Recension : « La voie du cœur. Lecture spirituelle de l’Évangile de Jean » de Philippe Dautais (Salvator)
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Philippe Dautais, La voie du cœur. Lecture spirituelle de l’Évangile de Jean, Salvator, 2020, 199 p., 19 euros.

Ce quatrième livre du P. Philippe Dautais, prêtre au sein de la Métropole orthodoxe roumaine, qui anime avec son épouse Elianthe le Centre Sainte-Croix, rappelle à certains égards le premier, Le chemin de l’homme selon la Bible (Desclée de Brouwer, 2009), car il présente aussi des figures comme autant de types du chemin de l’âme dans une géographie de l’intériorité pourrait-on dire. Cependant, ce dernier livre a également intégré les deux suivants, excellents et remarqués, fruits de décennies d’approfondissement, d’accompagnement et d’enseignement, à savoir Si tu veux entrer dans la vie – Thérapie et croissance spirituelle (Nouvelle Cité, 2013) et Éros et liberté – Clés pour une mutation spirituelle (Nouvelle Cité, 2016).

Dans cette lecture de l’Évangile de Jean, de passages choisis et non in extenso, qui comporte aussi des éclaircissements sur la signification spirituelle de figures exemplaires, l’auteur propose un « pèlerinage vers soi-même » qui est également « naissance à Dieu en soi ». Aussi, la « voie du cœur » doit être entendue comme « voie vers le cœur », vers ce centre suprême de l’intériorité de chaque être.

L’une des toutes premières étapes de ce voyage vers l’essentiel et la source de toute vie est l’ouverture du regard « pour accéder à une autre perception » car « le cosmos visible est la parure de l’invisible ». Ce dévoilement est aussi et d’abord celui de la Création tout entière, véritable livre écrit par le Créateur pour l’édification et l’enseignement de tous, « le cosmos est la première Bible ». En ce sens le monde est symbole, « du grec symballô, je réunis » rappelle le père Alexandre Schmemann cité par le P. Philippe Dautais, c’est-à-dire qu’il réunit des réalités différentes, en l’occurrence le visible et l’invisible qu’il manifeste à cette occasion. « Ce que Dieu a d’invisible est rendu manifeste par les choses visibles ». Autrement dit, « le symbole désigne la présence du symbolisé dans le symbolisant ». C’est en examinant le personnage de Nicodème, figuration d’une nouvelle naissance, que l’auteur aborde ces questions. Celui-ci marque aussi « l’avènement de la personne », dit-il en s’appuyant sur Nicolas Berdiaev et sur Olivier Clément. « La première naissance est selon la nature, la deuxième est la naissance à soi-même en tant que personne, la naissance en Dieu. La première nous a été imposée, la deuxième est la possibilité offerte de marcher en toute liberté vers l’émergence de l’être unique que chacun est. » C’est ce passage de l’être conditionné à celui qui naît du « moi profond » qui fait de la personne un être de communion. En effet, « pour s’ouvrir à l’autre, nous avons besoin d’être enracinés en nous-même ». C’est, pour synthétiser l’explication de l’auteur, parce qu’il a un visage qui lui est propre que chaque être humain peut authentiquement se tourner vers l’autre dans une relation qui construit les deux. C’est pourquoi également, l’amour, « dialogue du je et du tu », est un « dialogue de personne à personne ».

Le mot dialogue est d’ailleurs au cœur de l’ouvrage, dialogue afin de « passer sur l’autre rive ». Ce terme est à conjuguer au pluriel, en effet il recouvre bien des dialogues : avec son intériorité, avec le vivant et le cosmos, « fruit de la parole divine », avec Dieu vers qui pointent, finalement, tous les dialogues. Cela exige d’emprunter un chemin de dépouillements et de dévoilements au cours de cette route vers « la Source qui jaillit au plus intime de nous-mêmes ». L’apophatisme se révèle à cet égard propre à délivrer de tous les attachements qui maintiennent dans des prisons et des esclavages loin du Vivant tout comme de tout dialogue authentique et efficient. « L’apophase désigne la montée vers le mystère, vers simultanément ce qui nous échappe et ce dont nous avons une expérience intime. Expérience intime qui échappe à notre saisie et qu’il ne convient pas de ramener à nos schémas mentaux. Elle appelle au contraire à une ouverture de l’intelligence vers le jamais connu, vers l’au-delà de nos représentations. » Paradoxalement, c’est cette intimité au plus profond de nous-mêmes, par-delà les mots, concepts et représentations, qui nous rend aptes à dialoguer avec le cosmos et avec Celui qui en est la Source vivifiante et qui l’irrigue dans sa totalité jusqu’à la moindre de nos cellules. Creuser en soi-même pour s’élever et élargir toujours plus sa conscience en somme !

Un ouvrage très stimulant et éclairant, également utile lors d’une (re) lecture des Évangiles. Pour nous conduire au cœur de tout, en premier de nous-mêmes, et à l’essentiel, à cette présence ineffable à la fois partout présente et au-delà de tout dont le Christ est le visage et la parole.

Christophe Levalois

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