Communiqué conjoint des patriarcats d’Antioche grec-orthodoxe et syriaque à l’occasion du cinquième anniversaire de l’enlèvement des deux hiérarques d’Alep

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« Bien-aimés frères et enfants spirituels,
Le Christ est ressuscité ! En vérité, Il est ressuscité !

Au milieu de cette glorieuse période de la sainte fête de Pâques, nous avons le plaisir de saluer nos enfants spirituels par cette proclamation pascale, demandant au Seigneur de la Résurrection de répandre sur le monde entier la lumière de Sa sainte Pâque, et d’illuminer les âmes et toute Sa création. Également, dans la lumière de la Résurrection, nous saluons le monde avec amour et joie pascale, priant pour vous, bien-aimés, et demandant pour vous et les vôtres toute prospérité et bénédictions. Nous vous saluons chaleureusement, implorant le Seigneur tout-puissant d’accorder la paix à Son monde. Dans la lumière de la Résurrection, il est bon pour nous d’affirmer et de dire que l’obscurité ne peut pas dominer la lumière, et que la lumière brille après l’affliction. Dans toutes nos églises, nous trouvons une croix élevée à l’intérieur ou bien à l’extérieur. C’est pour nous rappeler que les enfants de la Résurrection sont d’abord et avant tout les enfants de la croix. Nous ne sanctifions pas la souffrance dans le christianisme, mais nous avons une haute estime pour l’amour. Nous marchons sur le chemin de la souffrance pour l’amour de ceux que nous aimons. Nous ne béatifions pas l’affliction, mais nous estimons qu’elle est légère afin d’acquérir ce qui est plus noble. Rappelons-nous toujours, chers frères et sœurs, que c’est ici le pays où le christianisme a connu ses débuts. Gardons également à l’esprit que nous avons réalisé tous les efforts possibles, et que nous n’en épargnerons aucun, pour rester ici. Nous savons que les circonstances actuelles sont difficiles pour chacun, mais nous pouvons surmonter toutes choses par notre confiance dans le Seigneur de la Résurrection, qui nous a enracinés dans ce pays, lorsqu’Il prêchait à nos ancêtres la parole de Son Évangile, il y a deux mille ans. Nous sommes les semences de ce pays et nous donnons à ce pays son identité et sa conscience. Aujourd’hui, nous en sommes au cinquième anniversaire de l’enlèvement de nos frères les archevêques d’Alep Youhanna Ibrahim et Paul Yazigi. Leur enlèvement donne un aperçu de ce que l’être humain de cet Orient a traversé. Il y a sept ans, la crise a éclaté en Syrie. Dans d’autres endroits, certains l’ont appelée le « Printemps arabe », mais c’est loin du symbolisme du printemps. Actuellement, nombreux sont eux qui souffrent profondément des absurdités des guerres, versant leur sang pur pour défendre le pays contre le terrorisme et le takfirisme, que nous n’avions pas connus jusque récemment. Aujourd’hui, l’enlèvement délictuel de nos deux évêques très respectés est devant nous. Nous avons honte de l’indifférence que nous voyons envers cette question. Tous les efforts qui ont été faits pour obtenir ne serait-ce qu’une simple piste ont échoué. Tout cela nous place devant des questions et des réponses cruciales. Si l’enlèvement de nos évêques laisse considérer que les chrétiens appartiennent à un degré de citoyenneté inférieur, nous déclarons définitivement, depuis ce podium, que les chrétiens en Syrie et ailleurs sont des composantes d’origine et fondamentales de ces pays. Si l’enlèvement de nos évêques est considéré comme un moyen d’intimidation des soi-disant minorités, notre réponse est claire : nous rejetons la logique de minorité et de majorité, puisque nos pères et enfants ont été, avec les autres, les piliers de la patrie et de son armée, et les partenaires dans le sang et le martyre avec d’autres composantes de ce pays, faisant face à tous ceux qui ont essayé d’attaquer nos pays. Si l’enlèvement était destiné à intimider les chrétiens en particulier et à les inciter à émigrer, notre réponse est claire : la présence chrétienne qui a duré 2000 ans ne peut être ébranlée par une affliction, peu importe à quel point celle-ci est dure. Nous sommes une composante de ce pays, son levain, et nous sommes implantés ici depuis 2000 ans. Si l’enlèvement est destiné à nourrir les conflits sectaires et répandre l’esprit du takfirisme à l’égard des autres, nous voyons que ces idéologies extrémistes sont étrangères à notre civilisation orientale, tant ancienne qu’actuelle, et que comme chrétiens, nous voyons l’autre comme l’objet de notre amour et de notre piété envers Dieu. Nous voyons dans l’autre celui par lequel nous obtenons les miséricordes divines, et nous espérons que l’autre nous regarde de la même façon. Si l’enlèvement et la disparition des deux évêques ont pour but de suggérer qu’il y a un conflit entre musulmans et chrétiens en Orient, et d’avancer la revendication que l’Orient est musulman tandis que l’Occident est chrétien, nous sommes ici pour affirmer que le christianisme est né en Orient, et que les derniers événements horribles n’ont épargné ni églises, ni mosquées. L’incendie du terrorisme n’a pas épargné un prêtre ou un cheikh. La victime visée derrière toutes ces atrocités est l’être humain vivant en Orient. Si l’obscurité complète dans ce cas a pour intention d’insuffler en nous les sentiments de peur, nous, en tant que chrétiens, prenons la Croix de notre Seigneur comme une leçon qui nous apprend à ne craindre ni aucun sort ni aucun malheur. Nous sommes implantés dans ce pays, à l’instar de la Croix du Christ, et par cette Croix, brille l’aube de la Résurrection. Même si nous avons enduré des difficultés en ces temps complexes, cela nous unit encore plus. Nous, en tant que chrétiens orientaux, avons un grand besoin de nous trouver en solidarité et interdépendance en ces jours. Les ravisseurs des évêques n’ont pas demandé leur dénomination ou leur affiliation. Ils ont vu en eux le visage du Christ et la paix des saints apôtres. Aujourd’hui, nous sommes appelés plus que jamais à regarder ce qui nous réunit en tant que chrétiens et ce qui renforce notre coopération et notre convergence dans ces rudes conditions. La plus grande tentation dans cette affaire est de l’oublier avec le temps. Il convient de mentionner que, durant la période écoulée, nous avons essayé toutes les possibilités à notre disposition pour nous renseigner sur cette cause [des deux évêques]. Nous nous sommes adressés à des leaders politiques de haut rang, aux ambassades, aux agences de sécurité, aux gouvernements, aux décideurs. Nous avons rendu visite aux ambassades, aux gouvernements, aux agences de sécurité, aux organisations internationales et régionales. Lors de ce triste anniversaire, nous renouvelons notre détermination et nos efforts pour parvenir à la clôture de ce dossier, que nous désirons, remerciant tous ceux qui ont partagé notre préoccupation pour cette cause humanitaire. Aujourd’hui, c’est le moment de la glorieuse Résurrection, au cours duquel nous espérons la résurrection de tous ceux qui ont souffert les épreuves de l’amour. Nous envoyons nos salutations pascales à nos bien-aimés frères Paul et Youhanna, où qu’ils soient, et nous sommes certains que la lumière de la Résurrection pénétrera toutes les chaînes et limites. Nous saluons en particulier nos enfants spirituels à Alep, tous les prêtres et laïcs, ceux qui, par leur fidélité, ont prouvé qu’ils étaient les véritables enfants des deux évêques. Ils ont préservé loyalement ce qu’ils avaient appris d’eux et attendent leur retour avec un ardent désir, tout comme les enfants attendent le retour de leur père. Nous implorons le Christ d’enlever la pierre de la détresse du cœur de tout être humain, et nous demandons à Dieu de bénir les cœurs du rayonnement de Sa divine consolation, de libérer tous les captifs et de nous donner Sa paix divine. Le Christ est ressuscité ! En vérité, Il est ressuscité !

Damas, le 22 avril 2018.
Jean X, patriarche orthodoxe grec d’Antioche et de tout l’Orient
Ignace Ephrem II, patriarche orthodoxe syriaque et chef suprême de l’Église orthodoxe syriaque universelle ».

Source (dont photographie) : Amen

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Professeur d'histoire et de géographie, auteur, dernier livre paru : "Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale" (Cerf, 2018).