• Facebook
  • Twitter
  • Email
  • Vkontakte
  • Messanger
  • Telegram
  • WhatsApp
  • Twitter
  • Pinterest

Chaque samedi, retrouvez le Bloc-notes de Jean-François Colosimo dans notre nouvelle rubrique: Regard orthodoxe sur l’actualité. En avant première du Bloc-notes, voici son article* paru dans les pages « Débats et opinions » du quotidien Le Figaro le 4 avril dernier dans une page de commentaires sur la mort du pape Jean Paul II.

*Reproduit avec l’aimable autorisation du quotidien et de l’auteur; tous droits réservés.

Orientale Lumen, cette « lumière de l’Orient » que Jean Paul II devait célébrer comme source de la foi, avait baigné dés l’enfance la piété de Karol Wojtyla. Pour être né en bordure de l’autre Europe, baptisée par Byzance, et ayant su en perpétuer l’héritage fait de liturgies cosmiques, de chants angéliques, d’icônes théophaniques, de peuples girant en processions et pèlerinages autour de l’autel eucharistique, le pape savait le dogme inutile, incertain sans les symboles charnels qui le rendent incarnés et l’assimilent à la radiance même du Christ transfiguré.

D’où son aspiration nostalgique à la manifestation de cette splendeur qui était aussi bien celle de la vérité. Une nostalgie qui ne s’imposait pas moins personnelle, portée par le souvenir d’une mère trop tôt partie, elle-même issue d’une de ces chrétientés « uniates », arrachées par l’histoire à l’orthodoxie pour être rattachées au catholicisme. Une aspiration qui ne se voulait pas moins urgente, accrue par la nécessité de restaurer le sens du magistère après la chaotique réception du Concile de Vatican II au sein de l’Eglise romaine. Mais une nostalgie et une aspiration qui allaient aussi, in fine, en raison même de cette proximité, apparaître ambigus à l’Eglise orthodoxe.

C’est en effet dans le nœud de cette relation conflictuelle qu’affleure un échec des plus significatifs dans le pontificat de Jean Paul II. Pourquoi ? Comment ? A l’heure du deuil, seule vaut la prière et, de Constantinople à Belgrade, de Moscou à Antioche, de Tbilissi à Bucarest, par la bouche de Bartholomé, d’Alexis, d’Ignace, celle de tous les patriarches, évêques et fidèles est acquise à cet incontestable témoin de la transcendance, voyageant désormais vers l’unique demeure du Père immortel. Toutefois, et apparaissant d’autant plus comme tel dans la vacance momentanée du trône pétrinien, ce difficile dossier s’annonce comme crucial pour le successeur, et ne manquera pas de peser sur le Conclave. Sans dresser de bilan, il importe donc d’indiquer, ici, les raisons de ce qui demeurera comme un signe éminent de contradiction, sur fond à la fois de dramatiques malentendus et d’inaliénables différences.

Tout d’abord, en vertu même de ses origines, le pape slave que fut Jean Paul II minora certainement le fait que la Russie se voulait orthodoxe avant d’être slave. Et qu’à vouloir la rallier dans le camp de la « nouvelle évangélisation », elle ne pouvait que se sentir instrumentalisée, voire menacée dans son identité. L’appel aux « deux poumons de l’Europe » ne l’y incitait-elle pas dès lors que la formule, plus que malencontreuse, avait été prononcée par le poète moscovite V. Ivanov lors da sa conversion au catholicisme en pleine tourmente révolutionnaire dans Saint- Pierre de Rome ? Or, au moment même où, lors de la rencontre de Balamand, en 1993, les théologiens catholiques condamnaient courageusement l’uniatisme, la machine vaticane, elle, laissait se réactiver cette forme de prédation spirituelle à l’Est. Pis, l’imagerie caricaturale, véhiculée par de paradoxaux « missionnaires » en terre chrétienne, et souvent reprise à l’Ouest, d’une hiérarchie orthodoxe soumise au totalitarisme et d’un pape tombeur du communisme, ne fit qu’aggraver le sentiment de méfiance. Qui pouvait ignorer, en effet, qu’aucune des persécutions endurées par les Eglises catholiques, protestantes, ou orthodoxes dans le bloc soviétique après 1945 n’était en quelque façon comparable au calvaire de l’Eglise russe entre 1917 et 1945 ? Et que la Russie avait donné plus de martyrs en cinquante que tout le christianisme en vingt siècles ? Exsangue, inquiète, démunie, l’Eglise russe décida dés lors de se raidir. Et tous les voyages du pape dans le monde traditionnellement orthodoxe, souvent acquis au titre diplomatique d’Etat à Etat, plutôt que d’Eglise à Eglise, – Roumanie, Bulgarie, Géorgie, Ukraine, Grèce, Syrie-, furent assimilés à une sorte d’encerclement par le patriarcat de Moscou et achevèrent de le confirmer dans son refus. Lequel se trouva renforcé par l’activité internationale du Saint Siège qui, de la reconnaissance sans délai de l’indépendance de la Croatie au soutien aux mouvements ultranationalistes d’Ukraine, n’apparut pas toujours fraternelle, et à tout le moins apaisante.

Aussi regrettable et contestable que puisse être jugée cette obstination, elle aura fini par revêtir valeur de symbole pour des divergences autrement moins circonstancielles que les désordres géopolitiques dus à la sortie du communisme. Et qui sont d’abord d’ordre théologique. L’orthodoxie pouvait-elle se reconnaître dans le rôle d’adjuvant conservateur à une stratégie de réaffirmation de l’identité catholique alors qu’elle était à l’origine, avec les Eglises protestantes, de la démarche œcuménique tardivement adoptée par Rome ? Pouvait-elle se reconnaître dans la clôture des questions pastorales, disciplinaires, éthiques, élevées au rang de vérités intangibles par le magistère romain, inquiet des dérives du christianisme occidental ? Pouvait-elle se reconnaître dans l’exercice mondialisé et médiatique de la papauté, certes utile à Jean Paul II pour refonder le catholicisme, mais plus que contradictoire avec sa propre ecclésiologie ? Pouvait-elle, enfin, se reconnaître dans l’encyclique Ut Unum Sint qui se proposait d’aménager la primauté là où, selon elle, elle a besoin d’être totalement repensée ?

Sans surprise, c’est donc moins le pape, pris à ses soucis, que l’homme dressé, souvent prophétique, parfois inspiré, que salue l’orthodoxie en Jean Paul II , priant pour que le seul Maître et Seigneur « lui accorde le repos de l’âme et la vie éternelle ».

Jean–François Colosimo*

*Professeur à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, essayiste.

Lettre d’informations

Ne manquez pas les mises à jour importantes. S'inscrire à notre lettre d'informations gratuite.



Divider

Articles populaires

Le christianisme orthodoxe dans la collection « Cerf Patrimoines » Apprendre 111869

Les éditions du Cerf ont diffusé une lettre d’information sur les ouvrages de la collection Cerf Patrimoines consacrés à l’orthodoxie. ...

July 3 (old calendar) / July 16 (new) 111866

July 3 (old calendar) / July 16 (new) Martyr Hyacinth of Cæsarea in Cappadocia (108). Translation of the Relics of Hieromartyr Philip, Metropolitan...

July 16  111864

July 16 Hieromartyr Athenogenes, Bishop of Heracleopolis, and his ten disciples (ca. 311). Martyrs Paul and two sisters, Chionia (Thea) and Alevtin...

3 juillet (ancien calendrier) / 16 juillet (nouveau) Vivre avec l'Église 111862

3 juillet (ancien calendrier) / 16 juillet (nouveau) Saint Hyacinthe, martyr en Cappadoce (108) ; saint Théodote, sainte Théodotie et leurs compagn...

16 juillet Vivre avec l'Église 111860

16 juillet Saint Athénogène, évêque de Pidachtoé, et ses dix disciples, martyrs à Sébaste (vers 311) ; saint martyr Domnin (IIIème s.) ; saint Paul...

« Les fondamentaux de l’orthodoxie » – nouveau cursus de l’Institut Saint-Serge À la Une 111514

Julija Vidovic, professeure d’histoire des Conciles œcuméniques, présente le nouveau cursus pour la rentrée de Saint-Serge 2019-2020, le jeud...

« Nicolas Berdiaev, 1874-1948, un philosophe russe à Clamart » (éditions Le Mercure dauphinois) À la Une 111786

Les actes du colloque qui s'est tenu en novembre 2018 à Clamart sur Nicolas Berdiaev viennent d'être publiés.

July 2 (old calendar) /  July 15 (new) 111727

July 2 (old calendar) /  July 15 (new) The Placing of the Honorable Robe of the Most-holy Theotokos at Blachernæ (5th c.). St. Photius, Metropolita...

July 15   111723

July 15   Holy Equal-to-the-Apostles Great Prince Vladimir (in Baptism Basil), Enlightener of the Russian Lands (1015). Martyr Cyricus (Quiricus) a...

2 juillet (ancien calendrier) /  15 juillet (nouveau) Vivre avec l'Église 111721

2 juillet (ancien calendrier) /  15 juillet (nouveau) Déposition de la précieuse robe de notre Souveraine, la Très-Sainte Mère de Dieu, en l’...

15 juillet Vivre avec l'Église 111719

15 juillet  Sainte Julitte et son fils saint Cyrique, martyrs à Tarse (vers 305) ; saint Abudème, martyr en l’île de Tenedos (IVème s.) ; sai...

L’Académie des études théologiques de Volos formera les théologiens de la nouvelle Église orthodo... À la Une 111762

Le patriarche Bartholomée a présidé aujourd’hui, dimanche 14 juillet, la divine liturgie célébrée en l’église patriarcale Saint-Georges au Phanar. ...