23/10/2017
Actualités
Page d'accueil > Lire > Recensions > Recension: Alain Durel, « La presqu’île interdite. Initiation au Mont-Athos »

Recension: Alain Durel, « La presqu’île interdite. Initiation au Mont-Athos »

9782226207487g Alain Durel, « La presqu’île interdite. Initiation au Mont-Athos », Albin Michel, 2010, 241 p.
Il n’était pas nécessaire d’utiliser pour le titre un cliché éculé (l’inaccessibilité du Mont-Athos aux femmes) ni de faire appel à un sous-titre ambigu (afin de laisser entendre qu’il s’agirait d’une introduction générale au Mont-Athos, alors qu’il s’agit d’une initiation personnelle) pour rendre cet ouvrage attractif : le récit vivant, souvent beau et toujours sympathique de trois séjours que l’auteur fit à la Sainte Montagne dans les années 90 (dont une année entière comme novice) suffit à retenir l’attention du lecteur.
Venant d’une famille résolument non religieuse (son père était franc-maçon), ayant découvert la religion à travers l’hindouisme, ce fut certes providentiellement mais non moins brusquement que, au cours d’un séjour presque improvisé en Grèce et d’un voyage au Mont-Athos qui s’y greffa de manière impromptue, l’auteur découvrit le christianisme en même temps que l’Orthodoxie.


Il eut un premier contact avec la Sainte-Montagne pendant l’hiver et sous le brouillard, mais où la rencontre d’un moine américain de la skite du Prophète Élie lui fournit la chaleur et la lumière que la saison ne donnait pas au lieu, et lui prodigua, pendant toute une nuit, une « formation accélérée » au christianisme orthodoxe. De retour en France, il demanda néanmoins le baptême dans l'Église catholique, avant de faire une retraîte auprès du Père Placide, au monastère de Saint-Antoine-le-Grand dans le Vercors (une dépendance du monastère athonite de Simonos-Pétra), à la fin de laquelle il éprouva le désir de retourner à la Sainte-Montagne pour s’engager comme novice au monastère de Stavronikita, qui avait l’avantage d’avoir à sa tête un higoumène francophone et de compter un français parmi ses moines. Ce nouveau séjour, qui dura une année, donne ici à l’auteur l’occasion de parler de ce qui fut son initiation à la vie monastique du Mont-Athos. Confronté à une expérience trop abrupte qui coïncidait presque avec sa découverte du christianisme, l’auteur ne fut pas en mesure de s’engager plus avant dans cette voie. Étant retourné en France et ayant entrepris des études à l’Institut Saint-Serge (où il apprécia particulièrement les cours d’Olivier Clément), il retrouva la Sainte-Montagne trois ans plus tard où il fit de nouvelles rencontres dont il nous livre le récit, mais ne fut pas davantage en mesure de s’engager. Le retour en France auprès de son père spirituel, le Père Placide, fut l’occasion pour lui de tenter de mener dans le Midi une expérience érémitique, laquelle fut de courte durée. C’est là que s’arrête le récit (par la suite, l'auteur renonça définitivement à la vie monastique, fit deux ans d'études dans un séminaire catholique et, après plusieurs année passées dans l'Église catholique, reprit le chemin de l'Église orthodoxe…).

Ce petit livre est fondamentalement le récit d’une quête : celle de s’établir dans la vie monastique pour y mener, sous « l’habit angélique », la vie de perfection à laquelle les chrétiens sont appelés et qui correspond aussi à l'idéal d'absolu que l'auteur avait depuis de nombreuses années ; cette quête n’a pas abouti en raison de l’instabilité et de l’irrésolution de l’auteur qui se révèlent être finalement l’un des fils conducteurs de l’ouvrage puisque ce sont elles qui l’amènent à se déplacer constamment et à consulter des spirituels expérimentés qui les lui présentent toujours comme étant son point faible qu’il doit chercher à transcender ; au lieu de se ranger à leur expérience et à leur sagesse, et de mettre en pratique la première des vertus monastiques – l'obéissance –, l'auteur persévère à s'engager avec eux dans des discussions qui ne font que l'enfermer dans ses propres limites.
Il est frappant néanmoins de constater que, malgré l’échec de cette quête, l’auteur n’a aucune amertume et ne porte sur l’institution et sur les personnes aucun jugement négatif, mais sait au contraire, à travers des descriptions souvent belles et chaleureuses, les rendre sympathiques et attachantes.
On peut cependant déplorer l’excessive familiarité dont l’auteur fait preuve envers des hiéromoines, des higoumènes ou des Anciens qu’il se borne à appeler par leur seul prénom, quand ce n'est pas par un surnom ; « Partie d’escrime », le titre d’un chapitre qui relate un entretien avec le regretté Géronda Isaac, est lui aussi une illustration du manque du sens des proportions de l’auteur dans son rapport aux Anciens et de la difficulté qu’il a de les aborder avec la déférence et l’humilité requises.
On doit noter enfin et surtout que ce livre ne constitue pas une initiation (au sens d’une introduction) au Mont-Athos dans sa totalité mais ne révèle que les quelques aspects de celui-ci avec lesquels l’auteur s’est trouvé en contact et qu’il saisit à travers le prisme de sa subjectivité.  
Jean-Claude Larchet

Print Friendly, PDF & Email
Revenir en haut de la page
Jovan Nikoloski