Rapport du métropolite Jean de Pergame à l’assemblée de la hiérarchie du siège oecuménique (29 août 2015)
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Rapport du métropolite Jean de Pergame à l’assemblée de la hiérarchie du siège oecuménique (29 août 2015)Sainteté, Éminences et Excellences, saints Frères,

C’est pour moi un honneur particulier de pouvoir informer cette sainte assemblée sur l’évolution de la préparation du saint et grand Concile, qu’il a été décidé de convoquer, Dieu aidant, l’an prochain. Je remercie Votre Sainteté pour cet honneur ainsi que pour sa décision et celle de l’Église de me confier à mes faibles forces la responsabilité de présider les Commissions et Conférences préconciliaires, qui accomplissent le travail de préparation de ce grand événement historique dans la vie dans l’Église. Dans le présent rapport, je tenterai d’informer brièvement cette sainte assemblée sur les organes et l’ensemble de la procédure de préparation du saint et grand Concile, sur le travail préparatoire déjà réalisé et encore à accomplir, et sur les problèmes auxquels elle fait face.

A.    La procédure et les organes de préparation du Concile

L’idée de convoquer un Concile panorthodoxe, qui fut déjà conçue au Patriarcat œcuménique dès l’année 1923, a fait pour la première fois l’objet d’une préparation à l’époque du patriarche œcuménique Photios II, qui convoqua au monastère de Vatopédi une Commission panorthodoxe préparatoire en mai 1930, qui a dressé la première liste des thèmes du Concile.
Après un long laps de temps, durant lequel les circonstances historiques ne permettaient pas de promouvoir davantage la concrétisation de cette idée, le patriarche Athénagoras de bienheureuse mémoire a relancé l’idée dans une missive adressée aux primats des Églises autocéphales en date du 12 février 1951, suivie d’une autre missive le 25 septembre 1952 ; mais c’est seulement au cours de la première à Rhodes, en 1961, que les décisions définitives ont été arrêtées en vue de la préparation et de la convocation du Concile.

Durant cette conférence, la liste des thèmes du Concile a été rédigée ; elle comprenait les huit unités suivantes : 1) Foi et dogme ; 2) Culte divin ; 3) Administration et discipline ecclésiastique ; 4) Relations des Églises orthodoxes entre elles ; 5) Relations des Églises orthodoxes avec le reste du monde chrétien ; 6) L’orthodoxie et le monde ; 7) Questions théologiques (Economie et acribie. L’orthodoxie et les autres religions ; 8) Problèmes sociaux.
Cette liste ayant été très rapidement été jugée irréalisable sur le plan pratique, elle a été définitivement révisée par la première Conférence panorthodoxe préconciliaire (1976), qui a abouti aux dix thèmes suivants qui ont été considérés comme les problèmes les plus importants nécessitant une décision panorthodoxe authentique : 1) La question du calendrier ; 2) Les empêchements au mariage ; 3) Adaptation des prescriptions relatives au jeûne aux conditions présentes ; 4) Relations de l’Église orthodoxe avec les autres Églises et Confessions ; 5) Relations des Églises orthodoxes avec le mouvement œcuménique des Églises ; 6) Relation de l’Église orthodoxe avec le monde ; 7) Le problème de la diaspora orthodoxe ; 8) L’autocéphalie et la manière de la proclamer ; 9) L’autonomie et la manière de la proclamer ; et 10) Les diptyques de l’Église orthodoxe.

La préparation de ces thèmes de sorte qu’ils parviennent mûrs au saint et grand Concile qui prendra les décisions définitives les concernant, a été confiée aux organes suivants et selon la procédure suivante :
1. Chaque thème devrait être étudié par chacune des Églises locales, qui enverraient au secrétariat de préparation du Concile ses suggestions le concernant. Ensuite, le secrétariat élaborerait ces suggestions et rédigerait un rapport contenant les points d’accord et de désaccord des Eglises sur ce thème. Le secrétariat soumettrait ce rapport à la Commission préparatoire inter-orthodoxe qui serait convoquée par le patriarche œcuménique afin qu’elle élabore un texte commun sur le thème, acceptable par toutes les Églises orthodoxes. En cas de non-accord sur le texte, la Commission inter-orthodoxe préparatoire devait se réunir autant de fois que nécessaire jusqu’au moment où un accord de tous ses membres serait trouvé (on peut s’imaginer de quelle quantité de travail laborieux il s’agit !).

Une fois l’accord trouvé par la Commission préparatoire, le secrétariat devrait envoyer le texte approuvé aux Églises locales, qui dans un délai prescrit devraient envoyer leurs remarques. Le secrétariat devrait soumettre ces remarques avec le texte approuvé à l’organe suivant et final de préparation du Concile, à savoir la Conférence panorthodoxe préconciliaire.
La conférence préconciliaire panorthodoxe, convoquée par le patriarche œcuménique, constitue le dernier stade préparatoire du Concile et ses décisions ne font l’objet d’aucune élaboration supplémentaire mais elles sont transmises telles quelles au saint et grand Concile. La composition de cet organe est élargie et comprend deux hiérarques et d’un conseiller par Église ; il revêt officiellement un caractère conciliaire (d’où le terme « préconciliaire ») et ses travaux débutent et s’achèvent par une divine liturgie pontificale inter-orthodoxe. C’est de cette manière que se clôt la préparation de chacun des thèmes du Concile.
En accord avec le règlement approuvé de la 3e Conférence préconcilaire (1986) des commissions préparatoires et des conférences préconciliaires toutes les décisions sont prises d’un commun accord, à l’exception des thèmes de nature procédurale : dans ces cas, la décision peut être prise à la majorité des deux tiers des chefs de délégation présents.
Le représentant du patriarche œcuménique préside chaque fois tant les commissions préparatoires que les conférences préconciliaires.

B. Le travail de préparation du Concile : ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire

Parmi les dix thèmes de la liste du saint et grand Concile, les thèmes suivants sont passés par le stade de préparation des textes finaux approuvés par les Conférences préconciliaires compétentes :

1) Les relations de l’Église orthodoxe avec le mouvement œcuménique

Ce thème a été élaboré par les commissions panorthodoxes préparatoires du texte final approuvé par la 3e Conférence préconciliaire (1986). Beaucoup de temps s’étant écoulé depuis son approbation, durant lequel divers changements sont intervenus, la synaxe des primats des Églises orthodoxes, qui s’est tenue au Phanar en mars 2014 a chargé une commission panorthodoxe ad hoc de procéder à sa révision et son actualisation, ce qui a eu lieu à Chambésy (Genève) en février. Durant cette révision, les représentants des Églises de Russie, de Serbie et de Géorgie ont tenté de faire supprimer du texte le terme « mouvement œcuménique » qui revêt un contenu négatif dans la conscience des fidèles orthodoxes ; cette proposition a toutefois été rejetée par les représentants du Patriarcat œcuménique et des autres Églises hellénophones ainsi que par ceux des Églises d’Antioche et de Roumanie, de sorte que le terme est maintenu dans le texte. Généralement, l’importance de la participation de l’Église orthodoxe dans le mouvement œcuménique est affirmée, participation qui lui offre l’opportunité de témoigner de la foi orthodoxe et sur cette base, de promouvoir l’unité des chrétiens.
Les modifications mineures ont été soumises à l’approbation définitive de la Conférence panorthodoxe préconciliaire qui devrait se réunir en octobre.

2) Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien

Ce texte, qui a été approuvé par la 3e Conférence panorthodoxe préconciliaire (1986), a été de même transmis à la commission ad hoc susmentionnée en vue de sa révision et de sa actualisation. Vu la parenté leurs contenus, la commission a décidé de relier ce texte avec le précédent ; elle a d’autre part mentionné le retrait des Églises de Bulgarie et de Géorgie du Conseil œcuménique des Églises. Dans ce cas également, les modifications apportées ont été transmises à la 5e Conférence préconciliaire pour approbation.

3) La paix, la justice et la fraternité entre les peuples et la condamnation des discriminations raciales et autres

Ce texte, approuvé par le 3e Conférence préconciliaire, était clairement marqué par les circonstances historiques de la guerre froide et nécessitait une vaste révision qui a eu lieu au sein de la commission ad hoc précitée ; ceci a provoqué un vif désaccord entre les représentations orthodoxes, principalement le thème de la condamnation de la guerre et des diverses ségrégations sociales. De la sorte, relativement au thème de la guerre, un compromis a prédominé, selon lequel l’Église orthodoxe condamne toute forme de guerre ; néanmoins, dans les cas où la guerre s’avérait inévitable, l’Église accordera son assistance pastorale à ses ouailles en zones de combats ; quant à la condamnation des discriminations raciales et autres, après de longues discussions dues à l’insistance particulière de la représentation de l’Église russe à ne pas condamner l’exercice de la violence contre lesdites « minorités sexuelles », le texte initial de 1986 est retenu, dans lequel sont condamnées, de manière générale, les « discriminations raciales et autres ». Ces amendements sont également transmis à la 5e Conférence préconciliaire pour approbation en octobre.

4) L’adaptation des prescriptions relatives au jeûne

Ce texte, approuvé par la 2e Conférence préconciliaire (1982), a été soumis par la synaxe des primats à la commission ad hoc précitée, non point pour être révisé, mais en vue d’une simple rédaction, ce qui a eu lieu sans que des modifications essentielles aient été introduites. Les prescriptions relatives au jeûne demeurent inchangées ; ont été ajoutés des cas d’économie concernant l’observation du jeûne, comme la maladie, la mobilisation, la carence des aliments carémiques indispensables, ou le cas de ceux qui vivent en diaspora, etc. Les modifications apportées dans ce texte devront être approuvées par la 5e Conférence préconciliaire.

5) La célébration commune de Pâques

Ce thème a été abordé par la 2e Conférence préconciliaire après une longue préparation comprenant des avis et réunions d’astronomes spécialisés, démontrant la nécessité d’adapter le mode de calcul de la date de célébration de Pâques ; une proposition a été formulée pour explorer la possibilité d’une célébration de la fête de Pâques par tous les chrétiens. Au cours des travaux de la commission ad hoc, chargée par les primats d’étudier la question, les représentants des Églises de Russie, de Serbie et de Géorgie ont proposé que le thème tout entier soit supprimé de la liste des thèmes du Concile, car il ne constitue plus une préoccupation de l’Église orthodoxe, mais le Patriarcat œcuménique et les autres délégations jugèrent que cette question doit rester ouverte étant donné que, surtout dans la diaspora, la célébration commune de Pâques constitue un problème pastoral, surtout dans les cas de mariages mixtes et, généralement en raison de la nécessité d’une cohabitation harmonieuse avec les non-orthodoxes Ainsi, le texte de la 2e Conférence préconciliaire n’ayant fait l’objet d’aucune modification de la part de la commission ad hoc, il est transmis tel quel au saint et grand Concile.

6) Les empêchements au mariage

Le texte approuvé par la 2e Conférence préconciliaire a été transmis par les primats à la commission ad hoc pour étude, mais comme aucune modification n’a pu y être apportée d’un commun accord, il est soumis tel quel au saint et grand Concile. Des tentatives d’y inclure la mention d’un second mariage pour les clercs veufs ayant échoué en raison de l’absence de consensus parmi les membres de la commission. Le texte avait besoin d’être clarifié concernant le degré de parenté en vue de l’application de l’économie, mais cela ne fut point réalisable durant les travaux de la commission.

7) Le problème de la diaspora orthodoxe

Ce thème a retenu l’attention de toute une série de commissions inter-orthodoxes préparatoires, et c’est seulement durant la 4e Conférence préconciliaire (2009). D’après ce texte, il est reconnu, en principe, que la situation actuelle de la diaspora orthodoxe, présence de plus d’un évêque orthodoxe dans le même lieu, est contraire à l’ecclésiologie orthodoxe et aux saints canons (cf. le canon 8 du 1er concile œcuménique) ; elle doit par conséquent être corrigée en vue d’être rendue plus canonique. Néanmoins, comme il a été également constaté que pour des raisons pastorales et autres le passage direct à une situation canonique s’avère impossible, un stade transitoire a été proposé, à savoir l’établissement de conférences épiscopales selon les régions géographiques, en vue de cultiver l’esprit de collaboration des orthodoxes qui y sont installés et que soient prises, dans la mesure du possible, des décisions communes quant aux questions qui concernent l’ensemble de l’orthodoxie. Sur décision de la 4e Conférence préconciliaire, les régions géographiques dans lesquelles ces conférences sont établies, les modalités et les compétences de leur fonctionnement, leur présidence par le premier hiérarque du Patriarcat œcuménique dans la région, etc., ont été établies. Conformément à la décision de la 4e Conférence préconciliaire, les conférences épiscopales doivent immédiatement fonctionner, ce qui fut fait. D’après les données officielles disponibles, les travaux de ces conférences se déroulent avec succès dans toutes les régions géographiques, sauf peut-être en Amérique du Sud, où des problèmes sont rencontrés en raison du manque d’empressement des hiérarques locaux du Patriarcat d’Antioche, qui pour divers prétextes refusent d’appliquer les décisions de la 4e Conférence préconciliaire relativement à la présidence des Conférences, ce qui entrave leur fonctionnement. Au contraire, dans d’autres régions, comme celle des États-Unis d’Amérique, à propos desquelles S.E. l’archevêque d’Amérique Demetrios s’adressera aux membres de la synaxe, les conférences fonctionnent de manière normale et produisent un travail important. Conformément à la décision de la 4e Conférence préconciliaire, il reviendra au saint et grand Concile d’évaluer le travail des Conférences épiscopales et de prendre les décisions concernant l’organisation canonique de la question de la diaspora orthodoxe.

8) L’autonomie et la manière dont elle doit être proclamée

Ce thème est passé par tous les stades des Commissions préparatoires inter-orthodoxes et il est déjà mûr pour que son texte définitif soit étudié et approuvé par la 5e Conférence préconciliaire d’octobre. Étant donné que cette Conférence a le droit de procéder à un remaniement complet du texte définitif, il est prématuré d’en aborder ici le contenu.

Ces huit thèmes constitueront finalement l’ordre du jour du saint et grand Concile. Les deux autres thèmes de la liste initiale, à savoir l’autocéphalie dans l’Église orthodoxe et la manière de la proclamer, comme celui des diptyques, n’ont pu, malgré toutes les tentatives, obtenir le commun accord requis dans les commissions préparatoires inter-orthodoxes successives ; dès lors, sur décision commune des Églises, ils resteront exclus de l’ordre du jour du prochain saint et grand Concile.

Tel a été, jusqu’à ce jour, le travail de préparation du saint et grand Concile, en ce qui concerne l’élaboration des textes de la liste des thèmes approuvés. Le travail restant à accomplir jusqu’à la convocation du Concile est tout aussi important ; il concerne des aspects fondamentaux de l’ensemble du fonctionnement de cette haute institution, qui doivent être définis avant la convocation du Concile. Ainsi, à l’exception de la 5e Conférence préconciliaire précitée, prévue pour le mois d’octobre, une commission inter-orthodoxe spéciale devra se réunir environ un mois plus tard, afin de préparer le message que le Concile adressera au monde et d’établir un projet de procédure du Concile. Ces questions doivent être étudiées et approuvées par la nouvelle synaxe des primats, qui devrait être convoquée par le patriarche œcuménique en décembre ou en janvier au plus tard. Cette synaxe prendra des décisions sur d’autres sujets, comme l’invitation d’observateurs orthodoxes et non orthodoxes, l’autorité canonique des décisions du Concile, et d’autres questions afférentes.
Ensuite, au début de l’année 2016, Sa Sainteté le patriarche œcuménique convoquera officiellement le saint et grand Concile qu’il présidera.

C. Remarques, critiques et perspectives

Sur base de ce qui vient d’être esquissé, nous saisissons combien laborieuse et difficile a été toute l’entreprise de préparation de l’événement historique du saint et grand Concile de l’Eglise orthodoxe. Le fardeau majeur de concrétisation de cette entreprise a reposé sur les épaules du Patriarcat œcuménique qui a mené et mène la marche vers la convocation, à l’aide de Dieu, de ce Concile, grâce aux labeurs et sacrifices des forces limitées qui sont les siennes. La contribution des présidents des commissions préparatoires fut grande et décisive : les métropolites de Chalcédoine Meliton et d’Ephèse Chrysostome, de bienheureuse mémoire, ainsi que du patriarche œcuménique actuel en tant que métropolite de Chalcédoine, qui ont conduit avec sagesse et maîtrise les discussions extrêmement difficiles au résultat qui a été atteint. Importante fut aussi l’aide du secrétariat de préparation du Concile à Chambésy, d’abord présidé par le métropolite de Tranoupolis puis de Suisse et d’Adrianoupolis Damaskinos, et présentement par S.E. le métropolite de Suisse Jérémie, avec leurs collaborateurs. Il convient que nous leur exprimions à tous notre gratitude ainsi qu’à leurs collaborateurs invisibles.

Le travail de préparation du Concile a duré plus longtemps que le temps prévu par ceux qui ont conçu cette idée. Ceci est dû à des facteurs tant externes qu’inter-orthodoxes. La chute des régimes communistes a provoqué des changements et des réaménagements au sein de l’orthodoxie, tandis que les tendances ethno-phylétiques et les ambitions politiques, auxquelles Votre Sainteté s’est référée dans son adresse, continuent à contrarier le travail de sa préparation. Le Patriarcat œcuménique est appelé à combattre sans cesse tout cela, en gardant fermement en vue l’unité de l’orthodoxie et la concrétisation du saint et grand Concile.

Sur foi de l’expérience personnelle que j’ai acquise durant le service dont l’Église m’a chargé dans ce domaine durant les années précédentes, qu’il me soit permis de soumettre les appels
et remarques suivants :

1) L’affaiblissement de la conciliarité qui s’est développée durant de longs siècles sur une échelle universelle, conjointement avec l’institution de l’autocéphalie, contribuèrent à la croissance d’un sentiment d’autarcie et de renfermement sur soi au sein de chaque Église orthodoxe. Dans de nombreux cas, durant les réunions des commissions et conférences que j’ai présidées, les représentants des Églises locales ne viennent pas pour écouter les positions de leurs frères et de leur exposer leurs propres avis, en harmonie avec l’esprit de conciliarité, mais pour imposer, en usant parfois du veto, les positions de leurs Églises. De cette manière, il est difficile, sinon impossible, à l’Église orthodoxe de parler d’une seule voix dans de nombreux cas.

2) En raison de cette mentalité, c’est finalement la règle selon laquelle les décisions du Concile sont prises d’un commun accord qui a prédominé. La sainte Église de Russie, en particulier, insistait sur cette règle, tandis que d’autres Églises, comme celle de Jérusalem et celle de Constantinople, préféraient le principe prévu par les saints canons « le vote de la majorité prévaut » (Canon 6 du Ier concile œcuménique). L’argument selon lequel ce principe était en vigueur uniquement lors des élections épiscopales ne tient pas historiquement, puisque ce principe était appliqué également durant les conciles œcuméniques, y compris pour les questions dogmatiques. Ainsi, durant le Ier concile œcuménique, une vingtaine d’évêques aryens, mis tout d’abord en minorité changèrent finalement d’avis, sauf deux, par rapport au décret dogmatique final du concile (Théodoret, Hist. Eccl. I, 6-7) ; 36 évêques adeptes du macédonianisme (pneumatomaques), conduits par Eleusios de Syzique, ont été convoqués et étaient présents au 2e concile œcuménique (Socrate, Hist. Eccl. V, 13) ; les adeptes d’Eutychius participaient sur pied d’égalité au 4e concile œcuménique (MANSI, VI, 580) ; de même au 6e concile œcuménique pour les partisans du monothélisme conduits par Macaire d’Antioche (MANSI XI, 209), etc.
Le principe du commun accord constitue, certes, une ambition idéale et souhaitée, mais dans la pratique il signifie qu’une seule Église peut suspendre ou entraver la prise de n’importe quelle décision. Ceci, d’ailleurs, a été démontré durant la procédure de préparation et a conduit tant à sa longue durée qu’à l’impasse relative aux thèmes de l’autocéphalie et des diptyques.

3)  Cette tendance des Églises locales autocéphales au renfermement sur soi et à l’autarcie, issue de l’absence de conciliarité à l’échelle universelle, risque de faire manifester l’indifférence de l’Église orthodoxe aux courants et évolutions contemporains et aux problèmes sociaux qui y sont liés, à propos desquels le monde s’attend à entendre la parole de l’orthodoxie. De nombreuses Églises orthodoxes vivent encore parmi des populations culturellement homogènes et qui n’ont pas encore été influencées par les changements systémiques qui ont lieu, aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde. Ceci est susceptible d’empêcher le saint et grand Concile de faire entendre une parole propre à notre époque et dès lors d’en désappointer plus d’un.

4) L’absence, durant des siècles, de conciliarité à l’échelle universelle soulève la question de l’autorité canonique du futur Concile. Durant toute cette longue période, l’Église orthodoxe chemine sous la guidance des saints canons qui ont été établis durant la période byzantine, lorsque l’institution conciliaire était encore universellement en vigueur. Avec le retour de la conciliarité à travers le saint et grand Concile, se pose de facto la question de savoir si ses décisions auront une autorité canonique et comment cela sera garanti contre ceux qui pourraient les mettre en doute ou les transgresser. A ce propos, le positionnement des primats des Églises orthodoxes durant leur prochaine synaxe est attendu avec grand intérêt.

5) La présence d’observateurs durant les travaux du Concile constitue également une question qui doit être examinée et faire l’objet d’une décision. Selon l’ecclésiologie orthodoxe et la discipline canonique, les décisions des conciles sont uniquement entérinées par le vote des évêques participants. Toutefois, la voix des laïcs doit être entendue et prise en considération. La modalité de leur participation devra constituer un sujet d’étude sérieuse.
Un thème apparenté est celui de l’invitation d’observateurs des autres Églises et confessions chrétiennes. Il va de soi qu’ils n’appartiennent pas au plérôme de l’Église, mais dans une époque de dialogue, de collaboration et de coopération de l’Église orthodoxe avec eux dans de nombreux domaines, ils ne peuvent être ignorés. D’ailleurs, la voix du Concile est attendue avec un vif intérêt de la part des chrétiens qui n’appartiennent pas à l’Église orthodoxe.

f) Enfin, qu’il me soit permis de souligner l’importance majeure que revêt ce message en raison de ce qui précède, message que le saint et grand Concile adressera au monde à l’issue de ses travaux. De par leur nature, les thèmes du Concile concernent principalement des questions intrinsèques à l’orthodoxie. Ceci laissera peut-être le monde non-orthodoxe indifférent. Mais l’événement du Concile ne peut être simplement l’affaire des orthodoxes. La marginalisation de l’orthodoxie ne va pas de pair avec sa nature.

Sainteté,
Je soumets respectueusement ces humbles considérations à votre vénérable Sommité et à cette sainte assemblée. Elles constituent le fruit de mon expérience, jusqu’à présent, dans la charge sainte et cruciale de préparation de l’événement, sans doute le plus important de l’histoire contemporaine de l’Église orthodoxe. La Providence divine a veillé à ce que cet événement, qui a été conçu par vos distingués prédécesseurs, s’approche de sa concrétisation durant votre pontificat. Grande est la gloire, mais plus grande encore la responsabilité et la peine qui en découlent. Toute la hiérarchie du Siège se tient prête à apporter sa part de contribution au bon succès de ce but sacré et de longue haleine, priant humblement Dieu notre Sauveur d’accorder à Votre Sainteté digne de présider cet événement historique du lieu où la Providence divine a établi ce Siège.

Longues années à Votre Sainteté pour le bien de l’Église.

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Je vous remercie, Frères, de votre patience.

Source (dont photographie du métropolite Jean de Pergame): Thriskeftika, © Orthodoxie.com pour la traduction française, tous droits réservés.

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À propos de l'auteur

Christophe Levalois

Christophe Levalois

Professeur d'histoire et de géographie, auteur, derniers ouvrages parus : "La royauté et le sacré" (Cerf, 2016) ; "Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale" (Cerf, 2018).

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