles sur le site internet officiel de la Laure de la Trinité-Saint-Serge. La numérisation de ces documents a été effectuée dans le cadre d’un projet commun de la Laure et de la Bibliothèque nationale russe. Tous les manuscrits sont divisés par archives et collections. Il y a une section « Livres uniques » qui comprend six publications : plusieurs volumes de la Bible russe et de la Vie de saint Serge de Radonège. La publication de la Bible russe illustrée en dix volumes a été le travail de toute la vie d’un historien ecclésiastique, archéographe et philologue, l’archimandrite Innocent (Prosvirine, 1940-1994). Le noyau de cette publication est la première Bible complète en russe (1499, dite « Gennadievsky »), avec un texte parallèle de la traduction synodale en russe (1876) et des illustrations tirées des livres de la Bible, depuis la tradition manuscrite du Xème s. jusqu’au XIXème siècle. Tous les manuscrits numérisés par la Laure de la Trinité-Saint-Serge sont disponibles ICI . Entre autres, on peut y trouver les manuscrits musicaux de la Laure.

Source

Communiqué de la skite roumaine du Saint-Précurseur (Prodromou) sur le Mont Athos, démentant l’interruption de la commémoration du patriarche Bartholomée

La skite roumaine du Saint-Précurseur (Prodromou) sur le Mont Athos a publié un communiqué daté du 26 juin, dans lequel elle dément l’information selon laquelle la commémoration du patriarche Bartholomée y aurait été interrompue en raison du Concile de Crète. Nous publions ci-après le communiqué in extenso :

« Étant donné que par différents moyens d’information, dont principalement internet, continuent d’apparaître des informations qui ne reflètent pas la réalité à la skite roumaine du Saint-Précurseur de la Sainte-Montagne, lesquelles provoquent trouble et perplexité dans les rangs des fidèles, nous avons le devoir de procéder aux précisions suivantes : lors de tous les offices célébrés dans la skite y est commémoré le nom du hiérarque sous la juridiction canonique duquel nous nous trouvons, à l’instar de toute la Sainte-Montagne de l’Athos, à savoir Sa Sainteté Bartholomée, patriarche œcuménique. La commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée n’a jamais été interrompue à la skite. Jamais, dans le cadre de la communauté n’a été posée la question de l’interruption de la commémoration du patriarche œcuménique Bartholomée, pas plus qu’il n’a été question d’un vote de la communauté par lequel les 50 moines de la skite auraient approuvé l’interruption de cette commémoration. Cette commémoration ne provient pas de l’imposition de la volonté d’une autorité extérieure à la skite, mais du désir même de la communauté de rester en communion avec le hiérarque sous la protection elle se trouve et avec l’Église orthodoxe entière. La skite roumaine du Saint-Précurseur n’a jamais envoyé ni n’envoie des représentants à des réunions publiques organisées sans la bénédiction du hiérarque du lieu et dans le cadre desquelles sont lancés des appels à la rupture avec l’Église. Ceux qui dans de telles circonstances se présentent comme des moines athonites ou de la skite du Saint-Précurseur et utilisent des images, des sigles et des icônes de la skite ou encore font des déclarations au nom de celle-ci comme s’ils en étaient les représentants, n’ont pas notre bénédiction et ne se trouvent pas en accord avec la communauté de la skite. Nous constatons avec grande préoccupation que le nom de la skite roumaine du Saint-Précurseur est utilisé pour créer des scissions dans l’Église, en utilisant des méthodes de grossière manipulation par la diffusion d’informations à contenu mensonger, faisant référence à des événements qui se sont produits à la skite, avec le but évident de créer une impression trompeuse sur la situation réelle. Ceci se trouve en totale contradiction avec l’esprit évangélique, à la fois par le langage utilisé et par le contenu du matériel publié. En outre, par des méthodes étrangères à la vie chrétienne et à la suite d’une désinformation persistante sur les événements ecclésiastiques, le père Julien de la skite du Saint-Précurseur s’est vu extorquer des déclarations par lesquelles les fidèles sont exhortés à interrompre la commémoration des hiérarques de l’Église, les dites déclarations étant en totale contradiction avec la pratique et l’enseignement du père Julien durant toute sa vie. Les informations selon lesquelles cinq moines qui se sont séparés de la vie liturgique et communautaire, ont été séquestrés, astreints à une pénitence, persécutés ou soumis à différentes pressions, sont inexactes. Au contraire, avec amour paternel, beaucoup de patience et d’indulgence, nos frères ont été dirigés sur la voie du salut selon les enseignements des saints Pères, conformément aux saints canons de l’Église orthodoxes et aux règles de la vie monastique, l’économie appliquée dans leur cas dépassant de beaucoup les limites posées par celles-ci. Or, les moines concernés continuent de vivre à leur façon, sont sortis de la Sainte Montagne et sont revenus à la skite sans aucune bénédiction, ils ne participent ni aux offices de la skite ni autres activités communautaires, et dénigrent ceux qui ne partagent pas leur point de vue. En même temps, nous exprimons notre profonde tristesse pour les discordes apparues récemment dans la vie de l’Église, lesquelles, avec plus de sagesse et de prière, auraient pu être évitées. Pour l’avenir, afin d’être protégés contre les perplexités et les confusions qui pourraient être provoquées par certains communiqués concernant les actualités ecclésiastiques qui ont trait à la skite roumaine du Saint-Précurseur, nous prions les chrétiens orthodoxes de considérer comme authentiques les seuls documents venant par la voie officielle, portant le sceau de la skite, la signature de l’higoumène et le numéro d’enregistrement. Avec amour en Christ, archimandrite Athanase, higoumène de la skite roumaine du Saint-Précurseur, et sa fraternité en Christ ».

Source

Vient de paraître: « En marche vers l’unité » d’Élisabeth Behr-Sigel, aux éditions du Cerf

Les éditions du Cerf viennent de publier En marche vers l’unité, un ouvrage d’Élisabeth Behr-Sigel préfacé par Olga Lossky (352 pages, collection Orthodoxie, 24 euros).

Présentation de l’éditeur : « Ce recueil rassemble des textes inédits de la théologienne Élisabeth Behr-Sigel qui, née et formée dans le protestantisme, découvre l’orthodoxie sur les, bancs de la faculté de Strasbourg. À travers une diversité de formes et de thèmes – méditations bibliques, cours sur les théologiens de l’émigration russe, conférences sur l’anthropologie ou la place des laïcs dans l’Église – se dessine la question, primordiale, de l’unité dans l’Église. Élisabeth Behr-Sigel est à même de suggérer des voies de convergences qui ne contreviennent pas à la rigueur doctrinale. Elle le fait en revenant au socle de la Bible et de la Tradition, ce qui lui permet d’aborder des sujets sensibles sur le plan théologique : christianisme et droits de l’homme, avortement, fêtes religieuses vécues dans une société laïque… Son expérience unique, à la croisée de l’Orient et de l’Occident chrétien, interpelle tous les croyants concernés par le dialogue entre les chrétiens. »
Olga Lossky indique dès le début de sa préface l’orientation des textes ici rassemblés, à commencer par les premiers (des homélies prononcées par Élisabeth Behr-Sigel alors que, devenue orthodoxe, elle continuait à exercer son ministère de pasteure protestante en Alsace) : « ‘Je n’ai jamais quitté mes frères protestants’ affirme Élisabeth Behr-Sigel à 97 ans, alors qu’on l’interroge sur ses positions confessionnelles ».

André Scrima : « L’évangile de Jean – un commentaire »

« Certains livres essaient de faire revivre le passé, d’autres interrogent le présent, d’autres encore s’efforcent d’ouvrir l’avenir. Très peu en vérité surgissent comme venant d’ailleurs, d’un au-delà des temps, pour demeurer avec nous, telle une présence toujours fidèle… Si nous savons entrer dans leur intimité, ces livres nous mènent jusqu’au lieu où les yeux et les cœurs s’ouvrent sur un autre espace dont nous portons tous la nostalgie, tout près de Dieu. »
A. S.
Voici la traduction inédite et intégrale du commentaire de l’évangile de Jean donné aux moines du monastère de Deir-el-Harf (Liban) par l’une des personnalités marquantes de l’Orthodoxie au xxe siècle.
Introductions de Marcel Pirard et Anca Vasiliu, qui ont tous les deux connu l’auteur. Traduit de l’arabe par Marcel Pirard (chapitres 1-17) et du roumain par Anca Vasiliu (chapitres 18-21).
Archimandrite de l’Église orthodoxe, André Scrima (1925-2000) est philosophe et théologien de formation. Après avoir quitté sa Roumanie natale,  il fut chargé de mission du Patriarcat oecuménique de Constantinople auprès du concile Vatican II, professeur à l’université de Saint-Joseph de Beyrouth et membre fondateur de l’Académie internationale des sciences religieuses de Bruxelles.
Éditions du Cerf, 2017, 427 p.

Un volume de la revue de théologie orthodoxe Contacts sur le témoignage de l’orthodoxie

Le numéro 258 de Contacts, la revue française de l’orthodoxie, vient de paraître. Il est consacré à quelques aspects du témoignage de l’orthodoxie en Occident. On y trouvera notamment un article inédit d’Olivier Clément : « Témoigner de la joie pascale », un article de Sophie Clément-Stavrou : « L’étude du grec, un réveil de la conscience théologique », un article d’Olga Lossky-Laham : « Nouveauté de la liturgie, beauté du monde : le témoignage d’une quête ». Pour lire le sommaire et le liminaire du volume 258. Ce volume de 126 pages peut être commandé en envoyant un chèque de 11 € (frais de port à ajouter :4 € pour la France – 5 € pour l’Europe., reste du monde : 5 €) à Revue Contacts, 61 allée du Bois du Vincin, F-56000 Vannes, ou par message adressé à postmaster@revue-contacts.com après un virement de la somme totale au compte bancaire de la revue.

Communiqué de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge suite à l’assemblée générale qui s’est tenue le 22 juin

« L’assemblée générale de l’Institut Saint-Serge s’est tenue ce jeudi 22 juin 2017 au 93 rue de Crimée 75019 Paris.
Suite aux divers rapports, pédagogique du Doyen P. Nicolas Cernokrak, moral du Président M. Jean-François Colosimo, financier de la Trésorière Mme Catherine Desplanque et consécutivement aux rapports de certification du Commissaire aux comptes M. Guy de la Tour d’Artaise agissant au nom de la société IREC, l’assemblée a approuvé à l’unanimité les comptes pour l’exercice 2016-2017 ainsi que l’ensemble des résolutions prises au cours de cette période.
Il en ressort :
1. Qu’en dépit de sa suspension partielle d’activité en 2015-2016, l’Institut a su renouer avec une activité prometteuse.
2. Que les économies drastiques qui ont été consenties par l’ensemble des personnels ont permis de retrouver un équilibre financier minimal, en fait de survie, qui reste de fait insuffisant en l’absence de reconstitution de ressources propres.
3. Que, consécutivement à la résiliation de son bail de location en raison de la détérioration des sols du site qui rend impossible à terme la poursuite de son activité, l’Institut est menacé de faillite par les demandes réitérées à ce jour par le bailleur, la Société immobilière SISP, agissant au nom de l’Archevêché des églises russes orthodoxes d’Europe occidentale. Ces demandes de la SISP postulent la nécessité d’analyser les « conditions juridiques, économiques et financières » de la rupture du bail, notamment « la remise en état des locaux loués » et « le financement des travaux entrepris cette année, mais également ceux qui auraient dû l’être ». Ces exigences de la SISP, quoique contestables juridiquement partiellement ou totalement, sont de nature à mettre en péril la continuité de l’exploitation de l’Institut, c’est-à-dire à le forcer à déposer son bilan et à fermer définitivement. Ce dont convient le Commissaire aux Comptes dans son rapport annexe où il alerte l’assemblée sur la réalité de ce risque.
4. Que le protocole d’accord conclu le 1er mai 2017 entre l’Institut et l’Archevêché visant à l’établissement d’un Comité conjoint apte à régler tout possible différend passé et à rechercher des solutions communes à l’avenir du site du 93 rue de Crimée reste à ce jour en attente d’une mise en effet de la part du Conseil diocésain de l’Archevêché.
5. Que l’Institut regrette la situation d’impasse qui résulte des deux points précédents, qu’il réaffirme être prêt à entreprendre un dialogue réel sur des bases raisonnables, concertées et participatives, qu’il réaffirme être désireux d’apporter une contribution dans la mesure de ses moyens à la solution des problèmes les plus urgents, mais qu’à défaut il assumera les responsabilités qui lui incombent.
L’assemblée a félicité le Doyen P. Nicolas Cernokrak pour sa réélection à ce poste pour un mandat de trois ans. Elle a réélu au Conseil d’administration les membres sortants et candidats M. Vladimir Gantchenko, P. Jivko Panev, M. Michel Stavrou. Le Conseil d’administration a recueilli la démission, pour des raisons de convenance personnelle, de Mme Catherine Desplanque de son poste de Trésorière et l’a remercié d’en demeurer membre. Il a reconduit comme Président M. Jean-François Colosimo, comme Vice-Président M. François Guès qui assurera jusqu’en janvier 2017 l’intérim au poste de Trésorier, ainsi que P. Renaud Presty comme Secrétaire.
Le Conseil a acté que les comptes certifiés de l’exercice 2016-2017 seront rendus publics sur le site de l’Institut dès après le 26 juin 2017 afin de les rendre accessibles à tous. Il a également confirmé les dispositions pratiques de déménagement et de relocalisation de l’Institut pour les deux futurs exercices 2017-2018, 2018- 2019 qui seront effectives au 15 septembre 2017. »

Parution du livre « Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe » par Boris Zaïtsev

Mont Athos et Valaam, Pèlerinages d’un écrivain russe (traduit du russe par Anne Davidenkoff). Paru le 11 mai 2017

Les Zaïtsev et leur fille quittent la Russie en 1922, espérant y revenir bien vite. Mais après un arrêt à Berlin, puis en Italie, ils s’installent définitivement à Paris en janvier 1924. Zaïtsev s’efforcera de transcender ce déracinement comme en témoignent ses souvenirs de Russie, ses romans sur la vie des émigrés russes en France mais également grâce au pèlerinage dans des hauts lieux de la tradition monastique russo-byzantine. Les deux récits présentés ici, le Mont Athos (1927) et Valaam (1936), sont une projection de cette quête de l’auteur exilé, qui s’exprime de manière symbolique à travers l’errance de nombreux moines itinérants, ermites et ascètes, croisés en chemin sur la « Sainte Montagne » et dans l’archipel de Valaam, sur le lac de Ladoga. Deux joyaux littéraires d’une rare richesse poétique écrits à la suite d’un voyage en Grèce et en Finlande. Ces petites paraboles, finement rédigées et sans prétention théologique, restent accessibles à tout lecteur : Zaïtsev met à notre portée l’histoire de la spiritualité fondée sur le silence qui conduit à la paix du cœur (l’hésychasme). Plus qu’un livre de souvenirs sur des lieux visités, ses récits du Mont Athos et de Valaam sont des récits d’états d’âmes emprunts de spiritualité. « Dans mon récit il n’y a rien de savant, de philosophique ou théologique. C’est comme simple pèlerin orthodoxe et écrivain russe que j’ai vécu ces quelques journées au Mont Athos. Et seulement à ce titre ! » Boris Zaïtsev (1881, Russie – 1972, Paris) est un écrivain, romancier, nouvelliste, traducteur et dramaturge russe. Figure emblématique de l’émigration russe, et ami proche d’Ivan Bounine, il publie pendant les cinquante années de sa vie en France plus de 30 livres et 800 articles. 236 pages – 15 € code EAN: 978-2-940523-55-

Parution du n°111 (juin 2017) de la revue “Apostolia”

Le n°111  (juin 2017, couverture ci-contre) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître. Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine, courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu. Sommaire ci-dessous.

Parution du n°110 (mai 2017) de la revue “Apostolia”

Le n°110  (mai 2017, couverture ci-dessous) de la revue de la Métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale, Apostolia, vient de paraître. Prix: 3 euros. Pour toute information: siège de la Métropole orthodoxe roumaine, courriel: revue.apostolia@mitropolia.eu.

« Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ? »

Le P. Christophe Levalois a publié une tribune sur le site Aleteia intitulée « Comment faire face à l’omniprésence de la grossièreté et de la vulgarité dans notre société ?« .

 » Il est un sujet qu’abordent très rarement les hommes politiques, sinon jamais, qui est absent des débats électoraux, et qui pourtant affecte en profondeur et négativement la société : la grossièreté et la vulgarité, sous toutes leurs formes possibles, ainsi que les conséquences de celles-ci, dont la violence et la pornographie. C’est pourtant aujourd’hui une réalité massive, omniprésente et profondément destructrice.

« Sa bouche est pleine de malédiction,
De tromperie et de violence ;
Il a sous la langue forfait et méfait. »
(Psaume 10 (9) ,7)

La grossièreté gangrène les relations humaines

La grossièreté gangrène les relations humaines. Elle fait partie du paysage sonore quotidien que chacun subit. Elle s’est installée dans le langage à tel point qu’elle n’est guère remarquée, sauf s’il s’agit d’un excès, et semble aller de soi pour le plus grand nombre. Mieux, ou plutôt pire, elle devient posture, voire snobisme, un passage obligé pour faire montre d’un parler supposé vrai et authentique ! (…) »

La suite de ce texte.

Recension: Grégoire Palamas, « Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit »

Grégoire Palamas, Traités démonstratifs sur la procession du Saint-Esprit. Traduction du grec et annotation par Yvan Koenig, introduction de Jean-Claude Larchet, collection « Patrimoines », Éditions du Cerf, Paris, 2017, 200 p.
Les deux Traités démonstratifs (encore connus sous le nom de Traités apodictiques) sur la procession du Saint-Esprit, figurent parmi les toutes premières œuvres de saint Grégoire Palamas (1296-1359), et sont en tout cas ses pre­miers écrits théologiques. Grégoire était alors âgé de trente-huit ans et résidait à l’ermitage de Saint-Sabbas au Mont-Athos.
Rédigés au cours du premier semestre de 1334, ils sont dirigés contre la doctrine latine du Filioque. En même temps qu’ils réfutent cette dernière, ils consti­tuent une apologie de la foi orthodoxe. Le titre complet du pre­mier est : Premier traité apodictique, démontrant que l’Esprit Saint ne procède pas du Fils, mais seulement du Père ; celui du second : Second traité sur la procession du Saint-Esprit, prouvant qu’Il ne provient pas du Fils, et contre les citations de la divine Écriture proposées aujourd’hui par les Latins pour se défendre.
Les circonstances de leur rédaction sont les suivantes. En 1333, deux théologiens domini­cains – l’italien François de Camerino, évêque de Chersonèse et l’anglais Richard, évêque du Bosphore – avaient été envoyés par le pape à Constantinople pour relancer les discussions théologiques sur la question de la procession du Saint-Esprit, dans le cadre d’une nou­velle tentative d’union des Églises dont le pape et l’empereur Andronic III avaient pris conjointement l’initiative. Le théologien Barlaam avait été missionné par le Grand Domestique Jean Cantacuzène et l’empereur Andronic III pour être le représentant des Orientaux dans les débats qui se tinrent à Constantinople de la fin de l’année de l’année 1333 jusqu’en juin 1335.
Grégoire Palamas fut informé par ses amis de Thessalonique du développement des discussions et aussi du contenu des traités antilatins que Barlaam avait rédigés au cours de celles-ci. Deux points lui parurent problématiques: premièrement l’interprétation donnée par Barlaam de l’expression de Grégoire de Nazianze « Principe issu du Principe » appliquée au Fils, qui lui paraissait favorable au Filioque ; deuxièmement, l’affirmation par Barlaam, sur la base d’une mauvaise compréhension de l’apophatisme de Denys l’Aréopagite, de l’impossibilité de recourir en théologie au raisonnement apodictique (démonstratif et probant), ce qui ramenait les discussions sur la procession du Saint-Esprit à la relativité du raisonnement dialectique et les rendait finalement vaines.
Ces deux conceptions erronées de Barlaam comportaient aux yeux de Palamas le risque de déboucher sur un compromis d’union avec les Latins qui se ferait en faveur de leurs positions sur le Filioque.
Ce n’est qu’indirectement (en faisant lui-même usage de la démonstration) que Grégoire Palamas s’oppose dans ses deux traité aux positions méthodologiques de Barlaam, et c’est sur la question dogmatique qu’il se concentre essentiellement. L’idée du P. Jean Meyendorff – qui détermine une grande partie de son interprétation de l’œuvre de saint Grégoire Palamas – selon laquelle ce dernier se serait déjà ici opposé à l’humanisme byzantin ne concerne en réalité qu’un point secondaire.
Grégoire Palamas réexamine en fait de manière critique la plupart des arguments en faveur du Filioque qui ont été présentés au XIIIe et au XIVe siècle par les Latins et leurs partisans, lors de discussions qui visaient en particulier à faire reconnaître par les orthodoxes l’expression « par le Fils », utilisée par certains Pères, comme un équivalent de l’expression « et du Fils » (Filioque), ou du moins comme compatible avec celle-ci.
Ses critiques, s’adressent aux Latins mais aussi aux « latinophrones », c’est-à-dire aux théologiens byzantins « pensant à la manière latine » et disposés à faire un compromis avec les Latins. Beaucoup d’arguments latinophrones (c’est-à-dire conforme à la pensée des Latins) visés par Palamas sont des arguments qui ont été développés dans les siècles précédents, notamment dans les deux traités sur la procession du Saint-Esprit – Lettre pneumatologique à Théodore II et Lettre à Jacques de Bulgarie – de Nicéphore Blemmydès (1198-1269), et surtout dans les Titres de Jean Bekkos, patriarche de Constantinople de 1275 à 1282, dont Grégoire Palamas a élaboré une réfutation à la même époque qu’il a rédigé les Traités démonstratifs: Contre Jean Bekkos).
Après la triste expérience du concile d’union de Lyon en 1274, les or­thodoxes se montraient sans aucun doute extrêmement méfiants à l’égard des tenta­tives unionistes dont l’initiative était périodique­ment prise par le pouvoir pour des raisons essentiellement poli­tiques et où celui-ci semblait, pour aboutir, prêt à favoriser tous les compromis dogmatiques quitte à brader la foi orthodoxe. Une dé­marche (qui n’avait pu aboutir en raison de la guerre civile) venait d’être faite récemment (1323-1327) auprès du Pape Jean XXII par Andronic II qui s’inquiétait de l’avancée des Turcs en Asie Mi­neure et souhaitait s’assurer l’appui de l’Occident. Dans le même temps, les Latins exerçaient à Constantinople une influence de plus en plus marquée. C’est à l’initiative d’Andronic III qui venait, en 1332, de for­mer une ligue avec Venise et les Hospitaliers de Rhodes, qu’avaient été entreprises les dernières négociations de 1333-1335 destinées à établir l’union des Églises. La vigoureuse condamnation du patriarche Jean Bekkos et des latinophrones par le concile des Blachernes réuni en 1285 (soit seulement cinquante ans auparavant) par le patriarche Grégoire de Chypre, avait sans aucun doute rendu les orthodoxes vigilants et par­ticulièrement exigeants en ce qui concerne question de la procession du Saint-Esprit qui apparaissait comme le principal point de divergence entre les deux Églises.
Les Traités démonstratifs semblent donc avoir été écrits pour dé­fendre la foi orthodoxe et réfuter la doctrine latine du Filioque à un moment où l’on avait tout lieu de craindre que, pour mener à bien des visées poli­tiques, l’empereur et le théologien Barlaam qu’il avait missionné pour mener les discussions fassent des concessions aux positions latines et réalisent à la hâte une union où la foi orthodoxe se trouverait sacrifiée. Cette idée est partagée par un spécialiste catholique de Palamas, R. E. Sinkewicz : « il apparaît que Palamas a réagi aux nouvelles de discussions renouvelées avec les Latins et a écrit aussi­tôt un ex­posé de la foi orthodoxe sur le sujet, afin de repousser par avance toute possibilité de compromis doctrinal. »
Les Traités ont une forme polémique très mar­quée ; ils attaquent les Latins d’emblée, de front, et en permanence, et ils se présentent moins comme une proposition de dialogue que comme une vigoureuse réfutation de la doctrine la­tine du Filioque – aussi bien dans sa forme classique que dans ses développements récents – corrélative d’une ferme apologie de la foi ortho­doxe. Pour saint Grégoire Palamas comme pour tous les Pères qui ont défendu la doctrine orthodoxe de la procession du Saint-Esprit, la doctrine latine du Filioque ne peut faire l’objet d’aucun com­promis et même d’aucune négociation : le Filioque est une ajout illicite au Credo, qui contredit la foi de l’Église et paraît définiti­vement incompatible avec les enseignements du Christ, des Apôtres, des Pères et des Conciles.
L’ardeur mise par saint Grégoire Palamas dans les deux Traités démonstratifs à réfuter la doctrine latine du Filioque jusque dans ses développements les plus subtils et à défendre corrélativement la foi orthodoxe sur la procession du Saint-Esprit tient à la particulière importance qu’il reconnaît à cette question.
Sa position ferme s’oppose à la position conciliante que mon­traient les représentants de la tendance latinophrone qui, voyant dans l’union des Églises une tâche urgente qui devait aboutir coûte que coûte, minimisait l’importance de cette divergence et allait même jusqu’au relativisme dogmatique. Barlaam témoigne d’une telle attitude dans le discours qu’il a tenu à Avignon en 1339, en tant qu’ambassadeur de l’empereur, devant le pape Benoît XII pour lui présenter un nouveau plan d’union : l’union des Églises, affirmait-il, pouvait être réalisée sur la base d’une foi commune en la Trinité, chacune des deux Églises pouvant, en ce qui concerne la procession du Saint-Esprit, conserver sa propre doctrine, les théo­logiens des deux bords pouvant, s’ils le souhaitaient, poursuivre leurs discussions. Mais l’importance du Filioque était minimisée par les Latins eux-mêmes qui traditionnel­lement attribuaient la sé­paration des Églises plus à des raisons ecclésiologiques (en parti­culier le re­fus de reconnaître l’autorité suprême du pape de Rome) qu’à des raisons dogmatiques et considéraient les Orientaux comme schis­matiques, mais point comme hérétiques. Saint Grégoire Palamas lui-même note dans son Prologue que les Latins affirment que leur pensée est la même quant au fond et ne diffère qu’en ce qui con­cerne l’expression.
Face à ces points de vue des Latins et des latinophrones, saint Grégoire Palamas fait remarquer que l’ajout du Filioque au Credo paraît produire un changement minime, mais « apporte en réalité les bases de grands maux et beaucoup de dan­gereuses absurdités et de choses étrangères à la piété », montrant que, « en ce qui concerne Dieu, même la moindre chose ne saurait être petite »: une nouveauté qui concerne le Principe de toutes choses ne peut en effet qu’entraîner de nombreuses erreurs au su­jet de tout ce qui en dépend.
Pour saint Grégoire Palamas, la différence des deux conceptions est loin de ne correspondre qu’à une différence d’expression et, comme on dirait aujourd’hui, de « sensibilité » : les deux doctrines sont bel et bien fondamentalement contradictoires et donc, selon le principe logique élémentaire de non-contradiction, ne peuvent être toutes les deux vraies; elles ne sont donc ni complémentaires ni compatibles, mais exclusives l’une de l’autre: si l’une est vraie, l’autre est nécessairement fausse. Le Filioque est une hérésie comparable et semblable à toutes les hérésies du passé, comme celles des ariens, des apollinaristes, des eunoméens ou des macédoniens… Sa gravité se manifeste non seulement sur le plan dog­ma­tique, mais encore sur les plans ecclésiologique et spirituel (les trois plans étant indissolublement liés): il implique une rupture de communion et empêche le rétablissement de celle-ci. Confesser que le Saint-Esprit ne procède pas du Père seul, c’est, selon Grégoire, carrément s’exclure de Dieu et de la Sainte Trinité. On voit très clairement ici que Grégoire, loin de considérer la question du Filioque comme secondaire, y voit, plutôt que dans des raisons politiques ou autres, la principale source de la rupture de communion et de la séparation des Églises orthodoxes d’Orient et de l’Église de Rome et le princi­pal obstacle au rétablissement de cette communion et à la ré-union des Églises. « Jamais, dit-il aux Latins, nous ne vous accepterons en communion aussi longtemps que vous direz que l’Esprit est aussi du Fils (Filioque) ».
Selon Grégoire, la première étape de la démarche à suivre pour rétablir la communion et l’unité entre les Églises est que les Latins retirent le Filioque du Credo puisque celle formule y a manifeste­ment été ajoutée. Mais cela ne suffira pas: encore faut-il que la théologie latine s’accorde avec la foi orthodoxe dont témoigne « l’accord éclatant des Pères théophores ». Il propose donc que s’engagent des discussions théologiques en vue de retrouver un tel accord, et même de traiter de cette question au sein d’un concile, en prenant pour exemple les Pères qui, à propos d’autres questions controversées comme celle des deux natures, opérations et volontés du Christ, sont finalement retournés « à la paix com­mune dans la piété ». Grégoire rappelle avec émotion et nostalgie qu’il y avait autrefois un accord entre l’Église d’Orient et l’Église de Rome, et il considère que cet accord devrait pouvoir être retrouvé si cette dernière acceptait seulement de faire retour à l’ancienne foi commune définie par les grands conciles œcuméniques et par les Pères.

Les deux Traités démonstratifs de saint Grégoire Palamas avaient déjà été traduits en français par Emmanuel Ponsoye sous le titre Traités apodictiques sur la procession du Saint-Esprit (Éditions de l’Ancre, Paris-Suresnes, 1995). Yvan Koenig en propose ici une traduction nouvelle, nettement améliorée, et annotée par ses soins. L’introduction, qui occupe près de la moitié du volume, présente les circonstances et le contexte de la rédaction des traités et analyse ceux-ci dans le détail, étape par étape, pour en rendre la lecture plus aisée. Elle actualise et corrige sur certains points (en particulier la position de Palamas par rapport à Barlaam et à Grégoire de Chypre) l’introduction de la première édition.

Jean-Claude Larchet

Dans un entretien, l’évêque de Irénée de Bačka (Eglise orthodoxe serbe) aborde la question du Concile de Crète, du nationalisme dans l’Église, de l’Église orthodoxe en Ukraine et de l’archiprêtre Gabriel Kostelnik (+1948)

Au cours de son récent séjour en Serbie, le métropolite de Zaporojié et Mélitopol Luc (Église orthodoxe d’Ukraine) a rencontré l’évêque de Bačka Irénée (à gauche sur la photographie, ndlr) et lui a posé un certain nombre de questions. Nous reproduisons ci-dessous, in extenso, l’entretien :

– Métropolite Luc : « Comme on le sait, alors que vous participiez au Concile panorthodoxe, vous n’avez pas signé certains de ses documents. À ce sujet, je voudrais entendre votre point de vue personnel, et ce d’autant plus qu’en Ukraine, les disputes ne cessent pas entre ceux qui rejettent en bloc le Concile et ceux qui soutiennent l’idée de sa tenue et les décisions prises.

– Évêque Irénée : Beaucoup de choses dites par moi à ce sujet en serbe n’ont pas encore été publiées. Comme on le sait, nous sommes ici [en Serbie] voisins des Grecs. Nous avons de profonds liens historiques et autres avec les Grecs, un grand nombre de nos évêques parlent ou comprennent le grec. Depuis mon enfance, j’ai appris la langue grecque [ancienne] et j’ai enseigné le Nouveau Testament et la langue grecque à la Faculté de théologie de l’Université de Belgrade. Nous avons notre milieu distinct, particulier. Je connais beaucoup d’évêques grecs et je suis ami avec un grand nombre d’entre eux, aussi j’ai été très triste lorsque que l’on a commencé à dire que « les Serbes nous ont trahis, sont passés chez les Russes ». Je suis contre de telles affirmations, parce que dans l’Église, il n’y a pas de Russes, de Serbes ou de Grecs. Il y a ceux qui sont orthodoxes et ceux qui ne le sont pas, ou bien tu es dans l’Église, ou tu es contre l’Église, tertium non datur. Si je connais beaucoup de Grecs, si j’ai des relations fraternelles avec eux, cela signifie seulement qu’ils doivent avoir la même attitude envers les Russes, les Ukrainiens, les Géorgiens. L’apôtre Paul dit encore que pour l’Église, il n’y a ni Grec ni Juif. Sinon, cela est pour moi le démembrement, la division artificielle de l’orthodoxie entre Grecs et Slaves, Russes. Cela non seulement ne me plait pas, mais dans l’essence, c’est quelque part hérétique. C’est une approche hérétique.

– Qui fait cela ?

– Ce sont différents journalistes. Pour ce qui me concerne, je n’ai reçu aucun ordre, aucun souhait d’où que ce soit. J’ai seulement ma responsabilité, comme théologien, comme un homme qui s’est occupé de cela toute sa vie, dans la mesure de ses possibilités et capacités, et j’analyse tout ce qui s’est produit : tous les courants, toute la préparation du Concile et j’en tire des conclusions pour ma conscience. C’est la question de ma foi, de ma conscience, et non la question des Serbes, des Russes ou des Grecs, de qui que ce soit. À Genève, j’ai participé à toutes les rencontres liées à la préparation du Concile, j’ai étudié tous les textes avec les autres. Je n’ai jamais été contre le Concile. Lorsque ont commencé tous ces commérages, cela m’était répugnant à un point indicible. Et c’est en grec, et non en serbe, que je me suis alors empressé de publier, afin que cela soit clair à tous, pourquoi je n’ai pas signé. J’en suis venu à cette conclusion, selon ma conscience.

– Votre point de vue au sujet de ce qui suit est très important : certains émissaires des autorités de notre pays rencontrent les représentants [du Patriarcat] de Constantinople afin que ces derniers fassent des pas dans la direction du rapprochement avec les schismatiques [ukrainiens].

– Une fois, alors que je parlais avec le patriarche œcuménique, je lui ai dit : « Soutenir Denissenko [le « patriarche » schismatique de Kiev, ndt], ce sera un nouveau schisme, cette fois non entre l’Orient et l’Occident, mais en Orient. Personne n’a besoin de cela. Ceux qui ont intérêt à cela, ce sont des forces qui n’ont rien de commun avec le christianisme ». Je l’ai fait honnêtement, je l’ai dit en face. Je regrette le fait que les représentants des séparatistes ecclésiastiques ukrainiens aient été reçus au Phanar, et aussi que des représentants du pouvoir politique y soient venus pour des discussions semblables, certains d’entre eux n’étant pas même orthodoxes. Bien sûr, dans cela, ils voient les intérêts de l’État. Nous faisons face à la même chose au Monténégro. On s’efforce de faire de l’Église l’instrument de la politique, afin qu’elle serve les intérêts de l’État et non ses buts véritables. Je ne pense pas que le patriarche Bartholomée s’engagera dans quelques concessions.

– Nous, en Ukraine, ressentons cela très douloureusement, particulièrement notre troupeau. Il nous est indispensable de parler plus du Christ aux gens, d’autant plus au moment où, dans les médias officiels, on répand des mensonges sur nous. Nos fidèles s’intéressent à la position de Constantinople, à laquelle se réfèrent constamment les schismatiques, d’autant plus que le patriarche Bartholomée aurait soi-disant occupé la position du pape au Concile.

– Ce n’est pas vrai. Il s’est conduit dans le cadre de ses pouvoirs et, plus que tout autre, au Patriarcat œcuménique, il a voulu faire un Concile selon tous les critères et normes. La question de l’unité de l’orthodoxie est plus importante que les plans du pouvoir que ce soit l’ukrainien ou tout autre pouvoir éphémère. Tout est éphémère, seule l’Église est éternelle. Qui aurait pu penser que nous vivrions jusqu’au monde post-soviétique ? Nul parmi eux [les communistes, ndt] n’aurait pu y penser, ils pensaient qu’il seraient là encore trois ou quatre siècles. C’est Dieu qui dirige l’histoire, l’Esprit Saint. En ce sens, tout cela est éphémère et on ne sait jamais ce qui arrivera. Les miracles se produisent de notre vie également, et après il y en aura encore. En ce sens, il faut simplement résister, confesser la foi. Nous devons rester conséquents dans nos positions ecclésiales, ecclésiales seulement et aucunes autres, non celles des partis, non des positions politiques. L’Église n’a jamais été contre l’État. Certains dirigeants ne pourront jamais le comprendre, parce qu’en fait, ils sont tous des athées, ce sont les mêmes qui étaient là à l’époque soviétique.

– On commence à parler chez nous, activement, qu’il faut passer de l’alphabet cyrillique à l’alphabet latin. Changer la forme de la langue.

– La même chose se produit chez nous au Monténégro. L’alphabet cyrillique y a été interdit, on ne peut écrire qu’en caractères latins. Je perçois tout cela comme une conséquence de la position suicidaire du pouvoir. Que recevront-ils si, en se coupant de leurs racines orthodoxes, ils deviennent partie du monde occidental ? Qu’est-ce qu’aujourd’hui le monde occidental ? C’est un athéisme qui est pire que l’athéisme soviétique, malheureusement. À l’époque soviétique le pouvoir avait fait de l’idée athée une idéologie, ils luttaient contre la religion. Or aujourd’hui, en Occident, toute religion est une imbécillité, elle n’intéresse personne, il n’y a que le plaisir. Particulièrement dans les cercles dirigeants du monde, raison pour laquelle le monde musulman est plus fort qu’eux. Pensez seulement au fait qu’en France il y a plus de gens dans les mosquées que dans les églises !

– Il y a un refroidissement dans la jeunesse envers le savoir, la vie. On leur dit quelque chose, ils le croient, il y a une certaine absence du souhait d’analyser, de comprendre quelque chose. Comment enseigner à penser ? Que faut-il faire pour cela ?

– Nous avons le même problème. Mais nous devons défendre l’orthodoxie, bien sûr avec patience et amour, avec respect envers la liberté de conscience de chaque homme. Mais nous ne devons jamais céder. Il faut suivre les traditions de l’Église. De nombreux efforts sont nécessaires au salut. Que Dieu nous donne de la patience. Comme on le disait à l’époque byzantine, les nuages les plus menaçants passent. Aussi difficiles et lourdes que puissent être les difficultés pour nous, ces nuages passeront. Il faut attendre, peut-être ne vivrons-nous pas jusque-là, d’autres y parviendront, mais le mot définitif sera celui du Christ, et non de l’Antichrist. Si certains n’y croient pas, c’est leur problème.

– On entend maintenant de la bouche des politiciens [ukrainiens] : « Vous êtes un ennemi, vous êtes la cinquième colonne, vous êtes un curé moscovite ». Certains l’endurent très difficilement.

– Le plus important est de comprendre que ces gens ne s’intéressent à l’Église que comme un instrument, celui de leurs plans. Il en est ainsi dans le monde entier. Il faut, avec sagesse, ne s’identifier avec aucun d’entre eux. Même avec ceux qui disent qu’ils sont orthodoxes. Il est vrai qu’il y en a de tels, mais quoi qu’il en soit, il faut avoir sa position, sa liberté. Nul ne doit dire qu’un orthodoxe appartient à l’une ou l’autre orientation politique, à un parti. À aucun ! Nous n’appartenons qu’à une seule orientation, celle du Christ !

– Monseigneur, excusez-nous, nous prenons beaucoup de votre temps.

– Non, j’en suis très content. Et je dirai encore quelque chose pour ce qui concerne le Concile [de Crète]. J’ai participé à sa préparation, j’ai suivi chacun de ses pas, j’ai parfois tenté d’aider certaines formulations de compromis, de décisions communes, etc. Mes frères évêques, qui ont eu la même préoccupation que moi dans cette œuvre, savaient que je comprends le grecs, que je bénéficiais d’une certaine confiance des Slaves et pouvais leur expliquer quelque chose. Il y a eu des discussions sur l’octroi de l’autocéphalie et de l’autonomie. En fin de compte, nous sommes arrivés à la décision que l’octroi de l’autocéphalie n’est pas le problème d’une Église locale, ni de Constantinople, mais une question panorthodoxe, et nous sommes parvenus à une conclusion, à un résumé sur la base de l’expérience commune de l’orthodoxie durant des siècles. Et la formule finale était que l’octroi de l’autocéphalie ne peut se produire sans la volonté de l’une des Églises locales, personne ne peut dire qu’il veut devenir autocéphale. S’il y a la bénédiction que l’Église-Mère – l’une ou l’autre des Églises locales – déclare pour des considérations spirituelles, non étatiques, non politiques, non idéologiques ou d’autres encore, être d’accord, alors un diocèse ou un autre devient Église autocéphale. Ce n’est pas une décision finale, c’est une proposition à la conscience panorthodoxe. Cela est communiqué à toutes les Églises autocéphales. Si toutes sont d’accord sur le fait que cela est utile dans le sens de la croissance de tout l’organisme divino-humain de l’Église, alors commence l’examen panorthodoxe de cette question. En bref : la première condition est l’accord de l’Église-mère, la seconde démarche, l’accord panorthodoxe, et la troisième la proclamation. Pour ce qui concerne celle-ci, les idées diffèrent. Au début, Constantinople disait que le seul accord du patriarche œcuménique était suffisant, avec la publication d’un tomos, la proclamation etc. Oui, c’était le cas avant, dans les temps anciens. Mais les choses sont autres maintenant. Il y a de nouvelles Églises autocéphales, plus tardives, en plus des patriarcats anciens. Cela reste une question non résolue, qui nécessite un examen. En général, il est nécessaire lors d’un concile de discuter des problèmes importants, non pas théoriques, mais de ceux qui concernent l’unité de l’Église. Toutes les questions du schisme, du nationalisme, de l’obscurantisme, doivent absolument être résolus au niveau conciliaire. Le principe du consensus, de l’unanimité, est important. Et le fait même que le concile actuel ait eu lieu sans la participation de certaines Églises constitue un problème sérieux. Celles-ci disent qu’elles n’ont pas participé en raison de leurs considérations stratégiques, et cela est juste, cela signifie qu’elles avaient des considérations de principe.

– Pour nous, la guerre au Sud-Est de notre partie constitue une grande douleur. Ma maison a été détruite, nous vivions non loin de l’aéroport. Mes anciens paroissiens sont morts sous les bombardements, tandis que d’autres refusent de me parler, m’accusant de trahison, parce que je suis resté sur le territoire de l’Ukraine.

– Oui, cela est horrible quand se produit une guerre civile, lorsque les frères sont en guerre. Nous avons vécu sera à la charnière du siècle présent. Cela arrange les forces anti-orthodoxes – et c’est pour cela qu’elles l’organisent et l’attisent –, elles veulent une seule chose : démembrer et piller le pays, et faire de l’Église orthodoxe une organisation politique obéissante, du type d’une organisation séparatiste avec à sa tête Denissenko. Ce sont des gens sans morale.
– Monseigneur, il est tellement intéressant de parler avec vous…
– Merci. Je veux également vous demander quelque chose. Avez-vous quelque document au sujet de Gabriel Kostelnik [ancien prêtre uniate revenu à l’orthodoxie après la Seconde Guerre mondiale, il présida le Concile de Lvov en 1946 et fut assassiné en 1948, ndt]. Il a fait beaucoup au Concile de Lvov, il a abandonné l’uniatisme, est devenu prêtre de l’Église orthodoxe. Je suis allé sur sa tombe, nous avons prié pour son âme, alors que Mgr Augustin était encore évêque du lieu. Je considère moi-même qu’il est digne de la canonisation. Mgr Augustin m’a dit également qu’il fallait tout analyser, à savoir quelles étaient les immixtions du KGB. Parfois, il y avait des intérêts parallèles. Ils [les communistes, ndt] ne voulaient pas d’uniates, nous non plus. Mais cela ne signifie pas que le père Gabriel Kostelnik était leur laquais. Mon idée est qu’il faut procéder à la canonisation simultanément en Ukraine et en Serbie. Il a vécu là-bas et ici [le père Gabriel Kostelnik est né en Voïvodine, ndt]. Le lien vivant se conservera s’il y a canonisation en même temps dans les deux pays.
– Je vous remercie chaleureusement, Monseigneur, pour cette discussion si substantielle et intéressante. J’espère et demanderai à Dieu et à Votre Éminence de nous rencontrer à nous. Nous demandons vos prières pour notre Église avec, à sa tête, son primat le béatissime métropolite Onuphre.
– Nous, Serbes, plus que qui que ce soit, partageons votre douleur, c’est la raison pour laquelle, en priant pour notre peuple très éprouvé, nous prions aussi pour nos frères ukrainiens. À la tête de votre Église se trouve un hiérarque très sage, un exemple à imiter dans sa fidélité à l’Église-mère et ses canons. Que Dieu lui donne force et santé !
– Le Christ est ressuscité !
– En vérité, Il est ressuscité !

Source (dont photographie): Hram.zp.ua

Recension: Métropolite Hilarion Alfeyev, « Image de l’Invisible. L’art dans l’Église orthodoxe »

Métropolite Hilarion Alfeyev, Image de l’Invisible. L’art dans l’Église orthodoxe, Éditions Sainte-Geneviève, Épinay-sous-Sénard, 2017, 371 p.
Ce livre de Mgr Hilarion Alfeyev (métropolite de Volokolamsk, président du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou) est le troisième volume d’une série présentant divers aspects de l’Église orthodoxe. Les deux premiers volumes (L’Orthodoxie, vol. I, Histoire et structures canoniques de l’Église orthodoxe et L’Orthodoxie, vol. II, La doctrine de l’Église orthodoxe), ont été publiés respectivement en 2009 et 2012 aux Éditions du Cerf. Il était prévu que les volumes suivants y paraissent aussi, mais la nouvelle direction ayant drastiquement réduit la publication de livres orthodoxes, l’auteur a dû migrer chez un autre éditeur, lequel en l’occurrence a fait un beau travail de présentation, proche de l’édition originale publiée à Moscou par le monastère de Sretenski.
Comme l’indique son sous-titre, l’ouvrage traite de « l’art dans l’Église orthodoxe » et comporte trois parties: 1) L’architecture des églises orthodoxes; 2) L’iconographie orthodoxe; 3) La musique liturgique.
Ces études se présentent moins comme des réflexions ou des commentaires spirituels que comme des articles d’encyclopédie, qui présentent à chaque fois un historique et un descriptif de la question, illustré par une abondante iconographie marginale en noir et blanc, et pour une part en couleur dans un cahier central.
L’ouvrage est bien documenté, Mgr Hilarion s’appuyant sur sa vaste culture personnelle, mais aussi sur les travaux préparatoires d’une équipe de documentalistes qui œuvre pour certains de ses ouvrages. On apprécie aussi le caractère pédagogique de l’exposé. Tout cela fait de cet ouvrage un excellent manuel d’initiation à ce que l’on peut appeler « l’art liturgique » orthodoxe (car en fait les trois formes d’art abordées trouvent leur expression et leur finalité dans la liturgie). Ce travail s’intègre à l’œuvre pastorale considérable que Mgr Hilarion, animé par des capacités et une force de travail hors pair, développe depuis de nombreuses années parallèlement à ses activités « diplomatiques » officielles, et qui se traduit aussi par une multitude de traductions patristiques, de publications de livres et d’articles, de conférences, et de documentaires filmés pour la télévision.
Les parties consacrées à l’architecture et à l’art abordent des thèmes déjà abondamment étudiés ailleurs, mais l’auteur en propose une synthèse historique et doctrinale qui les situent dans la perspective ecclésiale orthodoxe et qui est particulièrement utile dans le cadre d’une initiation ou d’une révision de notions déjà acquises.
L’exposé de Mgr Hilarion se révèle particulièrement précieux dans la troisième partie, consacrée à la musique, sur laquelle on trouve dans la littérature moins de documents que sur l’architecture et l’iconographie. L’auteur fait bénéficier le lecteur de sa grande compétence en la matière puisque, avant de devenir moine et de s’élever dans la hiérarchie ecclésiastique, il mena pendant une quinzaine d’années des études musicales au plus haut niveau.
Dans la liste des grands compositeurs de musique liturgique et religieuse qu’il présente (et qui comporte entre autres les noms de Lvov, Lomakine, Glinka, Bortnianski, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, Katalsi, Arkhangelski, Tchesnokov, Rachmaninov, Gretchaninov, Troubatchev et Sviridov) il faudrait – ce que sa modestie l’empêchait de faire – ajouter son nom, car il est, dans le domaine de la musique liturgique et religieuse polyphonique, l’auteur d’une œuvre déjà considérable et d’une qualité qui égale celle des plus grands compositeurs. Parmi ses œuvres liturgiques les plus connues (dont existent des enregistrements sur CD diffusés en Russie, et divers enregistrement vidéo), on peut citer: « La Divine Liturgie » et « Les Vigiles », à quoi l’on peut ajouter, parmi les œuvres non liturgiques mais d’inspiration religieuse: « La Passion selon saint Matthieu », un « Oratorio de Noël », un « Stabat Mater », et diverses compostions réunies dans un CD intitulé « Lumière passée et future ».
L’intérêt du Métropolite Hilarion pour le chant polyphonique russe moderne ne le conduit pas à dévaloriser le chant traditionnel znammeny (dont il a fortement soutenu la renaissance en Russie), ni a ignorer les formes musicales des autres Églises locales qui sont également présentées dans ce volume. À noter qu’il garde même une certaine distance critique par rapport au chant polyphonique sophistiqué qui reste très présent dans les grandes églises (qui emploient de manière aberrante des chœurs professionnels dont certains membres sont non croyants), puisque de même que le P. Georges Florovsky parlait d’une « captivité de Babylone » à propos de la théologie russe du XIXe et du début du XXe siècle, Mgr Hilarion déplore avec raison que « les normes esthétiques de la “captivité italienne” (c’est-à-dire des XVIIIe-XIXe siècles) continuent à dominer le répertoire des chorales ».
La partie du livre consacrée à la musique se termine par un chapitre original et intéressant sur les cloches qui, comme le note l’auteur dans son introduction, produisent « la seule forme de musique instrumentale non seulement universellement admise par l’Église orthodoxe, mais faisant partie intégrante de sa liturgie ».

Jean-Claude Larchet

Les chrétiens orthodoxes en Europe centrale et orientale sont en faveur d’un rôle fort de la Russie dans la géopolitique et la religion

Environ un quart de siècle après la fin de l’ère soviétique, la Russie conserve une influence substantielle dans un grand nombre de parties de l’Europe centrale et orientale. La Russie est largement considérée par les chrétiens orthodoxes de cette région comme un important contrepoids aux influences occidentales et comme une protectrice globale des populations orthodoxes et des Russes ethniques, selon un nouveau rapport du Pew Research Center concernant 18 pays en Europe centrale et orientale. Dans pratiquement tous les pays majoritairement orthodoxes, objets du rapport, la majorité ou un grand nombre sont d’accord pour affirmer qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident et qu’elle a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes et les Russes ethniques hors de leurs frontières. Ce sentiment domine même dans trois pays majoritairement orthodoxes faisant l’objet du rapport et qui sont membres de l’Union Européenne : la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie. Mais le sentiment pro-russe a tendance à être le plus fort dans les Républiques ex-soviétiques qui sont majoritairement orthodoxes et ne font pas partie de l’Union Européenne, y compris l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie. Le soutien en faveur du rôle géopolitique et religieux de la Russie est nettement plus faible en Ukraine, un pays à majorité orthodoxe qui est toujours engagé dans un conflit avec les séparatistes pro-russes dans la partie Est du pays, après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. En outre, dans les pays à majorité catholique ou avec une diversité de religions en Europe centrale ou orientale, tels que la Pologne et la Hongrie, on est beaucoup moins enclin à soutenir le rôle fort de la Russie. À l’exception de l’Ukraine, le soutien pour le rôle de la Russie est répandu à travers tous les autres pays à majorité orthodoxe dans lesquels le Pew Research Center a enquêté. Par exemple, sept personnes sur dix, voire plus, en Grèce (70%), Biélorussie (76%), Serbie (80%), l’Arménie (83%) et la Russie elle-même (85%) sont d’accord, complètement ou en grande partie, avec cette affirmation : « Une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident ». D’autres analystes montrent que les gens qui sont d’accord sur le fait qu’il existe un conflit entre les valeurs occidentales et les valeurs traditionnelles de leur propre pays sont plus enclins que les autres à dire qu’une Russie forte est nécessaire pour équilibrer l’influence de l’Occident. Il y a également un point de vue qui domine parmi les chrétiens orthodoxes selon lequel la Russie a une obligation de protéger au niveau international les populations orthodoxes. Dans chaque pays à majorité orthodoxe objet de l’enquête, à l’exception de l’Ukraine, la plupart disent qu’ils sont en accord avec la déclaration selon laquelle la « Russie a une obligation de protéger les chrétiens orthodoxes hors de ses frontières ». La majorité de chaque population orthodoxe concernée par l’enquête dans les pays autres que l’Ukraine dit aussi que la Russie a une obligation de protéger les Russes ethniques dans le monde entier. La Russie est également perçue comme le siège de l’autorité religieuse orthodoxe. Parmi les chrétiens orthodoxes, le patriarche de Moscou, qui est le chef de l’Église orthodoxe russe, est plus largement perçu comme une plus haute autorité de l’orthodoxie que le patriarche de Constantinople, malgré le statut de celui-ci de « premier parmi les égaux », les leaders orthodoxes. En fait, dans chaque pays avec une population orthodoxe significative mais qui ne dispose pas d’une Église nationale auto-administrée, les gens sont bien plus enclins à dire qu’ils considèrent le patriarche de Moscou comme la plus grande autorité dans l’orthodoxie. Ce n’est pas une surprise si la majorité en Russie (qui a sa propre Église nationale) considère également le patriarche de Moscou comme l’autorité orthodoxe la plus haute. Dans quatre des six pays étudiés qui disposent de leur Église autocéphale, à savoir la Géorgie, la Serbie, la Roumanie et la Bulgarie, la plus grande partie des gens disent qu’ils perçoivent le chef de leur Église nationale comme la plus haute autorité orthodoxe. Il n’y a qu’en Grèce où la majorité voit dans le patriarche de Constantinople la plus haute autorité dans l’Église orthodoxe. Nonobstant le sentiment pro-russe, les chrétiens orthodoxes sont largement d’accord avec les autres Européens du Centre et de l’Est de l’Europe sur le fait que leurs pays devraient avoir des relations étroites avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. La majorité ou la plupart des gens le disent dans chaque pays étudié. Cela est même vrai dans les pays qui sont en faveur d’une Russie forte. Par exemple, une majorité d’adultes en Arménie (66%), Grèce (62%) et Serbie (61%) disent qu’il est de l’intérêt de leur pays de travailler étroitement avec les États-Unis et les autres puissances occidentales. Cela dit, les sentiments étaient partagés lorsque le Pew Research Center a demandé aux gens dans les ex-républiques soviétiques s’il était plus important pour leur pays d’avoir des « liens forts » avec l’Union Européenne ou avec la Russie. La question n’a pas été posée aux Russes, mais dans trois des cinq pays à majorité orthodoxe où cela a été demandé, l’Arménie, la Biélorussie et la Moldavie, la majorité ou la plupart ont dit qu’il était plus important d’être allié avec la Russie, tandis que la Géorgie est très divisée à ce sujet. Dans les anciennes républiques soviétiques étudiées qui n’ont pas une majorité orthodoxe, les adultes sont plus enclins à dire qu’il est plus important d’avoir des liens forts avec l’Union européenne plutôt qu’avec la Russie.

Source (avec tableaux détaillés)

Revenir en haut de la page
Jovan Nikoloski