Samedi après la Théophanie
Saint Grégoire, évêque de Nysse (395) ; sainte Floride, vierge, martyre à Dijon (vers 180) ; saint Dométien, évêque de Mélitène (601) ; saint Marcien, prêtre à Constantinople (Vème s.) ; sainte Théosébie, sœur de saint Grégoire de Nysse, diaconesse (385) ; saint Pétrone, évêque de Die (vers 463); sainte Sethride, vierge, abbesse à Faremoutier-en-Brie (vers 660) saint Paul d’Obnora (1429) ; saint Macaire de Pisma (XIVème s.) ; saint Antipas de Valaam (1882) ; saint Théophane le Reclus, évêque de Tambov (1894) ; saints néomartyrs de Russie : Zénobe (Soutormine), prêtre (1920) ; Pierre (Ouspensky), prêtre (1930) ; Anatole, métropolite d’Odessa (1938).
SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE

Quatrième fils de saint Basile l’Ancien et de sainte Emmélie [1er janv.], et frère cadet de sainte Macrine [19 juil.] et de saint Basile le Grand, saint Grégoire naquit vers 331 à Césarée de Cappadoce. Élevé dans le climat de vertu et de piété créé par tant de saints, il ne partit pas, comme Basile, dans les grands centres de la culture hellénique pour suivre les leçons de maîtres illustres, mais reçut son éducation profane de son père qui était maître de rhétorique ; ce qui ne l’empêcha pas d’assimiler de vastes connaissances philosophiques, littéraires et scientifiques et de devenir un des plus grands artisans de la conversion de la culture antique au christianisme. Baptisé assez jeune et ordonné lecteur, il se destinait à la carrière ecclésiastique quand, changeant brutalement son projet, il s’engagea dans la vie mondaine, devint professeur de rhétorique et épousa la jeune et pieuse Théosébie. Les remontrances de sa sœur Macrine, qui avait décidé sa mère et ses frères à embrasser la vie monastique, et celles de saint Grégoire le Théologien, le décidèrent finalement à rejoindre pour quelque temps ce dernier et saint Basile dans leur retraite d’Annésis, sur les rives de l’Iris. Il put faire là l’expérience des joies de la vie solitaire, du silence, de la libération des soins de la terre, des méditations approfondies sur les mystères de la Sainte Écriture et des saints dogmes, de l’envolée vers Dieu de l’esprit en prière. Basile, qui avait commencé à organiser la vie des moines de Cappadoce en publiant le début de ses Règles, le chargea bientôt d’écrire un traité complémentaire sur la Virginité et la perfection chrétienne. Quel éloge plus admirable et plus fervent de la virginité ne pouvait-il être fait que par celui qui se lamentait de s’être laissé prendre dans les filets de la vie commune et d’être ainsi séparé comme par un gouffre de la gloire de ce mode de vie qui rend l’homme semblable aux anges et le fait participer dès cette vie à l’incorruptibilité divine ?
Devenu archevêque de Césarée en 370, saint Basile regroupa autour de lui des amis sûrs pour résister aux persécutions de Valens contre les orthodoxes défenseurs de la doctrine du Concile de Nicée, et fit élire Grégoire, malgré sa résistance, comme évêque de la modeste cité de Nysse (vers 372). Peu fait pour l’administration et les finesses des affaires ecclésiastiques, trop humble et candide pour résister aux méchants et aux intrigants, il fut rapidement victime des machinations des ariens qui, l’accusant d’ordination irrégulière et d’avoir détourné à son profit les biens de son église, réunirent pendant son absence un concile et obtinrent du préfet Démosthène, ennemi déclaré des orthodoxes, sa déposition et son exil (376). Muet et résigné comme une brebis que l’on mène à l’abattoir (Is 53, 7), le saint évêque se laissa ainsi chasser. Il ne put regagner son siège et rentrer triomphalement à Nysse que deux ans plus tard, à la mort de Valens (378). Mais il ne put alors jouir de la paix que bien peu de temps. Au début de 379, la mort de saint Basile, qu’il avait toujours considéré davantage comme son père selon Dieu que comme son frère selon la chair, fit de lui l’héritier et le successeur du grand hiérarque et champion de l’Orthodoxie. Lui, le philosophe, l’homme doux et réservé, s’engagea alors avec fougue dans la lutte dogmatique et imposa rapidement à tous son autorité, grâce à la profondeur de sa réflexion théologique et à la puissance de son éloquence. Il participa au concile d’Antioche, réuni pour régler le schisme qui divisait cette Église depuis plus de cinquante ans, et parvint à faire triompher la cause de saint Mélèce [12 fév.]. Il partit ensuite en mission pour réorganiser l’Église du Pont et d’Arménie et y fit élire son frère Pierre comme évêque de Sébaste [9 janv.]. Il rédigea aussi une série d’ouvrages polémiques contre l’arien extrémiste Eunome pour défendre l’incompréhensibilité de la nature divine, et contre Apollinaire pour montrer que le Christ a bel et bien assumé l’homme complet, âme et corps. Et surtout, il prit part en 381 au saint et grand second Concile Œcuménique de Constantinople, au cours duquel il confondit les raisonnements des hérétiques ariens et pneumatomaques, et fit triompher la doctrine orthodoxe sur la Sainte Trinité, pour laquelle Basile avait lutté toute sa vie. Alors salué par les Pères comme la « colonne de l’Orthodoxie » et considéré comme le digne successeur de saint Athanase et de saint Basile, Grégoire assista ensuite à tous les conciles et assemblées ecclésiastiques, et fut envoyé en mission en Arabie et en Palestine pour régler les troubles qui divisaient ces Églises. À son retour à Constantinople, l’empereur Théodose le prit comme conseiller spirituel et le chargea de prononcer les oraisons funèbres de son épouse Placilla et de sa fille Pulchérie (385).
Vers 386, la paix de l’Église étant désormais assurée, et comme il se trouvait délivré de toute attache avec le monde à la suite du décès de sainte Théosébie — qui, depuis de longues années, d’épouse était devenue sa sœur et sa compagne spirituelle — et du départ pour Milan de l’empereur avec sa cour, saint Grégoire put enfin se consacrer pleinement à la vie spirituelle et à la direction des monastères fondés par saint Basile. Tout comme il avait poursuivi l’œuvre dogmatique et ecclésiastique de son frère, et avait complété certains de ses ouvrages exégétiques et théologiques, Grégoire paracheva l’œuvre monastique dont saint Basile avait été le fondateur, l’organisateur et le législateur, en rédigeant des traités mystiques d’une profondeur et d’une beauté croissant à mesure des années (Homélies sur le Cantique des cantiques, Vie de Moïse, Institution Chrétienne). On trouve là un exposé grandiose et audacieux de la doctrine spirituelle orthodoxe, la théologie mystique par excellence, mise en pratique dans le monachisme, et que Grégoire exprime dans les termes et les catégories éprouvés par les controverses dogmatiques.
Selon saint Grégoire, l’homme a été créé à l’image de Dieu, comme un reflet de ses perfections et tout spécialement de sa souveraine liberté. Tombé dans la corruption et revêtu des « tuniques de peaux » de la mortalité et des passions par un mauvais usage de cette liberté, il n’a pu être restauré dans sa condition première, entrer de nouveau en communion avec Dieu, et recouvrer sa dignité de prêtre et de roi de la création que par l’Incarnation du Christ. Adhérant par le baptême au Corps du Christ et faisant croître sans cesse la présence en lui du Seigneur, dans son âme par les saintes vertus et dans son corps par les sacrements, il peut désormais progresser à l’infini dans une union sans confusion avec le Dieu infini, en entraînant avec lui le genre humain et l’univers entier, qu’il transforme en Église. « Ainsi dans l’éternité du siècle sans fin, celui qui court vers Toi devient toujours plus grand et plus haut que lui-même, augmentant toujours par l’accroissement des grâces (…) ; mais comme ce qui est recherché ne comporte pas en soi de limite, le terme de ce qui est trouvé devient pour ceux qui montent le point de départ de la découverte de biens plus élevés. Et celui qui monte ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin ».
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de la Théophanie, ton 1
Lors de Ton baptême dans le Jourdain, Seigneur, fut manifestée l’adoration due à la Trinité : car la voix du Père Te rendit témoignage en Te donnant le nom de Fils bien-aimé, et l’Esprit, sous la forme d’une colombe, confirmait l’irréfragable vérité de cette parole. Christ Dieu qui es apparu et qui as illuminé le monde, gloire à Toi !
Tropaire de saint Grégoire de Nysse, ton 4
Dieu de nos Pères, * dont la clémence agit toujours envers nous, * n’éloigne pas de nous ta miséricorde, * mais par leurs supplications * gouverne notre vie dans la paix.
Tropaire de saint Théophane le Reclus, ton 8
Maître de l’Orthodoxie, docteur de la piété et de la pureté, ascète de Vycha, saint hiérarque Théophane sage en Dieu, tu as par tes écrits commenté la parole de Dieu et tu montras à tous les fidèles la voie du salut ; prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.
Tropaire de saint Antipas de Valaam, ton 3
Très-sage guide des moines, tu t’es montré comme un ange sur terre, saint et vénérable Père Antipas, tempérant la chair par l’impassibilité et illuminant le cœur des fidèles par l’éclat de tes vertus. C’est ainsi que tu devins un pur réceptacle de l’Esprit Saint, et dans les cieux tu as reçu de Dieu la récompense de tes labeurs ; prie-Le de nous accorder la grande miséricorde.
Kondakion de saint Grégoire de Nysse, ton 1
De ton âme tenant le regard éveillé, * au monde tu fus révélé comme un pasteur vigilant; * grâce au bâton de ta sagesse, Pontife bienheureux, * tu éloignas les hérésies comme des loups, * gardant ainsi sans dommage ton troupeau, * Grégoire, vénérable docteur.
Kondakion de saint Théophane le Reclus, ton 4
Éponyme de la Théophanie, ô saint hiérarque Théophane, tu illuminas par tes enseignements la multitude des fidèles, et tu te tiens maintenant avec les Anges devant le Trône de la sainte Trinité ; prie incessamment pour nous tous !
Kondakion de saint Antipas de Valaam, ton 4
Arrosant le froment de tes labeurs par les larmes de ta miséricorde, tu élevas une prière fructifiante, saint Père Antipas ; aussi souviens-toi de notre peuple, duquel tu es issu, ô bienheureux, et intercédant auprès de Dieu, protège-nous tous qui te chantons : Réjouis-toi, rejeton de la Moldavie, et amant de la vie érémitique.
Kondakion de la Théophanie, ton 4
Tu es apparu au monde en ce jour, Seigneur, et Ta lumière s’est manifestée à nous qui, Te connaissant, Te chantons : Tu es venu, Tu es apparu, Lumière inaccessible.
ÉPÎTRE DU JOUR
Col. I, 3-6
Nous rendons grâces à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, et nous ne cessons de prier pour vous, ayant été informés de votre foi en Jésus Christ et de votre charité pour tous les saints, à cause de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux, et que la parole de la vérité, la parole de l’Évangile vous a précédemment fait connaître. Il est au milieu de vous, et dans le monde entier ; il porte des fruits, et il va grandissant, comme c’est aussi le cas parmi vous, depuis le jour où vous avez entendu et connu la grâce de Dieu conformément à la vérité.
Ep VI, 10-17 (Samedi après la Théophanie)
Frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force. Revêtez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux maneuvres du Diable ; car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les principautés, les puissances, les princes de ce monde de ténèbres, les esprits du mal répandus dans les airs. C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour de malheur et tenir ferme après avoir tout surmonté. Tenez donc ferme, ayant pour ceinture la vérité, pour cuirasse la justice, pour chaussures le zèle à propager l’Evangile de paix ; par-dessus tout, prenant le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; prenez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu.
I Co II, 7-11 (S. Grégoire de Nysse)
Frères, nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre gloire, sagesse qu’aucun des chefs de ce siècle n’a connue, car, s’ils l’eussent connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire. Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l’oeil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu.
ÉVANGILE DU JOUR
Lc XVI, 10-15
Celui qui est fidèle dans les moindres choses l’est aussi dans les grandes, et celui qui est injuste dans les moindres choses l’est aussi dans les grandes. Si donc vous n’avez pas été fidèle dans les richesses injustes, qui vous confiera les véritables? Et si vous n’avez pas été fidèles dans ce qui est à autrui, qui vous donnera ce qui est à vous? Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. Les pharisiens, qui étaient avares, écoutaient aussi tout cela, et ils se moquaient de lui. Jésus leur dit: Vous, vous cherchez à paraître justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs; car ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu.
Mt IV, 1-11 (Samedi après la Théophanie)
Alors Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur, s’étant approché, lui dit: Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Jésus répondit: Il est écrit: L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le diable le transporta dans la ville sainte, le plaça sur le haut du temple, et lui dit: Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre. Jésus lui dit: Il est aussi écrit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu. Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit: Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Alors le diable le laissa. Et voici, des anges vinrent auprès de Jésus, et le servaient.
Mt X, 1, 5-8 (S. Grégoire de Nysse)
Jésus, ayant appelé ses douze disciples, leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs, et de guérir toute maladie et toute infirmité. Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné les instructions suivantes : n’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Allez, prêchez, et dites : Le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.