viemystiqueLa figure de François d’Assise occupe une place singulière dans la conscience orthodoxe -notamment dans la conscience orthodoxe russe- au même titre que saint Séraphin de Sarov ou saint Silouane occupent une place éminente dans la conscience catholique contemporaine. Nikita Struve a souhaité dans l’éditorial de la dernière livraison du Messager orthodoxe (N° 156 I-2014), que le futur grand et saint concile inscrive François d’Assise au calendrier des saints orthodoxes.
Dans la perspective d’une meilleure connaissance du franciscanisme par les orthodoxes notons la publication par le centre Saint-Jean de la Croix, collection « Sources mystiques », du troisième volume de l’anthologie La vie mystique chez les franciscains du XVIIème siècle auquel ont contribué Dominique Tronc, Pierre Moracchini et Jean-Marie Gourvil.
Les deux premiers volumes de l’anthologie permettent d’accéder à des textes mystiques oubliés depuis la condamnation par l’Inquisition, des grands mystiques du XVIIème et du début du XVIIIème siècle, depuis ce que Louis Cognet a désigné comme « le crépuscule des mystiques ». Les textes empruntés aux diverses branches du franciscanisme de l’époque : Observants, Tiers-Ordres, Récollets, Capucins, Minimes, nous livrent une haute mystique que l’on a appelé parfois l’Ecole du cœur. On y trouve à travers l’héritage du franciscain Harphius (1400-1477), le maître spirituel de l’Ordre, la marque du Pseudo Denys et de l’Ecole rhénane. On constate aussi contrairement à l’idée reçue, une prise de distance de nombreux franciscains avec la Dévotion moderne, avec l’Imitation de Jésus-Christ.
Le troisième volume comprend outre les derniers textes de l’anthologie, une présentation par Pierre Moracchini de la vie franciscaine à Paris au XVIIème, un nécrologe des capucins de Paris, et une présentation par Dominique Tronc maître d’œuvre de cette anthologie, des tableaux des filiations spirituelles des franciscains au XVIIème. Sous le titre « La fidélité des franciscains au mysticisme médiéval » Jean-Marie Gourvil propose une lecture socio-historique du franciscanisme. Il montre que la galaxie complexe des enfants de François tiraillée entre les tendances érémitiques (les spirituels) et les tendances plus monastiques (les conventuels) manifeste de façon générale, une spiritualité qui accepte le développement du monde communal – François est fils de commerçant, la route est son domaine- mais manifeste une spiritualité qui refuse en même temps le monde de la marchandise, choisit la voie de contemplation du Christ pauvre à l’image de François se convertissant à San Damiano devant une croix encore byzantine, ou recevant les stigmates, dans la lumière, au mont Alverne. Les franciscains ont refusé de devenir propriétaires de leurs couvents, de s’engager dans la gestion des œuvres (hôpitaux, écoles, séminaires…). Ils ont conservé au cours des siècles le sens de l’oraison (la prière dans la solitude) et la présence auprès des pauvres, dans les quartiers d’artisans pour soutenir les corporations et les confréries multiples, comme prédicateurs populaires, dans les lazarets et sur les champs de bataille ou encore pour assumer comme à Paris, le service d’incendie en allant directement au feu. Pour ces hommes d’Oraison, ces prédicateurs, ces mystiques le pauvre n’est pas celui qu’il faudrait comme on l’a voulu trop fortement à L’Age classique, éduquer, encadrer, enfermer, mais celui qu’il faut regarder comme la présence mystique du Christ souffrant. Les franciscains cultivant l’apophatisme de Denys et de Bonaventure accordent encore à la pauvreté, au XVIIème, la valeur mystique que lui conféraient le Moyen-Age et l’Antiquité tardive, celle que lui accordaient les Cappadociens. n’excluait ni l’enseignement universitaire, ni la prédication dans les cours des princes. Cette présence auprès des pauvres n’excluait ni l’enseignement universitaire, ni la prédication dans les cours des princes.

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