28 janvier (ancien calendrier) / 10 février (nouveau)

Saint Éphrem le Syrien (373) ; saint Pallade, ermite en Syrie (IVème s.) ; saint Jacques l’ascète, ermite en Palestine (VIème s.) ; saint Jean, abbé de Réomé, ermite dans l’Auxois (539) ; saint Isaac le Syrien, évêque de Ninive (VIIème s.) ; saint Ephrem de Novotorjok (1053) ;  saint Éphrem, évêque de Pereyaslav (vers 1098) ; saint Théodose de Totma (1568) ; saints néomartyrs de Russie : Théodore (Bogoyavlensky), confesseur, prêtre (1933), Ignace, évêque de Skopino, Vladimir (Pichtchouline), prêtre et Bartholomée (Ratnykh), moine, Olga (Evdokimov) (1938), Léonce (Stasevitch), confesseur, moine (1972).

SAINT ÉPHREM LE SYRIEN

28 janvier

Cet astre radieux de l’Église s’est levé en Orient, dans la lointaine ville de Nisibe (Mésopotamie), vers 306. Tout jeune encore, il fut chassé de la maison familiale par son père — qui était prêtre païen — à cause de sa sympathie pour la religion chrétienne. Il fut alors recueilli par le saint évêque Jacques [13 janv.], qui l’instruisit dans l’amour des vertus et l’application constante à la méditation de la parole de Dieu. L’étude de l’Écriture sainte alluma en lui une flamme qui lui fit mépriser les biens et les soucis de ce monde pour élever son âme vers la jouissance des biens célestes. Sa foi et sa confiance en Dieu, inébranlables comme le mont Sion, le portèrent à embrasser un admirable mode de vie. Il avait une pureté du corps et de l’âme qui dépassait les limites de la nature humaine et qui lui faisait gouverner en roi tous les mouvements de son âme, en ne laissant pas une seule pensée mauvaise surgir à l’horizon de son esprit. À la fin de sa vie, il reconnaissait n’avoir jamais dit de mal de personne et n’avoir jamais laissé échapper de sa bouche une seule parole inconsidérée.

Dépouillé de tout, comme les apôtres, luttant de jour contre la faim et de nuit contre le sommeil, et revêtant ses actions comme ses paroles de la sainte humilité du Christ, il reçut de Dieu le don de la componction et des larmes continuelles à un degré tel qu’il occupe dans le chœur des saints la place privilégiée de « maître de la componction ». Par un miracle, connu seulement de ceux qui s’offrent tout entier en holocauste au Seigneur, ses yeux avaient été transformés en deux sources intarissables de larmes. Pendant des années, pas un moment du jour ou de la nuit, ces eaux lumineuses, purificatrices et porteuses de sanctification, ce « second baptême des larmes », ne cessèrent de couler de ses yeux, faisant de son visage un miroir très pur où se reflétait la présence de Dieu. Il pleurait continuellement sur ses péchés ou sur les péchés des autres hommes, et parfois, quand il passait à la méditation des merveilles que Dieu a faites pour nous, ces pleurs se transformaient en larmes de joie. Tel un cercle merveilleux, dont on ne peut pas discerner le commencement ou la fin, les gémissements faisaient naître en lui les larmes ; les larmes, la prière ; la prière, la prédication, laquelle était elle-même interrompue par de nouvelles lamentations. En lisant ses admirables discours sur la componction ou ses descriptions si réalistes du Jugement Dernier, même les cœurs les plus endurcis ne peuvent rester insensibles. Pour de nombreuses générations jusqu’à aujourd’hui, la lecture de saint Éphrem a fait couler bien des larmes, ouvrant aux pécheurs la voie du repentir et de la conversion.

Quelque temps après son baptême, vers l’âge de vingt ans, Éphrem se retira au désert, fuyant le trouble de la ville pour s’entretenir dans la quiétude avec Dieu et vivre en compagnie des anges. Il passait de lieu en lieu, libre de tout attache, allant là où le conduisait le Saint-Esprit, pour son profit et celui de ses frères. C’est ainsi qu’il se rendit dans la ville d’Édesse pour un pèlerinage et à la recherche d’un saint homme avec lequel il pourrait mener la vie monastique. Rencontrant sur son chemin une femme de mauvaise vie, il feignit d’accepter ses propositions et, lui disant de le suivre, il la conduisit vers la place publique, au lieu de chercher quelque endroit retiré et propice au péché. La prostituée lui fit remarquer : « Pourquoi m’amènes-tu là ? N’as-tu pas honte de t’exposer aux regards des hommes ? » Le saint répondit : « Malheureuse, tu crains le regard des hommes, pourquoi ne crains-tu pas le regard de Dieu qui voit tout et qui jugera au dernier jour nos actions et nos pensées les plus secrètes ? » Saisie de crainte, la femme se repentit et se laissa conduire vers un lieu favorable à son salut.

Au bout de quelques années à Édesse, saint Éphrem retourna vivre au désert. Comme il avait entendu vanter les vertus de saint Basile le Grand, Dieu lui révéla dans une vision que l’évêque de Césarée était semblable à une colonne de feu qui unissait la terre au ciel. Sans tarder, Éphrem partit alors pour la Cappadoce. Il arriva à Césarée le jour de la Théophanie, et entra dans l’église au moment même où l’on célébrait la Divine Liturgie. Bien qu’il ne comprît pas le grec, il fut saisi d’admiration en voyant le grand évêque prêcher, car il voyait une colombe blanche posée sur son épaule, qui lui murmurait à l’oreille des paroles inspirées. C’est cette même colombe qui révéla à saint Basile la présence dans la foule de l’humble ascète syrien. Il envoya des acolytes le chercher, s’entretint avec lui quelques instants dans le fond du sanctuaire et, répondant à sa requête, il obtint de Dieu qu’Éphrem se mît soudain à parler grec, comme s’il connaissait cette langue depuis son enfance. Puis il l’ordonna diacre, et le laissa partir vers sa patrie.

C’est alors que commença une longue série de guerres entre les Romains et les Perses (de 338 à 387), et des persécutions implacables furent lancées dans tout le royaume contre les chrétiens, considérés comme les alliés des Romains. Apprenant dans son désert les souffrances de ses frères, saint Éphrem retourna alors à Nisibe pour leur venir en aide par ses œuvres et ses paroles. Dès son enfance, il avait eu la révélation de la vocation à laquelle Dieu l’appelait, en voyant en vision une vigne abondante pousser de sa bouche et remplir toute la terre. Tous les oiseaux du ciel venaient s’y poser et se rassasiaient de ses fruits, et plus ils grappillaient plus celle-ci se remplissait de raisins. La grâce du Saint-Esprit le remplissait avec une telle profusion que, lorsqu’il s’adressait au peuple, sa langue n’avait pas le temps de proférer les pensées célestes que Dieu lui inspirait, et il semblait comme pris de bégaiement. C’est pourquoi il adressa à Dieu cette prière peu commune, en disant : « Retiens, Seigneur, les flots de ta grâce ! »

Lorsqu’il n’était pas occupé à l’enseignement pour confirmer la foi contre les païens et les hérétiques, il se mettait humblement au service de tous, en véritable diacre, imitant le Christ devenu pour nous « serviteur ». C’est ainsi que, par humilité, il refusa toujours l’élévation au sacerdoce. Ses vertus, sa prière, les fruits de ses contemplations et de sa méditation, toute la grâce que Dieu lui donnait, il ne les gardait pas pour lui-même, mais il en ornait l’Église, Épouse du Christ, comme d’une couronne d’or sertie de pierreries. Lorsqu’on assiégea Nisibe, en 338, ce fut grâce à sa prière et à celle de saint Jacques [13 janv.] que la cité fut délivrée. Mais, après les guerres successives, elle fut finalement livrée au cruel souverain des Perses, en 363. Refusant de vivre sous la domination païenne, saint Éphrem et beaucoup d’autres chrétiens partirent alors pour Édesse. Il passa là les dix dernières années de sa vie, et continua l’œuvre amorcée dans l’école exégétique fondée à Nisibe par saint Jacques, en enseignant à l’École d’Édesse, appelée dès lors « École des Perses ». Il rédigea alors la plus grande partie de ses ouvrages admirables, où sa connaissance de Dieu et des saints dogmes revêt la splendide parure d’une langue poétique incomparable. On dit qu’il composa en syriaque plus de trois millions de vers : commentaires de la plupart des livres de l’Écriture sainte, traités contre les hérésies, hymnes sur le Paradis, sur la Virginité, sur la Foi, sur les grands mystères du Sauveur et des fêtes de l’année . Une grande partie de ces hymnes est entrée dans la composition des livres liturgiques de l’Église de langue syriaque, d’où son surnom de « Lyre du Saint-Esprit » et de « Docteur de l’univers ». D’autres traités, très nombreux, nous ont été transmis sous son nom en grec sous son nom. Ils portent davantage sur la componction, l’ascèse et les vertus monastiques.

Après avoir organisé les secours dans la cité, lors de la famine de 372, saint Éphrem remit son âme à Dieu l’année suivante (373), entouré d’un grand nombre de moines et d’ascètes qui étaient sortis de leurs monastères, de leur désert, de leur grotte, pour assister à ses derniers moments. Il leur laissa un Testament émouvant, plein d’humilité et de componction, dans lequel il demande instamment à tous ceux qui l’aiment de ne pas l’honorer par des funérailles brillantes, mais de déposer son corps dans la fosse réservée aux étrangers, en lui offrant, en guise de fleurs et d’aromates, le soutien de leurs prières.

(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)

TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR

Tropaire de saint Éphrem, ton 8

Par les flots de tes larmes tu as fait fleurir le stérile désert, * par tes profonds gémissements tu fis produire à tes peines cent fois plus, * par tes miracles étonnants tu devins un phare éclairant le monde entier: * vénérable Père Ephrem, prie le Christ notre Dieu * de sauver nos âmes.

Kondakion, de saint Éphrem, ton 2

Méditant sans cesse sur l’heure du jugement, * tu versais des larmes amères, toi l’ami du silence et de la paix; * tes œuvres, vénérable Père, ont fait de toi * un maître d’action, un docteur universel: * par toi les négligents sont éveillés au repentir.

ÉPITRE DU JOUR

I Cor. XIV, 20-25

Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ; mais pour la malice, soyez enfants, et, à l’égard du jugement, soyez des hommes faits. Il est écrit dans la loi : C’est par des hommes d’une autre langue Et par des lèvres d’étrangers Que je parlerai à ce peuple, Et ils ne m’écouteront pas même ainsi, dit le Seigneur. Par conséquent, les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les non-croyants ; la prophétie, au contraire, est un signe, non pour les non-croyants, mais pour les croyants. Si donc, dans une assemblée de l’Église entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ? Mais si tous prophétisent, et qu’il survienne quelque non-croyant ou un homme du peuple, il est convaincu par tous, il est jugé par tous, les secrets de son cœur sont dévoilés, de telle sorte que, tombant sur sa face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous.

ÉVANGILE DU JOUR

Matth. XXV, 1-13

En ce temps-là, Jésus dit cette parabole : « le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq sages. Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles ; mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l’huile dans des vases. Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent. Au milieu de la nuit, on cria : “Voici l’époux, allez à sa rencontre !” Alors toutes ces vierges se réveillèrent, et préparèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : “Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.” Les sages répondirent : “Non ; il n’y en aurait pas assez pour nous et pour vous ; allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous.” Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent, et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous.” Mais il répondit : “Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.” Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure. »

À propos de l'auteur

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Jivko Panev

Jivko Panev, cofondateur et journaliste sur Orthodoxie.com. Producteur de l'émission 'Orthodoxie' sur France 2 et journaliste.
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