Grand Carême
Saint Cyrille, archevêque de Jérusalem (386) ; saints Trophime et Eucarpe, martyrs à Nicomédie (vers 300) ; saint Aninas, hiéromoine ; saint Léobard, reclus à Marmoutier (593) ; saint Tétric, évêque d’Auxerre (709) ; saint Mérole, évêque du Mans (vers 785) ; saints néo-martyrs de Russie : Démètre (Rozanov), prêtre ; Nathalie (Balkanova), moniale (1938).
SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM
Notre saint Père Cyrille naquit probablement à Jérusalem, vers 315, de parents pieux et orthodoxes. Il fut ordonné prêtre par l’archevêque saint Maxime qui le chargea de la formation des catéchumènes. Homme de paix, humble et doux, plus préoccupé de l’édification des fidèles que des interminables controverses doctrinales qui déchiraient l’Église après le Concile de Nicée, il évitait d’employer le mot « consubstantiel » (homoousios), mais partageait pleinement la foi orthodoxe. Cette réserve fit croire aux ariens qu’il était de leur parti et, lorsqu’à la mort de Maxime (347), il fut élu par le peuple pour lui succéder, Acace, le métropolite arien de Césarée de Palestine, dont dépendait alors Jérusalem, agréa l’élection et l’ordonna évêque. Mais il dut bientôt reconnaître amèrement sa méprise, car le nouvel évêque enseignait clairement la doctrine orthodoxe sur la divinité du Fils et Verbe de Dieu en expliquant le Symbole de foi aux catéchumènes dans ses Catéchèses baptismales. Tel le Bon Pasteur, il gouverna avec sagesse la Ville sainte qui, grâce aux constructions entreprises par saint Constantin le Grand, retrouvait une nouvelle gloire et attirait un grand nombre de pèlerins venus de toutes les extrémités du monde chrétien.
En 351, saint Cyrille fut témoin comme tous les habitants de l’apparition merveilleuse d’une immense Croix lumineuse dans le ciel, du Golgotha au Mont des Oliviers, et il écrivit à l’empereur Constance pour l’en informer. Il contribua aussi à l’organisation des fêtes et des processions dans les Lieux saints, qui deviendront le fondement de maintes fêtes générales de l’Église. Quelques années après, il présenta au métropolite de Césarée une requête, dans laquelle il demandait la reconnaissance des privilèges apostoliques de Jérusalem, que les Pères du Concile de Nicée avaient reconnus, mais sans les définir exactement. Cette revendication déclencha la haine d’Acace qui, sous prétexte qu’en temps de famine Cyrille avait vendu des vases sacrés et des ornements liturgiques de la basilique de la Résurrection pour nourrir les pauvres, le convoqua à son tribunal ecclésiastique, en vue de le condamner. Comme Cyrille ne se rendait pas à ses convocations réitérées, il le déposa et le fit expulser par la force de Jérusalem, en mettant à sa place un arien. Saint Cyrille fit appel, demandant que l’affaire soit soumise à une autorité ecclésiastique supérieure. En attendant, il trouva refuge à Tarse, en Cilicie, auprès de l’évêque Silvain. En dépit des menaces d’Acace, celui-ci l’accueillit fraternellement et lui demanda de prêcher au peuple qui l’écoutait avec enthousiasme, comme un homme vraiment apostolique. Le concile réuni à Séleucie en 359 lui rendit justice et déposa Acace. Mais la sentence n’eut pas le temps d’être mise à exécution, car le métropolite de Césarée, se précipitant à Constantinople, fit pression auprès de l’empereur Constance pour qu’il annule la décision du concile, et il fit confirmer la déposition de Cyrille par un conciliabule d’évêques ariens (360).
Lorsque, peu après, Julien l’Apostat prit le pouvoir, saint Cyrille put profiter des mesures de tolérance religieuse prises par l’empereur afin de préparer sa restauration du paganisme, et il rejoignit son siège avec tous les autres évêques exilés au temps de Constance. Mais ce ne fut que pour affronter de nouvelles tribulations. Incités par l’empereur, les païens de Gaza se soulevèrent alors contre les chrétiens, en faisant de nombreuses victimes, puis ils détruisirent le monastère de saint Hilarion [21 oct.] et dispersèrent ses moines. Comme l’Apostat voulait démontrer la fausseté des prophéties du Christ concernant la ruine définitive du Temple de Jérusalem (cf. Mt 24, 2), détruit par les Romains sous Tite, il permit aux Juifs de le reconstruire. Mais, conformément à la prédiction de saint Cyrille, les travaux furent bientôt arrêtés par un terrible tremblement de terre, qui renversa même les fondations de l’ancien Temple, et un feu, sortant des fondements, consuma certains ouvriers, en mutila d’autres, laissant à tous les marques les plus visibles de la colère divine.
Après la disparition de Julien (363), le calme étant rétabli, Cyrille put reprendre son œuvre pastorale et, à la mort d’Acace, il fit élire son neveu comme métropolite de Césarée. Mais, par leurs intrigues, les ariens convainquirent l’empereur Valens (364-378) de déposer le saint évêque de Jérusalem et de le condamner à un nouvel exil, ainsi que tous les autres évêques bannis sous Constance (367). À la mort de Valens, saint Cyrille put regagner son diocèse, au bout de douze ans d’absence, mais il eut la douleur de découvrir que certains orthodoxes, influencés par les calomnies des ariens, refusaient de le reconnaître comme leur évêque légitime et de communier avec lui. C’est pour cette raison que le Concile d’Antioche (379) envoya saint Grégoire de Nysse [10 janv.], pour rétablir la paix dans le diocèse de Jérusalem. Ayant échoué, celui-ci se retira découragé et plein de tristesse, laissant saint Cyrille affronter seul, avec foi et espérance, les divisions dans la Maison de Dieu. Il prit part au IIe Concile Œcuménique (381) réuni par l’empereur Théodose, et contribua à la condamnation définitive de l’arianisme et de ses diverses variantes. Au terme de ses sessions, le Concile reconnut solennellement les combats de l’évêque de Jérusalem pour la cause de l’Orthodoxie. De retour dans sa cité saint Cyrille put jouir pour peu de temps de la paix qu’il avait restaurée au prix de tant de labeurs, et il s’endormit en 386, après trente-cinq ans d’épiscopat, dont seize se passèrent en exil.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)
TROPAIRES ET KONDAKIA DU JOUR
Tropaire de saint Cyrille, ton 4
La justice de tes œuvres a fait de toi / pour ton troupeau une règle de foi, / un modèle de douceur, / un maître de tempérance; / c’est pourquoi tu as obtenu par ton humilité l’exaltation / et par ta pauvreté la richesse. / Cyrille, pontife sacré, / prie le Christ notre Dieu / de sauver nos âmes.
Kondakion de saint Cyrille, ton 1
Ta langue, sous la divine inspiration, / illumina les peuples, Père saint, / leur enseignant le culte de l’unique Trinité / indivise par nature, mais distinguée en trois personnes; / c’est pourquoi nous fêtons dans l’allégresse ta mémoire sacrée, / en te désignant comme intercesseur auprès de Dieu.
LECTURES DE L’ANCIEN TESTAMENT
Isaïe XLIX, 6-10
Et Il m’a dit : C’est déjà pour toi une grande chose d’être appelé mon serviteur, d’établir les tribus de Jacob et de ramener Israël dispersé ; mais voilà que Je t’ai choisi pour être l’alliance des races, la lumière des gentils, le salut de tous, jusqu’aux extrémités de la terre. Ainsi dit le Seigneur, qui t’a délivré, le Dieu d’Israël : Sanctifiez celui qui n’a pas épargné sa vie, et qui cependant est abominable parmi les nations esclaves des princes. Les rois le verront, les princes se lèveront devant lui, et ils l’adoreront pour l’amour du Seigneur; car le Saint d’Israël est fidèle; et Je t’ai choisi. Voici ce que dit encore le Seigneur : Au temps opportun, Je t’ai exaucé; au jour du salut, Je t’ai porté secours, Je t’ai formé, et Je t’ai choisi pour l’alliance des nations, pour l’apaisement de la terre, pour la possession d’héritages dépeuplés. Et tu diras à ceux qui sont dans les chaînes : Sortez ; et à ceux qui sont dans les ténèbres : Voyez la lumière. Et ils se repaîtront sur toutes les voies, et leur pâturage sera dans tous les sentiers. Ils ne sentiront ni la faim ni la soif; la chaleur ni le soleil ne les accableront; mais celui qui leur fait miséricorde les consolera; il les conduira à travers des sources d’eau vive.
Genèse XXXI, 3-16
Le Seigneur lui-même dit à Jacob : Retourne au pays de ton père, dans ta famille ; je serai avec toi. Aussitôt, Jacob envoya chercher Lia et Rachel dans la plaine où étaient les troupeaux, et il leur dit : Je vois que la face de votre père n’est pour moi ni comme hier, ni comme le jour précédent ; cependant le Dieu de mon père a été avec moi. Vous savez vous- mêmes que j’ai servi votre père de toutes mes forces. Néanmoins, il m’a trompé, et pendant dix portées d’agneaux, il a changé ma récompense, mais Dieu ne lui a pas permis de me faire tort. S’il disait : Les bigarrés seront ta récompense, toutes les brebis produisaient des rejetons bigarrés, s’il disait, au contraire ; Les blancs seront ton salaire, toutes les brebis produisaient des rejetons blancs. Le Seigneur a enlevé ainsi tout le bétail de votre père, pour me le donner. Voici ce qui est arrivé : Lorsque les mères concevaient, j’eus pendant mon sommeil une vision ; je vis que les béliers et les boucs couvrant les brebis et les chèvres étaient blancs-mêlés, bigarrés et cendrés. Et, pendant mon sommeil, l’ange du Seigneur m’a dit: Jacob ; et j’ai répondu : Qu’y a-t-il ? L’ange m’a dit : Lève les yeux, vois les boucs et les béliers couvrant les chèvres et les brebis ; ils sont blancs-mêlés, bigarrés et cendrés. J’ai vu tout ce que te fait Laban. Je suis le Dieu qui t’apparut en la demeure de Dieu, où tu as oint pour moi une colonne, et où tu m’as fait un vœu. Maintenant donc, lève-toi et pars de cette terre ; retourne au pays où tu es né, et Je serai avec toi. Rachel et Lia lui diront : Est-ce que nous avons encore une part ou un héritage en la maison de notre père ? Ne nous a-t-il pas traitées en étrangères ? Il nous a vendues, et il a dévoré avec avidité l’argent qu’il avait retiré de nous. Que toute la richesse, toute la gloire que Dieu a enlevées à notre père, soient à nous et à nos enfants ; maintenant donc fais tout ce que Dieu t’a dit.
Proverbes XXI, 3-21
Faire des choses justes et dire la vérité est plus agréable au Seigneur que le sang des victimes. Le cœur de l’audacieux est superbe dans son insolence ; la lampe des impies est le péché. Amasser des trésors avec une langue trompeuse, c’est poursuivre des vanités sur les filets de la mort. La destruction habitera avec les impies, parce qu’ils ne veulent pas pratiquer la justice. Devant les hommes tortueux Dieu place des voies tortueuses ; car Ses œuvres sont droites et pures. Mieux vaut demeurer dans un carrefour en plein air, que dans une grande maison bien crépie avec l’iniquité. Nul homme ne sera miséricordieux pour l’âme des impies. La punition de l’intempérant rend l’innocent plus réfléchi ; l’homme sage et intelligent en reçoit une leçon. Le juste pénètre le cœur des impies, et les méprise à cause de leur malice. Celui qui ferme l’oreille au cri du faible criera lui-même, et nul ne l’écoutera. Un don secret détourne les colères ; celui qui épargne les présents excite de violents courroux. La joie du juste est de faire justice ; le saint n’est pas pur aux yeux des méchants. L’homme qui s’égare loin des voies de la justice se reposera dans l’assemblée des géants. L’indigent aime la joie ; il désire le vin et l’huile en abondance. Les déréglés sont en abomination aux justes. Mieux vaut habiter le désert qu’avec une femme bavarde, irrascible et querelleuse. Un trésor désirable reposera sur la bouche du sage ; mais les insensés le dévorent. Les voies de la justice et de la miséricorde conduisent à la vie et à la gloire.