Le Kazakhstan orthodoxe, une terre inconnue

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De nombreuses personnes qui entendent que je viens du Kazakhstan demandent : « Est-ce qu’il y aurait des orthodoxes là-bas ? » Mais leur intérêt augmente encore lorsque je réponds qu’il y a plus de trois millions d’orthodoxes au Kazakhstan, qu’il y a dans ce pays un grand nombre de lieux saints et que le christianisme est apparu dans ces régions bien avant que dans les pays slaves. Il est connu de l’histoire ecclésiastique que les apôtre Barthélémy, Matthieu et Thomas ont répandu l’enseignement évangélique en Asie, jusque dans la région d’Asie centrale. Les premiers témoignages documentés sur la présence de l’Orthodoxie sur le territoire du Kazakhstan actuel appartiennent à l’historien arabe Al-Bīrūnī (Xème s.). Il mentionne des communautés chrétiennes au Kazakhstan fondées au début du IIIème siècle. Le christianisme était largement répandu au Moyen-Âge parmi de nombreuses tribus peuplant le Kazakhstan, les Naïmans, les Kereites, et de nombreux autres peuples et tribus turcophones. Bien que la plupart d’entre eux étaient des hérétiques nestoriens, on trouvait encore des communautés orthodoxes. Au XIIème siècle a été formé le diocèse métropolitain nestorien de Kashgar-Navaket, dans lequel entraient des églises situées sur le territoire du Kazakhstan. Cependant, après l’adoption de l’Islam par les Turcomans, la situation du christianisme a notablement changé et vers le XIIème-XIIIème siècle, il ne resta plus pratiquement de communautés chrétiennes en Asie centrale. La renaissance de l’orthodoxie sur le territoire du Kazakhstan est liée avec l’entrée de ces terres dans l’Empire russe au XVIIème siècle. Pour défendre le Kazakhstan contre les Dzoungars – nomades mongols, qui envahissaient régulièrement ces régions, des forteresses russes ont été construites Semipalatinsk, Oust-Kamenogorsk, et plus tard – Petropavlovsk, Pavlodar. Ces villes sont jusqu’à présent des centres régionaux du Kazakhstan actuel. Et, cela va de soi, on y a construit des églises orthodoxes, des communautés orthodoxes y sont apparues. Il faut s’arrêter ici au Kazakhstan de l’ouest. Là, sur les rives du fleuve Yaïk (actuellement Oural), des cosaques se sont installés, et Pougatchev y a développé son agitation. C’est depuis là qu’il effectuait ses razzias. Mais du fait que la majorité de ces cosaques étaient des vieux-croyants, de nombreux lieux saints sont lié à ceux-ci, dont des églises orthodoxes. Au sud du Kazakhstan, des colonies de peuplement russes apparaissent au milieu du XIXe siècle. C’est là que fut bâtie la fortification militaire de Verny (maintenant Alma-Ata). Autour de cette forteresse ont été construites Les stanitsa (villages cosaques) de Sophia, Lioubavinskaïa, Nadejdinskaïa (villes modernes de Talgar, Kaskelen, Issyk). Vernoïé, l’actuelle Alma-Ata devient le centre de la région de Semiretchensk. Dans la ville et dans les environs ont été construites de nombreuses églises, mais son joyau est la cathédrale de l’Ascension, construite en 1907. Cette cathédrale majestueuse, construite avec du pin de Tian Chan, est devenue l’une des constructions en bois les plus grandes de son temps. La particularité de l’édifice était sa résistance aux séismes fréquents dans la région. Le tremblement de terre de Verny qui a littéralement transformé la ville en champ de ruines a épargné l’œuvre de l’ingénieur A. Zenkov, le deuxième édifice en bois par sa hauteur à l’époque, et il continue de ravir la vue de tous les habitants et les visiteurs de la capitale méridionale du Kazakhstan. Mais il y a aussi un autre aspect de l’Orthodoxie au Kazakhstan. Le patriarche Alexis II, visitant le pays, a appelé la steppe kazaque « d’immense antimension déployé à ciel ouvert ». Au XXème siècle des milliers de croyants y sont morts. Dès le commencement des persécutions contre l’Église, en 1918, dans la ville de Verny, son évêque, Mgr Pimène (Bielolikov) fut martyrisé. Le lieu de son inhumation est inconnu, mais l’endroit où il a été fusillé, le bosquet de Baum, attire les pèlerins. En 1921, sur la montagne Kyzyl-Jar, près de Verny, ont été tués les hiéromoines d’un skite, Séraphim et Théognoste. Les tueurs de l’Armée rouge demandèrent l’hospitalité aux moines, et pendant que ceux-ci étaient endormis, ils les tuèrent avec des baïonnettes. Pendant toute la période soviétique, leurs tombes, sur la montagne, furent un lieu secret de pèlerinage. Actuellement, dans le Kazakhstan libre, des milliers de pèlerins montent chaque année jusqu’à ce skite, afin de prier sur les tombes de ces martyrs thaumaturges. Parmi les lieux de détention et d’exécution des nouveaux martyrs, il y a le Kazakhstan du Sud. Dans la ville de Chimkent, le métropolite Cyrille (Smirnov) de Kazan et l’archevêque Alexis (Orlov) et beaucoup d’autres furent martyrisés. La page tragique des persécutions se trouve au Kazakhstan central. En 1934, on commença à expulser dans la ville nouvelle de Karaganda les « koulaks », paysans victimes de la collectivisation. Au cours de la seule année 1931, dans le but de construire la ville, 52000 familles paysannes furent abandonnées dans la steppe. Les gens mourraient par milliers, seul un petit nombre a réussi à survivre au premier hiver. En outre, sur le territoire du Kazakhstan central a été fondé le plus grand camp du Goulag, le « camp de travail rééducation par le travail » de Karaganda ». Le camp occupait une surface égale de 60’000 km2, et comportait de nombreuses sections. En 28 ans d’existence du camp, plus d’un million de personnes y sont passées, de différentes nationalités et religions, dont une quantité énorme d’évêques, prêtres, moines et laïcs de l’Église orthodoxe. Plus de cent victimes de ce camp ont été canonisées. Parmi elles, le métropolite de Gorkov Eugène (Zernov), l’évêque de Starodoub Damascène (Tsedrik), l’évêque de Lipetsk Ouar (Chmarine) et de nombreux autres. Parmi les détenus du camp se trouvait l’un des derniers startsy d’Optino, l’archimandrite Sébastien (Fomine). Le père Sébastien était l’assistant de cellule de deux startsy d’Optino, Joseph et Nectaire. Après la dispersion de la communauté monastique d’Optino, il devint prêtre. Il fut arrêté pour la foi et expulsé au camp de Karaganda. Il passa plus de sept ans au camp et il resta ensuite, après sa libération, à Karaganda, où vivent jusqu’à maintenant ses enfants spirituels. En 1944, dans une maison neuve fut installée une petite chapelle où le père Sébastien célébrait secrètement la sainte Liturgie. Ce n’est qu’en 1953 que les fidèles reçurent l’autorisation officielle de célébrer les offices et les sacrements et, enfin en 1955, ils reçurent le document d’enregistrement de leur communauté. L’archimandrite Sébastien décéda le 19 janvier 1966, le jour de Radonitsa (jour des défunts, le mardi de la deuxième semaine de Pâques) après avoir reçu le grand habit monastique. Les funérailles furent célébrées par le fils spirituel du père Sébastien, le métropolite de Volokolamsk Pitirim (Netchaïev). Le staretz a été canonisé en 1997, lorsque ses reliques ont été trouvées. Depuis 1997, elles reposent en la cathédrale, dans une châsse semblable à celle de saint Serge de Radonej. Les saints qui vécurent en terre de Kazakhstan sont innombrables. Citons le hiéromartyr Nicolas d’Alma-Ata, le staretz-métropolite Joseph (Tchernov) et les moniales détenue au camp d’Akmola, destiné « aux femmes traîtres à la patrie (en 1939, le camp comptait 17’000 détenues ».

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Jivko Panev, maître de conférence en Droit canon et Histoire des Églises locales à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris, recteur de la paroisse Notre Dame Souveraine, à Chaville en banlieue parisienne.