Le 31 juillet 2019, à l’Institut panrusse de recherche scientifique en physique expérimentale à Sarov a eu lieu une réunion du patriarche Cyrille avec des scientifiques, des hommes politiques et des personnalités publiques sur le thème « Construire une nouvelle réalité : technologies de pointe et renouveau spirituel ».

Allocution du patriarche de Moscou Cyrille à l’occasion de sa rencontre avec les savants de l’Institut panrusse de recherche scientifique de Sarov
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À cette occasion, le patriarche russe s’est adressé aux participants par l’allocution suivante :

« Chers participants à la réunion, je voudrais vous saluer cordialement. Ce n’est pas ma première rencontre avec la communauté des scientifiques de Sarov. Je me souviens des années 90, très difficiles pour notre pays, lorsqu’ici à Sarov, avec la participation active des scientifiques et de l’Église, a surgi l’idée d’unir nos efforts et de faire tout ce qui était possible pour mettre un terme aux processus les plus difficiles qui se sont déroulés dans notre pays. Presque tous les secteurs de la vie nationale s’étaient alors dégradés, mais la plus terrible des dégradations a menacé la communauté scientifique. Je me souviens bien de ces moments où les gens ne recevaient pas de salaire, où nos scientifiques exceptionnels étaient dans une situation difficile, et je m’incline devant vous, ainsi que devant ceux qui étaient avant vous et qui n’ont pas quitté leur poste de combat dans les moments les plus difficiles. Il est difficile d’imaginer ce qui serait advenu à notre État, à notre sécurité, si des scientifiques – merveilleux, exceptionnels, de grands scientifiques qui travaillaient pour assurer la sécurité du pays – avaient abandonné leur poste parce qu’on leur avait coupé les vivres. Telles furent les conditions dans lesquelles nous vivions. Par conséquent, l’expérience que j’ai acquise grâce la collaboration avec votre communauté à ce moment très difficile restera toujours dans ma mémoire.

C’est avec la communauté scientifique et en particulier avec les spécialistes du centre nucléaire de Sarov que l’Église a noué des relations étroites au cours des années difficiles 90. Ce ne fut probablement pas une coïncidence, car les scientifiques devenaient conscients de leur responsabilité particulière pour la sécurité du pays, pour son existence même, tout comme l’Église réalisait sa responsabilité particulière pour la préservation du peuple, pour la préservation du pays, pour la sécurité spirituelle de la Patrie.

Le Centre nucléaire fédéral russe est sans exagération l’un des centres les plus importants de notre pays. Il participe activement, avec d’autres institutions scientifiques, à la protection directe de la sécurité de la Russie. Vos succès impressionnants dans le domaine de la création de nouveaux moyens de défense sont connus non seulement dans notre pays, mais également au-delà de ses frontières – dans la mesure où cette renommée ne peut nuire à notre sécurité.

Je suis heureux de pouvoir m’adresser à une communauté scientifique et si représentative et de partager certaines de mes pensées. En règle générale, les discours publics des responsables sont censés apporter des réponses globales à des questions non moins globales. J’aimerais m’éloigner un peu de ce stéréotype et aujourd’hui, je ne vais pas vous dire, chers universitaires et professeurs, comment tout devrait être, mais simplement partager la douleur de mon cœur – de la même façon que je l’ai partagée avec vous dans les années 90.

Quand les gens ne se sont pas vus depuis longtemps et se sont soudainement rencontrés, ils se posent généralement la question suivante : comment allez-vous, tout est-il en ordre ? Et aujourd’hui, je souhaite adresser cette question à toutes les personnes présentes dans la salle : allons-nous bien ? Et ce n’est pas un signe rituel de politesse, mais une question de fond, que j’appellerais même existentielle. Est-ce que tout est en ordre avec nous en tant que personnes ? Est-ce que tout est en ordre bien avec nous en tant que citoyens de Russie ?

Et que veut dire la question :  tout est en ordre ? Il existe une définition très simple : l’ordre, c’est quand tout est en place. L’ordre, en effet, est impossible là où la place pour toute chose, tout phénomène, tout événement de la vie n’est pas définie.

Au cours des siècles, l’une des fonctions les plus importantes de la religion dans la société a été précisément l’affirmation de l’un ou l’autre des principes à partir desquels il a été déterminé ce qui est approprié, correct, acceptable, inadéquat, erroné et coupable. La religion, en effet, affirmant les vérités inébranlables de la foi, agissait comme une institution doctrinale, sur laquelle reposaient la science, la philosophie, la politique et la culture dans son ensemble.

Qu’avons-nous aujourd’hui ? Nous avons la destruction du mode de vie sociale traditionnel, qui a commencé au tournant des XIXe et XXe siècles. En ce moment, il semble que cette destruction ait atteint son apogée. Ce mode de vie, en tant que mise en ordre de l’existence qui avait été adopté par la société, est définitivement rejeté.

Pour s’en rendre compte, il suffit de se promener dans une des rues d’une ville moderne et de voir la diversité colorée des styles, des approches et des visions des auteurs. Quel contraste saisissant, par exemple, avec n’importe quelle architecture ancienne, ou bien avec le style architectural du Nord de la Russie! Mais nos maisons sont des idées, des esprits et des cœurs matérialisés. Est-ce que tout en ordre avec nous ? Nous pouvons parler longtemps de quelle époque nous vivons – moderne, postmoderne, nouveau conservatisme ou autre chose. Mais une chose est sûre : il n’existe plus d’autorité doctrinale. Et non pas parce qu’elle a disparu quelque part, il s’agit d’autre chose ! Dans la conscience publique, le nombre de vérités sans équivoque et communément acceptées a considérablement diminué. En ce qui concerne presque n’importe quelle affirmation – qu’elle soit liée à l’histoire, au style de vie, à l’idéologie, ou à n’importe quelle autre chose – on peut entendre: « Il y a une autre opinion. » Et moi, en tant que primat de l’Église russe, témoigne amèrement : il est de plus en plus difficile de parler chaque année des vérités éternelles, précisément parce que le canal auditif de nos contemporains devient de plus en plus étroit. Il semblerait qu’aujourd’hui, nous sont ouvertes les possibilités les plus larges de transmettre, de différentes façons aux gens les paroles vivantes des vérités divines, dont s’inspiraient pendant des millénaires les écrivains, les artistes, les penseurs et même les hommes les plus simples. Les fruits de la révolution technologique de l’information ont offert des possibilités sans précédent. C’est vraiment ainsi. Ce sont des opportunités complètement nouvelles. Mais pour une raison quelconque, les gens ne se sont pas mis pour autant à mieux entendre. Mieux parler, oui, mais on s’est mis à plus mal entendre. Et ce qui est, peut-être, le plus complexe et dangereux est que les gens ont commencé à entendre de plus en plus mal ce qui est le plus important.

Ne sommes-nous pas responsables, chacun dans notre domaine, pour une raison quelconque, d’avoir négligé un virage très important, au-delà duquel notre traîneau est devenu incontrôlable et s’est précipité de la montagne? Comme le dit notre professeur contemporain S.S. Khoroujy, l’homme s’est mis en mouvement, mais cette mutation profonde est-elle accidentelle? Avons-nous une échelle fiable grâce à laquelle il serait possible d’évaluer et en évaluant, de corriger?

Déjà dans la première moitié du XXe siècle, le célèbre philosophe Alexeï Fedorovich Lossev, dans son ouvrage intitulé «La dialectique du mythe», réfléchissait sur le sens de la religion, et notait: «La religion est avant tout un certain genre de vie. Ce n’est pas une vision du monde, même si cette vision du monde était aussi religieuse et mystique que possible, ni morale, même si c’était la morale la plus haute et, de plus, la plus religieuse, ni le sentiment et l’esthétique, même si ce sentiment était le plus ardent et que cette esthétique était totalement mystique ». Qu’est-ce que la religion alors? «La religion est la réalisation de la vision du monde, la substantialité matérielle de la morale, l’affirmation réelle du sentiment, et cette réalisation est multiple et, avant tout, purement corporelle, la substantialité est multiple et, avant tout, perceptible physiologiquement. Il n’y a pas de religion sans corps, car le corps est un certain état de l’âme, comme l’âme est un certain état d’esprit; et le destin de l’esprit est le destin de l’âme et le destin de l’âme est le destin du corps »(AF Lossev,« Dialectique du mythe ». Section 8). C’est la réflexion que nous propose le grand philosophe. Résumant cette idée par rapport à notre sujet, je dirai ceci: tous ces processus ambigus associés au développement spasmodique de l’information et d’autres technologies ne reflètent que l’état particulier de l’esprit humain qui tente de se réaliser, souvent au mépris de la religiosité en tant que telle, voire au mépris de toute idée.

Nous sommes des témoins vivants de la naissance d’un nouveau mythe, le mythe du transhumanisme, qui reflète la foi dans la valeur intrinsèque du progrès scientifique et technologique. Ce mythe s’empare de plus en plus des esprits, cette idéologie s’infiltre dans toutes les couches de la culture – cinéma, littérature, jeux informatiques. L’idée que c’est seulement grâce à la technologie que nous pourrons vaincre la mort et la maladie, l’injustice sociale et la faim, même les troubles mentaux, s’avère trop attrayante pour les gens, en premier lieu ceux pour qui la foi en Dieu n’existe pas. Les gens sont prêts à croire aux offres fantastiques les plus absurdes – c’est là le prix de ce profond dérangement psychique, cette désorientation, cette perte de goût pour la vérité.

Je ne le dis pas cela du tout pour diminuer d’une manière ou d’une autre l’importance des découvertes scientifiques, du développement technologique, des réalisations technologiques – pas du tout. Ce n’est pas un hasard si la civilisation chrétienne européenne est devenue le berceau du progrès scientifique et technologique, dont le monde entier tire les fruits. Mais voilà ce dont il s’agit. Une mutation tragique du centre d’attention des questions essentielles vers l’enthousiasme technologique n’est-il pas évident aujourd’hui? Ne sommes-nous pas en train de passer du sujet du processus à son objet, à partir duquel il suffit de respecter les algorithmes de comportement calculés par les machines pour soutenir efficacement la société de consommation? N’avons-nous pas arraché, emportés par les horizons séduisants de nouvelles perspectives, le fil de sécurité qui nous reliait avec nous, avec simplement les gens?

Je voudrais m’adresser à vous, hommes de science, avec cette question: à quel point reconnaissons-nous la limite entre la réalité de ce monde et la réalité artificielle? Entre le monde de la parole vivante et le monde des chiffres binaires? À quel point comprenons-nous clairement les conséquences de tout cela, pour ainsi dire, de l’intervention numérique dans nos vies?

Oui, nous pouvons aujourd’hui obtenir des centaines, des milliers de photos en appuyant simplement sur un bouton. Mais pourquoi les photos anciennes, analogiques et à copie unique, sont-elles infiniment plus chères que les photographies numériques – celles qui se trouvent dans nos boîtes et les albums qui ont été stockés dans la maison de nos parents et qui se sont retrouvées chez nous? Oui, le courrier électronique et la messagerie instantanée ont transformé le monde en un grand espace numérique sans frontières. Mais : où la joie a-t-elle disparu lorsque l’enveloppe tant attendue avec la lettre souhaitée arrive? Oui, aujourd’hui, même une carte postale ordinaire est déjà une rareté. Mais quel souvenir de notre vie actuelle laisserons-nous à la postérité? Sous forme d’archives de courrier électronique, des centaines de milliers de prises entre des cas et des photographies non assemblées? Quand je vois des gens se prendre eux-mêmes en photo, cela me semble terrible. Cela n’est jamais arrivé! Qu’y a-t-il derrière cela? Je suis au centre du monde et il n’y a rien autour de moi? Je me photographie à l’aide de cette tige et il y a derrière, par exemple, la cathédrale Saint-Isaac. La cathédrale Saint-Isaac, c’est une décoration, et moi, je suis la chose la plus importante!

Ainsi, ces mêmes centaines de milliers de photographies interchangeables et non assemblées, les comptes de réseaux sociaux gelés avec notre départ, constituent une substitution astucieuse et laide des journaux intimes d’autrefois. Il n’y a plus aucun journal intime, il y a des réseaux sociaux. Les enfants modernes ne comprennent sincèrement pas pourquoi ils lisent des livres quand il y a des vidéos sur YouTube sur tout. Une proposition d’écrire une lettre à la main peut provoquer une stupeur profonde. «Comment cela se fait-il ?» demande l’enfant à maman ou à papa. La principale chose qui préoccupe la personne qui quitte son domicile est de savoir s’il a oublié son smartphone, Dieu nous en préserve!

Je donne tous ces exemples dans un seul but: rappeler à quel point le monde a changé au cours des dernières décennies. L’intensité de ces changements ne cesse de croître. Pouvons-nous honnêtement admettre que ces changements ne nous alarment pas et ne nous effraient pas? Beaucoup de changements résultent des progrès technologiques, mais devrions-nous tous les accepter innocemment et devrions-nous tout applaudir? Ne devons-nous pas évaluer de manière critique certaines des conséquences de ces progrès?

Nous, hommes de foi, ne pouvons sans vous, hommes de science, répondre à cette question vitale: pourquoi et comment les technologies se transforment d’assistants en occupants? Pourquoi et comment les technologies commencent-elles à jouer un rôle qui n’est pas le leur ? Nous avons besoin d’une interaction non officielle, non formelle, mais profonde entre religion et science. Non pas dans le but d’éliminer des contradictions fictives, ce qui était au centre des préoccupations du XIXe et surtout du XXe siècle – quel était le rapport entre science et religion, etc. Nous en parlions dans ces salles à l’époque et je pense que tout cela appartient au passé.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle tâche: aider l’homme, par des efforts communs, à préserver son humanité dans un monde technogénique en rapide mutation. En tant que personnes à la pointe de la science, vous savez mieux que moi ce qu’il adviendra de la technologie, et donc de tous les domaines de notre vie au cours des prochaines décennies. Je peux supposer que cet horizon de planification est même trop éloigné et que des changements importants nous attendent beaucoup plus tôt. Pensons ensemble, chacun pour notre part, à ce qui nous aide aujourd’hui à préserver le visage humain, à ce qui nous prive au contraire de cette opportunité, à ce qui nous aide à préserver notre âme, ce qui est le plus intérieur en nous, caché, ce qui jusqu’à présent vit non pas par les lois que définit le monde extérieur, mais selon certaines lois intérieures, dont la principale est le concept de sentiment moral que la science ne peut expliquer.

Où est la limite entre la nécessité du contrôle de l’État sur la vie des citoyens et la violation des droits constitutionnels à la liberté? En prenant pour exemple d’autres pays, nous avons aujourd’hui déjà une idée claire et non fantaisiste de la rapidité avec laquelle il est possible de mettre en place un système de contrôle totalitaire sur chaque résident, de créer son profil numérique et d’obtenir un contrôle pratiquement illimité sur sa vie. Mais cela augmente-t-il le degré d’humanité dans la société ou, au contraire, le ramène-t-il à un niveau extrêmement bas? Ce sont toutes des questions très complexes auxquelles nous n’avons pas de réponses définitives aujourd’hui. Je ne veux pas être alarmiste, mais sans réponses à ces questions importantes et complexes, peut-être les plus importantes d’aujourd’hui, il sera extrêmement difficile de véritablement avancer dans le futur.

En conclusion, permettez-moi de partager quelques réflexions autour desquelles il me semble que l’on pourrait mener une discussion entre la science et la foi chrétienne. Premièrement : les découvertes modernes de la neurophysiologie poussent certains interprètes à affirmer qu’une certaine partie du cerveau contient des idées religieuses. Sommes-nous prêts à admettre que tout ce qui est le plus élevé, inspirant, beau, créé par l’homme dans toute son histoire n’est le résultat que de processus électrochimiques fortuits du système limbique et du lobe temporal du cortex cérébral? Qu’il n’y a pas d’amour, pas de sacrifice, pas de trahison, pas d’honneur, pas de déshonneur – tout cela n’est qu’une configuration en constante évolution de l’activité cérébrale? Où est la personnalité ? Est-ce le seul reflet externe de cette configuration? Que représentent alors notre culture, l’art, toutes nos souffrances, joies, expériences? Tout cela est-il au niveau de la chimie, comme on le dit maintenant? Je frémis à la façon dont les gens qui s’aiment diraient: « La chimie est née entre nous. » Pas l’amour, mais « la chimie » a surgi.

Il y a plus de cent ans, Pyotr Evgenievich Astafyev, philosophe slavophile peu connu (très célèbre pour nous, mais totalement inconnu de la société) a écrit : « Plus l’homme contemporain a tout ce qu’il cherche, tout ce qui le préoccupe, tout ce qui absorbe tous les intérêts de son âme – plus il est mécontent. Plus il accumule entre ses mains les moyens de réaliser le bonheur qu’il recherche, plus il est malheureux. Plus sa richesse augmente, plus il ressent la lourdeur de son indigence ».

Quelle est la raison de cette contradiction? La mise en œuvre insuffisante de la tâche fixée au progrès ou la formulation incorrecte de la tâche elle-même? Le temps est peut-être venu d’une révision radicale de la place et de la signification des sciences humaines dirigées sur l’homme lui-même, de la religion et de l’art, sans l’implication desquelles dans l’interprétation des processus en cours est inévitable la catastrophe de la déshumanisation. De cette discussion traditionnelle même « science – religion », « compatible – incompatible », « Dieu existe ou non », « peut-on parler le même langage ou ne peut pas le faire » – il est temps de passer à l’interprétation, à l’interprétation commune d’autres processus et d’autres problèmes. En effet, la catastrophe de la déshumanisation humaine est-elle inévitable?

Voici le champ de notre interaction aujourd’hui. On peut suivre l’évolution historique de l’image que l’homme à de soi, depuis l’apparition de l’écriture jusqu’à nos jours. C’est en soi intéressant et instructif. Mais il est important que ce soit précisément le christianisme qui montre aux gens ce que pense de la véritable humanité Celui qui a créé l’homme, c’est-à-dire Dieu, comment Dieu, en général, considère l’homme. Ce n’est pas une belle idée ou une bonne formule – c’est un message sur la vie qui était en Dieu et qui nous a été manifesté, comme cela se trouve dans la première épître de l’apôtre Jean le théologien. Le Christ entre dans un monde embourbé dans les vices, non pas en tant que révolutionnaire, ni en tant que législateur, mais en tant que vainqueur du péché. Les Saints Pères L’appelèrent le nouvel Adam, l’ancêtre d’une humanité renouvelée. Pendant des siècles, c’est à Son image, celle du Christ, que l’humanité a été assimilée.

Aujourd’hui, l’idéal de société est plutôt l’antipode complet du Christ – une sorte de super-héros doté de super pouvoirs, intégré à l’environnement électronique. Mais demandons-nous: comment peut-on ne pas trahir le Christ, lorsque l’on est emporté par les idées de dépasser ce qui est humain? Le développement de l’interface neuronale entraînera-t-il un effondrement profond de nos idées profondes sur les limites de l’humain?

«Tout m’est permis, dit l’apôtre Paul, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit» (1 Cor. 6:12). Diverses dépendances, parmi lesquelles nombreuses sont celles qui ne sont pas chimiques sont apparues et constituent l’un des sujets les plus importants de la psychothérapie actuelle. Mais le meilleur traitement est la prévention. Pourquoi nous tous ensemble, scientifiques et théologiens, n’élaborerions-nous pas une sorte de code de sécurité qui, de façon simple et abordable, mais bien argumentée, décrirait un mode de vie sain et non destructif pour l’homme moderne? N’est-il pas temps d’appliquer tout le riche arsenal de la pratique ascétique chrétienne aux réalités d’aujourd’hui? Et montrer comment on peut ne pas égarer ce qui est humain dans la nature sauvage des espaces virtuels, des jeux en réseau, des réseaux sociaux et de la messagerie instantanée? Peut-être est-il temps de passer à un travail de routine, mais très nécessaire, d’interprétation et de mise en ordre de tous les fruits que nous ont apportés les technologies des dernières décennies ?

J’ai peut-être posé trop de questions. Mais excusez-moi, nous ne nous rencontrons pas chaque année. J’apprécie vraiment l’opportunité de rencontrer la communauté scientifique de Sarov, c’est pourquoi je répands tout ce qui a été accumulé, on ne peut pas parler de tout cela devant d’autres auditoires aussi calmement qu’ici. Mais toutes ces questions sont à la surface, et si nous ne faisons pas un effort, chacun pour sa part, nous risquons de laisser un triste héritage à nos descendants. Reste à savoir s’ils pourront y faire face par eux-mêmes. Cette question reste ouverte.

En conclusion, je voudrais apporter une pensée du plus grand théologien de l’Église orthodoxe du IVe siècle, saint Athanase le Grand, d’Alexandrie. Bien avant la découverte de la neurophysiologie, il a comparé le cerveau humain à une lyre qui, si elle est désaccordée, ne pourra être utilisée par aucun musicien, même génial. Saint Athanase, décrivant les propriétés de l’âme humaine, était convaincu que l’esprit humain et les sentiments corporels n’étaient pas la même chose: «Cela peut être comparé à une lyre bien accordée entre les mains d’un musicien. Chaque corde produit son propre son, mais juger de leur accord, les accorder, nul ne peut le faire si ce n’est un expert. La même chose se produit avec les sentiments accordés dans le corps, comme une lyre, quand ils sont dirigés par l’esprit spirituel ». Si nous désapprenons définitivement comment accorder les cordes de l’âme de la bonne manière, aucun espace virtuel, aucune interface neuronale ni les robots les plus modernes ne joueront notre partition humaine à notre place. Cela n’est donné à aucune machine. J’espère sincèrement que le dialogue entre l’Église et la communauté scientifique que vous représentez ici aujourd’hui se poursuivra à l’avenir, non seulement pour le bien de notre patrie, mais aussi, en général, pour le bien de l’homme. Merci pour votre attention ».

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