Homélie du père Placide (Deseille) pour le dimanche du Paralytique
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En ce temps de Pâques, après avoir célébré deux dimanches où nous chantions des textes liturgiques et entendions lire des récits évangéliques qui insistaient sur le témoignage porté par les apôtres à la Résurrection du Christ, nous commençons aujourd’hui une autre série de lectures des Évangiles, qui conviennent elles aussi parfaitement au temps de Pâques, mais qui ont un caractère un peu différent, en ce qu’ils vont insister particulièrement sur le mystère de l’eau, sur le sens symbolique de l’eau, en nous rappelant que ce temps pascal est le temps qui fait suite aux baptêmes administrés à Pâques. Et cela vaut pour chacun d’entre nous, car ce temps pascal est comme un mémorial de notre propre baptême, par lequel nous avons été initiés à la vie dans le Christ, par lequel nous avons été plongés dans la mort du Christ et ressuscités avec lui.

Aujourd’hui, nous venons d’entendre lire le récit de la guérison du paralytique qui gisait auprès de la piscine des Brebis (Jn 5, 1-15). Nous entendrons dimanche prochain le récit de l’entretien avec la Samaritaine, l’Évangile de l’eau vive, puis, le dimanche suivant, celui de la guérison de l’aveugle-né ; tous ces récits contiennent une allusion au baptême, au sens sacramentel de l’eau. Ces Évangiles peuvent nous faire mieux comprendre la transformation que le baptême a opérée en nous, et les divers aspects de notre résurrection spirituelle dans le Christ.

Assurément, ces textes évangéliques nous racontent d’abord des guérisons accomplies par le Christ durant sa vie terrestre. Ce sont des guérisons physiques, réelles, mais qui, en même temps, sont des signes. Saint Jean, quand il parle des miracles du Christ, emploie avec prédilection ce mot de « signe ». Les anciens auteurs chrétiens et les saints Pères de l’Église, à commencer par le grand Origène, insistaient sur le fait que l’Évangile doit être lu spirituellement. Cela veut dire que l’Évangile ne raconte pas simplement des épisodes passés, mais qu’il nous révèle ce qui allait s’accomplir à travers le temps, tous les jours, dans l’Église et pour chacun d’entre nous.

Ainsi don, aujourd’hui, nous venons d’entendre lire le récit de la guérison d’un paralytique. Et tous les textes liturgiques de la semaine nous feront encore méditer ce mystère, nous en dévoileront en quelque sorte toutes les facettes, illumineront nos âmes par leur beauté et leur splendeur.

 Oui, ce paralytique qui gisait au bord de la piscine était un mort-vivant, et le Christ, en le guérissant, en un sens le ressuscite ; il le ressuscite en lui rendant le mouvement. À l’aveugle-né, il rendra la vue, mais une vue qui est autre que notre vue physique et terrestre. Cela signifie que, par le baptême, le Christ éveille en nous une vue nouvelle. Je me souviens d’un vieux moine que j’ai connu et qui avait perdu la vue physique ; il disait : « Ne dites pas que je ne vois pas, dites simplement que je vois autrement ». Oui, par le baptême nous recevons cette grâce de voir autrement. Nous sommes des aveugles spirituels, le péché nous a rendus spirituellement aveugles, et par le baptême, une vue spirituelle, un regard nouveau s’éveille en nous.

Et aujourd’hui, en ce dimanche du paralytique, nous devons comprendre que, par le baptême, une vie nouvelle s’est éveillée en nous. Nous étions spirituellement des paralysés, et voilà que nous recevons une vie nouvelle qui nous rend le mouvement, qui suscite un élan nouveau dans nos membres eux-mêmes, dans notre corps lui-même. Bien sûr, cela ne s’accomplira en plénitude que lors de la résurrection finale, quand le Christ reviendra et instaurera cette Jérusalem nouvelle vers laquelle nous tendons de tout notre désir. Mais dès aujourd’hui, par le baptême, le Christ rend ainsi le mouvement à nos membres, même à nos membres physiques. Et c’est déjà comme un avant-goût, comme une annonce de notre résurrection future.

De même, quand le Christ, par exemple, guérit un muet, il lui rend assurément la parole, la parole matérielle, mais en même temps, il le rend capable de chanter la gloire de Dieu, d’acquérir une parole nouvelle, de proclamer les merveilles de Dieu. De parler ainsi une langue qui n’est plus simplement celle de la chair et du sang, mais qui est de l’ordre de l’Esprit. Il faut que notre parole de baptisé soit une parole qui corresponde à cette parole nouvelle, à cette parole mue par l’Esprit-Saint, qui nous a été donnée au baptême.

Eh bien, aujourd’hui, nous apprenons que par le baptême, c’est un mouvement nouveau qui nous est donné, et que notre corps lui-même, par nos gestes, par nos expressions, doit exprimer qu’il a reçu cette vie nouvelle. Et de même que la parole nouvelle que nous recevons au baptême, lorsque notre condition de muet spirituel est guérie, est une parole de louange de Dieu qui s’exprimera dans la liturgie et dans la prière, de même ce mouvement nouveau, qui est suscité dans nos membres par le don de l’Esprit-Saint, doit se traduire d’abord par une participation de tout notre corps, de tout notre être, à la louange divine, à la prière, dans la liturgie et dans la prière privée.

Exprimer notre louange, notre prière, uniquement par la parole, ce n’est pas suffisant. Il faut que notre corps y soit associé, pour que ce soit notre être entier qui y participe, que ce soit quelque chose qui mette en œuvre notre cœur, notre sensibilité spirituelle profonde, et non pas seulement notre cerveau, notre intelligence.

            Ce serait une grave erreur, un manque de sens liturgique, de penser que tous les signes de croix, les métanies grandes ou petites qui jalonnent nos offices, sont quelque chose d’extérieur, et que notre participation intérieure aux offices serait améliorée si on réduisait tous ces gestes. Bien au contraire, ils permettent à notre prière de ne pas être quelque chose de cérébral, mais de procéder vraiment de notre cœur, de tout notre être. Un enfant manifeste-t-il mieux son amour pour sa mère quand il lui dit simplement : « Je t’aime », ou quand il l’embrasse avec tendresse, avec effusion ? Notre culture occidentale, trop rationaliste, a perdu le sens du geste.

L’homme enfermé dans son ego vit dans ses pensées, il vit au niveau de son cerveau. Dans la prière, il est raide et guindé, il répugne à s’incliner, à se prosterner, à faire des signes de croix. Le Saint-Esprit réunifie notre être, assouplit notre paralysie spirituelle ; il nous fait descendre au niveau du cœur. Nos gestes, nos métanies, nos signes de croix deviennent alors spontanés, libres, ils nous permettent d’exprimer avec tout notre être ce qui procède de notre cœur. Tous ces gestes, que certaines personnes peuvent dédaigner comme un « culte extérieur », non seulement sont le langage du cœur, mais ils expriment en réalité la transfiguration de nos corps par la grâce de l’Esprit-Saint. Si nous nous prosternons, si nous faisons des métanies, si nous nous inclinons profondément, tout cela est une manière d’exprimer notre adoration, notre humilité, et de les vivre sous la motion la plus intime du Saint-Esprit.

Et si nous nous tenons debout, comme il convient de le faire le dimanche et pendant le temps pascal, c’est parce que nous sommes ressuscités avec le Christ. Cette position debout exprime admirablement notre condition de ressuscités, notre attitude filiale – notre parrhésia, comme disaient les saints Pères, – envers notre Père céleste. Et lorsque nous nous asseyons, cela ne doit pas être simplement parce que nous sommes fatigués ; si nous sommes fatigués, nous devons savoir aussi, autant que possible, nous tenir malgré tout debout, justement parce que nous sommes des ressuscités. Mais si, à certains moments, nous nous tenons assis, c’est parce que c’est d’abord la position de l’écoute, celle de Marie, sœur de Lazare, aux pieds de Jésus, dans ce beau récit de l’Évangile qui raconte l’épisode de Marthe et Marie.

Oui, tous ces gestes ont une grande importance. Je me souviens d’avoir rencontré au mont Athos un moine avec qui je souhaitais beaucoup m’entretenir : c’était un moine qui avait une grande réputation d’homme spirituel, le Père Avakoum du monastère de la Grande Lavra. Je l’ai rencontré, on pourrait dire par hasard, mais ce n’était pas un hasard, car tout ce qui nous arrive correspond à un dessein secret de la Providence. C’était, un jour, sur un sentier du Mont Athos. Je lui ai parlé de notre fondation en France, de notre désir d’aider la vie orthodoxe à s’épanouir dans notre pays, et je lui ai demandé s’il avait une parole, un conseil à me donner. Il m’a dit simplement : « Soyez très fidèles au Typicon de l’Église, c’est lui qui vous donnera l’esprit de l’Église ». C’était un peu surprenant de la part de ce moine, qui était un moine hésychaste, un moine dont toute la vie était surtout faite d’une prière constante en cellule. Il insistait avant tout, comme étant la base de la vie chrétienne, sur ce respect du Typicon, de tous les rites, de toutes les attitudes et de tous les mouvements que la tradition de l’Église nous prescrit au cours des offices. Or il y avait là un message, en fait, extrêmement important : à travers tout cela, c’est notre vie de ressuscités, et de ressuscités en Église (oui, en Église, il ne s’agit pas de se singulariser, d’agir bizarrement !), que nous traduisons, qui s’exprime aussi par nos corps.

Eh bien, puissions-nous aujourd’hui laisser retentir en nous le message que nous adresse ce récit de l’Évangile, cesser d’être des paralytiques spirituels, et mieux comprendre combien, non seulement dans la Liturgie, mais dans toute notre vie courante, par nos corps et par tous nos mouvements, toutes nos allées et venues, tous nos gestes, nous devons traduire cette vie nouvelle que l’Esprit-Saint a répandue non seulement dans notre cœur mais aussi dans nos membres et dans tout notre être. Au Père, par le Fils, dans l’Esprit-Saint, soit la gloire dans les siècles des siècles. Amin. 

On lira avec profit l’ensemble des homélies du P. Placide dans les deux volumes intitulés « La couronne bénie de l’année chrétienne », édités par le monastère Saint-Antoine-le-Grand.

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