25/04/2017
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Comment Paris aide le Donbass (Ukraine): entretien avec la présidente de l’AFOD

Comment Paris aide le Donbass (Ukraine): entretien avec la présidente de l’AFOD

cover2L’association française AFOD aide les victimes de la guerre en Ukraine. Nous vous proposons ci-dessous la traduction française des principaux extraits d’un entretien avec sa présidente, Ekaterina Matvienko, publié par le site russe Pravmir.

Pravmir a déjà mis en ligne à plusieurs reprises des publications expliquant comment L’église orthodoxe russe et des fondations privées aidaient des victimes en Ukraine. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de considérer la même question sous un autre angle. L’aide humanitaire au Donbass vient également de France. Par qui et comment cette aide pour le Donbass est-elle collectée en France, et que savent les Français des événements actuels en Ukraine ? Comment vérifier la bonne foi de ceux qui reçoivent cette aide et de quelle information disposent les Français concernant Donetsk ? Ces questions seront abordées dans notre entretien avec Ekaterina Matvienko, la présidente de l’association AFOD – « Aide aux familles et aux orphelins du Donbass », agissant sous l’égide du diocèse de Chersonèse.

Comment tout a commencé.

L’AFOD est une toute jeune association, créée en été 2014 par un groupe de gens non-indifférents à ce qui se passe actuellement.

Ekaterina Matvienko raconte :

« Je suis originaire de Kramatorsk, la ville qui était cet été l’épicentre des actions militaires. J’ai commencé à récolter de l’aide humanitaire pour le monastère de la Dormition – Saints Nicolas et Basile, de la région de Donetsk. Avant mon arrivée en France en 2007, j’avais fait retraites dans ce monastère, c’est pourquoi je connais bien sa mère supérieure, Anna Morozov, et beaucoup d’autres personnes, y compris les habitants de l’hospice.
Cet été, plusieurs centaines de personnes se sont réfugiées dans ce monastère. Par manque de place, des lits de fortune ont été installés dans les ateliers du couvent. Le plus jeunes des réfugiés avait à peine 2 mois. Olga, mère de trois enfants, a trouvé refuge au monastère de la Dormition. Elle vivait dans une ville qui était bombardée quotidiennement.
A cette époque, personne d’autre que nous n’aidait le monastère. Grâce à notre participation, le couvent a pu acheter nourriture et produits d’hygiène pour ses réfugiés.

Par la suite, le volume d’aide que nous avons recueilli a commencé à grandir et nous nous sommes mis à aider le monastère voisin, Saint-Serge, où étaient essentiellement réfugiés des mères avec leurs enfants. On leur transmettait des produits d’hygiène personnelle et de l’argent. Plusieurs églises orthodoxes russes en région parisienne – la cathédrale de Trois-Saints-Docteurs, la paroisse de Tous-les-saints et Séraphin-de-Sarov (Montgeron) – ainsi que les paroisses de la Côte d’Azur, et la paroisse de la Résurrection de Christ à Meudon (Eglise russe hors frontière) ont participé à la collecte. Environ 13.000 euros de dons ont été recueillis et plus de six tonnes d’aide humanitaire envoyés. »

Qui sommes-nous ?

« Ceux qui aident notre association, raconte Ekaterina Matvienko, sont en grande majorité des paroissiens de l’Eglise orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou et de l’Eglise orthodoxe russe hors frontières. Nous avons aussi des immigrants de l’ex-Union soviétique, non-croyants, mais qui sont sensibles à notre cause. Ils sont d’horizons politiques différents – notre association est purement humanitaire. Il y a également quelques Français, qui sont complètement étrangers à l’Église et qui nous aident régulièrement.

Lorsque nous avons crée l’association, j’en suis devenue la présidente, et mon mari – Français orthodoxe – son secrétaire. Parfois, nous accueillons à la maison quelques jeunes femmes des paroisses, qui viennent pour trier et faire des colis avec des vêtements récoltés ou s’occuper des posters, affiches et flyers de notre association. Il y a également des personnes russophones qui traduisent des textes en français. Nous avons également été aidés par l’association de jeunesse orthodoxe « Chersonèse » dans la préparation des colis vestimentaires et la recherche d’un lieu pour entreposer gratuitement nos colis humanitaires.

Récemment, nous avons contacté une association française de parents et d’enfants de notre arrondissement qui nous ont donné généreusement donné divers jouets et vêtements d’hiver pour enfants. De plus, nous avons établi des contacts avec des hôpitaux et des pharmacies de Paris et de sa banlieue, qui mettent à notre disposition divers produits d’hygiène et de premiers soins. Le maillon faible de notre association est que nous n’avons pas encore mis en place un véritable travail d’équipe. Il est très difficile de bouger les gens. Il est vrai aussi qu’ils travaillent tous, et nous vivons souvent dans des villes différentes, parfois à 40 kilomètres les uns des autres. Moi, je travaille aussi, et je fais de l’humanitaire le soir, la nuit et les week-ends.

La télévision française montre peu de choses de la tragédie du Donbass. Les Français ne savent pas du tout que chaque jour, en rentrant tranquillement à la maison après l’école ou après une journée de travail, ou encore en prenant leur dîner en famille, des enfants et des mères de famille meurent. Tous ces événements sont le plus souvent résumés en une seule ligne. Je ne cherche pas à faire de la politique, mais pour l’amour du Christ, j’essaie tout simplement d’aider les catégories de personnes les plus vulnérables – c’est-à-dire les enfants et les personnes âgées ».

Depuis le mois de septembre dernier, l’association a déterminé plusieurs « groupes-cibles » :

– le monastère de la Dormition de Saint-Nicolas Vassilevski dans la région de Donetsk, ainsi que l’hospice du monastère comptant 120 places

– l’association des personnes invalides « Un pas en avant » à Donetsk

– une quarantaine de familles qui ont perdu leurs maisons dans la ville de Kurahovo et qui ont trouvé refuge à « La maison des vétérans de la guerre en Afghanistan »

– notre association soutient également une fondation de bienfaisance « Aider les blessés et les familles des victimes » à Marioupol, qui aide chaque jour une trentaine de familles déplacées

Actuellement, nous aidons principalement des villes directement victimes des hostilités – Gorlovka, Donetsk. Les bénévoles de l’AFOD présents sur le terrain sont en mesure d’apporter de l’aide humanitaire toutes les semaines.

Nous fournissons également une assistance ciblée aux mères de familles de Gorlovka dont la moitié ne perçoit aucune prestation sociale ni quelconque indemnité pour pouvoir nourrir leurs enfants. Pour « La Maison d’Accueil des anciens combattants » à Kurahovo, nous avons acheté des appareils de chauffage destinés à quarante familles des régions de Donetsk et de Lougansk ayant complètement perdu leurs maisons. Également, au monastère de la Dormition de Saint-Nicolas-Saint-Vassilevski, ont été organisées des distributions de vêtements chauds et de nourriture aux orphelins de Tchasov Iar. Cet hiver, un concert caritatif est prévu à Paris, dont le bénéfice servira à aider le Donbass et nos groupes cibles, ainsi qu’une exposition et une vente de produits monastiques. »

Comment interpeller des Français ?

« Le 30 novembre dernier, répond Ekaterina Matvienko, nous avons organisé une exposition-vente dans une église à Paris. Grâce à une paroissienne qui rentrait à Paris par avion, la mère-supérieure Anna a acheminé deux sacs de production artisanale du monastère – du thé, des objets tissés de perles, de la céramique, des serviettes brodées à la main. En France, tout ce qui est fait main est très apprécié. Il y a même presque eu bagarre pour l’achat des petits anges… ».

Informations : site de l’association, sa page Facebook.

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Jovan Nikoloski