Histoire du monastère de Valamo en Finlande

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Nous vous proposons ci-dessous l’histoire du monastère de Valamo (1, photographie ci-dessus) en Finlande, jusqu’à aujourd’hui, et une présentation de ses grandes figures.

Ce texte, provenant des pages du site internet du monastère, a été traduit du finnois par Sophie Alix Capdeville, docteure en philosophie (thèse sur l’histoire du livre saami en Finlande),  diplômée de l’université de Jyväskylä.

LE PASSÉ ET LE PRÉSENT

Selon ses chroniques, le monastère de Valamo aurait été probablement fondé au XIIème siècle, et avec certitude au plus tard au XIVème siècle. Deux moines, qui y vécurent à ses débuts, sont considérés et respectés comme ses pères fondateurs : saint Serge et saint Germain de Valamo.

La longue histoire du monastère est constituée non seulement de périodes de forte croissance, mais aussi de périodes difficiles. La phase de croissance la plus notable se situe à la fin du XVIème siècle. Au début du XVIIème siècle le monastère fut ravagé, à tel point qu’il n’y eut aucune activité pendant plus d’un siècle.

La vie du monastère reprit son essor en 1716 : le tsar Pierre le Grand fit publier un décret selon lequel il en ordonnait la reconstruction. De la fin du XVIIIème au début du XXème siècle, le monastère vécut un véritable âge d’or tant au point de vue spirituel que matériel. Les chantiers entrepris par l’higoumène Nazaire et continués par son successeur l’higoumène Damascène transformèrent Valamo en une véritable institution, dont le monastère principal était entouré de douze skites, des monastères secondaires. Quoique la source principale de revenus ait été l’agriculture, il y avait aussi de nombreux ateliers artisanaux, et l’intense vie spirituelle des moines avait atteint un niveau exemplaire grâce à un système traditionnel de soutien aussi bien de la part des anciens que des pères spirituels. Le nombre des frères atteignit son apogée en 1913, avec 359 moines et 562 novices.

Pour le monastère, la Première et la Seconde Guerre mondiale eurent des conséquences dramatiques. Après avoir été transféré sous la juridiction de l’Église orthodoxe finlandaise entre les deux Guerres mondiales, il fut évacué en février 1940, et 200 frères trouvèrent un nouveau foyer à Papinniemi, dans la commune de Heinävesi.

La survie du monastère fut menacée durant les décennies suivantes, alors que les frères prenaient de l’âge et que leur nombre diminuait inéluctablement. Cependant les années 1970 ouvrirent une nouvelle phase. Une nouvelle église en pierre fut construite sur la colline du monastère, et de nouveaux novices rejoignirent la fraternité. La source principale de revenus du monastère changea aussi avec l’accroissement du tourisme. Actuellement, une dizaine de moines participent à la vie monastique du Nouveau Valamo, devenu aussi bien une importante destination touristique qu’un important centre culturel orthodoxe de Finlande.

La tradition monastique orthodoxe remonte à Constantinople et au mont Athos ainsi qu’au Proche-Orient et aux déserts d’Égypte. Il semble que les premiers moines grecs des monastères du Mont Athos arrivèrent à Novgorod et en Carélie au Xème siècle. L’un d’eux était saint Serge qui alla via Kiev et Novgorod jusqu’au lac Ladoga, et s’installa sur l’île de Valamo pour y mener une vie ascétique.

La vie de tout ascète orthodoxe est soumise aux mêmes règles établies depuis des centaines d’années, qu’il soit ermite, qu’il vive dans des skites de quelques membres ou dans une plus grande communauté monastique. Les règles de la vie des ermites furent établies par le grand saint Antoine (251–356). Les règles de la vie communautaire furent établies par saint Pacôme le Grand (286–346). Le règlement rédigé par saint Basile le Grand (330–379) est considéré comme la pierre angulaire du monachisme orthodoxe.

Saint Serge et saint Germain de Valamo. Selon les chroniques du monastère, un moine d’origine grecque est arrivé sur l’île de Valamo située dans le lac Ladoga, à la fin du Xème siècle. Il eut comme successeur un moine d’origine carélienne, le moine Germain. On pense aussi que saint Serge et saint Germain attirèrent de nombreux moines à leur demeure actuelle de Heinävesi. Le nouvel emplacement du monastère fût choisi à la suite d’un évènement déterminant : une icône des saints fut trouvée dans le manoir de Papinniemi appartenant au ministre Yrjö Herman Saastamoinen, ce que les moines interprétèrent comme un signe du Seigneur.

Du lac Ladoga à Heinävesi. La révolution de 1917 brisa les liens de Valamo (russe : Валаам) avec la Russie. Peu après, Valamo et les autres monastères orthodoxes situés sur le territoire finlandais de l’époque – Konevets (russe : Коневец, finnois : Konevitsa) et Petsamo (russe : Печенга, anglais : Petchenga, finnois : Petsamo) – passèrent sous la juridiction de l’Église orthodoxe de Finlande. Les novices et les jeunes hommes qui n’avaient pas encore prononcé leurs vœux furent envoyés sur le front pendant la Première Guerre mondiale, avant que la révolution n’éclate, après quoi le nombre de jeunes souhaitant s’engager sur la voie monastique diminua de façon inquiétante, et le nombre des frères chuta rapidement, d’un quart entre les deux Guerres mondiales. La Seconde Guerre mondiale força les frères à partir en exil. En février 1940, les camions de l’armée finlandaise emportèrent les biens de valeur du monastère en empruntant une route tracée sur les glaces du lac Ladoga. La fraternité s’installa l’automne suivant à Papinniemi, où les moines de Petsamo et de Konevets les rejoignirent plus tard.

Un renouveau. Au début des années 1970, la plus grande partie des frères venus de l’île de Valamo du lac Ladoga ont été enterrés dans le cimetière de Papinniemi. Les célébrations des offices quotidiens ont été pendant un moment sous la responsabilité d’un hiéromoine âgé, le père Simphorian.

Les années 1970 s’avérèrent finalement être le prélude d’un nouvel essor de Valamo. Au début de la décennie, le père Simphorian commença à traduire en finnois les textes des offices, grâce à quoi l’immense richesse de la vie liturgique du monastère devint accessible aux pèlerins. Ce renouveau, ayant pris ses racines à l’intérieur du monastère, fit naître l’idée de la construction d’une nouvelle église. Grâce au soutien de nombreux fidèles cette église fût inaugurée en 1977. À cette époque le monastère commença à utiliser le calendrier grégorien, et le finnois remplaça le slavon dans les offices. En même temps l’intérêt pour participer à la vie monastique se développa.

De l’agriculture au tourisme. Le Valamo de Heinävesi poursuivit sa tradition monastique agricole jusque dans les années 1960. Le tourisme devint tout de même rapidement la source principale de revenu. Les logements des moines restés vacants pendant longtemps furent transformés en maisons d’hébergement pour les visiteurs à la fin de ces années. Le premier d’entre eux, ouvert en 1969, fut l’auberge blanche, qui avait été le logement du moine du grand schème Jean. Dans les années 1970 on a commencé à utiliser le réfectoire (Trapeza), une ancienne étable, l’auberge rouge, un ancien hangar, et un nouveau bâtiment pour l’hôtellerie du monastère qui fut achevé en 1983. Des bâtiments supplémentaires ont été construits plus tard sur la colline du monastère : la réception, le magasin des alcools, le magasin des souvenirs et les bureaux de l’administration (1986) ; un bâtiment comprenant la bibliothèque, les salles de réunions, l’institut de conservation des œuvres d’art fut ouvert en 1984, et l’école avec ses chambres d’hôtes en 1989. L’agrandissement du centre culturel fut achevé en 2006.

Une partie des revenus du monastère provient encore des produits de la terre. La récolte d’une importante culture de baies de ses champs est utilisée pour la production de boissons et de vins dans la fabrique qui a fonctionné depuis 1998. Les anciennes activités traditionnelles perdurent encore : l’ancienne laiterie héberge un atelier d’icônes, un atelier d’encadrements et une fabrique de cierges, qui produit un millier de kilos de cierges traditionnels de cire d’abeille, pour les besoins du monastère.

Les higoumènes depuis 1758

Le moine du grand schème Ephrem 1758–1781
L’higoumène Nazaire 1781–1801
L’higoumène Innocent 1801–1823
L’higoumène Jonafan 1823–1830
L’higoumène Varlaam 1830–1833
L’higoumène Benjamin 1833–1839
L’higoumène Damascène 1839–1881
L’higoumène Jonafan 1881–1891
L’higoumène Gabriel 1891–1903
L’higoumène Vitali 1903–1905
L’higoumène Pafnuti 1905–1907
L’higoumène Mavriki 1907–1918
L’higoumène Paul 1918–1933
L’higoumène Chariton 1933–1947
L’higoumène Jérôme 1948–1952
L’higoumène Nestor 1952–1967
L’higoumène Simphorian 1969–1979
L’higoumène Pantéléimon 1979–1997
L’higoumène Serge 1997–

La fraternité actuelle

Le nombre des frères de Valamo semble s’être stabilisé à environ une dizaine de membres. L’higoumène, le supérieur du monastère, est depuis 1997 l’archimandrite Serge. La moyenne d’âge des frères est de 45 ans.

Les membres de la fraternité habitent au bord du lac Juojärvi dans un bâtiment construit en 1979 comprenant seize pièces meublées modestement, des cellules pour une personne. Ces logements ne sont pas accessibles au public.

Les moines suivent un mode de vie ascétique, appelé traditionnellement « vie angélique », dont le but premier est de sauver l’âme de l’ascète. En pratique, cet ascétisme consiste en une alternance de moments de travail, de prières et de repos.

LA VIE DANS LE MONASTÈRE

Le devoir principal des moines est la prière. L’aspect le plus visible en est la célébration d’offices quotidiens. Tous les membres de la fraternité participent à ces offices sur la base d’un système alternatif selon leurs responsabilités particulières, comme membres de la congrégation, servants, lecteur, chantre, diacre ou hiéromoine (prêtre).

Le travail est aussi un aspect important de l’ascétisme. L’higoumène attribue à chaque frère des tâches précises, des devoirs d’obédience. Dans le monastère toutes les tâches ont la même valeur, telle que la prière à laquelle elles sont comparées. Un moine peut être absent d’un office pour accomplir son obédience.

La semaine de travail des frères a six jours, mais il faut tout de même participer aux offices quotidiens. Les journées débutent à six heures avec les matines, du lundi au samedi. Par contre le dimanche il leur est possible de dormir plus longtemps, car l’office des tierces et la liturgie ne commencent qu’à neuf heures. Les obédiences ne commencent qu’après le petit déjeuner et continuent l’après-midi après le déjeuner partagé en commun à onze heures. Les frères peuvent dîner entre quatre et six heures avant les vêpres, célébrées à dix-huit heures. Le dernier office se termine à dix-neuf heures trente en semaine, le samedi il dure une heure de plus. Ensuite l’ascète a du temps pour lire, faire du sport ou se reposer, par exemple. Le silence commence à vingt-deux heures dans le monastère. Chaque frère dort selon son propre rythme.

Durant la semaine, les grandes fêtes de l’Église entraînent de grands bouleversements dans ce rythme quotidien. Les courts voyages, comme les pèlerinages, les visites annuelles d’amis, ou de la famille, sont possibles, avec l’autorisation de l’higoumène.

LES DEGRÉS DE LA VIE MONASTIQUE

Kuuliaisuusveli / Moine novice

Homme qui pratique l’ascétisme dans un monastère, mais qui n’a pas encore prononcé ses vœux pour entrer définitivement dans le monastère. Un frère d’obédience est nommé novice, et après une année d’ascétisme, l’higoumène bénit l’autorisation de porter une soutane.

Viitankantajamunkki / Moine rasophore

Habitant du monastère qui n’a pas encore prononcé ses vœux, mais qui a reçu la bénédiction pour le port d’un manteau à larges manches (rason) accordé à un frère d’obédience et une coiffe cylindrique à laquelle est ajouté un léger voile couvrant le dos appelé klobouk.

Munkki / Moine

Ascète qui a prononcé les vœux nécessaires pour son ordination : humilité, pauvreté et chasteté. Un nouveau nom est attribué au moine en signe de son ordination et il est habillé d’un mandyas, une ample chape noire à utiliser dans l’église. Un moine ordonné prêtre est nommé hiéromoine, un moine ordonné diacre est nommé hiérodiacre.

Skeemamunkki / moine du grand schème

En général, dans la tradition slave, un moine âgé qui a progressé dans l’ascétisme et qui se consacre à une ascèse sévère. Ce moine est libéré des tâches communautaires telles que la participation aux offices, aux repas et aux travaux communs. Il peut organiser son emploi du temps quotidien à sa convenance afin de se consacrer uniquement à la prière. L’habit de ce moine est une ample chape avec un voile sur lequel sont dessinés entre autres les instruments de la torture du Christ et des textes de psaumes.

Arkkimandriitta / Archimandrite : titre que l’on peut attribuer au supérieur du monastère, à l’higoumène ou à un hiéromoine ayant acquis des mérites. Le titre d’archimandrite correspond au titre de premier prêtre décerné à un des prêtres d’une paroisse, même si, selon la hiérarchie orthodoxe des offices, l’archimandrite est à un degré au-dessus du premier prêtre.

Luostaripapisto / Le clergé du monastère est composé en plus des archimandrites, du lecteur, des sous-diacres, des hiérodiacres, et des hiéromoines. Dans l’Église orthodoxe les membres du clergé qui peuvent être ordonnés évêque ou archevêque sont des moines.

Les hommes qui circulent habillés en rason dans un monastère sont des membres de la fraternité mais aussi les membres du clergé paroissial en visite. L’habitant du monastère qui n’a pas déjà prononcé ses vœux, mais qui a obtenu dans l’Église le droit d’utiliser à l’instar des novices un rason en plus d’une coiffe cylindrique à laquelle est ajouté un léger voile couvrant le dos appelé klobouk.

Les moines de Valamo

Une grande partie des moines venus du Valamo du Ladoga étaient d’origine russe et leur langue maternelle était le russe. La plupart d’entre eux avaient commencé à suivre une vie ascétique avant la révolution russe de 1917, de sorte qu’ils apportèrent à Valamo de Heinävesi une tradition unique de l’ascétisme du Valamo du Ladoga, dans ses formes les plus diverses : par exemple la vie dans une communauté dans une skite mais aussi la vie d’ermite. Parmi eux se trouvaient des guides spirituels de grande renommée, des starets, qui étaient capables de guider les nouveaux novices arrivant au monastère et de veiller au développement de la vie spirituelle des ascètes. De nos jours, les ascètes de Valamo n’ont pas besoin de chercher de modèle très loin.

Pyhittäjä Herman Alaskalainen / Saint Germain d’Alaska (1756-1837) entra déjà à l’âge de seize ans au monastère de la Trinité-Saint-Serge, où il ne se joignit pas à la communauté, mais vécut dans une de ses dépendances isolées. Quatre ans plus tard, il partit vers Valamo alors dirigé par l’higoumène Nazaire, où il effectua les tâches d’obédience habituelles. Après les avoir exécutées il reçu de l’higoumène la bénédiction pour pouvoir se retirer comme ermite. En 1794 le moine Germain et une dizaine de frères quittèrent Valamo pour prêcher l’Évangile en Alaska, où ils fondèrent une nouvelle communauté monastique sur l’île des Sapins, le nouveau Valamo. C’est là qu’il passa tout le reste de sa vie, plus d’une quarantaine d’années. Germain essaya de toutes ses forces de protéger les autochtones, les Aléoutes, qu’il venait de baptiser ; il aimait particulièrement les enfants, pour lesquels il construisit une école et un orphelinat. Le père Germain décéda le 13 décembre 1837 comme il l’avait prédit. Il fut canonisé en 1970. On a alors transporté ses reliques dans coffret d’argent à Valamo de Heinävesi. Saint Germain d’Alaska est considéré comme le fondateur de l’Église orthodoxe d’Amérique.

Pyhittäjä Nasari Valamolainen / Saint Nazaire de Valamo, higoumène de Valamo (1735-1809), dont le nom laïc était Nicolas Kondrateff, est né en Russie en 1735. À l’âge de dix-sept ans il arriva dans l’ermitage de Sarov, où il vécut trois années. Il a été tonsuré moine en 1761 dans le monastère de Pokrova, situé dans la métropole d’Astrakhan, et reçu le nom de Nazaire. L’année suivante il a été ordonné hiérodiacre. Il est revenu à Sarov en 1764. Il fut ordonné hiéromoine en 1776. Le métropolite Gabriel de Novgorod le renvoya à Valamo pour reconstruire le monastère qui était tombé dans un état déplorable. Père Nazaire parvint à faire revivre le monastère et à lui donner des bases pour une prospérité aussi bien externe qu’interne. Un ensemble de bâtiments de forme quadrangulaires fut érigé sur l’île, comprenant l’église principale, la Trapeza ou réfectoire, et les cellules monastiques. On commença à observer dans le monastère les règles de l’ermite de Sarov, grâce auxquelles la fraternité progressa dans l’ascétisme. En 1782 le monastère de Valamo était mis au rang de troisième classe et le père Nazaire fut nommé higoumène. Il requit d’être libéré de sa tâche d’higoumène en 1801, et alla vivre en pleine nature, d’abord à Valamo puis à Sarov, où il se retira pour mener une ascèse, là où il était entré dans la vie monastique. Le père Nazaire était reconnu comme un ascète pieux, à qui le Seigneur donna le don de clairvoyance. Il connaissait les pensées, le caractère, et les penchants des individus sans rien leur demander. À tous ceux qui venaient le rencontrer, il donnait des conseils à propos des faiblesses qu’ils devraient corriger. Il s’éteignit dans l’ermitage de Sarov le 23 février 1809.

Pyhittäjä Antipa Valamolainen / Saint Antipas de Valamo (1816-1882) débuta son ascèse dans un petit monastère de Valachie situé en Moldavie, où il fut tonsuré sous le nom d’Alimpi. Peu après cela, il partit en Grèce au Mont Athos où il fut tonsuré quatre ans plus tard comme moine du grand schème. Déjà connu pour suivre une ascèse sévère, Antipas fut ordonné diacre et hiéromoine. Après quelques années on l’envoya en Russie afin de réunir des fonds pour le skite moldave du mont Athos. Après un long voyage le père Antipas séjourna pour la première fois à Valamo, dont il admira l’ambiance ascétique, et où il s’installa le 6 mars 1865 dans le skite de Tous-les-Saints, pour le reste de sa vie. Le père Antipas de Valamo était libéré de tout souci extérieur et sa tâche principale se concentra sur la prière. Le père Antipas fut canonisé en 1906 au mont Athos, il fut introduit dans le calendrier des saints des ménées mensuels du monastère Saint-Pantéléimon le 10 janvier, et fut canonisé plus tard par le patriarche de Moscou.


Skeemamunkki Jefrem / Le moine de grand schème Ephrem (1871-1947) était un père spirituel très estimé à Valamo. Le jeune homme arrivé en 1883 au monastère fut ordonné hiéromoine à l’âge de vingt-huit ans sous le nom de Georges. Il lui fut attribué des tâches de grande responsabilité malgré son jeune âge. Il s’occupa de mission en Ethiopie, fut embarqué comme prêtre sur le bateau de guerre Europa, et il fut attaché à des établissements monastiques à Moscou et à Saint-Pétersbourg à différentes époques. Au cours des années, le père Georges fut le père spirituel de nombreux membres de la famille impériale. Son fils spirituel le plus connu a été de grand-duc Nikolaï Nikolaïevitch Ioudénitch, parent le plus proche du tsar et commandant en chef de l’armée russe ; avec lui le père Georges alla sur le front lors de la Première Guerre mondiale, afin de célébrer les offices dans les chapelles des camps. Les enfants de la famille impériale lui firent construire sa propre église à Valamo, pendant la guerre. Il devint le seul habitant de ce skite de Smolensk. Il y célébrait la liturgie quotidiennement et priait pour les âmes des soldats tombés lors de la guerre. Le père Georges reçut le grand-schème sous le nom de Ephrem. Il fut le père spirituel de Valamo de 1927 à 1947. Une de ses filles spirituelles, la moniale Sergia (Komarova) installa une imposante croix en métal sur sa tombe au cimetière du Valamo de Heinävesi.

Skeemamunkki Hariton / Le moine du grand schème Chariton (1872-1947) était higoumène du monastère de Valamo lors du départ vers Heinävesi. Originaire de Russie, du district de Kostroma, le père Chariton commença son ascèse à Valamo en 1894. Après avoir été le responsable de l’atelier de peinture du monastère, on le choisit comme intendant et vice-dirigeant du monastère en 1927. Il y fut higoumène de 1933 jusqu’à son décès, et eut la lourde tâche de guider les membres de la fraternité jusqu’à Heinävesi en passant par Kannonkoski. Il fut ordonné comme moine du grand schème peu avant sa mort en 1947. Parmi les écrits de l’higoumène du grand schème L’art de la prière : anthologie de textes spirituels sur la prière du cœur concernant la « Prière de Jésus » a été traduit en finnois dans les années 1930 et traduit en français en 1976.

Skeemamunkki Johannes / Le moine du grand schème Jean (1874-1958) est né dans la province de Tver, et est venu à Valamo en 1900. Il devint moine en 1910 sous le nom de Hiacynthe après avoir passé dix ans dans le monastère, où ses obédiences se succédèrent. En 1921, il est élevé du rang de moine à celui d’higoumène, puis envoyé au monastère Saint-Tryphon de Petsamo (Petchenga). Il revint à Valamo en 1931 où il entra dans le skite Saint-Jean Baptiste. Deux ans plus tard il a été élevé au rang de moine de grand schème, et devint donc ermite sous le nom de Jean. L’higoumène du grand schème était l’assistant du père spirituel du monastère de 1937 à 1948 et père spirituel officiel de 1948 à 1958. Sa compétence de guide spirituel était reconnue dans le monastère mais aussi jusqu’à l’étranger. Le père Jean avait un don de clairvoyance spirituelle et il savait lire les pensées du cœur des gens comme de les guider habilement pour résoudre leurs problèmes. Les lettres envoyées par le père Jean à ses enfants spirituels ont été rassemblées dans l’ouvrage Béatitudes : lettres d’un moine aux enfants de ce monde (finnois : Valamon vanhuksen kirjeitä). Le livre a été traduit en de nombreuses langues, et apporte, encore de nos jours, beaucoup de consolations spirituelles pour le lecteur. Beaucoup de pèlerins viennent prier devant sa tombe.

Arkkimandriitta Simforian / L’archimandrite Simphorian (1892-1981) a vécu en tout soixante-quinze ans dans le monastère. Sa famille était originaire d’Ilomantsi, mais le père Simphorian est né à Saint-Pétersbourg et sa langue maternelle était le russe. Il décida à l’âge de quatorze ans de rester à Valamo, alors qu’il y était venu pour un pèlerinage. Il fit la promesse à l’higoumène de se lever à trois heures du matin pour les matines, promesse qu’il respecta jusqu’à la fin de sa vie. Ayant reçu la charge d’intendant, il dut s’occuper pendant la guerre de l’évacuation des objets précieux du monastère. Il fut ordonné hiéromoine à Leningrad (Saint-Pétersbourg) en 1952, et élu higoumène de Valamo en 1969. Durant les années 1970, père Simphorian fut le seul hiéromoine du monastère capable de célébrer les offices quotidiens, qu’il célébrait malgré son grand âge et sa mauvaise santé. Il vécut assez longtemps pour voir la nouvelle église avant sa mort et y célébrer des offices.

Munkki Akaki / Le moine Akaki (1874-1984) entra dans la vie monastique dans les années 1890 au monastère de Solovetsk (russe : Соловецкий монастырь), d’où il fut vite envoyé à Petsamo (Печенга, Petchenga) et de là vint au Valamo de Heinävesi. Sa tâche principale était de s’occuper des chevaux, ce qu’il était encore capable de faire après avoir atteint l’âge de quatre-vingt-dix ans, et il pouvait encore marcher seul à l’âge de cent ans. L’année de ses cent sept ans la commune de Heinävesi lui envoya une lettre pour le convoquer en première classe d’école primaire, ceci à cause d’une erreur technique d’informatique. Ce malentendu amusait beaucoup père Akaki. Il décéda à l’âge de cent dix ans, étant l’habitant le plus âgé des pays nordiques.

Arkkipiispa Paavali / L’archevêque Paul (1914-1988) était un moine de Valamo, un chef de l’Église finlandaise très respecté et le bâtisseur du Valamo de Heinävesi. Après avoir suivi le Séminaire théologique orthodoxe de Sortavala, il fut d’abord ordonné moine puis hiéromoine en 1938. Pendant la guerre il fut prêtre dans l’armée, entre autre dans l’île de Valamo, et en Carélie orientale. Monseigneur Paul a été le personnage influent le plus important dans l’histoire d’après-guerre de l’église orthodoxe de Finlande : il fut élu évêque auxiliaire en 1955 et dirigea l’église de 1960 à 1987. Il était aussi un musicien d’église reconnu, un théologien liturgique et un guide d’ascétisme. Il a écrit de nombreux importants ouvrages sur l’orthodoxie et se chargea de la rénovation du Valamo de Heinävesi dans les années 1970.

LE SENTIER VERS LA VIE MONASTIQUE

Les jeunes membres de l’Église orthodoxe peuvent essayer d’entrer dans la vie monastique s’ils n’ont par ailleurs pas de responsabilités, telle qu’élever des enfants. Il est aussi important d’avoir une bonne santé psychique et physique, car on exige de chaque novice des travaux importants et la capacité de s’adapter aux exigences d’une vie communautaire intense, réglementée et régulière.

Il y a beaucoup de raisons qui amènent les jeunes gens à vouloir entrer dans la vie monastique, et elles sont en général d’ordre personnelles. Le préalable le plus important pour ceux qui choisissent cette voie monastique est tout de même une vocation sincère, le désir de vivre une ascèse dans une communauté chrétienne, en observant la volonté du Seigneur.

Les personnes intéressées pour la vie monastique peuvent envoyer une lettre à l’higoumène, actuellement l’archimandrite Serge. Tous ceux qui souhaitent entrer dans la vie monastique doivent se souvenir tout de même que parallèlement à l’ascèse monastique, les orthodoxes peuvent choisir une autre voie aussi exigeante et respectable pour vivre selon les idéaux chrétiens : le mariage.

UN LONG CHEMIN JUSQU’À LA TONSURE

Les hommes qui veulent entrer dans la vie monastique en font connaissance d’abord en travaillant un an dans des tâches diverses comme novice. S’ils s’adaptent bien à la vie monastique, ils reçoivent la bénédiction pour pouvoir porter la soutane, la ceinture, la coiffe faisant partie de la tenue du moine. Après un ou deux ans de séjour dans le monastère, le novice peut alors officiellement demander à devenir membre de la fraternité. Dès qu’il la rejointe, il a le droit de vote dans les réunions des moines.

Quand on constate que le novice a la ferme conviction de s’engager dans la vie monastique pour toute sa vie, il peut être tonsuré moine rasophore : il est alors habillé avec un rason et une coiffe cylindrique à laquelle est ajouté un léger voile (klobouk). La tonsure en tant que moine se déroule après un délai fixé par l’higoumène. Le nouveau membre de la fraternité prononce ses vœux définitifs et promet de vivre le reste de sa vie dans le monastère dans l’obédience et sans biens personnels. Lors de sa tonsure, le moine reçoit un nouveau nom, un chapelet et une ample chape avec une traîne, un mandyas.

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