Recension: Venise, presque une autre Byzance

1832

Giorgio Fedalto et Renato D’Antiga (éd.), Venezia quasi un’altra Bisanzio, Marcianum Press, Venise, 2018, 277 p.
Venise a fort mauvaise réputation dans le monde orthodoxe. La participation des Vénitiens au saccage de Constantinople par la 4e croisade le 13 avril 1204, et le partage avec les croisés des biens – en particulier des objets sacrés – pillés dans la capitale, puis la domination exercée par les Vénitiens sur la ville jusqu’à sa chute en 1453 ont créé un traumatisme dont les séquelles sont ressenties jusqu’à nos jours. D’un autre côté cependant, les relations avec Constantinople ont préalablement laissé sur Venise et sa région une empreinte positive, et  la cité lagunaire a bénéficié de l’influence d’un certain nombre d’intellectuels et d’artistes de Constantinople auxquels elle a donné l’hospitalité après la chute de la ville, et c’est à Venise qu’ont été imprimés jusqu’au XIXe siècle beaucoup d’ouvrages religieux – dont la Philocalie ou le Grand Euchologe –  qui ne pouvaient plus l’être dans les pays orthodoxes sous occupation ottomane.
Ce recueil d’études d’universitaires italiens, vénitiens pour la plupart et orthodoxes pour quelques-uns (Renato d’Antiga et Pietro Chiaranz) s’attache à montrer, sous divers aspects (notamment de la liturgie, de l’iconographie, de la musique sacrée, de l’hagiographie et de la piété), ce qu’elle a reçu du christianisme byzantin, au-delà du témoignage magnifique et bien connu de la basilique Saint-Marc et de ses merveilleuses mosaïques du XIIIe siècle et de sa Pala d’oro.
Giorgio Fedalto, ancien professeur d’histoire byzantine à l’Université de Padoue, ouvre le volume par un panorama historique des relations de Venise avec les Grecs.
Parmi les études qui suivent, on remarque en particulier celles de :
— Letizia Casellli « “Marcus filius meus”. Saint Marc et saint Pierre, avec quelques remarques sur saint Ménas. Une iconographie du double portrait de Venise et de la Méditerranée (VIe-XIVe siècle) ». Rappelons, pour expliquer la présence dans une même étude de ces trois saints que, selon la tradition, saint Marc était le fils spirituel de saint Pierre, qu’il est le fondateur de l’Église d’Alexandrie, dans laquelle il est, avec saint Ménas, le saint le plus vénéré.
— Pietro Chiaranz sur « La liturgie eucharistique grecque-alexandrine de Saint Marc », une Liturgie nettement moins connue que les trois autres en usage dans l’Église orthodoxe. Contemporaine de la Liturgie de saint Jacques, elle est encore en usage chez en Égypte et en Abyssinie. Après une longue introduction qui la présente dans son origine, sa structure et ses éditions, l’auteur, qui, au cours de ces dernières années, a publié – parmi de nombreux textes liturgiques orthodoxes (1, 2, 3, 4, 5, 6) – le texte grec des Liturgies de saint Jean Chrysostome, de saint Basile et de saint Jacques avec en regard une remarquable traduction italienne et de précieuses annotations, nous livre ici le texte grec (précédemment édité par Fountoulis) et la traduction italienne de l’anaphore, la partie la plus ancienne de cette Liturgie, qui est attribuée au saint évangéliste.
— Leo Citelli sur la musique byzantine en relation avec un tropaire du moine Longin (première moitié du XIVe siècle)
— Renato d’Antiga, « Le culte des saints dans l’ancienne Venise. Le Kalendarium Venetum du XIe siècle ». Cet excellent article très développé est particulièrement intéressant dans son évocation de saints orthodoxes locaux peu connus, et dans son étude de l’histoire de la vénération de saint Marc, dont les reliques ont été transférées à Venise en 828.
— Giorgio Fedalto, qui dans son étude sur la « Religion officielle » et la « dévotion populaire » évoque les « influences byzantines possibles dans la région d’Aquilée-Vénétie ».

Jean-Claude Larchet

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