Discours liminaire du patriarche Bartholomée à la 10e Assemblée mondiale des religions pour la paix
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C’est un grand honneur pour nous d’assister à la dixième Assemblée mondiale des « Religions pour la paix ». Aujourd’hui, parmi les représentants éminents des États et des religions, de la grande diversité des traditions confessionnelles, nous avons le plaisir de faire les observations liminaires suivantes sur un thème très important « Sauvegarder notre avenir à tous ; favoriser le bien-être de tous ».

Depuis notre élection comme patriarche œcuménique en 1991, nous n’avons cessé de nous efforcer de faire prendre conscience des défis mondiaux urgents, tels que la protection de l’environnement, la promotion de la paix et de la réconciliation, la promotion du dialogue interculturel et interreligieux, le fondement d’une culture de justice et de solidarité, et la résistance à toutes ces tentations qui portent préjudice à la dignité et au caractère sacré de l’homme, à son inaliénable droit fondamental. Près de vingt-huit années d’engagement actif dans la résolution de tous ces problèmes ont révélé une vérité : rien ne peut être accompli si nous travaillons séparément et indépendamment. Personne – ni une nation, ni un État, ni une religion, ni une science ou une technologie – ne peut faire face seul aux problèmes actuels. Nous avons besoin les uns des autres ; nous avons besoin d’une mobilisation commune, d’efforts communs, d’objectifs communs, d’un esprit commun. Notre avenir est commun, et la voie vers cet avenir est un chemin commun. C’est pourquoi « Religions pour la Paix » est si cruciale, parce qu’elle constitue une occasion unique de rassembler les croyants et d’exprimer notre souci du bien commun, au centre duquel se trouve l’environnement naturel, actuellement menacé par ce que l’humanité appelle les « péchés modernes ».

Aujourd’hui, cependant, il n’est pas aussi étrange qu’il a pu l’être dans le passé de voir une institution ou un dirigeant religieux – normalement préoccupé par les valeurs « sacrées » – s’impliquer dans des questions « séculières ». Après tout, qu’est-ce que le souci de la paix en tant que bien-être partagé a à voir avec nos diverses missions religieuses ? Nous continuons de penser, en toute honnêteté, que l’une des plus grandes réalisations de « Religions pour la paix » dans le monde, depuis sa création en 1970, a été d’encourager les institutions religieuses à établir une coopération fructueuse et un dialogue sincère avec différentes personnes d’horizons divers – de la scène politique à la société civile, des intellectuels aux professionnels, des théologiens aux technocrates… Le véritable défi, c’est qu’il faut s’efforcer de changer notre comportement, de reconnaître que nous, les humains, sommes la source du problème et de nous considérer comme radicalement en relation et interdépendants, non seulement dans un sens sociologique mais aussi d’une manière plus globale. Nous sommes des êtres relationnels. La vérité est communion, la vie est partage, l’existence est coexistence, les logos sont dia-logos, la liberté est liberté commune. Dans la tradition orthodoxe, lorsque, pendant la Divine Liturgie, le célébrant lève le pain et le vin qui deviendra le corps et le sang du Christ, il offre cette puissante prière : « Ce qui est à toi, et qui vient de toi, nous te l’offrons en tout et pour tout ». L’expression « en tout et pour tout » signifie qu’il ne pourrait y avoir aucun sacrifice, aucune prière, ni aucune glorification de Dieu, si elle n’incluait pas tout le cosmos.

Si nous ne consentons pas à nous sacrifier un peu, alors nous pouvons vivre notre vie sans même avoir conscience du concert de la symphonie cosmique qui se déroule devant nos yeux et nos oreilles, l’harmonie de la beauté. Dans cet immense orchestre, chaque détail minime joue un rôle critique ; chaque aspect sans importance contribue d’une manière essentielle à la mélodie produite. Pas un seul membre ne peut être retiré sans que toute la symphonie ne soit affectée. Aucun être humain, arbre ou animal ne peut être remplacé sans que l’image entière ne soit déformée, voire détruite. Quand commencerons-nous à percevoir la musique de cette merveilleuse harmonie, de ce concert de paix ? Les mystiques de toutes les traditions comprenaient ces vérités simples. Ils ont réalisé qu’une personne au cœur pur, inspirée par des vertus pieuses, peut sentir une relation avec le reste de la création. C’est là que nous pouvons discerner des parallèles dans le christianisme oriental et occidental. On peut se rappeler Séraphin de Sarov (1754-1833) nourrissant un ours dans la forêt du nord ; ou François d’Assise (1181-1226) traitant les éléments de l’univers comme ses « frères » et «  sœurs ». La même analogie peut être trouvée dans la conférence des oiseaux du douzième siècle et la tendresse pour toute la nature de la poésie de Rûmî (1207-1273). Ces liens ne sont pas seulement émotionnels ; ils sont profondément spirituels, nous offrant un sens de continuité et de communauté avec toute la création de Dieu, tout en exprimant notre identité et notre compassion avec le monde entier. Par conséquent, l’amour pour Dieu, l’amour pour l’homme et le souci de la paix et de la création ne peuvent être déconnectés. S’il est vrai qu’il existe une hiérarchie des priorités, il n’existe pas de distinction nette entre elles. La vérité est que nous sommes tous une seule famille – les êtres humains et le monde vivant tout entier – et, ensemble, nous regardons tous vers Dieu le Créateur.

Mesdames, Messieurs, Le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, réuni en Crète en juin 2016, a déclaré dans son encyclique que « le dialogue interconfessionnel honnête contribue au développement de la confiance mutuelle et à la promotion de la paix et de la réconciliation. L’Église s’efforce de rendre « la paix qui vient d’en haut » plus tangible sur la terre. La vraie paix ne s’obtient pas par la force des armes, mais seulement par l’amour qui « ne cherche pas son propre intérêt » (1 Corinthiens 13, 5). L’huile de la foi doit être utilisée pour apaiser et guérir les blessures des autres, pas pour raviver de nouveaux foyers de haine » (§17).

Malgré les critiques à l’encontre de la religion comme une source de division et de fondamentalisme, ce n’est pas la religion, mais l’idéologie de la « mort de Dieu », proclamée et célébrée par beaucoup à notre époque, qui a fait du XXe siècle, l’âge le plus violent de l’histoire de l’humanité. Cette époque a connu deux guerres mondiales, plusieurs génocides, des atrocités imprévisibles, des conflits armés sanglants, des échanges de populations, la guerre froide et les menaces nucléaires. L’humanité est dans une impasse, impuissante et sans guide, quand « Dieu est mort ». Pourtant, dans la Bible, on nous enseigne que «  le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur » (Psaume 111, 10). Cependant, comme nous le savons tous, la peur peut aujourd’hui devenir un instrument de violence lorsque le radicalisme et le fondamentalisme – ces expressions de « passion non pas selon la connaissance » (Rom. 10, 2) – prennent le pas sur la vraie nature de la religion, qui est de relier l’humanité à Dieu, de guider les hommes vers la vérité, de susciter entre eux une relation fructueuse, de conduire au changement des esprits, à une compréhension mutuelle, et de les faire vivre en confiance. Cette « crainte de Dieu » est différente de celle que suscite l’extrémisme. C’est un moment de transformation qui englobe la paix et la liberté et cultive la vertu et la coopération. Dans la théologie chrétienne, nous appelons ce moment une conversion du cœur et de l’esprit qui conduit à une communion pacifique avec Dieu, avec notre prochain et avec la création tout entière.

Malgré la difficulté de la tâche qui nous attend, nous restons optimistes quant à la progression de l’humanité vers un état de bien-être partagé. C’est précisément la raison pour laquelle cette vision doit être promue au-delà des murs de cette Assemblée, ainsi qu’au-delà des murs de nos sanctuaires et de nos lieux de culte. « Religions pour la paix » est au coeur d’initiatives interdisciplinaires et interreligieuses, qui servent de catalyseur pour rassembler des dirigeants religieux, scientifiques, économiques, de la société civile, et des milieux gouvernementaux et universitaires. À ce stade, nous aimerions souligner le travail fructueux et l’engagement de tous ceux que nous connaissons et que nous ne connaissons pas dans cette organisation si particulière, et les remercier de leur engagement. Nous félicitons tout particulièrement le Dr William Vendley qui, pendant tant d’années, a été le visage et la force motrice de « Religions pour la Paix ».

Chers amis, Nous vivons dans un monde imparfait et, ensemble, par une action commune et des initiatives créatives, nous devons en faire un monde meilleur, non seulement pour la génération actuelle, mais aussi pour celles à venir. Nos enfants et les enfants de nos enfants méritent un monde de liberté, de paix et de justice globales, de générosité et de compassion, sans violence contre la nature et nos semblables. Nous prions pour que la solidarité renouvelée et l’attention pour laquelle nous travaillons tous deviennent une offrande sacrée « en tout et pour tout ». Je vous remercie beaucoup pour votre aimable attention.

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