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249162_528102843938467_1398776085_nUn colloque ayant pour thème « Vatican II et l’Église orthodoxe » a été organisé par l’Institut d’études supérieures en théologie orthodoxe, en collaboration avec la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, les 17 et 18 octobre, au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy/Genève. Faisant partie d’un grand nombre de célébrations organisées à l’occasion du cinquantenaire de la convocation de ce concile majeur de l’Église catholique romaine qui fut déterminant pour sa vie interne et ses relations avec les autres Églises et le monde, ce colloque était le premier à étudier la contribution particulière et l’influence des théologiens orthodoxes et à mesurer son importance pour le rapprochement entre les deux Églises. Dans son message envoyé pour l’ouverture du colloque, sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomée a félicité l’Institut « pour l’initiative digne de louange de l’organisation […de cette] réunion théologique importante », et en mesurant l’importante contribution du concile Vatican II au rapprochement des Église, a rappelé que « la véritable théologie n’est pas défensive, n’a pas peur du dialogue » mais que tout au contraire « elle le recherche et le développe », car la relation entre la fidélité à la tradition et l’ouverture au monde contemporain « est une garantie de l’authenticité du travail théologique ».

C’est dans cet esprit que furent menés les travaux de ce colloque réunissant des théologiens orthodoxes et catholiques de grande envergure, et organisé en plusieurs sessions couvrant divers thèmes évoqués par le concile Vatican II, en relation avec l’Église orthodoxe. Dans son discours introductif, le métropolite Jérémie de Suisse insista sur la nouveauté que représente Vatican II pour l’Église catholique romaine dans sa relation avec l’Église orthodoxe et avec les communautés protestantes, et l’importance capitale, en ce domaine, de la constitution sur l’Église (Lumen gentium) et du décret sur l’œcuménisme (Unitatis redintegratio).

Puisque la contribution majeure de Vatican II fut justement l’ouverture de l’Église catholique-romaine vers les autres Églises et le mouvement œcuménique, plusieurs communications traitèrent de cet aspect du concile. Le métropolite doyen du Patriarcat œcuménique Athanase de Chalcédoine présenta les gestes spectaculaires des Église de Rome et de Constantinople à propos de l’unité de chrétiens depuis la convocation du concile Vatican II. Georges Lemopoulos, secrétaire adjoint du Conseil œcuménique des Églises (COE), traita des relations de l’Église catholique romaine avec le COE qui se tissèrent depuis Vatican II, et sa participation active dans la commission « Foi et constitution ».

Mme le professeur Dagmar Heller, de la Commission Foi et constitution et de l’Institut œcuménique de Bossey, montra de son côté en quoi Vatican II avait transformé les relations de l’Église catholique-romaine avec les Églises de la Réforme, ce qui avait permis d’entreprendre un dialogue théologique bilatéral qui abouti, entre autres, à la déclaration commune sur la justification par la foi. C’est dans cet esprit que Mgr Claude Ducarroz de la cathédrale de Fribourg présenta le document du groupe des Dombes entre catholiques et protestants sur « Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints ». Mme le professeur Astrid Kaptijn se pencha sur la contribution des Églises catholiques orientales à Vatican II, qui fut pour elles l’occasion de se faire entendre, en se concentrant principalement sur le décret sur les Églises catholiques orientales et le nouveau Code de droit canonique oriental.

Vatican II entraîna aussi l’ouverture de l’Église catholique au monde. C’est pourquoi le professeur Constantin Delikostantis de l’Institut se pencha sur la question des droits de l’homme, et a montré comment l’Église catholique a fini par accepter les droits de l’homme comme dimension centrale de son témoignage pour le monde, oubliant le contexte anticlérical et athée de leur rédaction et promulgation originale. Le professeur s’est référé à la place des droits de l’homme et s’interrogea sur leur place dans la doctrine sociale de l’Église orthodoxe contemporaine et aux tensions entre la liberté moderne et la liberté chrétienne. Les trois générations des droits de l’homme se manifestent comme une évolution des principes de la liberté vers l’égalité et de l’égalité vers la fraternité ou la solidarité.

Puisque l’œuvre majeure du concile Vatican II est la constitution sur l’Église Lumen gentium, une grande partie du colloque fut consacrée aux questions ecclésiologiques et canoniques. Mgr Charles Morerod, évêque catholique de Lausanne, Genève et Fribourg, traita la notion des Églises sœurs rendue possible par Vatican II et des diverses interprétations que cette notion peut avoir, tout comme l’expression « subsistit in » de Lumen gentium lorsqu’il est dit que l’Église une se trouve dans l’Église catholique romaine, tout en reconnaissant la sacramentalité des communautés chrétiennes ne se trouvant pas à son sein, et spécialement de l’Église orthodoxe. Cette notion pause aussi la question des limites de l’Église qui, à partir des limites canoniques de l’Église catholique romaine, furent élargies, par l’œuvre de Vatican II, à des limites charismatiques.

C’est le sujet qui fut traité par le professeur Joseph Famérée, doyen de la Faculté de théologie de l’Université de Louvain, qui présenta dans une étude comparée la contribution de Lumen gentium (1964) et les réflexions du théologien orthodoxe Georges Florovsky dans un article pionnier sur les limites de l’Église publié en 1933. Le professeur Hervé Legrand de l’Institut catholique de Paris offrit une contribution majeure aux travaux du colloque en montrant comment le contexte et le sens originel de la primauté et de l’infaillibilité papale, tels que défini par le concile Vatican I, furent revus et rééquilibrés par le concile Vatican II, et en soulignant comment on était malheureusement revenu, durant le pontificat du pape Jean-Paul II, à une interprétation maximaliste de ces définitions. Le père Eric Besson du Studium de droit canonique de Lyon fit une présentation sur la compréhension et la mise en œuvre de la synodalité en Orient et en Occident, au sein des Églises orthodoxe et catholique romaine.

Le professeur Vlassios Phidas de l’Institut, insista sur la signification de la levée des anathèmes de 1054, en 1965, du point de vue canonique, et rappela que les relations des Églises orthodoxe et catholique-romaine reviennent à la situation du schisme des deux Serge (1014), c’est-à-dire que celles-ci ne se trouvent plus depuis lors dans un état de schisme accompli, mais seulement dans une rupture de communion (akoinonésia), ce qui ouvre la perspective d’un dialogue théologique bilatéral entre elles, qui peut mener vers le rétablissement de la communion ecclésiale. Le professeur Job Getcha a quant a lui montré comment le mouvement liturgique de l’Église catholique romaine d’une part, et la contribution des théologiens orthodoxes de l’Institut Saint-Serge, dont Nicolas Afanassieff, ainsi que la participation active des observateurs orthodoxes à Vatican II d’autre part, ont contribué à ce que Vatican II adopte une « ecclésiologie eucharistique » mettant en relation l’Église avec l’eucharistie tant dans son décret sur la liturgie (Sacrosanctum concilium) que dans Lumen gentium. Ce faisant, Vatican II a permis pu élargir les limites de l’Église et rentrer en dialogue avec les autres chrétiens, lequel se trouvait facilité en parlant « d’ecclésiologie de communion ».

La réforme liturgique promulguée par le concile dans Sacrosanctum concilium fut également traitée par le colloque. Le frère Isaia Gazolla, de l’Institut supérieur de liturgie de l’Institut catholique de Paris, présenta les grandes étapes de la réforme liturgique qui culmina sur la sur l’édition du nouvel Ordo missæ en 1969 et où l’on observe une influence incontestable des richesses de l’Orient chrétien : il insista en particulier sur l’importance qui y est accordée à l’Écriture sainte, à la prédication, à la prière universelle (synapties, ecténies), à la communion sous les deux espèces et à la concélébration à la messe. Le père Michel Mallèvre, directeur du Centre Istina et rédacteur en chef de cette revue, souligna l’accent  accordé par la réforme liturgique aux deux pôles de la liturgie que sont la parole et les sacrements, en  rappelant que l’unité de la parole et du sacrement avait fini par effacer au concile la peur qu’on éprouvait parfois à mettre au même niveau la table de la parole et la table eucharistique, qui toutes deux, nourrissent les chrétiens. Le père Nicolas Ozoline, doyen de l’Institut Saint-Serge à Paris, a quant à lui regretté lors de sa communication que l’icône ait été la grande oubliée du concile et de cette réforme liturgique.

Comme l’ont rappelé le patriarche œcuménique Bartholomée dans son message et le métropolite Jérémie de Suisse dans son discours introductif, Vatican II eut lieu au même moment où l’Église orthodoxe commençait à préparer son saint et grand concile. C’est pourquoi la question de la préparation du saint et grand concile de l’Église orthodoxe fut évoquée à de nombreuses reprises durant les travaux du colloque. Noël Ruffieux, de Fribourg, essaya d’esquisser dans sa communication en quoi l’Église orthodoxe pouvait tirer parti de ce concile pour son propre concile, en se penchant, comme sur un modèle, sur les questions de leur préparation, leur constitution, et leur réception.

1378160_527472360668182_541364108_nEn conclusion du colloque, plusieurs intervenants ont souligné leur joie d’avoir participé au colloque qui a montré que Vatican II a créé un espace de confiance et les dialogue entre les Églises après plusieurs siècles de virulente polémique. En ce sens, Vatican II fut véritablement un événement historique pour l’ensemble de la chrétienté, car il marque le début d’un rapprochement entre chrétiens. Ce processus est certes long et exige de notre part de la patience, mais il permet de mieux nous connaître mutuellement et de porter un regard critique sur soi-même. Le fait de vivre ensemble permet de se découvrir tel que nous sommes et prendre le temps de s’expliquer sur les malentendus sur la base de tradition commune des premiers siècles. 

Source (avec photographies): Institut d’études supérieures en théologie orthodoxe

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À propos de l'auteur

Christophe Levalois

Christophe Levalois

Professeur d'histoire et de géographie, auteur, derniers ouvrages parus : "La royauté et le sacré" (Cerf, 2016) ; "Le christianisme orthodoxe face aux défis de la société occidentale" (Cerf, 2018).

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