24/05/2017
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Recension: Alexis Chryssostalis, « Recherches sur la tradition manuscrite du “Contra Eusebium” de Nicéphore de Constantinople »

Alexis Chryssostalis, Recherches sur la tradition manuscrite du « Contra Eusebium » de Nicéphore de Constantinople, préface de Bernard Flusin, CNRS Éditions, Paris, 2012, 228 p.
Alexis Chryssostalis, est bien connu, depuis 1999, comme producteur de l’émission « Orthodoxie » diffusée le dimanche matin sur France Culture. Il faut rappeler que, docteur de l’Université Paris IV-Sorbonne depuis le début de l’année 2009, il occupe aussi les fonctions d’enseignant – en grec moderne et histoire des textes patristiques – à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge et de chercheur associé au Centre « Antiquité classique et tardive» (UMR 81 67 « Orient et Méditerranée »).
Ce volume comporte la première partie de la thèse qu’il a consacrée au Contra Eusebium de Nicéphore de Constantinople, à avoir l’étude de la tradition manuscrite de ce texte.
Le patriarche Nicéphore de Constantinople (758-828) fut l’un des principaux opposants à l’empereur Léon V, lorsque la deuxième phase de l'iconoclasme éclata à partir de 814. Exilé, il composa une série de traités en faveur des images, pour combattre l’hérésie renaissante. Il reste avec saint Jean Damascène et saint Théodore Studite l’un des principaux théologiens de l’icône, puisqu’il fut amené comme eux, afin de s’opposer à l’iconoclasme, à développer une argumentation très détaillée et très profonde en faveur de la légitimité d’une représentation du Christ, de la Mère de Dieu et des saints et de leur vénération dans cette représentation.
Une partie de l’œuvre du patriarche Nicéphore est déjà connnue des lecteurs francophone par la traduction que M.-J. Mondzain-Baudinet a donnée de ses Discours contre les iconoclastes (ou Antirrhetici) (Klincksieck, Paris, 1989). A. Chryssostalis nous introduit ici à une autre partie de celle-ci : le traité Contra Eusebium, qui est une réfutation de la Lettre à Constantia, attribuée à Eusèbe de Césarée.

Ce dernier texte, que l’on connaît seulement à travers le traité de Nicéphore, fut l’un des témoignages patristiques utilisés par les adversaires des icônes lors du concile iconoclaste de Hiéreia (754). Grâce à l'étude de la tradition manuscrite du Contra Eusebium proposée dans ce volume, Alexis Chryssostalis démontre que les traités de Nicéphore intitulés Apologeticus, Antirrhetici, Contra Eusebium et et Adversus Epiphanidem ne formaient à l’origine qu’un seul et grand ouvrage destiné à réfuter la théologie de la première période iconoclaste (726-787). Il retrace également l’histoire de l’édition de ce texte, depuis le Parisinus graecus 911, manuscrit copié à Constantinople peu après le rétablissement définitif des images (843), jusqu’au Scorialensis ψ I 15, une copie du XVIe siècle apparue dans le contexte des querelles entre protestants et catholiques en Occident.
L’intérêt de l’étude d’A. Chryssostalis n’est pas seulement de resituer le texte dans l’ensemble de l’œuvre de Nicéphore en renouvelant la connaissance de sa structure, ni d’en préparer de manière particulièrement soignée l’édition critique : en prêtant une attention minutieuse aux manuscrits, elle illustre de façon concrète ce que pouvait être, au IXe siècle, une édition constantinopolitaine, avec ses notes et ses signes marginaux, la création aussi de titres intermédiaires destinés à faciliter la lecture du texte.
Cette publication est, par sa nature même, destinée aux spécialistes. On attend avec impatience le texte lui-même, dont l’édition critique sera présentée avec une traduciton française, une introduction et des annotations dans un second volume à paraître.
Jean-Claude Larchet

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Jovan Nikoloski